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                  <text>�Depuis les origines de l'humaine condition, la fête des morts interpelle. Sa célébration est
une date qui compte dans l'humanisation des humains. Notre espace occitan a la chance
d'avoir vu toutes sortes de peuples et de cultures célébrer ce rituel. Cette expérience devrait
nous aider à impulser une fête des morts digne du XXI e siècle ou, au moins, à nous
demander pourquoi ce dialogue avec les morts fait encore peur alors qu'il a été inspiré par
la vie pour la vie ?

La tradition fait la différence entre Toussaint que les pays d'oc nomment Totsants
(fête de tous les saints ou Martror, fête des martyrs) et le Jour des Morts. Toussaint est le
premier novembre, le Jour des Morts le 2 novembre. Aujourd'hui les deux fêtes se
confondent, comme elles confondent et minimalisent leur contenu : la toilette, le
fleurissement et la visite mémorable du tombeau.
En Occident, cette fête est synonyme de deuil et de tristesse, alors qu'en d'autres
lieux ou d'autres temps, elle peut ou a pu être joyeuse (Mexique), initiatique (les
Anthestéries grecques), contagieuse (Rome), paillarde (les « insolenzas » du Brésil),
initiatique (Tibet) ou volontairement écartée (Tziganes).
Alors que tout poussait à croire que, chez nous, cette fête perdait sa fonction de « rite
de passage » et que la mort était de plus en plus occultée, elle a rebondi curieusement avec
le Halloween des enfants, sous l’œil complaisant du commerce mondial. Devant la
multiplicité et la complexité du phénomène, les chercheurs hésitent à élaborer une
véritable « anthropologie de la mort ». Notre causerie n'en a pas l'ambition, elle cherche
seulement à contribuer au débat que le renouveau des temporadas (fêtes saisonnières liées
au « patrimoine culturel immatériel ») suscite en pays d'oc.

1. Traditions ou superstitions ?
Contrairement à d'autres fêtes qui appellent à la dépense physique, imaginative,
financière, la tradition de Martror en Occitanie semble se limiter à tout un réseau de peurs
et d'interdits qui pousserait à classer le dossier dans le « folklore » des superstitions et des
préjugés. Bien entendu, le cérémonial religieux appelée « l'Octave des morts » conjurait la
dérive en la balisant par la messe de Toussaint, la procession au cimetière ou la distribution
du pan dels trespassats ... Mais les interdits demeuraient : pas de lessive, pas de pêche, ne pas
fumer, peu de mariages... Mieux valait arrêter les pendules, recouvrir d'un voile les miroirs
et objets réverbérants... Comme pour les deuils, il était courant de retirer les sonnailles du
troupeau, mettre le crêpe au rucher, changer de vêtements après la visite aux disparus et
prévenir leur retour nocturne en préparant l'apast : le repas de châtaignes et de fruits secs
qu'ils viendraient prendre dans le secret de la nuit, en venant jeter un coup d’œil sur les
affaires d'ici-bas... Attention de ne pas les décevoir ! Leurs représailles ont un rayon d'action
inouï. Ils peuvent simplement « nous offrir des misères » : nous tirer par les pieds durant le
sommeil. Ils peuvent aussi causer de mauvaises récoltes, des accidents ou des maladies. Ils
peuvent parfois apparaître au sein de l'armée de fantômes qui accompagnent le « roi
Arthur » (Lauragais) ou « de Jan lo caçaire » (Ariège) dans la « chevauchée sauvage » qui
terrorise les vivants.

�« Lo çaganh de Totsants » fait feu de tout imprévu : les bruits du grenier, les étoiles
filantes ou les feux-follets qui seraient l'âme des morts échappés du purgatoire... Les
imaginations s'enflamment et les esprits des sources, des bois, des grottes, des carrefours
viennent au rendez-vous en réveillant dans les mémoires des noms qui, confusément, font
craindre tel ou tel déboire, car ces paurs (peurs) ont des rôles précis : romecas, fadas, babaus,
dracs, damoiselas, gripets, mitonas... Parmi les vivants, seuls, los endevinaires les
reconnaissent, los mascs les manipulent, los armièrs savent leur parler. L'invisible fait
étonnamment partie du quotidien car chacun sait que dans l'ombre de son prochain un
double veille. Aussi, lorsqu'on le croise et qu'on le salue, l'usage veut qu'on lui dise, même
s'il est tout seul : « Bonjorn a tu... e a la companhiá. » Fait-on allusion à son ange-gardien,
son bès, son âme (arma ou anima), l'arcan sens nom ?
Vu sous cet angle, la fête des morts apparaît comme une foire aux préjugés, la vieillerie
de tous les folklores ! Cependant l'homo-sapiens, qu'il soit d'hier ou d'aujourd'hui, a le
même cerveau. Il n'a pas la même culture mais il ne faut pas le prendre pour plus bête que
ce qu'il est. Ce qu'aujourd'hui nous appelons « superstitions » ne sont que les misérables
ruines d'ensembles culturels beaucoup plus cohérents. C'est parce que ces civilisations ont
été oubliées ou vaincues qu'elles ont perdu leur logique et leur crédibilité. Ce qui apparaît
maintenant comme un dédale sans queue ni tête était autrefois capable d'assumer la
continuité de l'espèce. Aussi devons nous revisiter la fête des morts sous un angle qui ne
soit pas le catalogue du faire-peur et des attrape-peurs mais les enjeux traditionnels du
vivre-et-du-mourir.

2. Les tenants et les aboutissants d'un mystère
L'Homme est humain, dit-on, parce que c'est le seul animal qui a conscience de sa
mortalité. Vivre c'est co-habiter en permanence avec trois sortes de malaise.
1 – Ce que nous appelons l'angoisse existentielle et que les anciens nommaient : « la peur
de la Mort »
D'où venons-nous ? Où allons-nous ? La vie a-t-elle un sens ? La mort est-elle un néant ?
La question est simple et redoutable. Comment vivre avec ?
2 – Ce que les anciens appelaient : « la peur des morts » et que nous nommons les facteurs
anxiogènes ou pathologiques
Les anciens appelaient « esprits, fantômes, démons, dragons... » des morts ou des forces
occultes revenant pour demander des comptes aux vivants : « Comment tu te conduis vis à
vis des tiens, de ce que je t'ai transmis : nos dieux, notre langue, nos biens, nos droits, nos
valeurs ?... »
Les modernes, nous nommons ces angoisses par des termes tels que : phobie, tabou, idée
fixe, psychose maniaco-dépressive, maladie bipolaire... Les anciens recouraient à des
médiums, des guérisseurs, des plantes, des rituels, des initiations... Les modernes recourent
à des médecins, des psychanalystes, des opérations, des cures, des médicaments... Quoiqu'il
en soit la question demeure : quels sont les morts ou les traumatismes du passé qui
« pourrissent » notre présent ? Quelle est la médecine qui nous permettra de ne pas en
mourir ? Quelle fatalité pèse sur notre destin ?
Voilà des questions qui sont vraies à l'échelle de l'individu mais également présentes à
l'échelle d'une famille, d'une cité, d'une nation. Tout le théâtre grec de l'Antiquité est

�fasciné par ce « déterminisme ». Toute l'Histoire du XXe siècle devrait l'être par ces cycles
infernaux qui ont mis en guerre les nations chaque deux ou trois générations...
3 – Il existe un troisième type de malaise qui relève plus de la culpabilité (et de ses
conséquences) que de la peur-en-soi, c'est le syndrome du meurtrier, celui-qui-répand-lamort et nous la répandons tous.
Pour vivre, il faut manger. Pour manger, il faut tuer. Il n'y a pas de vie sans meurtrier. Nous
mangeons des plantes, nous mangeons des animaux, nous profitons parfois de la mort de
nos semblables. Nous sommes des prédateurs et nous avons mauvaise conscience de l'être.
Que nous le voulions ou non, vivre c'est côtoyer ces trois malaises : la peur de la
Mort, la peur des morts et la peur du prédateur que nous sommes.
Toutes les civilisations ont affronté ces enjeux et elles ne purent leur survivre qu'en
inventant des fêtes qui les aidèrent à se tranquilliser : exorcisme, conjuration, prémunition,
envoûtement, possession, catharsis, purification, déni... Toutes se sont donné les religions
ou les idéologies, les rituels ou les stratégies utiles. Les réponses sont d'une extrême variété
mais toutes semblent dépendre d'un schéma initial qu'il faut maintenant interroger.

3. L'économie sacrée
Économie car il y est question d'échange entre trois éléments : l'offre, la demande, l'objet
de l'échange. La monnaie ou le troc qui sont les moyens habituels de l'échange réduisent
l'objet de l'échange à l'état de marchandise.
Sacrée car l'objet de l'échange ne se réduit pas à sa matérialité. Il a une plus-value qui n'est
pas que matérielle si l'échange prend en compte d'autres éléments : comme la nature qui
est toujours sacrifiée dans les échanges mais qui reste muette, comme les anciens qui ne
sont plus là pour donner leur avis mais qui ont légué les patrimoines sans lesquels la
transaction ne s’opérerait pas, les enfants-à-naître qui ne sont pas encore là mais qui
porteront les conséquences de nos transactions, l'Autre qui est là - pas seulement parce
qu'il représente son pouvoir de vente ou d'achat - mais un âge, un sexe, une conscience,
des handicaps ou pas, des facilités ou pas...
En introduisant dans l'échange vital des éléments subjectifs ou immatériels,
l'économie sacrée permet de comprendre une dimension évidente mais cachée : le négoce
entre la vie et la mort.
La vie offre l'Homme à la mort, la mort offrira-t-elle l'Homme à la vie ?
La vie offre le vivant à la mort, la mort offrira-t-elle le mourant à la vie ?
La monnaie ou le troc ne sont pas capables de prendre en considération cette dimension
mystérieuse. C'est pourquoi, dans l'étude des sociétés dites primitives ou premières,
l'anthropologie préfère se référer aux notions de don et de contre-don : la vie se donne à
la mort, la mort se contre-donne -t-elle à la vie ?
Deux cas se présentent :
Cas 1 - l'échange est équitable :
Cela suppose un postulat : la mort n'est pas le néant mais un mystère qui a du répondant.
Ce postulat peut reposer sur la seule croyance (la foi), ou (par comparaison avec les saisons
ou avec le cosmos) sur la confiance en « l'éternel retour », ou sur l'expérience de ce que

�l'on appelle : des « états modifiés de conscience ».
Dans ces cas-là, l'échange équitable entre mort et vie est envisageable et ce n'est qu'à cette
condition que le malaise reposant sur la peur de la Mort, la peur des morts et la peur du
prédateur est maîtrisable et que la fête des morts se donne dans la joie.
Cas 2 – l'échange n'est pas équitable : (en particulier quand il est assorti de mauvaises
récoltes, de maladies ou de guerres...)
Les vivants se sentent abandonnés par les morts (ou par analogie : les dieux ou les esprits
de la nature). Ils peuvent choisir une autre civilisation avec des « éternels » moins ingrats,
mais le plus souvent deux réactions les emportent :
− soit les vivants se sentent en faute et veulent racheter leurs péchés par une surenchère
moralisatrice qui les poussent à la pénitence, à l'abstinence, à la dénonciation des agents
du Mal... et à la désignation de boucs émissaires : un processus de remords et de
souffrances est enclenché...
− soit les vivants considèrent qu'ils n'ont pas assez servi « les éternels » et ils leur
sacrifient des innocents (humains, animaux...) : un processus d'holocauste est enclenché...
Ces processus aboutissent à des cercles vicieux de refoulement et d'agressivité qui
condamnent la fête des morts à la morbidité.

4. Deux exemples extrêmes et une ébauche de la
dramaturgie festive et mortuaire
1 / Appliqué au paléolithique, le schéma de l'économie sacrée rend compte du
comportement suivant : le chasseur-cueilleur doit tuer pour survivre mais …
- il ne prélève que le nécessaire.
- il s'excuse auprès de sa victime.
- il s'invente un médium « capable » de faire dialoguer les vivants et les morts, c'est-àdire : un médium « capable » de voyager à l'entrecroisement des mondes.
= Ce « chaman » aide la tribu à réaliser un équilibre général entre la vie et la mort en
intégrant les données matérielles et immatérielles des échanges. À proprement parler, il
n'y a pas de dette puisque la dette est traitée dans ce (tacite) contrat de conscience ou
d'omniscience entre le clan, la nature et le sacré.
2 / Prenons maintenant un autre exemple à l'autre bout de l'Histoire : l'Homme postmoderne est plus que jamais prédateur mais...
- il exclut le sacré de son modèle économique.
- il occulte la mort mais en fait une marchandise rentable et acceptable : propre,
souriante, retraitable grâce au génie de la thanatologie.
- il croit conjurer la mort en triomphant d'elle : recul de la mortalité, prothèses
médicales, vente d'organes, cryogénisation (congélation), cloning, OGM...
= La médecine devient la religion nouvelle épongeant la dette qui se creuse entre la mort
et la vie. Le sacré est exclu. Le contrat n'est que social et la nature a beaucoup de mal à
profiter d'une clause écologique.
3 / Entre l'économie sacrée primitive et l'économie désacralisée post-moderne, les fêtes
de la mort ont multiplié leur visage, selon les époques et les continents, les cultures et les
religions, à travers des sociétés historiques qui ont essayé de compenser par des rituels,

�des initiations, des orgies ou des sacrifices voire des pogroms ou des béatitudes... le
déséquilibre né du rapport des vivants et des morts.
Les cultures du monde offre un tableau édifiant de cette mystérieuse transaction. Voici
une grille de lecture succincte pour entrevoir la dramaturgie du phénomène...
- Quelle est sa cosmogonie : les origines de la vie, de la mort et des divinités-actrices ?
- Quelle est la mythologie raisonnant les relations entre les dieux, les humains et leurs
médiateurs : les droits et les devoirs réciproques ainsi que la hiérarchie divine, sexuelle ou
sociale qui détient le pouvoir ou la loi naturelle qui se passe de sa présence ?
- Quelle est la nature de l'âme, ses rapports à la temporalité et à l'éternité ?
- Quelle est la topographie du sacré, du profane ou de leur fusion cosmique ?
- Quelle est la scénographie et la machinerie qui opèrent les migrations entre le ciel, la
terre et les ténèbres ?
- Quels sont les rituels mortuaires et baptismaux ?
- Quels sont les rituels de sacrifice ou de couronnement qui compensent ou
décompensent les bilans de vie et de mort ?
- Quels sont les rituels d'initiation et de transmission qui font la durabilité des cultures et
des civilisations ? En est-il qui veillent au dialogue de la tradition et de l'évolution ?

5. L'histoire de la fête des morts, en çò nòstre
Interroger la fête des morts chez nous invite à revenir aux origines obscures d'un
phénomène à la fois naturel et complexe. Le schéma de l'économie sacrée essaie de le
traduire en termes d'équilibre entre les forces de vie et les forces de mort : le seul
équilibre qui puisse assurer à long terme la survivance des échanges entre la nature, le
groupe humain et le sacré. Il est évident que cet équilibre matériel et immatériel implique
des « énergies » encore indéchiffrables telles le yin-yang des cultures orientales, le mana
mélanésien et autres « feux sacrés ». Il est évident qu'un déséquilibre puisse apparaître et
qu'une dette de l'un envers l'autre bloque ou corrompe la relation. Alors se pose la
dangereuse question : qui paie l'addition ?
Relancer la fête des morts chez nous, c'est aussi confronter ce qu'il en reste et ce que
nous en savons à la grille des dramaturgies mortuaires et festives des cultures du monde.
Des comparaisons s'imposeront, d'archaïques cohérences resurgiront et sur les pistes
interrompues d'une aventure singulière se profileront le sens et les couleurs d'une quête
qui ne demande qu'à rebondir dans l'actuel.
Les pays d'oc n'ont que mille ans d'âge. Leurs traditions sont un métissage des
cultures qui les ont précédées. Cet héritage les situe dans l'ensemble méditerranéen de
l'occident chrétien. De la préhistoire méditerranéenne, nous retiendrons au
paléolithique l'art rupestre qui témoigne d'une vive activité chamanique et au
néolithique de l'importance du mégalithisme et des cultes dédiés à la Terre-mère.
Conquis ou gagnées par la civilisation indo-européenne, ces populations vont
passer de la pierre au métal, du matriarcat au patriarcat, de l'inhumation collective aux
incinérations individuelles, des villages agro-pastoraux aux oppida fortifiées, du féminin
sacré lié au prestige de la vie (fécondité) au féminin rétrogradé au service des morts, du
bestiaire psychopompe aux théocraties guerrières, de « l'éternel retour » pour tous à
l'éternité exclusive pour les chefs...

�Le christianisme va restituer la vie éternelle à l'humanité, les créatures de la Terre à
un seul Dieu, le pouvoir à la force d'aimer. Mais ses évangélisateurs vont rencontrer chez
les peuples gaulois des pratiques funéraires d'avant la conquête romaine. Malgré les
destructions de menhirs et de dolmens, les interdictions d'animaux-totems ou de fêtes
des morts (comme la Samain), malgré l'appui que leur apporta l'Empire romain finissant
puis l'empire des Francs commençant, les nouveaux saints piétinèrent. Avec le temps, un
relatif syncrétisme s'opéra : les églises nouvelles s'édifièrent sur d'anciens sanctuaires, le
nom des saints disparus se confondit avec celui de génies tutélaires locaux... et le clergé
breton de Saint Patrick parvint même à re-introduire le thème du « retour des morts »
contenu dans la Samain traditionnelle en son pays et à son heure : le début de novembre
(début de l'an celtique).
En 998, Odilon de Cluny l'actualise en « messe pour les âmes du Purgatoire ». En
1080, le pape Grégoire VII étend cette messe à toute la papauté en la transformant en
« fête de tous les saints ». En 1254, le Purgatoire devient un dogme irrévocable de
l’Église.
L'art roman traduit cette émergence du merveilleux local dans le merveilleux
chrétien. Par contre, l'art gothique traduit une volonté de l’Église à séparer le sacré du
profane, et à sacrifier le profane à un dieu toujours plus lointain, autoritaire,
centralisateur et punissant.
Aux XIVe et XVe siècles, les trois chevaliers de l'Apocalypse (la peste, la guerre et la
famine) font de tels ravages que l’Église n'a pas d'autres causes à invoquer que la faute
des pécheurs. Les spectacles sont chassés des lieux du culte, les mystères sont interdits, les
danses macabres et les rituels de pénitence envahissent le religieux. Au nom du Bien,
l'inquisition juge, torture, brûle. Il faut des boucs émissaires pour se racheter aux yeux de
Dieu. La mort devient la monnaie du commerce avec le ciel : il faut souffrir et faire
souffrir pour se laver d'un Mal que l'on projette sur des hérétiques, des sorcières, des
savants, des juifs, des poètes...
Le sacrifice que l'Antiquité institutionnalisa au nom de la cité et aux dépens des
esclaves ou des animaux reprend force de loi dans une Église qui se réclame pourtant de
Celui qui s'est sacrifié pour « laver le péché du monde ».
À la fin du Moyen Age, la fête des morts est devenue la fête de la Mort, de la
repentance, de l'abstinence, de la pénitence. C'est dans ce décor que la Renaissance va
essayer, nous dit-on, de remettre l'Homme et l'humanisme au centre du monde.
S'il est vrai que les sciences firent un grand pas et que la Réforme protestante appela
à plus de raison, il n'en est pas moins vrai que la Contre-Réforme catholique conserva
sous un décor devenu baroque et triomphant l'image expiatoire d'une vie taraudée par le
remords et le dolorisme. Les cortèges de pénitents, de pleureuses et de flagellants
envahirent les fêtes de Pâques et de Pentecôte. Par contre, les chariots de las Caritats
purent dans les grâces de l'Ascension promener, sous le drapeau de la Charité, une fête
héritant des us et coutumes du carnaval médiéval.
Quant aux protestants, leur rationalité les éloigna de toute l'iconographie
spectaculaire du Purgatoire, des Enfers et du Paradis mais leur puritanisme les maintint
hors d'une créativité désireuse de renouer avec le dialogue fécond de la vie et de la mort.
Paradoxalement, au XVIIIe siècle, c'est sous la cagoule des pénitents que les

�prochains encyclopédistes méridionaux entreprirent le discours des Lumières. La francmaçonnerie puis les révolutionnaires prirent le relais. Les festins, les enterrements et le
calendrier républicains entrebâillèrent la porte d'un renouveau festif. Elle se referma très
vite. Le logos républicain était déjà en marche pour un positivisme qui disqualifia le
sacré en le confondant avec le « religieux ».
Il se trouvait donc abandonné entre les mains d'un intégrisme religieux qui venait de
proclamer « l'infaillibilité pontificale » ou bien chez des artistes qui le redécouvrirent sous
les traits du symbolisme ou du surréalisme. Plus massivement, il fut refoulé dans les
oubliettes de l'inconscient pour le bonheur des ésotéristes ou des savants atypiques qui se
lançaient dans l'exploration de la psyché, de l'infiniment petit et de l'astrophysique.

À ce jour, l'exploration n'est pas veine. Les arts, comme les sciences, comme les ethnocultures, ont à nouveau du grain à moudre ensemble. Sur le dédale des folklores et des
superstitions, de nouvelles pertinences invitent aux noces des imaginaires et des
traditions. En çò nòstre, le Théâtre des Origines a relevé le défi de las temporadas. En ce
temps de MARTROR, comme nous venons de le parcourir, le chemin est hardi.
Il n'a rien à devoir à un Halloween qui dit : « recette » quand il faudrait dire :
« recherches ». Il a tout à craindre d'un créationnisme qui le replongerait dans
l'obscurantisme. Il a tout à revoir d'un sacré qui faisait dire au chercheur René Girard :
« C'est la violence qui constitue l'âme secrète du sacré. »
Ce chemin a laissé chez nous bien des traces : las dralhas de l'estiva, las peiras
plantadas, los mascs e las vielhas, los animals-totems, lo carri de las armas, lo camin del
dragon, los penitents e los pelegrins, las plorairas, los mandadors e l'esquilhaira, lo tarabast e
lo tenebre, lo coquel e l'apast e tantas paurs que se podrian salvar se s'esclairavan al lum de la
festa e de la libertat .
Ce chemin ramène à une actualité brûlante et têtue, aussi têtu que celui qui repasse
par les mêmes malheurs pour ne pas oser aller plus loin dans la découverte de son
mystère.
C LAUDE ALRANQ (pour la Martror 2014)

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&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;"La tradition fait la diff&amp;eacute;rence entre Toussaint que les pays d'oc nomment &lt;em&gt;Totsants&lt;/em&gt; (f&amp;ecirc;te de tous les saints ou Martror, f&amp;ecirc;te des martyrs) et le Jour des Morts. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Toussaint est le premier novembre, le Jour des Morts le 2 novembre. Aujourd'hui les deux f&amp;ecirc;tes se confondent, comme elles confondent et minimalisent leur contenu : la toilette, le fleurissement et la visite m&amp;eacute;morable du tombeau. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En Occident, cette f&amp;ecirc;te est synonyme de deuil et de tristesse, alors qu'en d'autres lieux ou d'autres temps, elle peut ou a pu &amp;ecirc;tre joyeuse (Mexique), initiatique (les Anthest&amp;eacute;ries grecques), contagieuse (Rome), paillarde (les &amp;laquo; insolenzas &amp;raquo; du Br&amp;eacute;sil), initiatique (Tibet) ou volontairement &amp;eacute;cart&amp;eacute;e (Tziganes). &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que tout poussait &amp;agrave; croire que, chez nous, cette f&amp;ecirc;te perdait sa fonction de &amp;laquo; rite de passage &amp;raquo; et que la mort &amp;eacute;tait de plus en plus occult&amp;eacute;e, elle a rebondi curieusement avec le Halloween des enfants, sous l&amp;rsquo;&amp;oelig;il complaisant du commerce mondial. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Devant la multiplicit&amp;eacute; et la complexit&amp;eacute; du ph&amp;eacute;nom&amp;egrave;ne, les chercheurs h&amp;eacute;sitent &amp;agrave; &amp;eacute;laborer une v&amp;eacute;ritable &amp;laquo; anthropologie de la mort &amp;raquo;. [Cette] causerie n'en a pas l'ambition, elle cherche seulement &amp;agrave; contribuer au d&amp;eacute;bat que le renouveau des temporadas (f&amp;ecirc;tes saisonni&amp;egrave;res li&amp;eacute;es au &amp;laquo; patrimoine culturel immat&amp;eacute;riel &amp;raquo;) suscite en pays d'oc."&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Claude Alranq&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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