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                  <text>C.I.O.O.

BÊZIERS
15 de Febriè 1933

Quotorzièmo onnado. — N° 152

LO e0BRET©
DE

L'ESCOLO

OUBERNHATO

E

DEL

N A UT-MIE JOU R

JOURNAU

j

/nESODIE

ODESIOU O L'ESCOLO OUBERNHATO : doutche froncs
]| c't- l'— ~ |ou Journau per res
)end bint sos lou numero

L'ORGINT
a
f

M. PAGES,
RLHAT.

Embouia.

CLOBAIRE,

BONCO VILLA,

LES POPIÈS:
0 M. H. DOMMERGUES, PITCHOUNO CORRIERO CAZAUD, OURLHAT, SECRETARI.

Toute I*Î..
directement au Si

l,o bouole, lo Morianno,
Lo bouole omai l'ourai.

m au sujet de numéros non reçus doit' être adressée
stariat.

La copie doit parvenir au Secrétariat (Petite rue Cazaud), avant le
15 de chaque mois pour insertion- au numéro suivant.

DOURUÈIO D'OUBERNHO.

Per ligi lo Cobrelo

ENSINHODOU

Ai se prononce : ay
1.

Nécrologie.

2.

Légion d'honneur.

au

3- Omb lo sedo noubèlo. — Eh ! l'espoung (J.-S.

45-

6.

.

7

Mémento (Et.

MARCENAC).

Discours prononcé par Dupuy-Granval à l'occasion de la visite de Jasmin à Aurillac.
Jasmin (Eug.

PAGÈS).

Couyounados (Lou Porpond).

—

aou

—

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ÒU

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—

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—

—

—

—

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_

—

ey
oy
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oou
11 (mouil'es)
gn

—

—

Mau, mal.

Ex. : Dei, des.
Sèi, sureau.

èi se prounounço : èy
oi

MATHIEU).

—

ei se pronoce

Ex. : Fai, fardeau.

tj
tch

—

Loi, les.

— Seu, suif.
— Lèu, bientôt
— Pôu, peur.
— Bièlho, vieille
— Conho, chienne
— Jour, jour.
— Chobal, cheral

�2

LÔ COBRETO

Omb lo sedo noubèlo
Nécrologie
C'est .avec une bien grande peine que nous avons
appris la mort, à Anglards-de-Salers, de notre fidèle
abonné, M. Joseph Bergeron, Officier de la Légion
d'Honneur, sous-directeur Honoraire au Ministère
de la Guerre, Commandeur de l'Ordre de l'Empire
Britannique, etc..
Ancien sous-directeur au Ministère de la Guerre,
M. Joseph Bergeron comptait à Paris parmi les personnalités qui honorent la patrie.
Il était Vice-Président du Collège libre des
Sciences Sociales, où assez souvent il avait organisé des concerts avec le concours de poètes et
d'artistes auvergnats.
Tous ceux qui l'ont connu savent combien il
était conciliant et bon.
Très cultivé, il avait constitué une bibliothèque
importante et du plus haut intérêt, où voisinent
anciens et modernes, sous de merveilleuses reliures
dues pour la plupart au talent de Madame Bergeron.
Il aimait beaucoup son patois d'Anglards et il :
nous assurait, il y a quelques mois, qu'il prenait
un très grand plaisir à la lecture de Lo Cobreto,
qui adresse à toute sa famille et particulièrement à
Madame Bergeron, ses bien sincères condoléances.

Légion d'honneur
/
Notre excellent confrère, La Terro d'Oc, de Tou"louse, nous apprend la nomination au grade de
chevalier de la Légion d'Honneur, de M. J. Félicien Court, sous-capiscol de YEscolo Moundino.
Le nouveau décoré n'est pas un inconnu poulies aurillacois. En 1895 — il n'avait pas encore
20 ans
- il était rédacteur-correspondant de la
Dépêche à Aurillac. Il fut, avec Vermenouze et
l'abbé Courchinoux, un des fondateurs de YEscolo
Oubernhaio et de la première Cobreto.
Que le nouveau légionnaire veuille bien permettre à un des collaborateurs de notre première revue,
de lui adresser, avec son meilleur souvenir, ses
bien sincères félicitations et celles de VEscolo
Oubernhato et de Lo Cobreto.
Henri DOMMERGUES.

Que semblai, doumeisèlo,
Lo blugoto deis riùs !...
L'orcono del Boun Diù
Bous chaîlo è bous montèlo.
Lou soulelh tout en fioc,
Ol ras de bous, es palle !
Moun bistou pas trop tralle
S'en refresco en tout lioc.
Nega do dins lo sedo
Del crue jusqu'os turmèls,
Fosès bira les uèlbs,
Postouresso de fedo !
Sur des albes tolous
Benès de lo bessièiro,
Plegado touto entièiro,
Del bouès lou plus tendrous.
De piboul è de bèsso
Bostre efet es tescut...
E per quauques escuts
Bous counhas en noublèsso.
J. S. MATHIEU.

EH ! L'ESPOUNG
Boules pas plus lo lono
Que nostro fedo dono
Ni les draps del poïs
Espes, escaufodis,
Tounduts dins l'aus de l'oulbo
Possat o lo quonoulho...
Aimas mièlb lou noubèl
Per floura lou rostèl !...
Ocotas bous l'aissèlo
De crespo clorinèlo
Ound lou bent negre fret
S'engulhoro cap-dret.
S'aimas tout so corèsso
Fosès o lo cobèsso!...
Gonbores prousscs blus
Per tinda lou trelus.
Metès bous ol régime
Mes garo ol catochime !...
Qu'oprend que lo sontat
S'escound dins lou tirat.
J.-S. MATHIEU.

�LO COBRETO

MEMENTO
Elle fut lielle entre les belles,
Et bien avant qu'elle eût quinze ans,
L'amour brilla dans ses prunelles
Par les sentiers des vers luisants.
Comme moi, mauvaise écolière,
Nous faisions, tels des papillons,
La douce école buissonnière
Lorsque verdissent les sillons.
El malgré mes seize ans à peine,
De ses yeux j'aimais la couleur,
El plus me troublait son haleine
Que le chaud parfum d'une fleur.
Amour naissant, amour bien tendre,
Fait de troubles délicieux,
Et que seul semblait nous apprendre
Le langage muet des yeux.
Puis il fallut quitter l'école, —
Le temps heureux et regretté,
Ma douce amie à l'âme folle ;
Cliaeun s'en fut de son côté.
Fort longtemps mon cœur l'a suivie,
Comme l'ombre suit notre pas,.
En lui souhaitant dans la vie
Tout le bonheur qu'elle n'eut pas.
Elle a trouvé beaucoup d'épines
Aux roses qu'effeuilla sa main,
Et ses yeux aux lueurs câlines
Se sont voilés à mi-chemin.
La vieille cloche du village
De ma mie a sonné le glas,
Meurtrie et vieillie avant l'âge,
Par un matin blanc de frimas.
Sur son lit, dans la chambre close,
Elle dormait les mains en croix,
Et sa lèvre qui fut si rose
Etait blanche comme ses doigts.
Adieu donc son tendre sourire
Et les caresses de ses yeux,
Fermés pour ne plus rien me dire
Après leurs ultimes adieux.
De sa blanche robe habillée,
Le lendemain dans son cercueil,
De sa maison, toute endeuillée,
Hélas ! elle a franchi le seuil.

Malgré les rafales de neige,
Cinglant les houx et les bouleaux,
Précédant un faillie cortège,
On l'a portée au fond du clos.
Adieu vivant bouquet de roses,
Qu'un baiser avait fait fleurir,
Devenu la pire des choses
Et qui n'est plus qu'un souvenir.
Un peu de nia jeunesse est morte,
Car, pour moi, tu restais toujours
L'écolière rieuse, accorte,
Qui fut mes premières amours.

Depuis qu'on l'a couchée où plus rien ne l'éveille,
Dans le clos où son corps s'est défait peu à peu,
Les soirs lourds de regrets que la pourpre ensoleille,
Je songe à cette fleur à l'éphémère feu.
Je m'explique à présent sa précoce jeunesse
Ses yeux rieurs pareils à quelque mer sans fin,
Où, comme des oiseaux qui clament leur ivresse,
Ses rêves envolés passaient dès le matin.
Je m'explique à présent ses frémissantes lèvres
Qui s'ouvraient aux baisers comme de vives fleurs,
Ses longs regards muets et ses étranges fièvres
Qui la poussaient vers moi par les soirs enchanteurs.
Une voix lui disait de se hâter de vivre,
— Convive ne goûtant qu'au meilleur du festin,
Très vite elle tournait les pages de son livre,
Obéissant sans doute à l'arrêt du Destin.
Que ces jours rayonnant de sa jeunesse blonde
Furent hâtifs et doux. Ce n'étaient quelquefois
Qu'un frôlement de main dans la forêt profonde,
Où la framboise mûre ensanglantait nos doigts.
C'était sa jarretière ou bleue azur ou rose
Tout d'un coup apparue autour d'un soyeux bas,
Une fleur ramassée encore à peine éclose
Et que nous chiffonnions au cours de nos ébats.
Et d'autres petits riens parfumant notre idylle,
Comme un bouquet très frais cueilli dans le matin,
Qui suffisent pourtant, quand vers eux je m'exile,
j A me rendre présent ce passé très lonitain.
Comme le lierre hirsute aux multiples racines,
Ou bien l'arbre brisé qui renaîtra vainqueur,
De même, ô fleur, partie avec les aubépines,
Ton être moissonné plonge au fond de mon cœur.
Etienne MARCENAC.

�4

LO COBRETO

DISCOURS
prononcé par le poète félibre
Dupuy-Grandval d'Aurillac,
à Jasmin,
le 23 février 1854,
lors de son entrée
dans notre ville :
Jasmin, en toun hounour moun flot socrat s'ollumo;
Moun cur trai coumo un fol et lou cerbel me fumo.
De te coumplimenta, les gaoudots m'aou corgat ;
En lour obeissen espère en to bountat.
Les gronds esprits toujiour protiquou l'indulgenço ;
Sei segur que lo tio sero mo recoumpenço.
Ieou souei trop pitiounel per pouder te conta ;
Ombe resignotiou deigno un paou m'escouta.
Mo muso o trop potit per estre fresco et bello,

JASMIN
L'Apôtre de la Charité
Sa popularité
Son voyage dans le Cantal

Au compatriote de Jasmin, Hené VIBLCAZAT,
qui a si bien chanté notre cher Cantal, amical hommage.
E. PAGES.

Connue beaucoup d'autres félibres de notre époque, j'ignorais à peu près tout de Jasmin jusqu'à
ces temps derniers.
Or, il y a quelques semaines, je reçus, coup sur
coup, une c. p. d'Agen, représentant le monument
élevé au poète-coiffeur dans sa ville natale et, en
communication, le 3e tome de ses « Papillotos ».
Sur la couverture, au-dessous du nom de l'auteur,
se
lil : « Coiffeur, Chevalier de la Légion d'honneur,
Mais o los flottorios ès restado rebello.
Membre des Académies d'Agen, de Bordeaux, etc..
Per tu n'o pas besoun de trohir lo bertat ;
Les titres honorifiques, qui suivent celui de sa
En bonten tous tolons, gardo so puretat.
profession, prouvent que ses « Papillottes » étaient
Dèbes pas loun renoum ol reng, o lo fourtuno ;
d'une qualité supérieure aux « Indéfrisables » de
Te l'ès fat tout soulet, caouso bien paou coumuno,
ses collègues d'aujourd'hui, qui ne résisteront
Car sons de forts opuis ou sons lo claou d'orgent,
sûrement pas aussi bien à l'épreuve du temps.
Lou mérite longuis et traouco raroment.
L'œuvre de Jasmin est précédée, dans ce volume,
Noun suffis pas noum plus de courre los escolos
de diverses études sur le poète. La plus complète
m'a semblé être celle de Sainte-Beuve, parue dans
Se forci de lotin ou d'aoutros foribolos ;
« Le Constitutionnel » du 7 juillet 1851.
Oquel que sero pas un pouèto quond nai
J'ai pensé que les abonnés de « Lo Cobreto » en
Pot n'en prendre lo pel, mais lou dedins jomai ;
liraient le passage ci-dessous avec tout l'intérêt que
O quos del firmoment que l'y jiollis so flammo,
j'y ai pris moi-même.
E guel soul parlo bien lou lengachi de l'amo.
(( Jasmin est le poète de ce temps-ci qui a le mieux
Quontes n'on countorion de reputats sobents
« tenu toutes ses promesses. C'est un homme plein
Qu'espèrou d'ottopa lo luno ombe leis dents ?
« de feu, à l'œil noir, au teint bruni, à la lèvre
Sou mountats lou moti sur lou gueine Pegaze
« ardente, à la physionomie franche, ouverte, ex« pressive.
Per se beire lou ser sur l'esquino d'un aze.
« Né à Agen, pauvre, de la plus honnête mais
Mais tu, l'efont gostat de lo terra et del cièou
«
de
la plus entière pauvreté, d'une famille où l'on
Del célèbre boloun n'as tostat que lou mièou ;
«
mourait
de père en fils à l'hôpital, Jasmin a la
Fidel o toun estat, tout fosen lo protiquo,
&lt;(
gaieté
sensible
et, même quand il pleure, on voit
As méritât cent cops lo palmo ocodemiquo ;
« rire toujours, dans ses larmes, un rayon de soleil.
Et per prouba, Jasmin, que soui pas truffondié,
« Arrivé à l'âge de gagner sa vie, il s'était fait
Prouclame « Fronçounoto », et « Del Costel Cuillié »,
« coiffeur et, dans sa boutique proprette, il chantait
L'Obugle qu'aime tont, et pueis « Los Popillottos »
« selon l'instinct de sa nature, en usant de cette
Que foou bira lou cap o toutos los dròullottos.
« facilité d'harmonie et de couleur qu'offre, à ses
Portes lou jionte noum d'uno poulido flour ;
: « enfants, le patois du Midi.
Tous bers n'oou lou porfum, toun amo lo coulour ;
« Il rasait bien, il chantait mieux, et, peu à peu,
« chalands et curieux de venir, si bien qu'un peu
Otobe lou boni, Dièou to juste, en préférenço
« d'aisance, un petit ruisselet argentin, comme il
T'o caonsit per ona .counsoula l'indigenço.
« dit, le visita, lui, le premier de sa race et qu'il
Disou dins toun poys, que lou ser qu'ès noscut
« devint même propriétaire de sa modeste maison.
Entendèrou, dins l'air, les doux accords d'un luth ;
&lt;( Cet homme, qui avait lu peu de livres, avait
Que lo nuet sur toun bret dobolet un esclaire
«
médité en lisant à celui du cœur et de la nature.
Que monquet fa mouri, de poou, to paouro maire !
«
La langue dans laquelle Jasmin écrit, est le
Per yeou souei pas surpret de poreillos fobours.
«
patois
du Midi. La langue du Midi de la France,
Un Dièou des bers potais, nait pas toutes les jiours!

�LO COBRETO
«
«
«
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«
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«
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«
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«
«
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«
«
«
«
&lt;i

«
(,
((
«

la plus précoce de celles qui naquirent riu latin ;
après la confusion de la barbarie, cette langue,
dite provençale-romane, était arrivée à une sorte
de perfection classique durant le II'" siècle; de
de 1150 à 1200, elle avait produit, en poésie, des
pièces diverses et des plus distinguées et elle était
en plein épanouissement lorsqu'elle fut violemnient dévastée et ravagée au commencement du
13* siècle, dans la guerre dite des Albigeois (1208122!)).
« Elle fut écrasée brutalement dans sa fleur et
comme noyée dans le sang de ceux qui la çultivaient.
« Durant quelque temps elle lutta encore et essaya
de se maintenir à l'état de littérature, niais tout
centre politique était détruit dans le Midi. Cette
langue, la première née, ou, du moins, la première formée des modernes, tomba décidément
en déchéance et passa à l'état de patois. Je définis
un patois : une ancienne langue qui a eu des
malheurs, ou encore: une langue toute jeune et
qui n'a pas fait fortune (1). La provençale était
dans le premier cas.
&lt;( 11 y a dans Jasmin, à côté du poète, un déclamateur et un acteur et tous ces hommes, en lui,
concourent à lui obtenir cette prodigieuse action
qu'il exerce sur les organisations du Midi. Ce qui
fait que la poésie de Jasmin produit tant d'effet,
c'est que tout, en lui, est d'accord; on sait que
l'homme et le poète ne font qu'un.
« Les tournées de Jasmin sont marquées, on peui
le croire, d'incidents gais, fous, enthousiastes,
d'incidents tout gascons.
« Ses qualités sérieuses et dignes, recouvertes
d'une poésie fraîche, riante et sensible, ont profité à Jasmin. Homme, elles lui ont procuré la considérât ion, qui ne suit pas toujours la renommée :
poète, elles l'ont amené à la perfection de son

« talent ».
Après cela, nous connaissons tous Jasmin et il
me suffira de citer une phrase de M. Duinon.
ancien ministre, à qui il. avait dédié son 3" tome
de « Las Papillotes », pour savoir l'usage qu'il fit
de son talent :
(( C'est un barde dont les actions valent, les
« poèmes ; qui bâtit des églises, secourt l'indigence,
« fait du talent une puissance bienfaisante dont
« la Muse aime à se faire Sœur de charité ».
Effectivement, rien de ce qui touche à la charité
ne le la.isse indifférent et il répond avec autant
d'empressement que de désintéressement, à toutes
« les demandes qui lui sont adressées, qu'il s'agisse

(1) Celte spirituelle définition du patois devrait bien, me
semble-t-il, faire comprendre aux étymologistes et aux phanétistes qu'Us ont grand torUde se traiter en frères ennemis
puisqu'ils parlent tous... patois.

5

de construction d'églises, de création de crèches ou
de salles d'asile, de secours à apporter à des groupements philantrbpiques, ou à quelque infortune

privée.
Aussi, l'auteur d'une étude qui lui est consacrée
dans « La Guyenne », du (i juin 1847, la termine-t-fl
par ces mots :
« Il y a quelque chose qui vaut mieux encore que
« le génie : c'est l'élévation du coeur et nous saluons
« en Jasmin le génie du poète et le cœur de
» l'homme ».
Partout où il allait, il était l'objet d'ovations enthousiastes sans précédent; Il arrivait fréquemment
que les femmes, « après lui avoir jeté leurs bou« quets, s'arrachaient les fleurs de leur coiffure pour
ce les
lancer encore à ses pieds », comme cela eut
lieu à Dax en avril 1850.
Pour mieux se faire une idée de sa popularité et
de ses succès, j'ai cru qu'il serait intéressant de
reproduire un court extrait de quelques comptes
rendus publiés par les journaux des villes où il se
rendait.
Du Charentais, 26 avril 1847 :
« Jasmin est venu à Angoulême pour donner
« une soirée au bénéfice des pauvres. La réunion
(( était nombreuse et choisie. A la fin de la soirée
« et au milieu de l'enthousiasme général, la jeu« nesse d'Angoulême lui remit une couronne d'im&lt;&gt;• mortelles et une tabatière sur laquelle était gra&lt;. vée cette flatteuse inscription : Estime, Amour,
« Admiration à Jasmin, le plus sublime des Poètes ».
Du Journal de Lot-et-Garonne, 6 octobre 1847 :
« Sur l'invitation du maire, Jasmin cheminait,
« dimanche dernier, sur la route d'Aiguillon. La
« surprise la plus flatteuse lui était ménagée. Une
» chaise de postes ornée de branches de lauriers,
« une cavalcade formée par tous les jeunes gens
« de la ville, l'attendaient à quelque distance du
« Fort Sainte-Marie, et Jasmin entra dans la com(i mùne
d'Aiguillon, au bruit des vivats et au mi« lieu de la population accourue de tonies parts
d sur son passage
».
Du Journal de Béziers, 17 décembre 1847 :
« Le restaurateur de la langue romane, l'héritier
« légitime des Troubadours, Jasmin, est revenu vite siier
la patrie de Pierre Vidal. Il a, désormais,
« conquis son droit de cité parmi nous. Béziers est
« sa ville, comme Toulouse et Bordeaux qui l'ont
« adopté, comme Agen OI'I il est né ».
Du Courrier du Midi, 1" janvier 1848 :
« Depuis trois semaines nous avons épuisé en« vers Jasmin toutes les formules de l'éloge et pour» tant, à chaque nouvelle séance son succès gran« dii. Aussi, les invitations de tous genres, les dî-

�6
«
«
«
«
«
«

LO COBRETO
ners, les vers et la prose, les couronnes et les
fleurs, oui plu de toutes parts sur le Troubadour
gascon. Jasmin nous a quittés, mais il nous a fait
hier de magnifiques adieux. Montpellier se souviendra, longtemps de sa visite, et, désormais,
son nom a acquis chez nous, droit de cité ».

Ou Sémaphore, 11 février 1848 :
ie

»
«
«
«

(( Dimanche dernier, Jasmin a renouvelé ses prodiges d'inspiration devant un immense auditoire.
.I ais, peut-être, nous n'avions entendu quelque
chose de comparable à cette parole. C'est l'éloquence de Berryer et de Lamartine, avec encore
plus de cœur et de conviction ».

Du Sud, 17 février 1848 :

((
«
«
«
&lt;&gt;
«
«
«
«
((
«

(( Le succès du poète Agenais est si grand à Marseille, que chacun a voulu l'entoure]', le fêter.
Veut-on savoir comment Jasmin emploie ses journées? Nous- en prendrons une sur sept. Dimanchedernier à 11 heures du matin, le poète présidait
à la Société St-François-Xavier, où, dans une salle
immense, 2.000 âmes lui battaient des mains; à
2 heures il s'asseyait au banquet d'adieu, offert
paí ses frères de l'Athénée-ouvrier, et enfin, le
soir, au milieu des fleurs, des lumières, du satin
et du velours, dans un de nos plus élégants saIons, il recueillait un nouveau triomphe ».

De la République de Tarbes, 15 juillet 1850 :

(( Jasmin vient de marquer son second passage à
&lt;( Tarbes par un bienfait. Une soirée a été donnée
« par lui à la salle du Spectacle, au profit des pau(i vres.
La réunion était extrêmement nombreuse.
« Après (( La Caritat » et la « Semmano d'un Fil »,
(( une avalanche dé fleurs est tombée sur la scène;
« une cascade de bouquets a entouré le poète ».
Sa popularité était devenue telle, qu'il n'était,
pour ainsi dire, plus maître de sa personne. Au
printemps de 1840, s'étant rendu à Bordeaux pour
des affaires personnelles, voici ce que relate
Le Courrier de la Gironde du 4 avril 1849 :

(( A peine l'a-t-on su au milieu de nous, que chacun a voulu le soir, le fêter, l'applaudir. On l'a
arraché de sa retraite, on à violé son incognito,
et, dès ce moment, il ne s'est plus appartenu. On
lui a donné des dîners, on a organisé pour lui
des soirées et des matinées, car les soirées ne sufUsaient plus. Enfin, en 10 jours, le poète n'a pas
donné moins de 30 séances ».
Il m'eût été facile de multiplier ces citations ;
mais, celles ci-dessus sont suffisantes pour démontrer les succès de Jasmin, qui fut fêté comme un
dieu plutôt que comme un homme.
Le Gouvernement lui-même ne l'oublia pas; il fut
fait Chevalier de la Légion d'Honneur en avril
1845.
((
«
«
«
((
«
«

On doit bien se. douter qu'à chacun de ses déplacements, ou à peu pi'ès, il était obligé de subir au
inoins un discours le louangeant comme il convenait.
A chacun d'eux il répondaii par un impromptu
qu'il avait défini spirituellement : la bonne monnaie du cœur et la fausse monnaie de la poésie.
Et ces impromptus étaient. généralement bien venus. En voici un, par exemple, qu'il improvisa au
cours d'une soirée au Capitule, le 12 mars 1840, à
laquelle assistait tout ce que Toulouse comptait de
lettrés et d'esprits cultivés.
Inprountu as Sabens de Toulouzo :
Ma Muzo, dins Ions prats, de soun ramel glouriouzo,
Crezio n'aber plus res à gragna dins Toulouzo ;
Mais Toulouzo m'embito a sa festo d'aney
Et me baci tournât; et may hurous qu'un rey
Bezi trouna ma Muzo al miey del Capitôlo,
Et la courouno en flous toumbo enquèro à mous pès.
Ouinbro des Troubadours, sans dotito 'la bézès ?
Acòs diou boulega bostro amo pouètico,'
Car on diyô qu'ai mièy des sabens apilats
Al soun de la grando muzico,
La « lengo de Paris » et la « lengo des Prats »
Al Capitôlo an fey la pats !!!

Que ne pouvons-nous en dire autant aujourd'hui !
Mais, chose plus extraordinaire, c'est que Jasmin semble avoir été fêté et choyé bien au-delà des
frontières des pays de langue d'oc. A preuve cet
impromptu en date à Epernay du 2 novembre 1845,
adressé
A la Doumayzeleto que me baillet la Courouno
Al noum de la Champagno
Dins la bela serado de M. et Madamo D...
Doumayzèlo, d'òun sès sourtido
Que tan jouyno tressas courouno tan poulido ?
Muzicas en parlan, et bòstros finos flous
An un parfun de glôrio et l'encens lou may dons !
Dins nostros prados tan rizentos
Gayre atàl de bouquets nous fan ;
Bòstres mots an d'encen; bòstros flous sou luzentos;
Daouras moun frount en l'embaouman !..
Oh! mais! coumpreni tout... debeni qui bous mando;
Et tout me play
Enquèro may ;
Darré bous, à trabès las flous de la guirlando,
Bezi luzi l'esprit et l'èl de bostro may !!
Si celle-ci était réellement d'Epernay et non pas
de Gaillac ou de Rabastens, aura-t-elle compris le
compliment ?

�LO COBRETO

7

Jasmin, nous l'avons vu, était d'essence plus que
La lettre du Maire d'Aurillac, Hippolyte de Parieu,
modeste. 11 n'a jamais renié ses origines, ni rougi de j suivit de près celle de Monseigneur Lyonnet.
ses parents. Avant d'être poète, il était surtout coif(( Monsieur, disait-il à Jasmin, la plaie de la misère
feur. Dans ces conditions, je m'explique mal que ses
&lt;( ne se produit jamais dans le monde, sans exciter
compatriotes aient cru devoir le statufier en... habit.
« en lui une douloureuse et juste sensibilité.
Ce n'est vraiment pas la tenue qui convient à celui
« Votre apparition, bientôt, dans nos contrées, sera
qui nous raconte dans ses « Souvenirs » :
« due à ce mobile puissant chez les natures d'élite.
« Vous avez été appelé à Saint-Flour par notre
Biel et cruchit, l'aoutre siècle n'abio
« bien aimé évèque.. Puisse sa voix, aidée encore du
Qu'un parel d'ans à passa sur la terro,
&lt;( souffle pur qui l'anime, vous déterminer à visiter
Quand, al recouen d'uno bieillo carrèro
« aussi le Chef-lieu du. Département. »
Dins un oustal où mai d'un rat bibio,
Ce même journal publie la réponse de Jasmin à
Lou Joudi Gras, darré la porto
Monseigneur Lyonnet. Elle est datée d'Agen, 17 janA l'houro où faou saouta les pescajious,
vier 1854.
D'un pay boussut, d'uno may torto,
J'en ai extrait ce qui suit :
Nasquet un drolle ; aquel drolle,aquoi... iou !
« Je débute dimanche 22 à Foix ; puis j'irai à
Si Jasmin revêtait la... queue de pie pour interpré« St-Girons, à Pamiers, à Lavaurs, à Toulouse et à
ter « Maltro l'Inaucento », « La Semmano d'un Fil »,
« Rodez. A Bodez, ce sera vers le 9 Février. Je pour« Lous dous Frays Bessous », « Ma Bigno », ses pièi « rai, donc, me rendre à Saint-Flour le 11 et donner
ces de prédilection, il. faut bien reconnaître que c'était
« notre séance le 12. »
une faute dégoût. Mais la commit-il ? Je ne le crois
pas, à en juger par la tenue dans laquelle il se préOn voit par là que M. Dumòn, l'ancien ministre,
senta au publie de Saint-Flour, ainsi qu'on le verra
à qui Jasmin avait dédié son troisième volume de
plus loin. Dans aucun autre compte rendu, on ne
« Las Papillotos », n'exagérait pas lorsqu'il écrivait :
parle de sa tenue.
Cet habit qui, en la circonstance, me paraît être
« Jasmin a, à coup sûr, l'existence la plus poétiune exagération quelque peu ridicule, m'a fait pen« que, la plus idéale de ce siècle. Sa vie n'est-elle
ser que peut-être, les journalistes qui avaient rédigé
» pas un fête perpétuelle, une série de « pèlerinages »,
les comptes rendus reproduits plus haut, avaient
ce comme il nomme ses déplacements, où l'enthouexagéré, eux aussi, grâce à leur imagination méridio- « siasme des populations l'accompagne ? »
nale.
La soirée de Saint-Flour, que Jasmin avait primiC'est pourquoi, me souvenant avoir lu que Jasmin
i
tivement
prévue pour le 12 février, fut ensuite fixée
était venu dans le Cantal, j'ai eu la curiosité d'aller
au
17.
aux Archives départementales, pour rechercher
Mais, F « Echo du Cantal » du 18, annonce que
l'époque à laquelle remontait sa visite, sur quelle
cette
soirée dut être forcément renvoyée au dimaninvitation il était venu, et quel accueil lui avait été
che
19.
réservé.
J'ai pensé que ce serait une page d'histoire locale
« Le poète, dit-il, arrivé à St-Flour depuis merque les abonnés de LO COBRETO liraient avec plai« credi dernier, par un temps affreux, est complètesir. Voici, donc, ce que j'ai trouvé :
« ment privé de voix sous l'influence de la tempéL'hiver de 1854 fut particulièrement rude en Haute« rature. En conséquence, le poète ne donnera sa
Auvergne, et la misère s'y faisait cruellement sentir.
« séance à Murât que le 21; à Aurillac le 23; à MauPour la combattre, on organisait partout des fêtes
« riac le 25 ».
de charité. A Aurillac, notamment, il en fut donné
à la Préfecture, au Théâtre et à la Mairie. Dans les
Aucun autre incident n'empêcha l'exécution de ce
deux églises eurent lieu, également, des concerts
dernier programme.
religieux.
Ce fut l'évêque de Saint-Flour, Monseigneur LyonPour ne pas trop prolonger cette petite étude, je
net, qui, le premier, eut l'idée de faire appel à Jasvais résumer succinctement, d'après les journaux
min. Dans sa lettre, reproduite par « l'Echo du
locaux de l'époque, l'accueil qui lui fut réservé dans
Cantal », du 4 Février 1854, il lui disait notamment :
chacune de ces localités.
&lt;( Venez donc, aimable et gracieux poète. On vous
(( écoutera avec bonheur à Saint-Flour, à Aurillac, à
Eug. PAGES.
« Murât et à Mauriac. Il n'est aucune de vos paroles
(( qui ne produise un merveilleux résultat pour les
(A suivre.)
« infortunés qui demandent du feu et du pain. »

�8

LO COBRETO
. Ogotchat que bene de li traire lou fai lou pus
pesat è lou pus emborrosiù qu'atchio jomai
troubat de nio bido.

Couyounados
0 UN ENTARROMENT
Obès pas counegut Logono? Sobès-be, Logono d'o Mau, qu'eimabo tout o pintouneja è que
sobio to plo counta de poulidos farços. Oquo's
guel, qu'un bèl jour obio embouiat ol curat d'o
Lobostido uno lèbre qu'obio bisto possa per un
puètí
Logono obio uno sorre que, o fouorço d'espornha, obio omassat un brabe moudiòu de
peços roussèlos (d'oquel tems oquelos pèços
érou d'or è trinabou!) Un bel jour orribèt o
10 pauro fenno ço que bous orriboro o toutes
— ornai o n'o ièu otobe belèu: mouriguèt. E
Logono lo foguèt entorra. Ourio bougut que
lou begossias sègre lou couorp de lo pauro
defunto. 01 eemetèri bronièt... bromo que bromoras! Un de sous besis s'oturèt de guel à ço
11 foguèt :
- Per que, diaples, ploures tont, paure Logono; m'es obis qu'ès plo foutrau. To sorre te
daisso un llot d'orgent, deourios pas plourà,
noun d'un sobat !
Logono possèt lo mo sus uèls et li respoundèt :
— Ai pòu que torrie!...

SUS LO MAR
Fosio uno tempèsto torriblo que soullebabo
de lei mountonhos d'aigo. Un paure nobire èro
oti ol mièt de los luciados è del brut d'ifèr que
fosio lou tron. Se soullebabo dobont, se soullebabo dorriès, tout se derroueabo, tout petabo.
Toutes les moriniès obiòu pòu. Lou copitoni, en
beire un tal dessiobar, coumondèt o tout lou
mounde de traire pel l'aigo tout ço qu'obiòu
de pus pesat, per l'omouort d'olòugièra lou
boteu.

OL COUNSEL.
Ço que bous ban counta se possabo dins lo
porroquio d'o Retiro-Co n'o mai de sieièsonto
ous. Lou mèro è les counsilbès obioù décidât
de faire un eemetèri niòu pertau que lou bièl
èro plèt è se troubabo trop tichiou.
Lou counsel s'ossemblèt o lo meisou coitmuno per estudia oquel ofaire. Cadtin dounèl
soun idèio, mès toutes ocobèrou lour porlicado
del mémo biai : « Foren coumo moussu lou
Mèro boudro ! »
Me eau bous dire que dins oquel troupèl de
doutche counsilbès, n'i obio ounze que sobiòu
pas quitoment escriure ni ligi. Lou Mèro, tout
soul, sobio, om prou peno, sinna soun noum.
Quond toutes se fouguèrou metut d'occouordi, lou Mèro prouposèt de domonda o lo Prefeturo « uno subvenciù », pertau que lo coumuno èro pas prou ritcho per fa touto soulo lo
despenso del noubèl cemeteri.
Lou secretari — oqu'èro lou precetur — escriùguèt lo domondo è lo foguèt sinna ol Mèro.
Les ounze counsilbès que sobiòu pas sinna,
coumo zo bous ai dit, foguèrou ol found del
popié ounze crouts.
Lo domondo portiguèt o lo Prefeturo. Lou
lendemo li orribèt. Dins lou cobinet del Préfet,
un secretari durbio lei letros è los possabo »!
mèstre.
— Tenez, Monsieur le Préfet, voilà un pauvre maire qui demande une subvention pour la
construction d'un cimetière.
Ah! bien... Mais qu'est-ce que c'est que
toutes ces croix ?
— Monsieur le Préfet, ça doit être le plan du
cimetière projeté....
LOU PORPOND.

Olèro un d'oquetches qu'èrou sui bostiment
otropèt lo sio fenno è... plouf!... lo foguèt copoussa dins lo mar.
— Oi, malbirous, qu'obèc fat! ço li cridèt lou
copitoni.
E més, respouond l'autre, m'obès dil de
foutre pel l'aigo oquo que pesabo lou mai. i

C.I.O.O.
BtZIEBS

TKirXAC. — IMPRIMERIE POIRIER-BOTTIÌEAU

Lou Gerent

:

A.

POIRIERSOTTREAU

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              <text>Mathieu, Jean-Simon (1878-1962)</text>
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              <text>Lo Cobreto. - 1933, n°152 (Febriè), Onnado 14 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Y 1</text>
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          <name>Contributeur</name>
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