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Tambornet, jeu de balle au tambourin
Karine Michel (anthropologue).

Cette fiche a été réalisée à partir du carnet hypothèses Restituer l'inventaire du PCI. Usages, contextes et enjeux dans le domaine de la fête et du jeu créé et développé par l'Idemec (Institut d'ethnologie méditerranéenne européenne et comparative) en partenariat avec la phonothèque de la MMSH. L'inventaire du patrimoine culturel immatériel (PCI) est conduit en France sous l'égide du Ministère de la Culture.

Sommaire

Le jeu de balle au Tambourin ou Tambornet en occitan est un sport de balle collectif pratiqué traditionnellement dans le Languedoc et à 95 % dans le département de l'Hérault. Son récent développement et son institutionnalisation ont largement élargi son périmètre de géographique. Le Tambornet est aujourd'hui joué dans l'Aude (11), l'Hérault (34), le Nord (59), l'Oise (60), la Haute-Savoie (74), les Bouches-du Rhône (13), le Gard (30) et la Corrèze (19). Aujourd’hui le jeu en salle remporte le plus de succès à l’étranger, il serait pratiqué en Allemagne, Angletterre, Autriche, Brésil, Cuba, Espagne, Ecosse, Irlande, Italie, Japon, Hongrie, Norvège et Pays-Bas. La première coupe du monde en extérieur a été organisée à Gignac (34) en 2012 et a vu les équipes françaises l’emporter sur les italiens.

1/ La pratique du Jeu de Balle au Tambourin aujourd'hui

Partie de Balle au Tambourin : engagement. © Célia Delanoy
Partie de Balle au Tambourin : engagement. © Célia Delanoy

Règles du jeu

En 2014, le jeu de Balle au Tambourin consiste toujours en l'affrontement de deux équipes sur un terrain. Chaque équipe est composée de cinq joueurs sur le terrain ayant chacun une zone à défendre et deux remplaçants. Deux de ces joueurs, appelés des fonds, se positionnent au fond du terrain et ont pour tâche l'engagement de la balle et son renvoi le plus loin possible dans la partie du terrain adverse. Ils construisent l'échange grâce à des balles hautes dites balles en cloche. Un autre joueur appelé batteur met la balle en jeu à l'aide du tambourin ou du battoir. L'usage des deux instruments est aujourd'hui autorisé mais une tendance à revenir au battoir obligatoire semble aujourd'hui se dégager.

Le joueur situé au centre de la partie du terrain dédiée à son équipe se nomme le tiers. Attaquant, il a un rôle de défense en renvoyant les balles trop courtes pour les fonds. Il est donc très mobile et polyvalent et doit faire preuve de stratégie et de capacité d'analyse du jeu.

Les deux derniers joueurs, les cordeurs ou finisseurs évoluent au plus près de la corde, la ligne médiane séparant le terrain, dite ligne basse. Très mobiles et rapides, leur rôle est de terminer le point dès qu'ils ont la balle ; ils doivent essentiellement contrer les adversaires et intercepter la balle.

Originellement pratiqué uniquement en extérieur ce sport est depuis 1978 également pratiqué en intérieur. L'équipe est alors réduite à trois joueurs et deux remplaçants. Le terrain étant plus petit, les deux fonds disparaissent et l'engagement se fait uniquement au tambourin.

La partie de Tambornet se fait en 13 jeux gagnants, chacun constitué de quatre points : 15, 30, 45 et jeu. A 45/45 il y a un point intermédiaire dit avantage pour gagner le jeu. Le retour à l'égalité n'est possible qu'une seconde fois ; la troisième donne lieu à une balle décisive. Tous les trois jeux, les équipes changent de côté de terrain. Chaque équipe engage la balle à tour de rôle un jeu durant.

Les balles peuvent être lancées à la volée ou avec un rebond. Le point est gagné lorsque l'équipe adverse ne peut attraper une balle tombée dans les limites du terrain. Cependant, certaines fautes font perdre le point à une équipe : lorsque deux joueurs d'une équipe touchent la même balle, lorsque la balle sort du terrain, lorsque la balle rebondit deux fois et lorsqu'un joueur pénètre dans le camp adverse.

L'aire de pratique

A l’origine, le jeu se déroulait essentiellement sur les places publiques, en aire urbaine la plupart du temps. Dans les années 1970-1980, de nombreuses places de villes et de villages ont été transformées en parkings (comme par exemple la place des Arceaux de Montpellier) entraînant ainsi la création de véritables terrains spécifiques à la pratique de ce sport.

Depuis 1990 c’est la pratique en salle qui gagne du terrain. Le terrain extérieur est un rectangle de terre battue, de bitume ou de revêtement synthétique mesurant 80 mètres de long et 18 à 20 mètres de large pour les hommes, 70 mètres de long et 18 à 20 mètres de large pour les femmes et des tailles réduites pour les plus jeunes. Une ligne médiane au centre du terrain délimite les aires de jeu de chaque équipe. Le terrain en salle mesure, lui, 34 mètres de long sur 16 mètres de large, une zone neutre de 2 mètres de part et d’autre de la ligne médiane a été instituée, uniquement lors de la mise en jeu.

Le matériel

Le matériel a lui aussi évolué dans le temps, les premiers tambourins en arceaux de bois et peau de porc puis de chèvre remplacés par de la peau de mulet après 1954 sont aujourd’hui constitués d’un cercle de plastique de 28 cm de diamètre (26 cm pour les enfants) sur lequel ets tendue une toile synthétique. La balle de jeu est elle aujourd’hui toujours en caoutchouc (65 mm de diamètre pour 59 grammes) mais a récemment été remplacée par des balles de tennis dépressurisées pour la pratique en salle.

Le battoir, tambourin avec un manche flexible n’est utilisé qu’en plein air pour les balles d’engagement. En, Italie, le battoir est parfois remplacé par la mandoline de forme ovoïdale. Jusqu’en 1955 le matériel devait être acheté en Italie mais en 1983 des bénévoles français décident de créér la fabrique associative LOUJOC à Balaruc-les-Bains (34). En 2005, elle est absorbée par la Fédération Française de Balle au Tambourin.Rebaptisée France Tambourin elle déménage en 2007 à Gignac (34).

2/ Apprentissage et transmission

La Fédération Française de jeu de balle au Tambourin mène de nombreuses actions pour assurer la transmission de ce sport et développer sa pratique, notamment en organisant des séances d’initiation auprès des scolaires mais aussi avec la constitution d’une exposition autour des objets et des pratiques liées au Tambornet et à son histoire, au siège de la fédération, à Gignac (34).

La Fédération a également mis en place le prêt gratuit de matériel pour toutes les personnes souhaitant promouvoir la pratique de ce sport. Chaque année, un stage de perfectionnement est également organisé en direction des jeunes joueurs (Benjamins et Minimes) durant les vacances de Pâques. Des intervenants agréés par la Fédération mettent également en place des actions scolaires pour faire découvrir ce jeu.

3/ Historique

Né au XIXème siècle dans le département de l'Hérault, le jeu de balle au Tambourin est le descendant des jeux de longue paume antiques. Son ancêtre le plus récent serait le jeu de ballon joué avec un cylindre en bois, le brassard, utilisé pour se protéger la main.

C'est en 1861 que les premiers tambourins furent fabriqués par les tonneliers de Mèze (34) avec un cercle en bois sur lequel était tendue une peau de chèvre parcheminée. Plus légers, plus maniables et efficaces que les brassards, ils furent essayés puis adoptés par les pratiquants du jeu de Ballon. Ces tambourins avaient tendance à se détendre par temps humide ; des feux furent donc allumés au bord des terrains pour chauffer et retendre les peaux.

C'est aussi à ce moment que se développe la fabrication des battoirs, cercles plus petits fixés sur un manche flexible de micocoulier d'environ 1 mètre qui augmentent la puissance de tir des balles d'engagement. A l'époque, l'engagement avec le battoir devient obligatoire. En parallèle, les balles en caoutchouc viennent remplacer les balles en vessie gonflée d'air.

Hormis ces nouveaux équipements, le jeu de balle au tambourin reste similaire au jeu de Ballon avec brassard. Le jeu de balle au tambourin est pratiqué en plein air, sur les places de village qui sont les seuls endroits de l'aire urbaine à offrir un espace suffisant pour la pratique du jeu. Jusqu'en 1900 ce jeu voit principalement les équipes s'affronter lors des fêtes de village.

Il faut attendre 1909 pour que les premiers concours officiels soient organisés à Pézenas et Bessan. Le concours de Montpellier est créé en 1921. Ces concours rassemblent les équipes constituées dans le département de l'Hérault. En l'absence de règles précises établies, les modalités du jeu sont négociées, les règles utilisées par la ville organisatrice du concours étant généralement adoptée.

Les premiers clubs sont officiellement déclarés après la Première Guerre Mondiale et la première fédération du Jeu de Balle au Tambourin est créée en 1923 par des personnalités de la bourgeoisie montpelliéraine, proches du félibrige. En sont d'ailleurs membres dès sa création les félibres André Pagès, Hyppolite Arnaud et Adrien Fédières. [Ils ont d'ailleurs rédigé des chants et poèmes consacrés à ce sport ==> vérifier dans les collections et mettre en ligne]

Dès 1922 le journal L'Eclair fonde premier championnat de Tambornet du Languedoc qui oppose les gagnants des concours de Pézenas et de Montpellier. La même année, un concours est organisé à Marseille devant le siège du journal. La fédération du Jeu de Balle au Tambourin organise également un championnat de France qui affronte 143 équipes issues d'une zone allant de Narbonne à Marseille. Mais cette première fédération et les championnats ne résistent pas à la crise et à la désaffection qui secoue la pratique du Tambornet dans les années 1930 dûe principalement à l'absence d'un règlement unique et le manque d'une fédération solide pouvant réglementer sa pratique et assurer sa diffusion. Dès 1931 les championnats de France et du Languedoc disparaissent, seul le concours de Pézenas perdurera jusqu'en 1937.

C'est Max Rouquette, écrivain occitan et membre fondateur de l'Institut d'Etudes Occitanes qui sera l'artisan du renouveau du Tambornet. Pratiquant ce sport depuis son plus jeune âge et contrarié de voir d'autres sports gagner du terrain en territoire occitan au détriment des sports traditionnels – avec au premier plan le Tambornet – il décida de tout mettre en oeuvre pour assurer la renaissance et la popularisation du Jeu de Tambourin. Ce dernier crée en 1938 la Fédération Française du Jeu de Tambourin qui se chargera de mener une véritable propagande pour valoriser la pratique de ce sport. Ces actions de valorisation passent par la publication d'articles dans la presse locale, l'organisation de grands concours, l'établissement de règlements, le rapprochement avec les ligues de Tamburello italiennes et enfin, la reconnaissance du tambornet comme sport par les autorités centrales françaises.

Dès 1949, la fédération créée la Coupe du Languedoc qui deviendra Coupe de France, officialisée en Championnat de France en 1952. Il faudra attendre 1954 pour que les règles officielles soient élaborées. Cette année-là Max Rouquette découvre la pratique en Italie du Tamburello, jeu très similaire dans sa pratique au Tambornet. Les fédérations des deux pays entrent alors en contact et décident d'unifier et de codifier les règles du jeu ; la France adopte alors les règles et instruments italiens : tambourins en peau de mulet avec poignées en cuir, jeu « ouvert » dans lequel les règles des chasses et de la close propres au jeu de Ballon - et encore pratiquées dans les différentes versions locales du jeu - n'existent plus. En 1955 est organisée la première rencontre France-Italie qui devient alors annuelle. En 1988 la Fédération Internationale de Balle au tambourin est créée, avec son siège en Italie. Elle organise depuis 1990 des compétitions à l’échelle européenne.

4/ Sauvegarde

Aujourd’hui la sauvegarde de ce jeu traditionnel semble assuré par la seule action des fédérations et ligues officielles mais est aussi de ce fait complètement dépendante de leur survie et de leur existence.

Afin d’assurer la reconnaissance officielle de ce sport et une meilleure connaissance auprès du public La Ligue de Tambourin Languedoc-Roussillon a établi un annuaire des clubs de la région, a établi un partenariat avec les Calandretas (écoles associatives bilingues franco-occitanes) pour diffuser la pratique de ce sport auprès des plus jeunes. La Ligue de Balle Tambourin participe activement à l’actualité sportive de la Région en étant présente sur les salons et diverses manifestations : Salon et assises du sport, Festival des Sports Traditionnels organisé par le Comité Régional Olympique et Sportif, Salon Sport et Santé, Foire de Promaude Total Festum.

Plus récemment, les institutions liées à la pratique du jeu de balle au tambourin ont établi un partenariat avec le Comité Régional Handisport et la Ligue de Sport adapté pour que le tambourin puisse être joué par le plus grand nombre.

La Baio de Sampeyre : carnaval dins las valadas occitanas d'Itàlia
Centre interrégional de développement de l'occitan (Béziers, Hérault)

Aquesta fèsta se debana cada cinc ans a Sampeyre al còr de las Valadas occitanas d'Itàlia. Lo nom de « Baio » vendriá de l'occitan « abadiá » e remandariá als « abats de joinesa », joves qu'avián per foncion d'organizar las fèstas de la comunautat.

 

 

1/ La practica a l'ora d'ara

Aquesta fèsta carnavalesca se debana cada cinc ans dins la Val Varaita, dins la província de Cuneo, al còr de la Valadas occitanas d'Itàlia. La mai famosa es la de Sampeyre. Lo nom de la fèsta de la Baio vendriá de l'occitan abadiá e remandariá a las tradicions dels abats de joinesa, joves qu'avián tradicionalament per foncion d'organizar las fèstas de la comunautat.

Un ensemble de rites se debana pendent tres jorns al mes de febrièr : los dos dimenges abans lo carnaval e lo Dijòus gras.

Photogr. : Bernard Delort

La Baio es un grand cortègi d'òmes costumats, d'unes en « Maures », d'autres travestits en femnas, d'autres coifats de mitras espectacularas.

Los personatges istorics que compausan lo cortègi son los seguents : l'Abà, il Tesoriere, lo Cavalìe (cavalieri), lo Tambourn majour, l'Arlequin, los Sarazine, la Segnourine (signorine), lo Tambourin (tamburini), lo Sapeur, lo Grec (greci), l'Escarlinìe, l'Espous (sposi), los Segnouri (signori), lo Sounadour (suonatori), lo Uzuart, lo Granatìe, lo Morou (i neri) e lo Turc, lo Viéi e la Viéio (il vecchio e la vecchia), e lo Cantinìe (cantiniere).

Los « Sonadors » son l'element central de la fèsta, que fan dançar tota la jornada e tota la nuèch aprèp que de « sapeurs » aguèsson copat a la pigassa una barrièra de fusta simbolica.

Photogr. : Bernard Delort

Las jornadas començan a l'apèl dels « Tambourins » e contunhan amb de desfilats dins los diferents cantons. La Baio es particularament espectaculara per la qualitat e la diversitat dels costumes que son eiretats de diferentas epòcas de l'istòria de la valada. Se reconeis en particular la garda armada jols traches dels « Ussari », en costume de ussars de l'epòca napoleoniana. Coma tot carnaval en Occitània, lo procès representa lo punt d'òrgue del Dijòus gras.

Aquí, lo còp de teatre de las fèstas de la Baio es immancablament la fugida del tresaurièr amb la caissa plena d'argent. Lo public assistís a sa captura, son procès, sa condemna a mòrt e enfin sa gràcia.

Photogr. : Bernard Delort

2/ Aprendissatge e transmission

Aqueste carnaval permet a totes los estatjants de la valada d'èsser actors de la fèsta. En efècte, emai lo cortègi siaguèsse reservat als òmes que son los sols a se poder mascar jols traches dels personatges ligats a la tradicion istorica locala, la populacion tota participa a l'organizacion e a la preparacion notadament dels costumes.

3/ Istoric

Aqueste carnaval commemòra la victòria dels estatjants de las valadas contra las invasions sarrasinas en Provença e dins los Alps a la fin del sègle X, mai o mens en 975-980. Aquesta ipotèsi es pasmens remesa en question. D'elements de las diferentas epòcas marcantas de l'istòria de la valada son estadas incorporadas coma per exemple los ussars de l'epòca napoleoniana.

Photogr. : Bernard Delort

4/ Salvagarda

Aquesta practica que se renovèla pas qu'un còp cada cinc ans es pas l'objècte d'una proteccion particulara d'un punt de vista patrimonial. Sos rituals son fòrça codificats e pauc de plaça es daissada a l'improvisacion tant d'un punt de vista dels costumes coma dels ròtles dels personatges o del debanament de la fèsta. Aqueste carnaval es pasmens mes en valor per la region del Piemont.

5/ Actors de la practica

Totes los estatjants d'aquesta valada son actors de la Baio de Sampeyre.

Patrimoine culturel immatériel et arts du spectacle vivant en pays d'Oc: vestiges ou chantiers ?"/ Alranq, Claude
Alranq, Claude

Auteur, metteur en scène, comédien, ancien directeur du département des Arts de l'Université de Nice, Claude Alranq intervint en 2009 dans le cadre du colloque international Latinité, Méditerranée et mondialisation culturelle, sur la thématique du PCI (Patrimoine Culturel Immatériel) et des arts du spectacle vivant en terre d'Oc.

Soulignant l'évolution d'une notion aujourd'hui reconnue et clairement définie par l'UNESCO, Claude Alranq s'interroge sur le devenir des arts du spectacles vivants en langue minoritaire, dans une société contemporaine confrontée à la mondialisation et à l'homogénéisation culturelle.

Une fois l'état des lieux et les spécificités des arts du spectacles vivants en pays d'Oc établis, Claude Alranq s'interroge sur les défis posés dans le contexte actuel à ce type de patrimoine culturel immatériel, et énonce une série de propositions susceptibles de contribuer au soutien de l'action des porteurs de projets dans ce domaine.

Carnaval
CIRDÒC-Mediatèca occitana

Lo carnaval es un ensem festiu de practicas e de rites populars que celèbran lo passatge d'una sason a una autra e lo reviscòl de la natura. Es tanben, e subretot, un periòde de contestacions e de remesa en question de l'òrdre establit dins la societat que lo practica. Dobrís una parentèsi dins la quala desbòrdaments, daissar-anar e transgressions son tolerats per las autoritats.

1/ La practica a l'ora d'ara

Darrièr lo tèrme « carnaval » se tròba tot un ensem de practicas vivas dins lo mond tot. Sas fòrmas evoluisson d'una region a l'autra, mas tanben d'una epòca a l'autra, en foncion de las tensions intèrnas e politicas que ne son lo contèxte. Si los traches generals son conservats, los principis de la fèsta son sovent represes e adaptats a las realitats localas, en passar alara al travèrs del prisme d'una cultura e d'una lenga. Los carnavals occitans, presentan de nombroses traches comuns als carnavals del Nòrd de França e del demai d'Euròpa. S'inscrivon dins lo cicle de las festivitats popularas entre Nadal e Quaresma en marcar simbolicament la fin de l'ivèrn. Lor data e lor durada vàrian segon las epòcas e las regions (Epifania, 2 de febrièr, 3 de febrièr, etc.). Precedisson generalament lo periòde de Quaresma, dins un jòc d'oposicion entre desbòrdaments e peniténcias, gras e magre, etc. Pendent carnaval, las inversions de totas menas (de sèxes, de classas, quitament d'espècia), lo pòrt de la masca e autres travestiments envasisson l'espaci public. Aquesta practica comunautària possedís pasmens de règlas, de commemoracions e de rites que li son pròpris. Al dintre del cortègi se retròban un grand nombre de personatges a l'entorn de la figura-clau de Carnaval, coma los òmes salvatges e los jutjaments de cocuts (assoadas, o asinadas). Pòrtan principalament e tradicionalament de noms occitans que remandan frequentament a lor foncion al dintre del cortègi. Carnaval el meteis es afiblat de diferents noms en foncion dels luòcs coma per exemple « Bourrache Ier roi des buveurs » (a Canet-d'Aude en 1955), « Sent Pançard » dins lo sud de la Gasconha, o encara « Caramentrant » en Provença. Lo temps de la fèsta s'acaba d'un biais invariable pel jutjament del Rei Carnaval, tengut collectivament e encara sovent escrit e interpretat en occitan, e son immolacion. Aqueles jutjaments constituisson un moment-clau de las fèstas, e una de las sorsas principalas d'inquietuds de las autoritats en plaça. D'efècte, servisson de tribuna per la populacion, que pòt aital exprimir son malcontentament. Carnaval es acusat de totes los mals patits, de los malurs traversats al cors de l'annada passada. Festejat, adorat fins ara pels participants, Carnaval ven alara lo boc-emissari sul qual se devèrsan totas las frustracions.

2/ Aprendissatge e transmission

Lo temps de carnaval, la fèsta, la licéncia, lo daissar-anar dins l'espaci public son tolerats, incluses las mascas e autres travestiments. Per aquestes atributs los Òmes explòran lor part animala. Òmes salvatges, palhassas, petaçons, orses, son aitant de costumes frequents dins los cortègis occitans. Las mascas de carnaval i apondon l'anonimat e accentuan l'aspècte grotesc. Temps de remesa en causa e d'inversion, carnaval consèrva encara sas originas paganas e sa foncion sociala al travèrs d'aquestas practicas divèrsas, qu'an perdut pasmens un pauc de lor dimension simbolica. Cançons e danças en occitan venon ritmar las festivitats de carnaval : « Dimars gras qu'a nau porcàs », « Adieu paure carnaval », « Carnaval es arribat », « Joan petit », o la dança dels bufadors. Aquestas presentan una cèrta recurréncia sul territòri occitan tot long del periòde de carnaval. Per exemple la cançon « Adieu paure Carnaval » acompanha lo rei de las festivitats per son darrièr viatge. Las danças propausadas son sovent satiricas, de còps que i a licenciosas, meton frequentament en scèna de parelhs, e principalament de jovents. Un grand nombre de danças se son aital desenvolopadas a l'entorn de las festivitats de carnaval, qualques còps especificas a una region, e s'apiejant sus de fòrmas pre-existentas o en creant de novèlas. Los jutjaments, fictius, adaptats de fèstas en fèstas, redigits tradicionalament en occitan en amont de lor interpretacion, constituisson una tribuna per la populacion que pòt aital exprimir son malcontentament. Pastoralas, jutjaments, e cortègis son interessants d'un punt de vista cultural e patrimonial per diferents aspèctes (evolucion de la lenga a diferentas epòcas, mesa en scèna de personatges tirats del folclòre e de mites locals...) que son aitant de testimoniatges d'especificitats de carnaval en Occitània. Repetits d'annada en annada, los tèxtes, particularament dins lo cas dels jutjaments, son adaptats al contèxte particular, politic e economic, de l'annada de lor redaccion. Los tèxtes de carnaval, notadament aqueles dels jutjaments, son conservats, represes e adaptats d'una annada sus l'autra segon lo contèxte politic e economic de l'annada. Constituisson doncas de vertadièras sorsas de coneissença.

3/ Istoric

Pauc de certesas existisson sus las originas realas de carnaval. De per sas caracteristicas (celebracion del passatge d'una sason a l'autra, las inversions, lo daissar-anar tolerat per las autoritats etc.) d'unes autors o comparan a las Saturnalas romanas, fèstas que se debanavan en decembre pendent las qualas los esclaus prenián la plaça de lors mèstres. D'un autre costat, l'istoriana Anne Lombard-Jourdan explòra la pista gallesa del dieu Kernunnos, en relevar notadament l'existéncia d'un mite ancian que met a l'onor la figura simbolica del cèrvi, que pèrd sas banas al mes de febrièr per las melhor renovelar en un ramatge mai polit. La quita etimologia del tèrme « carnaval » demòra uèi encara sorsa de questionament. Se'n pòt trobar de traças en França tre 1268, jos la fòrma de quarnivalle. Es pas qu'a las environas del sègle XVI, qu'aquesta expression, frucha de la tradicion orala, pren la fòrma que li coneissèm a l'ora d'ara. Sovent citada, sembla que la pista latina que fa de carnaval lo derivat de carnelevare (mot latin format de carne, « carn » e levare, « levar, traire », que significa literalament dintrar en quaresma) siá la frucha d'una construccion posteriora al sègle X, data admesa d'un biais comun per son aparicion. En fargar una etimologia en rapòrt amb Quaresma, la Glèisa enterinava aital son intencion de recuperar una ceremonia pagana, en la plaçar jos la dependéncia de Quaresma. Los desbòrdaments qu'acompanhan las festivitats de carnaval foguèron lèu una sorsa d'inquietud per las autoritats, tan religiosas coma civilas, que vesián en elas de riscas potencialas per lor autoritat. Temptèron d'o frenar fauta de poder suprimir una fèsta tan populara, e foguèron progressivament juntas per l'Estat que vegèt dins los cortègis e jutjaments de Carnaval, un vertadièr dangièr. Al virar de la Renaissença, aquestes prenon efectivament un torn mai politic e los incidents se multiplican (Sarlat, 1574, Romans, 1580), entrainant la reaccion de las autoritats. Aital al sègle XVI de decrets nombroses son edictats que limitan las libertats autres còps acordadas pendent aqueste periòde. Los sègles XVII e XVIII accentuan la part de revòlta contenguda dins lo lengatge carnavalesc que noirís en retorn una mesfisança totjorn mai granda dels poders politics. Ne serà aital al cors dels sègles seguents, sens, pasmens, jamai metre a bas completament las festivitats de carnaval. Aital, malgrat las atentas politicas, e malgrat la parentèsi de conflictes armats de 1914-1918 e de 1939-1945, carnaval retròba al l'endeman de la Segonda Guèrra mondiala, un segond buf, e constituís a l'ora d'ara encara un temps fòrt a la velha de la prima. Las annadas 60-70, reconcílian la fèsta e la politica e uèi encara, lo teatre occitan contemporanèu posa una part de son inspiracion dins las fòrmas tradicionalas de carnaval.

4/ Salvagarda

Lo carnaval es una practica plan viva, en Occitània coma dins lo demai del monde, qu'evoluís segon las epòcas e los luòcs de sa practica. Tòrna inventar de contunh sas fòrmas en s'apiejar sus un eiretatge que li es pròpri, e que s'adapta a la societat dins la quala se desenvolopa, tal un miralh desformant de la societat. Demòra un temps a part, una parentèsi de daissar-anar e de fèsta a la sortida de l'ivèrn. A l'ora d'ara d'unes carnavals, entre autres occitans, son inscrits a l'Inventari del Patrimòni cultural immaterial en França.

5/ Actors de la practica

Se carnaval demòra una fèsta populara es uèi sovent organizat e encadrat per d'associacions localas coma los comitats de las fèstas per exemple o tanben las escòlas. En domeni occitan lo movement de las escòlas Calandretas es tanben un actor màger dels carnavals occitans novèls. Enfin dins d'unas ciutats, coma a Limós, existís una entitat especifica en carga de l'organizacion del carnaval.

Lo Camèl de Besièrs
Lo CIRDÒC - Mediatèca occitana

Lo Camèl, es l'animal totemic de la vila de Besièrs. Desfila per las carrièras de la vila a doas escasenças : per las fèstas de Sant-Afrodisi lo 28 d'abril e per las fèstas de las Caritats que se fan lo jorn de l'Ascension. 

1/ La practica a l'ora d'ara

Per perpetuar lo sovenir del camèl, e los actes de caritat qu'enròdan aquesta legenda, un camèl de fusta foguèt bastit e desfila per las carrièras de Besièrs cada a la meteissa data per las celebracions de la Sant-Afrodisi. Lo camèl, enòrma maquina de fusta bolega gràcias a quatre personas abrigadas dins sos flancs. Es cobèrt de grandas cortinas e de telas pintradas sus las que figuran mantunas inscripcions : « Ex antiquitate renascor » e « Sen Fosso ». La primièra expression en latin significa « respelissi de l'Antiquitat » e fa referéncia al caractèr secular d'aquesta manifestacion. L'inscripcion « Sen Fosso » es, ela, una expression en occitan lengadocian que significa « sèm nombroses, sèm fòrça », integrant una nocion de coesion per la fòrça del nombre. Aquesta maquina a tanben de maissas grandas de fèrre, las « Gnico-Gnaco » que clacan tot de long del passa-carrièra. Lo Camèl es guidat per la vila pel Papari, son gardian, seguit de totas las corporacions de mestièrs de la vila. Una pausa es obligatòria davant l'ostal del potièr, ont una ofrenda, la civada, es remesa al Camèl. La parada fa tanben una pausa davant l'estatua de Pepesuc, un autre personatge legendari de Besièrs, carrièra Francesa. Lo desfilat compausat del camèl menat pel Papari, son gardian, seguits de personas emmascadas de « salvatges » de las tèstas cobèrtas de brancas verdas de sambuc e subremontadas d'un pan. En mai de las diferentas confrariás e corporacions de mestièrs participan tanben al passa carrièra de dançaires que s'arrèstan mantun còps pendent lo desfilat per interpretar de danças tradicionalas. Es de costuma de dançar la dança de las trelhas e la dança dels pastres pendent lo passa carrièra. Lo Camèl de Besièrs es tanben de sortida per las fèstas de las Caritats, lo jorn de l'Ascension, que de pichòts pans, las còcas, èran distribuits per la vila als mai paures. Aquesta fèsta era tanben un moment de jòia que tota la populacion locala desfilava per carrièras en distribuir bonbons e doçors. A l'ora d'ara, un concors ven recompensar l'artesan qu'a fait la melhora còca. A la fin del concors, de parts son distribuidas a la populacion.

2/ Istoric

Originas

La legenda conta que Sant-Afrodisi, primièr avesque de Besièrs seriá arribat d'Egipte amb son camèl per evangelizar la Gaula. Seriá estat condemnat a mòrt pel governador roman en rason de sa tròp granda activitat. Decapitat carrièra Sant Jacme, amassèt sa tèsta e tornèt dins la cauma que i viviá, uèi glèisa Sant Afrodisi. Sus son camin, d'estatjants getèron de cagaròls sus son passatge mas lo sant s'acontentava de los rasejar, sens los escrachar. Se conta tanben que de talhaires de pèiras diguèron de fòl a Afrodisi e foguèron transformats en pèira sulpic. Se podiá veire lors morres petrificats sus la flaçada de l'anciana abadiá del Sant Esperit, carrièra de las Tèstas. Aprèp la mòrt d'Afrodisi, una familha de potièrs de Besièrs reculhiguèt son camèl e li provesiguèt manjar e dormir. Quand Afrodisi foguèt reconegut coma sant, la comuna de Besièrs decidiguèt de prene a sa carga l'entreten del camèl. Un fèu destinat a l'entreten del camèl foguèt creat. A la mòrt del camèl, lo fèu foguèt destinat a la caritat publica e servissiá a finançar la fabricacion de pichòts pans donats als paures aprèp èsser estats benesits per l'avesque de Besièrs.

Istòria e legendas a l'entorn de la practica dins lo temps

Si lo Camèl de Besièrs es plan inscrit dins las costumas localas e sembla aver d'originas ancestralas, foguèt destrusit e enebit mantun còps. L'efigia del camèl foguèt brutlada pendent las guèrras de religion puèi lèu reconstituida. En 1793, amb la Revolucion Francesa, foguèt tanben destrusida en plaça publica amb totes los títols feodals e son fèu foguèt suprimit. En 1848, lo camèl novèlament construit foguèt tornamai demolit e tanlèu reconstituit per la populacion locala, fòrça estacada a son animal totemic. La tèsta del Camèl que desfila a l'ora d'ara per las carrièras de Besièrs sembla datar del sègle XVII e l'estructura de son còs es, ela, fòrça mai recenta mas inspirada de las ancianas representacions de l'efigia del Camèl. Tradicionalament dotat d'una sola bòça, l'armadura del Camèl se'n vegèt apondre una segonda al moment de sa refeccion dins las annadas 1970. Fàcia al malcontentament dels besierencs, la segonda bòça foguèt levada per tal de tornar a l'animal son aparéncia legendària.

Bonnefoux, Pierre-Marie-Joseph de (Bon) (1782-1855)
Jobbé-Duval, Émile (1851-1931)

Récit des fêtes des Caritats à Béziers par le Baron de Bonnefoux (1782-1855), capitaine de vaisseau dans la Marine et originaire de Béziers, extrait de son autobiographie : "Mémoires du Baron de Bonnefoux, Capitaine de Vaisseau, 1782-1855, Publiés avec une préface et des notes par Emile Jobbé-Duval", Paris : Plon-Nourrit, 1900.

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