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                  <text>üljààmo onMlo. - »• 91

15 Décembre

1927

0
DE

L'ESCOLO

OUBERNH ATO

E

DEL

JIOURNAU

NAUT-MTEJOÍ

MESODIE

ODESIOU O L'ESCOLO OUBERNHATO • DOUZE froncs |
Et l'on o lou Journau per res

Lou Journau se h&amp;adJbwL-zos lou numéro
I
L'ORGJNT :

I

0 M. Deïteil, noutari, clobaire, Ourlhat.

Emb0UÍa

*

LES POPIES
0 M. H. Dommergues, pitchouno corrièro
Cazaud, Ourlhat, secretari.

Toute réclamation au sujet Je numéros non reçus doit être adressée
directement au Secrétariat.

Lo bougie, lo Morianno,

La copie doit parvenir au Secrétariat ( Petite rue Cazaud ) avant le 10

Lo bouole omai l'ourai.
BOURRÈIO

de chaque mois pour insertion au numéro suivant.

D'OUBERNHO.

E JMSÍNHODOÜ

oi
An

I. -

Morí d'Aatómn Dusserre.
Discours de M. Louis Farges.
Discours de M. E. Marcenac.
Discours de M. J. Volpilhac.
Antonin Dusserre (Marguerite

—

—

oy.

—-

—

oou.

lh

AUDOUX

et

J.

—

11

(mouillés;.

go.

—
—

Loi, les.

Pôu, peur.
—

Bièlho, vieille

—

Conho, chienne

nh

—

—

j
ch

—
—

-

tj.

—

Jour, jour.

—

tch.

—

Chobai, cheval

VOLPILHAC).

s.
9.

L'inutile appel (A. DUSSERRE).
Lou Mai (A. DUSSERRE).
Cerco-Fourtuno (A. DUSSERRE).
Une polémique.

Antonin DUSSERRE
Per ligi
Ai se pronounço : ay.
au
ei

—
—

—
—

aou.
ey.

èi se prounounço : èy.
èu
—
—
èou.
eu

—

—

eou.

lo Cobreto
Ex. : Fai, fardeau.
—

Mau, mal.

—

Dei, des.
Sèi, sureau.

—

Lèu, bientôt

—

Seu, suif.

Le présent numéro de LO COBRETO est presque
entièrement consacré à la mémoire d'Antonin
Dusserre. Nous sommes obligés de renvoyer au
prochain numéro plusieurs articles déjà composés.
Que nos collaborateurs veuillent bien nous excuser.

FONSJOUVEAU

\

�2

LO COBRETO

Mort d9Antonin Dusserre
M Antonin Dusserre, le grand écrivain paysan
auvergnat est décédé à Carbonnat le 16 novembre
dernier. Ses obsèques ont été célébrées à Arpajor?
le surlendemain au milieu d'une nombreuse affluence. L·'Escolo Oubernhato avait cru de son
devoir de lui offrir une couronne et de se faire
représenter par une délégation composée de MM.
Garnier. Marcenac, Debrons et Volpilhac. Voici
les discours qui furent prononcés sur sa tombe :
DISCOURS DE M. LOUIS FARGES
Qu'il me soit permis, comme le doyen des écrivains
cantaliens présents à Aurillac, d'adresse)- à Antonin
Dusserre un suprême adieu.
On a dit parfois que nos paysans ignorent le merveilleux décor où s'écoule leur vie, comme on a dit
aussi que leurs sentiments ne peuvent avoir la délicatesse et le raffinement des habitants cultivés des
villes. Double erreur et combien blessante ! A ce jugement faux et sommaire, Dusserre a répondu par ses
œuvres.
Paysan et d'une famille de paysans, il a su voir,
admirer et rendre le paysage au milieu duquel il a
vécu ; paysan et fils d'une famille de paysan, il, a su
pénétrer l'âme paysanne, en comprendre les qualités
et les défauts et voir tout ce qu'une pudeur qui est une
fierté y voile d'élévation morale, de noblesse intime
et pour tout dire de véritable poésie.
Quelle idylle simple et vraie que JEAN ET LOUISE ou
Dusserre, dans le cadre de sa chère vallée, a évoqué,
■ au cours des saisons changeantes, tout le charme et
aussi tout le danger des amours juvéniles.
Et quel poème de la terre il a écrit, dans LES SŒURS
! Observateur pénétrant, contour sincère,

DANGLARS

Dusserre a su rester réaliste sans être 'brutal et tendre
sans mièvrerie, ni fadeur.
C'est qu'il avait développé et affiné par de solides
lectures et de longues réflexions un don littéraire qui,
chez lui, était inné. *
J'étais frappé, quand nous causions, soit dans sa
demeure, modeste mais belle des vieux meubles familiaux dont chacun rappelait un souvenir, soit dans ce
petit sentier ombreux où il aimait à s'asseoir aux
jours d'été, de l'originalité et de la justesse de ses
jugements.
Tl n'y reviendra plus, d'un pas lent et avec son rustique bâton pour guide, promener sa méditation résignée mais sans amertume. Il va reposer dans cette
vallée qu'il aimait tant et où tous ceux qui l'ont connu
garderont son souvenir.
Et ses amis connus et inconnus le retrouveront dans
ses œuvres, celles qu'il a publiées, celles aussi qu'il
laisse inédites comme ce « TOCSIN DANS LA VALLÉE »
qu'il m'a été donné de lire en manuscrit et dont j'ai

des raisons de penser qu'il trouvera avant peu un
éditeur.
Ne le plaignons pas. A travers ce brouillard blanc,
comme il disait, qui lui permettait à peine de deviner
la lumière du jour, il a vécu son rêve et nous le laisse
réalisé dans ses livres.
Et si des mains pieuses ont fermé ses paupières suites visions terrestres, pensons qu'il a retrouvé, danscette « Maison du Père » qu'a chantée Vermenouze,
toutes les visisons célestes que Dieu réserve à ceux
qui, comme Dusserre, furent résignés.et, 'humbles de
cœur, à ceux dont la vie fut, comme la sienne, une
longue admiration de la création et un long acte de
reconnaissance et de remerciement au Créateur.
Que votre dépouille repose ici en paix, mon cher
Dusserre, tandis qu'ailleurs la Beauté éternelle resplendi! enfin au fond de vos prunelles désormais rouvertes à la vraie lumière.

DISCOURS DE M. ETIENNE MARCENAC
Capiscol de l' « Escolo Oubernhato ».
Mesdames, Messieurs,
J'ai la pénible
mission d'adresser, au nom de
1' (( Escolo Oubernhato », un suprême adieu à celui
qu'elle eut la bonne fortune de compter parmi ses
collaborateur de la première heure.
A cette date déjà, M. Antonin Dusserre n'était pas
un inconnu pour moi. En effet, vers 1907 ou 1908, alors
que je dirigeais à Paris une petite revue régionali.ste,
où collaboraient d'autres auteurs cantaliens, j'eus le
plaisir et l'honneur d'encourager les débuts littéraires
de ce compatriote que nul d'entre nous ne connaissait
encore, mais dont l'œuvre sentait déjà si délicieusement le terroir.

11 obtint un peu plus tard dans deux de nos concours successifs, le prix offert par le Ministre del'Instruction Publique pour son conte : L'INUTILE
APPEL, et le prix offert par la Ville de Paris pour son
conte en langue d'oc : Lou mai'.
Plus tard, nous eûmes l'occasion de faire plus
ample connaissance, et notre sympathie, ayant uneorigine commune, devint plus vive avec le temps. Et
c'est ainsi que j'applaudis avec bonheur, par la suite,
à ses succè*- littéraires si rapides, si immédiats, qui
— faut-il le rappeler ? — franchirent les frontières del'Auvergne et même celles de France, puisque JEAN ET
LOUISE a été traduit en anglais et hautement apprécié
en Amérique.
Qu'a-t-il donc manqué à celui que nous pleurons
aujourd'hui pour arriver à la grande notoriété qui l'a
frôlé un instant ? Bien peu de chose, puisqu'il avai;
le talent nécessaire. Oui, c'était un écrivain-né : il
avait reçu ce que l'étude ne donne pas : le don d'ex-

�3

LO COBRETO
primer et de sentir ce qui vit autour de nous, de nous'

nhato » où l'on avait conscience de votre beau talent,

communiquer ses émotions et ses admirations. 11 était

je n'ai plus à dire quel homme vous fûtes, ni quelles

affranchi de toute école, il était lui-même. Par ses

œuvres vous laissez. Je viens seulement, devant le

propres moyens, il était arrivé à une maîtrise incon-

deuil dé vos parents et sur votre émouvante dépouille,

testable, comme l'a rappelé, avec autorité, le profes-

incliner la douleur de mon amitié.

seur M. Joseph Volpilhac dans une conférence qu'il

Vous étiez mon ami, en dépit de vos cheveux blancs

lii sur l'œuvre de Dusserre, en 1925, au théâtre muni-

et malgré ma jeunesse. Je me souviens, vous souve-

cipal d'Aurillac. Deux œuvres sont là d'ailleurs, pour

nez-vous de notre première entrevue ? 11 y a irois ans !

le confirmer :

Certes, je vous connaissais déjà, : j'avais pressenti, en

SŒURS

JEAN ET LOUISE,

DANGLARS.

déjà nommée, et

LES

A propos de ce dernier roman, un

lisant votre

JEAN

ET

LOUISE,

que vous étiez de ceux

grand journal de Paris, d'une haute tenue littéraire,

qu'une ironie obscure s'applique à rendre malheureux

disait en le signalant à ses lecteurs : « Ce qui manque

autant qu'ils sont grands. Mais je ne vous avais pas

le moins à l'auteur, c'est le talent. » Tout le monde

vu. Et voie' que je vous, revois comme je vous vis ce

était de son avis, et je sais en quel respect et quelle

jour-là. Vous vous teniez debout contre cette maison

estime on tenait Antonin Dusserre dans" les milieux

qui semblait n'être pas à votre taille. Je crus voir je

lettiés. C'est un beau et doux rayon qui s'éteint. 11

ne sais quel dieu en exil. Je ne pouvais me lasser de

était notre Emile Guillaumin. Ne l'oublions pas !

vous contempler, et ce front olympien, et cette barbe

M.

Dusserre avait également d'autres projets que je

de patriarche, et vos yeux qui ne me voyaient pas. Je

JEANNE

vous écoutais parler de votre voix qui était si douce.

restera à l'état d'ébauche, pareille à l'ébau-

Vous nie dites quand je vous saluai : « Vous êtes M.

che qui' se détachait à peine du bloc de pierre quand

Volpilhac, je comprends à votre voix que vous êtes

la mort a surpris l'artiste, le ciseau à la main. L'arbre

jeune. » Je compris, moi, de quelle amitié cette parole

n'a nas donné tous ses fruits.

et cet instant venaient de nous unir.

connaissais et que j'ai partagés. Hélas ! notre
BARADUC

Pour ce grand méditatif, aimant si passionnément

Et maintenant, vous êtes là, dans ce trou. Si tôt,

les harmonies extérieures et les baisers du soleil qu'il

si vite ! Ah !.je sais bien que la vie vous a été cruelle.

ne voyait plus, la vie s'est comportée en véritable

Mais je voudrais savoir.ee que vous réserve la mort.

marâtre, et ce qu'il a souffert intérieurement, nul ne

Ne rien savoir, ne rien pouvoir devant cette tombe qui

le saura. 11 était digne d'une autre sort.

s'ouvre et va se refermer, quelle angoisse !

Mesdames, Messieurs, l'Auvergne perd en M. Dus-

Peut-être'cependant la mort'n'est-elle pas complè-

serre un enfant qui lui fait le plus grand honneur et

tement absurde el sourde ? Peut-être un lien mysté-

qui a trouvé dans son amour pour elle des tableaux

rieux et charitable rattache-t-il,

dont quelques-uns ont la beauté de l'antique. Tant

vivants aux morts, mais les morts aux vivants ? Peut-

qu'il 'y aura des hommes dans la vallée de la Cère,

être les morts se souviennent-ils,

JEAN ET LOUISE

je

ne

dis

pas

comme nous,

les
et

comme nous s'obstinent-ils à nous aimer ? Peut-être,

seront là pour en témoigner.

La grande Faucheuse est passée. Elle a fauché le

dans les fleurs, dans les chants des oiseaux, dans les

avant l'âge,

blés des champs, revivent-ils et nous font-ils vivre de

douloureusement résigné et qui faisait penser à un

leurs parfums, de leur musique et de leur blé ? Peut-

véritable génie des eaux, sorti de la Cère sur les bords

être allez-vous entrer plus avant dans la vie intime

beau vieillard à barbe blanche, vieilli

de laquelle lui

donnaient rendez-vous les premiers

du terroir que vous avez chanté, et rentrer ainsi dans

dernières

la nôtre ? Peut-être ne serez-vous pas insensible à, la

feuilles, dont il ressentait la mort, peut-être, plus pro-

Renommée qui viendra sur votre tombeau réparer son

fondément que tout autre.

injustice ?

rayons printaniers jusqu'à la

chute

des

Adieu, mon brave cher ami. Avec les tiens, nous

Peut-être enfin, dans ce moment même, entendezvous la voix, de votre jeune ami qui se refuse encore

i - rverons pieusement ta mémoire. Adieu !

à croire qu'entre vous et lui, c'est aujourd'hui la fin
de tout ?

DISCOURS DE M. JOSEPH VOLPILHAC
Agrégé de l'Université

*

* *

Mon cher Dusserre,
Ainsi donc, votre noble cœur a cessé de battre ? H
est vrai que vous nous avez quittés pour toujours ? Il
est bien sûr que la mort vous a pris à jamais ?
En présence de votre bienfaiteur, M. Toire, maire
de cel Arpajon que vous aimiez tant ; après M. Louis
•Farges,

doyen des écrivains cantaliens ;

après

M.

Etienne Marcenac, capiscol de cette « Escolo Ouber-

Avant de reproduire quelques-unes des œuvres
inédites ou les moins connues d'A. Dusserre. nous
croyons devoir donner ci-dessous les articles qui
ont été consacrés jadis par Marguerite Audoux
(auteur de MARIE CLAIREJ, dans le Temps et dernièrement dans le Cantal Républicain, par M. J.
Volpilhac.

�4

LO COBRETO

Un deuil cruel vient de frapper notre pays et
notre littérature régionale. Antonin Dusserre, le
poète paysan de Carbonat, s'est éteint dans sa
petite maison. Il est entré dans le repos sans avoir
Lorsque Antonin Dusserre rentre au village avec joui du succès large qu'il méritait. Mais non sans
les chars de foin qui dévalent les pentes en se avoir éprouvé la misère, et par moments le plus
balançant dans les ornières, il se tient devant les extrême désespoir. On a méconnu le poète, réserve
deux grands bœufs rouges et paisibles, dont les faite pour quelques esprits justes, et de l'homme
pieds ferrés claquent mollement sur les chemins je me contenterai de dire qu'il a été malheureux.
pleins de cailloux. Il est taciturne comme ses bêCependant il serai injurieux à ses proches, et à
tes; et quand il veut activer leur lenteur, au lieu de une autre au moins, de prétendre que personne ne
leur parler il se retourne et les touche doucement l'a aimé. Son malheur a été grand, il n'a pas été
de sa longue baguette de coudrier. Et tandis que absolu et peut-être l'a-t-il persécuté moins viveles bœufs baissent la tête sous le joug en suivant ment, comme par un respect suprême, sur la fin
docilement leur conducteur, celui-ci dresse sa de sa vie.
haute taille, et son buste plein de souplesse semble
Parlons du poète. Plus rien ne s'oppose plus,
accompagner le balancement des chars. Comme maintenant qu'il est mort, à ce qu'on rende justice
ses bœufs, il marche lentement, et qu'il s'en aille à son talent.Vivant.il avait reçu maintes blessures,
couper un arbre, ou arracher des pommes de terre, il était sensible et, étant un homme, il avait pu
il va du même pas tranquille et bien mesuré, parfois les rendre. Reste son œuvre, émouvante et
comme si le temps lui appartenait, et qu'il pût en belle comme sa vie. Deux grands amours dans
disposer à son gré.
cette vie d un cœur généreux; son pays, une femOn le rencontre toujours seul par les routes et me. Il serait présomptueux et injuste de dire une
les sentiers, et si l'un des grands troupeaux de passade; mais on peut dire une passion. — N estvaches rouges d'Auvergne descend de la monta- elle pas symbolique, en effet, cette épine qui entra
gne, et passe près de lui, les bêtes s'écartent et se dans son œil, un jour qu'il taillait une haie. C'était
serrent les unes contre les autres pour ne pas le en 1902 et c'est en avril que le buisson noir se
heurter, comme si elles le reconnaissaient pour un fleurit de fleurs blanches. Biaise Pascal aurait cru
pâtre de tous les temps. Souvent on le trouve assis cette épine conduite par le doigt de Dieu. Ronsard
sur une pierre, à l'abri d'une haie. Dans l'une des acceptait sa surdité comme la mutilation qu'impopoches de sa veste on aperçoit un livre, et il garde sent à leurs prêtres les muses. Dusserre laissa couler de cette blessure que son pays lui avait faite
sa main fermée dans l'autre poche.
Il lit pendant toute la journée du dimanche II lit | l'amour de son pays. Voilà la source douloureuse
aux champs pendant l'heure du repos d'après- de son œuvre.
Imaginez-vous un petit berger qui fréquente
midi. Il lit aussi lorsque la batteuse cesse de ronfler
quand
il ne e;arde pas, l'école primaire, et qui
pour permettre aux hommes de mouiller leur gos'évade
parfois vers Aurillac, et qui emprunte des
sier, tout rempli de la poussière du blé. Il parle
livres
dans
les bibliothèques. Il lit à la chandelle,
d'une façon calme, avec des mots précis et espacés, et sa voix est pleine et sonore comme un malgré sa myopie, des romans anglais, des roinstrument de musique bien accordé. Sa gaieté est mans russes et des traductions d'Eschyle. La vie
un peu timide; mais son rire est joyeux comme champêtre et la vie littéraire s'unissent et se fécondent en lui.
celui d'un enfant.
Ce sont des essais dans la Cabrettc, la première
Les soirs d'été, il se repose devant sa maison,
Cabrette
que la guerre devait interrompre et dont
longue et basse, et qui est vieille de plus de cent
les
accents.
Dieu merci, se sont réveillés à l'inspians. Il s'assied sur l'un des troncs d'arbres que
ration
de
cœurs
bien nés. C'est l'Idylle rouge.
l'on coupe à chaque saison pour le chauffage d'hiMais c'est peu. L'œuvre s'élabore. Les SŒURS
ver. Il reste là longtemps, les coudes sur ses genoux, ses mains bouchant ses oreilles, comme s'il DANGLARS sont composées dès 1904. Si l'on veut
ne voulait entendre que des voix connues de lui se faire une idée juste de ce livre, qu'on le comseul. Rien ne le dérange de cette pose qui semble pare à la « TERRE QUI MEURT ».
Des descriptions émouvantes, et l'angoisse del'éloigner de tous, ni les enfants qui tournent autour de lui en se poursuivant avec des cris, ni les vant les campagnes désertes, et la foi que les camconversations bruyantes de ses voisins. Et lorsqu'il pagnes seront sauvées. C'est le poème de la Terre
rentre dans sa maison pour dormir, il y a déjà Auvergnate, de cette terre què les bouviers d'antan labouraient au rythme long de la « Grande ».
longtemps que tout le monde est couché.
On lui donnerait volontiers comme épigraphe les
vers magnifiques de F. Prax.
MARGUERITE AUDOUX.

Antonin

DUSSERRE

�5

LO COBRETÔ
Bouostre reire fronc retunis pas plus ?
De que n'obons fac ? paures bièlhs gronds paires.
L'oumb.ro es dobolado ol found deis uèlhs blus,
Les homes sou muts dorriès los olaires !
Lins les bouscolhats è dins les bouissous,
Lou roussiiihòu dis los mémos consous ;
Mes lou bouïotchur aro se domondo
Per que bouostres fils contou plus lo « Grondo »?....

Et pourtant les SŒURS DANGLARS ont attendu 20
ans un éditeur. Elles n'en eussent pas trouvé si
Dusserre n'eut songé à se suicider. C'est alors
que les Félibres de la Cabrette accoururent à son
secours. 11 se trouva un éditeur qui négligea un
risque pour s'honorer d'un beau geste.
Plus heureux que LES S^URS DANGLARS parut
JEAN ET LOUISE. Etait-ce la gloire ? Ce n'était
qu'un chef-d'œuvre. Ce ne fut qu'un succès. On
s'en aperçut du moins en Angleterre, et garanti
par la faveur exotique, le roman reçut en France le
droit de cité, h'Illustration le publia, puis Calman-Lévy. Marguerite Audoux était intervenue,
qui prit un moment Dusserre par la main comme
une Antigone pieuse et qui n'a pas encore épuisé
sa bonté pour lui. Dusserre, à ce moment-là, vous
avez été aimé des dieux.
Il reste de vous un fruit d'arrière-saison, amer
comme la guerre, qui le forma, LE TOCSIN SUR LA
VALLÉE. NOUS étions quelques-uns l'autre jour qui
songeaient à ce « Toscin » pendant que sonnaient
les cloches sur la Cère. Le grand public qui n'a
pas entendu celles-ci réclamera celui-là et nous
prenons l'engagemenf de le lui donner.
Ajouterai-je maintenant que la veille de sa
mort Dusserre voulait encore créer. Il avait conçu
le projet d'écrire en collaboration avec M. Etienne
Marcenac une Jeanne Baraduc.
Il est mort prématurément.
Que ceux qui l'ont aimé, aidé, le Cantal Républicain parmi eux, soient remerciés. Mais qu'ils
n'oublient pas le devoir tacite qu'il leur a légué :
donner à son œuvre le rang qu'elle mérite, à côté
de celle de Vermenouze. Si le poète de Vielles
avait pu connaître le romancier de Carbonat, il lui
eut dit : « Assieds toi près de moi Dusserre, nous
avons chanté notre Auvergne dans ses deux langues, d'un même cœur ».
J. VOLPILHAC.

L'Inutile appel
Ce-i paroles d'un auteur étranger, apprises autrefois, et que je croyais avoir oubliées, voici qu'elles
ont jailli soudain des ténèbres de ma mémoire.

parce qu'en un chemin creux de campagne où je
promenais ma rêverie dominicale, j'ai rencontré
ce vieux paysan dont les yeux, brillants de fièvre,
éclairaient étrangement la face osseuse et ravagée,
dont la grande taille se courbait sur le bâton d épine, avec quoi il assurait sa marche chancelante.
Trébuchant aux ornières, l'homme allait péniblement, et lorsqu'il s'arrêtait, tous les vingt mètres environ, d'une voix que l'âge avait faite débile
et chevrotante, il jetait un appel, toujours le même : Viéoo! Viévo!
(En français, cela signifiait Geneviève ! Geneviève !)
Il descendait et je montais. Bientôt nous nous
rejoignîmes. J'allais passer outre, gêné, détournant la tête, lorsque le vieillard me toucha du bout
de son bâton.
Alors j'eus pitié. Je m'arêtai. L'homme vint se
poster devant moi. Il me dévisagea quelques instants dans un farouche silence et j'eus de la peine
à soutenir la fixité avide, l'éclat de ce regard
d'halluciné. Et tandis que son buste allait et venait, balancé par l'effort qu'il faisait pour le redresser, le vieillard me dit enfin.
— Est-ce que vous ne l'auriez pas rencontrée,
ma Viève ? Ce matin elle est sortie ; depuis je la
cherche et je ne la trouve pas.
A tout hasard je répliquai :
— Ne vous inquiétez pas, père Lavigne, elle
reviendra bientôt.
Mon interlocuteur esquissa un geste de colère.
Me toisant avec mépris, il cria :
— Vous êtes encore drôle, vous!... Je le sais
bi^n, pardine, qu'elle reviendra. Alors vous trouvez ça convenable, qu'une grande fillette de douze
ans coure la campagne du matin au soir, comme
une dévergondée ? Elle était si sage autrefois.
Maintenant elle ne m'écoute plus ; elle m'échappe.
Oh ! je la rattraperai... Je la corrigerai
Navré, ne sachant que répondre, je continuai
ma route, tandis que le vieillard, de son côté,
poursuivait sa tragique promenade; et j'étais déjà
loin, qu'à mes oreilles résonnait encore son inutile appel à celle qui jamais ne doit revenir.
Viévo! Viévo!
Celle que le malheureux cherche ainsi obstinément, du fond de la vallée aux pentes âpres des
collines, par tous les chemins, par les sentiers les
plus perdus; celle qu'il cherchait hier, qu'il cherchera demain encore et les jours suivants, jusqu'à
ce que la mort vienne le délivrer de son cauchemar, le coucher dans le repos définitif, c'est sa
petite-fille, morte l'été précédent, après avoir été
mordue par une vipère. — Et lui, le désespoir l'a
rendu fou !
A. DUSSERRE.

�6

LO COBRETO

Lou /Haï
Oquello onnado digorion entre gorçous que nostre dever èro de quilha un maï, per ounoura lei
drollps del vilatgi, qu'èrou los pus brobounèlos è
los pus satgios del pois. Sion uno bondo que n ovion pas fret ois uels, è quond decidosion tiquon,
poudès creire qu'oquo li èro. Li ovio Botistou, del
Maspetit, que pourtabo dous sats de froument sus
los espallos, Tenou, de la Grongioto, lou dégourdit, qu'ottropét un jiour, dins los prados d ol Tel
une lèbre o lo courso. (Beléou lo bestioufio tenio
quaouques gros de ploumb dins lo cuèisso : oquo
li fo pas res.' Tenou cominabo coumo lou vent).. Li
ovio, tobé, Juon-Pitchiou, del Bouscotèl, qu'èro
pas un marfi noun plus, è Piorrounel de lo Juillardo, Jioquou, de lo Porroutello, Morcel, lou nevou del couarrou d'ol Tel, un gorçounet gionti
cumo'uno fleur, omme des piéous roussels è fresats, deis uels blus coum'un ongi de gleisio. Passe
les aoutres, qu'èrou deis mascles de pougno.
Un dimmergue portigorion dins les bouos, Botistou, Juon-Pitchiou è iéou, per cerqua l'aoure
que nous colio. Lou voulion dret, mince è long,
sons uno taro. Lou trouvorion : un tremou o lo
rusco sono, lusento, coumo vernido. Ero dins une
gospolhado del couarrou de Roquotorto, DurondRaoult. Oti ovio per n'aoutres l'embestiomen,
pertaou que de lou domonda ol mestre, nous colio
pas li pensa.
Entchiprous coumo lou counession, sovion que
de prega lou couarrou, oquo serio battre de 1 aïgo
omm'un bostou. Enleva l'aoure sons permissiou,
oqu'èro pas trop ouneste, maï li ovio lo risquo
d'un boun proucès-verbal.
Tont pire ! nous décidorion per oquel biaï.
Lo dorrièiro nuèt d'ovriéou onorion toutchis ol
bouos. omme de los couordos, une atchio, uno
ressègo Lou trémou fouguèt léou per terro. Toumbèt odretchioment, sons s'osclat. Li couporion leis
brocos è l'empourtorion sus los espallos. Trimorion, zo poudès creire ; los comijios se trempèrou ;
mes ovion fa segre un pegaou plen de vi. Tetosion
ol pissorèl de tems en tems, è oquo nous dounabo
del clon. Orrivorion ol villatgi d'opossou. Oti,
odournorion lou pion de l'aouse omme de l'enno
è deis reibons mergolhats ; lou coueifforion de
brocos de bouis, de grifou, de sopin, li piquorion
uno doutzino d'ourongis è lou quilhorion.
Olèro oquo foguèt tiquon de gionti o veire : lou
maï mountabo vol ciéou, dret coum'un cire; lou
vent fosio floutta les reibons, è les ourongis, ol
mièt de lo verduro, lusiòu coumo de los estiélos.
Sion countents de nous imogina lo surpreso, lo
jioio de leis droulettos, quond guellos se levoriou
lou moti, è veirioù lou present qu lour fosion. N'en
soviou pas res, pensai'; los ovion pas overtidos. E

n aoutres n'en culirion de leis brossados, des poutous sus de leis gaoutos frescos !
Opres un to brabe troval colio beoure un boun
couop. N ovion pas eivigio de durmi ; per nous
teni dins un lièt, ourio cougut nos estoca omm'un
caple de fer.
Onorion tchas Souquai è nous mettorion en riboto Vouidorion en conta paoucos sur paoucos,
quond, tout d'un couop, entendorion un grond
bruit : « Plouf ! »
Toutchis, dins uno luciado", fougorion pel lo corrièiro Quonhi deféci nous esperabo ! Lou maï,
nostre gionti maï, n'èro plus dret. Ero, pecaïre,
estendut pel lo fongo, tout escofolhat, è ovio, o
tchiobal, un pocondas que nous lou resseguabo
per pitchious tolious.
N'ougorion qu'uno bromado :
— Ah ! bergand ! te von escossouna !
Oquel de lo Grongioto, lou premier, li soutèt
dessus. Mes lou poulissoun s'escopèt è filet. Souloment, ol Ho de trouqua pes comps, ound l'ourion léou perdut, guel engulho dins ün correirou,
claou d'un cousta pel lo rivièiro, de l'aoutre per
ure poret. Botistou me diguèt :
— Comino viste, lo proio ! mès comino maou o
prepaou... Poussas-lou, v'aoutres; iéou vaou l'espera o lo sourtido, è se m'escapo, vouole perdre
moun noum.
Quond l'ome se veguèt entremièt oquel que l'esperabo è cquetchis que lou seguiòu, guel sousquèt
un boucinel : lo rivièro éro prioundo, lo poret éro
naouto. Cossi faire ? N'aoutres gulosion coumo
deis fouols :
— Es pres !... garo ò tu !
Oléro guel orronquo un saout sur Botistou, vous
l'estorisso d'un couop de capt dins l'estoumac, è
passo...
Demourorion toutchis mèques, sons soveire que
pensa, que dire. Botistou que luttabo omme les
herculos per Sont-Urbo, Botistou, lou gas lou pus
fouort del Contaou, to lestoment combovirat !
Ociro nous coupèt lou bond.
Guel s'éro romossat. En s'espoucat foguet :
— Oti n o un orbal ! Se jiomaï de lo vido !...
Trouvèt pas res plus. Un aoutre diguèt :
— Oqu'os lou dra ! pas poussiple.
Lou jiour rojiabo; deis gals contabou de çaï è
de laï Oqu'éro foutut. Ovian perdudo lo portido;
lo festo éro monquado. Toutchis migrous nous retirorion cadun tchas se.
E jiomaï n'ovon pougut soveire qu'éro lou lo
pin pus dégourdit que Tenou, pus fouort que Botistou, que nous jiouguèt oquel meissont tour. Raï,
fo plo de s'escoundre. Lo moliço nous o pas possat
enquéro, è se lou counession ottroporio un'escoududo que beléou lo pourtorio ol toumbèl.
A. DUSSERRE.

�LO COBRETO

Cerco-Fourtuno
Soubent n'en couosto de trop eima l'orgint. Per
provo vouole vous counta oquesto rioto :
Cerco-Fourtuno èro un paoure ome que se dounabo plo mauo de capt per veni ritche. Oùguet un
jiour l'idéio de faire un vouyatchi dins un poïs
estrongié, gaire pupla è plo maou cultiva. Oquèro,
maï que maï, dei deserts de saple bouo de lei
grondos fourets, toloment qu'oquel que li se risquabo sons prendre sos précoùtious poudio n'en
veire de duros, maï li leissa so pel per pago
Cerco-Fortuno n'èro pas poùruc, d'oquo raï; se
cresio pas fat del mémo bouès que lou resto deis
ornes. Otobe mettèt lou copel sus l'oùrilboè foguèt
oquello crano respounço o soun visi — un mormitou que sourtio jiomai de l'oustaou è li couciliabo
de noun pas s'hosorda d'oquello sorto :
« Batoti maï ! Lo fourtuno es gionto drollo, mes
lo cauo prendre de forço. Lo bougresso n'aïmo
pas les fedous. Lou que domouoro toujiours ol
contou se brolio omme loi peços de vingt froncs.
Iea los aïmes; me carre qu'on trinnou dins moun
boursicou. Odicias, pourta vous plo. Fosèt lo
graïsso jioul croumal, les pes sus lo teugo-brozièiro. Ieou baou querre uno cargo d'or ò creva
l'osenot del piliaïre ».
Coumo zo disio zo foguet. Portiguèt. Mes per
obeire bouno lengo Cerco-Fortuno n'èro pas
fouort en géographie. Quond oùguèt quatre bouo
cinq jiours soùguèt plus ound èro. Pas de villo, ni
de villatchi ; ovio lo panso vouido è rès o se mettre jious lo dent. Oquèro pas pe rèire, per mo fé !
Lou mertchion guel risio pas, foutre ; se sorrabo lou
ventre, durbio deis uèls gronds coumo de los pouortos de grongios omme l'espouèr d'olutra delaï
long lo fumado de quaouquo tchiméinéio. Visio
jiomaï res. Lo flairo lou gognabo, surtout que lou
soulel onabo trescoundre è que li corio coutchia
defouore uno aoutro nuèt è sons soupa. Pel moument oqu'èro pas de peços de vingt froncs que
Cerco-Fourtuno obio fomino : lou mindre croustissou oùrio bougroment miel fa soun offaïre. Jurabo coumo un corretié, mès oquetchis juroments
l'implioù pas l'estouma.
Ero tout ò fèt escobournit quond guel orribèt
dins un endrèt ound maïtes vouyotchiurs obiòu
compa ; trouvèt oti lo plaço d'un fiot omme quaouques tisous que cromabou enquèro. Maï en furostigia de çaï è de laï veguèt une caisso escoundudo
dins l'herbo. Cerco-Fourtuno fouguèt countent, zo
poudès creire ; de jioio sòutèt coumo un cobri è
diguèt :
« Beléou dins oquello caisso trouvoraï del po,
de lo car, del boun combogiou fumat, un paou de

7

sòucissoun duos bouo très boutillos de vi de Bourdeou Tont miel, foutre ! l'oppetit me monco pas,
nimaï lou set noun plus ! »
Raï, lo caïsso èro prou pesado per pourta tout
oquo. Mosque quond Cerco-Fortuno l'òuguet duberto. lou paoure s'orronquèt uno pougnado de
bourro, s'estiroussèt per terro coumo uno bobo,
plourèt, gulèt :
« Aï ! aï ! que forai ieou! Malur ! malur!...
Oou'os pas que de l'or ! »
A. DUSSERRE.
N. D. L. R. — Toujours respectzùx de la graphie des autres, nous avons tenu à reproduire ces
divers morceaux tels qu'ils oût été écrits.

Une

polémique

Dans le numéro d'octobre, notre bon confrère
Lemouzi, publiait un manifeste dont nous extrayons les passages suivants :
« Considérant que la Revue LEMOUZI, fondée par nos
Primadiés a été dès son origine et est restée l'organe
officiel du Félibrige en Limousin, qu'elle a toujours
depuis exactement reflété notre mouvement félibréen
et puissamment contribué à notre renaissance littéraire ;
« Considérant que depuis quelques années le Félibrige s'est particulièrement développé dans le HautPays, qu'il y a pris un caractère nettement populaire
et qu'il fait chaque jour d'importants progrès dans
les milieux ruraux ; que, cependant, la diffusion de
LEMOUZI n'a point marqué un progrès parallèle en
Haut-Limousin ; — qu'il n'est pas douteux que l'on
ne doive attribuer cette discordance à l'extrême difficulté qu'éprouvent les lecteurs du Haut-Pays, surtout
ceux des campagnes à s'adapter à la graphie littéraire
adoptée par LEMOUZI. •
« Emet le vœu que, tout en restant la gardienne
fidèle des traditions littéraires qui ont fait son honneur et sa force, notre Revue fasse désormais une
place à une graphie plus conforme aux habitudes du
Haut-Pays, sans cependant tomber dans l'erreur des
patoisants phonétisants.
Pour répondre à ce vœu, la direction de LIMOUZI, en
accord complet avec le bureau de la Maintenance félibréenne du Limousin, décide de réserver dans chacun
de ses numéros, à partir du 1ER janvier'prochain, un
certain nombre de pages spécialement consacrées à la
propagande populaire et rurale.
Elle publiera à partir de cette date des textes limousins orthographiés suivant les règles graphiques de
l'Ecole félibréenne du Bournat, du Périgord, qui notamment adpote l'o à la place de l'a comme terminaison féminine, â côté des textes orthographiés suivant les règles de la graphie traditionnelle.

�LO COBRETO

8

De cette façon, notre Revue, tout en restant fidèle
aux traditions littéraires de ses fondateurs, s'efforcera
de refléter très, exactement le mouvement populaire
félibréen. »
Ce manifeste porte les signatures de MM. Joseph
Nouaillac, Directeur de LIMOUZI ; René Farnier, syndic de la Maintenance ; Edouard Mazin, Docteur Delhoume, Vice-Syndics ; Jean Frugier, Secrétaire-clavaire.

A cet écrit qui ne visait personne, le journal
« Oc » a consacré les lignes suivantes (n° 79) :
GLOZEL ET LE LIMOUSIN
Le Limousin était jaloux de l'Auvergne

(1).

Les

lauriers du docteur Morlet empêchaient de dormir
tous ceux qui du Pays de Combraille aux portes du
Quercy ont le foie rouge.
Les Dieux viennent de combler de justes espoirs refoulés Dans le sous-sol d'une imprimerie de Limoges
on vient de découvrir cinq cuirasses d'écrevisses que
l'on estime remonter à l'époque félibréenne-primaire.
Pour qu'il n'y ait pas de confusion possible, dans
la suite des découvertes, qui ne manqueront pas d'être
faites dans cette mine extraordinaire, on a donné à
chacune des écreyises un nom. Nous avons la bonne
fortune de pouvoir les communiquer à nos lecteurs:
Joseph Nouaillac, René Farnier, Edouard Mazin, docteur Léon Delfcoume, Jean Frugier. Pour avoir de
plus amples renseignements, rire le numéro des LEMOUZI d'octobre qui vient de paraître. Les fouilles
continuent.

Dans son n° 80, « Oc » publie deux lettres de
protestation contre l'entrefilet ci-dessus. L'une est
du capoulier Marius Jouveau, l'autre de M. René
Farnier.
M. Jouveau dit :
« ..Quau es qu'a escri aquéli rego? Proubablamen quaucun que, capable de faire de cap d obro, jujo li gènt d'un pau trop aut... En tout cas
me permelres de remarca que manco d amenanço.
Oubliden pas que sian tout d'ami !
Entre ami : l'on deu se counseia, se critica même; mai lou counseu se passo d'estre mourdent,
e la critico d'èstre michanto. »
De la lettre de M. R. Farnier, nous extrayons les
passages suivants qui concordent en tout point
avec ce que nous avons toujours pensé et écrit
dans ho Cobreto :
Il faut instruire le peuple. Mais le meilleur moyen
ne sera-t-il. pas, justement, de l'amener insensiblement par la lecture de textes à sa portée à s'intéresser
aux autres textes qu'il trouvera dans la même revue

(1)

et à essayer de les comprendre en dépit de leur graphie, lit puis, il faudrait bien mal connaître l'âme
paysanne pour penser que nos campagnards accepteraient de nous des leçons sur la façon d'écrire une
langue qu'ils ont le mérite de nous avoir conservée.
Ah ! les choses iraient autrement si la langue d'oc
était enseignée à l'école, niais elle ne le sera pas tant
que nous n'aurons pas avec nous l'opinion populaire.
Kt pour cela propagande et encore propagande. C'est
une nécessité primordiale devant, laquelle les questions de graphie, si importantes qu'elles puissent être,
apparaissent comme secondaires.
Je m'étonne que vous ne le compreniez pas. Vous
nous avez, dans OC, habitué à, une belle franchise qui
s'est exercée parfois avec vivacité contre le Félibrige
et son organisation, niais nous avions toujours cru
que ce que vous reprochiez à certains félibres, c'était
de vouloir faire du Félibrige un petit cénacle littéraire, une Académie de beaux esprits et de négliger l'action. Nous voyons aujourd'hui, avec surprise, que les
préoccupations académiques ne vous sont pas aussi
étrangères que nous le supposions et qu'à votre tour,
vous songez à ériger votre petite chapelle.
Dans cette voie, nous ne vous suivrons pas. Nous
avons, comme vous, le souci de la culture occitane,
nous ne négligerons- rien pour la développer dans notre province et nous ferons tous nos efforts pour accroître le bel héritage littéraire que nous ont laissé
nos devanciers. Mais nous estimons qu'avant de rechercher ou de solliciter les approbations et les louanges si précieuses qu'elles soient d'un cénacle d'initiés et de doctrinaires, nous avons l'empèricux devoir
de rester en communion étroite avec le peuple de notre race et de notre sol. Si nous voulons lui apprendre
à aimer, à conserver et à respecter sa langue, ne commençons pas à la lui présenter sous un costume où il
ne la reconnaît pas et n'oublions pas que pour travailler comme nous le faisons dans le vaste champ où se
pi éparent les moissons futures, il faut savoir, au moment opportun se débarrasser de l'habit à queue et
des escarpins vernis.
Kerevisses si vous voulez, mon cher Girard. Qu'importe le nom, le résultat seul compte et nous souhaitons à. la terre d'oc beaucoup d'écrevisses laborieuses,
dont le travail rude et parfois ingrat doit aboutir, en
définitive, à fournir l'auditoire qui leur manque aux
mélodieux rossignols qui ne songent qu'à chanter,
mais dont le peuple ne comprend plus la chanson.
- René FARNIER,
Syndic de la Maintenance du Limousin.

Estomporio de M.

POIRIER-BOTTREAU,

Ourlhat,

Lou Gerent : A. POIRIER-BOTTREAU.
Glozel n'est pas en Auvergne, mais clans le Bourbonnais.

�Supplément o. « Lo

COBRETO

» du 15 Décembre 1927

GLOUSSARI D'OURLHAT

41

bicol, becot, s. m., Crochet en fer ou en bois à l'aide duquel on arrache
le foin du tas compressé.
bictimo, s. f. Victime.
bictorio, s. f., Victoire.
bictorious, o, adj. Victorieux.
bictourieja(r) v. n., Etre triomphant.
bïdal, adj., Vital.
bido, s. f., Vie. Bidasso : mauvaise vie.
bidouire, o, s. m. f., Pansu.
bidourn, o, adj. Plein de vie, éveillé.
bidoursa(r) se, v. n. Marcher comme un canard, une oie.
bieissa(r), v. a. Retourner la terre avec une bêche.
bïeisso, bueisso, s. f., Paquet de paille, ayant la forme d'une gerbe.
bielh, o, s. m. f. Vieux.
bielhen, bieilhesso, bielhun, s. m. f., Vieillesse.
bielhi{r) , v. n., Vieillir.
bielhorios, s. f., Vieilles hardes, choses anciennes, idées rebattues.
bielhot, o, s. adj. Petit vieux, chose vieillotte.
bien, adv. Bien, convenablement.
bienbelhent, o, bienbelhont, o, bienboulent, o, adj. Bienveillant qui
veut du bien.
bieribengudo, s. f., Bienvenue.
bienbengut, do, adj. Bienvenu.
bienboulencio, s. f., Bienveillance.
biendich, s. m., Terme heureux.
biendich, o, adj. Exprimé correctement, savoureusement.

�42

GLÜUSSARI D'OURLHAT

bieneslre, benestre, s. m., Bien-être.
Exp. : Lou bienestre jeto perdo : trop de bien-être est préjudiciable.

bienfach, befach, benfach, s. m., Bienfait.
bienfesencio, s. f., Bienfaisance.
bienfetour, s. m., Bienfaiteur.
bienlèu, adv. Bientôt.
bienurous, o, adj., Heureux.
hierje, o, adj. Vierge.
bierraire, s. m. Brasseur, marchand de bière.
bierro, s. f., Bière.
higié, s. m., Vannier.
higièiro, s. f., Oseraie.
higilencio, s. f. Vigilance.
tígilent, o, adj., Vigilant.
higilo, s. f, Vigile veille de grande fête.
hignal, bignau, s. m., Messier, personne chargée de veiller sur une
récolte.
bigorno, s. f., Enclume dont une extrémité est en forme de pain de
sucre.
bigorra{r), v. n. Barioler, assemblrer des couleurs tranchantes ou
mal assorties.
bigorrat, do, part. Bigarré, bariolé.
bigorrau, s. m., Bigarreau, grosse cerise oblongue, bigarrée de blanc
et de rouge à sa maturité.
bigos, bigosso, s. m. f., Boyau à deux fourchons très longs dont on
se sert pour fouir la terre.

�GLOUSSARI D'OURLHAT

43

bigot, o, s. m. f., Faux dévot, qui pratique mal sa religion.
bigour, s. f., Vigueur.
bigourous o, adj. Vigoureux.
bigoussa{r), v. a., Fouir avec le noyau.
bigoussado, s. f. Partie d'un terrain défriché avec le noyau.
bigoussaire, o, s. m. f., Défricheur.
bigre, o, adj. Polisson, désobéissant, étourdi.
bigre, interj., Diable !
biguié, s. m., Viguier.
bijarre, o, adj., Bizarre.
bijout, s. m., Bijou.
bijoutié, s. m., Bijoutier.
bijoulorio, s. f., Bijouterie.
bilage, s. m., Village, bilo, ville, bilasso, grande ville.
Mien, o, adj., Laid, sale, haïssable.
bilha{r), v. a. Veiller.
bilha{r), v. n., Arrimer une charge à l'aide d'une grosse branche
résistante (bòudoun) à laquelle on fait décrire une partie de
la circonférence. On dit mieux bòudouna.
bilha{r), v. n., Scier une branche, un tronc d'arbre en plusieurs
endroits pour former des rondins.
bilhado, s. f., Veillée.
bilhado, s. f., Longueur d'un rondin, action d'arrimer.

�GLOUSSARI D'OURLHAT

bilhaire, o, s. m. f., Veilleur, qui participe à une veillée.
bilhet, s. m., Billet, reconnaissance.
bilho, bilhou (mieux bòudoun), s. f., Grosse branche avec laquelle
on pratique plusieurs torsions autour d'une corde pour arrimer une charge. — Tronçon d'arbre.
bilhobe, bìlhòube, belòugue, s. f., Belette.
E per beire possa lo serp
E lo bilhobe e lou luzert
S'ojouco sus uno coussigo.
(Verm.)
bilhoun, s. m., Poire de la romaine.
bilhous, o, adj. Bilieux.
bilhouso, s. f., Veilleuse.
bilo, s. f., Bile.
bilo, s. f., Ville.
hiloja[r), v. n., Travailler à la ville. Par opposition on dit compeina :
travailler à la campagne.
bz'/om'o, s. f., Vilenie, méchanceté, bassesse.
bim, s. m. Osier.
bima(r), v. a., Lier avec un osier.
himieiro, bimotièiro, s. f., Oseraie.
bimolié, s. m., Osier jaune cultivé.
bin, s. m., Vin. Binasso, gros vin. Binon, binof binomi : petit vin
léger.
bina(r), v. n., Biner, célébrer deux messes le même jour.

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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/134b94280410eb659c0226184b33d7ad.jpg</text>
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              <text>Lo Cobreto &lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/11926"&gt;(Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
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