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                  <text>ESCÒLO

DE RAS

PIRENÉOS

(COUMÉNGES, QUATE-BATS, NEBOUZAN, COUSERANS, HAUTO-GAROUNO)

ERA BOUTS
DERA

MOUNTANHO

Abounomént : 3 fr. per an

jC.I.D.O.
IflfZlïflS

SEN-GAUDÉNS
EM PRIM A RIO

E

LIBRARÍO
l Ut)5

A B A DIE

�SOUMARI
Pages
I.

II.
III.
IV.
V.

—
—
—
—
—

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'ESCÒLO DERAS PIRENÉOS. ..

La langue d'Oc et le patriotisme local, H. TEULIÉ
Noubèles (Nauèts counfrais, etc...) B. S
Bepurbèris det Couserans sus er' Amistat, P. CASTET. .
Remarques orthographiques (suite et fin), B. SARRIEU.

[ ^e ^° ^ue Pai*'ara aquésto 'rrebisto
\ Boucabulari gascoun
luberturo ( Abrégé deg Statuis
Suz era

53
55
62

(5i
65

,..

3
3
4

Que publicaran! lèu artiggles o pouéziés de MM. P. Castet (Goundes det
Couserans) ; Y. Bardou (Létros dera Mountánhou) ; B. Sarrieu (Utilité
pédagogique du gascon, Comptes-rendus, etc.) ; G. Castex, De Bardies,
B. Guilhem-Pène, Dasque, etc.

RÈGLES PRINCIPALES DE L'ORTHOGRAPHE GASCONNE
En règle générale, on écrit comme on prononce, et les lettres ont la
môme valeur qu'en français.
On prononce j et ch comme en français ; on écrit dz pour dz, dj pour
dj, ts pour ts, et tch pour tch.
On représente 1 et n mouillées par lli et nh (balhd, mountanho).
On peut noter 7? une n gutturale possédée par le gascon (cm], téijgue).
Jamais t n'a le son de s ; on écrit atenciouT}, etc.
Les diphtongues monosyllabiques formées par i, ou, et u peuvent
s'écrire ainsi :
1° ay, èy, ey, iy, oy, oy, ouy, uy (ou bien ai, èi, ei, etc., sauf pour
iy et uy) ; il ne faut pas écrire aï, èï, etc.
Et ta, iè, ie, yi, iò, io, iou, iu (au début d'un mot, ou d'une syllabe
bien détachée, on peut mettre ya, yè, etc.)
2° ait, èù, eù, iù, òù, où, ouù, uù (mais il vaut mieux se passer de
mettre l'accent sur l'ù pour au, eu, tu, ou, et même pour iù, si on écrit
yu ou iù pour iu) ; il ne faut pas écrire aou, èou, etc. ;
Et ùa, ùè, ùe, ùi, ùo, ùo, ùou, ùu (mieux que oa, oè, etc., et que oua,
ouè, etc.) On pourra ici aussi, sauf pour ùu, se passer de l'accent grave
sur M, si l'on suit la règle ci-après.
3° lia, lié, lie, lit, etc. (le signe à, très lisible, évite de donner deux
râleurs au signe u ; on peut dès lors dire que u, précédant ou suivant une
autre voyelle, a toujours, sauf après q, et dans gue, gui, le son ou).
Le tréma es.t réserré pour indiquer que l'i et l'u qu'il surmonte se prononcent à part, arec le son qui leur est propre (bïoulént, arrùd).
Tous les autres caractères ont à peu près la même râleur qu'en français.
AVIS. — Dans un intérêt de précision linguistique, les auteurs sont
priés de vouloir bien indiquer exactement, à la suite de leurs articles en
gascon, à quelle localité appartient l'idiome employé.

�C.I.D.O.
BÊZ1ERS

ERA BOUTS DERA MOUNTANHO
PRUMÈRO ANNADO

N° 4

« Toustém Gascous ! »

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

DE L'ESCOLO DERAS PIRENÉOS
LE 13 SEPTEMBRE 1905

Réunion privée. — Banquet. — Séance publique
Voyage à prix réduit

Comme nous le faisions prévoir clans notre dernier
numéro, YEscolo deras Pirenéos tiendra sa première
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE à Saint-Gaudens, le mercredi 13
septembre prochain.
1. Il y aura tout d'abord, vers 10 heures du matin, dans
les salons de VHôtel du Nord (en face le champ do-foire
des chevaux; — M. Blanchard, propriétaire), une RÉUNION PRIVÉE des Membres de l'Escolo présents à SaintGaudens. Le Bureau provisoire y rendra compte de sa
gestion. On y causera de tout ce qui touche l'Escolo,
surtout de l'organisation par régions et par cantons, et
on y adoptera définitivement les Statuts. — Nous prions
nos Membres de se rendre aussi nombreux que possible
à cette Réunion privée, qui aura une importance exceptionnelle, comme étant la première de notre Escolo.
2. Ensuite, à midi, BANQUET, au même Hôtel du Nord.
La cotisation personnelle est de 4 francs. Il -n'est pas
indispensable d'être membre de l'Escolo pour pouvoir
prendre part au Banquet. Prière d'adresser sans retard
les adhésions au Banquet, directement, à M. Blanchard,

�u
propriétaire de l'Hôtel du Nord, à Saint-Gaudens, avant
le 11 septembre au soir, dernier délai. Un mot, sur une
carte postale, ou même une simple carte de visite, suffira.
Nous ne pouvions faire moins que d'offrir la présidence d'honneur de notre Banquet au Maire cle la Ville
qui va donner l'hospitalité à notre première Réunion
générale, à M. Bepmale, maire cle Saint-Gaudens.
3. Enfin, SÉANCE PUBLIQUE, à 3 heures précises de
l'après-midi, dans la grande Salle de la Mairie, que M. le
Maire de Saint-Gaudens a bien voulu mettre à notre disposition, ce dont nous lui sommes très reconnaissants.
Les années à venir, la séance publique sera occupée en
grande partie par la lecture du Rapport sur les Concours
de prose et de poésie gasconnes que nous établirons, et par
la distribution des récompenses méritées. Cette année,
M. B. Sarrieu, ancien élève cle l'Ecole Normale Supérieure, professeur de philosophie, secrétaire de l'Escolo,
fera une Conférence sur « La Langue d'Oc'et le Félibrige
commingeois ».
Nous avons l'honneur d'inviter tout particulièrement à
cette séance MM. Ruau, ministre de l'Agriculture, MM.
les Sénateurs, Députés et Conseillers de nos départements et arrondissements, MM. le Sous-Préfet et les
Notabilités de la ville de Saint-Gaudens et cle la région,
les Membres cle l'Enseignement, les Rédacteurs cle la
Presse locale et régionale, les Membres des Sociétés
savantes du Comminges, du Couserans, de la Gascogne
en général et cle Toulouse, et ceux des autres « Escoles »
félibréennes, particulièrement des autres Escoles gasconnes (Escolo Gastoun-Fébus et Escolo MargueritoJ et de
YEscolo Moundino.
4. La Compagnie des chemins de fer du Midi a bien
voulu, et nous lui en sommes très obliges, nous accorder,
pour les Membres de notre Escolo qui désirent se rendre
à Saint-Gaudens le 13 septembre prochain, une réduction
de 50 0/0 sur les prix des places, pourvu toutefois que le

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parcours simple entre la gare cle départ et Saint-Gaudens
soit cle plus cle 50 kilomètres. La même faveur est accordée aux Membres qui partiront de Luchon même. Nous
espérons pouvoir adresser à tous en temps utile les
Lettres d'invitation nécessaires. Les bénéficiaires devront
les faire viser par le Bureau de VEscolo, dans la salle de
la Mairie, vers 2 heures 1/2 (demi-heure avant la Conférence), alin d'avoir droit au retour gratuit.
5. L'heure de la Séance publique permettra de repartir
cle Saint-Gaudens le soir même pour les directions cle
Montréjeau-Luchon ou Lannemezan, et cle BoussensMuret ou Saint-Girons.
Nous osons espérer que nos Membres ne manqueront
point à l'appel, et que la ville de Saint-Gaudens voudra
bien nous montrer en quelle estime elle tient l'œuvre que
nous avons entreprise : MAINTENIR LA LANGUE GASCONNE
ET LES TRADITIONS ORIGINALES DE NOS PAYS DE COMMINGES
ET DE COUSERANS.
ERA SCOLO DERAS FlRENÉOS.

LA LANGUE D'OC
ET LE PATRIOTISME LOCAL

Discours prononcé par M. Tculié, directeur des écoles do Lédar, membre de ÏEscôlo
deras Pirenéos, à la Distribution des prix aux élèves des écoles laiques de SaintGirons, le 30 juin dernier (1).
MESDAMES, MESSIEURS,
CHERS ELÈVES,

Il est, dans nos écoles, une tradition qui a su se maintenir, en dépit
de l'aversion dont elle est l'objet, soit de la part des élèves, soit un peu
aussi, avouons-le, de la part des maîtres : je veux parler du discours,
appelé discours d'usage, de nos distributions de prix.
(I). Public iléjà par le Reoeil du Sàinl-Gironnais et ['Avenir de l'Arîêge. Paraîtra en brochure à part. — Nous sommes heureux de le donner ici in-extenso, avec l'autorisation de
l'uuteur.

�50
N'est-ce pas, chers élèves, que vous nous trouvez bien ennuyeux de
retarder, par une dissertation toujours trop longue, le premier instant
qui voit, enfin, se réaliser votre rêve de félicité entrevue à travers ce mot
magique de vacances ? Et si, a cette préoccupation déjà suffisante, nous
ajoutons le charme fascinateur qu'exercent en ce moment sur vos yeux
ces beaux livres à tranches dorées, destinés à récompenser votre labeur
d'une année, il faut convenir que ma tache actuelle est, sinon désagréable, du moins fort peu commode.
On vous a, d'ailleurs, Mesdames et Messieurs, parlé de tout dans les
distributions de prix, et la matière semblerait épuisée, si nous ne trouvions dans notre Midi un « inépuisable » sujet d'entretien.
Il y a quelques mois à peine, M. Sarrieu, professeur de philosophie au
lycée d'Auch et linguiste distingué, prenait l'initiative de fonder, dans les
anciens pays de Comminges et de Couserans, une école félibréenne. Cette
société, pour l'organisation de laquelle il faisait appel à la collaboration
de plusieurs d'entre nous, est aujourd'hui constituée : elle s'apelle l'Ecole
des Pyrénées.
A cette occasion, quelques compatriotes, peu au courant du mouvement littéraire méridional, m'ont demandé de leur faire connaître le but
du Félibrige ; certains, aussi m'ont fait part de leurs craintes au sujet des
tendances de cette association. Permettez-moi de profiter de la circonstance qui m'est offerte pour analyser succinctement le caractère d'une
œuvre qui intéresse particulièrement la Gascogne et le Midi.
#

Félibre ! ce mot-là évoque généralement l'idée d'un poète patois, plus
ou moins inspiré, qui, en sa lengo mairalo, chante comme l'oiseau chante,
sans s'inquiéter des rives où le vent emportera sa chanson.
C'était peut-être un peu cela, il y a une cinquantaine d'années, quand
parut le Félibrige sur la terre ensoleillée de Provence, pays, comme chacun sait, des cigales, des farandoles et des tambourins. Mais, dès que
commença à se manifester cette renaissance de la littérature méridionale,
elle trouva un profond écho dans l'àme populaire, où elle sut réveiller le
sentiment et les aspirations de la race.
De telle sorte qu'aujourd'hui le Félibrige est devenu une immense
association englobant les poètes, les écrivains, les artistes, tous les Méridionaux qui, à un titre quelconque, veulent travailler pour la cause de la
petite patrie. Ce sont donc, lesfélibres, tantôt des poètes, tantôt des hommes d'action, venus de pôles souvent opposés, mais poursuivant un but
commun, noble et élevé entre tous : celui de sauver l'àme méridionale en
rendant au peuple la conscience de son génie, et en maintenant surtout
le principal instrument de ce génie : la vieille langue d'Oc.
Comme tous les grands mouvements de rénovation littéraire, politique
ou sociale, le Félibrige avait eu ses précurseurs. Ceux-ci, hommes de foi

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ardente, préparent la voie au progrès ; mais la gloire qui leur revient est
souvent absorbée par ceux qui, héritiers de leurs idées, ont le mérite
relatif de les faire triompher.
C'est ainsi que, dans le domaine philosophique, le plus illustre précurseur de la Révolution française fut, sans contredit, notre compatriote
Pierre Bayle, que l'Ariège et la France laïque vont magnifier, dans quelques jours, à Pamiers. Hommage juste, bien que tardif, à celui qui fut
le maître de Voltaire et des philosophes ; à celui dont la statue, éloquent
symbole de la tolérance, dominera l'immense plaine ariégeoise, témoin
des horreurs de la guerre des Albigeois, de ces luttes fratricides où tant
de nos malheureux ancêtres, combattant pour leurs croyances, périrent
victimes du fanatisme romain.
De même, ce sera un Ariégeois qui, le premier dans le Midi, sonnera
le réveil de l'émancipation provinciale, œuvre dont la réalisation fait partie du programme félibréen ; j'ai nommé Napoléon Peyrat, poète et historien né au Mas-d'Azil, celui qu'Auguste Fourès. et Xavier de Ricard ont
appelé dans le félibrige « le Vénérable Aïeul ».
Enfin, la Gascogne, elle aussi, revendique l'éternel honneur d'avoir
donné au félibrige son plus célèbre précurseur littéraire, le poète Jasmin.
Né à Agen, en 1798, Jasmin connut de son vivant la popularité et la
gloire. Ses poèmes incomparables : Françouneto, Maltro l'Innoucento,
l'Abuglo de Castel-Cuilhé, et tant d'autres, sont des chefs-d'œuvre de
grâce et de sentiment qui ont jeté un éclat immortel sur notre langue
méridionale.
Nouveau troubadour, Jasmin récitait lui-même ses poésies, partout où
on le demandait, partout où il y avait une bonne œuvre à accomplir.
Acclamé par la foule et par les académies, accueilli dans la capitale par
les rois eux-mêmes qui s'inclinaient devant son génie, Jasmin pourra
s'écrier avec une légitime fierté :
0 ma lengo, lout me zo dit:
Plantarey uno estelo à toun frount encrumit !

Cette étoile, elle va briller au front de la langue d'Oc ; elle resplendira
sur tout le Midi, et ses rayons bienfaisants vont faire surgir, de l'autre
côté du Rhône, une nouvelle pléiade de poètes. Le plus illustre sera l'immortel auteur de Mireille et de Calcndal : Frédéric Mistral, dont le nom
personnifiera le génie et les aspirations de la race. Avec Roumanille,
Aubanel, Mathieu, auxquels se joindront un peu plus tard Félix Gras,
Paul Arène et quelques autres, Mistral fondera le Félibrige qui, bientôt,
franchira le Rhône et s'étendra sur tout le Midi.

Comme il fallait s'y attendre, le Félibrige, dès son apparition, eut ses
détracteurs. Dans cette brillante tentative de restauration de la langue
d'Oc, dans cette association de méridionaux prêchant l'amour et le culte

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du terroir, on crut voir une atteinte portée à l'unité, à l'existence même
de la langue nationale ainsi qu'à l'intégrité de la patrie. « 11 n'y a, disaiton, qu'une France, il ne doit y avoir qu'une seule langue ; d'ailleurs, la
langue française est assez belle et assez riche pour suffire à tous les
Français. »
Et il restait, dès lors, sous-entendu qu'on devait, par tous les moyens,
proscrire ces patois en état de rébellion, auxquels on reprochait de ne
pouvoir se manifester qu'au détriment du français.
Or, quoi qu'on dise, nous n'avons jamais visé à détrôner la langue
française, qui est et doit rester la langue de tous les Français, et nous
ne songeons point à lui substituer la langue d'Oc, qui ne peut aspirer
qu'à redevenir l'idiome littéraire du Midi.
Et pourquoi, je vous le demande, les méridionaux jalouseraient-ils,
traiteraient-ils en ennemie l'immortelle langue de Bossuet, de Voltaire et
de Benan ? N'est-elle point aussi la langue de Montaigne, de Montesquieu et de Fénélon ? Qui, mieux que ces écrivains du Midi, a contribué à
faire la langue française et à porter sa pensée à travers le monde sur une
prose plus claire, plus vibrante, plus harmonieuse?
Et aujourd'hui même, la liste de nos compatriotes serait trop longue
qui, dans les lettres et dans les arts, portent le flambeau et contribuent à
donner, eux aussi, à la langue française, au génie français, son incomparable splendeur.
D'ailleurs, non seulement les félibres ne cherchent pas le moins du
monde à nuire au français, mais la plupart d'entre eux sont bilingues.
Jasmin lui-même n'a-t-il pas dit :
Si ma Muse est gasconne, elle est française aussi.

Elle est donc nôtre, la langue française, aussi bien au moins qu'à nos
frères du Nord, et nous sommes fiers de la parler. Mais nous aimons, en
même temps, notre pérenne langue du Midi, la douce langue des aïeux.
Et nous nous plaisons à évoquer ses annales glorieuses et les titres qu'elle
s'est acquis à notre affectueuse reconnaissance et à notre amour.
N'est-ce pas elle qui, au moyen-àge, lorsque le français balbutiait à
peine, fut la langue d'une civilisation admirable et sauva l'Europe de la
barbarie par la voix de ses troubadours ? Elle était reine alors, car les
rois la firent asseoir sur leur trône. Si elle fut la langue de Bertrand de
Born, le grand troubadour, elle fut aussi la langue de Bichard Cœur de
Lion, le grand roi-chevalier.
Vaincue, il est vrai, par Simon de Montfort et excommuniée alors
comme hérétique ; plus tard, persécutée et proscrite par François Ier et
Bichelieu, elle dut se réfugier humblement chez les paysans, où elle
tomba à l'état de patois en perdant son unité. Mais elle y garda sa sève et
son parfum, car, malgré les altérations qu'elle a subies — altérations
plus apparentes que réelles — elle est restée pour nous ce qu'il y a de
plus vivant parmi les choses du passé. Et, dans ses expressions tour à
tour vives, tendres, colorées, pittoresques, nous sentons passer comme un

�59
souffle caressant de l'àme ancestrale, de ce que Mistral appelle « l'Ame de
mon pays ! »...
# #

Que demande, après tout, le patois ? A vivre en paix honorable avec le
français, s'offrant même à lui être utile.
Dans le projet de loi sur l'enseignement qu'il présenta à la Convention,
Lakanal disait : « Les dialectes provinciaux pourront être utilisés pour
l'enseignement du français ». Mais le désir de notre illustre compatriote
ne devait pas se réaliser : il avait compté sans le système de centralisation à outrance que devait, quelques années après, inaugurer Bonaparte.
Or, l'opinion de Lakanal est devenue celle des savants contemporains.
Vroici comment quelques-uns, parmi eux, s'expriment à ce sujet :
M. Michel Bréal, membre de l'Institut, dit:
Ije patois méridional est l'ancienne langue française qui n'a pas reçu de culture littéraire. A l'origine, plusieurs dialectes se partageaient la France. Celui de Paris a eu le
privilegií de devenir la langue de la nation : c'est donc celle langue seule qui doit être
enseignée à l'école. Mais, d'un autre côté, il y aurait du danger à inspirer aux enfants
du mépris pour la langue populaire, pour celle dont se servent leurs parents : ü y a là
une question de respect et, pour ainsi dire, de mor&amp;litè. De plus, on peut se servir
du patois pour enseigner le français d'une façon intéressante...

Un autre membre de l'Institut, M. de Tarde, professeur au collège de
France et à l'école des sciences politiques, dit à son tour :
Il n'est rien de plus inintelligent que la proscription du patois et des sentiments dont
il s'inspire. Loin de nuire au français, le patois régional sert à le mieux comprendre,
par suite de leur fraternelle ressemblance. Le patois, en cela, peut jouer le même rôle
que le latin, dont la comparaison avec le français est si utile aux écrivains. L'inconvénient de ne savoir qu'une langue, c'est que l'on est exposé à prendre pour des caractères universels les particularités qui lui sont propres.

M. Gaston Paris et M. Lintilhac, professeurs en Sorbonne, sont, eux
aussi, les dévoués défenseurs des idiomes provinciaux ; et le second, après
avoir montré les dangers de la disparition du patois, termine ainsi :
« Le patois est le latin du pauvre ».

Ces simples citations suffisent à prouver que le français n'a pas à
prendre ombrage du patois, qui, loin d'être son ennemi, peut devenir son
meilleur auxiliaire. Et il n'a pas, non plus, à se trouver humilié de sa
promiscuité, car l'ancienne langue des troubadours est redevenue aujourd'hui langue littéraire : elle a franchi la porte des Facultés. On apprend
et on explique Mireille, non seulement en France, mais encore dans les
Universités d'Allemagne, et jusqu'en Amérique.
U convient encore d'ajouter que beaucoup d'écrivains français, et non
des moindres, ont compris depuis longtemps toutes les ressources
qu'offrent les idiomes populaires pour donner à la langue nationale un
renouveau continuel de parfum agrestre et de saveur originale. Ah ! ils
ont su les cueillir, les fleurs capiteuses de nos terroirs, George Sand,

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André Theuriet, Alphonse Daudet, Paul Arène, Ferdinand Fabre, Jean
Rameau, Edmond Rostand, et tant d'autres, dont les noms sont la gloire
des lettres françaises !
Félicitons-nous donc de ce qu'après avoir été si longtemps méconnue
et méprisée, la bonne langue des aïeux a trouvé grâce devant les savants
et les écrivains, qui essayent de réparer aujourd'hui tout le mal que lui
ont fait les préjugés résultant de l'ignorance, de la mode ou de la
centralisation.
A qui revient le mérite de cette réhabilitation de notre langue méridionale, sinon aux Félibres, à ces écrivains qui, voulant lui rendre tout son
lustre, l'ont relevée de l'état de patois où elle était tombée, en lui donnant
son uniformité, sa .grammaire, son orthcrgraphe ; en soumettant tous ses
mots à une sélection critique ; en ressuscitant les vieux termes disparus,
et en produisant eux-mêmes des œuvres poétiques si nombreuses et si
belles, que l'on croirait que la lyre des Troubadours, ornée des grâces et
des séductions de sa prime jeunesse, s'est réveillée du sépulcre en soulevant une pierre qui avait six siècles d'épaisseur !
Et en présence de la magnifique floraison nouvelle de la littérature
d'Oc ; en voyant combien elle rayonne sur tout notre Midi par ses Écoles,
ses livres, ses journaux, ses revues, ses brillants concours poétiques ; en
considérant la faveur croissante que lui témoignent le peuple, les académies et les pouvoirs publics, nous sommes rassurés sur le sort de noire
langue populaire, que quelques Parisiens à courte vue persistent encore à
vouloir démolir, et qu'ils assurent être à la dernière période de son
agonie.
Qu'ils nous permettent, à ce sujet, de rééditer pour eux un vers célèbre
et de leur dire avec un personnage de comédie :
Les gens que vous tuez se portent assez bien.

Et à ces prophètes de malheur annonçant, depuis cinquante ans, à
chaque retour d'équinoxe de printemps, la mort imminente du patois,
nous pouvons prédire, à notre tour, qu'ils ne vivront pas certainement
assez pour entendre sonner les glas de son enterrement !

La plupart de ceux qui souhaitent ainsi la disparition de notre dialecte
s'abritent derrière les sentiments d'un patriotisme sincère, sans doute,
mais de conception étroite ou fausse. Ils considèrent — et non sans raison alors — que l'emploi littéraire du dialecte méridional et l'usage familier des patois sont l'affirmation la plus vivace du sentiment de la race et
du patriotisme local. « Or, disent-ils, le culte de la patrie ne souffre pas
de partage. Condamnée par l'évolution politique, la' province doit complètement disparaître, ainsi que l'esprit particulariste qui l'anime. »
C'est là; Messieurs, une seconde objection, qui e#t aussi puérile que

�61
celle tirée de la langue, mais plus dangereuse. En effet, le patriotisme
local, basé sur la famille et sur les traditions, est la source et l'aliment
du patriotisme national, basé sur l'histoire et, pas plus que celui-ci, n'est
incompatible avec le culte général de l'humanité et de la civilisation.
Pourquoi, d'ailleurs, vouloir toujours opposer l'un a l'autre des sentiments qui, au contraire, s'harmonisent naturellement et ne peuvent que
gagner à se compléter réciproquement ?
Il est, à ce sujet, des problèmes qu'il est impie de poser.
Dans la crise actuelle que subit l'évolution de l'idée de patrie, des
esprits dont l'éducation politique est incomplète ou erronée, viennent sans
cesse nous demandant : Quelles sont vos préférences ? Etes-vous pour la
France ou pour l'humanité ?
Ce sont les mêmes qui, depuis cinquante ans, somment les Méridionaux de choisir entre la France ou le Midi.
... Il vous est peut-être arrivé, Mesdames, tandis que votre enfant
gambadait joyeux entre son père et vous, de rencontrer, au détour du
chemin, un aimable malappris, qui, s'adressant au gentil bébé, lui a
demandé de son air le plus gracieux : « Dis-moi, mon ami, lequel préfères-tu de papa ou de maman ? »
L'enfant, ainsi interloqué, a hésité une seconde. Il a consulté son petit
cœur, dans lequel il a lu, en une vision rapide comme l'éclair, toute la
tendresse de sa mère, et l'affection peut-être plus rude en ses caresses,
mais non moins profonde de son père, et il a répondu à l'indiscret :
« J'aime beaucoup maman ; j'aime beaucoup papa, et je les aime autant
l'un que l'autre. »
Ainsi répondrons-nous à ceux qui veulent [que notre cœur choisisse
entre la petite patrie et la grande. Nous les confondons toutes deux dans
un même amour, dans un même culte passionné.
Les anciens Grecs avaient trouvé un mot bien doux pour désigner la
petite patrie : ils appelaient la terre natale la « Matrie », et réservaient le
nom de Patrie à la Confédération hellénique, à laquelle ils étaient fiers
d'appartenir.
Ce vieux mot de Mairie, qui éveillera toujours dans les âmes de si
tendres émotions, permettez-moi, chers élèves, de le renouveler aujourd'hui pour ce coin de terre fleuri où vos yeux s'ouvrirent à l'azur ensoleillé et aux splendides horizons de nos montagnes ; à cette Gascogne, qui
vous apprit à balbutier son verbe magique, parfois rude à l'oreille, mais
toujours si doux au cœur. Elle fut la mère par qui vous êtes. Et vous
l'aimerez comme on aime une mère. Et vous respecterez en elle ses coutumes, sa langue, ses traditions. Et si, plus tard, votre raison éclairée
s'affranchit du dogme séculaire, vous serez indulgents pour ses vieilles
croyances naïves et pour ses superstitions : elles furent, pour vos ancêtres et pour l'humanité, comme le bâton sur lequel s'appuie le voyageur
égaré dans les ténèbres ', qu'il abandonne dès que paraissent les premiers
1. Guyan.

�62

rayons du soleil, mais qu'il ne laisse sur le bord du sentier qu'en lui
jetant un regard humide de remerciement.
Mais un jour viendra aussi où la Patrie, le grand pays de France, vous
arrachera doucement des genoux maternels pour vous préparer aux viriles
exigences de la vie. Ce sera le Père, dont nous vous avons dit à l'école
les gloires, les douleurs et les espérances, et dont l'honneur doit vous être
plus cher que la vie. Alors vous sentirez palpiter en vous les deux âmes
jumelles de la Matrie qui berça vos premiers ans, et de la Patrie qui vous
enivre de sa généreuse fierté. Alors vous comprendrez que, pas plus que
le petit enfant, vous ne sauriez choisir entre « papa et maman » et que
nul n'a le droit de vous imposer une préférence dans votre filiale piété.

C'est dans ces sentiments, chers élèves, que nous vous engageons à
profiter des vacances pour vous retremper dans l'amour de la petite patrie.
Pendant ces longs jours de repos et de liberté, laissez pénétrer votre
cœur des émotions intimes et des joies pures du foyer familial ; laissez
bercer votre àme par le charme de la langue gasconne et par la poésie de
ses contes, de ses légendes et de ses chansons. Dans vos courses vagabondes à travers nos vallons et nos montagnes, que vos rêves d'adolescent
s'envolent librement dans le murmure de la cascade ou du ruisseau,
mêlés aux parfums aromatiques de la forêt. Laissez-vous aller, en un
mot, à toutes les séductions de votre beau pays natal,...
Do ce pays natal, à l'éternel sourire,
Où bois, sentiers, ruisseaux, uiurmurcul pour vous dire :
Si tu veux être heureux, enfant, reste avec nous ;
Ici. loin des remords qu'un fol orgueil engendre,
La chanson de l'oiseau le semblera plus tendre,
Le parfum de la Heur te semblera plus doux I
H.

1.

NAUÈTS

TEULIÉ.

COUNFRÀIS.

56. SARRAT Arnaud, publiciste, 1645, rue [sabella Catòlica, BuenosAyres, République Argentine (Amérique).
57, ARTICLE Auguste Bertrand, ingénieur, 12, place Vendôme, Paris.

�63

II.

NAIIÈRI ABOUNATS.

26. FAGOT Paul, notaire, membre de VEscolo Moundino, à Villefranche (H.-G.).
27. LARRIEU Pierre, instituteur à Loubens, canton de Caraman (H.-G.).
28. LARRIEU F., pharmacien-chimiste, allées d'Étigny, Bagnères.-deLucbon (H.-G.).
25). DUFAUR, avocat, Saint-Gaudens {H.-G'.).
III.

COTISATIONS.

Rappelons que les membres actifs paient 6 fr. par an et ont droit au
titre de Félibre et à toutes les publications de l'Ecole (voir l'abrégé des
Statuts sur la couverture). — Pour 3 fr. on est simplement abonné à
notre Revue, ; mais nous prions nos chers abonnés de nous donner,
s'ils le peuvent, leur adhésion complète. — II y a encore un certain
nombre de cotisations en retard : prière de les adresser le plus tôt possible à-31. B. Sarrieu, secrétaire trésorier, à Saint-Mamet de Ludion
(Haute Garonne).
IV.

PROPAGANDE.

— Ce N° et le précédent ont été tirés à 1 000 exemplaires et adressés
aux mêmes personnes, dont près de 300 instituteurs de notre région.
— U Escolo Gastoun Febus vient de tenir sa grande Félibrée à Oloron,
le 28 août ; et VEscolo gascouno de Marguerito va tenir la sienne à
Nérac, le 10 septembre. Puisque la nôtre (v. ci-dessus) va avoir lieu
le 13 septembre, les trois Ecoles gasconnes auront, dans une même quinzaine, donné des preuves de leur vitalité.
V.

REMERCIEMENTS.

Nous adressons nos plus vifs remerciements à M. J.-M. Barrère,
licencié ès-Iettres, de Cantaous-de-Tuzaguet, qui, dans la Semaine religieuse des diocèses de Bayonne, Tarbes et Aire-Dax, du 16 juillet 190Î5,
p. 401, consacre un article à VEscolo deras Pirenéos. Il y montre l'intérêt qu'il y a à conserver nos moeurs provinciales et notre langue locale,
et comment « sur tout cela le progrès veut marcher, s'essayant à détruire
» chaque jour ce qui fut un morceau de la patrie. » Mais c'est bien à
tort que l'on s'imagine que le progrès consiste à sacrifier à la langue
officielle la langue du pays natal. « Ne peut-on pas aimer l'une et l'autre,
» la grande dame et la bergère, d'un même et tendre amour ?... La langue
» française est trop grande, trop universellement connue, trop bien assise
» en sa gloire, pour exiger ou simplement permettre qu'on lui sacrifie le
» plus petit de nos idiomes. Quelque chose manquerait à sa gloire s'ils
» venaient à disparaître. — C'est donc une louable, une patriotique pen» sée de vouloir sauvegarder du passé ce qui en reste encore. La Pro» vence et Toulouse s'y emploient depuis assez longtemps avec ardeur et
» non sans succès. A nous, Gascons, de tenter le même effort pour notre

�64
»
»
»
))
»

pays de Gascogne, et, chez nous, tenter c'est réussir. Déjà la Voix de
la Montagne, Era Bouts dera Mountanho, retentit de Saint-Gaudens
à Paris, entendue de tous ceux (et ils sont légion) qui gardent au cœur
le culte des vieilles choses de Gascogne, du vieux et immortel gascon.
Salut et succès à VEscolo deras Pinnéos ! »
VEscolo deras Pircnéos doit aussi remercier ceux qui l'ont fait connaître à Saint-Bertrand, au sanatorium fondé par Madame la préfète
de Toulouse et dirigé par Mlle Paule Vignau, et qui compte actuellement
une vingtaine d'hospitalisés. « Avec quel brio et quelle justesse, nous dit
» M. Yves Dufor (Chronique commingeoise, dans la Haute-Garonne du
» 20 juillet dernier), ces jeunes Toulousains exécutent la Marseillaise
» pyrénéenne, Era Coumengézo (sur l'air de la Toulousaine) surtout le
» refrain :
» 0

»
))
»
»

»
»
»
»

ils hardits dera gént Coumengézo, etc.

Ii

» A la prochaine visite des dames patronesses, Era Coumengézo sera
apprise du commencement à la fin, et chantée à la perfection. Rentrés
dans leurs familles, ces enfants l'enseigneront à leurs frères et sœurs,
faisant ainsi connaître et aimer la montagne à la plaine, la campagne à
la ville. Peut-être même que, plus tard, parmi les élèves du fanatorium, il y aura des adhérents ara Scolo deras Pircnéos et des lecteurs
dera Bouts dera Mountanho. En tout cas, ils seront les apôtres de
notre petite patrie, où ils auront été si bien traités, les traits d'union
entre le Comminges et le Languedoc. »

Enfin, nous nous en voudrions beaucoup de ne pas signaler comme elle
le mérite la généreuse initiative de notre confrère, M. Teulié, dont on
vient de lire l'intéressant discours.
B. S.

REPURBÈRIS￼COUSERANS
sus er' Amistat

Bau mès un boun amie que cent parénts.
De bi, porc è amie

Courdouniè amic o parént

Et mes bou qu'é et mes antic.

Que causso mau è mes doulént.

De bi, chibau è serbitou,

Entrani amies è soullats,

Et mes biélh qu'é et mes bou.

Ets coumpliménts lèu escusats.

�60
En dide éras bertats

Atj amic moustro-li prumèromént

Qu'es pèrden éras amistats.

Que nou as cap besoun de soun argént.

■ Prèsto dinès a tous amies

En liét è ena presou

Se bòs aué enemics.

Que counegueras toun coumpanhou.

Dets amies

Amic recounciliat,

'Que s'en tiro ardits.

Enemic doublât.

Amics dentio ets ósses,

Amic déra mountanho,

Mes ena bousso nou-y toques.

Hastiouso coumpanho.

Nou y a cap de mes boun amic

Qui pèrd u amic déra mountanho

Que ets dinès det boussic.

Nou sab cap se que ganho.

Amistat per interès,

Et3 amic qu'é coumo et chibau :

Coumo er'aygo en un brès.

Nou cau cap ahastiá-u.

Amic è traste que nou serbich d'arré :

Et que a hòrço amics

F... Jètò-c bite pet carrè.

Qu'a hòrço castics.
P.

CASTÈT

REMARQUES ORTHOGRAPHIQUES
(Suite et Fin)

Il nous reste à parler de l'emploi des signes y (3) th et nh (4), x (5),
z et s (6), de l'accentuation (7) et des assimilations (8).
3. L'idéal serait certainement, en ce qui concerne l'orthographe de la
langue d'Oc moderne, que tous les Félibres voulussent bien noter de la
même manière les mêmes sons, et qu'il y eût pour cela des règles universellement admises et prévoyant tous les cas. Malheureusement, la chose
n'existe pas encore, sauf pour quelques points importants. S'il s'agit de
noter les diphtongues formées par un i consonne placé après la voyelle,
nous voyons les Gersois, les Languedociens, les Limousins, les Provençaux préférer l't {ai, èi, oi, etc.), mais les Béarnais, les Bigourdans, les
1. Que pubblicaram leu det madéch autou cinc coundes couseranédi. Que mous prègue
entretant d'arremarca se quin soun egouistes aquésti 'rreproubès, que dan era 'rrègglo
der' amistat poupulario.

�66
Catalans préférer \'y {ay, ey, by, etc.). La notation ai, H, bi, etc., est
plus symétrique à la notation ia, iè, ib, etc. ; les Grecs et les anciens
Latins s'en servaient, et les Espagnols ont remplacé récemment beaucoup
á'y par des i. Personnellement, nous avons (sauf dans quelques cas,
comme embbyi, où l'y est à peu près indispensable : comparez IV/ dans
aùNi) adopté l'i. Mais l'expérience nous a montré que, du moins dans
notre région commingeoise, le peuple lit plus aisément l'y. — Que faire
donc ? Admettre, croyons-nous, les deux notations, en attendant qu'un
accord général s'établisse sur ce point.
rt .

Conformément à la tradition, nous notons l mouillée Ih. Ex. : balhâ,
bîlhd, télh. 11 est inutile de mettre un i devant Ih, d'écrire p. ex. :
bailhd, téilh qui devraient être prononcés baylhd, téylh ; c'est là un
compromis peu logique, et admissible seulement comme transition, entre
l'orthographe de la langue d'Oc et l'orthographe française : Ih suffit.
.Nous avons justifié dans le n° 1 l'emploi de nh pour n mouillée. Traditionnel comme Ih, le signe nh, adopté par les Toulousains, n'est guère de
plus difficile lecture. Ex. : banhá, punk, etc. On s'y fera.
L'objection que l'on pourrait faire contre l'emploi de nh (que quelquefois h est aspiré après n) atteint également //(. Nous avons proposé de
séparer, dans ce cas, les deux tettres par le signe '. Ex. : caVhd, dal'lii,
en'hourná, etc. Et ainsi nous n'abandonnerons ni Ih ni nh.
5. Nous persistons à recommander d'écrire tch pour tch, dj pour dj,
etc. On peut, dans les dialectes languedociens et provençaux, adopter
les graphies ch et j pour les sons ts et dz ; mais c'est impossible en
gascon, puisqu'il faut noter aussi les sons ch, j, tch et dj. — Toutefois
on peut admettre qu'on écrive tj (ou même tg devant e ou ij-pour un son
intermédiaire entre tch et dj, et plus chuintant que t mouillé.
Nous croyons avoir raison de proscrire absolument le signe x pour
noter les sons ch, ts, ou tch. Nous préférons les voir noter exactement
[que dits « il dit » et non que dix ; madéch « même » et non madéx ou
madeix]. Pourtant, si l'on trouve, comme le journal « l'rouvènço », que
les notations actcioui], Alètsis, etcès ou ectcès, egdzémple, etc., ont
quelque chose d'un peu déconcertant, on peut écrire accioni/, et même,
ce qui du moins rappellera l'étymologie, excès, Alexis, et exemple. Seulement la prononciation ne sera plus notée clairement pour ceux qui parleront un autre dialecte.
G. Nous avions proposé z pour s douce et s simple pour s dure. Cette
notation est parfaitement précise ; elle est adoptée par les Félibres
(['Occilania ; elle est, pour s dure, celle de l'espagnol contemporain, qui
fait en cela comme le grec ancien. Toutefois, actuellement, les Béarnais,
les Gersois, les Limousins, les Languedociens en général, les Provençaux
et les Catalans eux-mêmes emploient, comme en français, entre deux
voyelles, s simple pour s douce, et ss pour s dure. Peut-être vaudrait-il

�67
donc mieux faire ainsi, afin d'être plus lisible pour le grand public. —
Mais comment distinguer alors les cas où s sera véritablement redoublée
dans la prononciation? A l'aide du signe ' ? Du moins on pourra écrire
qu'ess hè tisano « il se fait de la tisane » ; et, avec ss devant h (rétablie
conformément à l'étymologie, bien qu'elle soit muette dans ces mots
luchonnais), esshuelld, desshiald, desshè, pour essuelhd, dessiald, dessè
dans lesquels on ne saurait pas si l'on doit faire sentir les deux s. —
L'emploi de s simple pour s douce intervocalique permettra de se passer
de z, sauf à l'initiale (zéro) et dans les groupes (ounze, quatourze); mais
on pourrait peut-être conserver z entre deux voyelles toutes les fois que
le son z est issu d'un c ou d'un t ou d latins. On écrirait donc arrbso
(rosa), causo (causa), caso (casa), etc., m&amp;issazoun (sationem), arrazoui/
(rationem), bézc (videre), céze (cicerem), dize (dicere), etc. Cf. l'emploi
de c ou ç pour s dure issue d'un c ou t latins : emoucioui? (emotionem),
gracio on graço (gratia), haço, haces (faciam, facias).
7. Pour l'accentuation, nous renvoyons à ce que nous avons dit dans
le l01' N° à.'Era Bouts. Nous ferons remarquer seulement :
1° Qu'il est inutile d'accentuer Ve fermé non tonique, parce que nous
n'avons pas d'e (œ) muet. [Ex. : plaze « plaire », mais plazé « plaisir » ; dide « dire », mais didé-c « le dire », etc. De même este, lége,
mais sabé, poudé, deué « (le) devoir » ].
2° Qu'un è ou un ò doit être considéré comme tonique, sauf indication
contraire [Ex. : perè, cabelhèro, tarbs, cabbço]. Dans le cas où l'on
aurait affaire à un è ou à un ò atones, on accentue la tonique [cdntb-u,
lichdtt-bc] ; si celle-ci est un è ou un Ò, elle devient donc ê, ô [lêchb-u,
pôrtb-c].
8. Reste la question des assimilations (adoucissements, réductions,
accommodations, assimilations proprement dites). Ce qui la rend délicate,
c'est qu'il s'agit de passer entre deux écueils. Si l'on ne note pas du tout
les assimilations, la prononciation réelle n'est pas indiquée, et reste donc
bien douteuse, du moins pour ceux auxquels le dialecte en question n'est
point familier. Si on les note toutes exactement, les mots deviennent
méconnaissables, même pour ceux qui sont familiers avec l'idiome, parce
que ceux-ci aussi ont dans l'esprit la forme pure du mot, alors même que
leur prononciation l'altère ; par suite, l'orthographe devient difficile. Nous
croyons qu'il faut prendre un moyen terme ; mais ce juste milieu est
délicat à déterminer.
Dans l'intérieur d'un mot, il nous semble qu'il faut noter exactement
ce qu'on a [Ex: en luchonnais semmano, hénno, et non sejmano,
hémno.) Mais on peut déjà hésiter avec les composés. Nous ne saurions
admettre eschugd pour echchugd; mais on peut mettre esdentegat, plutôt
qa'ezdentegat ; et il vaudra mieux écrire, sans doute, gat-marte « martre »,
pbc-bdu « vaurien », que gam-marte, pbb-bâu.
Entre deux mots, on peut se passer de noter les adoucissements et les

�liS

atténuations. On écrira donc, à ce compte, es bmes, es goujats, ut} back
blanc, plutôt que ez ornes, ez goujats, uni baj blanc; déls (on dets)
traucs, et non det traucs; dus lits néri « deux canards noirs », et non
duz lin néri, qui est pourtant la véritable prononciation. On écrirait s
môme tombée [abans étch, abans touli, et non abanz étch, aban touti.]
Nous avons déjà dit qu'on peut se passer de noter l'assimilation des nasales [en prat et non em prat, un dit et non un dit, MT? poudoum nére,
et non uni poudoun nére, etc.] De même, on écrirait tout drét, tout
fort, etc., et non toud drét, touf fort, etc. De même encore, au lieu de
faire varier exactement l'article masculin singulier d'après la prononciation [etch lier, el lét, ep pas, ed dit, ec cap, eg gùéu, etc.], on se contentera, s'il est étch, de lui donner les trois formes etch, edj et et [etch
hèr, edj orne, mais et pas, et dit, et cap, etc.], et, s'il est et, les trois
formes ett, ed et et [ett hum, ed bme, mais et pas, et dit, etc.] ; au pluriel, On écrira es ou ets seulement. De même avec aquétch, dap, [aquet
dit comme aquet lét; dap lu, dap Néto, etc., comme dap pan, etc.] et
avec tous les autres proclitiques. Toutefois, il faudrait, croyons-nous,
continuer de noter les redoublements et les accommodations avec redoublement [qu'ett hè, ett hum, lichâtt-bc, agg as bist, dabb éro, etc.], et
le passage de s à y [ey droites ou ei drblles, à Biros, etc.].
Il y a, on le voit, quelques points délicats. Ceux de nos amis que ces
questions intéressent seront bien bons d'y penser un peu; nous pourrons
ainsi nous communiquer, soit le jour de la réunion, soit plus tard, nos
idées à ce sujet, et arriver enfin par la réflexion et par la pratique, à
nous mettre, du moins dans notre Ecole, à peu près d'accord sur
l'essentiel.
B.

SARRIEU.

Nécrologie

Qu'apreném dap péno qu'et nôste car counfrai è amie Miquèu
de Camelat è 'ra sió moulhè s'an perdut aquésti diés iou droullôto
de sèt ans. Que les pregam d'èste soulides qu'Era 'Scòlo deras
Pirenéos prén iou grano part at dó que les bén d'esproubâ ta
crüèloméns.

C.l.0.0.
BÉZIERS

�ABRÉGÉ DES STATUTS
(parus dans la Revue de Comminges, 1er N° de 1904)
ART. 1. Il est fondé, pour la région gasconne de la haute Garonne et
de ses affluents, une Ecole félibréenne qui prend le nom d'Escblo deras
Birenéos (Ecole des Pyrénées).
ART. 2. Le siège de l'Ecole est à Saint-Gaudens. Elle comprend trois
grandes Régions : 1° Haut-Comminges, Nébouzan, Quatre-Vallées (SaintGaudens) ; 2° Bas-Comminges (Muret) ; 3° Couserans (Saint Cirons) ;
— chacune subdivisée en Cantons.
ART. 3. Le but de l'Ecole est de maintenir et de relever la langue
gasconne du Commingci et du Couserans ; de conserver également les
traditions et les usages locaux.
ART. 4. L'Ecole s'interdit toute polémique politique ou religieuse,
soit écrite ou orale. Ses membres, individuellement, gardent d'ailleurs
toute leur indépendance.
ART. 5. Les Membres actifs paient 6 francs par an, et ont droit au
titre de Félïbres et à toutes les publications de l'Ecole.
ART. 6. Il est recommandé, en envoyant son adhésion au Bureau général, de se faire inscrire sur une liste cantonale; on le sera par le fait
même sur une des trois listes régionales et sur la liste générale.
ART. 7. 11 y aura des Sections cantonales là où les Membres actifs
d'un même canton (o au moins) décideront d'en établir une. — ART. 8. A
défaut de Section cantonale, il y aura au moins un Représentant de
l'Ecole dans le Canton.
ART. 9. Il y aura trois Sections régionales : Haut-Comminges, BasComminges et Couserans.
ART. 7 et 9. Les Sections cantonales et les Sections régionales jouiront
de la plus grande autonomie, à la seule condition d'agir conformément
aux Statuts, notamment de respecter les Articles 3, 4 et 5.
ART. 14. L'Ecole pourra avoir au dehors des Correspondants et des
Représentants généraux.
ART. 7, 9, 10, 11, 12, 13, 16. Les divers Bureaux seront renouvelés
tous les cinq ans, par les Assemblées réunies à cet effet (on pourra voter
par correspondance). — D'une manière plus précise : ,
i j. Chaque Assemblée cantonale : 1° Nommera le Bureau (ou le Représentant) cantonal ; 2° Nommera des Délégués « régionaux » (un au moins
par Canton) qui constitueront, avec ceux des autres Assemblées cantonales
de la même Région, le Bureau de cette Région ;
2) . Chacune des trois Assemblées régionales : 1° Recevra donc son
Bureau des Assemblées cantonales correspondantes ; 2° Nommera des
Délégués &lt;( généraux » (deux au moins par Région) qui constitueront,
avec ceux des deux autres Assemblées régionales, le Bureau général ;
3) . L'Assemblée générale : 1° Becevra donc son Bureau, ou Bureau
général, des Assemblées régionales ; 2° Ne nommera personne, mais
établira ou modifiera les Statuts ;
4) . Le Bureau général nommera les Représentants cantonaux (s'il y a
lieu), les Correspondants et les Représentants généraux. Il centralisera
les cotisations des Membres actifs et aura le droit d'agir au nom 4e
l'Ecole entière ;
5) . Chaque Bureau s'organisera lui-même intérieurement, et rendra
compte annuellement de sa gestion à l'Assemblée correspondante.
ART. "lti et 16. Divers détails relatifs aux Concours et aux Publications
seront réglés ultérieurement par le Bureau général. — L'Ecole sera provisoirement organisée et dirigée par ses fondateurs.

Le Gérant : N.

AHADIE.

�DE ÇO QUE PARLARÀ AQUÉSTO 'RREBISTO
« Era Bouts dera Mountanho » que s'oucupará de literaturo, de ciénço,
è de tout ço que pouirá enteresa ef Felibridje.
Coumo 'rrebisto literârio, que pubblicará poueziés, coundes, noubèles,
è auti bèri (è coumbenabbles) escriéuts en léi)go gascouno.
Qu'estudiará es parlaz gascous, enta hè les counégue è aprecià.
Que serà erouzo tabén de hè paréche touti'z biélhi doucuménts en
gascouii que l'au pouiran èste coumunicats.
Coumo 'rrebisto cientiflco, sense cap de pretencioun, que balhará —
en gascoun — quauques crouniques que s'arrepourtarán as ciéncés
teouriquez è pratiques (matemàtiques, flzico, chimió, agriculturo, igièno,
endustrio, etc.)
Nou lichara pas tapòc de coustat era istòrio è 's soz enchinhoménts.
Que pouirâ mémo trattá quauques questiouz de mouralo.
Enfin, que tenguera 's sòz lectouz ac courént dez ôbrez des Felibres
è dem moubemént felibrénc.
Ta 's eoundez:arrenduts des louz oubradjes que soun pregats ez autous
d'embouiá-lez en doubbl'egdzemplári, en tout endicá-mous, se cau, ep
prêts dez boulumez è'1 liberaire aoun es troben.

Edj abounomént ara « Bouts déra Mountanho » qu'ei de 3 fr. per an ;
è nou sera paz majourat, mémo s'era nòsto 'rrebisto bén a groussi è a
paréche cado mes. Mès qu'eiigadjam ez nôsti brabez abounats a balhâmous, s'ap pòden, era Iou adeziouii coumplèto.
Cado mémbre dera nòsto 'Scòlo que hará soun pousibble ta proucurámous, ta lèu que pousque, mémbrez agechénls noumbrouzi : mès seram,
è miélhou pouiram hè. E, mèz encaro, cadun que mouz boulera ajudà det

sòn sabé è déra sio plumo.
Es qui nu-an paz encaro pagat era lou coutizacioun que haran bièn

d'embouid-lo sénse destrigd-s : atau qu'ezbitaran frèsi.
Adreçâ-s ta tout aeró, pem moumént, a Moussu B. Sarrieu, 8, plaço
Du-Bartas, Auch (Gèrs).

BOUGABULARI GASCOUN
Que haram paréche en aquésto 'rrebisto, debadj et titre de « Boucabulari gascoun », listez de mòts e d'espresious tiradez dez dibèrsi dialectez gascous. Que i-â en gascoun fôrço tèrmez è tournures qu'es troben
prèsque semblabbles en francès, è que soun coumprenuts faciloméns
mémo pes qui nou counéguen paz gùaire 'ra nòsto léngo : nou sera pas
necesari d'endicá-Ies acitau. Que mous countentaram de noutâ, en tout
endicá-n era proubenénço è balhd-n era traducteioun francézo, es tèrmez
è'z loucucious que prezentaran quauco particularitat o quauco dificultat ;
è d'aquéro manière que trebalharam a manténgue è a estiéne 'ra counechénço dez arrichéces del lengùadje dez nòsti páis.
Tadaquér'ôbro, qu'auram bejunh der'ajudo de touti'z nòsti amics ;
qu'esperam que nou mous hará paz défaut. — Que haran bièn tabén
ez autous, s'empléguen bec-còp en louz artiggles quauque mòt pòc uzitat
o trop loucau, de balha-n en noto 'ra sinhificacioun.

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              <text>Era Bouts dera mountanho &lt;a href="https://occitanica.eu/items/show/10927"&gt;(Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
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