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                  <text>C.I.D.O.
BÊZIERS

Dosohuètièmo onnado. — Nos 206 et 207.

15 de setembre et 15 d'otobre 1937.

LO e0BRET©
DE

L'ESCOLO

OUBERNHATO

E

DEL

NAUT-MIEJOUR

JOURNAU

iHESODIE

ODESIOU O L'ESCOLO OUBERNHATO : doutche froncs
Et l'on o lou Joumau per res
Lou Joumau se bend bint sos lou numero

Les popiès
O M. HENRI DOMMERGUES, Capiscol,
rue Gazaud, AURILLAG.
MONDA.

L'Orgent:
o M. André DELZANGLES, Clobaire, 18,
rue Arsène Vermenouze, AURILLAG.

Toute réclamation au sujet de numéros non reçus doit être adressée
directement au Capiscol.

Lo bouole, lo Morianno,
Lo bouole omai l'ourai.

La copie doit parvenir au Capiscol (Petite rue Cazaud), avant la Un
de chaque mois pour insertion au numéro suivant.

BOURRÈIO D'OUBERNHO.

ENSINHODOU
f.

2.
3.
4.

5.
6.
7.
8.
9.

Hommage à Antonin Dusserre :
a) Présentation (H. Dommergues).
b) A'Iocution de MM. Ramond et Toire.
c) Porlicado de M. Eugène Pagès.
d) Discours de M. Raymond Cortat.
Naissance.
Mariage.
Légion d'honneur.
Nécrologie.
Nos félibrées.
Lou courdouniè petossaire è M. Croc orne
d'ofaire (B. Clermont).
Lou cobecounaire d'en priscoualho (J.-M.
Gaston).
Sonnets (Maurice Lemaigre).

10. Lo « Guèrbo rousso » (Emile Bancharel).
11. Lou diable en boutilho (H. Dommergues).

Le présent numéro de Lo Cobreto est double ;
il tient lieu des numéros de septembre et octobre.
Celui de septembre ayant été retardé afin de pouvoir y insérer le compte-rendu des fêtes Dusserre,
nous y avons joint le numéro d'octobre.

ELECTION DU BUREAU
Les votes par correspondance pour le renouvellement du Bureau nous étant parvenus trop peu
nombreux, il a été décidé de considérer ce vote
comme nul. Un nouveau scrutin aura lieu à une
date ultérieure.

�2

LO COBRETO

Hommage à Antonin Dusserre
Le

19

septembre dernier, une très belle céré-

quoi l'Escolo Oubernhato et de nombreux compatriotes d'Antonin Dusserre se trouvent réunis
position d'une plaque de marbre sur la maison où
ici aujourd'hui. Certains se sont excusés de ne
naquit et mourut Antonin Dusserre, le paysan
pouvoir, à leur grand regret, être des nôtres.
écrivain et félibre.
Je citerai particulièrement : MM. Louis Farges,
L'Escolo Oubernhato se proposait de donner,
Gandilhon Gens-d'Armes, Henry Delteil, Marà la suite de cette cérémonie, une belle félibrée
ty de Cailhac, Joseph Volpilhac et Fernand
en plein air. Malheureusement, une pluie diluPrax.
vienne qui dura tout le soir l'en empêcha.-C'est
En prenant une part active à cette cérémod'ailleurs sous l'averse que furent prononcés les
nie, l'Escolo Oubernhato reste dans sa tradidiscours qu'on Va lire.
tion. Elle a déjà honoré de la même manière un
Lo Cobreto a tenu à consacrer ce double nu- certain nombre de félibres parmi lesquels Veyméro à la gloire d'Antonin Dusserre, certaine de
re, Auguste Bancharel, l'abbé Courchinoux, les
faire ainsi plaisir à ses lecteurs.
frères Géraud, le Duc de la Salle, le moine de
Voici le libellé de la plaque :
Montaudoti, sans oublier le plus grand de tous,
le fondateur de l'Escolo Oubernhato : VermeA ANTONIN DUSSERRE
nouze.
ÉCRIVAIN ET FÉLIBRE
Pour ce qui est d'Antonin Dusserre, notre
1865-1927
société avait déjà pensé à lui de son vivant et
une grande félibrée en son honneur et à son
LA COMMUNE D'ARPAJON
profit avait réuni au théâtre d'Aurillac un très
ET L'ESCOLO OUBERNHATO
nombreux public. Notre revue « Lo Cobreto »
1937
a publié de Dusserre plusieurs contes des plus
savoureux en dialecte cantalien et une pièce
de théâtre « L'Ouncle Felissou ». Cette derPrésentation de M. Henri Dommergues nière, jouée deux fois, obtint auprès du public
aurillacois un très gros succès.
Capiscol de l'Escolo Oubernhato
Pour parler comme il convient de celui que
nous honorons aujourd'hui, nous avons prié
deux de nos excellents amis et collaborateurs
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
L'Escolo Oubernhato avait été invitée cette de prendre la parole : M. Eugène Pagès vous
année à offrir aux Arpajonnais, à l'occasion de parlera de Dusserre félibre ; et M. Raymond
la Fête Nationale, une séance régionaliste. Cortat, de Dusserre écrivain français.
Mais ie pense que M. le docteur Ramond,
C'est avec plaisir qu'elle avait accepté et on
maire d'A'rpajon, doit avoir quelque chose à
se rappelle que c'est devant un nombreux et
nous dire. Je le prie de prendre la parole.
sympathique public que notre félibrée se dé*
roula.
* *
Ce jour-là, la municipalité d'Aroajon, représentée par son dévoué et symoathique Maire,
M. le docteur Ramond s'exprime ainsi :
M. le Dr Ramond, et l'Escolo Oubernhato, déLa Municipalité d'Arpajon, que j'ai l'honneur
cidèrent d'un commun accord de rendre à la
mémoire d'Antonin Dusserre, un pieux homma- de représenter aujourd'hui, me charge de vous
ge et d'apposer une plaque de marbre sur la dire avec quel pieux enthousiasme elle accueillit
maison où il avait vécu et où il était mort, dans l'idée de l'Ecole Auvergnate et de son distingué
président, de glorifier notre humble et illustre
le coquet village de Carbonat.
Séance tenante, la date du 19 septembre fut compatriote. Dusserre était né avec le génie ; il
retenue pour cette cérémonie et voilà pour- en a imprégné toute son œuvre; et quand on a
monie eut lieu à Carbonat à l'occasion de l'ap-

�LO COBRETO
lu celle-ci, on demeure confondu de la puissance créatrice de Dusserre. Que fut-il devenu, s'il
était né en un autre milieu. Mais le mérite d'avoir créé Jean et Louise lui assure l'immortalité.

ooo
Allocution

de

M. Toyre

lue par M. le docteur RAMOND

« L'Escolo Oubernhato » s'honore en venant témoigner sa sympathie à son ancien et distingué membre, Antonin Dusserre.
A mon tour, même absent, j'ai cru devoir profiter
de cette remarquable circonstance pour apporter au
cher compatriote et ami disparu mon tribut de reconnaissance et d'admiration.
M. le docteur Ramond, maire d'Arpajon sur Cère,
a bien vouu s'offrir pour vous lire ma modeste allocution. Je l'en remercie vivement.
L'impression faite jadis sur moi par Dusserre reste
profonde et ineffaçable. Je ne l'avais connu que pendant les quinze dernières années de sa vie, mais ce
laps de temps avait suit pour me permettre d'apprécier une nature rare, d'une richesse de dons inépuisables, du contact de laquelle je sortais plus serein
et plus fort.
Antonin Dusserre était né à Carbonat le 21 juin
18C2, de parents qui exerçaient la profession de cultivateurs. Il fréquenta l'école primaire, d'où il emporta strictement le bagage indispensable à toute
existence ; puis il resta au village natal afin d'aider
sa famille dans les travaux des champs.
Dans cette vie rurale, Dusserre s'éprit de la campagne et de la nature ; cette forte prédilection imprégnera plus tard toute son œuvre.
Déjà, ses dispositions pour le travail intellectuel
s'annonçaient, il songeait à parfaire son léger savoir
et il s'attelait des nuits entières, à la faible clarté
d'une lampe ancestrale, à lire, à étudier des œuvres
de tous les temps et de tous les pays.
Un jour qu'il travaillait aux champs, un accident
stupide le priva d'un œil. Ce premier malheur affecta
profondément Dusserre, mais il ne se découragea
pas ; il reprit ses études, tandis que l'autre œil s'affaiblissait graduellement.
C'est vers cette époque que -j'eus le plaisir d'amplifier sa connaissance.
Un matin de juin, je le rencontrai dans un site
charmant, au bord de la Cère. Sa haute stature, sa
barbe de patriarche, le chapeau de feutre aux larges
ailes, crânement posé sur l'oreille, des sabots de
hêtre, faisaient de lui la personnification du paysan
auvergnat, tel que nous l'ont fait connaître les vieux
âges.
Eh bien! lui dis-je, après lui avoir serré la main,
vous admirez les zigs-zags des poissons ? tandis que
deux flottilles de canards et d'oies suivaient gaiement
le fil de l'eau. Quel beau sujet pour un peintre, dit-

3

il avec enthousiasme ! Oui, et aussi pour un poète
lui répondis-je. Il acquiesça d'un sourire.
Et puis il me parla des arbres qui croissaient sur
les rives, des herbes qui nous entouraient, des insectes qui bruissaient, s'enquit de leurs noms, de leurs
mœurs, je sentis alors que la nature entière le captivait.
De ce jour j'appréciai et aimai l'homme ; nos
goûts nous rapprochaient, nous passions en revue
les œuvres littéraires antiques et modernes, il s'arrêtait de préférence à Théocrite, Virgile, LongUs, ces
amants de la nature, et à certains iomanciers du
XIX0 siècle : Balzac, G. Sand, Maupassant, Flaubert,
Loti. Zola l'avait d'abord attiré, mais il l'apprécia
d'un réalisme trop brutal.
Son premier livre « Les Sœurs Danglars », avait
paru en 1904 et c'est vers 1912 qu'il donna « Jean et
Louise », reproduit par l'Illustration.
Ce livre eut un vif succès, il suscita un certain engouement en Angleterre, et même en Amérique, la
patrie de Longfellow, mais hélas ! il n'enrichit pas
l'auteur qui se heurta à toutes sortes de difficultés
dans la publication.
Dusserre composa une autre œuvre « Le Toscin
sur la vallée ».
Les veilles prolongées et régulières avaient fini
d'affaiblir la vue de Dusserre. Hélas ' je le retrouvai
plongé dans la nuit. Qu'il dut souffrir ! mais il ne
se plaignit jamais, il avait atteint la sérénité d'un
parfait stoïcien.
Ses sorties désormais devenaient presque impossibles, il n'eut pas son Antigone comme l'infortuné
Œdipe ; cependant, habitué aux entours, il allait
parfois, dans les belles journées méditer dans un sentier ombragé, avoisinant sa maison. C'est là que je
le rencontrai un matin d'été assis som un chêne : il
écoutait susurrer le vent, chanter la fauvette, bruire
l'insecte. Par ces bruits harmonieux, il restait en
communication avec la Nature qui était son suprême
refuge et il éprouvait une satisfaction indicible.
A quelques jours de là, une maladie subite et brutale l'emportait.
L'examen de l'œuvre de Dusserre sera, fait par de
plus qualifiés que moi, je me bornerai à dire que
« Jean et Louise » est un drame poignant qui fait
une forte impression. Dans ce livre, tous les sentiments ou passions : jalousie, sensibilité, avarice, courage, orgueil, colère, se développent jusqu'au paroxysme. C'est un curieux alliage d'humaine vérité
et d'âpre acuité psychologique.
En dehors du drame proprement dit, un des principaux mérites de l'œuvre, je crois, est d'être comme
une synthèse de notre pays.
Dans ce livre on respire tantôt l'odeur suave des
genêts, tantôt celle ds foins coupés ; or, y perçoit le
bruit des clairs ruisseaux sur les galets, et le souffle
du vent dans les feuillages. La description de la fauchaison et le tableau de la Saint-Urbain à Aurillac,
sont des morceaux suggestifs, évocateurs et d'une
vérité saisissante.
De toute l'œuvre, s'exhale une forte odeur de terroir, et l'on pourrait reprendre ici le mot de Napoléon à Sainte-Hélène. « A l'odeur seule, je recon-

�4

LO COBRETO

naîtrai la Corse ». — De même à la lecture de « Jean
et Louise » on pourrait s'écrier : dans ce livre je sens
se dresser l'Auvergne avec ses habitants, ses senteurs et ses paysages.
Dusserre s'était imprégné de sa terre, comme G.
Sand, du Berri ; les paysages cantaliens lui étaient
entrés jusqu'aux moelles, il les avait incorporés à sa
vision.
Pour saisir encore à quel point-Dusserre a pénétré
l'âme de notre terre splendide, je me permettrai de
rappeler une belle comparaison due à M. Je professeur Volpilhac. Qu'il veuille bien m'excuser si le
texte n'est pas absolument fidèle à l'original.
« Que si jamais la vie vous exilait cie votre Auver
gne, emportez « Jean et Louise » ; et quand la nostalgie vous prendra, ouvrez ce livre. Alors, pour un
moment, triomphant de l'absence, le livre de Dusserre
vous aura rendu la présence ineffable de la Patrie. »
C'est à mon humble avis le plus grand éloge qu'on
puisse faire de l'œuvre de notre distingué compatriote.
II reste à nous demander quel fut le caractère et
la valeur morale de l'homme.
Dusserre était simple, affable, droit et bon ; d'un
tempérament noble ; il se tenait toujours sur les
hauteurs, soit dans les sujets de conversation, soit
dans son champ d'études. Il n'aurait jamais consenti
la moindre concession, aux dépens de ra conscience ;
il ne connaissait que la voie sacrée du devoir.
Causeur aimable, délicat, il entraînait, captivait ;
on regrettait toujours de le quitter.
Par sa puissance de travail, sa volonté inflexible,
son talent, son exemple moral, Dusserre est un rare
spécimen qui fait honneur à l'humanité.

ooo
Porlicado de M. Eugène Pagès
Modamos, Moussurs,
Ti o tres ons que bioube dins une ribièro ound
los prados sou to bertiriousijs que dins oquesto
d'eici, mès ound lou potai n'es pas brijo poriér.
Per bou'n baila la probo, bous dirai qu'o Cheylado opèlou lou « mosut » un « tras ». « L'ogulhado »
un « estamber ». Lo « furme » uno « omosedo ». Los
(( trufos » sous de los « couqüos » è la « regolisso
de mountonho » quo's de la « ropiago ».
Otobe, quond l'omit Dommergues, lou debouat
Bouièr Grond de l'Escolo Oubernhato, m'escriouguèt
per me domonda de beni ohuèi bous porla d'Antonin Dusserre, félibre, sousquère un bouei. Dins tres
ons, uno lengo que l'on parlo plus è que l'on n'escriù
gaire mai, s'oublido è crinhabe de pas pouder m'en
desempetega. Mès, ère to boun omi de Dusserre
pendent los dornièiros onnados de so bido, aime
tont questo ribièiro ound sei noscut, dioube tont de
morcès o l'Escolo Oubernhato que m'oublido pas
dins sos felibrejados, que poudio gaire « ressena ».

Me eau bous dire qu'en oniount « ressena », quo's
se qu'opèlai eici « cessa en riè ».
Ti o percossi ai lou bèl ploser d'èstre ohuèi o
Corbounat ; m'escusores s'orribo o mo lengo de
quequeja.
Lo secoundo Escolo Oubernhato be de coumensa
ses doso-huèt ons. Cau ourio cregut que debendrio
to bièlho, en se soubeni que lo premièiro, oquelo de
Vermenouze, biouguèt que cinq ons '
I o îountemps (8 jombier 1910) que nostre mèstre
o toutes s'est escontit. Proquo, n'en demouoro enquèro qu'obiòu semenat omb guel lou gro qu'o to
plo lebat. Omis Emile Bancharel, Benjamin Clermont, Henri Dommergues, bous souèfe de tout cur,
del lindau de l'oustau del crâne felibre que fouguèt
Antonin Dusserre, de pouder, enquèro Iountemps,
guifla l'ouire de nostro tont aimado Cobreto. N'ai
pas besoun de dire qu'oqueches souèts de longo
bido, les fau otobe per moun bièl omi Henri Delteil,
que fouguèt lou clobaire de lo premièiro è de lo
secoundo Escolo è que se carro tont de beire que,
coumo los mountonhos de nostre pois, obon tengut
cap ois écirs qu'òu bufat sur nostre comi. Tont que
li ouro des felibres dins lou Contau, debròu se
soubeni que quo's gracio o guel que Vermenouze
se quilho dins lou square d'Ourlhat.
Desempièi so respelido, se pouot dire que l'Escolo
Oubernhato o fat del boun trobal.
N'es pas eici l'endret d'en debòuse lo tièiro, mès
quo's lou jour de ropela que, desempièi qu'es rebiscoulado, o tengut o ounoura lo memorio de toutes
les felibres de Nauto Oubernho dount lou nourri
merito d'èstre gordat, o causo de los obros qu'òu
escrichos dins nostre potai. Dins nostre potai to
goustous è qu'es l'un des diolectes de lengo d'Oc
lou miel oporat del fronces.
Es per oquo qu'obon deja pòusat de los placos de
maubre o lo memorio de Veyre, lou Reipetit de
Sont-Simoun, d'Auguste Bancharel ; de l'obat Courchinoux ; del duc de lo Sallo ; de Monsinhour Géraud et de soun fraire lôu Major ; è de Vermenouze
sur soun oustau d'en Bièugo.
Parle pas d'oquelo que pausorion o Bit, o l'un
des milhours troubodours del 12e siècle, Pierre do Bit
Mounge de Mountaudou, ni mai de lo bèlo odujo que
prestorion o Murât è o Marchastel, per oquelos de
Léon Boyer, lou pouèto fronciman, trop descounegut, de Genêts et Rocailles.
Se Louis Delhostal è Julien Galéry n'òu pas enquèro lo lour, se sa t., o boun endret, que quo's pas
de nostro fauto.
Dins oquelo couolo de felibres oubernhats, Antonin Dusserre poudio pas èstre oublidat è remer
cion plo Moussur lou Mèro d'Ol Pojou è ses counsilièrs, de nous ober font odujat per lo festo d'ohuèi,
en poga lo placo de maubre que nous otroupèlo
per ounoura to memorio d'oquel qu'es lou plus bèl
des poisons del Contau è que fo glorio o so Coumuno. Ol noum de VEscolo Oubernhato è de toutes
les felibres de Naulo-Oubernho, bous dise, Moussur
Lou Mèro, un grond morces.
Bèl, Dusserre l'èro per lo talho. Qu'èro, permoito,

�LO COBRETO
u'n mascle d'ataco, que pourtabo cranoment les esclops, lou gilet o margos è lou copel flombard.
Omb so barbo esporfolhado, que li dobolabo jusqu'o mièt comi del mounil, rebertabo les bièls oubernhats coumo s'en bei plus, ogaro que toutos los
pouotos è los gautos sou mièl rosclados qu'un prat
desoprimat.
Mès, bèl, l'èro surtout per lou cap.
Sou pas espès les homes qu'òu opres sons mestres
lou Grec è lou Loti, l'Onglès et i'Olemond, l'Esponhòu è l'Itolien, olèro surtout que Dusserre laissabo pas poti per oquo soun trobal de poïson.
Quond èro postrou, ol lioc de desperdicia soun
temps en besucorios, de cap en cimo del jour, coumo fòu de couslumo les pastres, fosio pas qu'estudia.
Plus tard, debengut bouièr, quond les autres fosioù lo pronjièiro, guel sourtio un libre de so pouocho è lisio.
Lisio, otobe, un tros de lo nuèt, o l'esclaire d'uno
condièlo, ou de la bèbo d'un lum.
Sobon toutes que li o res de tal que de lisi lo.
nuèt, per bous esquissa lo bisto, sons counta qu'un
jour que recurabo un terme (en 1902, crèse) un
bouissou li regisclèt dins un uèl è lou li crebèt.
S'orrestèt pas per oquo è countinuèí d'estudia jusqn'o que li beiguèt plus res de l'autre uèl.
Olèro, lou paure Dusserre fouguèt plo molurous.
De plus pouder lisi è, mai que mai, escrioure
toutos los cranos causos que bulissiòu dins so cruquo to pouderouso, olèro que soun libre Jean et
Louise l'obio déjà fat couneisse en Ongleterro, en
Fronço è jusquo dins los Omericos, li foguèt fa belcouop de meissont song. Pauc o pauc, la migro
negro lou gonhèt. Quo's olèro que l'Escolo Oubernhato li foguèt pourdièu, per dorca quel meissont
moument.
Gracio o n'oquo, plus urous que so grondo omio
Morgorido Audoux, mouorto li o pas gaire dins un
ouspitau, Dusserre pouguèt mouri chas guel.
De los duos felibrejados que dounorion o soun
proufit, ol teatre d'Ourlhat, les 7 è 9 d'obrièu 1924,
nous sentiguèt grat jusqu'o so mouoit.
S'escontiguèt lou 16 nouvembre 1927 dins l'oustau ound èro noscut sieissonto dons ons plus lèu,
en 1865.
Naisse, bioure è èstre segur de pouder mouri
jous lo mémo tioulado, es un bounur qu'o pau de
mounde, è que Dusserre presabo.
Quitèt soun Corbounat sounquo quauques mès
possats o Poris per soun libre Jean et Louise.
Otobe, couneissio to plo soun compèstre que,
quond fouguèt obucle, poudio se premena soulet
olentour de Corbounat, omb uno baisso o lo mo
per touca lou terme ou lo poret del comi que seguio.
Mès so premenado preferado èro dins uno corrau
que tirabo bol miètjour è ound possab'i gaire degun.
Oti, ossitat ol pèd d'un terme, tout en escouta
conta grels, sautoboucs, cibodiès, busquetos, cordinous ou roussinhòus è tout en senti lou porfum de
los gontos ou de los comitortos, aimabo raiba d'oncièn temps è mai d'obros noubèlos, que li demplissiòu lo cerbèlo.

5

Quo's oli que lou beiguère pei dornier couop.
Moussur Raymond Cortat bo bous porla tout aro
de « Dusserre écrivain français ». Zo foro, n'en sei
segur, omb sount tolont è soun estrambord ocoustumats, è bous foro beire que li o des Gòudots* qu'òu
lou flèu de lo lengo plo coupât. En possa, bouole li
dire cossi som countents que siasco ohuèi omb neutres è lou coumplimenta de s'èstre to plo tirat de
lo molento oupérociou que diouguèt subi n'i o pas
gaire.
Lou fronces, Dusserre lou monejabo de boun biai
è quo's dins oquelo lengo, que se li presto mièl que
lou potai, qü'o fat des toblèus de nostre poïs que sou
des pichious caps d'obro. Mès, lou potai, lou couneissio enquèro mièl, pertau que l'oprenguèt ol brès
en teta lou lat de so maire è lou reneguèt pas jusqu'o soun dornièr boda. Quo's guel que porlabo cada jour omb ses besis, qu'ourio crinhat d'enfusca en
lour porla fronces. Ohuièi, lo tèrro o birat è eourio
d'èstre to foutrau qu'un toupi de Loroquo, per pas
beire que lou mounde es bregounjous de porla potai.
Nostre diolecte s'en bo dins lou poïs ound sou portits Grondo, Bailèro, coueifo è boborèl. Mès, les felibres qu'aimou tout so que fosio que l'Oubèrnho
semblabo pas ois autres poïs, oparou tout oquo de
lo mouort. E tont que demouroro un felibre è uno
felibresso dins lou Contau — omb un cobretaire —
se jougoro un Regret, se contoro un Bailèro, se porloro potai è se donsoro lo Bourrèio, l'home bestit de
raso è la fenno omb lo coueifo è lou boborel to coubidaire.
Se l'obro de Dusserre dins lo lengo mairalo, n'es
pas tont espesso qu'oquelo en fronces, meritorio, soquedelai, d'èstre miel couneigudo que z'es.
Es facbo, mai que mai, de couontes que parlou
toutes de causos ou de coustumos del poïs.
Dins (( Uno fomuso poscado » per exemple, se trobo l'un des plus crânes récits que se pouguèsso faire
de los tournados de nuèt, lo Semmono Sonto, per
tuna les iòus ol cont de lo Possiou. En lisi quel
couonte, seguès de pouorto en pouorto è d'oustau
en oustau, lou paure Dusserre, Botistou soun omi è
lou « crebat » qu'obiòu fat sègre per pourta lou cestou. Besès lou crebat fa tres ou quatre copiïs omb
lou ceslou plen d'iòus, que se crouquèrou toutes è
ausissès lo bouès pietouso de Dusser'-e domonda o
Botistou :
— c( E oquelo fomuso poscado, ound es d'oquesto
ouro ? »
Entendès, otobe, Botistou li respouondre, enrufat :
— (( M'en parles pas, té, n'en plourorio de defèci !
Quo probo que, s'en fronces « il y a loin de la coupe aux lèvres », en potai i o Ion, otobe, del cestou
o lo podèlo.
Un autre couop, lou mémo Botistou, que debio
d'èstre un grond omi de Dusserre, onabo beire lo
Morissou de la Fouont Fresco. Domondèt o Dusserre
de beni Une lou lum ; sobès toutes de qu'es oquo.
Otobe dins soun couonte « En teni lou lum », Dusserre nous dis que foguèt lo pouoto, mès li onèt
soquedelai è mai li orribèt se qu'orribo quauques
couops.

�6

LO COBRETO

Ogrodèt mai que Botistou o lo Morissou. Quond,
o fi de bilhado, quelo d'eici li diguèt :
« Bei me beire dimmèrgue, Tenou, bei, boule te
dire ticpuon ».
Dusserre nous dis que « sòutabo, cor.tabo, risio ».
Mès, bai te quèrre, countunho Dusserre, « lou dimmèrgue, un comorado de lo bilo me benguèt beire è
me pourtèt dous libres : Nostro-Damo de Poris è les
Trobolhaires de lo Mar. N'ouplidère del couop lo
Morissou de lo Fouont Fresco. Quond ouguère lisit
les libres, fouguèt trop tard. Lo drollo obio un
autre golont è moun jionte raibe po diguèt en fum
de rabocau ».
E ti obès cossi Victor Hugo fouguèt causo que
Dusserre mouriguèt bièl gorsou. Quo's égal ! crese
que me dedires pas s'ofurtisse qu'entre dous libres è
uno jonto drollo se serio pas troubat un autre poison en Oubernho per causi les libres è laissa lo
drollo. Es pas estounont que Dusserre siasco debengut to sobent !
Bous disio, tout aro, que lou fronces bolho mièl
que lou potai per pintra lo noturo ; proquo, Dusserre
o fat en potai quauques pou lits tolilèus. Ogochas quel
d'oti qu'odourno soun couonte « Lou Bouc del Sfttre » :
« Oqu'èro un ser de dorreirio. Jitounesiabo, è, del
« nord, benio un boucinot de bent, peutchut coumo
« de los ogulhos. Los couorpos fosiòa lou b renie
« dins lou cièu cenrous è obiòu l'èr omme lours
« bouès raueos, de crida molur ol mounde. Los
&lt;( fuèlhos secos trinabou coumo des bei res que se
« trucou. »
Crèse pas qu'en fronces se pouguèsso mièl pintra
un d'oqueches sers negres de dorreirio, que couneisson toutes, que fòu dobola dobont ouro, aucos,
conards, conibo-longs è que nous fòu dire : l'ibèr
s'oturo è sero meissont questo onnado !
En fronces, otopau, se pouot pas faire un plus
jonte retrat d'homme è de fenno que s'endebenou
pas, qu'oquel d'eici que se trobo dins « Lo Gombèrlio » :
ce Lou pilhaire Cournholo Seco se botio soubent
« omb lo suo fenno ; oqu'èro un gofissou de fenno
« que n'ourio pas pudit ol fioc, taloment èro mo(( groto è pichounèlo ; mès, oquo l'empochabo pas
c d'èstre lou plus meichont bouci de car que li obio
« dins lo ribièiro de Cèro. Cournholo Seco l'obio
« preso de toutes les biais '; l'obio escoududo coumo
« uno gleno oprès l'ober ocotado de poutous, sons
(( jomai pouder n'en tira res de bou. Quond guel
« dintrabo, lou ser, lous nas rougi, l'uèl olucat, è
(( lou reire sur los pouotos, guelo, coumensabo de
(( crida : Gouapo ! trijiaire ! pourcossou ! E ti obias
« lo disputo lebado. Lo bolajo, lo rispo, l'ondèr don« sabou ; lou bufo-floc è l'escoufo-lièt brunjiòu...
Et be ! que pensai, brabe mounde, d'oquel toblèu ? Per ion, me semblo que bèse birouneja dins
l'èr toutes los esplejos que serbiòu d'esplicossious o
Cournholo Seco, è o so Gombèrlio de fenno, è que
les ausisse bronzi, to proche de ion, que me gondisse dins un caire per que m'ossuquèssou pas.
Urousoment, per n'autres, homes, que los Gom-

bèrlios sou pas espessos, sons oquo forion mièl de
fa coumo Dusserre, bouole dire de lisi des libres, ol
lioc d'ona prega Moussur lou Mèro de nous lisi lo
lei per nous morida.
Sabe pas se nie trompe, mès m'ofigure que quo
diou d'èstre Cournholo Seco que diguèt lou premier : Mo fenno bei bc quond ai trop biougut, mès
bei pas quond ai set.
Per.. bounur, lo Gombèrlio s'onèt nega è desempièi l'i o plus, dins lo ribièiro de Cèro, que de los
fennos brobounèlos que eau sat, que recèbou toujour lours homes omb des poutous fats omb los
pouotos è noun pas omb lo rispo ou lou bufo-floc.
Se crinhabe pas que me trotossias de loungonhe
ou de porpond, bous forio fa couneissenso omb Juon
de lo Juontouno que bous forio reire un pau. Ero
taloment estocat, nous dit Duesserre dins « l'Ouret
de po », que « leissabo les aures seca pes trrmes è
se jiolabp de fret ol contou cado iber ». Un couop
qu'onabo o lo mèsso, pourtabo les soùliès o lo mo
de pòu de les esquissa. Los componos sounèrou lo
dintrado. Juon se metèt o goloupa è ttuquèt de l'ortel gros, contro uno peiro, taloment que l'ounglo
sòutèt olai. Gorèl è sonnous diguèt :
(( Per bounur que n'obio pas lou souliè... cossi
l'obimabe ! »
E bous dise pas so que li orribèt un autre couop,
uno nuèt que jolabo è que creguèt romossa un
&lt;; Ouret de po ». Ropelas bous, souloment, so qu'otopèt, dins uno gourgo, un Gòudot que cresio d'otopa lo luno.
Serio trop long d'onolisa toutes les couontes que
Dusserre escriouguèt en potai. Sou toutes mai
goustous les uns que les autres. Otobe, d'unses gonhèrou de los medalhos ou des premiers pres siasco
o « La Musette », siasco o « La Semaine Auvergnae », duos- rebistos mesodièiros oubenihatos dobont
guèrro, estompados o Poris è qu'èrou menados de
crâne biai per dous bouns Oubernhats, que toutes
eici debes couneisse : Antonin Meynitl è Etienne
Marcenac.
Mès, l'obro mojouralo de Dusserre en potai, es
« L'Ouncle Felissou » que « Lo Cobreto » publièt
dins ses N°s de Mai o Octobre 1928.
Quo's uno pèsso en cinq toblèus que nous probo
qu'oquel que lo foguèt couneissio plo lou mounde è
lo bido.
L'Escolo Oubernhalo l'o deja jougado ol teatre
d'Ourlhat, ound fouguèt oploudido que eau sat.
L'ourio tournado jouga huèi, eici, dins oquel caire
ound se debòu touto lo pèsso, mès dous ortistos sou
tout aro fouore poïs.
Cau espera qu'un jour lo pourres toutes lisi dins
un crâne pichiou librou, plo recotado jous uno jonto
flessado, omb les couontes de Dusserre.
Oquel jour, Dusserre, se beiro que sias un to boun
felibre que roumonsièr fronciman è que l'oumage
que lions rondon ohuèi, bous èro plo diougut.
Obont de m'en tourna dins mo larjo è nauto ribièiro de Cheylado, de boustre oustau nodolenc,
ound bendrai de segur jomai plus, ogaclie, enquèro
un coup, per me remembra lou possat, nostro ber-

�7

LO COBRETO
turiouso ribièiro de Cèro, qu'aime tout que l'aimorias è que, coumo o foguerias, conte del mièl que
pouode en fronces è en potai.
Obal, bous bese oloungat dins lou clar cemetèri
d'Olpojou, oi mièt d'oquel compèstre ound sès noscut, ound obès crescut, ound bous sès escontit.
D'oquel compèstre que trupissou, belèu, enquèro,
bouestre omi Botistou, lou Sartre Tindounèl, Juon
de la Juontouno, Gournholo Seco, qui diou bigure
un pintou de mai, aro que Lo Gombèrlio l'o deborossat è bese, sur bouostre toumbèl, uno bièlho beleto
o lo caro touto rimado, qu'olondo de los gromèlos
dins soun boborèl ; quo's lo Morissou de la Fount
Fresco que bous o jomai oublidat.
D'oquel compèstre qu'obès fat couneisse jusqu'ol
délai de los mars è ound bouostro mémorio biouro
toujour.
Un pau plus naut, bèse les dous poulits enclaus
de Merigot è de Los Ribos ; me fòu rebioure de plo
cranos journados, pas enquèro plo lon. ound tostère
quelo causo to bouno, mès to raro : l'orcistat !
En me bira bos Curo Bourso, ound se possèt so
que nous countai dins « Lou Cobessaire Combobirat », opercèbe Lou Doux. Oti duèrm un autre grond
Oubernhat, coumo bous bèl per lo cruquo è per lo
talbo, coumo bous otobe fronciman è felibre, lou
Mojoural duc de lo Sallo, qu'ounororion li o quauques ons, coumo foson ohuèi per bous.
Quond lou bent fret buforo del Ploumb, de lo copeloune oud es recotat, bous countoro cossi lo Reino
Margot inbentèt lou boborèl, un jour que lou mounde grond d'Ourlhat, bengut per li soueta lo fèsto o
Corlat, lo troubèt o Cobono, chas Juon de Resigado
soun besi... è soun golont, disiòu los meissontos
lengos d'oquel temps. E bous, quond lou bent de
primo pourtoro del poïs bas lo sentour des lilas,
pourres li domonda s'o pas bist possa Lo Gombèrlio,
qu'obio tont meissont crotàri, nous obès dit, qu'un
couop negado mountèt lo Cèro ol lioc de lo dobola,
per pas faire coumo les autres negats.
Enquèro duos lègos o mièjo è sei o Bit. En mai
los onnados passou, en mai les pièus fugissou omb
los illusions, en mai mos pensados tornou bos oquel
poulit endret, que fouguèt moun brès è ound possère
lou milhour temps de mo bido.
Gracio o bous, Dusserre, lou torne beire enquèro
un couop. Gracio o bous, possorai quauques jours
omb mo sorre è moun fraire, dins oquel oustau
qu'aimon tont è ound nous corron tont de nous tourna trouba.
Mès, oqueches jours seròu po biste n'onats. Me
couro tourna dorca lou Liouron. Tout lou long del
comi, segrai de lo bisto, tont que pourrai, les endrets que me porloròu de mo juinèsso Quo sero, belèu, lou dornièr couop que les beirai. O sieissonto
huèt ons, uno piougalho de cebo suffis per nous fa
copoussa per toujour. Otobe, quond lou tren engulhoro lo troucado del Liouron, borrorai les uèls è,
tout migrous, cridorai :
Odissias Costèl Bièl è Rot de Meisoro, Sont Curial
è Trau de Gournhou, Puèt de Griou è Ploumb del
Contau.

En bous bira l'esquino, me semblo que lo bire o
lo bido è que m'oture de lo mouort. Mès foson pas
qu'oquo to lèu que som noscuts è li o res de plus
proche del brès que lou tohun.
Es per oquo qu'o bous, Dusserre, dise pas odissias,
mès sons odissias è o plo lèu.
Otretont que nous tournossion trouba, bous,
qu'autrecoup obès tengut lou lum sus oquesto terro,
olucas, omount, uno bébo o cado ponjo de l'estièlo
de Sonto-Estèlo. Fosès lo lusi è trontioula plo naut
dins lou cièu de Corbounat, per que s&lt;; beiguèsso de
touto lo Nauto-Oubèrnho.
O soun esclaire, n'en sei segur, un troupel de joubes engulhoròu lo corrau que lour obon trossado,
noun pas sons trima, ni sons poti.
Coumo n'autres, li recebròu, belèu, quauquos
groumpinhados que bendròu pas toujour de los rôtîmes del comi ; mès coumo n'autres otobe, li tostoròu lo joïo que bailo lo pouesio o n'oqueches que
s'en serbou sounquo per conta tout so que ji o de bèl,
de nople, de jonte, o coumensa per lou poïs ound
som noscuts. Es, toujours, plus brabe que les autres
poïs.
E, per ober to plo contat lou bouostre en fronces
è en potai, cominores toujour, Dusserre, fronc o
fronc, omb oqueches qu'òu fat ou que foròu enquèro
ounour ol Contau.

ooo
Discours de M. Raymond Cortat
« Regret »
Cette cérémonie m'en rappelle une autre, placée aussi sous le signe du souvenir et de la
ferveur : elle se déroulait, voici deux ans déjà, dans
le hameau de Falgères, poignée de chaumes perdus
au coeur de cette Artense dont la sève nourrit les
âpres nouvelles du jeune romancier Léon Gerbe et
le lyrisme rugueux de Léon Boyer. Alors, comme aujourd'hui, il s'agissait d'apposer une plaque commémorative, c'est-à-dire d'associer, par un sentiment
d'émouvante solidarité, l'homme et les choses qui
furent les témoins de sa vie, le secondèrent de leur
muette, mais fidèle collaboration, et qui, de ce commerce quotidien avec lui, ont gardé comme un rayonnement. Sans doute, la maison natale du romancier
Antonin Dusserre nous parle-t-elle d'un peu moins
près, en sa seconde jeunesse, que le fruste logis du
poète des « Genêts et Rocailles ». Depuis Sully Prudhomme, le rêveur préférera toujours aux maisons
neuves, dont la façade n'émeut aucun souvenir, les
anciennes qui
« ont l'air de veuves
« Et se souviennent en pleurant. »
Rajeunie au goût du jour, ou demeurée en son
pittoresque tel quel, la Maison — à Falgères ainsi
qu'à Carbonat — s'enorgueillit d'avoir vu entrer la
Visiteuse incomparable, la Dame plus belle encore-

�8

LO COBRETO

que les dames des contes de fées, celle qui, sans
s'embarrasser autrement des titres et des préséances,
franchit au gré de son humeur le seuil du château
d'un duc de la Salle de Rochemaure, s'asseoit au
ce cantou » du maître de Vielle, en sa maison habillée
de glycine, et fait rayonner, de sa « présence dorée »,
la &lt;( clujiado » d'un Léon Boyer ou d'un Antonin
Dusserre : car la Muse souveraine a depuis longtemps
réalisé cette égalité que vont réclamant avec tant
d'âpreté les hommes d'aujourd'hui. C'est la première
leçon d'une cérémonie qui en suggère bien d'autres,
et je ne saurais tarder davantage à remercier « l'Escolo Oubernhato » de nous avoir procuré l'occasion
de les dégager. Depuis que mes excellents amis
Henri Dommergues et Eugène Pagès, et plusieurs
autres félibres d'attaque, ont recueilli Lo Cobreto »
de Vermenouze, ils1 ne se sont pas contentés de la
« démener » crânement ; volontiers lui ont-ils
fait sonner ce chant de langueur et de nostalgie que nous appelons un « regret ». Mainteneurs
du parler meiral, ils se sont donné pour mission de
maintenir nos gloires cântaliennes. Tour à tour, « Lo
Cobreto » a pieusement joué son « regret » devant les
clujiados de l'abbé Francis Courchinóux, des frères
Géraud, de Veyre, de Bancharel. Hier, c'était à Falgères, parmi les solitudes grises qu'émurent les pipeaux de seigle d'un pastoureau de l'Artense ; aujourd'hui, c'est à Carbonat d'Arpajon, où, dans une solitude murée de noir par la cécité, s'est mûrie l'œuvre puissante de Dusserre. Et bien, ces plaques dont
les lettres d'or resplendissent çà et là sur de vieux
logis de chez nous ne constituent pas seulement un
but de pèlerinage littéraire ; chacune nous convie
à dresser, en passant, un inventaire de nos richesses
spirituelles. Il y a cent ans, deux érudits, le clermontois Henri Doniol et le cantalien Henri Durif, pouvaient en même temps, dans un tableau de l'Auvergne — Basse et Haute — s'accorder sur ce point : notre province produit des gens de robe et d'église, des
prélats et des chanceliers, des fromages et des chaudrons, elle ne produit pas d'écrivains. « Le mot
« poète » ne se traduit pas en dialecte auvergnat »,
note Doniol ; à quoi renchérit Durif, en affirmant que
(. le Cantalien méprise les arts ». L'affirmation serait
grave, si elle n'avait reçu — après comme avant — j
d'éclatants démentis. Depuis cet acte d'accusation,
l'Auvergne a connu une remarquable renaissance littéraire et artistiaue : le 15 août 1024, Aurillac fêtait
la mémoire d'Arsène Vermenouze, à qui revient l'honneur d'avoir acclimaté, sur les pentes du Cantal,
cette fleur sacrée, la poésie ; l'an dernier, le souvenir
de Léon Boyer nous regroupait autour de ce « Brin
de Genêt ». brisé par la guerre, mais assez riche de
sève pour que ses plus belles fleurs ne redoutent pas
de se flétrir. Et voici que sous l'impulsion de notre
éminent compatriote et ami, M. Eugène de Ribier, directeur de La Revue des Poètes, l'un des principaux
animateurs — à coup sûr le plus désintéressé — des
lettres auvergnates à Paris, un comité «'est constitué
en vue d'élever un monument nu grand poète du
« Rameau d'Or », Pierre de Nolhac. De telles manifestations, aussi rapprochées, nous permett' ut île
mesurer en même temps nos deuils et nos richesses. j

Rien ne saurait sans doute atténuer en nous ia tristesse causée par d'aussi importants départs — parfois
prématurés — rien, sinon la fierté que nous ressentons à prononcer les noms de ceux qui nous ont
quittés. Encore n'ai-je évoqué que les poète?- — les
poètes morts — par une préférence instinctive don:
j'espère qu'on ne nie tiendra pas rigueur. J'ai hâte
d'ajouter — et cette maison m'y invite directement —
qu'un inventaire du trésor littéraire de notre province, lii que l'ont constitué et accru ses enfants, depuis
une trentaine d'années, ne saurait négliger sans injustice l'apport considérable d'une lignée de romanciers qui va de Louis Delzons, observateur pénétrant
de la société d'avant-guerre, à Henri Pourrai, dont
le subtil, ingénieux et généreux « Gaspard des Montagnes » n'a pas fini de nous entraîner — ut nos arrière-neveux — dans une vieille Auvergne de 'mystère et de sortilège, — en passant par Antonin Dusserre.
* *

Voyage au bout de la nuiy
Je n'ai pas connu Antonin Dusserre. S'il est nécessaire pour aborder l'œuvre, d'avoir approché
l'homme, nul doute que des voix plus autorisées aient
pu s'élever ici : celle de mon grand ami Louis Farges,
à qui rien d'Auvergnat n'est étranger, et qui, dans
sa magistrale préface du « Toscin sur la Vallée » a
montré que les trois ouvrages de Dusserre sont en
réalité « les trois chants d'un même poème, le poème
de l'âme auvergnate » ; celle, aussi, de Joseph Volpilhac, dont une causerie au théâtre d'Aurillac, et
l'introduction substantielle qu'il a donnée au roman
(( Les Sœurs Danglars » nous font toucher du doigt,
dans les livres du romancier-paysan, « cette plénitude heureuse des œuvres où la vie, fidèlement observée, est reproduite ave un art sincère ». N'est-ce pas
à lui que l'écrivain, emmuré déjà dans sa prison de
ténèbres, disait lors de leur première rencontre :
&lt;( Monsieur Volpilhac, je ne vous connais pas ; mais
je sais, à l'accent de votre voix, que vous êtes jeune » ?.Et bien, devant le même seuil où il prononçait
ces paroles, je ne veux que répéter à mon tour : Antonin Dusserre, je ne vous ai pas connu ; mais je sais,
à l'accent de votre œuvre, que vous êtes jeune, de
cette jeunesse sur laquelle le temps ne saurait avoir
de prise.
Je rappelais tout à l'heure les fêtes d'inauguration
du monument Vermenouze. Et je revois, parmi les
châles fastueux flottant sur des épaules de jeunes
filles, comme pour rappeler aux yeux la double splendeur de « Mon Auvergne » — drapée à la fois dans la
lumière d'Espaene et dans la nostalgie du HautPays — je revois, dominant les silhouettes claires,
une silhouette sombre : celle d'Antonin Dusserre, vêtu
de noir, avec des verres noirs sur ses yeux morts.
Voilà le seul souvenir direct que j'aie gardé de l'écrivain ; mais, aujourd'hui comme alors, je ne puis
l'évocruer sans me sentir le cœur serré. J'essaie de
le rejoindre, de le comprendre, à travers les quelques
images qui nous restent de lui : une photo publiée par

�LO COBRETO
l'Iiustratioii au temps où la gloire paru; toucher i une signification mystérieuse, presque redoutable?
d'un reflet d'or la clujiado de Carbonal : ii su tient
Dusserre, ou la, lumière qui s'éteint. Le drame de sa
debout contre le portillon de la courette, les mains j vie, ce lent enlisement dans les ténèbres montantes,
dans les poches de sa vareuse, selon une attitude ' il l'a vécu avec une admirable fermeté. Ce méditatif
familière, le chapeau incliné sur le visage grave.
fut un énergique. D'autres ont vécu l'aventure de
Dans le même numéro, un croquis du dessinateur
la race sous les ci eux. enflammés d'Andalousie, sous
Louis Sabattier le campe chez, lui, un coude appuyé le ciel gris des Flandres. Coureurs de llanos, marsur une commode — c'est sur ce meuble qu'il écri- chands de toile, marteleurs de chaudrons, chineurs,
vait —, et toujours cette gravité, en dépit du grand marcandiers, leveurs ou roulants, de quelque surnom
succès inespéré, sur la figure où le chapeau à larges qu'on les ait affublés, quelque métier qu'ils aient
bords étend son ombre. Derrière se carre, massive,
choisi, tous ont forgé leur destinée avec une âpre
ia table des cuisines cantaliennes ; tout au fond
patience. Lui n'aura pas quitté la maison de ses
baille la, cheminée géante où il 'aimait s'asseoir,
pères, l'oustal ; et c'est là, face à la riche émeraude
où il a griffonné son dernier roman, Jeanne Baraduc. des prairies que dominent aux beaux soirs les bleus
Il le tenait pour son chef-d'œuvre : « J'y ai mis le /diâteaux des puys, bâtis en blocs de saphir et de
meilleur de moi-même », disait-il, sans se douter que
lapis-lazuli, c'est là, n'ayant guère poussé au-delà
le destin ironique détruisait l'œuvre au fur et à me- d'Aurillac, qu'il aura vécu intensément sa grande
sure de son éclosion, faisant se chevaucher les lignes aventure de solitaire et de méditatif. Tout jeune, il
du manuscrit, les enchevêtrant au point que, le tra- allait d'instinct vers la grandeur : il s'enthousiasvail terminé, il apparut incompréhensible, anéanti
mait aux tirades de Corneille, se laissait empoigner
par sa spontanéité même. Comment songer sans
par les coups de clairon de ce sonneur d'héroïsme ;
amertume à cette cruauté du sort brouillant les lignes assis sur le banc de pierre, face aux prairies brûlant
à plaisir, emprisonnant l'œuvre dans le grimoire
de leur feu vert, il s'enivrait aux périodes, ruisseindéchiffrable des lettres et des mots éperduement lantes de lyrisme, d'un Rousseau, d'un Chateauconfondus ? Qui dira le drame de l'homme trahi pai- briand. La grandeur, il l'ira quérir chez Gœthe, Shasà main, et trahi d'autant plus qu'il cédait à l'eni- kespeare, le Tasse, Cervantes ; pour l'approcher
vrement de sa fièvre créatrice, sans penser que sa mieux il. apprendra — seul — plusieurs langues ;
joie de créateur s'immolait toute vive sur les feuillets même il se pliera aux fructueuses disciplines dti
destinés à la perpétuer ? Ainsi, non content de l'avoir
latin, afin de mieux goûter chez les Anciens le secret
meurtri dans sa chair, poussé dans une prison aux d'une fraîcheur qui émerveille et déconcerté. Cet apmurailles de ténèbres, à la suite d'un accident stu- pétit de connaître, et d'autre part cetle volonté qui,
pide — une épine qui le blessa à un œil alors qu'il dans la nuit — une nuit sans aurore, hélas ! — l'emtaillait une haie, ce paysan ! — le des'in l'aura
pêchera de lâcher une plume désormais inutile,
frappé en outre dans ce qui pouvait subsister de semblait-il, quelle étonnante leçon d'énergie ! Par un
ioie à travers sa misère, lui faisant anéantir de ses i contraste plus fréquent qu^on ne l'imagine chez
propres mains, à son insu, l'œuvre qu'elles ne tiraient i l'homme d'Auvergne, cet énergique était un tendre.
de l'ombre que pour l'y rejeter aussitôt. Voilà pour- Je cueille parmi les pages de Jean et Louise, une
quoi je ne puis évoquer, sans une profonde tristesse,
phrase qui le dépeint tout entier : ((Croyez-moi, dit
la grande silhouette noire qui passa près de moi, un
ia jeune fille à son compagnon aigri par le malheur,
jour de fête, il y a treize ans. A distance, elle prend croyez-moi, Jean, le meilleur moyen d'être heureux
une signification symbolique. Et en prend une aussi,
c'est d'être bon. C'est de faire, quand nous en avons
la petite photo que j'ai là, dans mon portefeuille,
le pouvoir, tm peu de bien à ceux qui sont malheuune des dernières d'Antonin Dusserre : on ne l'a- reux plus que nous. Etre bon, c'est une joie qui
perçoit que de dos, assez loin, cheminant sur le demeure lorsque toutes les autres ont fui ». J'ajoute :
chemin proche, au bras d'un voisin ; une petite photo être bon, c'est encore une façon d'être énergique ;
brouillée, indécise, encore effacée par le temps. Cette
il faut avoir une âme peu commune pour oublier
silhouette comme en allée dans un brouillard, comme sa souffrance au spectacle des souffrances d'autrui,
fondue en lui, absorbée par lui, c'est Dusserre, un
non par une égoïste comparaison, mais par une
Dusserre perdu en sa nuit intérieure, inexorablement
compassion généreuse envers ce que Vigny a noblesaisi par elle, jusqu'au fond du cœur. Je ne puis ment appelé (( la majesté des souffrances humaila voir qu'à travers les larmes. De lui, je garde nes ».
,
enfin deux lignes manuscrites, deux pauvres lignes
A un Vermenouze, à un Gandilhon Gens d'Armes,
en désarroi sur le dernier feuillet d'un cahier de cent
il aura fallu le déchirement de l'exil pour que, dans
pages où une autre main, secourable, a recopié une la séparation, le cœur se mît à saigner, et qu'alors
nouvelle inédite : La Grève des Faucheurs. Or, savez- se transfigurât le visage du pays absent, soudain
vous ce que contiennent ces deux lignes ? Le début révélé en son émouvante beauté. L'exil de Dusserre,
d'une description du crépuscule, dans un chapitre ce fut sa cécité ; un exil autrement redoutable, dont
des Sœurs Danglars : « C'était presque la nuit ; les
il sentit la menace s'appesantir davantage chaque
haies devenaient silencieuses. Tout ce qui combat,
jour, et contre lequel il essaya de lutter en emportravaille ou joue... » Toujours la nuit. N'est-ce pas tant dans sa nuit des provisions d'images fraîches,
cru'en complétant, par je ne sais quelle obscure in- d'observations aiguës, de notations" fines, tout ce
tuition du hasard, ce « voyage au bout de la nuit »,
qu'il put ravir de la beauté du monde avant" que
cette pincée de mots prend, par delà son sens précis, l'ombre eût définitivement dérobé les formes, effacé

�10

LO COBRETO

les contours, terni les couleurs. Ali ! combien plus
poignant ce drame réel que ceux de ses romans !
Il devait aboutir à une crise de désespoir. Quand
Dusserre apprit que l'extrême confusion du manuscrit de Jeanne Baraduc le rendait inutilisable, il
pleura amèrement cette œuvre conçue en une fièvre
d'espérance ; la déception, trop vive, l'acheva : il
mourut le 16 novembre 1927, à soixante-deux ans.
Qu'eût été cette Jeanne Baraduc dont il espérait
si fort une revanche contre la nuit ? Nous pouvons
partager la douleur de Dusserre. Reste que son
œuvre française : Jean et Louise, Les sœurs Danglars, et Le Tocsin sur ia Vallée, indépendamment
de son œuvre en langue d'oc, dont Eugène Pagès
vient de nous révéler la franche saveur, suffit à
mériter à son nom une place de choix parmi ceux
dont l'Auvergne peut à juste titre s'enorgueillir.

nacement. Il ne se précipite point à la conquête du
but fixé; il marche vers lui de son pas tranquille,
toujours égal, mais inlassable, cependant que les
fiévreux, les impatients, s'essoufflent et renoncent.
Pauc o pauc, dit un proverbe de ce pays, l'orgint
d'Esponho munto o Son Pau. Peu à peu... voilà la
vraie devise du paysan et de l'Auvergnat. Le principal recueil français de Vermenouze, Mon Auvergne, doit dater de 1903. Le maître avait donc dépassé
la cinquantaine ; en 1913, Dusserre allait l'atteindre.
C'est pourquoi nous lisons encore Mon Auvergne,
et encore Jean et Louise.
Partis assez tard de la petite maison de Carbonat,
les deujf jeunes gens devaient faire un assez joli
bout de chemin dans le monde. Non content de les
avoir révélés à eux-mêmes, Marie-Claire prétendit
les introduire auprès des éditeurs parisiens. Mais
Paris n'ouvre pas si volontiers ses salons à des pay
*
sans venus tout droit de leur province, vêtus de
rase, chaussé's d'esclops, et seulement riches de
talent. Moins difficile, au mieux avisé, « Londres
Sagesse Auvergnate
goûta cette primeur en attendant que Paris ait le
temps de la découvrir », écrivait alors John RaSoyons plus stricts encore ; écartons les deux derphaël, non sans une pointe d'humour. A leur retour
niers de ces romans, non par un mépris que rien
d'Angleterre, la très parisienne Illustration fêta le
ne saurait justifier, mais parce que bon gré, mal
pâtre du Cantal et sa blonde compagne en paillole.
gré, Dusserre est l'homme d'un livre, de son prePublié d'abord en trois fascicules dans le supplémier livre, Jean et Louise.
ment hebdomadaire de cette revue, avec de jolis
Ses droits les plus sûrs, les plus authentiques
crayons de Louis Sabattier, le roman de Dusserre
à notre admiration, il les a conquis d'emblée avec
était ensuite reçu par Calmann-Lévy, éditeur des
lui. Eugène Pagès rappelait tout à l'heure comment
! maîtresses œuvres d'un Pierre Loti d'un Anatole
une lecture de Marie»Claire, le beau roman de cette
j France. Pour le paysan de Carbonat, c'était là
Marguerite Audoux dont la destinée ne manque pas
une brillante réussite ; du premier coup, il atteid'analogie avec celle de Dusserre — couturière comgnait sinon à la gloire, du moins à la notoriété,
me il était paysan, autodidacte ainù que lui —
j Des amitiés précieuses, celles d'Octave Mirbeau,
lui fut une brusque révélation, et comment il se
j d'Emile Guillaumin, venaient embellir la vie
sentit le désir d'écrire à son tour les choses qui
j de ce simple ; enfin, l'Académie Française lui décerlui chantaient. « Son livre, observait un lettré d'oucernait un prix Monthyon. En somme, Jean et Louise
tre-Manche, John Raphaël, traducteur de Jean et 1
partis à Paris comme tant des nôtres, n'y avaient
Louise, est calqué sur la vie que fut la sienne dans
pas trop mal réussi.
un petit coin du Cantal. Il l'a vécu pendant qu'il
l'a écrit, il l'a écrit pendant qu'il l'a vécu. » Dus« JEAN ET LOUISE »
serre approchait alors de la cinquantaine. Voilà qui
NOTRE « MARIA CHAPDELAINE » ?
peut paraître bien tardif, en un temps où tant d'éditeurs en mal de tirage lancent tant de jeunes en
Certes, tout n'est pas neuf dans les données de
mal de succès, à grand renfort de réclame tapal'intrigue : il est facile d'y reconnaître l'histoire
geuse, pour des triomphes aussi bruyants qu'éphéidentique d'Hélie, le meunier du Frau, avec la
mères.
belle lavandière Nancy, enfant trouvée — comme
Peut-être ; Jean et Louise est l'œuvre d'un paysan
Louise — ou celle de Félice, « l'hospitalière » qui
et d'un Auvergnat. Double motif pour qu'elle prémet en joie et peine « Le Chevrier » de Ferdinand
sente non des signes d'improvisation, de travail I Fabre. Là s'arrêtent les influences, lesquelles ne sont
exécuté hors de saison, hâtivement poussé, cueilli
peut-être que des coïncidences. Pour le reste, Dusavant terme, mais au contraire des caractères de
serre ne doit rien qu'à lui-même.
Jean et Louise, .c'est, prenant son essor parmi les
lenteur et de solidité, donc de durée. Le paysan
sait mieux que personne, pour l'avoir constaté souenchantements de la nature printanière, le bailèro
frémissant de deux êtres dont l'un a déjà souffert
vent dans le cycle de ses travaux saisonniers, que
rien ne saurait s'accomplir sans la collaboration
dans sa chair et dans son âme, et dont l'autre s'éveille au radieux tourment de l'amour. Accueilli
de ce que le poète a nommé « la fuite utile des
par celui-là avec méfiance, presqu'avec dépit, à
jours » ; aussi exécute-t-il sa tâche avec cette lente
cause de la double blessure — physique et morale
régularité qui ne connaît ni fièvre, ni à coups, ni
— mal refermée ; favorisé chez celle-ci par l'instinct
lassitude prématurée. Ces qualités du paysan en
de pitié que toute femme porte en elle, l'amour
général, ce sont par excellence celles du paysan
triomphe chez l'un et chez l'autre avec une sorte
auvergnat. L'Auvergnat œuvre lentement, mais te-

�LO COBRETO
de violence irrésistible, connue s'il suivait, eu son
bref épanouissement, le rythmé de nos saisons :
aux printemps courts de la Haute-Auvergne succède
brusquement la fougue rayonnante de l'été. Pour
rapide que soit ce prélude, Dusserre a su en faire
jouer les nuances : l'éveil de la jalousie chez la
jeune fille, premier indice d'une passion qui s'ignore ; et celte hardiesse qui, chez de plus rouées,
pourrait n'être qu'audace et impudeur, mais apparaît ici comme l'admirable maladresse d'un amour
trop vif pour se contenir, trop loyal pour se déguiser ; chez Jean, l'ombrageuse fierté d'un garçon
qui, déjà meurtri par l'amour, redoute de le connaître à nouveau, s'irrite de le découvrir et,
mutilé dans sa chair, repousse une tendresse où il
craint de voir entrer plus de pitié que de passion
véritable. Quelle patience il faudra à Louise pour
lui rendre confiance en lui-même, lui faire accepter
le don de sa jeunesse, sans qu'elle ait l'air de lui en
faire l'aumône !
La nature déploie autour de la passion naissante,
pour l'enivrer et l'exalter, ses féeries sans cesse
renouvelées. Or, il se trouve que la plupart des tableaux, dans ce roman, sont des tableaux de printemps, comme si l'auteur s'était plu à confondre
les sortilèges de la nature et de l'amour. Voyez
cette ondée d'avril, si joliment décrite : « Maintenant, c'était du grésil qui tombait, une averse de
petites balles blanches, toutes menues, qui, avec un
léger bruit de (tambour, s'entrechoquaient et rebondissaient. Ce fut comme un ruissellement de
perles sur la montagne. Une minute, cela étincela
parmi les touffes d'herbe, puis la pluie revint qui
fondit tout en un clin d'œil. » Et voici une autre
scène, non moins alertement notée, non moins pimpante : « Enfin, après bien des mauvais jours, l'hiver passa et le printemps accourut rajeunir les
prés. L'âpre écir devint brise tiède. Les neiges roulèrent en cascades folles sur les vallons ; les bourgeons éclatèrent sur les arbres des vergers, et mille
parfums flottèrent. La forêt s'anima. La montagne
devint belle sous les rayons du soleil ; et, le cœur
plein de joie, les paysans ouvrirent les portes des
étables. Le bétail lâché parmi l'herbe nouvelle jetait aux échos de longues clameurs. Il disait sa
liberté reconquise, et c'était aussi l'annonce qu'après les privations, le festin recommençait. Le bruit
joyeux des .clochettes reprit, cette chanson du métal
dont, chaque année, l'Auvergne vibre tout entière.»
Le choix heureux des détails, l'art de- suggérer un
vaste décor avec un nombre restreint de notations,
l'allégresse du. style qu'anime un mouvement pareil
à celui des eaux printanières, tout cela révèle l'écrivain-né. Et savez-vous à quoi me fait songer cette
évocation de l'arrivée du printemps dans nos montagnes ? A une scène semblable de Maria Chapdelaine, lorsque la voix du. pays de Québec vient chuchoter à la jeune fille « les cent douceurs méconnues du pays qu'elle voulait fuir, l'apparition quasi
miraculeuse de la terre au printemps, après les
longs mois d'hiver, la neige redoutable se muant
en ruisselets espiègles, sur toutes les pentes, et,
bientôt, le sol délivré sur lequel on marche avec des

i regards de délice el dus soupirs d'allégresse. »
Et si Jean et Louise était notre Maria Chapdelaine
I à nous, Cantaliens ? C'est-à-dire, par excellence, le
roman de notre terroir ? Personne, mieux que Dusserre, n'a su peindre les types, les mœurs et les aspects de cette région indéterminée où la zone du
châtaignier succède à celle des grands pâturages.
Avec le père Paulhac, il a campé le couarrou de la
région d'Aurillac, fier, autoritaire, le ((Maître» qui
ne tolère aucune atteinte à sa souveraineté et qui,
par son intransigeance, sa dureté, même, dans le
commandement, n'est pas sans rappeler le pater
familias des Anciens ; il a évoqué ces haines tenaces
qui, dans les villages, opposent deux familles, et
comment les bannières des partis, passionnément
brandies lors des luttes électorales, abritent souvent moins de convictions que de rancunes.
;
Surtout, il s'est complu à peindre en larges fres: ques les coutumes pastorales du haut pays : le
I départ des vaches pour la montagne, « les bêtes
I galopant et se poursuivant dans un carillonnement
fou de clochettes », la fauchaison, lorsque « dans
! les lointains où les formes humaines ne se dïstinj guent, plus, on voit des rapides lueurs courir au ras
\ des herbages », la grande foire de la Saint-Urbain,
I à Aurillac, ces huit jours de fête sur le gravier, la
! jolie promenade des bords de la Jordanne, où déambulent les jeunes gens des campagnes, « filles en
toilettes neuves, garçons vêtus de leurs beaux habits et farauds ». Il a dit au plus près la vie quotidienne du paysan : l'allégresse qui monte en lui
confusément, quand « du haut d'un ciel dont l'éclat
et la profondeur augmentent chaque jour, le soleil
de juin verse sa belle lumière sur la montagne » ; le
plaisir sans bornes qu'il éprouve le dimanche à visiter ses champs, son orgueil à voir prospérer ce
qui lui a coûté tant d'efforts ; ses angoisses, aussi,
lorsque le tonnerre gronde ; enfin la fièvre des grands
travaux d'été à la ferme, et la paix profonde qui
lui succède dans les campagnes.
Il n'aura pas suffi à Dusserre de chanter avec
un lyrisme mesuré les splendeurs alternées d;es
saisons, les nuits de printemps « qui s'imprègnent
d'une sécurité et d'une douceur souveraines », « les
aubes divines et les crépuscules enchantés de juin »,
et &lt;( tous les enchantements délicats et le charme
attendri qui ennoblissent les premières soirées d'automne ». Il a noté encore, avec une scrupuleuse
précision de géographe, la physionomie singulière
des maisons du Carladez « séparées les unes des
autres par des jardins ou de grands vergers, et que
de tortueuses ruelles aux murs croulants font communiquer entre elles », le clocher à peigne de l'église romane, l'eau qui brille au printemps dans les
rases- bien nettoyées, les « sarrazins aux tiges de
corail avec leur grappes de petites graines noires. »
Et mille autres détails épars au fil des pages.

*

* *
La terre
Une telle minutie dans l'observation — d'autant
plus surprenante, d'autant plus émouvante, qu'elle

�12

LO COBRETO

fut réalisée daus les pitoyables conditions que l'on
sait — témoigne sans doute des probes et fortes
qualités de l'écrivain, mais encore, et surtout, du
sentiment qui domine son œuvre. Ce sentiment, qui
tantôt se .comptait à l'évocation des grandes scènes
rustiques, tantôt sourd en notations menues dont
se rehausse la trame du récit, c'est la tendresse
pour le vieux terroir, pour « un coin perdu de cette
Auvergne, pauvre et d'aspect farouche, belle pourtant dans sa pauvreté, cette Auvergne que tous ses
fils affectionnent et dont ils gardent la nostalgie
lorsque la destinée les en éloigne. » Elle baigne
les premières pages de Jean et Louise, s'étale à
plaisir dans l'ample description qui, d'entrée, dresse
la toile de fond du roman, tandis que le jeune homme contemple le panorama offert à ses regards.
Même, en faisant de Jean un paysan plus instruit,
renseigné sur les faits saillants de l'Histoire de
France et les annales de sa province, Dusserre élargit ce sentiment de tendresse, le nourrit d'éléments
nouveaux, l'enrichit de tout ce que les souvenirs
du passé peuvent ajouter de noblesse à la beauté
du paysage.
Et tantôt cette tendresse s'appauvrit, comme chez
Gabrielle Danglars ou la Lise du Mas de l'Hort,
superbes créatures de chair qu'égare l'orgueil ou
la frénésie de la possession ; et tantôt elle s'exacerbe, comme chez Victorine Paulhae. Trop faible
ou exaspérée, elle conduit à la honte, à la folie,
au crime ; c'est l'oubli de ses devoirs, pour l'aînée
des sœurs Danglars ; .c'est le geste affreux de Victorine, au dénouement de Jean et Louise.
Ce sentiment, redoutable lorsqu'il ne nourrit que
la haine ou la cupidité, se magnifie au contraire
dès qu'il s'accorde, dans les âmes généreuses, avec
les forces d'amour. C'est lui qui pousse Victorine
à tuer, mais c'est lui, aussi, qui sauve Jean, commence la guérison morale du jeune homme en lui
apportant ses premières joies, par l'harmonie entre
« l'âpre mélancolie du paysage » et la tristesse de
son âme. C'est la terre, collée à ses semelles d'incurable paysan, qui, mieux que la grâce de Françoise
Danglars, retiendra Pierre Gladine au bord de l'aventure, le ramènera au ' domaine amélioré par lui,
libéré par lui d'une servitude dangereuse ; la grande
force du jeune couple, c'est qu'en lui s'équilibrent admirablement, se confondent, la tendresse terrienne et
la tendresse humaine : ne serait-ce point là l'aboutissement de l'œuvre de Dusserre ?
C'est à la terre que Françoise Danglars dans Les
sœurs Danglars, Cécile de Maulieu, dans Une mésalliance (1), immolent les préjugés sociaux : pour
Dusserre, il n'y a pas, il ne peut y avoir de mésalliance lorsque le salut de la terre est en jeu ;
elle seule compte. C'est à la terre que les valets de
la Civadière, dans La grève des faucheurs, sacrifient
leurs rancœurs ; et c'est à elle, enfin, à la terre
dépouillée de sa signification grossière, dématérialisée, devenue « la patrie », le sol parfumé par la
cendre des ancêtres, qu'Henriette de Combefontaine, dans Le Tocsin sur la vallée, offre ses vingt
ans : elle ne pourrait pas aimer un homme qui, aux

heures tragiques où le sol est envahi, n'aurait pas
lutté pour le défendre ; mais qu'il revienne, mutilé
dans l'accomplissement de cette tâche sacrée, elle
n'hésite plus ; elle le préférera à tous les autres.
La Terre, toujours elle. Et je songe que c'est
là le titre d'un roman dont on fêtait récemment le
cinquantenaire, La Terre, d'Emile Zola. Comment
ne pas .céder à l'attrait d'un rapprochement ? Zola
ne nous montre guère, lui, que ce que la possession
du sol fait naître d'avidité implacable dans l'âme
humaine. On dirait qu'il n'a vu du paysan que
le tas de fumier étalé devant ou derrière sa ferme,
et suintant jusqu'à son cœur. Combien plus juste,
tout en demeurant aussi réaliste, s'arfflrme l'observation d'un Dusserre. Il n'a pas ignoré ce que l'amour de la terre, lorsqu'il s'exaspè'f. se déprave,
peut engendrer de sentiments mauvais ; cupidité,
colère, haine ; seulement, il s'est refusé à ne considérer que le las de fumier, et il a montré avec vigueur comment ce même amour, en des âmes saines,
se révèle générateur des plus belles vertus.
La conclusion de son œuvre, je l'irai cueillir en
une page des Sœurs Danglars. Le maître visite son
domaine avec quelques invités, dont un médecin,
fils de paysans, Paul Nozière. 11 leur fait admirer
une variété nouvelle « de froment dont il avait
tenté l'essai... Son écorce, très fine, était blonde,
avec des reflets bleuâtres. Puis on alla voir les
bœufs qui ruminaient, couchés dans l'herbe, heureux de ce repos après une semaine de labeur. Paul
Nozière caressa leur cou musculeux. Il frémissait
de plaisir tandis que ses doigts frôlaient le poil
rouge des bêtes nonchalantes. Des atavismes s'éveillaient en lui. 11 ne put maîtriser son émotion, et
dit d'une voix qui vibrait de sincérité : Voilà le vrai
bonheur, tout le -reste n'est que vanité et mensonge- »
Que pourrais-je ajouter à cette déclaration loyale,
tombée de la bouche d'un homme qui, évadé de la
terre, se sent repris par elle, et ne peut dérober
son regret? « Voilà le vrai bonheur... &gt; Notre France
est avant tout une nation de paysans, de terriens.
Peu ou prou, chacun de nous traîne avec lui —
qu'il ait gardé les « esclops » de son père, ou chaussé
les souliers du citadin — un morceau de la glèbe
ancestrale. Cette motte symbolique que nous emportons collée à nos semelles, ce n'est pas seulement de la terre, c'est-à-dire un peu d'argile brune
ou rouge, un peu d'humus, un peu de fumier, un
lambeau plus ou moins fertile ; elle contient autre
chose, et Lamartine l'a dit en un vers admirable :
C'est la cendre des morts qui créa la patrie.
Il entre aussi de cette cendre dans les éléments
divers dont se compose la motte de terre ; et avec
cette poussière sacrée, s'y mêlent encore les vertus
héréditaires de la race et de la famille, ses qualités
de labeur, de vaillance, de ténacité. Lâcher la motte,
la secouer, c'est se « déraciner », et c'est du même
coup, en se déracinant, renoncer à quelque chose de
grand et de nécessaire, c'est rompre ses amarres
Ioniennes pour s'abandonner aux aventures sans

�13

LO COBRETO
issue dont nous voyons tant d'hommes souffrir autour de nous.
Voilà, en définitive, quelle me paraît être la signification profonde de l'œuvre d'Antonin Dusserre. Voilà la leçon que doit rappeler — avec le souvenir d'un
homme dont la vie est un magnifique exemple d'énergie auvergnate, et dont l'œuvre nous apporte une
raison nouvelle de chérir le terroir qui l'inspira —
la petite plaque enchâssée dans un « oustal » de
chez nous.
RAYMOND

CORTAT.

NAISSANCE

Chez nos amis, Mme et M. Thomas Robles,
est né, le 10 septembre, un superbe garçon qui
a été prénommé Claude-Pierre.
L'Escolo Oubernhato est heureuse d'enregistrer cette naissance et d'adresser en même temps
que ses félicitations aux heureux parents, les meilleurs vœux au nouveau-né.

MARIAGE

Encore une union entre deux des plus sympathiques membres de notre groupe artistique, celle de Mlle Marie-Antoinette Robert avec M. Henri Teulière.
Nous prions nos deux amis d'agréer nos meilleurs vœux de bonheur, et à leurs honorables familles, nos meilleurs compliments.

LEGION

les nombreuses expositions bisanuelles des œuvres de nos artistes, sont une preuve éclatante du
zèle éclairé dont fit toujours preuve notre ami
Louis Capitaine.
Qu'il nous permette de lui adresser nos bien
sincères félicitations.

D ' H O N M E U R

C'est avec un réel plaisir que nous avons appris la nomination au grade de Chevalier de la
Légion d'Honneur de M. Louis Capitaine, Président de la Société Artistique du Cantal.
Voilà une décoration large ment méritée. Chacun sait en effet que M. Louis Capitaine est non
seulement un des meilleurs et des plu délicats
peintres cantaliens*, mais un apôtre de l'art dans
notre département. On peut dire que depuis une
trentaine d'années qu'il est l'animateur de notre
Société Artistique, il a su maintenir groupés les
artistes auvergnats. Les succès remportés par

NECROLOGIE

Nous avons appris avec une grande tristesse,
le décès à Uzols, commune de Saint-Santin-Cantalès, de Mme Marcenac, épouse de notre capiscol d'honneur, M. Etienne Marcenac.
Nous prenons la plus large part au deuil qui le
frappe et nous le prions d'agréer l'expression de
nos condoléances émues et bien sincères.

Nos félibrées
L'Escolo Oubernhato a donné, depuis la publication de notre dernier numéro, plusieurs félibrées très réussies, entre autres à Villefranche-deRouergue, à Bort, à Arpajon-sur-Cère. Une autre devait être donnée à Carbonat à l'occasion de
la fête donnée à la mémoire d'Antonin Dusserre;
mais le temps, très mauvais ce jour-là, ne permit
pas cette manifestation qui devait se dérouler en
plein air.
Le 26 septembre, l'Escolo participait à la constitution du Groupe folklorique Auvergnat et donnait une séance, en matinée, au Centre rural de
l'Exposition. Le Bulletin officiel du Centre rural
a constaté le succès obtenu par les danseurs et
chanteurs du groupe.

Lou courdoumè petossaire
è

JML.

Croc omo d ofaire ^

O LO SAUÇO OUBERNHATO

Moun brabe omic Piorrou, courdoumè petossaire
Dei souliès esconats, èro un famus contaire :
(1) La Fontaine : « Le Savetier et le Financier ». (Fable 2
du Livre VIII).

�14

Toutes lei sers è lei motis,
E pan ! pan ! pan ! è tu ! tu ! ti !
Tusto que tustoras en boten lo semèlo
Butabo dei bièis èrs ou quauquo ritournèlo
Espelido dins so cerbèlo.
Coumo obio bouno gorgonèlo
Nous corrosion plo de l'òusi.

Ombe uno pou que toujour bous trobalho ?
a 01 diaple les escuts ! oquo's pas que foutralho ! »•
Bo quèrre lou mogot, engulho lou comi

Mès sos consous jeinabou soun besi,
Moussur Croc, un orne d'ofaire
Pio perbesit de tout, è •mèmomen,
Pecaire

Que lou meno chas Croc : « Oti obès, bièlho proio,
(( Tout Forgin que m'obias bèilat
(( E que m'o prou destimbourlat ;
(( Ere mitât neci permoio !

De pessomens,
Que n'ojudou pas gaire
O plo durmi. Pas pus lèu l'uèl cucat,
Se, bo pouncho de jour, quauque som l'otropabo,
L'autre ombe soun sobat
Tout soute lou derebilhabo.
Perquè lou som se bend pas ol mercat ?•
Cossi de bonus escuts l'ouriòu biste pogat !
((Mès, se pensèt l'orne d'ofaire,(( Se pouode pas coumpa lou soin
« Moun orgin, beièu, pourro taire
(( Cola quauque tems lou contaire :
« Essojon. »
Mondo beni Pierrou : « Sès un boun trobolhaire,
(( Moun besi, quont gonhas dins l'on ?
(( — Oh ! n'en sabe pas res, per mo fiato,
(( Pertau que, chas ièu, lei llards è lei sòus,
(( En mémo tems que loi sobatos,
(( Pas pus lèu orribats s'en bon.
« Quond pouode otropa lo fl de l'onnado
(( Souèi countent. Lo soulo embestiado,
(( Quauques couops, me be del curat
« Que se met trop souben en tèsto
(( D'enbenta de noubèloi fèstos :
:&lt; Me eau deissa, mièch reporats,
(( Treina dei souliès en boutico.
« Se les obio tout de suito librats
u Ourio toucat de pic l'orgint de lo protico.
— (( Sès plo brabe, mès mau noscut,
(( Li dièt Croc, bouostro misèro,
(( lèu bouole pas que dure enquèro :
« Prenès oqueches cent escuts,
(( Metès-les en resèrbo
&lt;( Et que dins lou besoun, oquo bous sèrbo.
— (( Oi ! proquo ! moun Dièu
(( De que bese ièu ?
« Des escuts o pleno pounhado !
« Mai que n'en pourrio gogna d'uno onnado !
&lt;( Prou d'orgin per n'en fa de l'or !
(( Estremon biste oquel tresor
(( 01 pus priound de nostro bièlho cabo...
Paure onucent pensabo pas
Qu'omb oquel orgin entorrabo
Sos consous : lou soul brut d'un pas,

Lou rena d'un co que s'ennairo,
Tout lou fosio s'estremesi.
Besio pas que boulurs dins toutes sous besis,
E, nuèch è jour, obio la flairo.
Cossi conta, lou jour ? lo nuèch, cossi durmi ?

»

(( Graciós o Dièu, l'èime es tournât.
(( E bautres, que m'obias quitat,
((Tournas onib'el, moun som, mos consous è mo joio»
Benjamin CLERMONT.
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Lou cobecounaire
d'en piscoualho
A M. Jacques Corn, abonné de lo
« Cobreto », qui m'inspira ce sujet, hommage reconnaissant.
J.-M. GASTON.

L'io des ornes que sou sur terro per n'en beire
touto lour bido. Bous foriòu plourà quond les besès,
taloment sou tristes è robochiats pel lo mingro e
lo misèro. Lou cobecounaire d'en Piscoualho, fo
portido d'oquelo espèço. vSe ploug touchiours, soutient sons sobeire perque. Quo's uno moloudio qu'o
nostre orne, è que li possoro cpt'o so mouort. Lo
semmono possado — me troubabe justement en Piscoualho — lou trobère sur lo routo en tren de se
premena per faire lo digestiù del desporti.
— Eh bounjiour, Giontelot, ço li foguère, quossi
on ai, dimpièi que bous ai pas bit ?
— Ièu bau pas trop mau, coumo besès, ço me
foguèt l'orne, mongi plo, beube plo-, duèrme plo,
è me pouorte plo. Mes ço que bo mau chias ièu,
quo's lo pauro Mioto, mo fenno ; es molaudo dimpièi Pestiù possat e n'i o tout aro tres mes que s'es
pas lebado del lièt. Me eau lo souonha, faire ièu
mémo lo soupo, se bouole pas creba de foin. Tout
oquo, beses-be, me fo mau ol cur, è me rond l'amo
tristo coumo lo pouorto d'uno preisou. Obion otnossats quauques sòus, mès ço quo duro gaire mai, lo
bourso sero lèu bouidado. L'onnado possado enquèro — lou malhur bous sèt touchiours — tout
lou fe me pouiriguèt pel prat, ol bouord de lo ribièiro è me couguèt escompa, n'ausc pas zo te
dire, mai de tres quintaus de cobecous, que les

�15

LO COBRETO
quites cos de la coumuno n'òuriou pas bougut mongia taloment pudiòu. N'en bouguère pourta un ois
gindarmos de l'endret. Seguère plo reçougut tè,
l'efont ! Res me monquòt pas. En dobola les escoliès de lo gindormorio recebère lou froumagi sur
la caro ound s'esclofèt coumo un bousat dobon lo
pouorto d'un estaple. Sabé pas cossi ouère pas en
preisou d'oquel ser.
Otau me porlèt Giontelot, è m'òurio porlat enquèro longtemps de sos misèros è de soun molhur
se l'autobus del ser, que dubio me tourna mena
chias ièu, n'èro pas dobolat. M'instollère dins un
couen, soul sur uno bonqueto, è tout en beire possa
dobon ièu les poutèus del télégrafo, que lo bitesso
semblabo orronca de lo routo, pensabe touchiours
ol paure Giontelot, è me disio que maugrèt so meichonto hobitudo de touchiours se plongi, n'i obio
mai d'un que meritabou pas d'èstre plongs coumo
guel.
J.-M. GASTON.

SONNETS

Animant le silence embaumé par les roses,
Hymne d'amour-, vers l'Infini, prenant son vol,
De la terre jaillit le chant du rossignol.
L'universel mystère enveloppe les choses,
Le cœur de l'homme, empli d'urr immortel espoir,
Irradié, s'élève, ainsi qu'un ostensoir.

Ephéméride
L'une achève sa vie et l'autre la commence.
L'aïeule à cheveux blancs tient l'enfant par la main
Leur pas lent et menu se révèle incertain
Et la somme des ans, entre elles, semble immense.
L'une gazouille et rit, l'autre songe en silence,
L'une voit le passé, l'autre aspire à demain,
Un siècle apparaît court, un seul jour trop lointain,
L'une achève sa vie et l'autre la commence.
D'un fugitif destin, sans s'en apercevoir,
De la première aurore à la dernière veille
L'une fut un espoir et l'autre sera vieille.
Dans l'oubli de leur sort, sans s'en apercevoir,
S'accordant elles vont, car la trame des heures
A pour unique fil l'instant qui nous effleure.

Sérénité
Les choses dans le soir, s'apaisqnt et s'affinent ;
Les cieux purs et les monts semblent pastellisés
Et foncent lentement, demeurant irrisés,
Tandis qu'à l'Occident les derniers feux déclinent.
Suivi d'une fillette, au flanc de la colline,
— Certains gardant encore un reflet d'or rosé —
Un troupeau de moutons vers l'étable chemine,
Et l'on entend le rossignol vocaliser.
Du fond du val, partout, l'ombre grise s'avance
Grandissant alentour la paix et le silence.
Des étoiles déjà percent au firmament.
L'angélus va sonner et je laisse mon âme
S'accorder à l'instant et goûter le dictame
De la sérénité dans le recueillement.

Clair de lune

Maurice LEMAIGRE.
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LO "GUERBO ROUSSO
Quond touto lo meissou es onfin ocobado
E que lou poison, o fouorço de trobal,
O clau dins soun groniè la dorrièiro corrado,
Lo coustumo es de faire ensemble un boun regal.
Opèlou quo d'oti festa lo « Guerbo rousso ».
Coumo pensas oquel repas n'es pas ponat...
Otobe l'orr n'o pas besoun que l'on fo pousso
Lo mestresso d'oustau per mouor de l'ingina...
Oquel jour- o boutât sut fioc lo pichouno oulo
Dount l'on se sert que dins uno grondo oucosiou ;
E dins l'oulo o counhat uno plo grosso poulo,
Que sero serbido ol coustat d'un combojiou.

Les dernières lueurs lentement avaient fui.
Berçant les corps lassés par la tâche féconde,
Sereine en sa douceur, veloutée et profonde,
De la vallée aux monts, partout régnait la nuit.

Onfin li o tout oquo que cau per fa ripalho
Sur lo grondo taulo, sons oumplida lou bi,
Lou bi blus dei miejour, qu'es lo meilhouro pialho
Que se pouocho serbi per faire un desporti...

Dans une aurore bleue, et, tandis que bruit
Au zépbir, le feuillage ; à jamais vagabonde,
Aux espaces jetant sa pâle clarté blonde,
Majestueusement, la lune monte et luit.

Eici pas de discours,
Pas d'ec étiquèto », l'on
Pas de serbièto, quo's
Quond on o plo trimat

ni poraulos futilos.
se sèrt codun soun tour,
de causos inutilos,
pendent tout un long jour...

�16

LO COBRETO

De « Guerbo rousso » n'i o pas qu'une- .-lins l'onnado :
Quo's plu doumaje per les jioubes estoumats
Que n'ücceptoriòu be uno per quinzenado,
Car, per plo pifouna, bibo les Oubenihats !..
O lo fi del repas, l'on donso lo bourrèïo.
Li o res de niièlli per omusa fillios, gorçous.
Del ploser que prenoú poudès ober idèio,
En pensa "que se fou tenis en tems des poutous.
Emile BANCHAREL.

FOLKLORE

Lou Diable en boulilho
Ço que bous bouole counta se possabo n'i o plo
tenis dins un bilojot de lo Costonhau. Dins un
cusou d'oquel bilage bibiòu une fenno que s'opelabo la Trèzo è lo sio filbo, la Daufino. Lo Trèzo
èro guèino coumo la jiolado è lou sièu ome qu'obio
pas pougut bioure om guelo èro portit pes poïs
estrongiès è l'i obio mai de dèteh ons qu'obio pas
escrit o l'oustau. Lo Daufiuo èro une poulido drollo
de bint ons qu'òurio plo bongut faire coumo los
autros, se morida, mès so maire lo daissabo pas
jomai quita lou contou.
— Se me daisses pas jomai sourti, ço disio soubent o so birasclo de maire, cossi bouos que pièlho
trouba o me morida ?
E lo maire li respoundio :
— Se te morides pas, tout pire per tu... E sabes
pas, te moridoras om Ropotou. Oquo sero prou
per tu. Tont te bòuro lou diaple coumo quauqu'un
mai.
E ti obès qu'un brabe moti, un drolle brobounèl que cau sat, plo crâne, dégourdit, benguèt o
possa dobont l'oustau de lei duos fennos. Ogochabo lo pouorto, mès çoquelai òusabo pas dintra. Oprès
èstre possat è repossat sept ou huèt couops, se
decidèt o s'otura, metèt lo mo sus 1o codaulo è...
dintrèt.
OI premiè couop d'uèl, lo bièlho coumprenguèt
qu'oquel poulit golont debio dèstre Ropotou en
persouno. Lo drollo, res que de lou beire, n'en
toumbèt omourouso sui couop.
Lou drolle, que porlabo coumo un libre, domondèt o lo maire lo mo de so filho. Maire è filho,
encontados d'un portit otau diguèrou couop set
ape è quauques jours pus tard se foguèt lo noço.
Lou ser del moridage, lo maire que s'èro plo
guèino n'éro pas cap de bouci foutraudo, diguèt

— Escouto, Dauphino. soui pas toujour estado
plo brabo per tu, oquo's bertat ; mès proquo te
bouole que del be. Escouto plo ço que te ban dire.
Pren:l oquelo boutilho d'aigo sinhado. Quond seres
foutes dons dins lo combro, borroras lo pouorto è
los fenèstros, orrousoras plo lou nobi om l'aigo benejido è beiras ço qu'orriboro.
Ço que fouguèt dit fouguèt fat. To lèu les nobis
dins lour combro, lo Daufino deboutcho lo boutilho è trai de l'aigo sinhado sui nobi. Oqueste se
metèt o guia, o espinga, fosio deis sauts jusqu'o
lo trobado. L'aigo sinhado lou cromabo. E lo drollo
tournabo orrousa lou moiissur que n'en gulabo que
mai è cercabo o s'escopa. Mès ound sourti ? Tout
èro borrat. Tout un couop, les uèls del nobi se
pourtèrou sui trau de lo sorralho è bistoment li
s'engulhèt. Mosque lo bèlo-maire qu'obio pensat
o n'oquo, se tenio dobont lo pouorto om une boutlho o lo mo, lou couol birat juste sui trau de lo
sorralho. Ropotou — oqu'èro guelj bous en doutai
be — se counhèt dins lo boutilho. Lo Trèzo bistoment li métèt un boutchiou soulide è onèt lo mètre
sus une pouosse de lo soulhardo.
Lou diable èro oti preisouniè dempiei detch ons
è coumo cadun sat que quo's guel qu'es lo causo
de toutos los maufachos que se passou sus lo terro,
de tout oquel tems digun fosio plus res de mau.
L'i obio plus de boulurs, les ornes è lei fennos
se coumpourtabou coumo eau, les rèis è les ministres èrou bous, brabes è ounèstes. Oquo onabo taloment plo qu'èro question d'oboli "es gindarmos,
les tribunals è los preisous. Mès oqu'èro trop brabe
per qu'oquo pouguèsso toujour dura. Oti obès ço
qu'orribèt :
Un bel moti, l'orne de lo Trèzo qu'obio roullat
un pau pertout dins lou mounde è omossat un
brabe pounhat d'orgent, ouguèt lo mingro del poïs
è tournèt en Fronço. Orribèt o l'oustau de lo Trèzo
que juste o n'oquel moument èro sourtido om lo
filho. Lo pouorto n'éro pas clobado, dintrèt è coumo
crebabo de set cerquèt ticon per beure. Bous bei
lo boutilho dins lo soulhardo, l'otrapo è lo déboutcho.
Débinai ço qu'orribèt. Ropotou que dempiei detch
ons se fosio del meichont song dins so preisou de
beire, seguèt pas gorrèl per penre lo peto en poussa
uno gueilado fourètcho è une fouorço de soufre
empliguèt l'oustau.
Dempiei lou diable s'es tournât mètre o tenta
lou mounde ; les omes è lei fennos sou tournais o
lours bices è o lours possious. Ropotou se refo
de sous detch ons de preisou.
HENRI DOMMERGUES.

otau o lo nobio dobont que s'en onèsso jiaire om
soun nobi :
c.

.D.O,

BÊZ1ERS

Lou Gerent : Poirier-Bottreau.
purlhat — Estomporio Poirier-Bottreau

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              <text>Lo Cobreto de l'escolo oubernhato è del Naut-Miejour. - 1937, n°206 et 207 (Setembre et otobre), Onnado 18</text>
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              <text>Dusserre, Antonin (1865-1927)</text>
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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/797496981307b90a64155d8a076b9ebd.jpg</text>
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              <text>Lo Cobreto &lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/11926"&gt;(Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
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              <text>Lo Cobreto. - 1937, n°206 et 207 (Setembre et Otobre), Onnado 18 </text>
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