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                  <text>CINQUIEME ANNEE. - N° 39.

Le numéro mensuel :

1

fr

Etranger :

2

fr.

JUIN

1932.

Direction :
GILBERT

HENRI

M. RUSSET.
A. CASATI.
C. CHACOUN'AC.
J. CHARBONNIER.
I)' A. DELANEF.
L. DEI.I10STAL.
I. FAR G ES.
J. FREYO.NET.
II. tïILBEHT.
A. GILBERT.

42, Rue des Salins, 42
CLEKMONT-FERRAND

Administration :

V. Guiny.

GILBERT

ANTOINE

3

3, Place des Tapis,
LYON

Chèques-Postaux :

0RGMd«lal1AllïïfN« dTWVERME

Lyon : 9-553

Pour les demandes de numéros, s'adresser à
l'imprimerie

SOCIETES AUVERGNATES á PARIS

«t des

mm PMMJJES ii'iniiisïiiiiii; INTMESNANT U uni»

« LA HAUTE-LOIRE »,

23, Boulevard Carnot, LE PU Y

JUSSAT, MERDOGNE, GERGOVIE, SARLIÈVE, CEERMONT

Chèques-Postaux : 176-81
Téléphone : Le Puy, 1-S2.

Par

Antoine

La Sainte-Estelle
A

AGDE

15

19X2

En fixant les fêtes de la Sainte-Estelle

à

Agde, le Félibrige avait tenu à montrer

qu'il est plus à l'aise dans une ville d'une
dizaine de mille habitants que dans
grande

cité

où

la

population,

une

toujours

mêlée, perd un peu de son caractère occitan. Il n'a pas eu à le regretter, car, en
dépit

d'une

triste

circonstance,

que

je

relate plus loin, la réussite fut complète.
Ce succès, il faut bien le dire, est l'œuvre de

MM.

Chauvet, Bédos et leurs ca-

l'Escolo dau Sarret

marades de
est

la

coiffe

agathoise

que

(le sarret

le

nouveau

groupement félibréen remet en honneur).
Qu'ils

en

soient

remerciés

une

fois

de

plus.
Le samedi soir, en arrivant, nous ap• p"?non.« que les fêtes doivent prendre un
est en deuil, M. l'archiprêtre Azéma, es-

IL -

tous, étant mort la veille.

(suite)

A neuf heures de la veillée, les félibres
arrivés

sont

groupés

à

la

Permanence.

M. Bédos nous fait l'historique de la ville
d'Agde, montrant qu'elle fut fondée, comme

Marseille,

connu

par

les

Phocéens.

toutes les invasions ;

Elle

a

elle fut dé-

truite au moins quatre fois, probablement
six, et, peut-être, huit. Les dernières destructions épargnèrent la cathédrale SaintAndré, église fortifiée comme on en trouve

beaucoup

sur

les

bords

de

la

Médi-

terranée. Les évêques d'Agde jouèrent un
rôle

assez

important.

Enfin,

M.

Bédos,

dont la causerie est fort intéressante, expose

comment, par l'apport de sables

et

de limons, la ville se trouve aujourd'hui
éloignée 3e

4 'km

Le dimanche
bres

sont

de la mer.

matin,

groupés

maire-député

9

à

devant

socialiste

h.,

la

les

féli-

mairie.

Félix

offre

Le

à

la

reine, sur un coussin de velours, les clés
do la ville ;

parlant parfaitement le lan-

guedocien, il nous souhaite la bienvenue,
déplorant

que

la

bien,

tout

Agde regrette, mette

que

sourdine

aux

Jouveau

répond

mort

de

l'homme

réjouissances.

Le

brièvement,

de
une

Capoulier

et

le

Con-

sistoire entre aussitôt en séance.
Sont présents : jouveau. Béchel. Azéma,
Barthe,
lal,

Valère

Clément,

Fonlan,

Bernard,
Eonio,

Fournel,

Bruneau,

Delhostal,

Grando,

CaméFarnier,

Jouve,

Salvat,

Teissier, B. Vidal, D1 Vinas.
Le procès-verbal de la dernière séance
est
Il

adopté.
faut, d'abord,

élire

remplacement de Ch.

un

de

majorai

en

Villeneuve, dé-

cédé. C'est Jean Bessat, syndic de la Maintenance
33

de

voix

qui

Provence,

contre

i3

à

l'emporte

Ch.

Maurras.

par
La

Maintenance du Languedoc n'est plus représentée
le

par

majorai

ces

fonctions

Sont

cel

un

assesseur

Fournel

pendant deux

nommés maîtres

Eedelsperger

et

Maîtres en

nommés

au

accepte

de

Gai

remplir

ans.

d'oeuvre

Anfos

bureau ;

Savoir

:

Sont
Jean

Amade, l'abbé Barceló, Paul Berga, l'abbé
Cubaines,
nard.
Le Dr
rapport

Joseph Tellier et Gabriel BerClément

donne

sur l'enseignement

{Lire la suite en.

2E

page,

lecture de

son

de la langue
1™

Ce travail est achevé dans 35 départements, et les Dictionnaires ont été publiés. Rien n'a encore paru en ce qui
concerne le Puy-de-Dôme.
Est-ce à dire que ces inventaires sont
complets et que l'on a réalisé une œuvre
définitive ? Evidemment non. Des milliers de noms ont été oubliés, et il y
aura encore des moissons abondantes à
faire par les travailleurs de l'avenir.
Mais tels qu'ils sont, ils constituent des
recueils très précieux qui rendent de
grands services à tous les hommes d'étude. Ce que le Musée du Louvre est pour
les médailles, ces dictionnaires le seront
pour les noms de lieu ; ils empêcheront
leur disparition. Avant ces dictionnaires,
nous disposions bien des documents du
cadastre, et cette nomenclature cadastrale a bien de la valeur, et elle doit
être conservée précieusement. Mais elle
est insuffisante, et combien .elle est
pauvre, sous ce rapport, si on la compare aux anciens terriers féodaux !
Quelle richesse, dans ces vieux documents ! quelle abondance de termes,
quelle variété d'expressions, quelle originalité dans ces noms de terroirs ! Ce
sont de véritables trésors pour la toponymie.
Nous sommes donc bien certains que
le vocable Merdogne sera conservé. Cela
est d'autant plus naturel que, sous l'ancien régime, ce village avait une certaine
importance. Non seulement il était cheflieu de paroisse, et avait dans sa circonscription la chapelle de la Roche-Donnezat (aujourd'hui, la Roche-Blanche),
mais il était enoore le siège d'un archiprêtré. C'était, sans doute, un souvenir
de l'ancienne suprématie de Gergovie (1).

: Mar-

Martin.

colonne).

III.

MERDOGNE.

(1)

Plusieurs

d'entre

nous

se

rappel-

MORISQUE
ou Gala. Il est à présumer que, lorsqu'il
pénétra dans le pays qui s'est appelé
Gaule depuis l'émigration gauloise, il
venait de la Galicie.
En arrivant dans la Limagne, il y
trouva une ville, assise dans une plaine
fertile. Cette ville se nommait Saralieio
aujourd'hui Sarliève). Elle était fortifiée et entourée d'un rempart, ainsi que
l'indique son nom. Ce nom se compose
de substantif Sarail ou Serail, qui .signifie lieu clos, fermé, et d'un suffixe
evo, qui désigne une agglomération, une
ville. Il est l'équivalent de Seraievo ou
Samievo, capitale 3e la Bosnie. Cette
ville forte voulut, sans doute, résister à
l'invasion. Elle fut prise et détruite. La
destruction fut si complète que l'on n'en
retrouve plus aucun vestige. C'est alors
que les envahisseurs fixèrent leur choix
sur la montagne de Merdogne, touchant
Sarliève, pour y établir leur ville prin-

mètres la plaine de Sarliève. Il euffisait
d'élever, sur cette muraille naturelle, un
rempart d'une médiocre hauteur pour
assurer la défense de la ville.
Cette ville est connue sous le nom de
Gergovie. Ce nom n'est pas particulier
au site, et ne doit rien à la topographie
de la localité. C'était un nom commun
en usage chez» les Gaulois et chez les
Slaves pour désigner une ville fermée,
entourée d'un rempart. Il se compose
d'un substantif kerk ou kark signifiant
enveloppe, enceinte, et d'un suffixe ov
ou ovie, qui indique une agglomération,
une ville. Gergovie est l'équivalent de
Karkov, en Ukraine, de Craeovie, en
Galicie, de Krouchevo, en Serbie, de
Krouchevo, en Macédoine. Outre la Gergovie des Arvernes, les Gaulois fondèrent
encore la Gergovie des Boïens, qui ast
aujourd'hui. Moulins (Allier).
Pendant cette période historique, J'Ar-

i~-1|Uilo— .o)vi

vfi-nie

1

1 ■ ■ 'i m'

1

'

ta—

T

Pnfeto H. Gilbert.

LA LlMAGNE ET LE PUY DE DOME (en avril).

caractère plus intime, car la ville d'Agde
timé de

i

!'. M A.MET.
E. MARGENAC.
L MAURANNES.
II. NOL'GEIN.
J l'AGENEL.
M-d E. l'ESSEMESSE
M"" RAOUL DUPAIN.
F. KOCIIEZ.
Dr E. ROUX,
M"" B. ROZIÈS.
P. SABATIER.
L. TESTCD.

GERGOVIE

IV.

SARLIEVE

Dans le cours de ces âges préhistoriques, des migrations de peuples venant de l'Orient se produisirent. Ils
appartenaient à la race indo-européenne,
et avaient pour auteur commun Japhet,
le troisième fils de Noé. Ils étaient
bien supérieurs moralement aux Chamites qui occupaient notre territoire, et
ils n'eurent pas de peine à les refouler
et à se faire une place parmi eux. C'est
de cette famille indo-européenne, ou
japhétique, que sortirent les hommes
à qui l'on doit les brillantes civilisations
de l'ancienne Grèce et de l'ancienne
Rome. Elle constituait donc une véritable élite au milieu des autres races.
La dernière migration qui eut lieu avant
la conquête do la Gaule par les Romains
fut celle des Gaulois. La date de cette
invasion n'est pas connue. Ces peuples
avaient l'habitude d'établir leurs demeures sur de hauts promontoires difficiles
d'accès, comme le font les Kabyles, en
Algérie. Ces promontoires étaient appelés des Kaki ou Gala. C'est ce terme
Kaki, qui forme les noms de lieu si
nombreux que l'on nomme Kalaat, dans
la Syrie, la Palestine, la Transjordanie ;
et ce Kakat a formé, à son tour, le
nom de contrée Galaad, que la Bible
mentionne fréquemment. C'est à ce
même Kaki que sont dus les noms de
provinces Gakitie, dans la Turquie
d'Asie, Galicie, dans l'Europe centrale,
Galicie, dans la péninsule ibérique. C'est
encore lui qui se trouve dans le vocable
Alcalà, employé en Espagne.
Généralement, au moins dans la
Transjordanie et la Galatie, la formation
de ces promontoires était due à des
coulées de basalte qui avaient protégé
leur soubassement contre les érosions
de toutes sortes. Le nom du peuple
gaulois avait cette origine. Il était ainsi
appelé parce qu'il résidait sur les Kala

La montagne de Merdogne formait un
vaste promontoire de i5oo mètres de
longueur sur 4 à 600 mètres de largeur. Il leur rappelait les villes qu'ils
avaient quittées dans la Galicie, et convenait parfaitement à l'assiette d'une
ville populeuse. Le front de la coulée
de basalte qui constitue le plateau ee
dresse verticalement au sommet des vervants nord, est et midi, dominant de 3oo

M,

pai U-ilaii

(

Père Olivier.
Talma

et

Celait

ancien

un

ancien

acteur

élève

de

dramatique.

Il

avait quitté le théâtre pour le sanctuaire
et s'était fait prêtre.
en

temps,

à

Il venait, de temps

Clermont,

entrée juché sur

et

y

faisait

son

A.

un char traîné par -une

rail
lieu
du

de

Bosna-Séraï.

l'Orient

fermé.
nom

refuge

est

un

Le

ou

sé-

clos,

un

Il entre dans la composition

commun

caravansérail,

pour les voyageurs,

et des noms de villes

Craïova,

serai

espace

abri

et

les

caravanes,

Krulievo,

en Serbie,

en Roumanie, bien que sous une

forme un peu altérée.
On le trouve aussi dans la toponymie
française, où il a formé les vocables :
Sarmille, entre Casseras et Montbelon
(Tarn-et-Garonne), les Sari aillas, commune
de

Salvagnac-Saint-Loup

romllet,

(Aveyron),

Sar-

cher

au sud-est de Saint-Chély-d'Ap(Lozère), Sailiac (Dordogne), Sar-

rola

(Corse).

: Librairie de
», rue Blatin ; Chabrillat,
18, rue du 11 novembre; « Au Vizir »,
61 bis, Avenue Charras.
LK PUY : Bay, Place du Breuil.
BRIOUDE : « L'Abéille Brivadoise ».
BRASSAC-LES-MINES : Rapp.
LA VOUTE-CHII.HAC :
Delomenède ;
Roche.
PARIS : Georges Peyre, Libraire, a5,
Boulevard du Montparnasse. — Aux
Govizes.
BOYAT :
Librairie « A la Plume
d'Or » (dans le Parc).
CLERMOINT-FERRAND

«

L'avenir

aurait été bien attristé s'il avait su qu'un
viendrait

où

le

nom

de

sa

chère

FONSJOUVEAU .

MoRISQUE.

NOTRE VENTE

une très curieuse biographie du Père Olivier, curé de Merdogne. Ce bon vieillard

paroisse serait rayé sur nos cartes.

de"*"

(■2) La capitale de la Bosnie est quelque-

fois appelée

paire de bœufs, comme les anciens Gaulois.
M. Johannès Guet ton a publié, vers 1880,

jour

une'multitude

(A suivre).

le!) I. sans doute, un ancien curé de Merdogne que l'on appelait familièrement le

à

riches propriétaires qui prenaient le
titre de rois, et qui possédaient chacun
une vallée, une montagne. Ils étaient
désignés par le nom de leur terre auquel
on adjoignait le suffixe rix, qui signifie roi. Exemples : Vercingétorix, chez
les Arvernes ; Ambiorix, chez les Eburons ; Eporédorix, chez les Eduens. Les
peuples Wisigoths se servaient aussi de
ce suffixe sous la forme rie pour désigner leurs chefs. Exemples : Théodoric, Alaric, Euric, etc.

POMPIGNAC (Cantal).

(Ruines et son canton, par E. Coudy).

�2

L'AL AU ZA D'AUVERNIlA

La Sainte-Estelle à Agde.
(suite)
d'oc. Il estime qu'on doil commencer par
faire dans les Ecoles Normales des conférences sur la littérature d oc, et il. demande qu'une démarche soit faite au Ministère de l'Instruction Publique pour obtenir que ces conférences soient préconisées.
\ idal expose ce qu'a fait, dans le Puyde-Dôme, M. l'Inspecteur d'Académie pour
les concours scolaires en langue d'oc.
Je fais remarquer que rien, dans les
programmes, ne s'oopose ni aux conférenei's indiqùéês, ni à l'enseignement de l'histoire régionale et des chants populaires,
pas plus qu à l'utilisation de la langue
dOc pour 1 enseignement du français. Tout
dépend de la volonté des maîtres.
Les conclusions du i-up^urt sonL adoptées.
Le majorai Fontan a rédigé le rapport
qui lui avait été demandé sur les modifications aux statuts. Le Consistoire n'a
ce rapport que depuis /18 heures. La parlie qui divise le travail du baile pour
avoir un secrétaire et un trésorier est
approuvée séance tenante. Béchet restera
secrétaire et Bessat devient trésorier. Le
surplus tend à établir la représentation
directe des Ecoles félibréennes dans le
Consistoire. Azéma fait remarquer, en outre, qu'un certain nombre d articles doivent disparaître ou être fondus ensemble.
La décision est renvoyée à une aulre séance.
D'autres questions, peu importantes, sont
tranchées, et c'est Lheure de la messe
traditionnelle.
A cause du deuil ci-dessus relaté, elle
ne peut avoir lieu à la Cathédrale. On se
rend à l'église Sainl-Sever. Un service
d'ordre est parfaitement organisé. Le Capoulié, ,1e maire, les majoraux et les principaux félibres ssnt dans le chœur. La
reine, sur un iiauteuil réservé, est entourée par 3oo dames ou jeunes filles portant les coiffes de diverses régions. Le
coup d'oeil est féerique. Au fond de l'église, des dames âgées ont, elles aussi, arboré le sarret. La musique est excellente.
Lorsque, dans la tribune, les chœurs chantent un Noël languedocien agathois, toule uni' partie de la foule se joint à eux.
Après l'Evangile, le majorai abbé Salvat,
moule en chaire. L'ampleur du gesle.
la voix bien timbrée, l'éloquence du prédicateur dont la langue est un joyau, ont
bientôt conquis l'auditoire. Il faudra relire ce sermon consacré à la cathédrale
Saint-André.
La messe finie, le député-maire Félix
nous reçoit à la mairie pour nous offrir
l'apéritif. Toujours en pur languedocien,
il trouve les paroles qui s'imposent, et le
Capoulié lui répond en quelques mots.
Réellement les félibres se sentent chez eux.
On se rend au banquet. Trois cents couverts ont élé artistement disposés. Bon menu, de l'amitié dans l'air. Au dessert,
Jouveau se lève, et, dans un de ces discours dont il a le secret, il définit les
buts pressants
du Félibrige. La reine
exhorte les dames à conserver le costume,
dans les grandes occasions, comme elles
l'ont fait ce malin. Le maire, socialiste
Félix est heureux de constater que le Félibrige est dans la bonne voie quand il va,

comme aujourd'hui, directement au peuple.
Brindënt, ensuite, les majoraux : Valère
Bernard, Salvat, Jouve, Farnier, Barthe,
Conio, Azéma, Delhostal, Grando, puis
Mistral neveu, Rarcelo, Chàuvet, SaintRaymond, de Bastard, E. Fargues, Donnadieu, Joannon, Alphonse Arnaud, Reynier, etc. Les discours les plus courts sont
les plus applaudis.
Pour clore, le Capoulié entonne le chant
de la Coupe : tous les assistants reprennent le refrain avec ferveur.
La félibrée populaire a lieu devant une
grande affluence. Sa font entendre : Bédos, Barthe, Azéma, Causse ; on applaudit
On se rend au banquet. Trois oenXs coules danses des Treilles et du Chevalet.
Puis, rue du 4 septembre, on inaugure
une plaque en l'honneur du poète languedocien
agathois
Balthazard
Floret
(i~&lt;jr-icS-i).
C'est M. Bédos qui retrace
la \ ir de l'écrivain. En terminant. M. Félix, député-maire, se réjouit dr la réussite
parfaite des fêtes, et la Coupo Santo est
chantée une dernière l'ois.
Les félibres commencent à se séparer ;
les uns restent pour aller, le lendemain,
eu exclusion au Grau, les autres prennent,
à regret, le chemin du retour.
La Sainte-Estelle de IQ3'J laissera dans
le cœur de ceux qui l'auront vécu" un
souvenir inoubliable.
Louis

DELHOSTAL.

PARIS

LO COVIZE
DE L'ESCOLA DE LIMANHA
Pour sa dernière réunion de la saison,
au Café Voltaire. « Lo Covize de l'Escjla
de Limanha », montrant qu'« il est bien
vivant :, selon la parole de notre ami
Sabalier. a enregistré un éclatant succès.
Al. Maurannes, à qui Ta présidence avait
élé offerte, avant élé obligé de s'excuser,
par suite du deuil national observé dans
1rs
Administrations, notre distingué Conseil 1er, M. Charles Marret avait bien voulu
accepter d'exercer la présidence.
Parmi la nombreuse assistance, on remarquait : Mme el M. le Colonel Pessemesse, Mme et M. Perrier : Mme, Mlle
el M. Chanteloze : M. Rochez, Mlle Roz.iès. M. P.-L. Grenier, M. Loubet, Mme
el M. L. Tison. Mme el Ville Mazin, Mme
Guérin, Mme et AL Texier, Mme Simoneau-Viala, M. Saugues. Mme et M. Teissèdre, Mme el M. Riebl : Mme. Mlle et
M. Bourasset, etc.
Avant de donner la parole au conférencier, M. Charles Marret a rendu compte de
la séance solennelle de l'Académie de Clermont, au cours de laquelle noire émmente
poétesse, Mlle Amélie Mural, a reçu un
hommage éclatant.
Le Colonel Pessemesse a l'ail, ensuite,
une ronférence pleine d'anecdotes contées
avec infiniment d'esprit sur « Le fauxsaunage ru Auvergne aux wir el XVIIIe
siècles ».
L'impôt sur le sel a été très impopulaire, avant la Révolution : il est. cependant, assez piquant de constater que cela
ne l'a pas empêché de nous revenir, au
cours de l'année 1926. sous le vocable
de
contribution indirecte.
Accompagné

d'une longue théorie* de taxes el d'impôts,
il a pa.ssé à peu près inaperçu, d'autant
plus que la période d'après guerre a vu
une riche floraison d'impôts de toutes
sortes. 11 n'en reste^pas moins que la gabelle, impôt de l'ancien régime et de la
.'V
République, est. un sujet d'actualité.
Dans les provinces où il était perçu,
cet impôt élail personnel, el tout le monde
y élail astreint, y "compris les nobles el
les ecclésiastiques, qui, cependant, étaient
exemples de la taille. Certaines provinces
en étaienl exemples, et celles qui y étaient
soumises ne Ir subissaient pas également :
il y avail des provinces de grande el de
petite gabelle. La perception de cel impôt et son assietlèXdonnaient lieu à des
mesures vexaloirss qui contribuèrent à le
rendre impopulaire.
Dans le pays gabelle, la vente du se!
constituai! un monopole des fermiers généraux el se l'a; ait par l'intermédiaire
de greniers fl,
«j^jjg^jl'graliers. Chaque
famille élail astreinte à lever, par ail,
au grenier à sel. une quantité bien déterminée qui correspondait à deux objets :
le pot et salière, d'une part, les grosses
salaisons, d'autre part.
Si les ressortissants ne levaient pas en
temps voulu la quantité de sel fixée, les
receveurs faisaient faire des commandements, lesquels, non exécutés, pouvaient
donner lieu à îles poursuites : saisie de
revenus ou emprisonnement. On était astreint à lever annuellement au grenier
i4 livres de sel par personne au-dessus
de 8 ans. Le prix de la livre était 12 sols;
lesquels, convertis en francs d'aujourd'hui,
représentent environ 3o francs. C'était donc
un impôt lourd, cl, comme il donnait lieu
à des mesures vexatoires, on comprend
qu'on ail cherché à y échapper en s^adressant à la contrebande. Aussi, on peut dire
que, dans les pays gabellés, ceux qui
n'étaient pas gabeleurs étaient faux-sauniers ; souvent, ils étaient les deux à la
fois.
A la fin du xvii"' siècle, il y avait
longtemps que l'Auvergne était parvenue
à se rédimer. et, sauf une petite partie
louchant le Rouergiie et le Languedoc,
elle était franche d'impôt, moyennant un
équivalent de i/i.4)o livres. Pays rédimé.
en contact, sur une grande partie de
sa frontière, avec .des pays gabellés. l'Auvergne &lt;le\rm»ffrplp«ii]rnt ia lerre dr prédilèction du faux-saunage, et il fut bienlot créé (en i(&gt;8o) une organisation ayant
pour but de limiter, voire de supprimer
la contrebande du sel.
La répression pénale était, particulièrement sévère, puisque les faux-sauniers encouraient de fortes amendes ; en cas de
récidive, c'étaient les galères ; par bandes au-dessus de 0. ils étaienl pa'ssîbles,
dans tous les cas, de la peine de mort.
Mais si les peines prononcées contre
les faux-sauniers étaient sévères, par contre, les profils étaient intéressants, et il
se forma, bientôt une véritable industrie
ayant des ramifications et des intelligences
dans tout le paysj On y trouvait des gens
de toutes les classes de la société, même
des employés de la gabelle et de l'armée.
Les employés de la gabelle avaient une
situation peu enviable. Médiocrement payés
par les fermiers généraux, en bulle aux
avanies que la population ne leur ménageait pas, ils déployaient peu de zèle à
poursuivre les faux-sauniers. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le fauxsaunage s'exerçât' avoc urne certaine audace.
Vers le milieu de 1 — &lt;&gt;rt. M. Le Blanc
succéda à M. d'Ormesson comme intendanl d'Auvergne, el, pour arriver à une
répression plus efficace, il prit des mesures fort sévères : il se fil attribuer
la plus grande parlie des procès à intervenir el réclama l'envoi d'un régiment de
dragons. La chasse aux 'bandes de contrebandiers se fil plu? active, et le; captures
furenl suivies dr condamnations sévères.
Les chroniques sont pleines de récils de
batailles entre faux-sauniers ef" gabelous,
ainsi que des jugements el des exécutions
qui en sont les suites.
Le Colonel Pessemesse termine sa brillante conférence de façon forl spirituelle,
en faisant remarquer que la gabelle, dans
l'Auvergne rédimée, peut être considérée
comme Ir type d'impôt populaire, puisque,
d'une part, elle ne le payait que dans une
proportion minime, et, d'autre part, son
établissement dans les provinces voisines
ouvrait à ses habitants un commerce fort
rémunérateur...
Celle conclusion, fort inattendue, el qui
fait justice de généralisations tendancieuses, fut; saluée d'une salve d'applaudissemenls approbateurs, et le président, M.
Charles Marret, ne manqua pas de souligner, en termes chaleureux, le grand suc-

cès obtenu par notre ami le Colonel Pessemesse.
La conférence fut suivie d'une brillante
série de chants et de danses exécutés par
« La Respelido », la belle société ai listique dirigée par notre distinguée sociétaire, Mme Marie Texier. Tout d'abord,
Mme Simoneau-Viala, des Concerts Colonne, en costume d'Arlésienne, chanta magnifiquement des chansons de Provence,
notamment : « Lou Soulèu », « L'Estello », etc. Les spectateurs n'avaient pas
oublié que la remarquable artiste avait bien
voulu se faire entendre au cours d'un
précédent covize : aussi, fut-elle, en hommage de reconnaissance, doublement applaudie.
Le groupe donna, ensuite, un beau spectacle de Provence : polkas, rigaudons, danses des métiers, et même bourrées (en
l'honneur de l'Auvergne) furenl 'exécutés à la perfection et firent honneur, une
fois de plus, au talent, des artistes comme
à celui de leur habile direct rire.
Nous ne saurions tron remercier Mme
Simoneau-Viala. .Mme et M. Texier, ainsi
que toute la brillante troupe de « La
Bespelido », dont l'aide nous est si précieuse.
Enfin, mis en goût par l'entrain des
artistes, les assistants virèrent, avant de
se séparer pour quelques mois, quelquesunes de nos danses d'Auvergne.
Les Covizes reprendront en novembre,
toujours au Café Voltaire.
Le Secrétaire-A d join I,
Joseph FREYCENET.

ESCOLA DE LIMANHA
Covize du 18 mai.
Décidément, les Covizes sont en voie
de progression par i'intérêt qu'ils présentent aux auditeurs accourant de plus en
plus nombreux à chacune de nos réunions
mensuelles.
Grâce à la fraternelle obligeance de
1« Amicale Canlalienne », qui, sur la demande de son très aimable secrétaire, M.
Léon Chambre, a bien voulu mettre à notre entière disposition sa propre salle de
société
L'Oustau » — bien Connue
de la rue Maréchal-Joffre. ce fut dans un
cadre tout à fait approprié, et réellement
accueillant que nous pûmes tenir, le 18
mai dernier, un de nos plus beaux Covizes.
M. le Dr Canque. président des
Amis
de l'Université », lui-même sociétaire de
l'Escola de Limanha ». assuma, avec beaucoup de bonne humeur et de tact, la charge de présider à cette charmante petite féte
de famille.
Au programme de la réunion élail inscrite une conférence de M. Desdevises du
Dézerl sur « le puy de Dôme », Le nom
seul du vénéré Doyen de la Faculté des
Lettres promettait, par avance, un véritable
régal littéraire. Disons, de suite, que personne, dans l'assemblée, n'eut l'ombre d une
déception à ce sujet : M. Desdevises est
toujours le conférencier très apprécié, forl
goûté, à l'esprit pétillant d à-propos, tout
débordant de spirituelles et fines boutades.
Suivre le souriant. Doyen à travers les
méandres d'un passé historique plus ou
moins lointain ne manquaiI pas. certes,
de charme, en cette soirée. Imaginez-vous,
en effet, chers lecteurs, que M. Desdevises nous eut raina, dès le début de sa
causerie, en une vue rétrospective qui ne
nous reportait pas à moins de cinquante
mille ans en arrière...
Nous nous retrouvons donc là. seuls
êtres humains — par anticipation, évidemment -- isolés au milieu des immenses forêts recouvrant la plaine de Lachamp, au
moment où la source pâteuse de domite
qui allait donner une première naissance
à notre puy, commençait à jaillir du sol
sous la poussée formidable de forces intérieures que rien ne pouvait plus contenir.
Par étapes successives, peu à peu, nous
allons nous rapprocher des temps modernes. Mais que de choses vraiment intéressantes nous allons apprendre, chemin faisant ! Nous ferons connaissance avec ces
premiers Auvergnats, apparentés aux Lapons, arrivant en notre pays sur la lin
de l'époque glaciaire, poussant devant eux
les immenses troupeaux de rennes dont ils
tirent leur propre subsistance. C'est ainsi que nous apprendrons que les habitants
actuels de la vallée de Villars sont, peutêtre, encore... mais, chut ! ne soyons pas
indiscret !...
Avec les Ligures, nous entrons de plaiwpied, dans la curieuse légende encore en

estime au pays d'Amberl. et à laquelle les
« bonnes gens » de la région tiennent très
fermement.
Après un nouveau bond dans l'histoire,
nous voici maintenant au cœur de la vie
gaulofce. Nous nous retrouverons, là, dans
une Société qui fut indépendants pendant
près de i.âoo BOB, Société à la fois féodale
et aristocratique, ayant une inf lu* n?e prépondérante, tant au point de vue politique qu'au point de vue religieux.
Après avoir fait connaître le culte druidique sou? son véritable aspect, le conférencier nous fait prendre contact avec l'un
des dieux gaulois les plus en faveur auprès
de nos ancêtres arvernes : je veux parler
dr Dumias, dont la dextre soutenait avec
beaucoup de complaisance une bourse bien
garnie : .était-ce, déjà, un symbole?..,
Dumias. dieu de la sociabilité, de 1 éloquence, des commerçants et... des voleurs,
dul, lui aussi, subir l'humiliation d'être
romanisé ; il devint un Mercure- imposant, dont la colossale statue, œuvre de
Xénodore, couronna longtemps le sommet
de noire puy. Remarquons, ici. en passant,
que Te vocable puy de Dôme n'a d'autre
signification que celle de « montagne de
Dumias. »
Vers la fin du iV siècle, sous les efforts
du christianisme, le temple merveilleux
bâti par les Bomains sur la fièrè montagne disparut définitivement. Aux
fêtes
somptuaires, aux processions
splendides,
aux sacrifices fumant sans arrêt sur Tautel du dieu, aux pompes théurgiques les
plus éclatantes succéda un morne silence
planant sur les ruines d'un culte irrémédiablement- déchu.
Très haut, émergeant au-dessus de la
mer des sombres forêts, loin d'AugustoNemetum, la délicieuse capitale de l'Ar"vernie, le puy abandonné prit l'aspect
farouche d'un mont maudit. La légende
et aussi de formels témoignages — on
en compte, paraît-il, plus de 20.000 authentiques ! — font du sommet, aux heures mystérieuses du moyen âge, le rendezvous choisi des sorciers et des sorcières,
des enchanteurs et des jeteurs de sorts
venant recevoir les ordres de leur Maître
redoutable, de Satan bai-même, qui se
présente à eux sous la forme du fameux
bouc noir dont, en signe d'obédience el
de soumission, ils baisaient humblement
la patte fourchue...
Cependant, la montagne, mise en quarantaine, se neavilisa — si l'on peut dire — par l'édification, à son sommet,
d'une chapelle dédiée à saint Barnabé, chapelle qui subsista jusqu'en 173'1.
Le ïn septembre, Florin Périer, à son
tour, prenait, possession de la montagne
arverne, au nom de la science, puisque,
pour la première fois, il devait y faire —
sous la suggestion de son beau-frère Biaise Pascal — les expériences, désormais
historiques, sur la pesanteur de l'air.
A son tour, en 1785, le duc de Polignac,
qui commandait un régiment alors en garnison à Clermont, inaugure l'ère des excursions mondaines au puy de Dôme :
3oo personnes prennent part à la surpriseparty qui y est organisée.
Enfin, avec M, le Doyen, nous abordons
à la période contemporaine. Avec lui. qui
fut le témoin des faits qu'il rapporte, nous
assistons, le 23 juillet 1876, à l'inauguration de l'Observatoire météorologique actuel, &lt;lù à MM. Faye et Alluard. L'idée
de celle construction, dont l'importance
scientifique n'échappe plus à personne aujourd'hui, fui. à ses débuts, sévèrement
jugée el considérée comme devant conduire son initiateur à l'asile particulier
des aliénés...
Celle inauguration d'une œuvre un momenj interrompue par la tragédie de 1870,
lui tout simplement magnifique : on note
une assistance de choix comprenant 800
personnes, au transport, desquelles il fallut
affecter i5 landaus cl '|5 prolonges d'artillerie. On note aussi les i\ discours épiques &lt;pii furenl prononcés à l'issue du
banquet traditionnel, et dont le thème invariable fui l'historique du projet FaycAlluard, projet désormais réalisé !
Notre aimable conférencier ne pouvait
terminer celte intéressante vue rétrospective sur l'.histoire de noir-' chère montagne,
sans décocher — oh 1 très finement ! —
une flèche pénétrante à l'adresse des massacreurs des beautés naturelles de noire
pays.
Nous souhaitons vivement que soit enfin
entendu et pris en considération par les
autorités compétentes son appel en faveur
de la trop fameuse parcelle 86, appel joint
à celui de tous les amis de la montagne,
qui, déjà, ont lancé le cri d'alarme.
Nos bien vifs remerciements, à M. Desdevises du Dézert. qui, d'une façon si
spirituelle, si charmante et si simple, a

�I/ALAUZA D AUVERMIA
bien voulu mettre sa vaste érudition à la
portée &lt;le tous nos auditeurs.
L'heure s'avançanl. les félibres Henri
Gilbert el Pierre Moulin voulurent '.Sien
renoncer à leur tour de parole afin que
la seconde partie d? notre covize pût être
consacrée à peu près uniquement au spectacle bien captivant de vieilles danses auvergnates interprétées avec un art réel el
non affecté par le groupe de la &lt;; Bourrée
Canadienne ».
On admira successivement un" bourrée
à quatre hommes, une bourrée à deux,
.une polka piquée, el, enfin, la fameuse
bourrée de Saint-Flour exécutée par le
groupe complet : M. et Mme Eagheon,
M. et Aime Vicard, M. el Mme Viellefont,
M. et Mme Tridôt, M. Combes d Mlle
Gavaldà.
Après chaque danse, les applaudissements
crépitèrent, montrant aux aimables el habiles exécutanls que les figures à la fois
si variées el si expressives qu'ils avaient
fait défiler sous nos yeux avaient été forl
goûtées et appréciées par l'Assemblée tout
entière.
Mlle Gavaldà et Mme André, à leur
ordinaire, excellèrent dans leur répertoire
-en dialecte, tandis que M. Léon Chambré, secrétaire de I
Amicale Cantalienne », sut faire vibrer l'âme du terroir
qui a de si profondes racines en chacun
de nous. L'emprise du sol natal, retenant,
comme malgré lui, le paysan sollicité par
les fallacieux appas de la grande ville,
si bien exprimé dans « La Moisson », de
Vermenouze, fut rendu d'une façon poignante, presque tragique, par l'excellent
interprète qu'est M. Léon Chambre.
A l'issue de cette agréable réunion de
la famille félibréenne, une photo lui prise,
groupant les membres du bureau de l'Escola de Limanha, nos sociétaires présents,
quelques-uns de nos invités et les arlisles
de la « Bourrée Cantalienne ». On peut
se la procurer chez M. Gendre, rue Ballainvilliers.
Nous avons enregistré l'adhésion de Mlles
Marguerite Trapenard el Gabrielle Portai,
dames employées des P.-T.-T.
Le.

Secrétaire-'Ad joint.

—

G.

S.

ESCOLA DE LIMANHA
Covize

du

22

juin.

Le prochain covize mensuel se tiendra
le mercredi soir, 22 juin, à 8 h. 3o, à
1'« Oustau de la Cantalienne », 10, rue
Maréchal-Joffre, sous la présidence do
M. B. Vidal. Capisool de l'Escpla de
Limanha, assisté de M. Henri Gilbert,
Directeur-fondateur des Covizes, et des
membres du Bureau. — Conférence de
Mlle Amélie Murât : « Le Poète et la
Vie ». — Félibrée. — Chants exécutés
par les élève; du Cours Supérieur de
l'Ecole de Jeunes Filles &lt;!•&gt; B oyat, BOUS
la direction de Mine André. Professeur
de Musique. — Projections par M. Emile
Desforges.
Nous invitons à ce Govize tous nos
sociétaires, les abonnés de « L'Alasuza
d'Auvernha », les sociétés amies et toutes les personnes qui s'intéressent au
mouvement régionaliste. - - Les adhésions à la société seront reçues par le
trésorier.
Covize cliampêL'-e.
Afin de remercier nos sociétaires et
nos abonnés de leur assiduité à suivre
nos réunions mensuelles, nous étudions,
de concert avec notre aimable el distingué sociétaire. M. Charles
Marret.
propriétaire du beau domaine de Theix,
l'organisation d'un Covize c:i plein air.
Cette réunion aura lieu probablement
un dimanche de juillet. Nos amis seront
avertis à temps.
Félibrée d'été.
! ne grande félibrée est projetée à
St-Germain-Lembron
( Puy-dc-1 )ôme ).
Les pourparlers sont en cours. Nos
sociétaires seront convoqués.

MAINTENANCE
D'AUVERGNE
L'acampada de la Maintenance d'Auvergne, qui réunit les membres de l'Escola de Limanha et de l'Esoolo Ouberuhato, se tiendra le ■&gt;. \ juillet pro-

chain, à Vic-sur-Cère .Caillai). Les l'êtes commenceront le matin et dureront
jusqu'à fi heures. Les félibres étant
appelés à élire un Syndic .président),
celte réunion aura une importance particulière. Aussi, le Bureau de la .Maintenance d'Auvergne leur demande-t-il instamment de faire tout leur possible pour
se rendre à Vic-sur-Cère. Pour renseignements, s'adresser à Al. Louis Debrons,
Vice-Syndic^ Place d'Aurinques, Aurillac
I Cantal).

NOS AMIS

3
« Amicale Cantalienne

L'« Amicale Cantalienne
fera
sa
promenade le ,'i juillet. Départ de ClerL'« Union de la Haute-Loire » fera
mont à 5 heures ; petit déjeuner à
sa sortie annuelle le dimanche 26 juin.
Condat : déjeuner à Las Tauves, chez
Les membres de la société se rendront
M. le Dr Marcombes, qui offre ce
en autobus à La Vuttle-Chilhae. Ban- | repas pour fêter sa a5e aimée de préquet, à midi, à l'hôtel Ferrand. Retour
sidence. — Renseignements et inscripà Clermont l'après-midi. Les inscriptions chez M. Laniol, vice-président, 3,
tions sont reçues au Café
National, | rue St-Hérem. Dernier délai d inscripplace Gaillard.
tion : i5 juin.

L' « Union de la Haute-Loire »

LE CENTENAIRE DE JULES VALLÈS
I.
LE PUY
FÊTE le CENTENAIRE
DE JULES VALLÈS
Le Puy, ne pouvait manquer de célébrer le centenaire de la naissance de
Jules A allés, un de ses plus îlliiistred
enfants. Le samedi n juin, sur l'initiative de la Société Académique du Puy
et de la Haute-Loire, une cérémonie réunissait la municipalité, les représentants
de la famille, les autorités universitaires,
les élèves des différentes écoles, les délégués des associations et un nombreux
public.
A l\ heures, un imposant cortège s'est
formé devant le musée Crozatier pour
se rendre au monument élevé dans le
jardin public, à la mémoire du grand
écrivain.
Des discours ont été prononcés par
AL paline, président de la Société Académique et par M. Henri Moulhiade,
adjoint au maire.
M. G al in e a expliqué en ces termes les
raisons qui ont déterminé cette commémoration :
« Jules Vallès est loin de çjiez nous,
avec sa rude et vigoureuse physionomie ;
il a dans le sang, dans les nerfs, dans les
muscles et aussi dans le cœur toutes les
hérédités de la race, les passions, les indignations, les révoltes, les colères et jusqu'au goût de la « baloste . Il a la
moquerie, l'ironie et le gros rire du pavsan et il s'en sert pour cacher ses émotions qu'il s'efforce de ne pas laisser
paraître ; mais c'est en vain, car on reconnaît vite la pitié qu'il porte en lui pour
les malvenus, les malchanceux, les réfractaires, les irréguliers...
Buffon a dit : le style, c'est l'homme.
Vallès, lui, disait : le style, c'est la peau
de la pensée. Eh bien, la maxime de l!ul'fon s'applique fort exactement à Vallès ;
aveG ses hérédités et son caractère, il ne
pouvait qu'être un écrivain passionné, original et plein d'ironie mordanle.
« Que son tempérament ait élé la cause
initiale de son (aient, nul doute, mais quoi
qu'on dise, le génie naturel ne suffit pas.
La plante la plus vigoureuse viendra mal
sur le rocher ou dans le sable, il lui
faut tous les soins de la culture pour
qu'elle devienne belle et.luxuriante. A la
base du talent de Jules Vallès, il y a ses
fortes éludes secondaires dont il dit beaucoup de mal, et qu'il méprise à tort, cl,
cependant, sans lesquelles il fui probablement passé inaperçu.
«Nous dégageant de toutes les controverses sur ses idées et son rôle politique,
nous souciant uniquement de sa valeur
littéraire, nous sommes fiers de ce fils
légitime et nous déposons au pied de la
stèle (pie surmonte son buste, ce bouquet
de fleurs de la campagne véllave en honneur de poire admiration. »
M. Henri Moulhiade a retracé, ensuite, la carrière heurtée de Jules Vallès
et a montré, en termes excellents, l'originalité de son talent :
« Ses débuts, contrairement à ses espérances, sont durs. Les difficultés presque
insurmontables qu'il rencontre à se caser
dans une maison d'enseignement, puis à
fournir 5e la copie aux journaux, lui
révèlent, comme dans une brusque el rapide vision, l'âpre destin qui l'attend.
Dans les milieux divers qu'il visite,
ses coups de boutoir, ses paradoxes, ses
rudes manières font sensation.
One penser de ce nouveau venu qui
n'est pas connue les autres et qui introduit dans la langue une tournure d'esprit
franchement révolutionnaire ?
Tout en lui reconnaissant une réelle supériorité de talent, cela ne va pas sans
stupéfier el bouleverser les consciences de

ses paisibles contemporains. On le crainl.
on le redoute, el bien des portes vont se
fermer au pauvre d;able qui en esl réduit,
pour gagner so i pain, à donner, quand il
en trouve, des leçoiî.-"-îlli.v jeunes écoliers,
à 1 fr. 25 le cachet.
« Au fond, Vallès «La;i-il foncièrement
mauvais? Je citerai de lui cette phrase,
qui," peut-être, nous éclairera sur ses véritables sentiments : i Ce qu'on appelle
mon talent est fait &lt;le conviction et. *de
pilié. »
« Jugeons plutôt Vallès sur ces mots
de douceur. Ils nous aideront à oublier
les railleuses injures qui rendent, parfois,
pénible la lecture dé certaines de ses pages. »
Après ces discours, le cortège s'est
rendu à la maison natale de Jules A'allès, rue de la Plàtrière. où le secrétaire perpétuel de la Société Académique, notre érudit confrère et ami Ulysse
Bouchon a rappelé les divers domiciles
de la famille de Jules A allés et noté
les impressions d'enfant de Jacques
Aingtras.

IL

QUELQUES EXTRAITS
DE L'ŒUVRE
DE JULES VALLÈS
La toilette.

I 11 jour, un homme qui voyageai!
m'a pris pour une curiosité du pays. e'..
m'ayanf vu de loin, est accouru au galop de son cheval. Son étonnement a
été extrême, quand il a reconnu que
j'étais vivant. Il a mis pied à terre, et,
s'adressant à ma mère, lui a demandé
respectueusement si elle voulait bien
lui indiquer l'adresse du tailleur qui
avait fait mon vêtement.
« C'est moi, a-t-elle répondu », rougissant d'orgueil.
Le cavalier est reparti et on ne l'a
plus revu.
Ma mère m'a parlé souvent de cette
apparition, de cet homme qui se détournait de son chemin pour savoir qui
m'habillait.
Je suis en noir souvent, « rien n'habille comme le noir », et, en habit, en
frac, avec un chapeau haut de forme ;
j'ai l'air d'un poêle.
Comme on dit que j'use beaucoup, on
m'a acheté, dans la campagne,
une
.étoffe jaune et velue, dont je suis enveloppé. Je joue à l'ambassadeur lapon.
Les étrangers me saluent ; les savants
me regardent.
Mais l'étoffe dams laquelle on a taillé
mon pantalon se sèche et se racoornit,
m'écorche et m'ensanglante.
Hélas ! je vais non plus vivre, mais
me traîner.
•
tJ_
Tous les jeux de mon enfance me
sont interdits. Je ne puis jouer aux barres, sauter, courir, me battre.
Je rampe seul, calomnié des uns,
plaint par les autres, inutile ! Et il ni'est
donné, au sein même de ma ville natale, à douze ans, de connaître, isolé
dans ce pantalon, les douleurs sourdes

au-dessus du monde, que l'on entrât à
Berlin 0.1 à Vienii ', au Vatican ou au
Kremlin ?
Vers (es hameaux perchés sur 'e flanc
des montagnes, perdus dans le fond dos
vallées, le vent ne chaosait point des
nuages de poudre et de gjoire. Ils aimaient, eux, leurs prairies vertes, leurs
blés jaunes: ils tenaient comme des
arbres à la terre sur laquelle ils avaient
I oussé, et ils maudissaient la main qui
les déracinait. Il ne reconnaissait pas,
cet homme dis champs, de loi humain;'
qui pût lui prendre sa liberté, faire de
lui un héros quand il voulait rester
paysan... Il prêterait, à ce voyage glorieux à trave .'s le monde, le s promenades solitaires, la nuit, sous le feu des
gendarmes, autour de la cabane où était
mort son aïeul aux longs cheveux blancs.
Au matin du jour où devaient partir les
conscrits, quand le soleil n'était pas
encore levé, il faisait son sac, le sac
du rebelle ; il décrochait le vieux fusil
pendu au-dessus de la cheminée, le père
lui glissait des balles, la mère apportait
un pain de six livres, tous trois s'embrassaient : il allait voir encore une fois
les bœufs dans l'étable. puis il partait
et se perdait dans la campagne.
Jules

Jules

VALLÈS,

(Jacques Aingtras. — Le Bachelier).
Pour faire suite à la belle conférence
qu'il a donnée au « Covize de l'Esoola
de Limanha », notre éminent
ami,
AL Charles-Brun, a bien voulu nous promettre un article sur Jules Vallès. On
le trouvera dans le numéro de juillet.

VALLÈS,

(Les Réfractaires, Paris, Fasquelle).

Un bal d'enfants.
On m'avait invité, pendant le carnaval, à uin bal d'enfants. Ma mère
m'a vêtu en charbonnier. Au moment
de me conduire, elle a été forcée d'aller
ailleurs ; mais elle m'a mené jusqu'à
la porte de Al. Puis segat, chez qui se
donnait le bal.
Je ne savais pas bien le chemin et
je me suis perdu dans le jardin ; j'ai
appelé.
Une servante est venue et m'a dit :
« C'est vous, le patit Choufloux, qui
venei pour aider à la cuisine? »
Je n'ai pas osé dire que non, et on
m'a fait laver la vaisselle toute la nuit.
Quand, le matin, ma mère est venue
nie chercher, j'achevais de rincer les
verres : on lui avait dit qu'on ne m'avait
pas aperçu : on avait fouillé partout.
Je suis entré dans la salle pour me
jeter dans ses bras ; mais, à ma vue,
les petites filles ont poussé des cris,
des femmes se sont évanouies, l'apparition de ce nain, qui roulait à travers
ces robes fraîches, parut singulière à
tout le monde.
Ma mère ne voulait pas me reconnaître ; je commençais à croire que j'étais
orphelin !
• Je n'avais cependant qu'à l'entraîner
et à lui montrer, dans un coin, certaine
place couturée et violacée, pour qu'elle
me criât, à l'instant :
« C'est mon
fils ! ». Un reste de pudeur me retenait. Je me contentai de faire des signes, et je parvins à me faire comprendre.
On m'emporta comme on lire le rideau sur une curiosité.
Jules

C'est qu'il a fallu déchirer et casser
à coups de pioche et à coups de mine
les rochers qui barraient la route de la
locomotive.
De chaque côté du fleuve, on dirait
(pie l'on a livré des batailles. La terre
glaise est i'Jug'. les plantes qui n'ont
pas été tuées sont tristes, la végétation
semble avoir été fusillée ou meurtrie
par le canon.
Cette poésie sombre sait, elle aussi,
me remuer et m'émouvoir. Je me rappelle que toutes nues promenades d'enfant par les champs et les bois aboutissaient à des spectacles de cette couleur
violente. Pour être complète et profonde, mon émotion avait besoin de
retrouver ces cicatrices de la nature.
Ma vie a été labourée et mâchée par
le malheur comme cet ourlet de terre
griffée et saignante.
Ah ! j" sens que je suis bien un morceau de toi. un éclat de tes rochers, pays
pauvre qui embaume les fleurs et la
poudre, terre de vignes et de volcans !
Ces paysans, ces paysannes qui passent, ce sont mes frères en veste da
laine, mes sœurs en tabliers rouges...
ils sont pétris de la même argile, ils
ont dans le sang le même fer !
Deux mots de patois, qui ont, tout
d'un coup, brisé le silence d'une petite
gare perdue près d'un bois de sapin,
ont failli me faire évanouir.
Nous approchons !
Je suis pâle comme un linge, je l'ai
vu dans la vitre, j'avais l'air d'un mort.
Le Puy : Le Puy !

VALLÈS,

(Jacques Vingtras. — L'Enfant).

PARLAR

LA

DE SAUGUKS

T1EVA

Kl h Mestre en Gai Saber Enric Gilbert;

(Seguida)

Tiret sa fenna per un ped, la prenguet sos li brasses, et, mais morta que
viva, l'estendeguet a costat dez elh, sobre lo leit... Et toti dos essaieron d'atapar lo suon. Gomensavon de ronflar,
quant la Gustina auziguet : pom, pom,
pom!... Brro, brro. brro !
« — Loïzon, auzes pas ?
« — Qu'es aco?... Ouez as?... Laissa m'estar, nesciassa ! Sei esquintât ! ».
... Pom, pom, pom, pom!... Brro,
brro, brro, brro !
« — A ! nom de garsa ! Saique, panlaize?... Quau sap s'aco sara pas leu
achabat ! Si monte, caia de treva de
la sot, vazes' veire, te !... N'ai pro, ieu,
per la fin ! »
Sautet delb leit. Sobre lis quatre paulas, dins l'escur, montet. S'arrestet un
pauc darrier la porta... Justamen, aco
picava dins la granier : Pom, pom...
Zou ! con h et la porta. Res. Se casset
dins lo caire, ras l'armagea, lo ped
gauche es avont, lo balait en 1er dins
la dreita m an.
« — Vai, puta,- si sortes, ses fotuda !
T'aplate coma un vielh bozas de vacha
malauta ! ».
La treva sorleguet : passet entre sis
chambas : Pfft, pfft, pfft ! Pom, pom!
Ploc, ploc ! Badabom !
La porta era badada : la treva ronlet la montada. Lois, estonat, n'en pisset dins sis braias, amais n'en perdeguet son balait. Mas, pueissa, doussameneta, davalet lis escaliers, amais escrazava, a cade pas, de tessons de terralha.

de l'exil.
Jules

AALLÈS,

(Jacques Vingtras. — L'Enfant).

Les réfractaires
a la conscription
à la fin de l'Empire.
Sous le premier empire, chaque fois
qu'on prenait à la France un peu de
sa chair pour boucher les trous faits
par le canon de l'ennemi, il se trouvait,
dans le fond des villages, des fils de
paysans qui refusaient de marcher à
l'appel du grand empereur. Que leur
faisait, à eux, les ébats de nos aigles

Souvenirs du pays natal.
De mes souvenirs de jadis, j'ai gardé
par-dessus tout le souvenir de la Loire
bleue ! Je regardais, là-dedans, se briser
le soleil ; l'écume qui bouillonnait autour des semblants d'écueil avait des
blancheurs de dentelle qui frissonne au
vent. Elle avait été mon luxe, cette
rivière, el j'avais péché des coquSlages
dans le sable fin de ses rives, avec
l'émotion d'un chercheur d'or.
Elle roule mon cœur dans son flot
clair.
Tout à coup, les bords se débrident
comme une plaie.

« — Au! Gustina!... Ont ses?»
Ges de responsa.
Entret dins la chambra. Sobre lo leit,
dos uelhs redonds, que fiocavon, l'azeimavon.
« — 0 !
gampa ! aqui as la treva !
so faguct. Aoo es ella ! Aoo es bens
ella ! »
Oie, brave monde, acos eras ella.
Aquela caronha de treva n'era mas... un
L abondance des matières nous oblige
à remettre au prochain numéro la suite
des articles de nos excellents collaborateurs Mine Dupain el. M. Busset.

�4

L'ALA HZ A D'AUVERNIIA

chat ! un brave chatonet que lis vezins
avien bailat, lo matin, a la Gustina ?
Lois n'en savie res... Estapauc, quant
veguet aquelh « diable » sens bannas,
veiiguèt fol. Cridet com un iperdut, graupiguet lo chat per la pel de l'escina, et
lo mandet per la Penestra. La paura
bestieta tombct sobre la fenna espaorezida, quez era razada fora, delh long
de la paret. Quant senteguet lis arpions
se ponsar dins sa testa, la Gustina. eu
chamiza, se sauvet per lis charreiras.
Gorreguet, en plorent, tota la nueit.
La chau plager, mis amies : venguet
nescia, amais o demoret la resta de sa
paura vida.
Et tot aoo, bona Viergea, per que ?
Tot bonamen, per so que la Gustina
avie obledat minon despueis lo matin.
En lo clavent elh granier, lh'avia emplit
de lait un d'aquelis topinons un pauc
estreits delh colh, ont, autres oops, se
oozie de tant bona aiga belhida. Lo cha-ton, per biure, avie ben passada la
testa, mas non la podie sortre. Et picava, et ronlava per se dezempeitar...
Quant Lois fazie de brut, la ooarda
bestieta, esoonduda sos l'armagea, se
gardava ben de bolegar. Mas, oomprenés.
l'home n'era pas davalat que la « treva »
escaratava ; et l'home n'era pas jais,
que lo « diable » se levava...
Per achabar, sauprés qu'aquelh conte
es...una historia quez es arribada.
S'o volés pas creire,
An as zo veire...
Jozep CHARBONNIER,
delh « Covize de l'Esoola de Limanha ».

RÉGIONALISME
Le 22 mai, l'Académie des Sciences,
Belles-Lettres et Arts de Clerniont-Ferrand tenait sa séance annuelle pour la
distribution de ses prix.
Ce fut une véritable réunion académique à laquelle rien ne manqua, ni
l'affluence d'élite qui formait un auditoire de choix, ni la qualité des idées
que des orateurs éloquents développèrent
et sur les lettres et sur la vertu, lesquelles sont le produit d'esprits généreusement doués.
C'est en présence des notabilités de
la ville, et entouré d'un grand nombre
de membres de la Gompagnie,
que
M. Pajot, le président en exercice, ouvrit la séance par un discours où, après
avoir exactement situé la place que l'on
donne à la vertu, dans notre société, il
sut, en termes particulièrement heureux,
remercier les bienfaiteurs de l'Académie,
rappeler les principaux faits de la vie
de notre Gompagnie pendant l'année
écoulée, et saluer la mémoire des membres récemment disparus.
Le prix Fernand Mège, qui revenait,
en IQ3I, à la littérature, devait, par son
attribution à Mlle Amélie Mural, donner
à cette sympathique poétesse la suprême
distinction dont dispose l'Auvergne pour
récompenser ceux de ses enfants qui
l'ont particulièrement honorée.
La lauréate et les auditeurs eurent le
délicat régal d'entendre faire le rapport
de la Commission par M. Robert du
Corail, dont les lettrés connaissent le
fin talent et ont encore dans la mémoire les vers évocateurs qui composent son beau recueil « De l'Ambène à
L'Ozolette ». Il sut, en termes exacts et
mesurés, dire tout ce que l'esprit hors
de pair de Mlle Amélie Murât contient
d'exquis, d'émouvant, de douloureux,
d'angoissant. Il montra, sous les cris
d'une âme qui chante dans les larmes,
la torture d'un être n'ayant pu vivre en
totalité l'existence qui devait remplir les
' désirs et les appels d'un cœur de
femme.
L'orateur montra que, si la muse de
la poétesse n'a rien de spécialement
auvergnat, elle reste bien de chez nous
par ce sens de la mesure et de l'art,
si semblable au doux, mais somptueux
soleil de la Limagne aux horizons clairs
nuancés et harmonieux.
Ensuite, pour louer la vertu, étudier
ses sources, ses qualités, ses effets, nul
plus que M. Paul Roux n'était qualifié.
Il nous a prouvé que, si Je Danube
produisait des paysans dont l'éloquence
tendait à décrire dans un excellent langage les plaintes personnelles d'un contribuable mécontent, l'Allioux inspirait
des économistes qui, dans un style non

moins attrayant, savaient tirer de la vie
des hommes des champs des leçons autrement encourageantes et instructives
(pie (elles que La Fontaine voulait faire
entendre au Sénat romain.
Et ce fui. en effet, une suite de tableaux des plus édifiants et des plus
réconfortants que brossa M. Roux, lorsqu'il exposa le mérite des lauréats.
Le prix chanoine Cluzel est attribué
à YŒmvre de Ut Bonn-: Garde, à Clermont ; le prix de Monllaur-Chamerlal,
à la sœur St-Germain, à Lezoux ; le prix
de Tarrieux-Desmanècbe, à Mlle Lanore,
de Blot-l'Eglise ; le prix M. Faucon, à
Mlle Chiron, de St-Dier ; le prix du
Maisniel, à Mlle J. Chassaing, de Marsac ; le prix Chaffraix-Lelong, à la
famille Dumeil-Chelles, de Marsac.
L'orateur sut louer chaque lauréat
ainsi qu'il convenait, et ses études sur
la condition des paysans dans diverses
nations lui aidèrent à montrer ce que
chacun de ces cas devait nous enseigner, et il put, en particulier, fournir
sur les familles nombreuses des vues
et des conseils qui devraient alimenter
les méditations de ceux qui ont à s'occuper de cette base qui porte la patrie.
En somme, cette séance restera parmi
les meilleures que, chaque année, l'Académie offre à l'Auvergne.
Victor GUIDY,
Archiviste de l'Académie de
Clermon i-Ferrand.

A NOS ABONNÉS
Nous remercions nos abonnés de l'empressement qu'ils ont mis à répondre à
notre appel. Leur bienveillant appui nous
permettra de réaliser des améliorations
dont ils seront les premiers à profiter.
Afin (pie « L'Alauza d'Auvernha » ait
bientôt les moyens de paraître sur six pages, nous demandons à tous nos amis de
répandre le journal autour d'eux.
Prière de vouloir bien envoyer le montant des abonnements à M. Antoine Gilbert, 3, Place des Tapis, à Lyon. Compte
ch. post. Lyon, 9.553.

rique — se présente, peu après, chez le
notaire.
Ici se place une fête de village avec
concours de chabret'.es. déclamation, chants,
danses, en un moi] une félibrée, présidée
par le notaire lui-même. \près quoi, ce
dernier reçoit Delcostel et Gustou. La
ferme est vendue, au prix fixé, à l'oncle
d'Amérique — le « tountoun Gustou » —
qui est le &lt;; tountoun » parce qu'il a
trouvé des neveux et des nièces. N'ayant
pas d'autre famille, il se retirera chez l'un
d'eux. Mais, auparavant, il les soumet à
une épreuve dont sort, à son avantage sa
nièce Zanicou, tandis que les autres n'ont
montré que mauvais cœur et amour de
l'argent.
« Tountoun Gustou », pour récompenser le bon cœur et le désintéressement
de Zanicou, prendra la « retirada » chez
elle, et la fera son héritière, car il est
plus que millionnaire...
Sur cette intrigue toute simple, Louis
Debrons a brodé ffoîs—actes qui présentent beaucoup d'intérêt et dans lesquels
se retrouve la couleur locale. Les chants
qui composent le deuxième acte, la fête
de village —■ l'acte central — s'inspirent
agréablement de la musique populaire.
Cette pièce est un essai heureux dont on
doif féliciter le félibre-compositeur Louis
Debrons.
Henri GILBERT.

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— Nous prions les secrétaires d'amicales de

LUNEIRA

vouloir bien envoyer les communications relatives à leurs sociétés à M. H. Gilbert, 42 rar de»

« Les Contes de la Luneira »,

Salins, Clermont-Ferrand.

par

Henri Gilbert, Illustrations de G. Moiselet, sont sur le point de paraître. On

JEUNE FILLE sérieuse,

ne les trouvera pas en librairie. Il faut

instruction,

se hâter de souscrire en envoyant 2 5 fr.

deuse.

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(édition ordinaire) ou

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demande

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bonne

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ven-

Ecrire au journal qui transmettra.

luxe) à rimprimerie « La Haute-Loire »,
23,

Puy

(Ilte-

Loire). Compte chèques^postaux :

Boulevard

Cler-

mont-Ferrand

Louis Debrons a publié aussi des recueils de musique fort estimés, notamment « Chansons auvergnates ». On peut
s'adresser directement à lui-même, a, rue
Croumaly, Aurillac (Cantal).

Carnot,

Le

Le Gérant : H. GILBERT.
Le Puy.

io5-g2.

Imp.

—

«

La Haute-Loire ».

L'AUVERGNE » de LYON
Nous publierons, dans notre prochain
numéro, les comptes rendus de la grande
fêle du 7 mai, qui eut un immense succès,
de la séance de Publicité à laquelle collabora « L'Alauza d'Auvernha », et du banquet du 12 juin, présidé par M. Albert
Buisson.

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Pour les vacances.
Il est temps de prendre ses dispositions
pour les vacances. Ceux de nos amis qui.
désirant venir en Auvergne, ont besoin
de renseignements concernant hôtels, pensions de famille, appartements et chambres meublés, peuvent s'adresser à M. Henri Gilbert, 42, rue des Salins, ClermontFerrand (Joindre 1 fr. en timbres pour
les frais de correspondance).

LES LIVRES
Louis DEBRONS. — « Lou tountoun Guslou », pièce en trois actes. Préface de
Jean Lhermet (éditions de « Lo Cobreto »,
Aurillac, ig3i).
Les félibres du Cantal s'emploient, non
sans succès, à combler une lacune que
l'on a souvent déplorée, chez nous : le
manqué de pièces en dialecte.
Ce n'est pas que la matière fasse défaut,
ni que
les
félibres
manquent
des dispositions requises. Mais, on doit
le constater, nos écrivains en dialecte —
tout comme les écrivains- en français —
étaient peu enclins à mettre des sujets à
la scène.
Depuis quelques années, 1'« Escolo Oubernhato &gt;: apporte uni heureux éhangemenl, et il faut convenir que Louis Debrons, E. Pagès, l'abbé Mathieu ont été
bien accueillis du public, ce qui est fort
encourageant.
Le bon félihre Louis Debrons, qui est
doublé d'un excellent musicien, vient de
publier, en dialecte d'Aurillac,
« LiOU
Tountoun Gustou ».
Un « couarrou » (propriétaire d'un domaine) nommé Delcostel, a un fils qui
est allé faire ses études de médecine, à
Paris. Malheureusement, ce fils mène si
joyeuse vie que les écus glissent entre ses
doigts et qu'il fait dette sur dette, si bien
que, peu à peu, les revenus des parents
sont épuisés... Les huissiers menacent...
Encore quinze jours, el. si les dernières
dettes du prodigue ne sont pas payées,
le bien sera saisi...
Delcostel, désolé, se rend chez le notaire Contogrel, pour le prier de trouver
un acquéreur pour sa ferme qui vaut, qua^
tre cent mille francs, car 'la mauvaise conduite de son fils le remplit de honte, et
il a décidé de quitter le pays.
Un inconnu — Gustou Potèle, paysan
de la paroisse qui a fait fortune en Amé-

Lundi M mai. le .Groupe Artistique auvergnat, d'Aurillac. dirigé par îe félibremusicaire Louis Debrons, a prêté son concours à la manifestation régionaliste organisée par le Syndical d'Initiative de MaursÎa-Jolie, à l'occasion du passage, dans cette
ville, d'une caravane touristique.
L'annonce d'une félibrée-concert avait
séduit le public maiïrsois ; aussi bien, la
vaste salle de l'hôtel Clamagirand, gracieusement mise à la disposition des organisateurs, était-elle trop petite pour contenir
les nombreux auditeurs et dut-on, à regret,
refuser du monde.
Pendant plus de deux heures consécutives, des œuvres des poètes el des musiciens
du terroir furenl radiodiffusées par le
poste Toulouse-Pyrénées.

JEUX FLORAUX
Les Jeux Floraux de l'Escola de Limanha, comprenant deux sections (langue d'oc et langue française) sont ouverts
dès à présent.
Le sujet du concours scolaire a déjà été
publié dans les journaux.
Adresser les manuscrits, en deux exemplaires, à M. B. Vidal, à Lezoux (Puy-deDôme).

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Visite médicale gratuite tous les deux ans.

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ENTREPRISE PRIVEE REGIE PAR LA LOI DU 17 MARS 15

L'ALAUZA D'AUVERNHA
L,K

PUY

(HADTK-LOIBK)

BULLETIN D'ABONNEMENT

FETES CELTIQUES
Le Collège des Druides. ISardes el Ovales de Bretagne tiendra ses assises annuelles dans là forêt de Talhoët, près de Pontivy (Morbihan), le 3o juillet 1982.
A cette occasion, de grandes fêtes celtiques auront lieu L· Ville de Pontivj,
pendant S jours (du 28 au 3i juillet).
Les organisateurs invitent spécialement
les félibres d'Auvergne. S'adresser
au
Commissaire général, M. Frotté, à Pontivy.

COMPAGNIE

'

CELUI DES CONNAISSEURS

LA CITE,
NOS SOCIETAIRES

OATJTXJIS

Je soussigné, déclare souscrire
D'AUVERNHA, à partir

du

un- abonnement

domicile

à L'ALAUZA

:

Au nom de M
profession

d'un an

■

_

___

_.
,

Bureau de poste d

Un ;in : France, 15 fr. — Etranger, 25 fr
10 fr. .pour les sociétaires du « Covize de l'Escola de Limanha ».
des

Envoyer ce bulletin en y joignant un chèque-postal
Tapis, a Lyon. — Compte Chèques-Postaux 9-553.

à

M.

ANTOINE

GILBERT,

3,

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              <text>L'Alauza d'Auvernha : organe de la Maintenance d'Auvergne et des sociétés auvergnates à Paris. - 1932, n°39 (Juin)</text>
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              <text>Gilbert, Henri(1874-1955), Directeur de la publication</text>
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              <text>L'Alauza d'Auvernha (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12715"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>2016-03-15 Joanna Cassoudesalle</text>
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              <text>L'Alauza d'Auvernha. - 1932, n°39 (Juin) </text>
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