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                  <text>LES FEUILLETS

OCCiTANS
LANGUEDOC ROUSSILLON
PAYS D'OC
iC.LD.0.

ORGANE DU GROUPE OCCITAN

41 .Boulevard des Capucines, 41
PARIS

�SOMMAIRE
La Musique Occitane :
Un Opéra languedocien et la Cour de Louis XV. .

Fernand

CRÉMIEUX.

Les Lettres Françaises :
Nostalgie, poème
Les Lirires

...

Jean

LEBRAU.

X.

Les Beaux Arts :
Les Artistes Occitans à l'Exposition des Arts
Décoratifs

PAUL-SENTENAC.

Les Lettres Occitanes :
Le Problème Occitan, enquête
Réponse
Nouvelles Félibréennes
Bibliographie Occitane

E.-H. GUITARD.

Emile

ROOX-PAUASSAG.

G.
G. A., F.
E. H.

.T.,

P.

E.

Têtes Occitanes :
Pierre-Viala
Achille Rouquet

R. MARSAIS.

Pierre

LHORTE.

L'Occitanie et ie Monde latin :
La Section de l'Amérique latine au Collège libre
libre des Sciences Sociales

SAINT-VINCENT-BRASSAC.

Le Mouvement économique Occitan:
La Montagne. Noire
Les Débouchés

V. SELVES.

Léon

DOUARCHE.

Illustrations :
La Porte d'honneur à l'Exposition des Arts
Décoratifs
Le Tailleur de pierre
La Cheminée des contes de fées
Panneau décoratif.
Moulins du Lauragais, bois gravé
L'Homme à la pipe, bois gravé
Bandeaux, Lettrines et Cul de lampes

Henri FAVIER.
Auguste GUENOT.
DARDÉ.
E. DOMERGUE-LAGARDE.

Auguste ROUQUET.
A. CHABAUD.
Achille ROUQUET.

Les manuscrits doivent être adressés au Secrétaire général,

139,

r. de Flandre, Paris.

Le Salon Occitan aura lieu à la galerie Siot Decauville, 63, avenue
Victor-Emmanuel III, du 4- au 20 janvier.

�Bois gravé d'Auguste

ROUQUET.

La Musique Occitane
Un "Opéra Languedocien"
à la Cour de Ltouis XV
DAPHfilS ET ALiCIMA£&gt;Uf*E
de (Vtondonville.

, vers la fin du siècle dernier, — il m'en
souvient comme si c'était d'hier, — Narbonne
inaugura solennellement, sur la Promenade de
la Gare, son kiosque à musique couvert à tables
harmoniques, un Conseiller municipal, plus féru
d'ailleurs de souvenirs locaux que mélomane,
exigea qu'on inscrivît sous la coupole, parmi les
grands musiciens favoris, le nom deMondonville, citoyen narbonnais, dont l'acte de baptême figurait sur le registre de la paroisse SaintSébastien de l'an de grâce 1711.
En dépit de l'oubli qui a embué sa mémoire, il ne serait pas sans
(ORSQUE

�— 74 —

intérêt — nous nous y efforcerons un jour, — de préciser la célébrité dont fut l'objet cet authentique compatriote des Narbonnais et de montrer, notamment, le rôle représentatif tenu au dixhuitième siècle, dans la musique française, par Mondonville, héros
de cette querelle des Bouffons qui secoua, en 1752, la Cour et la
ville, non moins ardemment que 20 ans plus tôt, la guerre des Luilistes et des Ramistes, et que, 20 ans plus tard, celle des Gluckistes
et des Piccinistes.
Pour aujourd'hui, nous nous bornerons, '— parce qu'elle rentre
plus particulièrement dans le cadre de notre revue, — à fixer l'histoire de « Daphnis et Alcimadure », opéra languedocien, livret et
musique de Mondonville, représenté pour la première fois à Fontainebleau, en présence du roi, le 20 octobre 1754.
Mais laissons l'auteur déterminer ses intentions dans cet avertissement qui est un véritable cours de poétique méridionale :
« On sait quelle fut l'origine et quels ont été les progrès de l'ancienne langue provençale. Formée dans nos provinces méridionales des débris de la langue romaine, elle y fleurit en peu de
temps, et c'est de là que, dès le dixième et le onzième siècles, elle
s'est répandue dans plusieurs cours de l'Europe. Cette célébrité
qui la fit accueillir partout où l'on se piquait alors de politesse,
elle la dut à ses poètes et surtout à l'usage qu'ils firent de la rime,
dont ils sont les inventeurs... Je l'ai crue pour ces raisons favorable à la musique, et c'est dans cette vue que j'ose en offrir un
essai, dont le zèle m'a fait concevoir l'idée et pour lequel je
demande l'indulgence en faveur du motif. »
Notons que Mondonville parle dans son avertissement de langue
provençale; mais on verra par les citations que nous donnerons, que
son patois, — malgré quelques expressions flottantes : Yeou et y ou,
lé et lou, dal et del, ben et bé, et l'emploi du mot pécaïre., — a l'allure
du toulousain. Il se trouva au demeurant, un critique, dès la parution de l'œuvre, pour reprocher à Mondonville d'avoir employé
le patois de Toulouse, « dur et grossier », de préférence à celui de
Béziers ou de Montpellier. Ajoutons qu'il existe de « Daphnis et
Alcimadure », une version, datant de 1758, en patois montpelliéram,
ce qui donne au surplus un démenti aux biographes qui conjecturèrent que le poème de Mondonville n'aurait été que la reproduction
d'une composition antérieure, d'ailleurs introuvable, dite « Opéra
de Frontignan ».
Ce qui paraît certain pourtant, c'est que l'idée du texte patois
n'est pas une trouvaille originale de Mondonville. Plusieurs com-

�— 75 —

positeurs d'opéras avaient eu avant lui l'ingéniosité d'intercaler dans
leurs ouvrages une « entrée » ornée de musique, dont les paroles
étaient en un des dialectes méridionaux. On cite notamment le succès obtenu en 1722 par « La Provençale », épisode introduit dans
« Les fêtes de Thalie », exécutées en 1722 et, en 1745, par l'entrée
patoise de « Zelindor », de Rebel et Francœur.
La nouveauté : le poème entier était en languedocien, à l'exception du prologue intitulé « les Jeux Floraux », qui est en vers
français et qui était dû, d'ailleurs, à l'abbé de Voisenon.
Certains biographes ont affirmé que Mondonville était incapable de rédiger son livret et qu'il l'avait certainement fait écrire.
Comme aucune preuve de ce fait n'est rapportée, nous ne nous y
attacherons pas ici. Ce qui est certain, c'est que le livret parut sous
le nom du musicien, — ce qui fait dire de lui au rédacteur du Mercure musical : « Tels étaient autrefois nos fameux troubadours ». —
Pour que les gens de cour n'éprouvent de difficulté à suivre l'intrigue, le compositeur-poète inscrit dans la partition, au-dessus de chaque vers, la traduction des mots les plus difficiles. Et Mondonville
place d'ailleurs en tête de l'ouvrage ces recommandations d'ordre
philologique, quelque peu simplistes :
1° Terminer en e ou en er les mots terminés en a ou at, exemples :
libertat., traduisez liberté; dansa, danser.
2° Changer dans plusieurs mots les b en v : bous, traduisez :
vous; bilatge, village; bibo, vive.
L'o doit se changer en e muet : noubelo, lisez nouvelle; peno,
peine.
4° Terminer en ée les mots terminés en ado : armado, armée;
déterminado, déterminée.
5° Le mot de pecaïre est un terme de sentiments qu'on ne saurait
exprimer en français. Il en est de même de plusieurs autres termes
languedociens.
Après le cours de littérature, voilà donc celui de linguistique.
Mais examinons maintenant le poème.
Passons rapidement sur le prologue français, qui se joue à Toulouse, dans les jardins de Clémence Isaure, que nous voyons d'ailleurs figurer elle-même dans un cadre idyllique, entourée de bergers, de bergères, de jardiniers, de jardinières.
Le contenu de ce prologue est résumé dans les six vers suivants :
Pour consacrer nos jeux par un heureux augure,
Dans son langage enchanteur
Intéressons l'amour; traçons par quel bonheur
Daphnis sut attendrir la fière Alcimadure;

�— 76 —
De leur simplicité la naïve peinture
Est l'image de notre cœur.

Et de fait, nous apprenons, dès le lever du rideau du premier acte,
que le berger Daphnis est vivement épris des charmes de la bergère
Alcimadure; mais celle-ci est indifférente à ses vœux. Daphnis fait
pourtant serment de l'aimer éternellement :
Hélas I pauret, que farey jou,
Tant m'a blassat lou Diu d'amour.
Hélas ! pauret, pauret, hélas I

*

Despey que Tel d'Alcimaduro
A dedins mon cor amourous
Alucat milo fougayrous,
Souffri la peno la pu duro.
Per fini ma tristesso, Diu nenet,
Ben dedins aquesté loc;
De toun esprit presto mé tout lou foc.
Per pla parla dé ma tendresso.
Mes yeou bezi béni lou soulel de mous els,
Qu'es bèlo, qu'ey rasou de pourta sa cadèno,
Per sabé ço qu'ayci l'amèno,
Anennoun l'espia dejouts aquels ramels.

■ Ce qui amène Alcimadure en ces lieux, c'est le désir de faire connaître au spectateur sa froideur amoureuse et son esprit d'indépendance. Ecoutons donc son invocation aux oiseaux volages et son
hymne à la liberté :
Gazouillats auzelets, à l'oumbro del fuillatgé,
Quand bous fiulats, quand bous fiulats,
Moun cor es encantat.
Entendi bé qué dins bostri lingatgé,
Bous célébrais la libertat.
El es lou plazi de ma bido,
Car yeou la canti coumo bous.
Tabé sans cess èlo me crido
Qu'elo soulo pot rendr' hurous.

Daphnis ne se laisse pas décourager par cette rigueur et renouvelle ses serments de constance.
Arrive le frère d'Alcimadure, Jeanet, soldat du roi, inconnu de
Daphnis. La jeune bergère le renseigne et comme Daphnis est
riche, Jeanet engage sa sœur à être plus clémente, ce qui lui attire
cette réponse :

�— 77 —
Nou, boli pas douna mioun cor,

A qui pot débéni boulatgé,
Res nés troumpur coumo la mino.

Jeanet va alors, incognito, sonder Daphnis. Tantôt il se donne
comme son rival, tantôt il l'engage à oublier son amante. Mais le
tendre berger est tenace dans sa passion méprisée.
Daphnis perdra pus léou la bido,
Que d'oublida l'oubjet dount el és amourous.

Sur ces entrefaites un loup, « monstre redoutable », se jette sur le
troupeau d'Alcimadure qui crie au secours. Daphnis arrive à point
pour tuer le loup, aux acclamations du village.
Mais Alcimadure hésite encore à donner à son sauveur la récompense qu'il a si bien méritée :
Laisso mé mon indifférenço
Cruel amour, laisso m'esta.
Quand te boli ta resistenço,
Per que countro yeou t'irrita ?
Un cor que té bol escouta,
N'esprobo que pèno é soufrenço

Jeanet intervient, en vain.
Ah ! ma suréto, qu'un doumatgé
De perdré un tan brabé pastou;
Tu sabès quai és soun couratgé,
Tu sabés quai es soun amou.

De guerre lasse, il imagine que Daphnis est mort, ce qui bouleverse la jeune bergère. Mais Daphnis survient à temps pour être
cordialement agréé. Alcimadure la cruelle se rend donc enfin et le
chœur idyllique des bergers rend grâce à la puissance de l'amour :
Quand l'amour bol nous enflama,
Qui sap pla coumo cal s'y prendré 1
Es tant finest per nous suspréndré,
Qu'en fadéjan sap nous charma.
Que sert countr'el de sé défendre !
Que sert countr'el dé s'anima.
Nou cal qu'un moumen per aïma,
Nou cal qu'un moumen per se randrè.

On le voit, l'intrigue de ces trois actes est assez mince. En outre,
elle est composée dans le goût de l'époque, et n'est pas exempte
de préciosité. Ajouterons-nous que pour une pastorale languedocienne elle paraît, au premier abord, manquer de jovialité et de truculence. A vrai dire elle n'est qu'un prétexte à improvisation de

♦*

�- 78 danses, de fêtes, de ballets, de scènes champêtres; et cet ensemble
rompt de toute évidence la monotonie un peu fade du sujet.
D'autant que la musique, aimable même dans les scènes de
mélancolie, est toujours distinguée, colorée et alerte, et que les airs
de danse notamment ont une fougue du meilleur aloi.
Ce qui est nouveau surtout dans la pastorale de Mondeville et
intéressant pour nous, c'est l'utilisation des mélodies populaires du
Languedoc, contribution anticipée à notre folk-lore. Il est à signaler d'ailleurs que ces réminiscences lui furent amèrement reprochées
par le critique Grimm qui l'accuse d'avoir pillé les airs du pays et
de manquer d'invention et d'originalité. La doctrine musicale a
évolué depuis lors. Reconnaissons que Mondonville n'essaie pas
de donner le change, puisqu'il signale lui-même en tête de sa partition qu'il a inséré dans son œuvre des mélodies du Languedoc et
notamment l'exquise chanson populaire suivante :
Poulido pastourélo,
Perleto das amous,
Dé la roso noubélo
Esfaçats las coulous 1
Per qué fiets bous tan bèlo
Et yeu t'an amourous.
Poulido pastourélo
Perléto das amous,
Ben que me siats cruelo
Yeu n'aymarey que bous.
Daphnis et Alcimadure, après deux représentations triomphales
devant la Cour, à Fontenaibleau, les 20 octobre et 4 novembre 1754,
fut monté à l'Académie Nationale de Musique le 29 décembre 1754.
Chanté par trois interprètes toulousains, Latour, Jéliotte et M"e Fel,
« l'opéra languedocien » obtint un succès considérable.
« Cet opéra, déclare le Mercure, qui joint le piquant de la singularité à des grâces naïves, n'a pas moins de succès à la ville qu'il
n'en a eu à la Cour... » Et ailleurs, le même journal parle de la musique si brillante et si expressive.
La province ne voulut pas être en reste. Bordeaux, Marseille,
Lyon, Montpellier en donnèrent des représentations. Chose curieuse,
le théâtre de Toulouse ne monta Daphnis qu'en 1765.
En 1768, l'opéra reprit la pastorale de Mondonville, mais dans la
traduction française, cette fois. « Les applaudissement furent tels,
précise le Mercure, que l'on dut interrompre la représentation pour
permettre à l'enthousiasme de se donner libre cours. »
600 représentations en furent données par la suite. Nous retrouvons encore Daphnis au répertoire de l'Opéra, en 1796.
Ajoutons que « Daphnis et Alcimadure » suscita de nombreuses

�- Tft parodies, comme tout bon ouvrage à succès. N'oublions pas enfin
que par la suite le sujet inspira, outre une pastorale de Qœthe,
Jeri et Betty, un opéra de Donizetti, Betly, et... le Chalet., d'Alphonse
Adam, que nous revoyons parfois encore à l'Opéra-Comique.
Que conclure de cet exposé à la fois trop long et trop court ? Nous
souhaitons que sa lecture inspire aux musiciens occitans le goût de
se laisser prendre aux charmes de l'Opéra languedocien de Mondonville, et qu'il suscite à quelque Mécène, &lt;— de Béziers ou d'ailleurs,
—&lt; l'idée de le reconstituer sur une scène méridionale. Sans doute
cette réalisation présente-t-elle quelque difficulté. La transposition
de la musique en notation actuelle nécessite notamment le concours
d'un spécialiste de la plus grande habileté. Et nous savons les frais
qu'occasionne la gravure d'un opéra avec chœurs. Mais nous connaissons des gens dans nos pays qui ont fait d'autres miracles.
Ceux qui tenteraient celui-là mériteraient bien de l'art occitan !
FERNAND CRÉMIEUX.

�- 80 —

Les Poèmes.
Nostalgie.
La fièvre qui sur ma montagne
Entretient du cyprès la flamme
M'a longtemps consumé.
Ardent symbole de sagesse,
Feuille en lance armant la déesse
L'olivier m'attristait.
Mais depuis que loin du village
Et de son grave paysage
Je me sens exilé,
Je ne pense qu'à ses automnes,
Aux pressoirs que cernent les rondes
De filles aux chignons défaits,
A la nuance de la pluie
Dont le rideau sur la prairie
Court, gonflé par un autan frais,
A nos hivers qui si tôt laissent
Courir un frisson d'allégresse
Sur la branche de l'amandier.
Jean

LEBRAU

�Les Livres
Garrigou, joyeux philosophe, par Piètre tJalabert.

Ecrit dans une langue délicieuse, Garrigou, joyeux philosophe est un roman
essentiellement original, d'un charme neuf, tour à tour émouvant et gai,
ironique et sentimental, débordant de sève et de vie, et d'une grâce bien française qui évoque par certains côtés l'esprit de nos vieux fabliaux.
L'action, captivante et rapide, se déroule tantôt à Paris, tantôt sur les
bords de la Méditerranée, le long des plages lumineuses du Bas-Languedoc,
où l'auteur nous entraîne, à la suite de joyeux récits et d'amusantes aventures, parmi ces populations si pittoresques de pêcheurs et de vignerons.
Il est inutile de présenter à nos lecteurs Pierre Jalabert, le romancier
(VAu cœur des Vignes, le poète de la Chambre Close, de la Vie Enthousiaste,
de Parmi les roses des Légendes, et de cet admirable pièce héroï-comique en
trois actes, en vers, le Dieu sans couronne (en collaboration avec Etienne
Arnaud), qui remporta en 1923 aux Arènes de Béziers un si magnifique
triomphe.
Garrigou, joyeux philosophe — et combien ce titre en dit long ! — connaît
auprès des lettrés, aussi bien que du grand public, la même heureuse destinée
que les œuvres qui le précèdent. Il en est actuellement à sa 12e édition. —
1 vol. in-16, 6 francs. (Les Editions du Monde Moderne, 42, boulevard Raspail,
Paris 7«.)
B. R.
Eugène Viala, le déeor d'un rêve d'artiste, par Jehan d'Arvieux.
Cet ouvrage, tiré à un nombre restreint d'exemplaires numérotés, sur beau
papier, comprendra plus de 250 pages de texte et plus de 30 illustrations
inédites, reproduisant les plus belles œuvres d'Eugène Viala : eaux-fortes,
aquarelles, tableaux. Le texte est' également enrichi d'un grand nombre de
citations en vers ou en prose, du peintre-poète.

�— 82 Le prix de l'ouvrage sera de 50 francs. Les souscripteurs pourront, s'ils
en expriment le désir, se libérer par deux paiements de 25 francs, le premier
à la réception du livre, le second un mois plus tard. Cet ouvrage étant tiré
à un nombre restreint d'exemplaires, nous engageons les amateurs à ne pas
attendre pour souscrire. (Editions Picart, 59, Boulevard Saint-Michel, Paris.)
La Ville du Passé, texte d'Auguste Rouquet.
Bois grave de Jane Achille et Auguste Rouquet.

L'éditeur d'art Michel Jordy vient de publier la deuxième édition de cet
ouvrage depuis longtemps épuisé. Un texte lyrique évoque la ville médiévale des bords de l'Aude; plus de cent bois gravés en décrivent les aspects
tumultueux et romantiques. Le prix de l'ouvrage est de 50 francs. (Editions
d'art Michel Jordy, Cité de Carcassonne.)
Notre collaborateur M. Paul-Sentenac rendra compte de ces deux livres
d art, celui de M. Jehan d'Arvieux et celui des Bouquet, dans notre prochain
numéro.
Douze images du Vallespir, Par f. jvi- Salvat.
Douze bois gravés par F.-M. Salvat, préface de J.-F. Pons. Album in-4°,
tirage limité aux éditions de La Caravelle, 4 et 6, rue Bezout, Paris.
Nous signalons à nos lecteurs :
— Pile et Face, par Robert MILLIAT, préface de Maurice Magre.
— L'Ecran et l'Idée, par notre collaborateur M. FESCOORT et M. ROUQUET,
dont nous rendrons compte dans un prochain numéro.
— Notre collaborateur Jean LERROU, va faire paraître prochainement : La
Rameur des Pins (coll. poédque Garnier). — Images de Maux ou la louange
du Cyprès (Coll. Les Soiries du Divan).

�Les Beaux Arts
bes 7^r»tistes Occitans à 1 Exposition
des 7^r&gt;ts lDéeor&gt;atif s.
A TRAVERS Lt'EXPOSITIOri
Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes a clos ses portes en nous laissant
un double regret. Nous avons regretté de voir s'achever cette intéressante manifestation du modernisme
artistique, et aussi qu'elle n'ait pas compté parmi les
nombreux pavillons des provinces un pavillon Occitan. Car j'avais fait, de mon côté, cette même réflexion que Charles Brun a exprimée sous la forme d'un point d'interrogation, avec sa vivacité habituelle, dans le substantiel et spirituel
'EXPOSITION

�— 84 —

article par quoi débutait notre dernier numéro. Je veux fleurir mon
regret de cette illusion que, si le Groupe Occitan était né deux ans plus
tôt, il aurait réussi à réveiller toutes les énergies afin de réunir toutes
les ressources du Languedoc et du Roussillon sous le toit coloré d'une
maison d'Occitanie. On l'imagine à peu près ce pavillon Occitan,
non loin du mas provençal. On le voit édifié par Henry Favier selon
ces principes d'architecture méditerranéenne qu'il a mis en pratique
dans sa construction moderne pour un ferronnier de Paris. On y aurait
retrouvé des pièces de céramique d'un riche décor, et même ces pots
et ces vases d'une saveur rustique et qu'une main d'artisan façonne
dans ces poteries languedociennes étendant leurs murailles basses
contre lesquelles se dressent les passe-roses, sous l'aile d'un vieux
moulin. On y aurait découvert des panneaux décoratifs peints à la
fresque ou brossés par les plus vivants et les plus originaux de nos
peintres du pays d'Oc, ainsi que des bas-reliefs sculptés par les plus
vivants et les plus originaux de nos sculpteurs. Trop souvent, ce sont
de tels artistes que leurs compatriotes estiment le moins, mais ils
auraient occupé les premières places dans le pavillon occitan, puisque
aussi bien ils constituent les premires plans dans le large panorama
de l'art actuel. Il y aurait eu encore dans notre maison des livres
de nos poètes. II y aurait eu des produits de notre sol. Notre pavillon
aurait été comme une ruche idéale, aux cloisons diverses mais agglomérées étroitement entre elles, rattachées au même rayon. Une ruche
de nos productions économiques et intellectuelles, contenant le miel
de nos abeilles et le miel de notre esprit latin, pénétrés tous deux des
parfums des mêmes fleurs.
Nous aurions pu avoir ainsi une physionomie d'ensemble du Languedoc et du Roussillon au milieu de cette curieuse Exposition qui
a fait surgir sur les deux rives de la Seine une cité d'un aspect nouveau. Mais, au lieu de cela, nous avons dû chercher les membres de
la lumineuse Occitanie épars un peu de tous les côtés. L'art industriel proprement dit a été pauvrement représenté. En dehors du portique de marbre, érigé par la Société des marbres du Languedoc,
ayant ses attaches à Saint-Pons, dans l'Hérault, et qui juxtaposait tout
près de la porte de la Concorde des colorations d'un roux doré, chaudes comme les grappes de muscat cuites par le soleil, nous avons relevé
seulement la participation de Tirefort, d'Albi, et de André Arbus de
Toulouse, aux classes 3 et 8 réservées au bois; et aussi celle de Bardou-Job, à la classe 11 consacrée aux céramiques; celle de Lauret

�C.I.D.O.
BÉZIERS

�La porte d'honneur, par Henry

FAVJER.

�II
(Cours des jviétiers)

LtA

SCULtPTURE

Le Tailleur de pierre, par Auguste

GUBNOT.

�III
(Pavillon de la Provenu»)

LtA

SCUbPTORE

La Cheminée avec les Contes de Fées,

par

DARDÉ

�IV
(Pavillon de l'Afrique Oeeidentale Française/

LtA PEINTURE

Panneau décoratif, par Edouard

DOMERGUE-LAGAKDE.

(Diplôme d'Honneur.)

�1

C.I.D.O.

9ÊZIERS

�— 85 —
frères et des manufactures réunies de Saint-Chamond, l'un et l'autre
à Ganges (Hérault), à la section 21 des accessoires du vêtement. A la
classe 7, une des plus importantes puisqu'elle comprend tout le mobilier, nous avons distingué, non sans une réelle satisfaction, le stand
de la maison toulousaine Salles et Cie. Celle-ci a été bien inspirée
en éditant un mobilier conçu par Auguste Guénot. Ce sculpteur, dont
j'aurai l'occasion de reparler plus loin à propos de la sculpture, est
né dans la menuiserie, ainsi que Bourdelle. La salle à manger qu'il a
composée séduit par l'agrément des lignes dans le buffet, la petite
desserte et la table de forme ronde, par l'harmonie de leurs proportions, par la sobriété de l'ornementation réduite à une frise simple de petites barres droites. Les qualités de solidité et d'élégance
linéaire de Guénot reparaissent dans ces pièces de mobilier. Je ne
suis pas sûr de n'avoir pas oublié quelques noms. Quoi qu'il en soit, il
«;st certain que la contribution du midi languedocien dans ce domaine
des arts appliqués s'est montrée vraiment maigre. Elle a été bien loin
de correspondre à la richesse de tout notre patrimoine artistique et
industriel.
Lt'ARCHlTECTURE

Par contre, dans l'architecture de même que dans les arts plastiques,
l'apport des artistes occitans s^est révélé à la fois par son importance
et par sa qualité. Parmi les jeunes architectes, je tiens à citer tout
d'abord Henry Favier, originaire de Montpellier. Et non pas seulement
parce que sa porte d'honneur est la première œuvre architecturale que
l'on rencontrait au seuil de l'Exposition. Cette œuvre s'est affirmée une
réussite. On y démêle la formation classique d'une intelligence de race
latine, nourrie de la tradition française, dans la modernité de la conception, du métier, et de la matière. La plus claire logique a guidé
l'architecte dans la disposition de cette porte où les visiteurs, après
l'accueil large du parvis, se trouvaient canalisés, enveloppés peu à peu
entre les digues successives formées par le rythme de hauts pylônes
s'équilibrant deux par deux et entre lesquels s'encastraient des panneaux de grilles ajourées. La sortie s'effectuait par l'axe central. Dans
l'espace laissé libre par sa large ouverture venait s'encadrer la perspective des pavillons des palais nouveaux que dominaient les anciens
monuments parisiens se silhouettant sur le ciel. Celui qui entrait dans
la cité moderne en recevait dès le début une impression d'ensemble.

***

�— 86 —
Mais l'adaptation rationnelle à une destination bien déterminée n'a
pas cependant bridé l'imagination de l'artiste. L'imagination de Favier
s'est donnée libre carrière dans le couronnement des pylônes, dans
ces trois vasques superposées et d'où jaillissaient des jets d'eau retombant en lames verticales. L'architecte semble avoir composé là en
l'honneur de Mansart un hymne moderne avec le granit, le bronze,
les ferronneries, les rubans de fer passés au laminoir. Car c'est dans
toutes ces matières que l'auteur avait prévu la réalisation de sa porte
monumentale si elle avait pu être définitivement exécutée. Et il faut
déplorer que le manque de fonds ne permette pas de l'édifier en quelque coin de Paris, devant la masse des frondaisons, au Bois de Boulogne, par exemple. Henry Favier ne manque pas d'ingéniosité. Il a
revêtu son pavillon de 1 Intransigeant de rectangles luisants rappelant ces plombs d'imprimerie dont les écrivains connaissent bien la
hantise particulière.
Non loin de ce kiosque, la maison de La Renaissance de l'Art se
découpait un peu à la manière d'un pavillon au Hameau de la Reine,
à Versailles. Cependant, les murs recouverts d'un badigeon au lait de
chaux rose, la toiture en tuiles rosées chantaient des notes d'un accent méridional, tout à fait avenant. Ce pavillon de La Renaissance
avait été construit avec amour par Guillaume Tronchet, architecte
en chef du Gouvernement, lequel est des environs de Montauban, pour
son compatriote et son ami Henry Lapauze, le directeur de cette revue.
Malheureusement, cette maison que tous les deux avaient envisagée
comme un lieu de délassement est devenu une sorte de petit temple
du souvenir. Henry Lapauze est mort presque à la veille de l'ouverture
de l'Exposition. Madame Henry Lapauze, qui a pris courageusement
la direction de La Renaissance, est venue assister à l'inauguration
de son pavillon, son jeune visage entouré dans des voiles de veuve,
et M. de Monzie, alors ministre de l'Instruction Publique, a retracé
avec son éloquence habituelle la vie de Lapauze tout entière consacrée aux Arts. J'ai moi-même dit dans le premier numéro des Feuillets
quelle perte nous avions faite avec le conservateur du Petit-Palais.
Parmi l'ameublement du pavillon de Tronchet chatoyaient des tapis
de Gustave Fayet, où des floraisons imaginaires s'épanouissaient parmi
des bistres et des gris moelleux. Hélas, la disparition subite de Gustave Fayet laisse aussi un vide dans les milieux artistiques comme
dans notre groupe occitan. J'avais été le premier à parler dans la
presse parisienne des tapis magiques de Fayet, et il ne s'en était

�— 87 -pas dessouvenu. Il aimait à me le rappeler lorsque nous nous rencontrions. Marcel Bernard, l'architecte de la Halte-Relais, d'un modernisme aéré, et Germain Olivier qui a édifié la pittoresque construction, à la masse rouge, de l'Afrique Française sont également, tous
deux, de chez nous.

LtA SCOLtPTURE
Mais c'est parmi les sculpteurs que nous comptons en plus grand
nombre les artistes occitans ayant contribué à la manifestation des
Arts Décoratifs. La maison Bernheim jeune se devait évidemment
d'exposer des œuvres, d'une perfection sereine dans les formes, du
grand maître roussillonnais Aristide Maillol. Dans la première boutique du Pont Alexandre III, chez Hébrard et Cie, se remarquait
le montalbanais Antoine Bourdelle. A l'entrée principale de l'Exposition, on était obligé de s'arrêter devant la grande et haute statue de
La France saluant les Nations, quoiqu'elle ne se détachât pas à son
avantage devant la façade du Grand Palais. Cette œuvre imposante
de Bourdelle appartient bien, par l'élan de la spontanéité, par la
vigueur nerveuse, à celui qui a déjà sculpté cette figure de la Victoire,
longue et résistante comme l'épée sur quoi elle s'appuie.
Dans la Cour des Métiers, au cœur même de la petite cité qui a illustré pour l'avenir 1925, voisinaient les deux toulousains Contesse et
Auguste Guénot. Le premier a modelé avec une robustesse qui n'exclut
pas l'aisance un artisan considérant, non sans plaisir, un vase dont
il a modelé les flancs. Que le soin de figurer le tailleur de pierre ait
été dévolu à un fils de Toulouse,
Cité des troubadours et des tailleurs de pierre,
voilà qui est déjà bien. Mais que ce fils de Toulouse soit Auguste
Guénot, voilà qui est encore mieux. Guénot a apporté à cette sculpture
toute la connaissance approfondie de son métier, la solidité de son
faire. Et il m'a plu de retrouver dans cette figure de jeune ouvrier
un peu de cette grâce harmonieuse et souple que l'artiste avait communiquée déjà à son Bacchus adolescent et dont il a animé ces deux
groupes, la Danse et le Jeu d'Amour, qui étaient placés dans un des
jardins, celui de la Terrasse. Jeux amènes, d'une jeune fille et d'un
enfant, ces statues possèdent un véritable enjouement dans la ligne,

�— 88 —
un style bien de notre époque, mais se rattachent aussi à la séduisante
lignée de notre sensibilité française.
Joachim Costa, de la région de Béziers, fait partie de cette équipe
de la Douce France laquelle, guidée par le poète Emmanuel de Thubert, entend rénover la pratique de la taille directe. Ce procédé aboutit
naturellement à des réalisations ornementales. Le sculpteur attaque
directement la pierre blanche afin d'y fixer l'image mentale qu'il porte
en lui, sans modèle intermédiaire. Les adeptes du groupement de
La Douce France ont rassemblé leurs efforts dans la Pergola qui
se développait auprès du théâtre de Perret, et où, de bas-relief en basrelief ainsi que sur d'immenses pages, était contée la légende,
emplie de merveilleux, de la Table Ronde. Costa, avec son envergure
habituelle, son désir de synthèse a représenté séparément le nain
Gwyon et la fée Koridwen, tandis qu'il unissait dans un panneau
l'enlacement amoureux du chevalier Tristan et de la blonde Yseult.
Pour sa cheminée provençale, située à côté du mas de la Provence où
éclataient les larges sites de Verdilhan-Mathieu, Dardé s'est inspiré
aussi des contes d'antan, sortis de notre terroir français. L'ancien
berger de Lodève, dont le père était ramonet, a bien senti, avec son
âme simple d'artiste, le mystère cependant si humain des contes de
fées de Perrault. Comme il avait enclos toute la diversité sauvage de
la forêt dans son grand Faune et dans le groupe faunesque si bien
édité par Siot-Decauville, il a mis toute la poésie de l'âtre où flambent les sarments et les bûches dans cette cheminée décorée. Une
comédie de rêve se joue autour de cet âtre. Dans un large bandeau,
au-dessus du foyer, bas-relief colorié en des gammes de bleus sombres ou clairs, de tons brunâtres et jaunes, et qui apparaît comme le
prologue, la vieille grand'mère, tout en tricotant, a groupé autour
d'elle, pour leur raconter une histoire, la troupe de ses petits enfants,
garçons et filles, blonds et bruns, l'un portant son bateau, l'autre retenant sa poupée, un troisième restant à chevauchons sur un cheval à
mécanique. Et alors, les scènes de ces contes se peignent en couleurs
chatoyantes dans l'intérieur de l'âtre, sur les fonds dorés des basreliefs, la dorure évoquant l'enchantement des imaginations enfantines. Et les personnages de ces contes se succèdent aussi, en statuettes également peintes en tons vifs, sur les rebords de la cheminée.
Voici Peau d'Ane et Barbe-Bleue, vêtu d'une habit somptueux, tel
François 1er, mais ayant un pantalon d'aujourd'hui. Voici le Marquis
de Carabas avec un blason à la place du ventre; le Petit Poucet chaussé

�— 89
des bottes de sept lieues, le petit Chaperon rouge tout enfleuri. Voici
la méchante fée Carabosse, à face d'oiseau de proie, et la gentille fée,
dans sa robe blanche et noire, dans son manteau d'hermine, une
aigrette dans la blondeur de sa chevelure, svelte et mondaine comme
une parisienne habillée par Poiret. Ces vieux contes si attachants qui
ne dormaient pas en nos mémoires d'un sommeil aussi profond que
celui de la Belle au Bois Dormant, le sculpteur les a réveillés, les a
modernisés, les a traduits avec une naïveté décorative, tout à fait
adéquate. Il a voulu signifier, en ajoutant certains anachronismes,
que ces personnages demeuraient de tous les temps. Et il les a revêtus à dessein de colorations vives, de la manière que ces images ont
impressionné vivement nos esprits d'enfants. Sur le rideau de bronze,
Paul Dardé a fait revivre les premiers hommes en des poses saisissantes. Pour être à peu près complet, il me faut signaler les animaux
traités avec ampleur sur les murs extérieurs du pavillon de l'Afrique
Occidentale, par Cladel dont le nom conserve des sonorités méridionales, et les toulousains Sarrabezolles et Silvestre.

LiH PEINTURE
Les peintres ont souvent collaboré avec les architectes et les meubliers pour composer des ensembles de décoration. Des peintures
s'apercevaient dans les stands, dans les pavillons. Dans le restaurant de la Tour de Bordeaux, Jean-Gabriel Domergue, natif d'Agen,
a brossé plusieurs compositions de fantaisie avec son élégant brio.
Rigal, de Montpellier, a établi l'ornementation de la coupole de l'Hôtel
du Collectionneur où s'est manifesté le groupe Ruhlmann. Mais l'œuvre picturale la plus importante exécutée par un pinceau languedocien
a été celle de Domergue-Lagarde. Elle a été conçue pour ce pavillon
de l'Afrique Française auquel, par deux fois, j'ai déjà fait allusion.
Tout d'abord, dès qu'on pénètre à l'intérieur, ce grand panneau donne
dans la vue par son coloris corsé, la plénitude de la mise en page,
l'adaptation décorative à l'ambiance générale. A cet égard, il fait
ressortir,par contraste, la pauvreté du panneau placé en face. Il est
vain de mentionner son auteur. Lorsqu'on examine avec attention
la peinture de Domergue-Lagarde, on s'attache à l'ordre rigoureux
de l'arrangement. Au centre, un grand nègre présente un régime de
bananes. Autour de lui, des femmes, aux chairs noirâtres ou bleuâtres,
se correspondant deux par deux, tantôt de face, tantôt de profil,

�— 90 —

montrent des attitudes, des vêtements qui se répondent parfaitement,
sans être cependant les mêmes. Les unes supportent des fardeaux
sur leurs têtes, en élevant les bras. Une autre transporte son nourrisson sur son dos. Au premier plan, un guerrier noir accroupi tient
une lance qui monte, droite dans le panneau. Derrière les humains,
toute la faune se découpe, avec la succession des éléphants, des chameaux, des antilopes, sur le fond constitué par la flore. L'armature de lignes verticales, de courbes existe dans la composition, mais
l'artiste s'est bien gardé de tomber dans l'erreur des cubistes en la
rendant apparente. Ce qui nous frappe dans cette peinture, c'est la
vigueur plastique des corps des indigènes, c'est la force des plantes
vivaces,
Des végétations aux feuilles tropicales,
c'est, en résumé, toute une évocation lyrique de l'abondance, de la
luxuriance coloniales. Le décorateur de la salle des fêtes pour l'Hôtel
de Ville de Valence d'Agen, — Edouard Domergue-Lagarde est né
dans ce pays du midi, — a réalisé là une œuvre, laquelle semble bien
l'aboutissement de ses recherches. Domergue-Lagarde s'avère bien
de notre époque. Je l'approuve pleinement d'être resté un fervent de
la couleur. Mais, s'il a recueilli la fraîcheur des tons dans l'héritage
des impressionnistes, il a retenu les préceptes de Paul Gauguin. Celuici prouve, — et bien mieux que les cubistes, — que le peintre sculpte
lui aussi des formes dans la couleur. Domergue-Lagarde a su modeler
dans une pâte pleine, couvrant bien la toile.
Pour servir de conclusion.
L'Exposition des Arts Décoratifs et Industriels Modernes a été
un incontestable succès. Sur quoi nous pouvons fonder l'espoir qu'elle
se renouvelera sans attendre trop longtemps. Et, si j'ai commencé cette
étude par un double regret, je la termine par un double espoir. Je
souhaite qu'à la prochaine manifestation de ce genre, nous puissions
voir un pavillon du Groupe Occitan. Les artistes déjà cités dans ces
pages nous garantissent que nous aurions des éléments du plus grand
intérêt. Et il convient d'y ajouter d'autres artistes qui n'ont pas participé à l'Exposition mais qui en étaient bien dignes. Je ne les énumère
pas. Nous les connaissons. Et d'ailleurs, nous les rencontrerons en
janvier chez Siot-Decauville avant de les revoir aux futurs Arts Décoratifs, dans notre Pavillon.
PAUL-SENTENAC.

�Les Lettres Occitanes
Notre enquête sur

Le Problème Oeeitan
(suite)

1"

Raisons d'agir

Notre ex-ministre de l'Instruction Publique, M. de Monzie, ayant
galvanisé les énergies somnolentes, un grand nombre de réponses à
la première partie de notre enquête nous sont venues de tous les coins
de notre belle Occitanie.
J'en remercie très chaleureusement les auteurs qui tous veulent bien
exprimer leur confiance dans l'action des Feuillets et dans le succès de
l'union qu'ils s'efforcent de réaliser entre toutes les opinions félibréennes, entre toutes les provinces du pays d'Oc.
Nos distingués correspondants voudront bien m'excuser de ne publier aujourd'hui qu'une partie de leurs réponses. Ils sont trop... Je
leur donne immédiatement la parole dans l'ordre où ils ont bien voulu
la demander.
E.-H. G.

�RÉPONSE DE M. EMILE ROUX-PARASSAC

Tous mes compliments pour votre article et sa conclusion en appel
à tous les amis.
Mes félicitations en particulier pour votre invite à Yaction. Des
théories, des systèmes, des opinions, des discours, il en croule en avalanches; on rencontre encore quelques convaincus de bonne volonté,
ruais rares les sages révolutionnaires (j'emploie ce mot à dessein),
qui pratiquent leur foi, qui n'hésitent pas à s'affirmer par des actes.
De cela nous dépérissons, de cela souffrent et se retardent toutes
les nobles causes, tous les éléments de résurrection du pays : régionalisme, félibrige entre autres.
Permettez-moi d'abord de rectifier une légère erreur.
Vous envisagez l'espéranto comme une langue et une langue universelle; il n'est rien de cela dans l'esprit de ses créateurs et de ses
artisans sérieux. L'espéranto n'est qu'un simple moyen de relation
internationale, comme les chiffres, les notes de la musique, le code
télégraphique, etc.; il ne saurait prétendre à autre chose. Les traducteurs de littérature en espéranto, feraient bien mieux de perdre
leur temps ailleurs, les malheureux, même aux mots croisés. Je
connais la question et fus au début avec Zamenhof, de Beaufront, et
tous les pionniers, vers 1897-1900.
Une langue, c'est autre chose : ce sont nos langues d'oc, toujours
vivantes, évoluant et se pliant à toutes les époques; le basque, le
breton, le français, pour ne citer que celles de notre domaine.
Il faut conserver, et précieusement et farouchement, ces langues
et aussi les dialectes et même leurs patois — au, risque de perdre
tout de notre caractère et de notre civilisation.
■—•*
Non, mille fois non, pas plus d'unification du langage que des
mœurs, des aspirations, des lois, des religions. Il y a la terre, l'air,
les horizons différents partout; il y a le milieu et dans cet individualisme de la contrée, il faut maintenir encore, au-risque de livrer
l'humanité aux pires esclavages, VindividualisirMrW" 11Mlttrridu.
Nous sommes en train de perdre cela, c'est-à-dire, la liberté tout
court. Les lois, les gouvernements, les systèmes d'associations du
bas en haut de l'échelle tendent au troupeau. Les naïfs crient émancipation en acceptant un à un tous les jougs déprimants, en reniant
les vertus de l'homme qui doit penser et agir librement, parler de
même, dans la forme qui lui plaît ou mieux celle de sa race, de sa
famille, de ses traditions et de son idéal.
Je ne suis pas même partisan (que l'excellent et brave ami Joseph
Loubet m'en pardonne), de l'unification orthographique, de ce qu'on

�— 98 —
appelle avec euphonie mais incorrectement la graphie. Tout jeune,
j'ai parlé le gavot de mes Alpes natales, et, en même temps, un
provençal assez proche de celui de Roumanille et de Mistral; or,
notre gavot possède des sons particuliers que la « graphie » condamnerait. De cela, nous discuterons plus tard, aux « Amis de la
Langue d'Oc », qui sont tous gens d'honnête compagnie, de ferveur,
de science et de bonne foi.
Loin de nuire à l'unité nationale, la diversité des parlers en est
au contraire la base logique et indispensable.
^ Est-il besoin de démontrer que l'unité de la France, unique en
l'univers et dans l'histoire des peuples, a pour raison fondamentale
la diversité superbe de ses provinces, de leurs sites, de leurs climats,
de leur manière d'être, de se développer ?
Si le régionalisme ne triomphe pas et au plus vite, la France (cela
commence déjà), ne sera plus qu'un morceau cosmopolite d'une
Europe transformée en caserne. Vous voudriez me faire renoncer à
parler comme ma mère et me livrer au charabia des sports, des
enseignes, des guides, des snobs, cette lèpre de notre divin français, fils d'Oc ? Ah ! cela non, et je prétends comprendre mieux
Racine, Voltaire, Massillon et France, parce que je connais le provençal et nos dialectes. Pour la même raison, je lis plus volontiers
et dans leur texte, les chefs-d'œuvre de l'Italie, de l'Espagne, de
l'Allemagne, de l'Angleterre et autres pays.
L'unité nationale française ne se maintiendra que dans le respect
du passé, seul garant de l'avenir. Chateaubriand a écrit : « Le temps
a deux pouvoirs : d'une main il renverse, de l'autre, il édifie ».
Les sots veulent détruire le visage de nos régions et aussi nos
personnalités, mais il se dessine une reprise de conscience partout :
la nation revendique et dans elle et pour elle ces véritables nationalités sans lesquelles elle n'est qu'une fiction. De là ce mouvement
général de peuples qui voient la servitude sous le couvert d'un faux
internationalisme et, croyez-le, après l'avilissement actuel, le règne
honteux de l'argent, nos espoirs réalisés demain.
Oui au point de vue social, moral et économique, la diversité
devient condition nécessaire, absolue et cause de fortune. Je l'ai
cent fois démontré pour notre admirable France, paradis du tourisme, de par les antithèses de son territoire, de ses aspects merveilleux dans la nature et dans les hommes. C'est pourquoi nous voulons que les pèlerins de cette terre d'exception, cheminent encore et
toujours en changeant de « pays » tout en vivant dans le plus sublime
et le plus unifié des pays, notre belle France.
A cette diversité correspond la somme des énergies et partant, la
valeur de chaque citoyen — de par son libre développement et sa
passion du sol ancestral.

�— 94 Les moutons n'ont jamais formé une société, pas davantage les
châtrés qui renient les legs d'autrefois et se perdent dans l'anonymat de la foule; les faibles qui se résignent à toutes les soumissions
et se refusent à revendiquer leur place au soleil, dans leur milieu,
dans la gloire de tout ce qui exprime la terre natale.
Nous mourons de la centralisation, nous nous affadissons de
1' « uniformité »; nous nous habillons, corps et âme, comme des
mannequins et bientôt nous ne serons plus que des automates, parlant comme de mauvais phonographes, gesticulant comme des pantins.
Le monde est en train, de par les fausses civilisations, de devenir
une sorte de jardin zoologique, dont l'homme sera le plus lamen
table animal.
Résistons donc à cet avilissement; portons avec fierté l'habit de
chez nous et en conservons le langage, pour mieux aimer le grand
chez nous qu'est la France, et l'autre, plus vaste, qu'est l'humanité : pour mieux aussi les servir.
EMILE
RÉPONSE DE

M. F.M.

ROUX-PARASSAC.

PEYROMAURE

La diversité des parlers est-elle un danger ?
Au contraire, elle est génératrice de ce puissant esprit de corps
qui, sur le terrain de l'émulation, a réalisé toujours des prodiges.
... La guerre aux dialectes constitue un crime contre la société, car
c'est vouloir dérober une joie dans le misérable écrin des félicités
humaines.
... La diversité des langages parlés en France est inestimable
pour l'artiste et pour le touriste auquel elle donne l'illusion d'un
grand voyage autour du monde.
ÉMILE PEYROMAURE,
(A suivre.)

La Garantie (Dordogne).

�Nouvelles Félibréennes
«

Lt'Eseholo

Gaseouno

»

à

jsaézin.

Une cordiale fëlibrée s'est déroulée le 15 août dernier, à Mézin (Lot-etGaronne), sous les auspices de « L'Escholo Gaseouno ».
La fête avait été annoncée aux populations environnantes du Néracais, du
Condomois et de l'Armagnac par une randonnée de jeunes Mézinois costumés
en troubadours et portés dans des autos fleuries.
Il y eut réception de M110 Machet, reine de « L'Escholo Gaseouno », par
M116 Primevielle, reine de Mézin; lecture par M. Lafitte, secrétaire du Comité
Mézinois, d'une ode charmante, par lui composée en gascon, pour accueillir
les hôtes de Mézin et spécialement M. Durey, capiscol de « L'Escholo »; défilé
de chars fleuris; messe chantée avec allocution occitane de M. l'abbé Médan;
banquet-et concert; enfin concours de foulards gascons et de voitures décorées.
Le principal intérêt de la fête a consisté dans l'exécution au concert de
trois pièces gasconnes inédites : La Gaspetto, aimable comédie en 1 acte, de
M. Laffifte; Les Vautours, drame en un acte et en vers de M. Courtes, et
Marieto, du capiscol Durrey.
Lt'

« Eseolo

deras

Pireneos »

à ^VTuret.

Autre félibrée à Muret (Haute-Garonne), le 16 septembre dernier, à l'occasion de la séance annuelle de « L'Escolo deras Pireneos ».
Y assistaient : MM. B. Sarrieu, F. Pasquier, abbé Dambielle, J. Signorel,
Cl. Marty, Armand Praviel, D. Rieu, Nlel, colonel Mondon, E.-H. Guitard,
représentant le Groupe Occitan, etc.. La reine de la fête était Mme Isabelle
Sandy, gracieusement vêtue du costume de la vallée de Bethmale. L'un des
discours les plus remarqués fut celui de M. Vincent Auriol, maire de Muret,
ancien président de la Commission des Finances de la Chambre, qui traduisit
ses sentiments félibréens en un occitan des plus purs et des plus savoureux.
On a rendu un émouvant hommage aux gloires Murétaines, Dalayrac, le
maréchal Niel, Clément Ader, Pierre Fons, sans oublier le roi chevalier et
poète, Pierre d'Aragon, mort à Muret il y a sept cents ans pour la cause
occitane.

�Bibliographie Oeeitane
Gabriel LAFON : Frédéric Mistral et le Félibrige, Bordeaux, Gounouilhou, 1925,
in-8°, 50 p., 2 francs.
La bibliothèque mistralienne ne cesse de s'enrichir. Elle se confond souvent
avec la bibliographie de la littérature occitane moderne. La plaquette récemment publiée par M. Gabriel Lafon, constitue un exposé clair et plaisant de la
doctrine de Mistral et de son influence. Elle a été préfacée par M. DujarricDescombes, président d'honneur du Bournat du Périgord.
G. A.
Dr Charles VIDAL : Choses du terroir Castrais, Paris (ixe), 6, passage Verdeau,
Editions Occitania, in-16, 208 p., 7 fr. 50.
La « Bibliothèque Occitane », élégante collection due à l'initiative de l'éditeur E.-H. Guitard, directeur des Editions Occitania, s'est enrichie d'une nouvelle unité, les Choses du Terroir Castrais, de M. Charles Vidal.
Ce joli volume se compose d'une série d'études historiques, d'articles de
combat, d'anecdotes sérieuses, de récits d'excursions inspiréés par ce beau
pays pittoresque, vivant, industrieux qu'est le Castrais. L'auteur, qui est
médecin et qui est aussi philosophe, examine certains problèmes régionaux
avec une précision toute scientifique et une profondeur de vues qui rend son
volume intéressant même pour ceux qui ne connaissent pas son « terroir ».
Une magnifique gerbe de proverbes occitans, cueillis aux pures sources, nous
est offerte avec leur traduction française.
Il serait à souhaiter que M. Charles Vidal trouvât des imitateurs et que
toutes nos petites patries fussent pourvues de livres d'or de ce genre, plus
aptes peut-être à les faire aimer que des monographies méthodiques et volumineuses.
F. J.
Joseph ROUQUET : Abrégé d'histoire de la littérature occitane, et E.-H. GUITARD :
Bibliographie méridionale, Paris (ixe), passage Verdeau, éditions Occitania,
1925, in-8°, 40 p., 1 franc.
Brochure des plus substantielles et qu'il faut répandre, même parmi les
Francimans, pour la plupart étonnés d'apprendre qu'il existe une littérature
occitane aussi ancienne que la française. Nous n'insisterons pas davantage
sur les mérites de ce double travail, nos collègues en ayant reçu gracieusement un exemplaire, grâce à une attention bienveillante de son éditeur.
P. F.

�Têtes Occitanes

Dessiné par Auguste

ROUQUKT.

Gravé par Achille

BOUQUET.

PIEI^E-Vlfllifl
du Languedoc, Pierre Viala, membre de l'Institut (Académie des Sciences), professeur à l'Institut
national agronomique, personnifie la science agronomique appliquée à la plante chère à tout le pays d'Oc, à la
vigne. C'est le maître incontesté de la viticulture mondiale, la haute autorité à laquelle on s'adresse, de tous
les coins du vignoble, quand une question technique nouvelle surgit;
c'est une de nos gloires méridionales.
Né à Laverune, près Montpellier, au milieu même des vignes languedociennes, Pierre Viala se passionna de très bonne heure pour les
études scientifiques naturelles. L'Ecole nationale d'agriculture de MontINFANT

�— 98 —

pellier le forma. Foëx fut son premier maître. La Faculté des Sciences
de la même ville paracheva son initiation. Licencié à 23 ans, successeur de Foëx à la chaire de viticulture de Montpellier à 26 ans, le
jeune savant assista à la lutte héroïque contre phylloxéra; il y prit
une part des plus actives. Convaincu des mérites particuliers du greffage sur vignes américaines résistantes, il étudia celles-ci, fit connaître
leurs caractères botaniques, anatomiques et physiologiques et guida
ainsi le choix des praticiens désemparés.
A l'Institut national agronomique, où il fut nommé professeur à
trente ans, il se trouva aux ctés des plus hautes persôonnalités du
monde agronomique, Schlœsing, Aimé Girard, Mùntz, Carnot, Duclaux, Prillieux, Sauson, Tresca, etc.. Depuis 35 ans, son enseignement magistral, à la fois scientifique et pratique ,sert à former les
générations de viticulteurs parmi lesquels les propriétaires occitans
sont toujours nombreux. A la station de recherches viticoles et à son
laboratoire, il reçoit et guide dans leurs travaux les chercheurs qu'intéressent les questions viticoles et œnologiques et plus spécialement
les maladies de la vigne.
Reconstitution du vignoble phylloxéré, étude des maladies de la
vigne, ampélographie, tels sont les trois principaux sujets qui ont conduit Pierre Viala à des créations de premier ordre, qui font honneur
à notre pays eu au Languedoc.
Professeur hautement apprécié, homme de laboratoire que les académiciens ont tenu à faire asseoir parmi eux, praticien viticulteur dans
son pays natal, Pierre Viala donne partout l'exemple de l'activité féconde, de la recherche désintéressé, de l'expérience éclairée, mise
bienveillamment au service de tous. Directeur-fondatur de la Revue
de Viticulture, il s'efforce, depuis trente-deux ans, de diffuser les idées
et les découvertes, convaincu des immenses services que la science
peut rendre à la pratique. Au aPrlement même, Pierre Viala a eu
l'occasion de défendre heureusement les intérêts viticoles menaacés.
Par ses recherches, par sa plume et par sa parole, dans les Associations agricoles, à l'Académie d'agriculture où il fut élu à trente ans
et dont il était, l'an dernier, le Président, dans la Presse, dans sa
chaire de notre Ecole supérieure de l'Agriculture, partout, notre compatriote a su continuer et développer l'œuvre des Planchon, Foëx, Millardet, ses maîtres auxquels la viticulture doit sa résurrection. On
retrouve son intervention bienfaisante dans toutes les crises techniques
OU économiques que les populations viticoles ont dû surmonter.

�—+99 —

Au groupe occitan, Pierre Viala n'a pas refusé le concours qui lui
était demandé. C'est lui qui a présidé les quatre conférences que le
groupe a organisées, consacrées au « Problème d'une crise viticole »,
donnant ainsi une nouvelle marque de son dévouement à la viticulture
et au pays d'Oc, qu'il a si bien servis.
R. MARSAIS.

BIBLIOGRAPHIE

Entre autres : Les maladies de la vigne (4 éditions 18S5, 1887, 1893 et 1895,
traduits en russe, en anglais, en espagnol). — Une mission viticole en Amérique
(1889). — Les Hybrides Bonschet (1886). — Ampélographie, 7 volumes in folio,
1900-1910. — Ampelographie américaine (1883 et 1885). — Les "Vignes américaines.
Adaptation (1892-1895), traduit en russe, portugais, anglais. — Les Vignes américaines, influence du greffage (1912). ■— Reime de Viticulture, années 1894 à 1925,
soixante-deux volumes semestriels parus
Nombreuses préfaces et introductions d'ouvrages de ses collaborateurs.
Nombreux discours à l'Académie d'Agriculture et à la Chambre des Députée
(1919-1924).
ICONOGRAPHIE

— Portrait à l'huile, par L. Galland, prix de Rome, Salon de 1922.
— Buste en plâtre, Salon de 1923, par Injalbert, membre de l'Institut.
— Nombreuses photographies publiées dans Lectures pour tous, Figaro économique, Je sais tout, Annuaire des députés (1919-24).

Nous donnerons dans nos prochains numéros les portraits de : Mme A. BlancPéridier; MM. E. Rey-Andreu; Jean Lebrau; Armand Proyviel; P. Alliés; J.-L.
Lagarde ; Benjamin Crémieux ; Prosper Estieu; Antonin Perbosc; G. Combelerou;
Pierre Jalabert; Marcel Clavié; Gaspard MaillotAuguste G-uenot; Henri Favier;
Paul Albarel; A. Bausil; etc. etc.

�— 100 —

Bois gravé original d'Auguste

ROUQOET.

ACtfILiL»E-$OUQUET
est né en 1851. Mais on peut
dire de lui ce qu'on a souvent répété de Frantz
Jourdain,
président du Salon d'Automne.
Achille Rouquet est jeune.
Sa longue barbe est toute blanche. Deux
rides marquent un pli amer sur sa face. Et
cependant, Achille Rouquet est jeune.
Les yeux de cet apôtte de Carcassonne conservent, derrière le lorgnon, leur ardeur et leur
candeur aussi. On songe à Tolstoï, « le grand
vieillard ingénu ». Auguste Rouquet a fait un
portrait de son pè.re qui est une de se peintures les plus réussies , En un autre temps, un tailleur d'images dans
CHILLE ROUQUET

�— 101 —

la pierre aurait pris comme modèle de saint destiné à ornementer un
portail d'église, la figure vénérable d'Achille Rouquet.
Ce n'est pas seulement son corps sec et alerte qui fait la jeunesse
d'Achille Rouquet. C'est encore son enthousiasme toujours neuf de
poète, avec quoi il a chanté l'éternel attrait des mois, écrit ses « rondels » et son « reliquaire ».
C'est encore et surtout son inlassable foi dans l'art. Il l'a affirmée
dans ses collaborations à la Plume, à l'Artiste, au Courrier Français,
à Septimanie, comme dans son dévouement à la cause des autres.
Armand Barbés, le félibre Mir, le peintre Gamelin ont eu leurs statues
ou leurs bustes —- et ce dernier par Falguière, — parce qu'Achille
Rouquet en a pris l'initiative. On lui doit aussi le buste dont on a justement honoré l'archéologue Cros-Mayrevieille, lequel a sauvé la cité
de Carcassonne de la pioche des démolisseurs.
Mais le prodige accompli par ce pur poète, d'un désintéressement
absolu, reste d'avoir fondé en province et maintenu pendant trente
années, la Revue Méridionale, à laquelle ont collaboré Verlaine.
Ch. Cros, Cladel, Pouvillon, et Mistral, Mir, Fourès, Estieu, Perbosc,
tant d'autres félibres et écrivains de talent.
Le directeur posait la plume pour prendre la gouge et exécuter
les bois gravés qui ornaient cette artistique revue. Le travail de xilographie accompli par Achille Rouquet, à une époque où la gravue sur
bois demeurait à tort délaissée, est aussi important que caractéristique.
Sa foi tenace d'artiste, Achille Rouquet l'a mise, enfin, dans ses
enfants, dans son fils Auguste, dans sa fille Jeanne. Ces deux derniers
peintres, on secondé leur père. De cette collaboration familiale, sont
sortis ces ouvrages de xilographie, La Ville du Passé, Les Jardins
de Paris, Terre Natale, les illustrations pour la Chanson des Mois,
la Sego et pour d'autres livres.
Achille Rouquet n'a jamais voulu quitter l'ombre de la vieille cité
médiévale. Cet ami des livres a fondé, voici quarante ans, la Société de
lecture de Carcassonne, où il a réuni, sans aucune subvention, vingtcinq mille volumes. Nous l'avons dit. C'est un apôtre, au physique
comme au moral.
a
PIERRE

LHORTE.

�— 102 BIBLIOGRAPHIE

La Revue de l'Aude, fondée en 18S6, devenue en 1889 La Revue Méridionale.
(A paru jusqu'en 1916). Elle contient l'œuvre entière, poétique et artistique,
d'Achille Rouquet.
Petits Poèmes, Bruxelles 1886. — La Chanson des Mois, Carcassonne 1885. —
Fchos et Chansons, Carcassonne 1884. —■ Le Reliquaire, Carcassonne 1886. —
Rondels, Carcassonne 1895. — Les Cheniers (étude) portraits, lettres et fragments
inédits, aux bureaux de l'artiste, Paris 1891.
En collaboration avec son fils, Auguste Rouquet : Jardins de Paris, Album
bois gravés, Paris 1922. — La Chanson des Mois, bois gravés, Carcassonne 1924.
En collaboration avec Auguste Rouquet et Jane Rouquet-d'Hondt : La Vilfe
du Passé, 1" édition Revue méridionale 1912; 2e édition, revue et augmentée,
Michel Jordy, éditeur, Cité de Carcassonne, 1925. — Bois gravés pour La Sego,
d'Auguste Fourès, Carcassonne Revue méridionale, 1916. — Bois gravés pour la
Grando Cotera de Guilhem, de Prosper Estieu, Carcassonne, Revue Méridionale.
A collaboré à : La Plume; Le Courrier Français ; l'Artiste ; Septimanie, etc..
Achille Rouquet fut l'un des premiers à mettre en valeur et à faire connaître
la ville médiévale à l'ombre de laquelle il naquit. Il donna à la Cité de Carcassonne les premières manifestations d'art qui commencèrent à attirer l'attention
du grand public sur elle. Il y organisa avec éclat en 1893 la « Santo Estello ». En
1898, c'est encore à la Cité qu'il organisa les fêtes retentissantes en l'honneur des
Cadets de Gascogne devant lesquels il fit défiler un somptueux cortège historique et
pour la première fois réalisa le spectacle de l'embrasement de la Cité. (Voir n°s spéciaux de la Revue méridionale en 1893 et 1898).
ICONOGRAPHIE

Portrait à 25 ans, par Rives. — Portrait, par Sourrou, 1891. — Portrait charge
par Narcisse Salières, 1889. — Portrait au fusain, par Achille Laugé, 1895. —
Portraits, 2 lithographies, d'Achille Laugé, 1895. — Portrait, par Hermann-Paul,
1906. — Portraits au fusain et peintures, par Jane Rouquet. — Portrait peint.
par Auguste Rouquet, Salon Occitan de 1921. — Portrait, bois graves, par
Auguste Rouquet, 1923, etc.. etc..

�L'Occitanie et le Monde latin
Lia Seetion de l'Amérique Liatine du Collège
des Seienees sociales.
Le Vendredi, 3 avril dernier, la section de l'Amérique Latine du
Collège libre des sciences sociales, donnait sa séance de clôture, en
présence des représentants des Républiques Sud-Américaines.
M. de Saint-Vincent-Brassac, professeur au Collège et chargé de
cette section avait eu l'heureuse idée d'inviter le président du « Groupe
Occitan » à venir exposer les buts et les moyens d'action de cette
association régionaliste.
Après avoir constaté que, par leurs origines, leur civilisation et
leurs langues, le Languedoc et le Roussillon sont particulièrement désigné pour servir de trait d'union entre les pays latins et la France,
le président du « Groupe Occitan » exprima le désir que les relations
nouées entre le Groupe Occitan et les républiques de l'Amérique Latine
soient durables et fécondes. C'est dans ce but que les « Feuillets
Occitans » ouvrent une rubrique spéciale consacrée aux pays latins.
Le Collège Libre des Sciences Sociales a créé, depuis l'année scolaire 1921-1922, un enseignement nouveau destiné à faire connaître
l'évolution politique et intellectuelle, ainsi que les richesses économiques
des divers peuples de l'Amérique Latine et leurs possibilités de déve-

�— 104 —

loppement. Par cette connaissance exacte des Latins de l'Amérique, il
se propose de préparer les voies à une propagande des idées et des
intérêts français et de combattre ainsi l'action puissante de la Section
de l'Amérique Latine de l'Athénée Germano-Américain de Berlin, créé
peu de temps après la guerre sur des bases analogues et dotée de
capitaux considérables.
Par là encore, il se propose, en mettant en relief la culture commune
des Latins de France et de ceux du Nouveau Monde et en montrant
la solidarité de leurs intérêts au point de vue économique, de préparer
les voies à une interpénétration mutuelle et de resserrer les liens d'une
atrrtié traditionnelle, qui unissent une famille de peuples.
La Section de l'Amérique latine a su très vite grouper, parmi ses
professeurs et ses conférenciers, l'élite intellectuelle de la France et
de l'Amérique du Sud.
Citons parmi tant d'autres : MM. Zerega Fombona, de l'Académie
espagnole d'histoire et de la Commission de coopération intellectuelle
de la Société des Nations, de La Barra, ancien président de la République du Mexique, président du tribunal d'arbitrage Franco-Autrichien, Alfonso Reyes, ministre plénipotentiaire du Mexique en France,
Levillier, ministre d'Argentine en Espagne, Gonzalo Zaldumbide,
ministre de l'Equateur, Carlos A. Villanneva, de l'Académie espagnole
d'histoire, Montarroyos, délégué du Brésil à la S. D. N., Carlos Lesca,
directeur de la revue « l'Amérique latine », Louis Capitan, professeur
au Collège de France, Contamine de Latour, Saublaet-Gaches, président du bureau international de chimie analytique, Detenad et de la
Lande, consuls de France, capitaine Martellière de Vendôme, le grand
ronsardisant, auteur de « Ronsard gentilhomme Vendômois », RouxParassac, l'écrivain** et conférencier régionaliste bien connu, RouxCostadeau, Vazeilles, de l'Estourbeillon, anciens députés, Certonciny,
des écrivains combattants.
La Section de l'Amérique latine a donné depuis quatre ans, un enseignement unique, tant sur les grands problèmes, qui intéressent
dans son ensemble le monde latin de l'Amérique que sur ceux qui
intéressent, au double point de vue politique et économique, chacun
des peuples latins du Nouveau Monde.
Elle a procédé à ce dernier point de vue à une étude particulièrement approfondie des républiques du Rio de La Plata : Argentine,
Urugay, Paraguay; du Brésil; du Chili; du Pérou et de la Colombie;
du Vénézuela ,1e pays nouveau producteur de pétrole de l'Amérique

�— 105 —
du Sud et de l'Equateur; du Mexique et des principaux pays de
l'Amérique Centrale comme le Guatemala, le Nicaragua, et Haïti. Elle
a étudié également le Canada, pays de culture française, donc latine.
Elle a, enfin, dans toute une série de conférences, montré les liens qui
unissaient,au point de vue économique, certaines de nos provinces
françaises à l'Amérique Latine et elle a associé à cet enseignement la
Belgique, pays si proche de la France par la langue, la race, l'âme
même, retrempée aux mêmes épreuves, revivifiée aux mêmes gloires.
Le Ministre de l'Instruction Publique a bien voulu, cette année,
donner son patronage moral à cet enseignement et les membres du
corps diplomatique sud-américain ont tenu, en plusieurs circonstances, à donner un appui effectif à l'œuvre entreprise par la Section.
Mais la Section de l'Amérique Latine ne s'est pas contentée durant
ces quatre années de développer son enseignement. Elle a tenu à se
mettre en rapport avec toute une série d'universités, de grandes associations, de groupements économiques sud-américains, afin de compléter par son action, en Amérique Latine même, l'œuvre qu'elle avait
entreprise à Paris. Elle a obtenu, dans ce même ordre d'idées, de
M. Sanchez Ponton, chargé par le gouvernement mexicain d'organiser la Faculté des Sciences sociales de Mexico, qu'il envisage la création dans cette faculté, d'une Section des Latins d'Europe, contrepartie de la Section de l'Amérique Latine du Collège des Sciences
sociales, et destinée, en partie, à faire mieux connaître au Mexique,
notre évolution politique, et nos richesses économiques. En même
temps, la Section a établi une liaison avec toute une série de grands
groupements français qui poursuivent, dans des domaines différents,
un même but de solidarité latine.
Actuellement, elle s'efforce pour compléter son œuvre, d'établir
des relations étroites au point de vue intellectuel et économique entre
les provinces françaises et l'Amérique Latine. Elle estime, en effet,
qu'il ne suffit pas de mettre en contact cette dernière et Paris, pour
réaliser une interpénétration efficace entre les Latins de France et
ceux du Nouveau Monde. Elle pense que toute action menée à Paris,
en faveur de la Latinité doit être appuyée par une action semblable
dans chacune de nos provinces.
Certaines d'entr'elles, d'ailleurs, comme la région Languedoc-Roussillon, qui possède tout à la fois des vignobles renommés et Mazamet, le centre d'achat des laines, le plus important de France, ont
déjà des relations suivies avec les pays Latins du Nouveau Monde.

�- 106 -

II importe de les développer, de les intensifier.
La Section de l'Amérique Latine du Collège des Sciences sociales est reconnaissante au groupe « Occitan », qui représente les intérêts moraux et matériels de la région Languedoc-Roussillon, de l'aide
précieuse qu'elle lui apporte, en s'efforçant d'intensifier les relations
entre l'Amérique Latine et cette région si riche en valeurs de toutes
sortes.
A. DE SAINT-VINCENT-BRASSAC,

Secrétaire général-adjoint du Collège des Sciences sociales.

�Le Mouvement Économique
Occitan
Les Kessoufees Économiques
Du Ltanguedoe et du t^oussillon
JL» Montagne

Noire

(Aude, Hérault et Tarn)

jNTRE le bassin de Castres et la plaine de l'Aude,

plongeant à l'ouest sous le seuil du Lauraguais, se découpant à l'est en crêtes qui dominent les Causses du Minervois, s'étend un plateau de roches anciennes : la Montagne Noire,
bloc cristallin entouré de plaines fertiles.
L'aspect de la Montagne Noire est bien différent suivant qu'on le contemple du haut de
la Cité de Carcassonne ou, au contraire, du
bord méridional du Sidobre.
De ce côté, on la voit se dresser brusquement, dominant parfois
de 800 mètres la plaine de Castres ou le vallon du Thoré. L'ensemble et l'aspect d'un bloc massif, à peine échancré sur le bord par

�— 108 —

d'étroits mais profonds ravins. La montagne apparaît imposante,
toute assombrie par ses forêts, souvent chargée de nuages.
Vue du Sud, l'impression est tout autre : Une grande plateforme pelée, toute rousse en été, traversée de bandes grisâtres qui,
quelquefois, se dressent en falaises, sillonnée de rigoles étroites
suivant la plus grande pente, s'élève lentement vers le Nord. »
Ces lignes sont extraites d'un « Essai de Monographie géographique », (1) par André David, ancien élève de l'Ecole Normale
Supérieure, « un des espoirs les plus surs de l'Ecole Géographique
française, qu'une balle allemande a frappé mortellement le
6 mars i915, alors que, lieutenant de chasseurs, il entraînait sa section à l'assaut du Reichsakerkopf.
Ce que cet étude présente d'intérêt et de vues originales, d'autres
l'ont dit, qui en ont loué la documentation précise et abondante,
résultat de consciencieuses recherches, d'observations personnelles
minutieuses et sagaces. A cette place des Feuillets Occitans, nous
voulons seulement retenir, des trois parties qui la composent —
« Géographie physique, Géographie économique, Population, » —
les enseignements et les suggestions de la partie économique.
La lecture des pages du jeune auteur fait bien apparaître la
ténacité des efforts — qu'au long des âges, nos ancêtres de la Montagne Noire ont déployée pour utiliser — au gré de leurs besoins, les
ressources que la nature mettait, si parcimonieusement parfois, à
leur portée.
Ces ressources, elles sont, à l'origine, fournies presque exclusivement par la Montagne même; la Montagne dont les flancs recèlent
quartz, schistes et métaux, dont la surface, où court ou bondit
l'eau vive, se couvre tour à tour, de la base à la cime, de cultures,
de prés verdoyants de forêts et de landes, la Montagne aux sites
pittoresques, à l'air vivifiant et salubre.
Voyons donc quel parti le Montagnard a su tirer de sa Montagne
et comment elle a pu contribuer à l'enrichir.
Du sous-sol, d'abord, que pouvait-il utiliser ?
Les marbres, les scbistes, les granits, les quartz abondent dans
la Montagne. Tout naturellement donc, après s'en être servi pour
les besoins locaux : maisons, empierrement des routes, le Montagnard en a trafiqué. Tous ces matériaux — provenant d'Albine,
des Martys, d'Hautaniboul, du Cabardès, de Labastide-Rouairoux,
de Dourgne, de Caunes, etc., — trouvèrent leur emploi non seulement dans les régions avoisinantes — Aveyron, Lozère, Corrèze,
pour les ardoises de Dourgnes, vallée du Thoré, bassin de Castres,
(1) La Montagne Noire, — édité par la Société d'Etudes scientifiques de
l'Aude, — 7, rue de la Mairie, à Carcassonne.

S"

�— 109 —

plaines de l'Aude, — mais jusqu'à la vallée du Rhône (piles et
culées du pont de chemin de fer à Tarascon) et même jusqu'à Versailles, où le marbre rouge de Gaunes orne le Petit-Trianon, et
jusqu'à Paris, dont l'Opéra s'énorgueillit de colonnes de même provenance.
Les marbreries et les ateliers de Caunes avaient acquis, dès le
dix-septième siècle, une telle renommée qu'on y envoyait d'Italie
des marbres blancs, de Belgique, des marbres noirs. Cependant cette
industrie, après une remarquable prospérité, décline vers la fin du
dix-neuvième siècle. Sans doute les difficultés de transport intervinrent-elles, grevant l'exploitation de frais excessifs; mais une
autre raison doit être donnée, dont la valeur nous sera confirmée
par notre revue des exploitations diverses entreprises dans la
région : c'est que, seules, ont pu se maintenir les exploitations qui
s'accordaient avec le tempérament essentiellement agricole et pastoral du Montagnard.
Les flancs entr'ouverts et creusés de la Montagne ont abandonné à
l'exploitant non seulement leurs pierres, mais encore des métaux
divers, en abondance. Dans tout le versant sud — région du Carbardès et de Lacabarède, et sans doute à travers tout le Massif — s'allongent et se croisent les filons métallifères : cuivre, fer, manganèse, mispickel aurifère, plomb, plomb argentifère, antimoine, étai'n
etc.. Ces filons ne sont pas toujours d'une richesse telle que leur
exploitation doive être très rémunératrice. Cependant, dès l'époque
gallo-romaine, l'industrie minière a donné des résultats appréciables. Il semble qu'à l'époque gallo-romaine, et même jusqu'au
quinzième siècle, ies extractions aient atteint une grande importance
— surtout pour les métaux précieux. L'activité de la Mine se ralentit ensuite. — Mais, vers 1840, une sorte de fièvre de prospection
sévit sur la Région. Les Mines de fer de Villanières et Salsigne, les
mines de manganèse de Villerambert, les mines de plomb argentifère de la Caunette, connurent une prospérité notable jusque vers
1874; survint alors, sans doute en raison des procédés routiniers
d'extraction ou de traitement, une période languissante, jusque
vers 1895, où les progrès de l'industrie chimique, permettant de
traiter avec profit les minerais complexes, firent se porter l'attention sur le manganèse et le mispickel, dont les gisement, abandonnés se trouvaient épars aux flancs du Cabardès. L'Angleterre, la
Belgique, l'Espagne attirèrent à elles les minerais exportés. Or, de
toute cette source de richesse, le Montagnard semble se soucier
fort peu. Ce sont des étrangers, inspecteurs des Mines, ingénieurs
allemands ou anglais, qui ont tout découvert, tout organisé; ce
sont en grande partie des ouvriers étrangers, italiens ou espagnols,

�— 110 —
qui gagnent leur vie au travail de la Mine et développent celle-ci.
Quant au Montagnard, — de tempérament agricole avant tout, il
n'utilise ce développement que pour vendre les produits de tes
champs ou effectuer des charrois.
Nous pouvons encore ranger dans les industries du sous-sol, celles de la tuilerie, de la briqueterie, de la poterie, de la verrerie,
industries conjuguées, la lande et la forêt fournissant, comme pour
les forges, le combustible nécessaire. C'est surtout dans les petites
villes du pourtour nord — St-Amand (Rieussec), Sorèze, Revel —
qu'ont pu se développer, et se développent encore, les industries
de la brique.
Quant à la verrerie, elle trouva pendant longtemps, dans la Montagne Noire, un gîte d'élection. L'aliment des fours était tout proche; la soude venait du littoral méditerranéen, la chaux, le marbre,
les matières siliceuses, les arènes chargées de sels métalliques étaient
tout à portée. Les débouchés étaient le Languedoc, puis les plaines
de l'Aude et de l'Hérault. Cette industrie, née d'abord dans la
plaine, Revel, Verdalle, remonta dans la Montagne, où le combustible abondait, favorisée d'ailleurs par les Chartreux d'Escoussens
qui installèrent un peu partout, à Sauveterre, Laprade, Arfons,
Fonbruno, Lacabarède, Moussans, au cours du dix-septième siècle,
des verriers appelés de Lorraine, du Cambrésis, d'Armagnac et de
l'A'riège.
Toutefois, l'industrie limitée à. une production de qualité inférieure, malgré quelques innovations courageuses, ne put s'épanouir.
Le Montagnard ne sut ou ne voulut s'adapter à une fabrication importée par des étrangers. Amendes et procès pleuvaient sur les verriers que l'on rendait responsables du déboisement — aussi ont-ils
aujourd'hui disparu — et cette industrie a-t-elle quitté la MontagneNoire, où cependant, elle devrait trouver des éléments incontestables de succès.
V. SELVES.

(A suivre.)

c.i.D.or
8ÉZIEfiS|

�Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel du Groupe Occitan
ORGANE RÉGI01ALÏSTE DES PAÎS D'OC
îweaii de 11 Rédaction : 41, Boulevard des Capucines, PARIS
Jour de réception : le mercredi de 6 à 7 h.

Sajrëtaiat géatrif : ISS, tu it Flandre. — Eésôt cl ïeriie, librairie « Itxitaiia », S, Pasujt tarât», Paria.
Principaux collaborateurs :
Professeur ANGLADE; Jean AZAÎS; Jules AZEMA; Paul ALBABEL; Léon
AURTOL; A. BAUSIL ; Adrienne BLANC-PERIDIER ; CHARLES-BBUN ;
G. CALVET; Jean CAMP; Paul CASTELA; Auguste CHABAUD; Marcel CLAVIÉ;
Gaston COMBELEBAN; Jean COMBIS; Emile COMET; Benjamin CRÉMIEUX;
Fernand CRÉMIEUX; F. CROS-MAYREVIEILLE; DENYS-AMIEL; DOMERGUELAGAKDE; DOUARCHE ; Henri DUCLOS; P. DUPLESSIS DK POOZILHAC; Jean
DUPUY; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE; Henri FESCOURT ; Ernest
GAUBERT: A. GUENOT; Jo GINESTOU; Ismaël GIRARD; Aimé GRANEL;
P.-L. GRENIER; GUITARD (E.-H.); Jeahn D'ARVIEU ; Vincent HYSPA;
Pierre JALABERT; Léon JUL1A; Jean LEBRATJ; J. LOUBET; Jean MAGROU;
Jean MARSEILLAC; Prosper MONTAGNÉ ; H. MUCHART; Henry NOELL;
NOBINI-COMBY; A. PASSERIEUX ; Antonin PERBOSC; MU« POURCHEROL;
Charles PHALIPPON; Armand PRAVIEL; Jean PUEL; Paul RAMOND; E. REYANDREUX; Émile RIPERT ; Achille BOUQUET; Auguste ROUQUET; José
ROUQUET; .T. ROZÈS DK BROUSSE; E. ROUX-PARASSAC; Pierre SAINTGIRONS; DE SAINT-VINCENT-BBASSAC ; Frédéric SAISSET ; Abbé Joseph
SALVAT; PAUL-SENTENAC ; DR SOULA; L. THÈNE ; TOUNY-LERYS;
F. TRESSERRE; Jules VERAN; Georges VILLE; H.-C. VILLENEUVE..., etc., etc.

COMITÉ :
MM.

Président : UROS-MAYREVIKILLE,
J,, fj, $, &gt;î&lt;.
Vice-Présidents : Paul SENTENAC, ||; E. GUITARD; L. JULIA.
Secrétaire-général : Auguste ROUQUET.
Trésorier : Maurice FAVATIER, ifc, ^,
Chef des Études économiques et agricoles : Docteur GRANEL,
Ql.
Membres : Léon AURIOL,
tjt L; Emile COMET,
Fernand CRÉMIEUX, $ ;
Jean DI PUT;
£; Jo GINESTOTJ,
$; Auguste GCENOT; Henry NOELL,
%;
DB SAIXT-VINCENT-BRASSAC, $, Q, 1, ►£; Frédéric SAISSET; Georges VILLE; Marcel
BlCARÏ. %.

�4' et S* Feuillet.

L'HOMME

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Xovenibre-Dccembre 1925.

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-présent numéro
exemplaires de luxe numérotés
hors commerce, sur papier de
Mtntval, de G. Maillot.
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20

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              <text>Les Feuillets occitans. - 1925, n°04-05 (Novembre-Décembre) </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 3</text>
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