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                  <text>15 d'Ost è 15 de Setembre 1935

onnado — N" 182 et 183

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Lou Journau se

sos íôu numero

Les popiès

' I

O M. HENRI

DOMMERGUES, Gapisco!,
rue Cazaud, AURILLAC.

MONOA.

L'Orgent :
o M. André DELZANGLES, Clobaire, 15,
rue Arsène Vermenouze, AURILLAC.

Toate réclamation au sujet de numéros non reçus doit être adressée
au Capisicol.

directement
Lo bouole, lo Morianno,
Lo bouole ornai l'ourai.

La : copie doit parvenir au Capiscol (Petite rue Cazaud), avant la fin
de cliaque mois pour insertion au numéro suivant.

BOURRÈIO D'OUBERNHO.

A

NOS

ADHÉRENTS

de. Nous tournoren quèrre, ougossias pas
pou.
•5»

A la demande du Comité Léon Boyer et
d'un grand nombre de -personnalités auvergnates, le présent numéro de Lo COBRETO
est consacré à honorer la mémoire d'un de
nos meilleurs poètes régionalistes.
Lo COBRETO reste ainsi dans la tradition.
Après avoir consacré des numéros spéciaux
à Veyre, Bancharel, VAbbé Courchinoux,
Vermenouze, le Duc de la Salle, les frères
Géraud, elle se devait de faire connaître au
public auvergnat l'un de ceux qui ont su
chanter le plus heureusement VAuvergne.
Nous nous excusons auprès de nos amis
de ne rien publier en langue d'oc dans ce
numéro.
Oquo sera pel couop que be, brabe moWfi-

»j* »j»

»j» **»

♦**

*î* *ï*

*î* *♦*

*I* ***

*X* *î* *îl

SOMMAIRE
1.
2.

3.

4.

5.
6.

7.

Hommage à héon Bayer.
A Marchastel (Banquet, inauguration des plaques
de Falgères et de Marchastel).
A Murât (Félibrée, cérémonie à l'Ecole Léon
Boyer, au monument aux Morts de la Guerre,
banquet).
Quelques poésies lues à Falgères, Marchastel et
Murât par MM. Gandilhon Gens d'Armes, Cortat et Pagès.
Trois pâtres du Cantal (R. CORTAT).
Naissance, Mariages, Nécrologie.
L,es déplacements dç l'Esçolo Oubernhqto,

FONSJOUVEAU

�LO COBREIX)

2

ommage au poète Léon Boyer
Ainsi que Lo Cobreto l'avait annoncé dans
ses précédents numéros, un comité d'honneur
et un comité d'initiative avaient été constitués avec la mission de rendre au poète régionaliste Léon Boyer, le juste hommage
qui lui était dû. Rappelons la composition
de ces deux comités :
Comité d'honneur. — MM. les représentants de l'enseignement dans le Cantal et
l'Allier ; Pierre dWNolhac, de l'Académie
française ; Je^n Apalbá^ de l'Académie
Goncourt; Mlle Amélie ÏPrat, Henri Pourrat, Eugène de Ribier, D' Balme, Maurice
Busset, Louis Bonnet, A. de Riberolles,

A MARCHASTEL

•

La mémoire de Léon Boyer, l'un de nos meilleurs poètes cantaliens, né à Falgères, commune
de Marchastel le 30 novembre 1883, tombé héroïquement sous Verdun le 10 mars 1916, a été
honorée à Marchastel, le 24 août et à Murât le
lendemain.
Dans cette dernière localité, les fêtes organisées à cet effet furent splendides bien que contrariées, malheureusement, par le temps.
Donc, le 24 août, à midi, un banquet intime
réunissait à Marchastel une soixantaine de personnes autour de la famille du héros représentée
par le père de Léon Boyer, Madame veuve Léon
Boyer avec son fils, sa fille et son gendre, et enfin la sœur et le frère de Léon Boyer.
Ce banquet fut présidé par M. Rongier, le
sympathique Maire de Marchastel, ayant à ses
côtés Pierre Besson et Eugène Pagès, deux des
quatre secrétaires du Comité d'initiative. Tout le
Conseil municipal y assistait. On y remarqua
tout particulièrement la présence de M. Clément,
directeur d'école à Cusset (Allier) où Léon Boyer
était instituteur lorsque la guerre éclata et celle
de M. Sarrassat, instituteur en retraite en Seineet-Oise, ancien collègue de Léon Boyer à Cusset,
à qui l'on doit la diffusion de la première édition
de Genêts et Rocailles qui fut très rapidement
épuisée.
En l'absence du Président de ce comité, M.
Gandilhon Gens d'Armes, qui devait se rendre
directement à Falgères, Eugène Pagès, notre Capiscol d'honneur, prononça le discours suivant :

Buriot-Darsiles, éditeur des poèmes de Léon
Boyer, etc..
Comité d'initiative. — Président, M.
Gandilhon Gens-d'Armes. — Secrétaires :
M. Pierre Besson, M. Raymond Cortat, M.
Léon Gerbe, M. Eugène Pagès. — Trésorier: M. Henri Dommergues.
^Autres membres. — M. Etienne MarceM. Raymond Mil, M. Francisque Pochez, M. Constant, directeur de l'Ecole professionnelle de Murât; M. Clément, directeur de l'Ecole primaire de Cusset (Allier);
M. Solignac, instituteur à Marchastel, etc..

ix,

DISCOURS

DE

M.

EUGENE

PAGES

Mesdames, Messieurs,
Lorsqu'on décida d'organiser des fêtes en l'honneur de Léon Boyer, il fut entendu que, seul, le Président prendrait la parole au nom du Comité toutes
les fois qu'il y aurait lieu.
Mais, comme M. Gandilhon n'a pas pu être des
nôtres autour de cette table et qu'il est d'usage qu'un
banquet, aussi intime soit-il, ne se termine pas sans
un discours, il m'a paru que mon titre, peu enviable,
de doyen d'âge des secrétaires, m'imposait le devoir
de prendre la parole.
Je ne vous parlerai pas du héros de la journée, ce
serait empiéter sur les prérogatives présidentielles.
Mais, m'adressant aux membres de sa famille, je leur
exprimerai mes sincères félicitations pour avoir eu
un fils, un époux, un père et un frère, tel que Léon
Boyer, dont ils ont tout lieu de s'enorgueillir car il
figure, incontestablement, parmi les meilleurs poètes
cantaliens.
Oui, celui qui a écrit :
Mais j'ai peur, oh! j'ai peur que ne soient vains mes rêves...
Et pardonne, pays trop cher, si je n'ai su
Fils indigne, chanter tes granits et tes sèves!

Celui-là, dis-je, est digne, dans sa modeste simplicité, de figurer au tout premier rang parmi les vigoureux chanteurs de l'Auvergne.
Léon Boyer ! non seulement votre Pays..., notre
Pays, vous pardonne, mais encore il vous est reconnaissant de l'avoir ebanté avec une voix dont les
maudits canons boches, eux-mêmes, n'ont pu étouffer la puissance.
En tombanl héroïquement sous Verdun, vous avez
bien mérité de la France ; en écrivant « Genêts et

�LO COBRETO

Rocailles », vous avez bien mérité de la petite patrie
qui est fière de vous et qui se fait un pieux devoir
d'honorer votre mémoire.
A ce sujet et en attendant que le Président le fasse
lui-même, je dois adresser mes sincères remerciements à M. le Maire pour l'aide si généreuse qu'à
sa demande la Municipalité a bien voulu prêter au
Comité, en conservant à sa charge les deux plaques
de Marchastel et de Falgères.
Je ne saurais oublier, dans mes remerciements, M.
et Madame Solignac, dont le concours nous fut si
précieux. Ils déplorèrent amèrement avec M. le Maire
et moi-même, que les modestes ressources en tout
genre de Marchastel, notamment au point de vue
hôtelier (je parle comme dimension des locaux, car,
comme table, on ne saurait être mieux que nous l'avons été) ne nous aient pas permis de mettre à exécution le projet de fête que nous avions prévu, beaucoup plus grandiose que celui exécuté aujourd'hui.
Nous avions pensé, notamment, que le concours de
« l'Escolo Oubernhato » était tout indiqué en l'honneur de celui qui a si magnifiquement chanté la Cabrette et qui a consacré trois sonnets à Vermenouze,
fondateur de l'Escolo et un sonnet au duc de la
Salle, Majorai du Félibrige. Mais nous avons dû,
à notre grand regret, renoncer à ce projet en raison
de la presque impossibilité de trouver un terrain
propice s'il faisait beau et de l'impossibilité absolue
d'avoir un local assez vaste s'il pleuvait.
A défaut du groupe entier, nous aurons le plaisir
d'entendre M. Dommergues, le populaire Capiscol de
l'Escolo, dans une de ses spirituelles « Porpondejados », et M. Defarge, le Cabrettaire attitré de l'Escolo, l'un des « as » cantaliens de la Cabrette, de
notre chère Cabrette dont Léon Boyer a dit si justement, hélas ! ::
Mais elle meurt, abandonnée...
Nos fils ne la comprennent plus
L'humble cabrette surannée.
Et nos anciens à doigts perclus
Qu'elle avait réjouis naguère,
Regrettent sa musique chère!

J'ai cru de mon devoir de fournir ces quelques explications, afin que ceux qui pourraient trouver que
les fêtes de Marchastel manquent d'ampleur, ne songent pas à en faire grief soit à la Municipalité, soit
au Comité.
Je prie donc la famille de vouloir bien nous excuser si nous n'avons pas fait mieux et je lève mon
verre à la glorieuse mémoire de Léon Boyer et à la
santé de tous les membres de sa famille.

A deux heures et demie, sur le riant plateau
de Falgères où se trouve la maison natale de
Léon Boyer, sur laquelle a été apposée une plaque commémorative, se pressait une foule de
plusieurs centaines de personnes.

3

Sous « le grand tilleul en jleurs arrondi comme un dôme » chanté par le poète dans la pièce
intitulée : « Devant la porte », M. Gandilhon
Gens d'Armes prononça un fort beau discours,
ou, plutôt, fit une intéressante et touchante causerie, au cours de laquelle il n'eut qu'à laisser
parler son cœur et rappeler les souvenirs d'amitié qui le liaient à Léon Boyer pour faire monter,
à maintes reprises, les larmes aux yeux des auditeurs. Voici un résumé de cette causerie :
CAUSERIE DE M. GANDILHON GENS D'ARMES
Mesdames, Messieurs,
Je ne saurais dissimuler l'émotion que j'éprouve à
me trouver devant cette chaumière que visite un
rayon de gloire devant Madame Léon Boyer, devant
le père du poète, devant ses enfants, devant toute
sa famille. Je la salue avec respect et cordialité.
Je ne veux pas faire ici de discours. C'est à peine
si j'en ferai un, tout à l'heure, à Marchastel. Je suis
ici avec vous, non pour discourir, mais pour faire
visite à l'ombre de Léon Boyer, à son humble maison,
à tout ce qui entoura son enfance de petit pâtre montagnard. Il est triste que nous ne puissions saluer sa
mère disparue avant lui. Saluons du moins sa mémoire, en citant quelques vers du touchant poème

qu'il lui avait dédié...
Il avait rêvé, vous voyez, de revenir ici et d'avoir
sa tombe près de celle de sa mère. Hélas ! il n'est pas
revenu. La terrible guerre l'en a empêché. Cette plaque de marbre est là pour en témoigner. Ah! cette
plaque, comme elle m'émeut ! Comme elle est plus
touchante que celle du Panthéon de Paris où figure,
depuis des années déjà, le nom de Léon Boyer, parmi
les noms des écrivains morts pour la France. Cette
plaque sur la façade de la chaumière, il y a longtemps que j'y pensais et, eussé-je été seul à m'en occuper, je n'aurais pas tardé à la faire apposer. J'attendais d'en avoir le loisir.
Heureusement, trois hommes m'ont devancé, trois
écrivains qtii sont comme moi du pays de Léon
Boyer : le félibre Eugène Pagès, Pierre Besson, auteur d'Un pâtre du Cantal, Léon Gerbe, romancier
de l'Artense. Ils savaient que Léon Boyer fut mon
ami et mon disciple ; ils n'ont pas voulu agir sans
moi ; ils m'ont chargé de présider le comité appelé à
organiser l'hommage à Léon Boyer. Au nom de vous
tous, au nom de la famille, je remercie ces trois
hommes grâce à qui Léon Boyer aura été honoré et
célébré par quatre écrivains nés comme lui sur les
contreforts du Puy Mary.
Nous rendrons hommage à Léon Boyer à Marchastel et à Murât où il fut écolier. Mais c'est ici que
l'hommage est le plus intime et le plus ému, et le

plus émouvant. Il y a ici toute la famille de Léon

�4

LO COBRETO

Boyer ; il y a les villageois qiu l'ont connu ; il y a le
maire de sa commune ; il y a des représentants de
l'Enseignement primaire, de la Riomoise, de l'Auvergne lettrée. Près de son père dont je dirai seulement
que je l'aime bien, il y a, pour représenter La Veillée d'Auvergne, l'éminent Docteur Chabrol dont je
rappelle que le grand-père maternel s'appelait Falgères ; la Revue des Poètes dont le Directeur, le
Cantalien Eugène de Ribier, n'a pu être des nôtres,
est représentée par le jeune poète Raymond Cortat.
Quant à moi, puisque je représente l'Auvergnat de
Paris, je représente aussi les cent mille Auvergnats
qui vivent loin de l'Auvergne. Et le bon cabretaire
que vous voyez là représente, avec MM. Dommergues et Pagès, l'Escalo Oubernhato, et aussi de par
l'antiquité de son instrument la vieille Auvergne traditionnelle chère aux poètes. Avant que les poètes disent des vers de Léon Boyer, veuille le cabretaire
nous jouer quelque « regret » mélancolique à la
mémoire de celui que nous honorons.

*
* *

Puis, après quelques airs de cabrette joués
par Defarge, l'un des meilleurs crabrettaïres de
YEscolo Oubernhato, Gandilhon Gens d'Armes,
Raymond Cortat et Eugène Pagès, lurent quelques poésies de Léon Boyer et la foule Se transporta à Marchastel pour assister à l'inauguration
de la plaque apposée à l'Ecole.
Ce fut un spectacle vraiment peu banal que
celui de cette descente de plus de 60 autos se suivant à quelques mètres dans le pittoresque ravin
qui sépare Falgères de Marchastel, sur une route
étroite, aux brusques tournants et aux rapides
dénivellements.
Aussi, le service d'ordre que M. le Maire avait
eu l'heureuse idée de faire assurer par les gendarmes du chef-lieu de canton, n'était-il pas de
trop pour organiser les arrivées et les départs soit
à Falgères, soit à Marchastel. Gâce à cela, aucun accident ne se poduisit.
Devant le Monument aux Morts, les enfants
des écoles conduits par leurs maîtres (M. et Mme
Solignac) déposèrent des gerbes de fleurs et M.
Gandilhon Gens d'Armes prononça quelques brèves paroles suivies d'une minute de recueillement.
Nous voilà, maintenant, devant le bâtiment
où se trouvent la Mairie et les Ecoles. La cour,
bien que vaste, est trop petite pour contenir la
foule, qui s'échelonne sur le talus arrivant à la
route.
M. et Mme Solignac, dont le concours fut si
précieux au Comité pour mener ces fêtes à bonne fin, avaient eu l'excellente idée d'installer sur

une table, au-dessous de la plaque commémora tive, le registre de l'état-civil ouvert à la page
contenant l'acte de naissance de Léon Boyer et
la photographie d'un groupe scolaire où figure le
futur poète, alors âgé de 12 ans. Le tout était
orné et encadré de verdure et de fleurs arrangées
avec un goût parfait. On entendit un beau discours de M. Leclerc, Inspecteur primaire à Mauriac.
M. Gandilhon nous fit, sans se répéter, une
nouvelle causerie tout aussi émouvante et documentée que celle de Falgères.
11 fait remarquer qu'il était intéressant de constater que l'initiative des fêtes de ce jour était due
à quatre écrivains cantaliens tous très proches
voisins de Marchastel, puisque Léon Gerbe est
d'Embort, Pierre Besson et Eugène Pagès de
Cheylade, et lui-même de Lavigerie (1).
Il semble bien, nous permettons-nous de faire
remarquer à notre tour, qu'en raison de cela la
date du 24 août 1935 soit à retenir, car c'est celle
de la première manifestation de décentralisation
intellectuelle cantalienne. Jusqu'à présent, en effet, ces manifestations n'avaient eu lieu qu'à Aurillac ou dans son arrondissement, ainsi que le
faisait justement remarquer M. Louis Farges,
dans la Revue de la Haute-Auvergne d'octobredécembre 1934.
Gandilhon, Cortat et Pagès, lurent avec art
quelques poésies de Léon Boyer, ils furent légitiment applaudis.
Dans « Lou Bidel Fel » de Vermenouze qu'il
débita avec fougue, Gandilhon eut un très gros
succès, ainsi que notre populaire Capiscol H.
Dommergues lorsqu'il régala l'auditoire de l'une
de ses spirituelles Porpondejados. Il en avait été
d'ailleurs de même au banquet, où il avait déchaîné une véritable tempête de rires bienfaisants
après l'abondant et succulent déjeuner qui nous
avait été servi par l'hôtel Chaumeil.
Au cours de la cérémonie, Defarges recueillit
sa très large part d'applaudissements en jouant
divers airs tous très auvergnats : danses, regrets,
etc., etc..
Les applaudissements terminés, M. le Maire
adressa ses remerciements aux promoteurs et organisateurs de la cérémonie.

(1) Dans ho Cobreto du 15 mai dernier, Eugène Pagès présentait à nos lecteurs, dans quelques courtes lignes : Léon
Boyer, Pierre Besson et Léon Gerbe, totalement, ou à peu
près, inconnus en Aurillac. Depuis, le Syndicat d'Initiative a
fait savoir qu'il allait tâcher de diffuser les œuvres de ces
trois auteurs. Nous sommes, donc, heureux de voir que l'article de notre Capiscol d'honneur n'est pas resté sans effet. Il
importe qu'au point de vue intellectuel il n'y ait plus de
Lioran.

�LO COBRETO
Nous donnons ci-après les discours prononcés
à Marchastel :
DISCOURS DE M. LECLERC
Inspecteur primaire à Mauriac

Monsieur le Président du Comité,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Mes chers enfants,
Monsieur l'Inspecteur d'Académie retenu ailleurs
par d'impérieuses obligations professionnelles n'a pu,
à son grand regret, venir à Marchastel rendre un
hommage personnel à la mémoire de Léon Boyer.
Il vous prie de l'excuser et me charge de vous exprimer l'admiration et le respect que lui inspirent la
vie, l'œuvre et la fin de celui que nous honorons
aujourd'hui.
De 1888 à 1897, alors que, de toutes parts, les écoles
publiques communales surgissaient par centaines du
sol de France, Léon Boyer, enfant, descendait allègrement chaque matin, les pentes du hameau de
Falgères pour aller à l'école du bourg en compagnie
de ses petits camarades... Il y obtint le certificat
d'études primaires... Vous connaissez les diverses
étapes de sa vie, trop brève, hélas ! Beaucoup d'entre
vous, même, ont la consolation inestimable de l'avoir
connu !
Aussi, ne vous parlerai-je de cet enfant du pays
que vous aimez et dont vous pouvez être fiers qu'avec
une déférente discrétion. Je crois toutefois que je ne
faillirai pas à la délicate mission qui m'est dévolue
parce que ma parole exprimera fidèlement l'impression profonde, quoique récente je l'avoue, qu'exercent en moi, une image précise, un sentiment sincère,
puissant.
L'image, c'est la photographie modeste, mais saisissante de vie qui figure aux premières pages du
volume : « Genets et rocailles ». L'homme s'y révèle :
regard intelligent et vif, sensibilité généreuse, fine,
inquiète, caractère à la fois doux et ferme.
Quant au sentiment, il naquit peu à peu en moi à
la lecture de l'admirable recueil de poésies que nous
a légué Léon Boyer. Quiconque aime la nature, goûtera (même étranger au pays) le charme d'un long
séjour dans votre belle Auvergne. Mais, trop souvent,
cette émotion esthétique reste diffuse, ne rencontre
pas d'écho, tarde à s'exprimer. Quelle surprise et
quelle joie quand tombent alors sous les yeux, les
vers d'un poète du terroir comme le fut Léon Boyer!
Leur miraculeuse vertu illumine radieusement tout
un ensemble confus de sensations, de souvenirs. L'évidence éclate : L'auteur a vu et senti juste : vous
êtes en communion d'idées avec lui. Cette fidélité
dans la description des gens, des bêtes, des plantes,
des différents aspects du paysage, cette sincérité d'accent, toujours prenante, vigoureuse, parfois âpre,

5

réaliste, font le charme des poésies de Léon Boyer!...
Je ne m'attarderai pas sur ce point ; j'ai le devoir
de laisser à la nombreuse phalange de ses amis le
soin et le plaisir de mettre en valeur ses mérites
littéraires. J'insisterai par contre, sur la psychologie
de ce jeune auteur, ravi trop tôt à l'affection des
siens, à la chaude sympathie d'une pléiade de talentueux poètes régionalistes.
Tel de ses poèmes : « A ma mère ! » Telles de ses
strophes :
Mais lorsque sous nos pas pleureront les douleurs
Nos mains inclineront de la pitié vers elles!...
Et peut-être.... pèlerins graves qui ne croient pas à la haine,
Quand les angélus clairs tinteront aux clochers,
Entendrons-nous chanter de la tendresse humaine. »

Tels de ses vers, émeuvent étrangement le lecteur
en lui révélant soudain une âme limpide dont on peut
surprendre les effusions simples et généreuses. Ce
lyrisme discret, attendrit, attache !...
Dans le Bourbonnais où il enseignait, Léon Boyer
se jugeait en exil... Il y a chanté sa mélancolie en
des vers magnifiques :
« On m'écrit là-bas, de chez nous;
Le coucou chante au bois d'Algères! »...

Grâce à son œuvre, les charmes d'Auliac, de Tartières, de Pouzols, du Bois-Bouge et du Veysset
(lieux que vous connaissez bien!) n'ont plus de secrets pour nous, qui sommes étrangers au pays !
Modeste, Léon Boyer a pourtant douté de son talent :
« Pardonne, pays trop cher, écrit-il,
Si je n'ai su chanter tes genêts et tes sèves! »

Délicieuse pudeur ! qui montre quelle vénération
il vouait à son terroir ! Un tel amour méritait bien
le geste de pieuse gratitude qui rassemble ici la
population de Marchastel.
Délicat poète, se souvenant avec émotion qu'il fut
petit pâtre auvergnat, voilà donc les premiers titres
de noblesse de Léon Boyer et les raisons de l'affection
profonde que lui témoigneront toujours les braves
gens de Marchastel et les félibres d'Auvergne. Ce
n'est que juste : ce charmant poète fut vraiment des
leurs !
Mais cette assistance compte également des enfants,
des maîtres, des maîtresses, de nombreux membres de
l'enseignement. M'adressant maintenant à eux, je
leur demande : N'est-il pas aussi des nôtres ce jeune
instituteur qui, après d'excellentes études à Murât,
exerce dans un département voisin du Cantal, se faisant aimer de ses élèves, estimer de ses chefs et des
populations ?
... Un jour, il part (comme beaucoup d'autres,
hélas !) quitte une épouse et des enfants chéris, un
foyer dont il était la flamme et la lumière, et, ajoutant à toutes ses vertus le suprême sacrifice, tombe
en martyr dans l'enfer de Verdun !
Il avait alors trente-trois ans, Etant donné ses aptj-

�LO COBRETO

6

tudès, son talent et ses qualités de cœur, sa vie professionnelle s'annonçait déjà comme devant être un
véritable apostolat !.. Un tragique destin ne le permit pas ! Le nom de Léon Boyer figure sur la trop
longue liste des huit mille instituteurs, les douze
mille universitaires morts pour leur Pays !
... Il enseignait, prodiguait ses conseils et ses
exhortations, guidant lentement, patiemment, tendrement bambins et adolescents vers les plus pures
valeurs spirituelles... et on peut imaginer aisément
ce qu'une intelligence et une sensibilité aussi exquises que les siennes pouvaient découvrir dans cette
voie !... Entre temps, cheminant et rêvant par monts
et par vaux, il accordait toute fantaisie à son âme
de poète, éprise d'idéal!...
C'est un tel homme que la guerre a tué !
Inclinons-nous une fois de plus devant son nom,
devant celui qui le lui a donné, devant celle et ceux
qui le portent avec tant de dignité, qui font également
partie de notre grande famille universitaire et dont,
bien malgré nous, nous avivons aujourd'hui la douleur.
C'est le privilège des natures d'élite d'irradier audelà du cercle familial et du cadre local le noble
modèle qu'offrent : leur carrière, leur œuvre, leur
fin. Fidèle enfant d'Auvergne, éducateur, poète et
soldat, Léon Boyer nous lègue un bienfait posthume :
son exemple et celui des siens. Lorsque les petits écoliers de Marchastel ou d'ailleurs, épelleront les lettres de cette plaque commémorative, lorsque les plus
grands réciteront quelques-uns des beaux sonnets du
poète, un commentaire respectueux et affectueux
viendra spontanément aux lèvres des instituteurs et
des institutrices ; et c'est ainsi que la tradition transmettra aux générations futures le souvenir d'un éducateur de mérite, d'un homme de pensée et de devoir.
Cette immortalité, entretenue dans les esprits et les
cœurs comme une flamme sacrée sera inspiratrice de
vertus individuelles el sociales. Que cette pensée
soit pour nous un ultime hommage et pour la famille
de notre cher disparu une suprême consolation !
Au nom de Monsieur l'Inspecteur d'Académie, au
nom du personnel enseignant et du personnel retraité, je remercie M. le Maire et la Municipalité, du
précieux dépôt qu'ils confient aux Ecoles publiques
de Marchastel, et du geste qui grava sur la pierre
notre commune pensée.
A Monsieur le Président et à tous les membres du
Comité d'initiative, va la gratitude de l'administration, des serviteurs, des chefs et des amis de l'Ecole.
Grâce à vous, Messieurs, non seulement, nous honorons aujourd'hui un poète dont le jeune talent autorisait tous les espoirs, niais nous rendons hommage
à

un maître

d'élite et à un homme de cœur.

CAUSERIE DE M. GANDILHON GENS D'ARMES
Voici, résumée aussi fidèlement que possible, la
causerie de M. Gandilhon Gens d'Armes, à Marchastel.
Madame Léon Boyer,
Monsieur Boyer, Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs,
Qu'il me soit permis de renouveler ici les remerciements que je viens d'adresser, à Falgères, aux
trois initiateurs de l'hommage à Léon Boyer, Eugène
Pagès, Pierre Besson et Léon Gerbe. Cela fait, je
remercie, au nom de la famille Boyer, au nom de nos
deux Comités, au nom de tous, la Municipalité de
Marchastel et particulièrement Monsieur le Maire
de l'aide généreuse qu'ils nous ont apportée, en prenant à la charge de la commune le coût des deux
plaques de marbre apposées ici et à Falgères à la
mémoire du glorieux enfant de Marchastel. Merci
aussi à M. Solignac, directeur de cette école, et à
Madame Solignac pour le zèle qu'ils ont déployé, afin
de donner quelque éclat à cette fête du souvenir.
Sa'ns doute, vous saviez tous ici, Monsieur le Maire,
que Léon Boyer était mort pour la France, comme,
hélas ! bien d'autres enfants de Marchastel. Mais
vous ne saviez pas au juste ce qu'il valait en tant
que poète et en quelle mesure il avait mérité cette
plaque commémorative. Vous étiez bien excusables,
puisque les poèmes de Léon Boyer, édités à Moulins
au lendemain de la guerre, ont été rapidement épuisés et sont aujourd'hui introuvables. Bien peu d'Auvergnats ont lu Genêts et Rocailles. Nous avons l'espoir de bientôt rééditer' ce livre et alors vous serez à
même de connaître la valeur du poète, honneur de
ces montagnes.
Sachez cependant que, dès avant sa mort, il était
déjà fort estimé des littérateurs de La Veillée d'Auvergne et des lecteurs de La Revue des Poètes où
l'avait accueilli notre excellent compatriote cantalien,
Eugène de Ribier. C'est grâce à ce dernier que Léon
Boyer eut l'honneur d'avoir un poème déclamé, dans
le grand amphithéâtre de la Sorbonne, par M. Hervé,
de la Comédie Française. Si Marchastel n'avait pas
aujourd'hui apposé cette plaque de bronze, Marchastel le regretterait en apprenant ce que je vais vous
dire — je vous l'ai déjà dit, je crois, à Falgères — :
Le nom de Léon Boyer figure, au Panthéon de Paris,
sur les plaques de bronze où sont inscrits, pour les
siècles, les noms des écrivains d'élite morts pour la
France. Vous voyez bien, Monsieur le Maire, que cette
plaque de marbre était indispensable et que Marchastel a le droit d'en être fier.
L'œuvre de Léon Boyer, quand elle sera connue de
vous tous, vous en serez tous fiers. Elle vous intéressera tous, car ce que le poète a chanté de toute son
âme, c'est tout ce qui fait le charme, la fraîcheur, le

�LO COBRETO
pittoresque, la vie même de ce canton des montagnes,
entre Sancy et Puy Mary : les rocs et les prairies, les
rivières et les torrents, les troupeaux et les fermes,
les arbres et les fleurs, les oiseaux, les poissons, les
insectes, les aurores et les couchants, la blancheur
des neiges et l'or éclatant des étés... Oui, tout votre
pays, merveilleux et rude à la fois, est dans les poèmes de Léon Boyer.
Je m'arrête ici, car j'ai une petite surprise à vous
faire : je suis en effet chargé de présenter aux plus
vieux habitants de la commune de Marchastel le touchant souvenir qu'a gardé d'eux un bon et cordial
vieillard qui m'a récemment parlé à Paris de la famille Boyer. Il s'agit d'un de vos prédécesseurs, Monsieur Solignac, d'un instituteur qui enseigna à Marchastel, au temps où l'on construisait le clocher, où
le maire s'appelait M. Lemmet, et le curé, M. Marsal;
il s'agit de M. Chinioux qui fut instituteur ici de
1875 à 1877. M. Chinioux qui a passé 80 ans et porte
une grande barbe blanche a gardé de Marchastel le
meilleur souvenir. Et pourtant il y eut terriblement
à faire : il avait 110 élèves en hiver, 35 en été, dans
une mauvaise salle d'école. M. Chinioux s'en souvient, comme si s'était d'hier. Il se souvient aussi de
Saint-Flour où il naquit, de l'Ecole normale d'Aurillac, du collège de Mauriac où il enseigna. Il a voulu,
ce bon vieux maître, que je l'associe à cette cérémonie. Voilà qui est fait. Je vois que vous en êtes
touchés. Je ne manquerai pas de le lui dire.
Je pourrais vous parler encore de Léon Boyer, de
son charmant caractère, des visites qu'il me faisait
parfois, l'été, dans ma maison familiale de Lavigerie, et de son œuvre encore... Mais il faut bien que je
garde quelque chose pour parler de lui, demain, à
Murât.
Mieux vaut que nous vous disions maintenant, mes
amis et moi, des poèmes de Léon Boyer et quelquesuns de nos autres poètes, de Vermenouze surtout, en
français et aussi en langue d'oc. Puis un « regret »
de cabrette terminera, Madame Léon Boyer, cette
fête mélancolique et charmante. (Longs applaudissements.)
DISCOURS DE M. RONGIER
Maire de Marchastel
Mesdames, Messieurs,
Au nom du Conseil Municipal de Marchastel, il
m'incombe l'agréable devoir de remercier les personnalités qui par leur initiative et leur présence nous
ont permis d'honorer dignement la mémoire de notre
illustre compatriote Léon Boyer.
Nos remerciements vont d'abord à Messieurs Pierre de Nolhac et Jean Ajalbert et à tous les membres
du Comité d'honneur qui par leur patronage qu'ils
accordent rarement, montrent bien en quelle estimé
ils tiennent l'œuvre de Léon Boyer.

Merci au Président du Comité d'initiative, l'infatigable barde Gandilhon Gens d'Armes, aussi brillant
orateur que talentueux écrivain, qui a toujours chanté les beautés de la petite patrie et célébré ceux de
ses enfants qui l'ont illustrée.
Merci à M. Leclerc, Inspecteur de l'Enseignement
primaire, représentant l'Administration académique
et dont la présence est un juste hommage rendu à la
mémoire de celui qui par la valeur de son enseignement, son talent, et son sacrifice, honore notre enseignement public.
Merci à nos félibres cantaliens : Eugène Pagès,
Pierre Besson, Henri Dommergues, Raymond Cortat,
qui par leurs œuvres magnifiques et leurs récitations
si finement nuancées, ont permis, à nous, profanes,
de goûter délicieusement l'œuvre de notre poète.
Et maintenant qu'il me soit permis d'adresser aux
membres de la famille de Léon Boyer, à son père, à
ses enfants, à ses frères et sœurs, neveux et cousins,
l'expression de l'affectueuse sympathie qu'éprouve
pour eux la commune entière.
Le souvenir de leur cher disparu, mort en héros,
ne s'effacera jamais de notre mémoire. Son nom
gravé dans le marbre sur la façade de notre maison
commune, rappellera aux générations futures, l'exemple de celui qui sut si bien incarner les qualités de
notre race.

*
* *

Les fêtes de Marchastel étaient terminées, laissant à tous l'impression d'une journée réconfortante au cours de laquelle le Haut-Cantal venait
d'accomplir un acte de reconnissance envers un
de ses enfants qui lui fait le plus grand honneur
et dont le talent méritait bien cet hommage.
A MURAT
Les fêtes commencées dans l'après-midi à Falgères et à Marchastel se continuèrent à Murât le
soir même par une félibrée donnée dans la salle
des Fêtes par VEscolo Oubernhato.
La presse locale, régionale et même parisienne a donné de cette félibrée des comptes-rendus enthousiastes. Voici en quels termes en parle La Dépêche de Toulouse :
Le soir, à 21 heures, dans la vaste salle de la halle, avait
lieu une grande félibrée en l'honneur de Léon Boyer. Toutes
les places étaient occupées.
Le programme était on deux parties, chacune d'elles comportait, douze numéros fort bien exécutés. Les danses anciennes enthousiasmèrent le public qui les fit toutes donner à nouveau. Les chœurs et les morceaux de chant furent très bien
inperprétés. Tous les acteurs et actrices méritent de chaleureuses félicitations. M. Cardon, une mention spéciale, ainsi
que le compositeur Redon, qui tenait le piano et l'accordéon.
En résumé, l'Escolo Oubernhato se montra digne de sa bonne
réputation. Los dirigeants peuvent en être fiers.
Au programme do l'Escolo Oubernhato s'ajoute le débit

�LO COBfìETO
d'œuvres de Léon Boyer, par Gandilhon Gens d'Armes, Cortat. M. Gandilhon Gens d'Armes, fut magnifique dans ses œuvres. L'ode au Lioran eut le plus vif succès et dans le poème
de Vermenouze, « Lou bi del Fel » et enleva littéralement la
salle. Le capiscol amusa bien le public.
Belle soirée de famille, très intéressante, très réussie, dont
on gardera longtemps le souvenir.

L'Avenir du Plateau Central dit:
Parlons d'abord de la félibrée artistique donnée par l'Escolo Oubernhato. A elle seule, elle fournirait matière à un
reportage, tant elle était riche d'artistes et de programme.
Du simple cabrettaïre Defarges au capiscol Dommergues, il
faudrait citer tous les acteurs dont aucun ne fut inférieur à
son rôle. Nous eûmes l'exquis plaisir d'entendre Pierre Cardou qui, mis sur l'affiche dans les dernières félibrées, n'avait
cependant pas encore paru devant le public muratois.

*
* *

Le lendemain dimanche à 9 heures, à la
grand'messe, on put écouter un remarquable sermon de l'abbé Delcros (un enfant de Murât) sur
l'idée de patrie et l'Escolo Oubernhato exécuta
plusieurs beaux cantiques en langue d'Oc que
le nombreux public que se pressait dans l'église
écouta avec autant de plaisir que de curiosité.
Puis ce fut, à dix heures, l'inauguration de la
plaque apposée sur la façade de l'Ecole professionnelle en l'honneur de Léon Boyer pour rappeler que cette école fut celle où le poète avait
fait une partie de ses études. Devant une assistance nombreuse, des discours furent prononcés
et des poésies furent dites.
Sous la direction de son chef, le groupe artistique de l'Escolo Oubernhato exécuta un chœur :
Mon Pays dont les paroles sont de Léon Boyer
et la musique du maître P. Redon. On trouvera
plus loin ce beau morceau.
A oní:e heures, une gerbe de fleurs est déposée
au Monument aux Morts de la Guerre de Murât.
Le groupe artistique chante : Les mouorts que
bibou de Pagès, musique de P. Redon.
Un vin d'honneur est offert à la Mairie, puis a
lieu, au Central Hôtel, un banquet de plus de
cent couverts, auquel l'Ecole Auvergnate a été
invitée.
La fête se continua l'après-midi par une très
belle cavalcade qui, malheureusement, fut fort
contrariée par la pluie.
*

* *

Voici les discours prononcés à la cérémonie de
Murât :
DISCOURS DE M. GANDILHON GENS D'ARMES

Madame Léon Boyer, Monsieur le maire,
Messieurs les Représentants de l'Enseignement primaire, Mesdames, Messieurs.
Né, un peu par hasard, au cœur même de Murât,
alors que ma maison familiale est là-haut, dans le

même air montagnard qui baigne la chaumière de
Léon Boyer, j'éprouve une fierté mêlée d'émotion à
présider aux hommages qu'on a décidé de rendre à
la mémoire de mon jeune frère en poésie que sa mort
pour la France a haussé bien au-dessus de moi. Oui,
bien au-dessus, car le soldat passe avant le poète ;
le poète ne peut chanter que si le sol est libre et la
race indépendante. Charles Péguy, qui avait l'âme
« peuple », Ernest Renan, d'esprit aristocrate, l'ont
proclamé, l'un après l'autre. C'est pourquoi, en Léon
Boyer, il convient de ne pas séparer le petit pâtre de
Falgères, l'écolier de Marchastel et de Murât, l'instituteur de l'Allier, le poète de terroir, du soldat de
Frarice tué devant Verdun le 10 mars 1916.
Tout est simple, modeste et noble en Léon Boyer.
Tel il était déjà, quand il vint me voir pour la première fois, il y a plus de vingt-cinq ans, dans ma
maison familiale, au pied du puy Mary. Tout gentillesse et modestie, une flamme discrète en ses yeux
noirs, il me demandait des conseils. 11 croyait naïvement qu'un licencié ès lettres détient tous les secrets
de la poésie ! Mais non, mais non, lui disais-je, voyez
Vermenouze. 11 le lut ; il l'étudia beaucoup ; il n'eut
qu'assez rarement sa large inspiration spiritualiste;
mais, dans la description intensément pittoresque et
réaliste, il lui arriva fréquemment de le dépasser ;
notamment en ses nombreux croquis de bêtes où je
crois distinguer aussi l'influence de Maurice Rollinat. Vermenouze mort, en 1910, Léon Boyer revint me
voir dans ma haute vallée et me déclara que désormais il n'avait plus que moi pour guide. Ah! le modeste, le charmant garçon! Je lui conseillai surtout
d'être lui-même et de ne pas me suivre dans ma
fuite peut-être déraisonnable vers le profond passé
préhistorique de l'Auvergne. Fréquemment il m'envoyait des poèmes accompagnés de charmantes lettres. J'en ai gardé bon nombre. Je me souviens surtout du voyage que nous fîmes tous deux à Ambert,
pour assister à l'inauguration du monument d'Emmanuel Chabrier. Nous eûmes la chance d'être non
pas seulement reçus, mais hébergés chez Henri Pourrat, alors au seuil de sa jeune gloire, et si cordial et
charmant, comme l'étaient aussi son père et sa mère.
Mme Pourrai, à une heure tardive, nous conduisit
tous les deux dans une même chambre. Y avait-il des
livres ? Je ne me souviens pas. Mais ce dont je suis
sûr, c'est que l'aurore nous surprit, Léon Boyer et
moi, lisant et déclamant quantité de poèmes de nos
poètes préférés.. Avez-vous bien dormi ? Oh ! oui, très
bien, madame! — Nous n'avions pas dormi du tout.
Aux approches de la guerre, Léon Boyer commençait à être connu comme poète. Des revues auvergnates accueillaient ses poésies : « La Veillée d'Auvergne », « La Musette », « La Semaine Auvergnate »...
Il avait obtenu des distinctions aux concours de « La
Revue des Poètes ». » La Veilée d'Auvergne » lui

�9

LO COBRETO
ava.il décerné une large plaquette de bronze fixée sur
un carré de chêne, représentant une tête caractéristique de paysanne auvergnate. Une idée aurait dû
me venir alors qui ne me vient qu'aujourd'hui :
c'est que cette paysanne auvergnate, c'était la Muse
même, intensément auvergnate, de Léon Boyer.
La guerre éclata. Léon Boyer, dont la santé était
alors assez faible, ne servit pas tout de suite. Même
sous les drapeaux, il écrivait quelques poèmes et me
les adressait dans des lettres que j'ai conservées. En
janvier 1916, il est à Lodève où s'achève son instruction militaire. Le 5 février, il m'envoie une assez
longue lettre, pleine de sentiments nobles et calmes,
et une carte où figure, dans un groupe de soldats, la
dernière photographie du poète. J'ai là cette carte,
j'ai là cette lettre ; je ne tiens pas à, vous la lire. Le
16 février, Léon Boyer quitte Lodève pour le front. Le
même jour il m'adresse, écrite au crayon, une carte
postale très affectueuse où il me dit : « Je vous écrirai
de là-haut, prochainement. » Hélas ! trois semaines
après, un gros obus anéantissait le poète et cinq
de ses camarades. Je n'appris l'horrible nouvelle
qu'un mois après, par une lettre de Mme Léon Boyer,
datée du 15 avril 1916. Cette lettre, la voici ! Ne craignez pas, Madame, que je la lise. Elle est écrite comme avec des larmes et du sang. Je ne la lirai pas.
Nous ne sommes pas ici pour nous attendrir et pleurer, mais pour honorer la mémoire de Léon Boyer.
Je me bornerai à vous lire le sonnet éploré que
j'écrivais quelques jours après avoir reçu la fatale
nouvelle...
Hélas ! le bouquet de genêts et d'œillets que j'avais
promis, je n'ai pu l'apporter sur la tombe de mon
pauvre ami. Mais j'ai tenu ma promesse d'autre
façon. J'ai fait insérer dans la grande « Anthologie
des poètes morts à la guerre », des poèmes de Léon
Boyer et une notice biographique et littéraire dont
vous avez pu lire un extrait dans 1' « Appel » de notre
Comité. Ainsi fut adjoint le fils des paysans de Falgères à la phalange des poètes de France tombés
pour la défense de la patrie ; et cette adjonction a eu
pour résultat ceci que le nom de Boyer, avant d'être
inscrit sur les plaques de marbre de Marchastel et de
Murât, a été gravé sur les plaques de bronze clouées
pour des siècles aux murs intérieurs du Panthéon de
Paris.
Ce fut là l'hommage de la France. Mais l'hommage
de la ville de Murât provient d'une initiative tout
aussi noble et généreuse. Le Conseil municipal que
vous présidez, monsieur le maire, a décidé de donner
à cette école primaire supérieure le nom de Léon
Boyer. Pareil hommage à un poète de terroir est chose bien rare et il fait grand honneur à la municipalité
de Murât. Qu'il me soit permis de la remercier au
nom des membres éminents de notre Comité d'honneur, au nom des écrivains et des artistes d'Auvergne,

au nom des membres de l'Enseignement primaire du
Cantal et de l'Allier.
Et maintenant que l'Auvergne, par ma voix, remercie les instituteurs et institutrices .de l'Allier et
leurs chefs hiérarchiques du service capital qu'ils ont
rendu à la mémoire de notre poète en assurant, dès
le lendemain de la guerre et par tous leurs efforts
réunis, la publication si belle et si heureuse de l'œuvre poétique de Léon Boyer. Sans doute, cette publication fut l'œuvre directe de M. le professeur BuriotDarsiles, directeur des « Cahiers du Centre », et son
succès fut accru par la belle préface de l'éminent
écrivain d'Auvergne, Jean Ajalbert et les illustrations
de Maurice Busset — à eux trois va notre reconnaissance — mais il ne faut pas oublier que l'homme qui
a le plus fait, pour la renommée littéraire de Léon
Boyer fut l'inspecteur primaire Puechmaille, mort
député de l'Allier. Nous saluons la mémoire de cet
homme généreux. Remercions aussi M. Sarrassat,
alors instituteur à Cusset, dont le zèle assura la vente
du beau volume « Genêts et Rocailles ». Il est épuisé
depuis longtemps. Mais c'est précisément aux récentes souscriptions du corps enseignant de l'Allier et
aux dons généreux de quelques hommes et sociétés
d'Auvergne, que je regrette de ne point nommer,
que nous devrons la prochaine réédition de l'œuvre
de Léon Boyer. Merci à tous !
Il me resterait maintenant à analyser, à caractériser devant vous l'inspiration et l'art de Léon Boyer.
Je sais bien que l'on peut formuler quelques réserves
sur une œuvre où prédomine un peu trop la description réaliste, si pittoresque et merveilleuse qu'elle
soit. Mais il ne m'appartient pas de soumettre à la
froide critique le jeune poète que j'ai conseillé, admiré et aimé et dont je suis absolument sûr que la
mort seule l'a empêché de développer tous ses dons et
de monter très haut. On ne peut nier ni sa force de
pensée, si sa délicate sensibilité. L'œuvre en contient
de si évidentes traces ! Ceux qui ont entendu réciter
des poèmes de Léon Boyer, ceux qui ont lu « Genêts
et Rocailles » ou qui liront la seconde édition savent
déjà ou sauront bientôt que Léon Boyer fut un poète,
un vrai poète, et qui fait honneur à l'Auvergne. Je
salue, avec une émotion profonde, sa mémoire et sa
famille.
DISCOURS DE M. SAULIERE
INSPECTEUR PRIMAIRE A MURAT

Mesdames, Messieurs,
M. Gandilhon Gens d'Armes vient de vous parler de
Léon Boyer comme seul peut le faire un poète et un
ami. Il a fait revivre devant vous son visage fin, ses
yeux profonds, et son âme nostalgique de montagnard exilé. Que pourrais-je ajouter à cette évocation
à la fois si saisissante et si nuancée ?

�LO COBRETO

10

ses par le poêle Raymond Cortat et mon collègue
Joucla ; et je retrouve souvent ses poésies sur les
lèvres de nos jeunes écoliers. Il me plaît de penser
que le poète serait singulièrement heureux s'il pouvait voir son œuvre contribuer à faire sentir aux
enfants d'Auvergne les beautés de leur pays, et à

Je me contenterai de rappeler que Léon Boyer, ancien élève de l'E. P. S. de Murât et de l'E. N. de Lyon,
fut instituteur à Cusset, et de dire que le Corps enseignant est fier de l'hommage rendu à l'un de ses membres, et qu'il n'oubliera pas la leçon qui se dégage
de cette œuvre.
Ce qui frappe, en effet, lorsqu'on parcourt les re-

les retenir sur le sol natal...
Aujourd'hui enfin, c'est l'école où il commença à
ouvrir les yeux sur le vaste monde avant de regretter sa petite patrie, qui l'accueille de nouveau, et
vient se placer sous le patronage de son nom et de
sa mémoire. Profondément enracinée elle aussi
dans le milieu local, bien adaptée, grâce à une organisation très souple aux besoins de la région, pourvue d'un personnel distingué, elle est et restera

cueils de poèmes de Léon Boyer, c'est un amour profond, passionné, fanatique, pourrait-on dire, du sol
natal. Lui-même se proclame un « déraciné »...
« Fils des plateaux herbeux, d'un vent large, battus,
Montagnard d'âpre éeorce et d'austères vertus. »

et, dans « Hérédité » où l'on sent une sincérité frémissante, il s'écrie :
« Oh ! comme je me sens de votre race, aïeux,
Moi que la destinée enferme dans les villes,
Moi qui m'en vais le soir, rêvant aux Puys herbeux
Dans l'oubli triomphant dos besognes serviles...

digne de lui.
Au nom du personnel enseignant, et. de l'administration, je m'incline devant la mémoire du poète,
et je souhaite longue course et brillant destin à

Pareils aux miens, vos sourcils drus barraient vos fronts
Que la barbe en collier arrondissait d'un cerne,
Et vos yeux contempteurs de largos horizons
Ont laissé leur éclat dans mes yeux noirs d'Arverne. »

l'Ecole Léon Boyer.
DISCOURS DE M. LE DOCTEUR H. PESCHAUD,
Maire et Conseiller Général de Murât

Toute sa vie, à Lyon, à Cusset, et peut-être à Verdun, il a gardé la nostalgie des paysages d'Auvergne,
et c'est toute l'Auvergne qu'il a essayé de rendre vivante dans son œuvre. Dans sa piété filiale, il n'a pas
voulu choisir. Tour à tour décrits avec minutie, ou
évoqués à larges traits, défilent les vieux cratères,
la cabrette, Gergovie, le taureau, les hauts plateaux,
les châtaigniers, le buron, le vacher, les genêts, la
soupe aux choux, un château fort ou quelque flère
silhouette de montagnard détachée sur l'horizon.
Pour lui, les choses les plus communes, ou les plus
humbles besognes ont leur poésie qu'il suffit de savoir
dégager. Et je suis sûr qu'il aurait souscrit bien vo-

I

\
Í

!
'

! cette manifestation.
Par une curieuse rencontre, deux mouvements
indépendants et s'ignorant l'un l'autre partaient, il
y a quelques mois, l'un de Paris, l'autre de Murât,

lontiers à ces vers de Verlaine :

pour venir aujourd'hui se rejoindre.
C'est qu'en effet, ainsi qu'un tremblement de terre
s'annonce par de légères secousses sismiques, un tout
petit décret loi, présage de tant d'autres, supprimait,
il y a un an notre Ecole Supérieure de garçons. Nous
devions au souvenir de ceux qui furent les artisans et
les soutiens de la prospérité de cet établissement, de
donner à cette innocente victime du malheur des
temps une marque distinctive qui put par quelque
manière rappeler son importance et témoigner de sa
vitalité conservée. C'est ainsi que l'antique noblesse
déchue de ses privilèges et de ses droits seigneuriaux
conserve dans son blason le souvenir de son ancienne grandeur. La blason de notre école nous voulions
en trouver le symbole dans le nom d'un enfant de
chez nous, et ce nom nous le voulions choisir en
dehors et au-dessus des distinctions subtiles de la

« La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles
Est une œuvre do choix qui veut beaucoup d'amour. »

Il a su faire ressortir la grandeur des humbles
travaux des champs, la majesté des gestes millénaires du paysan, la sauvage liberté du montagnard.
Et c'est par là que cette œuvre est éminemment
saine, et que le Poète rejoint l'Educateur.
M. J. Ajalbert écrivait, il y a longtemps déjà dans
la préface de « Genêts et Rocailles » : « C'est aux
collègues de Léon Boyer qu'il appartient d'assurer
la survie de son ouvrage, d'où le plus plur exemple
s'offre à notre jeunesse montagnarde ; il faut que
chacun se reconnaisse dans le petit pâtre de Falgères tombé à Verdun en 1916, comme dans celui de
Saint-Simon, Gerbert, gagnant Rome, pape, en l'an
mil. A nos instituteurs d'entretenir la flamme sacrée,
de montrer aux plus petits, la route de lumière, ouverte à toutes les vaillances ».
Cet appel a été depuis longtemps entendu. Le nom
de Léon Boyer figure à la table des matières des
« Lectures d'Auvergne » publiées à l'usage des clas-

Mesdames, Messieurs,
Après les éloquents hommages du poète et du
représentant de l'administration, que vous venez
d'entendre, j'ai le devoir, en associant la ville de
Murât à cette cérémonie du souvenir, de saluer la
famille de Léon Boyer, d'accueillir et de remercier
les membres du Comité et tous les bons artisans de

I

politique.
Nous l'avons trouvé sur la plaque de marbre que
le grand cœur de celui qui fut le fondateur de cette
école et dont la disparition récente nous demeure

�LO COBRETO
cruelle, a permis d'élever'ïi la mémoire des anciens i neige el parfois le souvenir de ce Murât qu'il a
élèves morts au champ d'honneur.
chanté.
Ainsi que du Bellay il aspire à revoir
Nous ne pouvions pas 'mieux choisir que le nom
de Léon Boyer qui vécut en cette maison quelques
De son périr village fumer la cheminée
années de son enfance, qui fut instituteur et qui fut car c'est au coin du pays natal qui l'a vu naître ei
poète avant de tomber glorieusement pour son pays qu'il évoque avec les belles ressources de son talent
à 33 ans, devant Verdun.
descriptif, que Léon Boyer doit ses meilleures inspiOr, dans le même temps, à Paris, sous le haut rations. Ils chantent étrangement évocateurs et mépatronage de tout ce qui .compte dans les Lettres
lancoliques ces quelques vers :
d'Auvergne, un Comité s'organisait sous la présiOn m'écrit là-bas, de chez nous
dence de M. Gandilhon Gens d'Armes dont notre cité
« Le coucou chante aux bois d'Algères »
Et je revois nos coteaux roux
est justement flère pour adresser l'hommage de ses
Et mon village de Falgères.
pairs à l'humble enfant du Cantal dont les brillantes
C'est à cette attachante figure qu'auréole un destin
prémices laissent le regret de tant d'espérance.
C'est de cette double initiative qu'est née la céré- tragique que s'adresse aujourd'hui notre hommage.
Mais quand on célèbre au pays natal un poète aumonie de ce jour, fête du souvenir et fête aussi de
vergnat, c'est un peu tous nos poètes qu'on célèbre,
l'âme auvergnate.
Car il est bien à nous ce frais poète que tourmente tous ceux qui savent chanter et notre âpre montagne
dans les plaines de l'Allier ìa nostalgie, cette nostal- et sa nature rebelle et cette forte race d'Auvergne
gie qui seule fait les poètes^de nos plateaux où pais- accrochée dans ces hauts vallons chers à Gandilhon
sent les troupeaux aux clarines sonores, de nos som- Gens d'Armes.
Où votre vieux pays garde son plus vieux, sang.
mets encapuchonnés par la sbrume ou recouverts de

QUELQUES

POESIES

lues aux diverses cérémonies des fêtes Léon Boyer

Au poète Léon Boyer
(tué devant Verdun, le 10 mars 1916)

En ces vallons fermés aux reflux de l'histoire,
Où notre vieux pays garde son plus vieux sang.
Tu naquis, comme moi. J'étais adolescent,
Alors que tu péchais, pieds nus, dans la Santoire.
La même Haute-Auvergne enchantait nos mémoires:
Rudes gens; vieilles mœurs, taureaux au cou puissant,
Prairie en fleurs, or des juillets incandescents,
Et les vents orageux heurtant les promontoires,
Et le passé... Tu meurs, comme un barde gaulois,
Face au Germain, pour notre terre et notre droit.
Je t'aimais bien. Entends ma plainte fraternelle.
Ah ! puissé-je où tu dors apporter, tôt ou tard,
Cueillis en quelque été de l'Auvergne éternelle,
Des genêts verts, avec des œillets montagnards !

|Au poète auvergnat
rGani dïI ho n G e^ n^'dvCrrrTës
Quelque ancêtre, de qui te vient ton nom celtique,
Et ta maigreur musclée et ta. fougue et ton sang,
Et qui fonçait aux corps à corps en rugissant,
Te légua son poing dur et son masque énergique.
Et, du barde guerrier qui, dans le soir épique,
Célébrait Teutatès d'un guttural accent,
Tu tiens, comme heurté d'un glaive éblouissant,
Ton verbe rude, à résonnance métallique.
Or, fourvoyé parmi ce siècle sans éclat,
De même qu'on brandit un fer, tu martelas
Tes sonnets... et, sans fin, pour qu'à l'appel tenace
De ton vers, buccin rauque au souffle triomphant,
Tressaillit l'âme arverne et se levât ta race,
Tu fis sonner la rime ainsi qu'un olifant.
LEON BOYER.

GANDILHON GENS D'ARMES.
(Lue par l'Auteur.)

(Lue par Raymond Cortat.)

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Poésie de Léon Boyer

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Musique de Pierre Redon

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�LÓ COBRETO

La Fontaine enchantée
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LA

MÉMOIRE

Dû

POÈTE

TUÉ A VEKDTJN LE

10

LÉON
MARS

BOYEE,

Car les poètes de là petite pëtiiè
Ont pour parler à notre cœur et l'émouvoir
Des mots plus fraternels ; leur œuvre est un miroir
Magique dans lequel il semble que sourie,
En sa diversité charmeuse, le terroir.

1916.

Poème dit à la fête solennelle île Murât, le 25 Août 1935.

Derrièr' chez nous, y a-t-une fontaine ;
Celui qu'en boit, il lui faut en mourir :
L'herbe des prés, qu'elle est si souveraine,
L'herbe des prés ne peut pas le guérir.
Ainsi s'éplore, nostalgique, une complainte
Qu'on chantait autrefois sous les chaumes bourrus;
Les vieux chaumes s'en vont, les vieux airs se sont tus,
Une allégresse, aux cœurs paysans, s'est éteinte.
Cependant la fontaine a gardé ses vertus.
Parcimonieusement, la roche où s'élabore
Comme un philtre au secret des profondes prisons,
Distille chaque goutte ; et quand nous y buvons,
La Fontaine enchantée en nos cœurs fait éclore
Tout le charme du sol aux nobles horizons.
Pour avoir bu l'eau de la source solitaire
Avec le sortilège enclos dans son cristal,
J'ai traîné dans l'exil l'envoûtement fatal ;
Et tu pesais en moi si présente, ô ma Terre !
Que mon cœur a souffert d'un incurable mal.
Mais afin que l'ennui qui m'accablait s'allège,
Pour éluder le mal dont on ne peut guérir,
Pour m'évader aux pays bleus du souvenir
Et revoir en plein ciel déployant leur cortège
Les sommets rayonnants dans l'aurore surgir ;
Afin qu'autour de moi d'un seul coup s'abolissent
La brume et la rumeur énorme de Paris,
Pour que devant mes yeux énivrés et surpris
Se dressent, revêtus d'airelle et de réglisse
Et drapés de splendeur estivale, les puys,
Je relis l'un de nos poètes. — Alors toute
La Montagne apparaît ! Mes pas émerveillés
Flânent sur les versants où fusent par milliers
Des fleurs aux coloris limpides ; et j'écoute,
Alertant les échos de leurs chants familiers,
Les sources alentour, joyeuses ou dolentes,
Animer les jardins sauvages. Et je bois
A longs traits le silence et la fraîcheur des bois,
Les parfums que le vent a cueillis sur les pentes ;
Ma Jeunesse sourit aux chemins d'autrefois.

L'eau dont il faut mourir, eux aussi, l'ont goûtée.
Comme au bassin secret sous la menthe enfoui,
Un sortilège dans leurs vers s'épanouit ;
Et croyant boire encore à la Source enchantée,
Nous laissons s'enivrer notre cœur ébloui.
O poésie ! O source vive qui délivre
,De l'incurable mal ! Et ton couplet fût-il
Naïf comme un pipeau de pâtre, et puéril,
L'âme s'y rafraîchit, elle se sent revivre
Et repart en chantant sur les chemins d'exil.
Et je songe qu'aux sources-fées
Avant bu l'eau du souvenir,
Cette eau dont les âmes charmées
Ne peuvent jamais plus guérir,
Léon Boyer, — dont l'œuvre éclate
En poèmes émerveillés
Qu'emplit la vigueur écarlate
(Mais fine comme eux) des œillets,
C'est l'âme de nos paysages
Mirés en elles, qu'écartant
Le fouillis des menthes sauvages
Vous y buviez en même temps ;
Et votre œuvre à son tour reflète
La splendeur des puys où se fond,
Telle une brume violette,
Un voile de langueur, au fond.
Une dolente nostalgie,
Le poids en secret oppresseur
De la Montagne au loin surgie
Dans sa violente douceur...
Juillet triomphe sur les pentes
Où l'herbe s'attise en feux verts ;
Les grands genêts aux fleurs ardentes
Semblent des gerbes de vos vers ;
Çà et là, le rappel des cailles
Jaillit, limpide et palpitant,
Des blés noirs... « Genêts et Rocailles »,
Tout les recrée à chaque instant.

�là

LO COBRETO
Toutes les choses soni restées
Telles qu'hier vous les voyiez
Lorsque vous les avez quittées
A tout jamais, Léon Boyer.
Et la montagne violette
Au fond du ciel paraît songer,
Se souvient peut-être, et regrette
Vaguement le petit berger
Qui l'Eté retournait vers elle
Quand les juillets libérateurs
Ouvrant l'école, d'un coup d'aile
Joyeux il gagnait les hauteurs.
Le petit pâtre de Falgères
Dont les pipeaux de seigle frais
Alertaient de gammes légères
Les longs échos énamourés...
La montagne songe, et s'étonne
De ne voir jamais revenir
Aux mois dorés, jusqu'à l'automne,
L'enfant qu'elle avait vu grandir.
Elle espère encor, maternelle,
Qu'il reviendra, — sans se douter
Qu'il a pris maintenant, loin d'elle,
Ses vacances d'éternité.
Raymond COBTAT.
*
* *

Brin de genêt
Brin de genêt fleuri, dont la rosée en gouttes
Brillait, ce clair matin, au bord d'un tertre vert,
Ah! comme d'un élan mon cœur reprend la route
Et, rien qu'à te sentir de ce livre entr'ouvert,
Mon Auvergne m'apparaît toute !
Toits à flancs de coteaux et l'un l'autre épaulés
Sous la lave ployant leurs rugueuses échines,
Mais dont l'âme, fidèle aux vieux granits scellés,
S'exhale, au long des soirs, par dessus les collines
Vers les fous qui s'en sont allés !
Chemins ruineux, pleins de relents chauds d'étables,
Coqs éclatants sur des fumiers moirés d'or,
Bruits de chars... murs croulants lustrés au suint des
[râbles,
Et l'humble champ, hélas! où manqueront des morts
Près des ancêtres vénérables !

Toises membrus, sabots cloutés et poings calleux,
. C'est vous, frères encor imprégnés d'âme antique,
Et dont la lèvre, ainsi qu'un dur fruit rocailleux,
; D'âge en âge transmet notre patois rustique
Si doux au cœur des oublieux !
i
!
,
j

Et vous, hêtres penchés, sapins, je vous revois,
Géants noirs et velus dévalant par les gorges
En monstrueux galops de bêtes aux abois,
Et vous, gaves blanchis aux cent rumeurs de forges,
Ivres d'écumes et d'abois !

I

j Vous voici, hauts labours, écorchant la pierraille,
i Seigles chétifs et grumeleux de., nos pains bis,
Blés noirs en fleurs bordant le roc et la broussaille,
Où gîtent, apeurés, lièvres roux et perdrix
Et vols bruyants et lourds de cailles !
! Comme vous défilez, basaltes colossaux,
Gonflés encor sous la toison des lichens rèches,
Schistes sculptés en qui se meurent des sursauts...
■ Donjons à pic, saignant du soleil par vos brèches '
Comme aux nuits rouges des assauts !
... Escalades, aux flancs égueulés des cratères, ■
D'arbres feuillus, par les crevasses arc-boutés,
Malgré le plein choc d'or des javelots solaires...
Salut, ô châtaigniers qui, dans vos bras, portez
Le sang robuste de la terre !
Maintenant, c'est la nier agreste des burons
Et des herbages où s'ouvrent les gentianes... .
Des pâtres vont, nu-pieds, tout vêtus d'horizon,
Près de rouges troupeaux paissant en caravanes,
Et de taureaux à lourds fanons.
Plus haut, où de l'azur fait plus roses nos landes...
Chants de grillons au creux des tertres attiédis,
Genêts bourrus, mêlant leurs gousses aux lavandes,
Aigres genévriers, par les larges midis '
Soufflant l'odeur fauVe des brandes h
Plus haut, plus haut encor... colosses éblouis,
D'un seul jet plongeant aux gouffres bleus vos arêtes,
O rois vertigineux, vous voici tous, ô Puys
Qui, longuement, pour des adieux haussez vos têtes
Quand on s'arrache du pays !
— Comme toi, brin amer que je cueillis.•&amp; même
Vos pics, que ne me suis-je en eux .enraciné !
Oh ! le bon hâle, alors, au,lieu dé mon front blême, .
Et, tout gorgé de sucs et non maigre.et fané.
Oh 1 l'âpre et savoureux poème !

�15

LO COBRETO

Mais, puisqu' est vain ce rêve.et qu'est vain mon effort, Car tu sens, n'est-ce pas ? que tu survis, ô mère,
Malgré l'exil, en' moi, par d'infinis liens,
Pour qu'en des soirs pareils mon Auvergne apparaisse,
Et que si l'herbe haute emplit le cimetière,
Laisse, brin de genêt, laisse monter encor,
Du moins comme un reproche embaumé de tendresse Mes yeux se sont moujllés de n'avoir plus les tiens !
Ton parfum nostalgique et fort !
Aussi, lorsque, vaincu par l'heure qui terrasse,
J'irai rejoindre, enfin, tous les morts de chez nous,
LEON BOYER.
Je veux avoir bien près de la tienne nia place,
Où peut-être on viendra prier à deux genoux,
(Lu par Gandilhon Gens d'Armes.)
*

* *

A ma /Hère

Afin que, revenu pour jamais à la terre,
Et comme un fils revient au berceau déserté,
Je dorme mon sommeil éternel, ô ma mère,
Avec un peu de ta tendresse à mon côté...
LEON BOYER.

Voici des ans, des ans que tu n'es plus, ô mère
Dont le départ laissa, nos cœurs si douloureux,
Et que tu nous quittas pour l'étroit cimetière
Sans que nul, plus jamais, ait rien su de tes yeux !
C'est loin, je me souviens, très loin dans mon enfance.
On sortit ton cercueil à liras de paysans,
Et, laissant la maison pleine de ta présence,
Tu pris le chemin creux qu'embaumait le printemps,

(Lue par C. Gandilhon Gens d'Armes.)

*
* *

A Vercingétorix
Le rustique chemin où bourgeonnaient les hêtres,
Que d'autres, si souvent, depuis lors ont suivi,
Bercés aux oraisons dolentes de vieux prêtres...
— Et maintenant tu dors sous ta croix de granit...
Tu dors auprès de nos anciens, de nos aïeules,
Tous pêle-mêle au pied de l'agreste coteau
Où vous parvient, l'été, l'odeur des blés en meules
Et la chanson de nos bouviers guidant l'arau.
Tu dors... et depuis, moi, qu'un vent d'exil emporte
Et sépare du sol inoubliable et doux,
Ainsi qu'un pèlerin d'amour, ô douce morte,
Je n'ai jamais prié sur ta tombe, à genoux !
Pas même une fois pour ((Les Morts» ou la Pentecôte,
Quand d'autres, près de toi, fleurissaient leurs défunts,
Je n'ai pu, t'apportant nos bruyères des côtes,
Enguirlander ta croix de pleurs et de paifums.
Et je n'ai même pas de toi quelque humble image
non) le charme effacé me sourirait encor,
Sur qui j'inclinerais longuement le visage
Quand des ressouvenir» me poigneraient trop fort !
Mais mon âme t'a fait, ô sainte, comme un temple,
Un temple au culte grave à la fois et fervent
Où mon cœur filial t'anime et te contemple
El d'où rayonne en moi ton amour bienfaisant...

D'après la statue &lt;Je Bartholdi
à Clermont-f'erratul.

Vertigineux, foulant l'énorme piédestal
En un chevauchement barbare d'épopée,
Vers le plein ciel d'azur il s'ouvre une échappée
Et, farouche, poursuit son galop triomphal.
Là-bas, plongent les monts glorieux du Cantal
Où, vers la gorge sombre et la rude cépée,
Le Héros chevelu, brandissant son épée,
Guide la Horde où sonne un fracas de métal.
Car, jaillissant du bronze éperdu qui l'enchaîne,
Ivre du vent guerrier qui souffle de la plaine,
Il revit à jamais son rêve surhumain.
Et, superbe, fonçant, la peau d'ours aux épaules,
Fort de'l'éternité de ses gestes d'airain,
Clame son cri d'appel immense vers les Gaules...
LEON BOYER.

(Lu par Gandilhon Gens d'Armes.)

�16

LO COBRETO

Les canards
Du soleil reluit sur la mare
Où barboteurs lisses et plats
Portant costume de gala,
Leur flottille glisse ou s'amarre.

16

Un flot de rubans la décore
Lorsque, ondulant parmi les blés,
Vers les bourgs elle mène, encore,
Les noces aux clairs défilés,
Tandis que monte, des sillons,
L'orchestre joyeux des grillons.
Ou bien, sur nos bleus estivages,
Quelque vacher fruste en sabots
Egrène, lambeaux par lambeaux,
Sur sa cabrette fraternelle,
Quelque chanson naïve et grêle... (1)

Une blanche cravate barre
Leur col vert au changeant éclat ;
Un fin pointillé chocolat
Lustre leur dos et le chamarre.

Et d'autres qui s'en sont allés,
Sentent, soudain, la nostalgie
Sourdre en leur âme d'exilés
Si, tout à coup, la piaillerie
De l'humble muse de chez nous
Dit le pays sauvage et doux !

Plume frisottante au croupion,
Ils s'aspergent, glanent au fond
Le têtard, reniflent la bourbe,
Et, quand meurt le soir éclatant,
Reviennent, l'encolure courbe,
Sur pattes jaunes, en boitant.

*
* *
O cabrette, à ceux-là sois douce et maternelle !
Sois douce à ceux qui vont, solitaires et las,
Par les chemins d'exil où le cœur se rappelle
Et qui n'ont pas de seuil où diriger leurs pas !

LEON BOYER.
(Lu par Raymond Cortat.)

Mets-leur des pleurs de joie aux deux coins des pau[pières,
Des pleurs d'amour, qui font des maux délicieux...
Oh! redis-leur les chants oubliés de nos mères,
Et que tout l'âpre sol leur apparaisse aux yeux !

*

* *

La cabrette
Elle est bien la même, toujours,
Avec son outre en peau de chèvre
Que garnit un rouge velours,
Son soufflet de buis, où la lèvre
Du joueur insuffle de l'air
Et sa flûte où sonne un vieil air.
Mais elle meurt, abandonnée...
Nos fils ne la comprennent plus
L'humble cabrette surannée,
Et nos anciens, à doigts perclus,
Qu'elle avait réjouis naguère,
Regrettent sa musique chère.
Pourtant, au rythme des talons,
Quand viennent fêtes ou soirées,
Larges chapeaux en tourbillons,
Doigts claquants au trot des bourrées,
Et troublés de secrets émois,
Nos couples tournent à sa voix,

16

Cabrette, redis-nous les voix de la montagne,
Toi qui sais l'âme grave et triste du terroir,
Les couplets ingénus dont le pâtre accompagne
Ses longs troupeaux meuglants qui rentrent dans le soir
Car, ta voix, c'est la voix chère des altitudes,
Le sourd bruissement des seigles et des bois,
La chanson des torrents au fond des solitudes,
Le parler des aïeux et les airs d'autrefois...
Evoque les sommets, la lande, la chaumière,
Les sentiers rocailleux que nous avons quittés,
Et fais, pour nos yeux las, monter dans la lumière,
Et chanter en nos cœurs, l'âme des bons clochers !
Cabrette, parle encor, longtemps, à voix plus tendre...
Oh ! fais grandir en nous le regret de nos puys
Pour qu'enfin nous puissions et pour jamais reprendre
Les chemins reconnus et lointains du Pays !
LEON BOYER.
(Lue par Eug. Pagès.)
(1) Un vers manque dans cette, strophe, ainsi que l'a fait
remarquer l'éditeur de Genctz et Racailles,

�17

LO COBRETO

Le coucou chante
On m'écrit, là-bas, de chez nous :
« Le coucou chante au bois d'Algères... »
Et je revois nos coteaux roux
Et mon village de Falgères.
Je revois, des larmes aux yeux,
Mon Auvergne rude et lointaine
Qu'un renouveau mystérieux
Rajeunit de sa chaude haleine.
« Le coucou chante... » Oh! nos Puys Bleus,
— Tout là-bas, ivres de lumière,
Nos sentiers, nos sillons herbeux,
Gonflés des sèves printanières !
Oh ! nos prés
Où déjà point
Nos plateaux
Sur qui plane

enfin reverdis
la pâquerette,
bourrus et tiédis
un chant d'alouette !

« Le coucou chante... » Les aïeuls
Réjouis, du seuil de la porte,
Revoyant feuillir les tilleuls,
Hument l'odeur qu'un souffle apporte...
« Le coucou chante... » Oh! les bruits doux,
Les bois en fleurs, les frissons d'ailes,
Les merles nichés dans les houx,
Oh ! les senteurs d'herbes nouvelles !
« Le coucou chante... » je revois
Tout mon vieux sol, beau d'espérance,
Et, par les chemins d'autrefois,
Je vois sourire mon enfance!...
Léon BOYER.

Je me vois encor, cheminant
Par l'étroit chemin paysan,
Tout semé de croulantes pierres.
Tandis que mon chien à poil roux,
Franchissant talus et barrières,
Battait les genêts et les houx.
Je connaissais tous nos pacages
Ceints de buissons aux fruits sauvages ;
Le recoin du vieil abreuvoir,
Et, tout à côté du village,
Le petit enclos de blé noir
Où la chèvre entrait, au passage.
Par les champs noyés de brouillards,
Vaguement, les troupeaux épars
Confondaient leurs pelages rudes,
Et le vent d'automne, parfois
Courant nos âpres solitudes,
Creusait des remous dans les bois,
L'herbe était blanche de bruine
Et le froid, sous ma limousine,
Transperçait mes doigts jusqu'au vif.
Mais, blotti derrière une haie,
Quel bonheur d'écouter, pensif,
Le vent ronfler dans la futaie !
Oh ! nos ébats de bergerots !
Nos libres courses en sabots,
A travers genêts et bruyères !
Oh ! les prunelles des halliers,
Les grands feux de rousses fougères !
Oh ! les automnes effeuillés !
Que ne puis-je encore, — heureux pâtre ! —
Par la lande nue et grisâtre,
Ou le maigre herbage des champs,
A mon tour libéré d'attaches,
De l'aube fine aux gris couchants,
Conduire pâturer nos vaches.

(Lue par Raymond Cortat)

Léon BOYER.

*
* *

(Lue par Eugène Pagès)

Automne ancien

*

* *

Le four
Je me rappelle... j'étais pâtre !
Par la lande hue et grisâtre
Ou le maigre herbage des champs,
Je conduisais, libres d'attaches,
De l'aube fine aux gris couchants,
Pâturer nos troupeaux de vaches.

Jl se dresse au bout du village,
Humble, moussu, tout décrépit,
L'antique four croulant sous l'âge,
Que les ancêtres ont bâti.

�18

LO COBRETO

Il a cuit le pain noir et maigre
De nos lointains pères défunts ;
II cuit encor notre pain aigre
Qui fleure bon les seigles bruns.

On voit bien qu'il est d'un autre âge
Avec son air vieillot et las,
Ses murs noircis qu'un long usage
A craquelés du haut en bas,

Que son toit lourd de granit penche,
Que ses voûtes n'en peuvent plus,
Et qu'il mourra, quelque dimanche,
Ainsi qu'un pauvre vieux perclus.

Il sert, pourtant, vaille que vaille,
Et, bien qu'il soit tout égueulé,
Et que sa porte geigne et baille,
Les nôtres y cuisent leur blé.

Certains jours, il crépite et fume;
Par ses brèches, la flamme rit,
Et les branches qu'on y consume
Font tout rose leur dur granit.

Hérédité
Oh! comme je me sens de votre race, aïeux !
Moi, que la destinée enferme dans les villes,
Mais qui m'en vais, le soir, rêvant aux puys herbeux
Dans l'oubli triomphant des besognes serviles.
Pères obscurs, dont l'âme et dont les traits sont morts
Je me sens votre fils de chair et de pensée,
Et vous survivez tous, ô défunts, par mon corps
Et mon âme, où votre âme ancienne est dispersée...
J'ai vos larges poumons, buveurs d'espaces bleus,
Qui soulèvent l'ampleur des épaules membrues,
Vos poings bâlés, vos doigts robustes et calleux
Pousseurs de fers de bêche et de socs de charrue.
Pareils aux miens, vos sourcis drus barraient vos
[fronts
Que la barbe en collier arrondissait d'un cerne,
Et vos yeux, contempleurs de larges horizons,
Ont laissé leur éclat dans mes yeux noirs d'Arverne.
Votre sang bout, tout rouge encore, dans mon sang,
Ainsi que l'âcre sève ardente de la terre,
Et je frémis, parfois, de sentir, bien vivant,
Quelque chose de vous me battre à chaque artère.

Puis s'en viennent, la main aux hanches,
Corbeille haute sur le front,
Les femmes, en des toiles blanches,
Portant le pain qui sera blond.

Et j'aime d'un Amour héréditaire et fort
Le vieux sol de granit que le genêt hérisse,
La glèbe où, maintenant, tout ce qui fut vous dort,
Mais que vos cœurs aimaient comme une âpre nour[rice.

Et, longuement, la porte close,
Le chaud basalte radieux
Gonfle l'âme du seigle enclose
Et dore le pain lumineux.

Car je suis, en dépit de l'exil, un terrien
Comme vous, dont je sais encore d'anciens gestes,
Et j'aime que mes pas foncent par le terrain
Des labours, comme au temps de vos sabots agrestes.

Et,
La
Se
Et

Comme vos doigts, mes doigts caressent l'or des blés
Quand je m'en vais, longeant le frisson roux des sen[tes,
Et vous m'avez appris les souffles alternés
Et les voix que le soir déroule par les pentes...

tandis que, haute et sereine,
fumée, en le pur matin.
mêle aux souffles de la plaine
monte aux frais paquL de thym.

Hors de sa pierre qui s'effrite
Par tout le village embaumé,
Le vieux four où le pain palpite
Disperse son parfum sacré.
Léon BOYER.
(Lue par Raymond Cortat)

J'ai goûté, par vos yeux, la terrestre splendeur
Et connu les secrets des choses et des bêtes ;
Mon bras ouvre parfois des gestes de semeur
Sur l'ondulement bleu des sillons et des crêtes....
— O nies pères lointains que je ne connus pas,
Je vous fais, à genoux, l'offrande de mon livre ;
Vous y reconnaîtrez, peut-être, pas à pas,
Les rêves que vos fronts n'eurent le temps de vivre.

�LO COBRETO
Mais, duvaiil. que ces mots ne s'effeuillent au vent,
Je m'incline, confus et tremblant de ma gerbe,
N'ayant à vous offrir, semeurs de blé vivant,
Que la floraison vaine et pâle de mon verbe...
LEON BOYER.
(Lue par Raymond Cortat.)

TROIS PATRES
DU CANTAL
Sous ce titre, notre ami, l'excellent poète Raymond Cortat
a publié un très beau et très émouvant article que le manque
do place nous empêche de reproduire en entier. En voici la
première partie :

Ils étaient trois bergers, trois pâtres du Cantal...
Tous les trois ont gardé les vaches sur les pentes du
Puy-Mary, celui-là vers Cheylade, les deux autres
dans la haute vallée de la Santoire. Sans doute
avaient-ils chacun dans leur vacade, une bête préférée qui venait croquer dans leur paume, à l'appel de
son nom, le gros sel gris ; elle s'appelait Estielo, pour
avoir sur le front une tache blanche en forme d'étoile, — ou bien Marquiso, Reino, parce qu'elle était
plus fine, plus racée que les autres vaches du troupeau, ou encore Viouletto, à cause du rouge sombre
de son pelage tirant sur le violet, ou Bloundo, parce que son poil frisé tranchait plus clair, et que les
yeux vifs des petits paysans sont merveilleusement
sensibles aux couleurs.
Tous les trois s'asseyaient le soir au bord de quelque roche écartée, parmi les jardins sauvages des
hauteurs, tout pavoisés de ces fines étoiles pourprées
qui sont les œillets montagnards, avec des semis
éblouissants d'anémones soufrées et de larges renoncules, les hampes rouges des digitales, les bâtons
d'or des gentianes, les fusées bleues des aconits.
Ces fleurs si belles, ils les paraient de noms plus
beaux encore ; les paysans sont des poètes qui s'ignorent, mais dont l'imagination fleurit joliment dans
les vocables patois : les digitales sont chez eux les
gants de Notre-Dame, en somptueux velours rouge,
comme il sied à la Reine du ciel ; et les narcisses y
sont des gants d'argent, tout en satin blanc, et ce
sont les gants de la bergère, en fine soie bleutée, que
les ancolies ; sans compter les jonquilles, les bragues
del conçut, les culottes du coucou, des culottes tissées d'or et de soleil. Même le sous-préfet aux

19

champs, d'Alphonse Daudet, n'eu portait pas de si
belles !
...Les trois pâtres se sont assis sur la roche brute;
ils buvaient dans le vent les aromes de la forêt, le
parfum des grandes fleurs gorgées de sèves, la fraîcheur des cascades. Et quelquefois, au crépuscule,
tandis que la montagne s'endormait dans les plis
d'un manteau bleuissant, ils chantaient de dolentes
complaintes montagnardes ; leurs voix se répondaient
d'une vallée à l'autre. La montagne les enivrait de
ses solitudes, de son mystérieux silence entrecoupé
par instant du sanglot étouffé des sources, de la rumeur intermittente des sonnailles, des plaintes des
forêts. Leur âme s'emplissait ainsi des sortilèges de
la montagne.
Ils grandissaient dans un climat des vieux âges, où
florissaient encore des coutumes millénaires. Tout un
passé, traqué dans les plaine, s'était réfugié dans
les hautes-vallées ; il s'affirmait aux lignes robustes
des chars gaulois, cahotant sur de rugueux chemins
dallés de basalte ou de phonolithe ; c'est lui qui
chantait dans l'aigre voix de la cabrette, et c'est
encore lui qui, les soirs de fête, armait d'un drillier rougi à la chaux vive le poing des gars excités,
et les ruait les uns contre les autres, de village en village. Les trois bergers ont recueilli les dernières
confidences du Passé mélancolique ; ils se sont penchés tous les trois sur son chevet d'agonie, et ils ont
vu les traits de son visage s'effacer peu à peu dans
la mort.
Lorsque les exigences de la vie les auront contraints à descendre vers les plaines
Pour raquer (Vun cœur dur aux longs travaux humains

ils emporteront l'incurable nostalgie de cette enfance
paysanne, vécue au milieu des féeries de la montagne, dans une sorte de Moyen Age prolongé, en perpétuel contact avec des manières de vivre, d'étranges survivances disparues ailleurs... Les trois bergers s'en iront chacun de sou côté, et la montagne
absente les déchirera alors de toute la force de sa présence secrète. Leur regret, leur souffrance, ils l'ont
laissé s'épancher dans trois livres qui, en prose ou en
vers, sont comme trois beaux chants d'exil, trois
chants fraternels : Un pâtre du Cantal, de Pierre
Besson ; Poèmes Arvernes, de Gandilhon Gens
d'Armes ; et Genêts et Rocailles, de Léon Boyer.
Trois livres remplis des souvenirs d'une jeunesse
passée au ras des plombs et des puys, au cœur de
l'Auvergne, comme dit Jean Ajalbert,
Dans ces vallons fermés aux reflux de l'histoire
Où notre vieux pays garde son plus vieux sang,
comme l'écrit admirablement Gandilhon Gens d'Armes.

�20

LO COBRETO
NAISSANCE

■S

Les déplacements

•m

C'est avec un bien grand plaisir que nous avons
appris que Léon Gerbe, le talentueux auteur de
« Au Pays d'Artense » et de maints romans se
déroulant tous dans ce pays, vient d'être le père
d'une gentille fillette qui s'appellera Claude.
Lo Cobreto est heureuse de lui transmettre,
avec ses sincères félicitations, ses meilleurs vœux
de bonheur « per soun froulidet bufo fioc » et de
prompt rétablissement pour Mme Gerbe.

MARIAGES

de

1E seolo OuLernkalo
Nous rappelons que VEscolo Oubernhato prête son
concours aux municipalités et organisateurs de fêtes
qui désirent donner à leurs manifestations locales un
caractère régionaliste. Ils n'ont pour cela qu'à s'entendre au préalable — et assez longtemps à l'avance
— avec le capiscol de l'Escolo, M. Henri Dommergues, rue Cazaud, à Aurillac.
Voici une liste des principales manifestations auxquelles notre groupement a pris part en 1935 :

Le mardi 17 juillet, dans l'église de Saint-Mamet, a été célébré le mariage de M. Jean Sarrauste de Menthière, fils de M. Paul Sarrauste
de Menthière et de Mme née de Bernis, avec Mlle
Henriette Boubal, fille de M. Fernand Boubal,
officier de la Légion d'honneur, croix de guerre,
Conservateur des Eaux et Forêts à Casablanca, et
de Mme, née Cantaloube.
Que les sympathiques jeunes mariés veuillent
bien agréer nos meilleurs souhaits de bonheur et
leurs heureux parents nos plus sincères félicitations.
*
* *
Le 6 août a eu lieu, en l'église de Salins, le
mariage de Mlle Gély et de M. Fernand Escudié.
Nous leur adressons nos meilleurs vœux et
nous n'oublierons pas, à l'Escolo Oubernhato
celle qui fut une des plus gracieuses auvergnates
de notre Groupe artistique. Nos meilleurs souhaits accompagnent nos deux amis au Havre où
ils vont résider. Nous savons d'ailleurs qu'ils
n'oublieront pas l'Auvergne !

6 janvier : Apposition d'une plaque de marbre
sur la maison natale de Vermenouze, à Vielle ; messe
félibréenne ; prône et chants en langue d'oc.
15 Février : Grande Soirée de propagande coloniale au Cinéma-Palace d'Aurillac.
23 Mars : Soirée régionaliste organisée à l'occasion
du Congrès de la Fédération des Commerçants et Industriels du Massif Central.
14 Avril : Concert régionaliste au Studio de RadioToulouse (Redon et Delzangles).
26 Mai : Félibrée à Saint-Flour.
8, 9, 10 Juin : Fêtes de la Ste Estelle à Clermontl'Hérault.
16 Juin : Félibrée à Carmaux (Tarn).
7 juillet : Participation aux fêtes thermales d'Auvergne, à Clermont-Ferrand.
8 Juillet : Participation à une Soirée donnée à l'occasion de la réunion de l'Office des Transports et des
P. T. T. du Centre-Ouest.
4 août : Félibrée à Chaussenac.

NECROLOGIE
Avec neine, nous avons appris la mort de Mme
veuve Nabrin, sœur de M. François Voloilhac,
professeur honoraire et tante de notre ami loseph
Volpilhac, professeur agrégé au Lycée EmileDuclaux.
Nous adressons à toute la famille en deuil nos
condoléances les plus sincères.

24 et 25 Août : Félibrée et participation à la fête
Léon Boyer, à Murât.
er

I

Septembre : Félibrée aux Quatre-Routes (Lot).

15 Septembre : Félibrée à Cassauiouze.

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Onrlhát. — Estomporio Poirier-Bottreau.
Lou Gerent : Poirier-Bottreau.

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          <description>The spatial or temporal topic of the resource, the spatial applicability of the resource, or the jurisdiction under which the resource is relevant</description>
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              <text>Aurillac, France</text>
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          <name>Spatial Coverage</name>
          <description>Spatial characteristics of the resource.</description>
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              <text>point(44.930953,2.444997)</text>
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          <name>Date Issued</name>
          <description>Date of formal issuance (e.g., publication) of the resource.</description>
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              <text>2015-11-13 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Date Modified</name>
          <description>Date on which the resource was changed.</description>
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              <text>2016-06-07</text>
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          <name>Contributor</name>
          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
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              <text>Boyer, Léon (1883-1916)</text>
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              <text>Cortat, Raymond (1901-1972)</text>
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          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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              <text>Lo Cobreto. - 1935, n°182 et 183 (Ost et Setembre), Onnado 16 </text>
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          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, Y 1</text>
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      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Bibliotèca</text>
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          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Documents</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Cançons = Chansons</name>
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      <name>Literatura occitana = littérature occitane</name>
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      <name>Novèlas=Nouvelles</name>
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      <name>Particions=Partitions</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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