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                  <text>QUATRIEME ANNEE. - N° 32.

Le numéro mensuel : 1 fr. 50. Etranger : 2 fr. 50.

NOVEMBRE 1931.

COMITÉ DE RÉDACTION :

DIRECTEUR-GÉRANT :

M. BIJSSET.
A CASATI.
0. f:ilACORNAC.
J. CUAUBONN1EH.
1) A. DE LA NEF.

Henri GILBERT
42, Rue des Salins,
Clermont-Ferrand

L. DELIIO-TAL.

L. l'ARGES.
J. JÍREYCKNET,
Il GILBERT.
A
r.lLIÌERT.
V
r.U'IDY.
l&gt;. y À M ET.
E MARCENAC.

Administration :
Imprimerie
LA

HAUTE-LOIRE

23,

Boulevard

Carnol

lie Puy-en-Velay

L

M AURA NN RS.

NOUr.EIN.
pAliENEL.
-Ci E. l'ESSEMESSE.
M "e RAOUL DUPA1N.
F. ROCHEZ.
b E ROUX
Mlle IS liOZIES.
P SABA.TIER.
.1 TESTUD.
M

j

Chèques-Postaux :
176 81
Téléphone :

,e Puy : 1-32

L

W&amp;mU* la MAINTENANCE 4'AWERCNt «I des SOCIETES AUVERGNATES â PARIS-

BUVONS DU VIN!
DE LA CHAISE-DIEU A BRIOUDE, A AMBERT ET AU PUY

Il est, sans doute, superflu d'adresser
ce conseil à des Auvergnats, habitués
qu'ils sont, voici belle lurette, à s'abreuver de cette « nectarique, delitieuse,
pretieuse, celeste, joyeuse, deificque liqueur qu'on nomme le piot », selon
Rabelais. Mais il faut croire, cependant,
que beaucoup de Français boudent devant la dive bouteille, puisque le produit
de la vigne reste invendu et que le
gouvernement pousse le cri d'alarme,
par la voix du ministre de l'Instruction
Publique.
M. Mario Boustan, qui est de l'Hérault, pays grand producteur de vin,
vient d'adresser aux membres de l'enseignement une circulaire dans laquelle
il leur recommande d'intensifier la propagande en faveur des vins de France.

Conférence faite au
Par M.

COVjZE

C. CHACORNAC,

DE

VESCOLA

« Ici dit le ministre, 'es maîtres sont sur u;i terde Pasteur, l'occasion est offerte à l'homme de

Monsieur le Président,
Mes chers compatriotes,

de s'en déshabituer, le client perdu pour le vin
est un client gagné pour l'alcool, ou, ce

qui

Je ne suis pas sans inquiétude. J'ai
dû, cette après-midi, penser sérieusement
à ce que je vous dirais ce soir. Et, tout
de suite, m'est apparue, mais trop tard,
l'imprudence que j'avais comini-e le jour
ou je m'étais Tàîssé pêfsuàdër par la loi
ardente de M. Henri Gilbert que rien ne
vous était indifférent de ce qui touchait
à la géographie ou à l'histoire des plateaux qui s'étendent entre Dore et Allier,
voire entre Loire et Allier.
Mais comment vous intéresser une heure à des événements simples comme la vie
primitive, à des impressions communes
et grises, et mêmie aux histoires entendues dans la diligence de La ChaiseDieu au Puy ou à Brioude, que seule
une imagination d'enfant a pu vêtir de
lumière et de réalité ?
Devant, vous, qui avez entendu, icimême, la voix évocatrice de M. Gandilhon Gens-d'Armes chanter les poètes
de chez nous ; devant vous qui avez
écouté ensuite la conférence où M. Auguste Casati, avec une abondance de
documents, une précision, une éloquence
que vous avez goûtées, a étudié Les belles
églises de l'arrondissement de Brioude,
— il est au moins osé de venir simplement égrener quelques souvenirs d'adolescence.
Mais ils évoquent des lieux que plus
d'un, parmi vous, a aimés comme moimême,-— des espaces ouverts à tous les
vents du ciel, où la nature garde quelque chose des rudesses saines qui ont
l'ail à ceux de chez nous une âme forte,
dont la vie n'usera jamais tout à fait
la faculté de s'émouvoir et de sentir.

est pis encore, pour la morphine, l'héroïne, la
cocaïne, la belladone et autres drogues infâmes...
Quel dommage de perdre, dans notre chère France, tout le terrain que le vin avait gagné, surtout depuis .a guerre, toutre soi perniri -ux ri»al!
&lt;; Il me semble, conclut M. Roustan. qu■•. h&gt;:il
cela, il est du devoir des éducateurs de l'enseigner

aux

générations

qu'ils

veu'.ent

préserver

contre les périls qui les attendent... »

Tout cela est bel et bon, et l'on ne
saurait qu'y souscrire. Mais que ces instructions aux membres de l'enseignement
contrastent avec celles qui leur étaient
données, avant la guerre ! A-t-on assez
prêché, sur les modes lyrique et tragique, à l'instigation des puritains haut
placés, et, sans doute, trop bien placés,
le danger des « boissons alcooliques »,
et nommément du vin ?
A-t-on fondé assez de ligues, sociétés,
« restaurants sans vin » pour étudiants,
jeunes filles, adeptes de l'Armée du Salut et buveurs d'eau de tout poil, « ètiques, pasles, et morfondus » ? A-t-on
assez répandu, dans les écoles, les tristes
« manuels d'antialcoolisme » où les
méfaits de l'alcool et du vin étaient
enseignés sous forme de lectures, rédactions et même de problèmes de ce genre :
« Un ouvrier boit, chaque jour, un
litre de vin; à o fr. 45. Combien économiserait-il, par an, s'il ne buvait que
de l'eau ? »
Ces âneries malfaisantes, encouragées
en haut lieu, étaient aussi en faveur
auprès de bien des médecins :
«
«
«
«

Au voisin, de fiebvre mourant.
On taisait boire eau de bie (cruche)
Hélas! vous me tuez, disait-il, en pleurant:
Me defendre le vin, c'est m'arracher la vie! »

Mais, après avoir dénoncé le vin.
on s'est aperçu qu'il faudrait bientôt
arracher aussi les vignes.
Tel est le beau résultat auquel est
arrivée l'incurie de nos gouvernants, lin
résumé, après avoir laissé mener contre
le vin une campagne peut-être intéressée,
ils nous invitent, aujourd'hui, à boire
les pots invendus.
—A la vôtre ! monsieur Roustan, s'il
ne s'agit que de trinquer. Mais nous
discernons très bien qu'il faudra payer,
et, donc, que vous nous invitez à nous
charger d'un impôt suplémentaire. Merci bien !
Que l'on défende mieux nos intérêts,
à l'avenir, et, quand cela nous chantera,
nous ferons comme, nos pères qui « beurent et vidèrent les pots » !
HENRI GILBERT.

.

C'est sur ces baules terres qui s'étendent des Deux-Frères ou de Saint-Eloila-Glacière, et de Roche-Savine à FixSainit-Geneys ou à la Potence d'Allègre
ét à Beflevtue-la-Mohtagne, que la beauté
s'est révélée à mes yeux d'enfant, que
j'ai senti, pour la première fois, l'enthousiasme des espaces et l'admiration dilater ma poitrine.
Ce plateau du Livradois incliné vers
le sud — coupé comme à la hache par
cette cassure de Saint-Sauveur où s'est
précipitée la Dore, — redressé brusquement vers les Guillaumanch.es et la Chapelle-Geneste, — prolongé par-delà La
Chaise-Dieu vers le Velay par des pentes
plus douces, — ce plateau a gardé longtemps le charme prenant des terres vierges qu'ont façonnées lentement l'usure
des siècles et le long effort de l'humanité.

LA

Proviseur honoraire du

rain solide. Quand, pour reprendre l'expression
se déshabituer du vin, ou quand il est contraint

DE

N'y cherchez pas les pics vertigineux.
Des Deux-Frères au volcan de Bar, devant Allègre, l'altitude moyenne est de
900 mètres. Les points culminants de la
Roche-Savine, qui domine la vallée de
la Dore, — de Lamandie. qui domine
la vallée du Doulon, — du Calvaire de
La Chaise-Dieu et de Chanlelauze qui
dominent la haute et basse vallée de la
Senouire, atteignent i2o5, n36, in5 et
1198 mètres. La Loire coule à 620 mètres, près du Puy ; l'Allier, près de Brioude, à 43o ; et le lac de la période glaciaire, qui •couvrait la plaine du Livradois, était à 600 mètres.
Ici, pas de cîmes dénudées, rien de
la tristesse rocailleuse et grise des planèzes volcaniques du Velay ou du Cantal. Tout est frais, tout est vert, tout
retient le promeneur attentif que le
charme de la nature vivante émeut encore.
Des Deux-Frères, il voit se dérouler
devant lui la chaîne des Puys, du plateau
du Cézallier au cratère de Volvic. Des
Bois-Noirs de Roche-Savine, de Ladoux,
entre Aix-la-Fs.yette et Saint-Germainl'Herm, il voit à l'horizon lé* Mézenc et
le Gerbier-de-Jonc que le soleil, en s'inclinant, revêt d'une gaze légère et mauve.
Près de la maison du Garde, à droite
du chemin qui va de Fournols aux
Deux-Frères et à Echandeiys, il admire
un amoncellement de blocs erratiques
qui 'atteignent deux fois la taille d'un
homme ; au pied de la Garde, pointe
extrême au sud de la forêt de Lamandie,
à 5oo mètres à gauche du chemin (G.
C. 20) qui va de La Cbaise-Dieu à Fontannes par Coniiangles, Intranges et
Montclard, il trouvera une belle pierre
branlante que le patois du pays appelle
« La Basteira », et, tout à côté, une
énorme roche à écuelles, la « Roche Martine », qui attestent, sans doute, le travail de la période glaciaire.
Mais rien n'égale la fraîcheur et le
charme des vallées profondes qu'ont creusées doucement dans ces hautes terres
granitiques les multiples écoulements du
glacier primitif qui couronnait les crêtes
de blancheurs.
Ce sont la Dolore et la Dore qui, d'abord parallèles, tournent à gauche pour
se rapprocher et s'unir au-dessus "d'Ariane, après avoir reçu les filets d'eau de
Bonneval et de Malvières. Tout près d'elles, au départ, le Doulon a isu décider les
ruisselets des bois de St-Germain-l'Herm
à gagner Saint-Vert, Laval et St-Didier,
à travers les gorges d'une beauté égale
à celle de bien des sites à réclame, pour
aller se marier, sous te vieux château
de Domeyrat, à la Senouire tortueuse qui,

LIMANHA,

à

Paris

Lycée Condorcet

née dans les pâturages die Ghelles et des
Brayes, tourne autour de La Chaise-Dieu
pour gagner St-Pal, Josat, Paulhaguet,
Lavaudieu et la Bajasse, chère aux Brivadois.
Et c'est la Borne aux deux branches,
qui vont, l'une — celle de l'Est — de
ia pénéplaine de la Souchevre et de
Félines, l'autre — celle de l'Ouest — des
sous-bois de Sembadel-Gare et de l'étang
de Malaguet, se rejoindre près de Darsac
pour recevoir le Bourhouilloux au-dessous de la Bochelambert, et, par le
défilé des Estreys, baigner le pied de la
Denise, puis, tournant résolument à
gauche, aux orgues d'Espaly, courir à la
Loire par Aiguilhe et Montredon.
Leurs eaux claires, peuplées de truites
et de tacons, d'écrevisses, d'avocats ou
de goujons, se précipitent à l'envi vers
le Sud. Mais, tout à coup, les grandes
pentes descendues, un plissement transversal les arrête, et, docilement, elles
prennent à droite ou à gauche pour
gagner l'Allier ou la* Loire ê"t s'en aller
vers le Nord avec elles.
Allez voir cela quand vous aurez deux
semaines de loisir. C'est plus facile
qu'autrefois. Sur les grands chemins,
l'autobus a remplacé la diligence, et,
pour votre fantaisie, vous trouverez partout des automobiles. Mais, pour que
vous ; oient révélées plus sûrement toutes
les merveilles de ce beau pays," allez
à pied où le chauffeur ne peut passer.
Cela est sain, et je sais des recoins dont
la découverte vous paiera de votre peine
au centuple, comme Dieu le Père ou
la Trinité, sous la vieille tour de Cussac,
près de Montclard.
*
**
C'est un site désertique, mais à l'horizon large, de ce plateau (pie choisit
saint Robert, un jour de l'an io/|3,
pour y fonder d'abord un ermitage qui
devait, aux siècles suivants, devenir une
des plus riches abbayes qui existèrent
jamais : La Chaise-Dieu. Les hêtres et
les bouleaux couvraient le pays. Les
habitants étaient rares et clairsemés. Les
moines défrichèrent et fixèrent autour
d'eux, sur les parties fertilisées, des
fami les qui, iité:essées à produite, prospérèrent vite . Dans tout le pays, ils
créèrent des chapelles comme la Trinité,
Saint-Pal-de-Murs, Saint-Vert, Laval ; ou
des prieurés comme Malvières, Fournols,
St-Priva'-d'Allier, St-Mauiiie-rle-Roche ;
voire des chapitres et des abbayes filiales comme Blesle, Chanteuges, Dunières.
De bonne heure, ils établirent des
intendances comme celles de Montrecoux,
de Vieille-Guerre, de Barlière, ou des
procures comme celles de Mayres ou des
Àstiers, Ainsi, ils mirent le pays en
valeur et l'organisèrent, construisant partout des fermes bien protégées, plantant
des allées de hêtres qui subsistent encore,
créant des moulins où l'on écrasait les
faînes pour faire de l'huile, le seigle
pour faire de la farine. Plus avait crû
la puissance des Abbés de La Chaise-Dieu,
plus avait grandi la prospérité du pays.
M. A. Casati voup a dit comment l'Abbé
Pierre Rogier de Beaufort. devenu pape
sous le nom de Clément VI, fit commencer l'église actuelle par l'architecte HuI gues Morel, aidé de Pierre Falciat et de

Pierre de Cébazat; comment l'œuvre fut
achevée en 1878, grâce aux subsides
de son neveu, moine de La Chaise-Dieu
comme lui, devenu pape, à son tour, sous
le nom de Grégoire XI.
Des routes s'étaient ouvertes vers
Brioude, par Champagnac-le-Vieux, vers
Ambert et vers le Nord, par Ariane, vers
le Monastier et vers Pradelles, par Le
Puy, d'où l'on gagnait la vallée du
Bhône, Valence et Avignon.
Ce sont les routes que suivaient les
chaises de poste, et, plus tard, jusqu'à
la fin du XIXe siècle, les deux diligences
qui reliaient La ChaiseTDieu à Brioude,
à Ambert et au Puy.
Toutes deux appartenaient à la imaison
Sauron, dont les remises et l'hôtel, devenu maison familiale, existent encore,
sur la route « d'en haut », comme on
dit à La Chaise-Dieu. Rien ne les anime
plus. Mais il fut un temps où la vie y
était intense, de nuit et de jour.
C'est de là que partait, à 2 heures
et demie du matin, la diligence de
Brioude, où l'on arrivait vers 7 heures.
On en repartait à 10 heures et demie
pour être à La Chaise-Dieu à 3 heures.
Partie d'Ambert à 10 heures et demie,
l'autre diligence déposait et recevait dépêches et voyageurs à La Chaise-Dieu,
à 3 heures, et arrivait au Puy* à 9 heures du soir, pour en repartir le lendemain matin. Sur ce parcours, l'équipe
était double, aux temps héroïques.

Ces deux 'diligences ont tenu une
grande place dans ma vie d'enfant.
J'étais né à Laval, j'ai grandi à Connangles. Ma nourrice, qui longtemps m'est
restée chère, habitait Jaladif, tout petit
hameau sur la rude côte qui monte du
pont de Laval à Champagnac-le-vieux.
Des amis très sûrs de mon père et de
ma mère, qui me firent hériter de l'affection qu'ils avaient pour eux, habitaient
Saint-Vert et Champagnac. Mon grandpère demeurait aux confins de l'Ardèche,
entre Pradelles et Langogne. J'ai fait
mes études secondaires au Puy. Après
avoir été la joie de mon enfance, la diligence fut comme la maison roulante de
mon adolescence. Je lui dois ma première expérience de la vie extérieure. C'est
sur les grands chemins, au bruit des
grelots du "limonier", que j'ai ouï conter
les histoires, gaies ou tristes, souvent
troublantes, toujours singulières, qui devaient éveiller ma curiosité, la fixer plus
particulièrement sur notre pays, donner
à ce pays une physionomie aux lignes
nettes, me le faire aimer tel qu'il est
plus que tout autre au monde.
Je n'oublierait jamais l'enchantement
de mon premier voyage au Puy. J'avais
six ans. Mon père l'avait décidé un matin d'août 1868. Nous allions y coucher,
et, le lendemain,! à 2 heures, la diligence
de Langogne devait nous conduire à
Pradelles. M. Pellet, l'éminent notaire
de la Chaise-Dieu, partait aussi : la
session du Conseil Général s'ouvrait le
lendemain ; M. Pellet et mon père
montèrent dans le coupé avec un Monsieur dont j'ai su, plus tard, qu'il voyageait, ce jour-là, incognito : c'était Jules Maigne.
(A suivre).

�L'AL AU Z A D'AUVERNHA

2

COSTUMES DE LA HlIiEYRE

Les Arts
CLERMOJNT-FERRAND
Inauguration
d'une nouvelle salle d'art régional
Samedi 17 octobre avait lieu l'inauguration des . nouvelles salles d'exposition au Musée Bargoin, à ClermontFerrand.
Pour le vernissage, des personnalités
clermontoises et les amateurs d'art
avaient été conviés. Ils ne firent pas
défaut. MM. Demai, adjoint, Desdevises du Dézert, Doyen honoraire de la
Faculté des Lettres ; les peintres Maurice Busset, Conservateur-adjoint du Musée, Jean Chalus, de Thiers ; le sculpteur Raoul Mabru, de Rojat ; R. Bonnefoy, Rédacteur en chef du « Moniteur », G. Saturnin, Rédacteur en chef
de « En Auvergne » ; notre ami Henri
Gilbert, Directeur de « L'Alauza d'Auvernha ».
M. Maurice Busset, avec une sûre érudition et une connaissance parfaite du
passé artistique de notre province, faisait les honneurs de la nouvelle salle
où il occupe, d'ailleurs, une des meilleures places.
Les toiles exposées sont réparties en
deux groupes : les peintures anciennes
et les modernes. Il y a, parmi les premières, une ample moisson et comme
la synthèse de tout le passé pictural
de l'Auvergne. Nous avons noté de.bien
jolies vues d'Egypte, de Marilhat. des
dessins de Berthon (offerts au Musée
par Pierre Mamet), un projet de monument à Vercingétorix, de Bartholdi, le
portrait de Morny par Robert ; un portrait du duc d'Orléans offert à d'Espinchal, de Ballainvilliers ; de Chalonnax, par Loooq ; de Guérin-V6rand,
par lui-même, et celui d'un conventionnel ; un charmant portrait de jeune
fille, par de Tours, et deux autres portraits de M. et Mme Morel-Ladeuil.
Parmi les contemporains, citons, au
hasard, des paysages du Livradois, par
Mirguet et Angeli ; des médailles et gravures sur bois de ce dernier ; des œuvres de Beissac, Jean Chalus, Chadel,
Victor Fonfreide, Garmy, Baron, Clémensac, Pérouse, Viennet, Cheyron, Madame Dodel-Faure, l'abbé Boudai, Bonneton, J. Chaleyé, Alfred Lavergne, Jaffeux, Trochain, Maillard, etc.
Busset y expose un « Enterrement en
» montagne », une « Foire d'Aurières »,
une jolie vue du lac Chambon, au crépuscule, et d'autres toiles où se manifeste le talent si particulier du maître.
De jolis paysages d'hiver, de Baron, un
portrait de Pourrai, par Angeli, et une
foule d'autres œuvres complètent cet ensemble capable de soutenir brillament la
comparaison avec bien d'autres.
A.

BLANCHET.

« LA COV1ZADA &gt;
en dialecte brivadois
avec une traduction française et des
notes étymologiques
par Henri GILBERT,
est le recueil des vieilles légendes que
nos aïeules contaient dans les covizes.
Il doit être dans toutes les bibliothèques.
En vente : au Puy (librairie Boitaud,
boulevard Saint-Louis) ; à Lyon (librairie Badiou-Amant, 7, rue du Plat) ;
à Brassac-les-Mines (Librairie
Rapp) ;
à Clermont - Ferrand
(Librairies de
« L'Avenir », rue Blatin, et Guidât, Arcades de la Préfecture) ; à Royat (librairie « A la Plume d'Or ») ; à Paris
(librairie Occitania, 6, passage Verdeau,
et chez l'Auteur).
Prix : 12 francs (franco, i3 fr.).

Photo M. Vincent.

AURILLAC
Le XVe Salon des Artistes eantaliens

coupure brusque. Il aime la douce mélancolie des vieilles choses, nos vieux
■ chemins où s'éternisent l'ombre et le
silence ; les jeux et les caprices des eaux
fugitives. Il a mis son âme dans ses
tableaux. Dans son remarquable Retour
au bercail, qu'a la bonne fortune de
posséder Mlle Labertrandie, avec son
troupeau de moutons groupés devant la
silhouette de la vieille bergère et la
pauvre chaumine, c'est la plus douce
évocation qu'on puisse faire d'un soir
d'été où l'on croit sentir passer et rôder
les tièdes haleines parfumées de la terre
d'Auvergne. Le Salon contient de lui
dix-huit tableaux qui font partie de son
fond d'atelier, mais bien dignes d'être
exposés.
Ce grand artiste est un modeste, un
tendre, qui n'a vécu que pour son art.
Il convient de saluer ce probe artiste
avec le plus grand respect.
Son fils, M. Marcel Capitaine, n'est
pas de l'école de son père. C'est un
véritable caricaturiste doublé d'un talentueux peintre plein de visions fantastiques. Il peut heurter le goût des gens
qui n'aiment que les choses admises,
mais les initiés comprendront qu'il y
a en ce jeune homme un grand artiste
qui doit travailler avec une facilité extraordinaire.
Certains visiteurs crieront peut-être devant ses toiles aux influences littéraires,
mais son Jeudi. Saint et sa Porte entr'ouverte sont là pom- affirmer que leur
auteur peut s'évader, quand il le voudra,
de toutes ses influences. Et le caricaturiste ? Peut-on observer les déformations
du visage humain, certains traits qui
font songer à des figures bestiales, tous
les vilains remous qui montent de l'âme
humaine avec plus de précision et de
caractère ? Nous ne le pensons pas.
Victor Fonfreide, le peintre et le dessinateur impeccable, le plus personnel
de nos artistes et qui restera inimitable
pour reproduire certains vieux types auvergnats, certains types qui disparaissent,
Fonfreide, dont l'œuvre déjà considérable, sera un jour un véritable document
physique et vestimentaire, a rehaussé
cette exposition par Fenvoi de quelquesunes de ses œuvres, Foire en Auvergne,
Coin de marché, mie œuvre maîtresse
de ce peintre dans laquelle il a collectionné une série de rustiques poteries
du pays. C'est le tahleau d'un maître.
Il faut remarquer l'attitude del torrolier,
du marchand de toupins. Quelle impression de grandeur et de simplicité produit également son Labour !,Ce sont des
choses que le peintre a vues et qu'il faut
admirer. Fonfreide connaît le visage de
nos vieilles pierres aussi bien que celui
de nos vieux paysans. Il a compris
qu'elles ont été créées pour défier les
siècles, pour braver la foudre : Il faut
voir sa Place de Salers.
Maurice Busset, dont la réputation a
également franchi depuis longtemps les
frontières de l'Auvergne, a exposé tout
un choix de ses œuvres. Ce coloriste
merveilleux, qui a l'air de tout attendre
de la couleur, noufs a toujours fait l'effet d'un grand visionnaire, ou d'un
grand imagier du temps passé. Nous
fûmes conquis par les premiers dessins
que nous avons vùs de lui dans la revue
La Montagne, ses bûcherons géants terriblement musclés et dont les forêts
avaient tout à craindre. Depuis, l'artiste
a fait son chemin. Mais il a toujours
conservé sa vigueur et sa fougue dans
ses compositions hâtives ou travaillées
longuement. Son Arc-en-Ciel et son Vieux
Royat sont de larges compositions où
l'art moderne s'unit, semble-t-il, à l'Ecole
de Barbizon. Une erreur peut-être. Sa
Jordanne près de Mandailles est un délicieux sous-bois, plein de fraîcheur, au
dessin et au coloris juste et précis ; une
très jolie chose qui a beaucoup de relief. Maurice Busset est un peintre particulièrement cultivé, qui connaît ses classiques en peinture. Ce n'est pas un reproche. Ce grand amoureux de la couleur, qui vise à l'enchantement des yeux
avec ses bleus, ses rouges, ses verts
luxuriants, a rapporté du Maroc des
peintures qui prouvent que leur auteur
peut s'évader de son cercle habituel.
Il n'est pas étonnant qu'il ait ses œuvres
dans nos grands musées.

Lorsqu'il fut question d'organiser l'exposition des Artistes eantaliens, l'auteur
de cet article, d'accord avec d'autres
membres présents, proposa au Comité
de faire appel pour le « vernissage »,
comme cela se passe à Paris et dans
quelques grandes villes, à une personnalité du Massif Central qui, en dehors
de la politique, se serait particulièrement
intéressée à la cause des artistes. Les
personnalités ne manquaient point. On
prononça le nom de Clémentel, artiste
peintre lui-même, celui de A. de Monzie,
notre voisin également. Soit par crainte
des susceptibilités locales, soit pour d'autres considérations, le Comité préféra
s'en tenir à. sa discrétion habituelle.
Nous connaissons pourtant pas mal
d'exposants qui l'ont franchement regretté. En effet, devant tant d'effort,
devant tant de persévérance, en un mot
devant un salon aussi intéressant que
pourraient envier de plus grandes villes
qu'Aurillac, nous regrettons que cette
manifestation artistique n'ait pas été placée sous la présidence d'une personnalité pour attirer du monde.
La nature humaine a besoin de grands
bergers : « Le roi ne peut pas être un
imbécile. Donc ce qu'il trouve de beau
doit l'être. » Et nous savons tous que
les roitelets sont nombreux dans les
démocraties. C'est ainsi. Mais il faut
tâcher "d'être bref tout en n'oubliant...
personne. Besogne peu aisée. Il y a hien
une cinquantaine d'exposants et plus de
trois cents envois.
Dès l'entrée, ce sont des tableaux
d'Emile Rollier qui s'offrent au regard.
Emile Rollier est un jeune peintre de la
montagne qui a tenu plus que des promesses. On ne serait pas étonné que
l'Auvergne eût un jour un grand peintre
avec lui. On ne pourra pas lui reprocher
par exemple de manquer de couleur locale. Ses monuments construits en pierre
volcanique et patinés par le temps ne
peuvent être situés nulle part qu'en Auvergne. Détaillez son Eglise de Cheylade
de l'époque ogivale ; le Château d Escorolles avec sa puissante tour chaperonnée, défiant les siècles, appartenant à
M. Eugène Pagès. De ce peintre également, un bel Effet de neige dans la région de Conclat, évoquant avec son ciel
lourd et agressif la désespérante et monotone solitude hivernale de nos montagnes où souffle « l'écir »' qui pince.
Si Emile Rollier excelle dans l'art de
rendre, avec la fermeté de son dessin
et de son coloris, les rudes et âpres paysages de l'Artense, il n'en a pas moins
exposé deux marines qui ont permis à
leur auteur d'utiliser toutes les ressources de son art.
Notre peintre animalier Coutisson des
Bordes, dont la critique parle peu, ne
mérite pourtant pas d'être passé sous
silence. Les caniches sont en général
ses sujets préférés ; il sait saisir toute
la mélancolie de leurs yeux bons et
interrogateurs ; il sait aussi rendre toute
la longue, toute la souplesse de leur
corps dans une course à la curée. Mais
ce genre, qui ne demande pas une
grande richesse à la palette, n'attire
pas la majorité des amateurs.
Avec Louis Capitaine, le dévoué Président des Artistes Cankiliens dont il est
l'âme, nous abordons un autre genre.
M. Capitaine est pour l'instant notre
Et. MARCENAC.
véritable paysagiste à la forme classique.
(A suivre).
Dans ses tableaux il a mis toute la
délicate et tendre poésie de notre terroir.
Chez lui, rien de brutal, rien de heurté,
Voir en quatrième page nos maisons
rien pour choquer dans l'harmonie des recommandées. Nous prions nos leccouleurs, chose de plus en plus rare de
nos jours. Chez lui c'est la gamme ascen- teurs de leur réserver leurs commandes.
dante ou descendante des couleurs sans |

VER II! IL
Journée de décembre ou de janvier.
La -neige tombe molle et collante. Tout
disparaît sous la couche qui s'épaissit
d'heure en heure. Les chemins s'encombrent, les arbres fléchissent sous la
charge, les maisons s'estompent dans
la gangue amorphe qui déborde des
toits et semble couler en noyant les
angles, les creux et tous les détails. Le
village lui-même est devenu un village
lapon, à peine marqué par quelques
façades noires et les fumées des cheminées.
La vie s'éteint partout ; seuls, quelques villageois, casquette rabattue sur
les oreilles et les guêtres fixées aux
sabots par des liens de paille, essayent
de maintenir libres de rares pistes pour
eux et leurs animaux.
La nuit tombe vite : les dernières
« vaccades » reviennent de l'abreuvoir
à pas feutrés dans la neige cotonneuse,
le poil hérissé, la tète inclinée fuyant"
l'averse. Le vacher, les mains aux poches,
le bâton sous le bras, le dos rond et
la tête dans les épaules ferme la marche,
avec son chien qui suit au pied, la queue
basse, le corps transi. Les portes se
ferment ; on tire la barre et on calfeutre : précaution contre le froid et contre le loup qui viendra, une de ces nuits,
flairer les étables, à la recherche d'un
chien rôdeur, d'un chat, d'un nœud de
corde, au besoin. Son nez pointu,
braqué à la chatière, fera ronfler les
ruminants et hurler les chiens. Le len-,
demain, nous trouverons sa piste marquée par deux griffes piquées en avant
du coup de talon à peine appuyé. «'Il
est venu par là, le faignant ! » s'écriera
le berger, un peu effrayé.,
Tout est clos : nul bruit dans la
campagne. Si le hibou miaule, si un
chien jappe une dernière fois, leur voix
semble lointaine, car tout écho est mort,
éteint par la neige.
Qu'on était bien, à ce moment, dans
ma chaude cuisine au plafond bas, aux
solives noircies, assis tout près du grand
feu de bois dont les lueurs sont reflétées par la vaisselle du dressoir de chêne
aussi' vieux que la maison. C'est le moment clu repas du soir, repas frugal,
mais solide. Qu'on en juge : une soupe
épaisse avec pommes de terre, choux,
poireaux, le tout bien cuit, fondu. La
cuiller plantée au milieu s'y tient debout. A la suite, un morceau de salé ;
souvent des pommes de terre en robe des
champs avec, pour chacune, une becquée de beurre ou de « sarrassou » à
l'ail, le tout arrosé d'une lampée de vin
gris, pétillant comme du Champagne et
fort... de six degrés, bon poids.
La table levée, pendant que le père et
le grand-père remontant le feu, chargent
la grande marmite du « bestiau », les
femmes ont dressé leur guéridon, placé
le petit « chalelh » à huile et disposé
leurs « dullis » qui piqueront une rose
de fine lumière blanche sur les « cartons » à dentelle.
Toc, toc, à la porte... Hé, bonjour
tout le monde ! Voici le voisin Pierre,
le vieux soldat de Crimée ; ses fils
Jean et Auguste le suivent, ainsi que
Justine et Ursule, ses filles, munies de
leurs carreaux. Le grand-oncle Etienne
vient aussi, quelquefois. Il fut prêvot
d'armes, sous le maréchal Gérard, au
siège d'Anvers. Malgré son grand âge,
il chante volontiers et sa canne, toujours alerte, ponctue les couplets de ses
chansons de guerre.
Autour du feu, sous le grand âtre,
le demi-cercle est complet : le grandpère et l'oncle occupent les deux « chantons ». Mon père, en face, fusil en
mains, entretient le bon ordre parmi
les. bûches que le feu dévore. Le voisin
Pierre, assis sur une chaise à dossier,
est encombré des enfants, qui assis, qui
à genoux. C'est lui, le héros de la veillée,
le conteur inépuisable, le dispensateur,
de la joie et de la peur, le confident des
loups-garous, des « trêves », et, qui
sait, peut-être du diable lui-même.
La causerie commence, lente d'abord
et peu animée, car il s'agit seulement
du temps, des cours au marché, des
ventes, des mariages, des décès. Quelquefois, les hommes s'y oublient trop
longuement, et, parmi les enfants, quelques têtes s'inclinent.
Le voisin Pierre s'en est aperçu :
« Cric, crac, cuiller à pot, as-t-entendu, figure d'escargot ? Prends ton

LA VOtJTË-CHILHÀC. — Coucunrs .le Costumes.
Le Défilé

Ph. M. Vincent.

sac, monte en haut ! De tribord à babord, debout, debout sur le pont ! Cric »
11 faut répondire : « Crac ! »
« Lo lop et lo reinard fazian-t-un
eissart... » (un écobuage). Tout le monde

connaît ce conte patois, tradition étonnament fidèle et tenace du Roman de
Renart, autrefois le goupil. Suivent
« Cendrillon », « Petit-Poucet », « L'Oiseau Bleu », « La Belle au bois dormant », « Chaperon-Rouge », « Le
Loup et la Chèvre »... « Peau d'Ane »

aussi nous était conté et nous y prenions
un plaisir extrême. « Jeannot à la foire »
était le conte gai, le grand succès. Portant des aiguilles, il les pique dans un
char de foin, afin d'avoir les mains
libres pour aider le charretier. Demain,
il plantera un soc d'araire à sa boutonnière, au lieu de le mettre à l'épaule ;
sur son épaule, il portera un cochonnet
qui lui mangera l'oreille. En revanche,
il traînera, le jour suivant, un chaudron
de cuivre au bout-d'une corde...
« — 0 ! d'aquel aze ! »
Pierre est un conteur documenté, sans
doute à cause de ses seize mois de bivouac sous Sébastopol. De plus, il est
vivant, car il mime ses contes, hausse^jcj;
et baisse le ton, hurle, miaule, aboie et
même fait des manières avec Cendrillon
qui va au bal. Son auditoire le suit,
frémissant...
« Lo gealh chantet... lo conte finiguet ! » (Le coq chanta... le conte finit).

Quel dommage !
Mais voici le diable, l'autre, chauze
(chose), l'homme rouge, Lecifer. Il est
partout. Tantôt il sème un peloton de
laine sur le chemin : une femme le
met en poche sans faire le signe de la
croix : je ne vous dis pas ce qu'elle
y trouve ensuite... La nuit, il va chercher
les -chevaux à l'écurie et les fait trotter
à outrance sur les toits et dans le lit
rocailleux des ruisseaux. Le lendemain,
on trouve les bêtes ruisselantes à leur
crèche et la crinière embrouillée : le
« draic » a passé par là...
Saint Pierre venge tout le monde.
Achetant un champ à moitié avec Lecifer, ils se partagent la récolte d'étrange
façon : du champ semé de blé, le diable
a les racines ; du champ de raves, il
a les « rabissas » (les feuilles). Et c'est
lui qui choisit ! Furieux, il provoque
Saint Pierre eii duel. On se battra dans
le four banal. Le diable est rossé par
le court bâton du saint. Un pari suit :
à celui qui lancera au plus loin un lourd
marteau d'argent pris dans l'atelier du
diable. Celui-ci le lance avec une force
terrible plus loin que le couderc. Saint
Pierre le balance en criant : « Atten- *
tion... lo monde d'alai la maf ! »
« — Espeita, espeita, diguet lo diable ! Laisse-moi ça là ! J'aime mieux

perdre mon pari crue mon marteau... »
« — Vous ne l'avez jamais vu, le
diable ? » nous demande Pierre. « Un
de ces jours, j'apporterai mon petit Aillebert (Albert ; nous le ferons venir là,
dans ce coin noir. »
Les femmes levaient un moment la
tête, esquissant un signe de croix :
« O ! bougre de Pierre, parL·ssiass pas
d'aquelis sorcelarias, anas ! » (Oh ! bou-

gre de Pierre, ne parlez pas de ces
sorcelleries, allez).
Les femmes n'ont pas fini de trembler. Nous aussi, les enfants ; imais
comme on est (ou qu'on se croit) des
hommes, tout en suant la peur...
Pierre MAMET.
(A suivre)

�S

L'ALAUZA D'AUVERNHA

Lo Covize de TEscola de Limanha

LO RIBAN

(Félibres de la Basse-Auvergne à Paris)
Après sa brillante participation aux fêtes félibréennes de La Voùte-Chilhao, « Lo
Covize de l'Escola de Limanha » reprendra
la série de ses réunions à Paris. Le
prochain covize se tiendra le LUNDI soir,
23 novembre, à 8 h. 3/4, dans la salle
du café Chaneonia, io, Boulevard Beaumarchais, sous la présidence de Mlle Amélie Murât, notre éminente poétesse, dont
les livres sont connus de tous.
M. Pierre Sabatier, secrétaire général,
présentera son rapport annuel. Viendra,
ensuite, comme de coutume, une félibrée
à laquelle participeront les félibres A. Saugues, L. Maurannes, Meste Niooulau, Mlle
Roziès, Mme Bernhard, des « Chanteurs

Limousins », Mlle Amélie Murât. La soirée
se terminera par l'exécution des danses
anciennes, sous la direction du maître
vielliste Antonin Simonot, des « Chanteurs
Limousins », avec le concours de Mme
Bernhard qui nous a promis d'apporter
aussi sa vielle.
Participation aux frais d'organisation :
3 fr. (sociétaires, 2 fr.). Le trésorier,
M. Louis Testud, recevra les adhésions
nouvelles et les cotisations des sociétaires.
Le Bureau compte que tous les sociétaires et amis voudront bien faire leur
possible pour assister à ce premier covize
de la saison.

LES FELIBRES DU VELAY

AU VIN CLAIRET

Pendant que les félibres de la Mainte- '
nance d'Auvergne réveillaient les échos du
vieux prieuré de La Voûte-Chilhact, ceux
du Velay se réunissaient à Rosières, dans
cet heureux pays de l'Emblavés où la
fertilité du sol est légendaire.
Conduits par les animateurs qui sont
le cœur et le cerveau du mouvement félibréen en Velay — faut-il nommer le
Dr Bonoompain et Louis Peyroche ? —
des groupes de félibres et de gentes félibresses étaient venus d'Yssingeaux. Mais
le gros du cortège était fourni par les
jeunes filles et les jeunes dames de Rosières et par de gracieux enfants, tous
heureux de contribuer à la résurrection
d'un beau passé.
Formé à la mairie, le oortège, conduit
par un ohabretaire, se rendit à l'église,
où la messe fut célébrée par M. l'Abbé
Achard, qui, coïncidence frappante, est
ancien doyen de La Voûte-Chilhac. Le
sermon de M. l'Abbé Achard, en dialecte,
naturellement, fit sensation par son éloquence simple et imagée.
Après la messe, un banquet fut servi
à l'hôtel Gouteyron. MM. le Dr Bonoompain et Louis Peyroche y prononcèrent
des brindes enthousiastes.
Un public sympathique avait envahi la
grande salle des Œuvres, lorsque la félibrée commença. On applaudit à tout rompre MM. Pitaceo, Peyroche, Boudon, le
Dr Bonoompain, Mlle Durand, du Puy.
Les bourrées et les chœurs obtinrent un
grand succès.
Il est juste de rendre hommage à l'élément local, et surtout au félibre Perbet,
qui est un véritable boute-en-train, ainsi
qu'à M. l'Abbé Beyssac, dont la part a
été prépondérante dans l'organisation de
cette fête si bien réussie.

CONTES DE LA LUNEIRA
Nous pensons faire plaisir aux nombreux
souscripteurs des « Contes de la Luneira »,
de Henri Gilbert, en leur annonçant que l'ouvrage est à l'impression et qu'il paraîtra .avant
la fin de l'année. Les personnes qui désirent
souscrire les exemplaires restants doivent se
hâter, car les « Contes de la Luneira u, ont
un tirage restreint et ne seront pas en librairiei
Nous rappelons que l'ouvrage est illustré par
le peintre Gabriel Moiselet. En souscription :
prix 2 5 fr. (tirage de luxe, 4o fr.) — Adresser
le 'montant de la souscription à l'imprimerie
« La Haute-Loire », 23, Boulevard Carnot,
Le Puy (Hte-Loire). Compte chèques-postaux
105-92. ClermontiFerrand.

: Librairie de
», rue Blatin ; Chabrillat,
18, rue du n novembre ; « Au Vizir »,
6i bis, Avenue Charras.
LE PUY : Bay, Place du Breuil.
BRIOUDE : « L'Abeille Brivadoise ».
, BRASSAC-LES-MINES : Rapp.
LA VOUTE-CHILHAC :
Delomenède ;
Roche.
PARIS : Aux Covizes.
CLERMONT-FERRAND

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L'avenir

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en même temps que le montant de
l'abonnement.
Bulletin d'abonnement en 4e page.
— Nous prions les secrétaires d'amicales de
vouloir bien envoyer les communications relatives à leurs sociétés à M. H. Gilbert, 42 rue des
Salins, Clermont-Ferrand.

Nous rappelons à nos amis que, parallèlement à la formation du groupe de
La Voûte-Chilhac, une bibliothèque félibrienne et régionaliste a été fondée. Il
manque encore des livres. Les félibres, et
particulièrement, les écrivains, voudront
bien s'intéresser à cette œuvre en faisant
tout leur possible pour offrir des ouvrages. « Lo Riban » leur en sera reconnaissant.
Les envois sont reçus par M. A. Rionnet, Ingénieur-Architecte, Expert près les
Tribunaux, à St-Cirgues, par La VoûteChilhao (Hte-Loire).
Henri

GILBERT.

LO POTON
gentil joly vin clairet,
Qui sers, aux vieilles gens, de laiot,
Tu sois bien venu ! Je désire
Que, chez moi, tu .prennes logis,
Amy de tes meilleurs amis,
Et la raison je t'en vay dire :
0

C'est pour mon grand mal appaiser.
La nuiot, je ne peux reposer,
Tant la oholique me tourmente !
On m'a dit, selon Galien,
Qu'on peut guarir, par ton moyen,
Une douleur tant véhémente.
Je veulx user de ta bonté,
Sans aller oereber ma santé
Aux hoetes des apothicaires. „
Leurs drogues ooustent trop d'argent.
Je ne veulx plus que toy, vrayement,
Pour me servir en mes affaires.
Je sçay comme il faut en user
Sobrement, sans en abuser,
Que raison ne soit pervertie.
Ma femme agréera volontiers
Qu'elle et m&lt;»y en ayons un tiers.
Tous les soirs, avant la rostie (i).
S'il m'eschet ailleurs d'en gouster,
Je n'iray pas lui raconter.
Elle me dirait en ohol'ere :
« Tu as tant d'enfants à nourrir !
Les veulx-tu, prodigue, appauvrir,
Et ne cesser jamais de boire ? »
L'avare femme son mary
Rend souvent honteux et marry,
Et en a de mauvaises heures.
Mais changeons de devis : bon vin,
Versé on ne t'a pas, afin
Qu'au verre tousjours tu demeures !
Je prends doncq ce qu'on m'a donné,
Personne ne soit estonné,
Si tout d'une fois je le vuide ;
Car j'ay, pour boire, assez chanté.
Sus ! voisin, à votre santé !
Vive un gosier tousjours humide !
Jean LE Houx,
poète normand, xvie siècle.
(i) Les vrais Normands étaient dans l'usage
de manger une rôti'; avant de se coucher : la
rôtie se composait d'une tranche de pain grillée
qu'on trempait dans un bon verre de vin.

DANS L'UNIVERSITE
NOTRE VENTE EJN PROVINCE

Groupe félibréen
du canton de La Voûte-Chilhac.

M. Lirondelle, Recteur de Clermont,
vient d'être nommé à Lyon ; son successeur à Clermont est M. Sorre, Doyen de
la Faculté des Lettres de Lille.
Nos meilleurs souhaits de bienvenue à
M. Sorre et nos sincères félicitations à
M. Lirondelle pour son avancement mérité.

MARIAGE
Nous avons eu le plaisir d'apprendre le
mariage de M. Jean Frantz, Croix de
guerre, avec Mlle Saturnina Aguirre.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée, le 17 octobre IQ3I, en l'église Santiago el Real, à Logrono (Espagne).
M. Jean Frantz est le fils de notre aimable et distingué sociétaire et abonné,
M. Pierre Frantz, Président de l'Amicale
de Brassac.
« L'Alauza d'Auvernha » et « Lo Covize de l'Escola de Limanha » offrent à
M. Pierre Frantz et aux familles des jeunes époux leurs sincères compliments, et
à Mme et M. Jean Frantz leurs vœux de
bonheur.

SANTIAGO. — Le Portique de la Gloire (XII« siècle),
I Cliché offert par M"« Raoul Dupain).

M HAIT DES SOUMETS ÉTOILES
DU MASSIF CENTRAL
Un Allemand, Fridrich Sieburg, a publié un livre au titre étrange : « DÍJU
est-il Français ? ». Curieuse et très consciencieuse étude où l'on sent l'écrivain séduit à tel point par notre pays, qu'il
désire l'attacher, par la pensée et par le
cœur, au char glorieux du Vaterlahd.
Nous pouvons retenir, dans cet ouvrage,
des idées très intéressantes et même en
faire notre profit. Nous choisirons particulièrement cette phrase, glanée dans le
chapitre « Paysages » : « Les montagnes
aérées du Massif Central descendent avec
ordre et noblesse jusqu'au pays classique
de la Provence aux horizons lointains dont
on découvre les Pyrénées et la Méditerranée également bleus ».
La vie dans le bleu : oouleur du ciel,
uniforme du poilu, voilà toute la France.
Dans ses périodes les plus religieuses, où
le bonheur de l'humanité était en jeu,
la France aspira seulement à relier le
ciel et la terre. Le Massif Central, par
son relief, était tout désigné pour être le
centre moral des pays gaulois.
A l'époque oelte, où Vercingétorix incarne le patriotisme, le Puy-de-Dôme est
adoré avec le Grand St-Bernard, dana
les Alpes, et le mont Donon, dans les Vosges. La formation géologique du massif
arverne, où l'on constate la présence du
basalte et du granit favorise le culte de la
pierre dont la province conserve des traces, particulièrement sur le territoire de
St-Nectaire.
La pierre joue un grand rôle chez les
musulmans et les juifs. Bien avant Mahomet, les Arabes adorent au temple de la
Kaaba, un aérolithe apporté, dit la légende, par l'ange Gabriel à Ismaël et à
Àgar, abandonnés par Abraham.
Dans la Bible, Jacob, envoyé par Isaac
à la recherche d'une sage épouse, s'endort
en route, après avoir mis une pierre sous
sa tête. Il voit en songe une échelle garnie d'anges et se dressant jusqu'au ciel.
Elle est le symbole de sa future postérité.
Lorsque, plus tard, Jacob a des difficultés avec son beau-père, dont il est le
plus zélé serviteur, il fait appel à son travail, Laban revendique sa paternité. Aussitôt la paix est conclue : Jacob donne
une pierre, chacun des assistants en ajoute
une autre, et tous prennent leur repas autour du monceau. Nous constatons, dans
les notes sur la « Chanson de Roland »,
par Léon Gautier, qu'aux IX et XI siècles,
de l'ère chrétienne, des historiens signalaient des tas de pierres nommés « meum
gaudium », monjoie. Ils étaient destinés
à marquer le chemin aux voyageurs. Le
cri de Charlemagne et son étendard portaient tous les deux le nom de Montjoie,
car le pommeau de 1 epée impériale, Giovize, ou Joyeuse, renfermait, dit la belle
épopée carolingienne, le fer de la lance
dont fut percé le Christ sur la Croix.
E

E

Vis-à-vis du Champ de Mars, la colline
nommée Vatican, par où les empereurs
et les pèlerins entraient dans Rome, s'appelait aussi Montjoie, parce qu'on y apercevait la Basilique des Saints Apôtres. Dans
une vieille chanson de pèlerin, recueillie
par M. Nioolaï, président de la Société
Archéologique de Bordeaux, nous lisons,
au sujet du pèlerinage de St-Jacques de
Compostelle :
«
«
«
«
«
«

Quand nous fûmes à Montjoie,
Fûmes joyeux
De voir si belle église,
Dans ce saint lieu
Du glorieux ami de Dieu,
Monsieur Saint Jacques ».

A. Nioolaï
(Monsieur St Jacques dê Compostelle).
La pierre celtique est l'image de l'idée
placée sur la matière, elle est du spiritualisme pur. Chez les Arabes, elle est la
représentation du destin auquel l'homme
ne peut échapper. Chez les Juifs, plus
tard chez les chrétiens, la pierre est une
aspiration à l'éternité par la famille et la
morale.
Grégoire de Tours nous a oonservé la
description du sanctuaire des Dômes détruit par Chocus, roi des Alamans. La
divinité y recevait les honneurs rendus à
tout ce que le sol produit en matières et
en idées. Plus tard, les légions de César,
après avoir traoé les routes empierrées et
montré les bienfaits de l'école romaine,
calmèrent les révoltes arvernes, et nos
ancêtres, à Augusto Nemetum, rendaient
officiellement hommage à l'Etat romain.
Lorsque saint Austremoine vint prêcher
l'Evangile en Auvergne, il trouve le terrain préparé par des soldats romains convertis, et saint Julien, martyr, honoré à
Brioude, est un de ces nombreux apôtres
militaires.
L'idéal chrétien, vainqueur, par l'amour
pur, de la matière, de la raison et de la
mort, est brillamment représenté par Gerbert, un pauvre serf, adopté par les moines de l'abbaye bénédictine d'Aurillac.
A l'époque de la violenoe et de la confusion, Gerbert, « avec les conseils de la
plus haute morale, renseignement des
sciences les plus austères, nous dit un de
ses historiens, initiait la jeunesse aux charmes de la poésie et de la musique ».
Il fut le précepteur d'un grand nombre de savants, d'un roi de France et de
deux empereurs d'Allemagne. Il se brouilla
avec son très brillant élève, Robert le
Pieux, lorsque oe dernier divorça d'avec
Rosala ou Suzanne, fille de Bérenger, roi
de Provence, pour épouser sa cousine Berthe de Bourgogne, veuve d'Eudes de Chartres. Gerbert se réfugia en Allemagne, où
il trouva en Othon III un vrai fils spirituel. Le moine auvergnat prend alors
une très grande influence sur l'histoire
d'Allemagne et l'équilibre européen.
Mmo
(A

suivre).

RAOUL

DUPAIN.

La Catonet de Ricasson avia dui galants :
lo Vidau et lo Jaconet.
Totes dos la volian, et la paura drolleta
era pro empeitada per chauzir : lh'agradavon pareiramen.
Un sera, li dui galants l'aneron veire
et la troberon qu'estrilhava son aze.
Lo Vidau la vouguet potonar, amais
lo Jaconet. Et coma rambalhavon et que
s'anavon tustar :
« — Anem ! Anem ! diguet la Catonet, ajas d'eime ! Farai un potonet am
aquelh que veira la luna lo promer ».
Li dui droites avian enveja delh poton...
Lo Jaconet se torsia lo cuelh per veire
la luna dins lo celh... Mas lo coquin de
Vidau graupiguet vistamen la 00a de l'aze
et la levet en aut :
« — Tè ! Catonet, aqui l'as, la luna ! ».
Et acô saguetz elh quez aguet k» poton...
Enric

LES

GILBERT.

LIVRES

LIGNES, par Joseph BÉRARD. — Paris, Le Rouge et le Noir, IQ3I (Prix :
12 fr.).
Ce petit livre, fort bien venu, est une
suite d'« essais » inspirés par le régionalisme. Il s'ouvre très heureusement par un
entretien avec le peintre clermontois Maurice Busset, dont le talent procède de la
même profonde inspiration.
M. Joseph Bérard, un jeune, montre
qu'il aime et connaît son pays et qu'il le
paroourt, selon la leçon de Mauricî Busset, en promeneur artiste autant qu'avisé.
Ses voyages en zig-zag à la Tour de
Montcelet — dont le nom nî doit rien
à Mons Caesaris, ni à Mons Laetùs —,
au Puy-de-Dôme, autour des Lacs, aux
ruines de Murols, aux fouiUes de Sarlièves, «ont racontés dans un style alerte
où abondent les détails pittoresques, les
souvenirs historiques, les courtes descriptions chargées de couleur, et, parfois, d'émotion.
On en jugera par ce tableau rapide,
ainsi qu'il sied :
« Tandis que nous calmions notre faim.,
le soir descendait avec tendresse sur la
nappe bleutée... la lune rougissait l'horizon et apportait avec elle un peu de cette
mélancolie qui couvrait toutes choses... »
Dans le chapitre troisième, l'auteur présente, avec humour, la revue de « quelques vieilles feuilles du pays d'Auvergne » dont il n'est pas inutile de connaître l'histoire.
Et si la matière de presque tous les récits qui suivent est dans bien des mémoires, on n'en lit qu'avec plus de curiosité, après avoir commencé, les légendes émouvantes de la « Dame de Montrognon », des Trois Frères », de « Zabo,
la folle », qui mangeait les petits enfants, du « Saut de la Puoelle » ; enfin,
le tableau bien observé de « La Fête au
Village ».
En somme, Joseph Bérard a su mettre
beaucoup de matières en peu de pages.
C'est pourquoi, on lui pardonnera d'autant plus volontiers quelques négligences
qu'il n'en est qu'à ses débuts et que ees&gt;
solides qualités sont riches de promesses.
Henri

GILBERT.

P. S. — Dans le prochain numéro,
nous discuterons l'étymologie de Montcelet.
\

�L'ALAUZA D'AUVERNHA

4

RÉGIONALISME
ARTISANAT FRANÇAIS
Réunion du Comité départemental
du 20 octobre ip,3i
Les membres du Comité départemental se sont réunis au siège social, 3, rue
des Chaussetiers, le mercredi 20 octobre
IQ3I, à 20 h.
3o.
Etaient présents :
MM. Ollier, Cordon, Billy, Faugère, Fretière, Verraet, Chociion, Chapon, Dumas,
Majore!, Roche, Romeuf ; Mlles Gavaldà,
Gouvernaire ; Mme Mallon.
Absents : Les autres membres ■ du buOnt été traitées les questions suivantes :
Compte rendu du président sur le Congrès d'Orléans.
Chômage artisanal : Etude des rapports
des présidents de section et de syndicats.
Les moyens d'y pallier.
Rapport du Comité départemental.
Questions diverses.

GROUPEMENT FEMININ
, En raison de la crise économique que
nous subissons, les personnes ' possédant
un métier relevant des professions artisanales, ont tout intérêt à s'établir à leur
compte ; en adhérant à l'Artisanat Français, elles pourront bénéficier d'avantages
fiscaux considérables (chiffre d'affaires,
patentes, etc.).
Pour tous renseignements, s'adresser à
Mlle Gavaldà, présidente du Groupement
féminin,
rue Saint-Dominique, Clermont-Ferrand.

Il a été tiré de ce numéro 3 exemplaires sur papier de lœss, au prix1 de
5 fr. S'adresser à l'imprimerie du journal.

« L'AUVERGNE »
DECES
Nous avons le regret d'annoncer le décès de M. Paufique, frère de notre ancien président ; de M. Joeeph Gillet, membre honoraire ; de Mme Vignal, mère de
notre sympathique secrétaire, M. Vignal.
Notre aimable sociétaire, M. Bertry a
également à déplorer la mort de son
beau-frère.
A toutes ces familles en deuil, nous offrons nos condoléances.
Le secrétaire général,
Antoine GILBERT.

TIRAGE DE LUXE
Dorénavant, il sera tiré de chaque numéro de « L'Alauza d'Auvernha » quelques exemplaires de luxe. Les personnes
qui désirent en recevoir doivent s'adresser, sans retard, à notre Imprimerie. On
peut, de préférence, souscrire un abonnement annuel à cette collection de luxe
pour la somme de 70 francs.

LES AMIS DE LA LANGUE D'OC
« Paris-Provence » nous annonce que
« Les Amis de la languie d'oc » reprendront leurs réunions tous les vendredis
soir, à g heures, au Café Voltaire, Place
de l'Odéon.
. Les félibres auvergnats ne manqueront
pas de prendre part aux agréables soirées
que dirige avec tant de cordialité notre
ami Joseph Loubet.

NOS SOCIETES
Union des Amicales
de la Basse-Auvergne
4

LE BOUSSET (Originaires dTssoire).—
Réunion le troisième mercredi de chaque
mois, à 9 h. du soir, Café de la Garde
Nationale, 11, Place de l'IIôtel-de-Ville.
LO COVIZE (amicale de Brioude). —
Banquet le 1.4 novembre, à 19 h. 3o,
Salons Coquet, Place Blanche, sous la
présidence de M. Voile.
LO COVIZE DE L'ESCOLA DE LIMANHA (Voir en 3= page).

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ « L'AUVEBGHE » DE LYOH
VIN D'HONNEUR
M. Gheusi, relieur de l'Académie de
Lyon, ayant été nommé à Toulouce, son
pays natal, « L'Auvergne '» a tenu à lui
manifester sa vive reconnaissance pour la
bienveillante sympathie dont elle a reçu
des marques, en diverses circonstances.
Donc, le 22 octobre, au siège de la
Société, en une réunion simple1 et cordiale, la Conseil d'Administration fêtait
M. le Recteur. On échangea, entre amis,
d'agréables souvenirs, et M. Cheusi nous
promit de psneer encore à «L'Auvergne»,
de Lyon, tout en rêvant sur les bords de
la Garonne.
- A. G.

Discours prononcé au Banquet de
la Fêle d'Eté par M. i\ougvin,
président de « l'Auvergne».
(Suite et fin).

Haut les cœurs, mes jeunes amis ! Regardez l'avenir et la vie Id'une façon
générale avec sérénité, avec courage.
Quand on a [une conscience loyale et une
âme généreuse, on ne baisse pas les
yeux,on regarde les peines ou les revers
mêmes, 'en face et l'on se répète ces
paroles des vieux de mon pays : Totse
l'ase.l... et « Milla nourris! Quaou
tromblo ichi » ?
Non, le pessimisme n'est pas de chez
nous.
Mais je m'égare et rentre dans un
rôle de moraliste qui sied mal à semblable fête. Excusez-moi.
Vous avez lu certainement ces quelques vers qui encadrent le somptueux
menu que vient d'exécuter brillamment
M. Darne et vous avez songé :
Oui, mon rêve est d'aller vieillir dans
mon pays. Quels que épient les fastes
de la ville, la splendeur de ses monuments, la fraîcheur des ombrages du
parc de la Tête d'Or, les charmes des
coteaux voisins et l'hospitalité un peu
sévère peut-être, mais très loyale, du
lyonnais, je préfère mes montagnes, mes
rivières où l'eau coule limpide et fraîche,
mes prairies peuplées de beaux troupeaux, mes champs même quand ils
n'ont d'autre parure que les seigles aux
maigres épis ; je préfère le campagnard
avec son rude langage et son geste brutal
au citadin dont les subtibilités de l'esprit me déconcertent parfois.
Quant aux vers de Vermenouze, ils
confirment ce que je disais, il y a un
instant et rappellent ma causerie de l'année dernière.
Vous tes avez certes reconnus, ces
jeunes gens « rudes drôles et giontes
filhos» ! que nous avions laissés ap'rès
la signature du contrat, et dont la cérémonie des 'épousailles a été si pittoresquenient peinte par notre grand écrivain auvergnat Henri Pourrai d'Ambert.
Le jour de noce arrivé, le marié levé,
dès l'aube, a revêtu un bel habit noir
porté la veille de la ville voisine. Père,
mère, frères et sœurs sont sur pieds,
sur leur 3i, comme on dit. Déjà la
charrette est attelée et à travers les trous
d'une carrière qui n'a jamais vu de cantohier « Marquise », la blanche jument,
tire et se hâte comme si elle sentait
l'impatience de ses maîtres. Là-bas, au
milieu d'un bouquet de cerisiers
en
fleurs, habite la « nobio ». Elle est habillée déjà et ne fait pas trop mauvaise
figure sous la couronne blanche, dans
sa robe de satin noir, très ajustée à la
taille et dont le col haleiné force à lever
la tête. Bientôt les invités apparaissent :
des hommes, veste noire et feutre mou,
des filles en toilettes requinquées et
chapeau volière, des vieilles à châles
et à bonnets ornés d'un large ruban
de couleur, des gamines à taille carrée,
une natte de quatre doigts dans le dos,
des gosses ahuris empotés 'dans leur
costume de velours.
La vieille cloche de l'église a sonné.
On s'assemble. Le garçon d'honneur va
briser la barricade fleurie tressée en
travers du chemin par les voisins^ désireux de garder la « nobio » au village.
On part (pour la mairib : Le (ménétrier,
un vieux violoneux, mais dont l'œil est
resté Jpiein |de malice, car il ien connaît!...
prend la tête du cortège. Son instrument tout enrubanné par la fille d'honneur a quelque peine à dominer les
cris joyeux de la jeunesse qui suit.

■ « On monte à la mairie » et dès que
les formalités légales sont remplies, la
même demoiselle d'honneur distribue à
tous les assistants des fleurs en étoffe
qu'on fixe à la boutonnière ou au corsage. Pendant le trajet de l'église, on
jette des dragées aux gamins sortant de
l'école à 11 heures. Entendez-vous les
petits sabots sur la chaussée caillouteuse
de la place ? Voyez-vous les bousculades !
C'était si bon ces dragées, ramassées
dans la poussière ou même dans là
boue !
Mais la noce a franchi le porche de
l'église, la cérémonie se déroule avec
les rites que vous connaissez : Les anciens prient, les jeunes ne réussissent
pas à se pénétrer de la solennité du
moment, les vieilles dévotes chuchotent
dans le coin et vous n'ignorez pas que
leurs conversations n'ont rien de charitable pour le prochain. Puis, réunion
à la sacristie, embrassades, quelques larmes des mamans inquiètes malgré tout
sur le sort de leurs grands enfants et
le cortège se reforme selon la tradition,
toute la jeunesse derrière les mariés. On
jpart à la salle du festin, qui est souvent
l'aire d'mie grange dont les murs sont
recouverts de grands draps blancs garnis de fleurs. Là, sera servi un de ces
repas qui font étape dans la vie auvergnate.
On n'a d'yeux que pour les tables
recouvertes de nappes blanches.
Sur
l'une d'elles, au centre, un bouquet rond
et pommé comme un chou-fleur, aux
beaux cercles bien concentriques de teintes différentes, marque la plaoe. des
époux. Tout le monde s'assoit, se cale,
s'installe, enfonce vigoureusement la serviette raide entre la chemise et le cou,
arrange le verre, le couteau, la fourchette, bien à' poriée de la main. Les
physionomies sont sérieuses, maintenant
ce n'est plus pour rire : On va manger,
c'est pour ça qu'on est venu. Un silence
plane, précurseur des grandies choses.
Des filles rouges suantes et rebondies
apportent des soupières fumantes. Le
garçon d'honneur casse un verre pour
que la fête soit bonne. Le vrai repas
commence : gigots, andouilles, tête de
veau — sans laquelle il n'est pas de
banquet — cochon de lait « à la drap
d'or », rôtis, canards, pâtés gras, haricots, petits pois, tout cela fond, s'évanouit, balayé par de larges lampées de
limagne.
Maintenant c'est une ardente émulation, entre les jeunes à qui fera la
meilleure farce. Des boulettes de pain
rayent l'air chargé et s'aplatissent sur
les rivages, lorsqu'une jeune fille se
retourne ; vite son cavalier en profite
pour glisser 4 ou 5 morceaux de sucre
dans son verre.
Les desserts passent : Pompes aux
confitures, fourmes cylindriques en nougat, un croque-en-bouche sur leque]
trône une petite mariée en porcelaine.
Quatre heures et demie. On pourrait
sortir un peu. Les vieux restent encore
à table, mais les jeunes, en bandes, vont
faire un tour. lis déambulent bras-dessus, bras-dessous, les garçons orgueilleux de leur linge blanc, les filles faisant voir leurs jupes blanches. Des montagnards chantent un vieil air têtu, appuyé, qui reprend sans cesse ; au milieu du chemin, quatre gaillards patauds
cognant la terre à rudes coups de talon,
dansent une bourrée barbare.
On arrivé au café. Le* ménétrier s'installe sur une table, il est même allé
chercher l'accordéon, la vielle ou la cabrette pour donner du renfort ; on va
danser ! Et vous n'avez pas oublié ce
que veulent dire ces mots dans vos monta gnes.
Les couples tournoient entre les tables. Les demoiselles précautionneusement ont eu soin de tendre leur mouchoir à leur cavalier pour qu'ils l'intercalent entre ses mains suantes et les
corsages clairs. Entre deux polkas, on
boit des gouttes. Des têtes mafflues s'allument et les coups de poings brutaux
sautent sur les tables. Les garçons des
divers villages commencent à s'injurier
et deux antagonistes provoquent une
bousculade furieuse. Dans la salle fermée, ça sent la sueur, le lait aigre et
surtout la parfumerie de bazar.
A 8 heures, on reviendra au festin.
Les plats, lourdement chargés, se succéderont à (nouveau, des demoiselles fileront des romances sur des airs de

pensée emue vers ceux que nous avons
cantiques, des hommes, après avoir posé
laissés là-bas. Heureux celui d'entre
la question habituelle : La voulez-vous
nous qui peut encore aller s'asseoir auà la haute ou à la basse? entonneront
près des parents vieillis et retrouver à
« Le Chant des Montagnards » et « La
leur contact cette fraîcheur d'âme que
Voix des Chênes » pendant que Les vieux
la ville nous fait perdre.
avec un hochement de tête admiratif
J'ai traité bien imparfaitement le sudiront : Il la pousse bien ! La danse
jet que je m'étais imposé, mais je crois
reprendra ses droits jusqu'au jour. Ceravoir un peu déchiré le voile du passé
tains s'endormiront sur la table jonchée
et si, en nous séparant ce soir, vous
de débris sans s'apercevoir que les jeurentrez dans vos familles avec quelque
nes gens ont eu beaucoup de peine à
découvrir les mariés pour leur apporter vision du pays et le cœur pénétré de
une collation faite d'un breuvage très souvenirs, je serai satisfait.
Je lève mon verre à nos hôtes distinépicé. Toute la noce rira en apprenant
gués, Madame et Monsieur Gousseau,
que l'accordéoniste a découvert son insMonsieur Perret, à notre charmante reitrument souSy le matelas du lit nuptial.
Quelle farce ! Non, jamais de mémoire ne, Mlle A vel, à la prospérité de notre
association et à la réalisation de vos
d'homme on a tant ri !
désirs et puis, comme on dit chez nous
Il est dimanche, on se sépare pour
quelques instants car ces demoiselles ont « A la vostra !... »
H. NOUGEIN.
besoin de refaire leurs toilettes. Tous
les gens de la noce se retrouveront à la
messe. Une vieille coutume veut qu'après j
ces réjouissances, parents et amis assisLEÇONS
tent à un office religieux pour les
PIANO ET SOLFEGE
morts des deux familles qui viennent
Mlle J. JAMIN, de la « Schola Cande s'unir. Ainsi, les jeunes mariés au
début de leur existence se mettent sous torum », i63 bis, rue de Vaugirard, PAla protection des ancêtres disparus, raf- RIS.
fermissent les liens de famille et prennent la résolution d'assurer la pérennité
Chant et Déclamation
des traditions.
Et puis ce sera le départ, le nouveau
Mlle Mary LAFFONT, Diplôme Supéménage s'installera près de la" maison
rieur de la « Schola Cantorum », 17,
paternelle quelquefois bien loin.
Les
rue Servandoni, PARIS.
vieux parents se trouveront peut-être
seuls au foyer jadis égayé par les enfants...
Le Gérant : H. GILBERT.
A l'issue de notre banquet, permettezmoi, mes chers amis, de reporter ma
Le Puy. — Imp. « La Haute-Loire ».

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envoyer ce bulletin en y joignant un chèque-postal à L'ALACZA D'AUVERNHA,
23, Boulevard Carnot, Le Puy (Haute-Loire). — Compte Chèques-Postaux 176-81.

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              <text>L'Alauza d'Auvernha : organe de la Maintenance d'Auvergne et des sociétés auvergnates à Paris. - 1931, n°32 (Novembre)</text>
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              <text>Gilbert, Henri(1874-1955), Directeur de la publication</text>
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              <text>L'Alauza d'Auvernha (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12715"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>Gilbert, Henri (1874-1955)</text>
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          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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              <text>L'Alauza d'Auvernha. - 1931, n°32 (Novembre) </text>
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