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                  <text>LES FEUILLETS
OCCITANS
LANGUEDOC ROUSSILLON
PAYS D'OC

BIBLIOTÊCA I

DE
L'INSTITUT
D'EST U DIS
OCCITANS

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
41,Boulevard des Gvpucines, 41
PARIS

\:

�SOMMAIRE
Les Lettres Françaises :
Le Groupe Occitan et le Régionalisme
Entre Tantale et Prométhée, poème
Lo Pardal, poème
Les Livres

• • •

CHARLES-BRUN.
Adr. BLANC-PERIDIER.
-Frédéric SAISSET.
Jo GiNESTOu-et F. SAISSET.

Les Lettres Occitanes :
Le Problème Occitan, enquête
Nouvelles Félibréennes
Bibliographie Occitane
Bendemios al Bilatge, poème

E.-H. GUITARD.
E. H. G.
E. H. G.
Léon AURIOL.

Les Beaux Arts :
Les Salons

PAUL-SENTENAC.

Le Mouvement économique Occitan :
Notre Exposition
Le mouvement économique
L'activité du Groupe Occitan
La Cuisine Occitane

PAUL-SENTENAC.
F. CROS-MAYREVIEIIX

Clocher du Lauragais, bois gravé, par Achille
BAHDEAUX, LETTRINES
COUVERTURE :

et

CULS DE LAMPE

Baigneuse, par Gaspard

C.-M.
Prosper

F.

• . .

MONTAGNE.

ROCQUET.

gravés sur bois, par Achille

ROUQUET.

MAILLOL.

N. B. L'abondance des matières nous oblige à remettre au prochain numéro,
la suite des Tètes Occitanes, dont l'ensemble formera une galerie complète de
toutes les personnalités occitanes de l'heure actuelle; ainsi que les illustrations,
et la rubrique : Nouvelles Régionales.
ERRATA. — L'épreuve du premier numéro des Feuillets portant le « Boa à
tirer » étant parvenue incomplète à l'imprimerie, il a été tiré et même distribué
quelques exemplaires partiellement incorrects.
Nous prions ceux de nos collègues qui ont reçu ces exemplaires de vouloir
bien nous demander (sans frais pour eux) leur remplacement, ou de noter sur
ceux qu'ils détiennent les précisions et rectifications suivantes :
Page 1 : Vers cités de mémoire lAt Tolosa e Proensa, E la terra d'Agensa...)
Us appartiennent à une chanson de troubadour, Bernât Sicart, de Marvéjols.
concernant la Croisade. — Terra d'Agensa doit se traduire par « Terre d'Argense »
(région de Beaucaire).
Page SI : Lire « de « Lévis-Mirepolx » au lieu de « Lopès-Mirepolx ».
Couverture : Ajouter la date « Août 1925 », et le n° d'ordre « Premier feuillet ».

�[C.I.D.O.
jBtZIERS

Les Lettres Françaises
Lie

Groupe Oeeitan et le Régionalisme.

|i j'étais moins vieux et si Cros-Mayrevieille, Rouquet et Sentenac n'étaient là,
je crois bien que j'aurais créé le Groupe
Occitan : (mais j'aurais moins bien réussi
que ses fondateurs). Dès lors, ai-je besoin
de dire de quel œil attendri j'ai suivi sa
gestation, sa naissance et son développement rapide. C'est une de mes pensées,
que je n'ai pas eu la force ou le temps
de faire passer à l'action; et, pour écrire
cette préface au second numéro des
Feuillets, je n'ai qu'à me répéter une fois
de plus et à craindre les radotages..., mettons d'un grand-père.
Cependant, je ferai grâce à nos lecteurs, gens avertis et convertis,

�— 34 —
de cette dissertation sur le régionalisme et ses véritables caractères
que j'inscris fidèlement, depuis vingt ou trente années, en en variant
un peu la forme par pudeur, au fronton des revues régionalistes fraîches écloses. Non, du reste, qu'il soit inutile, je le vois bien, de rééditer sans cesse quelques vérités essentielles. On a eu beau frapper :
le clou n'est pas encore enfoncé suffisamment. J'ai retrouvé, l'autre
jour, à propos de cette Exposition des Arts décoratifs où les provinces
ont une belle place (et le Languedoc ?), l'opposition prétendue entre
la tradition et le progrès, comme si tout véritable progrès ne se
fondait pas sur une tradition intelligemment interprêtée ! Et l'on
nous accusait bien, récemment, de vouloir, par amour d'un pittoresque désuet, maintenir le paysan dans des chaumières sans confort
et sans hygiène ! Mais passons, et tenons les principes pour établis.
Qu'est-ce que le régionalisme ? La mise en valeur des régions françaises, la lutte contre une centralisation excessive, une philosophie
de l'individu et du groupe, et, pour reprendre la belle définition de
M. Henri Pourrat, « la conscience d'un passé et la volonté d'un avenir ».
Une longue patience aussi, comme le voulait Proudhon, une méthode
éducative. Je souris quand je vois des réformateurs au crayon bleu
tracer sur la carte de France de nouvelles divisions administratives
et s'étonner que « nous n'ayons pas encore abouti ». Ces gens sont
hâtés : les vrais régionalistes ne le sont pas. Les vrais régionalistes
savent le prix du facteur temps et que leur besogne de réfection n'est
pas mince. Les provinces françaises, disons-le net, sous mille influences,
étaient en train de perdre le sens et l'orgueil de leur originalité. On ne
les leur rendra pas en un tournemain, par une incantation magique :
c'est une entreprise noble, mais dure et à long terme. Ceux-là seuls
se décourageront qui escomptaient le succès immédiat et n'avaient pas
la foi; mais l'heure est passée des systèmes en l'air et des effusions
lyriques. Si nous voulons que la doctrine triomphe, il faut étudier, il
faut travailler....

Dans les provinces, d'abord, il va de soi. L'on ne fera jamais assez
l'éloge du labeur obscur et ingrat des érudits, des propogandistes
restés attachés à leur sol. Et, surtout depuis la guerre, nous avons, en
France, de vrais centres régionaux économiques, Toulouse, Nancy,

�— 35 —
Grenoble, Lyon, Marseille, Lille, dont les hardiesses sont grandes et
couronnées de succès.
Mais, à la condition qu'ils restent en contact permanent avec leur
région d'origine, qui pourrait refuser aux provinciaux exilés à Paris
ou ailleurs, le droit d'œuvrer à la même œuvre ? Paris a le Parlement,
les ministères, les salons et la grande presse : beaucoup sont forcés
d'y venir et d'y résider par des nécessités de carrière. Mettons que la
réforme régionaliste mettra un peu d'ordre à tout cela : mais elle n'est
pas faite et, même, fût-elle faite, Paris demeurerait un centre de
premier ordre. C'est bonne guerre que d'user de ses armes pour le
battre et de son prestige pour diminuer ce prestige, précisément. Toutes les fois que je vois une société d'originaires se rappeler ses origines,
donner à ses fêtes, à ses banquets, à ses diverses manifestations, un
tour régional, je ne puis m'empêcher de trouver la chose excellente.
Soyez sûrs que le pays natal est fier qu'on l'évoque à Paris, et, par ailleurs, que la nostalgie est un mal utile. Je connais des Languedociens
qui n'ont trouvé un charme à leur dialecte, à leurs danses et à leurs
chansons que parce qu'ils cherchaient à se recréer, dans la ville monstrueuse, une atmosphère familiale.

Nous ne sommes encore qu'au premier degré. Au-dessus, voîci
l'élite. Quelques-uns de ces originaires veulent, puisque la centralisation les rassemble à Paris, divers de compétences et de goûts, semblables par l'amour du terroir, microcosme d'une province idéale,
travailler en commun à la renaissance. Ils forment un groupe d'études.
Le premier en date qui porte allègrement ses vingt ans passés et a
servi de modèle aux autres, est le groupe d'études limousines, qu'anime
infatigablement Louis de Nussac. Le Groupe Occitan est de cette
lignée. J'en aurais tracé le programme, si les fondateurs ne s'en étaient
excellement acquittés : « un inventaire, un groupement, une collaboration agissante et, par dessus tout, une communion d'idées entre intellectuels originaires du Languedoc et du Roussillon, dans le dessein
d'étendre le rayonnement de ces pays dans toutes les manifestations
de l'esprit... »Et ceci encore : « Appliquer toute son activité à une meilleure connaissance et à une meilleure utilisation des ressources intellectuelles, morales et économiques du Languedoc-Roussillon,.. » Je ne
crois pas que l'on puisse mieux dire,

�-36-

Saisissons bien l'étendue et la richesse de ce propos. Trop souvent,
de bons régionalistes ne connaissent et n'aiment qu'un régionalisme,
le leur. J'en ai vu qui, attachés aux traditions, aux costumes, aux parlers, ouvraient de grands yeux quand on leur parlait de régionalisme
économique. J'en ai vu qui, industriels ou commerçants, producteurs
ou mutualistes, traitaient les premiers, indulgemment, d' « amateurs
des petits bonnets ». Et d'autres qui ne concevaient que la mort du
département et une division plus rationnelle de la France administrative. Ces exclusivismes nous ont fait bien du tort Mais le Groupe
Occitan a en vue tous les régionalismes, ou, mieux, il a compris que
cette diversité apparente recélait une profonde unité. Relisons : « les
ressources intellectuelles, morales et économiques... » : c'est le vrai.
Nous n'avons le droit de négliger aucune puissance : et la région future, encore à l'état de mythe et de propulseur, devra compter avec
le sentiment comme avec les conditions de la prospérité matérielle,
avec la tradition, j'y reviens, comme avec le progrès, avec le passé
(et quel passé plus beau que celui de notre Occitanie !) comme avec
l'avenir.

Etudier, Agir. L'étude sans action est plaisante : elle reste inefficace.
L'action sans étude préalable n'est trop souvent qu'une agitation
brouillonne et stérile.

Vous me direz que ce programme, si vaste, est ambitieux. Le régionalisme permet toutes les ambitions, s'il est vrai, comme nous le voulons croire, qu'il est une renaissance complète du génie français. Et,
d'ailleurs, en quelques mois, le Groupe Occitan a multiplié ses preuves
d'activité dans tous les domaines. II a abordé le problème viticole
et celui de l'influence de la race sur les œuvres littéraires; il a tendu
la main vers nos frères en latinité de l'Amérique méridionale; il a
prêté ses poètes et ses orateurs à dix manifestations; il prépare un
Salon; il contrôle un syndicat d'études économiques; il a sa maison
d'édition et sa revue. Je tiens pour assuré qu'il fera de grandes choses.

�Au soir d'une vie déjà longue et que le régionalisme a remplie presque toute, ce m'est une joie de saluer ces jeunes énergies. Je ne verrai
pas le triomphe de nos idées; au moins, j'aurai vu leurs progrès constants et, l'avouerai-je ? presque inespérés. Cette France « dissociée et
décérébrée », dont parlait avec tristesse Maurice Barrés, voici qu'elle
retrouve ses disciplines salutaires. Lasse des idéologies centralistes,
elle se reconnaît diverse dans sa forte unité. Que chacune de ses régions suive la méthode et l'exemple du Groupe Occitan : ne nous le
dissimulons pas : dans la crise que nous traversons, le salut est à
ce prix.
CHARLES-BRUN.

Entre Tantale et Promethée.
De Tantale assoiffé, blême et criant de faim,
A Prométhée hurlant que le regret déchire,
L'humanité fuyant l'un ou l'autre martyre
Oscille entre l'espoir et le souvenir vain.
Ne retenant jamais les trésors qu'il capture,
L'homme est toujours blessé de rêve ou de regret
Et l'amour, seul bonheur que le ciel lui permet,
N'est qu'un éclair furtif entre ces deux tortures.
Adrienne

BLANC-PÉRIDIER.

�Lto

Pardal

à Henry Hragon.

Nos enfances furent bercées
Par le chant fruste du Pardal.
Il est resté sur nos pensées
Avec l'odeur de l'air natal.
Il nous accompagne en voyage
Comme un de nos plus chers secrets,
Comme on emporte d'un visage
Le souvenir avec les traits.
Nous vivons de ce qu'il nous donne
De tendresse et de rêve pur.
Dès que notre âme le fredonne
C'est un bruit d'aile en plein azur.
C'est un air très vieux, sans histoire;
Nos aïeules l'ont murmuré;
Il a fleuri dans leur mémoire
Et le temps pour nous l'a s_acré.
Frédéric

SAISSET.

�Les Livres
L»a Chronique de son altesse le due d Andorre, par Horaee Chauvet (1).

provinces de France, nul ne l'ignore, (tout au moins
supposons-le) sont connues grâce à des silhouettes drôles ou
fortes en gueule que des écrivains ont esquissées; c'est ainsi
que Tartarin de Tarascon par Alphonse Daudet, Le Monarque
de Pierre Mille, Gantegril de Raymond Escholier, Dodin Bouffant, de Marcel RoufC resteront comme des types originaux de
province française, et immortaliseront les travers et les qualités
des races de ces pays.
Seul, le Roussillon, n'avait pas eu jusqu'à ce jour le bonheur et l'honneur d'avoir
l'artiste qui camperait la silhouette d'un de ses fils bruyants; enthousiastes,
de son Tartarin jovial et truculent, de son Monarque hilarant et facétieux;
Horace CHAUVET avec infiniment d'habileté et de souplesse vient de combler
cette lacune. Depuis quelques jours, grâce à cet écrivain probe et consciencieux
notre département est concrétisé en la personne de son Altesse le Duc d'Andorre
que de joyeux cercleux impénitents et pâles sacrèrent vers les trois heures du
matin, aux accents d'un piano poitrinaire, d'un tambour concave et sinistre, d'un
triangle isocèlement argentin et d'un phonographe nasillardement pornographique.
Ce fut du délire : Il y avait là tout le grand monde, le demi-monde et le monde
tout court qui court et marche pendant les nuits chaudes et voluptueuses de notre
Roussillon excitant.
Il y avait là les sportifs glorieux « Sang et or » les noctambules invétérés et
perpétuels des cercles chics, les représentants desséchés de l'Académie d'Histoire du Roussillon et de Philologie de la langue catalane; le comte Loli dans
un coin exhalait des rires en boite de vitesse, tandis que le vidame de la Pabrina
éclatait en cascade sur les pôles de Mlle Lucette souriant en tintements de tapioca
perlé.
Et quand sur la Loge le ciel matinal mit son premier store frais et pali, on
vit majestueux et superbe, tel un roi de Majorque, descendre les jambes en filoselle, les chevilles en accordéon et le chapeau en décomposition, le duc d'Andorre
ERTAINES

(1) Imprimerie de l'Indépendant, 4, rue de la Préfecture, Perpignan. Prix, 7 fr. 50

�— 40 —
portant son blason où resplendissait sa fameuse devise qu'un pélican doré portait
dans son cou emmanché d'un long beo
« Toca hi si goses »
Et c'est alors décrit par Horace Chauvet avec finesse, humour et bonhomie,
la vie aventureuse et brillante du duc dans la noble ville de Perpignan.
A sa suite, nous entrons dans tous les milieux perpignanals. Du cercle « La
Tramontane » en suivant notre guide spirituel et drôle, nous nous glissons dans
une justice de paix provinciale; puis nous assistons à une chasse hilarante au
crocodile, à une scène de coeufiage intense et voluptueuse, à une brillante partie
de football au congrès solennel des catalanistes fervents, à la confection d'une
cargolade joyeuse, au bal prestigieux et hystérique du Jeudi-Gras.
Horace Chauvet n'a pas oublié de nous faire accompagner le Duc d'Andorre
dans sa campagne électorale — et ce sont là chapitres amusants dans lesquels
le chroniqueur de l'Indépendant narre les diverses visites du duc aux électeurs
avec un scepticisme bon enfant et une mélancolie délicieuse qui sont le reflet
d'une âme délicate et parfaitement dégagée des contingences d'icUbas !
Henry Noell et Albert Baitsïl ont déjà dit avec un goût averti, tout ce qui
pouvait être dit sur ce livre régionaliste qui vient à son heure pour immortaliser
un type local.
Il me plaît en adoptant les conclusions du critique de l'Indépendant et du
directeur du Coq Catalan de dire, à mon tour, combien tous ceux qui aiment notre
beau Roussillon, sous toutes ses formes, dans tous ses esprits doivent être reconnaissants à Horace Chauvet d'avoir écrit la chronique de son Altesse le duc d'Andorre;
d'abord parce qu'avec infiniment d'esprit et d'humour, il a chanté un type catalan;
ensuite et surtout parce qu'il a su nous faire rire.
Jo GlNESTOU.
I«e village sans eloehes, par Charles Roussillon.
Ce roman, le premier que publie un jeune écrivain du Roussilon, est un
chant d'amour à la terre natale. Les paysages de chez nous y sont enclos avec la
bonne odeur du thym, des genêts d'or, des rivières qui frissonnent sous le
soleil; et les âmes terriennes, les mœurs, les coutumes si pittoresques, Charles
Roussillon a su les laisser vivre en lui et nous en traduire la véhémence et le
charme. C'est un livre qui sera cher à tous les exilés de notre sol pour tout
ce qu'il leur apporte de lumière et de parfum. C'est un livre qui mérite déjà à son
auteur une des premières places parmi tous ceux qui, nés sur ce coin de France
ont gardé le culte de sa beauté inoubliable, l'amour de son ciel transparent, de
ses montagnes violettes, de sa mer aux nuances infinies. On lira et on relira
« Le Village sans cloches » pour toutes les scènes vivantes, colorées, savoureusement locales qu'il contient et on aimera ce fils du Roussillon qui a su évoquer
son pays en un style nerveux et vibrant dont le charme se prolonge de page en
page.
F. S.
Suzanne Teissier Par Paul Sentenae.
Le Poète Paul-Sentenac, notre sympathique vice-président du Groupe Occitan,
publie sur ce beau papier de Montval créé par le peintre Gaspard-Maillol, l'émouvante conférence qu'il a faite sur Suzanne Teissier dans les salons de Madame
Aurel. C'est une délicate analyse de l'œuvre de cette vibrante et courageuse artiste

�— 41 —
qui a reçu le don de traduire avec flamme — flamme elle-même, comme le dit
Fernand Gregh ■— ses propres sentiments aussi bien que ceux des poètes dont
elle interprête les œuvres. En ses conférences et en ses interprétations de poèmes,
Suzanne Teissier nous émeut toujours par cet accent de sincérité qui caractérise
le véritable artiste et qui monte des profondeurs de l'âme. Elle nous avait révélé
ses dons généreux dans un recueil de vers « L'impossible Idéal » où elle a voulu
revivre ses souvenirs d'enfance, et elle nous a donné, depuis, cette passionnée
confession d'une femme amoureuse dans « A l'ombre du maître », sorte de roman
lyrique où elle traduit, en rythmes ondoyants, la montée et la retombée des
élans et des illusions, des espoirs et des craintes, toutes les affres d'une âme
arrachée par l'amour à la plate vie quotidienne. Pour ceux qui savent avec
quelle énergie farouche cette artiste a voulu vivre sa vie pour l'art, fils des
tourments secrets, ces poèmes se chargent d'une émotion plus poignante encore.
Elle a des accents déchirants qui la font bien, comme le dit très justement PaulSentenac, la sœur de la douloureuse Desborde-Valmore qui n'a vécu, elle aussi que
pour l'amour et pour l'art, les deux plus pures fleurs qui parfument les jardins
de notre énigmatique vie. Trois poèmes inédits de Suzanne Teissier « L'Eglise
pauvre, Le Mont-de-Piété et Le Rhin », terminent la jolie plaquette de notre
sympathique camarade, et nous permettent de suivre l'auteur de « A l'ombre du
Maître » dans son ascension vers l'idéal, de mieux en mieux exprimé en cette forme
ailée, prison fleurie de notre pensée fugitive.
F. S.
M. Jean AZAIS a publié récemment une brochure sur les Attaches Méridionales
d'André Chénier dans laquelle il étudie les ancêtres d'André Chénier ayant habité
le département de l'Aude et le séiour de ce dernier dans ce même département.
II prépare également, en s'appuyant sur des documents inédits, une étude sur
la succession très mouvementée de Marie-Joseph Chénier, dont les débats en
justice durèrent près de vingt ans.
La Cigale Narbonnaise va éditer Lou Cami de la Crouts quatorze sonnets du
Docteur P. ALBAREL, Majorai du Félibrige. avec des bois gravés d'Auguste Rouquet
et des lettres ornées de Jane Rouquet-d'Hondt.. L'édition sera tirée à 200 exemplaires numérotés sur papier Maillol grand raisin de Montval et 100 exemplaires
sur papier bouffant.
On peut souscrire de suite et nous engageons les bibliophiles à se presser.
Les exemplaires de luxe seront laissés à 10 francs (11 fr. 25 par la poste) aux
abonnés de la « Cigale Narbonnaise » et aux membres du « Groupe Occitan » à
Paris. Les autres payeront 15 francs. Les exemplaires sur bouffant seront vendus
10 francs.
Envoyer les souscriptions à M. Brieu, Imprimerie du Languedoc, 4, rue Auber,
Narbonne.
'
ifj
(Extrait de la Cigalo Narbouneso, août 1925).

�Les Lettres Occitanes
fiotre enquête sur

Le Problème Oeeitan
ia Première Réponse
XCELLENTE,

nombreuses
ner pour un
de détailler
d'avis qu'il
lecteurs ne

votre enquête sur le Problème Occitan, me disait un ami au lendemain de la parution des Feuillets. Excellente, mais n'attendez
pas qu'on réponde à vos premières questions.
Quand il s'agira d'étudier « les moyens d'action » (propagande en faveur de la langue et de
la littérature d'oc, adoption d'une ou plusieurs
graphies, etc.) vous recevrez des réponses aussi
que contradictoires, mais personne ne va se passiondébat inexistant, personne ne voudra se donner la peine
les « raisons d'agir » puisque tous les Occitans sont
faut travailler au maintien de la langue d'Oc. Vos
voudront pas perdre leur temps à démontrer ce que

�— 43 —

personne ne conteste. C'est comme s'il fallait prouver que l'on
doit aimer et honorer sa mère...
Mon ami avait raison en partie. On m'a promis beaucoup de couplets pour la seconde chanson, mais j'en ai encore reçu fort peu pour
la première : tout le monde a pensé comme lui...
Quelqu'un pourtant a fait exception, et c'est un Occitan, un Occitan
de la province où la langue d'oc est particulièrement pure, un compatriote de Bonafous, le fougueux secrétaire de « La Lenga d'oc à
l'Escolo ».
Cet Occitan n'est autre que M. de Monzie, Quercynois, actuellement ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, un enfant de
l'Agenais, qui est devenu sénateur du Lot.
Voici sa réponse, pourvue, cela n'est pas douteux, de très nombreuses qualités : elle est claire, détaillée, littéraire et officielle... Seulement, ce n'est pas tout à fait celle que nous attendions...
Le texte que l'on va lire est composé par les typographes des
Feuillets sur l'original de cette lettre et soigneusement, collationné
par nos soins : nous garantissons qu'on ne lui a pas fait tort d'une
virgule.
CABINET DU MINISTRE
DE

L'INSTRUCTION PUBLIQUE
ET

DES

Paris, le 14 août 1925.

BEAUX-ARTS.

Confirmant la réponse faite par mon prédécesseur aux Recteurs
de Bordeaux, Toulouse, Aix et Montpellier à la date du 20 décembre 1924, je crois devoir écarter les suggestions émises par divers
congrès depuis 1914 et tendant à l'utilisation des idiomes locaux
(basque, breton, gascon et langue d'Oc en général) pour l'enseignement du français dans les écoles primaires. « Cette méthode.,
disait M. François Albert, est très discutable... on ne voit pas convment le basque et le breton pourraient servir à Venseignement du
français ». Si je me préoccupe d'ajouter à cette fin de non-recevoir,
c'est parce que plusieurs bons Français animés d'un zèle de renaissance ont réclamé que l'Etat fixât en cette matière sa position et
fît au régionalisme sa part ou sa place définie.
Ils insistent pour obtenir que les instituteurs parlant un patois
soient autorisés à l'utiliser dans leurs classes et donnent à leurs

�-44élèves des versions et des thèmes, comme s'il s'agissait de langues
« nobles » telles que le latin et le grec. Ils demandent que dans les
écoles normales on accorde une place à l'enseignement scientifique
des parlers locaux, soutenant que la connaissance du patois en sus
du français, augmente la valeur sociale de l'homme par la seule
gymnastique bilingue qu'elle suppose ou nécessite. C'est pour servir de point de départ et pour servir d'appui à l'enseignement du
français que l'introduction du patois à l'école primaire est sollicitée, sinon réclamée sur le mode irrité de la polémique.
Est-il donc vrai que le dialecte local puisse servir à enseigner le
français ? Ce n'est à cette heure l'avis d'aucun pédagogue qualifié.
Qui songe à mettre en œuvre le breton, le basque ou le flamand
pour faciliter l'intelligence du français ? Paudra-t-il édicter des
règles différentes selon les régions et classer les idiomes d'après les
services qu'ils seraient susceptibles de rendre à la pédagogie primaire ? Comment, au surplus, accorder une telle proposition avec
les. méthodes générales de l'enseignement, avec la méthode directe
dont il est usé pour apprendre l'allemand ou l'anglais ? Se servira-t-on du languedocien comme truchement du français, tandis
que le mot d'ordre moderne est l'apprentissage du français par le
français ? Les objections valables se multiplient, sans qu'apparaisse en sens contraire aucun argument décisif.
Je sais bien que l'étude d'une langue autre que la langue maternelle nous initie au mécanisme linguistique de notre propre langue,
mais je sais aussi que savoir une langue étrangère, c'est posséder
le moyen de connaître directement la civilisation et la littérature
du peuple qui la parle, c'est d'accroître d'autant notre propre valeur
humaine et sociale. Il n'est pas indifférent à la formation de nos
maîtres d'apprendre n'importe quelle langue étrangère. Le maître
qui aura appris le français et le basque aura-t-il autant élargi ses
capacités humaines et sociales que celui qui saura le français et
l'allemand, le français et l'anglais, le français et l'espagnol ou
l'italien, ou le russe, ou toute autre langue riche de toute la vie
intellectuelle et sentimentale d'un grand peuple moderne, expression de toute son activité et de toute sa prospérité économique ?
Je n'ignore pas. non plus quels services éminents l'étude des
patois rend de plus en plus à l'histoire de la langue française, et je
rends ici hommage aux professeurs et aux érudits qui, penchés sur
ces fleurs de notre terroir en ont étudié avec amour toutes les
variétés. Mais ce sont là matières d'enseignement supérieur, ce
sont recherches de savants. Notre école normale primaire qui a des
tâches précises et multiples, ne peut rien distraire ni de son temps
ni de ses efforts pour ces études.

�— 45 —
A l'école primaire, nos instituteurs doivent habituer les enfants
à mettre sous les mots toute la réalité qu'ils expriment. Le danger
à éviter, c'est que nos enfants puissent employer des mots et des
phrases sans leur donner toujours leur .sens exact. Or, la traduction d'un mot français par un mot patois dispenserait trop souvent
les. maîtres et les élèves de cet effort salutaire — sans doute ils
pourront avoir deux mots pour exprimer une même réalité; mais
soucieux de rapprocher les deux lexiques, ils risquent peut-être de
ne plus rapprocher les mots des choses elles-mêmes. La traduction
des. mots les dispenserait de la vision des choses. Et d'autre part,
quand nous faisons effort pour donner à tous les enfants de France
une même langue claire et nette, où les mots et les phrases traduisent sans ambiguïté ni incertitude les idées ou les sentiments de
chacun, ne serait-ce point se contredire soi-même que de founir aux
mots et aux tournures dialectales la facilité et la tentation de s'introduire dans le français de nos écoles ?
Mais si j'envisage le problème en surplombant ces disputes de
méthodes, j'ai le devoir de me demander s'il est bon d'encourager
les divisions linguistiques. L'exemple de la Belgique — « terre
d'expériences », a dit quelqu'un, n'est pas pour nous disposer à
cette entreprise, encore bien que l'unité morale et patriotique de
ce noble pays ait paru rendre inoffensives les revendications du
flamingantisme naissant. La France, si unie qu'elle soit, ne l'est
jamais trop.
Depuis le temps où François Ier faisait en 1539 la monarchie des
écritures, en ordonnant que toutes les pièce.s de justice et d'administration seraient écrites en français, tous nos gouvernements ont
professé une commune et constante doctrine d'unification linguistique. « Comme il est de conséquence d'accoustumer les peuples
des pays cédés à nos mœurs et à nos coustumes, il n'y a rien qui
puisse y contribuer davantage qu'en faisant en sorte que les enfants
apprennent la langue française, afin qu'elle y devienne aussi familière que l'allemande et que par la suite des temps elle puisse
mesme, sinon abroger l'usage de cette dernière, du moins avoir
la préférence dans l'opinion des habitants du pays ». Cette politique, définie dans un lettre de Colbert à .son frère, le 12 mars 1666,
a toujours été la nôtre non pas seulement à l'égard des populations
d'Alsace, mais à l'égard de tous les sujets français de l'intérieur,
selon l'expression habituelle en Alsace.
Aussi bien, c'est un Strasbourgeois, Arbogast, qui inspire le texte
du 5 Brumaire An II où il est dit : « L'Enseignement public est
partout dirigé de manière qu'un de ses premiers, bienfaits soit que
la langue française devienne en peu de temps la langue familière

***

�— 46 —
de toutes les parties de la République. Dans toutes les parties de la
République l'instruction ne se fait qu'en langue française ». Ni
classe en latin, ni école en patois : l'unification par l'enseignement
public du français.
En dépit des vicissitudes que devait subir cet enseignement public
sous le Directoire et le Consulat, l'essentiel de ces prescriptions
révolutionnaires a subsisté dans les instructions données, par Napoléon à ses préfets et ses évêques. L'enquête sur les idiomes à laquelle
il est procédé de 1806 à 1813 tend à les dénombrer pour les mieux
combattre au bénéfice de la langue unique. Cette même continuité
de politique par la langue s'affirme au cours des années de laïcisation républicaine : Ml. Fallières, par une circulaire du 30 octobre 1890, M. Waldeck-Rousseau, par une dépêche du 26 janvier 1901, prohibaient l'usage des dialectes dans les prédications et
les leçons de catéchisme. Par 339 voix contre 185, le 16 janvier 1903,
la Chambre des Députés approuvait M. Emile Combes, président
du Conseil et ministre des Cultes, d'avoir renouvelé ces prohibitions — et cela après un débat prolongé, au cours duquel le Chef
du Gouvernement avait exposé la doctrine traditionnelle et continue dont j'ai trop rapidement évoqué l'histoire.
Je rattache mes instructions à cette doctrine. L'école laïque, pas
plus que l'Eglise concordataire, ne saurait abriter des parlers concurrents d'une langue française dont le culte jaloux n'aura jamais
assez d'autels. Il m'est permis de faire observer, en outre, qu'il
reste encore trop d'illettrés parmi nous pour que nous puissions
distraire en faveur des plus respectables parlers régionaux ou
locaux une portion de l'effort nécessaire à la propagation du bon
français. « Celui-là seul est vraiment français du cœur à l'âme et
de la tête aux pieds qui sait, parle et lit la langue française. » Jusqu'à ce que cette définition de IV^usset soit applicable à l'unanimité
des citoyens adultes, l'enseignement des patois devra être considéré
comme un luxe et je vous prie de croire que notre époque n'est
guère favorable aux dépenses de luxe pour compte de la collectivité.
Enfin, j'observe qu'il n'est pas nécessaire de pratiquer le langage
local pour pratiquer tous les devoirs du régionalisme, pour s'employer à la sauvegarde des chers monuments du passé, pour prendre un rôle dans cette reconstitution méthodique des. histoires
locales à laquelle se passionnent les régimes les plus subversifs.
Les remarquables travaux des instituteurs sur les sujets du régionalisme n'ont qu'un défaut : celui d'être insuffisamment mis en
valeur. Je vous serais obligé de noter et de signaler par tous moyens
ceux de ces travaux extra-scolaires qui auront retenu votre atten-

�— 47 —
tion personnelle. Veuillez commenter à l'occasion, aux maîtres qui
marquent à l'idéologie un goût exclusif, le mot célèbre de Kant :
« Les idées sans la réalité sont vides ». La réalité, c'est le sol et son
histoire qui l'a façonnée. L'étude de cette histoire est de plus d'importance actuelle que la renaissance des patois sous l'égide d'un
Etat sollicité par d'autres soins impérieux.
Vous avez bien compris que la lettre qui précède n'a pas été
spécialement adressée aux Feuillets Occitans. Mais par sa date
(14 août) elle semble constituer une réponse à la première partie de
notre enquête et mieux encore, une réponse à ceux qui ont jugé inutile
d'y répondre.
C'est, en réalité, une circulaire à MM. les recteurs des Académies
de France. Elle a été provoquée par une démarche imprudente (1) en
faveur des idiomes régionaux. Nous avions personnellement déconseillé toute démarche de ce genre, notamment dans notre article des
Feuillets, car nous la jugions nettement « prématurée ».
L'excuse de ses auteurs est qu'ils ont cru devoir profiter de la
présence, à la tête de l'Université française, d'un ministre Occitan.
Erreur ! un ministre de France ne saurait être que franciman : il en a
toujours été ainsi !
La circulaire ministérielle comprend deux parties bien distinctes.
Dans la première, c'est l'enseignement des idiomes régionaux à l'école
primaire qui s'y trouve combattu; dans la deuxième, on s'attaque à
l'existence même de ces idiomes. Plan illogique, nous semble-t-il, car
si l'on doit prouver que « les patois » méritent la mort, il était inutile
de démontrer préalablement qu'il ne faut pas les faire figurer sur les
programmes de l'enseignement public.
Restons donc fidèles au plan de notre enquête et réservons pour plus
tard la question de la langue d'oc à l'école. Il s'agit, pour l'instant,
de répondre à la deuxième partie de la circulaire qui commence par
ces mots : « Mais si j'envisage le problème en surplombant ces disputes de méthodes, j'ai le devoir de me demander s'il est bon d'encou(1) Lettre de juillet 1925 adressée au ministre de l'Instruction Publique par
MM. A. JEANROY, J. ANOLADE, J. BONNAFOUS,, FRISSANT, JOUVEAU, J. LOUBET et
GANDILHON

GENS-D'ARMES.

�— 48 —
rager les divisions linguistiques. » Cette question est exactement celle
que nous vous proposions de traiter avant toute autre dans les Feuillets Occitans du mois dernier.
Les événements viennent de prouver qu'il importe de l'envisager
très sérieusement. Nous ne pouvons laisser ainsi sans riposte le document ministériel. Envoyez-nous d'urgence votre protestation motivée.
E.-H. GUITARD.
Au moment de mettre sous presse, nous recevons la réplique de la
« Ligue pour la langue d'Oc à l'école » et nous nous empressons de
l'insérer : les membres du « Groupe Occitan » en auront ainsi la
primeur.
D'autre part, nous nous mettons en rapport avec les Alsaciens, que
la circulaire a gravement mécontentés et alarmés, et avec les Bretons,
qui ont accueilli dernièrement par des murmures un discours antirégionaliste prononcé par M. de Monzie, à l'inauguration d'un pavillon des Arts Décoratifs.
OBSERVATIONS PRÉSENTÉES PAR

LA «

LlGA PER

LA LENGA D'OC A

L'ESCOLO » A M. DE MONZIE, SÉNATEUR DU LOT, MINISTRE DE L'iNSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS, AU SUJET DE SA LETTRE DU 2 JUILLET
ET DE LA CIRCULAIRE DU 14 AOUT PROSCRIVANT LES IDIOMES RÉGIONAUX.

Monsieur le Ministre,
Gomme l'a fort justement souligné notre ami Charles-Brun dans
le Provençal de Paris du 26 Juillet dernier, votre lettre nous refuse
ce que nous, ne demandions pas dans notre requête du 18 Juin.
Mais par la forme même qu'il revêt, dans cette lettre et dans la
circulaire qui est venue l'accentuer, votre refus élargit le débat.
Vous nous déclarez en somme que l'école primaire n'a pas le temps
de s'occuper des « patois », qu'elle doit les ignorer et même les
redouter.
Voilà pos.é un principe qui risque de créer tôt ou tard un malentendu très grave entre les Pays dDc et le gouvernement français.
Le Midi dont nous sommes (et qui s'étend, ne l'oubliez pas, de
Vichy aux Pyrénées et à la Mer Latine), le jeune Midi qui se lève,
ne croit plus du tout comme le Midi de votre génération, que sa
vieille Langue d'Oc soit un patois. Aujourd'hui il en demande

�— 49 —
poliment, demain il en exigera avec force la réhabilitation. Plus on
attendra, plus ses revendications seront véhémentes. Gouverner,
c'est prévoir !
Nul ne conteste que dans un Etat moderne il ne faille une langue
commune à tous les citoyens de toutes les régions. Mais cette nécessité n'implique ni la destruction, ni l'inculture des autres langues
parlées par les minorités linguistiques de la Nation. Ces minorités
étant bilingues, leurs écoles doivent être bilingues aussi.
Nous reconnaissons avec vous, Monsieur le Ministre, qu'il est
essentiel d'enseigner partout le français et c'est en vertu de cette
conviction que notre ligue avait signé la requête du 18 Juin. Mais
nous tenons pour non moins essentiel l'enseignement officiel de
notre langue maternelle partout où elle est parlée.
Poser en principe que chaque Etat ne doit admettre qu'une seule
langue officielle, c'est inciter les minorités linguistiques à retourner la proposition et à dire : « A chaque Langue doit correspondre
un Etat ». C'est donc les rejeter dans l'alternative du suicide ou du
séparatisme comme cela s'est produit naguère en Autriche-Hongrie,
en Russie, en Allemagne et comme cela se produit sous nos yeux
en Catalogne espagnole. L'Angleterre a su résoudre un tel problème dans le Pays des Galles; permettez-nous, Monsieur le Ministre, de vous proposer cet exemple.
Nous ne vous ferons pas l'injure de croire que vous estimez une
lettre et une circulaire ministérielles comme capables de supprimer
ou même d'éluder une aussi vaste difficulté. Mais nous devons vous
avertir de notre volonté absolument inébranlable d'aboutir à une
solution juste, conforme à la fois aux intérêts de nos Pays d'Oc et
de l'Etat, digne de la France, champion du Droit et des vaincus de
l'Histoire.
Enfin nous tenons à décliner toute responsabilité sur les conséquences que pourrait avoir votre refus — s'il devait être maintenu
— pour la bonne harmonie entre les Français.
Veuillez bien agréer, Monsieur le Ministre, nos hommages respectueux.
Dernière heure. — Voici que maintenant les réponses à notre enquête
nous arrivent en foule. Nous publierons prochainement celles de
MM. Roux-Parassac, l'abbé Salvat, le docteur Fernand Clément,
Emile Peyromaure, etc.
Merci, Monsieur le Ministre !
E.-H. G.

�Nouvelles Félibféennes
lies tfeu^f lorau* de 1" « Eseolo deras Pireneos ».

|E dernier fascicule d'« Era bouts dera mountanho »,
organe de 1' « Escolo deras Pireneos » nous arrive
à l'instant avec la date de « 1925-nos 1-3 » et nous
apporte le compte-rendu un peu tardif des JeuxFloraux de cette école, dont le palmarès fut proclamé le 2 septembre 1923 à la félibrée de Bagnères-de-Luchon.
Nous y lisons qu'il y eut un « Petit Concours »
comprenant deux séries d'épreuves : l'une pour les
enfants de moins^e 11 ans, l'autre pour ceux de 11 à 15 ans. La première série comportait une version gasconne (Era mourt det gran paï)
et un Rêve gascon (Les Trésors de notre langue d'oc). L'autre se composait d'une version (El remèdi félibrenc — Be-m plats — A SenLizè et d'une narration (La maison Gasconne). — Par bonheur, M. de
Monzie n'était pas encore ministre de l'Instruction Publique.
Le « Grand Concours » a permis de récompenser un nombre imposant de bons poètes, narrateurs, dramaturges, traducteurs, linguistes
et compositeurs, au premier rang desquels : MM. J.-M. Servat, Jacques Casassus, F. Artigue, Abbé J. Castet, P. Miremont, B. Sarrieu,
A. de Savignac, L. Arrix, J. Cadebonne, J. Bédé, Madame de Barry,
MM. Louis Madon, F. Sens, J. Cantagrel, Mlle A. Carrère, MM. L.
Troyes, J. Sens, C. Lacroix, E. Brumont.
Le rapport d'usage était dû à M. B. Sarrieu, félibre majorai, qui
exprima le vœu que « toute langue locale, même non officielle, comme
en France notre langue d'oc..., soit libre, soit honorée, soit cultivée
et maintenue comme d'ailleurs toutes les autres bonnes originalités
locales, par un respect et une estime réciproques de toutes les formes
et de toutes les œuvres de la personnalité humaine. »
N'est-ce pas, Monsieur de Monzie ?
(Era bouts dera mountanho, 1925, n0B 1-3.)

�— 51 —
lies (Jeuas-Florau* du Getiêt-d'Or.

Jamais on n'avait assisté à une pareille « floraison ». Partout des
concours, partout des fleurs.
Bien que de fondation récente, les Jeux-Floraux du Roussillon ou
Jeux du Genêt-d'Or ont réuni cette année de nombreux et habiles
concurrents. « La Colla del Rossello » et son président, M. Horace
Chauvet, peuvent être fiers de leur succès puisqu'ils ont eu à examiner cette année 604 poèmes, et que la distribution des prix donnée
le 24 mai dernier au théâtre municipal de Perpignan avait attiré
l'élite de la population Roussillonnaise.
Au programme de cette distribution, un discours de M. François
Tresserre, de Toulouse, un Rapport sur le concours de poésie française, par M. Albert Bausil et un rapport sur le concours de langue
catalane, par M. Charles Grando.
Principaux lauréats : Mme Marie Barrère-Affre, Mme Doëtte Angliviel, Mme Yves Blanc, M. M. Valette, M. C. Lloansi, etc. pour la poésie
française.
M. J.-M. Guasch, M. Salom Morera, M. Ollé Bertrand, M. PalanXimenès, etc., pour la poésie catalane;
M. Puig Pujades, etc., pour la prose catalane.
Les meilleurs poèmes couronnés ont été publiés par M. Charles
Bauby dans le dernier numéro de sa vaillante Tramontane, entièrement
consacré au concours.
(La Tramontane, juin-juillet 1925).
Lies Jeurt-florau* d'Aquitaine.

Encore des Jeux Floraux ! Décidément la flamme n'est pas éteinte
et l'on aura bien du mal pour l'étouffer.
Ces « jeux » ont été tenus à Saint-Emilion le 7 juin dernier, sous
la présidence d'un ancien ministre de l'Instruction Publique, M. Léon
Bérard, qui n'a pas craint (Monsieur de Monzie, voilez-vous la face !)
de se laisser qualifier « député de Béarn » sur les programmes officiels.
Le jury était composé de Mme Philadelphe de Gerde, présidente,
de M. Adolphe Lajoinie, secrétaire-général, de MM. de Lur-Saluces,
professeur P. Mauriac, Maurice Lanoire, Maurice Martin, Professeur
Bourciez, François Calmés.

�— 52 —
Il y eut des pièces remarquables : Dans la section française, Mme
Merens-Melmer, d'Agen, qui « en parlant de la région, finit par rencontrer toute la province », M. Marcel Jung et M. Pierre Chardon, de
Bordeaux, etc.
Le concours de « langue néo-romane » (pourquoi cette expression
barbare et de sens trop étendu ?) a fait l'objet d'un remarquable
rapport de M. le Professeur Bourciez. C'est M. l'abbé Cubaynes, de
Cajarc (Quercy) qui a mérité la première place avec sa Maire de
pietat. Sont venus ensuite : M. Cantagrel, de Golfech (Agenais)
(Ruinos), M. Desplanches, de Bergerac (Al temps de la cornouilho),
M. Vayssières, de Tonneins (La crotz de Sant-Jean), etc..
M. Bourciez, en félicitant les concurrents, les a engagés à éviter
le gallicisme, tout en se méfiant de l'archaïsme outrancier. « Entre les
deux écueils, il reste à suivre un sentier étroit, un sentier sûr... N'écrivez jamais rien qui ne se dise autour de vous, mais n'écrivez pas non
plus tout ce qui se dit... »
(La Revue méridionale, 15 juin 1925.)
Festo feHbreneo d'Ouelha.

Le 28 juin dernier, une ioveuse félibrée réunissait dans la coquette
cité d'Ouveillan, voisine de Narbonne, toutes les populations d'alentour.
Rien n'a mancmé à cette nouvelle et grandiose manifestation en
faveur du costume, de la langue et de la beauté occitanes : cordiale
réception des félibres par les soins dn « conse d'Ouvelha » M. Malardeau et remerciements de M. le Dr Albarel, sermon éminemment littéraire de M. l'abbé Salvat. de Castelnaudarv, banauet do 200 couverts
agrémenté de toasts de MM. Albarel et T. Azéma, matinée musicale
et théâtrale avec La repoafegairo, de M. Albarel, et L'abaro, du regretté
Fontas, danses locales uno belo partido de la nèit.
(La Cigalo Narbouneso, août 1925.)
E.-H. G.

�Bibliographie Occitane
L'Airetage : Tel est le titre d'une spirituelle comédie en un acte
en vers languedociens dont notre distingué collègue, M. le docteur
Albarel, est l'auteur, et que publie intégralement La Cigalo Narbouneso
de juin-juillet 1925.

*
Les éditions Occitania annoncent un bel album de chansons inédites
du maître Prosper ESTIEU : Lo flahut occitan (texte languedocien, traduction en vers français et musique) et un grand roman régional du bon
majorai Bénézet VIDAL : La Serva (texte auvergnat et traduction française) (1).
*
**
Nous formons des vœux pour le succès d'une revue qui a vu récemment le jour à Toulouse et qui a nom : Les Pyrénées littéraires (directeur : Manuel Conrath; rédacteur en chef : Georges Poggi.) Cette
publication accueille tout particulièrement les articles des autodidactes;
elle organise un concours de roman et un concours poétique.
*
* *
M. Fabien ARTIOUES vient de léguer à l'Académie des Jeux-Floraux
toute sa fortune évaluée à plus de deux millions. L'Académie se
propose, au moyen des arrérages de ce legs, d'instituer des prix
extrêmement importants au bénéfice des écrivains de langue d'oc.
(1) Ces deux ouvrages, qui paraîtront en octobre, sont actuellement en souscription à la librairie Occitania, 6, passage Verdeau, Paris, 9E, aux prix de 6 fr. 50,
(franco 6 fr. 95) pour La Serva, et 10 fr. (franco 11 fr. 50) pour Le Flahut. —
Ces prix seront majorés à la parution.

�Bruno DURAND : Contribution à l'étude de la langue provençale au
xve siècle, Paris, Occitania, 6 passage Verdeau (ixe) : 2 fr. 50.
« En ce qui concerne la Provence, écrit M. Bruno Durand dans cette
intéressante plaquette, il paraît certain que la langue d'oc est restée,
jusqu'à l'union avec la France — 1482 — non seulement l'idiome
exclusivement parlé par toutes les classes de la population, mais
aussi, dans une large mesure, la langue écrite, parfois préférée au
latin, pour les nécessités de la vie administrative. »
C'est ainsi que les délibérations de la municipalité Toulonnaise
étaient à peu près rédigées en provençal au xve siècle, avec, çà et là,
quelques bouts de formules latines.
M. Bruno Durand a patiemment dépouillé le registre BB 41 des
Archives municipales de Toulon (1442-1451) et de ce seul texte, il a
pu tirer une étude presque complète du provençal de l'époque, aussi
bien phonétique que morphologique.
II faut le remercier de son excellent travail, où l'on retrouve la
bonne méthode de Paul Meyer.
G.
Les érudits et collectionneurs d'ouvrages sur le Midi sont priés de vouloir bien
envoyer leur adresse à la Librairie Occitania, 6, passage Verdeau, Paris, 9e —
s'ils désirent recevoir gratuitement les importants catalogues que prépare cette
maison.

�-55- '
fiendémios,
al bitatge.

Encaro es neit, lou bilatge
Dourmits e pren de couratge;
Pas un brutch dins cap d'oustal;
Gous, gat, poul, cap d'animal
Mouno pas, semble un rabatge;
S'aùsirio boula un mouscal.
L'angélus ! e tout s'aïrïsso,
Boulingo, s'esparrabisso;
Bouléts, portos, qu'un rambal !
Cap'amount e cap'abal
Tout lou mounde s'espépisso
E s'apprèsto pel'trabal.
Lou ramounet rémoustègo,
E lou mestré répoutègo
En dourbiguén lous pourtals :
« An pas cargat las sémals...
« E la guimbardo, que frégo...
« Mès an pensât as barrais ! »
E lou mestré es sus la grilho.
« Cadun a pla sa faucilho ?
« Lou gorp, la masso, lous pals
« Soun pla démest las sémals ?
« Bite, bite, un cop d'estrillo,
« E garniguén lous chabals. »
E cadun coumo pot saùto
Sul'carriot e s'espilaùto.
Lou mestre, qu'es un bièl poul,
Dits pas res, mès fa escourcoul :
A l'uno tiro la gaùto,
Paùpo à l'aùtro lou ginoul.
Rires, crid.s. e galéjados
Fusoun; aï ! las péchugados !
Lou mestre bisco, mès rits.
Lou carrétié ne serbits
Quaùquos-unos de pébrados ;
Enfin, lou carriot partits.
Léon

AUMOL.

�Chronique Artistique.
Lie Salon de 1925. — Lie Salon du Palais de Bois.
—v

Lies Artistes de ehez nous dans les Salons.

EXPOSITION internationale des Arts Décoratifs et Industriels modernes a obligé la Société des Artistes Français et la Société Nationale a s'installer en dehors du
Grand Palais. Les deux Sociétés ont groupé leurs
peintres et leurs sculpteurs au Jardin des Tuileries,
sur « la terrasse au bord de l'eau », comme l'indique
poétiquement le catalogue. 3ur les diverses portes
d'entrée on peut lire en grosses lettres « Salon de 1925 ». Il en était
déjà ainsi l'an dernier.
Les Artistes Français, maintenant qu'ils se sont alliés avec
leur ancienne dissidente La Nationale, prétendent représenter l'unique Salon. Au dix-huitième siècle, il n'y avait aussi qu'un Salon.
Mais ce dernier, qui se tenait au Louvre dans le Salon carré et
s'ouvrait le jour de la fête du roi, le 25 août, abritait des peintures
de Chardin, de Boucher, de Fragonard, de La Tour, des sculptures
de Pigalle, de Houdon, de Bouchardon, des oeuvres des artistes les
plus caractéristiques de leur époque. Que les temps sont changés !
Le Salon de 1925, malgré qu'il en ait, ne renferme plus l'art qui
marquera notre vingtième siècle. L'art vivant se trouve ailleurs.
Il est au Palais de Bois, à VAutomne ou aux Indépendants.
L'actuelle exposition de la vieille Société, même unie à la Société
Nationale d'où les éléments avancés sont partis, ne progresse guère.
Sans doute l'obligation de se restreindre nous a évité les grandes
machines, lesquelles occupaient beaucoup d'espace pour ne rien
décorer du tout. Mais les poncifs, les anecdotes de mauvais goût,
les redites d'élèves peu doués et qui ont pris de nombreuses « répé-

�— 57 —
titions » de leurs maîtres se rencontrent en aussi grand nombre
qu'auparavant. Et les maîtres régnent là, au milieu de leurs élèves,
avec leur médiocrité suffisante. Je voudrais pouvoir dire beaucoup
de bien de M. Gervais, puisqu'il est mon compatriote. Il exécute de
grands tableaux. Ceux-ci ne valent guère mieux que les petits sujets
pour boîtes à bonbons. En revanche, M. Didier-Pouget abandonne
ses fastidieuses bruyères qu'il léchait d'un pinceau anémique et
qui se réflétaient dans des eaux qui faisaient songer à des glaces
d'appartement. Je suis heureux de féliciter ce Toulousain. Son
« mas » est brossé avec robustesse, ses ombres bleues ont de la franchise. Par contre, que d'autres peintres académiques persistent
dans leurs productions factices !
Soyons justes. Il existe cependant en ce Salon officiel des Artistes
Français un noyau de quelques jeunes qui savent empâter suffisamment leurs toiles, dégager dans leur dessin les lignes essentielles, coucher avec franchise des couleurs fraîches et assortir les
tons entre eux dans des gammes éclatantes ou adoucies. A ce point
de vue, les palettes des jeunes des expositions officielles sont plus
sonores que celles des peintres du dernier bateau. Car les groupements d'avant-garde réduisent volontiers leurs palettes, recherchent une certaine austérité, deviennent volontairement lourds et
pesants, accumulent les bitumes, les brou de noix qu'un Manet
flétrissait chez les pompiers de son époque. Aux Artistes français, ces coloristes, au milieu des pauvretés qui les environnent,
font un peu l'effet d'arlequins, aux habits bariolés, au milieu d'une
troupe de mendiants. Ce noyau de jeunes est constitué par Baiande,
Charreton, Morchain, Henri Montassier, Gonin, Adler, Maillaud,
Lucienne Capdevielle, Bouviolle, Gustave Pierre, Quignon, Chevalier, Weill, Rapp, Whiting, Malespina, Prost, Baudoin, Hill,
Mme Jolliot, Mlle Orant, Romanet, Biloul, Mlle Beauzée-Reynaud,
Moiselet, M-lle Arbey, Mlle Lavrut, Mile Humbert-Vignot avec une
blonde Musette au chapeau cabriolet d'un sentiment délicat, par P.-A.
Leroux, avec une route bordée de peupliers, où chemine un paysan à cheval, mouillée, Après la pluie, et d'une douceur attachante.
Les orientalistes, apportent un sérieux renfort, avec leurs sites soleilleux et leurs tonalités chaudes, à cette compagnie de coloristes.
Ainsi Dabat dont le vieux marabout témoigne de vigueur dans
la facture, Mlle Rondenay dont la Petite pouilleuse arabe allie harmonieusement les bistres et les rouges, Raoul du Gardier, Mme
Bon-Deschenoit, Mlle Drouet-Cordier.
Parmi ces « orientalistes », il en est plusieurs, et non des moins
intéressants, qui sont originaires des pays occitans. Nous citerons
en premier lieu Bascoulès, né à Perpignan, lequel s'est distingué

�- 58 —
non seulement par la récompense qu'il a obtenue mais par les
mérites de son envoi. Le fait est assez rare pour qu'on le signale.
Sa grande peinture Le Désert où les manteaux des Arabes mettent des notes bleues parmi les blondeurs du sable dégage, dans la
sobriété de la comopsition, une' émotion' biblique. Le Biterrois
Gauvy a donné déjà depuis longtemps des preuves de la chaleur de son coloris dans des évocations orientales auxquelles le
Marché dans le Sud Algérien qu'il expose actuellement ne se montre pas inférieur. Quoique cherchant l'inspiration ailleurs qu'en
Orient, d'autres artistes de chez nous sont dignes d'être rattachés
à ces jeunes coloristes qui donnent, par leurs couleurs corsées, un
peu d'accent à cette exposition médiocre dans son ensemble. Tels
sont Robert de Mjontcabrier, également de Béziers, qui ranime avec
esprit, suivant son habitude, les grâces du dix-huitième siècle en
les situant dans un parc aux frondaisons traitées par masses décoratives, en un style moderne; Didier-Tourné, d'Agen, revenant, lui
aussi, au dix-huitième; Sibra, né sous l'aile des moulins de Castelnaudary et dont l'hommage à Jeanne d'Arc, sous le titre La Voix
de France, dénote un souci de styliser; René Jaudon, de la Lozère,
recherchant aussi le style; Martin-Ferrières, du Tarn, peignant,
dans une technique différente, le peintre devant la nature; Louis
Azéma, d'Agde, avec d'éclatants pêcheurs sur la digue; les paysagistes vigoureux Roubichou, Raynolt, Dabadie, dont les noms indiquent assez l'origine méridionale. D'autres méridionaux ont envoyé
des œuvres qui, bien que d'une manière plus classique, doivent
compter dans ce Salon. Les fils, de Jean-Paul Laurens se signalent
par une pureté de dessin qui les conduit à une sorte de « jansénisme » du coloris. Jean-Pierre Laurens a un portrait de jeune femme
traité avec beaucoup de conscience, et Paul-Albert Laurens un portrait de M(. André Gide. Les frais bouquets de M. Paul-Albert
Laurens. sont aujourd'hui desséchés. J'y ai un certain regret. Le
Toulousain Boulet-Cyprien, par contre, portraiture avec vivacité
une jolie mondaine à la robe encerclée. Son Eminence le Cardinal
Mercier a confié à Font, né à Auch, le soin de le représenter revêtu
des ornements des grandes cérémonies, avec la mitre et la crosse.
Citons encore les figures féminines d'Etcheverry et Dupuy, la bacchante de Calbet, la scène d'atelier de Rouquet,qui peint un effet
d'ombre projetée avec des tons sombres et qu'il ne faut pas confondre avec Auguste Rouquet, lequel possède beaucoup plus de
largeur dans l'expression. Dans la section de la gravure, les vieilles
enseignes de J.-J. Dufour, né à Toulouse, et le fils du poète Philippe Dufour, se placent parmi les envois intéressants de cette section, à côté de ceux de Lander, de Guinegault et de Pradel, ceux-ci
n'étant pas de chez nous.

�— 59 —
Les sculptures, cette fois, ne peuplent pas le grand hall du Grand
Palais. Elles se trouvent en plein air. Inutile de préciser que beaucoup ne gagnent pas à cet emplacement. Autant dire qu'il n'y a
pas là que de bons sculpteurs. Toutefois des statuaires comme
Jean Boucher, Delamarre, Varenne, L'Hoest, Fevola, Desvergnes,
Martin, Renaud, Bouchard, Bignon, Alliot, Sallé et Mme Lyée de
Belleau dont le danseur à la tiare et aux roses, d'un certain modernisme d'allures, est une agréable statuette d'appartement, rehaussent un peu tant de platitudes. Les Occitans se manifestent dans
cette section de la sculpture. Magrou, de Béziers, y figure avec un
Dionysos, qui nous fait songer à son projet pour le monument à la
vigne, aux côtés des Toulousains Moncassin et Segoffin, du Perpignanais Sudre, aux côtés de Ducuing, plus heureux dans ses œuvres d'Indochine que dans ses compositions pour la cité d'Isaure,
aux côtés de Mengue, de Bagnères-de-Luchon.
L'exposition de la Nationale fait suite à celle des Artistes Français
avec un ensemble beaucoup moins important. La note générale y
apparaît un peu moins quelconque. Forain, Willette, avec sa fable
d'un Pierrot sur un âne, d'une jolie fille et d'un moulin de Montmartre, Van Dongen, Chapuy, Carrère, Niatcho, avec une figure
du jeune acteur Crémieux dans le personnage de Gilles, de cette
curieuse parade jouée au Studio des Champs-Elysées, Jacques
Brissaud, Busset, Auburtin, Ablett, Lantoine, Beltram, Elisabeth
Chaplin, Desurmont, Inguimberty, Jeanniot contribuent surtout à
nous communiquer cette impression. Il convient d'y ajouter Hpurtal, lequel a vu le jour à l'ombre de la Cité de Carcassonne, et Guirand de Scevola, né à Cette. C'est avec un serrement de cœur que
nous avons regardé le tableau de Marie de La Hire. Cette femme
peintre et poète a été tuée, il y a quelques mois, dans un stupide
accident d'automobile. Elle était des environs de Montauban, et elle
demeurait attachée à son pays natal. Elle avait bien gardé les qualités de notre race, dans son pinceau nerveux, dans la hardiesse de
son coloris. J'avais visité son atelier, à Mbntmartre, avant l'exposition d'ensemble qu'elle avait rassemblée rue La Boétie. Elle
m'avait montré avec un particulier amour une peinture de sa maison campagnarde, aux toits de tuiles rougeoyant sur le ciel languedocien et sous le parasol de ces pins chers à Marc Lafargue.
Les Salons officiels sont établis aux Tuileries. Aussi j'ai appelé
« Saton du Palais de Bois » celui qui, sous le titre de Salon des
Tuileries, a été fondé par les transfuges de la Société Nationale.
Ce Salon, n'était la présence de quelques-uns de ces derniers,
d'un Aman-Jean, par exemple, ressemblerait assez au Salon d'Automne. Par quoi nous exprimons qu'il contribue largement au
mouvement moderne. Cependant, ce ne sont pas les plus jeunes,

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ainsi que je l'ai déjà indiqué, qui apportent ici le plus de jeunesse. Ils ne visent qu'à refaire Ingres ou Rubens. ou Poussin,
quand ils ne tombent pas dans la boue de la palette. Ils s'enferment dans des formules aussi irritantes que le faux-académisme.
Les artistes aux couleurs fraîches comme au modelé solide qui
caractérisent cette exposition et, du même coup, l'art de notre temps,
s'appellent Charles Guérin, Plandrin, Manguin, Van Dongen,
Lebasque, Serusier, Desvallières, Friesz, d'Espagnat, Zingg,
Ottmann, Déziré, Picart Le Doux, Foujita, Quelvée, Valdo Barbey,
Asselin, Chavenon, Crissay, Mainssieux, Marcel Roche, Ebert, Hélène
Perdriat, Gerber, Charmaison, Bianka, etc. Pierre Laprade est natif
de Narbonne et, si je ne l'avais réservé pour le mentionner parmi
nos Occitans, il mériterait de se trouver dans les premiers de ceux
que je viens de citer. Dans sa cathédrale de Chartres au-dessus du
blondoiement des blés, dans sa fontaine d'Italie se découpant sur
la verdure et le coteau bleui, il a mis toute sa subtilité, toute sa
sensibilité d'œil. Et lorsque les méridionaux se mêlent d'être sensibles ! Marcel-Lenoir enclôt son mysticisme élevé dans un vêtement très plastique. Chabaud, du midi aussi, décrit avec son tempérament pictural, les garigues mangées de soleil et les chemins
plâtreux sous la poussière. Lucien Maillol, le fils du grand sculpteur Aristide Maillol, de Banyuls, et le neveu du peintre GaspardMaillol, a envoyé une scène de foot-ball robujstement écrite et
colorée avec joie. L'Occitanie occupe les premières places à la
sculpture avec le Montalbanais Bourdelle dont le Centaure mourant
se révèle une œuvre d'une puissante envergure, dans l'équilibre
voulu.des membres inférieurs, de la lyre et du torse; avec Auguste
Guénot, de Toulouse, chez qui la connaissance très sûre du métier
ne gêne pas la spontanéité souple et aisée animant ses deux nudités dansantes et sa jeune fille étendue; avec Contesse, modeleur
aussi de formes amènes. Il y a encore les sculpteurs Popineau,
Halou, Gimond, Arnold. Mais ceux-là ne sont pas du Languedoc.
Dégager dans les réalisations artistiques de ceux de chez nous
l'influence du sol natal semble tentant. Mais c'est une tâche difficile. Le cadre restreint de cette petite étude ne me le permet pas
en ce moment. Je l'essayerai une autre fois.
PAUL-SENTENAC.

�Notre Exposition.
Groupe Occitan, loin qu'il ait interrompu son activité
pendant la saison des vacances, a organisé une petite
exposition dans ses locaux du boulevard des Capucines. Au cœur de Paris, dans ce quartier de la
Madeleine où, dans le cadre du passé, palpite le mouvement moderne, on peut entreprendre un pittoresque
voyage en pays d'Occitanie. Voyage autour de quelques salles, de la mer à la montagne. Avec Gustave Fayet (1) et ses
aquarelles aux tons corsés, nous nous retrouvons, autour d'un vieil
olivier, au bord de la Méditerranée bleue, ou au pied du mas, dans
l'exaltation soleilleuse. Avec Ramond dont les petits tableaux chatoient d'un intense coloris, nous voilà transportés en Roussillon, au
pied des montagnes bleuissantes ou parmi les rousseurs de l'automne. Nous séjournons d'ailleurs dans cette contrée si attachante. En compagnie du robuste coloriste Louis Bausil, nous allons
du cimetière campagnard de Finestret jusqu'aux environs de Formiguères. Escarra, chaud coloriste aussi, nous retient à Elne.
Pouvons-nous avoir un guide plus artiste et plus sûr qu'Auguste
Rjouquet pour revoir les sites de la Terre Natale de l'Aude et cette
magique cité de Carcassonne dont il a, maintes fois, grâce aux
IE

(1) Cet article était composé quand nous avons appris la mort de Gustave
Fayet. Peintre, créateur de tapis modernes dont il inventait les modèles avec
une rare imagination, collationneur de tableaux, Gustave Fayet était une figure
méridionale d'une incontestable envergure. Le Groupe Occitan ressent vivement sa
disparition.

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ressources de sa vigoureuse palette ou par les oppositions des blancs
et des noirs de la gravure sur bois, décrit la masse imposante ou
les aspects médiévaux des coins particulièrement significatifs ? Les
eaux-fortes de Peyronnet nous, ramènent à Toulouse dans la cour
des hôtels d'antan. Gaspard-Maillol expose quelques-unes de ses
aquarelles si personnelles, traitées avec sa robustesse habituelle, et
des gravures sur bois d'une réelle force d'expression. GaspardMaillol, tout comme Auguste Rouquet, est un décorateur livresque.
Mais les albums et les livres qu'il montre ici ne témoignent pas
seulement de ses aptitudes, en ce sens : ils nous offrent les réalisations de Gaspard-Maillol, papetier. On sait que ce peintre et graveur, d'origine catalane, a fabriqué des papiers à la forme dans
la composition desquels n'intervient nulle composition chimique et
qui rappellent ces papiers des siècles passés, que le temps ne détériore pas.
Ce voisinage des œuvres d'art et d'un produit fabriqué ne
demeure d'ailleurs pas particulier à l'envoi de Gaspard-Maillol. Il
caractérise toute la manifestation actuelle du Groupe Occitan, et
répond parfaitement au but qui a été cherché en l'organisant.
C'est ainsi que l'on peut voir encore dans les vitrines, non loin des
animaux sculptés avec un métier scrupuleux par Jean Magrou, des
pots, des cendriers, des chandeliers, des objets usuels provenant de
la poterie de Perrutel, à Mas-Saintes-Puelles, en même temps que
des vases et des plats agrémentés d'arabesques, par Roger, lequel
est Roussillonnais. Une vitrine sert de logis à toute une société de
poupées, imaginées et habillées par M1Ie Fàvatier et figurant des
types locaux du pays d'Oc. Avec leurs costumes, leurs accessoires,
avec leur physique aussi, véridique et bien observé, leurs traits
essentiels indiqués dans l'étoffe recouvrant les visages, voici la catalane et la narbonnaise coiffées de leurs bonnets, voici le vendangeur et la vendangeuse du Bas-Languedoc, voici la montagnarde
des Hautes-Pyrénées encapuchonnées de laine rouge, et le guide de
Luchon vêtu de sa courte veste de velours. Des motifs au filet avec
broderies dûs à M1168 Lajourdie fixent l'attention.
Le midi a été à l'honneur à l'Exposition des Arts Décoratifs de
la Capitale, puisque l'architecte de la porte principale, Favier,
est de Montpellier. Nous avons tenu à accrocher sur nos murs une
reproduction de cette porte ainsi que de la façade de la demeure
édifiée également par Favier pour le ferronnier Edgard Brahdt.
Dans sa conception, d'une modernisme bien compris, l'auteur s'est
souvenu de l'architecture locale languedocienne.
Il y a aussi une section du livre dans cette exposition Occitane,
tout comme au Salon d'Automne, et elle n'est pas négligeable. La

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littérature en langue d'Oc y occupe une place importante avec les
éditions d'Occitania, exposées par Eugène Guitard. Les poètes de
chez nous écrivant en langue française sont représentés par leurs
livres. Et j'imagine qu'il ne déplaît point aux poètes de voisiner
avec des vins des crus languedociens. Là réside un symbole que les
artistes comprendront et d'où les économistes de VOffèce Occitan
devront tirer un enseignement pratique.
Le soleil d'Oc qui fait mûrir les raisins dans les plaines de l'Aude
et du Bitterois étendues comme une mer verdoyante ou sur les
coteaux fauves du Roussillon inspire aussi les poètes, et leurs vers
restent tout imprégnés de lumière et de chaleur. Le soleil d'Oc qui
blondit les moissons et élargit les passe-roses autour de la poterie
de Mas-Saintes-Puelles éclate en tons vifs et marque par contraste
des ombres bleues dans les peintures, de nos peintres. Le soleil
d'Oc qui gonfle les grains le long des grappes aux formes pleines
des raisins de notre midi et étale la feuille du figuier propose à
nos ornemanistes des arabesques précieuses pour leurs inventions
décoratives. Ainsi tout se tient dans un pays. Les produits de
la culture du sol et les créations de la culture des esprits prennent
leur part d'influences communes. Le Groupe Occitan, en cette
première manifestation en ses locaux, laquelle sera suivie d'autres
semblables, a entendu ne pas séparer le côté artistique et le côté
économique dans son action pour le relèvement des régions d'Occitanie, pour le développement des ressources abondantes qu'elles
renferment. Dans le domaine de l'art appliqué que l'Exposition
des Arts Décoratifs situe actuellement au premier plan de nos préoccupations, il importe de susciter une rénovation, appuyée sur la
tradition sans doute, mais tout animée des tendances modernes.
Nous en avons assez de la laideur des articles de bazar. Nos ancêtres les latins nous ont légué l'exemple. Le plus humble pâtre de
la campagne romaine, buvait dans une coupe dont les courbes se
décelaient parfaites.
Mais il ne suffit pas de rénover, d'améliorer, ou d'accroître la
production; il convient aussi de chercher des débouchés tant aux
fruits de la terre et aux fabrications des usines qu'aux richesses
intellectuelles et artistiques. A cet effet, VOffice Occitan, créé au
sein du Groupe Occitan, par ses expositions permanentes, sera,
ainsi que l'a indiqué Auguste Rouquet, secrétaire général, dans un
rapport qu'il a fourni sur cette vivante question, « un puissant
moyen de mise en valeur de Vartisanal local; conjointement, il
permettra de réclamer pour les artistes et les artisans le bénéfice
des travaux locaux, — constructions, décorations., affiches, — entrepris par les départements, les municipalités, les grandes adminis-

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trations, les syndicats particuliers. De même, en ce qui concerne
les écrivains, pour lesquels des débouchés adéquats seront recherchés, éditions., théâtres, etc.. » Et Rouquet ajoute : « C'est un fait
économique à notre époque que les œuvres d'art doivent être considérées comme une monnaie d'échange, un placement rémunérateur au même titre que les grands crus, les productions du sol ou
de l'industrie. Il s'agit de vendre à Vexportation dans les mêmes
conditions les unes et les autres. »
Envisagée de cette façon, l'exposition actuelle du Groupe Occitan demeure, au point de vue purement artistique, en comparaison
du Salon préparé pour Janvier prochain à la Galerie Siot-Decauville, ce qu'est une esquisse par rapport à un grand tableau. D'autre part, elle n'est qu'un essai relativement aux manifestations
d'ordre économique projetées par l'Office. Mais elle comporte, sous
l'agrément varié et coloré de son apparence, une signification que
nous avions à cœur de nettement affirmer.
PAUL-SENTENAC.

�CLOCHER

DU LflURf\Qftl5

Boia original d'Auguste

BOUQUET,

�Le mouvement économique Occitan

n

k\NS la première partie de ce Feuillet, Paul-Sentenac
a présenté, avec sa bonne grâce coutumière, la petite
exposition permanente que le Groupe et l'Office
inaugurent dans leurs locaux du Boulevard des
Capucines.
Ce n'est pas l'une des moindres originalités de cette
organisation que de voir critiques, d'art et économistes unir leurs efforts vers un but commun, de
même que l'on voit, dans nos vitrines du Boulevard des Capucines, les oeuvres de l'art ou de l'esprit de chez nous coudoyer fraternellement les produits du sol et
de l'industrie, comme pétris de la même argile et mûris au même
soleil.
Ainsi se confirment et se concrétisent ce constant équilibre et ce
mutuel appui des forces intellectuelles, et des forces économiques
qui est à la base même du « Groupe Occitan ».
Si ce dernier est le cerveau qui commande et dirige, l'Office
Occitan est le bras qui éxécute.
L'un est le complément de l'autre.
L'Office; notre dévoué collaborateur, M. Cornet en a, dans notre
dernier Feuillet, délimité le champ d'action et montré qu'il était
l'aboutissement logique de l'orientation pratique donnée aux travaux de la section économique du Groupe.
Sans doute, certains ont pû trouver que l'éclosion de cet organisme avait quelque chose de hâtif et de prématuré. Il n'en est
rien. Il constituait le premier stade du plan de travail que s'est
assigné la Section Economique du Groupe, après s'être entouré des

�sages conseils de personnalités marquantes de Languedoc et Roussillon.
Pour réaliser son programme, la première des nécessités était
d'avoir pignon sur rue à Paris, centre des échanges et, si l'on peut
dire, plaque tournante du monde.
Ce n'est pas faire du bon régionalisme que de rester le nez collé
à son mur sans savoir ce qui s.e passe derrière et ne pas être partout
où il faut être, tout en conservant sa personnalité. Le mouvement
économique Occitan doit passer par Paris sans s'y perdre, à l'exemple du Rhône qui traverse le Lac Léman sang y mélanger ses
eaux.
Ainsi situé, possédant salle d'exposition et bureau de rendez-vous
d'affaires, l'Office Occitan atteint le second stade de son développement par l'inventaire de nos ressources qu'il doit poursuivre, théoriquement, en publiant dans les prochains Feuillets une série d'études sur nos richesses locales, leur état actuel et leurs possibilités
de mise en valeur, et, surtout, pratiquement, en centralisant dans
ses salles d'exposition des échantillons des productions les plus
diverses de nos régions, méthodiquement classées et artistiquement
présentées.
C'est à cette tâche que l'Office entend apporter tous ses soins
et pour laquelle il fait un pressant appel à ses amis, à ses adhérents, à ses correspondants et aussi aux organisations locales, telles
que Chambre de Commerce, Syndicats et Coopératives, considérant
que l'intensification de la production et le développement des
échanges sont des devoirs impérieux de l'heure présente.
Mais, ce serait faire œuvre purement platonique que de se borner
là et de constituer simplement, pour le plaisir des yeux, une
manière de musée de chatoyants échantillons, et une collection de
fiches multicolores. Et c'est ici que l'Office Occitan aborde le troisième stade de son action et réalise entièrement son programme, par
la recherche des débouchés en France et à l'étranger. De ce côté,
il est parfaitement paré, disposant de moyens, puissants de renseignements, de propagande d'exposition et de diffusion ainsi que de
tous concours utiles, à telle enseigne que, la demande étant de beaucoup supérieure à l'offre, faute d'avoir à temps réalisé l'inventaire
et l'échantillonnage envisagés, des commandes souvent importantes
se répartissent au hasard d'un Bottin que l'on feuillette !
Un tel spectacle, pour ceux qui en sont témoins, n'est point
dépourvu d'une certaine ironie. Certes, la date récente de formation
du Groupe et de l'Office n'ont pas matériellement permis d'établir
encore l'inventaire qui doit constituer l'admirable instrument de
travail de l'Office, mais il faut y voir une raison de plus de redou-

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bler d'efforts et de demander à chacun de contribuer à cette tâche.
D'autres organisations accessoires, actuellement à l'étude, viendront à leur heure étayer cette première organisation, notamment
pour offrir aux adhérents de meilleurs moyens de défense de leurs
intérêts, ou encore leur permettre de figurer avec avantage et sans
grands frais, dans les diverses foires ouvertes en France ou à l'étranger, mais ce qu'il convient de dire, c'est que, dès maintenant, le
mouvement économique Occitan peut emprunter la route par
laquelle passent les grandes caravanes du monde et que nos producteurs ont à leur disposition l'instrument de propagande et de
développement à la fois le plus efficace et le moins onéreux.
Loin de garder jalousement l'exclusivisme d'une telle organisation, les dirigeants de l'Office voudraient le mettre à la disposition
de tous ceux qui, comme nous, ont à cœur de voir leur petite patrie
plus belle et plus prospère, car ils considèrent que seule l'union des
efforts est féconde; ils voudraient que les locaux du Groupe et de
l'Office deviennent, au cœur de Paris, la maison de nos compatriotes, qu'ils s'y sentent chez eux, s'y retrouvent, y tiennent leurs
réunions et leurs congrès et qu'ainsi, en plein Boulevards, s'affirment vraiment ces deux qualités de notre sol et de notre race d'Oc,
la force et la fécondité que symbolisent le taureau et le soleil des
anciennes monnaies de la Gaule Narbonnaise.
Au service de cette œuvre et à la réalisation de son programme,
des esprits distingués ont apporté sans compter leur intelligence,
leur temps, leur sens pratique des réalités, une volonté que rien ne
rebute et une âme d'apôtre. Le moins qu'ils puissent mériter, c'est
d'être compris.
FERNAND
tt'fletiT/ité

CROS-MiAYREVIEILLE.

du Groupe Oeeltati.

Deux de nos dévoués collaborateurs, MM. Léon! Douarche, chef de service
à l'Office National du Commerce extérieur et Devèze, négociant en vins, se rendent
dans les différentes capitales de l'Europe Centrale avec mission Officielle du Ministère de l'Agriculture d'étudier les possibilités d'exportation offertes à la production viticole. Ils ont bien voulu se mettre à la disposition de l'Office Occitan.
Au cours de leur voyage, ils entreront en relations avec des correspondants à
l'étranger, et, suivant les demandes qui leur seront transmises par l'intermédiaire
de l'Office, ils se renseigneront, dans ces divers pays, sur les débouchés ouverts
aux produits du Languedoc-Roussillon.
Nous attirons tout spécialement l'attention des industriels, commerçants, artisans et producteurs de nos régions sur l'intérêt qu'il y a pour eux , à saisir l'occasion de ce voyage pour développer leurs affaires tt nous les engageons vivement à s'adresser d'extrême urgence à l'Office qui doit demeurer en liaison cons-

�— 69 —
tante avec MM. Douarche et Devèze pendant leur déplacement, et sera, par
conséquent en mesure de fournir tous renseignements utiles.
L'Office Occitan met à la disposition des commerçants, industriels et producteurs Languedociens et Rousillonnais, membres du Groupe et adhérents à l'Office, les facilités suivantes :
1° En plein centre de Paris, une salle aménagée en vue de l'exposition do
leurs produits;
2° Un bureau avec téléphone pour rendez-vous commerciaux;
3° Un fichier constamment tenu à jour avec catalogue et prix courants;
4° Un casier de correspondance permettant, en leur .absence, de diriger leur
courrier suivant leurs indications et de leur transmettre toutes les offres oui
pourraient leur parvenir ;
5" La priorité sur les demandes adressées à la Société J Expansion Industrielle
et Commerciale par ses représentants généraux à l'étranger et la possibilité de
traiter, par son intermédiaire, toutes affaires d'exportations.
Foire de Prague.
Grâce à l'obligeance de la Société d'Expansion Industrielle et Economique,
il est mis gratuitement à la disposition des adhérents de i'Office Occitan un stand
d'échantillonnage à la Foire de Prague qui a lieu du 6 au 1-i septembre et dont
on connait l'importance.

�Ita Cuisine Oeeitane.
I. — Le Cassoulet.

est un plat qui puisse être donné comme un des
sommets gourmands de la Cuisine Occitane — si
riche en mets succulents — c'est bien le Cassoulet,
apprêt dont la gloire est mondiale.
Certes, les noms de Castelnaudary et de Carcassonne ne sauraient être indifférents aux curieux des
faits et gestes de notre histoire, mais il est bien permis de dire que le Cassoulet, ce légendaire « Estouffat aux Haricots » qui,' depuis plus d'un millénaire, se prépare dans le pays du
Carcassès, a contribué et contribue encore, dans une large mesure,
à faire connaître aux gourmands du monde entier les noms de ces
deux villes et à les leur faire apprécier sous les espèces de ce plat
encvclopédique.
De nos personnelles recherches à travers les vieux textes, il ressort que le Cassoulet actuel n'est qu'une transposition — très perfectionnée — du « Ragoût de mouton aux fèves blanches » que,
vers l'an 719, les Sarrasins firent connaître -— en même temps
d'ailleurs que la culture des haricots, — aux gens du Carcassès
dont ils étaient temporairement devenus les maîtres, et auxquels,
de surcroît, ils apprirent maints raffinements de la civilisation
orientale.
Il ne faut pas croire pourtant que les premiers habitants de la
Vallée de l'Aude n'étaient, jusqu'à l'arrivée des Sarrasins chez eux,
que des barbares.
La Cité de Carcassonne, ce « Eisrantesoue reliquaire de notre histoire et de notre race », ainsi que la définit M. Roux-Parassac,
dessinait déjà depuis longtemps sur l'horizon le formidable appareil de ses murailles, lorsque, en 719, les Sarrasins s'emparèrent de
la ville.
Trop de peuples divers, depuis que les Volsques-Tectosages
avaient fait de cette puissante citadelle le principal boulevard et
l'entrepôt de leurs armies et machines de guerre, s'étaient heurtés
d'abord, puis fondus dans ce coin de notre pavs pour que chacun
d'eux n'y ait laissé quelques traces de sa culture particulière, si
minimes soient-elles.
Et si ce « Musée de pierre » qui, en raccourci, fait voir au visiteur tous les types d'architecture militaire et religieuse allant de
l'époque romaine au xv" siècle, est chose unique au monde, il est
permis de supposer que, bien avant l'invasion arabe, il y avait eu,
dans ces vastes salles protégées par cinquante tours dont quelquesunes furent élevées sur des assises construites par les Wisigoths,
'IL

�— 71 —

des fêtes fastueuses,
génie culinaire des
Cubât, des Antoine
niers originaires du

des festins grandioses où, déjà, se devinait le
maîtres-queux, lointains ancêtres des Pierre
Gastilleur, des Auter et autres grands cuisiCarcassès.
***

Notre intention est d'étudier ici la cuisine Audoise, d'hier et
d'aujourd'hui, et de faire ainsi l'histoire gastronomique de cette
région qui, à juste titre, est réputée comme une des plus gourmandes de France.
Aujourd'hui, c'est du plat principal, du « plat-type » de cette cuisine, pourrions-nous dire, que nous voulons parler.
Le Cassoulet est connu dans le monde entier, et partout, avonsnous dit, à cause de cet apprêt encyclopédique, les noms de Castelnaudary et de Carcassonne font venir l'eau à la bouche des gourmands.
Un jour —i ceci ce passait en Janvier 1919 — errant à l'aventure
dans les rues de Chicago, — ce formidable garde-manger de l'univers — je vis flamboyer sur la glace d'un restaurant ces mots prestigieux « Cassoulet de Carcassonne »... Je sortais de table, mais,
séduit par cette annonce qui, si loin d'elle, évoquait ma petite
patrie, je voulus communier avec ma ville natale sous les espèces
de son Cassoulet.
La déception fut grande. Le Cassoulet de Chicago n'était qu'un
fade mélange où, sans doute, il y avait du mouton, du porc et...
des haricots, mais où, hélas ! il manquait l'essentiel, ce rien, cet
accent, cette « âme » qu'à Carcassonne on trouve toujours dans le
plus modeste « estouffat » préparé par une pauvre femme.
*
Charles Monselet, cet aimable et spirituel gourmand dont, —
trop discrètement, car il méritait mieux, — on vient de célébrer
le centenaire, était un enthousiaste du Cassoulet que, d'ailleurs,
dans son Almanach gourmand de 1867, il orthographie « Cassolet »
ou « Casolet ».
Mais son ami G. Boué lui déclara tout net que ce qu'il avait pris
pour un « Cassoulet » n'était que du « Salpiquet de Haricots ».
« Mais en quoi, dit Boué, le « Salpiquet » et le « Cassoulet »
diffèrent-ils ? Le voici :
« Le Salpiquet est un plat riche d'apparence, même .sur les tables
les plus frugales. Il porte avec lui, outre les condiments chargés de
corriger la fadeur naturelle du haricot, des tranches de petit lard
salé, mais frais, avec addition de quartiers de saucisson, comme
on sait en faire, vous le savez bien, dans tout le Périgord, le Quercy,
le haut et bas Languedoc, le Bordelais, la Provence, le Lyonnais,
le Béarn et le Bayonnais. »

�_ 72 —
Boué, nous semble-t-il, en l'occurence, ne définit pas assez le rôle
de chacun de ces saucissons qui, les vrais gastronomes méridionaux
le savent bien, sont nettement différents les uns. des autres, et ne
peuvent, par conséquent, être remplacés l'un par l'autre.
Boué, cependant, sauf erreur, était un enfant du Sud-Ouest. Il
semble pourtant que le Cassoulet glorieux de l'Aude n'ait pas été
du tout connu de lui, bien qu'il en parle comme s'il le connaissait
de naissance.
Le bon Monselet n'y voyait pas malice, au surplus. Son ami
Eugène Chavette, enfant de la balle lui, puisqu'il était fils de
Vachette, le célèbre restaurateur de la rive gauche, lui en avait fait
voir bien d'autres, et des plus roides.
Et Boué, en la lettre de remontrance qu'il adresse à Monselet, ne
paraît guère, lui non plus, être très au courant de ce que doit
être un véritable Cassoulet.
Il le défini., en gourmand il est vrai, et nous ne doutons pas un
seul instant que le plat qu'il raconte lyriquement ne .soit une excellence, mais cela n'a rien à voir avec le « Cassoulet » de Carcassonne, de Castelnaudary, ni même avec celui de Toulouse, car le
culte de ce plat magnifique est aussi célébré dans la ville Palladienne.
« Préparez le Cassolet (Boué tient à cette orthographe) est tout
une science... Dans le Cassolet tel qu'on le sert à table, il ne paraît
jamais un atome de viande à l'état solide... »
Voire ? aurait dit Rabelais, et nous disons comme lui, nous qui
nous .sommes souvent régalés en dégustant les viandes diverses,
porc, oie, mouton, etc.. qui avaient mijoté dans l'estouffat...
Et Boué, au demeurant, nous donne une formule par trop ostentatoire où interviennent des jus combinés de volaille, de cailles, de
perdreaux, que rehaussent de surcroît, « un coulis de jambon
maigre » !...
\ Boué et Charles Monselet ont, chacun à leur manière, jugé et
décrit le Cassoulet comme le feraient maints culinographes de
l'heure présente.
Culinographes ? Oui, le terme est de formation douteuse, mais,
faute d'autre, nous l'avons adopté pour désigner quelques écrivains de maintenant, touche-à-tout qui veulent qu'on les couronne
de laurier-sauce et qui prétendent régenter la table française.
Du Cassoulet Audois, nous donnerons la recette authentique dans
un prochain article. Il nous suffit d'avoir dit aujorud'hui qu'il
était un des plus vieux plats de la cuisine régionale de France,
puisque son invention remonte au septième siècle et que, durant
plus de mille ans, il est allé se perfectionnant toujours, ce qui est
bien fait pour réjouir les gourmands.
PROSPER MONTAGNE.
IMPi

Le Gérant :

COCHARAUX, «UCH

C.I.D.O.
BÊZIERS

F. COCHARAUX,

�Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel du Groupe Occitan

ORGANE RÉGIONALISTE DES PAYS D'OC
Bureaux de la Rédaction :

41, Boulevard des Capucines, PARIS

Jours de réception : les mercredi et samedi de 5 à 7 h.

Secrétariat général : 159, rue lie Flandre. — Dépôt et Vente, librairie « Qctitanla », E, Passage Verne», Paris.

Principaux collaborateurs :
Jean AZAÏS; Jules AZEMA; Paul ALBAREL; Léon AURIOL;
A. BAUSIL; Adrienne BLANC-PERIDIER ; CHARLES-BRUN;
G. CAL VET; Paul CASTELA; Marcel CLAVIÉ; Gaston COMBELERAN; Emile COMET; Benjamin CRÉMIEUX; F. CROS-MAYREVIEILLE L. DOUARCHE; P. DUPLESSIS DE POUZILHAC; Jean
DUPUY; Prosper ESTIEU; Henri FESCOURT; A. GUENOT; Jo
GINESTOU; Ismaël GIRARD; Aimé GRANEL; GUITARD (E.-H.);
Vincent HYSPA: Pierre JALABERT; Jean LEBRAU; J. LOUBET;
Jean MAGROU; Jean MARSEILLAC; Prosper MONTAGNÉ;
H. MURCHARD; Henry NOELL; A. PASSERIEUX; Armand
PRAVIEL; Jean PUEL; Paul RAMOND; E. REY-ANDREUX;
Émile RIPERT; Achille ROUQUET; Auguste ROUQUET, José
ROUQUET; J. ROZÈS DE BROUSSE; E. ROUX-PARASSAC;
Pierre SAINT-GIRONS; DESAINT-VINCENT-BRASSAC; Frédéric
SAISSET; Abbé Joseph SALVAT; PAUL-SENTENAC; Dr SOULA;
F. TRESSERRE; Georges VILLES; H. G VILLENEUVE.... etc., etc.
Les manuscrits doivent être adressés au Secrétaire général, 159, rue
de Flandre, Paris.
Les membres du GROUPE OCCITAN qui désirent souscrire à l'édition de
luxe des FEUILETS doivent adresser leur demande au Comité.

�2e et 3* Feuillet.

Septemire-Oetobre 1925.

Bfll&lt;3tfEU5E

// a été tiré du présent numéro
3$ exemplaires de luxe numérales
hors commerce, sur -papier de
Montval, de G. Maillot.
Ex. n"

Le n° 3 fr,

Bois de

G. M-ULLOU,

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              <text>Les Feuillets occitans : Languedoc, Roussillon, pays d'Oc. - 1925, n°02-03 (Septembre-Octobre)</text>
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              <text>Les Feuillets occitans. - 1925 - N° 2-3</text>
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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/8b6703a01ea190b1a26f48e2b5ae6600.jpg</text>
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              <text>Les Feuillets occitans (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12808"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>Charles-Brun, Jean (1870-1946)</text>
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              <text>Les Feuillets occitans. - 1925, n°02-03 (Septembre-Octobre) </text>
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          <name>Contributeur</name>
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