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Ounzièmo onnado.

—

BfZIEfiS

J\° 119.

15 de mai 1930

eOBRET©
DE

L'ESCOLO

OUBERNH ATO

E

DEL

NAUT-MIEJOUR

JOURNAU

MESODIE

ODESIOUO L'ESCOLO OUBERNHATO ' DOUZE froncs
Et l'on o lou Journau per res

I

Loa Journau sé* b'èna" btitP sas lou 'numéro
L'ORGINT :
0 M. Delteil, noutari, clobaire, Ourlhat.

Embouia.

LES POPIÈS:
0 M. H. Dommergues, pitchouno corrièro
Cazaud, Ourlhat, secretari.

Toute réclamation au sujet de numéros non reçus doit être adressée
directement au Secrétariat, SÊ^Ì^

Lo bouole, lo Morianno,
Lo bouole omai l'ourai.

La copie doit parvenir au Secrétariat (Petite rue Cazaud) avant le i5
de chaque mois pour insertion au numéro suivant.

BOURRÈIO D'OUBERNHO.

ENSINHODOU

1.

'Légion d'honneur.

Ai se ,prononce : ay
—
aou
au —

2&gt; Naissance.
3. Nécrologie.
4. Joyeux cortège ('Et.

MARCENAC).

5. Lois troutzos d'o Sonsat, — Conçut è comitorto (J.
S. MATHIEU).

6. Hommage

(M. LEMAIGRE).

7. A la Montagne (A.

SERRE).

8- Lou Tountoun Gustou (L.
9. Bibliographie.

Per \iixi lo Cobrelo

DËBRONS).

ei se pronoce : ey
èi se prounounço : èy
—
—
oi
oy
—
«ou
eu
—
—
èou
èu
—
—
oou
ÒU
—
—
11 (mouillés)
Jh
—
—
gn .
nh
—
—
tj
j
tch
ch
—
—

Ex. : Fai, fardeau.
— Mau, mal.
Ex. : Dei, des.
Sèi, sureau.
— Loi, les.
— Seu, suif.
— Lèu, bientôt.
— Pôu, peur.
— Bièlho, vieille
— Conho, chienne
— Jour, jour.
—■ Chobal, cheval

�2

LO COBRETO

LÉGION D'HONNEUR
Avec grand plaisir nous avons appris la
récente promotion au grade de Chevalier de
la Légion d'honneur de M. Mager, Industriel
à Paris — notre adhérent —. beau-frère de
M. Rebeyrols, le sympathique maire de Teissières-de-Cornet. Nos plus vives félicitations
au nouveau légionnaire.

NAISSANCE
Notre ami et adhérent de la première heure,, M. Alphonse Picou, Chef de Bureau à la
Préfecture, vient d'être l'heureux papa d'une
mignonne fillette ^Janine. A Monsieur et Madame Picou, nous adressons nos meilleures félicitations et les meilleurs vœux de bonheur
pour le bébé.

Nécrologie
Nous avons appris avec tristesse la mort
à l'âge de 84 ans, de Madame Souquet, mère
de notre excellent ami M. Souquet, percepteur à Vertaizon (P.-de-Dôme) et belle-mère
de M. Pouget.
A toute cette famille si cruellement éprouvée, nous offrons nos plus sincères condoléances.

JOYEUX CORTÈGE
Je dormais d'un profond sommeil
Quand une musique champêtre,
Passant gaîment sous ma fenêtre,
D'un pur amour me dit l'éveil.
Peu à peu je prête l'oreille,
Je reconnais le son très doux
De quelque vielle de chez nous
Dont quelqu'un jouait à merveille.
Dans le silence de la nuit
L'instrument vibrait comme une âme
En égrenant sa folle gamme,
Dont le danseur se réjouit.

Des chansons, des éclats de rire,
Tantôt bas, tantôt suraigus, ■
Montaient parfois en bruits confus
D'un jeune cortège en délire.
Dans un rêve des plus exquis,
J'ai fêté la blanche épousée
Au cœur plus pur que la rosée
Et les cheveux encor fleuris.
J'ai béni cette fraîche fille
Qui ne savait rien de l'amour,
Mais qui doit aimer à son tour
Dans le vieux lit de sa famille,
Dans le vieux lit tout
Où, tendrement, dans
La belle a fait comme
Après avoir quitté le
J'ai
Que
Car
Aux

virginal,
le mystère,
sa mère,
bal.

savouré la sainte ivresse
donnent l'amour et le vin,
on n'assiste point en vain
fols ébats de la jeunesse.

O vieux chemins de mon pays
Qu'eussiez-vous fait pour ce cortège?
Vos aUbópins couleur de neige
Auraient fleuri près des maïs.
Et sur la branche de la haie,
Un pinsonnet émerveillé
Se fut sans doute égosillé
Pour rendre la belle plus gaie.
Mais j'étais dans un vieux faubourg,
Bordé de taudis les plus sombres
Que rasent tant de louches ombres,
La nuit, prostituant l'amour.
Au lieu des senteurs d'aubépines
C'était l'haleine des égoûts,
Ou bien le relent des ragoûts,
La fade odeur des gourgandines.
Mais le cortège eut vite fui,
Et la vielle se fit lointaine ;
Je ne l'entendis plus qu'à peine
Par la ville où mourut son bruit.
Toute joie est donc éphémère,
Les beaux rêves sont les plus courts :
Ce fut sans doute un des beaux jours
Que la belle vivra sur terre.
Et je bénis avec raison
La maître vielleur de naguère
Qui troubla ma nuit solitaire
En passant devant ma maison.
Etienne MARCENAC.

�LO COBRETO

Los troutzos d o Sonsat
01 Xfèstre oste do Sonsat
Gustou Maurel, couraloment.

Se boulès faire un boun tinèl
Ocroncas lou d'un plat de trouzos,
Tocelados de tacos routzos,
E couflados d'oli rcussèl.
Quond sou sourtidos del fournèl
Les caissaus n'òu jomais proutzos!...
N'i o des moudiòus è de los coutzos
O Sonsat, tzas Gustou Maurel.
Desiras que siascou pus bounos !...
Ennegas los pauros trouzounos
Dins un paucou de bi de Còu.
En ogocha bos lo ribièiro,
Estiflas n'en... sons ober pou
De fa peta lo soubentrièiro.

Coucut è comitorto
Rousselejes, coucut,
Sur to comboto primo
Quond te flouris lo primo
Dins un mouine borbut.
Per que quilha lo cresto
Orgulhouso d'un gal,
E faire tont l'orbal
Quond l'on es bièlho cesto ?
En mai lèt 2s lou cap
Desturbat de fculïo,
En mai to pouesïo
Te fo possa per fat.
Digo me, comitorto,
Que t'escoundes jous pès
E beleu tout esprès
Jous uno fuèlho morto,
Es qu'as jomais aufiat
Lo sentour copitouso
De so flour auturouso ?...
— Noun — per que n'o pas cat.

HOMMAGE
Cent ans! n'est-ce pas moins, souvent, qu'il faut à
[l'homme
Pour tomber en poussière et plonger dans l'oubli ?..
Cependant, sur le sol couvrant l'enseveli
Et sous l'azur profond resplendissant en dôme,
Parmi les siens, des horizons où lout le nomme,
Héros du beau, du bien, un poète accompli,
Dont l'œuvre d'art, avec le temps, n'a point faibli
Défend mieux son pays que nul roi son royaume.
Par « Mireïo » fleurie aux baisers du soleil,
Mistral ne fait-il pas, dans un printemps vermeil,
Rayonner et chanter l'âme de sa Provence ?
Contre la mori, dressant la vie et l'espérance
Il amassa, grandit et protège un trésor
Aussi durable et pur qu'au ciel l'étoile d'or.
Maurice LEMAIGRE

A la Montagne
Discours de M. SERRE,
à la fête de l'Amicale de Salers
Mesdames, Messieurs,
Mes chers Compatriotes,
Pour suivre la tradition que votre indulgence m'a
permis d'établir, nous allons parler un peu du vieux
paysT C'est toujours au passé qu'il faut en parler,
car les coutumes et les mœurs depuis trente à quarante ans, depuis la guerre surtout, ont suivi le
mouvement général et se sont bien modifiées.
Je suis tout confus, au surplus, devant une assemblée de jeunesse élégante comme celle-ci, de ne
savoir évoquer d'autres souvenirs que ceux de la vie
rustique de nos campagnes. Si vos parents ou vos
grands-parents étaient là, ils prendraient sans doute
intérêt à entendre rappeler les choses qu'ils ont connues et aimées. Pour vous, jeunesse, l'évocation ne
peut avoir qu'un intérêt documentaire et je m'en
excusé d'avance.
LES

Dono li lou reboueime
Que grociouso lou nas.
L'umilitat ment pas,
O lo sentour è l'eime.
J.-S. MATHIEU.

VACHES

Tous ceux qui ont parlé, dans leurs discours ou
dans leurs écrits, des impressions qu'ils ont ressenties en parcourant nos campagnes aux jours ensoleillés de l'été, ont signalé les carillons de clochettes,
qu'on y entend de toutes parts. Ils ont vanté le

�4

LO COBRETO

charme de cette musique sans faire la juste part des
...artistes qui l'exécutent. Je veux dire les troupeaux, les bonnes vaches. Laissez-moi vous parler
un peu des vaches de chez nous.
Ne craignez pas que je vous fasse un cours de
zoologie ou de zootechnie. Quand nos paysans se
rencontrent entre eux, ils ne s'entretiennent que
« de vaches et de veaux ». Ma compétence en cette
matière, ne saurait égaler la leur. Je me contenterai
de vous dire qu'elles sont belles, nos vaches de Salers. Elles ont le rein droit, la croupe arrondie, la
culotte bien prise, le jarret nerveux, les attaches
fines, la tête relevée et fière, les cornes lisses et
symétriquement disposées, le mufle — j'allais dire
le visage — gracieux et régulier. Leurs grands yeux
marrons, doux et placides, deviennent brillants et
s'injectent de sang quand la fureur les prend ou lorsqu'un danger menace leurs petits. A l'état normal
ce sont des yeux tranquilles que n'a jamais troublés
le passage d'un train, puisque le chemin de fer n'a
pas encore violé la paix de nos montagnes. Quand
leur silhouette, rouge ou fauve, se détache sur le
fond vert d'un coteau, nos vaches ont une ligne
académique d'une élégance sans pareille.
Elles remplissent la vie de chez nous, depuis la
tendre enfance où on apprend à les garder, jusqu'à
l'extrême vieillesse où on use ses dernières forces à
leur donner la ration. Oui, tout enfant, on s'attache
à elles. Et, ces jours derniers, en contemplant les
étalages somptueux où les grands magasins de
Paris exposaient les jouets innombrables et précieux,
j'ai pensé aux vaches de chez nous. Les enfants de
nos villages n'étaient pas comblés de jouets comme
ils le sont aujourd'hui. La première envie d'un petit
bonhomme de six ou sept ans était d'avoir un couteau. Non pas un méchant couteau avec un sifflet
qu'on attachait, à l'aide d'une ficelle, à la ceinture
de la culotte, mais un vrai couteau d'homme, suffisamment robuste et tranchant pour tailler dans le
bois. Quand on avait obtenu des parents l'autorisation de le porter et qu'on était assez riche pour se
le procurer, on se le mettait bien en main et, à la
prochaine haie, on choisissait pour la couper une
pousse de coudrier. On la prenait d'une grosseur
appropriée et on se mettait à la tailler en biseau ;
dans le biseau on faisait une encoche dont les deux
pointes en fourche figuraient des cornes. On sectionnait la branche à deux ou trois pouces de longueur
et on avait fait une vache. Assurément ce genre de
travail n'avait rien de commun avec la sculpture,
mais c'est ainsi que, par tradition, les petits bergers
faisaient des vaches. On en faisait de nombreuses
et je vous prie de croire qu'aucun jouet savant n'a
jamais donné à un enfant de la capitale la joie que
procuraient aux petits de chez nous leurs vaches de
coudrier.
J'avais pensé que cette coutume, par les temps

nouveaux, avait rejoint dans l'oubli, les vieilles coutumes de mon enfance. Mais, un jour du bel automiiejdeïnier, me promenant seul dans les champs,
mes yeux se sont arrêtés au pied d'un merisier sauvage. Deux vaches de coudrier étaient là, abandonnées sur une motte de gazon qui devait représenter
la montagne.
Je m'accuse aujourd'hui publiquement de ce larcin ; je les ai ramassées et je m'en suis allé les
contemplant dans le creux de ma main. Elles avaient
bruni depuis des semaines sans doute : les averses
et le soleil les avaient patinées. Je les ai emportées
précieusement et je dois au petit qui les avait faites
une longue heure de rêverie mélancolique, car, vous
le saurez un jour, l'homme ramène tout à soi, et
j'ai vécu là, dans les pacages de mon pays aimé, pendant un long moment, les jours lointains de mon
enfance.
LES ETABLES
En cette saison les vaches vivent dans les étables.
Ces étables, grandes ou petites, étaient toutes bâties
sur le même modèle, au flanc d'une déclivité afin de
faciliter, du côté haut du terrain, l'accès de la grange
qui se trouve à l'étage. On en construit aujourd'hui
de plus belles qui répondent mieux aux règles de
l'hygiène mais perdent sans doute en pittoresque.
Les vieilles étables, ont souvent un toit de chaume moussu qui, d'un côté, descend jusqu'au ras du
sol. L'air et la lumière n'y pénètrent que par d'étroits soupiraux. Encore, lorsque le vent glacial fait
voltiger la neige, ces ouvertures sont-elles bouchées
avec de la paille pour conserver la chaleur intérieure.
De la sorte l'obscurité y est à peu près complète.
Cette obscurité, toujours impressionnante, est propice aux manifestations des esprits invisibles. Les
lutins, ceS êtres qui vivent le jour on ne sait où,
mais qui ne sont pas des esprits assez purs pour être
insensibles au froid, viennent la nuit, se réfugier
dans la tiédeur des étables. Ils ne commettent guère
de sévices contre les bonnes vaches qui s'accommodent assez bien de leur société. Mais le « Dra », le
plus connu et le plus espiègle d'entre eux, détache
la jument poulinière,, lui tresse la crinière pour s'en
faire des étriers, et la fait courir toute la nuit d'un
bout à l'autre de l'étable. On a souvent trouvé, au
matin, la malheureuse cavale en sueur, sans licol, la
crinière emmêlée au point qu'aucun peigne n'y pouvait rien pour la remettre en ordre.
Certains esprits forts vous diront que tout cela est
billevesées, que la crinière s'est emmêlée faute de
soins quotidiens. Mais on sait bien à quoi s'en tenir,
depuis des siècles que ces faits se reproduisent.
D'ailleurs on ne peut pas douter de l'existence du
« Dra » et de ses frasques. On connaît ou ou a
connu tel vieux vacher qui avait plusieurs fois entendu le « Dra » s'il ne l'avait jamais vu.

�LO COBRETO
Le souci principal de ce lutin est de ne laisseaucune trace de son passage quand il pénètre dans
une étable. Il est des vachers qui, pour avoir couché
longtemps dans les étables isolées pour veiller sur
les bêtes malades, se sont familiarisés avec les facéties du « Dra », ne le craignent pas et jouent de
ruse avec lui. Ils bouchent tous les soupiraux à
l'exception d'un seul par lequel le malin sera bien
forcé de passer. Dans le cadre de cette ouverture ils
déposent une poignée de petites.graines de foin. En
entrant le « Dra » fait tomber les graines ; il s'en
aperçoit et, pour effacer toute trace, il se met à les
ramasser une à une. C'est un travail de patience,
comme vous pensez bien, et qui lui arrache des
plaintes, des gémissements, des jurons éclatants. Il
ne se doute pas que quelqu'un l'entend, le vacher
qui se met sur son séant, éclate de rire et l'accable
de ses railleries.
Le lutin, honteux et confus, s'enfuit dans la nuit
et ne reparaît plus de longtemps.
Vous voyez bien que-le « Dra » est un habitué des
vieilles étables de chez nous.
C'est par les bonnes vaches, quelquefois, que se
manifestent les esprits de l'au-delà.
Le matin, en arrivant à Pétable, on trouve, attachées dans le même licol, deux vaches qu'on avait
laissées la veille bien séparées, chacune liée à sa
crèche. Il faut bien que ce soit là un fait surnaturel
puisqu'il vous sera matériellement impossible d'assembler ainsi deux bêtes dans la même chaîne ou
dans le même carcan de bois recourbé.
Par exemple, si vous êtes effrayé, gardez-vous
d'appeler au secours ou d'aller chercher quelqu'un :
les deux vaches s'étrangleraient et vous indisposeriez
gravement l'auteur invisible de ce tour de force.
Prenez votre courage à deux mains, de même le
licol et délivrez sans bruit les pauvres bêtes. P'aites
part sans éclat à votre vieux père ou à l'aîné des
vôtres de la découverte que vous venez de faire. Ne
voyez là qu'une supplique du dernier défunt de votre
famille : allez trouver M. le Curé et priez-le de dire
une messe ou deux pour le repos de son âme.
Vous qui m'écoutez, ne tentez pas de mettre en
doute la manifestation dont je vous parle. Demandez
seulement à ceux de ma génération et à mes aînés
de là-bas. Tous vous dirons que, s'ils n'ont jamais
vu le fait eux-mêmes ils l'ont assez entendu conter
par des gens dignes de foi.
PRINTEMPS
Cependant l'hiver est fini ; avril met des feuilles
aux branches, le coucou chante dans les bois, les
dernières neiges fondent le long des talus. Les vaches
sortent des étables ; les grands troupeaux se répandent dans les prés où verdit l'herbe jeune. Les
bêtes que n'ont pas trop anémiées la maternité

5

récente et la longue claustration, se livrent à des
gambades échevelées ; les taurillons essaient leurs
jeunes cornes dans des luttes homériques qui labourent le gazon frais. Les carillons de clochettes remplissent de nouveau la campagne. C'est le printemps,
c'est la vie toute neuve.
Bientôt, quand la mi-mai arrive, les vaches, les
« montagnières », donnent des signes d'impatience.
On les voit, plus nerveuses, humer l'air du lointain,
fixer leur regard sur un point de l'horizon. Un matin, après avoir passé la nuit à la belle étoile, elles
renversent les barrières du parc. Les plus hardies
s'engagent dans un vieux chemin connu d'elles. Mais
elles ne vont pas bien loin, car, malgré leurs appels,
leurs petits ne les suivent pas, enfermés qu'ils sont
entre les murs de l'étable.
Le fermier monte à cheval et va voir à la montagne si l'herbe est à point. On aperçoit bien, de loin,
que la verdure, peu à peu a gagné les hauteurs,
mais il faut s'assurer que les troupeaux y trouveront
une nourriture suffisante.
La montagne, au sens agricole de chez nous,, c'est
le lot de terrain, situé sur les hauts plateaux, qui
appartient à une ferme du bas-pays.
Dans d'autres régions, la transhumance, l'alpage
s'exerce en commun. Chez nous, chaque grande propriété d'en bas possède en propre une centaine d'hectares de pâturages d'été qu'on appelle la montagne.
Salers, notre capitale de Salers est bâti là-haut
dans ces montagnes, sur un double mamelon où il
chante de toutes ses vieilles pierres un hymne millénaire au souvenir celtique et à la beauté médiévale.
Vous le connaissez, notre Salers? Si vous aimez
l'Auvergne, si vous l'avez parcourue, vous ne seriez
pas excusable de n'avoir pas visité Salers.
Montez sur la tour la plus élevée de Salers, tournez-vous vers le Puy-Violent, vous apercevrez une
immensité de verdure, dans un pays tourmenté qui
garde la marque des convulsions des âges primaires.
Vous ne voyez qu'une faible partie de la pelouse désertique qui s'étend autour des grands puys. C'est le
domaine des vaches. Nous allons, si vous voulez, en
parcourir une parcelle qui va de Salers à la vallée du
du Mars. Prenons, près de la gentilhommière de
Jarrige, aux portes de Salers, l'amorce d'un vieux
« chemin ferré ». On appelle ainsi les anciennes routes, pavées de larges blocs de basalte. Chaque fois'
que mes pas heurtent des vieilles pierres placées par
la main des ancêtres lointains j'éprouve une émotion intense. Je m'arrêterais volontiers ici pour demander son âge à ce chemin. Il me répondrait sans
doute que les aïeux l'avaient tracé et construit longtemps avant la conquête romaine qu'il n'était pas
voie romaine mais voie celtique, qu'il partait de Salers, passait par la montagne de l'Etrade en lui laissant son nom (strata, route) qu'il traversait le vallon
d'Auze et encore des montagnes, s'enfonçait dans la

�6

LO

COBRETO

vallée du Mars, remontait par l'autre versant, passait
à une autre Estrade sur les plateaux de Trizac et
s'en allait ainsi jusqu'à la ville des Arvernes, jusqu'à G ergo vie...
Mais je sors de mon cadre, nous ne sommes pas ici
pour faire de l'archéologie. Marchons plutôt dans
l'herbe humide et grasse des montagnes, dans le
désert sans arbres où vont venir les vaches. Nous
longeons la masse ronde d'en Fuyé, sur notre droite, voici en Conche, la cuvette, en Combrun; audessus en Neyronne. Traversons l'Auze, voici en
Chabanolles. Remarquez comme tous les noms de
par ici son procédez de la préposition en. Cette
préposition ne s'emploie qu'avec des noms de montagnes. Dans d'autres provinces, du côté de Belfort, par exemple, on la trouve devant des noms
de villages.
De ces crêtes où nous sommes parvenus, qui appartiennent à en Chavanolles, regardez devant vous,
en bordure de la vallée du Mars qu'on devine, au
fond de la montagne de mou voisin de gauche, M.
Roche, maire de Saint-Martin, regardez deux grandes plateformes rocheuses. On y distingue, nettement conservées, les fondations de tours rondes et
carrées, d'un corps de logis important. Là était le
château de Segret dont on ne connaît pas l'histoire.
On sait seulement qu'un Astorg de Segret accompagna, si j'ai bonne mémoire, saint Eouis, à la
croisade, et écrivit notamment un sirvente qui a
été conservé.
En retournant là-bas vers la ligne des arbres qui
délimite les régions habitées, nous rencontrons encore, dans le territoire d'en Chavanolles, les vestiges d'un village qui comptait une dizaine de maisons. Comment s'appelait ce village? Nul ne le
sait. Dans ce désert de la montagne, quelques-uns
des nôtres avaient bâti leurs demeures, il y a trois
siècles ou trois mille ans. Là ils ont aimé, ils ont
aimé leurs foyers, leur village comme nous aimons
les nôtres. Quel cataclysme est passé par là? La
peste, le feu, les routiers ? Personne jamais ne
saura le dire, ni le nom du village. J'ai rêvé bien
des fois devant ces pierres muettes.
A. SERRE.
(La fin an prochain numéro).

Fosès couneisse è leji LO COBRETO ois omits,
ois besis. Menas-nous mai mounde enquère. Per
douze froncs per on cadum pouot fa beire que
poutinho pas lou poïs è lo lengo de lo Momo.

Lou Tountoun Gustou
Pèsso de teatre en 3 actes
de
Louis DEBRONS
Retour o lo tèrro nodolenco.
II. — Uno fèsto en Oubèrnho.
111. — L'esprobo.

ACTE PREMIER. —
ACTE
ACTE

PERSOUNAGES
LOU TOUNTOUN GUSTOU.

noutari.
CòTINÈL, serbento de Contogrel.
Lou COUARROU DELCOSTÈL.
CONTOGREL,

UN SECRETARI.

JuONT
LEONTINO

e soun orne

jNeboudo à Nebouts
del

PAULET/

UGÈNO.

Tountoun

ZANICOU

GUSTOU

(Cobretaires, Contaires, donsaires è • donsairos
bestits o lo mouode de l'ocien tems.)

ACTE PREMIER
(Uno estudio de noutari de componho)
Lou Couarrou Delcostèl, Contogrel, noutari.
CONTOGREL. — Oïo ! Moussur Delcostèl, bous ai
jomai bist omb uno caro enchiprouso coumo l'obès ohuèi. De que li o de noubèl ?
DELCOSTÈL. — Ni o be prou, malurousoment.
Soui l'orne lou pus o plonje que li acho sus lo tèrro, otobe, tonès... se mo religiù zo defendio pas...
(fo sinne dz se tua) mes, lou d'omount (quilho lou
degt bol cièu) m'o dounado lo bido è guel soul es
mèstre de lo dousta.
CoNTOGRÈL. — Coumo disès, n'es un secret per
digun que quond lou boun Dieu nous boù, som
pas nostres ! Mes, m'entraje qu'obès de los idèios
negros...
DELCOSTÈL. — Que me fòu possa los nuèts
bloncos.
CONTOGRÈL. — O proquo ! è d'ound oquo be ?
Disès-o me, som soulets, digun entendro. E eau
sab, belèu pourrai odouci bouostre mau.
DELCOSTÈL.

— Eilas !...

CONTOGRÈL. — Porlas biste, bous en prègue..
DELCOSTÈL.

— Oti obès :

Moun fil Polyto qu'aimabe tont, n'ère tont fier,
biùbio que per guel; per lou sober urous òurio

�LO

7

COBRETO

dounat moun song. E be, moun fil Polyto, be de
n'en faire uno que m'entorroro dobont ouro.
CONTOGRÈL (espourucat). — E de qu'o fach ?
DELCOSTÈL. — Sobès.que per ocoba sos estudiós de medeci, portiguèt o lo Copitalo. Dins
oquelo bilo de malur, dins oquel ifèr, dins oquel
endret de perdiciù; mon efont pecaire, (d'un
rebèr de mo, bouisso uno gromèlo) s es daissat
tenta. O mau birat. Omb de los garços de femnos
è los cartos o monjat nostre be. Les Uchiès menaçou de me faire sozi se dins uno quinzenado n'ai
pas remboursât ço que moun fil o molebat, ou beleu... penat !
Estimoria cent couops mièlh lou sobeire o bint
pèds jous tèrro que de qu'ound es.
CONTOGRÈL. ■— Plago d'orgent n'es pas mourtèlo, Moussur Delcostèl. Troubores eici prou
mounde que bous en prestoro. Ièu lou premiè.
DELCOSTÈL. — Grond-merces mès bouole pas
mcbela. Cossi bourias que tournèsse oprès ? Bouole bendre lou be. Troubas-me un croumpaire è
me rondres un crane serbice.
CONTOGRÈL. — Quo sero gaire aisat. Bese digun
pr'eici qu'acho les rens prou soulides per oquo.
Còurio un Guirolou de los Grispalhos, oncien forolhaire, ou un bourriaire enrechit. Un estrongiè
milhounari bouro pas beni s'entorra dins nostre
trau.
DELCOSTÈL. — Proquo, de boun grat ou de
fouorçc me còuro li possa coumo lou gal pel lo braso. Coumprendès-be, qu'un jour ou l'autre, los sousos de moun fil se decioloròu. Ièu n'òusorai plus
olèro, ogocha lou mounde en facio. Lo bregounjo
m'estouforio be. Otobe, bau bendre, per poga les
creonciès è oprès m'en onorai pel pois... ound ?...
n'en sabe res, belèu o Poris, ombe guel, se... n'es
pas en preisou ! (plouro).
CONTOGREL (lou counsolo). — Poudès coumta
sus moun odujo, moussur Delcostèl. L'orgent
bous moncoro pas. Se poudons pas bendre couop
sec; trouborens des oboncis sus ipoutècos. Mès,
en gracio, bous fogossias pas del meissont song
otau. Lou defèci bous tuoro.
DELCOSTÈL. — To mièlh, noum d'un gai !
CONTOGRÈL. — Seres pas pus obonçat; surtout
se toumbai molaude.
DELCOSTÈL. — M'en foute ! En ottendont, bau
escriure os uchiès de pocienta un briù.
Couonte sur bous Contogrel, per m'oronca de
lo potrango ound soui empetegat.
CONTOGREL. — Forai mou poussible.
DELCOSTÈL. — Enquèro un autre couop Grondmerces è o lèu-lèu (se. lèbo per s'en ona).
CONTOGRÈL. — Dias-me,( Moussur Delcostèl,
corn boulès faire de bouostre be ?
DELCOSTÈL. — Quatre cent milo froncs (Sen bo).

CONTOGRÈL (Lou sèt jusqu'o lo pouorto). — Entendut.
(Soulet).
Quatre cent milo francs, petobar; cquo se trobo pas dins un trau d'ogulho ni dins uno pouocho
traucado !...
Mès, quono puro es ? (sort la mouostro del
fousset). Le serbenio dèu èstre tournado. (Lo
sono) Cotinèl, au Catinèl ?... (digun respouond).
Quo's égal ; n'o pel pus mins duos ouros qu'es
portido faire uno courneciù è n'es pas enquèro
tournado. Sons se preissa, li colio bint minutos,
lou mai; mès es talonnent porpondasso! Cau que
toujours s'orrèste omb uno ou l'autro per faire ona
lou botorèl. Bous ofourtisse que li s'entend oquelo
rrerlo. Omb cquo es curiouso que eau sab. Se
caro de sobeire ço que se fo eici, ço que se dis
olai.
O part oquo, n'es cat de pieu meissonto perso.uno. M'en trobe plo dempiièu que l'ai o moun
serbice. Es bouno cuisinièiro, engino de crânes
repossous; plo cochado, bolhonto, espornhonto;
me te l'oustaut to plo que mo pauro defunto femno dobont Diù siago !
V'
Et ço que m'ogrado, surtout, quo's que se countento d'un magre solari. Ol jour d'ohuèi quo se
bei gaire, (òusis comina cauqu'un). Mès disou
qu'en porla del loup n'es pas Ion. Lou proubèrbe
es bertodiè; oti o lo Cotinèl.
CONTOGRÈL,
CONTOGRÈL.

COTINÈL

— Orribai çoquelai, n'es pas dou-

mage. Pense qu'obès ougut tems de faire ona lo
mèuso ! Cau pas èstre preissat omb boups. Quond
me còuro mouri, bous mondorai quèrre lo mpuort !
COTINÈL. . . Pardi, Moussur, me soui ottordiùgado un briù ombe lo Nanoun d'o lo Fouont. M o
dit que moridabo lo sio filho ombe l'ainat de Guillaume d'en Dousco. Ooquo's fostat, nostre copelot que fo faire oquel moridage. Ti obès de los
proticos per possa lou countrat.
CONTOGRÈL. — Quo's bertat per mo fe; oqnesses nobis seròu pas sons res.
COTINÈL. — Foutre, pense-be.
CONTOGREL. — E quo se dèu faire lèu ?
COTINÈL. — O fi des cornobaîs.
M'òu dit otobe, que lo fenno del fustié o facho
uno bessounado oqueste nuèt. Duos filhos, escorbilhados coumo un plen polhossou de rats. N'òu
cat d'ebejo de bira l'uèlh, domondou qu'o biùre è
o teta.
CONTOGRÈL. — Un porel ol couop, es bouci trop
per un meinage que ,m'es obist estiro mai qu'o
soun tour lou diaples pel lo coueto. Li moneo soubent un escut per ober cinq f roncs. Lou fustié
pouot lima lo ressègo è trobolha un pau mai per
nouiri los noubèlos boucos.

�8

LO COBRETO

— Paure trimordas, bai !
Es dias, n'es orribado uno de fresco o Touèno
d'Ontuéjou. Moginas-bous qu'orces onèt o lo gronjo per opostura los bacos. Uno pouosses del ploncat cedèt è Touèno possèt dins l'estaple. S es
eoupado uno oombo è se plonj des rens. Lou medeci es bengut; ornai n'en dono pas de bou.
CONTOGRÈL. — Lou fèt es qu'o soun age quo
pourrio-be li jouga cauque meissont tour.
COTINÈL. — Tiras, n'es pas joube oquel orne.
CONTOGRÈL. — O biroun sièiossonto quotorze ou
sieissonto quinze ons.
COTINÈL. — Quo's-be ticon otau.
Ousigorias-be porla dornièirement, que Fronces
è Jousèt d'o lo Crout-Nauto s'èrou foutrolhat, o
causo que los poulos de l'un onabou grota dins
l'hort de l'autre.
CONTOGRÈL. — Se tustèrou coumo des cuèrs !
CoTINÈL. — Mosque, oquo demouoro pas oti.
Boù pleija. Les gendarmes sou benguts oqueste
moti per enquesta. Omai n'òu pas perdut lour
tems. En possa pel los carns òu otropa Botistou
que ccssabo sons permis. O be còusut que lou
suspringuèssou, pertau que se les obio bist beni
serio pas estat finhont per faire ona les fetous è
lour brulla lo poulitèsso.
CONTOGRÈL. — Per oquo d'oti rai, belèugot !
Mès, milo sobats, scuro de que n'en couosto de
bouler cossa sons èstre en règlo. Pogoro car, omai
n'òuro pas de permis.
COTINÈL. — Tont pire, pel guel !
Counessès-be lou fil del fabre ? Es tournât del
serbice; mès bou pas demoura pr eici. S en torno
o lo bilo trobolha dins un oteliè de tomobilos. Mai
o perpau de tomobilo, sus lo plaço n'ai bisto uno
de crano, touto bitrado, nau ou dex persounos
poudiòu li claure dedins sons èstre pinhados.
CONTOGRÈL. — Diantres òu !
COTINÈL. — Uno bouoturo coumo oquelo d'oti,
poudès creire que l'estimorio mièlh mièuno que
noum pas d'oquel qu'es; sons lou counesse ni lou
mespresa. (Cauqu un esquillo o lo pouorto.)
CONTOGRÈL. — Ou esquillat, Cotinèl.
CoTINEL. — Bau durbi. (S'en bo.)
COTINÈL.

CONTOGRÈL
CONTOGRÈL. — Lou couop d'esquillo l'o derengado sons oquo, serio enquèro o debòuse lou gròumèl de noubèlos que be de glona.
CONTOGRÈL, COTINÈL
COTINÈL (preissado). — Moussur! oquo's lou
Moussur qu'ai bist tout aro dins lo tont richo tomobdó^que domondo o bous porla ?
CONTOGRÈL. — Bous o pas dich soun noum ?
COTINÈL. — Nai pas pensat c lou li domonda.

CONTOGRÈL.

— Onas quèrre oquel couarrou ! (li

bo).
CONTOGRÈL
CONTOGRÈL. — Cau diaples oquo pouot d'èstre ?
(sousco un briù) zo beirens-be.
CONTOGRÈL, COTINÈL. TOUNTOUN GUSTOU

(Se lèbo, soludo l'orribont ombe respèt è lou coubido o s'osseta). — Ossetas-bous,
Moussur, pcgores pas ni mai ni mins.
GuSTOU. — Quo's o Moussu Contogrèl, noutari,
qu'ai l'ounour de porla ?
CONTOGRÈL. — O Contogrèl, noutari, guel mémo, en car è en osses. De que li o per bouostre
serbice ?
GUSTOU. — Daissas-me d'obouord, me faire
counesse. Moun noum es Gustou Potèlo. Soui noscut dins cquesto porroquio; n o taloment d'onnados que me soubène plus qu'es oquelo.
CONTOGRÈL. — Ai òusit porla de bous.
CONTOGRÈL

GUSTOU. — En tourna del serbice, òuguère tompage ombe moun fraire ainat per portoja l'eritage
que nous obio laissât nostre paure paire. Mo maire, que pecaire, dèu ober les osses coufks d'oquesto ouro ?...

(0 sègre)

•
Louis DEBRONS.

BIBLIOGRAPHIE
Dr Charles VIDAL : Nostra Côsina, Paris
(IXe), 6, passage Verdean, Librairie Occitania, 1930, 140 p., 10 francs.
Un beau livre vient d'être consacré à nostra
Côsina, « notre cuisine » c'est-à-dire la cuisine du pays Castrais, dont l'auteur, M. le
Dr Charles Vidal est un des enfants les plus
fidèles.
Ce n'est pas un livre de cuisine ordinaire,
encore qu'on y trouve les recettes les plus savoureuses. C'est plutôt un poème épique à
la gloire des fruits, dest légumes et des mets
du riche terroir, de cette jolie région Tarnaise.
Et c'est un poème qui n'est pas en vers
mais qui est rédigé dans cette douce langue
occitane qui poétise les sujets les plus terre-àterre. Il trouvera certainement de nombreux
admirateurs parmi les lecteurs du pays d'oc
et aussi du pays d'oil.
Z. A.

io.l.û.Û.
iBEZiERS

Estomporio de

M.

LOU fíerent ■ K

POJRIER-BOTTREAU.

Ourlhat.

POIRIER-BOTTREAU.

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              <text>Serre, Antoine (1868-1952)</text>
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          <name>Contributeur</name>
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