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                  <text>C.l.0.0.

ííuolorzièmo onnado. — N° 160

15 Octobre 1933

BtZIERS

L0 eOBRET©
DE

L'ESCOLO

OUBERNHATO

E

DEL

NAUT-MIEJOUR

JOURNAU

MESODIE

ODESIOU O L'ESCOLO OUBERNHATO : doutche froncs
Et l'on o lou Journau per res
Lou Journau se bend bint sos lou numero

L'ORGINT :
O

M. PAGES,
OURLHAT.

Embouia.

CLOBAIRE,

BONCO

VILLA,

LES POPIÈS:
0 M. H. DOMMERGUES, PITCHOUNO CORRIERO GAZAUD, OURLHAT, SECRETARI.

Toute réclamation au sujet de numéros non reçus doit être adressé*
directement au Secrétariat.

Lo bouole, lo Morianno,
Lo bouole omai l'ourai.

La copie doit parvenir au s» jtariat (Petite rue Cazaud), avant le
15 de chaque mois pour insertit
au numéro suivant.

BOURRÈIO D'OUBERNIIO.

Per ligi lo (kibi'olo

ENSINHODOU
Ì. Ressouns de joiô.
2. Ressouns de dòn.
3.

A nies bœufs. — Oies sauvages

4. En iscoudont

5. Veillées

(ET. MAUCENAC.)

(P. BINON)

d'antan.

— Durant

les

quejiQuillées

(MAURICE LEMAIGKK).

6. Lou rebenont è Ion tindou (F.
7. Cant de la eoupo (F.

PRAX).

MISTRAL).

S. Vie sur...scène. — Au temps des colchiques ou
quarante ans plus tard (Eug. PAGÈS.)

Ai se prononce : ay
aou
au —
—
ei
—
—
ey
èi
—
—
èy
oi
—
—
oy
—
—
eon .
eu
_
—
èou
èu
oou
—
—
ÒU
11 (mouillés)
«—
—
nh

—

—

j
ch

—
—

—
—

gn
tj
tch

Ex.
—
—
—
—
—
—
—
—
—

: Fai, fardeau
Maú, mai.
Dei, des
Sèi, sureau.
Loi, les
Seu, suif.
Lèu, bentôl
Pou, peur
Bièlho, vieille
Goriho, çbienn
Jour, jour
— Chobal, clieval

�Lü COBRETO

2

Ressouns de joio
Lou dous d'oqueste mes, Modamo Duranthou,
nostro oncièno Reino, toujours aimado è regretado,
dounabo bon, o Bichy, o soun quotrième efont, uno
poulido fiotoune que s'opéloro Simone.
Et lou mémo jour, Modamo de Surrel, filho de
nostre oncieu clobaire, recebio soun cotèt que s'opeloro Henri.
Ois porents è ois belets, mai que mai o Moussurs Delteil è Dommergues, ho Cobreto mondo ses
coumpliments ombe ses souèts de bounur per les
dous nenes.

Ressouns de dou
Notre sympathique adhérent, M. Antoine
Dalbin, a eu la douleur de perdre, en juillet
dernier, sa grand'mère, Madame Veuve Dalbin, déeédée à Auhespeyre de Marmanhac à
l'âge de 93 ans.
Lo Cobreto lui adresse, ainsi qu'à toute la
famille, ses bien sincères condoléances.
**

C'était plaisir, lorsqu'ils dansaient la bourdouloureuse émotion que les membres de l'Escolo Oubernhato et de son groupe artistique,
ont appris la fin tragique d'André Rigal, leur
fidèle ami et collaborateur.
Alors qu'il revenait de Toulouse, avec son
camion plein de marchandises, dans la nuit
du 19 au 20 septembre, on ne sait par suite
de quelle fâcheuse circonstance en arrivant
à Caylus (Tarn-et-Garonne), le camion dérapa et tomba d'une hauteur de plusieurs mètres dans la rivière qui longe la route à cet
endroit.
Notre malheureux ami, pris sous le camion, ne put être dégagé que lorsque la mort
eut accompli son œuvre.
Rigal, à peine âgé de 26 ans, s'était marié,
il y a 14 mois seulement, avec Mademoiselle
Pouget, fille du boulanger si honorablement
connu dans notre ville.
Ils formaient, vraiment, l'un des plus beaux
couples de notre groupe.
C'éait plaisir, lorsqu'ils dansaient la bourrée, d'admirer la souplesse et l'agilité du mari
et la grâce pleine de distinction de sa jeune
femme.
Ils contribuaient, pour une large part, aux
succès du groupe dans l'exécution des vieilles danses d'Auvergne.

Après les félibrées si réussies de cet été,
notre regretté camarade, en rentrant de celle
de Saint-Santin, qui avait dépassé les espérances les plus optimistes, exposait plein
d'entrain et de gaieté, ce qu'il conviendrait de
faire cet hiver.
Il ne se doutait pas que, 48 heures plus
tard, il ne serait plus, hélas ! de ce inonde.
Dans cette si cruelle épreuve, tous les membres de FEscolô Oubernhato et de son groupe
artistique, se font un triste devoir de dire à
Madame Rigal qu'ils pleurent avec elle et
qu'ils partagent sa douleur.
Ils la prient, ainsi que ses parents et ses
beaux-parents, d'agréer leurs bien sincères
et sympathiques condoléances.
Et pour vous, cher et regretté Rigal, que la
mort est venue si traîtreusement faucher en
pleine jeunesse et en plein bonheur, Lo Cobreto fo brounzi soun Regrèt lou mai pietous.

A mes bœufs
Ohé! mes deux grands bœufs, l'un pourpre et l'autre
[fauve,
Ohé! nies deux amis au pas pesant et sûr,
Depuis combien de lemps, dès que blanchil l'azur,
Retournez-vous ma glèbe où le grillon se sauve ?
Grâce à vous le sainfoin rosit le terrain chauve,
Quand il n'esl point doré par l'épi lourd el mûr.
Ayons même destin dans ce vallon obscur,
Loin du vil ogre humain plus carnassier qu'un fauve.
Si je pars le premier pour rentrer dans la terre,
Je veux que vous traîniez vous-mêmes mon cercueil
Par la sente sauvage où siftle le bouvreuil.
Dans ce suprême adieu, tout troublant de mystère,
Vos pas lents seront doux à mon dernier sommeil,
Amis sûrs qui, longtemps, attendrez mon réveil.
Etienne MARCENAC.
*

Oies sauvages
Chasseur toujours rêvant de mirifiques proies, ■
Par les plus claires nuits, guettant les sangliers,
J'ai souvent entendu le passage des oies,
Gagnant avant l'hiver d'autres lieux familiers.

�3

LO COBRETO
Si leis juines te detestou
E proutestou
Flagèl you te gardarèi
Penjat à la pounto lonjo
Dins ma granjo
D'ati qu'istripassarèi.

Entre elles s'appelant, leurs longues théories,
- Esquifs vivants qui fuient le froid, les vents aigris -Elles vont, le cou droit, vers des terres fleuries,
Faisant vibrer la nuit de leurs sauvages cris.
Elles passent, s'en vont., l'ardent besoin de vivre
Leur fait quitter des lieux enguirlandés de givre,
Une terre plongée en un profond sommeil.
Comme l'oiseau des mers que rappelle la grève,
Par la route des airs, poursuivant leur vieux rêve,
[illes vont par instinct au-devant du soleil !
Etienne MARCENAC.

ooooooooooooo
DIALECTE DE

SAINT

FI.OUR

En iscoudont

Lou tListe coume un bièlh tigre
Mou n blat nigre
Mai qui siasque bien madur,
Qu'os qu'o bisto la sitsado
La jarado
Ti o pir d'aqui zis tont dur.
Sons capel ornai sons bèsto
Qu'ono flèsto
Donne aneuyt as artisous.
Lou plontchiè tromblo quond bourre
Sons trop courre,
Margrè qu'asse mes tcharsous.
Is de jours qui n'en cal bire
L'on pot dire
Sourtout quond l'on se fai bièlh,
Masque inquère ai bono pougno.
Quond co cougno
Faze broungit moun flagel.
Pir ajudo ei ma boutilho
Qui se quilho
Oti darriè lou pourtou
Uno gouto de tizono
Qu'ond is bono
Fai pas tort à Piaroutou.
Moun flagèl! you lou counsèrbe
E m'en sèrbe
Pasque ère bon iscoussou
Are qui li bise gaire
Me cal faire
La berge è lou tadassou (1)

P. BIRON.
(l)

Manche,

poignée du fléau.

OOOOOOOOOOOOO

Veillée d'antan
Portes et volets clos et les verrous tirés,
Son labeur terminé, chacun a repris place
A l'entour du foyer en cet intime espace
Où les cœurs, dans le soir, viennent se resserrer.
Sur le fauteuil rustique en vieux chêne ciré
— Où toujours s'est assis le maître de la race —
L'aïeul à cheveux blancs à l'aïeule fait place,
Et les fronts sont, vers eux, sombres ou rassurés.
Les voix disent alors la tristesse ou la joie,
Dans la chanson du bois et le cri du grillon
Tandis que, par instant, dehors, un chien aboie.
Et quand au lourd cadran sonnait un carillon
L'heure où le f»u projette une lueur dernière,
Leurs âmes s'unissent dans la même prière.
Maurice LEMAIGRE.
* *
*

Durant les quenouillées
Un pâle rai d'argent sur les cuivres descend ;
Le vaisselier en ordre et les nappes pliées,
Les servantes en rond, filent des quenouillées,
Le feu pétille, et le rouet va bruissant.
L'ancienne qui, souvent les tient émerveillées,
A ce soir entrepris un récit angoissant.
Près des chenets, deux chats savourent la veillée,
Hiératiques, yeux clos, le ronron incessant.
Le vent gronde et gémit brisant les branches mortes
Et soulève parfois le loquet de la porte
Une ombre alors suffit pour les mettre en émoi...
Et croyant, sous la peur qui soudain les oppresse
Entendre dans la nuit un cri d'âme en détresse,
Muettes, elles font un grand signe de croix.
Maurice LEMAIGRE.

�A

LO COBRETO

Lou rebencnt è lou tindou

Ol cap
qu'opèlou
cossi ; rai
quou pas,

de la ribicro d'Authro, li o un endret
« Puèt fourcat ». N'ai jiomai sougut per
d'oquo que de domount les puèts monmes n'en counesse pas cat de fourcat.

Suffit qu'oti (les onciens s'en soubenou), demourabo un home qu'opelabou « Fontou de la Guiralho ».
Fontou n'èro pas d'oquesses couquinas ; mémoment que possabo per un pauc tèbi, mai qu'èro pas
sons rosou, è lou boun èr del poïs pouguèt pas
jiomai orriba o li descrossi lou cerbèl.

Soquelai, couma miètcho nuèt s'oturabo, l'home
n'èro pas tronquille. Lo pòu lou gonhabo : ombc
lou diaple, l'oun pouod pas sober.
Oléro, Fontou, per se douna un pauc de couratchi, s'otopèt o conta lo grondo : Lo... lo... lo...
lo... lo... lo... lo.. lèro... lo... lo !
Guiral, que, desempièis un brabe moument obio
los combos endurmidos è les bras que li furgabou,
è que s'embestiabo possaplofnent dins so caisso, se
quilhèt tout dret ombe lou lençou dessus, è d'uno
bouès torriplo, se metèt o crida en froncés, (pertau
que les mouorts parlou pas que lou fronces) :
— « Quand on garde les morts,
pas ! »

ou

ne

chante

Tout foutrau qu'èro, Fontou obio un bèl defau :
èro oboïont que quau sab. De l'entendre, guel disio,
guel fosio, guel n'obio pòu de res.

S'opensabo de sigur que l'autre ouabo engulha
lou pourteiròu de la grongio sons domonda res
plus, è que guel s'en onorio ocoba lo fèsto ol contou ombe les comorados. Mès se possèt pas otau
tout o fèt :

Uno bilhado, des homes del biltchi, que n'èrou
pas plo preissats oquel hiber, tirèrou lou plan de
li jiouga un tour.

Fontou se rebiro soute, fo tournejia souu borrou, è n'en bous pouorto un couop o l'endret que
lou lençou boussabo :

Dounco, l'onèrou trouba ombe de loi minos coumo se beniòu d'entorra quauqu'un que lotir tenjio
de protchi, è îi diguèrou :

— « Quand on est mort on ne parle pas ! »
ço respoundèt ; oquo fouguèt lou cap de Guiral
qu'otopèt.

— « Escouto, Fontou, te eau nous faire un plose :

Lou rebenont se tournèt oclota dius so caisso, è
Fontou tournèt prendre so foctiou.

Mogino te qu'orses lou paure Guiral de la Cotissouno o birat fuèl sons coufessa ; è coumo obio la
couscinço masso corgado de pecats, lou diaple lou
deu bini quèrre snl couop de miètehio nuèt. Don
boudrions gorda d'oquel trobal d'oti que lou paure
Guiral sero ol trauc ; opresso, que s'opostèle omb
lou diaple ou lou Boun Dièu, oquo nous regordoro
pas plus.
Souloment, li nous fions pas mai qu'otau :
Ombc lou diaple, coumprendes, rotin sab pas jiomai cossi quo biroro. Olèro, obons pensat que tu que
n'as pas pòu de res ni de digun, belèu t'en corgorios de gorda lou paure défunt per oquesto nuèt. »
— « Proquo, ço foguèt Fontou, ape, ape, se lio
pas qu'oquo, ièu m'en cargue ; mai mosque lou
diaple bengo, porlorens ensemble. »
Obiòu estendnt Guiral que, (n'ai pas besoun de
zo bous dire), n'èro pas mai mouort que bous è
ièu, plo ocotat omb un lençòu è une condièlo o
cado cap.
Bous menou oti Fontou qu'obio fat sègre un braugi coumo lou modeissoù, è guesses s'en tournou
ol contou per reire ensemble d'oquelo bouno fatchio.
Nostre Fontou oluco so pipo, è coumenço de
mounta lo gardo ombe lou bostou o lo mo. De
temps en temps, s'ossetabo sus une bièisso ; opresso, tournabo prendre so premenado.

Un porel d'houros dobont lou jiour, les golopians s'oturèrou douçoment, en mortchia sus l'ortel gros ; fosiòu ço que poudiòu per tene lou reire
preste o s'olonda, pertau que coumptabou plo trouba lou paure Fontou regondit dins quauque caire
en tren de borbeta de pòu. Mès quond ouguèrou
oporat lou naz, de que bous biguèrou ? Fontou,
ossetat sus un poujiòu de sacos ol mièt del sòu de
lo grongio, que fumabo tronquillomeut so pipo.
Del couop s'opensèrou que lou tour èro monquat.
— « Eh be, Fontou, ço foguèt lou pus mins mèque de la bondo, d'oprès ço que bese, oquo s'es plo
possat ? »
— « Ape, ape, li o que sul couop de miètcho nuèt
(pie lou mouort o bougut faire lou gaud, mès lou
bous ai otigut Ièu reclat è desempièis m'o pas dounado peno. »
Les autres se demefièrou coup set de ticon. Tirèrou bistoment lou lençòu.
De fèt, Guiral boulegabo pas ; obio sus lo cruquo, une bouosso coumo un iòu d'auco.
Lou mouort èro plo mouort, mais lou diaple l'èro pas bengut quèrre.
Fernand PRAX.

�5

LO COBRETO

Cant de la Coupo
En remerciement de l'accueil qui fut fait en
Avignon, en 1867, au poète catalan Don Victor
Balaguer, exilé pour des raisons politiques et
aussi en témoignage de fraternité qui a toujours uni la Catalogne à la Provence, les patriotes Catalan el les amis de Balaguer offrirent au Félibrige un présent de grand prix.
C'est une coupe d'argent merveilleusement
ciselée. A la réception de la coupe, en Aoùi
18(58, les félibres se réunirent en un banquet
solennel. La Coupe, emplie de vin de Chàleauneuf, Frédéric Mistral la consacra par
les strophes de « La Coupe » qui est devenu
depuis l'hymne du Midi de la France.
I
Prouvençau, veici la coupo
Que nous vèn di Catalan ;
A de rèng beguen en troupou
Lou vin pur de noste plant.
Refrain
Coupo santo
E versanto,
Vuèjo à plen bord
Vuèjo à bord
Lis estrambord
E l'en-avans di fort !
II
D'un vièi pople fier e libre
Sian bessai la finicioun ;
E, se toumbon li Felibre,
Toumbara noste nacioun.
III
D'uno raço que regreio
Sian bessai li proumié gréu :
Sian bessai de la patrio
Li cepoun emai li priéu.
IV
Vuejo-nous lis esperanço
E li raive dòu jouvènt,
Dòu passat la remenbranço
E la fe dins l'an que vèn.
V
Vuejo-nous la couneissènço
Dòu Verai emai dòu Rèu,
E lis àuti jouissènço
Que se trufon dòu toumbèu.

VI
Vuejo-nous la Pouësio
Pèr canta tout ço que viéu,
Car es elo l'ambrousio
Que tremudo l'orne en diéu.
VII
Pèr lo glòri dòu terraire
Vautre enfin que sias counsènts
Catalan, de liuen, o fraire,
Coumunien toutis ensèn !

VIC-SURSCÈNE
Deuxième Pièce
A Madame Mathieu, instiutrice à La
Franconèche du Falgoux ;
Et à M. l'abbé Besse, curé d'Anglardsde-Salers,
Qui ont

bien

voulu

taire

représenter

« Morgorido ».
Hommage reconnaissant.
E.

PAGES.

Au Temps des Colchiques
ou quarante ans plus tard

Vie, lancée maintenant, dont les affiches
couvrent les murs des Capitales, ne vise
pas moins que de devenir un rendez-vous
de la fashion.
AI/VERONE

(.Jean

AMLBEKT).

PERSONNAGES
LUCETTE. — Parisienne cossue, 60 ans; cheveux coupés, tout blancs; toilette deuil très léger,
dernière mode; les doigts, les oreilles et le cou
surchargés de diamants.
ROBERT. — Bourgeois de Vie, 65 ans, barbe
grisonnante, embroussaillée; chevelure inculte,
pipe à la bouche, gros souliers ferrés, complet
plutôt défraîchi.
La scène se passe fin septembre 1930, dans
le petit bosquet où fut jadis le « Moulin des 1 rêves », sur la route de Polminhac, entre Besse et
Comblât le Château.

�6

LO COBRETO
LUCETTE
Elle chante le Regret populaire : (1)

En passant par le bois
J'entendis une voix
Qui disait loin de moi,
Criant à tous les vents
D un air fort languissant :
J'ai perdu mon amant! (bis)
ROBERT

(Qui faisait sa promenade quotidienne sur la
route de Polminhac, en entendant chanter ce
Regret quitte la route et se dirige vers le bosquet.
Quand Lucette a terminé le Ier couplet, il entame
le second et se trouve en sa présence après le
3° vers. 11 s'arrête, salue, et s'incline respectueusement devant elle.)
Belle ne pleure pas
Ne te chagrine pas
Le Bon Dieu t'aimerai...
Veuillez m'excuser, Madame, de vous avoir
ainsi fait écho. Vous allez me trouver bien incorrect, mais il n'y a pas que les femmes qui soient
curieuses. Beaucoup d'hommes, sur ce point,
vous ressemblent, Mesdames.
Donc, ayant entendu un Regret complètement
oublié depuis longtemps, j'ai eu la curiosité de
venir voir qui pouvait bien le chanter ici à pleine
voix.
LUCETTE

Vous pensiez, peut-être, que c'était une des
trêves qui hantèrent autrefois le Moulin qui tournait en ces lieux !
ROBERT

Non, car nous ne sommes plus au temps des
fées, mais je croyais me trouver en présence
d'une paysanne des environs.
LUCETTE

Et votre surprise est grande, de voir une dame
en face de vous.
ROBERT

Je l'avoue. Mais, pour savoir qu'il exista jadis,
un moulin ici et pour connaître ce Regret et le
chanter avec autant d'âme, vous devez être probablement originaire sinon de Vie, du moins
de notre région.
LUCETTE

Vous faites erreur, Monsieur; ni Vicoise, ni
Auvergnate.
ROBERT

Mais alors, notre folklore vous intéresse !
LUCETTE

Pas le moins du monde.

ROBERT

Je ne comprends plus. Dans ces conditions,
serait-il indiscret de vous demander comment il
se fait que ce Regret ainsi que le lieu où nous
sommes vous soient connus ?
LUCETTE

11 n'y a pas d'indiscrétion à cela, Monsieur,
car vous savez que c'est toujours avec un grand
plaisir qu'une femme se rajeunit; or, le plus sûr
moyen de se croire toujours jeune, c'est de parler de ses 20 ans.
C'était l'âge que j'avais, lorsque je vins à Vie
pour la première fois.
J'eus, alors, le très grand bonheur de faire la
connaissance d'un jeune homme de la localité,
beau garçon, bien élevé, d'une correction parfaite et loyal chevalier, je n e liai d'une amitié
sincère avec lui.
(A ces mots, Robert tressaille. Il regarde attentivement Lucette et croit reconnaître ses yeux,
ses traits un peu épaissis et son expression de
physionomie).
Nous allions, tous les jours, nous promener
ensemble. Tout en écoutant chanter les oiseaux
dans les bois, ou le long des haies, nous nous grisions de l'odeur capiteuse des foins coupés, dans
les vertes prairies qui bordent la Cère; il m'apprenait quelques savoureuses expressions de patois, ainsi que les chansons de son pays.
Peut-être pourrez-vous me dire ce qu'il est devenu, car il était extrêmement populaire et sympathique. Tout le monde le connaissait et l'aimait. Il s'appelait Robert.
ROBERT

Et vous vous appelez Lucette !
LUCETTE (surprise)
Comment le savéz-vous ?
ROBERT

J'ai donc beaucoup plus changé que vous !
LUCETTE

Vous ! Robert ! Ah ! ce que nous n'avons pas
fait, autrefois, fasons-le aujourd'hui, notre âge
nous le permet. (Us s'embrassent chaleureusement).
ROBERT

La vie m'a ménagé bien des surprises, mais
aucune d'aussi agréable que celle d'aujourd'hui.
LUCETTE

Je vois que vous savez toujours bien tourner un
compliment, mais je suis confuse de ne pas vous
avoir reconnu.
ROBERT

(l) Pour la musique, voir Lo Copreto du 15 avril 1933.

Quand on a passé quarante ans sans se voir,
cela est bien permis, Madame !

�LO COBRËTO
LUCETTE

Oh ! je vous en prie, Robert, appelez-moi,
comme autrefois, chère Lucette! J'en éprouverai
tant de plaisir !

7
LUCETTE

Je remarque qu'aucun anneau n'encercle votre
annulaire.
ROBERT

ROBERT

M is, en ai-je le droit ? 11 me semble apercevoir une alliance au milieu des bagues qui brillent à vos doigts.
LUCETTE

J ai été, en efft, mariée, mais je suis veuve
depuis un an.
ROBERT
Umniit scandalisé de l'ait désinvolte avec lequel elle dit
cela et de sa toilette, d'un deuil bien léger pour une veuve
aussi récente).

Depuis un an seulement, et déjà...

Ne vous rappelez-vous donc pas que, lorsque
j'eus compris que nous ne pouvions pas unir nos
destinées, je vous dis que ma détermination
« meurtrisait cruellement mon cœur pour toujours » ? Jamais, en effet, il ne put cicatriser cette
blessure.
LUCETTE

Il existe donc encore des hommes sincères et
fidèles! Pardon, oh ! paidon, Robert, pour avoir
ainsi brisé votre exis'ence. Mais ne me regrettez
pas, car je n'étais pas digns de vous.

LUCETTE

ROBERT

Ah ! oui, ma toilette vcus scandalise peut-être
un peu, mais à Paris, voyez-vous, le noir seul
et les voiles sont très peu portés. Ça fait province
et rien n'est plus vexant pour une vieille parisienne comme moi.
Mais, à mon tour, permettez-moi, mon cher
Robert, de vous exprimer la surprise, j'allais dire
la peine que j'éprouve de retrouver en pareille
tenue le coquet garçon que j'ai connu lorsque nous
étions jeunes tous deux.

Ce que vous dites-là, me prom e le contraire.
Mais, comment se fait-il que vous soyez ici ?

ROBERT

Vous me paraissez être du nombre des personnes qui prétendent que la campagne rend laid,
bête et méchant.
LUCETTE

C'est une formule un peu lapidaire, mais
avouez que vos souliers ferrés, vos cheveux incultes débordant trop sous votre chapeau crasseux et votre barbe embroussaillée, où restent
accrochées quelques brindilles de tabac, ne vous
embellissent pas. Si je ne m'étais pas rappelé
le Robert de mes vingt ans, je n'aurais pas éprouvé la moindre envie de vous embrasser.
ROBERT

Ce qui prouve que s'il y a des baisers qui sont
des péchés, il en est d'autres qui sont des pénitences.
Mais, qu'importe que le corps soit laid, pourvu que l'âme soit belle !
LUCETTE

Et si la vôtre est restée ce qu'elle était, comme
j'en suis persuadée, elle peut être classée parmi
les plus belles.
ROBERT

Merci du compliment, mais, à la campagne
il nous est plus facile de persévérer qu'en ville,
où les occasions de... trébucher sont beaucoup
plus nombreuses.

LUCETTE

Sur les conseils de mon médecin, j'ai dû faire
une saison à Royat. Je viens de la terminer.
Je m'y étais rendue avec mon auto et mon
chauffeur, que j'ai prié d'aller m'attendre à Besse, ne voulant pas qu'il pût m'entendre chanter,
de crainte qu'il crût que j'avais subitement perdu
la raison.
Etant si près de Vie, je n'ai pas voulu regagner Paris sans venir revoir le pays où je vécus
les plus beaux jours de mon existence et les endroits qui me rappellent de si agréables moments !
ROBERT

Ce qui fait que si ma promenade quotidienne
ne m'avait pas amené dans ces parages, vous
seriez repartie sans avoir cherché à me revoir.
LUCETTE

Vous êtes cruel, Robert, et si j'étais méchante,
je vous en voudrais de cette supposition. Avant
de vous revoir, je tenais à refaire, seule, quelques-unes des promenades que nous fîmes ensemble, pour être moins émue en les refaisant
ensuite avec vous, car je suis obligée de ménager mon pauvre cœur.
ROBERT

Vous avez dû trouver les lieux bien changés !
LUCETTE

Aussi ai-je eu du mal, parfois, à me reconnaître. Mais, quelle douce émotion m'a procurée
ce pèlerinage !
J'ai séjourné quelques heures au Lioran, pour
refaire le trajet du Plomb, à partir de l'endroit
où, prise de peur, vous dûtes me tenir, jusqu'à
la gare, par le petit doigt lonlaire, par le petit
doigt lonla, comme dans la chanson.

�8

Lo

COBRI:ió

ROBERT

Je sens encore votre main trembler dans la
mienne et je me rappelle des battements désordonJ ai été, en effet, mariée, mais je suis veuve
nés de mon cœur, chaque fois que le moindre
bruit vous jetait presque dans mes bras.
LUCETTE

Ah ! oui, Robert, vous fûtes vraiment, cette
nuit-là, un loyal, un héroïque chevalier!
ROBERT

Je craignais que vous dissiez, un...
LUCETTE

Tindou ! vous voyez que j'ai bonne mémoire.
Mais on n'est pas cela parce qu'on reste honnête.
ROBERT

Oui, mais la tentation du fruit défendu était
si grande ! Notre Mère Eve fit bien notre malheur
pour une cueillette qui ne valait pas celle-là !
LUCETTE

Aujourd'hui que je sais ce qu'est la vie et le
peu que valent les hommes, j'apprécie votre
courtoisie à sa valeur.
En quittant le Lioran, je reconnus, au passage,
!e Plomb, le Griou, le Pas de Compaing et au
poteau indiquant le Pas de la Cère, je fis arrêter
l'auto.
Je descendis jusqu'à la rivière...
ROBERT

Où vous dûtes trouver que le progrès n'embellit pas toujours les lieux où on le crée.
LUCETTE

Je me disais, en effet, en voyant le gros boyau
qui canalise l'eau, pour la conduire à l'usine
électrique, que certaines choses, comme certaines
gens, pourraient être utilement opérées de l'appendicite...
ROBERT (qui part d'un éclat de rire)
Votre réflexion est originale.
LUCETTE

Mais je ne voulus pas remonter sans avoir fait
le va et vient sur la passerelle.
ROBERT

Pour traverser la rivière, vous dûtes vous y
trouver beaucoup mieux que sur mon dos.
LUCETTE

Dans la vie, il convient de faire chaque chose
en son temps.
J'avoue qu'aujourd'hui je ne vous vois pas bien
en Saint Christophe, vous dévouant pour me faire
franchir la rivière; mais j'avoue, également, avoir
gardé le souvenir qu'à vingt ans je me suis mieux
trouvée sur vos épaules, qu'à soixante ans sur
la passerelle.
Si j'osais, je vous dirais bien à quoi je pensais
alors, en me voyant au milieu de la rivière sur
r i n
8FZIFJ

votre dos, mais à mon âge cela manquerait de
sérieux.
ROBERT

Dites toujouis; je sais bien que les parisiennes gardent longtemps l'envie de rire et elles ont
bien raison, car la vie, sans le rire, ne vaut pas
la peine d'être vécue. Le rire, mais le rire sain,
c'est la prière de ceux qui n'en font pas.
LUCETTE

Eh! bien, alors, j'y vais. Je.pensais... tenezvous bien :
La vie est un torrent qu'il nous faut traverser;
L'homme est un vieux chameau qui nous l'aide
[à passer.
ROBERT (n'aní
Merci pour le chameau ! Heureusement pour
lui que, le plus souvent, son fardeau est doux et
agréable à porter. Quand il ne l'est pas, cela
devient un boulet qu'd traîne comme il peut, au
risque de l'égratigner et de le faire saigner à
toutes les ronces du chemin...
LUCETTE

Comme vous me fîtes faire pour pénétrer dans
1 enclos de Castel-Viel. A ce propos, y a-t-il
quelque chose de changé au berceau du joyeux
Moine de Montaudon ?
ROBERT

Rien; à peine si les arbres sont légèrement
plus gros, leurs racines n'ayant que peu de terre
pour les nourrir sur ce mamelon.
(En riant]. Voulez-vous que nous allions essayer d'en escalader, comme autrefois, la clôture d'aubépines ?
ROBERT

A nôtre âge ! Vous plaisantez ! Ce serait bien
en vain que nous tenterions l'escalade !
ROBERT

Il existe, chez nous, un proverbe patois qui dit :
« Un mouton blanc saute aussi bien qu'un mouton noir ». Il est vrai que les gens avisés s'empressent d'ajouter : « A condition qu'il soit né
blanc ». Comme ce n'est pas notre cas, je crois
qu'il est prudent, en effet, de ne pas donner suite à ma proposition.
LUCETTE

Du reste, j'ai bien l'intention de séjourner
quelques jours à Vie et si je suis toujours pour
vous un fardeau agréable à porter ('e parle par
métaphore) et non pas un boulet à traîner, je vous
demanderai de vouloir bien être, à nouveau, l'aimable guide que vous fûtes autrefois.

Ourlhat. — Estomporio Poiricr-Bottrcau.
Lou Gerent : Poirier-Bottreau.

�Supplément üe Lu COBRETO du 15 ociovre 1933

LES MOUORTS QUE BIBOU
HYMNE AUX MORTS DE

LA GRANDE

R écit

GUERRE

Poésie de

Musique de

Eugène PAGÈS

Pierre REDON

ens'

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Lento Cantabile

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Por-ti _ rias, sons sous_ca,

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2
Pertout ound lou conoun menabo del rombal,
Oubernhats bertirious fosias rète trobal:
Plus léu que de cessa, quond sias o lo botalho,
Bous fosias ossuea, troucats per lo mitralho.

Rail.

h r J *k
ga bouostrediouigut,

I

'»

(au Refrain)

J i1 ^j^ pi
Tou jour con-to-ren bouostro glo _ no!

J ; J

Solo ou Unisson
Récitativo

T.°di Marseillaise

Quond lo Fron - so cri - det:

Aux

ar

-

Durmès Ion del Contau; mès, que bouostre tohun
Siasco ol ras de l'Isèr ou se trobo o Berdun,
Tont qu'ol cièu biroròu lou soulel é lo nibou,
Dins lou cur des Fronces, seres:Les Mouorts que bibou!

firt/L
J

3

mes

N.B. Quand les couplets seront chantés par un soliste
les phrases: Aux armes citoyens'-" et: seres: Les Mouorts que bibou'devront être chantées en chœur a l'unisson.

ci - toy-

Tan droits deiécuticn de reproduction
et d'arrangements réserves pour tous pays

Caleograv. Imp.,Magnac et Dumond,Ussel

�</text>
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          <name>Coverage</name>
          <description>The spatial or temporal topic of the resource, the spatial applicability of the resource, or the jurisdiction under which the resource is relevant</description>
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          <name>Spatial Coverage</name>
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              <text>2015-11-13 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Date Modified</name>
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          <name>Contributor</name>
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              <text>Marcenac, Etienne (1874-1956)</text>
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              <text>Biron, Pierre (1861-1941)</text>
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              <text>Prax, Fernand (1890-1970)</text>
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              <text>Pagès, Eugène (1870-1961)</text>
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          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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              <text>Lo Cobreto. - 1933, n°160 (Octobre), Onnado 14 </text>
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          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Y 1</text>
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      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Literatura occitana = littérature occitane</name>
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