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                  <text>Le numéro spécial : 1 fr. 50. Etranger : 2 fr. 50.

QUATRIEME ANNEE. — N° 30.

SEPTEMBRE 1931.

Henri GILBERT
42, Rue des Salins,
Clermont-Ferrand
Administration :
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LA
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Le Puy-en-Velay
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ue Puy : 1-32

LES FÉIiIBRES

itA VOUIE-GHIIIH^

l

DIMAISCHE

13

SEPTEMBRE

LA REGION DE LA VOUTE-CHILHAC
Par HENRI GILBERT, membre correspondant de l'Académie des Sciences. Belles-Lettres et Arts de Clermont-Eerrand. Avec la collaboration de
MM. PIERRE MAMET. ancien professeur au Collège de Brioude ; LEOPOLD MAURANNES. félibre mainteneur;
VICTOR COUDERT, instituteur a Mercœur; le peintre GABRIEL MOISELET.

1931

I. — LA VOUTE-CHILHAC.
—ü

La riche vallée de la Ribeyre, qui
commence à peine
être connue et appréciée des touristes et des artistes, est
une des contrées où la survivance des
coutumes anciennes se fait le plus remarquer. Elle était digne d'être choisie
pour servir d'assises
des fêtes félibréennès et régionalistes.
Nombre de localités de cette petits
région qui borde l'Allier, du Chambon
à Vieille-Brioude, éveillent des souvenirs
historiques d'un haut intérêt et sont,
en même temps, remarquables par la
beauté de leur site.
La Voûte-Chilhac a eu, celte année, la
préférence. Ce modeste chef-lieu de
canton de /|5o habitants est situé sur
une presqu'île rocheuse formée par
l'Allier, à i3 km de Langeac et à
s3 km de Brioude. De là son nom
de La Voûte, La Volta, en langue d'oc,
et qui signifie « presqu'île » (du latin
volvere, tourner). La charte de fondation du monastère (102 5)
débute
ainsi : « In... monticulo, qui Volta
vocatur... » Dans un titre de 1262, ce
nom est déjà devenu La Voulu, par

à

à

LA VOUTE-CH1LHAC

PROGRAMME DE

LA

Photo H. Gilbert.

FEL1BREJADA

suite

1. — Dita delh majorau B. Vidal.
2. — Cobreto et Cobretaires (cor de E. Pagès et L. Debrons).

Lis chantaires de 1'« Escolo Oubernhato ».
3. — Mon village

H. Nom.

H. Noir.

I.-S.

4. — Mus et Flours
M.

5. — Lis

MATHIEU.

Faubladier.

chambalhas de la Fonsina

L.

MAURANNES.

L. Maurannes, de ves Channat.
6. — Bourreio de quatre.

Li dansaires de 1'« Escolo Oubernhato ».
7. — Ne partez pas !

Blanche

ROZIÈS.

Domizella B. Roziès.
8. — Regret de lo

Postourello

L.

DEBRONS.

Domizella Viards.
9. — Lo Batejar delh Reinaud

Henri

GILBERT.

Henri Gilbert, de ves Chilhac.
10. — Suite de bourrées chantées

L.

DEBRONS.

Lis chantaires de 1'« Escolo Oubernhato ».
11. — Lo Penchinaire

P-

MAMET.

B.

VIDAL.

A. Massebœuf.
12. — Bourreio de seis.

Li dansaires de l'« Escolo Oubernhato ».
13. — A la Borreia

.'

R. Vidal.
14. — Regret à Lison
M.

15. — Mau

Mgr

GÉRAUD,

Cuelhes.
penchinat en Paradis

P.

MAMET.

E.

PAGÈS.

H.
A.

GILBERT.

P. Mamet, de ves Langeac.
16. — Bailero

Domizella Viards et

M.

M. BUSSET.
A. CASATI.
C. CHACORNAC.
J. CHARBONNIER.
Dr A. DELANEF.
L. DELHOSTAL.
L. FARGES.
J. FREYCKNET.
H. GILBERT.
A. GILBERT.
V. GUIDY.
P. MA MET.
E. MARCENAC.
L. MAURANNES.
H. NOUGEIN.
J PAGENEL.
L'-Ci E. PESSEMESSE.
M- RAOUL DUPA1N.
F. ROCHEZ.
Dr E. ROUX.
Mlle B. R0Z1ÈS.
P. SABATIER.
L. TESTL'D.

Faubladier.

17. — Lis Penitents (Conte de ves Chilhac)

Lo Vin del Fel

VERMENOUZE.

A. Blanchet.
18. — Que soui fier d'estre Oubernhat!

Louis

DEBRONS.

Lis chantaires de 1'« Escolo Oubernhato ».
Lo piano d'acompanhament sera tengut per

M.

Juli Roc.

Anas totes a la Felibrejada : per entrar aco cokra mas 4o sous.

d'une

morittïraU,™

dialectale

qu'il

a conservée, jusqu'à nos jours, dans le
parler local. Et, pour éviter toute confusion, car il y a d'autres Volta, le
lieu était ainsi désigné : « Prioratus
Voutae de Chilhac » (i447). On dit,
encore aujourd'hui, La Voûta de Chilhac, et, en français, La Voûte-Chilhac.
L'histoire de La Voûte, au temps
de sa prospérité, est ceüe même du
Prieuré autour duquel la localité s'est
formée. Au début du xi° siècle, Odilon
de Mercœur, abbé de Cluny, résolut
de fonder sur le rocher sauvage qui
terminait le promontoire de La Volte,
un monastère dont les religieux seraient
voués au travail et à la prière. En
102 5, il partit du château de Chilhac
pour diriger les travaux de construction
des premiers bâtiments. Le i4 septembre de la même année, le Prieuré fut
béni par Etienne, évêque de Clermont,
et reçut le nom de monastère de SainteCroix de La Volte. L'église primitive
occupait le même emplacement que
l'église actuelle ; elle dut être reconstruite au xve siècle, à cause de son
insuffisance. De plus, une chapelle publique, dédiée à saint Denis, fut édifiée
le long du chemin du pont, entre les
deux tours du nord. La partie de cette
chapelle qui existe encore forme un
curieux spécimen du style du xnc siècle.
Quant aux anciens bâtiments du
Prieuré bénédictin, on en admire l'harmonie et la sévère majesté, et ils font
« une garde d'honneur », dit le chanoine Eymère, à l'église qui détache
dans le ciel la finesse architecturale de
ses lignes.
Le Prieuré de La Volte acquit bientôt une grande importance, et ses revenus considérables lui permirent d'être
prieuré conventuel, comme Sauxillanges
et Souvigny. Le Prieur avait sous sa
dépendance cinq prieurés bénédictins et
les cures dont il nommait les titulaires:
Saint-Cirgues, Blassac, Chilhac, Chanteghol, Chilhac, Aubazac, Ally, Cerzat,
Saint-Aus tremoine, Saint-Privat-du-Dragon, ainsi que la chapelle de SainteMadeleine.
La Volte et les environs faisaient partie du diocèse de Saint-Flour ; mais le
monastère garda son autonomie, ne relevant que de Cluny. Le Prieuré fut
en rapports étroits avec les monastères

voisins : il approvisionnait en vins et
en fruits St-Flour, et, parfois, Chanteuges, et recevait même de La ChaiseDieu des religieux infirmes et éprouvés
par le rude climat de la montagne.
Cependant, les empiétements incessants des seigneurs de Mercœur s'exercèrent aux dépens de La Volte. En
1288, Réraud se réserva la justice et
la garde du monastère et de ses dépendances. De nombreuses difficultés surgirent aussi, de 137^ à 1/107, entre les
Dauphins d'Auvergne et les Prieurs, au
sujet des redevances.
Comme partout ailleurs, les moines
donnèrent un brillant essor
l'agriculture, et. en particulier,
la culture de
la vigne et des arbres fruitiers. Leurs
travaux et leurs expériences avaient obtenu des résultats merveilleux, si bien
que leur réputation de viticulteurs s'étendait fort loin.
Nous avons parié des revenus du
monastère. Un « Estat des revenus du
Prieuré de La Volte, en 1670 », donne
un total de 7.^26 livres 10 sols poulies « dixmes de bled », les « dixmes
de vin » et « autres droits et petites
■fliïiiii.'.s - Main Jíìi nrifìTiTtítrtf¥ì|inìfíiihn innuji
contre, de lourdes charges. 11 assumait
les frais du culte, de l'instruction, de
l'assistance, faisait de larges aumônes,
recevait les pèlerins, souvent les voyageurs. Un autre état de l'année 1675
chiffre ces charges à 4543 livres, ce
qui donne, pour cette année, un revenu
net de 2886 livres.
La prospérité du monastère favorisa
grandement celle de la bourgade qu'il
abritait. La Volte était, au xiv° siècle,
une ville fortifiée. Au xve siècle, elle
eut à subir, ainsi que Chilhac, les incursions des Anglais, pendant la guerre
de la Marche. Les Bénédictins mirent
alors le Prieuré en état de défense, en
l'entourant de murs et de tours dont
quatre existent encore.
C'est à la fin du xv° siècle qu'eut
lieu l'invention de l'image appelée « Notre-Dame Trouvée ». On en lira, plus
loin, le curieux procès-verbal. Dès lors,
La Volte devint un lieu de pèlerinage

à

à

célèbre, sous le vocable de « NotreDame Trouvée de La Volte ».
Ville tournaire, en i588, La Volte eut
le droit de nommer, à tour de rôle avec
d'autres villes, un député chargé de la
représenter, pour le Tiers-Etat,
aux
Etats-généraux du royaume et aux
Etats-d'Àuvergne.
La Révolution survint, et le décret
d'expulsion des Bénédictins fut celui de
la confiscation de tous leurs biens au
profit de la Nation. Ces biens furent
vendus au tribunal du Puy.
Chef-lieu de canton, depuis le Consulat, La Voûte n'a guère prospéré. Manquant de voies de communication rapides et trop à l'étroit dans sa vallée, la
population a été condamnée, pendant
longtemps, à vivre à l'écart des grands
centres.
La beauté de son site eût dû lui amener de nombreux visiteurs. Mais rien
n'avait été fait pour cela. Heureusement
la facilité des déplacements par automobiles modifiera cette situation. Depuis
quelques années, d'heureux touristes
semblent avoir découvert La Voûte ; ils
y séjournent volontiers pendant les mois

Sët et
J

S

tófivfôfe

ty&amp;S^Z

l'élégance du pont moyenâgeux qui relie les deux rives de l'Allier, par la
situation unique du vieux monastère autant que par l'incomparable décor que
forment les terrasses de vignes étagées,
ainsi que les monts d'alentour, ne manquent pas d'y venir chercher des modèles dont la reproduction, en faisant
admirer le talent des artistes, met sous
les yeux de tous la haute valeur artistique de nos paysages.
Que les touristes aillent donc à La
Voûte. De bons hôtels les recevront, à
des prix raisonnables. Ils pourront, à
leur gré, se livrer aux plaisirs de la
pêche et de la chasse, et faire d'intéressantes excursions dans un pays qui,
à un climat agréable, joint toutes sortes d'attraits.
Henri GILBERT.

CHILHAC - « LO RAXC » ET « P1ARRAND DELH RANC »
(Spécimen des dessins de Gabriel Moiselet dans Contes de la Luneira, de Henri Gilbert}.

�L'AL AU ZA D'AUVERNHA

2

Briv.) ; Alis, 16e s. (Pouillé de St-Flouir,
p. Bruel) ; Ailly (Chan. Eymère, Notes
historiques sur La Voûte-Chilhac).
Cinq communes de France portent ce
nom que d'Arbois de Jubainville donne
pour Aliacus et Alliacus. Alliacus, qui a
donné aussi Alliac et Aillac, est dérivé du
gentilice romain Allius. (D'Arbois de
Jubainville, Recherches sur l'origine de
la propriété foncière, p. 192).
La terre d'Àlly garda son indépendance jusqu'à l'époque où la famille de ses
seigneurs se confondit avec les Rochefort pour former les de Rochefortd'Ally.
Les principaux seigneurs furent, aux
xve et xvie siècles : Guigue, Oselet,
Hugues et Pons de Rochefort.d'Ally.
Guillaume, qui avait épousé Jeanne de
Montmorin, fut le dernier seigneur
(i54o). Après être passée, un peu plus
tard, aux Lagarde de Chambonas, la
terre d'Ally fut vendue, en 1790.
L'église paroissiale, sous l'invocation
de la Nativité de la Vierge, est l'ancienne
chapelle du château. Elle paraît dater du
xue siècle.
Les foires d'Ally étaient célèbres dans
toute la région.
ARLET n'est, peut-être, pas 1'« Arlate
vico » des triens mérovingiens du vue s.
Vers 1260, ce nom est déjà connu. Un
manuscrit de i464 le donne sous la
forme altérée Arrêt. Son église, Eclesia
B. Pétri Arletí. (1367) était dédiée à
saint Pierre.
Arlet, à cause de sa situation défavorable, est la commune la moins peuplée
du canton (g3 habitants). On la désigne plaisamment comme « lo païs de lis
chabras ».

CHILHAC. — Une ancienne porte. [(Dessin de Gabriel Moiselet).

II. — LL CAMOiN
DL LA VOUTE-CHILHAC
Le canton de La Voûte-Chilhac, d'une
étendue de i6.484 hectares, compte environ 5.000 habitants et comprend i3
communes : La Voûte, Saint-Cirgues,
Chilhac, Ally, Arlet, Auhazac, St-Austremoine, Mercœur, Villeneuve-d'Allier,
Saint-Ilpize, Cerzat, St-Privat-du-Dragon,
Blassac.
Le bourg de ST-CIRGUES, bâti sur la
rive gauche de l'Allier, à l'embouchure
du ruisseau l'Avène, — « le rifz d'Avene » (I6I3) — 'est situé en face de
La Voûte. De son château féodal qui
appartenait, au xie siècle, aux seigneurs
de Mercœur, il ne reste que des vestiges.
L'éprlise. « in hon. s. martyris Cyrici »,
io2Ô (Spic. Briv.), fut complétée, aux
xne et xme siècles. Sa voûte sert de
base à un élégant clocher pyramidal
(Monument historique).
En 1781, une prévôté royale avait été
créée à St-Cirgues avec juridiction sur
Traignac, Peyrusse, Soulhac, La Madeleine, Le Chambon, Achaud, Aubazac,
La Prade, Passebarial, Cumiot et plusieurs villages de St-Privat.
Dès 1286, on trouve, en langue d'oc,
le nom actuel de la localité : « San
Cergue » (Mabillon, Vet. anal. 342), qui
se prononce « San Chérgue ».
En 1793, le nom de St-Cirgues avait
été changé en « Cirgues d'Allier ».
CHILHAC, bâti sur un haut rocher
basaltique, au pied duquel coule l'Allier,
porte un nom celtique. Il est permis de
penser qu'en ce heu, fortifié par la nature, était établi un oppidum.
Chilhac est pour Ciliac, et Ciliacumm,
dérivé du celtique Cilius, Cf. celios, au
sens du latin socius, vassal, serf (Voir le
« Trésor de l'ancienne langue celtique »,
de A. Holder). Même nom : Cállac
(Basses-Alpes).
Ce nom se trouve, sous différentes
formes, dans de nombreux documents
anciens : Chisliaeus, 1192 (Spic. Briv.);
Chislac, 1234 (Cart. de Pébrac) ; « Affariuni de Chilhac», 1271 (Spic. Briv.);
Chilhiacum, 1288 (id) ; Chillac, i32i
(Baluze, Maison d'Auv., 11 ; 3i3) ; Cilîach, xive s. (Froissart, Chr.) ; Cbillat,
i4oi (Spic. Briv.) ; « Ecclesiade Chilhaoo », xve s. (Pouillé de St-Flour,
3i2) ; Silhae, i5n (Couist. d'Auv.) ;
« La Chastelenye de Chiliat », 1669
(Spic. Briv.) ; « St-Honoorat de Chilhac,
1762 (Cal. d'Auv.).
Chilhac était une ancienne seigneurie
ayant appartenu à la famille de ce nom.
Les seigneurs du Four (dits) de Chilhac
étaient aussi seigneurs de Sales (alias
Salas), d'Alleret et de quelques oensives.
près de Chilhac. C'était une noblesse
connue depuis Odilon du Four, écuyer
habitant Chilhac, en i3oo. Elle avait
pour armes : « D'azur, au chevron d'or,
accompagné de trois étoiles de même ».
Place forte pendant tout le moyen
âge, Chilhac avait conservé son indépendance. La richesse de ses vignobles,
la fertilité de ses terres et surtout le
charme de son climat et de son site

admirable en faisaient une résidence recherchée.
En 1781, la justice de Chilhac comprenait : Saint-Auistremoine, Chazelle,
Cerzat, Couteuge, Aurac, Mazeyrat. La
communauté de prêtres qui existait encore à ce moment avait des revenus importants.

AUBAZAC, et non AUBAZAT, Parochia
â'Obazac, i338 (Spic. Briv.), Oubazac et
Otbazac, 1379 (Compte de B. Flotenc) ;
Aubouzal, I4OI (Spic. Briv.) ; Parochia
de Albazaco, i46o (Bibl. Nat.) ; Prior
de Obrazaco, 16e s. (Pouillé de SaintFlour, p. Rruel). Son église était sous le
vocable de saint Préjet.
Ce village de 289 hab. est situé sous
le bois de Combaneire.
Cf. avec Albussac (Gorrèze), pour Albuciacus, dérivé du gentilice romain
Albucius (du lat. albus, blanc).

Il y a peu d'années, la plus grande partie de r enceinte de l'ancienne ville forte
de Chilhac était encore en bon état de
conservation. On pouvait admirer notamment une superbe porte à mâchicoulis.
Malheureusement, une municipalité ignare
crut se distinguer en la faisant démolir.
Une partie de la haute muraille qui entourait la ville a été aussi abattue, afin d'en
retirer les

pierres pour construire l'école

de filles. Ce que la Guerre de Cent Ans,
les Guerres de Religion, la Révolution et
les injures du temps avaient laissé intact,
a été saccagé par des vandales de Chilhac
même. Il est fâcheux que la marque au
fer rouge ait été abolie...
Il reste, cependant, deux anciennes portes, plusieurs tours, des vestiges de l'enceinte, l'entrée de l'ancien château, les
ruines des bâtiments de l'ancienne communauté de prêtres. Outre le vieux château, il y avait, à Chilhac, un « Comtal. »
(« Lo Canlau »), et, en dehors de la
ville, le château de Chilhac-Tansac, appartenant au comte de Morteuil.
L'église, dont quelques parties sont extrêmement anciennes, est classée comme
monument historique. Elle est sous le
vocable de Saint Honorat.
Un artiste, qui avait visité Chilhac, en
août 178/1, s'extasiait sur la beauté de
son rocher « composé de colonnes en prismes réguliers de basaltes, au-dessus d'irréguliers, sur lesquels sont bâtis le château,
l'église, et sur le revers, une partie du
village, pauvre et triste endroit fort sale »
(Annales des Sciences, de la Littérature
et des Arts, IIIe livraison, An XII, i8o4).
L'appréciation de cet artiste est dédiée
à la municipalité de Chilhac. Lorsqu'elle
aura donné des fontaines au village et
fait disparaître la saleté séculaire qui rend
les rues impraticables au visiteur, même
en été, 1'« endroit » ne sera plus ni
« pauvre » ni « triste » ; ses habitants
s'expatrieront moins ; des ressources leur
viendront par suite du séjour des touristes,
des artistes et même des savants, car Chilhac possède des gisements préhistoriques
dans lesquels on a découvert, à différentes
reprises, des squelettes d'hommes et d'animaux.
N'est-il pas navrant de constater qu un
village qui avait 900 habitants, vers 1890,
n'en a plus que 366 ?
De ijur n'en dizés, vos autres de ecs
Chilhac ?
Nota. — Nous nous proposons de donner, quelque jour, d'autres développements
à l'étude sur Chilhac.
ALLY, village de 522 habitants,
est
situé au sommet d'un plateau qui s'élève au-dessus des gorges de l'Allier. Les
documents donnent oe nom sous différentes formes : Aly, i3o7 (Lachenal,
l'Eglise de Brioude) ; Ali, i3Ô2 (Spic.

1

SATNT-AIJSTREMOJIINE,

S- Austremoini,
Austremom (c. de B. Flotenc, 1879);
Austremoine-d'Avesne, en 1793. Village
de 171 hab. Eglise sous le vocable de
Sainte-Croix.S.

MERCOEUR, « villa quae dicitur Mercoria », est mentionné plusieurs fois dans
le Cartulaire de Brioude, ainsi que dans
d'autres documents : « Mercoyras, I34I
(terrier de Charbonnier) ; Mercqueyras,
i388 (Arch. Nat.) ; Merqueures, i3g8
(Compte de B. Sannadre) ; Mercures,
I4OI
(Spic. Briv.) ; Merqueuras, 1429
(terrier du Doyen de Brioude) ; Eccî.
parochialis S. Stephani Mercuriarum,
I43I
(Lachenal, l'Eglise de Brioude).
D'Arbois de Jubainville fait remarquer,
avec raison, la forme féminine de Mercoria, conservée dans Mercoyras, Merqueures, etc., lesquels ont, cependant,
un s de trop. Mercœur, en français, devrait donc s'écrire Mercœure. Ce nom
dérive du cognomen latin Mercurius.
Les autres Mercœur, notamment celui
de la région d'Ardes (Mercorius), sont
mentionnés avec la forme masculine.
Tous ont, cependant, la même origine.

Mercœur était le siège de la célèbre
baronnie du même nom, fondée au IX siècle par Ithier. Le dernier descendant mâle,
Béraud VII, qui vécut dans l'amitié de
Philippe-le-Bel, mourut sans enfant, en
i3ai. La baronnie passa en d'autres mains,
puis, le château ayant été complètement
ruiné, le chef-lieu fut transporté à Ardes.
Les 9 mandements des barons de Mercœur
s'étendaient sur dix cantons compris dans
les déparlements du Cantal, de la HauteLoire, de la Lozère et du Puy-de-Dôme,
sans compter les possessions plus ou moins
importantes qu'elle avait dans dix-sept autres. Le canton de La Voûte était tout
entier compris dans ces possessions.
Le village de Mercœur a 35o habitants.
Sur le territoire de la commune se trouvent des mines d'antimoine.
Nous avons déjà signalé l'œuvre régionaliste méritoire qu'accomplit l'instituteur
actuel, M. Victor Coudert. La petite revue
« Au Pays de l'Antimoine », composée et
imprimée par les élèves de l'école communale, fait grandement honneur aussi
bien à l'ingéniosité du maître qu'à l'application de ses élèves. On trouvera, plus
loin, un article de M. Victor Coudert,
expliquant l'œuvre accomplie dans son
école. Notre prochain numéro contiendra
E

un abri sûr, au fort de St-Ilpize. L'affranchissement de la commune obtenu au xme
siècle et l'établissement de foires et marVILLENEUVE D'ALLIER est mie comchés accordé au xve siècle favorisèrent conmune de 660 hab., relativement réoente,
sidérablement
l'essor de la cité qui acquit
puisqu'elle fut créée par ordonnance du
3o décembre i844- Située au bord de un rang important dans la province et fit
partie au xvie siècle des treize bonnes villes
l'Allier et sur la route qui suit la vallée,
elle a un service régulier d'autobus. Ce d'Auvergne.
En même temps qu'un centre commerlieu, fort agréable, reçoit, tous les ans.
beaucoup de touristes. Dans un docu- cial, elle devint le siège d'un comté et
constitua l'une des plus importantes posment de i45g (Arch. Nat.), il est ainsi
désigné : « Villa Nova sancli Ilpidii ». sessions de la maison d'Auvergne, avec ses
fiefs de la Ribeyre, de Cussac, du Pouget
CERZAT, qui devrait s'écrire CERZAC,
et de la Rochelle. La seigneurie compreest un village de 335 hab. situé sur la nait dans son enclave plus de 0.000 hecroute de La Voûte à St-Georges-d'Aurac. tares et étendait sa juridiction sur 74 haLa « villa de Sarazago » (ou « Sara- meaux ou villages de l'actuelle paroisse
zaco ») est mentionnée plusieurs fois,
et des paroisses voisines. Outre sa popudans des chartes du xe s. (Cart. de lation de vaillants paysans courbés sur la
Brioude). Son « ecclesia quae est cons- glèbe nourricière, l'enceinte de St-Ilpize
tructa in honore sancti Salvatoris
comprenait alors des commerçants ou arti(charte de g3i) était consacrée, en 1789, sans ; les serviteurs et militaires du seià saint Sylvestre.
gneur ; les gens de haute, basse et
SAINT-PRIVAT-DU-DRAGON s'est appelé
moyenne justice qu'appelait le fonctionnesuccessivement « Sanctus Privatus, 1078 ment de l'organisation féodale (1) et les
(Spic. Briv.), Sanctus Privatus de Drahos. membres relativement nombreux du clergé
1288 (id), S. Privat du Drahon, 1379 paroissial. L'église paroissiale relevait de
(Compte de B. Flotenc), S. Privat du l'abbaye de Pébrac dont l'abbé était le
Draiguon, i3g8 (Compte de B. Sanna- prieur. Elle était administrée par une
dre), S. Privat du Dragon, I4OI (Spic.
communauté de prêtres, filleuls de l'église,
Briv.), et, enfin, en 1793, il avait reçu qui comptait encore vingt-deux membres,
le nom pompeux de « Coteau Libre ». à la fin du xve siècle.
Le village a 471 hab. Son église était
On entreposait à St-Ilpize des denrées,
consacrée à saint Privat.
I des marchandises, des objets manufacturés
BLASSAC était, à l'origine, la « villa
que de nombreux muletiers allaient, en
Blaciac » nommée dans une charte de caravanes, chercher et revendre tour à tour
l'an 912 (Cart. de Brioude). Ce lieu dans le Midi, le Velay et le Forez. Sa rue
était autrefois appelé Blaciacus. Il tire marchande « Le Chapial » ; ses caves proson origine du gentilice romain Blatius.
fondes à plusieurs étages superposés ; ses
vasles écuries anciennement pourvues d'imBlassac est, aujourd'hui, un village de
menses râteliers ; les ruines de ses tanne34o hab., situé à 4 km. de La Voûte,
sur les hauteurs qui dominent la route res évoquent le souvenir de l'époque de
de Brioude. Son église du xne siècle, réelle prospérité que connut, jadis St-Ilpize.
*
sous le vocable de l'Assomption, est do**
C'est
vers
la
fin
du
xvnc siècle que la
minée par un clocher qu'on aperçoit de
très loin. Le pèlerinage du 16 août, à petite ville commença à pencher vers son
la statue de saint Roch, attire, chaque déclin, par l'œuvre lente mais continue des
mœurs, des institutions et du temps. Les
année, de nombreux fidèles.
ressources nouvelles de l'artillerie de camPrès de l'église se trouvent des grottes
pagne rendirent inutiles ses vieilles fortipréhistoriques.
HENRI GILBERT.
fications. Restreinte une première fois
ST-ILPIZE est l'un des sites les
plus
sous Louis XI, la puissance de ses seigneurs
remarquables qu'offre la gorge étroite et
s'en alla pièce par pièce devant les besoins
profonde, par laquelle l'Allier débouche
d'unité semés par Richelieu. La construcdans la plaine de Brioude : Site profondétion des grandes routes centralisa en quelment pittoresque, grandiose même, où s'afque sorte le commerce el vint anéantir
firme l'œuvre en intime collaboration de
son roulage. Ses foires furent délaissées (1).
l'homme et de la nature.
Les taxes excessives de Louis XV firent
La situation exceptionnelle du rocher,
se fermer ses dernières tanneries. La Révosur les flancs duquel les vieilles maisons
lution, à son tour, abolit les justices seidu bourg s'étagent irrégulièrement, ne pougneuriales supprima les offices et dispersa
vait manquer de retenir l'attention, à l'épole clergé. Enfin, le Consulat lui enleva le
que où la défense personnelle était la
siège du canton, transporté à Lavoûte; et la
constante préoccupation. Elevé, assure-t-on,
Restauration, puis la monarchie de juillet
sur les débris d'un castrum gallo-romain,
partagèrent sa paroisse et créèrent la comle château féodal, dont les ruines consermune de Villeneuve-d'Allier. Devenu humvent le charme pénétrant des vieilles choble bourgade, St-Ilpize se noya dans l'unité
ses, fut construit tout au début du xic
nationale et ne conserva plus que l'honsiècle. La primitive forteresse et le chânête animation du bon travail des champs.
teau qui la remplaça — celui-ci restauré
Mais un petit nombre seulement de ses
et agrandi à diverses époques — eurent
habitants restèrent fidèles au roc sur lequel
à subir de rudes épreuves au cours des
vécurent les ancêtres. Le pont suspendu,
âges : sac opéré par les barbares au ive sièqui enjambe fièrement l'Allier depuis quele
cle ; incursions suivies de pillage aux vm
que cinquante ans, rapprocha St-Ilpize de
et ix° siècles, par les Sarrasins, d abord et
Villeneuve. Bientôt, l'intervalle se remplit
les Normands, ensuite : sièges, incendie
par de confortables constructions moderet pillages durant la guerre de Cent ans ;
nes. La vie se porta insensiblement vers
mutilations sous la révolution de i^ga et
Villeneuve, beaucoup mieux placé pour le
depuis abandon au plus formidable des
commerce, et l'ancienne cité féodale éprouennemis qui l'assiégèrent jamais : le temps.
va ainsi une irrémédiable déchéance. Sans
La seigneurie fut la propriété des comregrets, comme sans tristesse, elle végète
tes et des dauphins d'Auvergne ; puis, à la
aujourd'hui dans une modeste obscurité,
suite d'alliances, d'échanges ou de ventes,
mêlant le charme de ses magnifiques horielle entra successivement dans le patrizons à la poésie des souvenirs de sa granmoine de la famille de Lespinasse et des
deur passée.
L. MAURANNES.
puissantes maisons d'Amboise et de la
Rochefoucauld. Elle passa plus tard entre
(1) Celle-ci comportait notamment un bailli un
lieutenant, quatre notaires, quatre procureurs
lees mains du duc de la Vrillère, du comte
deux sergents royaux, un capitaine pour le serd'Artois et du roi lui-même et devint ainsi
v ce de la place, ainsi qu'un receveur chargé de
la perception des cens, rentes, luds, etc. et du
prévôté royale à la veille de la Révolution.
paiement des gages.
Le commerce des plateaux environnants
(1) La crue des 1S et 19 septembre 1586 en
et les productions de la vallée de l'Allier emportant les deux ponts reliant les rives de
l'Allier, avoit porté un premier coup à leur ré"uaffluèrent, de bonne heure et comme un
6
liere fréquentation.
tin conte en langue d'oc de Mlle Octavie
Berthet (i3 ans).

�L'ALAUZA D'AUVERNHA

HENRI GILBERT
Maître en Gai Savoir
Auteur de Contes de la Luneira et de La Cooizada
Directeur-fondateur de L'Alauza d'Auvernha
Né à Chilhac
(D'après un fusain du peintre Gabriel Moiselet).

VIEUX CHEMINS
DE LA HÉGION DE LA VOUTE-CHILHAC
Gomment trouver de vieilles voies dans
oe pays tourmenté ? Qui aurait eu la
hardiesse de se risquer en ses creux, ses
monts et ses rochers ?
L'aspect sauvage de la vallée de l'Allier rebuta le voyageur anglais Young, à
la fin du xvie siècle. De Vieille-Brioude,
il qualifia durement le pays et les habitants ; mais d'Aurac, il poussa une pointe à Chilhac, dont il admira les basaltes,
notamment les monolithes dits « Piarrand delh Ranc » et « Marieta de la
Crozeta ».
Ce buveur d'eau eut tort. La vallée
valait la peine d'être parcourue. Et, si
nous ne pouvons, en cette courte étude,
en détailler tous les charmes, nous montrerons mie les andenfl, moins timides,

y tracèrent de grands chemins et les pratiquèrent activement.
Déjà, en d'autres études, j'ai amorcé le sujet que m'indique Henri Gilbert.
Gela me permet de faire honneur à
sa traite tirée sur l'amitié.
M. Mathieu, de Clermont (Colonies
romaines, i863), signale « une petite
route, sans doute une route militaire,
parallèle, jusqu'à Lempdes, à la grande
voie du Nord au Midi », par C'.ermmont,
Lempdes, Brioude, La Chometle, Fix,
Le Puy et Viviers-sur-Rhône.
En réalité, cette prétendue petite voie
est l'une des plus vieilles de la France.
C'est une voie liguro-celtlquc, tracée par
les Ligures, peuple ayant occupé notre
pays avant d'être refoulé vers Nice et
Gènes par les Celtes (baron Walckenaër).
On la suit, sans peine, sur la carte
d'Etat-Major ; le pointillé limitant les
communes la désigne aux yeux les moins
exercés, sachant, bien entendu, que les
paroisses, puis les communes, adoptèrent, très souvent, ces voies antiques
comme frontières. Elle arrive à Brioude
par le plateau de Chomaget, la fontaine
St-Julien. Après Vieille-Brioude, elle escalade les pentes de Costes-Cirgues (degrés d'escalier), passe au Buisson (pierre
levée), Lhermet, Sauvaiiirgues (chemin
ferré), Esplot (carrefour de routes,
pierre plantée), le Chambon de Peyre ;
gué et pont de fustes, probablement.
Elle attaque ensuite les pentes raides
de la rive gauche, monte à Volmadet,
passant de ^5 m. d'altitude à 800 m.,
en 3 ou l\ kilomètres. A Volmat, à l'esl
de Poursanges, à Lestival, au Poux, aux
Clastres de Pinols, elle est remarquablement conservée. Près de Poursanges, sur
un monticule, sont creusées deux tombes
en plein rocher, datant, sans doute, des
premiers temps du Christianisme. De
l'Allier aux Clastres, on la désigne sous
le nom de voie romaine. Les Romains
sont assez riches autrement sans qu'on
leur attribue cette voie qui ne leur doit
rien.
Elle se continue en Lozère et dans le
Gard. Cette piste, plus vieille que l'histoire, fut fréquentée par les marchands
phéniciens et grecs, par Lucter, le lieutenant de Vercingétorix, allant attaquer
la Narbonnaise. En Lozère et dans le

Gard, elle a été creusée en gouttière
par le pied f ourchu des moutons transhumants.
Ruinée par les eaux, soulevée par la
végétation, démolie par la pioche des
riverains empiéteurs, elle est souvent peu
repérable : malgré tout, elle reste, dans
son ensemble, un vestige authentique du
plus ancien réseau voyer de notre pays.
Une voie transversale, venant du Livradois (Ambert, Ariane), par Malvières
(croix monolithe de Paros), La ChaiseDieu, Mazevrat-Aurouze, Labrequeuille,
la Renaissance de Paulhaguet, le beau
chemin du Chausse vers le Marcet, Alleret (?), Chamborne, la Madeleine (hospitalet et léproserie), franchissait l'Allier peu en amont de La Voûte, au gué
du Mas ou Malpas (une partie dallée).
Comment, de là, la mener à Souillac,
où se voient des traces et des ruines
considérables de vieilles habitations ; le
sol y est si tourmenté ! Les anciens ne
regardaient pas trop les difficultés du
terrain : il fallait tirer au plus droit,
et, comme ils voyageaient de pied ou à
dos de mulet, ils ne craignaient pas les
grimpées : la sortie du vieux pont de
Vieille-Rrioude. celles du creux du
Biois-Noir, à Colonie, et du Mont-Dorc,
sur le flanc du puy de l'Angle, en sont
des exemples. Par le Mirial, Chazelles et
le plateau de Montchamp, cette route
allait rejoindre la « Grande Traverse »,
venant de Lyon, par Le Puy et Chanteuges, puis courait avec elle vers l'Aquitaine.
Plus tard, les relations avec St-Flour
étant obligatoires, tant à cause du monastère (pie pour les besoins commerciaux, les mulets des marchands, du
prieur ou de l'évêque se servirent de
cette voie, qu'ils quittaient vers Montchamp, pour tenir à droite et gagner la
ville épiscopale, ville de marchés fournis
et de grandes foires.
I ne autre sortie, très difficultueuse,
par les « Traverses », menait vers une
autre voie dont l'amorce est à VieilleBrioude et dont les restes se voient vers
les côtes de Brenas, à Montmirail, Sauvagnat, Vernines... Belle et grande voie
dite partout 1« Estrade de St-Flour »,
et à laquelle fait allusion Sidoine-Apollinaire dans ces vers :
«
«
«
«

Hinc jam olesleriora corpis arva ;
Emensusque jugam die sub uno,
Flavum crastinus aspicies Triobrem
Tum terram Gabalum satis nivoram. »

Vers Montgieux arrivait le chemin
marchand des très nombreux muletiers
de St-Ilpize. J'ai publié, ailleurs, le testament du muletier Roche qui avait une
couble de 10 mulets.
Ces grimpettes de sortie, tant sur la
rive gauche que sur la rive droite, mériteraient une étude. Mais où cela me
mènerait-il ?
Qu'il me suffise de dire qu'en 1879
ou 1880, j'ai descendu la route de La
Ronzière à La Voûte, par les ravins de
Traverse. Partis à une heure du matin,
arrivés au jour, les deux droites de
quinze ans que nous étions se content
encore cette éreintante demi-nuit... Mais
à quinze ans !...
Et le chemin d'Allier, de La Voûte à
Brioude ?
Il ne fut jamais qu'une informe piste

dont on voit encore les restes. Montant,
parfois, affreusement, courant parmi les
ravines et la pierraille, il longeait, par
endroits, la rivière qui le détruisait à
chaque crue. Il fut réparé sous Louis XV,
et, de cette réparation, d'ailleurs sommaire, date le pont du tournant de Mallevai, du Diable ou de la Mort. Entre
Villeneuve et La Voûte, il était, peutêtre, encore plus mauvais, sauf pour
arriver à La Roche, amoroe du chemin
montant cité plus haut.
Langeac venait à La Voûte par Truchon, le Chambon et Chilhac. Sous
Truchon confluaient les chemins menant
les gens des Eaux Pendantes et d'une
partie du Chaliergue.
Entre 732 et l'an 800, dates très approximatives, de terribles luttes se sont
poursuivies entre les Aquitains Hunald,
son fils Waïfre, d'un côté, Pépin et
Charlemagne de l'autre. Les plateaux
qui s'étendent de La Chapelle-Laurent
à Espalion, et de Saugues à la Garonne
virent se dérouler des luttes sauvages.
Les Aquitains y furent exterminés, et le
pays haut, leur dernier refuge, dut être
changé en désert.
A ce moment, les routes de la reine
Blanche, à Lorlanges, et celle de Vernines, durent voir passer les hordes franques qui venaient traquer le vieil Hunald
en ses repaires.
Enfin, le duc de Nemours, au temps
des guerres de Religion, suivit la voie
du Nord au Midi, assiégeant Le Chambon, puis Le Malzieu, avant d'aller se
faire battre dans l'Ouest.
Et après tous ces guerriers ravageurs,
il est agréable de revoir, par la pensée,
cheminer, sur nos sentiers rocailleux, les
colporteurs, balle au col, les muletiers
avec leurs mulets à sonailles, les moines
pacifiquement montés sur des mules, et,
plus près de nous, sur des chemins
mieux aménagés, les marchands de vin
de la Margeride, du Chaliergue ou du
Haut Velay avec leurs carrioles imposantes et leur nombreuse cavalerie.
Par ces mauvais chemins, laissez-nous
longtemps cheminer en paix, Seigneur!..
Et rendez-nous nos vignes d'an tan...
Pierre MAMET.

NOTRE-DAME TKOL VEE

fontanier, vit la fille Vidal Romeuf, jeune
fille nommée Marguerite, de l'âge de six
à sept ans. Elle leva une pierre blanche et
dit
et le sudit y courut et la leva
et
voyant grande merveille prit laditte image ensemble les pierres et les
montra à Vidal Romeuf père de laditte
fille et aussi à Hugues Arnaud, sellier de
ladite compagnie et après survint Mathieu
Mosnier serviteur du lieutenant conduisant
la compagnie qui voulut voir la merveille
et les prit des mains dudit déposant et les
apporta au lieutenant logé aux moulins de
La Volte dit plus que la première fois
qu'il la trouva, il ne se prit point garde
quil y eut fleurs de lis, mais la deuxième
fois quil les regarda avec ledit Romeuf,
il la trouva tant gente que c'était merveille
et à l'heure il s'apperçut qu'il y avait cinc
fleurs de lis et autre chose ne dit ni atteste
dligemment examiné.
a" Mathieu Mosnier, serviteur du baron
de Balzac, sénéchal d'Agenois dit et atteste &amp;
3° Noble et sage Louis de Montaux,
écuyer et seigneur de Vissac, âgé de trente ans, dit et atteste &amp;
4° Antoine Bastard de Materieux dit et
atteste &amp;
Ces témoins examinés au lieu de Lavaldieu de la licence de Madame &amp;
5U Le lendemain Margueritte Romeuf,
fille de Vidal du Pont fit la même déposition.
C° Après vint Jeanne Bouquet qui leva
les pierres et mit l'image dedans.
7 Catherne fille du pintre du Jiont de
la Voulte.
8° Jean d'Espagne dit Pouget.
90 Jehanne laquelle femme de Cirgue
Ravoux dit des Paque. »
Ce précieux document fut écrit par deux
notaires royaux de la Cour de Montférrand, le 11 juillet 1/Í96, sur l'ordre
d'Antoine Dupuy, seigneur de Lavoûte et
de Chabreughol, écuyer de l'écurie du roi,
garde du sceau royal à Clermont-Ferrand,
qui avait député Barthélémy Redon et Hugues Fournier, notaires jurés de la même
Cour de Montferrand, pour faire l'enquête
officielle et recueillir les dépositions des
témoins avec serment de dire la vérité.
Il fut envoyé à Rome en i643, lors de
l'érection de la Confrérie de N.-D. Trouvée.
0

,

,1

1

(Chanoine

MI^RE**^^"*

Notes historiques sur Lavoûte-Chilhac).

A LA VOUTE-CHILHAC
Pour aller à La Voûte-Chilhac par la
ligne Clermont-Nîmes, on peut descendre soit à Brioude, soit à St-Georgesd'Aurac. Des autobus se trouveront à
chacune de ces gares. Le trajet en autobus de Brioude à La Voûte dure une
heure ; celui de St-Georges à La Voûte
ne dure qu'un quart d'heure. On arrive
plus tôt.
NECROLOGIE
Madame Debrons, mère de notre ami,
M. Louis Debrons, vice^syndic de la
Maintenance d'Auvergne et vioe-capisc &gt;1
de 1'« Escolo Oubernhate », est décédée à Aurillac, le 11 août.
Au nom du « Govize de l'Escola de
Limanha » et de « L'Alauza d'Auvernha », nous prenons part au deuil de
notre ami, et rassurons de notre vive
sympathie.
Le Bureau.
LIS PENITENTS
D'autres cops, ves Chilhac, i avia una
oofraria de penitents, et se fazia la
Pacion pels charreiras. Lis penitents
avian una rauba blancha, eron mascats,
ez avian lis peds deschaus dins de 6ólas.
I n'avia un que portava la cros, un
autre lo petarel, un autre la lansa, un
autre la corona d'espinas, un autre l'espongea, un autre lo gealh, d'autres de
lanternas a la cima d'un baston, et, per
n'en achabar, totas li bezonhas que sabés.
Aquela annada d'aqui, Micalan, que
fazia lo bon Dieu, portava la cros, et
Pataud, lo petarel. Acó seria estat tot
ordinari, si nostres dos homes eron estats de bónes penitents ; mas, tot contrari, se volian pas veire et se fazian
d'acius aquelh que mais podria...
Pracó, si lo petarel borlava dins la
man de Pataud, zo devinas. Mas espeitet
que Micalan tombesse (devia tombar tres
cops, coma lo bon Dieu). Lo promer
cop que bolet lo genol per terra, atapet
una bóna gimblada, et vos prometé que
saguet leu levât!... Un pauc pus luan,
tornet tombar : flica ! flaca ! flica !
flaca!... Aco saguet quatre cóps de petarel &lt;p£L'u.zat« delh biais 1

Talam^n que,

quant saguet lo moment de tombar pelh
trezem cop, Micalan auzava pas... Pracó, tombet. Pataud l'espeitava mas...
Sarret le manche, faguet crocenar si
dents, et destachet pels chambas de
Micalan tres cops de petarel quez aurian tombat un aze !
« — Torna hi passar, per ma pezeira ! » so diguet entre si dents...
« — Aia ! Aia ! » cridet Micalan. De
que fazes, coquin? Me vóles tuar?...
Vézes pas que sei lo bon Dieu ! »
L'an d'après, Micala àuria pro vougut
tener lo petarel, mas Pataud saguet pus
fin qu'aco : non vouguet portar la
cros...
Henri GILBERT, de ves Chilhac.

Copie du procès-verbal de l'invention de
l'image appelée Noire-Dame Trouvée.
Il a été tiré de ce numéro 5 exemplaiCe procès-verbal, sur vieux parchemin,
est conservé dans les archives de l'église res sur papier de luxe, au prix de 5 fr.
avec trois autres, de la même date (11 juil- S'adresser à l'Administration du journal.
let 1Í96) qui relatent les trois premières
guérisons obtenues par l'intercession de
PROFITEZ DE LA FELIBREE
N.-D. Trouvée. Le préambule et toutes les
DE LA VOUTE
répétitions inutiles ont été supprimées.
« Deux jeunes filles du Pont de La Vol- pour vous procurer les ouvrages des
te, Marguerite Romeuf, âgée de six à sept félibres :
ans, et Jeanne Bouquet, du même âge, en
« LA COVIZADA », par Henri Gilbert
s'amusant devant la maison des hoirs de
(Prix : 12 fr.).
feu Jean Depeyrat, sur le chemin du pont,
Ce livre contient des contes et des
à St-Cirgues, prit un caillou de pierre
dialogues en langue d'oc, avec une trablanche de gravier, laquelle Ycelle jeune
duction française, et des notes étymolofille en la compagnie de Jeanne Bouquet,
giques du plus haut intérêt. La préface
voyany plusieurs gens tan! des gendarmes
indique la manière de lire la langue d'oc.
de la compagnie de M. le Sénéchal d'AgeNOTRE VENTE Eí\ PROVINCE
Il a obtenu un grand prix de prose.
nois que autres, prit ditte pierre en ses
L' « Armanac d'Auvernha » contient
CLERMONT-FERRAND :
Librairie de
mains et dit à l'autre fille, fesons jetter
des œuvres de presque tous les félibres
« L'Avenir »,
rue Blatin ; Chabrillat,
du feu à cette pierre et la trébucha et
de la Maintenance d'Auvergne, avec des
18, rue du n novembre; «Au Vizir»,
jelta contre une autre pierre et rompit
illustrations de nos meilleurs artistes.
61 bis, Avenue Charras.
ledit caillou de gravier en deux parties et
Prix : 4 fr.
LE PUY : Bay, Place du Breuil.
du milieu d'ycelle tomba une petite image
Les deux ouvrages ensemble seront
BRIOUDE : « L'Abeille Brivadoise ».
de Notre-Dame tenant son enfant émaillé
laissés au prix de i5 fr.
BRASSAC-LES-MINES : Rapp.
et azuré et en laditte pierre apparaissait
Abonnez-vous à « L'Alauza d'AuverLA
VOÛTE-CHILHAC. :
Delornenède ;
le lieu d'où était parti azuré
doré mernha » pour i5 fr. par an (Voir le Roche.
veilleux ouvrage et pour le miracle et insBulletin d'abonnement, en 4e page).
PARIS : Aux Covizes..
piration démontrée ainsi laditte image
avoir été trouvée dans icelle pierre non
sculptée ni artifiée ne pouvoir avoir été
Ml"
ouvrée en rien, prétend Guillaume Preyssat, religieux personne sacristain du prioré
de la Volte (qui atteste ce que dessus) être
l'ouvrage divin et quelque demontrance divine au profit du roi notre sirë, en laquelle image sont apparentes les fleurs
de lis, et aussi de la chose publique, foi
et augmentation de la foi chrétienne et
louange à la glorieuse dame.
Et à cette cause afin de perpétuelle mémoire de la invention de laditte image le
susdit seigneur de la Volte a requis faire
attestation aux notaires Redon et Hugues
Fournier de dresser acte et sur ce iceux
notaires à la réquisition des exposants ont
procédé à l'eexamen et attestation des témoins dessous nommés en la forme que
s'en suit.
i° Pierre Gauthier, de la ville d'Anvers
en Flandre, gendarme de la compagnie du
Sénéchal d'Agenois, âgé d'environ quarante ans, atteste par serment et jure que
vendredi dernier, logé au pont de la
CHILHAC. — Restes de l'enceinte fortifiée. (Dessin de Gabriel Moiselet).
Voutte... au logis des chevaux chez Durand

�4

L'ALAUZA D'AUVERNHA

REGIONALISME
MERCŒUR
L'IMPRIMERIE A L'ECOLE
Tous ceux qui ont étudié des travaux
scolaires de rédactions enfantines se sont
rendus compte que l'écolier ne livre
que très rarement sa personnalité et
que les marques d'originalité que l'on
souhaiterait nombreuses restent des exceptions.
Il y a, à cela, plusieurs causes.
D'abord, une conception peut-être trop
autoritaire de l'enseignement, qui réprime certaines manifestations spontanées un peu gênantes pour la discipline ; puis, obligation, si souvent imposée
par le maître, de juger de telle façon,
de penser selon une ligne bien définie ;
mieux même, de « composer » des récits d'après un plan donné.
L'enfant n'a pas de la vie, de la morale, du travail, du jeu, les mêmes opinions que les hommes ; ses sensations
neuves sont différentes des nôtres, il ne
voit pas comme nous, il sent autrement.
Ce que nous disons beau n'est pas forcément beau pour lui. Tel texte qui nous
semble parfaitement composé pour le
jeune âge, ne touche pas du tout le
bambin, et ce dessin qui nous enthousiasme, le laisse indifférent.
Dans les classes de campagne, rares
sont les élèves qui lisent volontairement.
Sans doute, est-ce beaucoup à cause des
« navets » dont a encombré les bibliothèques scolaires (dons du Ministère !).
C'est aussi parce que l'enfant, doué
d'une vie intense, s'intéresse, d'abord, à
sa vie enfantine, et qu'il ne retrouve
pas, même dans les ouvrages les meilleurs racontant des aventures juvéniles,
ses propres sentiments. L'auteur a prêté,
malgré lui, à ses héros, des pensées
d'homme et n'a pu retrouver... l'atmosphère des premiers ans. Et puis,
tous ces événements se passent loin de
son pays, dans des milieux qu'il ignore,
qu'il ne comprend pas. Il s'accroche à
quelques choses familières, et l'intérêt
qu'il marque est souvent plus apparent
que réel. D'autre part, le vocabulaire
des enfants campagnai ds esl ti ès limité,
en dépit des efforts tentés pour l'étendre, et bien rares sont les auteurs qui
réussissent à simplifier suffisamment
leur langage pour être parfaitement entendus d'eux.
Mais il y a quelque chose que l'enfant
rural lit et relit avec avidité : c'est ce
que des enfants comme lui ont écrit sans
contrainte, relatant leurs plaisirs, leurs
peines, leurs rêves, ce qu'ils ont vu ou
entendu, même si les rédacteurs vivent
en d'autres provinces. Là, il lit sa vie,
c'est un peu de lui-même, il s'y reconnaît et s'y récrée longuement.
J'ai dit « écrit sans contrainte », car
le travail ordonné ne vaut pas celui
qu'on s'est imposé librement et que l'on
accomplit ainsi dans la joie. Créer est,
pour l'enfant, comme pour l'homme, un
bonheur : homme en puissance, il s'attache davantage à ses créations spontanées.
De là, la nécessité de lui laisser la
liberté absolue et continuelle de raconter, par écrit, ce qui a pu l'intéresser
ou lui plaire.
C'est ainsi que nous procédons. Chaque élève rédige chez lui, quand il lui
plaît, ce qui lui plaît. Le matin, chacun,
fier de son butin, et un peu anxieux du
sort qui lui sera réservé, lit sa production à haute voix. Les camarades écoutent, on les voit sourire, se pencher
pour écouter mieux, quelquefois aussi
marquer leur indifférence. Puis, par un
vote secret, ils désignent le texte qu'ils
préfèrent. Comme sa rédaction comporte
des imperfections, il va être dicté au
maître, qui l'écrit au tableau, chaque
élève faisant, librement, ses réflexions
sur la forme, et proposant, s'il le juge
utile, des modifications. Le rôle de l'instituteur se borne à trancher les différends (car il y a souvent discussion entre
les rédacteurs), et, un peu aussi, à
aiguiller, le plus discrètement possible,
la classe dans la bonne voie. Il arrive
que des expressions locales se glissent
dans le texte. Est-ce un si grand mal ?
Je suis persuadé que tous ceux qu'intéresse le régionalisme m'approuveront de
laisser ces vieilles tournures de nos montagnes.
Le texte acquis, il reste à le fixer.
Et c'est ici qu'intervient une technique
nouvelle: « l'Imprimerie à l'Ecole »,dont

le maître et l'animateur est mon camarade C. Freinet, Instituteur dans les
Alpes-Maritimes.
J'ai prêté à mes élèves les fonds
nécessaires à l'achat d'un matériel d'imprimerie : presse, polices, casse, papier,
et d'un bon duplicateur pour l'illustration. Peut-être un jour leur caisse serat-elle assez riche pour leur permettre
le remboursement de cette avance ! Et
puis, ils se sont improvisés imprimeurs.
Les tirages sont sans secret, pom- eux,
de même que la manipulation, assez
délicate, du duplicateur.
Ai-je besoin de dire l'activité joyeuse,
même enthousiaste, de tout ce petit peuple de 6 à i3 ans, qui dirige, luimême, son travail, tient la comptabilité
range, ordonne, broche les publications
bi-mensuelles, les timbre, les exoédie à
nos correspondants et à nos abonnés ?
Si j'ajoute qu'on peut baser une bonne partie de l'enseignement sur ces travaux d'élèves, on comprendra facilement
l'importance de cette technique, du point
de vue région aliste.
Peut-être m'objectera-t-on même que
cet enseignement est par trop régionaliste. Qu'on se rassure. Une douzaine
d'écoles dispersées dans toutes les régions françaises nous envoient leurs travaux, comme nous leur faisons parvenir
les nôtres, et cet échange quotidien,
bi-mensuel ou mensuel, ouvre, sur le
dehors, les fenêtres nécessaires.
Victor COUDERT.
Instituteur à Mercœur.

NOS COMPATRIOTES
HORS DU PAYS
Ce n'est pas d'aujourd'hui que nos
compatriotes s'en vont au loin, dans l'espoir, bien légitime, de faire fortune ou,
tout au moins, de former^ à force de
travail, un petit magot qui permettra
de passer plus aisément les vieux jours.
Autrefois, de nombreux cultivateurs
partaient, au moment de la moisson,
pour les champs de La Planèze. Lorsqu'ils revenaient, la campagne terminée,
les écus de cinq francs sonnaient joyeusement dans leurs poches alourdies.
D'autres allaient en Limagne, et savaient s'y faire apprécier par leur travail consciencieux. Quant à ceux, moins
nombreux, qui poussaient jusqu'à Paris,
on les considérait un peu comme des
personnages « arrivés ». Lorsqu'on disait de quelqu'un, non sans une pointe
d'envie : « Il est à Paris », c'était pour
signifier : « Oh ! celui-là est bien heureux... Comme je voudrais être à sa
place ! »
De nos jours, l'on a plus d'ambition,
et ce sont surtout les grandes villes
qui attirent nos compatriotes : Clermont,
Lyon, Paris... renferment de nombreux
originaires de la Ribeyre. Dans chacune
de ces villes, où tous les Auvergnats ne
sont pas des charbonniers, ainsi que
le croient encore d'incorrigibles badauds,
ils ont contribué à fonder des groupements régionalistes florissants. Ainsi, le
pays natal n'est pas oublié. On entend,
dans les réunions, le patois et la chabrette et la vielle. Les jeunes, hélas !
ne savent guère nos vieilles danses ; mais
lorsque des danseurs de cinquante ans
rythment la bourrée, tout le monde
fait cercle, délaissant jazz et danses nègres : c'est que notre bourrée s'impose,
impérieuse, et souffle l'esprit auvergnat!
À Clermont, les « Ribeirons » se rencontrent à l'Amicale de la Haute-Loire,
présidée par un avocat distingué, Me
Pialoux, Rrivadois. A Lyon, ils sont
groupés par la vieille et bien vivante
société « L'Auvergne », présidée par
M. H. Nougein, et qui a pour secrétaire
général un Chilhacois, Antoine Gilbert,
fabricant de soierie. « L'Alauza d'Auvernha » donne chaque mois, un Bulletin de la Société.
La capitale a, comme il sied, « Lo
Covize » et « Lo Covize de l'Escola de
Limanha ». Ces deux sociétés, fort différentes, ont été fondées par le signataire de ces lignes (qu'on lui permette,
pour une fois, de l'écrire et d'en ressentir de l'orgueil). A la fondation du
« Covize » a collaboré Alexis Roche, de
Saint-Cirgues. Cette amicale, actuellement présidée par M. Pestre, de Brioude,
est devenue très prospère.
« Lo Covize de l'Escola de Limanha »
est une société littéraire et artistique,
affiliée au Félibrige. Il ne reçoit, comme adhérents, que des personnalités
choisies. Le groupement a pour organe
« L'Alauza d'Auvernha » ;
de

plus, tous les journaux régionaux publient ses comptes rendus. Chaque covize mensuel groupe particulièrement
des originaires de la Basse-Auvergne
et des félibres de toutes les régions. Le
programme comprend, chaque fois, une
conférence sur un sujet local, des projections de vues d'Auvergne, une félibrée et l'exécution des danses anciennes
avec accompagnement de chabrette. Les
célèbres « Chanteurs Limousins », la
belle société artistique provençale « La
Respelido », et les « Amis de la langue
d'oc » prêtent aimablement leur concours au «, Covize de l'Escola de Limanha ». Tous les ans, au mois de
février, un covize est consacré, dans Un
but de publicité en faveur de nos commerçants, à une « Vente-réclame des
produits d'Auvergne ». Cette œuvre a
eu, en 1980, le concours du Président
de la Chambre de Commerce de Clermont, M. Emile Dousset, et celui de
M. Rougier, secrétaire du Syndicat des
Dentelles et Broderies à la main ; en
ig31, l'aide précieuse de M. le Dr Cany
et de Mlle Hélène Dufresne, président
et secrétaire-générale de la « Fédération Régionale de Tourisme », ont permis de mettre en valeur les envois des
commerçants et des industriels qui ont
compris la portée de cette œuvre.
Ainsi, considérée du seul point de
vue régionaliste, l'activité de nos compatriotes qui se sont temporairement
expatriés n'est pas sans valeur. Elle aide
à faire connaître au loin notre région,
et, par là, de nombreux touristes sont
amenés à vouloir visiter le pays dont
ils entendent parler et dont ils voient
présenter les beaux sites.
N'est-ce pas assez dire qu'il est de
l'intérêt de nos compatriotes qui sont
restés au pays de soutenir les sociétés
régionalistes ?
Vous tous, qui avez des parents ou
des amis dans les grandes villes, faitesleur connaître nos groupements, engagez-les à y adhérer. En définitive,
c est pour vous que vous travaillerez.
Ce n'est pas sans un serrement de
cœur que l'on voit certains villages de
la Ribeyre à demi ruinés. Ils furent,
jadis, prospères ; leur situation actuelle
est lamentable. En soutenant vos sociétés, vous recevrez, en retour, les visiteurs que celles-ci vous enverront : l'exploitation intelligente et loyale du tourisme pourra ramener une prospérité
que nous souhaitons tous.
C'est cette considération qui a décidé
« Lo Covize de l'Escola de Limanha »
à proposer à la Maintenance d'Auvergne
d'organiser les fêtes félibréennes de La
Voûte-Chilhac. Elles ne garniront pas
les poches d'écus, comme les moissons
de La Planèze ; mais si elles apportent,
ainsi qu'une première et heureuse expérience le fait prévoir, un nombre suffisant de francs-papier au commerce local, les félibres seront enchantés du
résultat de leurs efforts.
Henri GILBERT,
Directeur
du « Covize de l'Esoola de Limanha ».

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ^ «_L'ADVEBGHE » OE LYON
COMMISSION DES FETES
Dans sa réunion du 9 juillet, la Commission des Fêtes de la Société « L'Auvergne » a ainsi constitué son bureau
pour l'année ip,3i-ip,32 : Président, M.
Dumaianède ; vice-président, M. Delpirou ; trésorier, M. Gourdorï ; secrétaire.
M- Harrich.
D'autre part, des sous-commissions
ont été désignées pour chacune des
principales manifestations de l'année :
i° sauteries, matinées He famille et
grand bal annuel ; 20 arbre de Noël ;
3° grand concert, salle Rameau ; 4°
fête d'été et banquet.
La bonne volonté, l'expérience et l'esprit d'initiative de chacun des dévoués
commissaires permet de compter que,
cette année encore, notre vieille « Auvergne » aura des réunions dignes d'elle
et fort agréables à tous ses sociétaires.
L'empressement de ceux-ci à assister
à ces diverses manifestations sera l'élément principal du succès et le meilleur
encouragement pour les organisateurs.
Donc, attention aux dates qui seront
données en temps opportun.

NOS SOCIETAIRES
Examens.
i° Ecole des Surnuméraires de l'Enregistrement et des Contributions Directes :
nos sociétaires MM. Montbertrand et Crozat ont été classés brillamment au concours de sortie.

"VMeille

2° Faculté des Sciences de Lyon : M.
Migeon, ingénieur-chimiste, membre
du
C. A. de la Société, a obtenu le Certificat
de Minéralogie, avec mention bien, de
l'Université de Lyon.
3° Baccalauréat : M. Henri Blazin, fils
du regretté vice-président de la Société,
a été reçu au baccalauréat de mathématiques élément aires av ec mention bien.
4° Ecole Centrale de Paris : M. Septier,
fils de nos sociétaires de la Place Morand,
est sorti brillamment de l'Ecole Centrale
de Paris, avec le titre d'Ingénieur des Arts
et Manufactures.
Fiançailles.
M. Yignal, ingénieur de l'Ecole Supérieure d'électricité de Paris, fils de notre
sociétaire, industriel à Monplaisir, est fiancé avec Mlle Charreyre, dont les parents
dirigent les Etablissements d'appareillage
électrique bien connus de la Place Bellecour.
Antoine GILBERT,
Secrétaire-Général,
3, Place des Tapis, Lyon.
P.-S. — Djtns son
« L'Alauza d'Auvernha
cours prononcé par M.
de L'« Auvergne », au
d'été.

Le Gérant : H. GILBERT.
Le Puy.

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de la région de La Voûte-Chilhac
PARIS. —
« Lo Covize. de l'Escola de
Limanha » (société littéraire et artistique):
Directeur-fondateur, M. Henri Gilbert, de
Chilhac, 4a, rue des Salins, à ClermontFerrand ; secrétaire, M. Pierre Sabatier,
11, rue de l'Evangile, Paris (18e).
« Lo Covize » (amicale) : Président,
M. A. Pestre, 1/40, rue Legendre, Paris
(17e) ; vice-président, M. Alexis Roche de
Saint-Cirgues,
rue de Chabanais, Paris (2e).
LYON. — « L'Auvergne »
(société philanthropique) : Président, M. H. Nougein, 38, rue Franklin, à Lyon. — Secrétaire, M. Antoine Gilbert, de Chilhac,
3, place des Tapis, à Lyon.

Amicale de la
Haute-Loire : Président, M. Pialoux, avocat, 2, boulevard de la Pyramide, à Clermont-Ferrand.
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10 fr. pour les sociétaires du « Covize de l'Escola de Limanha » et de la « Bilhada ».
Nous envoyer ce bulletin en y joignant un chèque-postal à L'ALAUZA D'AUVERNHA,
23, Boulevard Carnot, Le Puy (Haute-Loire). — Compte Chèques-Postaux 176-81.

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              <text>L'Alauza d'Auvernha (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12715"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>Gilbert, Henri (1874-1955)</text>
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              <text>L'Alauza d'Auvernha. - 1931, n°30 (Septembre) </text>
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      <name>Literatura occitana = littérature occitane</name>
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