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                  <text>Cinquièmo

1 de Setembre et 1 d'Otobre 1924

Onnado. — N " 54 è 55

te e©BRET©
DE

L'ESCOLO

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Embouia.

O M. H. DOMMERGUKS, pitchiouno corrièiro
Cazancl. Our'hat. secretari.

3Es

©■

Toute réclamation au sujet de numéros no:
adressée directement au Secrétariat, ainsi que les
pour échange.

reçus doit être
ùrrauix et revues

La &lt;»&gt;Î&gt;|&gt; doit parvenir au Secrétariat 'pUite «te Cazaud). avant
le 10'
.a«jiie mois, pour insertion au numero suivant

£©'*3l

•&gt;

lecteurs

Le présent numéro de Lo Cohrclo paraît
en retard par suite du travail considérable
qu'ont nécessité sa confection et son impression.
Nos lecteurs voudront bien ne pas en
tenir rigueur au Comité.
Nous avons pensé leur être agréable en
leur donnant in-extenso le compte-rendu des
Fêtes de VERMENOUZE.
Le présent numéro tient lieu de ceux qui
devaient paraître le "iei Septembre et le
1er Octobre.
Le Comité.

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J*©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©

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(A nos

DF.r.TEiL, Noutari, dobaire. Ourlhat.
LES POPIÈS :

©

(Bonrrciù d'Qubcrnho.)

3 frQncs

L'ORGINT :

i

©
©

o lou journau per res

Oqueste numéro :

©
©

Lo bono'e, lo Morianno,
Lo bouoLe, omai l'ourai.

MESODIE

ODESIOU 0 L'ESCOLO OUBERNHATO : DÈT froncs

'S'
j§t

©
©
©

NAUTMIEJOUR

�FÊTES DE VERMENOUZE
I. -- L'Inauguration Un Monument
Les fêtes organisées à l'occasion de l'inauguration
du buste de Vermenouze, érigé dans le beau square
d'Autillac, ont constitué une manifestation régionaliste des plus imposantes et des mieux réussies.
Comme l'a fort bien écrit un de nos confrères,
« pendant deux jours, les 14 et 15 août, Venmenouze
a reçu, en sa bonne ville d'Aurillac, l'hommage le pJus
éloquent et le plus tendre qui puisse consacrer une
gloire née tout entière d'un grand amour pour le pays
natal. Devant ce buste qui fixera désormais l'effigie
d'un poète immortalisé pour avoir senti et dit les
beautés d'une terre passionnément chérie, le Félîbrige
a délégué ses meilleurs porteurs de lyre, et, dans ces
accents fraternels, on devinera l'orgueil des provinces
françaises pour celui qui n'a point cherché 'hors de son
sol les thèmes de ses songes. La statue de Vermenouze, dressée au cceuir de la cité où s'encadre sa meilleure vie intellectuelle et qu'il appelait « sa ville »,
demeure le vivifiant exemple de ce que peut donner
l'enracinement d'un noble esprit dans le foyer natal
auquel il ne demanda que de pores ambitions et des
rêves choisis. »

* * *
La fête commença le 14 au soir par une belle illumination du Square et un concert donné par la nvtsiaue la Philharmonique et la société de gymnastique
la Géraldienn-t.
Le lendemain matin, les trains amenaient de
nombreux groupes de jeunes filles portant les divers
costumes de l'Auvergne; il y en avait de Mauriac, de
.Salers, de Murât, de Saint-Fleur. Elles se joignirent
à leurs compagnes d'Aurillac et, au nombre d'une
centaine, formèrent ainsi le groupe le plus gracieux
qu'on puisse voir. Anciennes robes aux couleurs variées, babarels antiques, guimpes et coiffes de dentelle
du pays, chapeaux aux diverses formes locales, châles
en so;e imult: colore, longues! chaînes d'or, sainlesprits garnis de pierres du pays, tout cela constituait
une admirable évocation du passé.
C'est précédé de ce bruissant et bariolé essaim de
jolies Auvergnates que le cortège officiel, formé à
l'Hôtel de Ville, se dirigea, à neuf heures sonnantes,
vers le Square. Une estrade y avait été dressée, sur
laquelle prirent place M. Louis Farges, ministre
plénipotentiaire, président du Comité Vermenouze;
M. Réniac, premier adjoint au maire d'Aurillac.
et M. Marcenac, capiscol de YEscolo Oubernhato.
Dans l'assistance, on remarquait:

MM. de Nolhac, de l'Académie française; Serge
Gas, préfet du Cantal ; Mgr Lecœur évêque de SaincFlour; Cazals, sénateur ; Charles-Brun, majorai ,du
Félibrige, secrétaire généra1 de la Fédération régiOnaliste française, et Francisque Rodiez, secrétaire
général adjoint ; les majorant* Delhosta1, Rozès de
Brousse et Amédée Muzac; Vidal, syndic de la Maintenance d'Auvergne et capiscol de YEscolo de Limanho; Tournier, du Bournat du Férigord; Henri Gilbert, de YEscolo de Linianho; Branchât de Léobaze'.
de YEscolo limousine; Tisseyre, ancien député d;
Saône-et-I.oire ; Delavenne, conseiller municipal de
Paris et conseiller général de la Seine ; Louis Déferons,
sous-capiscol de YEscolo Oubernhato; Henri Delteii,
notaire, trésorier de YEscolo Oubernhato; Dormmerques. secrétaire, et Volpilhac, secrétaire adjoint;
Cardou, trésorier adjoint; Los, maire d'Ytrac ; Gaudilhon Gens-d'Arnies, homme de lettres; Raymond
Cortat, homme de lettres ; Goure, receveur de l'enregistrement ; Louis Jalenques, professeur de droit;.
Monteil, notaire à Ally; Fonfreide, professeur de
dessin; G- Burnol, instituteur; Ginouvès, commissaire-priseur • Balthazar, propriétaire à Sirah; docteur Apchin; docteur Vermenouze; Arlabosse, chef
de division honoraire; Collon directeur des Domaines; Vigier et Monloubou, industriels; Buisson, conservateur des hypothèques en retraite ; Capitaine, conservateur du Musée d'Aurillac; Raymond Mil, homme de lettres; capitaine Verinenotize; Armand Delmas, homme de lettres, et Charles Delmas, du Botty.:sou ; Bouscatel, prince des ca'bretaires ; Garnier, per cepteur honoraire; Pescjtaud de Ferval, avocat; Maurice Birsset, artiste peintre, et Madame; Maurice
Vermenouze. à Crandelles; Souquières, pharmacien •
Dumond; ancien notaire- Conrbaize, administrateur
de la S.D.B.A.; Rigal, chef de division à la Préfecture ; Bonnet et Gaston, négociants ; Purvis, ingénieur
agronome ; i ules Vermenouze, à Labouygues de Crandelles; comte et comtesse de Raffin (Ally) ; Breleux
de la Vigne (Allyi et Madame; Frédéric Bonnafé,
administrateur de l'Auvergne laitière; Bastide, conseiller honoraire à la Cour d'appel; Arles, félibre, à
Vic-sur-Cère ; Galéry, félibre. à Cambian ; Grosdidier
de Mathons, professeur agrégé; A.lyre Apchin, agent
d'assurances; Nicolas, sous-directeur du Crédit Lyonnais; Crcizet, architecte départemental: Emile Lvparra, avocat à la cour d'appel de Bordeaux; Mme
Louis Farges ; MM. Antonin Dusserre, hqmme de
lettres, à Carbonat; Régnard, liquidateur-syndic, à
Paris ; docteur Fesq ; Pagès-Allary, président honoraire de la Société préhistorique française; Pautard,
homme de lettres, à Murât; docteur Joseph Jalenques ;
Bordes, agent d'assurances; de Surrel, avocat à h.
cour d'appel de Paris; Louis Maiscnobe. étudiant ci

�LO COBRETO
médecine : Bos, ingénieur agronome, à Reyt ; Mlles
Elise.et Fanny Labertrandie, à Aurillac; MM. Reyt,
étudiant; Adolphe, expert-géomètre; Charles Yigiet,
agronome : de Saint-Chamant ; Grave, moniteur de»
gymnastique : Tronin, propriétaire, et Madame, née
Réniac; Malgouzou, lieutenant de vaisseau; • Roger
Rengade. à Aurillac: Ratier, à Ally; Roc, professeur
au Lycée; Prax, directeur du C.C.* Htot, avoue;
Ernest Deîmas, archiviste départemental; Andrieit
employé de commerce; de Bonafos, étudiant, château
de Viescamp ; Barthélémy, ancien président de la
Chambre de commerce ; Paul Delzons, avocat, cour
d'appel de Paris; Malgat, directeur d'école à Salers;
Basse, sous-directeur des Haras; Prax, négociant;
Appert, avocat; Biard, instituteur à Sansac ; Delort,
secrétaire de la Chambre de eonmierce ; de Boysson,
aspirant au notariat : Guibert, instituteur à Calvinet ;
Azémar, château de P"oulan; Appert, chef du contentieux de la Compagnie maritime de Suez; Adrien
Garric, négociant: Robert Garric, agrégé de F Uni versite; famille Roquetanière, de Saint-Paul-des landes;
famille Vermenouze, de Vielle ; colonel Brunon ; Jean
Barthélémy, étudiant en droit ; docteur Ramond, des
hôpitaux de Paris, et Madame; Gaston de La Large,
château de la Pierre; Raoul de Lapierre, à Vayrac,
lieutenant Charles Deiteil; Róux, procureur' de la
République à Aurillac; Vielcazat. receveur des Domaines; Henri Orcel, ingénieur des arts et manufactures; Gandilhon Gens-d'Armes fils-; Fernand Delzangles; Fernand Valade, Pierre Richard, André Cani«.
employés de commerce....
Etc., etc..
Des discours ont été prononcés par MM. Farges,
Réniac. Drmmergues. de Ribier, Rozès de Brousse
et Aroédée Muzac. Des poésies ont été dites par MM.
Gandilhon Gens-d'Armes, Delhostal et Cortat. En
outre, M. Delhostal a lu un poème du majorai Antonm
Perbosc, et M. Domniergtues une poésie du félibre
Durand.

l'amour de son Auvergne, à l'amour de la France,
à l'amour de Dieu; ce sont tous ces amours qui ont,
en lui éveillé, développe, élevé jusqu'aux plus hauts
sommets le don sacré de poésie.
Il a seize ans: comme tous les ancêtres, il a quitté
Vielles pour l'Espagne; il s'en va
ivre
D'un

pays lointain

et

vermeil,

De soie et d'or et de soleil.

Il s'en. va. mais ce n'est pas sans regrets qu'il a vu ,
s'effacer à l'horizon
Le

doux visage des colline?

maternelles.

et le soir, en s'endormant sous le dais de velours bleu
sombre de ce ciel espagnol où les étoiles sont si belles,
il pense à ceux qu'il a laissés là-bas. dans la maison
familiale dont la glycine ombrage le fcetffil : à- l'aïeule
égrenant son chapelet, à l'aïeul droit et fermé comme
les chênes dont il porte le nom, à cette mère si ten-' drement aimée et si digne de l'être, à tous ceux qui
se groupent autour du foyer.
Et dans cette noble Esjpagne où les paysages les
plus désolés gardent une grandeur prenante, dans
cette Espagne qu'il aime parce qu'il n'y trouve rien
de trivial ni de vulgaire, il garde cependant tout son
cœur à son Auvergne à cette Auvergne si belle .
Quand les vents printaniers

ont balayé le Plomb

Ht que les cerisiers en fleurs, ardents et pâles,
Laissent neiger, parmi nos prés verts, leurs pétales.

Et, dans l'intime douleur de cette nostalgie, sa
pensée se précise et son horizon s'élargit. L'amour
de la famille et de la petite patrie
révèle à lui-même
son amour de la grande patrie, la France.
Sans doute, il

sucé des mamelles

,1

flétries,

Celui qui, dédaignant tes exquises douceurs,
O

cher pays

d'où

sont

nos

Ose encor blasphémer ou

mères

et

nos sœurs,

nier la Patrie !

Nous, nous la détendrons Parme au poiug, s'il le faut,

©

Car le héros qui plane au seuil de notre histoire,

# i§

Le

premier qui lutta

pour notre

territoire

Porte le casque arverne ffù s'éploie un gerfaut.

Discours de M. Louis FARGES
Président du

Comité■.d'initiative

du Monument.

Et ceux-là qui traquaient les ours dan:, leurs repaires.
Les grands tueurs d'aurochs et les forceurs d'isards,
Dont le

poitrail

velu fit

reculer

César,

Les soldats du héros gaulois étaient

Mesdames, .,Messieurs,
Notre Aurillac. notre Cantal, vivent aujourd'hui
une heure d'une émotion aussi rare que douce.
Dans un sentiment d'allégresse et de fierté qui réunit tous les cœurs, nous célébrons,?.avec amour et
reconnaissance, un poète; un poète purement de notre
race et de notre sartg ; un poète que notre langue,
notre histoire, notre sol, notre ciel, ont suffi à inspirer'; un poète qui a été grand parce qu'il s'est oublié
lui-même pour laisser l'âme de la terre natale vibrer
harmonieuse' et sincère, sur la harpe éolienne de son
esprit et de son cœur.
L'œuvre d'Arsène Vermenouze est un miracle
d'amòur.
C'est l'amour de la famille qui l'a conduit i

nuis pères.

Comment s'étonner dès lors que, plus de trente ans
avant d'écrire ces vers, Vermeno-uze. à peine âgé de
vingt ans et d'une santé délicate, soit venu avec son
frère aîné^AJphonse, offrir sa vie à la Patrie en danger et s'engager volontairement -au y 'mjçsards*? .
L'amour de la France, il l'avait dans le sang, et l'on
pourrait croire que, prophète comme tout poète, il
prévoyait nos chers soldats de la Grande Guerre
quand il écrivait dans son Soir de Victoire:
Tels

des

lions

Vous avez
La

Patrie

traqués

défendant

défendu

l'espoir de

à jamais

vénérable,

leurs

repaires,

l'avenir,
ô

mes

pères '.

Et, comme ce n'est jamais en vain qu'on s'oublie
soi-même et qu'un grand amouc,vous • détache des
misérables contingences personnelles.- l'idée patriotique l'a conduit à l'idée religieuse. .

:

�LO COBRETO

4

Mais, dans l'amour divin comme dans 1 amour d-.
la patrie, de la terre natale et de la famille, il s'avérait
si profondément et si pleinement sincère que ses sentiments étaient admîtes et respectés même de ceux
qui ne les partageaient pas, même de ceux qui les
combattaient.
C'est que la doctrine catholique, qui réconforta
et consola sa douloureuse fin, était pour lui non seulement une doctrine de justice, de cette justice don:
le grand tragique grec a dit qu'elle était plus auguste
encore que la clémence, mais aussi une doctrine de
bonté et d'amour.
Car la fortune nous tr.hit, la gloire meni,
Et le bon Dieu nous a créés et mis au monde
Pour qu'en son nom, qui rend toute action féconde,
Nous nous aimions d'une âme ardente, éperdùment !

Tous donc étaient certains qute ces mots de Justice
et Bonté, qu'il a donnés pour titre à un de ses poèmes,
étaient la devise de sa pensée et de sa vie, et c'est
ainsi qu'honoré et respecté de tous, il a pu vivre dans
cet Aurillac qu'il aimait tant, dont il disait : Ma Ville,
comme il disait: Mon Auvergne, et dont il goûtait
si vivement le charme de pitttoresque et de souvenir,

i

OI tems del bièl Ourlhac, quon VontUo Grobièiro
Obio sous ourmes è sous tels,
01 iems que les presous dirs mai' d'uno corrièiro
Pendiòu per grapos è broustels.

Son effigie va s'y dresser pour l'avenir.
Grâce à la Municipalité d'Aurillac, elle s'y élève
dans un cadre digne d'elle, animé et poétique à la fois.
Les jeunes enfants joueront à son entour, sous l'cei'i
attentif de leurs gracieuses mères, et, le soir venu,
quand la ville s'endort, des campagnes prochaines,
Vermenouze sentira monter -jusqu'à lui
L'ànie mystérieuse et flottante des prés.

Tandis que la Marianne d'Auvergne, sœur de Mireille, viendra lui apporter à son tour, dans le silence
étoilé de la nuit, la guirlande de fleurs sauvages et
parfumées qu'il attacha pour toujours à son babarei.
Monsieur le représentant de la Municipalité d'Aurillac, au nom du Comité d'initiative, j'ai le très grand
honneur de vous remercier pro rondement une fois
encore et de remettre en vos mains le monument
d'Arsène Vermenouze.

@

§

©

T1 s'est souvenu aussi que mon père et Vermenouze
étaient deux amis de vieille date, que ieur goût commun pour la chasse réunissait souvent, et je vous
prie de croire que. dans ces occasions ils ne s'exprimaient pas en français.
Personnellement, j'ai eu le plaisir de Connaître
beaucoup Arsène Vermenouze, et il y a de cela plus
de trente ans, quelquefois dans ma maison nata-e.
assez souvent dans la rue d'Aurinques, où il a composé ses plus beaux livres, et aussi dans cette maison
de Vielle, où il a commencé et terminé sa 'vie.
Je le voyais là, avec mon excellent ami le docteur
Roquetanière, son neveu, en médecin et en smi, conservant jusqu'à son dernier souffle cette vivacité
d'esprit et cette bonté d'âme qui, sous son apparence
rude, rendaient sa compagnie des plus agréables et
lui créaient des amitiés indéfectibles
Vermenouze fut un enfant adoptif d'Aurillac, où
il vécut de longues années, où il avait su se créer tant
et de si belles relations.
Aussi la Ville d'Aurillac et sa Municipalité ont eu
à cœur de perpétuer sa mémoire, comme celle d'un
de ses glorieux enfants.
Elle a donné à la vieille rue d'Aurinques le nom
de rue Arsène-Vermenouze ; elle a également dénommé de la même manière le coquet square où le
poète aimait à aller rêver et où son monument a été
dressé.
Monsieur le Président du Comité Vermenouze.
Je vous remercie et je remercie le Comité tout
entier pour toute la peine qu'a donnée la mise à exé ■
cution de votre projet.
Vous avez voulu faire exécuter par un artiste
auvergnat le monument qui doit perpétuer la mémoire du plus grand poète de l'Auvergne, car il était
bien de notre race, celui-là, et n'avait pas oublié son
dialecte maternel, qu'il a si bien illustré.
Je vous en félicite et vous en remercie.
Au hem de la Ville d' Aurillac, je prends en charge
le beau monument que vous nous remettez.
Nous veillerons jalousement à sa conservation et
à son entretien, fiers comme vous de celui qui tant
honora notre petite patrie.

0 0 #
Porlicado de M, Henri DOMMERGUES
Secretari de

l'Escolo Oubernhato.

Discours de M. RÉNIAC
Premier Adjoint au Maire d'Aurillac.

Messieurs. Mesdames.
En me laissant, l'insigne honneur de représenter la Municipalité et la A ille d'Aurillac à cette
imposante cérémonie pour la glorification de notre
grand poète, M. le Maire d'Aurillac, par un senti
ment de délicatesse dent je le remercie, s'est rappelé
que j'étais enfant d'.Ayrens. voisin de Cnndelles et
d'Ytrac, patrie des Vermenouze

Modamos,
Moussurs,
L'Escolo Oubernhato m'o domondat de porla per
guelo dobont lou mounuiment del Mestre Bermenouzo. Mes, se l'ounour que m'es fat es plo bèl, lo
cargo que ploumbo sus mos espallos es enouèro pus
fouorto, è bous corro m'escusa se quavjques cottops
me besès un boUci esconat è se quauquos floquièiros
m'oclatou un picossèl.
Moussus les Mojouraus, è bautres, felibres bengu's
de toutes les caires del pois d'Oc per omioura nostre

�LO COBRETO
grond Mestre défunt, segossias les p1o benguts eiei.
Grand morces o n'o toutes. Nous obès -fat. om un bc-i
plose, un ounour que trosons tout entiè sui fièr Qubernhat que festejons ohuèi.
Bous fosès pas idèio cossi l'aimons, nostre Bermenouzo è cossi l'aimo lou moundé del Poïs-Naut. !
Onat, se boulès, dins les caires les pus regondits de
nostros mountonhos, dobolat dins lo Costonhau, trou bores pas un quite bilage, uno qn'to bouorio ound
l'obro de Bermenouzo siasquo pas, pauc-o-prou, counegudo. Onores pas o une- i'èsm. neco ou bouoto,
ound quauqu'un bous digo pas uno pèço del Mèstre
Lei duos Mcnctos lo Noço de Gomot, Ln Bièl de
lo Bièlho, lou Bourrut è tontos maito? sou counegudos è sougudos per un moudiòu de mounde,
E se me flomondai cossi se pouot faire cme los
obros de Bermenouzo ogradou tent os piebous è ois
bèls, bous dirai tout bomioment que q-uo's que lou
pouèto d'en Bièouo o sougtit metre dins sous bèrs
to plo fochurats touto soun amo d'Ouibernhat, so
grondo couneissenço deis ornes, de los causos é de lo
lengo de nostre poïs. Guiel z'o dit:
Lou cur, en béni bièl, s'otenresis; ohuèi
lèu sente dins lou mièu naisse è crèisse uno rèi
Que m'estaquo, toujours pus fouorto è pus soulido,
Ü nostro Oubèrnho benisido,
O lo tèn'o ound les mièus, oqueches de moun song,
Duèrmou lour dorguiè som.

Otobe lijièt Bermenouzo. Siasquo «lins Flour de
Brousso, siasquo dins Jous lo Clov.ch.ado ou qjuitoment dins sois obros fror.cesos, troubores pas res
que sentio pas lou pur terrodou d'Oubèrnho.
Foson o masse-, se boulès, uno espossejodoto dins
oqueches libres Quau li tioulborer.s ?
Li trouborens Juon Pèl, lou cobretaire, trijiairc
è forcejaire, è lou Bourrut, è Grato-Cat, è Popiolo,
è Polhargo, è tontes maites que pouoeiou pas d'èstre
d'en docouon mai que d'Oubèrnho. E Juontou d'o
Siron qu'o bit lou sobat? E Piorrounèl d'Ytrat. lou
rèi deis segaires? E Pontnèi. lou couarrou gingigous
que bon pas deissa les Gèudots cessa dins sous brous■
siès? E Monho d'Ourlhat, lou eourochous gronodiè
de Napoléon? E lo Lisounèlo d'en luèt-Naut è lo
Tota, que to plo faciou lei bounos fennos de nostre
Centau? Ouond obès ibit. possa tout oquel mounde,
coumprendès les bèrs del Mèstre ;
Ai décidât de faire, o grond couop de croyoun,
Quauques cups d'Oubernhats (noun pas capts de couyouns,
Mes pus lèu deis ornes de marco).

Bermenouzo s'es pas cottntentat de nou.s fa beire
deis ornes è de leis fennos de chaz r.autres. O fat
de nostre poïs des toplèus coumo cat de pintre n'en
forio pas om sos coulours è sous pincèls.
Tonès, lijièt lo Ficiro prasso ol pourrait d'Ourenco.
Beires oti lo boulio del fieirau, les ornes è lei bèsties
que se remenou. Ouzires les tessons ,giscla, lou
mounde crida: n pures los òurühos opostelados.
E lou quite nas n'òuro so part :

5

Defouoro uno sentour mouonto, fouorto è fodasso
Sentour de bouso fresca è de bièlho fongasco,
E de fiescuèl è de binasso.

Mès quitons lou fieirau que meno pas boun uufi
è segons Bermenouzo pel compèstre. ?-.ous foro beire
de long lo bèlo courdelado que fòu nostros mountonhos : escoutatdou :
D'oti 'stonit se besio lo tufo
D'oquel pesat è bel pelau
Qu'opèlou lou Ploumb del Contau,
E lo cresto enibercado è rufo
D'un autre gigont, soun besi,
Que l'opèlou lou Puèt-Mory
E que, pus pitchiou un bouci,
N'o pais mins uno crano mino.
Se besio lobe 'n pan pus long
Lou puèt espollut d'en Biouon
Que pouot sul rostèl de l'esquino,
t^oumo un lièt pouorto un subrecièu,
Pourta sons flotchi n tros del cièu.
Se besio touto lo codeno.
Soul, lou Griu, mit è sons coudeno,
Estouno ol mièt d'oqueches su.ts
Toutes esclofats è boussuts,
Mès ound l'crbo escound les mosuts.
Semblo pas de mémo fomilho,
Guel; se te pus dvet qu'uno quilho
E, coumo uno couorno de brau,
So cimo dinis leu cièu fo'n trau.
Mès, soute, lou soulel mjiajbo,
Lo mountonho entièiro brondabo ;
D'oumbro è de fum, s'en besio plus :
Tout èro dòurat, rougi ou blus.

Mès, se Bermenouzo o to plo sougut contat lo
mountonho un jour d'estiu, n'o pas ouplidat de 1&gt;
nous fa beire l'ibèr, quond loti bent negre bufo coumo
un diaple descodenat, quond eciro :
......L'ecir es sons couorp :
Quo's un bent, un oie que bufo;
Quoi l'oie pouderous è touort
De lo mountonho que s'enrufo :
L'ecir, quoi lou bent de lo mouort.
Li besés pas res quond ec.'ro;
Besès pas ni tèrro ni cièu.
Ses dins un rcbqulun de nèu.
Lou bent que fo bous desòubiro;
Bous borias, è lo mouort be lèu.

Se lou Poïs-Naut, ecume zo besès. n'o pas o se
plongi de Bermenouzo, lou Poïs-Bas, lo Costonhau.
n'o pas etopau res o li reproucha. Dins Flour de
Brousso coumo dins Jous lo Clouchadc, trombons
des caps-d'obro que contou lo brousso, lo costonhau.
lo binho è lou bi del Fèl.
Otau Bermenouzo n'o pas ouplidat res de ço qu-ï
fo nostre pois. E coumo o metut dins sous bèrs touto
soun amo, tout soun cur, o sougut trouba lou coini
de nostro amo è de nostre cur d'Oubernhats. Mès eau
dire otobe que, se los obros del Mèstre nous ogradou
tont, oquo's enquèro que sou escrichos dins lo puro
lengo meiralo.
lèu ai plo counegut Bermenouzo. Siom masso
d'ocouordi è nous bcsions de temps en temps. Ai
òugut l'ounour d'escrioure om guel dins lo pranièirn
Cobreto. que bisquèt de 1895 o 1900. Ouond nous

�6

LO COBRETO
Ouond òuren lou mémo èr — l'èr nèci,
Que 'cresès, bautres, que foren ?
Noun pas grond causo : mouriren
De migro negro è de defèci.

troubosioas, porlosions pas de pouHt'qao, bgus ofourtisse, mès de ço que nous tenio plo ol cur de l'un
è de l'autse, de lo lengo del brèt. Cerauosions c nous
soubeni deis bièls mouots qu'obions òuzits de çai
è de lai. Bermenouzo obio coustumo de n'en fafíxotretont om les peisonts, surtout on: les bièls que
counessio è. mai que mai om les que sobiòu pas un
quite mouct de fronces Oquo's otau que l'ai bit
o Sonsat. mo porroquio, — ound benio pesca ou cossa
quauques cotiops, — eoubida o estui.i uno pauquo
lou paire Pijoulat. Oquel bièl èro, ol dire de Bermenouzo, un d'oqueches c;ue sabòu lou mièl nostra
lengo. E tont que Pijoulat bubio soun bi, lou pouèto
bubio los poraulos del ibièl ; è opresso, quond tournabo
porti en Bièouo, se l'oubre-sat ou lou eestou èrou
bouides, soun cerbèl èro gornit de mouots que sentiòu
lou terrodou è debiòu pas res o lo lengo d'o Poris.
Bermenouzo o fat per nestro lengo ço qu'un boun
bouriaire fo per sour. gro. Ouond lou blat es escoudut
è possat ol bentodou, tout n'es pas bouno grono, bous
eau pas creire. Li o les gro bnforèls, li o lo minço.
10 fenasso, les croumals; eau possa tout oquo ol curbèl è tria lou boun blat è los curalhos. Oquo's lou seul
biai d'ober del po blonc è goustoUs.
Otau fosio Bermenouzo per lo lengo. Guel sobio
coumo pas digun plus cousi les mouots les pus purs,
è quo's ora oquelo cousido que nous o fat oquel boun
po sedat que nous corrons to plo de tosta dms Flour
de Brousso è dins Jous lo Clowchado.
E en bous disent eiço bous esplique per de que l.n
lengo de Bermenouzo daisso esta plo long dorriès
guelo oquelo deis felibres oubernhats que, de pus lèu,
obiòu ougudo lo bouno idèio d'escrioure dins lo lengo
meiralo.
Gorda pnro.lo lengo de;s belets deu dèstre lou pus
bèl souci-cap deis felibres, de toutes les felibres; mès
çoquelai oquo's pas enquèro prou Per focia un po!s
11 o mai que so porloduro. Li o otobe sos coustumos.
sous usages. Escoutat cossi Bermenouzo nous counsilhabo :

Modamos à moussurs, ai essojat de bous deuna ici
rosous que tout Oubernbat de bouno raço o d'eiiv.a
Bermenouzo è soun obro. Serio -brabe-ment ecunteu.
se li obio réussit un boucinèl!
Mès m'entrache que coumenec d'èstre otobe un
bouci loungonho è me preisse de deissa porla les qut
zo fòu mièl que ièu. Escusat-me. Ocabe.
Les omits de Bermenouzo, loti tont bralbe moussu
Delteil o lour cap, n'òu pas ougUdo pauso ni fino que
Iou mounument que deu fa couneisse o nostres efonts
è piebous efonts lo facio de nostre grond pouèto noun
fonguèsso quilhat.
L'Escolo Oubernhato lour dis ohuèa soun pus
eottrau grondmorces per l'ounotir qu'où fat o soun
foundotur, o soun prumiè capiscol, o squn prumiè
mojourau.

#

Discours de M. Eugène de RIBIER
Directeur de la

a

Revue des Poêles »,

Au, lendemain de la mort de notre grand Vermenouze, le critique qui, pendant plusieurs années, avait
été pour le poète le plus dévoué des amis, le plus sage
des conseillers, le plus fervent des admirateurs, celui
enfin qui, bien mieux que moi, eût été capable, s'il
eût vécu, de lui tresser aujourd'hui une couronne
digne de sa gloire, Gabriel Aulbray, écrivait ces lignes
émues: « Ce que j'affirme, au nom de cette Revue
des Poètes qu'il aima, qu'il enrichit de son talent,
à laquelle il a dû déjà quelque élargissement de sa
notoriété, c'est qu'il a droit à plus qu'à une renommée
locale, qu'il n'est pas seulement un bon poète de province, une gloire de clocher. Nous sommes quelquesune, — je le lui ai promis, — qui feront, Dieu aidant,
tout ce qu'ils pourront afin que sa place au gran i
soleil lui soit faite, à laquelle il a droit. '»
Cette promesse a été tenue. Je n'en veux pour
preuve que la présence ici de M. Pierre de NoJhae,
de l'Académie française. Et ce m'est une grande joie,
■— toute mêlée de mélancoliques souvenirs, — que.
de saluer, au nom de ta Revue qu'il honora, pendant
dix années, de sa collaboration assidue, la mémoire
de cet ami cher, qui fut un admirable poète.

Cordons, gordens nostro cobreto
E gordons iou perla meiral
Que, coumo dis iou grond Mistral,
Nous bressèt quond sions dins 1 onneto.
Nostros fennos ouguèrou tort
De se creire pas hroljounèlos
Om.be iours eouioifos de dpntèlos
E lours longos codenos d'or.
Ouguèrou tort quond mespresèrou
Lou crâne è poulit boborèl,
Que res lour onabo pas mièl;
E dempièi sou pas plus ço qu'èrou !
Deiha d'èstrc loucbis poriés
D'hobilhoments, de caros, d'anics,
Besès-be, mouissurs è moda mos,
Quo s'opèlo prougressa 'n riès.

* * *

Quond òuren toutes mémo bèslo
I'er l'omouort de mièl nous sembla,
Mémos bragos, mémo porta
E môme eopèl sus lo tèsto;
Quond pouiren pas orna 'n diliot
Sons nous penui les uns peis autres,
Quond nous semjMcren entre nanties
Coumo un piot semblo un autre piot;

#■ ®

-

C'est en septembre 1902 que je fis la connaissance
littéraire de Vermenouze. La lecture de son recueil
de sonnets En plein Vent fut pour moi. ur. enchantement ; et je me donnai le plaisir de le citer en excellente place dans un article que je consacrai alors aux
Poètes du Clocher. Quelques mois plus tard, je recevais des mains d'Ernest Prévost, — m autre admirateur de Vermenouze, —■ la direction de \s Revmt

�LO COBRETO
des Poetes; et l'auteur d'En plein Vent devenait dés
lors un de mes collaborateurs de prédilection. Er.
1904, il me ciiargeait d'éditer cet admirab'e livre d.»
Mon Auvergne, qui mérita, comme on sait, les suffrages de l'Académie française. Et l'on s'imagne
quelle fut notre joie à tous, le jour où me parvint,
de José-Maria de liérédia, le petit mot qui m'annonçait le triomphe de Vermenouze. Hélas! cette joie
littéraire devait être, pour lui et pour nous, la dernière. Nous eûmes, du moins, 'a consqlation, après
sa mort, de donner au public une gerbe suprême, dont
les fleurs, pieusement rassemblées par Gabriel Aubray, exhalèrent leur parfum mélancolique dans les
Dernières Veillées.
Les liens qui unirent Vermenouze à la Revue des
Poètes ne furent pas seulement des liens littéraires.
L'amitié vint vite rapprocher nos cœurs: une amitié
délicate et sûre, qui s'éprnehait de ses lèvres en causeries délicieuses, ou de sa plume. — j'en courrais
apporter la preuve. — en effusions épistolaires d'une
spontanéité si cordiale et. si pittoresque! Aussi bien,
Vermenouze se trouvait-il, chez nous, en famille. Il y
rencontrait le Rouergat François Fabié, son aîné ei
son émule, dont j'aurais été heureux de saluer la présence ici. dan- cette fête du régionalisme et de la
poésie, où sa place était marquée; Charles Ee Goflic,
le Breton à la muse fervente et grave, au verbe harmonieux et nuancé ; J^ouis Mercier, le profond poète
du foyer et de la bonne Terre; Achille Paysant, le
chantre des vertus domestiques et du plus noble idéai
qui soit ; Frédéric Plessis, à l'inspiration si purement
classique et française: Gustave Zidler, si délicat et si
enthousiaste tour à tour, dans les vers eju'il consacre
à la famille et à la patrie... Et, si je dois citer encore
Augustin de Eiberolles et Gandilhon Gens-d'Armes,
qui. par leur origine auvergnate autant que nar leur
talent, étaient si près de son cœur, combien en est-il
que je me vois contraint de passer sous silence, encore
que leurs noms se pressent dans ma mémoire! Tous
ces poètes étaient, pour Vermenouze, mieux que des
confrères: tous le pleurèrent comme un amiC'est en leur nom, au nom, pourrais-je dire, des
poètes de France qui collaborent à notre Revue,
depuis les plus glorieux jusqu'aux plus obscurs, que
j'apporte un hommage d'admiration émue à Vermenouze. poète français.
4t * 4

Certes, nous ne méconnaissons pas la savoureuse
originalité du poète occitan, et plus d'un parmi nous
est capable de goûter ces chefs-d'œuvre, écrits élans
le rude et sonore dialecte cantalien, qui s'appellent
Flour d-: Brousso et Jous la Cluchado Qui ne serai1"
sensible, même à travers le voile d'une traduction,
à ce mélange de réalisme pittoresque, d'ironie spirttuelle, d'émotion contenue, de lyrisme enfin, — à tout
ce qui fait, comme on l'a dit, de notre Vermenouze.
le* Mistral de l'Auvergne? Et il était juste, il était
nécessaire qu'à cette fête, qui couronne sa gloire, le
Félibrige fût étroitement associé. Car c'est la langue
d'oc qui fut la langue maternelle du majorai cantalien ; c'est elîe qui lui a permis de donner à son talent

7

sa forme la plus spontanée, et, peut-être, de faire
rendre à sa poésie le son le plus personnel.
Mais les plus fervents admirateurs de l'œuvre languedocienne du poète devront reconnaître que son
œuvre française a, plus encore que l'autre, servi sa renommée. Elle n'a pas seulement élargi le cercle de res
lecteurs - elle lui a donné encore l'occasion d'affirmer
sa maîtrise dans deux domaines littéraires distincts.
Tel écrivain oui s'exprime savoiireusement dans son
dialecte provincial est le plus souvent incapable d'arriver à la même perfection quand il manie la langue
française. La gloire de Vermenouze. —. gloire unique
peut-être, — est d'avoir été grand poète dans les deux
langues Cet homme, d'origine modeste, qui avait été
privé de la culture classique, dut à sa connassance
de la langue d'oc, ce « latin du pauvre », comme il
disait, d'enrichir sa langue française d'une sève latine
qui l'a rendue plus drue et plus luxuriante.
Au reste, cet autodidacte était né artiste. Les sonnets En plein Vent révélèrent, avec un don singulier
de la couleur et du relief, une perfection technique
qui faisait de ce provincial, pour son coup d'essai, un
émule de Hérédia. Mais son inspiration n'était pas de
celles qui s'emprisonnent longtemps dans le moule
rigide du sonnet. A des tableautins exquis allaient
succéder des f resques largement brossées. Au contact
d'une sensibilité jusqu'alors maîtrisée, son imagination a^ait s'échauffer; de descriptive, sa poésie alla-'1devenir lyrique. Cette ascension du génie de Vermenouze vers le lyrisme se manifeste nettement dans
Mon Auvergne, et elle se serait sans doute accentuée
encore, si nous en jugeons par la profondeur de l'émotion dont vibrent certains poèmes des Dernières Veillées, tout imprégnés d'une mélancolie douloureuse
mais chrétiennement résignée.
Ce lyrisme coloré, ardent et sobre, prend sa source,
ne l'oublions pas, dans deux sentiments qui animent
l'œuvre entière de Vermenouze : je veux dire: l'amour
du sol natal et la foi religieuse Ces deux sentiments,
la critique peut les distinguer ; elle n'a pas le droit de
les dissocier, car ils se pénètrent et se confondent,
chez le poète, au plus intime de son âme. Son patriotisme n'est-il point fait surtout de son amour pour les
traditions des aïeux, pour leurs mœurs simples et
saines, pour leurs vieilles croyances aussi, qui en sont
inséparables? L'Auvergne, c'est assurément pour lui
la terre incomparable où germe la fleur r&lt; qui ne peut
pas mourir: la Poésie »; mais c'est aussi la terre
bénie où sont nés les ancêtres, où i,ls ont joui, où ils
ont souffert où ils ont prié, où ils reposent à l'ombre
du clocher. Jean Ricihepin ne s'y était nas trompé,
lui qui, en 1911. vint saluer ici même en l'auteur de
poèmes comme Gloria in Excelsis, la Prière de Noël,
Dans la Maison du Père, un grand lyrique chrétien.
Et les compatriotes de Vermenouze éprouvèrent .plus
d'émotion encore que de surprise à la vue du poète
des Blasphèmes s'inclinant très bas devant le lyrisme
religieux du poète montagnard et y découvrant un
des traits clistinctifs et supérieurs de son génie.

* * *
Et nous aussi, Messieurs, inclinons-nous aujourd'hui devant la mémoire de ce grand poète dont les

�8

LO COBRETO

traits sont fixés désormais dans ie bronze pour l'immortalité. En l'honorant, ne laissons dans l'ombre
rien de ce qui fit l'originalité de sa figure, sa noblesse
et sa beauté. Ne séparons pas, dans notre admiration,
le poète français du poète languedocien. Exaltons son
amour jaloux du sol nata', sa fidélité aux traditions
religieuses de sa race, le talent doublement original
qu'il leur a consacré dans son œuvre deux fois française, puisqu'elle est bilingue. Et qu'il serve à jamais
d'exemple et de guide à ceux de nos poètes qui auront
encore la sagesse de s'abreuver aux sources éternel'ement fraîches et jaillissantes de la vie rustique! En
exprimant, en incarnant avec tant de puissance et de
vérité l'âme de son pays, Vermenouze a glorifié l'âme
française et les mâles vertus qui l'ont rendue digne
de la victoire. S'il a bien mérite de l'Auvergne, il a
aussi bien mérité de la France.

@ ® #

Discours de M. Rozès de BROUSSE
Majorai au Félibriqe,
Membre de l'Accdémie des Jeux Flo'eaUx

Monseigneur,
Mon cher Maître,
Mesdames, Messieurs,
C'est au nom de Toulouse et de l'Académie des
Jeux Floraux que je viens apporter l'hommage qui
lui est dû, au grand Majorai d'Auvergne, dont notre
légendaire Clémence Isaure fut. je crois bien, la première à couronner les {premiers vers.
La vieille Compagnie toulousaine, érigée en Académie par Louis XIV, et qui est la plus ancienne
société littéraire de l'Europe, puisqu'elle vient de
célébrer cette année même le sixième centenaire de
sa fondation, le 3 mai 1324, par les Sept Troubadours
de la « Sobre Gaia Companhia del Gai Saber », ...
l'Académie des Jeux Floraux, dis-je, lorsqu'elle couronna les débuts littéraires de Vermenouze, ne tournait pas les yeux pour la première fois, â la vérité,
vers l'Auvergne et vers Aurillac.
Déjà elle vous avait envoyé, il y a bien longtemps
— en 1618 — l'un de ses plus infortunés, mais aussi
l'un de ses plus illustres fils, François Maynard, l'ami
de Malherbe, l'un des premiers membres de l'Académie Française, qui, né à Toulouse, fut, pendant presque toute sa longue vie, président au Présidial d'Aurillac.
Il se plaignit quelque peu, comme vous le savez, de
n'avoir jamais d'avancement; mais s'il ne se plaisait
pas beaucoup à Aurillac, il ne se contentait guère
plus de Toulouse. Ce qu'il demandait à Richelieu,
c'était Paris. S'il fut un admirable poète, il faut
avouer qu'il n'entendit jamais rien au régionalisme.
En T6Q7; M. Combes, avocat à Figeac, obtenait une
violette d'argent pour une ode: Eloge du Roi; et bien
longtemps après, à la fin du siècle dernier, en 1888,

l'Académie des Jeux Floraux vous envoya ici même
un de ses Œillets d'argent. Ce fut un tout petit abbé,
né à Aurillac, alors élève au grand séminaire de SaintFlou r. qui vint le cueillir au Capitole, avec une élégie
en vers français: A la Mémoire d'un Ami. A cette
époque, le jeune abbé I7rancis Courchincux, car c'élau
lui. ne se doutait peut-être pas qu'il serait bientôt l'un
des précurseurs du Fénbnge d'Auvergne et qu'il
allait semer dans ie vent de vos montagnes les graines
fécondes de sa Pouscc d'Or.
Enfin, rAcad'-nife reçut un jour, en ï-895. au Ilu&gt;
ment ci elle venait de rouvrir ses portes a la V.ngue
d'Oc un gros manuscrit- Flour de, Brousso, signé
d'un nom alors encore inconnu : Arsène Vermenouze.
Cette fois, Clémence Isaure fit vraiment connaissance avec l'Auvergne.
A la suite du vaillant Capiscol, elle apprit la rude
beauté de vos pays et de vos montagnes de vos landes
et de vos sombres châtaigneraies; elle connut vos
robustes bouviers et vos vieilles fileuses de quenouilles; elle^sut ce que c'est qu'une vraie soupe aux
choux, « dont en se lèche les lèvres », et, si elle f t cou
naissance avec les malins braconniers et avec les chasseurs de vos forêts et les pêcheurs de vos rivières,
elle savoura les airs aigrelets de vos « cabrettes •&gt; à
l'outre gonflée sons la fiûte docile, et elle aima la
robuste cadence des bourrées, qui sont, elles aussi,
une de nos plus authentiques danses de la vieille
France provinciale.
Cette belle langue saine et drue cette franche
gaieté des paysans de la terre, cette pénétrante odeur
des feuilles humides et ce geste qui se découvre quand
l'Angélus tinte au vieux clocher, - - tout cela, c'était
la poésie généreuse de la magnifique Autvergne C'était
la Poésie!
Clémence Isaure ne s'y trompa point -L'Académie
des Jeux Floraux, qui avait couronné trois fois Hugo
avant ses vingt ans. couronna tout de suite Vermenouze inconnu, et, à ce livre, où elle devina le printemps d'une gloire future, elle donna la Primevère
d'argent.
Complétant la victoire, la Cigale des Majoraux
du Félibrige vint aussitôt y poser ses ailes d'or.
Depuis ce jour. Vermenouze resta fidèle, de cœur,
à Toulouse et à son Académie.
En 1907. le poète d'En plein Vent et de Mon Auvergne, déjà lauréat de l'Académie Française, venait
cueillir au Capitole, avec son émouvant poème du
Héros, la Violette, la plus noble des fleurs, celle qui
fut donnée, la première et la seule, en Î 324. et. quand
il publia Jous h Cluchado, en 1909, il soumit encore
sa nouvelle chanson aux Jeux Floraux, qui lui donnèrent une nouvelle Violette, ne trouvant nulle autre
fleur digne de lui.
Vermenouze. qui a été glorieusement suivi chez
Clémence Isaure par les excellents felibres Delhostal
et Benezet Vidal, n'avait j:as conquis seulement à
Toulouse la modeste gloire que peut donner l'Académie des Jeux Floraux : il y avait conquis aussi de
jeunes et profondes amitiés.
L'Académie, dont j'apfiorte ici la pensée, ne m'en
voudra pas si je salue encore Vermenouze au nom
de la vaillante revue toulousaine l'Ame latine, qu'il

�LO COBRETO
combla, jusqu'à,la fin, de ses plus beaux poèmes et
de sa meilleure affection.
Chaque fois qu'il venait à Toulouse, c'était une
fête pour Armand Praviel, pour François T resserre,
pour Théron de Montaugé, pour Henri Muchart et
pour Pierre Fons, qui, lui aussi, nous a été ravi,
c'était une fête de le recevoir, de l'entourer, de l'applaudir, en un mot, de l'aimer, lui qui, à son tour,
nous aimait si bien, de ses deux bras tendus et de son
cœur ouvert.
C'est donc aussi au nom de l'Ame latine, dont il a
si généreusement enrichi les volumes, c'est au nom
du Félibrige toulousain: YEscolo Occitana, et les
Toulousains de Toulouse, au nom des majoraux le
baron Desazars de Montgaillard. Pròsper Estieu, Antonin Pcrbose que je viens rendre hommage au
grand poète et au grand félibre, en qui nous vîmes
toujours à la fois un maître et un ami.
Dans nos Anthologies des Jeux Floraux et du Félibrige. où nous avons fait à Vermenouze. Armand
Praviel et moi, une place justement privilégiée, nous
avons dit, bien en connaissance de cause, que l'Académie des Teux Floraux s'apprêtait à se l'attacher au
titre de Maître ès-jeux, comme elle avait fait pour
Victor Hugo, pour Jasmin et pour Mistral, lorsque la
mort le ravit à la dilection de Clémence Tsaure et à
l'affection de ses amis.
Aujourd'hui, l'Académie des Jeux Florrux, fidèle
au grand Majorai d'Auvergne, vient applaudir avec
joie à sa juste et pure gloire, et, après sa Primevère
et ses Violettes, elle dépose au pied de son buste la
fleur suprême du Souvenir.

@ # ®
Allocution de M. Amédée MUZAC
Majorai du Félibrige.

Reina doussa,
Senhe Capoulié,
Felibres,
Al noum de la Fedcracioun de las Escolas fehbren.
cas lemouzinas, vene saludar la memòria d Arsena
Vermenouza.
Lou qu'a l'ounour de pourtar la Cigala del gran
troubaire dAùvernhe n'es esment al prefoimd del cor.
Arey lous ouratours è Ions pouetas qu'on celebrar
soun enghen, qu'on evoucat sa musa atalentada d'amour de sa pichouna Patria, me sente trop ohaitin
per gardar la paraula.
Moun oumatge n'es mas d'un umble mouquet lemouzi de bruias e d'agrafuelh.
Mestre,
Anse vous lou pourtar, ause vous n'en far la proufesta enper que n'avetz pas desdenhat de n'en flourir
la Marianno d'Oubèrnho:
Te culiguèere alero uno guerbo de flours,
Noun pas de leis flours d'ort, mas de leis ilour de lando,
01 boborel t'en estaquere uno guirlaudo
E beguere tous uels tous Mus coufles de ploure !

Mestre, vostra M.arianno d'Oubèrnho es immourtala couma Mirèio. couma la Pouesia!

9

Diseouns de ]H.

GANDlliflOn

GENS-D'ABI«ES

Aa nom de la « Ligue Auvergnate », de « l'Auvergnat
de Paris » et du « Cercle de. la Veillée d'Auvergne ».

A

Vermenouze

Vermenouze, salut ! Nous sommes devant toi.
Nous revoyons ta face maigie, au regard droit,
Cet œil impérieux et bon, comme ton âme,
Ce torse lier, cette allure que nous aimâmes,
La main fine crispée au bâton campagnai d...
Où vas-tu, Vermenouze ? On dirait que tu pars
Pour la enaase aux sonnets. Ce manteau que rebrousse
Le vent des soirs d'automne, au désert de la brousse,
Ce manteau, pourquoi donc l'i s-tu décoloré ?
Le portais-tu pas rouge, en tes chemins dorés
D'Espagne et d'Italie ? Ah ! le plaisant esclandre
Le jour où ce manteau provocant te fit prendre,
En plein Naples, pour un malandrin calabrais !
Tu le fâchas d'abord et tu ris bien après.
A ta mine auvergnate, à ta flamme espagnole,
Le gendarme te crut porteur d'une espingole
Ou d'un poignard. C'est que, pour défendre ta foi,
Tu te mettais si vite en belliqueux arroi
Que des gens au cœur mou t'appelaient Don Quichotte.
Et pourtant tu n'étais qu'un chrétien patriote.
Mais un chrétien sévère, un patriote ardent.
Deux amours en ta vie et rien de discordant :
L'amour du Christ, l'amour de ton pays, l'Auvergne !
Quand tu longeais, pêcheur, le ruisseau - ous les vergnes,
Quand, chasseur, tu voyais, dentelant le ciel bleu.
Nos montagnes, ton coeur ému bénissait Dieu
De t'avoir mis au monde en ce beau coin de France
Dont le regret nouj mord dès la première absence.
Ah ! cet amour de notre Auveigne, tu Pas dit
En termes tels que dans nos cœurs il a grandi.
Tu l'as dit en français, pour ceux qui ne comprennent
Que le français; mais nous, Auvergnats indigènes,
Qui parlons fièrement la langue des aïeux,
C'est en patois, vois-tu, que nous t'aimoms le mieux.
Mon Auvergne, En plein Vent, les Dernières Veillées,
C'était beau; mais bien plus furent émerveillées
Nos âmes par ta poésie en langue d'oc.
Ce pur ruisseau d'Auvergne, issant d'entre les rocs,
Dégringolait parmi les touffes de bruyères,
Flour de fírousso... Vachers, pastoureaux et bergères
Y pouvaient boire; ils s'y rafraîchissaient le sang.
Ah ! certes, nous avons goûté les beaux accents
De ta chanson française au charme nostalgique;
Mais mieux ont fait vibrer nos fibres ataviques
Tes chants patois, ô Vermenouze ! Ce patois
Enrichi, redressé, purifié par loi,
Tu le fis résonner, comme une noble langue,
Propre au lyrisme, à l'épopée, à la harangue.
Ah ! tu l'avais compris, l'exemple de Mistral !
Chaque jour plus puissant, plus souple, magistral,
Ton verbe s'exaltait dans quelque parlicado;
Un nouveau troubadour chantait Jous la Cluchado.
Et tu mourus...
Nous te pleurons, Maître au grand cœur,
Parti trop tôt, avant d'avoir été vainqueur
Des obstacle"- qui se dressaient devant ton rêve.

�LO
Ton rêve... On Va repris, et doucement, sans trêve,
Se multiplie, en langue d'oc, comme en français,
La fleur d'Auvergne que surtout tu chérissais,
La Poésie !.. Heureux semeur, tu peux sourire.
Quand, les flancs déchirés aux ronces d'un martyre,
Tu te glissas dans les jardins d'éternité,
Sans doute y trouvas-tu celte félicité
Que tu nous as dépeinte en la Maison du Père,
C'est-à-dire un pays pareil au coin de terre
Qu'on aperçoit de la mai&gt;on de les aïeux,
Des champs.des prés.des bois,iout ce qu'aimaient tes yeux,
Des eaux vives el des bruyères éternelles
D'où se lèvent de merveilleuses bartavelles...
Et tu chasses, au ciel, comme ici-bas jadis,
Et tu pèches dans les ruisseaux du Paradis;
En des printemps sans fin tu cueilles des narcisses.
Illusions ? Inimaginables délicesDieu sourit et se tait... Et nous ne savons rien,
Vermenouze, sinon que tu te plaisais bien
Dans la diversité de nos verts paysages.
C'est pourquoi nous avons voulu, pour ton image,
Un cadre de verdure, avec des chants d'oiseaux,
Un frais bosquet d'Auvergne où murmure un ruisseau.
(k'tte juste faveur, la Ville le l'a faite;
Nous l'en remercions. — Es-tu content, poète ?
Tout ce qui te fut cher est-il autour de toi ?
Herbes des prés, rochers moussus, arbres des bois,
Chênes, sapins qui te protègent de la bise, ,
Peupliers, marronniers, acacias et cytises,
Ormes, bouleaux, sorbiers, fougères, arbrisseaux,
Frênes pleureurs, tendres fusains, souples roseaux ?
Partout des rameaux vert:, et de-, branches fleuries;
Des fleurs autour de loi dessinent la prairie.
Le ruisseau vif, le bassin calme ont des frissons :
Sous les jeux du soleil frctrillcnt des poissons
Ah ! tandis qu'un oiseau chante au bout d'un arbuste
Que ton âme parfois vienne animer ce buste,
Et tu verras, bâton au poing, fier et rougeaud,
Passer quelque fermier d'Auvergne, à grand chapeau,
Ou s'en aller des jeunes tilles en cortège
Vers la messe qui sonne, à Nctre-Danie-aux-Neiges...
Et quel émoi, quand ton regard mystérieux
De quelque vieil ami rencontrera les yeux !
Tel soir de lune, au son de flûte des rainettes,
Jiion Pel fera danser l'ombre des deux menettes,
Sur ce pont...
Car Juon Pel n'est pas mori. Grâce à toi,
Nos enfants connaîtront l'Auvergne d'autrefois;
Et même ils trouveront, aux pages de les livres,
De ces graves leçons qui nous aident à vivre.
Saine et forte est ton œuvre au rustique relent :
En patois, du pain bis; en français, du pain blanc;
Meilleur que ces gâteaux sophistiqués ou rances
Dont notre époque aigrit le sang dus fils de France.
Gloire à toi, Vermenouze I
11 ne me reste plus
Qu'à le faire un très large e. multiple saint;
Car je te parle au nom d'une invisible escorte :
Les émigrés qui se souviennent... Je t'apporte,
Avant d'aller là-haut revoir mon Puy-Mary,
Le salut de cent mille Auvergnats de Paris.

COBRETO

Pouesio de M. Louis DELHOSTAL
Mojourau del Félibrige.

Lou Mer ce s
de la |ttai&lt;iànno d'flaïèpnho a Vepmenouzo.

Sant-Urban brounzis plus de gàuch dins las carrières
E pracô tout un pòple escapo dels oustàus;
Pels bàris é pourtàus
Davàloun, furmiliérs, las lamilhos entiéros.
O Vermenouzo, moun galant,
Tout se tampo o toun endabant.
Ieu, Mariànno d'Auvernbo. un bonci vergounjouzo,
Dins un brassàd de flours te porte lou peutoun
Omit ma foufo s'escound;
E, per tu, cantarài. me sente tant urouzo,
Lou plus amistous dels mercès.
Car nostre amour demôro fresc.
Li a sus lous dous milo ans. creze, que souei nascudo,
Las fàdos, d'aquel temps, abian tout ,lour pouder,
E l'uno, un brabe ser,
Aproumetét que pe! viélhun seria batudo,
Sens que dessus ma iino pél
Blanquejésso lou farinél.
Filho d'un boun oustàu, ère prou castilièro;
Moun reire, pel pacand, tr.ttàbo lou melhour;
Lou ruzàt troubadour,
Me mènent par la man coumo sa cavalière,
Me cafinàbo d'un tàl biàis
Que repelàbe sous relàis.
Mès, toumbél sul pais un àissàble pàiràstre,
Ma corre la catéto a gradé t miélh que ieu;
Passère a la fournieu
E pàuro Cenrassoun parlàbe coumo un pàstre
Als txHiriàire.s, als bassivièrs,
Als vàilets, dalhàires. vachiérs.
Calia, sens decessàr, traulhàr dins lou campèstre,
Espelhansàr lous coutilhouns als roumegàs,
Escaraunhàr lous bràs,
Courbàr lou càp dabant la renàdo del mèstre,
E, vestido de cambalot,
Courre, pé nudo, sens esclop.
A íàr per un càdun sarroulho a la soulhàrdo,
Moun mourre gentounél fouguét lèu camàizàt,
De toutes mesprezàt ;
Agachàdo plus màu qu'il no pàuro bastàrdo,
Plouràbe, dins un secadour,
Ma vido cuco coumo un four.
Quantes de côps, la nuèch, -us las coustios de fuélho.
Esperàbe qu'un màscle arribésso, valent,
Per fugir lou màu iemps;
A càdo ouro, un pàuc mài, semblabe la descuélho
D'il no drollo que lou regrèt
Houzigo ambe càuque secrèt.
E sus la fin s'en prezentèt dels cabretàires
Per la Mariànno baulho é gourlo del Cantàu;
Per poussàr lou dedàu
Dins lous strastouns viélhots, qu'éroun sàrtres ! pecàires,
E la sedo sul camhaloL
Ero trabàlh d'un esquarrot.

�LO

COBRETO

Mès un matin tu. Vermenouzo, me trouibères
Perdudo dirs la lando è lous ginèst flourits;
A la font, jouis garrics,
Coumo moun amourous béloment me lavères
La póto, la man, lou penoun;
N'ère pàs plus estrafouissoun.

I !

Poésie

Me làissères pàs pins countàr de las nesciàdos,
Me virères lous uelhs cap amount, de val cièu;
Quilhado pel courtièu,
Diguère finament Iens contes, las castiàdos,
Lous trabàlhaires de pel camp,
La terro dels ornes de sang.
A toun bràs, d'àro en
Passère pel Miéjourn,
Per èstre
E panàr sus ma gàuto
Cado cantaire
l'azia de soun

iài, de toutes alutràdo,
Pronvenso, Lemouzin:
moun couzin
lino bouno brassàdo,
èro fàrot,
degourdidot

T'es en anàt dnrmir dins nostro ttrro màire,
L'Auvernho è la Mariànno an plauràt ÍUS toun cros;
Mès, toun obro, a bels tros,
S'espandis de countun, dauràdo de l'esclàire;
D'aber amb tant de vanc eantàt.
As troubàt 1 Immourtalitàt.
Uèi, dins l'ort dels Oaudots, toun fièr retracb se quilho
E dis enquéro mài la glorio del p.iïs;
Dins 1 ueih esíreluzis
L'engéni coumo un tioc aïucàt jous la cilho;
Auvernbàts, li nous cantarem,
Ambe pietat t azourarem.
La guèrbo de las flours que m'abias enginàdo
Sera per tu, filh pondérons de nostre sòu ;
Lour velour se devòu,
Desplego lou prezent de la mountànho àimàdo
Ë la sentour ispro del puèch.
La moufiaràs de journ, de nuèch.
Vermenouzo. pourrài pas oublidàr toun bufe
Que barrèt dins moun corps la vido per tqutjdurtt;
Me sentiràs al tourn
De tu quand lou vent frcch pàuzo soun poutou rufe;
De tout moun cor l'apararài,
E toun ounour. lou gardarài.

A ce moment précis, trois jeunes filles, portant lès
vieux costumes de la Haute-Auvergne et personnifiant la Marianne chantée par Vermenonze, sont
venues déposer au pied du monument trois gerbes
de fleurs gracieusement offertes par les trois horticulteurs dAurillac: MM ïïarges. Mcindreau et Ortigues.

fL Haymond

COPJAT

é VERMENOUZE

Amb la cambe de l'ort dins lous rius issagàdo,
La lano de l'aret qu'un boun teissedre ourdis,
Sens petàs d'a Paris,
Barrères lous tràues de la ràubo efarlingàdo,
Couzaguères lou bavarèl,
Bàilères davantàu nouvel.
E dins lous pièus frezàts, tu prenguères la peno,
Sens fàsti, de passar lou dezacoutidour;
Dins lou cachàu, lou journ
Lous faguèt tant rònsséls ou mài coumo la gleno;
Eroun luzents joui palhouet
Coumo Panel de novio al dct.

de

Pour mon ami Maurice Rat
emigrant d'Espagne.

Maître, j'aurais voulu l'apporter mon hommage
Dans la « langue méirale » et que tu restauras.
Celle qui te hantait en Espagne, )à-l&gt;as.
— Langue vivace, où flue une sève sauvage;
Ta langue, fille claire et libre du soleil,
Aux mots frappés comme de rustiques médailles
Et qu'on entend tinter, depuis Maure à Mandailles,
Au ras des plombs, avec un cliquetis vermeil !
Ta langue, Vermenouze, et qui claque et s'exalte,
Les dimanches d'été, sur la place de^ bourgs.
Alors que les bouviers aux gestes lents el lourds
Heurtent de leurs sabots les dalles de basalte;
Ta langue, belie ainsi que les monts éblouis
Où la fleur des genêts^ brode une ardente écume,
Langue vive qui fuse, et qui luit, et qui fume.
Telle que les torrents sous les pins enfouis;
Elle sait s'attendrir au fond du crépuscule.
A l'heure de siïence où pastoure et pasteur
Sur les coteaux bleuis re chantent leur amour
Et qu'un îlot de langueur dans l'air profond circule.
Elle évoque la lande aux pâles horizons
Et le grave profil des sommets vénérables,
Et c'est elle qui lytbme en ses frustes vocables
L'éternel mouvement des Cœurs et des Saisons.
Elle monte, le
Près du vieux
Les fronts se
Dans la même

soir, quand dans chaque chaumière,
crucifix, sous l'étoile du lun,
courbent pour la prière en commun
ferveur naïve et coutumière.

C'est pourquoi j'eusse aimé t'offrir en Langue d'Or,
En vrai parler d'Auvergne éclos dans nos clairières,
Ces vers, comme un bouquet modeste de bruyères
Où notre Souvenir, pieuse abeille, dort.
Mais j'aurai salué ta Muse montagnarde,
Celle de Fleur de Brousse et celle d'En plein Vent
E qui rayonne loin du faubourg décevant
Où ia Muse, avilie et malade, se farde.

De quel rêve les Espagnes
Allaient enchanter tes yeux !
Ocre des fauves campagnes,
Manoias, guitares, pagnes
Brodés d'oiseaux merveilleux.
De l'une à l'autre Castille
Dix-sept ans tu chevauchas.
Vendant foulard et mantille,
Et le crépon qui scintille
Aux gitanes p'Illescas.

�LO

12
El, chaque soir, dans ta chambre
Tu lisais Victor Hugo
Sans voir la nina qui cambre
L'orgueil de son buste d'ambre
Pour danser le fandango.
Une, pourtant, Vermenouze,
Fit naître en toi le regret •
Madrilène ou Andaloute ?
Qui sait ? le poème épouse
La pudeur de ton secret.

COBRETO

Poème de

Rien qu'à le murmurer, Vielle,
Le passé devant tes yeux
A ressurgi pêle-mêle,
Et la glycine t'appelle
En agitant ses doigts bleus.
Loin des plaines castillanes,
La Montagne, en son giron,
Garde les mœurs paysannes
Et couche, dans les gentianes,
Les troupeaux près du buron.
O rustique Don Quichotte,
Ce son' les choses d'antan,
La voix qui toujours sanglote,
Le voile qui toujours flotte
Sur les yeux de l'Emigrant !

* * *
Non, jamais la splendeur des hautes cathédrales
Et des alhambras d'or
N'effacèrent en toi les choses ancestraies
Ni le clair flamboiement des montagnes natales.
Plus faistucux encor;
Jamais l'ardent regard d'une femme andalouse
Ne put te retenir.
Car c'était vers le Nord, Arsène Vermenouze,
Que s'élançait le vol de ton àme jalouse
Avec, le Souvenir.
Non, ton cœur ne fut pas séduit par le mirage
Des steppes castillans,
Et ferveroment, comme pour un pèlerinage,
Tu t'en revins mourir dans ton petit village
Parmi les paysans.
Tu reposes avec les tiens, au cimetière
De ton pays natal,
Et chaque année, alors que fleurit la bruyère,
O Maître, c'est le deuil de ta grande âme fière
Que porte le Cantal.

Août 1924.

Monin

TEBBOSC

DaDaiis lo Mopoieot d'Arsène Vermenouze
Tot terraiïe es î)èl entre los mai bèls
per aquel qu'enfant durbiguèt los èls
à son lum, landrèt sus sas caminòlas.
se i endormiguèt à las bresairòlas
que dizia sa maire en lo parladis
ont, sempre vivent, canta e trefolis,
tram los sècles mòrls, lo còr de la Rasa

Mais que t'importent Grenade,
Cordoue. et leurs alhambras ?
Ton esprit souvent s'évade
Vers la maison qu'escalade
La glycine aux mille liras.
C'est Vielle et sa lande fine,
— Chers pour toi comme Milly
Fut au cœur de Lamartine, —
Le baiser que la glycine
Donne au foyer recueilli.

M.

Majorai du Félibrvfe.

t

I a, de mai, l'onor, lo trelus que pasa
d'un fil gloriós al lerraire astruc
paire de son àime e de son alue.
e cada encentrada ata) se fa Ibèla
De sos mages fils coma l'cèl s'estèla
per airals de mai d'astres treluzents.
Tu, tèrra d'Auvèrnhe, ondrada en tot temps
de fils qu'à bèls rams la Gloria engarlanda,
tèrra forta e tendra, eroïca e canda,
diras pas de non, demèch lo tropèl
dels trobaires qu'an cantat jos ton cèl,
Aqui lo que sab melhor que cap tota
la vida dels camps, — qu'agacha e qu'esoota
tot en artelhant rastols e bwrgals
al temps de la lèbre e dels perdigals;
Aqui lo mai teu, tèrra glorioza,
amor qu'espelits dins ta lenga bloza
sos cants i an ganhat la vertat que val
tot : coma se dis, sentison l'estral.
Tèrra, aquel legis al còr dé tos pastres^
e, de tos garrics duisca à tos mentastres,
sab te pintrar tota ambe las colors
que cal : peiruiscals e landas en flors;
rius clars casoalhants dins las frescas combas;
sègas, curbizons, e hrèses e tombas;
en Iota sazon, — per òrta, al solel,
o jos la cluchada, al lum del cale), —
tota la serena e valenta vida
dels que sus ta fauda an fach espelida
e, se t'an quitada, an gardât al còr
lo sasc de morir ont lor paire e» mort.
Grand amie, t'ai vist, tu, de los Espanhas
plan sadol, tornat cap à tais montanhas.
Cap al vièl ostal, lènc de la ciutat,
ont prèp de ton brès to maire a cantat,
ont diras son cloquier la campana sona
sa canson d'antan. Una bêla autona,
—- per tu la darrièra, oc siabiam que trop, —
èrem oap-e-tufa, un bèl darrier còp,
à ta vièlha taula, e pracò parlabem
d'aveni, diziam : Doman.,., e soscabem,
coma los boiers apièp curbizon,
als que, temps vengut, faran segazon.
Coma aquel amar ser d'autona, ,'i l'ora
ont ta glòria bloza en plen lum s'arbWS,
me sembla te veire e t'auzir. Melhor
qu'en l'aram viuràs, tant que la raior
fara fugir l'ombra, en la remembransa
dels que t'an aimât e qu'an l'esperansa
d'acabar Ion obra. Amic, es atal

�LO

COBRETO

que, del sol bon biais, sapas immortal.
Ta votz bronzira sempre, ardenta e dosa,
dins Jos la Cluchada e dins Ft.tr de Iirosa.
En tu, mai que plus vivent, ton país
batega e s'alèrta; en tu resplendís
coma se miralha als èls de sas lilhas,
e i ès estacat per totas las tilhas
de ta car ne per tots los soscaments
de ton còr : ton cant sara, tram lo temps,
bèl coma Tmaj bèl selhon de lauraire,
lo cant de ta Rasa e de ton Terraire.
Montalban, te 13 d'Agost 1924.

Trefalir, tressaillir; — ham, à travers; — trelvs, éclat;
— astruc, heureux; — èime, sens, bon sens, génie; ■•—
aluc, énergie, enthousiasme; — airal, endroit, lieu, place;
— Auvè.rnhe. est du du masculin ici; — demèch, parmi;
— bnrgal, champ de bruyère; — sentir l'eslral, avoir une
odeur sui generis; — merdasire, marrube: — prirusml,
étendue couverte de pierres; — cap-e-tulo, tête-à-tête; —
bategar, palpiter; — tilha, fîbie;
Î&lt;ISC, soscament,
songe.

—

IL - A Holre-Dame-aux-Nelges
—^—_

A onze heures fut célébrée, en l'église de NotreDame-aux- Neiges, une messe à la mémoire du Poète
L'église fut — et de beaucoup — trop pet'te pour
contenir le public.
M. l'abbé Mathieu, — le distingué félibre qui remporta cette année 'a pre mier prix de poésie à nos
Jeux floraux, — fit, en langue d'Oc, le prône que
l'on va lire.
A l'issue de la messe. Mgr Leceeur, évêque de
Saint-Flour, prononça une allocution &lt;[uc nous avons
aussi le plaisir de donner.

@ %

©

Prône de ]H. rflbbé J.-S. JURTHIEU
Curé d'Y trac.

® © @

(Bermenouzo
Pouesio

ds

M.

christio

WRANV-PlCORAt

Félibre rouergat.

Houmagç 05 Orsèno Bermenouzo
Ol neum del Rouèrguc è del « Grel Rouergas ».

Lou Rouèrguc, glourious. o'n félibre è'n tronlwiire :
Justin Bessou, Froncés Fobiè;
Toutes dous òu contat lour tèrro è lour clouquiè,
E lour nou m jito un bèl esclaire.
Mès l'Oubèrnho proco diou pas n'èstre jolouso ;
Sio pel potonès, sio pel froncés,
l'n grond pouèto oisi tout soul lour fo coumpés :
Oquo's Orsèno Bermenouzo.
E iou sou fier, iou qu'ai per el un pious omour
E l'ai legit cent côps, fier d'obere l'hounour
D'enconta so grondo memôrio,
01 noum de moun poïs é dcl Grel Rouergas,
E de pbusa un bouquet de nôstre fi brugas
Sud l'olta socrat de so glorio.

Mounsinhour,
Mous fraires,
Pel lo boto de lour paire, les efons se descorcassou
per plo faire los causos. Otan òu bo ignt faire les
débots è les oinics de Bermenouzo, lou moudè.u n'es
pas piebou! WÒB pas oublidat que lou ];ouèto Bernunouzo èro un chtistio de bouno fusto, coumo Mistral
è tontes maires. Ou pensat faire per guel so que lou
Miètjour fo pes seus : prega un beuci per or&lt;uetches
contaires è fa boler los mèios religiousos qu'Óu dounado uno sabio goustouso è ogrodibo o lours capsd'obro.
Ol nouin de tomes, monde lou plus colourenc niorces o Mounsinhour l'Ebesque d'o Smí-Fleur. qu'o
pas souscat, o lo pregairo de VEscoÌD Gucsnihato, per
deissa porla en codièiro lo lengo de Bermenouzo ; è
tobe ol coumplosent copelot d'os Courdll'''ès per
ober cedat un quart d'ouro de mestrage om un felibre
plo scorot.
Bermenouzo disio un jour o moussu Permann:
Sou, mai n'atche pas l'ér, quauque pau bregoin-jouis,
E de porla odbon quauqu'un, qu'o m'espauluco.

N'en pode dire autretont. Lou defèci me gonho, los
tromblosous soucalhou mos espallos trontioulairos
que se sou deissados corga è n'en flochissou. Per so
prumièiro olondado. mo lengo estrofonlhoro. mès n'es
pas 'n'ado en classo... Bermenouzo es tot bèl. ièu tot
néri. Qu'o sero lou rèipetit que contoro l'èclo...
Ourio mai bogttt que demourèsse en uno, mès billrî
los cenres del bèl Bermenouzo, n'ai pas pougut
refoula.
Cadun fo so pregairo coumo sat... Lo mio sero

�LO
couralo, pietodouso è bertodièiro. Lo forai, per éstre
plus ogrcd'.ous o Bermenouzo, dins oquelo lengo mairalo, desonado, toumbado del selon, trupido, mès que,
graeio o guel, es rebisconlado, è
Torno quillii) lou front bol cièu,

sat conta sos gloriós coumo los autros, è monto ohuci
dins lo codièiro dos Courdilhès.
lèu n'ai qttuno causo o bous dire ; lcu rude christio
que seguèt Bermenouzo. Serai pas long, mès me cai
lou temps de jo dire. — Tene copsec o ofourti que
bole pas beila de leisou o degus. Se quauquun n'en
bòu beire, s'en prendro ol pouèto d'en Bièuo, es prou
bolentous per s'opora tout soul. Per opinca mo poraulo, qttequejorai quauquos flours de sos obros è de
so bidó.
I

Un christio, qu'es oquo? Ouo's oquel qu'o ressogut
lou boptème, crei tout so que Nostre-Sinhe o ensinhat
ou ensinho lo Glèisio è poutmho pas per faire les
debers que cau, n'm coustorio tont è mai... qu'escorlimpo quaucop... siasquo... los floquièiros mouralos
s'otiogou cl mémo timoun que los autros... mès sat
tourna toumba ol boun comin, ol comin dret que nous
meno ol Boun Dièu que nous espèro ol cap... Otau
jo coumprenguèt Bermenouzo.
Lou regretat Duc de lo Salo, mojourau del Félibrige, soun omic, o escrit: « Christio... j'èro coum.»
n'io gaire. » Toutes oquetches que l'obès eounegut
seres del mémo obis. Ape plo, Bermenouze seguèt un
christion sons curalho. Jiamai so fe s'oniboulèt, condo
lou moti, plus claro lou bèspre. Ouriai dit que loi:
ridèu qu'empacho d'entrebeire l'autre coustat s'èro
gondit un briu per li doissa beire, d'une luciado, los
bertats que nous trobou souscaires.
Lo bertat dono de l'olet, Bermenouzo n'obio un
bouci. Serio estat plo molent, oquel que li ourio borrado lo Ixmco ou escontido lo foufo que metio per
opora Dièu è sos idèios. Se lou pilinabou sus oquel
chopitre, sobio tourna 'spessut per espessut, è quaucop gofabo priouna. mès, coumo guel dísio dins sos
bounos: « Aime mnèl lou Boun Dièu que mo boutouniéiro flourido. »
Bermenouzo s'ocountentabo pas d'èstre lo meitat
d'un christio; guel desplegabo soun dropèu è lou
boulio tout esporfolhat, qu'o lou rondio inchiprous
è enrufat se lou tcucabou om de los mos bernousos.
Dins Flour de Brousso, troubons soun pourtret
tout esclèt: obio
lo grondo è noplo mino
Del soullat qu'o tou.jour pourtat nal soun dropèu.

Ol mes d'ost, en 1898, ol Pojiou. foguèt uno prouficiù de fe que sat pas o lo pau..,
'
.
Chrétien.
Je le suis, el, s'il plaît un jour au Tout-Puissant
D'éprouver de nouveau S'J'J Eglise de Fraïae;
Si jomnh; celle-ci, criant fous la souffrance,
Fait appel à ses fils en un danger prenant,
Je veux être de ceux qui répondront : Présent !
Mes cher* amis, n ugir du Christ est d'un vrci tâche.
Quand on a cet inmeme honneur d'êlrt chrétien.

COBRETO
Quand on a celte gloire, eu montre r/tt'o/i y tient..
On l'arbore au grand jour, front haut, contir.e un panache,
Pour que rhocun le voit et q.ic eli'i-nin le sache.

Un jour, o Mail, Bermenouzo metèt pas les dets
dobont la bouco per dire:
Sou christio. l'ecodcii, mès christio, tout lou mounde
Sat que, doben les j&gt; porels qr.'obon ohuèi,
Quond s'agis d'opora 1 Lbongilo c so léi,
Quo's pas lèu (pie cale è m'escounde;
Oquo's quond sus lo crout lo conalho escupis
Que deben, les efons, quilha pla iiaut lo tèsto
1£ fa mounta bol cièu nostro ,|usto proutèsto
Contro lou jiès que nous trupis

Quoi biù è molent coumo lo poudro ! Que bottlès !...
Bermenouze. èro plus pinhastre, plus opossiounat,
plus ocopri'ssat pel be que lo conalho pel mau. Oqu'èro
un corotari d'un otrempe que s'embèrec pas. è sobio
fa respeta sos idéios per oquetches que rougicabou
pas lou Boun Dièu de poutous.

II

Lou 20 de septembre, en 1850, moussu Vigier,
curat d'Ytrat, dounèt o Bermenouzo lou boptème, e
iou Boun Dieu lo Fe.
Si maire, Mélanie Gorrit, qtï'obio uno fe plus ocroncado que los rèis d'uno ieuso, s'otemèt per faire d'Orsèno un- d'oquestches
Ohristios o lo cnunsinâo dretchio
Que satiròu prega Diàu mai l.oulega l'ejpletthio
E faire toujour lour deber.
K li metèt ol fouud del cur
Lou grond semen de l'Kbungilo.

Cau coumbeni que li s'entendèt un picossèl, lo
couarro d'en Biètto per presti l'ormoto d'Orsèno orti
lou lebon del Boun Dièu. Lo pasto lebèt plo... lou po
seguèt del sedat. Qu'o poudio pas fa de mins om un
paire que flounhordabo pas sous efons è sobio dire
0 Orsèno: « Basques pas plourà to maire, sous cottusels sou d'uno sento. »
Cossi boules otobe que des exemples coumo oquetches qu'emplenabou sous uèls cado jour n'ouguèssou
pas nreso sur uno amo dolicato è sonsiblo coumo
oquelo de Bermenouzo, que diro plus tard, om un pèd
01 cemeèri. en porla deis seus:
Plusieurs fioent des saints. &lt;/?s cœurs graves et tendrei
Qi e consuma discrètement l'amour divin
Us sont nos pi électeurs, et re n'e*t lias eu vain
Qu'une odeur d' vertu mt.nte encur de icins cendres.

O Ourlhat, chas les fraires, poret que Bermenouzo
s'omusabo be mai que de rosou o fa des bèrs que
debertiòu les brabes fraires, mès soquelai li counhèrou
ticon dins iou cap è dins lou cur. Se n'escupio pas
trop mau lou potai, lou fronces de Mon Auvergne
à d'En plein Vent n escorounho pas trop los ourilhos.
Om oquo Bermenouzo nous dis qu'oprenguèt o aima
lou Boun Dièu, Jesus-Ohrist è lo Fronso, soun pois.
Obès òusit qtt'en Esponho, so Fe 5'èro espondido.
Cresès me, qu'o seguèt pas en demoura dorriès un

�LO

COBRETO

coumptodou o auna del drap del moti ol ser, del prumièr de l'on o lo Sent Souèstre, que l'on fo jita fioe.
o lo fe, ol mièt d'un pople que biro mai que mai so
religiù en bèspros ou en proucessiùs è s'escono pas per
entendre lo mèsso è lou sermoun qu'entrete lo fe.
Bermenouzo ougnèt boun gau de trcuba Don Constantino o Illescas ; oquel copelot sobent seguèt lou tutèl
que li colho è que lou Boun Dièu li dounèt Lou cièí
debio bilba sur soun contaire. Qu'o sera plus tard,
quond oura tournât penre rèi o Ourlhat ou en Bièuo.
que Bermenouzo estidioro lo religiù per lo mièl opora
è s'en faire uno counsoulociù quond los penós è lo
molaudio se troguèrou sur guel.
Ai bist l'Ebongilo è Ylmitociu que legió cadc jour...
oquèro soun breviari. Sobio enquèro mai legi loti
libre sobent qu'obòns pas besown de crouipa :

S'ocarro de n'en porla, de lo crout que l'espiabo
cado jiour, quond pregabo
de ginoi:5 sus lus posses,
E scii obeire pou de ;e im ea les osses,
Lou Dièu que benesis l'oustaa è l'uuslouyè.

Oqu'èro uno reliquo de prix, lo crout que toutes
sous belets obiòu oturado de les potos obont que de
mouri. Guel otobe mouriro en lo poutouneja, è les
seus couraprenguèrou qu'èro portit dins l'autre
mounde
Om lo fe bibo è I'espcronso
Del christio qu'o fat soun deber,

quond los sios mos deissèrou ona lo crout, que s'otinlèt sur soun cur.
S'onas ol cemetèri d'Ytrat. beires enquèro que
Bermenouzo o bougut durmi jous uno crout. Bous
entrochores d'uno de plo bèlo, que Apure jo de lo
pèiro de talho ; lo facho tolha sul rot eue s'oparo
mièl cle los gofados de' temps enchiprous.
Quonhe doumatge qu'ol Hoc de gourmondeja.
calhe faire los lèstos boucados del loup o perpau de
l'omour de Bermenouzo embers lou mounde. Cat de
pouèto, me disio. n'io uno tressemmonado. un omic
de Bermenouza, n'o mièl contat Dièu, plo pau òu
orroncat del cur des bèrs plus omistous pes belets,
paire, maire, fraires, nebouts, porents, plus piètodous
quond lour obio borrat les uèls.
Des cops ennaujiabo be sous omics, mès de sos
renados rcspiilabo uno omistat fronco è soulido que
sat tout dire è tout perdouna. Pas cat que li acho
gordat roncuno, toutes ol countrari mouorou om lo
fidelitat lo plus pinhastro.
Aimabo lou paure, oquel potidas qu'estirosso lo
misèro. Per guel, sobio durbi lou tirodon, escolsi lo
soupo, donna lo retirado, bouta quattques ordits dins
lo mo è des escachous de po dins los biassos è lou
cobat.

LOÏ. grond Iioie dol B nin Dièu
Qu'o per pagios les liouos les prals, l:s rious, lou cièu.

'i
III

i
Lou Boun Dièu o dounado uno belo lèi ; Aima Dièu
tont que pourions è lou mounde coumo nautres mémo
per li faire plose.
Aima Dièu!.. Durbès los ourilhos...
Vous
Non
Mois
Vous

êtes mon Seigneur et mim Diea; je vous cime,
pas peur les • splendeurs de vot.e Paradis,
parce que, naissant pour nous dans w taudis,
avez commencé par nous aimer mus-inêirc.

C'est parce que vos piedi, i os n.ains, voire front blême.
Ont saigné longuement sur un gilet, tandis
Que vos luos se drtisoient, suppliants et raidis,
Comme pour,désarnier Vi Justice suprême;
C'est enfin pane que, vous, le Dieu tout puissant.
Vous ave dit : Xîitngnz ma ih'lic, buvez men sang......

Les paures... l'on pnuct pas refusa res os panres...
L'imen lou paure, rimen lou coumo un fraire,
Se bou":en fa corro lou Uoun Dièu, noslre P.iire,
Durben li nostre ci r C'nifle de conipossiu.

El que omis nourrissez de vous la 'ace humaine.
C'est pour ce tendre an-.icr, sublime ft • i&lt; lent,
Que le mien, jusqu'à vous montw.l d'un grand élan,
Au pied de mire croix- à tout jr.mah m'enchaîne.

Lo crout!... cossi Bermenouzo l'aimo è l'ozouro!
Lo met sul prumiè luèl de soun libre En plein Vent.
Se sobio pas mau de los consous des oobonèls. Guel
bòu faire coumo lou lauraire que be d'enseta soun
comp è furgo uno piohouno crout, faebo orne ducs
flauebos, ol cap de lo dorrièiro rego, per que Ion
Boun Dièu garde lo semenado è fasque beni o boun
prou los guèrbos tourtounados. De poubt biai, Bermenouzo escriù so fe, olèro que maites lo sounsissou
ou lo renègou. — S'ocarro de beire lo crout o lo
pounchc del coutèl qu'entemeno lou contèl ou noda
sur lo gièrlo pleno de lat.
Un jour que Bermenouzo èro onat o lo casso, troubèt uno crout que dous cap-burlats obiòu ofrobado.
S'omoido per l'embrossa, li beguéreu de los gromelos
pounebilha è l'avjsièrou pic quond diguèt- « Moun
Dièu, grosias oquetches onucents... mes per que
n'obès claufido lo tèrro: »

E les paures jo ii sobiòu tourna, quauques uns de
sous couontes les plus goustous seguèrou lo pago
de so coritat.
Aimabo lou mounde è pani que niai lou louraire:
t'quoi gi el que, lim mièl, enorvn njstro raço*.

|

I

S'cbio pougut. l'ourio estocat ol contou que l'obio* bist
espeli è gordat om los bièihos hobitndos de fe, de
trobal, d'hounestetat. de justicic que sou en passo
de cussouna.
Mounde d'Oubènnho, degus t'o mièl prêt sul biù
que Bermenouzo è sur tu n'o fach bèrs plus musicaires. Fodes èstre fier de guel. Soiu libres sou un
catochime que debios legi lo ibilhado è fa studia o
tous efonts; tiroriou proufit d'oquelo ebro sonitpuso
pel l'amo, l'inteligenso è lo bido.
D'inimics Bermenouzo powdi-i pas n'ober. Se
gimb'abo rete, oqu'èro 'os idéios tourrtobirados que
bouliôu fa l'entarromen del Boun Dièu è des Opos-

�LO

i€

tres qu'o bougut sur tèno per jita lo ?ao i\m deficis.
Obio rosou de pas s'en prendre ois homes que tornem
quaucop de plo long en oboua que s'èrou troumpat.
N'en counessc qu'ou ronJudo justicio c Bermenouzo.
Que serio '«tat hirous de jo sober slrn de mourH...
N'ignourons pas que som d'uno espèso que s'en
sauibo pas cat. Lo morí n'espaulucabo pas Bermenouzo. proquo lo bisio bini d oipossou. Loti be fat.
lo conusinso tronquillo è en regfo, îcn cóírnsoqjlaboj
ombe l'esperanso lo plus bibo.

i

Raibe sonbenl, sjUibent, del cièu,
M:.i que jumai pense ol Bonn Dièu
E longuisse plo de lou beire.
Quelque ir.âigm que soit mon ârne île ton citi.
Accuti!lt-la, Seit/neiii- et sois-lui pitoyable.

Lo glorio fugièt Bermenouzo sur oquesto tèrro,
o prou peno se n'en tostèt uno goloupado ; lo li mercondejèrou otchita- lou Papo d'o Roumo. Mès lou
sonlelh biro. Ogaro Bermenouzo o mai que le glorio
que lou Bonn Dièu li debio, les homes lo li poche-loi:
plus, lo pochelo serio pas prou bèlo.
Bermenou/o, mo le te bei ol ras, de Dièu,
O mount. dins lou eièu blus. ol constat de So Maire,
Que durbiguit les brats pe&lt; culi lou contaire
Que rOubèrnho è Ytrai n'òuguèt jon.ai poricu.
Bailo nous, se te plai, lo forso è lo possièu
De quilha coTjmo !u lou front bol pur Esclaite.
D'opora wiimii ta -'es «Vuta-ts è lou caire
Cau que se tengov drets ; souste noslro inissièu.
Otau siasquo!...

® @ i§

Allocution de Mgr LECŒUR
EnèifUe di Saint-Vlovr.

Messieurs,
Vous venez de rendre un bel hommage à la mémoire de notre Vernienouze. En strophes vibrantes,
en des discours éloquents, il a été dignement loué,
ici même, au cours de la Messe célébrée par M. l'Archiprêtre, et près d'ici, à l'ombre des arbres verdoyants.
Je tiens à joindre ma louange à ces louanges, dans
cette église où Verraenouze a prié Je le dois au
poète chrétien: quj tant aima l'Auvergne, « Mou
Auvergne », disait-il.
A loi, terre d'Auvergne, à toi tout mon' amour.

n en a été la,- voix, parce que l'âmç de cette terri
aimée a vibré dans sen cœur.
L'âme des choses et l'âme des hommes.

COBRETO
Il a vivement sent; et il a ardemment chanté la
force majestueuse de nos montagnes, de ncs « volcans recouverts de gazon x&gt; ; la grâce de nos clairs
ruisseaux, des genêts ou des bruyères fleuris; tout
ce qu'il y a de déchirant, de poignant dans l'écir qui
gronde, de paix dans un beau soir d'automne, de vie
débordante dans la moisson qui munt et jusque
dans le tronc ravagé de nos châtaigniers
L'âme des hommes l'a surtout fait tressaillir. Il a
compris, il a deviné la patiente fermeté, la mâle
énergie, la bonté teintée de mélancolie et toutes les
qualités de la rate, voilées sur les fronts brunis et
sous la rude écorce de ce.'- bouviers, de ces laboureurs,
de ces paysans, qu'il a loués pour leur lidélité à Ja
terre d'Auvergne, pour leur attachement à la religion
des ancêtres.
La foi ne fut pas chez Y'ermenou/e !e sentiment
d'une âme éprise de beauté. Certes, il y a goûté lo
poésie qui s'exhale des « églises couvertes de lierre » ;
des fêtes de Noël avec leur manteau de neige; de
l'Angélus oui ebante dans les clochers
A l'heure où les étoiles s'allument dans les cieux;
des croix d'épis plantées au milieu des champs, et de
tant de coutumes pieuses reçues des vieux parents.
Mais il a été surtout upi croyant, un chrétien convaincu. Chacun sait, disait-il, que.
Lorsqu'il s'agit de l'Evangile,
Je ne me tais, ni ne me cache.
Parmi les sources de l'inspiration poétique (la
gloire, l'amour, la science ou le pafrW'sme,i. la foi
est l'une des plus riches Vermenouze a pu'sé largement à cette source féconde, c'est pourquoi il s'est
élevé sur des cimes très hautes.
En cette fête de l'Assomption de Notre-Dame,
patronne de la France, après avoir prié pour lui, nous
saluons ie poète terrien, le poète auvergnat qui a
profondément aimé sa petite patrie et, par elle, la
grande patrie, la France.
Nous saluons avec émotion le poète chrétien qui
a cru en Dieu qui a consacré son dernier chant à
notre Jeunesse catholique du Cantal, qui s'est endormi à l'ombre du Crucifix et qui répond aujourd'hui à nos louanges par une parole de gloire iramoi •
telle: J'ai cru! je vois!-J'ai cru en Dieu en la SainteVierge et en les Saints du Paradis ; je les vois et je
les chanterai éternellement!

��Cliché Parry, Aùritiac.

Mademoiselle
REINE

Anne-Marie
DU

FÉLIBRIGE

DOMMERGUES
AUVERGNAT

�Cliché

Les

personnages de
de M.

Se gauche à droite :

Meurisse, Aurillac.

" Pel Compèstre "

Louis DEBRONS

M. NOGUERA, M.

CABRIAL, M. DELZANGLES, M'1- VIARDS.

��1

I. - LE BANQUET
_—^
A midi a eu lieu, à la Salle des Fêles, un banquer
réunissant près de trois cents convives. Le menu cidessous a été fort bien préparé et servi par M. Andrieu, pâtissier :
— iVlËMJ —
Cantaloups.
Tripes et tripoux d'Aurillae.
Filet de haut de Salers aux champignons de la forêt
d'Yirac.
Jambe de cochon à l'Auvergnate.
Trufade Montagnarde.
Dindonneau de, la Châtaigntraie
Salade d'Arpajon.
Tarte vicoise à la crème.
Fourme du Cantal
Fruits de Massiac et de Maurs.
Petits fours variés.
Vins du Rouergue et du Onercy, rouge et bhme.
Bordeaux. — Champagne
Calé. — Cognac (1).

Avant la fin du repas, les jeunes Auvergnates costumées ont fait leur entrée dans la salle, et une ovation leur a été faite.
Plusieurs convives ayant alors demandé « la bourrée », celle-ci fut dansée, séance tenante, par MM.
Garnier, Delhostal et Dornimergues, et trois des jolies
Auvergnates à « babarel ». Il est à peine besoin de
dire que des applaudissements nourris éclatèrent
après chaque danse, si bien jouée par le virtuós
Bouscatcl. que l'on avant déjà eu le plaisir d'entendre
le matin, â :a cérémonie de l'inauguration.
Puis vint le moment des toasts. Les voici, dans
l'ordre où ils furent prononcés.

Toast de M

Louis FARGES

Mesdames,
Messieurs,
J'ai d'abord à vous remercier tous d'être venus si
nombreux pour célébrer le souvenir et la gloire de
notre grand poète Arsène Vermencuze.
Et je tiens d'abord à remercier plus particulièrement les darnes de n'avoir pas oublié que, sanr elles,
il n'y aurait vraiment pas de fêtes, puisqu'il n'y aurait

(1) Offert par MM. Adrien Garric; les Administrateurs
de la S.D.B.A.; Chanabier, distillateur, me des Carmes,
cl Delhosta!, place de l'Hôtel-de-Ville.

j

i

7

ni poésie ni beauté ; puis nos amis du Limousin, du
Périgord, de tout le Midi Aquitain, venus ici pour témoigner que la renaissance artistique et littéraire de
nos pavs de langue d'oc est fondée sur une véritable
fraternité de langue, d'âme et de cœur.
La Provence, d'où est partie le mouvement félibréen, devait être représentée par rémanente personnalité du capoulié Marius J on veau. Appelé à Florence auprès de son fils dangereusement malade, il
n'a pu venir jusqu'à nous. Nous regrettons son absence, comme nous prenons part à ses angoisses
paternelles, qui, heureusement, j'ai la joie de vous
le dire, sont en partie calmées à cette heure.
Mais combien d'autres nous ont exprimé leur-;
regrets ne ne pouvoir être là autrement que par 11
pensée et par le cœur l
Ils ont droit à être nommés ici.
Ce sont
Joseph d'Arbaud. le poète du Laiiytè
d'Ava et des Rampai d'Aram. qui chevjv.oha avec
Vermencuze aux marais de la Camargue ; M. de Bar,
le vaillant chaptal de l'Ecole limousine : le doctem
Basset, conseiller général: MM. Paul Lastid, député:
Louis Bonnet, directeur de l'Auvergnat de Paris, qir,
pas plus que son père, n'a jamais marque à Vermenouze et à sa gloire; Bory, ancien député; BoodonLashermes, le rénovateur des ant'ques fêtes poétiques
du Puy Sainte-Marie, le foudateur dans les tranchées
de Y Escolo dòn Bombar damen ; Je.st.pb Loubct et
Robert Benoit, majoraux du Féhbrige : l îoyer (d'Agen); Brunei, conseiller général, parent du poète,
docteur Deicamp : Chèze. « mèstre en gay saber »
de l'Esco'e limousme; le vicaire général Delon; Fernand Delzangles ; Desdevises du Dezert ; Devina,
président des Amis de la Longue d'Oc de Pans;
Luc
Dumond ;
Auguste
Dorehiiin ;
Pròsper
Estieu • François Fabié, qui, de son Rouiergue natal,
nous envoie un salut délicat et poignant, que vous
entendrez tout à l'heure ; René Farnier, vice-syndic
de la Maintenance du Limousin ; le sénateur Frariçois-Marsal ; Frédéric M istral neveu, qui porte avec
un dévouement aisé et fier le plus grand des noms
méridionaux; Fei, conseiller général; Fontanier, député; Gomot, sénateur du Puy-de-Dôme; le docteur
Goyon ; le félibre Grenier, de Langeac ; Jarnier,
président du Syndicat d'initiative de Clermont-Ferrand; Lavé et Lbennet, les ardents propagandistes,
par leurs conférences erudites et poét;i&lt;jues, de la
renaissance méridionale et de l'œuvre de Vermenoube; l'exquis poète et puissant romancier Charles
Le Go f fie : l'abbé Lissorgues; Marcombes, maire de
Clermont-Ferrand : Lor.is Meynicl, conseiller général ; Xouaillac. syndic de la maintenance du Limousin ; Lucien Pâté • Payrac, conseiller général de Salers ; Antonin Perbosc ; Pròsper Estieu Armand
Praviel ; Augustin de Ribeiolles; Rabier; Jean Richepin, dont personne, à Aurillac. O a oublié l'étincelante
et vibrante conférence donnée, ici même, au lendemain de la mort du poète; le colonel Sak.sses, gouverneur des colonies: le docteur Talandier,, conseiller
général et maire de Mauriac; le poète ÉOBergai Fernand Vernîtes : le majorai VI nas et sa fille, reine du
Félibrige. et enfin l'ami délicat etridèle, ie bon poète
Gustive Zidler.
Si j'en oublie, qu'ils me le pardonnent!

�m
Il en est un toutefois, de ces absents, auquel
nous pensons tous, c'est le vénéré président Charles
Delzcns, que son grand âge retient en cet antique
hôtel des Malras, où il continue une vieillesse embellie du culte des lettres, toujours vibrante de i'amour de la terre natale et de cette France pour laquelle tant de Delzons ont noblement versé leur
sang.
Mais comment mentionner, en ces instants trop
mesures, tous ceux qui ont aimé, admiré, soutenu
Vermenouze. et auxquels nous restons profondément
reconnaissants de leur affection et de leur effort?
Si nous avons le profond regret de ne pouvoir
évoquer ici tous les amis vivants, qu'il me soit permis
du moins d'adresser un souvenir ému à ceux-là qui
ont précéelé ou rejoint le poète dans la tombe.
Comment, en ce jour, ne pas évexpier dans notre
cœur reconnaissant le premier président du Comité
pour l'érection du monument, le fin lettré et l'Auvergnat dévoué Francis Charmes, et aussi Maurice Bar
rès, Maurice Barrés, dont l'ardent et éclairé patriotisme se nourrissait, comme chez Vermenouze, aux
sèves éternelles de la terre natale, et qui, peu de
jours avant sa mort, dans une de nos causeries air.
couloirs de la Chambre, me redisait encore sa pénétrante admiradition? Comment ne pas penser MUX
deux amis fidèles et dévoués jusqu'à l'oubli complei
d'eux-mêmes, à l'abbé Courc'hinoux, cessant de suivre
la menue poussière d'or qui danse dans un rayon de
soleil, pour revoir les épreuves de Flour de Brousso
et en traduire les vers ; à Gabriel Audiat, intelligence
subtile, cœur tendre, haute conscience, qui, sachant
Vermenouze malade et souffrant à Vielle, vint l'y
surprendre, l'y réconforter et, penchant sur le cœur
de son ami un autre cœur de chrétien et de poète,
l'arradia pour quelque temps encore à la jalouse
Mort?
Et surtout comment oublier en ce jour le Maître
immortel qui a continué pour toute la terre d'Oc la
grande tradition méditerranéenne d'Homère et du
Dante, Frédéric Mistral? Dit premier regard, il reconnut dans Vermenouze un fils spirituel digne de son
génie. En des entretiens où la profondeur ardente de
la passion pour la Cause s'apaisait toujours dans le
calme d'une sérémnité souriante, il donna à Vermenouze la pleine conscience de lui-même et lui révéla
it- secret intime de l'œuvre félibréenne.
Que faisons-nous, en effet, nous tous qui, après
Vermenouze. voulons être et nous proclamons félibres?
Pour combattre la barbarie qui monte, nous faisons
appel aux traditions de notre culture plus que millenaire; pour barrer la route aux bas appétits de jouissance, nous dressons notre idéal de patriotisme, de
désintéressement, de liberté, de beauté. En face d'une
civilisation purement matérialiste, l'âme mérielionale.
représentée par le Félibriige, reste fidèle à elle-même.
Elle proclame l'éminente dignité de l'Esprit.
C'est le culte sacré de l'Esprit qu'évoque la superbe
lettre du caooulié Màrius Touveati, — que l'on vous
lira tout à l'heure.
Et c'est l'Esprit aussi qu'évoque la présence aujourd'hui parmi nous de cet autre éminent fils de

eoBRKTo

j
|
|

j

j

l'Auvergne. Pierre de X'olhac, de l'Académie Française.
Erudit et poète, vous avez cherché et trouvé l'Esprit pur à travers les œuvres du passé comme à tra
vers la Nature éternellement jeune, et le dieu à l'arc
d'argent, Apollon, maître du chetut sacré des Muses,
vous a -ouri dans un rayon de soleil à travers le?
fenêtres de ces salles de travail de^a Sorbonne d'autrefois, où se rencontrèrent nos deux jeunesses, coin
me aux plaines de bruyère, comme sous les sapins
et les bouleaux de notre Auvergne.
Pour vous ainsi que pour Vermenouze, c'est la nostalgie de notre Auvergne qui a, dans une émotion
délicieuse et poignante, suscité le don divin.
Ah ! certes, ce n'est pas aux plateaux de l'Espagne,
si dénudés mais si grandioses, au fond desquels surgissent, drapés d'azur, de rose tendre ou de pourpre
sombre, selon les heures qri passent, les sierras de
mystère et de rêve, —c'est devant les horizons de la
campagne romaine, c'est au pied des monuments
écroulés de la Rome païenne, dans l'ombre des basiliques de la Rome chrétienne, au milieu des plus beaux
chefs-d'œuvre du génie humain qu'à vos yeux surgissaient les collines de votre I.ivradois natal et 1:
dôme souverain du Puy de Dôme. C'est à Rome,
c'est à Paris, c'est partout que vous pouviez répéter :
t'entends, j'entends chanter dans mon cœur triomphant
Les rustiques chansons qui me berçaient enfant.

j
I

Merci, mon cher ami, merci non seulement en mon
nom personnel, mais au nom de la Haute-Auvergne,
présente ici dans son élite, d'être venu apporter au
poète des Sucs et des Puys le salut fraternel de la
Basse-Auvergne.
Et c'est en l'honneur de l'Auvergne tout entière,
ele l'Auvergne fière de toutes ses gloires du passé et
du présent, de l'Auvergne confiante en un radieux
avenir, que je lève mon verre et que je bois.

© ® $
Toast de M. de NOLHAC
de l'Académie Française

Mes chers compatriotes.

|
!

J'apporte au monument de Vermenouze le salut de
la Basse-Auvergne. L'Académie de C'ermont, qui représente littérairement cette partie de notre province,
m'a chargé d'exprimer devant vous nos sentiments
d'affectueuse fraternité, en cette belle manifestation
qui honore l'Auvergne tout entière Nous y fi°uricns
drjà par avance, puisque l'image du glorieux fils du
Cantal, que nous fêtons ensemble, est l'œuvre d'un
fils de Clermont (Jean Camus), dont J'art noble et
vigoureux s'harmonise à merveille à celui de votre
poète et le rendait digne d'être son sculpteur. Mai&gt;
l'exemple de Vermenouze, l'autorité régionaliste qui
s'attacbe à son nom. n'ont pas moins d'influence au ■
jourd'hui sur le renouveau de notre littérature dans

�i9
le Puy-de-Dôme que dans le Cantal ; et, pour ne citer
que les noms les mieux consacrés, si vous avez les
Delhostal, les Marcenac et les Gandilhon Gens d'Armes, ne possédons-nous pas notre Ecole de Í imague
et notre Henri Pourrat? Les uns et les autres, à detitres divers, sont les continuateurs de Vermenouze,
Un des regrets de ma vie littéraire est de n'avoir
pas connu notre grand poète. Le Sancy n'est pas un
Mont-Blanc ; il n'en séparait pas moins nos deux régions, au temps de ma jeunesse, assez pour nous permettre de nous ignorer. On pouvait chanter alors nos
jeunes volcans des Dômes, si majestueux, -.riais si
modernes, sans connaître l'incomparable sp'endeur
des géants voisins, témoins des plus anciennes convulsions du globe et qui donnèrent à l'âme de Vermenouze le sens de la grandeur et de la beauté. Comme
j'aurais été heureux pourtant d'aHer visiter le Maître,
à l'heure des jeunes enthousiasmes 1 L'aurais-.: e rencontré dans une de ces parties de chasse ou de pêche
où notre Ajalbert, qui m'a le premier révélé Vermenouze, l'a montré si pittoresquement dans la liberté
de l'amitié et l'ivresse des montagnes, respirant son
pays par tous ses pores et rentrant le soir au logis,
comme il disait lui-même,
ivre d'air, traînant à ses semelles
La terre nourricière et molle des sillons ?

L'aurais-je surpris dans l'intérieur rustique de la
maison paternelle, qu'il a tant aimée et où il s'est
peint, en maints vers délicieux,
assis au coin de Pâtre.
Révaut, rivant, fumant et chauffant ses sabots ?

J'envie mon vieil ami Louis. Larges d'avoir joui de
cette intimité précieuse. J'aurais pu en tirer, comme
lui, de magnifiques leçons et apprendre, en si 'belle
compagnie, à mieux aimer la pâtre commune. ~
L'auteur de Mon Auvergne s'était assigné la tâche
de la peindre fidèlemenr, de conserver les traits d'un
passé oui s'efïace et d'en faire respecter l'image par
les générations nouvelles Cette haute ambition, servie
par la modestie charmante que vous" avez connue,
s'est trouvée réalisée. En deux langues (ce qui est un
cas peut-être unique), Vermenouze laisse une œuvre
qui demeurera. Il doit cet honneur à la justesse de
son langage, ì la pureté de sa prosodie, à la vérité
de ses tableaux, et aussi à ce sens de la mesure, qui
ne l'abandonne jamais, même en ses plus truculents
morceaux, et qui est une qualité toute française, nous
dirions volontiers tout auvergnate.
La droiture de son cœur, sa charité d'esprit envers
les humbles, son indépendance à l'égard des puissances d'argent ou1 de politique, son goût du travail
bien fait et de la patiente oerfection, sa robuste fidélité à la foi de nos pères, tous ces traits ressortent de
ses livres et les marquent fortement des caractères
de sa race. Ouand on vient de les relire, d'en goûter
une fois encore la verve saine, la verdeur, l'émotion
discrète, la probité souveraine, on possède quelques
raisons de plus de se dire fier d'être Auvergnat.
M. de Nolhac termine en levant son verre à l'Auvergne
îtne et indivisible.

Toast de M. Armand DELMAS

Messieurs les Eélibres,
Mesdames,
Messieurs,
Ce n'est pas, croyez-le. sans le sentiment de mon
indignité que je prends la parole. Les poètes, en
effet, ont reçu du ciel un don qui les fait supérieurs
aux simples mortels, et tout encens ne leur est p;:.agréable. Ils sont cousins d'Apollon, comme vient
de vous le dire notre éloquent Président, et les poètes
d'Oc, fils de la lumière et du ciel bleu, en sont au
moins les cousins-germains. Hélas' sur moi, aucune
flamme divine n'est jamais descendue !
Je dois sans doute l'honneur de vous parler à ma
vieille amitié pour Vermenouze, quand avec Jean
Ajalbert, Ajalbert qui l'a révélé au grand public et
auquel nous restons tous fidèlement reconnaissants,
nous fêtions joyeusement en Aurillac, à Crandelles,
à Ytrac, l'Auvergne et les bonnes lettres.
Et je me souviens qu'il y a près de trente ans,
Vermenouze, flanqué d un côté d'Henri Delteil, sou
fidèle Achate, avec Jean Ajaibert, et de l'autre, je
crois, de votre serviteur, vint recevoir à la gare le
Capoulié. qui était alors le regretté Félix Gras.
Et je le vois encore, le Capoulié, sur le marchepied du wagon, beau comme un Grand Prêtre avec
sa barbe blanche, étendant sur nos têtes ses belles
mains fines et laissant tomber cette consécration:
— Aro, s'ès Felïbresl
Eh bien, messieurs, j'ai toujours protesté contre
cette parole, pourtant si flatteuse. Mais, fétëferes,
nous Tétions déjà un peu !
Le Midi depuis longtemps commence au Lioran.
de même que la Garonne Ce n'est pas un ciel du
Nord qui a donné l'inspiration à Vermenouze et à
ses disciples, mis autrefois de la joie et de ba fantaisie dans le cerveau des habitués du vieux Café
Cantuel. N'étaient-ils pas du Midi, du Midi au moins,
ces deux grands /morts dont je tiens à rappeler le
nom entre tant d'autres: Eugène Lintilhac. dont h
voix puissante et l'estrambord prodigieux forcèrent
jusqu'à la jalousie l'admiration des riverains J11
'Rhône, un jour qu'il ie descendait en barque, en
route pour la Barthelasse ! Et le duc de La Salle,
votre prédécesseur au Majorât, monsieur Delhostal,
qui allait étonner de' s;,s belles manières et de ses
récits merveilleux de troubadour grand seigneur les
froides cours du Nord!
Mais il faut que je parle au moins d'un vivant. Ne
croyez-vous pas que notre ami M. Louis Farges,
l'orateur délicat que vous venez d'entendre, mais
conteur aussi de joyeusetés, l'air bon vivant et vert
galant comme le Béarnais, est un Méridional?
Enfin -—■ j'en prends à témoin l'éminent Immortel
qui honore ce banquet de sa présence, et vous auss ,
messieurs les Majorants, — n'avez-votis pas retrouvé
sur les lèvres et dans les yeux de cet essaim de jeunes
filles, qui si gentiment bourdonnait ce matin autour
de vous, le sourire de Mireille?
Et, si le soleil d'Auvergne est resté voilé c'est, je

�LO

20

• peux bit'n vous le dire, par décision dm grand organisateur de ces fêtes, Henri Delteil, pour qu'il n'arrivât pas au soleil, comme à Lint.dhac, de forcer i'admiration jusqu'à la jalousie!
A11 nom de cette exubérance, de cette bonne humeur, de cette grâce; au nom de nos vertes montagnes, de nos bruyères roses, de nos ruisseaux d'argent, je lève mon verre et je bois à la Terre d'Oc
et à ses poètes, et fraternellement le Haut-Midi salue
le Midi.
I

@ c* ©
Brinde de M. Louis DEBRONS
Rouiè segound o lo Cobreto, soui corgad de joungc
les remèrciemcns de Y Escolo Oubernhato o n'oquesses de M. Farges, peis felibres benguds des quatre
caires del po^'s, pourra l'oumage de lour odmirociù
o lo memorio del mai-tr.èstre Orsèno Bermenouzo.
M'obisorai pas de faire une porlicado sùî pouète
estotufiad ol mièt de l'hort tont brobounèl de lo bilo
d'Ourlhat, otmd Gondotos è Goudots se carrou dV.ua
senti lou por fum de los flours, en escouta l'èr piotodous del riùotel cloret que rajo d'entre deis rocs
claufids de m&amp;usso è d'ènno
Oprès en que deis mascles o poumho ou dit de guel
oqueste moti. oquo serio, m'es obist, serbi de îo rototculbo o la ri d'un crâne desporti.
Me cotmtentorai donne de presenta los escr.sos des
counf raires Courehinoux, Lhermet è Pagès ; maugrèt
lou prou d'ebejo que les tenîo, n'òu pas pougud èstre
ombe n'autres ohuèi.
Oquo d'oti fach, quillie moun beire o lo sontat de
los omistousos damos è doumeisèlos que flourieoii
oquesto raulejado; lou quilhe o lo sontat des pescoluno que s'omagou jous l'alo oporaire de 1'?llustre
efont d'en Bièqno, è lou quilhe otobe o lo sontat de
tout lou brabe mounde otroupelacl eici.
Aro, de1, pus priotmd de moun cur:
Bibo nostro lengo meiralo' Bibo rOubèrnho!

® ® &amp;
Toast de M. Robert GARRIC
Mesdames, Messieurs,
En ce jour, eu tonte l'Auvergne célèbre la mémoire
de Vermenouze, sa famille tient à apporter à tous
ceux qui ont travaillé à préparer cette journée 1e
témoignage de sa vive gratitude ; qu'il lui soit permis
de dire, en notre nom à tous, un « Merci » très ému
à M. Henri Delteil, dont le cœur, la fidélité et l'action
ont médité et réalisé ce triomphe de Vermenouze,
M. Delteil que sou amitié fraternelle pour le poète
a fait depuis longtemps membre de sa famille; —
et qu'il me soit permis de rappeler le très cher sou-

COBRETO
venir de Gabriel Audiat, de l'ami dévoué, du lettré
délicat qui édita les Dernières Veillées, et de rappeler
les derniers mots que m'ait adressés Audiat lors de
ma dernière visite: « Il faudra travailler à la gloire
de Vermenouze. »
Comment bien parler de lui, quand on n'a pu le
voir, le connaître que de trop brèves années? Mais
avec quelle vigueur ces souvenirs restent gravés:
Vermencuze parmi les siens, Vermenouze aux repas
de famille, où sa verve, son élan, ses traits jetaient
des flammes; dernière visite au poète en ce mois de
novembre où devant la fiaimbée il cassait en tisonnant.
Comment dirions-nous bien tout ce qu'il était pour
les siens, — lui qui, dans quelques-uns de ses plus
beaux poèmes, a chanté la Famille avec tant d'amour,
et dont toute l'œuvre, il l'a maintes fois attesté, a été
inspirée et comme portée par ses aïeux?
Nul n'est plus proche que lui de sa terre et de ses
morts. Ce culte de la terre, cet amour passionné Je
l'horizon natal, cette connaissance de toute la vie
rurale, cette belle vigueur de l'Honneur et cette Foi
robuste, — ne les a-t-il pas hérités de la longue liguée
eies aïeux, durs au travail, loyaux serviteurs de leur
tâche, qu'il a chantés:
_ Penchés durant six jours sur la glèbe natale,
Ils ne se reposaient que le septième jour,
Et partaient, fiais rasés, pour l'église du bourg
Sitfit que souriait l'aube dominicale.

A leur foyer, sur qui plamail
Trois généra! ions s'asseyaient
La même cheminée accueillant
Ht sur le^ mêmes bancs aïeuls

un crucifix,
côte à cfite,
sous sa botte
et petits-fils.

[tres,
Ceux-là furent des saints aussi, moins grands que d'auMais dont nos cœurs à nous sont demeurés plus près,
Car les champs arrosés de leurs sueurs, les prés
Et l'antique foyer qui furent leurs, sont nôtres.
C'étaient gens pratiques et de bon conseil, dont la
vie comme les idées allait tout droit ; de rude- souche
arverne, ils étaient liés au pays, comme leurs amis
les arbres, par de rudes liens, — tout pareils aux
Chênes de Mon Auvergne. Grands conteurs causeurs
et diseurs d'histoires, — où le sel ne manquait pas,
et du plus vieux et du meilleur, — ils lui ont légué
cette gaîté de France, dont pétillent les récits de
Flour de Brousso. Batailleurs et opiniâtres, ils lui
ont donné cette âme, fine et inflexible comme une
épée. En eux. en lu:, est tout le terroir.
Mais, à côté de ces sages, dont la vie n'avait point
d'autre horizon que le corn de lande ou le bois familier, vivaient en Vermenouze d'autres aïeux et d'autres souvenirs. Les a-t-il évoqués avec assez d'amour,
ces aieux. qu'il ne connut pas tous, qui allaient
courir les forets des Tropiques
lit dompter des chevaux sauvages aux pampas.
Les dompteurs d*s fauves et les tueurs de serpents
à sonnette, les marteleurs de cuivre de Hollande et
les cavaliers espagnols ont hanté ses rêveries. Avec
eux il a couru la brousse, les pays brûlants, et l'éclat
de leurs chevauchées illumine parfois ses vers. L'un

�LO

COBRETO

d'entre eux surtout, le cousin Calixte Vermenouze,
a été campé par lui d'inoubliable façon. Il 'e voit

le père, ce « preneur de truites sans rival ». qui L
menait courir avec lui landes et ruisseaux. Cher«
souvenirs des pêches, des longues promenades, des
rêveries,

culotté d'une peau de guépard,
Gaucho, trappeur et chasseur de crotales
Il occit des lions, des panthères, des buffles.
Et c'était, disait-il plaisamment, les seuls muflles
Auxquels il fît l'honneur de tirer le chapeau

Tandis qu'effleurant les roseaux
— Tel le filet d'un ré fia ire —
Volait l'épervicr de mon père.

Au retour, ils contaient longuement, et avec Fur
récit passait dans la demeure tranquille le vent des
aventures.
Ils
Et
Où
Se

Sa mère, qu'il revoit dans 'a clarté neigeuse des lessives, ou par la campagne, « parmi les ronciers et les
ramures », ou encore dans l'apparat du dimanche, où
resplendissaient les bijoux et le crépon doré qui

ont ensoleillé le foyer paternel
m'ont 1out imprégné de celte poésie,
l'azur enflammé du ciel d'Andalousie
mèl" au pâle et tendre azur de notre ciel.

Semblait l'envelopper d'un manteau de soleil.
Calme vision des soirs heureux :
Elle filait, le front tout nimbé de lumière;

Celte ardente couleur me vient de mes aïeux
Poètes d'action, à qui manquait la rime.
Leur poésie, ils la vivaient; moi, on l'imprime.
Je chante, ils agissaient — leur tâche valait mieux.

puis, pour toute la maison agenouillée, elle réciterl
à voix haute la prière.
Ainsi les évoque-t-il du fond de son âme ; chacun
à son tour, ils se penchent sur les pages du livre,
tout gonflé de leur âme; ils l'inspirent: l'âme du
poète vit avec eux, retirée dans le cher passé.
La vie de tous les jours, aux humbles gestes, l'enchante. Quelle belle scène, ce soir d'hiver où il voit
sa sœur — la sœur dent le cœur tendre s'est penche
pour l'adoucir sur toute sa vieillesse ■— et ses deux
nièces faire la charité' Pour son neveu, pour sa
nièce, il compose des poèmes de noces, où il se présente lui-même

Vermenouze les a suivis, ces poètes en action, ses
emigrants d'Lspagne. — ConuiTent ne pas rappeler
ici le souvenir dTllescas et de &lt;■ l'oncle Hippolyte
Garric » ? — Fuis, comme eux. il est revenu à la terre
et au seuil natal, il a remis ses pas dans les nas des
aïeux. Dans cetre maison de Vielle qu'il1 a ta*it
aimée, il va songer le reste de sa vie, heureux de voir
Le doux visage des collines maternelles
Du seuil fleuri de ma maison,
Je regarde onduler sous l'haleine des brises
Des trèfles incarnats et des bruyèrer, grises
Un bois ferme d'un rid?au vert mon horizon.

L'oncle morose, au front toujours rêveur et hk'me...
Cet oncle rugueux
Et dur comme les rocs vomis par nos cratères..
Mais lui, malgré sou air hourin de solitaire
Et ses coups de boutoir, vous aime bien tous deux.

En face de ces témoins éternels de toute la v'e
de sa race. Vermenouze remonte à son passé il revoit
tous les siens;
Tout nous parle encor d'eux, les êtres et 1er, choses,
Xos es|&gt;aliers qu'ils ont greffés, notre vieux chien
Qui connut les derniers partis et s'en souvient,
Ce jardin qu'ils aimaient et qui leur doit ses roses.

Un à un, ils reviennent dans le souvenir du poète,
groupés son s la lampe ou dans l'attitude familièie
qu'ils avaient pendant le travail. Voici Mère-Grand,

Fourmi' Rugueux? Ne l'en croyons pas trop, il
savait si bien s'accorder aux joies familiales! Je l'ai
entendu lancer de joyeuses rimes à ses petits neveux,
en les faisant sauter, — et Pierre Audiat, qu'il appelait « Piarrou », se souvient qu'il composait, pour lut
et son frère, au retour de la chasse, de petits poèmes
familiers...
Toute cette race, dont il se sent le porte-parole,
Vermenouze l'embrasse d'un seu,! regard. Tout lui
rappelle les sien''; devant les glycines nui enlacent
la vieille demeure, il .croit voir

Qui fait ce qu'elle doit et non ce qui lui plaît.

L'âme du vieux grand-père embrasser sa maison.

Mlle se fait lire par l'enfant « les méditations d'un
sieur de Bo'ssieu », puis, vite lassée, sommeille et
le poète tourne vite les pages... — L'Aïeul, qui! avait
« l'âme droite et la main aumonière ». et qui criait,
quand un mendiant frappait :

Et. comme aucun grand rêve ne peut s'achever i ribas, Vermenouze. dans son Paradis, retrouvant l'enclos, le tertre héréditaire, voit groupés tous les
siens.

Je rêve d'eux l'hiver, sur mon banc de noyer,
Près de Pâtre, et je pense en regardant la flamme
Que c'est la lueur chaude et tendre de leur âme
Qui revient un instant réjouir !e foyer.

j
j

Là, mou aïeul, que je revois vieux et plié.
Promenant par les champs son long fusil à pierre,
Lorsque j'aurai reçu l'accueil du bon saint Pierre,
Me sourira de son sourire inoublié

— Alîons, du feu. Pendez Vcule à la crémaillère
Et trempez-lui la soupe. — Et c'était son orgueil
De voir tenir rigide et debout la cuillère.
Voici, devant la porte, la grand'routc, où jadis, an
retour d'Espagne, arrivait le père dans un .grand
bruit de grelots et de roues,
— Et ses baisers burbuis ne us chatouillaient les joues, —

|

Telle est sa vision. Ne l'cubl-ons pas.
A l'heure cù Vermenouze devient pour tous les
fils d'Auvergne le poète de leur terre, le « classique &gt;\
— où tous les petits enfants d'Auvergne commencent

�no

à mieux goûter, lisant ses vers, la douceur et la force
de leur Cantal. — à l'heure où, ayant eu cette chance
unique d'exprimer tout son pavs et toute sa race,
il devient la voix de l'Auvergne et entre dans ia
Gloire, — il convient qu'il n'y entre pas seul. Tons
ceux qui l'ont fermé et qui ont façonné son âme,
convoquons-les en ce jour où leur nom rayonne d'un,
suprême éclat Tous ceux qu'il voulait avec lui dans
la gloire du ciel, tous les siens, — qu'ils l'accompagnent aussi dans cette gloire de la terre : ils se confondent avec lui, ils trouvent dans so.'&gt; chant le sens
de toute leur vie. Qu'ils soient tous là !

&amp;\

íôt

iSt

Toast de M. CHARLES BRUN
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Dins quanta lenga vau parlà? Nous sommes fous
un peu bilingues comme Vermenouze, depuis la conquête: Se?s couma felibre majourau que m'aubourc,
me cau charrci dins moun bel parladts mount-pelieirenc. Mais, si c'est en qualité de délégué général de
la Fédération régionabste française... Me vesès entrepachut couine, un garrt emê tres noses. Es verl·nli·'·
que pourrie', conntunià ansin, « mitât pat:nés mitât
francès », dit l'abat Favrc dau •xrmeun de mousse,
Sistre; pamensj coussi fanés per dmembouihà l'e-•cagnaf Il faut choisir. Te consulte l'assemblée, respectueux que je suis du suffrage universel. Ah' lo&lt;:
president a parlat: «. Fn français! » Va pour V français: il faut toujours obéir au président...
Ce sera donc en français que je remplacerai, bien
mal. hélas ! et parce que 1 on nous attend à in Cour
d'amour, les deux majoraux, mes collègues qui m ont
chargé de leur &lt;» brinde » : (laissons « toast » à nos
amis les Anglo-Saxons). Amédée Muzac vous aurait
apporté, s'il en avait eu le loisir, le salut de cette courtoise terre limousine où il maintient la tradhion deson maître Bombai, où nous avons organisé tant de
belle» féhbrées, où il va, dimanche, emmener vo ■
représentants.

ri complexes que soulève la réforme administrative,
prêter à leur développement économique l'attention
qui lui est due. Mais quelle joie est la nôtre à voir
jaillir les sources fraîches' Le régionalisme est un.
On ne saurait le fragmenter en petits mo:ceau&gt;.
Nous ne serions rien, nous n'aurions sur les foules
aucune prise, si vou» ne nous fournissier le merveilleux appoint des vers, de la langue, des danses et des
chansons. A faire revive comme vous le faites aujourd'hui, l'âme d'un grand poète qui incam.i votre
Auvergne, son pittoresque particulier, ses traditions,
sa séduct.on et sa puissance, on sent ce que vaut, dans
notre campagne, le régionalisme sentimental. C'est la
base — .qu'on le veille ou non — de tors les autres
regionalismes. 11 n'est pas jusqu'à la cuisine clés ancêtres, dont nous eé'ébrms aujourd'hui les rn&gt;s. qui ne
force tous le* suffrages e.t ne nous ouvre le chemin
des cœurs.
Mistral, recevant, peu avant sa mort. M. le Président de la République, avair bien raison de d're que
le Féhbrigc trouvait dans le regionalisme sa conclusion logique et son épanouissement Et nous, regionalistes, nous saluerons, à notre tour, dans un Mis
tral, dans un Ycrmen~&gt;u/e ceux qui nous ont rrace
la voie, qui nous ont dicté la doctrine, cu i ont appris
aux autres provinces de France le se(rtt de leur
régénération.
Nous pouvons concevoir quelque fierté de notre,
œuvre, Messieurs. Nous avions sous les yeux un pays
dissocié et décérébré, suivant la formule de Maurice
Barrés (je ne veux point oubber le régionalisme lorrain, r.i celui des Flandres ou de la Bretagne"1 : nous
avons travaillé à restaurer la trinté sainte : la camil1e.
le métier, la province que votre poète n'a iamais
séparée dans ses criants Voici qu'une France victorieuse accepte nos disciplines et qu'il nous est permis
d'assister à un lerouvec.u que les précurserrs devaient se contenter de préparer et d'espérer...
Et. puisqu'il est de rèçde qu'un « brinde » se termine par une formule concrète, je bois, Messieurs,
â notre président, a Louis Farges, ouvrier eminent
de la glande teuvre. li a rendu à ions les organisateurs de cette fetc un hommage mérité: comme d'Fabitude. il n'a oubbé que lui. Ce serait une lourde
ingratitude que de l'imiter.

Quant à Rozès de Biottsse, il eût choisi le sujet
où il est incomparable, il eût salué le&lt; clames. Il en:
vanté le choeur de jeunes filles que vous venez d'applaudir. En son nom. Messieurs, je !èvé mon verce
à la grâce et à la beauté auvergnates aux costumes
ancestraux. à la beurrée hiératicue. Mois il ne m'a
pas caché que je ne sm.rais rendre cet hommage
comme il l'eût fait. Sa défiance trop justifiée ser;:,
dans ma carrière d'orateur, une page bien noiie.

Je bois à Louis Farges, pour boire au régionalisme
vainqueur dans l'une de ses plus complètes et plus
saisissantes incarnations. Il l'a compris, voulu et pratiqué avec une chaleur de sentiment et une largeur
de vues qui s'excluent trop souvent. En lui, l'amour
du pays natal et l'amour de la nation ne font qu'un,
ainsi qtt'J sied. Pien de votre passé n'échappe à son
érudition sagace ; et il commente avec ferveur chacune des vieilles pierres, chacun des aspects de son
Aurillac. Mais il fonde sur ce passé, intelligemment
interprété, un avenir de prospérité et de raison II sait
vos chansons et vos poèmes : il connaît vos besoins
et s'applique à les satisfaire.

Messieurs, peut-être est-il temps que îe vous di :••
un grand merci au nom des regionalistes. Tl nous faut,
dans cette tâche assez rude que nous avons entreprise,
ne rien négliger de ce qui contribuera à la renaissance des régions françaises, étudier les questions

Ne croyez pas. Messieurs, à quelqu'un de ces témoignages de complaisance dont se elécorent les fins
de banquets, l'apporte ici l'attestation d'une amit'é
longue et vigilante. Voila plus de vingt ans que j'ai
trouvé, sans une défaillance. Farses combattant ;..

�LO

COBRETO

mes côtés, évangéüsatit Paris et les provinces, animant nos réunions, dirigeant nos études, réchauffant
notre ardeur par sa foi inébranlable.
Oui dira l'excellence de la besogne accomplie par
lui au sein de ce Tourïng-Clulb, dont il a tourné tou'e
la puissante influence vers le régionalisme, et à la
présidence de ce Comité d'art régional dont il e-t
l'âme, et qui a déjà organisé de si belles et utiles
manifestations ?
Qu'il me pardonne, lui qui a un sens exquis de. la
mesure, ces éloges arrachés par la force de la vérité !
I! pense. Sans doute, que ses compatriotes le connaissent, et qu'il peut arriver que l'on soit prophète dans
son pays Mais, si je l'ai heurté, je sais que je vous
ai été agréable. En buvant à Louis Farges, c'est à
vous tous que je bois, en la personne de votre meilleur
représentant.

%i \$ $i

Toast de M. le sénateur CAZALS
Messieurs,
Après tous les orateurs littérateurs et félibres,
que vous avez entendus ce soir et ce matin, et qui ont
loué si bien, en prose et en vers, en français et en
languedocien, notre grand Vermenouze, je suis un
peu confus d'être invité à prendre la parole à cette'
heure; je ne suis à aucun degré poète ni prophète:
mon seul titre, peut-être, c'est d'avoir connu Vermenouze et l'avoir aimé, et, aussi, d'avoir dû, comme
lui, et au même pays que lui, à l'Espagne un peu
de ma formation intellectuelle.
Poète, il le fut pleinement, et en deux langues, ce
qui est un plus rare mérite. Nous connaissons, certes,
nous apprécions et nous admirons ses oeuvres en français: En plein l'eut. Mon Auvergne, les Dernières
Veillées. Partout c'est la même sincérité d'inspiration et d'expression, la même facture probe, impec cable. Vous me pardonnerez de préférer, avec beaucoup d'entre vous sans doute, ses poèmes languedociens: Flnnr de Broussa, Jous lo Cluchado.
Comme le disait, ce matin, en des vers d'une superbe envolée, noire très distingué compatriote Gandilhon Gens d'Armes, c'est en patois que nous l'aimons le mieux — pour beaucoup de raisons. D'abord,
pare-e que, si en irançai? il en est de plus grands,
comme, eour n'en citer qu'un, ce magicien du verbe,
Victor Hugo, en langue d'oc, à l'exception du grand
Mistral, je n'en connais aucun dont il ne soit au
moins l'égal. lit puis, il est ainsi plus près de nous
et plus à nous. Il a chanté l'.Auverçne. notre beau
Cantal, son ciel et son sol, ses habitants et ses coutumes, ses puys et ses plombs, ses ruisseaux frais
et ses prés verts, ses landes fleuries et ses bois ombreux. Il a campé devant nos yeux émerveillés et
animé d'une vie impérissable, ces types pittoresques

23

ou picaresques, touchants, satiriques ou gracieux.
Juon Pel, leu Fournit, Gratoeap, Pontuel, lou Belet,
la Lisouuelio d'en Puèt-Nau, lo Tota. Juontou d'o
Siron, etc..
Dans son épopée aux cent actes divers, il a mis en
scène aussi nos frères farouches ou paisibles, les
bœufs rouges de Snlers, le La'brit ou Médor, le canard et îe dindon, le perdreau qui essaie ses ailes
et le levraut qui fuit devant le chasseur, le renard
ingénieux et subtil qui berne le loup brutal et borné,
tous les hôtes de l'étable et de la basse-cour, de la
lande ou de la forêt, comme diins le Noël des O. seaux.
Il a même donné une voix aux phénomènes de lu
nature et du climat, au vent noir qui souffle et siffle,
à l'écir qui tourbillonne et aveugle le postier oe.rdu...
J'ai bien connu Vermenouze, avant et aussi après
la cinquantaine, quand il commençait à descendre
trop vite la pente fatale qui devait le ravir trop tôt
à notre affection et à sa gloire naissante. lime semfo'e
que, dans les éloges multiples et brillants que vous
avez entendus, on n'a pas assez tenté de présenter
à ceux qui ne l'ont pas connu les traits de sa personne
physique. Peut-être ne l'oserais-je prüit, s'il ne me
suffisait de transcrire ce qu'il en a d;t lui-même'
Oquel home froust/t, gjrro-prim, bourro griso,
Que n'o nuire de cam, de graisso noun pas briso,
Més toujours Ion fusil sul couol...

Se pouot be que., dorriès beco.sso ou perdigal,
Lous des bauires que bùu tiuaucop gorda los oulhos
L'ajon fisl orporia les bouos è los estoulhos
Om soi magros comboi de gai.
Quau l'o bist. o l'ouro ouu lou soulel 'se lèbo,
Trobersa les borlas, om so bèsto de pèl,
Lo plumo de gusar estocado ol eopil,
Auro cregut beire uno trèbo.

Ces vers ont la précision et le relief d'une eau
forte ou d'une médaille, telle que cel'e que nous a
laissée de son profil notre ami Fonfreide. — Tel
nous l'avions vu partir maintes fois pour l'auberge
proche on lointaine, si bien décrite dans lo Bilhado
del Cossoire, tel nous l'avions vu revenir, le carnier
genflé de quelque perdreau ou de quelque lièvre roux,
et surtout, plus beile chasse encore, la mémoire remplie et chantante fie quelque trouvaille poétique. —
A mes yeux, il faisait lerfet, et l'idée en sera venue
à bien d'autres, d'un portrait vivant de Don Quichotte.
Je ne sais si, lui présent, quelqu'un l'a jamais COPLparé à ce modèle; j'aime à croire qu'i. ne s'en serait
aucunement offensé.
Comme le chevalier de la Manche, qui égrène, par
la bouche de son écuyer prosaïque et raisonneur, tant
de proverbes où se résume la philosophie castillane,
il a ciselé bien des axiomes et des maximes où se sout
concentrées la prudence et la méditation de l'Auvergne. --- Dans le livre immortel de Cervantès, Don
Quichotte est le serviteur jamais rebuté d'un idéa;
dont on peut parfois sourire, mais qu'or ne peut

�LO

COBRETO

s'empêcher de respecter et d'aimer; il se bat contre
des moulins à vent quelquefois ou contre des montons pacifiques, mais surtout contre des erreurs, de i
préjugés ou des sottises, pour la justice, la bonté et
la beauté Yermenou.ze aussi fut, ardemment, un
idéaliste dans un âge qui devient singulièrement pratique et terre à terre. Il a plaidé, combattu, sans se
lasser, pour son idéal de chrétien de patriote, de ttaditionnahste, de terrien et d'Auvergnat
Il est beau d'avoir un idéal élevé, au-dessus des
jouissances sensuelles et des profits matériels, beau
de le proposer aux jeunes intelligences qui s'ouvrent
aux spectacles complexes de la vie, comme faisait
naguère un jeune universitaire de nos amis; il est
mieux encore de le propager et de le défendre avec
tout son talent et toute son âme.
Il a donc chanté sa religion, sa croyance, son pays
et ses ancêtres, la bonne terre nourricière et ceux qui
la fécondent de leur labeur quotidien, les traditions
et les usages d'autrefois, les vieux costumes et les
divertissements des aier.x, tout en faisant chanter
leur langue, la langue maternelle un peu ternie, parfois aussi oubliée ou dédaignée, et, sur ce point, du
moins, prapnète parce que poète, il a pressenti et
proclamé le résultat de son effort:
lèu t'ai fretado; jous lo pousco è loi rontièlos
Toun couire to poutit, que se besio pas plus,
Tourne lusi, coumo lusis dins ton ciel blus,
O boucado de nuèt, l'or clar de los estièlos.

Ce fut un autodidacte, a-t-on dit, et son mérite
n'en est que plus grand, comme celui d'un autre auto didacte que je suis heureux de saluer: l'auteur de la
délicieuse idylle Jean et Louise, notre Antonin Dusserre: — oui, mais il y fallait le don inné et aussi la
ferveur et la foi, qui font les grands poètes.
J'ai souvent regretté qme, parmi nos artistes d'Auvergne, et il en est plusieurs ici, aucun n'ait essayé de
nous donner l'édition illustrée des œuvres de Vermenouze. J'aurais aimé, par exemple, à le voir interprété par le crayon ou le pinceau d'un Marty. potu
ne parler que des morts. Qu'il me soit permis, en
terminant, de formuler ce regret et ce souhait, et de
lever mon verre à la Langue d'Oc, à l'Auvergne artistique et littéraire, à toute l'Auvergne!

fc\
«*♦

*M*

chose à l'harmonie de ce jour consacré au souvenir
et à la reconnaissance, si une voix venant de delers
ne s'élevait pour saluer aussi le chantre de nos montagnes: la vieille cité n'en reste-t-el!e pas la suzeraine incontestée?
Laissez-moi donc me rappeler qu'elle fut l'inspiratrice d'une de ses pages les plus lyriques.
Permettez-moi aussi de ne pas oublier qu'il voulut
bien honorer tous les miens de l'attachement le plus
fidèle. Vous ne me contredirez pas, mou cher « clavaire », vous, l'am; fraternel à qui nous devons pour
une grande part le succès triompha: de cette apothéose, et veuillez être indulgent à mon humble
éloge...
Sans doute, ainsi que l'indique le titre du plus atlachant peut-être de ses ouvrages, c'est toute son Auvergne que Vermenouze a aimée d'un amour jaloux,
c'est la poésie de tout son terroir, si varié de forme.;
et d'attraits, qu'il a sentie et traduite avec un art sans
égal.
Depuis la glycine de la maison de Vielle et les
bruyères roses de la Châtaigneraie jusqu'à nos plateaux, nos vallées et nos volcans, il n'est pas un coin
du ciel auvergnat, pas un aspect de nos paysages dont
son œil exercé de chasseur et de peintre n'ait saisi la
nuance et ne l'ait fixé en traits définitifs...
Ceux qui l'ont bien connu ne disconviendront pourtant pas qu'il eut une prédilection marquée pour les
puys et les plombs.
Entre leur élancement vers l'azur et son irrésistible
aspiration vers l'idéal, il y avait une mystérieuse affinité. Il aimait à contempler la majesté de leur profil
et à s'inspirer de leur enseignement sublime ••
Ne nous l'a-t-il pas dit lui-même et en d'inoubliables termes •
Combien de fois, rêvant ou rimant, j'ai cru voir
Dans l'azur tes monts herbeux, couleur d'espoir,
M'encourager d'un tendre et paternel sourire ?

Parmi ces cimes vertes si profondément gravées
dans son cœur, celles de notre région et surtout l'incomparable Puy Mary, tenaient une place privilégiée,
La vision de sa silhouette grandiose, celle aussi du
prestigieux panorama de Larouze, devaient sûrement
l'inspirer, quand, dans son appel aux félïbrés provençaux, il écrivit cette strophe, dont la langue maternelle intensifie le sens et rehausse le prix:

£1
♦«*

Toast de M. Gaston de la FARGE

A VERMENOUZE
Il y a quelque témierité à vouloir ajouter un mot,
alors que nous sommes sous le charme de discours
dictés par la ferveur de l'admiration et de l'affection
plus encore que par la connaissance profonde de
l'œuvre comme du caractère de Vermenouze...
Il me semble cependant qu'il manquerait quelque

In, Proubeuço, as lou grand
As to mar blugo è douço é
'l'a mar que toutchianr conto
L'Oubérgna o so mountonho,

soulel; nautres, lo nèu;
pleno de '■orèsso,
c qm toutchiour te brèsso;
è quo's pus près del eièu !

En ce glorieux matin d'Assomption et de Sùrsvni
corda, je ne saurais mieux faire que de vous laisser
sous l'impression de cette envolée, dans laquelle le
grand poète que nous exaltons aujourd'hui d'un enthousiasme unanime nous a livré le secret de son âme
chrétienne...
Gardons pieusement sa mémoire, et, devant le
trouble et l'inquiétude qui assombrissent l'horizon
français, puisse le souvenir du patriotisme el de la
foi de Vermenouze luire à nos yeux comme l'étoile
de l'espérance et du salut'

�LO

25

COBRETO

Brinde de M. BÉNÉZET-VIDAL

Brinde de M. BRANCHAT de LÉOBAZEL

Modamos, Moussurs,
Brabe mounde d'Oui lhati
Me souvéne que. quand ère pitchonel, mountabe
cadé joun uno grando ccrrièro de Clarmount, è moncave iomaï de m'arrestar davans l'oustal d'un libra'ïré.
Badave oti ries grands mouments davans un moq'oun
de libres, mas lou que me tirabo ma', l'ulelh èro nu
gres voUlume à couberturo blonco amb de letres
roujos ounte se legissio- Flour de Brousso.
Ah! vous dire sa que me fasiòu oouetohes tres
mots: « l·lout de Brousso » es pas poussiible! Me
brouzinavoun jous 1a cruco. me parlavoun au cor, è
poudio jamaï me decidar à virar moun regard vès
un autré libre, quouro meis uelhs èron plantas subre
oqueste d'oti.
Flour de Brousso! Maugret la diferenci del lengage de Nauto è de Basso-Oubernho. sentio en moun
amo d'efont, qu'aquest grond è bel libre èro escrit
dins la mienno lengo, dins aquelo lengo que soulo
marco que lous Oubernhats soun dels Oubernhats,
qu'es la lengo del brès, e, pèr mielh dire, un pauc del
lat qu'avem téta!
Ah! certo, pensabio pas, olèro, que sario un jour
felibré e que vendrio parlar eiei, pèr l'inculguraciou
del mounument de l'autour. Béleù qu'èro l'estiello
que me rnenabo, discrète, invesiblo mes seguro, pèr
la me davans oquel etsemplari de Fleur de Brousso.
Otabe soui maï qu urous de me trouVar eiei, dins
Ja bouno bille d'Ourlhat. per ajustar .moun outnagi
au vostre e per veus afourtir qu'es touto l'Oubern.io.
la Basso coumo lo Nauto, qu'es justement fièro de
soun pouèto A'ermenoiuze.
Soun panégiric, lou forai pas ; ame garré de tornar
dire sòqu'es estat dit, e d'autrés, avans ièu, aqueslc
matin, an dit sòque íuguét lou mèstre d'Ytrat: un
orne d'èime e de sens, e un fier pouèto subre tout.
Salude donne sa memòri au noum de l'Escolo fie
Limanho e la salude pèr sa filho espirituèlo, la mentenènço d'Oubernho, que soun obro a madurat. Diji
touto l'amiracioun qu'avem pèr soun prefa. pèr sous
libres oubernhats subre-tout: Flour de Brousso e
Jous lo Cluchado. que soun tout lou Cantair moundé,
lengo, puechs, plounbs, Castagneirad J. la Cèro, la
Tourdano, tout lou haut pois!
E la benezisse, sa ,memòria. car es l'etzemole d'un
Vermenouze que fa neisse leis boums felibres; e leis
bouns felibres countunions soun obro, qu'es de sauva:'
la lengo nostro e de mielh faire aimar lou nostre pois !
Glorio dounc, glorio à jomai à Vermenouze!

!
!
i
;

M. Branchât de Léobazei, le bon félibre limousin,
est un merveilleux entraîneur d'hommes peur la
grande croisade félibréenne. Sa vo'ix puissante remue
les foules. H dit la grande leçon qui se dégage de
cette glorification d'Arsène ATermenouze. Il salue.ses
frères et voisins les Arvernes, Il lève sa coupe au
Félibrige, qui doit de plus en plus s'orienter vers
l'action populaire et publique, vers la conquête des
libertés régionales et communales.

Poésie de M. François FABIÉ

Salut

à

Vermenouze

Arsène Vermenouz, ô barde du Cantal !
J'apprends que ton pays natal,
Aurillac, aujourd'hui t'exalte,
Dressant ton fier profil de gloire et de métal
Sur quelque dur !)loc de basalte;
Et j'applaudis de loin — ne le pouvant de près —
A l'apothéose tardive;
Elle est lente, mais elle arrive
Pour les poètes sains, les sincères, les vrais.
Qui burent à la source vive...
Du fond du Ségala — mon Auvergne — où je viens
Redemander un peu de sève
A nos hêtres virgiliens,
Et le dernier couplet d'une chanson trop brève
Que mon cœur seul, hélas ! achèi e.
Je t'envoie, avec mon salut fervent et doux.
O voisin de sol et de race,
— Et peut-être, un jour, de Parnasse. —
Quelques brins de genêt, de bruyère et de hou c,
Les seuls lauriers croissant che^ nous.
Durenque. 15 août 24.

® @ ®
Poésie de M. Fernand VERNHES

Au

poète de l'Auvergne, Arsène Vermenouze

Sapins, torrents, décor et fracas des abîmes,
Sonnailles et ruisseaux aux rythmes argentins
Vallons verts au pied des pays bleus, volcans éteints
Dont un reflet le soir llam.rte aux neiges des cimes :

�LO

26

La grâce et I'àpreté de ces sites sublimes,
Les brises qui chantaient Mir nos jeunes matins,
Aspects, senteurs, profils et voix de hourgs lointains*,
Tout un pays surgit au geste de tes rimes !
Je revois, hérissé de chaume, ceint d azur.
Le buron, sauvage' et biblique : dans l'air pur
Sur un dolent hegret flotte l'âme d'un pâtre...
Et tu sonnes, chasseur, les sonnets En plein Vent,
Où fleure la bruyère. Et, les cils clos rêvant.
Je respire toute l'Auvergne au coin de Pâtre ?

® &amp; ©

Lettres d'excuses
Le Comité a reçu de nombreuses lettres d'excuses
de personnalités littéraires qitji, à leur grand regret,
n'ont pu se rendre à Aunliac. Nous donnons ci-dessous celles de MM: Jean Riche-pin, de l'Académie
Française, et Marins Jouveau, capoulier du Félibrge.
ACADÉMIE

FRANÇAISE

Premier Août 1924.
Cher Monsieur,
Je suis désolé de ne pouvoir accepter votre si aimable
invitation, et rendre une l'ois de plus hommage au bon
et admirable Vermenouze, Mais je pars demain pour m.»
reposer à la mer, et après une année qui a été surchargée
de besognes. Or. malgré toute ma vaillance, je suis au
milieu de ma soixante-quinzième année; voilà mon excuse ! J'espère que le Comité, mes amis île là-bas, ce
vous-même, cher monsieur, vous voudrez bien, tous, me
pardonner, et croire que je serai quand même de tout
coeur avec vous le jour ou l'on célébrera sa fête, à lui,
le brave poète,
En vive affection pour tous,

COBRETO
L'ai vist qu'uno fes dins ma vido, vostc grand pouèto,
mai ai toujour garda lou remembre de sa fàci ameigrido
e longo que dous iue f'ouns^aluminavon, de sa voues penetrauto e de sa poutèuto clouquènei. Verme nouze disent
de vers me faguè pensa i castagnié que canton dins lou
vènt, car, coumo l'aubre de vòsti mountagno, sa pouë"io
tour à tour rouncavo e s'amansisisié, risié e plouravo souto
l'ispiracioun. Lissant de dous fernimen dir.s l'aire longtèms après agué fa chut. Es que Vermenouze metié soun
amo dins si cant, e que l'amo rèsto quouro li paraulo an
fini de clanti. F. 1 amo èro bello, d'aquéu felibre majourau qu'entre dous eamin chausissié toujour lou mens
fréquenta, pèr ço qu'èro famihié de l'esfors e enemi de la
vulgarita Soufrissie de la modo abastardi li vilage
d'Auvergno, e, de pou que touto sa raço s'anèsse jairj
dins uno d'aquéli demoro américain» ounte lou mounde
s'atroupèlo dins lou bas anounimat e lou crapulous esclavage, entreprenguè d'auboura li rouino dòu castèu ancestrau. Autambèn, aurié pouscu dire éu-meme, ço que fai
dire à Frederi Mistral dins soun magnifique pouènvi
La Gmndo Obro :
Vautres que regielas touljourn l'antique ons'au,
Vautres que ses nascuts cund la vido amaduro,
O fraires meus per l'amo e per la parladuro,
Vous oi tournât bastir lou caslel famihau !
Ah ! couine auriéu voulountié afourti la dóutrino felibrenco talo que Vermenouze la coumprenié éu-meme, lou
jour que se glourificara Vermenouze ! Mo sèmblo qu'em"
un eisèmple parié, me sarié esta facile de faire coumprendre au pople que, s'amavian pas mai que tout la
Terro que nous a vist naisse e que nous a abari, nous
sarié pas poussible d'ama, de la Palrio, tout ço que nous
es iiuen e incouneigu... E ma peno es grando, e mi regret
soun cousènt !
Escnsas-me, vous n'en pregue, e fasès-me escusa di
felibre, Vous jure que siéu e sarai sempre emé vous
de cor.
M. JOUVEAU.

JÊA.Y RICI1EIIN.

®

®

@

Flourènço, lou 9 d'Avoust 1P24.
Moussu e car Felibre,
Pèr lou proumié cop despièl dous an, lou capoulié mancarà à sa paraulo, e soun devé de paire n'es la souleto
encauso. Poudrai pa,.; éstre à-n-Auriha. lou 15 d'Avoust.
pèr ço que ço poudrai pas, à-n-oquelo dato, èstre de retour
de Flourènço ounte m'a faugu veni vèire moun drôle
amalauti. Un cop de soulèu quaurié peuseu agité de gravi
counsequènei, aviè ablasiga moun jouine enfant. Li
causo van miés que ço qu'avieu cregnegu (à distinça, l'on
s'esfraio toujour mai), e la garisoun es quasi coumplèto
vuei; mai pode pas partí encaro.
Siéu tout countrista d'aco. Me sarié esta itno tant counfourtamto satisfacioun de l'aire la couneissènço di felibre
cantalés c, subre-tout, de dire ma vivo ainiracioun per
Vermenouze davans lou mounumen que i'avès auboura.

Elle se déroula dans la partie supérieure de notre
incomparable Stade, d'où la vue s'étend sur utn si
vaste et si bel horizon.
Le terre-plain qui couronne cette partie de notre
parc des sports avait été transformé en une magnifique scène de verdure. Des sièges y avaient elle
réservés aux invités. Le programme se déroula aux
applaudissements unanimes d'une foule nombreuse
et sympathique (plus de A.OOO oersonnes).
C'est Mlle Anne-Marie Dommergucs, fille du dévoué secrétaire de VEscolo Oubernhato, qui fut proclamée Reine du Félibnge auvergnat par le majorai
Uouis Delhostal, lauréat de l'Axadémie des Jeux
floraux.

�LO

GOBRETO

A droite et à gauche de la scène avaient pris plac?
les jeunes Auvergnates costumées^ dont les groupes
formaient les lableaitx les plus pittoresques et les plus
agréables qui se puissent voir.
•Et. si quelqu'un avait jeté un regard indiscret derrière le rideau de verdure qui formait le fond du
théâtre, il y aurait aperçu deux charmantes Aurillucoises, toujours prêtes à se dévouer discrètement.
Mlles Elise et Fanny I.abertrandie. qui. après avon
équipé et paré le gracieux escadron des Marianne?
d'Auvergne, essayaient de se faire modestement oublier et savouraient dans l'ombre le plaisir si délicat
pour leurs âmes d'artistes et de patriotes, d'entendre
et d'applaudir de bonnes chansons et de beaux vers.
Voici le programme de cette partie de la fête :

1

1.
2.
3.
4.
5.
6.
7.
8.
9.
10.

Lou copiscol E. Marcenac : Cov.mpliment o lo Rèino.
Ers de cubreto è bourreio de quatre.
M. Garnier : Porlicodoto.
Choralo &lt;■ lo Besenyue » : Cobreto è. Cobretaires,
eonsou de Pagès è Debrons.
M. Jean Lbermet : Pichouno Porlicadô sur Vernienoi.zo.
Lou felibre .1. Caidou dins so consoù : lo Mio Bourreio.
Lou poi.èto E. Marcenac dius so pouesio: Vermenouzo.
Mllo Viards : Lou Xéne, eonsou de l'obat Four.
M Guibert ■ le: Duos Menelcs, de Vermenouzo.
Lou ponèto Raymond Goitat dins vos obros.

Cinq minulos de pauso per penre olet.

11. Pel Compistre (causas d'Oubèruho en btrs è musico
de Louis Debrons, orchestration de P. Redon)
M:1o Viards : lo Pastro.
AL Cabriai : lou Cobretaiie.
M. Delzangles . iou Pastre.
M. Noguera : lou Fií del Couarrou.

Cinq roinutos de pauso per penre olet.

1í

12. Lou pouèlo Viclcazat dins sos obros.
13. Ers de mtreto c bourreio de sièi.
14. lou felibie Henri Domniergues diras uno de sos f'or
ponde ja los.
15. M. Delzangles : Mit Tafatarèlo, eoi.sou d'Auzhs Jou
veau.
16. Lou felibre Obat J.-S. Mathieu dins tos obros.
17. Lou felibrc-musicaire Louis Debrons om soun hièuloun è sos cousons, ocoumponhat ol piano fer
P. Redon.
18. M. Jo&gt;ei&gt;h Volpilhac : Poésie de Vermenouze.
19. Mllos ChniiaDier è Mas : Regret o l.isou, de Mgr P.
Gér-md.
20. Lou pnuètn lia» moud Mil dins sos .bros.
21. Choralo
lo Bétengne » : lo Casso h&gt;nlonti, poraulos
de Vermenouzo. musico de P. Redon.

27

(A (Vermenouze

Nous nous sommes unis, ô maître Vermenouze,
Pour te rendre un hommage unique et solennel,
Perpétuer toi: nom. dont l'Auvergne est jalouse
En te faisant revivre eu le bronze éternel.
Comme au temps où coureur de lande et de bruyère,
Où tu te détachai;- dans un cadre d'azur,
Ton œil d'aigle, aujourd'hui, de ton socle de pierre,
Embrasse l'horizon où descend un ciel pur.
Que tu les aies rimés sous le hêtre ou le vergue,
Par la sente où le merle en sifflant prend son vol,
Pour nous, chantre incomparable de Mon Auverqne,
Tes vers restent gonflés des sèves de ce sol.
Tel l'artiste laissant la *. 3»3té de son rêve
Qui s'anime et prend cw£)s dans un bloc virginal
En le léguant au temps qui jamais ne s'achève,
De même tu gravas tes vers dans le métal.
Combien tu laisses loin las vains rimeurs livresques,
Les rimeurs nébuleux par le goût condamnés,
Quand ton œuvre a l'ampleur de ces immenses fresques
Où survivent des traits fortement dessinés.
Pourtant quelle douceur enveloppe ton verbe
Quand tu célèbres Vielle où tu voulus moi rir
Dans le geste des tiens, dans le geste superbe,
Millénaire et sacré, qui nous aide à souffrir.
Car ce coin fut pour toi le parais terrestre
Que tu voulus pareil pour ton éternité,
Avec ses eaux, ses fleurs, ses bois, sa route agreste,
Pour vivre avec les tiens dans la sainte clarté.
Tu voulus pour tes os un lit dans cet'e terre
Qui t'avait tout donné pu la grâce du ciel,
Où, semblable à l'abeille, errant et solitaire
£/1 plein veut, par ses prés tu récoltas ton miel.
La
Et
Fit
Où

foi de tes aïeux, dont tu suivis les traces
dont ta mâle voix exalta les vertus.
plus large ton rêve à travers les espaces
ton âme voyait le séjour des élus.

Tout ce qui reste grand de l'âme d'une race
A pns-sé dans tes vers dans un souffle inspiré :
Le farouche grognard, le défricheur tenace,
Forment à ton appel un cortège sacré.
A ceux dont tu conuus toute la nostalgie,
Dévalant à regret de;- hauts monts du Cantal
Pour l'Espagne ou Paris dont ils sont l'énergie
Tu leur rappelleras le vieux chaume natal;
Des arides sierras par le soleil brûlées,
Tu leur diras nos bois que tu n'oublias pas;
Des plus sombres faubourgs des villes .urpeuplces.
Ils reprendront la sente1 où s'égara ton pas.
Tu chevauchas Pégase ainsi qu'un preux austère
Qui ne transige point avec son idéal;
Pour défendre le tien, noble et franr caractère.
Tu tiens ton arme haute, en rude et fier féal.

�LO

28

Voilà pourquoi chacun aujourd'hui te vénère,
Poète de la Foi, chantre du sol natal.
Des grands aïeux rentrés dans le sein de leur terre
Dont tu ressuscitas le parler ancestral !
ETIENNE MARCENAC.
Auriliac, 15 Août 1921.

® $ $
'Ballade en l'honneur de Vermenouze
que le Poète adresse à la Heine d'Auvergne

A Mademoiselle Anne-Marie Dommergues,
Reine en cette ballade,
très courtoisement.

R. C.
Reine, i' manquait à votre royauté
Le don fleuri qu'apporte le poète,
Car il est roi dans la galante fête
Et ric-n ne vaut que lorsqu'il l'a \anté;
Pour dispenser sur un iront la couronne,
Un prince est moins, certes, qu'un troubadour :
Lui la reçoit, le poète la donne.
Un soi l'a dit à Ronsard, en sa cour...
Ainsi, régnez de Clermom à Toulouse,
Reine des monts où chanta Vermeniouze.
Voici partout le Royaume enchanté
Qui laisse au cœur une langueur secrète :
Sommets drapés des pentes à la crête
Dans la splendeur que leur tisse l'Eté:
Et, fleurant bon l'armoise et l'anémone.
Le vent follet qui par l'herbage court.
Et la montagne hautaine comme un trône,
Et les plateaux éployés à l'en/tour
Jusqu'à vos pieds déroulant leur pelouse,
Reine des monts où chanta Vermeiouze.
Les troubadours de jadis ont conté
Propos plaisants à leur Dame coquette;
Mais c'est vers toi que monta sa requête,
O « Mon Auvergne » à la rude beauté !
Comme il les dit, tes bois fauves d'Automne
Sur qui tournoie un vol altier d'autour,
Tes jMlys bleuis, ta landa monotone,
Tout ce qu'on quitte et qu'on trouve au retour,
Tout ce qui tient en noue âme jalouse,
Reine des monts qu'a chantés Vermenouze !
— ENVOI —
Reine d'Auvergne, ici
Il n'est pour moi, de
Qu'un seul pays que
Ce sont les monts ou

Reine d'Amoui,
la Loire à l'Adour.
mi tendresse épouse :
chanta Vermerouze !
RAYMOXD

Lovpiar,

AQIÌ'

1924.

CORTAT.

COBRETO

Porlicadô

de

M.

GARNIER

Grociouso Rèino,
Pouüdos doutneisè.los,
Deissat un des pus bièls felibres bous faire un boucinèl de porlicodoto coume res.
Sès superbos, bestidos c lo mouodo d'Ouibèrnho,
è me fo gau de bous beire oti conmio un portèrro de
flours, fres è porfumat.
Bous dise o toutos un fora.be grondniorces per lo
bouno idèio qu'obès ougudo de sourti de los ormaris,
per bous fa cranos couimp deis rompans, loi raufoo-o boborèl, los couííos, loi guimpos è los codenos d'or
de bouostros beletos.
Que serio fier, nostre grond Bermerouzo, s'èro otî,
de bous beire tout brofoounèlos !
Ol naiirn 'de Y Escolo Oubernhato è de toutes les
beritaples Ouberrahats, bous fait toutes les coumpüments que bons sou to plo deguts.
Mesdames, Messieurs,
Pour les vétérans de la langue auvergnate, dont
je suis, la vraie langue maternelle est celle que l'on
qualifie bien à tort de « patois ».
Le français est pour nous une langue apprise; c'esr
pour cette raison que nous aimons toujours mieux
nous exprimer dans le voepble de nos premiers an:-'.
Il nous semble qu'il tradilit mieux que- tout autre no5
sentiments et nos pensées les plus intimes. Aussi
tenons-nous à conserver jalousement ce trésor que
nous ont légué nos ancêtres
Mais parler et écrire un dialecte cela fait deux
choses bien .distinctes ; et, pour nous, qui ne som,raes
pas allés à lecole méridionale, nous aimons à le voir
écrit simplement, à peu près comme il se parle.
Nous laissons aux jeunes la faculté d'employer une
graphie savante et que nous trouvons compliquée.
J'ai eu l'honneur d'être le camarade et l'ami fie
Vermenouze, et je puis vous assurer qu'il a longtemps
hésité pour adopter la graphie dans laquelle est écrite
Joas lo Clouchado. Je me souviens de quelques paroles qu'il prononça dans la dernière conversation
que nous avons eue ensemble au retour d'une partie
de chasse •
— « Ami Garnier, me dit-il, je me demande si mes
contemporains auvergnats voudront de bon cœur accepter cette transformation. C'est là un de mes grands
soucis. »
' Mesdames et Messieurs, j'ai tenu à rapporte!- ici
ces paroles du Maître, au moment où la question de
graphie crée un certain malaise dans plusieurs écoles
félihréennes.

�LO

COBREIX)

HOMMRQE f] Lfi REIME

29

Poésie

d.e

HVH.

Eaymoud

JVEIIJ

par M. Etienne MARCENAC
CapisciA fie l'Escolo Onbernhalo.

A

VERMENOUZE

O Reir.e île la grâce et de ]a poésie
Qui trône-; au milieu de votre jeune cour
Comme dans un bouquet une rose choisie
Semble par son éclat s'imposer à son tour,

Vermenouze jf ^rois que votre âme a quitte,
Pour revivre u.j moment dans le bronze impassible,
Ce séjour bienheureux de votre éternité
Où « nul rive d'amour ne doit être impossible ».

Notre Auvergne a voulu que par votre couronne,
Dont les loyaux sont faits de rayons de soleil,
Vous rehaussiez ce jour, ainsi qu'une patronne
Qui laisse dans l'azur un sillage vermeil.

Voyez : ceux de la ville et ceux du bourg lointain,
Vos amis, ceux qui vous aimaient sans vous connaître
Tous sont venus vous rendre hommage .-e matin.
Car vous êtes pour tous un guide, un chef, un maître I

Au maître regretté que nous tétons
Vous apporte? la gerbe de votre gai
Le plus Lli bouquet où la goutte
Aux souffles parfumés des matins

Pour moi, qui viens de chez les arbres, je voudrais
Vous porter ces fraîcheurs de mousse et de fougères,
Ces clartés de ruisseaux, ces plaintes de forêts,
Ces odeurs de sous-bois qui vous étaient si chères;

ensemble
printemps,
d'eau tremble
éclatants.

Si par-delà la tombe il nous reste le rêve,
Que nous ne soyons sourds à tout appel pieux,
Vermenouze, éveilié par sa gloire qui lève,
Doit tressaillir à votre hommage gracieux;

Parce que j'ai posé mes lèvres, à mon tour,
Sur les vieux troncs ridés des chênes et des hêtres,
Des fauves Estourocs au vallon de Spontour,
Je voudrais vous porter leur grand saint d ancêtres;

Sourire également, lui qui dams sa vieillesse
Vit son f &gt;yer éteint et surtout sans espoir,
N'ayant, quand notre cœur se remplit oe tristesse,
Que le chant d'un grillon pour le bercer le soir.

Parce que j'ai pu voir flamboyer dans l'été
Des brasiers de bruyère et des joyaux d'écume,
Je voudrais que mon verbe en soit tout pailleté
Ht que toute splendeur en mon los se résume;

Oh ! chère Majesté, le temps n'est plus sans doute
Des antique-; tournoi*, des cours d'amour d an tan
Où tant de troubadours, toujours prêts à la joute,
Pour leurs dames de cœur ont rimé tant et tant.

Dans le fracas de l'eau du « gourd &gt; et du torrent
On distingue parfois comme une voix humaine :
Pour rendre mon hommage ému plus pénétrant,
Je voudrais accorder à cette voix la mienne;

Bien qu'on ne porte plus ni cuissard ni heaume,
Reine, r usinez vous, vous le serez toujours.
Nul ne peut vous priver de votre beau royaume
Où règne la Beauté dans ses plus frais atours.
Votre couronne peut passer sur d'autres têtes:
Jusqu'au dernier mortel sur ce globe agité,
Comme vers le soleil montent les alouettes,
Il sera fasciné par la pure Beauté.
Aussi, comme jadis, ies poètes d'Auvergne
Tressent, reconnaissants, leur couronne de Heurs
Qui, des pics aux ravins où se penche ie vergne.
Pour les yeux d'une Reine unissent leurs couleurs.
De plus, ie suis certain, que, de roses coiffées,
Sur nos monts, jusqu'à l'heure où sourit le Matin,
Associant leur joie à la nôtre, les fées
Ont attendu Jean Pel pour leur bal clandestin.
.Merci donc. Majesté, pour votre tendre hommage
Où la cigale unit aujourd'hui sa voix d'or
A la voix du grillon qui, dans son ermitage
A bercé Vermenouze à l'heure où tout s'endort.
ETIENNE MARCENAC.
Vzols, e 30 Juillet 1924.

Je voudrais accorder, pour vous glorifier.
Les sonnailles des bœufs, les cloches des églises,
La trompe du chasseur, la « Grande » du bouvier,
Le frisson du bouleau caressé par les brises;
Ruches au manteau d'or festonnant l'air serein,
Genévriers pointant votre capuche noire,
Animez-vous ! venez comme des pèlerins;
Toi, Lande, viens draper de ta pourpre :a gloire !
Grands châtaigniers qui lui faisiez un tendre accueil,
Arrachez-vous au sol : votre ombre tutéjaire
Loin des reflets de gloire ou des rayons d'orgueil,
A son humilité sublime savait plaire.
Beaux sarrazins fleuris, que vos parfums de miel
S'élèvent lentement de vos blancheurs d'écume !
Plomb, Griou, Puy Mary, déployez en plein ciel
Sur vos tentes d'azur vos étendards de brume !
Mais, mieux qne les : enlcurs éparscs sn plein Vent,
Que les couleurs, les voix qui lui fureni si chères,
Quelque chose enchanta surtout son cœur fervent :
l^e murmure discret dune oraison sincère;
Maître, n'est pour cela que, ce soir, en partant,
Après avoir porté l'humble tribut des strophes.
J'implorerai pour vous la Vierge de Nieudan
Ou Notre-Dame-du-Château de Saint-Christophe,
Et nous demanderons, apiès avoir quitté
La foule couronnant votre bronze impassible.
Qu'au séjour bienheureux de votre énevmté
Aucun « rêve d'amour ne vous soit impossible • !

�LO

3o

Porpoodejaûo de M. Henri DOMMERGUES
M'orribo pas soutient de me recola lard lou ser.
Oquos pas s-'). Çoquelai ticotion otau m'orribc"
oqneso primo. Quond bous dise qtt'èro tard, quo's
pas tout o fèt bertat ; èro ol countrari plo moti, pertan
que los tres ottros beni.ùu de pica ol clotsqiaè des
CourlelièS; coumo possabe dobont oquel hort que lou
mounde d'Ourlhat opelou lou « Square ».
Touto lo bilo durmio Lou tems èro siau è fos'o
luno bairo. trossi tout es trenquille, ço me disio ièu ;
jougorio plo ticouon que tu es 'ou soul cristio qu%
d'oquesto ouro, te peimenes per los corrièiros. ■
Mes n'obio pas dit oquo que bous bau entendre dins
lou square cjuau qu'un que trepio lou saple è quitoment ouziguère de lei bouès qu'obi DU J'èr d'èstre
masso erirufados. Pensai se tout oquo me foguèt
durbi les uèls è los òurilhos M'oturère de lo grilho
de fèr.
Ço que beguère oti è ço qu'òuziguère notin, ai pur,
que zo bougossias pas creire. Sohès proquo que dise
pas de messourgos mat que non eau; ornai- s'oqiLim'orribo, oquo's pas sotmquo quond lei berlats nie
monquott, è niai siasque un boucinèl perpond, me mon
quou pas mai que de rosou.
E be, dins toutes les cominòus del Square, li obio
del mounde qu'onabou, beuiòu, botolhabou'. Couop
set ccuneguère oti toutes les perse m.ages ciue Eermenouzo o metut dins sents libres.
Per ecumença:
Un foutrau li'orae omme duois berrugos sui nas,
Que lo pus bèlo o"bio lo groussòur d'u no òuglono.
Lo barbo li pendio coumo un monèl de lonc,
E les picus li beniòu puis bas que lou coupet.

Oquel tros d'ottmenas obio sus lo tufo rn largi
copèl è tenio joui brat esquerre uno cobreto deguiflado. 01 ras de guel li obio duos mené tos : uno
de masso bièlho,
Uno rude meneto
E l'autro obio les pès coumo uno rito.

GOBRETO

•
Lou nas corgat d'un bèl bussòu,
Pus negre que cat d'ornussòu,
Lo maisso sons queissaus è sons bourro lo cruco,
L'èr guèine è lou cap bas d'un bièl oret que truco,
Guel bomat, rofissat, rimat coumo un gròutou,
Fosio pas cat de bouci tou portit, Peiretou.
Guel bomat, guelo guèrlio,
Semblahou dons toupis estocal per lo bèrlio.

Oqueches dons èrou plo couneissaples. Oqu'èro les
dous nobis del Mcridage moncat. Lempièi que 1c
bèlo-maire obio dounat lou bolojou o Peiretou, coupaple d'ober pret uno becasso per un gusard è un
sòumou per un cabot, oquo s'èro tournât petossa.
Sobès be. l'age li fo pas res. è lou proubèrbe dis be
que « li o pas bièl ni bièlho que notin bièlho ».
Qu'es oquel peisontas desobèuhe ora une caro de
mounino ?
Li besio'n hourril de pièu
Que li rojiabo d'unp òurilho.
Obio l'uèl guèine d'un oret,
Lo bouès bromairo d'un bourret,
E de soi bragos, esquissadois
Per lei roumes de lei bessados,
Un salle bouci de ponèl
Sourtio coumo uno quio d'ognèl.

Pordi, ço me foguère, oquo's Póntucl lou Cotct,
lou couorrissou d'en Bernino que bou fa poga doumage os cossaires que trepissou sous broussiès. Qt.onho orro bèstio !
Tè, 'ti obons lou Boi rmt! Ornai bous ofourtisse
qu'es plo noummat :
Gat de lout, cat de soubocbino,
N'o pas de bourro sus l'eequino
Maito que guel per l'estoumat.
So grondo barbo esporfolbado,
Que les ous obiòu picolhado
De gris è de blouc quauque pau,
N'ai pas plussoi bistos otau.

Bous soubenès qtt'obio òugudo lo beirolo negro
è que l'obiòu correjat o l'ouspitau. Mès guel loa
fugiguèt l'ouspitau, orna, lou qui te medici è se gonguèt tout soul. Me semblo l'ou-'i enquèro dire o moussu Poutingo:

Loi menetos pcuíhabou lou cobretaire
— Sai pas cossi n'òugortas pas bregoungio, Juon
Pèl, de nous faire donsa toutos duos sui pouont
ri'ol Bert. S'en porlèt per vont Jou pois è s'ei? parlo
enquèro. De lei menetos donsa, quo «'èro pas jonuj
bit, è lou boun Dièu zo nous perdounoro pas, dei'cistont. Bièl guzordas!
E, totit en se demorlha, Juon Pèl è lei duos menetos onèrou pus long.
Mès qu'es oquel couple to pau ogrodiou ? Besèt me
oquecbes dons tenrotts d'o. Ctièíhc. noscuts om lo
bourro bièlho, que se donou lou brat:

Mès oti obons enquèro Gralo-cat, lou tunaire, lou
potidas :

Lo doumeisèlo ombe soun èr d'estrofouissou,
K ticouon de pouiniut, d'ispre coumo un mouissou,
Om un floquet de pièus rutes ol borbeissou,
Lou couol rougi è gròulut coumo oquel d'iíno pioto.

Grato-cat
Om sous esclops pounchuts è soun saile tròuquat,
E sonn copèl de lo roundour d'uno gresalo,
Que, per dobont è per dorguiès, botio de l'alo
Coumo un òussèl blossai.

Oquoi lou boun èr qu'o gorit
Moun pauie eouorp meitat pouirit.
L'oumbro deis aures omistouso
Es milhouro è pus sonitouso
Que lo colour d'oquel .ièt fi.

�E tonès, oquel .f oti. quo's Polharqo. lou fi pescaire,
lou cossaire opossiounat. Se se te font bol found del
Square, oquo's qu'o pòu de beire spurtl de lo gindormorio quaunue courdelat. Pesés be rcja per un trau
de soun òubre-sat cspühonsat los òurilhos d'un lebra ;
que be de tua o l'espèro !
Ogaro espiat-me oquecfaes dons crânes segaires
om lo daiho sul coupet. Soulide qu'ocuo's Bertroivl
d'à Lo Copèlo c- Piorrouncl d'Yirat.

|

Bertrond, magre niés fouort, dur è set coumo un osse
L'autre, gros è carrât, èro pus pichiounèl.
I

M'opeme otau : « S'oqueches dous mascles sou
benguts eici per sega lou prodèl del Square, òuròu
lèu ocobat. pertau que n'es pas to bèl coumo lo prado
d'Espinossôu, de cound se pochelabou totites douj.
Ah ! ah ! 'ti obès ogaro un pelòudas de gronodiè oni
lou bou.net bcurrut: oquo's Monho d'Outihat,
Plet de nbafros, lou mis birat d'onount-d/'obal
Per quauque fer de lonço ou lo lamo d'un sabre,
Les modeissous eorrats coumo oqueches d'un fabre,
L'orne èro pas g-ocious ni gionte mai qu'otau.

Oti n'o un que l'o pas ponadc, lo crout d'ounour
qtresturlusis sus soun peitrnu è qu'un ser de grondo
botuèsto l'Omperur. Napoléon lou Oond ëstoquèt
de so me sus soun eut".
Mès. digat-rne, qu'es brobounèlo, oqtielo j'oube
peisonto que passo oti : •
So caro jiento è poulido
Es d'un tin pus blonc que lou lat,
Es fresco coumo un ginonflat :
Quau l'o bisto, jiomai l'ònplido.
Soun uèl o lo coulour del cièu;
So bouco, quo's uno cirièijic

Quo's lo Lisounclo d'en Fuèt-Naut. ocoumponhado
de so maire, io Ouiralho, è de soun ipretendut, Bo
tistou. Quonhe brabe mounde n'es pas oquo!
Dorriès gueches, touto soulo. marcho lo Cotèto de
l'Estong. lo Morioto. lo tout bouno Toia, oquelo qu'es
demourado filho per l'omouort de toutes squs nebouts
qu'aimo tout; guelo que foguèt ion socrifice de souvi
omour è de soun golont, Cotèt, que l'n.imaho tont, per
eleba sous uèt nebouts. Escoutat-lo:

*

Lou Cotèt, cèrto, m'ogrodabo;
Oqu'èro un gorçou .jionte è bel.
Plo quilhat, so coumo un elobèl,
E que dempièi longfems m'eimabo :
Oquo se besio dira sous uèls.
Ah ! quonhe dur moument possère,
Efonts !... ièu l'aimabe otobe;
Mès tout d'un couop me soubenguère
De bouostro maire en dòu, sousquère
E pou guère pas dire ope.
Cossi ! l'obondouna souleto,
Soun paure une o peno entomat,
D i guère, om uèt efonts sul brat.
Deis efonts enquèro o l'onneto,
Noun, me forio pus lèu meneto !

Cotèt depousèt, l'uèl en plour,
Sus nio gauto jioube è flourido.
Lou poutou que jiomai s'òuplido !...
Oquoi lou soul poutou d'omour
Qu'atchio reçougut de mo biuo.

Oprès lo Tota, li obio enquèro un flot de mounde,
toutes taloment to plo ptntrats per Eermenouzo que
les counéguère toutes sons sousca : è Gindaulho; e
Popiolo, è Milou lou medect om lou lobrit de Gomot,
è que sabé ièu !
Mès, quonho setspreso! Couchère toumba| Lou
buste de Bermenouzo èro pas plus sus so peiro. O so
plaço dirias pas de que beguère? Noun, mè zo creires
pas. Bermenouzo guel mémo, un Bermenouzo de car
è d'osses, un Bermenouzo coumo l'obic counegut, v.n
Bermenouzo que se boulegalbo è que porlabo.
O so boucs, tqutes les personnages qu'obio bit
possa tout arc s'otroupelèrou ol tour de gu.el. E ni
obio, bous ossegure, un brabe moudiòt;.
Lou Mèstre lour porlèt otau :
... « Efonts dc moun poïs, efonts de moun Oubèrnlio tout aimado, lou Boun Dièu m'o pennetut
oquesto nuèt de tourna sus lo tèrro è de bous otroupela toutes eici ol tour de ièu. Bese omme plose que
n'en monquo pas un, d'oqucches botins Otibernhafcs
que me corrabe to plo de conta dins mous bèrs.
Grandmorces o-n'o toutes.
» En bous esp'a oti ol ras de ieu. me semblo tournr.
beire tout ço que m'ogredabo quond ère en bidó. Me
fosès soubeni del temps que cossabe, qttie golouipabe
pel compèstre ound bous troubabe les uns è les
autres.
» Entres toutes fociai un boun tros del mounde
d'Oubèriiho; mès çoquedelai n'obès pas toutes Jou
mémo mérite, zo sobès l&gt;e Me soni masse sottbent
domondat qu'éro oquel de toutes bantn-.s que deourio
ober lo lòurèio. Ai moun îdèio sus oti-, mès boudric
plo ober lo bouostro Disèt me qu'es oqttel que bous
poret lou mièl mérita lou pr;s. »
Olèro toutes o niasso cridèrou:
— Oquo's lo Morioto, oquo's lo Tota bnvbo que
lou merito —■ Plo porlat, -nous efonts, ço foguèt lou Mèstre.
Morioto, oturo-te!
Lo Tota, bengounjouso è un bouci tromiblairo,
s'oturèt. Lo;: pouèto li metèt sul front uno courotmo
d'or om de los pèiros C|u'esturlus:òu o bous fa potorlha les uèls, è li fuguèt un potuou.
— Morioto. ço li diguèt, se lou peutott de Cotèt
fouguèt toun soul poutou d'omour sus lo tèrro,
oqueste lou te fait de lo part de Dièu, que sat recouneisse lo bountat è lou socrifice...
O n'oquet moument, lou jour coumençabo de ponjejia sul bouos de lo Fagio. Un gal contèt del constat
del Rot des Penduts, è, coumo un esclaire, .Bermenouzo è les siètts [leisoiiiiages disporetèrou. Demottrère tout soul.
Oquo fouguèt taloment soute que me domor.de
enquèro se n'ai pas reibat tout ço que bene de bous
dire.

�32

LO

Pel Campestre

GOBRETO

99

diseurs, qui n'ont marchandé ni leur temps ni leur
peine pour montrer à tous ce que l'on peut faire, ce
que l'on fait en «Auvergne.
Et nous terminons ce compte rendu — incomplet
quoique long — en disant, du fond du cœur: ,

La belle pièce de M. Louis Debrons obtint au
théâtre de la nature le gros succès qu'elle avait déjà
obtenu au théâtre municipal, 'ors de la fête donnée
en l'honneur de Dusierre. Nous le félicitons bien
sincèrement, comme nous félicitons ses excellents
interprètes: AH!e Viards et MM, Delzangles. Cabiia',
et Noguera, sans oublier l'excellent et dévcuJé professeur P. Redon qui avait orchestré la musqué de la
pièce et qui tint le piano d'accompagnement pendant
que jouait un groupe important cle ses bruis élèves
de violon.
Nous croyons savoir que M. L. Debrons publiera
incessamment Pel Compèstre.

®

©

VIVE L'AUVERGNE !

® &amp; ®

Les Œuvres de Vermenouze
Les œuvres dialectales de Vermenouze ent été éditées et mises en vente à l'Imprimerie Moderne, à
Aiirllilac. Il reste encore quelques exemplaires de Tous
lo Clouchado. et Fiour de Brousso est eh réimpression et paraîtra à fin décembre.
Pour l'œuvre française, il reste encore également
quelques exemplaires d'Lin plein Veni et de l'édition
des Plus belles poésies de Verv.ienox-.ze

é

MEm^n CÎEM:EWTS
\..'Escnlo Gubcrnhato et le Comité du monument
Vermenouze sont heureux de constater le grand succès obtenu par la fête du 15 août; mais ils manqueraient à leur devoir s'ils n'adressaient leurs plus sincères remerciements à tous ceux qui- les ont ait!.'s
dans leur tâche.
Merci à M Charles Terrisse, ingénieur municipal,
qui avait organisé avec tant de goût 'es.installations
du Square et du Parc des Sports • à M. Croize-t, architecte départemental, dont les conseils ont Gé précieux; à M. Riga!,-directeur du Parc des Sports, dont
l'activité inlassable a été encore une fois mise à rude
épreuve; à. MM Capitaine et Raymond .Mil. qui
avaient si artistement illustré les Progiammes et les
Menus
Merci à la Municipalité d'Atirillac, qui a tan; fait
pour la gloire de Vermenouze.
Merci aux charmantes Auvergnate* qui ont bicvoulu rehausser de leur présence l'éclat de notre fête
régionaliste.
Merci encore aux félibres, ooètes. chanseurs et

L

% tt 0

La Fête de Vermenouze à Ytrac
Le 14 septembre eut lieu â Ytrac commune natale
de Vermenouze, mie fête en l'honneur du poète. Nous
en donnerons le compte rendu dans notre numéro
de décembre.

Estomporio d'.'l Proiigrès del Contem, Ourihat.

Lan Gerent :

RUBENS

LESCUIIE.

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              <text>Lo Cobreto. - 1924, n°54 è 55 (Setembre-Otobre), Onnado 05 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Y 1</text>
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          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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