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                  <text>CINQUIEME ANNEE. - N« 18.

Le numéro spéciaR : 2 frs.

Etranger : 3 fr.

MAI

Direction :

COMITÉ DE RÉDACTION :

GILBERT

HENRI

M. BUSSET.
A. CASATI.
C. CHACORNAC.
J. CHARBONNIER.
0' A. DELANEF.
L. DELHOSTAL.
L FARGES.
J. FREYCKNET.
H. GILBERT.
A. GILBERT.

7, Rue Serret, 7
CLE RMONT-FER HA N D

Administration :
ANTOINE

V. GU1DY.

GILBERT

P. MAMET.
E. MARCENAC.
L. MAURANNES.
11. NOUGKIN.
J PAGENEL.
L'-C' E. PESSEMESSE.
Mm» RAOUL DUPAIN.

3, Place des Tapis, 3
LYON

F. ROC1IEZ.

Chèques-Postaux :
Lyon : 9^553

1933.

ORGANE de la MAINTENANCE «TAUVERtNE et des SOCIETES AUVERGNATES

Dr E. ROUX.
M"« B. ROZIÈS.
P. SABATIER.
L. TESTUD.

à PARIS i

LE RÉGIONALISME DANS LÏEUVRE DE JULES ROMAINS
(Siiitr)

Conférence faite au « Covize de l'Escola de Limanha », à Paris, le îî février 1933, par J. CHARLI£S-RRU\, agrégé de l'Universilé
Délégué général de la Fédéralion Régionalise Française
nime, le poète peignant l'existence de
la cité, pense aux boutiquiers qui l'animent :

Et dans le même recueil :
« Je ne suis plus un être englué dans sa race
« Et j'ai cassé les clous qui me rivaient
l'esprit.

« Les marchands ont laissé dormir près du
[comptoir
« Le désir de gagner qui travaille dès
l'aube..,

Cela est net : Romains, « européen »
de la première heure, n'est pas un régionaliste de propos délibéré.

Il n'importe. Nous voici à l'exposé
d'une thèse qui m'est chère, au centre
môme de la doctrine. 11 n'est pas nécessaire de se dire ou de se croire régionaliste pour l'être. Il y a même un
faux régionalisme : celui de l'écrivain
qui passe un été sur la côte basque ou
bretonne, selon que la mode est à la
Bretagne ou au pays basque, et qui
écrit, l'hiver suivant, un roman de terroir qui, en général, ne vaut pas grand
chose : nos provinces sont d'honnêtes
filles, qui ne se livrent pas ainsi au
premier venu.
D'autres écrivains pour donner une
note régionaliste à leur œuvre. &gt;o
bornent à rappeler de touchants souvenirs : l'enclos où l'on a joué enfant,
les cloches sonnant les baptêmes et les
glas, le cimetière où dorment les
morts... rien de plus facile : rien qui
souffre mieux la banalité.
Dans une tournée de conférences
que je faisais, l'an passé, en GrandeBretagne, j'avais emporté un _petil
poème, dit régionaliste, et dont je ne
nommerai pas l'auteur. Je ne manquais pas de le proposer en exemple
de poncif. Les traits en étaient si généraux qu'il était aisé, sans rien modifier du sens, de remplacer Dauphiné
par Languedoc ou tout autre mot de
trois syllabes. On ne me contraindra
jamais' à voir du régionalisme là-dedans : mais il est des qualités, des caractères, issus du sol, de la race, de
l'histoire, dont l'ensemble ne fussentils perçus qu'à peu près inconsciemment, marquent fortement un auteur :
c'est ce que nous allons rechercher
dans l'œuvre de Jules Romains.

On pourra d'abord y trouver, çà et
là, quelques notes franchement regionalistes. Ainsi, dans La Vie unanime,
ces vers, dignes d'un Fabié :
« Quelque part où jamais, moi, je ne suis allé
« Au pays merveilleux, bien loin des champs
de blé]
« Que creusent àprement les hommes de ma
[race...

Encore dans "La Vie unanime, voici
un passage qui peut paraître assez ca-

NOTRE VENTE
CLERMONT-FERRAND : Librairie de
« L'Avenir », rue Blatin ; aux Covizes, à
1'« Oustau ».
LE PUY : Bay, Place du Breuil.
BRASSAG-LES-MINES : Rapp.
LA VOUTE-CHILHAC : Delomenède ;
Roche.
St-GERMAIN-LEMBRON : Delaire.
PARIS : aux Govizes, Café Voltaire
(Odéon).

Mais quoi ! en tout pays, les marchands, s'ils sont de bons marchands,
sont travaillés par ce même désir de
gagner. Beaucoup plus arverne, ce petit croquis du marchand de vins, où
l'auteur montre qu'il connaît bien les
exigences du métier et ce que les sociologues nomment « l'émigration à retour », si caractéristique de vos émigrants. J'emprunte le passage à Eros
de Paris :

PENITENTS DU VELA Y'
Dessin du peintre vellave Pierre Favier.

ractéristique, quoique peut-être encore
un peu vague, et inspiré par le Velay :
« Du blé pousse, du vent l'ébranlé, les épis
« Sont mus par la vigueur du sol qui passe
[en eux,
« Et par Pair inquiet qui cherche un équilibre.
« Ici

Les mouvements de la matière et de la
[vie
« Ont le pas grave, et sentent qu'ils sont les
[aïeux
« Des mouvements hâtifs dont frémissent les
[hommes...

Un peu général encore, ceci :
« Eparses dans le peuple innombrable des
[plantes,
« Les maisons du village, aux faces indofientes,
« Qui somnolent en murmurant les mêmes
[mots,
« Enl'ouisse*nt leur vie avec tant de mystère
« Qu'à peine on voit briller, çà et là, près de
[terre
« Les écailles d'un toit nageant sous les
[rameaux. .

Mais voici un passage où je crois
bien trouver l'évocation du Massif Central et de ses montagnes :
« Derrière l'horizon, du soleil ondulant
« S'accumule. Les monts qui se touchent les
[flancs
« Gonflent tous à la fois leurs épaules mus-

clées,
« Pour supporter le poids des lueurs empilées
« Qui bouillonnent là-bas et qui voudraient
[sortir.
« L'écluse du couchant, creusée jusqu'au
[nadir,
« Est pleine de rayons qui cherchent la bataille.
« Les îlots jaunes en rang attaquent les mu[railles
« Et l'horizon heurté projette des vapeurs.
« Et moi qui suis bien loin dans la plaine,
[j'ai peur

sous la
[poussée ;
« La houle tout à coup recule, puis, massée,
« Repart, grossit, s'emballe et crève l'horizon »...
« L'encolure

des

monts

frémit

Le paysage est net, assez bien localisé, me scmble-t il, et j'ai gardé pour
la fin le poème qui m'a paru d'inspiration franchement régionaliste : le
voici :
&gt;( Les frères, les cousins et les petits enfants
« Sont venus chez l'aïeul pour faire la
[veillée ;
« Dans la salle encombrée de fagots et de
[bûches
« Et que parsèment des pommes de pins, on a
« Descendu les chaises bancales et les bancs.
« Les plus jeunes au fond chevauchent une
[huche.
« Tourmentés par l'odeur du fromage et du
[pain,
« Les chiens dont le flanc colle à la terre
[battue
« Baillent près du buffet qu'ils frôlent de
[leurs queues...

On dira que cette veillée n'est pas
spécifiquement vellave : un trait va la
situer : c'est la peinlure des dentellières au travail :
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

Au milieu,
Sur un guéridon de bois brut,
La lampe s'évertue. Les femmes
Qui, de leurs tûtes inclinées,
Vénèrent la lumière jaune,
Allongent un peu la dentelle,
Et font tout lentement une aune,
En plongeant des doigts effrénés
Dans les fuseaux qui se trémoussent
Avec un bruit rond et roulant
De cailloux secoués au ventre
D'un bocal ..

Cette fois, nous sommes bien en
plein régionalisme et je me dispense
d'aller plus avant.
Passons aux caractères moraux. On
accuse l'Auvergnat d'être âpre cl « gagneur ». Souvent, dans la Vie Una-

« Deux nouveaux clients sont venus,
« et proposent aux patrons une partie
«de Zanzibar... Ces messieurs expé« dient deux tournées promptement.
« Chaque fois le patron, après avoir
« trinqué, soulève son verre comme si,
« mourant de soif, il allait le boire
« d'un trait. Mais il réussit à n'en ava« 1er qu'une gorgée de moineau, et,
« pendant que les autres pérorent, il
« le glisse sous un petit abri, ménagé à
« cet effet dans l'épaisseur du comp« toir
«*
« Le patron, qui est de Chaudesai« gues, déteste ce que les Parisiens ap« pellent la boisson. Il considère les
« buveurs, ses clients, de l'œil dont un
« colon du bled considère les indigè« nés. Comme une espèce d'hommes
« en tous points méprisables, dont les
« coutumes sont répugnantes, l'idéal
« de vie absurde, mais dont il faut su« bir le contact par devoir d'état, puis« qu'on est venu exprès au milieu d'eux
« pour faire fortune. Dans 20 ans, 15
« peut-être, on quittera cette racaille,
« pour aller retrouver sur le foirai de
« Chaudesaigues des hommes dignes
« de ce nom, qui auront su eux aussi
« mettre de l'argent de côté, au lieu
« de le répandre sur le zinc des bisce trots, et avec qui l'on boira le di« manche, sans se presser, dans le caci baret qui fait le coin de la place une
ce bouteille de petit vin d'Auvergne. »
N'en doutons pas : le lype est régional, et bien saisi sur le vif.

Mais l'œuvre la plus pleinement régionaliste de Jules Romains — il en
convient lui-même — est Cromedeyrele-Vieil. (Je crois môme que l'idée de
la conférence de ce soir est sortie de
l'élude plus approfondie que j'ai faite
de la pièce, l'an dernier, dans mon
cours du Collège des Sciences sociales.)
Cromedeyrele-Vieil, écrit de 1911 à
1918 et joué au Vieux-Colombier en
1920, a pour titre le nom, purement
imaginaire, du village des montagnes
du Mézenc où se passe l'action. Village
austère, brûlai, d'une religion farouchement particulariste comme celle
des Cévennes, Cromodeyre a bâti son
église avec des pierres de son roc, des
arbres de sa forêt Le meilleur de ses
(ils,. Emmanuel, est allé étudier la

théologie au Puy pour devenir le prêtre de ses concitoyens. (Du reste,
1 evêque s'y oppose, et cela fournit à
l'auteur le prétexte de nous présenter
un curé-doyen assez grotesque : il arrive que les anti-cléricaux ne connaissent pas très exactement les gens
d'église qu'ils peignent, ou les peignent
avec un peu de parti pris.)
A côté de cette intrigue, une autre,
aussi simple. Cromedeyre qui a moins
de filles que de garçons, recourt traditionnellement au rapt. Vous voyez tout
de suite dans quelle atmosphère âpre
et brutale nous sommes plongés.
Donc, Cromedeyre vient d'enlever
(j'emploie le procédé verbal de l'auteur, qui fait de Cromedeyre une
unité, un être ce unanime ») au bourg
voisin de Laussonne quinze jeunes
filles, dont Thérèse, qu'aime Emmanuel. D'abord hésitantes, éperdues,
elles finissent, comme les Sabines se
convertissent à Rome, elles finissent
par se convertir à Cromedeyre : forces
du sol, de l'habitat, du ciel. En vain
vient-on les rechercher : Cromedeyre
tout entier repousse l'assaut, et ellesmêmes chassent les souvenirs tentateurs. Je choisis quelques-uns des passages qui me semblent le plus caractéristiques :
THÉRÈSE

« Je ne vivrai jamais ici
« Tout est terrible
(Long silence).
Et puis l'odeur
« De votre foyer me déplaît.
EMMANUEL

« L'odeur des mottes dure encore,
« Que nous brûlâmes cet hiver
(Silence).
ce On les découpe dans la lande
o Au commencement de l'été.
« On en fait des tas au soleil,
« Comme un tombeau ;
comme un autel
(11 montre le foyer.)
« Et c'est là qu'elles se consument,]
o Les soirs d'hiver, Thérèse, avec
o Grande fumée et petit bruit
THÉRÈSE.

« Mais pourquoi brûlez-vous des mottes,
« Non du bois comme tout le monde?
EMMANUEL.

«
«
o
«
«
«
ce

Le bois? On le laisse à Jacob,
Aux maçons, pour faire l'église,
Nous n'avons qu'un bout de forêt,
Dont tous les arbres ont un nom,
Comme un pasteur nomme ses chèvres.
Et cette bûche précieuse
Ne brûle ici qu'en ton honneur.
THÉRÈSE.

« Alors, il faudra que je sente,
« Moi aussi, la motte brûlée?
« C'est une odeur dont on à honte.
EMMANUEL.

« Pourquoi, fillette? Il est des hommes
ce Que suit le relent de l'étable.
« D'autres sentent le lait suri.
« Et tu veux que nous rougissions
« D'avoir l'odeur de notre terre?
« Car n'est-ce pas son odeur même,
o L'odeur qu'elle expire en juillet
&lt;c Quand la tourmente le soleil,
« Que vous fêtez par tant de cloches?

Voir en quatrième page nos maisons
recommandées. Nous prions nos lecteurs de leur réserver leurs commandes.

�L'ALAUZA D'AUVERNHA

Bonne notation régionaliste. Les
Corses sentent leur île avant d'y aborder, les Bretons, leur Bretagne, et Paul
Arène appelait sa Provence « la gueuse
parfumée ».
Voici, maintenant, la peinture du
type physique, second trait essentiel :
THOMAS

nu

PIBOU.

« De là-haut, je prétends reconnaître
« Si c'est homme ou femme sur le pont,
« Et si c'est homme de Cromedeyre.
CLAUDE LE PÉCHEUR.

« Et si c'est homme de Cromedeyre?
« Non, Thomas! Vous vous moquez du
[monde.
LE COLPORTEUR.

« Moi, je les reconnais de tout près,
« A l'odeur et non point à la vue
« Car ils sentent la motte brûlée.
CLAUDE LE PÊCHEUR.

«
«
«
«
«
«
«

Ah! voilà quelque chose de bien !
Au moins voilà, Thomas du Pibou,
Ce que j'appelle un mot véridique.
C'est une très sublime pensée
Qu'il faudra défendre mordicus !
Les gens de Cromedeyre-le-Vieil
Puent et ils puent la motte brûlée !
(Il rit en se frappant la cuisse).
« J'accorderai pour votre plaisir,
o Thomas, qu'ils puent à grande distance,
« Mais pourtant pas jusqu'au bois Boulène.
THOMAS

«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

nu

PIBOU.

Je puis les distinguer, vous dis-je.
Ils n'ont pas le corps comme nous.
_ oui, Claude, vous vous connaissez
Mieux encore en truites qu'en hommes—.
Je dis que nous avons, nous autres,
Le torse un peu long pour les jambes.
Mais les hommes de Cromedeyre
Ont des jambes qui sont très hautes
Sous un torse plutôt petit.
Et nous, quand nous sommes en marche,
A peine si le genou plie.
Nous avons un balancement
Sur les hanches, de gauche à droite.
Mais les hommes de Cromedeyre
Se ramassent, puis se détendent,
Comme un cheval à la montée.

Troisième trait, non moins nécessaire : le sens du passé :
HELIER .

»
«
«
«
«
«
«

Et pourquoi les bassets nous haïssent-ils ?
Parce que Cromedeyre est encore ici ;
Parce que l'ancien maître delà Cévenne
Se cramponne encore à son dernier rocher.
Jadis le pays entier fut notre bien.
Notre part allait jusqu'à cet horizon
De l'Ouest, où les montagnes sont toutes
[bleues.
« Cromedeyre tenait les quatre vallées :
« Il lavait ses pieds dans les quatre torrents.

Sens du passé et souvenir orgueilleux de ce passé dans une ville déchue :
toutes les petites villes qui ont été des
capitales ont conservé cet orgueil.
Enfin, élargissant sa manière, orchestrant sa symphonie, Romains va
nous montrer la conquête des étrangères par Cromedeyre, elles ont goûté
d'un vin secret où Cromedeyre est en
esprit : nous le connaissons tous, n'estce pas? cet enchantement de la terre.

Après ces lectures dont je vous prie
d'excuser la longueur, — elles m'ont
paru indispensables, — il ne me reste
plus qu'à rechercher dans le tempérament littéraire de Romains les apports
du régionalisme, d'un régionalisme inconscient peut-être, j'y reviens.
On pourrait, en eifet, juger un peu
tendancieux le choix que j'ai fait de
quelques passages dans une œuvre
aussi étendue et diverse que celle de
notre auteur mais c'est le génie propre
de Romains, sa formation intellectuelle
qui relève de sa race.
Je crois bien que le premier Irait de
caractère est la reliogisité. Fils d'un
pays violent et croyant, mais qui a été
touché par l'hérésie, Romains, catholique de naissance, a traversé une crise
d'inquiétude religieuse et en a gardé
l'empreinte. Dans ce recueil dont je
vous ai, tout à l'heure, cité quelques
poèmes, il a peint la « vie unanime »
à l'église.
« Des gens arrivent pour prier dans leur église
ci .Malgré qu'il se fatigue et commence à
[branler.
« Le monument sait faire encore une assemblée
«Avec les hommes que déversent les chemins...

Et, plus loin, toujours pour nous
montrer cette sorte dépensée unanime :
« L'enthousiasme des

poitrines passe aux
[murs,
« Et le fluide qui monte aimante le clocher,
« Et le clocher attire Dieu
« Dieu s'approche, Dieu descend;
« Il n'est plus bien loin : l'air semble
« Peser plus lourd. Quelque chose
« Presse dessus et le chaulîe ;
« Le chœur se remplit d'encens
« Pour que Dieu, dès l'arrivée,
« Retrouve ici des nuages
o Pareils à ceux qu'il habite
« Et soit moins dépaysé.
« Il est tout près, tout près. On peut lui par[1er bas,
« Lui dire ce qu'on n'oserait dire à personne
« On peut lui demander n'importe quoi. Si
[même
« Dieu refuse, il sera trop bon pour se fâcher

A vrai dire, celte religiosité de Romains a changé d'objet, puisqu'il semble avoir rejeté tout dogme et toute
révélation : mais il apparaît comme
le fondateur d'une mystique nouvelle,
disons-le mot : d'une religion ; la religion unanimiste. A travers toule la
Vie Unanime passe le désir de se créer
des dieux, que nous vénérerons précisément parce que nous nous les serons
faits, qu'ils seront notre œuvre :
« Je vous vénère, cellules de mon cerveau,
« Que mon sang le plus pur aille vers vous,
[neurones
« Qui vous êtes donné le devoir d'être moi.
« Je vous aime entre les cellules de mon
[corps.
« Vous avez peiné, vous êtes mortes, cellules,
« Afin de me créer moi qui suis votre dieu;
« Comme vous je mourrai pour me créer un
[dieu,
« Et je resplendirai jusqu'à ce que je meure.

EMMANUEL.

(avec exaltation).
« Nos cloches ?
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
&lt;(
«

o
«
«
«
o
«
«
«
«
«
o
«

Belles filles heureuses,
Epouses de la prochaine nuit!
Elles sonnent à toute volée,
Chaque heure, de l'aurore à l'aurore.
Mais le Boiteux ne peut les entendre,
Car elles n'ont de voix que pour vous.
Cromedeyre en secret les contient
Comme une liesse intérieure.
Kcoutez en baissant les paupières,
Leur chant va grandir autour de vous.
Ecoutez celle-ci, la plus grêle,
Qui fait moins de bruit qu'un rossignol;
Celte autre qui a la voix plus grosse;
Et cette autre'comme le tambour.
— Parle, boiteux, tant que lu voudras.
Te voici déjà loin de leur àme.
Fais sonner tes cloches!
Fais sonner
Ton violon et ta cornemuse !
(Les yeux des belles filles se sont
clos. Il poursuit doucement)
Qu'il fait bon, chères femmes heureuses!
Vous vous reposez sous les mélèzes,
Et quel plaisir quand les doigts s'enfoncent
Sous l'amas des aiguilles dorées!
(Elles sourient à la vision)
Le vent tourmente la panvre lande;
Mais le bois est fermé comme un lit.
Qu'il fait bon au bois de Cromedeyre
Lorsque souille le vent du Mezenc !
(Sa voix change)
Laissez-vous saisir par notre joie
Cromedeyre entre en vous longuement
Ouvrez vos songes.
Ouvrez vos veines.
Qu'y passe le feu des anciens jours !
(Les belles filles s'abandonnent tout
entières à l'enchantement).

A ce coup, nous tenons bien ici
l'œuvre pleinement régionaliste.

M. Georges Duhamel, que j'ai déjà
cité, est assez clair là-dessus. Il écrivait, alors qu'il étaiten pleine communion de pensée avec Jules Bomains :
« La ville est un plus grand dieu ».
Je vous ai cité cette formule. Et M. G.
Duhamel poursuivait :
« Eaile de la multitude des dieux
élagés, elle repose pyramidale, sur
la terre des hommes... Ainsi le polythéisme renaît, mais profondément
modifié. Les dieux ne sont plus des
forces naturelles, étrangères à l'homme. Depuis que les phénomènes ont
reçu des explications, le merveilleux
naturel est mort. Les dieux, selon
Bomains, sont faits avec les hommes,
c'est-à dire avec la partie la plus vivante de la vie. Ils peuvent, il est
vrai, englober dans leur masse la
vie secondaire des hommes et des
plantes, mais ils sont avant tout humains. Ils s'introduisent partout avec
subtilité, sournoisement ; même ils
poursuivent, dans les temples étrangers, une existence parasitaire et
souvent victorieuse, et quand, au
milieu d'une fête, Christ ou Mahomet semble triompher, c'est un dieu
méconnu et narquois qui exalte par
sa propre voix la vieille entité dont
il ne redoule plus rien... »
Beligion nouvelle, donc : à tout le
moins, esprit religieux, religiosité.
« Le créateur des dieux », achève
M. Duhamel, les aime... Il nous les
raconte avec des phrases d'évangile et
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

nous exprime quelle est leur vie'
quelles sont leursexigences, quels sont
nos devoirs.
« Nous les voyons, en des pages épiques, se rencontrer, enlrer en contact
et parfois en conflit ».
« Prophétique, un poète nous invile
« à la méditation qui donne la connais« sance des dieux et de soi-même... »
De fait, Bomains a intitulé un de
ses ouvrages : Manuel de déification.
Faire des dieux :
« Cromedeyre est en train de refaire un
[dieu »

diviniser une àme collective. Dans le
Dieu des corps, il tend, de même, à diviniser la communion sexuelle du couple.

Je ne dissimulerai point ce que le
lalenl de Jules Romains a de volontaire et, parfois, d'un peu tendu, car je
retrouve encore dans ce caractère la
marque de votre race laborieuse, têtue,
obstinée. Les thèmes développés par
l'auteur, avec un lyrisme incontestable
le sont aussi avec une régularité presque mathématique : il en va de même
de son ironie. Voyez Knoek ou Donogoo
et leur forme un peu mécanique d'humour. Tel vers de la Vie tinanimeest
bien expressif de celle volonté, qui
crée l'unanimisme :
« ...La vague humanité force pour être une
[àme...
« ...L'univers veut être réel...

C'est pourquoi M. André Bousseaux,
qui ne l'aime pas, je vous l'ai dit, intitulait la série d'articles qu'il lui a
consacrés dans Figaro : «Jules Romains
ou la mystification universelle». Pour
lui, Bomains n'a pas foi dans la religion qu'il a créée, il feint d'y croire,
il s'efforce de s'abuser. Je ne veux pas
enlrer dans la discussion, qui nous
éloignerait de notre sujet propre.

Je préfère noter un autre trait. Jules
Homains, comme ses compatriotes, est
doué d'un très réel sens pratique : il
a su s'entourer de disciples fidèles et
dévoués : il a parfaitement conduit sa
vie. Esprit positif et scientifique, ayant
poussé assez loin se* éludes de médecine, il a même professé la théorie
fort curieuse de la vision exlrarétinienne et du sens paroptique, d'après
laquelle tout noire corps, par ses téguments, serait doué d'une ceriaine
faculté de vision.
Enfin — et j'aurai terminé — comme
Vallès, il faut reconnaître chez Jules
Bomains, un orgueil parfois ombrageux, au demeurant fort légitime chez
un écrivain de celte valeur et chez le
fondateur d'une religion.

Hasardcrai-je que, pour tout mettre
au point et achever notre analyse, il
ne nous est peut-être pas interdit de
relrouver, dans la série des Hommes
de bonne volonté dont quatre volumes
ont déjà paru, un portrait de Romains
par lui-même? Sans doute, Romains
n'est pas Jerphanion, mais le normalien Jerphanion a beaucoup de Romains.
L'auteur nous le montre, dans le 6 octobre, venant de sa terre à Paris, gardant un « regard de paysan avisé » en
proie à l'allégresse d'être bienlôt parisien. Si Romains, nous l'avons vu, n'a
pas grandi dans son Velay natal, du
moins est-il passionné par la capitale,
nous l'avons vu aussi..Dans Les Amours
enfantines, Jerphanion ne renie ni le
Velay ni son père l'instituteur.
« Vous connaissez la campagne,
Monsieur? » lui demande la sœur du
marquis de Saint Papont. « Oui, Mademoiselle; j'y ai passé toute mon enfance ». — Vos parents n'habitent donc
pas Paris? Non, Mademoiselle, ils vivent en province. — Dans votre pays
natal ? — Justement. — C'est où çà
votre pays natal? — Dans le Velay.
Mais, ce n'est pas en Suisse le Velay?
Vous êtes Français pourtant?— C'est
le Valais qui est en Suisse, Mademoiselle. Le Velay est situé à l'Est du
Massif Central, et s'appuie aux Cévennes. — Les Cévennes c'est au sud du
Périgord? — Plutôt à l'est. — Oui.
Du côté de la mer ? Dans une ceriaine
mesure... »
On le sent, une ironie (lotie, celle du
provincial devant la Parisienne qui
se représente « la hiérarchie universi-

taire aussi vaguement que les Cévennes ». Plus sérieux, plus révélateur, ce
monologue de Jerphanion :
«
«
«
«
«

&lt;&gt; Si j'étais profondément convaincu
que l'évolution sociale se détourne
de mes idées; qu'elles ont l'avenir
contre elles, est-ce que je les garderais? Me résignerais-je à détendre
une cause d'avance perdue ? »

Il devait s'avouer que non. Mais si
sévère qu'il fût tenté d'être envers luimême (catholique de naissance et par
l'éducation naturelle, il avait respiré
dans sa montagne un reste de rigueur
protestante) et ne se sentait pas le droit
d'imputer à de bas motifs son éloignement de principe pour les causes perdues. « Je n'ai aucunement l'idolâtrie
« du succès. Au contraire. Hurler avec
« les loups? Voler au secours de la
« victoire. Rien qui me ressemble
« moins. J'aurais plutôt l'esprit de conec tradiction. Je descends d'ancêtres non
« conformistes. Faire partie d'une mice norité militante, et même persécutée,
« je ne vois pas de situation qui m'ex&lt;c citerait plus. Je veux bien être seul
« de mon avis, me battre tout seul,
« mais pour une cause qui vaincra un
ce jour. Que l'avenir, s'il le faut, soit
&lt;c mon seul camarade. Mais que je l'aie
&lt;c de mon côlé. Je ne suis pas assez di-

« lettante pour accepter de gâcher
« mon temps. Le dévouement aux cauc&lt; ses perdues? je sais, élégance chcc&lt; valeresque. Mais au fond quel scep« ticisme! J'aime mieux?passer pour
« naïf. Car évidemment c'est une naï« veté de croire que les meilleures
ce causes ont l'avenir pour elles. Mais
ce cette naïveté-là est le ressort qui a
ce fait marcher le monde jusqu'ici. Oui,
&lt;e c'est du même ordre que la foi au
ec progrès. Un peu primaire, paraît-il.
ee Tant pis pour les malins et les fatie&lt; gués : j'ai foi au progrès. »
Ainsi médile Jerphanion. Celle éducation catholique mêlée de rigueur
proteslanle, ce mélange de sens pratique et d'idéalisme, voilà des traits que
nous avons notés au passage chez Romains. Prépare-t-il une évolution?
Qui sait si un conférencier, me succédant dans quelques années, n'aura
pas à vous montrer un Romains toujours d'esprit libre, mais plus nettement orienté vers le régionalisme?
En tout cas, quoi que nous réserve
l'avenir, nous avons pu le montrer
marqué d'une forte empreinte, celle
de sa race et de son terroir. Je ne me
proposais pas autre chose.
J.

CHARLES-BRUN.

FELIBRIGE
CLERMONT-FERRAND
MAINTENANCE
D'AUVERGNE

Covize du 15 mars.

Pour évoquer le rude Cantal, décrire ses sommets ailiers balayés par
l'écir ou irradiés des brillants rayons
du soleil d'été, ses paysages si variés, ses châteaux en ruines attestant
les luttes d'un passé farouche sinon
glorieux, pour redire les vieux regrets et les « bailèros » des troubadours que chantent encore nos pasloures, il fallait un conférencier connaissant à fond la haute Auvergne,
ses habitants laborieux, leurs mœurs
ancestrales, leur dur labeur, leur
âme à la fois fruste et sentimentale :
Monsieur Germouty, ancien inspecteur primaire, nous montra qu'il
avait été captivé par les beautés des
sites incomparables de cette contrée
qu'il parcourut en tous sens pendant
dix ans, et qu'il avait su comprendre l'âme Cantalienne.
Sa causerie toute familière, mais
toujours spirituelle, ne relatant que
des faits vécus, émaillée d'anecdotes
personnelles, sa diction claire, élégante, fit vibrer un auditoire nombreux et attentif, attiré à la fois,
par la personnalité du conférencier
et le choix du sujet.
Le Président de ce Covize, Monsieur Dousse, l'amiable et savant
bibliothécaire de Clermont-Ferrand,
en termes heureux, présenta l'orateur particulièrement qualifié pour
parler du Cantal dans ce cadre si enchanteur de 1' « Oustaù », que
l'Amicale Cantalienne met toujours
aimablement à la disposition de la
Maintenance d'Auvergne.
M. Germouty ne s'attarde j&gt;as à de
longs préliminaires ; il nous raconte sa première inspection à SaintMamet et bien franchement nous décrit ses impressions. Certes, les nombreux Cantalicns présents ne sont
guère flattés d.ans leur amour-propre quand il dépeint la grande misère des routes de leur pays ; mais
peuvent-ils prendre à leur compte
l'incurie de l'administration chargée
de ce service ? Ils sont, assurément,
bien plus fiers quand le conférencier
narre les charmes de l'accueil au
terme du pénible voyage à bicyclette, la franche et cordiale hospitalité des paysans, la saveur des mets
préparés sous le manteau de la vaste
cheminée, la douceur de la veillée
autour de l'âlre flamboyant. Habitués aux rudes labeurs, ils savent,
les montagnards, que la peine précède le plaisir et ils trouvent tout
naturel que leur pays ne se présente
sous son meilleur aspect que lorsqu'on a payé la douceur du repos
par les fatigues de l'ascension. De
même que les paysans ne livrent leur

âme loyale et franche qu'à ceux qui
ont eu quelque mérite à les approcher, de même nos routes défendent
nos paysages contre l'envahissement
des nonchalants et des blasés, incapables de comprendre leur beauté
et leur charme.
Suivons M. Germouty à travers la
châtaigneraie tant, et si bien, chantée par Vermenouze ; attardons-nous
un moment, avec lui, sur le belvédère du Puy de l'Arbre qui domine
Montsavy, et d'où l'on a une vue
panoramique sur la vallée du Lot
et les- causses du Bouergue, accompagons-le dans ses tournées sur la
montagne. Son récit est si captivant
qu'il nous semble entendre souffler
le vent glacial, voir tourbillonner les
gros flocons de neige, sentir nos
pieds s'enfoncer dans le blanc duvet qui recouvre tout le pays. Ses
randonnées de Pierrefort à Malbo,
de Murât à Ussel en Planèze, ou à
Cbalinargues, rappellent à beaucoup
d'entre nous des souvenirs de notre
jeunesse, quand, insouciants des rafales de givre, les joues brûlantes de
froid, les muscles tendus pour lutter contre les éléments déchaînés,
nous revenions de quelque « bilhado », perdus dans la tourmente, ne
reconnaissant plus les coins pourtant bien familiers, tandis qu'éperdument sonnaient les cloches de
l'église, dont les échos nous permettaient de retrouver le droit chemin.
A ces visions terrifiantes succèdent
des tableaux ensoleillés : le gai printemps a vaincu le rude hiver, l'herbe et les fleurs ont remplacé la neige
aux flancs des coteaux et l'Inspecteur
laisse son regard se reposer et s'attarder sur des paysages charmants ;
ses oreilles, naguère assourdies par
le brutal « écir », entendent avec
plaisir les grêles sonnettes des troupeaux rouges de Salers errant en
liberté ; il s'arrête pour écouter la
fraîche voix d'une bergère chantant
un « bailèro » à laquelle, sur TauIre versant, fait écho un jeune laboureur clamant la « gronde- » à
pleins poumons ; dans les taillis gazouillent les oiseaux, vers le ciel
montent les alouettes, les ruisselets
murmurent doucement ou bondissent
joyeusement de cascades en cascades
et le grand soleil divin anime les
êtres et les choses.
Et voici que pour parfaire oe tableau, y ajouter un charme nouveau
et imprévu, une voix fraîche et musicale s'élève dans la salle. Mademoiselle Gavaldà, l'animatrice incomparable de la Maintenance d'Auvergne
et de la Bourrée Cantalienne, entonne « En passant par le bois ». Nous
sommes vraiment transportés clans
les taillis des environs de Mauriac
et de Pleaux dont nous parlait M.
Germouty.
A la description des beautés nalu-

�L'ALAUZA D'AUVERNHA

relies du Cantal succède celle des
vieux châteaux et un récit attrayant
des légendes qui s'y rattachent. Tour
à tour nous voyons défiler le plateau de Cariat avec les quelques
pans de murs qui restent seuls témoins d'une forteresse jadis importante ; Apchon, juché sur son rocher,
d'où l'on aperçoit la double cime
du Puy-Mary et les vallées de Cheylade, de la Rhue et de la Sumène ;
le guetteur, cjni autrefois, veillait sur
le donjon pouvait trouver bien brèves ses heures de faction quand, par
u.i beau soir d'été, il contemplait
le merveilleux tableau qui s'offrait
à sa vuë : au nord, la chaîne majestueuse des .Monts Dore resplendissait
sous les rayons violets du soleil' couchant, au sud-est, les monts du Cantal barraient l'horizon, tandis qu'à
l'ouest, les vallées convergeant vers
la proche Dordogne, surmontée du
promontoire des orgues de Bort, s'emplissaient de ténèbres, au sein desquelles scientillait comme une étoile
le miroir des eaux calmes du lac
de Menet, et, au-delà, l'infini, jusqu'au lointain Océan.
Après une courte visite aux châteaux bien conservés de Pestels et
d'Ayrens, nous voici sur la promenade de Barrouze, d'où le regard embrasse le Puy Violent, le cirque de
Rescusset, la vallée de Fontanges :
ne croyez-vous pas entendre, dans
ce décor moyenâgeux, le pas des
hallebardiers 'montant la garde autour de la maison consulaire, ou
circulant dans les' étroites rues de
Salers ?
Saint-Flour, « l'âpre cité du vent »,
mériterait plus qu'une mention pour
son cachet médiéval, mais, dans ses
environs, se cache une incomparable
relique du temps passé qui nous attire. Par une de ces étroites routes
cantaliennes
qui
font le désespoir des cyclistes et hâtent la ruine des automobilistes, gagnons le village de la Barge et il nous sera
donné de contempler un site unique
dans nos régions. A nos pieds, un
cirque, vaste, profond, aux pentes
couvertes de sapins sombres ; au
fond de cette cuvette, un rocher
abrupt, en pain de sucre se détache nettement ; à son sommet, les
ruines du château-fort d'AUeuze. Vision inoubliable, grandiose, impressionnante, digne de tenter le pinceau du peintre génial des burgs perdus dans les forêts germanicpies.
Siegfried n'aurait pu trouver dans
son pays, une forteresse mieux disposée, plus isolée, plus facile à défendre pour y cacher le trésor des
Nibelungen, et pourtant M. Oermouty nous raconte la prise de cette place, paraissant inexpugnable, qu'un
seul coup de flèche mit à la merci
d'un chef de brigands.
Le poète, maintenant, fait place
au psychologue. M. Germouty rend
d'abord un hommage mérité aux instituteurs et institutrices du Cantal. ; ils se sont montrés admirables
pendant
la
décade
de
1911
à 1920, époque particulièrement difficile au cours de laquelle il lui a été donné d'apprécier
leur dévouement. Placés dans des
conditions parfois très pénibles de
climat et d'habitat, perdus dans des
villages isolés pendant les longs
mois d'hiver, ces modestes membres
de l'enseignement ont réussi à mener à bien une tache singulièrement
ingrate ; c'est avec fierté que l'Inspecteur déclare qu'il eut souvent à
féliciter et bien peu souvent à blâmer.
Si, au cours de ses interrogations,
M. Germouty put se rendre compte
que l'enfant Cantalien est apte à
comprendre, désireux de s'instruire,
qu'il a l'esprit très éveillé, c'est surtout aux soirs de ses tournées d'inspection, quand la sévère tâche professionnelle était accomplie, qu'une
conversation familière et confiante
s'engageait entre maîtres et inspecpecteur, c'est surtout à ce moment,
que lui fut dévoilée vraiment l'âme
cantalienne. Il avait, en effet, autour
de lui des hommes et des femmes
vivant en contact permanent avec
les paysans et qui, par leur instruction, étaient à même de discerner
les travers et les qualités de la race
avec d'autant plus de facilité que
tous étaient issus de ce même peuple.
,
_ ..

C'est grâce à cette élite, que forment, dans les campagnes, les instituteurs, les prêtres, les fonctionnaires, que se sont conservées les traditions et les coutumieU ; ce sont eux.
surtout, qui ont recueilli et noté les
anciens usages, les mœurs patriarcales de nos aïeux. leur poésie, rude
comme le granit de leur sol, mais
si pleine de vie et d'harmonie, leurs
dictons sentencieux, remplis de bon
sens, saturés d'esprit gaulois. Quelle
que soit leur profession, ils chantent dans la même langue, ils vibrent des mêmes sentiments, ils ressentent les mêmes émotions ; ils sont
de vrais et purs Mainlcneurs.
C'est par la chanson, qui se prête
admirablement à la description des
sentiments populaires que nous pouvons apprécier la poésie, le goût
artistique des anciens. Deux genres
sont bien du territoire cantalien :
le « bailèro » et le « regret ». Le
premier est un chant d'amour, ce
sont les appels et les réponses gais
et joyeux des pâtres et pastoures ; le
second, c'est la mélopée lente, grave,
triste, des mères anxieuses et des
veuves éplorées ; elle a sa noblesse
aussi la « grondo » que module le
laboureur en poussant sa charrue
et elle ne manque pas de grâce et
de vie, la danse guerrière, alerte,
endiablée de la bourrée que scande
la « cabrette ».
Quand une artiste comme Mademoiselle Gavaldà interprète un de
ces chants du terroir, avec toute son
âme d'ardente Cantalienne, on est
vraiment saisi, à la fois, par le rythme musical et par la beauté des sentiments exprimés : chansons d'anlan,
danses paysannes, avec vous nous
sommes loin, et bien au-dessus des
mièvreries de music-hall !
A « La Parisienne » œuvre spirituelle et charmante de Madame
Colomb, institutrice . à Montsalvy.
succède un « Regret » de Monseigneur Géraud et l'émouvante « Lisou », qui se chante à Mauriac, évoque en nous de mélancoliques souvenirs.
La péroraison de M. Germouty,
son salut au Cantal, terre des vieilles traditions, mère aimante et aimée
de rudes et laborieux fils, fut couvcrle par les applaudissements de
tous les assistants ; le remerciement
ému de M. le Président Dousse prouva au conférencier combien il avait
su faire vibrer l'âme des exilés de
ce pays montagnard, auquel vont toujours et leur pensée et leur amour.
La félibrée se continua par la lecture d'une poésie exquise, empreinte
dé sentiments élevés, dédiée à NotreDame du Puy, par Madame Planeix,
un conte de M. Henri Gilbert et la
lecture de trois sonnets de Vermenouze et de Gandilhon Gens d'Armes
sur Aurillac, Salers et Saint-Flour.
Charles BÉMON.

Covize du 26 avril.
Le dernier Covize a été tenu à 1'« Oustau » de la Cantalienne, le mercredi
26 avril.
M. Maurice Vailet, rédacteur en chef
de « L'Avenir du Plateau Central », le
présida.
Nous sommes heureux de reproduire
le texte de l'allocution toute cordiale
qu'il prononça :
Mesdames, Messieurs,
C'est avec une gratitude toute nuancée de confusion que j'occupe cette présidence, à laquelle a bien voulu me
convier M. Gilbert. J'éprouve, en effet,
une fierté délicate et une crainte secrète
à être admis dans l'intimité d'une province où je ne suis pas né, et dont je
risque de mal insérer la louange dans
celte simple allocution de bienvenue.
Car c'est bien l'Auvergne avec son visage expressif et familial qui s'assemble dans vos Ecoles félibréennes, où
s'abrègent les traits les plus traditionnels de la race, ceux qui s'-expriment
par le langage, la poésie, les costumes
et les danses.
Erudition toute parée de sentiments
et de ferveurs, par quoi se maintiennent dans notre société moderne en
proie à tant de fièvres épuisantes, des
îlots d'amitié et de littératures franches

3

COTESl^DEj CLERMONT.

et conciliatrices. Le passé y garde sa
douceur et sa force. Il survit dans ce
qui fait sa valeur éducatrice et tonifiante : les coutumes nées des contacts
familiers de l'homme et de sa terre
natale ; les mots expressifs dont il a
revêtu ses pensées, devant le charme
changeant des saisons et des jours ;
les musiques sincères qui rythment ses
travaux, ses amours et ses peines.
J'appartiens à une profession où cette fraîcheur n'est pas dans le train ordinaire du langage et de l'écriture. Ma
présence éphémère chez vous, ce soir,
revêt ainsi la douceur d'une halte reposante dans un métier qui compte beaucoup d'heures combatives et tourmentées. Oserai-je y voir aussi le signe
que mes dix années de labeur clermontois m'ont donné quelques titres à
m'asseoir à votre ousiau, que pare tant
d'amitié familiale, et dont j'espère ne
point défigurer le cadre ni les rites !
De cela encore, je vous dois remercier.
Le premier résultat de cette présidence
d'un soir aura été de me faire réfléchir
sur votre Auvergne et mon Poitou. Méditation compliquée et nostalgique. Il
faut se souvenir de ce qu'on a quitté
et découvrir ce qui l'a remplacé. Accorder sa fidélité à un passé toujours
chéri avec la courtoisie compréhensive.
pour un présent chargé de devoirs et
de réalités.
Je vais vous faire une confidence.
A vrai dire, je n'avais jamais réfléchi
profondément avant ce soir sur l'Auvergne et les Auvergnats. Manque de
loisirs peut-être, et aussi, je l'avoue tout
bas, désir de ne pas transformer en
chaînes trop lourdes, des souvenirs et
des liens sentimentaux avec une autre
terre qui prenait le visage doux et obsesseur de l'enfance. Pendant longtemps, je fus le voyageur apportant
parmi vos paysages convulsés la vision
des plaines molles et des vallées calmes
de son petit pays.
Quand j'étais trop mélancolique, un
ami intelligent et philosophe me disait : « L'Auvergne est comme le fruit
de ses coteaux froids : la châtaigne.
Une enveloppe rugueuse et piquante.
Mais sous cette dureté parfois blessante,
une amande délicate vous attend. Vous
la découvrirez. « Je déoortique encore
parfois la châtaigne. Mais je ne suis
pas de ceux qui ne trouvent jamais
l'amande. Et je serais désolé qu'on pensât que je suis en Arvernie comme
Ovide chez les Scythes.
D'ailleurs nos provinces françaises ont
entre elles beaucoup plus de liens qu'on
ne croit communément. Nées des nuances secrètes des esprits façonnés par la
plus noble et la plus riche des terres,
elles se ressemblent dans cette réalité
vivante de la partie qui dépassera toujours les philosophies qui la veulent
nier. Auvergne et Poitou, si diversifiés
dans leurs lignes et leurs soucis, ont
des traits historiques et humains qui
les font plus proches que nous ne pensons. Je no parle pas des folklores que
nourrissent des sèves communes, et où
l'on trouve tant de mœurs et de légendes
apparentées. Ne m'en veuillez pas si
l'habitude professionnelle m'oriente vers
les pensées plus générales.
Mais nos deux terres ont encadré
des épisodes décisifs de notre histoire
nationale. Sous votre ciel, Vcrcingétorix, dont on vous redira tout à l'heure
l'héroïque et lucide exploit, affirma les
droits d'une liberté cpie tout l'appareil
grandiose de la puissance romaine ne
pouvait méconnaître, et qu'il dut s'incorporer pour réaliser son bienfait civilisateur. Le Poitou a tenu des rôles

(Cliché Avenir)

de même sorte. Au iv° siècle, SaintHilaire luttant contre l'arianisme maintint l'intégrité d'une foi chrétienne qui,
en France, ne se peut séparer de sa
culture intellectuelle et morale. Au vjnc
siècle, la victoire de Charles Martel libérait la chrétienté occidentale de l'asservissement de l'Islam. Aux plus sombres jours de la Guerre de Cent Ans ;
dans ce vieux Poitiers où s'étaient réfugiées la liberté politique française avec
le Parlement, et la liberté spirituelle
avec l'Université, Jeanne d'Arc recevait
d'un tribunal de théologiens méticuleux
et bourrus l'investiture religieuse sans
laquelle sa mission libératrice ne pouvait
s'ouvrir. La bonne Lorraine nous unit
plus directement encore. Quand après
Orléans, elle eut besoin d'argent et d'armes pour achever son œuvre, elle écrivit à vos pères qui répondirent en envoyant des secours dont elle les remercia. Cette lettre de la Pucelle était
scellée d'un de ses cheveux qui, à Riom,
figura longtemps la seule relique corporelle que laissa la martyre de Rouen.
Un dernier nom dans ce rappel d'un
passé tout rempli d'amicales ressemblances. Votre grand Pascal, ce génie douloureux et profond, en qui l'humanité
éprouva quelques-unes de ses inquiétudes les plus angoissantes et ses enivrements de la connaissance les plus
comblés, a laissé démouvants souvenirs
poitevins. Il était l'ami du duc de Roannez, dernier gouverneur effectif du Poitou. Cette amitié était assez étroite pour
qu'on imaginât un roman sentimental
entre le jeune et génial mathématicien
et Charlotte de Roannez, sœur du duc.
Elle devait aussi amener Pascal en Poitou. C'est au cours de ce voyage qu'il
fit avec Roannez et le chevalier de Méré
que celui-ci, bel esprit un peu fat, se
vanta de lui avoir fait renoncer aux mathématiques pour des sujets plus proches de l'humanité. On montrait à Fontenay-le-Comtc deux tableaux au dos
desquels, disait-on, Pascal avait écrit des
vers précieux et tendres. Poitiers n'était
pas seulement alors la « grande viMace
mal pavée, abondante en écoliers, en
prêtres et en moines » dont parle La
Fontaine voyageur. Les controverses jansénistes y nourrissaient des débats âpres
et passionnés. La 16e provinciale répond pour la plus grande part au P.
Meynier, un jésuite poitevin. Les Pensées elles-mêmes garderaient la trace de
ces affinités, s'il est vrai, comme l'écrivait plus tard le janséniste Bridieu, que
« M. Pascal a fait ces fragments contre
huit esprits forts du Poitou qui ne
croyaient pas en Dieu ».
Evadions-nous de la littérature. Mais
il est toujours bon de reoenser ses sentiments et ses idées sur la terre où s'encadre notre vie quotidienne et sur les
gens qui composent son visage humain.
Au surplus, l'Auvergne est un sujet de
méditation riche de substance.
■ C'est une province de forte personnalité. Sa situation dans un des centres
nerveux du grand corps national l'a défendue contre les courants unificateurs
et pacifiants qui, avec la complicité d'un
ciel clément et d'une terre oomplaisante,
ont donné tant de douceur accueillante
à nos vallées de Seine et de Loire. Le
Plateau Central a toujours été battu
de vents cruels. Sa géologie est pleine
de tragédies mystérieuses qui donnent
à son sol, parfois, l'aspect figé d'une
houle terrible et surhumaine. Ses forêts furent longtemps impénétrables. Ses
villages sont parfois blottis entre des
collines que six mois d'hiver accablent.
Tout cela ne l'ail pas une race souriante
et mièvre. Celle-ci s'est développée en

force trapue ; en ténacité solide ; en
souci lucide et prévoyant des réalités.
Après cela, ne concluons pas que l'Auvergne est un îlot sauvage et les Auvergnats des paysans carrés et massifs, dépourvus de toute légèreté française. Une
solide légende en faisait jadis le lieu
de recrutement à peu près exclusif des
charbonniers et des porteurs d'eau, et
les vaudevillistes nous persuadaient que
le juron : Fouchtra est le fond de votre
dialecte provincial. Tout de même, le
pays d'où sont sortis Vercingétorix, Sidoine Appollinaire, Grégoire de Tours,
Pascal, Domas, Chamfort, Delille ; le
musicien Chabrier et, près de nous,
des écrivains de la qualité de Bourget,
Pierre de Nolhac, d'Amélie Murât et de
Henri Pourrai, a nourri des esprits de
qualité. Barrés y a trouvé des sèves
essentielles pour son beau génie auquel
la Lorraine devait fournir ses élans consécrateurs. Rameau organiste à Germent, y mûrit son art si humainement
français.
Un tel passé vaut une noblesse..Dans
ce pays rude, et où les passions publiques prirent l'aspect ooncentré du feu
intérieur des volcans mal endormis, toutes les fièvres politiques ont eu leurs
batailles. Sur les monts dominant les
vallées profondes s'érigeaient des châteaux pillards dont les ruines parent
aujourd'hui les paysages pacifiques des
bois étages et des molles prairies.
Histoire toute chargée d'humanité
nuancée et expressive que celle de cette
terre de contrastes,, aux hivers durs, aux
automnes enchanteurs ; où les fourrures frémissantes des bois recouvrent les
pentes des volcans assoupis ; sentant le
lait caillé et le caoutchouc ; d'&lt;jù sortent des fromages, des eaux vivifiantes,
des couteaux et des pneus ; mais qui
sut demeurer si fidèlement française.
Aussi bien, la race était naturellement
conquérante. On la trouve dans toutes
les avenues du travail, de la politique
et de la gloire. Elle apporte à sa tâchecette passion du pratique et du réel qui.
aux jours lointains de son histoire, lui
fit élever un temple à Mercure, dieu des
marchands et des voleurs, au sommet
du Puy de Dôme. L'Auvergnat a connu
la vie dure des montagnes balayées des
vents. Il sait le prix des choses par la
peine qu'elles donnent à acquérir et à
garder, et qui est grande. Il a puisé
dans ces habitudes de vivre un culte
éperdu pour le tangible et le réel. C'est
ce qui, politiquement, le fait si facilement gouvernemental. La politique y
prend aussi l'aspect d'une adaptation nécessaire à une ambiance contre laquelle
on estime qu'il serait vain de lutter.
Pour ces gens du centre, au carrefour de tous les vents excessifs qui
passionnent les Français, l'Etat fait figure de maître traditionnel dont le visage importe secondairement et qui,
puisqu'il existe, punit et récompense,
doit être obéi. On ne lui livre pas d'ailleurs les domaines secrets de l'esprit
et de la conscience. Et ainsi le spirituel
garde des droits qui ne sont pas sacrifiés. C'est l'essentiel.
Mais, de là, pour les provinciaux venus d'autres coins de France, où les
idées rigides commandent davantage les
démarches publiques, quelque difficulté
à s'éneadrer dans ces mœurs soumises.
Mais le pays prend d'adorables revanches avec les beautés dont l'a doté une
nature généreuse. Il n'est pas de terre
sans doute où le voyageur ne formule
plus souvent le vœu de s'y fixer quelque abri pour son repos et son rêve.
La montagne aimable et accessible ; les
champs pleins d'eaux vives ; les plaines
désertiques que le crépuscule noie d'ombre violette : tout, ici, est fait pour
combler l'amour de la méditation et
du pittoresque. Le spectacle d'un de
vos bergers drapé dans sa lourde cape,
veillant son troupeau dans le soir biblique, montre ce que l'Auvergne recèle
de permanent et d'humain sous les rudesses d'une âme qu'on ne comprend
pas toujours parce qu'elle est secrète
et masquée comme d'une gangue rude.
Vous êtes les bons gardiens de ces
choses émouvantes et sacrées. Laissezmoi me réjouir de ce que, par vous
et les Ecoles possédées du même idéal,
la Beauté rustique et drue, sortie telle
que Dieu l'a faite du vieux sol ancestral, ait gardé son visage sincère à travers toutes les complications et les placages fardés qui trop souvent composent
ce qu'on appelle la vie moderne.
Le Félibrige, ce n'est pas seulement
un particularisme artistique et littéraire ; un groupement d'écrivains soucieux

�4

les positions définitives ne sont pas encore
de ne point perdre contact avec le tersans doute fixées. La contribution de
roir où s'est nourri Jeur esprit. C'est
M. Lhermet lui apporte déjà des lumièavant tout la fidélité à ce qui résume
res précieuses et une hypothèse noule mieux le génie d'une race : h langue.
velle dont la hardiesse se fortifie d'un
Depuis ce 21 mai 185 A, où les sept
appareil documentaire du meilleur a! &gt;i.
de Fontségugne firent leur serment de
M. Lhermet étudia d'abord la théorie
restaurer la langue d'Oc, en lui dccouqui tend à situer la vraie Gergovia sur
couvrant ses titres de noblesse et en
les côtes de Clermont. Il en analysa et
lui donnant de beaux thèmes à revêtir,
critiqua avec sûreté et méthode les argule Félibrige a suivi sa route, que beauments topony miques, pu'.éographiques,
coup de difficultés vaincues ont rendue
archéologiques et historiques. La conméritoire. Par lui se sont maintenus
clusion très nette fut qu'on ne pouvait
contre vents et marées les langages lodéposséder l'ancienne Gergovia de son
caux auxquels nul dialecte imposé ne
passé pour le transporter sur les côtes
peut suppléer pour traduire en mots la
de Clermont. « Quand il est avéré que
vie nuancée des jours.
le plateau de Merdogne porte l'antique
Il s'est trouvé que ce souci linguistique a gardé beaucoup d'autres choses oppidum arvèrne, quand les fouilles ont
déterminé la place et la superficie du
essentielles. On peut attribuer au Fécamp romain ; quand les interprètes ont
librige, à son esprit, à la piété qu'il
réalisé l'acoord sur un ensemble d'opééveilla et maintint pour les provinciarations ».
lismes les plus respectables, cette resM. Lhermet oonsacra la dernière partamation du régionalisme auquel toutes
tie de son travail à reconstituer les opé-i
les branches de l'activité nationale vienrations militaires sous la Gergovia ainsi
nent aujourd'hui redemander les secrets
établie dans son rôle traditionnel. On
de leur renaissance. Tant il est vrai
eut là un tableau à la fois précis et
que rien ne dure qui ne soit traditionvivant de cet épisode capital de notre
nel et que derrière toute cette hiérarchie
histoire. D'une analyse serrée des teximpressionnante qui va du Capoulié aux
tes,
M. Lhermet déduit que César n'eut
majoraux, aux capiscols, aux poètes injamais l'intention de prendre Gergovia
nombrables essaimés entre la Loire et
d'assaut. La place lui avait paru assez
la mer romane, c'est la beauté française dans ses plus adorables nuances; bien défendue pour qu'il la déclare imprenable. L'attaque qu'il fit de l'oppiqui palpite et se perpétue.
dum n'était qu'une feinte « à but limité
Ainsi, partis du désir fervent de sauet temporaire », en vue de permettre
ver de la décadence et de l'oubli les
la réalisation du but réel : l'occupation
dialectes qu'ils ne séparent pas de leur
terre natale, les félibres ont élargi leur des hauteurs de Risolles. Une fausse
manœuvre fit échouer l'entreprise. La
vœu jusqu'à le confondre avec la resdéfaite
fut cruelle pour César qui perdit,
titution de leur visage intégral aux proselon Suétone, une partie importante
vinces découpées par l'arbitraire polide son armée et abandonna le siège.
tique. On se rappelle la déclaration de
En résumé, déclare M. Lhermet, il
Frédéric Amouretti lue aux Félibres de
convient de situer la vraie Gergovia sur
Paris en 1892, en présence du Capoule puy de Merdogne. Cependant, on ne
lié Félix Gras :
peut déclarer sûrement que les découPoint de détours. Nous voulons dévertes
des Côtes de Clermont soient
livrer de leurs cages départementales
dénuées de toute valeur archéologique.
les âmes des provinces dont les beaux
M. Lhermet ajoute à cette conclusion
noms sont encore portés partout et par
scientifique
un éloquent éloge de Vertous, Gascons, Auvergnats, Limousins,
cingétorix, en qui le patriotisme franBéarnais, Darqihinois, Roussillonnais,
çais, héroïque et clairvoyant, a trouvé
Provençaux et Languedociens.
une de ses incarnations les plus hautes.
Qu'on le médite, il n'y a rien de plus
M. Lhermet voulut que la poésie garnational que ce vœu-là. La force histodât le dernier mot et fit lire le beau
rique de la France est faite de cette
poème consacré par Vermenouze au
diversité de costumes, de mœurs, de
grand
chef arverne.
parlers, qui composent la splendeur
L'assistance applaudit chaleureusement
changeante d'un pays que les vieux troule conférencier dont l'importante étude
badours proclamaient le plus beau après
paraîtra dans l'Àlauza d'Auvernha.
le ciel. Le patriotisme général qui fait
Quelques informations pratiques fucourir aux frontières menacées tous les
rent ensuite données.
fils de la nation, tire sa force du senLe félibre Louis Debrons, vice-prétiment qu'ils ont qu'en défendant la
sident
de la Maintenance di'Auvergne,
patrie intégrale, ils préservent de la conoffre en prime à tous les nouveaux
quête ennemie le sol familial. Le souabonnés de l'Alauza, ses Chants d'Auvenir des horizons connus où s'encadre
vergne.
la vie quotidienne, est encore le meilLa grande manifestation félibréenne
leur excitant du sacrifice et de l'héroïsde la maintenance aura lieu le 27 août,,
me pour les citoyens d'un grand peuple.
à Brassac-les-Mines. Toutes les écoles
Et sans doute voilà des méditations
y participeront. Elle sera présidée par
bien ambitieuses pour une présidence
d'un soir et à propos d'une assemblée, le capoulier du Félibrige Màrius Jouveau.
de poètes. Mais le fait même qu'ils
L'heure tardive obligea à éoourter la
songent toujours à se réunir sous le vofélibiée. Elle ne compta que deux récable qui consacra jadis leur amitié concitations : un délicat poème de Mlle
quérante, oblige à discerner et à honorer
Grandie, Marie de Magdah, et un conte
le rôle qu'ils tiennent dans nos cités
en patois de M. Gilbert. Les auteurs
d'airain et où ils sont irremplaçables.
furent justement applaudis.
Par eux s'affirme cette union de l'esprit avec le sol où il puise ses sèves les
plus riches. Dans ces chansons joyeuses ou nostalgiques, dans ces costumes
FORA L'AUVERNHA
lumineux ou sévères, dans ces farandoles et ces bourrées séculaires, c'est
LENGA QUE MISTRAL
toujours la noblesse d'une race qui se
SALVET
garde et s'exprime.
Que malgré toutes nos divisions poliLenga que Mistral salvet,
tiques et les duretés d'une vie que trop!
Lenga d'oc que m'ensenhet
Dins mon bres ma braba maire,
de causes matérialisent et enlaidissent,
Al temps qu'eri'n bel popairo,
il y ait encore des enthousiasmes pour
Voli que dins mon terraire
ces jeux de la Beauté pure, cela doit
Sias* auzida am grand respet !
nous rendre optimistes et fiers. Voyons-y
le signe que la Franoe ne renonce pas
Aprep los envazidors,
à ce qui fait d'elle une des joies lumiLa Crozada e sas orrors,
neuses du monde : la fidélité au plus
Sias enfin reviscolada
beau passé qui soit ; l'amour fervent
Dins l'occitana encontrada,
pour une terre d'où naissent avec un
E t' i vejes remirada
Corn al temps dels l'robadors !
égal bonheur les fleurs les plus parées
et les mots les plus exquis et les plua
Al païs ont som nascut,
nobles.
1 .enga de ma joventut,
Maurice VALLET.
I^enga qu'es l'Ama reirala,
Ta revenja siague tala
Cette belle harangue fit grande imQu'ajes la gloria immortala,
pression.
Quand serai dins l'atahut !
Puis M. Lhermet, docteur ès-lettres.
chargé de conférences à la Faculté des
Pròsper ESTIEU, Félibre gascon.
Lettres, fit une conférence pleine d'éru(Las Razimadas).
dition et d'attrait sur la Bataille de Gergovie.
I a 1res menas de monde qu'an lezer
Des thèses récentes et contradictoires,
de tôt dire : efants, simples, pintaires.
dont certaines manquent quelque peu
I a grant diferensa entre Joan et
d'objectivité historique, ont replacé au
mossur Joan.
premier plan de l'opinion un su jet dont

L'ALAUZA D'AUVERNHA

UN MARIAGE PROVENÇAL
Mlle de Baroncelli et M. Aubanel, descendant
du grand poète de « Lou Pan doit pecat, ».

POUR
« L'ALAUZA D'AUVERNHA »
Concours d'abonnements
Nos amis ne restent pas inactifs. Qu'on
en juge par le tableau ci-dessous :
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On trouvera, dans le N° de juin, la
liste des prix qui seront attribués aux 10
concurrents classés premiers. Nous pouvons faire connaître que le premier prix
consistera en une œuvre qui est offerte par
un artiste auvergnat.

CHANSON de MAI
Ce mai nouveau, tout frémissant de feuilles
Et traversé de pépiements d'oiseaux,
Cœur vagabond, tendrement tu l'accueilles
Avec le chant du Rhône et des roseaux.

te ses dents blanches et me dise
si elle est aussi savoureuse au goût
qu'agréable à contempler. »
Le vieux paysan était madré ; il
connaissait la sorcière et ses tours
— peut-être en avait-il usé dans sa
jeunesse. — Il flaira le sortilège :
« Monseigneur nous fait un grand
honneur, répondit-il, et certes ma
fille sera heureuse de goûter à ce
beau fruit ; voyez : le contentement
la rend déjà aussi rouge que la
pomme que vous lui offrez. »
Ce disant, il prit la pomme et fil
mine de la présenter à la bergère ;
mais, comme par mégarde, il la laissa tomber, tout juste au-devant d une
truie qui vaguait dans la loge. L'animal n'en fit qu'une bouchée, et, tout
aussitôt, se précipita sur le seigneur,
le regardant avec des yeux langoureux, se frottant après lui, et, tel
un chien pour son maître, se dressant sur ses pattes pour approcher
son groin de la figure aimée.
Le baron était furieux et penaud ;
il prit le parti de fuir. Mais la bête
le suivait partout ; on voulut la chasser, alors elle devenait furieuse, fonçait sur les gens, les mordait, puis
revenait se rouler aux pieds du
maître en poussant des petits grognements d'amour.
Cependant, l'avisé Morand avait
mis sa fille en lieu sûr, et; quand
le sire de Murols revint le sommer d'enfermer sa bête, il apprit que
la belle était au loin, chez une parente malade.
C'en était trop ! Perdre l'objet de
ses désirs et recevoir, en échange,
une truie en rut, dont il ne pouvait
se débarrasser !
Il enrageait. Il cria, tempêta, menaça : Morand courbait la tête et
laissait passer l'orage. Finalement, le
baron transigea.
La fille revint ; mais, auparavant,
un acte en bonne et due forme
avait fait de Morand le propriétaire, en franc-alleu, de quelques arpents de terre situés dans les dépendances du château. Teille fut l'origine
de Chassagne — ainsi nommé, parce que ce domaine fut concédé pour
« chasser une truie amoureuse du
châtelain de Murols ».
Docteur Emile Roux.

CANTIQUE DU ROSSIGNOL
Le ciel, ce soir, était si beau,
Tant d'innocence et de mystère
Exaltaient le dernier flambeau
Dont l'astre illuminait la terre,
Que dans cette suprême ardeur,
L'âme, toujours inassouvie,
L'âme quêtait une autre vie
Pour prolonger tant de splendeur.
Esclaves, dormez. Moi, je veille,
J'espère et j'attends, les yeux clos,
L'oiseau nocturne, la merveille
D'ombre, d'ivresse et de sanglots,

De tant d'amours ma mémoire endormie
Ne garde plus qu'un charmant souvenir.
C'est dans les yeux de ma dernière amie
Que je veux voir le printemps refleurir.

Le voici. C'est lui l'invisible,
L'invincible toujours meurtri,
Il est la flèche, il est la cible :
Il meurt et renaît dans un cri.

Et sur la bouche amoureuse de celle
Vers qui, puissant, le désir me conduit,
Tous les parfums de la saison nouvelle,
Je les savoure et les goûte aujourd'hui.

Le cœur gagné par sa magie ;
Je m'abandonne sans retour
A la voix jamais assagie
Qui célèbre l'ombre et l'amour :

LE CHATELAIN
AMOUREUX
A une époque indéterminée, le seigneur de Murols avait un concierge nommé Morand : celui-ci était
père d'une fille belle comme le jour.
Le sire de Murols la courtisait et ne
manquait pas une occasion de lui
adresser des compliments souvent
accompagnés de menus présents. La
pucelle .'acceptait les uns et les autres ; mais elle restait sage et le
galant en était pour ses frais.
Il alla conter ses peines à une
sorcière du voisinage. Celle-ci lui
remit une belle pomme rouge en lui
disant : « Toute femelle qui en mangera deviendra aussitôt éperdûment
amoureuse de toi. »
Notre gentilhomme revient d'une
traite à son château et se met à la
recherche de sa belle. Il la trouva
auprès de son père, assise et filant
sa quenouille.
« — Tiens, Morand, dit-il à son
serviteur, regarde la belle pomme
que je viens de cueillir, je la veux
offrir à la fille pour quelle y met-

Gagné-je l'amour ou la haine
A ce jeu qui m'est dévolu ?
L'oiseau se tait. La coupe est pleine.
J'entre, vivant, dans l'absolu.
Tous les parfums de la Sabée,
Toutes les perles de la msr,
Contre la flamme dérobée
A la déesse dans ma chair,
Pèseraient moins qu'au vent du congé
Plume, duvet, touffe ou rayon,
Moins que le silence où me plonge
Ma muette adoration.
Jacques

RAYNAIJD.

MAINTENANCE
D'AUVERGNE
PARIS

^ Lo Covize de VEscola de Limanh'a se
réunira le mercredi soir, a/5 mai. au
Café Voltaire, Place de l'Odéon, sous la
présidence de M. J. Mihura, secrétaire
général de la Fédération Régionaliste Française. Cette réunion est organisée en l'honneur de la charmante et originale artiste.
Mlle Juliette Dissel, qui parlera du théâtre
d'oc.
Le programme comportera aussi une félibrée et l'exécution des danses anciennes avec la chabrette.
CLERMONT
L'Oustau, toujours si accueillant, recevra le Covize, mercredi soir, 17 mai,
à 8 h. 3o. Présidence de M.E. Desforg?s
Notre dévoué sociétaire et collaborateur,
M. Joseph Rérard, auteur de Lignes, "fera
une conférence sur Monicelet, près Vichelen-Lembron : esquisse historique, légendes
et souvenirs.
_ A la fin de la conférence, il sera
distribué gratuitement, à chaque auditeur,
un dessin représentant la Tour de Monicelet, vue par Robert Delongverf.
Une félibrée suivra.

Réunions en préparation :

Je m'en vais donc pouvoir aimer encore :
Dans le soleil tous mes ennuis fuiront !
Ainsi qu'un vol d'abeilles à l'aurore,
J'entends les vers bourdonner sous mon
[front.

Jean-Marc BERNARD,
(Œuvres, t. I, Le Divan.)

Un long rayon de son front coule
Suave, agile, tout puissant.
Un pied mystérieux me foule
Qui brûle et qui glace mon sang.

Musicien, musique, Orphée
Ivre de lys et de benjoin,
Qu'au plus secret de la nymphée
Cèle un minuit profond de juin,
Par
Par
Par
Plus

les ramures amoureuses,
les couples dans leurs retraits,
le silence que tu creuses
loin que l'écho des forêts,

Module tes métamorphoses,
Force l'ombre de diamant
Et roule en cascades de roses
Jusqu'aux grèves du firmament !
Rire, sanglot,
Parfum, flux
Montez ; que
Sur les feux

pétale, perle
encore inouï,
votre flot déferle
penchants de la nuit ;

Que votre plus haute marée
Recouvre leur dernier réseau
Et que le concert empyrée
Se taise sur un chant d'oiseau !
Bel oiseau, hâtez l'heure pâle,
Où, sous les premiers alcyons,
Au sein d'un océan d'opale
Sombrent les constellations.
Mais dans l'ombre, à peine, où s'efface
L 'armée innombrable des ci eux,
Vénus a dévoilé sa face
Pour le poète et pour les dieux.

Une visite à rétablissement de St-Alyre,
rue Gaulticr-de-Biauzat. — Prix d'entrée :
demi-tarif, 1 fr. Des explications seront
données par la Direction.
Un _ diner auvergnat, à Royat, réservé
exclusivement aux félibres et aux abonnés de L'Alauza d'Auvernha (un dimanche de juin). Prix inférieur à 20 fr. —
Se faire inscrire dès maintenant, afin de
faciliter l'organisation. — "D'autres détails seront donnés au Covize du 17 mai.
A RRASSAC
Une grande fête ïélibréenne, présidée
par le Capoulier du Félibrige, M. Màrius Jouveau, aura lieu, le dimanche 27
août, à Brassac-les-Minès. Des personnalités éminentes du Félibrige ont promis
d'y prendre part. En attendant d'autres
détails, qu'on retienne cette date.

NUMEROS SPECIAUX
Le numéro de juin de « L'Alauza d'Auvernha » contiendra le texte complet de
la conférence de M. Jean Lhermet, sur
« La Ratadle de Gergovie » ; il aura fi
pages. — Le suivant (juillet-août) sera
composé principalement pour Brassac-lesMines. On y trouvera des études de MM.
Marc Dousse, le colonel Pessemesse, Henri Gilbert, Pierre Sabatier, etc. Ces numéros, enrichis de belles illustrations, seront servis à nos abonnés sans augmentation de prix.

NECROLOGIE
Nous avons appris avec peine la mort,
survenue à Paris, de M. Georges Dunins.
qui était l'une des figures les plus sympathiques du vieux commerce clermontois.
Il avait dirigé, pendant un demi-siècle,
dans le quartier du Plateau Central, cœur
de notre cité, la grande maison fondée
par son père, et où son fils, notre aimable abonné et amj, M. Jules Dumas, continue la tradition familiale.
La probité commerciale du regretté défunt lui avait fait de ses nombreux clients
des amis fidèles, et la dignité exemplaire
de sa vie était admirée de tous.
Dans cette cruelle épreuve, nous adressons à Mme Georges Dumas et à ses enfants, Mme £t M. Jules Dumas, Mme et
M. Nohen, Mme et M. Bergerat, Mme
et M. Pilliaudin, nos bien vives et bien sincères condoléances.

�L'ALAUZA D'AUVERNHA

A MISTRAL

LO PRAT BANHAT

Tu qu'as tant ben canta la Terre» Prouvençalo
En de vers luminous oommo soun beú souleu,
L'as fàcho respeli la lengô méjournàlo
De póu que sels enfant l'oublidcsson trop leû !
Em'un biais agradieú, ta muso soubeiràno,
En revieudan leis us de noste gènt païs,
A Vougu subre-lout, 0 Mestre de Maïano,
Ounoura lei pichoun, leis umble : teis amis!
Enaures lou Travai, lei joio d óu campestre,
Fas brusi, dins « Mireio », un amour caste e fou art
E counvides leis àmo à cerca soun ben-estre
Dins lei noblei vertu qu'an resoun de la mouart.
De soun Troubaire ardent, n'es fierò ta Prouvènço ;
Toun noum si trovo escrit dins lou couar de cadun,
E l'univers entier canto ta survivençò
Ben mai que lei cigalo e que lei « grihet brun » !
Car toun obro es dei grando, 0 Mestre, e dei
L'ia la gràci, la fé, la farço, la beúta.
Toun engéni, escalant la majeslouso auturo.
L'a cenchàdo de glóri e d'immourtalita.

mai

puro ;

Ero tu, lou cepoun de nosto mantenencò,
Ero tu lou sourgént que noun poû s'agouta,
Tamben, fugué'n grand dóu per touto la Prouvènço
Lou jour que lei campano alarguéron tei glas !
Aro, dins lou trelus de l'eterno Patrio
Qu'an entrevist souvent tei raive catouli,
Sout' lou regard de Dieu, 'me lei santi Mario,
Pousque, toun amourouso, a jamai trefouli !
O vous autre qu'eimas touti i ou grand Félibre,
Coumo relicle, agués toujours, dins voste oustau,
« Me lou sant Evangeli, aqueli dous beu libre
Ounte a mes tout soun couar Mirem e Calendan.
JANO DE

LA

MARGO.

(Graphie mistraliennc).

PARIS
Covize du 26 avril.
Ce Covize était présidé par M. le
Colonel Pessemesse. Dès l'ouverture,
notre Directeur présente, en quelques
mots, le conférencier, M. C. Chacornac, Proviseur honoraire du Lycée Condorcet. Notre éminent sociétaire a débuté, dans l'Université, comme jeune
professeur, au Lycée du Puy. Après
avoir occupé les plus hautes fonctions
Sans les Lycées de province, il est nommé, comme couronnement de sa brillante carrière, proviseur d'un des plus
importants lycées de Paris où il
a
formé toute une génération d'hommes
éminents.
Le président donne, ensuite, la parole au conférencier.
M. Chacornac nous rapelle qu'originaire de l'arrondissement de Brioude,
qu'il aime avec passion, il a passé ses
premières années dans le petit village
du Jaladif, commune de St-Vert, près
de Laval. Puis il aborde le sujet de sa
conférence : « Saint-Julien de Brioude
dans les chansons de gestes. » Et il nous
montre, à l'aide d'une abondante documentation, l'attraction que Saint-Julien
de Brioude a exercée sur les héros des
chansons de gestes, leur dévotion pour
le saint et les visites qu'ils ont fartes à
son sanctuaire.
L'extrême amabilité de mon éminent
ancien condisciple me dispense de faire
une froide et forcément incomplète analyse de sa belle et instructive conférence. M. Chacornac veut bien, en effet,
la laisser insérer in-extenso dans « L'Alauza d'Auvernha » : c'est là que nos
lecteurs auront le plaisir de la trouver
bientôt. Ce plaisir sera double pour ceux
qui auront eu la bonne fortune de l'entendre : c'est certainement ce que signifiaient les applaudissements chaleureux
qui ont salué M. Chacomac.
Au cours de la félibrée qui suivit, M.
le Colonel Pessemesse nous dit un conte
de lui : « IJO Vedel » ; M. P. Sabatier
interpréta aussi une de ses œuvres :
« Un torn d'Auvernhat ». Et l'on se
sépara au son de la « velha » et de la
« chabreta ».
Le Secrétaire général.
Pierre SABATIER.

Covize du 3 mai.
« Lo Covize de l'Escola de Limanha »
a tenu, le 3 mai, une séance extraordinaire pour permettre à ses fidèles habitués d'entendre notre distingué compatriote et sociétaire, le peintre Maurice
Busset, de parler des ruines de l'oppidum des Côtes.
Le président de la réunion, Me Joseph

Python, conseiller du « Covize de l'Escola de Limanha », présente, en quelques mots, le conférencier. Puis
il
donne Une idée des difficultés de toute
nature qu'a renoontrées « l'explorateur »
dans ses recherches, rend hommage à
sa ténacité, à son acharnement, enregistre les résultats acquis et termine en
émettant le vœu qu'une commission d'archéologues et d'hommes compétents soit
constituée, au plus tôt, avec mission de
faire des fouilles importantes et les
recherches nécessaires d'où jaillira la
lumière. Puis il cède la parole au conférencier. M. Busset rappelle que le
sujet qu'il traitera a intéressé la presse
mondiale et dit que, parmi les nombreux
articles parus, bon nombre sont entachés d'erreur, fruit de l'ignorance ou
de l'esprit de parti. — Il a vu les oppida
du Midi de la France, du Gard, des
Monts d'Or du Lyonnais, et l'idée lui est
venue d'établir un rapprochement entre
ces antiques vestiges et ceux d'Auvergne.
Aujourd'hui, les recherches archéologiques ont trouvé dans la photo-aérienne
un puissant auxiliaire.
L'orateur fait défiler devant les yeux
de l'auditoire une nombreuse collection
de vues du plateau des Côtes et de ses
constructions en pierres sèches. Il donne, en même temps, des indications que
tous nos lecteurs connaissent pour les
avoir lues dans la presse. M. Busset présente des objets recueillis sur les lieux :
haches de basalte, rondelles de bronze,
fragments de poteries gauloises, de poteries gallo-romaines, une pièce nîmoise
du Ier siècle.
Après avoir établi un parallèle entre
les Côtes de Clermont et le plateau de
Merdogne, le conférencier est d'avis que
le texte de César ne s'applique point
à ce dernier. Et il s'appuie sur diverses
citations des Commentaires, laissant à
l'auditoire le soin de conclure.
M. Busset reçoit les applaudissements
chaleureux et prolongés de tout l'auditoire, et il est hautement félicité par
un grand nombre de personnes.
Après une aussi intéressante conférence, parait bien pâlotte une boutade
en dialecte aiivergnat de P. Sabatier :
« Brutus dins la Limanha ». Heuresement, pour clore cette belle soirée, nous
avons eu la bonne fortune d'entendre
Mme Simoneau-Viala qui nous n divinement interprété un beau morceau en
provençal.
Pierre

SABVTIER.

Vos auzisse, portas d'esclops...
Parlas trop : n'aurés pas ma filha.
Volés arrestae un fol ? Chargeas lhi
una fenna clh cuelh.

Lo Tan tia de ves las Chabanas s'endevenia gaire embe son biau fraire et
aco era pas raie : eron tant cobias
un coma l'autre. D'abord, quant
lo
Tan tia se maridet embe la Toneta, lhi
avion prometut lo Prat Banhat, un brave
moToel de prat que justava lo siône ;
mas. d'après las nossas, aguet son dédit
et baileron res !
Pas mais, quant lo vielh moriguet,
l'autre se faguet pas pregear per l'anar
enterrar...
Quant sagueron tornats de ves lo
cementeri, aco saguet lo moment de parlar délh partage delh ben et lo Tantia
vouguet son prat. Mas la bella maire,
qu'amava gaire son filhat, lhi diguet que
tôt se mangearia en justissa d'avant
qu'aco sache ella que l'aguessa !
Per respon sa, lo Tantia cridet que lo
raubavon, et faguet petar tau cop de
pong sobre la taula que lot n'en sautet 1
« — A ! l'aurai pas, lo Prat Banhat?... L'aurai pas?... E ben, si l'ai
pas, vos zo dize, botarai lo fioc per
l'hostau et vos farai totes cramar ! »
De veire son filhat que sarrava las
dents et que l'espiava embe d'uelhs mauvas, la velha aguet paor :
« — A ! cridassias pas coma aco,
l'aurés, aquelh prat... Brave bon Dieu,
d'aquel home ! »
Et lo Tantia aguet lo Prat Banhat
que volia tant. Et, aora, en s'entornant
chas clh, tot sul, (sa fennas era demorada, per la nueit, chas sa mama), torna
ravirar totas aquelas bezonhas dins sa
testa ; mas es nueit, et, sos l'aura freida
que davala de la montanha, son sanc
se reja.
A quitat los champs ont los blats espeton la prima sos l'hluvarn, et rapia
per lo chamin que mena sobre la chau
ont la biza bofa d'estravars les rocs et
los jenebreirs.
A chaugut aquel partage per que se
troba aquel'hora de raze la grossa peira
negra.
Aco es pasfque sa je paoros, lo monde
sabon ben que n'a pas freit los uelhs.
et que lo baston es solide dins sa man,
los sers de feira, quant lo vin a chaufat
les testas ; mas de cops, lhi sembla,
quant l'ecir s'arresta de bofar, que quaacun mais marcha darreir se... pueissa,
res pus... et la pensada de la Coton,
que para son ben, lhi torna dins la testa.
Es solida enquera la velha, et, belhau,
qu'en la menhaudar un pauc. vendria
demorar embe sa drólla ; aco faria una
bóna sarventa, et, belhau, quez a d'argent que n'a pas dit...
Comas a aquela ideia, la colera lhi
ranch a lo cuer.
— A pas achabat de n'en veire, la
velha ! Saubra ben lhi faire dire ont a
botat aquel argent !
Marcha mais viste. Lhi sembla tornar
auzir quaucun que marcha fin darreir
se et aquel endreit... Mas chau pas
pensar aoo ; a mas demandat son dreit
et tot lo monde aurion fait coma se.
...Acos es estranje, aquelh brut, aqui
un moment.
Quant la charreira virara, essagearas
d'espiar darreir se. De cops, si aco era
mas de contes de velhas ; aquel home
negre que marcha sobre la chau, et
marca de sa man maudita aquels que
volon de mau embe los autres. Aquel
curat, grant chassaire, quez anava portar
lo bon Dieu embe un home que morissia, embe un fuzil. sobre l'espalla,
et quez avia laissât morir lo malaute
sens confession; per segre una lèbre
que estravarsava son chemin, et quez
es obligeât de marchar totas las nueits,
et que oossira en parseguent los mauvas.
De contes de velhas ? Quau sap ?
Lo Tantia ses botat de corre ; lhi
sembla que l'hóme ses raprochat...
Aquelh Prat Banhat, tot de mema,
aco es un brave morcel et que vau mais
que so que n'a ofrit, chaura laissai"
quican mais per lo pagear !
Quant arribet ves la virada ont vezon
lo païs, s'arrestet. « De que dirion lo
monde, si me vezion corre coma aco ? »
En lejant dins l'hiuvarn, arribet ves
son hostau. Coma un simple, badet la
porta, rentret, et la tornet sarrar d'un
cop de ped ; mas, d'abord que saguet
sarrada, se tornet badar dinc una bofada
d'aura, et lo Tantia se botet de trcmblar.
Sabia ben so qu'arribava, et cpie l'endeman la porta seria marcada de los cinc
dels dou maudit.
Dcman ! mas demain sara jorn I n'en

S
parlarà embe n'arma d'aquela nueit, et
lo Prat Banhat demorarà sione.
Mme A.

ABRAHAM.

LA SAINTE-ESTELLE
La Saint-Estelle sera célébrée, cette
année, à Toulon, les 3, 4 et 5 juin. Elle
sera organisée par 1'« Escolo de la TarSamedi soir, 3 juin : réunion des
félibres au « Fougau de la Targo » ;
Dimanche de Pentecôte : à 9 h.,
messe à la cathédrale ; sermon en provençal par le chamoine Escudier. —
A 9 h., au « Fougau de la Targo »,
formation du cortège ; — à 10 h., réunion du Consistoire ; concert et danses sur le port ; — à 3 h., au Grand
Théâtre, Cour d'Amour ; — à 8 h. 3o,
au Grand Théâtre, représentation de
« Mireio ».
Lundi, 5 juin : A partir de g h. 3o,
auront lieu diverses cérémonies. — A
midi, Banquet de L· Coupe réservé aux
félibres et à leurs invités.
Mardi, 6 juin : Courses.
Pour les renseignements relatifs au séjour, s'adresser au Syndicat d'initiative,
Boulevard de Strasbourg, à Toulon. M.
Talatoire, clavaire de la Targo, Commis des Postes à Toulon, reçoit les inscriptions au banquet du 5 juin.

FETES DE SCEAUX
Comme les années précédentes, c'est le
dernier dimanche de juin que les félibres de la région parisienne se rendront
à Sceaux. On sait, en effet, que les bustes des grands félibres ont été inaugurés
successivement dans le jardinet de l'église
de cette localité.
Cette année, le terrain où s'élèvent ces
bustes ayant été agrandi, on inaugurera le
nouveau jardin félibréen. La fête aura
donc un éclat exceptionnel, et les félibres auvergnats ne manqueront pas de se
joindre, comme par le passé, aux ïélibres
méridionaux.
»

INSIGNE FELIBREEN
L'insigne que les mainleneurs portent
aux réunions félibréennes est la pervenche d'argent.
Nous demandons aux félibres de la
Maintenance d'Auvergne de vouloir bien
se procurer cet insigne, dont le prix est
de 6 fr. Ils peuvent s'adresser soit aux
Bureaux de leurs Ecoles respectives, soit
au Bureau de la Maintenance, soit directement au Baile du Félibrige, M. Louis
Béchet. Publiciste, à Vaison (Vaucluse).

LES LIVRES
« Le Rosaire de Jeanne
par Amélie

MURÂT

(I).

La poésie n'est pas morte. Je parle
de la poésie traditionnelle. La poésie
hermétique que je désigne, en m'en
excusant, sous ce vocable simple, paroe
que, chez elle, un vers sur deux constitue pour moi un rébus à résoudre, me
paraît, au contraire, en voie de régression. Après l'ample floraison qu'a marquée, pour ce genre, le premier tiers
du xx° siècle, ses poites les plus représentatifs ont abandonné le vers pour
la prose. Je m'en réjouis, espérant de
trouver ainsi l'occasion de les comprendre enfin.
Dans ce renouveau de la poésie, nos
poètes auvergnats tiennent une place de
choix. Après les belles productions de
P. de Nolhac, « la Légende des Monts
et des Hommes » de Gandilhon Gens
d'Armes, objet d'une distinction très enviée des poètes, nous arrive, sans bruit,
comme il convient à une œuvre capable
de s'imposer par sa seule qualité, « Le
Rosaire de Jeanne » d'Amélie Murât.
Nous y trouvons aveo une égale pureté
de forme, une émotion aussi intense,
mais plus altruiste que celle que nous
avons rencontrée dans les poésies de
Pierre de Nolhac.
Déjà dans « Passion » et « Solitude »
de beaux poèmes nous avaient appris
que l'intime union fraternelle qui unissait les « Petites Murât », s'était, un
jour brisée brusquement. « L'ange gardien », la pure figure de vitrail, es(1) Editions Ü.S.H.A., Aurillac.

quissée avec tant d'art et aussi de tendresse, avait abandonné la Sœur plus
jeune, la laissant aux prises avec l'existence, ses peines, ses tourments et son
isolement.
Mais le poète se recueille. Laissant
ses yeux errer sur les cimes de cettfe
Auvergne, que la morte avait aimé contempler, elle sent un peu de douceur
franciscaine envelopper son âme et elle
égrène le Rosaire de Jeanne. La délaissée après un credo évocateur de la
jeune orante, nous dévoile les mystères
de joie, de douleur et de gloire qui illustrent son calvaire ; puis elle parfait
« son poétique rosaire » par un chant
où l'on entrevoit un peu d'espérance
et de paix.
La place nous manque pour l'égrener
ici, à notre tour, grain à grain, et en
cueillir les nombreuses beautés poétiques qui y sont enchâssées.
Nous nous sentons pris d'une tendre
sympathie pour cette jeune morte qu'Amélie Murât a voulu faire revivre et a
fait revivre avec un bonheur rare. Cette
enfance et cette affection fraternelles
y sont peintes avec des touches délicates et d'une grande fraîcheur. Toutes
les nuances fugitives de la vie simple
de tous les jours y sont notées avec
beaucoup de vérité et d'art. Puis la
figure de Jeanne s'épure et peu à peu
se stylise. On songe aux Préraphaélites
et à Saint François d'Assise. Elle grandit et s'estompe dans les sommets bleuissants des montagnes, tandis qu'en bas
la passion se ravive, la souffrance gronde encore et que le poète meurtri pleure
les jours heureux à jamais disparus.
Des accents douloureux expriment la
peine, le vide causé par l'absence. Ils
jaillissent spontanément de son cœur
d'où s'exhale l'âpre et profond regret
des tendresses perdues, tandis qu'en
sourdine, comme la goutte d'eau du
Prélude de Chopin, la douleur ancienne
de l'amour, également perdu sourd et
tombe sur son âme. Mais l'orage s'apaise, il semble que Jeanne ait entendu
la prière de l'isolée, cette poétique prière
où, lorsque le premier choc de l'émotion
est passé, nous pouvons goûter l'originalité des idées, le choix heureux des mots,
l'élégance de la forme et le rythme varié
de la phrase qui tantôt suit et contourne
les replis du cœur, se bris? comme un
sanglot, tinte délicieusement comme urne
cloche, épouse en un mot tous les détours de la pensée.
CHAMAS.

Sites et monuments.
Tous les journaux de la région, à la
suite des conférences de Charles-Brun
à Cusset et à Vichy, ont repris le thème
de la défense de nos beautés naturelles
et monumentales. A la Chambre, en
réponse à une intervention de M. L.
Marin, le ministre de l'éducation nationale a promis la constitution, à partir
du Ier mai, d'un bureau de la direction
des Beaux-Arts spécialisé dans les questions qui intéressent la protection des
paysages.

10" CONGRES NATIONAL
DE L'ARTISANAT FRANÇAIS
Le dixième Congrès National de l'Artisanat Français organisé par la C. G.
A. F., 3o, rue des Vinaigriers, à Paris,
et l'Union Départementales des Maîtres
Artisans de la Haute-Savoie, se tiendra à
Annecy du i5 au 18 juin prochain.
Au cours de ce Congrès, placé sous le
haut patronage de M. le Président de la
République, de M. le Président du Sénat, de M. le Président de la Chambre
et de MM. les Membres du Gouvernement, seront examinées les questions suivantes :
Etude des moyens appropriés devant
facilitei' aux artisans l'écoulement de leur
production artistique et courante ;
Protection des dessins et modèles créés
par les artisans avec droit de suite ;
Travaux à faire exécuter par Jes artisans (loi Payer-Néron, proposition de Joi
Susset, outillage national) ;
Etude comparée des différentes législations régissant en Europe les Chambres de Métiers artisanales ;
Apprentissage artisanal. — Brevet de
maîtrise. — Etude comparée des différentes législations régissant en Europe
ces deux questions ;
Retraite artisanale ;
Représentation de l'Artisanat au Bureau Internationa] du Travad.

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Le concours d'entrée se fera à la date
prévue du I juillet (à l'Ecole même, pour
les candidats du Puy-de-Dôme).
Pour tous renseignements complémentaires, s'adresser à M. le Directeur de
l'Ecole Nationale Professionnelle de Thiers.
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La langue française
dans l'enseignement suédois.
La commission des experts chargés
d'étudier la réforme de l'enseignement
suédois avait récemment proposé l'anglais comme seule langue obligatoire
dans les examens. Mais M. Arthur Engberg, ministre de l'Instruction publique,
n'a pas été du même avis, puisqu'il a
décidé que la langue française deviendrait obligatoire dans lo programme de
L'enseignement classique, tandis que l'anglais ne bénéficie du même privilège
que pour renseignement moderne.
Le ministre, en énonçant les solides
raisons qui avaient motivé sa décision,
a fait montre d'un goût et d'un jugement que bon nombre do nos pédagogues
— ennemis des humanités — devraient
lui envier :
« Je me considère, a-t-il dit, comme
heureux de pouvoir offrir à la langue
française la situation qu'elle mérite par
son importance comme facteur pédagogique. La langue française est fille du
latin dont elle possède la clarté, la structure et la logique. Aucune langue vivante ne saurait remplacer le français
dans l'enseignement linguistique.
« Le français est en quelque sorte
l'épine dorsale de renseignement des
langues. »

Mlle Bhnc, Lingerie, 35, Avenue des

Etats-Unis,

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&lt;y0),

G. Veysseire, Menuiserie, i5, rue Massillon, Clermont _(5 o/0).
Des cartes spéciahs ont été établies pour
les abonnés de « L'Alauza d'Auvernha » :
elles sont délivrées contre 1 fr. Les réclamer au directeur ou à l'administrateur
du journal. — Sur le vu de ces cartes,
les commerçants feront les réductions indiquées.

LE PUY

Un Prix de Poésie.
La Société Académique du Puy et
l'Ecole Pierre Cardinal viennent de décider la fondation d'un prix annuel de
Poésie et de Prose qui sera décerné pour
la première fois, en 1934, en séance solennelle.
Pour concourir, U faut être originaire
du département ou y séjourner depuis au
moins un an et n'être pas âgé de plus de
trente ans.
Les envois devront être adressés au président de la Société Académique ou au Capiscol de l'Ecole Pierre Cardinal, au Puy.
Le sujet imposé est le suivant : « Le
sol natal ».
Les demandes de renseignements sont
reçues par M. F. Faure, Avenue de Vais,
au Puy.

NOS CORRESPONDANTS
L'Action Régionaliste, iC, rue Séguier,
Paris. — La Revue Septentrionale, Bulletin mensuel des Rosati. — Corymbe, StJulien-de-L'Escap (Charente). — L'Auvergne Littéraire,
i3, rue de Rabanesse,
Clermont-Fd. — L'Araire, 55, rue Clovis
Hugues, Marseille. — Pampres et I„ys,

/|3, rue de Turbigo, Paris. — Oc, Montréal (Aude). — Les Echos d'Auvergne,
3, Place St-Germain-des-Prés, Paris. —
Lo Gai Saber, 45, rue Contresly, Castelnaudary (Aude). — La Gazette des Méridionaux, 28, rue Henri-Monnier, Paris.
—
L'Ambronet, à St-Germain-Lembron
(P.-de-D.). — Lo Cobreto, Aurillac. —
La Haute-Auvergne Artistique, Aurillac.
— Au Pays de l'Antimoine, Ecole de
Mcrcœur (Haute-Loire).
Nota. — Adresser les échanges au Directeur de « L'Alauza d'Auvernha », 7,
rue Serret, à Clermont-Fd.

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Occitans.
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CONGRES

Le neuvième congrès des écrivains de
France s'est tenu en Corse du n atu
19 avril. Parfaitement organisé par M.
Carulu Giovoni, il a été présidé par M.
Charles-Brun, assisté de MM. José Germain et Vital-Marseille. S'il a traité de
questions techniques et professionnelles
(dépôt légal, numérotation mécanique
obligatoire des exemplaires, déclaration
au fisc, etc.), il a surtout pris uji caractère nettement régionaliste. Non seulement de très longues excursions ont
permis aux congressistes d'admirer l'île
de beauté et d'en emporter une image
exacte, mais l'accueil des municipalités
et des populations, les discours prononcés, les doléances exprimées, la part faite
aux écrivains du terroir, Santu Casanova,
J.-B. Natali, D. Vecchini, etc., tout a
contribué à le localiser avec précision.
Deux plaques commemoratives ont été
inaugurées, l'une à Ajaccio, en l'honneur de Lorenzo Vero, l'autre à Bastia,
en l'honneur de Salvator Viale ; M.
iCharles-Brun a parlé devant la première,
M. Philippe Kah devant la seconde. Enfin, parmi les vœux émis, signalons les
suivants : que les syndicats d'initiatives
encouragent la propagande en faveur des
livres de la région ; que chaque région
crée, à l'exemple de Lyon, de Lille,
etc., un prix de littérature régionale ;
que les grands quotidiens régionaux réservent une page littéraire aux écrivains
de la région..

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annonce de /1 lignes. Envoyer le texte
en même temps que le montant de
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Vou faire croire que li galinas fazon
lis cacaus pelh bec.
Viva l'amor mais que icu espartine !

Yielh médecin, joine barbier,
boticaire.

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lauréat du Prix Fabien Artigue.

Velhas amors et vielh chaînas
Son prontamen recalibats.

L'Académie des Jeux Floraux, de
Toulouse, décerne annuellement un grand
prix de poésie de 10.000 fr., le Prix
Fabien Artigue. du nom de son généreux
fondateur.
Cette haute récompense vient d'être
attribuée au poète auvergnat Gandilhon
(iens-d'Armes,pour son ouvrage: «Poèmes arvernes : La Légende des monts
et des hommes. »
Nous parlerons mie autre fois du livre. Félicitons très cordialement, aujourd'hui, Gandilhon Gens-d'Armes pour
son beau succès.

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L'Académie de Clermont a élu :
Membre honoraire : M. Jean Ajalbert,

de l'Académie Concourt.
Membre titulaire : M. Marc Dousse,
3, rue d'Enfer, Clermont-Fd.
Membres correspondants : MM. BatifouUler, directeur du Pensionnat Gode froy-de-Bouillon ; le chanoine Belmon,
directeur du Grand Séminaire ; Alexandre Bigay, à Thiers ; Chacornac, proviseur honoraire ;
Henri Ducrochet,
substitut du Procureur de la République, Clermont-Ferrand ; Charles Fábre, La Gagère, par Bort (Puy-de-Dôme) ; Pierre Fayolle, ingénieur en chef
de l'artillerie navale, avenue Vauban,
Toulon ; le colonel Laloy, 60, rue Bansac, Clermont-Ferrand ; Le Chapelain,
bibliothécaire en chef de la ville et de
l'Université ; François Mitton, architecte,
46, rue des Couteliers, Moulins ; Henri
Rochette de Lempdes, inspecteur des
Eaux et Forêts en retraite, 1, rue d'Enfer, Clermont-Ferrand ; Edmond Rouganne, docteur en Droit, 19, rue Bardoux, Clermont-Ferrand ; Jean Tardif,
chanoine honoraire, 10, rue Ledru, Clermont-Ferrand ; De Varenes, château de
Tyrande, par Ennezat.

M. Fric a été élu membre du Comité
de publication en remplacement de M.
TVilhard du Chardin, décédé.
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*»

Le tome XXXI des Mémoires de l'Académie est mis en distribution. Il a pour
auteurs MM. Emile Des forges et PierreF. Fournier et est consacré à la Ba-

CLERMONT

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La fête traditionnelle de Notre-Dame
du Port sera célébrée le dimanche
28 mai.
Les cérémonies seront présidées par
Son Eminence le Cardinal Verdier,
Archevêque de Paris.
A 10 h., réception des Prélats à
l'église N.-D. du Port. — Grand'messe
pontificale célébrée par Mgr Rousseau,
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Vice-président : M. Maurice Basse,
qui a été, en outre, élu secrétaire honoraire après trente années de secrétariat.
Commissaires : MM. Guidy et Goyon.
Secrétaire : M. Maurice Vailet.
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      <authentication>b054056a3b280b0996d35c32867a68a5</authentication>
    </file>
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      <src>http://occitanica.eu/files/original/714af9cb0330ec18eb37643ef8c301af.jpg</src>
      <authentication>caeb16657e18d43c68d8d6cabe9840c1</authentication>
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              <text>L'Alauza d'Auvernha (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12715"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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