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Estudis

Marie-Anna CHEVALIER

L'ÉVOLUTION DE L'IDÉE DE
GUERRE SAINTE ET LA
CRÉATION DES ORDRES
RELIGIEUX-MILITAIRES
COLLOQUE
"LES CROISADES : ORIENT-OCCIDENT
(XIE AU XIIIE SIÈCLE)"

7E

RENCONTRE INTERNATIONALE
PATRIMOINE HISTORIQUE
BÉZIERS - NÉBIAN - COLLIOURE
10-12 OCTOBRE 2014

DU

Per citar a ueste document I Pour citer ce document :
Chevalier, Marie-Anna, L'évolution de l'idée de guerre sainre et la création des ordre
religieux-militaires, in Actes du colloque "Les croisades : orient-occident (XIe au XIII
siècle)", 7e Rencontre internationale du patrimoine historique, 10-12 Octobre 2014,
Occitanica, Estudis, [En ligne], http://purl.org/occitanica/10976

�Table des matières

Introduction ............................................................................................................................3
I. Une idée mal acceptée au sein du christianisme .............................................3
II- Les prémices d’une justification avec l’apparition de la notion de
« guerre juste ». ........................................................................................................................4
III- De la « guerre sacralisée » à la « guerre sainte ». ......................................6
IV- L’aboutissement du concept avec la création des ordres
religieux-militaires ..............................................................................................................10
1- Des conditions favorables à leur création .............................................10
2- Fondation et organisation des ordres. .....................................................11
3- Une implantation territoriale utile et relativement durable ....13
Conclusion ..............................................................................................................................14

�3

Introduction

1

La notion de guerre sainte n’apparaît pas dans le Nouveau Testament. Cette idée semblait
complètement étrangère et même contraire à l’idéal chrétien originel puisqu’il était interdit aux
premiers fidèles de cette religion de porter les armes et, a fortiori, de s’en servir. Il fallut une évolution
des mentalités de plus de dix siècles au sein des sociétés chrétiennes pour que l’idée de mener une «
guerre sainte » soit acceptée et valorisée. Nous nous intéresserons aux étapes qui ont jalonné cette
mutation en étudiant le rôle fondamental joué par certains Pères de l’Église et par le Saint-Siège pour
parvenir à ce nouvel idéal. L’acmé de ce concept fut atteinte avec la fondation des ordres religieuxmilitaires, les vocations monastiques et militaires étant antinomiques par excellence.

I. Une idée mal acceptée au sein du christianisme
L’idée de lutter pour Dieu et la défense de la religion chrétienne était ancienne, mais surtout basée
sur une notion de combat spirituel. Les textes fondateurs de la religion chrétienne et en particulier le
Nouveau Testament rejettent l’action guerrière.
Le christianisme prêché par Jésus de Nazareth se présente dès son origine comme une religion de
paix, condamnant l’usage de la violence et des armes. Son message se focalisait complètement sur
l’amour de Dieu et de son prochain, quel qu’il soit, même l’ennemi romain de l’époque.
Par son engagement profondément pacifique, le Christ abolit certaines loi de l’Ancien Testament
telle que la loi du Talion, que l’on trouve dans la genèse, avec la formule très célèbre extraite de
l’Évangile selon Matthieu : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent. Mais
moi, je vous dis de ne pas résister au méchant. Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, présente lui
aussi l’autre. » (Matthieu, 5, 38-39).
Même en cas de persécutions, les chrétiens ne devaient pas répliquer par la force face à leurs
bourreaux.
Bien que les chrétiens des premiers siècles aient été soumis et obéissants aux empereurs romains, alors
encore païens, ils rejetaient la guerre. Le service militaire n’était pas obligatoire puisque l’armée romaine
était une armée de métier dans laquelle il fallait s’engager volontairement.
Il existait deux obstacles essentiels pour qu’un chrétien intègre l’armée. Le premier était le fait, pour
un soldat, de devoir prêter serment de fidélité à l’Empire et à l’empereur à l’occasion d’une cérémonie
où ce dernier était quasiment déifié ; hors, il était, d’une part, strictement interdit aux premiers fidèles
de jurer et, d’autre part, ils ne reconnaissaient qu’un seul Dieu. Le second obstacle étant bien sûr d’ôter
la vie à d’autres personnes, ce qui contrevenait au cinquième commandement.
Cette interdiction formulée par l’Église chrétienne a été justifiée par plusieurs auteurs contemporains
des événements, qui expliquaient, à l’exemple du théologien Origène (185-252/254), que les chrétiens
1 Cet article est destiné au « grand public », c’est pourquoi la plupart des questions qui y sont traitées reprennent
quelques travaux bien connus des historiens sur la guerre juste, la guerre sainte, la croisade et les ordres militaires. Notre
objectif étant simplement ici de faire partager les grandes lignes de certains aspects de ces études à un lectorat étendu, nous
ne sommes pas entrés dans le vif des débats historiographiques sur ces différents sujets.

�4
se rendaient utiles à l’Empire par leurs prières en direction du vrai et unique Dieu et n’avaient pas
besoin de prendre les armes pour le défendre ; les chrétiens étaient donc des « combattants spirituels »
au service de l'État romain. Il introduisit même déjà de manière assez précoce une référence à la « guerre
juste », évoquant ainsi la participation des chrétiens : « par des prières adressées à Dieu pour ceux qui se
battent justement et pour celui qui règne justement, afin que tout ce qui est opposé et hostile à ceux
qui agissent justement puisse être vaincu 2».
Dans le cas de soldats qui se convertiraient au christianisme, il ne leur était pas demandé de renoncer
à leur vocation militaire, par contre l’Église leur imposait de ne plus tuer et de refuser les ordres
contraires à la pratique de leur foi.
À la fin du IIIe et au début du IVe siècle, l’Empire romain fut sérieusement menacé par des vagues
d’invasions qui remirent en cause la stabilité de l’État. Ceux que les Romains appelaient les « barbares »
attaquèrent l’Empire et parvinrent à s’emparer de régions entières sur ses frontières. Les Germains
traversèrent le Rhin et les Perses lancèrent des offensives en Mésopotamie et en Syrie. Les empereurs
durent accroître les effectifs de l’armée pour résister aux envahisseurs, dévaluant la monnaie pour
pouvoir rémunérer les soldats. Ces derniers furent moins bien payés, ce qui entraîna une chute des
vocations. C’est dans ce contexte que l’empereur Dioclétien (284-305) rendit le service militaire
obligatoire dans certaines provinces à la fin du IVe siècle, intégrant ainsi de fait des chrétiens.
Certains d’entre eux refusèrent de combattre et de tuer, ils furent exécutés et élevés au rang de
martyrs. Jean Flori évoque le cas de Maximilien de Carthage, qui en 295, refusa d’être engagé de force
et prononça ces paroles : « Je ne puis servir par les armes, je ne puis faire le mal, je suis chrétien. » Il
subit le martyre pour avoir choisi de vivre en accord avec sa foi. Désormais les chrétiens, qui subissaient
déjà des persécutions sous Dioclétien, vont être recherchés et condamnés pour ces raisons. Ainsi,
lorsqu’une partie des chrétiens fut contrainte de porter les armes pour servir l’Empire, leur engagement
provoqua de graves problèmes de conscience aux plus fervents d’entre eux, en raison de tous les interdits
liés à cette pratique pendant plusieurs siècles3 .

II- Les prémices d’une justification avec l’apparition de la
notion de « guerre juste ».
La conversion – supposée - de l’empereur Constantin (306-337) lors de la bataille du Pont Milvius
contre Maxence en 312 (avec l’apparition du chrisme à l’empereur avant et après la victoire), puis
l’adoption du christianisme comme religion d’État au VIe siècle sous Théodose Ier (379-395),
conduisirent les chrétiens à devoir modifier leur perception de la guerre et à se battre contre les ennemis
de l’Empire et, par la même, à intégrer le fait que l’usage de la force était indispensable pour pouvoir
2 Contre Celse VIII, 73.

3 Pour toute cette partie, nous nous sommes essentiellement basés sur l’ouvrage de Jean FLORI, Guerre sainte, jihad,
croisade. Violence et religion dans le christianisme et l’islam, Paris, 2002, p. 7-30. Cf. également ID., 1095-1099, la
Première croisade. L’Occident contre l’Islam. Aux origines des idéologies occidentales, Bruxelles, 1992 ; ID., « De la paix de
Dieu à la croisade ? Un réexamen », Crusades, 2, 2003, p. 1-24 ; BRUNDAGE, James A., “Crusades, clerics and
violence : reflections on a canonical theme”, in Marcus Bull et Norman Housley (dir.), The Experience of Crusading,
vol. I : Western Approaches, Cambridge, Cambridge University Press, 2003, p. 147-156.

�5
préserver leur foi. Ainsi l’usage de la violence pourra être justifiée dans certaines circonstances, d’autant
plus que le nombre de chrétiens s’accrut considérablement dans l’Empire, et que l’empereur Théodose
II (408-450), fervent chrétien qui alla jusqu’à imposer l’ascétisme à sa cour, décida d’interdire la carrière
militaire aux païens4. Tous ces facteurs rendirent indispensable la participation des chrétiensaux
opérations militaires de l’Empire.
Avec le célèbre Père de l’Église saint Augustin (354-430), apparut plus clairement une nouvelle
notion, celle de « guerre juste ». Ce concept déjà présent chez les philosophes grecs, puis dans les écrits
de Cicéron, et, on l’a vu, chez le chrétien Origène, fut développé et explicité dans plusieurs des œuvres
de saint Augustin (De Libera Arbitrio, Contra Faustum, La Cité de Dieu). À son époque, l’Empire
romain était tellement menacé par les Barbares que le théologien essaya de proposer des solutions pour
éviter sa destruction, invoquant la nécessité d’assurer la défense de l’État, garant d’une paix sociale et
porteur d’une certaine stabilité. Il tenta de rassurer les soldats qui se trouvaient en situation de tuer les
ennemis de l’Empire et qui ne lui semblaient pas commettre de péché en cela puisqu’ils obéissaient à la
loi et agissaient pour le bien public, la défense du peuple.
Pour le Père de l’Église, dans certains cas, la guerre pouvait être justifiée :
-Quand il était question de protéger des intérêts supérieurs et, en particulier la sauvegarde des
populations.
-S’il s’agissait d’une légitime défense en quelque sorte « publique » contre des ennemis extérieurs qui
attaquaient l’Empire (l’auteur se réfère ici à l’Ancien Testament) ou encore contre ceux qui s’en
prenaient aux personnes sans défense telles que les veuves, les orphelins, les personnes âgées ; alors que, a
contrario, il était interdit de se défendre soi-même.
-Il fallait que la guerre soit légale, décidée par l’empereur, et non une initiative personnelle, privée,
motivée par des intérêts particuliers ou un désir de vengeance. -Afin d’établir une paix réelle et durable.
-Pour punir des crimes. Dans ces cas là, la guerre pouvait être admise par les chrétiens, mais elle ne
devait jamais être menée avec excès et cruauté, sans humanité, ou pour de mauvaises raisons telles que la
cupidité, la volonté de domination ou la soif de conquête.
La « guerre juste » ne devait être déclenchée qu’en dernier recours par les autorités de l’Empire ; en
effet, la guerre, même légitime, restait quelque chose de mauvais. L’influence de saint Augustin fut
déterminante pour faire accepter aux chrétiens l’idée de la nécessité du combat armé pour la protection
de l’État romain et de la civilisation qui en est issue 5 .
Ce qui, au départ, apparaissait comme un mal nécessaire fut peu à peu intégré par les sociétés
d’Europe occidentale. L’adoption du christianisme par les Barbares, et en particulier les Wisigoths,
établis en Europe de l’Ouest, qui exaltaient les valeurs militaires, contribua à donner une autre vision de
la guerre. On diffusa davantage l’image des saints guerriers comme Georges, Michel, Démétrius,
4 Il promulgue un code de loi regroupant l’ensemble des lois contre le paganisme en 438.
5 FUX, Pierre-Yves, Paix et guerre selon saint Augustin. Paris, Migne, 2010 (coll. « Les Pères dans la foi, 101 »),
passim ; FLORI, Guerre sainte, op. cit., p. 43-47.

�6
Théodore et bien d’autres, d’abord en Orient, puis en Occident.
L’essor de la papauté et l’implication de l’Église dans la société féodale contribuèrent à sacraliser
l’usage des armes lorsque celles-ci étaient destinées à protéger leurs institutions, leurs membres et leurs
biens, ainsi que, plus tard, les populations sans défense que l’on appelait les inermes (les « sans-armes »),
en particulier au moment de la « Paix de Dieu » et de la « Trêve de Dieu ». Le mouvement de la « Paix
de Dieu » fut créé en réaction à la violence seigneuriale envers les plus faibles (paysans, artisans,
marchands, moines), mais également et surtout envers l’Église. Plusieurs conciles se tinrent à Charroux
(juin 989), à Narbonne, et à Saint-Paulien (octobre 994), dans le centre et dans le sud de la France,
pour essayer de rétablir la paix sociale. Évêques et princes laïcs, en particulier en Aquitaine,
s’impliquèrent en faveur de la population devant le constat d’impuissance des pouvoirs publics. Les
canons conciliaires promulgués à l’issue de ces réunions protégèrent les faibles, leurs biens et leur bétail,
mais aussi les propriétés, les droits et les prérogatives de l’aristocratie ; l’église et son enceinte devinrent
des espaces sacrés. Des mesures ecclésiastiques sévères furent prises en cas de manquement à ces règles,
telles que l’excommunication, l’interdiction d’entrer dans les lieux de culte et la privation de sépulture
religieuse, mais aussi des châtiments temporels puisque les meurtres furent punis d’exil et de réparations
matérielles lourdes. Dans certains cas, comme à Bourges en 1038, on vit de véritables milices
diocésaines affronter militairement les fauteurs de troubles et s’employer au rétablissement de la paix.
En 1040, l’abbé Odilon de Cluny et de nombreux prélats du sud-ouest de la France préconisèrent
l’institution de la trêve de Dieu, qui visait à imposer à tous les chrétiens l’abstention des combats,
chaque semaine, du mercredi soir jusqu’au lundi matin. Ces initiatives locales furent reprises par la
papauté qui étendit la Paix et la Trêve de Dieu à des pays où elles n’étaient pas encore pratiquées (en
Espagne en 1068 et en Italie du Sud vers 1090).
Certains prélats s’attachèrent également les services de cavaliers soldés pour garder leurs terres. Au
XIe siècle, les papes firent appel à des soldats, appelés milites sancti Petri, pour défendre Rome face aux
Normands d’Italie du Sud qui menaçaient la Ville éternelle ; ceux qui moururent ainsi au service de la
papauté reçurent d’ailleurs la couronne du martyre. Malgré cette forme de caution apportée
progressivement par le clergé et par la papauté, le fait de tuer un ennemi, même dans une guerre
sacralisée, restait un péché. Le guerrier qui participait à ce type de combat devait expier ses péchés et
faire pénitence s’il tuait quelqu’un et, s’il était lui-même tué, on devait lui apporter l’absolution.

III- De la « guerre sacralisée » à la « guerre sainte ».
Le pape Grégoire VII (1073-1085) fit mention d’une « guerre de Dieu » (Bellum Dei) dans l’une de
ses lettres, à propos de l’Ancien Testament. La différence entre la guerre sacralisée et la guerre sainte
consistait dans les récompenses spirituelles apportées par cette dernière. La guerre sainte sanctifiait ceux
qui la faisaient, peu importe qu’ils tuaient ou blessaient leurs adversaires, tous leurs péchés leur étaient
automatiquement remis (et ceux qui mouraient obtenaient le martyre).
Cette conception d’un type de guerre apparut avec la Reconquête menée en Espagne à partir de la
deuxième moitié du XIe siècle et avec les combats entrepris par Grégoire VII pour faire accepter sa
réforme. Je ne vais pas évoquer davantage l’argumentation conduisant à légitimer la reconquête
chrétienne de la péninsule Ibérique puisque celle-ci est envisagée, dans le cadre de cette rencontre, par

�7
Daniel Baloup.
Avec les croisades, du côté des chrétiens, la notion de « guerre sainte » apparut chez certains
chroniqueurs et historiens médiévaux comme Guibert de Nogent. Ce phénomène a été analysé, entre
autres, par Carl Erdmann 6, Paul Rousset7, Jean Flori8 et Alain Demurger9. Plus récemment, les travaux
de Thomas Deswarte ont offert une approche nouvelle de cette question. Cet historien a remis en cause
la théorie selon laquelle la croisade était forcément considérée comme une « guerre sainte » par les
contemporains de l’événement. À travers une étude précise de l’historiographie sur le sujet, il a
démontré qu’il s’agissait davantage de la perception qu’en avaient les historiens depuis l’époque
moderne que d’une réalité médiévale, ce terme ou cette idée de « guerre sainte » étant utilisés au Moyen
Âge en des occasions diverses par des auteurs exaltés, souvent même sans aucun lien avec la croisade en
Orient10.
Le concept de « guerre juste » pouvait toutefois encore s’appliquer dans le cadre de la croisade
puisque l’on considérait que les Lieux saints avaient été « injustement » repris par les musulmans.
Une combinaison d’éléments a concouru au déclenchement de la première croisade en Occident. Les
papes avaient été informés de la menace saldjoûkide qui pesait sur la frontière de l’Empire byzantin et
de l’issue désastreuse pour les Byzantins de la bataille de Mantzikert (1071). Dès 1074, le pape Grégoire
VII (1073-1084) s’en ému au point d’envisager de prendre lui-même la tête d’une expédition de 50 000
volontaires pour porter secours aux chrétiens d’Orient et pourquoi pas, se rendre jusqu’au SaintSépulcre, à Jérusalem. Urbain II (1088-1099), le véritable instigateur de la croisade, avait, quant à lui,
dès le début de son pontificat, échangé des ambassades avec le basileus dans une volonté de
rapprochement des deux Églises (latine et grecque), séparées depuis le schisme de 1054. Alexis
Comnène lui écrivit également pour qu’il facilite l’envoi de mercenaires dans l’Empire byzantin. Le
concile que le pape convoqua à Clermont le 18 novembre 1095 avait essentiellement pour objectif de
pacifier l’Église après les remous provoqués par la réforme grégorienne qu’il cherchait à diffuser. La
situation en Orient n’était donc pas l’objet de ce concile. Ce n’est qu’au lendemain de la clôture du
concile, le 27 novembre, que le souverain pontife aurait prononcé un discours, connu a posteriori sous
le nom d’« appel de Clermont », devant une assemblée composée de clercs et de laïcs, probablement
quelques seigneurs locaux et leur entourage, condamnant très fermement les violences et les injustices
commises par les chevaliers envers les pauvres et demandant à ceux-ci de consacrer leurs forces et leurs
richesses à une cause qui lui paraissait plus juste : la défense des chrétiens d’Orient opprimés par les
Turcs et la « libération » de la Ville sainte, Jérusalem.
6 ERDMANN, Carl, Die Entsehung des Kreuzzugsgedankens, Stuttgart, 1935.
7 ROUSSET, Paul , Histoire d’une idéologie. La Croisade, Lausanne, 1983.
8 FLORI, Jean, « Église et chevalerie au XIIe siècle », in Die Ritterorden im Mittelalter, Reineke, 1996, p. 47-70 ;
ID., Croisade et chevalerie, XIe-XIIe siècles, Bruxelles, 1998 ; ID., Chevaliers et chevalerie au Moyen Age, Paris,
1998 ; ID., Guerre sainte, op. cit..
9 Cf. DEMURGER, Alain, Chevaliers du Christ, Les ordres religieux-militaires au Moyen Age, XIe-XVIe siècle,
Paris, 2002 p. 23-28 ; ID., Les Templiers. Une chevalerie chrétienne au Moyen Age, Paris, rééd. 2005, p. 32-46 ; ID.,
Croisades et croisés au Moyen Âge, Paris, 2006, p. 30-34.
10 DESWARTE, Thomas, « La « guerre sainte » en Occident : expression et signification», Famille, violence et
christianisme au Moyen Âge, Mélanges offert à Michel Rouche, Martin Aurell et Thomas Deswarte (éd.), Paris, 2003, p.
331-349. Voir aussi ID., « Entre historiographie et histoire : aux origines de la guerre sainte en Occident », Regards
croisés sur la Guerre Sainte. Guerre, religion et idéologie dans l’espace méditerranéen latin (XIe-XIIIe siècle) , BALOUP
Daniel et JOSSERAND Philippe (éd.), Toulouse, 2006, p. 67-90.

�8
Son insistance sur le terrible sort des chrétiens d’Orient n’avait pas de réalité concrète, puisque les
persécutions qu’ils subirent furent très ponctuelles (en particulier sous le sultan fatimide al-Hakîm) et
non généralisées. Un autre élément put entrer en compte dans cette description catastrophique, il
s’agissait des difficultés rencontrées par certains prestigieux pèlerins occidentaux qui souhaitaient se
rendre aux Lieux saints. Depuis le IVe siècle, la Terre sainte était fréquentée par les chrétiens d’Europe ;
l’occupation arabe avait ralenti pour un temps les pèlerinages, mais les souverains musulmans
comprirent l’intérêt financier de leur venue, en vendant des sauf-conduits. La protection du SaintSépulcre et de Jérusalem fut l’une des préoccupations récurrente des souverains européens et byzantins.
Charlemagne intervint auprès du calife Hâroûn al-Rashid pour obtenir l’autorisation de protéger les
Lieux Saints et l’Église de Jérusalem (il y fit construire un hôpital pour accueillir les pèlerins) et ses
successeurs poursuivirent cette politique. Certains grands seigneurs se sentirent également impliqués
puisqu’au début du XIe siècle, le duc de Normandie, Robert II, choqué à la nouvelle de la destruction
du Saint-Sépulcre par le sultan al-Hakîm, fit parvenir des fonds au patriarche de Jérusalem pour le
restaurer. Les empereurs byzantins s’investirent aussi dans la protection des Lieux saints, Constantin
Monomaque fit reconstruire partiellement le Saint-Sépulcre et un nouvel hôpital. Les pèlerinages se
multiplièrent entre le Xe et le XIe siècle (79 pèlerinages recensés dans les sources latines pour ce dernier
siècle) avec un caractère plus collectif et une participation accrue de hauts personnages tels que des
évêques (Hugues de Chalon, évêque d’Auxerre), des comtes (ceux du Périgord, du Rouergue,
d’Angoulême, Guillaume Taillefer, etc.), des ducs (celui de Normandie, Robert le Magnifique) et des
princes (Béranger-Raymond de Barcelone, Guillaume IV de Toulouse, etc.), certains d’entre eux partant
pour faire acte de pénitence après avoir commis des crimes et transgressé la « paix » de Dieu. À certaines
périodes, les pèlerins subirent des exactions. En 1054, les Fatimides expulsèrent 300 pèlerins de
Jérusalem, et dix ans plus tard, quatre évêques allemands furent attaqués par des Bédouins. Ils en firent
un récit qui toucha les chrétiens d’Europe. Cependant, cela restait des actes marginaux, tout comme les
persécutions subies par les chrétiens orientaux. Lorsqu’il évoquait leur situation désastreuse, Urbain II
semblait plutôt parler de ceux qui habitaient aux frontières de l’Empire byzantin, cela concernait
essentiellement les Grecs et les Arméniens particulièrement touchés par les invasions turques (certains
réfugiés étaient venus à Rome pour témoigner du drame qu’ils vivaient). Mais les pèlerins furent
probablement entravés dans leur démarche par la situation politique et les combats qui opposèrent les
Turcs saldjoûkides aux Fatimides dans la seconde moitié du XIe siècle ; ils devaient par conséquent se
faire accompagner par une escorte armée, c’est l’origine du pèlerinage en armes. Fait nouveau, le pape
accorda l’indulgence plénière, c’est-à-dire la rémission totale des peines encourues pour les péchés
commis, à ceux qui partiraient comme combattants -et non plus seulement en tant que pèlerins - en
Terre sainte.
À la fin du XIe siècle, les prêches du pape Urbain II provoquèrent un écho retentissant et une grande
ferveur populaire, déclenchant ainsi la première croisade, expédition de guerre sainte prescrite d’abord
aux chevaliers chrétiens, afin de « délivrer les Lieux saints », c’est-àdire de reprendre le Saint-Sépulcre
par la force (ce lieu sacré du christianisme était tombé quatre siècles et demi auparavant aux mains des
musulmans) et de sauver les chrétiens d’Orient contre leurs prétendus oppresseurs. Les couches les plus
populaires, des clercs, des paysans et des artisans, émus du sort de leurs frères d’Orient s’unirent au cri
de « Dieu le veut » et cousirent une croix sur leurs vêtements, qui devint leur insigne. Ils furent
d’ailleurs appelés cruce signati (ceux qui portent la croix) par Urbain II qui fixa le départ de l’expédition
au 15 août 1096 et désigna un chef spirituel, l’évêque du Puy, Adhémar de Monteil, et un chef

�9
temporel, le comte de Toulouse et marquis de Provence, Raymond IV de Saint-Gilles (1088-1105),
pour la conduire.
On assiste à l’aboutissement de ce processus de sacralisation de la guerre avec cette croisade et celles
qui suivront. Le fait que ce combat ait été en même temps un pèlerinage qui menait à Jérusalem
renforçait cette idée de guerre sainte. L’historien Alain Demurger, qui a développé cette idée, la
synthétise dans cette phrase : « La croisade, en tant que pèlerinage armé pour délivrer Jérusalem,
combine la valeur pénitentielle du pèlerinage à l’idéologie des mouvements de paix ; elle accentue le
processus de sacralisation de la guerre et du guerrier entrepris par les réformateurs grégoriens 11. »
Il s’agit, dans le christianisme, d’une véritable révolution doctrinale, puisqu’en onze siècles, l’attitude
de l’Église chrétienne face à la guerre a radicalement changé.
À la fin du XIe siècle, le christianisme et l’islam parvinrent au même niveau de sacralisation de la
guerre. La guerre sainte est une notion qui apparut dès les origines de l’islam. Selon la définition de
l’historien Philippe Sénac, le jihad est l’« effort ou combat dans la voie de Dieu qui se traduit par
l’obligation collective de convertir ou de soumettre les non musulmans. » Parmi les différentes formes
de jihad existantes dans le Coran, le « jihad de l’épée » est celui qui correspond à la guerre sainte menée
par les musulmans contre les non-musulmans, qu’ils considéraient comme des infidèles. Ce concept a
été élaboré par le prophète de l’islam Muhammad durant son séjour à Médine lors de sa confrontation
militaire avec les Mecquois païens. L’islam s’est donné une vocation universaliste : son objectif est
d’abord d’étendre la souveraineté de Dieu sur le monde, et ensuite de briser celle des impies, et ce, par
tous les moyens, même l’usage des armes, dès sa création. Selon les juristes musulmans du Moyen Âge,
le jihad était donc conçu comme une obligation nécessaire à la diffusion de l’islam. À la différence du
christianisme, pendant la période médiévale, l’islam n’a émis aucune réserve vis-à-vis de l’acte
belliqueux, puisqu’il fut pratiqué par son prophète lui-même. C’est le mouvement des croisades qui
déclencha un second jihad dans le monde musulman.
Les croisades, qui rassemblèrent des dizaines de milliers de personnes, transformèrent pour deux
siècles la configuration politique du littoral syro-palestinien et modifièrent également, par certains
aspects, les mentalités. De véritables États féodaux furent constitués, quatre dans un premier temps,
dans l’ordre chronologique : le comté d’Édesse, la principauté d’Antioche, le royaume de Jérusalem et le
comté de Tripoli. Le comté d’Édesse fut perdu au bout d’une cinquantaine d’années. Un cinquième
État, le royaume de Chypre, vit le jour à la fin du XIIe siècle, un an avant la transformation de la
principauté arménienne de Cilicie en un royaume, le 6 janvier 1198. Les croisés qui s’installèrent dans
le Levant apprirent progressivement à composer avec leur environnement et avec les populations locales
et leurs seigneurs, chrétiens orientaux ou musulmans ; ils adoptèrent même certains de leurs modes de
vie tout en conservant une structure féodale importée d’Occident. L’esprit d’adaptation et l’intelligence
du terrain de ces « poulains » tant décriés par les vagues successives de nouveaux croisés permirent au
concept de « chevalier du Christ » (miles Christi) de prendre forme et de se concrétiser.

11 Dans Chevaliers du Christ, op. cit., p. 26-27.

�10

IV- L’aboutissement du concept avec la création des
ordres religieux-militaires
1- Des conditions favorables à leur création
C’est à l’époque des premières croisades que l’on assista à l’émergence d’un nouveau type d’ordres
monastiques, les ordres religieux-militaires. Ces institutions furent créées afin de répondre aux nécessités
et aux conditions particulières suscitées par l’installation des Francs en Terre sainte. Les quatre ordres les
plus importants pour l’histoire de l’Orient chrétien furent l’ordre du Temple, l’ordre de l’Hôpital de
Saint-Jean de Jérusalem, l’ordre de l’Hôpital de Sainte-Marie des Teutoniques et l’ordre de SaintLazare. Nous laissons donc de côté ici les ordres de la péninsule Ibérique (ordres de Calatrava,
d’Alcántara, de Santiago et d’Avis) nés avec la Reconquista et ceux de la Baltique (ordre des Porteglaives, aussi appelé ordre du Christ, en Livonie et ordre de Dobrin), pour lutter contre les païens
frontaliers de la Prusse.
Jusqu’à ce que les Francs furent confrontés à la réalité de la situation en Orient, la combinaison d’un
religieux et d’un soldat demeurait inconcevable. Un cap de plus fut franchi dans la « guerre sainte » avec
la création des ordres religieux-militaires, qui se concrétisa par l’autorisation de porter des armes pour
des religieux et de s’en servir au nom du Christ. Quels facteurs ont-ils permis l’apparition de ces ordres,
qui représentaient au départ une aberration pour la religion chrétienne ?
L’immense majorité des croisés ayant quitté la Terre sainte une fois Jérusalem conquise par les
chrétiens le 15 juillet 1099, les États nouvellement créés souffrirent d’une pénurie de combattants pour
assurer leur défense, mais également la protection des pèlerins qui continuaient à affluer. C’est dans ce
contexte difficile que plusieurs chevaliers au service des chanoines du Saint-Sépulcre, dont Hugues de
Payns et Godefroy de Saint-Omer, firent le choix de s’affranchir de leur tutelle afin de vivre selon une
règle monastique et de s’engager activement dans la garde des routes empruntées par les pèlerins et, plus
largement, dans la protection du royaume de Jérusalem 12. Ce furent les missions originelles des ordres.
Progressivement, les responsabilités de l’ordre du Temple, puis des autres ordres religieux-militaires
créés dans son sillage, s’accrurent ; les souverains des États latins leur confièrent les forteresses
frontalières les plus exposées et sollicitèrent leur participation à toutes les batailles menées contre les
musulmans.
Malgré leur caractère indispensable dans ce type d’États nouveaux, leur légitimité même fut
contestée dans les premiers temps. Bernard de Clairvaux, qui devint ensuite l’un de leurs plus fervents
partisans, exprima d’abord certaines réticences concernant leur existence. Cependant, il finit par être
convaincu de l’utilité de l’ordre du Temple et de l’abnégation des frères qui s’y engageaient. Il rédigea le
De laude novae militiae, c’est-à-dire « L’éloge de la nouvelle milice », à la demande d’Hugues de Payns,
pour justifier le bien-fondé de cette « chevalerie d’une espèce nouvelle » 13. En voici un court extrait :
12 DEMURGER, Chevaliers du Christ, op. cit., p. 36-39 ; ID., Templiers, op. cit., p. 25-27.
13 BERNARD DE CLAIRVAUX, Éloge de la nouvelle chevalerie. Vie de Malachie. Épitaphe, hymne, lettres (Œuvres
complètes, XXXI) (Sources chrétiennes, n° 367), Pierre-Yves Emery (éd., introduction, trad. et notes), Paris, Les

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« Voilà vraiment un soldat inaccessible à la peur, et assuré de toutes parts : tout comme son corps
revêt une cuirasse de fer, son âme « endosse la cuirasse de la foi. » Revêtu de cette double armure il ne
craint ni le démon ni l’homme. »
Les ordres religieux-militaires finirent par être globalement acceptés en tant que tels en Occident,
surtout après que le pape les aient officiellement reconnus. Dès lors, la plupart des reproches qui leur
furent adressés portèrent davantage sur leur richesse matérielle ou sur leur attitude, mais leur légitimité
ne fut presque plus remise en cause, à quelques exceptions près. Les dignitaires de l’Église arménienne
en particulier, à commencer par le patriarche (catholicos), rejetèrent formellement toute forme de
militarisation des religieux14.

2- Fondation et organisation des ordres.
Ainsi, l’ordre du Temple, composé de chevaliers ayant consacré leur vie à Dieu, fut fondé en 1120. Il
obtint sa première règle le 13 janvier 1129 du concile de Troyes, avec le soutien de saint Bernard. Dès la
fin de la même année, les sources mentionnèrent la participation des templiers à une bataille contre les
musulmans de Damas.
L’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem était, quant à lui, à l’origine, comme son nom l’indique, une
institution hospitalière. Elle fut fondée par des marchands amalfitains, dans la seconde moitié du XIe
siècle, donc avant même l’arrivée de la première croisade. Dès 1113, cet hôpital devint un ordre
religieux placé directement sous tutelle pontificale par la bulle Pie postulatio voluntatis de Pascal II.
Cette institution ne se militarisa que plusieurs années plus tard, probablement dans les années 11301150, bien qu’il fut fait mention, dans un acte de 1126, d’un constabularius Hospitalis nommé Durand
(il semblerait qu’il ne s’agisse alors que d’un officier probablement chargé de la gestion des écuries).
Cependant, pour l’historien anglais Alan Forey, il n’y a aucune preuve réellement incontestable de leur
engagement militaire avant le siège d’Ascalon, en 1153. La cession à l’ordre de places fortes frontalières
et l’apparition du premier commandeur dans les sources dans les années 1150, vont dans le sens d’une
militarisation de l’ordre dès les années 113015.
Le troisième ordre militaire le plus important était celui de Sainte-Marie des Allemands ou ordre
teutonique. Son l’évolution fut relativement comparable à celle de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem
puisqu’il s’agissait également, à l’origine, d’une institution hospitalière appelée Hôpital des Allemands
de Saint-Jean d’Acre. Un Hôpital des Allemands de Jérusalem avait déjà été fondé dans les premières
éditions du Cerf, 1990, p. 48-133.
14 CHEVALIER, Marie-Anna, Les ordres religieux-militaires en Arménie cilicienne. Templiers, hospitaliers,
teutoniques et Arméniens à l’époque des croisades, Paris, Geuthner, 2009, p. 447-455.
15 Cf. Cartulaire général de l’Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (1100-1310), Joseph Delaville le
Roulx (éd.), Paris, 1894-1906, I, p. 71, n° 74, p. 149-150, n° 192, p. 153, n° 198, p. 177, n° 231 ; DELAVILLE LE
ROULX, Joseph, Les Archives, la bibliothèque et le trésor de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, 1ère série, Paris,
1883, p. 76-80 ; ID., Les Hospitaliers en Terre Sainte et à Chypre (1100-1310), Paris, 1904, p. 431 ; FOREY, Alan,
“The militarisation of the Hospital of St. John”, in ID., Military Orders and Crusades, Aldershot, 1994, p. 76-77 ;
BURGTORF, Jochen, “Wind Beneath the Wings : Subordinate Headquarters Officials in the Hospital and the
Temple from the Twelfth to the Early Fourteenth Centuries”, in H. Nicholson (éd.), The Military Orders, vol. 2:
Welfare and Warfare, Aldershot, 1998, p. 219.

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décennies du XIIe siècle, et celui de Saint-Jean d’Acre fut créé lors de la riposte franque à la suite du
désastre de Hattîn (1187), qui aboutit à la prise de Jérusalem par les musulmans, et des multiples
conquêtes de Saladin. Cet établissement de recrutement national devint un ordre militaire entre
septembre 1197 et février 1198, au moment de l’arrivée des Allemands à Acre pendant la troisième
croisade par la bulle pontificale Sacrosancta Romana ecclesia.
L’ordre de Saint-Lazare, avait, quant à lui, la particularité d’être composé à la fois de chevaliers sains
et lépreux. Son origine vient du déplacement de la léproserie de Jérusalem et de la transformation de
celle-ci en un ordre religieux-militaire, entre les années 1120 et 1140. La militarisation de cet ordre se
fit au milieu du XIIe siècle. Cependant, le témoignage le plus ancien dont nous disposons attestant
clairement son activité guerrière date d’un siècle plus tard avec la mention de la participation de certains
de ses membres à la désastreuse bataille de La Forbie, en 1244, au cours de laquelle tous les chevaliers de
l’ordre furent tués. Les frères de Saint-Lazare constituaient l’avant-garde des armées franques.
Ces ordres étaient administrés par une hiérarchie à la tête de laquelle on trouvait un grand maître et
une dizaine de dignitaires pour diriger et gérer l’armée, la flotte, les turcoples, la logistique, les
ressources, l’infirmerie et les fonctions hospitalières et charitables. Au niveau régional, des commandeurs
de province administraient de grandes circonscriptions rassemblant plusieurs commanderie et
forteresses.
Le recrutement des frères du Temple et de l’Hôpital se faisait dans toute la chrétienté. Il semblerait
toutefois qu’au moins la moitié d’entre eux était originaire de France, les autres venaient de la péninsule
Ibérique, d’Italie, d’Angleterre, d’Allemagne, d’Europe centrale et de l’Orient chrétien. Les pièces du
procès du Temple qui se tint à Chypre attestent la réception de frères en Arménie, en Chypre et en
Morée. Les frères de l’ordre teutonique étaient, quant à eux, recrutés dans les régions de langue
allemande.
Parmi les membres de ces ordres, on trouvait au premier rang les frères chapelains ou frères prêtres
qui ne combattaient pas. Leur fonction leur conférait une place d’honneur et quelques privilèges. Leur
mission était de réciter des prières, célébrer les offices divins et administrer les sacrements. Ils
répondaient aux besoins spirituels des membres de leur ordre.
Venaient ensuite les frères chevaliers, généralement issus de la noblesse. Ils constituaient l’élite des
forces combattantes des ordres religieux-militaires. Sauf exceptions définies par les statuts, il fallait que
ces frères soient adoubés avant d’être reçus dans l’un de ces ordres. En 1270, les frères chevaliers
intégrant l’Hôpital devaient être nés d’une union légitime, à moins que leur père ne fût un comte (ou
un prince, dans le texte latin) ou tout autre personnage de rang supérieur à celui-ci. Les frères chevaliers
avaient droit à trois ou quatre montures en moyenne et étaient généralement accompagnés par un ou
deux écuyers.
La troisième catégorie de frères était celle des sergents ou servants, qui comme leur nom l’indique,
servaient l’ordre soit par les armes, soit par des travaux manuels, agricoles ou artisanaux. Dans la
hiérarchie de l’ordre, leur rang était inférieur à celui des chevaliers. On n’exigeait pas d’eux qu’ils fussent
de naissance noble. Les sergents d’armes étaient placés sous les ordres du maréchal, et les sergents « de
métier », obéissaient au grand commandeur.

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Les premiers combattaient, tandis que les seconds s’occupaient de toutes les tâches matérielles
indispensables à la vie des maisons. La frontière entre les fonctions des uns et celles des autres n’a pas été
hermétique, puisque les sergents d’armes pouvaient devenir, s’ils le souhaitaient, frères « de couvent »,
l’inverse n’étant par contre pas possible.
L’ensemble des frères devait prêter serment et prononcer les trois vœux communs à tout ordre
religieux : ceux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté ; à ces vœux, les hospitaliers et les teutoniques
ajoutaient celui de servir les malades.
Hormis les frères, les ordres recrutaient également des combattants qui touchaient une solde, tels que
les turcoples et les mercenaires, mais aussi du personnel, servile ou pas, pour s’occuper de tâches aussi
variées que la traduction, les soins médicaux, les travaux agricoles ou l’entretien des bâtiments, sachant,
toutefois, qu’une partie des frères sergents s’acquittait aussi de ces besognes. Le renfort de ces troupes
auxiliaires s’avérait indispensable aux frères pour mener de front l’ensemble des missions dont ils étaient
investis. Si les turcoples n’étaient pas membres des ordres, ils étaient placés sous le commandement
direct d’un des principaux dignitaires de ces institutions, le turcoplier. Il existe une continuité entre les
Tourkopouloi des armées byzantines et les turcoples des armées franques d’Orient mais leur
recrutement a évolué, d’abord parmi les musulmans convertis au christianisme puis, également, parmi
les chrétiens orientaux. Ces turcoples étaient des « cavaliers en armure légère », armés d’un arc ; ils
étaient utilisés comme éclaireurs et pour les combats rapprochés 16. À côté des turcoples, on trouvait
également des mercenaires soldés dans les garnisons et les troupes des ordres militaires. Leur
rémunération représentait l’une des dépenses les plus lourdes.

3- Une implantation territoriale utile et relativement durable
Progressivement, les responsabilités des ordres militaires s’accrurent ; les souverains des États latins
d’Orient et d’Arménie cilicienne leur confièrent les forteresses frontalières les plus exposées et
sollicitèrent leur participation à toutes les batailles menées contre les musulmans. Dans toute l’Europe,
base arrière des ordres et terrain de recrutement de leurs membres, on leur fit de nombreuses donations,
lesquelles étaient suscitées par l’enthousiasme pour les croisades et pour ces institutions d’un nouveau
genre dont la mission rencontrait un écho exceptionnel au XIIe siècle. Cela leur permit de créer tout un
réseau de commanderies et de financer leurs bailliages orientaux et la défense de la Terre sainte.
En Orient, où leur rôle était à la fois défensif et offensif, ils reçurent plusieurs châteaux de manière
assez précoce : à titre d’exemple, les hospitaliers obtiennent Bethgibelin (près d’Ascalon) en 1136 et le
Krak des Chevaliers en 1142. Ils firent également construire des forteresses, comme les teutoniques à
Montfort vers 1230.
Les ordres militaires, bien qu’autonomes puisqu’ils ne dépendaient officiellement que du pape, se
mettaient très régulièrement au service du roi de Jérusalem, leurs contingents faisant en quelque sorte
office d’armée permanente dans les États latins. De plus, en raison de la pénurie d’hommes, les
16 RICHARD, Jean, “Les Turcoples au service des royaumes de Jérusalem et de Chypre : musulmans convertis ou
chrétiens orientaux”, Revue des Etudes islamiques, Mélanges offerts au Professeur Dominique Sourdel, 54, Paris, Geuthner,
1986, p. 259-270.

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templiers et les hospitaliers étaient quasiment les seuls à posséder des effectifs suffisants pour installer
des garnisons dans les places et les moyens adéquats pour entretenir les forteresses. Il ne faut pas oublier
non plus le rôle fondamental du soutien apporté par les souverains des États latins dans les différentes
étapes de la création des ordres religieux-militaires, ni la politique de donations qui en découla,
politique qui rendit ces ordres redevables envers leurs bienfaiteurs. D’autre part, la mission des templiers
et des hospitaliers, constituant la justification même de leur existence, à savoir la protection de la Terre
sainte et des populations chrétiennes, rejoignait les préoccupations du roi de Jérusalem, et créait ainsi
une relation qui, bien que ne reposant pas sur un lien féodal, était toute aussi solide et fiable.

Conclusion
Ainsi la relation des chrétiens à la guerre ne cessa d’évoluer pendant plus de onze siècles, passant du
rejet absolu de l’usage des armes et même de l’auto-défense à la sanctification de la guerre menée pour «
sauver » les Lieux saints et les chrétiens d’Orient. Ce concept atteignit son paroxysme avec l’apparition
des moines-soldats que furent les frères des ordres militaires. Ces institutions, composées de frères laïcs
et de clercs, répondaient aux attentes à la fois spirituelles et militaires d’une nouvelle société, implantée
en Orient. Les membres obéissaient à des règles strictes régissant leur vie quotidienne, leur pratique
religieuse et leurs activités militaires et charitables. Ils participèrent à toutes les grandes batailles menées
au Proche-Orient, payant souvent un lourd tribut humain, ce qui les contraignit à reconstituer
régulièrement une grande partie de leurs effectifs. Ils se joignirent également à toutes les croisades et
défendirent obstinément et courageusement les forteresses frontalières qui leur furent confiées, pour
protéger les États chrétiens d’Orient.
L’existence et le rôle des ordres furent remis en cause avec la chute d’Acre en 1291 et l’on vit
apparaître des projets de fusion dans l’entourage du pape. Quelques années plus tard un procès sans
fondement fut intenté au Temple à l’instigation du roi de France Philippe le Bel, aboutissant non à la
condamnation de l’institution, mais à sa suppression pure et simple par le pape Clément V (par la bulle
Vox in excelso du 22 mars 1312, lors du concile de Vienne) 17. Les hospitaliers, quant à eux, après un
bref séjour à Chypre, se lancèrent dès 1306 à la conquête de l’île de Rhodes, où ils fondèrent leur propre
État à partir duquel ils continuèrent à mener des opérations sur les côtes orientales de la Méditerranée
(jusqu’en 1522). Les teutoniques décidèrent d’établir pour un temps leur quartier général à Venise,
avant de créer un ordensstaat en Prusse et en Livonie où ils restèrent pendant plusieurs siècles. L’ordre
de Saint-Lazare quitta pour sa part définitivement le Levant en déplaçant son quartier général en
France, à Boigny.

17 Cf. CHEVALIER, Marie-Anna (dir.), La fin de l’ordre du Temple, Paris, Geuthner, 2012.

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          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Histoire et cultures en Languedoc</text>
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