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BÉZIERS

15 de Décembre 1933

Quotorzièmo onnado. — N° 162.

L© e0BRET0
DE

L'ESCOLO

OUBERNHATO

E

DEL

N A UT-MIE JOUR

ÜOURNAU

MESODIE

ODESIOU O L'ESCOLO OUBERNHATO : doutche froncs
Et l'on o lou Journau per res
Lou Journau se bend bint sos lou numero

L'ORGINT :
0

M. PAGES,
OURLHAT.

CLOBAIRE,

BONCO

VILLA,

LES POPIÈS:
0 M. H. DOMMERGUES, PITCHOUNO CORRIERO CAZAUD, OURLHAT, SECRETARI.

Toute réclamation au sujet de numéros non reçus doit être
directement au Secrétariat.

l-o bouole, lo Morianno,
Lo houole ornai l'ourai.
BounnÈio

La copie doit parvenir au Secrétariat (Petite rue Cazaud), avant
15 de chaque mois pour insertion au numéro suivant.

1. Distinction.
2. Xos félibrées.
3. Vieux Noëls.
4. L'Escolo Oubernhato à Bordeaux.
6.
7.
8.
g.

le

D'OUCERNHO.

ENSINHODOU

5.

adressée

Radiodiffusion.
Ti m'o feiibre (Dr P. GÉRAUD).
La souche de Noël (Et. MARÇENAC).
Ancien Noël (J. BKRNADY).
Vic-sur-Scène (suite et fin) (E. PAGÈS).

DISTINCTION
Notre compatriote et ami, M. Alsac, contrôleur en retraite des P. T. T. vient d'être nommé Officier d'Académie. Nous lui adressons
nos bien sincères félicitations.

NOS

FÉLIBRÉES

Nos félibrées données au Théâtre municipal d'Aurillac, les 11 et 19 novembre, se sont déroulées devant
des salles combles et ont obtenu beaucoup de succès.
A la félibrée du 3 g, nos sympathiques danseurs Cardon et Faucher ont donné pour la première fois, sur
notre scène, une bourrée acrobatique : La bourréeescabel, qui a été particulièrement applaudie.
*

* *

Le 8 décembre, sous la présidence d'honneur de
Mesdames Bosney et Dauzier, avait lieu au Théâtre
Municipal, un concert au profit de l'Arbre de Noël
des écoles maternelles de la ville d'Aurillac. Ce concert a été exécuté par M. P. Redon et ses collaborateurs du Groupe Artistique de l'Escolo Oubernhato.

�LO COBRETO

2
VIEUX NOËL.S

Le Groupe Artistique de l'Escolo Oubernhato
chantera pendant la Messe de Minuit, à l'église StGéraud d'Aurillac, une série de vieux Noëls auvergnats en dialecte cantalien.
C'est M. P. Redon qui en dirigera l'exécution et
qui les accompagnera au grand orgue.

grand succès. Beaucoup de numéros furent bissés et
trissés.
Nos félicitations à Mme Boër, qui obtint — comme
d'habitude — de chauds applaudissements, au bon
troubadour Cardon, dont il est inutile ici de faire
l'éloge, à MM. Delzangles, Cueillie, P. et H. Cambourieu, les excellents solistes, à tous les choristes et
danseurs qui exécutèrent sans le moindre accroc tous
les numéros du programme. Et nous n'aurons garde
d'oublier le Professeur-Compositeur P. Bedon, qui
dirige avec autant de compétence que de dévouement
le Groupe artistique de l'Escolo.
Voici d'ailleurs comment parlent de la représentation du Trianon, les deux grands quotidiens borde-

lais :
L'Amicale des Auvergnats de Bordeaux avait inDe la Petite Gironde :
vité l'Escolo Oubernhato à aller lui faire une visite.
Seule l'orthographe un peu rébarbative du qualifiC'est pour lui donner satisfaction que le dimanche,
catif
appelle une traduction : il s'agit de l'Ecole Au3 décembre, à sept heures du matin, un confortable
vergnate.
Ce groupement artistique, venu en droite
car quittait Aurillac, emportant une troupe joyeuse
i
ligne
d'Aurillac,
csl vraiment sympathique el fort
de trente félibres cantaliens. Argentat, Tulle, Brive,
I
intéressanf.
Nous
en avions eu un avant-goût l'an
Périgueux... Arrêt à midi dans cette dernière ville où
dernier,
lors
du
banquet
de la Société l'Auvergne.
un excellent déjeuner attendait nos félibres. Visite de
Aujourd'hui,
chanteurs,
poètes,
danseurs et danseula belle cité périgourdine et, à 3 heures, départ pour
ses
auvergnats
nous
reviennent
plus
nombreux. Douze
Bordeaux. La caravane arrive à 6 heures devant le
couples
avec
des
jeunes
femmes
infiniment
gracieuluxueux Hôtel Continental 'où elle devait loger.
ses
et
jolies,
doivent
nous
présenter
un
répertoire
saUne réception des plus cordiales lui fut faite par
voureux
de
vieilles
chansons,
de
poésies
et
de
danses
un groupe de compatriotes parmi lesquels MM. Goubert, Directeur de la succursale Gramophone, Fres- I du pays d'Auvergne.
M. Henri Dommergues, un felibre du Plateau Censinet, propriétaire de l'Hôtel Continental (1), Boutral, secrétaire général du Groupe, présente une sorte
quier, de Bègles, Marc Lacassagne, Antonin Fabre,
de Manifeste de l'Escolo Oubernhato. Il ne nous est
Jules Arles, etc..
malheureusement pas possible d'analyser en détail
La journée du lundi fut consacré» à la visite de la
ville. Une agréable surprise était réservée aux féli- les danses pittoresques, les poèmes tour à tour émoubres : le sympathique M. Bouquier avait obtenu l'au- vants, gais et fantaisistes. Pendons hommage à M.
Cardon, un gai troubadour, un des animateurs de la
torisation de leur faire visiter un paquebot qui se
renaissance de la langue auvergnate; à M. Bedon,
préparait à partir pour le Maroc, le « Marakech ».
qui dirige la musique, et à M. Cueilhes, chargé de
M. Bouquier, soyez remercié par votre aimable
régler les danses.
attention !
Une assistance nombreuse, où on reconnaissait les
A 8 h. 30, une représentation était donnée au
dirigeants
de l'Association des originaires de l'AuTrianon, le coquet théâtre bordelais, par l'Escolo
vergne,
a
fait
un accueil chaleureux aux artisans de
Oubernhato et son groupe artistique. C'est devant une
celte
belle
manifestation
artistique et régionaliste.
salle comble qu'elle se déroula.. M. Antonin Fabre,
D. B.
présidait la séance en l'absence de M. le Professeur
Beilie, président de l'Amicale, qu'une indisposition De la France :
Les manifestations régionalistes sont fort à l'honavait retenu chez lui.
En termes heureux, M. Fabre souhaita la bienneur et .ce n'est pas à nous qu'il viendra l'idée de
venue aux félibres. M. Henri Dommergues, secrétaire nous plaindre de cette manière de décentralisation !
général de l'Escolo lui adressa ses remerciements,
La soirée de gala donnée par le groupe artistique'
puis il exposa le bul poursuivi par les félibres et de l'Escolo Oubernhato d'Aurillac rappela aux indiapporta aux Auvergnats de Bordeaux le salut de leurs
gènes de l'Auvergne, transplantés en Bordeaux, les
compatriotes restés au pays. Et la séance commença.
plus pures traditions de leur rude terroir et révéla
Nos diseurs, chanteurs, danseurs, obtinrent un très
aux profanes — dont nous étions — un trésor artistique local que nous ne soupçonnions certes pas.
(l) Nous profitons de la circonstance pour adresser à notre
Il nous est tout à fait impossible de citer des
compatriote M. René Fressinel. les meilleurs compliments pour
sa récente élection à la présidence du syndicat général de
noms d'artistes : ils sont trop !
l'Industrie hôtelière et du commerce dos boissons de nor
Nous signalerons cependant M. Henri Dominerdeaux et do la région.

�LO COBRETO
gues, qui présenta le groupement dont il est le secrétaire général ; MM. Cardon et Cueillies, maîtres de
ballet autorisés, el Redon, chef de la partie musicale.
Nous englobons tous les autres, solistes, choristes
et diseurs, dans un même éloge et souhaitons très
sincèrement la venue périodique, à Bordeaux, de cet
intéressant groupe artistique régional.
Th. G.
La fête terminée au Théâtre à minuit et demie,
se continua jusqu'au matin dans les vastes salons de
l'Hôtel Continental où l'on dansa bourrées et danses
modernes au son de la cabrette de M. Defarges,
l'excellent cabretaire de Saint-Cernin, et du jazz de
M. P. Redon.
Nous ne pouvons terminer ce compte rendu sans
adresser à nos compatriotes bordelais le plus cordial merci pour l'accueil si sympathique qu'ils ont
réservé aux félibres cantaliens. Et nous devons une
mention spéciale à M. Goubert, le grand et minutieux organisateur de notre fête, à M. Freissinet
dont l'hospitalité cordiale nous a particulièrement
touchés, à M. Antonin Fabre, à M. Marc Lacassagne...
Chers compatriotes bordelais, vous nous avez demandé de revenir : nous reviendrons.

RADIODIFFUSION
Le samedi 9 Décembre, Radio-Toulouse a
donné sous les auspices du Radio-Club Aurillacois, un radio-reportage sur Aurillac et le
Cantal.
L'Escolo Oubernhato prêtait son concours
et son Groupe artistique a donné un certain
nombre de chants (soli et chœurs) qui ont été
écoutés avec plaisir par nos compatriotes. La
séance a été présentée aux sans-filistes par M.
Durand, Vice-Président du Radio-Club qui
s'est exprimé ainsi :
Chers auditeurs, chères auditrices,
Par la voix de « Radio-Toulouse » qui s'intéresse
toujours aux manifestations d'art régionaliste, le
« Radio-Club Aurillacois » a le plaisir de vous donner aujourd'hui un concert spécifiquement auvergnat. Les vieilles chansons qui firent les délices de
nos pères et où ils ont exprimé toute leur âme et
toute celle de notre rude mais robuste terroir, les
regrets nostalgiques, les bourrées ardentes et agiles
vous seront chantés ou joués par les artistes de
« l'Escolo Oubernhato » qui a bien voulu nous prêter son concours.
Nous pensons pouvoir ainsi atteindre les Auvergnats disséminés à travers la France et même l'Eu-

i

rope, car il y a des Auvergnats partout. Nous voudrions leur rappeler la terre où ils ont vu le jour
et renouer dans leur cœur le fil des souvenirs qui
s'est peut-être rompu ; nous voudrions que l'exilé
vît surgir en lui l'image des montagnes tour à tour
blanchies de neige ou verdissantes, des paysages familiers, de la maison paternelle, des prés, des bois
où il a joué ou peiné, bref l'image de tout ce qui
attache l'homme au sol qui l'a vu naître.
Chaque oiseau, dit le proverbe, trouve son nid
plus beau et mieux fait que celui des autres : les
Cantaliens qui m'écoutent ne me dédiront pas.
Mais le Cantal, en vérité, est une région magnifique
et trop peu connue de notre France. Peu de pays
sont aussi riches, même par la crise économique
que nous traversons ; peu de pays ont des attraits
touristiques aussi puissants.
L'ascensioniste peut y satisfaire sans danger sa
passion ; ayant escaladé le bonnet phrygien du
Plomb du Cantal, la mitre du Puy-Mary ou le cône
abrupt du Griou, il découvre l'immensité de la Planèze où l'été fait roussir les moissons, des vastes
pâturages où paissent les grands troupeaux des vaches de Salers. Le simple touriste peut admirer,
depuis les vallées plantureuses de la Gère, de la
Jordanne ou de la Rhue, les crêtes hardies des sommets ; il peut se livrer tout entier, sur les plateaux
de la châtaigneraie au charme romantique des
bruyères roses et des bosquets de châtaigniers au
feuillage verni ; le pêcheur peut taquiner la truite
qui pullule dans les eaux cascadantes, le malade se
reposer, se soigner dans les coquettes petites villes
comme Vic-sur-Cère, Maurs, Riom ou Condat, parmi
les hautes sapinaies du Lioran ou près des eaux
brûlantes de Chaudesaigues.
N'oublions pas le gourmand qui se doit de
savourer la fourme du Cantal, les tripes ou les tripoux d'Aurillac ou de Saint-Urcize, les poulacres de Cheylade, la soupe aux choux ou la jambe
de cochon « lou combojou » cher aux Auvergnats.
A Aurillac en particulier, petite ville blottie dans
la riche vallée de la Jordanne, parmi de grasses
prairies, le touriste ne manquera pas de remarquer
les vieilles rues aux maisons si pittoresques, aux
noms moyennâgeux : rue des Orfèvres, rue des Tanneurs, rue des Forgerons, celle-ci évoquant le temps,
proche encore, où les batteurs de cuivre façonnaient
sous leur marteau sonore, de rutilants chaudrons.
L'archéologue s'arrêtera dans les vieilles églises de
Notre-Dame aux Neiges ou de St-Géraud, au château Saint-Etienne, antique protecteur de notre cité ;
il visitera l'admirable maison consulaire aux lignes
si harmonieuses... Remarquable nœud, enfin de routes et de voies ferrées, Aurillac constitue un excellent cenlre de villégiature et de toursime.
Le (( Radio-Club Aurillacois » souhaite que de
nombreux visiteurs viennent admirer les beautés du

�À

LO COBRÉ'l O

Cunlul ; il espère que le concert qu'il donne ce soir

LA SOUCHE DE NOËL

sera accueilli par les amateurs de T. S. F. et surtout par les amateurs de régionalisme avec intérêt et
indulgence à la fois. Il recevra avec plaisir toutes

La neige interminable étend sa froide couche,

critiques

Et pour fêter Jésus qui doit naître à minuit

ou

suggestions

qu'on

voudra

bien

lui

adresser ; il espère que, parmi les sans-fllistes au-

A travers nos landiers nous couchons une souche

rillacois de nombreux adhérents viendront renfor-

Dont le feu fouillera l'intérieur à grand bruit.

cer ses moyens d'action. Et maintenant, chères auditrices el chers auditeurs, veuillez écouter un air de

Vieille souche,

cabrette, cette musette auvergnate à la voix aigrelette qui

depuis ma

plus lointaine enfance,

Tu réchauffas gaiement mes lions soirs de Noël,

rythma jadis le pas des bourrées de nos

Alors que malgré l'heure et le vent en démence

rudes montagna rds.

Nos gens allaient prier le fils de l'Eternel.
Car mieux qu'un autre soir la flamme est bien plus
[gaie,

TI M O FELIBRE

Elle invite à s'asseoir, les pieds sur les sabots,
Devant l'âtre, à l'abri du vent qui nous effraie,

Li m'ou soquat : ti m'ò felibre !
Moussu Gourchinoux z'o bougut.
Guel, qu'illustrèrou mai d'un libre,
Me diguèt : Béni ! è sei bengut.

Contre lequel se sont obstinés les corbeaux.

Je te revois au temps où, fort et large chêne,
Tu dominais du bois quelque sombre

ravin,

Sur lequel t'inclinait le vent qui se déchaîne,

De lo grondo Escolo oubergnato
Pel lo gracio &lt;lel copouliè,
Quond me beguère un escouliè,
Pau pequèt que birèsso pato.
Mièl estobousit, ol mirai,
Sous pòupa, per me fa risèio,
M'olandère è, fier coumo un gai,
Me contère un èr de bourrèio.
Pel peiri que m'o to plo fat,
Lo recouneissenso me catchio,
E, sai pas que ticouon m'empatchio
D'engruna sus guel tout moun sat.

Quand la foudre grondant te lézardait en vain.

Je te revois puissant, dressé dans la bataille,
Bravant 1onncrr(&gt; et vent et leurs sombres rumeurs,
Connue si des géants t'avaient pris à La taille
VA

I

brandi fortement en poussant des clameurs,

I

I

Je te revois au temps où quelque tourterelle

I Roucoulant tendrement, par les matins de mai,
I Suspendait son doux nid quand tout chantait pour

[elle,
] A tes bras étendus sur le bois qu'elle aimait.
Peut-être qu'à ton pied Colin et Colinette
Alors ont échangé les plus nobles serments,

L'obès toutes òusit, lou mascle ;
E lou bouriou que guel oungis
Oussias pas pessomen que rascle
Lou trigidou que lou treigis.

Lesquels leur ont permis, après un jour de fête,
De faire sous leur toit souche de braves gens.
Lentement, lentement sur toi le temps s'acharne,
Les ans, sombres vautours, ouvrent tes larges flancs;

La « Pousco d'Or » ! quono sucrèio !
E maitos que bous fo moufia.
Escouliès, li bous poudès fia :
Bous o donnât mièl que Mirèio.

Tes bras sont presque morts et ton corps se décharné
Ainsi qu'un corps humain qui chemine à pas lents.
Le pâtre chez lequel survit le viel Arverne,
Le hasard ramenant vers toi son cher troupeau,

Emboye un solut d'omistat
01 Capiscol que nous enconto,
Cado jiour mai, è que nous conto
Lou pois que n'es en fiortat.

Un jour peut s'abriter dans ta fruste caverne,
Quand l'averse s'abat sur son large chapeau.
A leur tour, l'écureuil, grand chasseur de noisettes,
La prudente fouine au sanguinaire instinct.

Tontes que sès, mèstres ,counfraires,
Qu'obès pas pòu de m'otura,
En bous preguent de m'opora,
Bous poutounejie coumo fraires.
Dr L. GERAUD
Lo Cobreto (7 Febriè 1896.)

Dans ton ventre, où fuyaient les craintives belettes,
Allaient s'acagnarder pour fuir l'œil du matin.
Et jusqu'au jour où tu ne fus qu'un corps sans vie,.
Les hôtes du grand bois furent tes visiteurs ;
Tes membres, un à un, disant ton agonie,
Blanchissaient et tombaient sous les ans destructeurs:

�LÜ COBRETO
Si bien qu'un soir, ô tronc, dans notre cheminée
Tu viens finir gaiement au bruit des carillons,
Réchauffer jusqu'au jour toute la maisonnée,
Dans l'âtre réveiller la chanson des grillons.

5

Souche ! j'entends encor les étranges murmures,
Les râles, les soupirs, les sanglots incompris,
Qui passaient en hiver dans tes folles ramures
Quand les bois dépouillés tremblaient aux vents
[aigris.

O souche de Noël! mon âme entend encore
Les célestes concerts de flûte, de hautbois,
Qui montent de tes flancs quand le feu te dévore
Et qui t'on égayée au réveil du grand bois.

Jusqu'aux derniers soupirs de ton âme sonore
Sur le brasier ardent tu varieras ta voix,
Ou tes sons éclatants pour nous charnier encore,
Ou pour te rappeler tes beaux jours d'autrefois !
Ainsi l'homme, dit-on, à son heure dernière
Dans un éclair revoit ce que furent ses jours,
Dans le bien ou le mal qui nous tient dans l'ornière:
C souche de Noël, réchauffe-nous toujours !

Souche ! j'entends encor la divine harmonie
Des orchestres ailés dont tu fus le perchoir
Et qui, voisins dos deux, disaient l'âme infinie,
La, clarté du matin et la splendeur du soir.

Etienne MARCENAC.

ANCIEN

NOËL
0

R

.

]

mous amits de Lo

COBBEIO.

J

LES ANGES

LES BERGERS

1" Couplet

2e Couplet

Chers pasteurs qui dans la plaine
Veillez paître vos troupeaux,
Vous qui prenez tant de peine
A conserver vos agneaux,
Venez, quittez votre gîte
Quoiqu'il ne soit que minuit,
Accourez, venez donc vite
Déjà le soleil reluit.
3e Couplet
Pasteurs si je vous éveille,
Ce n'est pas à contretemps
Il se passe une merveille,
Dont vous serez très contents,
Une vierge charitable
Sans perdre sa pureté
A enfanté dans une étable
Le Dieu de l'éternité.

Cal nous souono, cal nous crido
Cal troublo nouostré répau
Cuno bouès qu'oben òusido
Que sios tont honors de prépau
Perqué nous doïsas pas fa pauso
Quond on es dins lou boun souon
Et perqué son justo causo,
Rébillas Pevrés et Jouon ? '
4e Couplet
Aï pauré qué nous cal crèiré
Qu'uno bierjo ajo enfontat
Jomai son lo causo béïré
Créirions pas qué fouès bertat
Nou lio res dé coumporablé
Et jomaï cap d'ouomé biou
Creirio pas qu'un paouré establé
Fouès lo démouoro d'un Diou.

�LO COBRËTO

6
5e Couplet
Je parle sans raillerie
Et si vous voulez le voir
Quittez votre bergerie
Pasteurs, c'est votre devoir
Allez voir dans une établc
Couché sur un peu de foin
Ce Rédempteur admirable
Dans un extrême besoin.

6e Couplet
Ange cal bé qué per d'autres
Nous prengossias per ségur
Car per dé gens coumo nautres
Bouostré lengatge es escur
Coussi ocouo pourio estré
D'un Diou qu'o bésoun dé res
El es l'òutur et lou mestré
De touto souorto dé bés.
8° Couplet

7e Couplet
Il est vrai qu'il est le Maître
Chers pasteurs de tous les biens
Mais, cela fait bien paraître
L'amour qu'il a pour les siens
Il pouvait naître sur terre
Très-puissant et fort heureux
Il y naît dans la misère
Pour sauver l'homme orgueilleux.

Nous disès tontos dé caousos
Qu'onen quitta lou troupel
Omit, qu'enqéro répauso
Béni, souort dé toun soumel
Perqué un angé bé nous diré
Qu'uno bierjo o enfontat
Préguen lou dé nous conduiré
On oquel luoc désirât ?

9e Couplet
Voilà ce divin Messie
Pasteurs voilà cet Enfant
Voilà la Vierge Marie
Qui l'a porté dans son flanc
Et cet homme qui l'embrasse
C'est son père temporel
Qui vient lui tenir la place
De Dieu son Père Eternel.
(Recueilli par J. BERNADY.)

VIC-SUR-...
SCÈNE
Deuxième pièce

Au temps des Colchiques
ou quarante ans plus tard
(SUITE)

LUCETTE

Vous êtes vraiment magnanime, Robert !
ROBERT

Honte à ceux dont la haine ou la jalousie ne
cède pas devant un tombeau ! Ce sont des hommes sans cœur, des esprits égoïstes pétris de suffisance et d'orgueil qui ne méritent que le mépris, dont ils sont généralement entourés.
LUCETTE

Comme je tiens à votre estime, je tâcherai de
me rappeler le Pater, ou l'Ave...
ROBERT

LUCETTE

On n'oublie jamais, le nom d'une personne
que l'on hait sans la connaître.
ROBERT

Ne la détestez plus, Lucette, demain, je vous
conduirai sur sa tombe et, face à la Croix de
Maisonne, nous dirons une prière pour elle. Elle
me fit du mal, elle provoqua votre jalousie, ce
sera Votre vengeance.

Comment, Lucette ! Vous auriez oublié la seule
chose qu'il importe de ne pas perdre de vue ?
LUCETTE (décontenancée)
Vous savez, à Paris on est tellement pris ! Le
jour ce sont les affaires qui vous absorbent et,
la nuit, ce sont les distractions qui vous appellent.
ROBERT

Eh ! bien, Lucette, je prierai non seulement
pour elle, mais encore pour vous.

�7

LO COBRETO

Avant de quitter cette salle à tout jamais, si je
ne craignais pas de me faire rappeler à l'ordre
de nouveau, j'adresserais bien, au passage, un
dernier adieu à notre glorieuse et populaire Cabrette, qui fut, autrefois, de toutes nos luttes et
de toutes nos fêtes.
Elle était à Fontenoy, comme elle fut à la
Grande Guerre et c'est au son de l'un de ses
mélancoliques « Regrets » que beaucoup de poilus Auvergnats ont rendu leur dernier soupir.
Elle adoucissait leur agonie, en leur donnant
la douce illusion qu'ils s'endormaient auprès de
leur mère, puisqu'ils fermaient les yeux, pour
toujours, en écoutant l'une des vieilles chansons
qui les avaient bercés dans leur enfance.
Mais, elle était surtout de toutes nos fêtes.
A combien d'heureux époux a-t-elle chanté la
joie et le bonheur, en prenant la tête du cortège
nuptial ?
A combien de jeunes gens a-t-elle permis, à !a
fin d'une bourrée gaiement enlevée, d'approcher
leurs lèvres envieuses d'une joue fraîche ardemment désirée ?
A combien de fêtes votives a-t-elle présidé, en
répandant autour d'elle entrain et gaieté, du matin jusqu'au soir et du soir à l'aurore ?
A combien de travailleurs des champs a-t-elie
fait oublier, en une joyeuse fête de « Gerbe Rousse », les fatigues de tout un été ?
Combien de bœufs gras a-t-elle accompagnés
charitablement, en leur cachant, par des airs de
triomphe, le destin qui les attendait ?
Cabrette, qui ne nous fais plus entendre que
de loin en loin, quelques airs joyeux ou plaintifs,
presque honteux de s'exhaler de leur cachette de
velours, oh ! Cabrette, ne meurs pas encore et
que ton dernier Regret, succédant aux prières du
prêtre, fasse couler quelques larmes sur mon tombeau !

LUCETTE

Merci Robert !
ROBERT

Mais le jour serait mal choisi pour continuer
une conversation de ce genre. Revenons donc à
quarante ans en arrière.
LUCETTE

J'ai été bien déçue de ne plus retrouver trace,
ici, de ce poétique Moulin des Trêves, dont nous
appréciâmes, maintes fois, la discrète fraîcheur.
ROBERT

Ainsi vont les choses édifiées par l'homme.
Les unes disparaissent, les autres- s'enlaidissent
ou s'embellissent.
LUCETTE

A ce propos, ma surprise fut grande en
voyant la transformation qui s'est opérée à Peyrebeyre.
ROBERT

Peyrebeyre !... Parlez de Peyrebeyre aux habitants de Vie et je suis persuadé que, pas un sur
cent, ne vous comprendra. Ce n'est plus Peyrebeyre qu'il faut dire, mais le « Casino ».
LUCETTE

J'ai, en effet, remarqué au passage une terrasse élégamment garnie et j'ai entendu le bruyant
orchestre d'un jate.
Comme, un peu plus loin, j'étais descendue de
l'auto, pour revoir la modeste salle de bal de
la fontaine minérale, où nous fîmes connaissance et qui fut aussi le témoin de nos adieux, je
constatais, avec émotion, qu'elle n'existait plus.
ROBERT

Pauvre salle de bal qui résonna du susurrement
de tant de baisers et qui entendit le doux murmure de tant de serments, dont si peu, hélas!
furent tenus !
Sa disparition, après celle des tilleuls du Communal, du kiosque de la promenade et de l'ancienne Croix de Maisonne, a anéanti des souvenirs bien chers à ceux de ma génération.
Elle n'a pas voulu être le témoin attristé de la
mort de notre Cabrette et de nos danses locales,
si variées et si pleines d'entrain, et servi'- de berceau aux danses plus ou moins grotesques d'aujourd'hui, que nos félibres appellent, si justement des « frèto mounils », autrement dit des
« frotte nombrils ».
LUCETTE (n'aní)
Ils ont de l'esprit, vos félibres !

LUCETTE

j

Je vois, mon cher Robert, que vous vous attendrissez facilement et que vous êtes resté vraiment
fidèle à votre pays et à tout ce qui en fait partie.
Cependant, avouez franchement qu'en cette
saison, par une journée maussade comme celle
d'aujourd'hui, il est loin d'être agréable à contempler avec ses prés nus, parsemés seulement
de quelques colchiques, peu faits pour inspirer
les poètes eux-mêmes.
ROBERT

Vous croyez, Lucstte ? eh ! bien, écoutez un
peu
ce qu'en a dit un compatriote de Jasmin,
ROBERT
exilé
pendant auelques années dans nos froides
Ils sont les dignes représentants de Pierre de
montagnes
qui lui ont fait regretter parfois, son
Vie et les continuateurs de la saine gaieté en j
soleil
de
Gascogne
:
Auvergne.
i

�8

LO COBRETO

Mélancoliques fleurs d'automne,
Dernier cadeau, dernière aumône&gt;
Dernier sourire des beaux jours,

fondément reconnaissante de mfe l'avoir fait con*
naître. Je ne me serais jamais doutée qu'une fleur
aussi modeste et aussi triste à contempler, pût
inspirer d'aussi beaux vêts,

L'ancien soleil luit bien encore,
Mais ce passant, qui üous ignore,
N'est plus, pour vous, d'aucun secours.

Mais, ne vous semble-t-il pas qu'il serait presque temps de parler un peu de nous et de nous

Ah! fleurissez par les prés chauves,

raconter ce qu'ont été nos existences, pendant le*
quarante ans écoulés depuis notre séparation ?

Fleurissez bien de Dos fleurs mauves
Le seuil farouche de l'hiver!

ROBERT

Nous ne pourrions pas faire cette confession
aussi rapidement que la promenade du souvenir,
que nous venons d'effectuer aux lieux qui nous
virent jeunes et heureux. Or, voici le crépuscule;

L'erreur de date que vous faites,
Pauvres colchiques que vous êtes,
Vous l'expiez doublement cher.
Vous pouvez bien mettre en sourdine

dans quelques instants ce sera la nuit. Il faut,
donc, nous séparer; nous reprendrons, demain,
notre conversation.

Sur votre robe en cornaline
Quelques reflets de Vieux vitrail;
Et dans les bois ou les pelouses,
Vous auriez fait bien des jalouses,
Sous Voire tendre et fin camail.
Mais, tristes fleurs que l'on ne cueille,
■Nul bout d'étui, nul brin de feuille,

LUCETTE

Je vais vous ramener à Vie en auto.
ROBERT

Oh ! non, Lucette. Ainsi que vous le faisiez
remarquer il y a un instant, nos tenues feraient

Ne chaussera votre pied nu.
Et sans parfum et sans dictame,

un contraste trop grand, qui attirerait sur nous
une malsaine curiosité.

Vous ne serez qu'un corps sans âme,
Qu'un contenant sans contenu.
Sous le ciel bas, couleur gris cendre,

LUCETTE

Fleurs sans nectar et sans abeilles,

Vous avez peut-être raison. Demain, je serai
moins coquette et vous serez moins campagnard.
Ne pouvant plus franchir la haie d'aubépines
du Castel-Viel, nous en ferons le tour.

Fleurs sans amour en un jour vieilles,
Tout vous fuira jusqu'à la fin.

Comme au printemps de notre vie, ce sera
notre première promenade.

Vous pourrez bien tendre et retendre
Votre sébile de satin,

Et quand, demain, tout blancs de givre,
A votre tour vous devrez suivre
Le sert des lus et des glaïeuls,
Pauvres colchiques éphémères.

Lorsqu on est parvenu, comme nous, au temps
des colchiques de l'existence, on aime bien revivre, sinon le temps des cerises, du moins celui
des blés d'or, sauf à regretter de n'avoir pas su
cueillir la gerbe qui nous revenait et qui penchait,

Vous, qui vécûtes solitaires,
Il Vous faudra mourir tout seuls !
O colchiques du soir, mornes fleurs que nul n'ai[me,
Affrontez votre sort en fleurissant quand même,
Et quelqu amer qu'il soit, ne soyez pas jaloux

vers nous, ses épis pleins d'espoir et de promesses.
A demain, donc !
(Elle lui tend la main qu'il baise avec émotion
et elle s'en va.)
ROBERT (se frottant les yeux)
Mais, n'ai-je pas rêvé ? Ne suis-je pas le jouet
de l'une de ces fées ensorceleuses qui ont, jadis,

Des colchiques humains que nous devenons tous,
Nous, dont le pauvre cœur assoiffé de mirage
Malgré tc'is hs périls de Varrière-saison,
Survit à son printemps plutôt que de raison
Et, pauvre papillon redevenu chenille,
Veut porter jusqu'au bout ses rêves en guenilles Z1
Et maintenant, ma chère Lucette, dites aux citadins d'en faire autant. Jusque-là, qu'ils cessent
de se prétendre supérieurs à ceux qui vivent à

hanté ce bocage, où elles attiraient les passants
et puis s'envolaient subrepticement après s'être
moqués d'eux ! ! !
(RIDEAU)
EUGÈNE PAGÈS.
(1) René Vlelcazat : Les Coic.hiques.

la campagne, au milieu de tout ce qui rend la vie
heureuse, agréable et poétique.
LUCETTE

Ourlbat. — Estomporio Poirier-Bottreau.

Oui, vraiment, c'est une page de poésie comme on en savoure rarement, et je vous suis pro-

Lou Gerent : Poirier-Bottreau.

C.l.0.0.
etZIERS

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              <text>Géraud, Pierre (1842-1922)</text>
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              <text>Marcenac, Etienne (1874-1956)</text>
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              <text>Bernady, J.</text>
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              <text>Pagès, Eugène  (1870-1961)</text>
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          <name>Alternative Title</name>
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              <text>Lo Cobreto. - 1933, n°162 (Decembre), Onnado 14 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Y 1</text>
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Literatura occitana = littérature occitane</name>
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