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                  <text>Du parler local à la langue : le Docteur HONNORAT à la découverte de l’unité de la
langue d’oc.
Philippe Martel, Professeur des Universités, Université Paul Valéry, Montpellier
Ce n'était pas écrit au départ : Simon-Jude Honnorat naît en 1783 dans un hameau
d'Allos situé à plus de 1700 mètres d'altitude. Bien malin qui aurait pu voir là le meilleur lieu
de naissance pour un monsieur qui allait bien des années plus tard fournir le premier vrai
dictionnaire de la langue d'oc. Après tout, Allos n'était alors français que depuis soixante-dix
ans. Son parler alpin, considéré comme rude et grossier par les beaux esprits de basse
Provence, pouvait sembler à première vue bien loin de la langue de ces troubadours que l'on
commence justement à redécouvrir à la même époque. Plus tard, notre homme devient
médecin - ce qui a priori ne prédispose pas à s'illustrer dans le domaine de la linguistique
romane. Et c'est pourtant ce personnage qui va amasser au fil des ans une documentation
provenant de toutes les régions où l'on parle occitan, de Bordeaux au Var, et tirer de cette
documentation la matière des trois tomes d'un Dictionnaire provençal-français ou
dictionnaire de la langue d'oc ancienne et moderne (1846-1847), ouvrant ainsi la voie à
Frédéric Mistral et à son Tresor dóu Félibrige, dictionnaire provençal-français, lui aussi, et
lui aussi se référant dans son titre aux divers dialectes de la langue d'oc..
Nous n'entendons pas ici revenir sur la vie et l'œuvre d'Honnorat. Notre compatriote
François Arnaud lui avait déjà consacré une notice qui sert d'introduction à son Langage de la
Vallée de Barcelonnette1, et notre ami René Merle a suivi son cheminement dans le cadre de
sa thèse fondamentale L'écriture du provençal de 1775 à 1840).2 Notre propos se concentrera
sur un des apports fondamentaux du travail d'Honnorat, tel que le révèle son titre, où, comme
on l'a vu, voisinent deux dénominations de la langue concernée : le « provençal » et la
« langue d'oc ». La juxtaposition de ces deux termes, explicitement présentés comme
synonymes par l'auteur, peut à première vue surprendre : « provençal », voilà qui renvoie à un
espace géographique et historique bien précis et bien identifié : la province d'Ancien Régime
que la Révolution a divisée en quatre départements, rejoints en 1860 par un cinquième, les
Alpes-Maritimes. « Langue d'oc » renvoie à un espace bien plus vaste, dont la plupart des
gens ont d'ailleurs du mal à délimiter les contours, puisque nul ne les leur a enseignés, mais
dont ils savent au moins qu'il recouvre l'essentiel du « Midi de la France ». C'est ce
balancement entre ces deux espaces, le proche et le plus vaste, qu'il faut interroger ici parce
qu'il renvoie à des débats récurrents depuis deux siècles, portant sur quelques questions
intimement liées :
 Quel degré de parenté existe entre les parlers locaux de Haute-Provence, des
bords du Rhône, de Haute-Loire, du sud de l'Allier, de l'est de la Charente, du
littoral atlantique entre Gironde et Bayonne ?
Est-il possible d'identifier des traits communs qui au delà des différences évidentes
permettent de classer ces parlers, et eux seuls, dans une même famille linguistique ? Ce alors
même que le sens commun et le sentiment de leurs locuteurs eux-mêmes s'entendent pour
affirmer que les « patois » changent de village en village.

1

Paris, Champion, 1920. La notice sur Honnorat occupe les pp. XXI-XLVIII.
Deux volumes, Béziers, CIDO, 1990. Du même auteur, deux articles où sont publiés deux poèmes provençaux
d'Honnorat : "Usage politique du Provençal", Lengas (Montpellier), n° 18, 1985, pp. 423-454, et "Le son et la
lettre", in Cahiers Critiques du patrimoine (La Seyne) n° 3, 1987, pp. 33-43. Dans le même numéro, un article
de Guilhem Naro, "L'étymologie dans le dictionnaire d'Honnorat », pp. 45-48.
2

�

Comment un mouvement de valorisation de ces parlers peut-il gérer un
ensemble linguistique qui n'a jamais été unifié autour d'une forme standard
légitime et acceptée ?
La tradition française, qui surévalue la forme normée de sa langue et se montre très
peu tolérante vis a vis de la variation ne prépare pas à accepter l'idée que les textes d'oc qui se
sont accumulés depuis maintenant un millénaire se sont toujours présentés, se présentent
encore sous une forme dialectale, et que ce n'est pas grave. Mistral et son contemporain
l'Agenais Jasmin écrivent tous deux en occitan, mais ce n'est pas le même occitan. Ils ne lui
donnent d'ailleurs même pas un seul et même nom, occitan ou autre : Jasmin affirme écrire en
gascon, ce qui est en plus linguistiquement faux3, et Mistral écrit en provençal. Il y aurait
sans doute des choses à aller apprendre du côté des pays voisins, Allemagne ou Italie, où
l'existence d'un standard officiel n'empêche nullement sa cohabitation dans les pratiques
linguistiques avec des formes régionales parfois assez différentes, mais qui se reconnaissent
toutes comme liées génétiquement à lui. Le problème est que justement, les Français ne
veulent percevoir la réalité des pratiques des voisins qu'à travers le prisme de leur propre
conception de la langue : un élève qui apprend l'allemand ou l'italien - ou même l'anglais
d'ailleurs - au lycée ne découvrira la réalité langagière des pays concernés que le jour où il y
restera suffisamment longtemps pour découvrir que personne ne parle comme ses professeurs.
Ce n'est pas que ces derniers parlent mal, bien sûr, mais ils parlent un allemand ou un italien
virtuel, scolaire. La langue vivante fonctionne autrement -tout au plus pourrait-on souhaiter
qu'ils indiquent au moins à leurs élèves que la variation dialectale structure encore en partie
les performances linguistiques des habitants de ce pays.


Mais bien entendu, là où n'existe que la pluralité et la variation, l'absence d'un
repère stable et officiel ne favorise pas la conscience de l'unité foncière de ces
parlers du sud, d'autant moins que le statut réel de la langue d'oc en société ne
permet pas ou plus d'échanges spontanés entre locuteurs de variétés distinctes
de l'occitan, propres à révéler cette unité sous-jacente.
Il faut les avoir entendus pour saisir leur parenté. Mieux : il faut accepter de la saisir.
Ici intervient la dimension affective : le parler local a les vertus de ce qui est familier, donc
rassurant. Ceux qui parlent comme moi sont facilement identifiables comme mes semblables.
Une connivence qui n'est point si évidente avec quelqu'un qui ne parlera pas tout à fait comme
moi. Pour peu que l'esprit de clocher s'en mêle, le dialogue en devient impossible.
Ce que nous venons de dire en termes abstraits, et ce que révélait concrètement la
juxtaposition des dénominations de la langue chez Honnorat (comme plus tard chez Mistral
d'ailleurs) c'est très exactement ce qui a constitué depuis deux siècles un des problèmes
majeurs qu'a dû affronter la renaissance d'oc. Et ces problèmes ne sont toujours pas réglés. Du
moins sont-ils posés, assez clairement, par Honnorat ; et c'est à partir de son point de vue que
nous allons ici les aborder.
Pour cela, on partira de sa brochure de 1840, qui annonce la parution ultérieure de son
dictionnaire : Projet d'un dictionnaire provençal-français, ou Dictionnaire de la langue d'oc
ancienne et moderne, suivi d'un Vocabulaire français-provençal.4 Destinée aux érudits basalpins, avant de circuler dès l'année suivante dans le réseau de ce qu'Honnorat appelle "les
Académies établies dans les pays où l'on parle encore la langue d'oc", cette brochure de 80
pages constitue un exposé assez dense à la fois de l'itinéraire de l'auteur, des motivations qui
3

Le parler d'Agen appartient au domaine languedocien. Voir plus bas l'explication de la nomination choisie par
Jasmin.
4 Digne, Repos, 1840. Nous remercions Pierre Martin-Charpenel qui nous a fourni une copie de cette brochure.

�l'ont amené à entreprendre son dictionnaire, et des principes scientifiques qui le guident dans
son travail. Il est impossible d'entrer ici dans le détail, et on se bornera donc à résumer les
grandes lignes du propos, tout en insistant sur certains aspects liés plus directement à la
problématique évoquée plus haut.
Honnorat commence par indiquer d'où il vient, et sa détresse d'enfant confronté à
l'absence de son maître d'école, en fait le curé de son village, pour cause de Révolution.
Désireux de compenser cette absence, le jeune Simon-Jude, visiblement doté d'un désir de
réussir et d'une intelligence hors du commun, entreprend de s'éduquer lui-même, en apprenant
le français comme il peut. D'où le recours à un dictionnaire provençal-français, celui d'Achard
(1785). Mais, constate Honnorat, ce dictionnaire ne correspond pas à ses besoins, dans la
mesure où il concerne essentiellement la langue du bas pays. D'où une décision lourde de
conséquences : le jeune homme le complétera lui-même, à partir des mots qu'il rencontre.
C'est donc, paradoxalement, le désir de français qui a conduit notre auteur à entreprendre sa
tâche de lexicographe occitan. Rien d'étonnant à cela au demeurant : un de ses prédécesseurs,
l'Abbé de Sauvages, avait à ses débuts exactement le même propos, avant de se prendre au
jeu, comme Honnorat lui-même plus tard5. Et on voit bien que le détonateur de la démarche,
c'est la constatation de la différence entre le provençal d'Achard et le parler alpin d'Allos.
La suite de son parcours amène Honnorat, au cours de ses études de médecine, à se
former à ce qu'il appelle les divers dialectes du Roman : dialectes parmi lesquels il range
explicitement l'Espagnol, l'Italien et le Portugais aux côtés du Provençal, au vu de la parenté
étroite de ces langues, issues toutes d'une même origine, le latin. Soit dit en passant, ceci, qui
nous paraît aujourd'hui évident, ne l'était nullement de son temps : un certain nombre de bons
esprits des débuts du XIXe siècle croyaient que le français dérivait du celtique des ancêtres
gaulois, et certains maintiendront très tard cette illusion patriotique. Quant à mettre sur le
même pied des langues étrangères et ce que le sens commun français appelait des « patois »,
perçus comme déformations populacières du français, c'était encore une idée révolutionnaire
pour bien des gens. Il découvre en même temps les auteurs provençaux, mais c'est pour
constater qu'alors que les autres langues ont atteint un grand degré de standardisation, le
provençal pour sa part est plongé dans le « cahos » (sic) du point de vue de l'orthographe. Dès
ce moment donc, Honnorat constate qu'il ne suffit pas d'empiler des mots à la suite de ceux
qu'Achard a déjà répertoriés, mais qu'il convient d'organiser la matière ainsi réunie de façon
cohérente, en restituant au provençal une orthographe raisonnée, basée sur l'étymologie, seul
moyen d'effacer la variabilité excessive présente dans les textes dont il dispose. C'est ce
principe qu'il applique dans son dictionnaire, comme dans la brochure de 1840 et comme dans
les quelques pièces en provençal qu'il lui est arrivé d'écrire. Ce n'est pas notre propos ici de
décrire son système. On en résumera les principes essentiels :
 Il est vain de chercher à faire correspondre la graphie à la prononciation : c'est
la condamnation des systèmes dits « phonétiques » appliqués par un certain
nombre d'auteurs de son temps, et qui aboutissent à rendre un même mot
méconnaissable selon qui l'écrit, et selon la prononciation de tel ou tel parler.
 L'étymologie doit guider l'écriture.
Il convient ainsi de restituer des lettres qui ne se prononcent pas, mais qui sont,
comme on dirait aujourd’hui, latentes, c'est à dire qui réapparaissent dans les dérivés : il
donne comme exemple amic, l'ami, (latin AMIC-US) mot dont la prononciation provençale

5

Dictionnaire Languedocien -Français, Nîmes,1756, rééd. et complété en 1785 et 1815. Sur ce sujet, voir
Claire Torreilles, « Les trois éditions du Dictionnaire languedocien de l'abbé de Sauvages », Actes du Ier
Congrès de l'Association Internationale d'Etudes Occitanes, Southampton 1984, ed. 1987, pp. 511-527.

�contemporaine a retranché la consonne finale, pour aboutir à [am'i]6. Mais cette consonne
reparaît, au prix d'une légère modification (on dirait aujourd'hui une sonorisation de
l'occlusive sourde) sous la forme du -g- d'amiga au féminin (p. 45). Avantage supplémentaire
de la restitution de la finale, elle permet d'éviter la confusion avec la forme verbale ami,
j'aime (['ami], avec accent sur la première syllabe).
 De la même façon, c'est l'étymologie et la comparaison avec les autres langues
néo-latines qui doit déterminer la façon d'écrire la finale atone du féminin.
Honnorat a beau jeu de stigmatiser l'anarchie régnant sur ce point chez les auteurs
contemporains, où l'on trouve aussi bien amigo qu'amiga, amigue, ou amigou. Pour Honnorat,
la solution est simple : comme il s'agit d'une voyelle atone, son timbre exact est variable, et il
est vain de chercher à en noter toutes les variantes possibles. Par contre, c'est -a qui est la
forme du féminin des mots latins de la première déclinaison, celle du féminin chez les
troubadours médiévaux, celle enfin que la plupart des langues romanes sauf le français ont
adoptée7. C'est donc elle qui doit être adoptée dans la notation de tous les parlers d'oc. Il n'est
pas impossible que l'Allossard ait été ici guidé par son propre parler natal, qui, comme le
barcelonais son voisin, ne connaît effectivement qu'un ['-a] très net pour la finale atone.
Au total donc, Honnorat propose un certain nombre de principes de notation de sa
langue, qui aboutissent à la rapprocher la fois du modèle médiéval, resté plus proche des
origines et des étymologies latines, et de la physionomie de parlers distincts du provençal qui
ont connu moins d'évolutions que ce dernier. C'est ainsi qu'il note systématiquement, les
consonnes finales, le -c d'amic, mais aussi le-t des participes et les -s des pluriels
(cantat/cantats - cantadas) alors que le provençal ne les prononce plus depuis le XVIIe siècle
; mais on les trouve dans l'ancienne langue, comme dans un certain nombre de parlers
modernes : le languedocien, le niçois (au moins pour le -t des participes et les consonnes
finales autres que le -s du pluriel), l'alpin d'Allos et d'ailleurs(-s du pluriel et consonnes
finales sauf le -t des participes passés, plus la désinence -r marquant l'infinitif, disparue
partout ailleurs, mais notée systématiquement par Honnorat). Mais ce dernier ne va pas
jusqu'au bout de sa réflexion : s'il emprunte le digraphe -lh( (filha, familha, palha) à la
graphie de l'ancienne langue, il laisse de côté son correspondant -nh- et écrit agnèou/agnèl
pour anhèu/anhèl. La notation des diphtongues l'embarrasse visiblement. Il hésite entre aou et
au pour ['au], mais ne connaît que eou pour ['èu/'eu] et oou pour ['ou], ce qui est normal
puisqu'il continue à noter ou le phonème /u/ (lou, coulour). En bref, en tenant compte de
l'apport de Raynouard sur la langue médiévale il réforme l'orthographe de son temps, mais
sans rompre définitivement avec elle.
Par la suite, Honnorat va passer des années à compléter sa documentation : dès 1822,
nous dit Merle8, il écrit au maire de Digne pour présenter un projet de dictionnaire complété
par une grammaire, une dissertation sur l'origine de la langue et sur l'étymologie des mots de
cette langue. Il semble bien que dès ces années, l'entreprise ait été assez avancée pour qu'une
édition soit envisagée, au frais du gouvernement qui plus est. Mais la révolution de 1830
élimine politiquement le parti auquel appartient Honnorat, celui de la droite légitimiste. Tout
est donc à refaire. Peut-être aussi parce qu'entretemps, ce qui a changé, et qui est fondamental,
c'est la vision de l'espace de la langue. Depuis quelques années, notre homme est en rapport
6

Quelques conventions pour déchiffrer les exemples donnés : les bases latines sont données en majuscules, les
formes de la langue moderne en italique. Entre // les phonèmes de base, entre crochets [ ] leurs prononciations
locales possibles. L'apostrophe ' devant une voyelle signale qu'elle est accentuée. [u] = ou, [ü], le u français,
['ou] la diphtongue o-ou, ['au] = a-ou.
7 Même quand la prononciation réelle est différente : le portugais, le catalan et le romanche écrivent -a et
prononcent un e neutre -le [e] muet encore perceptible en français dans l'accent méridional.
8 op. cit.T. 2, p. 691.

�avec l'érudit avignonnais Requien, qui lui fournit des textes. Et, innovation importante, il ne
s'agit plus seulement de textes provençaux, mais de textes des divers dialectes d'oc, dont
Honnorat a découvert la parenté étroite avec son propre parler. Aux dictionnaires qu'il connaît
pour le provençal (Achard, Pellas, Avril, Garcin) il ajoute donc peu à peu les dictionnaires ou
lexiques concernant d'autres dialectes, depuis le vieux lexique toulousain de Doujat jusqu'au
dictionnaire bas-limousin de La Béronnie, sans oublier le dictionnaire languedocien de l'abbé
de Sauvages déjà cité. Du coup, c'est la conception toute entière du dictionnaire qui va
changer : au départ, Honnorat n'envisageait que les parlers des "quatre départements de
l'ancienne Provence"9. Mais il découvre que le languedocien comme le gascon ne sont pas
séparables du provençal, et que « les limites du territoire n'avaient aucun rapport avec celles
de la langue qui, au fond, est la même dans tout le midi de la France ». Au sein de cette
langue, il est très difficile de tracer des limites entre des dialectes "mêlés, confondus,
interrompus" : comment voir « où finit le provençal proprement dit et le languedocien (...) le
limousin, le gascon, le béarnais, etc. »10. Ce Midi, il finit par en délimiter les contours un peu
plus loin, en indiquant les départements concernés : il en trouve 2611, parmi lesquels il inclut
les Pyrénées-Orientales - car le catalan est alors considéré comme relevant de l'ensemble d'oc.
Il ne laisse de côté que les départements les plus septentrionaux de l'aire attribuée aujourd'hui
à l'occitan : Haute-Vienne, Creuse, Puy de Dôme, Haute-Loire, plus les fractions des
départements voisins où l'on parle occitan : le tiers en gros de la Charente, le sud de l'Allier et
de l'Isère, sans oublier les futures Alpes-Maritimes qui à son époque ne sont pas encore
françaises, et bien sûr les vallées du Piémont, de la Doire à la Corsaglia, qui ne le seront
jamais. En revanche, et contrairement à ce que pensent et penseront longtemps bien des
observateurs, il n'inclut pas dans la langue d'oc ce que l'on appelle aujourd'hui le
francoprovençal, l'ensemble roman particulier des zones situées entre Saint-Etienne, Mâcon,
Lons-le Saunier, la Suisse romande, la Vallée d'Aoste et les vallées piémontaises situées plus
au sud jusqu'au contact avec l'occitan.
On est donc loin de la seule Provence. Et on est tout aussi loin du projet initial du
jeune Honnorat, qui n'envisageait qu'un lexique « patois »-français lui permettant de passer
commodément du premier au second. C'est bel et bien la totalité d'une langue qui est
maintenant l'objet de son travail, une langue appréhendée aussi bien dans l'espace, on vient de
le voir que dans le temps : car Honnorat tient compte de l'apport, autour de 1820, du
Provençal Raynouard qui a établi le dictionnaire de la langue des Troubadours, fournissant
ainsi des données sur la forme ancienne, et ô combien prestigieuse, de la langue
contemporaine - et, accessoirement, des principes graphiques dont Honnorat va s'inspirer, en
partie du moins. Sa correspondance avec Requien montre son intérêt pour l'œuvre de
Raynouard. Ajoutons que c'est sans doute l'ombre de la pensée de ce maître que l'on retrouve
dans cette idée formulée, on l'a vu, par Honnorat d'un Roman unitaire qui aurait précédé
l'éclosion des diverses langues néo-latines : Raynouard avait en effet théorisé l'existence de
cette langue intermédiaire, et voyait dans la langue d'oc celle des héritières du roman restées
la plus proche du modèle originel. Que cette théorie ait été très vite combattue, notamment
par les premiers « romanistes » allemands, ne l'a pas empêchée d'avoir un certain succès,
notamment auprès d'intellectuels méridionaux pour qui elle représentait un certificat
prestigieux de légitimité inattaquable pour la langue d'oc. Bien entendu, le projet d'embrasser
la totalité de la langue d'oc pose un problème pratique : comment rédiger chaque entrée, et
comment sélectionner la forme vedette qui l'ouvrira. Honnorat choisit une solution assez
9

Projet d'un dictionnaire..., p. 26.
Ibidem, pp. 25-26.
11 Ibidem, p. 58.
10

�rationnelle, en donnant comme forme vedette celle qui est à la fois la plus commune, et la
plus proche de l'étymologie originelle. Et de donner dans sa brochure quelques exemples : Au
français « mûr » correspond un latin MATURUS. En langue d'oc, la finale latine est tombée,
et le -t- s'est sonorisé en -d-. La forme canonique est donc madur. - c'est d'ailleurs la plus
répandue sur tout l'espace occitan; nonobstant quelques variantes de prononciation suivant les
endroits ([mad'ü] en basse Provence, [mod'ür] dans le Massif Central, [mady'ü] en basse
Auvergne - toutes variantes que le système orthographique choisi par notre homme élimine
d'office. Mais Honnorat est bien placé pour savoir que dans les Alpes l'évolution a continué,
au prix de l'amuïssement du -d-, et que l'on a donc des formes qu'il note pour le bénéfice de sa
démonstration mayur, maur, meir. Ces variantes, Honnorat est bien obligé de les signaler, en
les situant (dial. mont. = dialecte de la montagne) mais il les juge « condamnables » et renvoie
donc son lecteur à la forme-mère, madur. Même démarche pour les dérivés de BUCATA, la
lessive : les formes montagnardes buaya, buoou, buau et bugeau renvoient toutes à la forme
la plus générale et la plus fidèle à l'étymologie, bugada.
Bien entendu, notre Allossard n'est pas le premier à avoir perçu l'unité profonde des
parlers d'oc. Le sens commun des siècles précédents identifiait déjà, intuitivement, un
ensemble méridional où l'on parlait le « gascon » de Bordeaux au Rhône, et le « provençal »
de l'autre côté du Rhône. En 1785, dans la seconde édition de son dictionnaire languedocienfrançais, l'Abbé de Sauvages indique où passe la limite entre le « gascon » et le français :
cette limite part du Dauphiné et du Lyonnais (il annexe donc, lui, le francoprovençal), inclut
l'Auvergne et le Limousin et va s'achever en Saintonge. Et il indique tout aussi nettement que
« depuis Antibes jusqu'à Bordeaux », les parlers d'oc - son « gascon », donc – « se
rapprochent, se mêlent, se fondent pour ainsi dire, par des nuances insensibles l'un dans
l'autre » si l'on rapproche cette formule de celle que nous avons tirée plus haut de la brochure
d'Honnorat, on voit que ce dernier avait bien lu son devancier.
Même pendant la Révolution, et au cœur même de cette enquête lancée par le
Constituant (puis Conventionnel) Grégoire, destinée en fait à identifier dans le « patois »,
l'ennemi linguistique que le français devait impérativement éliminer, l'idée que le Midi de la
France présente une certaine unité linguistique affleure parfois, alors même que les questions
posées visent au contraire à accréditer l'idée, banale, selon laquelle le patois « change de
village en village ». L'Aveyronnais Chabot indique ainsi que son rouergat est proche des
parlers des départements voisins, du Gard à l'Hérault, et au delà jusqu'au fond du sud-ouest
gascon en passant par Toulouse12. Plus tard, sous l'Empire, la grande enquête lancée par deux
érudits, les Coquebert de Montbret père et fils, sous l'égide du ministère de l'Intérieur aboutit
à proposer une frontière de la langue d'oc qui inclut au Nord les départements limousins et
auvergnats oubliés par Honnorat, ainsi que le Dauphiné et la Savoie francoprovençale13. Il
est curieux qu'Honnorat semble avoir ignoré cette enquête, alors que les grandes lignes de ses
résultats en ce qui concerne les limites de la langue avaient été publiées en 1831. Il a
également ignoré, semble-t-il, un article d'un certain Dessales, « les patois du Midi de la
France », publié en 1838 dans le Journal de la langue française : dans cet article, Dessales
proposait tout bonnement une graphie commune pour tous les parlers d'oc, qu'il définissait
comme dérivant tous de la langue « romane-provençale », et il joignait en guise d'exemples
des transcriptions de textes de diverses régions.
En tout état de cause, l'idée d'une unité des dialectes d'oc au delà de leurs différences
réelles fait alors son chemin. Au sens propre d'ailleurs, d'une certaine manière, si l'on songe à
l'extraordinaire impact du poète agenais Jacques Boé, dit Jasmin, que nous avons déjà cité,
12

Sur Grégoire et son enquête, voir M. de Certeau, D. Julia, J. Revel, Une politique de la langue, Paris,
Gallimard, 1975.
13 Cf Guylaine Brun-Trigaud, Le Croissant, le concept et le mot, Lyon, Université Lyon 3, 1990. pp. 33-82.

�auteur assez satisfait de lui-même qui donne à travers tout le Midi des récitals au cours
desquels il déclame ses poésies « gasconnes » : le succès est énorme, favorisé par les qualités
de diseur de l'auteur. Ajoutons que le contenu de ces poésies, assez mélodramatiques, leur
conférait un attrait considérable. Dans chacune des régions où passe Jasmin, et il va partout,
de l'Auvergne aux Pyrénées et à Marseille, il est compris, suffisamment pour que soit
empiriquement contredite la vieille idée du patois-qui-change-de-village-en-village14. Autre
effet des récitals de Jasmin : ils suscitent, partout où il passe, des vocations d'écrivains, qui lui
dédient leurs propres productions, dans leur dialecte. Cette floraison de vocations est aussi le
symptôme d'un changement d'attitude, chez certains intellectuels méridionaux, vis à vis d'une
langue qui commence précisément à reculer, dans les hautes classes, devant le français, recul
qui provoque en contrecoup l'attention inquiète de ceux qui, étant eux-mêmes de toute façon
déjà en possession d'une certaine maîtrise du français, ne se résignent pas pour autant à voir
mourir la langue du lieu. Cet état d'esprit est celui d'Honnorat, une fois dépassé le stade initial
de son évolution, quand il n'avait en vue qu'un moyen facile pour mieux apprendre le français.
Et il est partagé par d'autres, au rythme de l'accélération de l'alphabétisation et de la
francisation concomitante du Midi dès la première moitié du XIXe siècle. C'est chez des
individus de cette sorte que va recruter la renaissance d'oc qui commence justement au même
moment. Jasmin, trop plein de lui-même, n'arrive pas, ne cherche même pas à catalyser cette
émergence de vocations, pour les regrouper dans un mouvement collectif. Mais il n'empêche
que son exemple favorise la prise de conscience chez certains écrivains de la possibilité d'un
tel mouvement, et de la possibilité pour lui de rencontrer le succès, y compris hors du Midi,
puisque Jasmin a été salué par la critique parisienne, y compris Sainte-Beuve...
On devine à quoi nous faisons allusion : les temps sont mûrs pour l'entreprise lancée
par quelques jeunes poètes avignonnais, ceux qui prennent à partir de 1854 le nom de félibres.
Ils sont en apparence plus que marginaux : Avignon pèse peu face à la véritable capitale de
l'écrit d'oc en ces années, qui n'est pas l'Agen de l'isolé Jasmin, mais bel et bien Marseille, là
où les auteurs se comptent par dizaines, et les titres par centaines. Mais c'est bel et bien entre
Arles et Avignon que va se cristalliser la renaissance d'oc, autour du petit groupe réuni autour
de Mistral, avant d'essaimer sur l'ensemble de l'espace occitan.
Honnorat est mort avant de voir les débuts du Félibrige, et son envol après la
consécration parisienne qui accueille Mirèio, le premier grand poème de Mistral, en 1859.
Mais Mistral a acquis très tôt un exemplaire du dictionnaire d'Honnorat, qu'il a lui-même
commencé à compléter à partir de ses propres relevés, exactement comme avait procédé
Honnorat lui-même avec le vieux dictionnaire d'Achard. Et du coup, Mistral est par certains
aspects le disciple d'Honnorat.
Pas tellement à vrai dire sur le plan de la graphie. Il a un temps envisagé d'adopter un
système proche de celui préconisé par Honnorat : c'est le moment où il écrit
« leis canestellos routo' e leis paniers traucats »,
avant de renoncer et d'écrire, sous la pression de son mentor Roumanille, de la façon qu'il ne
modifiera plus par la suite : "
« Li canestello routo e li panié trauca ».
Car dans les débats assez violents qui agitent le petit monde félibréen à ses débuts,
c'est la position de Roumanille, adepte d'une graphie « phonétique » qui l'emporte.
Bref, par rapport au système Honnorat, Mistral et Roumanille éliminent toutes les
consonnes finales, puisque, on l'a dit, elles ne se prononcent plus en provençal : canta note
donc aussi bien l'infinitif (cantar) que les participes masculins singulier et pluriel
(cantat/cantats). Ils éliminent aussi le digraphe -lh, et écrivent paio, fio là où Honnorat
proposait palha et filha ; c'est seulement dans un second temps qu'ils soulignent la diérèse en
14

Voir les actes du colloque qui a été consacré au personnage, Jasmin, s.l., CELO/William Blake &amp; Co., 2002.

�restaurant un h (fiho, abiho). Par contre, ils empruntent à la langue médiévale la notation des
diphtongues au,eu,èu, et òu, l'accent grave marquant aussi bien la place de l'accent tonique (le
/o/ ne peut être que tonique en occitan) que la diphtongue, le ou sans accent étant désormais
seul à noter /u/.
Par contre, Mistral va être davantage fidèle à Honnorat sur d'autres points : d'une part,
quel que soit le système graphique adopté, il est clair pour lui qu'il convient d'avoir une
graphie stable pour la langue -adaptable sans doute aux parlers distincts de celui de Mistral
lui-même, mais stable et cohérente de toute façon. Et de fait, l'adoption d'un même code
d'écriture constitue le premier engagement exigé de celui qui veut entrer dans la famille des
écrivains félibréens15.
Second héritage préservé, l'idée de l'unité de la langue d'oc par delà les différences
dialectales. Dès 1856 Mistral offre un tableau de la langue d'oc telle qu'elle est aux lecteurs de
l'Armana Prouvençau, cet almanach bon marché entièrement rédigé en provençal qui
constitue le produit d'appel, pourrait-on dire, de la nouvelle association. Et l'on retrouve dans
sa présentation l'idée déjà exprimée par Honnorat d'un espace d'oc dépassant de loin les
frontières de la seule Provence. Seule limite à ce stade : pas plus que son prédécesseur,
Mistral ne semble faire de place dans la famille d'oc aux parlers les plus septentrionaux, en
Auvergne et en Limousin. Il n'attribue à la famille qu'une vingtaine de départements. Et c'est
seulement plus tard qu'il commencera à intégrer dans sa carte mentale les terres d'oc les plus
lointaines. Il faut dire à sa décharge que c'est seulement tardivement que le Félibrige trouvera
des relais au nord : si la Corrèze est assez vite touchée par l'entremise de l'abbé Joseph Roux,
la Haute-Vienne et la Creuse restent à l'écart, et la basse Auvergne ne fait son entrée dans le
cercle de famille qu'à la fin de la vie de Mistral, avec Régis Michalias, écrivain qui représente
seul les parlers du Puy de Dôme. Le domaine d'oc tel que Mistral le voit en 1856 ne se
compose que de quatre éléments : le gascon (c'est le dialecte de Jasmin, que Mistral n'aime
guère -sentiment d'ailleurs tout à fait réciproque), le languedocien, le marseillais (il ne l'aime
pas beaucoup non plus), et le provençal rhodanien. Ce rhodanien dans lequel Mistral voit
d'ailleurs la forme la plus digne d'incarner la langue dans sa totalité : normal puisque c'est la
sienne. Mais on voit bien que du même coup il instaure une hiérarchie entre les parlers : le
languedocien est ainsi présenté comme celui qui est resté le plus proche de l'ancienne langue autrement dit le plus archaïque. Le marseillais, lui, est défini comme "rude". Le rhodanien par
contre est crédité d'une douceur qui en fait en quelque sorte l'attique de la famille d'oc. Ce qui
est en germe dès le départ, et que le succès de Mirèio va encore renforcer, c'est l'idée que
somme toute il existe une forme noble de la langue par delà tous les dialectes, et que cette
forme noble, ce rhodanien que les félibres appelleront bientôt la langue mistralenco,
mistralienne, a en fait vocation, par la grâce du génie, à devenir la langue littéraire par
excellence du Félibrige, partout où il trouvera des adhérents. Dès le départ, l'Armana induit
d'ailleurs une telle idée : si les poèmes ou textes de prose appartenant à un dialecte particulier
sont toujours signalés par une mention de type « parler de... », les textes en rhodanien pour
leur part ne sont jamais signalés comme tels, et font donc figure aux yeux du lecteur de
langue normale, presque officielle, LA langue, la seule digne de ce nom, non point un dialecte
parmi d'autres.
Et c'est là que les ennuis commencent.
On voit bien le modèle implicite qui est ici suivi : celui des grandes langues standard,
adoptées par un pouvoir, illustrées par des écrivains au service de ce pouvoir, fixées par une
Académie. Et bien entendu, pour un Méridional du XIXe siècle, le modèle immédiatement
disponible c'est le français : choisi comme langue d'Etat par la Monarchie qui l'a ensuite légué
15

Cf notre article, "La résistible ascension de la loi du Félibrige en Provence (1854-1914)" in Cahiers Critiques
du Patrimoine, n° 3, op. cit., pp. 61-73/

�aux régimes ultérieurs, illustré par des écrivains de Cour dès le XVIe siècle avec la Pléiade,
juste après l'Ordonnance de Villers-Cotterêts qui en fait la seule langue administrative du
Royaume - aux dépens du latin, mais aussi de l'occitan, seule autre langue de France alors
encore utilisée dans le registre administratif et judiciaire - standardisé ensuite par une
Académie fondée par le pouvoir royal lui-même. Le provençal a ses écrivains, Mistral et ses
disciples les plus talentueux ; il a son académie, le Félibrige - en fait essentiellement Mistral,
celui qui se charge de corriger lui-même les fautes de langue et de graphie des auteurs que
publie l'Armana, celui aussi qui va donner à la langue son dictionnaire, ce Trésor dont les
entrées sont le plus souvent rhodaniennes. Mais il manque au provençal l'essentiel, un pouvoir
qui en ferait son langage officiel, ou qui a tout le moins lui ferait une place dans le jeu des
institutions, ne serait-ce que comme langue enseignée à l'école. On sait bien que cela n'a été le
cas ni au XIXe ni durant la plus grande partie du XXe siècle16, pour aucune langue de France
autre que le français d'ailleurs. En d'autres termes, le Félibrige n'a aucun moyen d'imposer
réellement sa forme de langue comme seule légitime, et la seule employée.
Conscients de cette lacune, certains ont essayé d'établir un parallèle entre le rhodanien
de Mistral et le toscan de Dante, qui a fini par s'imposer comme standard de l'Italie des siècles
avant l'unification politique réelle ; mais c'est oublier que dans cette Italie morcelée d'avant
Cavour, les pouvoirs locaux avaient déjà adopté le toscan comme langue officielle - y compris
à Nice l'occitanophone, dès le XVIe siècle, sur décision du pouvoir savoyard. Nul duché
occitan, nulle principauté - en tout cas depuis l'annexion du Béarn navarrais en 1621 - n'a
jamais fait de l'occitan sa langue d'Etat, puisqu'il n'y avait d'autre Etat que l'Etat français sur la
plus grande partie des terres d'oc.
Du coup, l'adoption du rhodanien ne dépend que du choix de ceux qui décident de
l'employer hors du cercle de ceux dont c'est la forme normale d'expression, soit fort peu de
monde comparé à la masse des occitanophones répartis des Alpes à l'Atlantique et de
l'Auvergne aux Pyrénées. Certains ont accepté de faire ce choix, renonçant au dialecte de leur
région d'origine. C'est particulièrement net à l'est du Rhône, avec des locuteurs des parlers du
Var par exemple, ou des parlers alpins. Un des plus fervents défenseurs de la primauté du
rhodanien, qu'il a exclusivement utilisé dans ses productions personnelles s'appelle Pierre
Dévoluy, capoulié (président) du Félibrige entre 1901 et 1909 : il était originaire du Diois, et
refusait d'employer son parler drômois. On trouverait sans peine, sur les franges drômoises ou
haut-alpines de la Provence proprement dite, des exemples similaires. On peut même en
trouver plus loin encore, à Montpellier, ou dans les Cévennes - que l'on pense par exemple
aux quelques poèmes écrits en provençal par André Chamson.
Il peut s'agir de l'adhésion sincère à un modèle de langue illustré par le génie de
Mistral, ce que l'on appellera plus tard le « droit de chef d'œuvre » qui doit profiter à la langue
« mistralenco ».
Mais il peut aussi s'agir parfois de la gêne qu'éprouvent ces auteurs face à un parler
local qu'ils jugent trop rustique pour se prêter vraiment à la création littéraire - ce qui renvoie
à un fait sociolinguistique très simple, le prestige des parlers de la plaine face aux parlers
« gavots » de la montagne, prestige renvoyant lui-même au déphasage économique entre
hautes terres pauvres, et plaines urbanisées nettement moins pauvres.
Et après tout, cela fonctionne dès avant le Félibrige : Honnorat range parmi les formes
ayant subi une "altération" par rapport au modèle général les formes meir pour « mûr », et
buau pour « lessive » : ce sont justement les formes usuelles de son parler d'Allos. Et du coup,
les quelques poèmes qu'il a écrits en langue d'oc sont en provençal du bas-pays. Un bon siècle
plus tard, toujours à Allos, son lointain successeur Jean Caire a lui aussi écrit en provençal
16

Avant la loi Deixonne de 1951 qui entr'ouvre la porte de l'école.

�une bonne partie de sa production d'oc17. Et quand il lui arrive d'écrire en allossard, sa
révérence pour le modèle provençal est telle qu'il va jusqu'à noter -o la finale atone féminine
qui est clairement -a dans la réalité de son parler - ce qui est aller encore plus loin
qu'Honnorat dans le reniement de la parole du lieu....
Il y a donc des auteurs pour accepter de dépouiller le vieil homme et de se plier à
la discipline linguistique suggérée par la direction du Félibrige - suggérée, parce que dans
le discours officiel on ne trouve à aucun moment de condamnation explicite de l'usage des
dialectes. Seule la frange la plus radicale du mistralisme - on y reviendra - a pu prononcer
cette condamnation dans les années cinquante. Mais si la conversion au rhodanien fait des
adeptes, tous ne sont pas séduits. D'où débats récurrents, souvent vigoureux.
Il y a d'abord des résistances locales, s'appuyant le plus souvent sur des
traditions d'écriture de l'occitan antérieures à l'arrivée des félibres.
C'est le cas à Marseille, mais aussi à Nice, dont l'histoire sociolinguistique et l'histoire
tout court - dans le cadre de la péninsule italienne - diffèrent suffisamment du modèle français
pour que la greffe félibréenne mette beaucoup de temps à prendre : le niçois résiste à la
pression du provençal, au point que certains théoriciens du Comté iront jusqu'à nier la parenté
linguistique entre les deux parlers, pour proposer de façon totalement fantasmatique, de
rattacher le « nissart » aux parlers d'Italie du Nord. Et encore dans les années 30 du XXe
siècle, certains écrivains locaux choisiront d'écrire leur dialecte dans un système graphique
inspiré des usages italiens.
De la même façon, à Toulouse, jusqu'à la fin du XIXe siècle, certains de ceux qui
écrivent en occitan refuseront tout contact avec le Félibrige. Mais à l'intérieur même de celuici il y a aussi des réticences face à la toute puissance du modèle mistralien.
En Limousin, le poète Joseph Roux construit ainsi un Félibrige local qui n'entretient
que des contacts superficiels avec le centre provençal. Roux est d'ailleurs le promoteur d'un
système graphique pour son dialecte qui récuse tout phonétisme pour privilégier au contraire
la référence aux grands ancêtres, les troubadours limousins.
Même à proximité de la vallée du Rhône, le félibrige montpelliérain se démarque très
tôt. C'est Louis-Xavier de Ricard, ancien co-fondateur du Parnasse, ex-communard, qui dans
les années soixante-dix se dresse contre la suzeraineté « avignonnaise ». Au nom d'abord de
son engagement de gauche - face à une direction félibréenne autour de Roumanille qui se
situe très à droite en ces années où la IIIe République peine à s'instaurer. Mais aussi de la
spécificité linguistique du Languedoc : c'est ce personnage qui sera un des premiers à utiliser
l'adjectif « occitanien » comme synonyme exact de la langue d'oc dans toutes ses variantes, et
non du seul languedocien. Un peu plus tard, ce sont deux poètes de la région toulousaine,
Antonin Perbosc et Prosper Estieu qui vont reprendre et prolonger cette démarche pour
élaborer une nouvelle conception de l'occitan - c'est le nom qu'ils adoptent, fondée sur
quelques principes18 :
 La nécessité de retrouver le niveau de langue de la littérature médiévale, du
temps donc où la langue embrassait tous les usages sociaux.
 Pour cela, doter cette langue de principes graphiques adaptés de ceux de la
langue médiévale, et délivrés de l'influence du système français.
Mistral avait déjà ce projet, mais l'avait sérieusement amendé pour se conformer au
désir de son ami Roumanille d'une graphie purement phonétique.
On a vu que Roux, le Limousin, était déjà sur la même piste, mais il ne l'avait pas
suivie jusqu'au bout, et surtout il s'était borné à l'appliquer à son seul dialecte.
17

Cf Les papiers de Jean Caire, in Chroniques de Haute Provence, 2, 2004.
Sur cette histoire agitée, une synthèse récente in Domergue Sumien, La standardisation pluricentrique de
l'occitan, Turnhout, Brepols, 2006.

18

�D'autres avaient entrevu les solutions finalement adoptées par les deux réformateurs,
mais sans les exposer publiquement et surtout sans produire les oeuvres littéraires capables de
montrer par l'exemple ce qu'était leur système. Perbosc et Estieu, dignitaires du Félibrige,
militants reconnus et surtout auteurs ayant une oeuvre importante à leur actif réussissent à
franchir un pas décisif en utilisant publiquement leur système graphique. Après quelques
tâtonnements, et l'intervention dans les années 30 de Louis Alibert, le système trouvera son
point d'équilibre, même si les débats se poursuivent encore sur des points de détail.
En gros, le système occitan retrouve Honnorat sur l'adoption du -a comme notation de
la finale féminine atone et sur la notation systématique des consonnes finales même quand
elles ne se prononcent plus.
Il intègre les innovations de la graphie félibréenne en ce qui concerne les diphtongues.
Il dépasse les deux systèmes en modifiant la notation du phonème /u/ : pour cela il lui
suffit de retrouver la solution de l'ancienne langue où le o notait aussi bien le /o/ ouvert que
/u/, et où donc « lo lop » ou « dolor » se prononçaient déjà [lu lup], [dul'ur] dès le XIIIe siècle
au moins. On remarque au passage que noter o ce qui se prononce [u] est familier à quiconque
connaît le catalan ou le portugais (du moins pour [u] en position prétonique : dolor = [dul'or].
Seule innovation par rapport à une langue médiévale qui ignorait l'usage des accents : le /o/
ouvert porte systématiquement un accent grave (aquò, mòrt). On a vu que la graphie
mistralienne utilisait déjà l'accent sur le /o/ tonique ; mais elle gardait un -o sans accent pour
la finale atone, et un double digraphe, ou /òu, ce qui induisait un système compliqué avec
toute une série de voyelles graphiques : u, ou; o, ò, plus la diphtongue òu. En notant -a la
finale atone féminine, le système occitan introduit donc une simplification : ne subsistent que
u, o, ò, et òu. Aucune équivoque n'est donc possible.
 De la même manière, la réforme « occitane » préconise d'éliminer les francismes - là
encore dans le prolongement d'un travail déjà entrepris par Mistral.
Ce qui signifie le remplacement d'un certain nombre de mots français introduits dans
la langue par des mots authentiques : bien sûr il ne s'agit pas de restaurer systématiquement le
lexique médiéval, mais de chercher dans les parlers vivants les mots qui se sont le mieux
conservés à tel ou tel endroit pour les réinjecter dans le lexique des autres : ainsi, le
remplacement de « meme » par « meteis » ne se justifie pas seulement par le fait que
« meteis » est une forme connue de la langue des troubadours, mais aussi et peut-être surtout
par le fait que quelques parlers contemporains l'ont conservé, tel quel ou sous une forme à
peine évoluée, et qu'il est totalement vivant en catalan, (mateix) langue sœur et prestigieuse
qui fascinait les félibres depuis le temps de Mistral. On n'est pas si loin ici somme toute de la
position d'Honnorat dans sa brochure de 1840, lui qui entendait faire le dictionnaire de « la
langue telle qu'elle doit être, en comprenant tous les dialectes, mais en n'admettant comme
mot fondamental que celui qui dérive le plus directement de la langue mère » (p. 26).
 À cela s'ajoutait, chez Perbosc et Estieu, un discours de valorisation de leur
languedocien symétrique du discours mistralien valorisant le rhodanien : ce qui faisait
pour eux le prix de ce dialecte (en dehors du fait que somme toute c'est celui qu'euxmêmes utilisaient...) c'est qu'il était resté le plus proche structurellement de la langue
médiévale, face à un provençal qui depuis le XVIIe siècle avait perdu les consonnes
finales et modifié le système de l'article pluriel.
Alors que c'est justement cette évolution qui en faisait le prix pour Mistral : dans le
rhodanien, disait-il dès 1856, l'oreille n'est jamais choquée par des consonnes dures,
puisqu'elles sont tombées !
Il n'est donc pas certain qu'un certain chauvinisme ne se soit pas venu mêler au désir
de réformer la langue commune. Il est certain par contre que le débat sur cette question prend
tout de suite une dimension très polémique : les deux hérétiques décriant un provençal à leurs

�yeux trop usé et dénaturé, pour ne pas dire dégénéré, leurs adversaires, Mistral et Dévoluy en
premier lieu, les dénonçant comme archaïsants, voire « alchimistes », fabriquant en
laboratoire une sorte d'espéranto . Sans oublier l'insulte majeure de « primaires », Perbosc et
Estieu étant instituteurs de leur métier, ce qui ne les recommandait pas au respect du licencié
en droit Mistral ou du polytechnicien Dévoluy... Du moins les deux poètes entendaient-ils
travailler à la promotion de la langue dans toutes ses variantes, ce qui leur permit
progressivement de trouver des disciples hors du Languedoc, et jusqu'au cœur de la Provence
mistralienne.
Non sans polémiques de plus en plus âpres au fur et à mesure que la réforme
« occitane » trouvait de nouveaux appuis. De fait, après la seconde guerre mondiale, le conflit
débouche sur une scission : Perbosc, Estieu et leurs premiers disciples étaient restés membres
du Félibrige, certains de leurs successeurs (pas tous)19 en sortent pour créer en 1945 l'Institut
d'Etudes Occitanes, et leurs propres successeurs n'y entreront jamais.
Le conflit est d'autant plus âpre que somme toute, chez certains des défenseurs de la
nouvelle graphie on retrouve la même aspiration ou le même fantasme d'une unification
linguistique radicale, à la construction d'un standard d'oc, qui se superposerait aux variantes
locales avant de les effacer, et qui tirerait sa légitimité non plus du « droit de chef d'œuvre »
comme la graphie mistralienne, mais du caractère central du languedocien par rapport aux
dialectes d'oc, comme de sa proximité avec la langue-sœur, le catalan - un exemple fascinant
dès le temps de Mistral pour les militants renaissantistes du nord des Pyrénées : Perbosc,
Estieu et Alibert ont tous trois entretenu des rapports étroits avec les Catalans. Cette velléité
d'imposer un standard unificateur renvoie à la même soumission, inconsciente ou non au
modèle français et au delà au modèle de toute langue « nationale ». Mais du même coup elle
rencontre très exactement les mêmes problèmes que le rêve chez Dévoluy d'un Midi adoptant
sans réticence la « lengo mistralenco » : l'absence de tout pouvoir « national » susceptible
d'imposer la norme en question. Du fait de cette absence, il est clair que la réaction de tous les
auteurs et de tous les militants dont le dialecte n'est pas languedocien est de rejeter toute idée
d'une langue commune.
En fait, le conflit a plusieurs dimensions.
 Il y a d'abord la querelle de la légitimité : celle-ci provient-elle de l'excellence des
œuvres produites ?
C'est le droit de chef d'œuvre déjà évoqué, l'argument des mistraliens, qui peuvent
arguer, et ne s'en privent pas, que nul auteur languedocien n'a eu le prestige et le succès de
Mistral, un Mistral suivi d'ailleurs par une suite nombreuse d'écrivains de valeur depuis ses
contemporains comme Aubanel jusqu'à la génération des disciples de Sully-André Peyre dans
les années cinquante en passant par Joseph d'Arbaud. Côté occitan, et malgré les qualités d'un
Perbosc, il faut attendre l'après-seconde guerre mondiale pour voir apparaître des auteurs
reconnus - encore le sont-ils tardivement - comme Max Rouquette ou Bernard Manciet; et
certains sont au surplus de dialecte ... provençal comme Robert Lafont - sans oublier ceux qui
ont utilisé les deux graphies comme Serge Bec.
Face au « droit de chef d'œuvre », la légitimité d'un standard occitan ne peut se fonder
que sur des critères historiques - le retour aux gloires médiévales comme référence valorisante
supérieure à toutes les autres, au risque bien sûr de se voir taxé d'archaïsme, ou sur les
qualités de centralité prêtées au languedocien.
En n'oubliant pas bien sûr qu'il ne s'agit pas seulement de prestige abstrait, mais bel et
bien de pouvoir sur la langue : ce pouvoir appartient à celui qui détermine la norme que les
autres devront appliquer. De ce point de vue, il est piquant de constater que c'est le succès
19

Hors de Provence, en Languedoc, Périgord, Auvergne, un certain nombre de militants de la langue peuvent
ainsi être félibres, voire majoraux, tout en utilisant pour noter leur dialecte la graphie "occitane".

�même du Félibrige hors de son berceau rhodanien qui rend inévitable la contestation de son
leadership, au fur et à mesure qu'entrent dans l'aventure de la renaissance des porteurs de
dialectes de plus en plus éloignés du modèle provençal. D'où les protestations de félibres non
provençaux face au fait tout simple que depuis les origines le poste de capoulié (le président
du Félibrige) ait été réservé aux seuls Provençaux, ou à la rigueur à des non-provençaux
provençalisés comme le Drômois repenti Dévoluy. On n'est pas seulement là dans le royaume
éthéré des controverses linguistiques et graphiques, mais dans la dure réalité des rapports de
force à l'intérieur d'un mouvement dont l'assise géographique s'est élargie considérablement.
Ajoutons la jouissance que certains peuvent éprouver à se poser en maîtres de la langue, à la
réformer, à vouloir influer sur ses structures mêmes, ce qu'on pourrait appeler le syndrome du
linguiste en chambre. L'espèce est représentée dans les deux camps, et sa disparition
prochaine semble peu probable.


Seconde dimension, liée à ce qui vient d'être dit : la difficulté de se déprendre de
la prégnance d'un modèle immédiatement disponible et ô combien envahissant,
celui de la politique et des conceptions linguistiques françaises.
C'est peu de dire que celles-ci, comme les mentalités des acteurs du champ culturel en
France, font peu de place à la variabilité de la langue. L'effet-miroir jouant à plein, la
tentation est grande chez les militants des langues régionales de reproduire ce modèle, avec
orthographe impérative, registre autorisé et registres rejetés comme vulgaires ou populaciers,
et bien sûr surveillance exercée par une académie plus ou moins autoproclamée, puisque nul
Richelieu n'est là pour lui conférer l'onction étatique. Cette nostalgie d'une centralité en
capacité de contrôler la parole et la langue est assez savoureuse chez des gens qui n'ont eu de
cesse depuis un siècle et demi de dénoncer le centralisme et l'élitisme français. Preuve qu'on
n'échappe pas si facilement à des conditionnements culturels et politiques à présent séculaires.
Il convient enfin de tenir compte de la contradiction fondamentale de la renaissance
d'oc, observable depuis ses débuts, chez Honnorat lui-même d'ailleurs, et que nous
soulignions en commençant : l'oscillation continuelle dans la conscience d'appartenance entre
le pays proche, connu, vécu, aimé, et ce grand pays d'oc si vaste, intellectuellement
concevable, et empiriquement perceptible - il suffit d'entendre parler un locuteur, même venu
de très loin pour retrouver, curieusement modifiée mais si semblable au fond, la variété que
l'on pratique et que l'on chérit. La contradiction entre l'attachement au pays et à son parler
spécifique, et l'aspiration à un grand Midi occitan des Alpes aux Pyrénées, mais si abstrait au
fond. Le combat entre la nécessité de conserver ce qui fait la saveur et la couleur du parler
local, avec ces formes et ces intonations, ces « biais de dire » qui servent de signe de
reconnaissance entre ceux qui savent, et la nécessité d'éviter, dans les échanges avec qui n'est
pas du lieu ce qui sera spécifique au point d'en venir à entraver la communication. Ce que le
linguiste Ferdinand de Saussure, il y a bien longtemps déjà, appelait la dialectique entre la
force d'intercourse et l'esprit de clocher.
Dans le pire des cas, c'est la force d'intercourse que l'on refuse, et, partant, l'idée de
l'unité de la langue par delà les variations locales.
On a vu ainsi naître un exclusivisme provençal dès les années cinquante, quand MaxPhilippe Delavouet, très grand poète par ailleurs, n'accordait de légitimité littéraire qu'au seul
rhodanien, traitant carrément les écrivains utilisant une autre forme d'oc de « maniaques ».
Plus tard se sont manifestés successivement un séparatisme auvergnat, théorisé par un
géographe repenti de l'occitanisme et de l'époque où il envisageait carrément un grand
ensemble occitano-catalan de Montluçon à Elche en pays valencien20.
20

Pierre Bonnaud, L'ensemble culturel occitano-catalan, n°46, (1969) des Cahiers Pédagogiques de l'Institut
d'Etudes Occitanes.

�Et c'est ainsi qu'apparaît dans les années soixante-dix le concept linguistique de
« langues d'oc » au pluriel, saisi au vol d'ailleurs par le ministère de l'Education nationale
pour résister à toute demande d'amélioration du statut de la langue à l'école.
On a du mal à comprendre pourtant le sens et l'intérêt d'une telle formulation.
 Ou bien il existe une langue d'oc, au singulier, avec ses dialectes : c'est la position
majoritaire depuis le XIXe siècle au moins, et celle qui réunit les suffrages de la
plupart des romanistes étrangers.
 Ou bien on a affaire avec le limousin, le languedocien, le provençal... à des langues
différentes, et dans ce cas, c'est comme langues romanes à part entière qu'il
convient de les classer au même niveau que le français, l'italien, l'espagnol etc.,
sans inventer au milieu de ces langues un ensemble d'oc regroupant certaines et pas
d'autres.
Car si on en est là, pourquoi ne pas inclure dans cet ensemble « d'oc » le
francoprovençal de Savoie, le catalan, ou le piémontais ?
 Soit il existe des traits communs qui permettent de ranger sous une même
appellation un certain nombre de dialectes, et de les séparer de leurs voisins, et
dans ce cas, il existe UNE langue d'oc.
 Soit ces traits communs n'existent pas, et il n'y a pas lieu de parler de langues d'oc,
mais de langues romanes.
C'est, nous semble-t-il, assez facile à comprendre.
Certains partisans particulièrement ingénieux du concept de « langues d'oc » s'en tirent
par une pirouette : les traits communs identifiés en laboratoire par des linguistes extérieurs au
monde des locuteurs ne comptent pas, seule compte la conscience de ces derniers, qui ne se
définissent pas, ou rarement, comme « Occitans ». C'est un sophisme. D'abord parce que ces
locuteurs peuvent dire dans le même mouvement qu'ils ne comprennent rien au parler du
village voisin, mais qu'ils comprennent parfaitement un parler distant de plusieurs centaines
de kilomètres (expériences vécues !). Et par ailleurs on ne peut s'étonner de voir qu'ils ne
connaissent pas un nom de langue que personne ne leur a appris, ni de les voir suivre le sens
commun diffusé par l'école pour qui face au français ne peuvent exister sur le sol national que
des « patois-campagnards-changeant-de-village-en-village ». Du coup, le « provençal »
n'existera pas davantage aux yeux de ces locuteurs que « l'occitan ». Et la porte sera laissée
grande ouverte au triomphe de l'esprit de clocher. Aller dans ce sens, c'est militer
objectivement pour la mort de parlers abandonnés à eux-mêmes, isolés face à la pression du
monolinguisme d'Etat.
Si l'on admet l'existence d'un ensemble d'oc, il convient d'identifier précisément les
traits qui en définissent les contours. Cet ensemble apparaît à l'examen comme occupant une
place particulière au sein des langues romanes. Il partage un certain nombre de traits avec ce
que l'on pourrait appeler la Romania septentrionale, les langues et dialectes romans du Nord :
français et parlers d'oïl, francoprovençal, romanche des Grisons et une bonne partie des
langues et dialectes de l'Italie du Nord21 :
 Chute des voyelles latines atones finales autres que le -a du féminin :
latin LECTUS, « le lit » &gt; italien letto, portugais leito, esp lecho, contre français lit, catalan
llit, romanche (d'Engadine) et piémontais let, occitan lieit ou liech, provençal lié après chute
de la consonne finale. Latin CANTATUS, « chanté », part. pas. masc. &gt; italien cantato, esp.

21

On se reportera sur ce qui suit au Que sais-je très abordable de Pierre Bec, La langue occitane, (PUF,
première édition, 1963, régulièrement réédité depuis (sixième édition en 1995))

�port. cantado, mais catalan, occitan, lombard, cantat, piémontais cantà, romanche et frioulan
chantat, francoprovençal chantà, français chanté.
 Latin U &gt; {u] en italien standard, espagnol, portugais, frioulan -et catalan (mais aussi
wallon septentrional, au nord du domaine d'oïl, et quelques parlers savoyards !) contre
[ü] en français, francoprovençal, occitan, piémontais-lombard et romanche.
Sur ces deux points importants, l'occitan se rattache clairement au nord. Et le nordoccitan encore plus, puisqu'il fait passer le CA- latin a -cha- (CAPRA&gt;chabra, , romanche et
frioulan chaura, quelques parlers lombards alpins chevra, francoprovençal chievra, français
chèvre


Par contre, sur d'autres points, l'occitan reste plus proche des langues de la péninsule
ibérique : CAPRA, RIPA SAPERE &gt; cabra, riba, saber, contre français chèvre, rive,
savoir, piémontais crava, riva, savei, romanche chaura, riva, savair.
 Pour le dernier verbe on remarque au surplus une évolution nordique ignorée de
l'occitan : la diphtongaison du E fermé du latin tardif.
 Autre diphtongaison nordique partiellement ignorée par l'occitan celle du O ouvert du
latin tardif :
latin NOVU &gt; port. novo, cat. occ. nòu, face à fr. neuf, piémontais, romanche, une partie de
l'Italie du Nord ([nöf].&lt; anciennement nüef.22 Exception : dans certaines positions, devant un
-Y-notamment, la diphtongaison a lieu :latin NOCTE &gt; italien notte, castillan noche,
portugais noite &lt; latin occidental tardif NOYTE, mais occitan nuech (nueit au sud),
piémontais neuit [nöyt], catalan nit &lt;nueit, français nuit.
 Le français, mais aussi le piémontais et l'occitan alpin ajoutent une évolution
particulière pour les descendants du -T- latin entre deux voyelles :
CANTATA, part. pass. fem. &gt; italien cantata, esp. port. cat. occ. cantada, nord.occ., lombard
alpin, romanche, frioulan chantada. Mais français chantée, piémontais cantà, et occitan alpin
chantaa, prononcé chantau à Allos (cf buau&lt; bugada chez Honnorat, et aussi meir &lt;
MATURU, occitan général madur, cf supra.
 Au nord, français, parlers d'Italie du nord, romanche se distinguent aussi par l'usage
obligatoire de pronoms personnels sujets : je chante, mi a canto (piém.) mi a canti
(lombard), eu chant (romanche), jo 'o cjanti (frioulan) etc.
L'occitan, sauf parlers marginaux, ignore ce trait et se rattache donc aux langues du sud
qui prolongent l'usage latin, où le pronom personnel n'est utilisé que pour marquer l'insistance
(EGO CANTO, io canto, yo canto, ieu cante/ieu chanto (oc alp.) = "moi, je chante"...
 On ajoute un dernier trait, fondamental, qui oppose cette fois le français à l'ensemble
des langues romanes, occitan compris, donc : la palatalisation du A latin en /e/, dès les
origines de la langue entre Ve et VIIe siècles :
PRATU &gt; pré, contre prà en francoprovençal et piémontais, prat en occitan, catalan,
lombard, frioulan, prado en espagnol et portugais, prato en italien.
Il s'agit là de traits négatifs, qui ne permettent que de distinguer, sur quelques traits,
l'occitan de ses voisins, soit du nord, soit du sud. Mais il existe aussi des traits qui le
distinguent sur ses deux flancs, et définissent donc sa singularité et son statut de langue
romane à part entière.
 L'occitan conserve la diphtongue latine AU :

22

L'évolution du castillan, nuevo, s'explique par des facteurs internes propres au système des voyelles de cette
langue et n'a rien à voir avec ce qui se passe au nord.

�CAUSA donne causa (fr. chose, espagnol, italien, parlers d'Italie du nord cosa). Sur ce
point le catalan (cosa) se sépare dès l'origine de l'occitan. La diphtongue ne se retrouve
que dans une partie du romanche, aux sources du Rhin (tgausa) et, sous une forme
atténuée, en portugais (cousa).
 L'occitan fait évoluer de façon particulière le groupe latin -TR- entre deux voyelles
PATRE23 devient paire (['ay], face aux langues conservatrices que sont l'italien,
l'espagnol et le portugais (padre) et à des langues ayant poussé leur évolution plus loin
encore (catalan, francoprovençal, piémontais, frioulan pare, français père.) Seul l'ouest du
ligurien, vers Vintimille, connaît le traitement occitan.


L'occitan a une morphologie verbale particulière, qu'il partage pour l'essentiel avec le
catalan, avec notamment l'insertion d'un /g/ dans les paradigmes du passé simple, du
participe passé et du subjonctif des verbes des deuxième et troisième groupes :
il vint, , il voulut, il eut = venguèt, volguèt, aguèt ; part. pass., vengut, volgut, agut, subj prés.
et pass. : que vengue /que venguèsse, que volgue /que volguèsse, qu'ague, qu'aguesse (catalan
vingut, volgut, hagut etc).


L'occitan présente un système de démonstratifs en partie commun avec les langues de
la péninsule ibérique, et totalement différent du système français : ceci, cela := aiçò/
aquò, celui-ci, celui-là = aquest/ aquel
 En ce qui concerne le lexique par contre, l'occitan s'éloigne de l'espagnol et du
portugais, mais reste proche du catalan, de l'italien et du français.
Exemple : esp. port. comer contre cat. menjar, occ. manjar, italien mangiare, piémontais
mangé, français manger.
Si l'on fait le total de toutes ces caractéristiques, on en conclura que l'occitan constitue
un groupe carrefour entre langues romanes, ce qui le rapproche tour à tour de chacune de ses
voisines, pour tel ou tel trait, mais lui laisse quelques traits qui lui sont propres, et interdisent
de le considérer comme une simple zone de transition, un simple glacis entre langues bien
caractérisées. On remarque aussi que contrairement à ce que laisse penser l'association
traditionnelle langue d'oc/langue d'oïl, comme s'il s'agissait de deux sœurs jumelles, ce n'est
pas avec le français que sa parenté est la plus étroite.
Bien entendu, à l'intérieur de ce cadre général, les différences internes existent : le
nord-occitan, auquel appartient l'alpin d'Honnorat, partage davantage de traits avec le
français, le gascon occupe dès le début de la langue (VIe-VIIe siècles) une place à part dans la
famille. Mais au sud, la différenciation entre le provençal et le languedocien est récente
(XVIIe siècle) et porte essentiellement sur trois points :
 l'article pluriel : Los / Las en languedocien - mais aussi dans une bonne partie
de l'alpin, entre autres à Allos ! - contre provençal Lei pour les deux genres.
 Chute de toutes les consonnes finales - mais seulement du -s de pluriel pour le
niçois, alors que, comme on l'a dit plus haut, le languedocien, le gascon et
l'alpin conservent les consonnes finales.
 Vocalisation du -L final : languedocien mal, ostal, capèl, provençal -mais aussi
une bonne partie du nord-occitan- mau, ostau, capèu..

23

Il faut partir de PATRE(M), accusatif, et non PATER (nominatif, pour comprendre l'évolution du groupe TR.

�

Répétons-le, il s'agit de phénomènes récents, qui n'ont d'ailleurs recouvert
l'ensemble de l'aire provençale que progressivement, et parfois seulement
partiellement.
Au Moyen Age, les seuls vrais traits distinguant déjà le languedocien de ce qui va
devenir le provençal, c'est d'une part l'absence de [v] (vin = [bi]) en languedocien, et la
conservation à l'est du -n final : pan, ben, vin, bon, brun, contre [pa, bé, bi, bu, brü].
Encore le languedocien oriental (Montpellier) se rattache-t-il partiellement sur ce point
(comme pour la vocalisation du -l final) au provençal, tandis que la chute du -n affecte aussi
quelques parlers du haut (pays niçois, plus quelques parlers des Alpes nord-occitanes, au
moins partiellement).
Et au total, les évolutions qui dans chaque région ont touché les parlers locaux
n'effacent pas leur parenté profonde, et n'entravent pas l'intercompréhension, y compris entre
variétés très éloignées dans l'espace.
D'ailleurs, au fond, la variation est-elle si intense que cela, si on la compare à d'autres
aires linguistiques ? Un seul exemple : sur l'ensemble de l'aire d'oc, on a une seule forme pour
dire "eau" : aiga (catalan aigua). Seuls les parlers les plus septentrionaux, aux limites du
français, se distinguent un peu en réduisant la diphtongue, et en perdant la voyelle finale : [èg]
face à ['aygo/'ayga]. Si l'on se retourne vers les parlers d'oïl, on verra cohabiter, d'une région à
l'autre, des formes bien plus diversifiées : [o], [y'o], [ev], [av], [ov], [yöv], [yöw]...
En bref, quand Honnorat soulignait la difficulté qu'il y a à tracer des limites précises
entre des parlers d'oc qui s'emboîtent les uns dans les autres sur toute l'aire de la langue, il
n'avait pas tort. Nous avons en apparence perdu quelque peu de vue notre médecin allossard,
au fil de notre promenade dans l'espace de la langue. Mais ce n'est qu'une apparence : cette
promenade, lui-même l'avait déjà faite. On ne peut pas sérieusement lui reprocher de n'avoir
pas eu pour l'éclairer dans sa marche toutes les informations et le savoir que la romanistique a
accumulé depuis son temps. Compte tenu de ce qu'il pouvait savoir dans la première moitié du
XIXe siècle et des informations disponibles, surtout pour un chercheur isolé, Honnorat s'en est
plutôt bien tiré. Et il a vu l'essentiel : pour quiconque voulait comprendre ce qu'étaient les
parlers du sud, depuis les débuts de leur longue histoire, et pour quiconque ne se résignait pas
à les voir s'effacer, ou se réduire au statut d'argot local, de code secret pour villageois refusant
tout dialogue avec les voisins, il fallait d'abord les considérer comme membres d'une même
famille, quel que soit le nom qu'on lui donne. Il fallait aussi les équiper, les doter d'une
orthographe rationnelle et commune, par delà les variations locales les plus superficielles, et
les épurer, afin de restaurer l'outil qu'avaient su utiliser les Troubadours du XIIe siècle, pour
l'admiration de l'Europe entière, avant que l'histoire et l'irruption du langage du Roi et de sa
Cour ne fasse tomber cet outil dans l'oubli. A l'heure où les langues de France, dont la langue
d'oc, viennent d'obtenir une place dans la Constitution, et où se prépare une loi qui doit leur
ouvrir, on l'espère, de nouveaux espaces dans la société et la culture nationales, il n'était pas
inutile de saluer la mémoire d'un Bas-Alpin en avance sur son temps, et de rappeler cette
évidence qu'il avait mise en lumière, et que Mistral à sa suite a illustrée de merveilleuse
façon : des Alpes aux Pyrénées, dis Aup i Pirenèu, il n'y a, dans sa foisonnante diversité,
qu'une seule langue d'oc.
Philippe MARTEL, RedOc /LLACS/ Université Montpellier 3

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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans cet article initialement paru dans la revue &lt;em&gt;Chroniques de Haute-Provence&lt;/em&gt; (Soci&amp;eacute;t&amp;eacute; Scientifique et Litt&amp;eacute;raire des Alpes de Haute-Provence, 365, 2010, p. 34-66), Philippe Martel retrace en d&amp;eacute;tail le parcours de Simon-Jude Honnorat, m&amp;eacute;decin de Digne, auteur du premier grand dictionnaire de &amp;laquo; la langue d'oc &amp;raquo;. &lt;br /&gt;La seconde partie de l'article s'int&amp;eacute;resse &amp;agrave; la post&amp;eacute;rit&amp;eacute; de l'&amp;oelig;uvre et des conceptions linguistiques initi&amp;eacute;es par Honnorat dans le contexte g&amp;eacute;n&amp;eacute;ral de la renaissance f&amp;eacute;libr&amp;eacute;enne puis de l'occitanisme linguistique du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&amp;egrave;cle. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Publi&amp;eacute; avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la Soci&amp;eacute;t&amp;eacute; Scientifique et Litt&amp;eacute;raire des Alpes de Haute-Provence.&lt;br /&gt;&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&#13;
&lt;h3&gt;En savoir + sur le &lt;em&gt;Dictionnaire proven&amp;ccedil;al-fran&amp;ccedil;ais ou dictionnaire de la langue d'oc ancienne et moderne&lt;/em&gt; de S.-J. Honnorat :&lt;/h3&gt;&#13;
&lt;a title="Consulter dans le RPCO sur Occitanica.eu" href="http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/12430" target="_blank" rel="noopener"&gt;Consulter la fiche &amp;laquo; &amp;Ograve;bra &amp;raquo; du R&amp;eacute;pertoire du patrimoine culturel occitan.&amp;nbsp;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dins aqueste article que paregu&amp;egrave;t primi&amp;egrave;r dins la revista &lt;em&gt;Chroniques de Haute-Provence&lt;/em&gt; (Societat Scientifica e Liter&amp;agrave;ria dels Alps de Nauta Proven&amp;ccedil;a, 365, 2010, p. 34-66), Felip Martel tra&amp;ccedil;a en detalh lo percors de Simon-Jude Honnorat, medecin de Dinha, autor del primi&amp;egrave;r diccionari grand de &amp;laquo; la lenga d'&amp;ograve;c &amp;raquo;. &lt;br /&gt;La seconda part de l'article s'interessa a la posteritat de l'&amp;ograve;bra e de las concepcions ling&amp;uuml;isticas iniciadas per Honnorat dins lo cont&amp;egrave;xt general de la renaissen&amp;ccedil;a felibrenca pu&amp;egrave;i de l'occitanisme ling&amp;uuml;istic del s&amp;egrave;gle XX. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;strong&gt;Publicat amb l'autorizacion amistosa de l'autor e de la Societat Scientifica e Liter&amp;agrave;ria dels Alps de Nauta Proven&amp;ccedil;a.&lt;/strong&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&#13;
&lt;h3&gt;Ne saber + sul &lt;em&gt;Dictionnaire proven&amp;ccedil;al-fran&amp;ccedil;ais ou dictionnaire de la langue d'oc ancienne et moderne&lt;/em&gt; de S.-J. Honnorat&amp;nbsp;:&lt;/h3&gt;&#13;
&lt;a title="Consultar dins lo RPCO sus Occitanica.eu" href="http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/12430" target="_blank" rel="noopener"&gt;Consultar la ficha &amp;laquo; &amp;Ograve;bra &amp;raquo; dins lo Repert&amp;ograve;ri del patrim&amp;ograve;ni cultural occitan.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;img style="float: left; margin: 5px;" src="http://www.occitanica.eu/images/logo_societe_scientifique_litteraire_alpes_haute_provence.jpg" alt="Logo de la Soci&amp;eacute;t&amp;eacute; Scientifique et Litt&amp;eacute;raire des Alpes de Haute-Provence" width="80" /&gt;&lt;a href="http://www.memoire04.org/" target="_blank" rel="noopener"&gt;Soci&amp;eacute;t&amp;eacute; Scientifique et Litt&amp;eacute;raire des Alpes de Haute-Provence&lt;/a&gt; (article paru pour la premi&amp;egrave;re fois dans la&amp;nbsp;revue&amp;nbsp;&lt;em&gt;Chroniques de Haute-Provence&lt;/em&gt;, sous une forme l&amp;eacute;g&amp;egrave;rement diff&amp;eacute;rente)</text>
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