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                  <text>15 de julit 1934

nnado. — N° 169

L0
DE

e©BRETO

L'ESCOLO

OUBERNHATO

E

DEL

NAUT-MIEJOUR

JOURNAU

MESODIE

ODESÏOU O L'ESCOLO OUBERNHATO : doutche froncs
Et l'on o lou Journau per res
Lou Journau se bend bint sos lou numero

L'ORGINT:
0

M. PAGES,
OURLHAT.

Embouia.

CLOBAIRE,

BONCO VILLA,

LES POPIÈS:
0 M. H. DOMMERGUES, PITCHOUNO CORRIERO CAZAUD, OURLHAT, SECRETARI.

Toute réclamation au sujet de numéros non reçus doit être adressé*
directement au Secrétariat.

Lo bouole, lo Morianno,
Lo bouole ornai l'ourai.

La copie doit parvenir au Secrétariat (Petite rue Cazaud), avant 1*
15 de chaque mois pour insertion au numéro suivant.

BOURRÈIO D'OUBERNHO.

Per ligi lo Cobrelo

Ex. : Fai, fardeau
Ai se prononce : ay
— Mau, mal.
—
aou
au —
— Dei, des
—
—
ei
ey
Sèi, sureau.
■
—
—
—
èy
èi
— Loi, les
—
—
oy
oi
— Seu, suif.
—
—
eou
eu
— Lèu, bentôt
èou
èu
— Pòu, peur
oou
—
—
ÒU
11 (mouillés)
— Bièlho, vieille
—
—
lh
— Conho, chienne
—
—
gn
nh
— Jour, jour
—
tj
j
—
Chobal, cheval
—
tch
ch

ENSINHODOU

1.

Nos Kélibrées — Au Casino de Vic-sur-Cère.

2. Nécrologie : Maurice Pompidou, Jules Malrieu.
3.

Lo fourêt (J.-M.

GASTON).

4. Lou bouos de lo Fagio (L.

GÉRAUD).

5. Le groupe artistique de YEscolo Oubernhato à la
félibrée de Figeac (Cliché Vigne).
6. Pastorale moderne (suite et fin) (Eug.
7. O nostres omits.

FONSJOUVEAlf

PAGÈS).

�2

LO COBRETO

NOS

FÉLIBRÉES

dire un suprême adieu. Quelle tristesse !
Elle est pour moi d'autant plus poignante que
je sais combien ardente était sa volonté de vivre
— de vivre, au meilleur sens du mot, pour se
donner tout entier à son art. Son art ! Avec quel

La série de nos félibrées continue. Le 16 juin,
la ville de Murât a reçu la visite de notre groupe
artistique et de nos félibres. Il s'agissait d'une

zèle imprudent et fiévreux il lui faisait le sacrifice de ses énergies, pourtant bien entamées ! En

soirée donnée au bénéfice des anciens combat-

vain parlait-on, à mots discrets, de nécessaires

tants et victimes de la guerre. Dans la vaste salle

ménagements : ce zèle était une ferveur, et la
crainte de ne pouvoir le déployer librement et

de la Halle, admirablement décorée et agencée
par les soins de MM. Teillard et Constans, le

jusqu'au bout, loin de le ralentir, ne servait qu'à
le stimuler.

spectacle se déroula et un très nombreux public
put applaudir nos chanteurs, danseurs, diseurs et

Puis-je révéler ici le drame intime, le drame
émouvant qui se livrait dans cette âme éprise
d'idéal, mais oui n'ignorait rien — et pour cau-

musiciens. Il était minuit et demi quand la séance prit fin au milieu des applaudissements frénétiques de l'assistance.

se, hélas ! — des réalités menaçantes ? Ses amis

ooo

l'adjuraient d'économiser ses forces, de modérer
ses élans, de ne pas chercher à brûler les étapes
sur la route qu'il s'était tracée. Il leur répondait
avec modestie et fermeté :

AU CASINO DE VIC-SUR-CERE

« Ma santé est à la mesure de nos chemins Vici-

Le mardi, 17 juillet, YEscolo donnera au Casino de Vic-sur-Cère une grande soirée régionalis-

naux, sans grande prétention.

A

considérer le

te qui s'annonce comme devant être fort brillante.

peu que j'en ai marché, elle m'apparaît droite,
toute droite, avec des clartés et des ombres com-

NECROLOGIE

me celles de mon pays. Elle monte un peu, pas
trop — à cause de mon souille ■— et elle ne redescend jamais — à cause de mon cœur.
J'y marche lentement, à petits pas comptés
de valétudinaire, les yeux baissés Vers la terre
ou brusquement levés Vers les étoiles, mais n'osant jamais fixer l'horizon. Et je m'asseois sou-

MAURICE POMPIDOU

Vent, jamais sûr de pouvoir me relever et repar-

Le délicat poète, Maurice Pompidou, vient de

tir, étonné à chaque aube nouvelle d'être encore
là, sur le chemin.

prématurément s'éteindre, au seuil de sa qua-

Ami, quand on est depuis vingt ans l'homme

rante-cinquième

année.

Je savais

mon

pauvre

oui ne fait, qui n'ose pas faire de projets, qui ne

ami depuis longtemps menacé, et pourtant sa

loue pas sa place au théâtre de crainte de ne

disparition me bouleverse : elle se produit à un
moment où son jeune talent dé'à mûri allait s'é-

pouvoir l'occuper, qui ne prend pas d'engagements dans Vincertitude de les pouvoir tenir, la

panouir; ne venions-nous pas de le voir s'affir-

longueur de la route en avant ne compte pas,
l'avenir non plus. A chaque jour suffit sa peine;

mer en un succès des plus prometteurs} Cette
« Jeanne » dont il é":ait iustement fier, représentée en des soirées de "ala sur plusieurs scènes de
l'Ouest, avait recueilli partout d'enthousiastes
applaudissements, et les critiaues, m*me les plus
sévères, avaient vu dans ce coup d'essai un coup
de maître : l'un rêvait pour cette pièce les honneurs de l'Odéon; un autre souhaitait une série
de représentations sur les principales scènes de
France. Quel cnemm parcouru depuis les «Poèmes épars » ! Le poète ne cachait pas les grands
espoirs oui lui étaient venus de cette première
caresse de la gloire... Et voici que ces espoirs

dan* ^e souvenir du passé, le présent sèul importe. C'est, pttec un sens de gravité, le « carpe
diem » des l"tins, mais avec, chaque soir, l'examen dr&gt; son bilan... »
«

C'est pourmoi,

ajoutait-il à mon adresse,

lorsque j'écris à mes amis, j'ai cette tendance à
lixer pour eux, ou pour moi t&gt;ar r"x, le testament
renctn"lelé de. mes confidences. Mais je ne dis:
« Voilé on j'en suis » que pour signifier, en cas
d'pT.idp.nt: « Voilà où j'en étais ».
O'N il e" frai* ciuand e«t survenu ce qu'avec
un. fier dédain il nommait 1* a accident », c'est

sont brutalement brisés et qu'au lieu de nous

à

préparer à de nouveaux bravos, il nous faut lui

moi qu'il en a fait la confidence. Malgré les pro-

moi ou'il appartient de le dire puisque c'est à

�LO COBRETO
grès d'un mal implacable — dont s'alarmait jusqu'à l'anxiété la sollicitude des siens — il venait
d'écrire une nouvelle pièce — « Tu appartiens à
la Terre » — qui, étant donné l'attachement de
l'auteur aux choses et aux gens de la glèbe, doit
être d'une riche inspiration et d'un bel accent.
Mais, s'il avait eu le courage de cette dernière
tentative, il n'osa pas s'offrir la joie redoutable
d'en savourer le succès. « Cette pièce, m'écrivait-il en octobre dernier, devrait être' créée à
Nantes, cet hiver; les acteurs attendent et j'aurais un beau public. Eh bien, je Vais la laisser
dormir... pour dormir aussi. » Quelle amìre et
douloureuse signification prennent aujourd'hui
ces derniers mots ! Je ne sais ce qu'il faut le plus
admirer dans cette âme d'artiste, de la belle vaillance qui le fit se vouer à son art jusqu'à épuisement de ses forces, sourdement minées, ou de
la résignation souriante avec laquelle, l'ultime
effort accompli, il renonça à en cueillir la récompense.
L'œuvre de Maurice Pompidou révèle un vrai
poète; sa correspondance, si elle était publiée,
révélerait beaucoup mieux : une grande âme.
Benjamin

3

Nous prions Madame Malrieu et toute la famille d'agréer l'expression de nos bien sincères
condoléances.

LO

FOÜRÈT

O l'aubo, lou moti, dobale
Los peiros del cómi fòu del
Lo sourç/j ol rythme clar,
E les tèrmes des horts, sou

din l'olèio,
brut o moun pas.
eonto dins lo bolèio
flourits de lilas.

Tout es calme. Lou benl dempuorto lo poussièro
Sui Pèrbo des tolus ound s'orruco lou grel.
Lo mountonho de long, semblo blonco d'oubièiro
Quond dius lo brousso en flours dobalo lou sougueï.
Olero, sur relaï d'uno consou supèrbo,
Dins lou mémo moument, è caduno o soun tour,
Lo berdaujio sur Taure è l'olauso dins l'èrbo
Quilhou lour front bol cièu, per soluda lou jiour.

CLERMONT.

o&gt;o&gt;o&gt;
JULES MALRIEU

M. Jules Malrieu, Président honoraire du Tribunal de Figeac, le valeureux félibre quercinol,
vient de s'éteindre dans sa quatre-vingt-unième
année.
Il y a deux mois, lors des belles fêtes de Figeac, M. Malrieu avait tenu à recevoir les félibres de YEscolo Oubernhato et ne les avait pas
quittés durant toute la journée. Il avait présidé
le déjeuner et le dîner qui les avait réunis à
l'Hôtel du Pont. Il avait participé à la félibrée
populaire donnée sur la place de la Raison...
Rien alors ne faisait prévoir une fin aussi prochaine.
M. Malrieu ne put pas assister à la deuxième
félibrée que l'£sco/o Oubernhato donna à Figeac
le 8 juin; il s'excusa.
M. Malrieu fut un félibre de valeur. Disciple
de Bessou, comme il aimait à le rappeler, il avait,
comme lui, adopté une graphie mi-phonétique qui
le rendait facilement lisible, même aux non initiés. Son livre « L'Oustal», préfacé par Léon
Lafage, a eu en Quercy un succès très mérité.
Lo Cobreto aura l'occasion d'en donner quelques
extraits.

0 Ven dessus des prats, engourgats per lo sonlio,
Ound s'entend plus soun clar, « bololin, bololon »
L'esquillo del bestiau perdut dins lo mountonho
Mouonto dins lo frescuro è lour respouond de long.
Lou couorps, plegat, l'un (lorries l'autre, les segaires
Toutes mascles de pounho è rudes Oubernhats,
De lour dalho d'ociè que lonço des esclaires
Couopou l'èrbo moduro o l'oumbro des bernhats.
Lou long de lo fourèt, dibino è soulitario,
Sur lo mousso des rots ound s'olondou les rius.
Soubent, ou oquelo ouro, ai fachio mo pregario
Bressat per lo consou porfumado des niùs.
Mes ohuèi lo fourèt o combiat de bisage,
Lo sabo de soun cur, douçoment s'estorris.
PI ouro, zo bese be, les efonts de soun age
Que jious l'achio de Tome un jiour o bit mòuri.
Coumo guelo, ai perdut dins l'oumbro de rno bido
Oquetcliis que m'òu pas espornhat lour omour
Dins un moti de mai, lo roso s'es froustido
Mès enquèro moun cur respiro so sentour.
Lour soubenir pouot pas fugi de mo memorio
Bouole sègre les pas, qu'òu seguts dobon ièu.
De que me fo l'ou non r ! de que me fo lo glorio !
Ço qu'aime quo's lo tèrro ound duèrmou, quo's moun
[Dièu.

�LÓ CÒBRÊTÔ

4

O fourèt, tèrro aimado otobe, de toun oumbro,
Ogaro, jiomai plus, pouode pas m'otura
Sons entendre to bouès, coumo uno plongio soumbro
M'entretene d'onton è me faire ploura.

To plo les fouorts que les flats,
Ound sio qu'estaquou lo beto,
S'en bou de quiou, l'òubiè peto ;
Pensai se sou mourtiflats.

L'Ongelus, ol clouquiè desengrùno sos notos.
Coumo un lun que s'en bo lou souguel s'escpntis
Dorriès les puèts, coulour de song, toutos los pouotos
Se duèrbou per prega 1' « Estièïo del Moti ».

Ti o per que Mozit n'o d'unsses,
Per que Contuèl per osard.
E Limogno n'òu lour part ;
Cado on n'en perdes quauqu'unsses.

L'oumbro del ser, ogaro, ocato lo bolèio,
Lo bouès de lo fourèt semblo dire « o démo ».
Sente, pas long de ièu, quond passe dins l'olèio
L'oubèrnho, moun pois, que me prend per lo mo.

M'èro obis qu'ères noscut
Orses, è que dins to garro
Bouto crei fosio lo marro,
E dejias as trop biscut.

J.-M. GASTON.
w .jxn

,/m

,jm

,/m

jfflï

,jm

Lou bouos de lo Fagio
Qu'ès tu tèuni, paure bouo !
Tu, li o quauque on to bidourne,
Te bese, aro, tout modourne.
Quau sat de que forio oquouo.
Semblo qu'as otchut lo tigno,
Qu'o toun coupet despiòulat
Deicistont s'es otiolat
Un bobau que lou bendigno.
Les boutorots qu'autre temp
Blonquejiabou jious to mousso
Om guelo òu fat guerbo rousso
Trepisses plus que toun bren.
Sur to ligno uno bezengue
Se pourrio pas orruqua.
Baies que per oluqua,
Mai forioi pas flot que tengue.
Per to rusco l'olimat
S'estirosso om soun ormari,
E, coufle coumo un pountarri
T'empostiguo de bourmat.
Lou mai que te resto en souco,
Trescound dins un roumegat.
Li o pas jusqu'ol quitte pat
Que t'emberne o pleno boùco.
D'oquouo d'oti ni o pas bièn,
Tout colut que se pintchiabo
O toun ruèl se courdelabo
E n'estabou à Majonèn.
Aro, per tu ni o pas lèco ;
De toun puèt se birou pas ;
S'enqu'èro n'en be, per cas,
S'entratchiou que li o pas mèco.

Quond i o que, cuquat o l'oumbro
Benio fa peta bodau,
Sons n'en, res dire o l'oustau,
Dejious to broncado soumbro ?
Mai que mai quou'èro d'oti,
D'ol pè de toun aure mèstre,
Que moun raibe pel compèstre
Prendio bond, les jièus moti.
Mins pesut que biroundèlo
Sus lo nibou o ricouti,
S'escopabo sons poti,
D'un copissou sons, cerbèlo.
Ound èro moun capt-couissi,
Un fourmegat fo lo bosso
E del pin que fosio crosso
Trobe plus lo plaço eici.
Dins l'escolot que n'en rèsto
Loi bèspos òu fat bourniou
E caduno ol tour del niou
Bo, be, brounzis, fo lo quèsto.
Paure ièu, que besio pas
Qu'es pas to bouno corcasso
Qu'en terro un jiour n'atchio plaço,
Que lou temp martchio o gronds pas !
E tout aro m'estounabe
De te trouba tont froustit,
Mourre jiaune, pièu roustit,
Dins l'illusiou me corrabe.
E proquouo, s'un jiour que be
Dessus tu fòu pas lo rego,
Te demouroro prou pego
Per fa cent ons, dous tobe.
De mo bido lo modaisso
Sero bouido, ni o lountemp
Quond lou dorriè couot de bent
T'òuro lo dorrièiro baisso.
Docteur L. GERAUD.
(« Lo Cobreto », Dissate 7 de Noubenbre 1896).

�LÒ COBRETO

PASTORALE
MODERNE
(Suite et firi)

LE MARQUIS. — Attachée comme vous paraissez
l'être à votre pays, comment se fait-il que vous ayez
pu vous résoudre à le quitter ?

— Tout simplement pour pouvoir agrandir
un jour la maison de mes ancêtres et acheter quelques
hectares de terrain tout autour.
Si nous nous expatrions, ce n'est d'ailleurs que
pendant les plus mauvais mois de l'année et si nous
tenons à gagner de l'argent, ce n'est point pour en
jouir à la façon des avares.
Nous le consacrons, au contraire, au plus bel usage qu'on puisse en faire. Nous le convertissons en
prés et terres que nous achetons à n'importe quel
prix et nous embellissons notre pays en y construisant de splendides maisons dont le coût nous permettrait d'acheter ailleurs, de vieux châteaux de
style avec parc et domaine de rapport.
Nous témoignons, ainsi notre reconnaissance à
notre chère petite patrie, pour avoir contribué à nous
faire ce que nous sommes.
ADÈIYE.

b

LE MARQUIS. — Très bien, Mademoiselle, et je
vous approuve, car j'aime aussi beaucoup mon pays.
En réalité, n'est-ce pas, la vie n'est vraiment belle
et agréable que vécue dans les lieux où l'on a vu
le jour, où l'on a grandi, où l'on a formé de beaux
rêves, où l'on a senti son cœur frisonner d'amour
pour la première fois, où l'on a eu, hélas ! la douleur de fermer les yeux à ses parents, et oit l'on peut,
par suite, s'isoler au crépuscule dans un lieu de
prédilection où, comme l'a dit l'un de vos poètes :

On croit sentir passer des âmes d'autrefois (i).
En entendant, le soir, le simple bruit d'une aile,
ADÈLE. — C'est absolument mon avis et j'ai hâte
d'être plus vieille de quelques années pour n'avoir
plus à repartir.
LE MARQUIS ;— Mais, dites-moi, vous partez comme çà, toute seule ?
ADKI.E. — Mais oui, et personne n'a jamais songé
à se mettre en travers de ma route. Il faut que je
vous dise que les femmes de Cheylade valent les
hommes de n'importe quel autre pays. Pour charger
un char de foin ou de blé, lier une gerbe, conduire
une auto, réparer une panne, faire la « chine », à
elles le pompon.
(1) Slctciiipsychose : F. Prax.

�6

LO COBRETO

LE MARQUIS. — C'est tout simplement merveilleux et admirable ce que vous me dites là.

ADÈLE. — Quand cette idée eut germé dans mon
jeune cerveau, pour mettre le plus d'atouts possibles
dans mon jeu, je perfectionnai ma modeste instruction.
Au lieu de gaspiller mon temps à musarder en
gardant les moutons, je voulus devenir une autodidacte et j'avais toujours un livre entre les mains,

— Je constate que vous n'en ave/,
pas perdu l'habitude. Serait-il indiscret de vous demander quel est l'ouvrage que vous lisez ?
LE MARQUIS.

ADÈLE. — Je dois vous dire que j'ai une prédilection marquée pour les auteurs cantaliens, que je suis
fière de faire connaître partout où je passe.

LE MARQUIS. — Ils ont bien de la chance, les auteurs de votre pays !
Grâce à ces lectures, j'ai appris des choses fort
intéressantes sur notre vallée. Par exemple, tenez,
j'ai lu une légende très touchante, concernant les
lieux mêmes où nous nous trouvons.

Ce pont de pierre à dos d'âne à quelques mètres de
nous, n'existe que depuis un siècle à peine. Il y
avait autrefois, une simple passerelle en bois. Or, un
soir de fête, à la nuit tombante, deux jeunes filles,
deux sœurs, rentraient chez elles.
Un orage épouvantable, comme on n'en voit que
dans les pays de montagne, avait éclaté quelques
instants auparavant dans le haut de la vallée.
Alors que les deux sœurs étaient sur la passerelle,
les eaux arrivèrent impétueuses, emportant tout sur
leur passage. La passerelle ne put leur résister et
les deux sœurs furent précipitées au pied de la cascade où leurs corps restèrent engloutis.
Depuis, lorsqu'il fait soleil, après un violent orage, on voit à travers la bruine que l'eau fait en tombant et qui s'irise des couleurs de l'arc-en-ciel, l'âme
de ces jeunes filles essayer de s'envoler sans y parvenir, tandis que du gouffre s'élève cette douloureuse
chanson :
Vous qui passez, écoutez notre plainte ;
Dites s'il est de plus triste complainte ;
Entendez nos pleurs et nos cris,
Oh ! soyez, par eux, attendris.
Entendez-les, vous surtout jeunes filles,
Qui revenez, la nuit dans vos familles,
Craignez la rencontre des loups
Et des ruisseaux, méfiez-vous.

Souvenez-vous, gentilles pastourelles,
Qu'en franchissant, là-haut, la passerelle,
Le torrent, traître, impétueux,
Nous emporta toutes les deux.
Et depuis lors, nous n'avons pour aubade
Que le bruit sourd de la grande cascade
Dont le bassin, toujours plein d'eau,
Est devenu notre tombeau.
Ce grondement, renouvelé sans cesse,
Anéantit nos appels de détresse ;
Et seuls, à nos larmes, les flots
En fuyant mêlent leurs sanglots.
Vous qui vivez, heureux d'être sur terre,
Dites pour nous une ardente prière,
Afin que Dieu, bon et clément,
Mette fin à notre tourment.
LE MARQUIS. — Cette légende et sa chanson, sont
en effet très touchantes.

ADÈLE. — A propos de lecture, il me vient une
idée. Ne m'avez-vous pas dit, il y a un instant, que
votre manoir était près du Mouiln d'Arnac ?

LE MARQUIS.

ADÈI.E.

— Si. Connaîtriez-vous ce pays?

— Pas le pays, mais son nom ne m'est pas

inconnu.
Voyez-vous ces ruines là-bas, au fond de la vallée, debout sur un énorme rocher ? Ce sont les
ruines du château d'Apchon.
LE MARQUIS.

— Je ne vois pas bien le rapport....

ADÈLE. — Attendez et vous allez voir. Avant la
révolution, le seigneur d'Apchon était l'un des plus
puissants de la Haute-Auvergne.
C'est ainsi que, dans un acte de vente du 27 octobre 1788, que j'ai eu l'occasion d'avoir entre les
mains, il est qualifié : « Très haut et puissant seigneur François de Ferrièrcs, Marquis de Sauvebreuf,
de Dinterville, de Blucy et d'Apchon, baron de Belan et du Vaulmier, Seigneur de Moulin d'Arnac,
Nonars, Lébros, Le Falgoux et Saint-Vincent ; coseigneur de la Ville de Salers et autres places, Capitaine au Régiment d'Artois Cavalerie, résidant en
son château d'Arnac en Limousin.
LE MARQUIS. — Tiens ! c'est extrêmement curieux et j'étais loin de me douter que j'apprendrais,
ce soir, que mon pays et le vôtre furent, jadis, sous
la suzeraineté du même seigneur.

�LO COBRETO
ADÈLE. — Je pensais bien que ce serait une révélation pour vous.
#

LE MARQUIS. — Généralement, les autodidactes
finissent toujours par composer des livres ; mais, à
votre âge, vous n'avez pas encore eu le temps vraisemblablement d'en faire éditer.

ADÈLE. — J'y songe cependant et j'ai déjà publié pas mal de poésies dans diverses revues.

LE MARQUIS. — Vous seriez vraiment aimable de
m'en réciter quelques-unes.

ADÈLE. — Puisque vous avez bien voulu, tout à
l'heure, me complimenter sur ma voix, je vais vous
chanter la chanson que j'ai composée à l'honneur
de ma corporation et que j'ai intitulée pour cela :

LA CHANSON DES MARCHANDS DE TOILE

7

LE MARQUIS. — Il me semble, Mademoiselle, que
si, un jour, la commerce n'était plus bon, vous ne
seriez pas embarrassée pour continuer à grossir votre fortune. Vous n'auriez qu'à interpréter vos œuvres.

ADÈLE. — Et, après avoir vendu des toiles, finir
en Etoile de Music-hall ou de cinéma. C'est une
idée.
A propos d'étoile, celle du Berger vient de poindre. La voyez-vous scintiller là-haut ? Bientôt donc
ce sera le crépuscule.
Je vais vous faire une proposition. Cette conduite
intérieure qui stationne à quelques mètres de nous,
m'appartient.
Si vous le voulez, je vous emmène au Puy-Mary
pour assister au Coucher du Soleil qui, ce soir, sera
merveilleux, car il fait un temps idéal pour cela

(hésitant). — Mais...
— N'hésitez pas, car c'est incontestablement le spectacle le plus grandiose de la nature.
LE MARQUIS
ADÈLE.

Ainsi que font les hirondelles,
Lorsqu'apparaît le mauvais temps,
Au nid devenant infidèles,
Nous cherchons des cieux plus cléments.
Nous quittons nos belles montagnes
Pour essaimer, en bataillon,
De la Provence à la Bretagne,
De Normandie en Roussillon.
REFRAIN

Lorsque, des fleurs, se fanent les pétales,
Que, des plateaux, redescend le berger,
Abandonnant nos campagnes natales,
De tous côtés nous partons voyager.
Adieu donc, petite patrie,
A l'air si pur, aux prés si beaux ;
Nous te quittons l'âme meurtrie,
L'œil humide et cœur en lambeaux.
Adieu, pays qui nous vit naître,
Où nous avons joué, chanté ;
Pour goûter ton charme champêtre,
Nous reviendrons avec l'été.
Et puis un jour, fortune faite,
Jamais plus nous ne partirons ;
Ce sera, pour nous, grande fête,
De ne plus quitter nos maisons ;
Car nous voulons, terre adorée,
Après notre dernier soupir,
Où notre mère est enterrée
A ses côtés aller dormir !

LE MARQUIS (toujours hésitant). — Mais Mademoiselle... ne craignez-vous pas que...,

ADÈLE (alerte et gentiment). — Ah ! oui, les mauvaises langues ! Eh ! bien, je me moque de ce
qu 'elles peuvent dire, comme de la fumée de ma première cigarette. Et puis, nous n'avons pas le temps
de discuter plus longuement ; c'est l'heure de partir ;
dans quelques minutes, il serait trop tard.

LE MARQUIS (souriant). — Je me laisse faire une
douce violence. A vos ordres, Mademoiselle.

ADÈLE (en riant et pendant qu'Us s'en vont tous
deux). — Autrefois, les Marquis enlevaient les bergères, aujourd'hui les bergères enlèvent les Marquis.
Eugène PAGÈS.
RIDEAU

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O NOSTRES OMITS
Les escouliès de VOubernhato, estobousits per lo
colour, òu besoun d'un picossèl de boconço. Oiobe,
coumo cado onnado, Lo COBRETO brounziro pas
qu'un couop, ol mes de setembre.
Otretoni, brabe mounde, oporas-bous o lo colourasso è bous daissosias pas gonha per lo pipido,
noum d'un gai!...

�8

LO COBRETO

Voici la musique des morceaux contenus
dans « Pastorale moderne ».

N° 3

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Otirlhat. — Estomporio Poirier-Bottreau.
Lou Gerent : Poirier-Bottreau.

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              <text>Lo Cobreto &lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/11926"&gt;(Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Y 1</text>
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