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DERAS

PIRENÉOS

(GOUMÉNGES, QUATE-BATS, NEBOUZAN, COUSERANS, HAUTO GAROUNO)

ERA BOUTS
DERA

MOUNTANHO
ILLUSTRADO

QUE PARÉCH ET L5 DE CADO MÉS

GUIDE ABRÉGÉ DU FÉL·IBRl
— et Programme des Jeux Floraux de 1909 —
Abounomént : 3 fr. per an
SEN-GAUDÉNS
EMPRIMARIO

E

LIBRARIO
1909

ABADIE

C.í

p.ÏÏi

�SOUMARI

Pages

I. — Guide abrégé du Félibre, B. SARRIEU. .,
/ 1. Félibrige et Langue d'Oc
\ 2. Lecture et Orthographe: 3. Vocabulaire et Style
/ 4. Littérature gasconne
\ 5. Propagande
II. — Nos gravures
III. — Programme de nos Jeux-Floraux de 1909 ...
IV. ,-— Noubèles (Nauèts Counfrais, Remerciements, Anthologies. Centenaire de Mirèio, Nécrologie)
V. — Noubèlos de Paris, « TITOUNHO »

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41
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AVIS. — Ce numéro est particulièrement destiné à la propagande.
Nous comptons absolument que nos amis feront à son aide la plus active
campagne en faveur de notre Escolo deras Pirenéos. Que chacun d'eux
nous amène seulement un Membre ou un Adhérent nouveau, et notre
prospérité est assurée.

REGLES PRINCIPALES DE L'ORTHOGRAPHE GASCONNE
En règle générale, on écrit comme on prononce, et les lettres ont la
même valeur qu'en français.
.
On prononce j et ch comme en français ; on écrit dz pour dz, dj pour
dj, Is pour ts, et tch pour tch.
On représente 1 et n mouillées par Ih et nh (balhd, mounlanho).
On peut noter ?? une n gutturale possédée par le gascon (cav, Úrtgue).
Jamais t n'a le son de s ; on écrit atenciown, etc.
Les diphtongues monosyllabiques formées par i, ou, et u peuvent
s'écrire ainsi :
1° ay, èy, ey, iy, òy, oy, ouy, uy (ou bien ai, èi, ei, etc., sauf pour
iy et uy) ; il ne faut pas écrire aï, èï, etc.
Et ia, iè, ie, yi, io, io, iou, iu (au début d'un mot, ou d'une syllabe
bien détachée, on peut mettre ya, yè, etc.)
2° au, èù, eu, iù, où, où, ouù, uù (mais il vaut mieux se passer de
mettre l'accent sur l'ù pour au, eu, eu, ou, et même pour iù, si on écrit
yu ou iù pour in) ; il ne faut pas écrire aou, èou, ni ati, èii, etc. ;
Et ùa, ùè, ùc, ùi, ùo, vo, ùou, ùu (mieux que oa, oè, etc., et que oua,
«uè, etc.) On pourra ici aussi, sauf pour ùu, se passer de l'accent grave
sur w, si l'on suit la règle ci-après.
3° lia, lié, lie, Ui, etc. (le signe h, très lisible, évite de donner deux
valeurs au signe u ; on peut dès lors dire que u, précédant ou suivant une
autre voyelle, a toujours, sauf après q, et dans que, gui, le son ou).
Le tréma est réservé pour indiquer que l'i et l'u qu'il surmonte se prononcent à part, avec le son qui leur est propre (Inoulént, arriiá).
Tous les autres caractères ont à peu près la même valeur qu'en français.
AVIS. — Dans un intérêt de précision linguistique, les auteurs sont
priés de vouloir bien indiquer exactement, à la suite de leurs articles en
gascon, à quelle localité appartient l'idiome employé.

�CI D.O.
BËZiERS

ERA BOUTS DERA MOUNTANHO
5MO ANNADO: 1909
...

-- -

N° 3. MARS

«

Toustèm Gascous ! »

—

'—1

GUIDE ABRÉGÉ
du Félibre
Ami Félibre qui nous liras, tu trouveras ici, classées et condensées,
les idées qui te sont chères et familières, afin que tu puisses plus aisément, comme il sied à un Membre de VEscolo dcras Pircnéos, les exposer
à tout venant, les défendre s'il le faut, les propager par la parole et par
la plume, gagner ainsi à notre cause le plus grand nombre possible de nos
compatriotes : de manière qu'arrive sans trop tarder l'heureux jour où
nous aurons pour nous la majorité, et enfin l'unanimité, dans notre chère
Occitanie. — 11 faut bien se servir du français à cet elfet, puisque ceux
que nous voulons convertir ont ou font semblant d'avoir oublié leur
véritable langue maternelle. Mais, aussitôt que possible, c'est au gascon
que nous reviendrons. Du reste, la plupart des questions traitées ici
seront reprises en détail dans Era fiouls dera Mounlanho, à laquelle
tout Commingeois ou Couserannais qui le peut devrait être abonné.
CHAPITRE 1«
FÉL1BRIGE ET

'Oc

LANGUE D

§ 1. Origine et But du Kelibrige
Le Félibrige a été fondé pour maintenir et relever notre langue d'Oc,
et, avec elle et par elle, tout ce qui fait la gloire et l'originalité de notre
Midi. En effet, à la suite de la guerre des Albigeois (début du xin"13
siècle) et des progrès de la centralisation royale, notre langue, proscrite,
délaissée, avait fini par s'abâtardir et risquait de périr. Plusieurs essais
avaient eu lieu cependant en sa faveur, avec un succès relatif : pir exemple on trouve en Gascogne, à la fin du xvie siècle et au début du xvne,
les de Garros, les Ader, les d'Astros, les Bedout, etc. ; à Toulouse, Goudelin, leur contemporain ; dans l'Agenais, tout récemment, Jasmin, etc.
Mais aucune de ces tentatives n'avait eu la force et l'ampleur du Félibrige, qui, fondé en Provence, il Fontségugne, le 21 mai 1854, par Mis
tral et six de ses amis, songea de suite à s'étendre sur toute l'Occitanie
et fut l'origine d'un mouvement toujours plus large et plus fécond, plus
que jamais plein d'avenir.
Le mot « Félibre », à l'étymologie obscure, fut emprunté par eux à
une vieille chanson provençale (qui mentionnait « li sèt félibre de la léi »)
pour désigner les membres de l'association nouvelle. Mais le succès

�12
prodigieux du mouvement félibréen fit appeler Félibres, à bon droit,
tous les fils conscients de notre Terre d'Oc, tous ceux qui travaillent au
maintien de sa langue et de son génie.
§ 2. Le passé et le présent de notre langue d'Oc
Notre langue ne fut pas toujours aussi bas. Sans doute elle fut de
tout '. temps divisée en dialectes différents; mais une langue littéraire
commune, celle des Troubadours (dont celle des chartes ne s'éloignait
guère en général), avait fini par s'établir et par régner officiellement au
XIIe siècle dans tout le Midi, du Limousin à la Provence et à la Catalogne. Malheureusement cette prospérité passa comme l'éclair i à la suite di
la funeste Croisade, la belle langue courtoise tomba en désuétude ; les
parlers locaux, cessant d'être soumis à une direction commune, se mirent
à diverger davantage, de nombreuses altérations s'y introduisirent, et
enfin l'invasion du français les corrompit et les réduisit à l'état de patois.
Voilà pourquoi il parut impossible aux Félibres, comme à leurs prédécesseurs immédiats, de revenir simplement à la langue (d'ailleurs vieillie)
des Troubadours. Il leur sembla plus pratique de cultiver leurs dialectes
particuliers, en s'efforçant seulement de les rendre plus purs et plus
réguliers. Toutefois, dans chaque grande région, il y eut quelque dialecte
préféré par les principaux auteurs et capable par suite de refaire l'unité
de la^ langue d'Oc dans cette région. L'état de notre langue est donc
aujourd'hui assez analogue à celui de la langue grecque à l'aurore de sa
littérature. Au-dessus de la diversité de nos parlers locaux (qui forment
malgré tout une seule langue, puisque ceux qui les parlent se comprennent entre eux sans étude préalable) sont en train de s'établir quelques
grands dialectes littéraires, qui en refont partiellement l'unité linguistique. Tels sont, en Catalogne, le catalan barcelonais, le plus prospère
de tous, qui a reconquis chez lui la haute société, qui dispose d'un grand
nombre de journaux même quotidiens et de revues ; en Provence, le
provençal rhodanien, le dialecte de Mistral et de sa Pléiade, en voie de
réussir comme le catalan ; dans le Haut-Languedoc, le toulousain, un
peu moins prospère ; chez nous enfin le béarnais, qui — un peu mitigé
d'armagnacais — parait apte à fonder l'unité littéraire de la Gascogne.
Du reste, il ne peut, être qu'excellent de cultiver, à côté de ces grands
dialectes, des idiomes moins étendus, afin que toutes les ressources de
notre langue soient mises au jour et qu'aucune ne soit perdue pour l'œuvre générale.
§•. 3. Organisation actuelle du Félibrige
Quel est, d'autre part, l'état actuel du Félibrige? Sous l'influence des
premiers Félibres, des « Ecoles » felibréennes se sont multipliées dans
tout le Midi'..Par exemple, en Gascogne, se sont fondées successivement,
1. li'Acadi'm'C des faux-Floraux, I&gt;icil pins ancienne, est également revenue largement
à sa vocation romane, et beaucoup de Sociétés Savantes du Midi ont fait une place au
Félibrige.

�43
chacune pour une région différente (Bassin de PAdour et du Gers; BasseGascogne ; Bassin de la haute Garonne), l'Escolo Gastou-Febus (1898),
l'Escolo Marguerito (1901)) et notre Escolo deras Pirenéos (1904), celleci .10 ans après la création du Félibrige. Les progrès ont donc été assez
lents, mais sûrs et continus. Les diverses Ecoles félibréennes doivent
bien grouper aujourd'hui (la Catalogne non comprise) 8.000 Membres ou
adhérents environ. Plusieurs d'entre elles sont entièrement indépendantes ; d'autres ont formé des Fédérations (Fédération des Ecoles limousines, Fédération Occitanienne, Freirié Prouvençalo) ; la plupart (telle la
nôtre) sont affiliées au Félibrige central. — Celui-ci (Association déclarée)
comprend essentiellement, d'après ses nouveaux Statuts (1901), deux
organes : 1° Le Consistoire Félibréen, formé des 50 « Mojoraux »
qui
se recrutent par cooptation et nomment leur Bureau (renouvelable tous
les 7 ans, comprenant 7 Membres, savoir le Capoulié, le Baile ou
Secrétaire Trésorier, et cinq Assesseurs, et chargé de l'expédition des
affaires courantes pendant l'année) ; 2° Le Grand Conseil du Félibrige,
qui comprend le Consistoire plus les Délégués des Ecoles affiliées, dont
chacune a un nombre de suffrages correspondant à sa cotisation (p. es.
la notre, payant 30 fr. par an, en a trois). Le Consistoire établit les
Statuts, règlements, etc; le Grand Conseil vote et contrôle le budget du
Félibrige. Cette organisation très souple laisse la plus grande liberté aux
Ecoles affiliées, et cependant établit entre elles une étroite solidarité qui
leur donne une force morale incomparable.
CHAPITRE 11
LECTURE ET ECRITURE DE NOTRE LANGUE D'OC

Ainsi, d'abord, notre langue d'Oc vit toujours, et « tant qu'il y a de la
vie, il y a de l'espoir » ; puis, les bases de notre Renaissance définitive
sont déjà solidement posées, les leviers en sont forgés. Mais il reste à les
mettre en œuvre ; cela dépenl uniquement de l'initiative et du dévouement
des Ecoles félibréennes et de leurs membres. Or, il n'y a pas à se le
dissimuler, beaucoup reste à faire.

§ I. Lecture
C'est môme par le b-a ba qu'il faut commencer, puisque nos compatriotes, à qui l'enseignement officiel ne dit rien de notre langue d'oc, ne
savent pas même lire leur idiome. On leur fera remarquer que rien ne
s'apprend sans un léger effort. Cet effort, il y en aura qui manqueront de
patriotisme et de cœur pour le faire. Ils peineront, comme on l'a dit,
pendant des années pour arriver à écorcher le français ou quelque langue
t. Notre Escolo compte 2 Mnjnraux (MM. A. Planté, assesseur, et M. Camélnl), et aussi
3 Maîtres

en Gai-Savoir,

litre purement honorfique (Mme Philadelphe de Gerde, MM.

S. Palay el II. l'e'lisson). Le Félibrige comprend aussi des Félibres Mainleneurs, et des
&gt; Soci ■ ou Correspondants étrangers.

�44
étrangère; mais, s'il s'agit de leur langue maternelle, dera léngo mairalo,
ils regretteront une heure de peine. Tant pis pour eux ; ce n'est que
pour ceux qui ont assez de foi et d'amour que nous écrivons ici. ■—
Le mieux pour arriver à bien lire la langue d'oc serait peut-être de la
considérer d'abord chez ses anciens auteurs, dans la langue romane
des Troubadours et des chartes ; car nos modernes Félibres ne s'en
écartent que sur quelques points peu importants. En tout cas, le principe
essentiel est que toutes les lettres se prononcent avec leur valeur propre.
Généralement elles se prononcent comme en français ; mais il y a
quelques remarques particulières à faire.
1° Ch et j (ou g devant e et t) [qui ont du jadis se prononcer tch et
dj, comme z se prononçait ts] se prononcent aujourd'hui à peu près
comme le ch et \ej français, sauf dans quelques dialectes comme le
languedocien et le provençal où on les prononce à peu près ts et dz.
2° Lh et nh se prononçaient (et se prononcent encore) / et n mouillées
(Exemples anciens : fuelha, lisez foucilla, en 2 s y 11. ; cam/anha, lisez
campdgna) ; cependant gn (et en catalan ny) faisait, même anciennement,
concurrence knh. — En béarnais, lh est un t mouillé.
3° Les voyelles qui portent des accents graves (è, Ò) sont ouvertes.
4° L'e se prononce é, même sans porter d'accent (Seule exception : les
finales de quelques mots béarnais, landais .et bas-armagnacais, où cet
e, issu de a latin,est analogue à l'e muet français).
5° U se prononçait en latin ou, prononciation qui persiste en espagnol,
en italien, en catalan même. Depuis, dans presque tcute la langue d'oc,
il est passé à ü comme en français (pur, naturo ; lisez pür, nalùro).
Mais il a gardé le son ou après une voyelle, ou avant, ou entre deux
voyelles. Les mots anciens ou modernes auzelh, fuelha, ciutat, laua se
lisent donc aou-zèil, foué-illa, ciou-tat, la-oua. Et il est bon de remarquer qu'il en fut jadis ainsi en français, où « saut » se prononçait saoutt,
« autre » aou-tre, etc. — En béarnais, o devant a ou e se prononce
aussi ou (Ex. : goara, pron. goua ra, comme guara ou gùara). L'u
avec un accent grave (à) vaut aussi ou, du moins chez nous.
G0 I ou Y (les deux notations sont anciennes) ne se fondent pas avec
la voyelle précédente comme en français moderne, mais se prononcent
distinctement quoique non séparément. P. ex. aima ou ayma se lit a-ima (a-i en une seule syllabe), et non é-ma. Il en fut de même en
français, où l'on prononçait « aimer » a i-mer (a-i en une syllabe) et non
ê-mé; « loi » /ò-i(en une syllabe) et non loua.
7° Pas de difficulté pour v ni b, sauf que, en languedocien et en
catalan, le c lui-même se prononce
— Pour l non plus, qui vaut
toujours t, et jamais s.
8° X a eu plusieurs valeurs ; il suffit de savoir que dans les anciens
textes gascons, comme dans le catalan moderne, elle valait ch (par
exemple on écrivait Aux pour faire prononcer Aouch ; le catalan aixecar
se prononce ai-chc-ca). Aujourd'hui, elle vaut ts, ordinairement.
9° Le catalan, un peu influencé par l'espagnol, prononce toujours u

�45
ou ; écrit et ny au lieu de lh et de nh, et note c final dur par ch (lloch,
prononcez Ihoc ; montanya, prononcez montdnhœ).
10° Enfin ici, dans Era Bouts, nous employons v pour une n gutturale;
et II pour un u se prononçant Ü, mais non isolément, devant une voyelle,
ou entre deux voyelles. (En effet, en vertu du 5° ci-dessus, on ne peut pas
employer u ; et ü serait inexact). Ex. : dlia, eqiiitaciown, etc.
Et c'est tout. Et môme on pouvait être plus bref et se contenter de
signaler nh pour cjn (2°) et u pour ou (5°). Est-ce la mer à boire? Il te
faut proclamer, au.contraire, qu'il est très facile de lire notre langue d'oc,
ancienne ou moderne ; que qui lit bien l'un de ses dialectes sait déjà lire
les autres presque parfaitement ; qu'il n'y a point ici toutes les chinoiseries que l'on trouve en français, où on ne sait jamais si // fait
l-l, ou
lh, où l'on écrit a-i pour è, o-i pour wa, où il faut apprendre que au,
eau, eô, etc., font o, où il y a une infinité de consonnes muettes à la fin
ou dans le corps des mots, etc., etc. A ceux qui feront encore des
des difficultés : « Epelcz, chers amis », leur diras-tu, (( deux ou trois
pages d'Era Bouts, de préférence dans votre dialecte ou dans un dialecte
voisin du vôtre, puis reprenez-les couramment de vive voix, et vous
vous trouverez, en une séance, sachant lire in œternum votre langue
maternelle ».

§ 2. Orthographe
L'orthographe est un peu plus délicate que la lecture, mais il n'y a pas
lieu de s'en effrayer. 11 suffirait même de l'habitude de lire les bons
auteurs languedociens, provençaux, gascons pour l'apprendre comme
d'instinct.
A ceux qui demanderont des règles tu pourras dire cependant que la
principale est d'écrire comme l'on prononce (ce qui ne veut pas dire à la
française, non'certes !). On peut y en ajouter une seconde: ne pas
s'écarter sans nécessité de l'orthographe latine; et une troisième : noter
les sons aussi simplement que possible, en évitant toute accumulation
inutile de lettres.
Par exemple, on ne redoublera point les consonnes, quand une seule
s'entend ; on écrira donc, non appourta, attira, picq, cabanno, addiciou-n, talloméns, mais apourta, alira, pic, cabano, adiciour/, taloméns. On ne redoublera que r et s, pour les rendre dures entre deux
voyelles (arrcssègo). On n'écrira pas l'/t muette (orne, e: non hòme).
On n'écrira pas magiquo, justifiqua, puisque le latin est màgica, justificaré, mais magico, justifica. Toutefois, on écrira qui, quan ou qùan,
plutôt que ki, can ou cuan, afin de rappeler le latin qui, quando.
On n'écrira pas mingea pour «manger», mais minja; de même
mounjo, lejut, etc.
Le c, et, au besoin, le ç peuvent être employés, Comme le font les
Provençaux et les Catalans, lorsque le son de s dure vient d'un c ou d'un
{ latin. Ex. : cént, de centum ; ço, de ecce-hoc ; gracio ou graço, de
gratia ; que haço « que je fasse », de faciam ; adiciouv (et non aditioui]),

�de additionem ; de même embraga, granaço, jùenéço, douço. Mais on
écrira, avec ss, poussa, de pulsare ; aimèssc&lt;, de amavisses ; countésso,
de comitissa, etc.
On pourrait procéder de même avec z, et écrire dize « dire » de dicere,
suza « suer », de sudare, machanlizo « méchanceté o (sutï. itia), et
realiza (suff. grec izare) ; mais caso, de casa, arròso, de rosa, etc. l'eutêtre est-il plus simple d'écrire partout S doue? entre deux voyelles (mais
c'est avec z qu'il faut écrire ounze, zéro, etc.)
Dans nos montagnes, l'article masculin singulier s'assimile ; on peut
se contenter cependant de lui donner trois formes: et devant une consonne ordinaire (et pai, et dit, et cap, et moun), cd ou edj devant une
voyelle (ed orne ou edj âme, ou cr'ome) et elt ou eteh devant une h aspirée (ttt hèr ou etch hèr). De même pour les mots analogues.
Pour les diphtongues, voir § précédent, 5°, 6° et 10°, et page 2 de la
couverture. — Exemples : 1° aima, llit, gùéit, gòi, poui ; ou ayma,
lèyt, etc. ; 2° saut, chu, séu, biéu ou biu, pou, qùate, gùé, ùèro, aué,
laua, aùut, aùió ; 3° àlia, addigài, etc.
Quelques dialectes connaissant le son œ tonique: le mieux serait petit
être d'écrire œu, pour ne pas dérouter (madœu, pour madu ; pceur, pour
pur); mais on ne doit pas écrire eu, qui sé prononcerait éou (en une
syllabe).
Il nous semble préférable de marquer les voyelles intenses toujours à
l'aide de l'accent aigu, réservant l'accent grave pour indiquer qu'on à
affaire à une voyelle ouverte. Nous écrirons donc aimducm, piri, dúrou,
et non aimàucm, piri, dùrou; et, bien entendu, sabé. Les voyelles
ouvertes sont généralement intenses (lerro, porto), ce qui fait que pour
elles l'accent grave suffit d'ordinaire ; toutefois, s'il faut, on les surmontera
d'un accent circonflexe, combinaison du grave (signe de l'ouverture) et de
l'aigu (signe de l'intensité). Ex. : lèchò-u (pron. lê-chòou, la voix appuyant sur ê).
Enfin, nh nous parait préférable à #/1 par sa distinction et par son
parallélisme avec lh, th et même ch. Si h se trouve aspirée après / ou n,
on met un « esprit rude » (apostrophe retournée) devant h : cal'ha,
dal'hi, en'hourna, bien'hèt.
— Avec tous ces conseils, si ceux qui seront venus te consulter ne savent
pas encore écrire le gascon, le cas sera désespéré... Toutefois, par bonté
d'âme, tu leur en donneras encore un dernier : « Pour apprendre à écrire
le gascon », leur diras-tu, « c'est comme pour apprendre à nager : il faut
sa jeter à l'eau ; alors, nécessité aidant, on se trouve bientôt excellent
nageur. »
CHAPITRE III
PRINCIPES DE VOCABULAIRE ET DE STYLE

« Mais, est-il nécessaire », t'objectera-t-on peut-être, « que tout vrai
Félibre sache non seulement lire, mais encore écrire le gascon ?» — Tu
répondras hardiment que oui, tout comme il est nécessaire que tout bon

�Français sache lire et écrire le français. C'est qu'en effet un véritable
Félibre doit se servir du gascon non pas exceptionnellement, mais toutes
les fois qu'il le peut, pour ses conversations, pour ses affaires courantes,
pour sa correspondance aussi, avec ses confrères, sa famille, ses amis et
connaissances, pour peu que ceux-ci puissent le comprendre, et en passant par dessus les différences dialectales. Le gascon toujours et partout,
comme le français lui-même.
Voilà ce que tous les Félibres doivent faire. Mais quelques-uns pourront avoir une ambition plus élevée : devenir écrivains dans leur propre
langue. A ceux-là particulièrement tu communiqueras les remarques qui
suivent.

§ 1. Vocabulaire
La première condition pour bien écrire dans un idiome quelconque,
c'est d'avoir à sa disposition une langue pure, un vocabulaire dont les
termes soient vraiment locaux, fils du terroir. Il faudra donc éviter
d'adopter à la légère des termes qui ne soient point gascons de bonne race.
En effet, les mots gascons peuvent venir, en gros, de trois origines
principales : 1° du latin, par la voie populaire ; 2° du latin, par la voie
savante; 3° d'une langue voisine. Par exemple, le latin Antónium
« Antoine » donne :
1» Par la voie populaire

Antounh

2° Par la voie savante

3" Par la voie étrangère

Antòni

Antùèno (dufr.)

La règle, pour avoir une langue pure, est de préférer 1° à 2°, et i° et
2° à 3°. On dira donc plutôt, pour « voix » bouts (1°) que bùès (3°) [cf.
« paix » pals, « dix » dèts, etc.] ; pour « Janvier », Jè (1°) que Jambiè ou
Janviè (3°, fr.) ou Enè (3°, esp.) ; pour « Pierre », Pè ou Pèy (1°) que
Pièrro (3°, fr.) ; pour « tranquille, coi », quiét (2°) que quiétou (3°,
esp.) ; pour « menacer », miara (1°) que menaça (2° ou 3°) ; etc. Il n'y
aurait d'exception à faire que lorsqu'un usage contraire serait absolument
invétéré.
Toutefois, comme la chose, présentée de cette façon, serait assez
difficile et exigerait qu'on eût fait des études spéciales de phonétique et
de linguistique., il sera plus commode de considérer les terminaisons les
plus usuelles, et de voir ce qu'elles doivent être correctement. Les fautes
les plus fréquentes seront ainsi évitées. Voici une quinzaine d'exemples :
1° Français al, aie, ou el, elle, gascon ou provençal au, alo et non
èl, èlo (languedocien al, alo). Ex. : mal, pal, animal, mortel, éternel,
éternelle ; en gascon : mau, pau, animau, mourtau, eternau, eternalo.
2° Français eau, elle, gascon ordinairement èt(ch), èro. Ex. : beau,
belle, agneau, trousseau ; en gascon : bètch, bèro, anhètch, troussèteh.
Les formes en eu (platèu) sont quelquefois cependant admissibles.
3° Fr. ée (du latin dta), gascon ado. Ex. : armée, portée, volée ; gascon armado, pourlado, boulado. (On peut tolérer alèo, balèo). — Les
mots masculins en ée sont en gascon en eu : Orphée, l'ersée, gascon
Ourfèu, Persèu. On dira aussi, correctement, liliacèu, liliacèo, idèo.

�48
4° Fr. if, ivc; gascon iu, tuo, ou iéu, iéuo (et non if, ibo !). Ex. : vif,
vive, actif, Juif, indicatif, etc. ; gascon, suivant les dialectes biu ou bicu,
féra. biuo ou biéuo ; de même actiu ou actiéu, Juziu ou Judiéu,
endicatiu ou endicatiéu, etc.
5° Fr. ain ou icn, gascon a{v) ou ia(v)- Ex. : main, chrétien, chrétienne, Romain, républicain, gascon ma[n), creslia(n), cresliaffî,
Arrouma(v), arrepubblica(v),.{et non lloumèn, repnbliquèn, etc.).
6° Fr. eur, cusc, gascon ou, ouro ou adou, adouro. Ex. : seigneur,
professeur, docteur, laboureur, travailleur, travailleuse ; en gascon scnhou,
proufcssou, douctou, lauradou, trebalhadou, trebalhadouro. l\ ne
faut pas dire scnhur, douctur, etc. ; on peut tolérer cependant boulur,
mentur, troumpur, arrcpourtur, avec féminins en -urro. — Si les
mots en eur sont des adjectifs, ils se rendent par des adjectifs gascons
en aire, airo, ou éire, éiro. Ex. : chanteur, crieur, coureur, buveuse,
en gascon cantaire, cridaire, courréire, bctiéiro, etc. — On peut
tolérer cependant des mots somme dalhuso « faucheuse (machine) ». Les
mots français en triie sont correctement en ils. Ex. : impératrice,
emperairits.
7° Fr. wrc,gascon souvent aduro. Ex. : armure, ferrure, gasc. armaduro, herraduro, etc. (C'est que le français urc est dans ces mots pour
e-iire).
8° Fr. oir (désignant des appareils ou instruments), gascon adé ou cdé.
Ex.: abreuvoir, dévidoir, ràclotr, mangeoire; gascon abeuradé, dcbanadé, arrascladé, minjadéro. On peut tolérer cependant quelques mots
en ùèr anciennement empruntés, comme barrùcr, trepùèr, etc.
9° Fr. aire (désignant une aptitude ou une profession), gascon dri,
drio. Ex. : notaire, militaire ; gascon noutdri, militari, fém. militdrio.
10° Fr. oire, gascon ori, òrio. Ex. : promontoire, gloire, histoire ;
gascon proumounlòri, glòrio, istbrio. — Du reste, comme le montrent
cet alinéa et le précédent, à un mot latin terminé en ium correspond
généralement un mot gascon (ord. venu par la voie savante) terminé en
i atone. Autres exemples : Antoni, mistèri, soni, etc.
11° Fr. ois, Oise ou ais, aise (adjectif ethnique), gascon toujours és,
éso. Ex. : Français ou François, Anglais, Danois, Commingeois, Aurois,
Ariégeois, gascon Francés, Angles, Danés, Coumengés, Aurés, Ariegés
(et jamais Danùès, ni Ariejùès, etc.). — Se méfier du reste généralement
de la diphtongue française oi : léi « loi », et non lùè, etc.
12° Fr. aque, esque, ique, au masculin ; gascon ac, esc, ic, sans
o après. Ex. : braque, zodiaque, gigantesque, antique, énergique, élastique, etc. ; gascon brac, zoudiac, gigantésc, antic, enèrgic, elàstic (au
féminin seulement braco, giganlésro, anlico, etc.). — Se méfier généralement des mots masculins qui se terminent par un o (ou un a) atone. Les
mots masculins pris au latin doivent se terminer plutôt e qu'en o : joie,
acide, dialogue, et non pòlo, acido, dialogo (ni pòla, dialoga !)
13° Fr. fi"r (terminaison verbale), en gascon fica (et non fia )..
Ex. : justifier, glorifier, vérifier; en gascon justifica, glourifica, bcrijîca.

��CI 0.0.
BÉZiERS

�49
14° Fr. issement, gascon imént. Ex. : adoucissement, refroidissement ;
gascon adoucimént, arrefredimént.
15° On peut ajouter, en ce qui regarde particulièrement le gascon,
qu'il faut se méfier des mots qui contiennent des f ou des ch ; ils sont
souvent de mauvais aloi. On dira pressée et non pècho, predica et non
prêcha, harago et non frèso, hiala et non fila, Hcieuè ou Heure et non
Febriè, etc. — Disons enfin que les termes les plus anciens sont en

général les meilleurs.
Même pour les noms propres il faut chercher la forme exacte. Pour les
prénoms, on la trouvera dans les noms de Saints que donne notre
Armanac dera Mountanho. Pour les noms de localités, il ne faut pas se
laisser tromper par des orthographes absurdes telles que celles des mots
français Montréjeau (il faut écrire Montréjau, puisque le gascon qui
est, pour tous les noms propres de nos régions, la vraie source, est
Mounrejau), ou encore Tarbes, Lourdes (pourquoi pas Toulouses et
Romes, puisqu'on y est?... Ce ne sont pas là des noms de peuples,
comme Limoges, Troyes, Cahors, mais des noms de villes ; il faut écrire
Tarbo, Lourdo). Même les noms du centre et du nord de la France ont
leur forme gasconne. P. ex. « Bourges » doit se dire Bezourgos ou
Bedourgues, et « la Loire » era Léiro et non era Lùèro. De même on dira
Choulét pour Cholet, Estrasbourc pour Strasbourg, Argentùélh, pour
Argenteuil, Cambrai pour Cambrai, et Castetliii pour Châteaulin
(breton Castellin).
Enfin, il peut parfois manquer des mots pour désigner certaines choses.
On doit bien s'assurer si l'on ne trouverait pas ce qu'il faut en interrogeant les vieillards ou en sondant sa mémoire. Mais, si ces recherches
sont sans succès, on peut emprunter : de préférence à l'ancienne langue
d'oc, aux autres dialectes d'oc ou au latin savant, avant de s'adresser au
français. On peut aussi créer quelques mots, mais avec une grande réserve
et en s'assurant qu'ils seront compris tout de suite : tels les adjectifs en
-aire, les verbes en -eja et les diminutifs. — Inutile d'ajouter qu'il faut
éviter d'employer dans notre langue des termes grossiers, capables de la
discréditer. Quoi qu'en dise le préjugé, les convenances n'aiment à
être bravées dans aucune langue.

§ 2. Syntaxe et Style
S'il est assez facile de donner des règles pour le vocabulaire, il faut
reconnaître qu'on ne peut enseigner la syntaxe en quelques lignes : le
grand maître, là, c'est l'usage. C'est à ceux qui possèdent le génie de la
langue, en particulier à nos paysans, notre principale Académie, qu'il faut
s'en rapporter, pour l'emploi des pronoms sujets ou régimes, des temps
et des modes, des prépositions et des locutions courantes. Ainsi c'est
une faute, en français, de dire « Je l'ai vu à lui », mais il est correct et
élégant dire en gascon : « Que l'è bist adaétch »•; la locution « Ne disiez
rien » serait un solécisme en français, mais la locution « JYOM didét
arrèìì » ferait un contre-sens en gascon : c Ne dites rien » doit se rendre

�50

« Nou digatarréii » ; etc. C'est encore l'usage qui fournira une foule
d'expression fines, pittoresques, savoureuses, originales que l'on aura soin
de noter au passage pour les utiliser au besoin. Enfin, on se formera
aussi par la lecture des bons auteurs gascons. — L'idéal, c'est de penser
immédiatement en gascon. Il ne faut pas que ce que l'on écrit soit une
pénible traduction du français en gascon, mais il faut que cela coule de
source, les mots, les tournures et les phrases entières.
CHAPITRE IV
LITTÉRATURE

GASCONNE

§ I. lia ^rose
Ce qui précède suffit, à la condition d'y adjoindre seulement un certain
sentiment de l'harmonie des mots et des périodes, pour guider nos
prosateurs gascons. Et que l'on ne croie pas la proso chose méprisable ;
elle est plus aisée à comprendre, plus familière, plus correcte même en
général que la poésie ; elle peut être, elle aussi, vive, spirituelle, expressive,
pathétique, gracieuse et majestueuse. La gloire des Cicéron et des
Bossuet n'est point inférieure à celle des Virgile et des Corneille. Il faut
souhaiter qu'il nous vienne beaucoup de bons prosateurs gascons.
§ 2. lia -Poésie
Certains toutefois voudront enfin se hausser jusqu'à la poésie. Qu'ils
examinent d'abord « si leur astre en naissant les a formés poètes » ; car
la poésie demande des dons naturels assez exceptionnels : une imagination
souple et riche, des sentiments vifs et profonds, et un sûr instinct de
l'expression et de l'harmonie. — Mais qu'ils ne croient pas que cela
suffit: la poésie comporte en outre une part de métier, elle exige la
connaissance et la possession d'une technique à la fois rigoureuse et
délicate. Ainsi, la versification doit être fondée sur la longueur ou la
brièveté des syllabes (genre antique), ou sur l'accent d'intensité (p. ex.
en anglais ou en allemand), ou enfin sur le nombre des syllabes; ces
divers genres peuvent se combiner entre eux en proportions diverses.
Dans le dernier, le mieux approprié aux langues latines modernes, il faut
considérer avec soin la rime, la cadence et {'harmonie.
RIME. — Deux mots as-ionnent ensemble lorsqu'ils ont la même
voyelle intense (Ex: dimi, cdntcs, pdlo, drmo) : pour qu'ils riment, il
faut de plus que tout ce qui suit la voyelle intense soit semblable à
l'oreille (Ex. : pdlo, bdlo, mourtdlo; sdu, cldu, mourtdu; mais non
pâles et bdlo, ni cldus et sdu). Des rimes comme cantd et aimd sont
pauvres, parce qu'il n'y a rien après \'d. Ne pas faire rimer un mot avec
lui-même, ni en général avec l'un de ses composés. — On appelle rimes
masculines celles que fournissent des mots dont la dernière syllabe est
forte (sdu et mourtdu), féminines celles où il y a à la fin une syllabe
faible (pdlo et mourtdlo). Généralement, on ne met pas deux rimes mas

�.'il
culines ou féminines différentes de suite, mais on les entrecroise. Nos
anciens troubadours prenaient pourtant à cet égard beaucoup de libertés,
avec un art parfait ; il serait donc bon de les étudier.
CADENCE. — Dans les vers un peu longs, il y a généralement une
■césure, e.-à d. une coupure: après la 6me syllabe dans ceux de douze,
après la 4mo dans ceux de dix (que l'on ceupe pourtant aussi en ü-5). La
syllabe qui précède immédiatement la césure doit être forte : telle est la
règle essentielle. Ajoutons qu'elle ne doit pas rimer avec la fin du vers ni
d'un vers trop voisin. — Les vers de neuf syllabes sont généralement
coupés en 3-6 ou 3-3-3 ; on peut aussi couper ceux de douze en 4 4-4.
Les vers de huit syllabes et au dessous n'ont pas de césure obligatoire.
HARMONIE. — Il vaut mieux en général éviter i'hiatus, c.-à-d. la
rencontre de deux voyelles appartenant i'une à la fin d'un mot, l'autre au
commencement du mot suivant. Mais il n'y a pas d'hiatus quand il y a
élision de la première (houn' annaio, montalbanais), ou aphérèse de la
seconde (bouno 'nnado, luchonnais). Et il ne faut pas pousser le scrupule
jusqu'à éviter des hiatus qui ne sont point désagréables ou qui se trouvent dans des locutions consacrées (P. ex. : on pourra dire : era oumbro ;
parla de ur/ è de aus, etc.) ; c'est à l'oreille d'apprécier. C'est à elle
aussi, et à l'esprit, de juger des inversions (plus aisées qu'en français,
mais qui ne doivent pas être pénibles, ni obscures pour le sens), delà
combinaison des vers en - strophes ou stances, et de l'adoption de vers
longs ou courts, uniformes ou variés, pour traiter tel ou tel sujet. Nous
pourrons du reste revenir là-dessus.
§ 3.

lies Genres littéraires et les Sujets

Nous voilà 'armés de pied en cap ; il ne reste plus qu'à passer à l'exécution. L'essentiel, là, c'est d'être à la fois bien informé et sans peur.
C'est, d'abord, d'être au courant des genres cultivés par les poètes anciens
ou modernes, romans, français, ou étrangers : épopée, poème didactique,
tragédie, comédie, drame, pastorale, bucolique, idylle, maximes, épitre,
satire, ode, hymne, élégie, fable, chanson, tenson, sirventés, ballade,
rondeau, sonnet, letrilla, octava, terza rima, sermon, discours, histoire,
roman, nouvelle, conte, allégorie, etc., etc. ; et de les connaître, non
d'une manière abstraite, mais dans les meilleurs auteurs de tous les
temps et de tous les pays. Mais c'est aussi d'être original, sans bizarrerie
ni affectation, assez cependant pour oser quitter parfois les sentiers battus
et innover plus ou moins, Une culture littéraire solide et variée, un goût
sûr, mais de la liberté et de l'initiative, voilà ce que nous voudrions
trouver chez le Félibie idéal.
Mais, enfin, quels sujets devra t-il traiter? — Nous venons de le dire
implicitement : ceux que lui inspirera son imagination libre et raisonnable. Il pourra se contenter de traduire — œuvre de première importance
— les plus beaux ouvrages des autres littératures ; mais il aimera mieux
créer de lui-même. Il ne se fera pas servile imitateur, mais il exprimera

�52
ce qu'il aura lui même éprouvé, vécu réellement. Il aura, s'il le peut, de
grandes ambitions, s'elïorçant de concevoir et de mener à bien, dans sa
langue locale, de longs et vastes ouvrages. Il insistera de préférence
d'ailleurs sur les idées nobles, généreuses ; il travaillera à unir ses frères
plutôt qu'à les diviser ; il croira avec La Bruyère que les bons ouvrages
sont ceux qui élèvent le cœur ; il ne négligera pas de cultiver chez ses
compatriotes une légitime fierté (elle leur manque trop encore !), et un
amour réfléchi pour leur pays, leur race, leur langue, leurs traditions,
leur glorieuse Occitanie, initiatrice de la civilisation moderne, et, dans
l'Occitanie, leur chère Gascogne. Par là, plus peut-être que par la gloire
qu'il pourra gagner pour notre langue d'Oc, il fera œuvre de vrai Félibre.
CHAPITRE V
PROPAGANDE

Rappelons d'ailleurs, en terminant, qu'il n'est pas nécessaire d'être
poète ou littérateur pour mériter d'être appelé Félibre. Il suffit d'aimer
activement la langue d'Oc, de vouloir la connaître et la propager, del'employer couramment (dans les conversations, la correspondance, etc.),
de l'apprendre à sa famille ou à ses amis, et de soutenir les œuvres ou
Ecoles qui se sont fondées pour la défendre. Tous nos compatriotes, par
malheur, n'en sont pas encore là. N'est-il pas surprenant et affligeant de
voir nos bourgeois dépenser force argent pour donner à leurs enfants des
bonnes ou des précepteurs étrangers, afin qu'ils puissent balbutier quelques bribes de l'idiome des Teutons ou des Goddems, mais se résigner gâtaient (si même ils ne poussent pas à la roue) à ce que leurs descendants
ne sachent pas un traître mot de la langue de leurs ancêtres ? N'est-ce
point une véritable pitié que de les voir tellement éblouis et aveuglés
par ce qui vient du Nord et de plus loin qu'ils ne jurent que par là et
qu'ils abandonnent pour des modes ou des coutumes d'Outre-Rhin ou
d'Outre-Manche les usages et les traditions de leurs familles et de leur
terroir ? Toi, tu ne seras point de ceux-là, mais tu sèmeras autour de toi
la bonne doctrine. As-tu tes entrées dans un journal ? Tu y expliqueras
l'œuvre félibréenne. Possèdes-tu quelque autorité politique ou universitaire ? Tu la mettras au service de notre affranchissement. Jouis-tu de
quelque influence dans ta localité? Tu en profiteras pour y maintenir les
jeux, les costumes, les façons de faire indigènes. Va-t-il y avoir chez toi
quelque fête ou quelque cérémonie ? Que notre langue d'Oc y trouve la
place qui lui est due. Répands autour de toi nos Almanachs et nos Revues.
Fais entrer aussi, dans nos Ecoles sans cesse agrandies, de nouveaux
Adhérents: 6 fr. par an, leur diras-tu, ou 3 fr. seulement si l'on est
simple abonné, pour arriver à sauver notre langue maternelle, ce n'est pas
une ruine!.. Trouve-nous de sérieux collaborateurs, pleins de talent et
d'enthousiasme. Prêche de parole et d'exemple, avec foi et dévouement,
et tu auras bien mérité de ta patrie.
B. SARRIEU.

���53

NOS GRAVURES
Leô deux gravureô que donne ce N° ôont de* reproduction* de
cliché* obtenuó par M. Candie, photographe à Barbazan et à Cette,
tor* de notée Félibtée de Batbazan. C'est à la génézoóilé de MM. de
Bazdieà, natte Président, et F. Attigue, Membte d'honneuz de
notte Eâcolo, que noiiâ devoni de pouvait leô publiez aujourd'hui.
Non contentô d'avoir, offert deux beaux prix (Voy. ci-aprèô) pour no*
Jeux-Floraux de cette année, üò ont voulu nou* faite encore cette geacieuôeté. Qu'il* veuillent bien trouver ici l'expre**ion de notre plu*
vive gratitude.
L'une de* gravure* repté*ente la façade de l'Hôtel deô Therme* de
Barbazan. La photographie e*t priôe au moment où le banquet vient
de ôe terminer. On y voit, tout à gauche, notre Reine, M"i= Philadelphe
de Gerde, au beaô de M. de Batdie*. ôe dirigeant verd le Parc pour la
ôéance littéraire. Beaucoup de per*onne* leò óuivent, mai* la plupart
ont prió le* devant* et *ont déjà groupéeô autour du Kio*que de la
muôique.
La ôeconde gravure donne l'idée du cadre de la Séance littéraire.
Souò le Kio*que, au devant deó muôicien*, vient de prendre place le
Bureau de l'E*colo. On y remarque, de gauche à droite, MM. B. Sartieu, l'abbé Y.-D. Dufor, l'abbé Daubian, Mme Ph. de Gerde, MM.
Teulié et Dombernacd (maire de Barbazan) ; M. de Batdie* e*t levé,
en train de dire un mot. On aperçoit, tout à fait à gauche, notre bannière ; au milieu, une table chargée de prix, de diplôme* et de médailleó. Leô diverò orateur* ôe ôuccédèrent en avant, tout prèô de la
baluôtrade. Ce fut une belle journée pour notre Eôcolo et pour le
Félibrige.

PROUGRAMO
DES

JOCS-FLOURAUS

dera « 'Scolo deras ■Pirenéos » ta 1909
I

PETIT GONGOURS
Entre enfants et jeunes gens (garçons ou filles)
de notre région Commingeoise et Couserannaise
(A l'intérieur d'une ligne passant par Tarbe, Auch,
Montauban, Toulouse, Foix et les Pyrénées)
A). Enfants au-dessous de 11 ans :
1. VERSION : « 600 î » (Counde).
Un miliounári, bien ouriginal, qu'aimauo es nidès de pigo ara houlio,

�è digun més. Qui sap en quan de casses è de pibous s'èro esmountanhat !
Un bèt dio, sampa en tout arride dera prédo qu'anauo hè, eslissèc, è
— Dfu l'ac perdoune at pibou ' — es coupée uio camo è un bras.
Er' endoumai? tout le mounde sabèuo era noubèlo.
« Pas doumatge », c'es pensée un nebout dets embirous, « bau anfin
atrapa et boussart ». È de courre proche det malau.
« Adechats, toutou ! Quin malur, moun Diu ! N'èi pensat mourí de
chagrin. Que ban hè dera bòsto fourtuno? » — « 300..., 500... », ce
diguèuo en tout s'esfourça er' ouncle ; « 500... »
Et nebout que pensauo ara suio part d'airetatge : « Couratge, toutou !
Sots2 bien boun d'en 3 decha acò... » — « 500..., 500... », countinuauo
et malau, « 500... »; è, en tout poussa un darrè cric i, « 500... milodiables s'empòrten era pigo è 'ts pigats ».
B. DAUBIAN.
Parla de Pegulhaij (Haulo-Garouno).
NOIES. —

1. &lt; Peuplier ». — 2. « Vous êtes ». — 3. Pour cm « à moi ». — 4. « Cn ».

[Recopier le texte, et donner la traduction exacte en bon français].
2. THÈME: l,e Lion et le Rat (La Fontaine, Fables, (II, H) de
« Entre les pattes d'un lion... » à « Font plus que force ni que rage ».
[A traduire dans le dialecte préféré. — Indiquer à la fin :
Parla de..., cantouri de...]
B). Enfants de

11

à

15

ans.

: lïéuto-tèrr© è Pcii-à-ln-itiaii.
I-auèo un cop dus bezls. L'un èro balént, balént coumo nh-a pas.
L'aute èro feniant, feniant à se poude pas térjgue drét. Les aperaran
Bénto-tèrro e Péu-à-la-maii.
Péu-à la-man, l'iùèr, auèo toustén les pès su la céndre e apinchauo
juncs pou 1 petit cap au cournè ; Bénto-tèrro, ét, de cuses-en-sus, les pès
arrupats diguéns les esclops desgançoulats, tirauo bùrt2 ou curauo barats.
L'estiu, le feniant s'apausauo 'nço de nére, e, le cap à l'oumbro, tirauo
còps-de-pès à las mouseos ; le balént, le cap carcinat pou sourélh tandis
que la suzou briùauo3 capbat las gautos, hiejauo le hén, segauo le blat e
laurauo le bépe...
— « A pòu de creba pas prou lèu, sampa, aquét amoûrrou 5 », ça
hazèuo Péu-à-la-man : « se crèbo cado jour..., mourira sadout...,
dechera un bèt boussart..., les eiretès l'en haran pas nat cabecè 6 ». —
« Cau que sió toucat dou mau de la bòlo 7, aquét 'stimbourlat, de hè pas
arrén », ça dizèuo Bénto-tèrro; nia canhario8 le s'arrouganho tout
biu..., la misèro le dits tu..., e les pouls, lèu, Parroussegaran 9 au bouquèj10 )).
Aouc bien rasoun aquéste, car tout acé- poudèuo pas dura touto la bito
bitanto. Un emplùè qu'auèuon proumetut à Péu-à-la-man arribèc pas
jamès, e les escuts au trauquèn pas nado pòtcho ; au countrari, à petitos
bricos le graiè11 s'assoumiscouc 12, la bousso s'eschuguèc, l'estable se
1. VERSION

�§3
bùeitèc, tout se dechèc ana, e le Péu-à-la man s'encourrouc 13 à fèt diguéns
la misèro e la praubetat. N'estèc réduit à préngue la biaço e ana quista.
Le Bénto-tèrro, ét, aproufitèc cado jour, empramou que sabouc huge les
acabaires, qu'escoutèc pas les chapousesH e que demourèc sou drét
camii).
H.

DAMBIELLE.

Parla clou canloui; Je Loumliés (Gers).

[Recopier le texte, et donner la traduction exacte en bon français]
NOTES.

— « Par le ». — 2. « Enlevait le boni des rigoles ■. —3. ■ Ruisselait ■.—

4. ■ Fanait ». — 5, « Fou •. — 6. ■ Ne lui en feront pas un travertin. ■. —■ 7. « Boule
(ici ■ tête ■). — 8. ■ Paressa ». — 9. « Traîneront ». — 10. ■ Réservoir profond de
moulin ».

—

11.

" Grenier

».

—

\2. « Se

vida ».

— 13.« Glissa, lamba ». —

14. « Babillards ». — Traduire le titre : « Venke-à-terre et Poil-dans-la-main ».

2.

NARRATION GASCONNE

: Décrire une scène de Labourage.

[Longueur maxima: 80 lignes. — Indiquer à la fin : Parla de....,
cantoun de J
C) . Concours de Récitation gasconne entre Enfants. — Deux sections :
1° Au-dessous de 11 ans; 2° Dell à 15 ans. — Les concurrents
devront faire connaître au Secrétaire (8, Place Du-Bartas, à Auch,
Gers), avant le 10 juin prochain, le morceau qu'ils se proposent de
réciter, le jour de la Séance plénière. (Pas plus de 40 lignes ou vers
pour les petits, de 50 pour les grands. On trouvera aisément des
textes dans EraRouts).
D) . Jeunes gens de 15 à 20 ans. (Peuvent du reste concourir, s'ils le
préfèrent, au Grand Concours ; Voy. ci-dessous) :
1. Narrations (Scènes, légendes, etc. — Sujet libre) [100 lignes
au plus].
2. Etudes sur les anciens usages agricoles ou industriels de nos
pays gascons, ou sur les idiomes locaux.
E) . Il pourra être attribué des Récompenses aux Maîtres dont les Élèves
se seront particulièrement distingués.
— Voir ci-après les OBSERVATIONS GÉNÉRALES.
II

GRAND CONCOURS
Notre Escolo est heureuse de pouvoir cette année, grâce
à la générosité de deux de ses Membres, mettre au Concours
DEUX PRIX SPÉCIAUX DE POÉSIE GASCONNE.
I. Prix offert par M. de Bardies, Président de l'Escolo,
Pour répondre au vœu de M. R. Lizop, délégué de la Fédération Régionaliste Francaiss

Au meilleur Sonnet gascon en l'honneur de

I'ARBRE :

Une Pervenche d'atpgen.t

�56

II. Prix offert par M. F. Artigue, Membre d'honneur de l'Escolo

■ A la plus belle Ode gasconne
à la gloire des Grands Hommes du Comminges :

Urne* Médaille d'ei*
Frappée au coin spécial de l'Escòlo deras l'irenéos

En outre de ces deux prix spéciaux, voici le Programme du Grand
Concours.
A) . ŒUVRES LITTÉRAIRES.

I. Poésie :
II. Prose:
plus). —

1.
1.
2.

Pièces jusqu'à

100

vers. —

2.

Poèmes, Recueils. .

Contes, légendes, récits historiques
Nouvelles étendues ou Romans.

(200

lignes au

Pour chacune des subdivisions de ces deux premiers genres il y aura (rois ■
prix, suivant les dialectes : 1° Gascon montagnard (articles et, era); 2° Gascon
de la Plaine (article le ou (ou, la); 3° Autres dialectes d'Oc (Provençal, Catalan,
Limousin, Auvergnat, Dauphinois, Languedocien, etc.)

III. Théâtre gascon (Prose ou Poésie. — Tous les genres).
IV. Traductions en gascon des ouvrages les plus beaux ou les plus
utiles des littératures française ou étrangères.
B) . ETUDES HISTORIQUES

ET SOCIALES.

I. Linguistique : Vocabulaires, spéciaux ou généraux ; grammaires.
Détermination précise de tel ou tel fait linguistique.
II. Histoire de la Littérature d'Oc et en particulier de la littérature
gasconne. Biographie des auteurs. Bibliographie et éditions.
III. Traditionnisme ou Folklore : Etude des dictons, coutumes,
légendes, traditions, croyances, superstitions, usages, costumes
locaux.
IV. Développement du Félibrige. Développement des Arts locaux.
III
OBSERVATIONS GENERARES

L'âge des enfants qui prendront part au Concours, tant oral qu'écrit,
duvra être attesté par un certificat de naissance signé du maire de la
commune (ce certificat se délivre sur papier libre). Pour le concours écrit,
ce certificat devra être mis dans l'enveloppe fermée dont il est question
ci-après ; pour le concours oral, les enfants le remettront eux-mêmes au
jury. — Les copies trop aidées seront exclues du concours.
Les manuscrits de toute nature devront être envoyés au Secrétariat de
l'Escòlo (8, place Du-Bartas, à Auch, Gers) avant le Í0 juin 1909,
dernier délai, absolument de rigueur. Chaque manuscrit devra porter
une devise, répétée sur une enveloppe fermée qui y sera adjointe et qui

�51

contiendra le nom et l'adresse de l'auteur ; on devra en outre indiquer
sur le manuscrit la Section (Grand ou Petit Concours, A), B), I, II ou
III, etc.) pour laquelle on concourt. — II est interdit de se faire connaître ou recommander.
N'envoyer que de l'inédit. Les envois sont définitifs. Les manuscrits
ne seront pas rendus. Ils devront être adressés en double exemplaire,
sauf s'ils sont longs, et écrits d'une manière parfaitement lisible. Les
ouvrages de poésie, de prose ou de théâtre devront être accompagnés
d'une traduction, ou du moins de notes explicatives précises.
La fraternité félibréenne ne devant pis être troublée, et le but poursuivi
par notre Escolo n'étant pas seulement littéraire ou scientifique, mais
moral et social, nous n'accepterons pour concourir que des ouvrages d'où
la polémique politique ou religieuse sera absente et qui n'auront rien de
contraire à la décenae et aux Abonnes mœurs.
Les récompenses — en outre des deux prix spéciaux indiqués ci-dessus
— consisteront en abonnements à notre Revue, livres, diplômes, médailles de bronze, d'argent ou de vermeil, publication dans notre Bévue ou à
part, aux frais de l'Escolo. — Les concurrents, en particulier ceux au
Grand Concours, sont prévenus que, vu les excellents résultats obtenus
jusqu'ici dans nos Jeux Floraux, c'est à un échelon plus haut que précédemment que se gagneront les récompenses.
Gellos-ci seront distribuées en Séance publique, à l'occasion de notre
Assemblée générale de 1909, à Lombez (Gers). Nous en indiquerons la
date ultérieurement.

NiOUBÈLES
I.

NALÈTS COUNFRAIS

o

ABOUXATS.

332. Abbé Jacques-DUBRAN, curé de Couledoux, c. d'Aspet (H.-G.).
333. U. ATHANE, Inspecteur d'Académie honoraire, École Normale des
Jeunes filles, à Rodez (Aveyron).
334. CASTEX et DUMONT (d'Aspet), négociants, 17, rue Mazagran,
Lyon (Rhône).
335. LACAZE, opticien, rue de la Poste, Toulouse (H.-G.).
336. PASQUIER, archiviste départemental de la II.-G., Toulouse, G, rue
Saint-Antoine-du-T., (Membre actif).
337. BERNÈRE (Henri), Maire de Saint-Girons (Ariège).
338^ RIBES, négociant en vins, 39, rue de la Gare, Orléans (Loiret).
II.

ARREMERCIOMÉNTS.

Tous nos meilleurs remerciements aux Journaux La Croix de VAriège,
(11 octobre 1908) le Tarn à Paris (février 1909) et VAction Régionaliste
(N° de janvier 1909 : Compte rendu de la Séance du 10 décembre du
Secrétariat, où M. R. Lizop a traité du Félibrige en Gascogne et dans les

�§8
Pyrénées, notamment de notre Escolo deras Pirenéos. M. Farjenel, président, « remercie M. Lizop et adresse les félicitations unanimes de la
)) F. R. F. aux vaillantes Ecoles du Félibrige pyrénéen. La discussion
» s'engage au sujet de l'opportunité de la lutte pour les dialectes locaux,..
)) énergiquement défendue par la majorité du secrétariat.] Signalons à
cette occasion les deux conférences de J. Montray à Paris sur « L'œuvre
de Mistral et le Félibrige » (13 janvier), et sur « Le Mouvement régionaliste catalan » (11 février), avec un grand succès. — Voyez enfin, dernière page de ce N°, l'amusante communication que nous adresse
« TITOUNHO ».

III.

ANTHOLOGIES DE LANGUE D'OC.

De divers côtés, on s'occupe de réunir en anthologies (ce qui prouve
qu'il y a une matière riche et de valeur) les œuvres des auteurs de langue
d'oc. Signalons donc :
1° L'ANTHOLOGIE CATALANE, publiée par M. Jean Âmade, professeur
agrégé au Lycée de Montpellier, l'un des fondateurs de la Revue Catalane.
A paru la lre série (Les Poètes roussillonnais) ; la 2E (les Poètes de la
Catalogne espagnole) est sous presse. Le volume 3 fr. 50, librairie Cornet,
rue Saint-Dominique, Perpignan.
2° LE FLORILÈGE PROVENÇAL, publié par VEscolo de la Targo, à
Toulon. Comprendra 2 vol. de 300 pages (3 fr. chacun en souscription,
4 fr. dès l'apparition, à Pâques prochain), en tout plus de 200 pièces des
Félibres de toute la Terre d'Oc, surtout de Provence.
3° L'ANTHOLOGIE DU FÉLIBRIGE, par MM. Armand Praviel et J.-R.
de Brousse (1 vol. de 400 pages, qui paraîtra le 1er mai prochain à la
Nouvelle Librairie Nationale, 85, rue de Rennes, Paris) ; essentiellement
provençale et languedocienne, elle donnera aussi des œuvres dans d'autres
dialectes romans. — M. Praviel vient également de publier un bel ouvrage
de propagande félibréenne, « L'Empire du Soleil ». Nous y reviendrons.
4° On parle enfin d'une Anthologie des poètes gascons. Elle ne le
céderait guère en intérêt et en abondance aux précédentes.
Tout ce mouvement se produit en partie à l'occasion du cinquantenaire
de Mirèio, à propos duquel M. Lefèvre, directeur de la « Revue de Provence et de Langue d'Oc » vient de nous adresser une très intéressante
plaquette bibliographique et iconographique de 24 pages. Voy. ci-après.
IV.

CINQUANTENAIRE DE « MIRÈIO ».

Il y eut 50 ans, à la Chandeleur dernière, que parut Mirèio, le chefd'œuvre de Mistral. Un Comité s'est formé et a ouvert une souscription
publique destinée :
1° A élever à Arles, place du Forum, une statue de Frédéric Mistral
(œuvre de Théodoie Rivière, bas-reliefs de Férigoule) ;
2° A participer aux fêtes populaires organisées par la ville d'Arles à
l'occasion du cinquantenaire de Mirèio ;
3° A contribuer à l'installation du Palais de Félibrige (antérieurement
Museon Arlatén.) La cérémonie aura lieu les 29, 30 et 31 mai prochains

�89
(Pentecôte). Adresser les souscriptions à M. Angelo Mariani, 11, rue
Scribe, Paris, directement ou par l'intermédiaire de notre Escolo. Nous
espérons que cet appel sera entendu. Unissons-nous tous pour proclamer
bien haut :
Glòrio à Mistral, et saubadou dera lévgo nosto !

NÉCROLOGIE
— Nous aurions du signaler plus tôt la perte que les études gasconnes
ont faite en la personne de M. A. Luchaire, de l'Institut. (Principaux
ouvrages : Etudes sur les Idiomes pyrénéens de la région française ;
Les Origines linguistiques de l'Aquitaine. M. Luchaire nous avait
adressé ses félicitations, lorsque nous venions de fonder Era Bouts dera
Mountanho).
— Le Félibrige vient de perdre les deux Majoraux M. Chabrand,
Assesseur, et E. Plauchud.
— Nous apprenons au dernier moment la mort de M. le IP Dejcanne,
Vice-Président de l'Escolo G. Fébus pour la Bigorre, qui nous avait
témoigné la plus vive sympathie. — Mme Philadelphe de Gerde, notre
Reine de cette année, vient aussi de perdre sa mère. Touto 'ra 'Scòlo que
prén part ara sio grano doulou.

NOUBÈLOS DE PARIS
17 de Decéme 1908. — Ilèslo de caritat ourganisado per Mm0
'ra Duquésso d'Uzès, dab et couvcours des pouètos e cantayres de
toutis es paises dera Franço.
... I-èron toutis: Nourmants, Lourrèns, Berrichous, Soulounhòts,
Aubernhaces, Francs-Countéses ; Marselhéses tabén, Bourdaléses, è
Proubençaus, è Toulouséncs, è Báscous,.. aném, qu'en sabi jou.., Toutis
que i-èron. « Liiis de Nouguès » qu'arrepresentauo era Gascounho è
tabén « Era 'Scòlo deras Pirenéos ».
Couneguét à Luis de Nouguès?... — Doumatge!... Prou bèt, prou
hòrt, doulént, beròy drôlle — qu'em sénlo coumo un fray — qu'ey
proupietári de iou bùètz de tounèrro, è de dus úéUw^onmo tisòcs. Quan
se bouto à brama, que bous a iou fayçoun d'arride dab aquéro bouco è
dab aquéts ùélhs, qu'autalèu touts aquéts de que l'escouton nou-s pòden
defénde de ùara et serious... Era gaytat d'aquét drôlle qu'ey coumo era
bentado : nou-n eau qu'un pechic enta secoudi iou castanhèro... —
Aném, dounc, qu'aùiôm entenut era parlèro de iou bando de parrouquéts ; que digui « parlèro », proumou parlèro qu'èro : iou 'spèço de
francès ascarramicat, ascourchat, pelat, melegayre... Ta lèu s'auanço
aquét demoun,... dab un bastoun. ! Dab un bastoun, berrét dessus et cap,

�60
braces nudes, despoutralhat, pè-descaus enas sabatos, balént à mourt
coumo se benguió de laura... E taièu couménço à hè souna eras campanos..
Pári nou i-aùió que iou trentatió de Gascous, negats ena masso des
proubinciaus dera salo. E taplan qu'es héc coumpréngue de toutis è de
toutos ; è qu'es héc taloméns bien coumpréngue qu'at cap de iou
minuto era salo qu'es boutée à aplaudi e à pediqueja coumo iou hòlo... E
Lüís toustém souna, è 'd mounde toustém truca... Qu'aùió nouste Liils
touto 'ra Gascounho debat eras poupos... L'au senlauo béy et soulélh de
nousto dessus ed cap... Mountanhos, gabes, pianos, bilatges, maysous,
ornes, hénnes, maynats, tout ed pals que defilauo deuant eds ùéls deds
escoutaires. E Luis toutém souna,... è 'd mounde toustém truca...
S'en anèc taplan. Nou poudió aganí-s touto 'ra nét. Era periclado que
s'ascourrouc... Ah, poudét créy, amies, que nous' païs deuée hè souneja
iou troupo de cabetcèros aquéro nét... Mémo jou, eounquo de pensa-y,
qu'en soy eiicaro barrejat...

Jassé, 3 de Jè 1909. — « Era Musclo », Soucielat d'Aubernhaces :
« Entenourem es bèrses minharts de Moussu Marccnac..., es bèrses
arroujouses de Charles Grandmougin.., es bèrses douces è prigounts de
bèt e beròy e boun Ernest Chcbroux, e tabén eras istùèros ta simplos e ta
captibéntos det pouèto soulounhôt Paul Bernard. Aquét ôme, sens' aué
'd ayre d'apercebé-s'en, que bous manéjo gaytat e doulou coumo un
d'aquéts jouglayres dera Hambra e que bous térjg coum' un bòl de pesquidos laguéns ed cramalh de sas paraulos... Arrén que d'entené-u qu'em
hè arrebremba dus bèrses d'Alfred de Musset :
J'écoutais cependant celte simple harmonie
Et comme le bon sens fait parler lo génie...

Ço que Musset didió de Moulièro, qu'ac digui jou de Paul Bernard :
Musset que m'ac perdounara, et Moulièro tabén. — E Lliis de Nouguès
encaro qu'èro de hèsto, encaro nous secoudic sa gaytat jùéyno, hòrto
taplan, à bès còps atrendissénto, à bès còps lugreyénto. L'au sòy 'nat
trouba un cop qu'auouc afinit è l'ay demandat :
— « Quin se hè, maynat, que mous haces passa tant de soulélh ena pèt
quan parlos?... » — « 'Uè », ce m'a dit, « prumè de recita n'ay qu'a
» pensa que tout ed païs qu'em yousso. Arrén qu'aquéro aydéo sufétch
»'enta hè de jou iaute ôme... Pousqui recita en francès, succès pousqui
» aué..., m'en trufi... Mès, quan arrepresénli era Gascounho, eau
qu'arretrounésco era maysom/ ! »
(( TlTOUNHO ».

CI D.O.

BÈZiERS

�DE ÇO QUE PARLARÀ AQUÉSTO 'RREBISTO
« Era Bouts dera Mountanho » que s'oucuparâ de literaturo, de ciénço,
è de tout ço que pouira enteressa et Felibridje.
Coumo 'rrebisto literário, que pubblicará pouesiés, coundes, noubèles,
è auti bèri (è coumbenabbles) escriéuts en Iéngo gascúuno.
Qu'estudiará es parlas gascous, enta hè les counégue è aprecià.
Que serà erouso tabén. de hè paréche touti 's biélhi doucuménts en
gascoun que l'au pouiran èste coumunicats.
Coumo 'rrebisto cientifico, sense cap de pretencioun, que balhara —
en gascoun — quauques crouniques que s'arrepourtarán as ciénces
teouriques è pratiques (matemàtiques, fisico, chimiô, agriculturo, igièno,
endustrió, etc.)
Nou lichara pas tapòc de coustat era istòrio è 's sos enchinhoménts.
Que pouirá mémo trattá quauques questious de mouralo.
Enfin, que tenguera 's sòs lectous at courént des òbres des Felibres
è det moubemént felibrénc.
Ta 's coundes-arrenduts de's lous oubradjes que soun pregats es autous
d'embouiâ-ies en doubbl'egdzemplári, en tout endica-mous, se eau, et
prêts des boulumes è 't liberaire aoun es troben.

Edj abounomént ara « Bouts dera Mountanho )&gt; qu'ei de 3 fr. per an ;
è nou sera pas majourat, mémo s'era nôsto 'rrebisto bén a groussi è a
paréche cado môs. Mès qu'engadjam es nòsti brabes abounats a balhàmous, s'ac pòden, era Iou adesioun coumplèto.
Xado mémbre dera nòsto 'Scòlo que harâ soun poussibble ta proucurámous, ta lèu que pousque, membres agechénis noumhrousi : mès seram,
è miélhou pouiram hè. E, mès ei;eáro, cadun que mous boulera ajudà det
sòv sabé è dera sio plumo.
Es qui nù-an pas encaro pagat era lou coutizacioun que haran bièn
d'embouiá-lo sénse destrigá-s : à Moussu B. Sarrieu, 8, plaço DuBartas, Auch (Gèrs), (atau qu'esbitaran frèssi).

BOUGABULARI GASCOUN
Que haram paréche en aquésto 'rrebisto, debadj et titre de (( Boucabulari gascowi} », listes de môts è d'espressious tirades des dibèrsi dialectes gascous. Que i-à en gascoun fòrço tèrmes è tournures qu'es trôben
prèsque semblabbles en francès, è que soun coumprenuts faciloméns
mémo pes qui nou counéguen pas gùaire 'ra nòsto léngo : nou serà pas
necessari d'endicá-les acitau. Que mous countentaram de nouta, en tout
endicà-n era proubenénço ò balhá-n era traducteioun francéso, es tèrmes
è's loucucious que presentaran quauco particularitat o quauco dificultat;
è d'aquéro manièro que trebalharam a manténgue è a estiéne 'ra counechénço des arrichéces det lengùadje des nòsti páis.
Tadaquér'òbro, qu'aurani bejunh der'ajudo de touti's nòsti amics ;
qu'esperam que nou mous hará pas défaut. — Que haran bièn tabén
es autous, s'empléguen bec-còp en lous artiggles quauque mòt pôc usitat
tròp loucau, de balhá-n en nôto 'ra sinhificacioun-

�STATUTS DE L'ESCOLO DERAS PIRENEOS
ART. 1. Il est fondé, pour la région gasconne de la haute Garonne et
de ses affluents, une Ecole félibréenne qui prend le nom d'Escolo deras
Pirenéos (Ecole des Pyrénées).
ART. 2. Le.siège de l'Ecole est à Saint-Gaudens. — Elle comprend
trois grandes Sections : 1° Haut-Comminges, Nébouzan, Quatre-Vallées
(Saint-Gaudens) ; 2° Bas-Comminges (Muret) ; 3° Couserans (SaintGirons).
ART. 3. Le but de l'Ecole est dé maintenir et de relever la langue
gasconne du Commingés et du Couserans, de conserver les traditions
et les usages locaux, et de développer la vie régionale.
ART. 4. L'Ecole s'interdit absolument toute polémique politique ou
religieuse, soit écrite soit orale.
ART. S. Les Membres actifs paient 6 francs par an, et ont droit au
titre de Félibres et à toutes les publications de l'Ecole. — Les Dames
sont admises. — Les Bienfaiteurs de l'Ecole pourront être déclarés par le
Bureau général Membres honoraires.
ART. (i. Il est recommandé, en envoyant son adhésion au Bureau
général, d'indiquer, en outre de l'adresse, le lieu d'adoption au point de
vue dialectal.
ART. 7. Il y aura des Groupes locaux là où plusieurs Membres actifs
(o au moins) décideront d'en établir un. Tout Groupe 'devra se rattacher
à l'une des trois Sections.
ART- 8. Les trois Sections et les Groupes jouiront de la plus grande
autonomie, à la seule condition d'agir conformément aux Statuts, notamment de respecter les articles 3, 4 et- a, et de se tenir en rapports avec leBureau général.
ART. 9. L'Assemblée générale de l'Ecole, composée de tous les Membres actifs, doit se réunir une fois l'an. Elle peut modifier les Statuts à
la majorité absolue.
Art. 10. Le Bureau 'général est élu au scrutin secret pour 3 ans par
l'Assemblée générale. Il est composé d'un Président, d'un Secrétaire,
d'un Trésorier, et de trois autres membres, ayant rang de Vice-Présidents
et représentant chacun l'une des trois sections de l'Ecole. — Le vote par
correspondance est admis pour cette élection.
ART. 11. Les questions relatives à l'administration de l'École, à ses
publications, à ses fêtes, à ses relations extérieures, sont réglées par le
Bureau général.
NOTA. •— Composition du Bureau général pour l'année 1909 :/Président, M.
de Hardies, à Soulan, par Aleu (Ariège) ; Vice-Présidents,
MM. Y.-D. Dufor, curé de Labarthe-de~Rivière (Haute-Garonne) [HautComminges], B. Daubian, curé de Villefranche-d'Astarac, par Simorre
(Gers) [Bas-Comminges], A. Teulié, directeur d'école à Saint-Girons
(Ariège) [Couserans] ; Secrétaire-Trésorier, M. B. Sarrieu, professeur
au Lycée, 8, place Du-Bartas, Auch (Gers).

Le Gérant : N.

ABADIE.

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              <text>Era Bouts dera mountanho &lt;a href="https://occitanica.eu/items/show/10927"&gt;(Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
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