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                  <text>2E ANNÉE

l 6* et

7E

Feuillet.

JANVIER-FÉVRÎER

1926

Le"N° : 3 fr.
■ 1

LES FEUÎLLETS
OCCÎTANS
LANGUEDOC ROUSSÎLLON
PAYS D'OC

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
41, Boulevard des Capucines, 41

PARIS

�SOMMAIRE

Les Lettres Françaises :
Un Théâtre régionalistes
L'Ame Catalane d'autrefois et d'aujourd'hui

Denys
Henry

O Terre aimée, poème

TOUNY-LERYS

AMI EL
NOELL

Frédéric SAISSET
Pierre LHORTE
Elisabeth L. POURCHEROI.

Les Livres
Les Armes de Nîmes

Les Beaux Arts :
Le Salon du Groupe Occitan

PAUL-SENTENAC

Les Lettres Occitanes :
Le Proolème Occitan, enquête
Réponse

E.

GUITARD

DR

Charles

VIDAL

P.-L. GRENIER

Les Livres

Marcel

C£AVIÉ

Têtes Occitanes :
Adrienne Blanc-Péridier
Etienne Rey-Andreu

Frédéric

SAISSET

PAOX-SENTENAC

L'Occitanie et le Monde latin
L'Amérique latine et nous

Jean

CAMP

Le Mouvement économique Occitan :
La Carte des Vins du Languedoc
Illustrations de

DE

CARSAC

CALMON; CHABAUD; COSTA; DESNOYERS; DOMERGUE-LIAGARDB; DU

POUR, FAVIER; GASPARD-MAILLOL; GUENOT; LAPRADE; MAGROO; PARAYRE; PERRUTEI.

Mlle

POUVILLON;

RAMEY;

V

RAMOND;

Achille

ROTJQUET;

Auguste

ROUQUET.

�Groupement PjRSSE^IEUX
Société Anonyme au Capital de 4 00.000 francs entièrement libéré

créée pour développer et faciliter la vente des Vins du Languedoc

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UNE BOUTEILLE
DE VINS DU

LANGUEDOC
§aite déposée dans tous les Restaurants

ÈUIiEflU DE VEJÏTE

27, Quai de Lorraine, NARBONNE

�ftotFG

Première Soirée ï^égiopaliste

Nous lisons dans le spirituel et vivant Coq Catalan, que nous remercions de
s'intéresser à notre œuvre, les lignes suivantes concernant notre soirée régionaliste du 21 novembre dernier.
« La soirée régionaliste1 consacrée au Languedoc et au Roussillon et organisée par Le Groupe Occitan dont l'activité s'accroît de jour en jour, a obtenu
le plus brillant succès. Les poèmes à la gloire du Languedoc de Mesdames BlancPéridier et Hélène Picard, de MM. Henry Bataille, François Baron, Pierre Jalabert,
Marc Lafargue, Jean Lebreau, Maurice Magre, Henry Noëll, Paul Sentenac,
Touny-Lérys et Paul Valéry ont été accueillis par un public frémissant d'enthousiasme, comme les poèmes à la gloire du Roussillon de Mademoiselle Suzanne
Tessier, de MM. Jean Amade, Albert Bausil, Charles Bauby, Pierre Camo, Louis
Codet, Jo Ginëstou, Henry Muchart, Antoine-Orliac, Frédéric Saisset, François
Tresserre. Tous ces poèmes qui montaient comme des flammes ardentes vers le
ciel de la petite patrie et traduisaient en beaux rythmes l'enchantement du terroir
ont été magnifiquement interprêtés par Mme Yvonne Laçant, Mlles Jeanne
Dalbiez, Marcelle Orliac, Madeleine Rolland, Suzanne Teissier ou par les auteurs
eux-mêmes.
Puis, un poème en languedocien de Léon Auriol et en catalan d'Oun Tal
(Albert Saisset) jetèrent dans la salle des gerbes de gaîté. Le public écouta
ensuite religieusement La Cwfnpano, poème d'Albarel sur lequel le distingué

L'Office Occitan
PARIS, 41, Boulevard des Capueines, PARIS
Fréquenté assidûment par des exportateurs
et des acheteurs parisiens a déjà traité en
1925, pour le compte de nos compatriotes de
nombreuses affaires.

Exposez vos produits dans ses vitrines
Faites-vous inscrire sur son répertoire commercial

�jc.i.o.o.
iSÊZIERS

Les Lettres Françaises
L'IDÉE ET L'ACTION

UN

THÉÂTRE RÉGIONALtlSTE
N s'émeut beaucoup, en ce moment, et à juste

titre, de la crise que traverse le théâtre. Il
ne m'appartient pas de parler des raisons

économiques de cette crise; je crois les connaître, mais tous les initiés les connaissent
aussi. Il y a d'autres raisons, et celles-là tiennent à la littérature dramatique elle-même.
Beaucoup de choses, en France, meurent
de la centralisation. L'Allemagne a Berlin,
Munich, Dresde, Weimar, Kœnigsberg, etc..
une huitaine de capitales; l'Italie a Rome,
Milan, Turin; l'Amérique, New-York, Chicago, Boston, Philadelphie et dix autres
villes où peuvent exploser des expressions
régionalistes de l'âme composite. La France a Paris, grand cul-desac, dans le goulot duquel viennent s'embouteiller des milliers
Les Feuulets Occitan». — 2e Année. — Janvier-Février 1926.

�d'énergies qui se gênent et qui s'épanouiraient tout à leur aise ailleurs. Ajoutez à cela que Paris, qui est de moins en moins la capitale de la France, n'en est guère plus l'expression; il tend à devenir un Cosmopolis endiablé où peu à peu, le caractère national se
perd, modifié par les alluvions slaves, anglo-saxons, orientaux et
sud-américains.
Toute la littérature dramatique se ressent des préoccupations
qu'ont les auteurs d'alimenter cet hétéroclite public qui veut du
Parisien et se fiche un peu du Français.
Combien de nous, pensant aux grandes scènes ont parfois renoncé
à des sujets tout à fait de chez nous, pittoresquement nôtres, mais
qui couraient le grand danger de laisser froids d'abord les étrangers, et aussi hélas, ce que nous appelons les « Parisiens » décaractérisés par le contact déformateur de la grande cité. Croyez-vous
donc que bien souvent un public de générale soit complètement
français ? Qu'on me comprenne à demi-mots... On table trop d'ailleurs sur ce public de générale. Combien d'auteurs travaillent trop
avec, devant leurs yeux, cet obstacle à franchir, ce barrage, dirai-je,
comme des chevaux qui s'imagineraient la course terminée parce
qu'ils auraient franchi dans un style brillant la rivière du 8. 11 y
a toute la course encore avec pas mal d'espace... il y a peut-être la
postérité... qui sait ? Ayons l'orgueil du mot; il faut viser trop loin
pour atteindre assez loin. Il faut mettre la hausse à l'infini.
Nous sommes là, butés sur le mur de Paris, et du Paris du jour.
Cependant, au dehors des fortifications il y a la France régionale
et l'humanité tout entière aux émois desquelles trop souvent on
veut demeurer sourd. Je connais telles réactions d'un milieu provincial qui feraient hausser les épaules à des « Parisiens » et l'on
ne les admet que dans un théâtre d'avant-garde ou bien venant de
l'étranger.
Pourtant ! pourtant ' tout ce qu'il y a chez nous dans la sève
de France ! Sève petite bourgeoise ou sève paysanne ! Que c'est
beau... et la sève occitane est une des plus riches !
Les simples recèlent la signification exacte et la plus pure de la
vie; cela nous donne des réactions directes (du fabricant au consommateur, pourrait-on dire); ces réactions, lorsque le raffiné parvient
à les imaginer, c'est sous l'effort d'un long dépouillement ou dédoublement de son génie. Je connais des mots de paysans, des raccourcis de gestes et des ellipses psychologiques de bourgeois, sublimes.
Il nous faudrait une littérature régionale, paysanne, un théâtre provincial, pour donner la vie à tant d'œuvres en virtualité. Paris
compte suffisamment de provinciaux qui viendraient une fois par
rnlois se retremper dans l'atmosphère de chez eux et qui, eux, ris-

�queraient de comprendre. Quand je vois un jeune homme arriver a
Paris, venu de notre province pour s'ajouter au flot des ouvriers
de l'Art, j'ai toujours envie de lui dire : « Ne va pas te défaire
surtout de ton âme de Carcassonne, conserve également ton adorable accent; c'est Paris qui a besoin de toi; toi, tu n'as pas besoin
de lui. Conserve ta verdeur, ton âme riche, ton vocabulaire caleux
qui accroche et qui râpe, conserve la naïveté car chez nous, ça
s'appelle la foi. Trop de belles natures, avant toi, se sont abandonnées au fleuve qui roule, roule, roule... et finalement sont devenues
polies comme ces galets plats avec lesquels on fait des ricochets
superbes, au bout desquels il y a... le plongeon tout de même ».
Denys

AMIEL.

�L'Ame et la Société Catalanes
D'AUTREFOIS A AUJOURD'HUI.

KJH5HR5EH1

0MME
toute province éloignée de la capitale et
H^^p0«40B|isolée par des barrières naturelles, comme la Brej|y^gr?*r^9llauni' ou l'Alsace, le Roussillon a gardé, à travers
mm
mZztZSmmmW1-'^ socles, une personnalité très accusée et presque
p%jjjigggd|inimuable. Solidement encadré par les Pyrénées, la
là.
KHl^S|Méditerranée el les Corbières, rattaché tantôt à
MIL EsS^^jjlrEspagne, tantôt à la France, il a longtemps vécu
■^^^BgStp^Bjreplié sur lui-même. Il le pouvait aisément, puis■^i^JI^^^SIque, avec ses monts, ses plaines et ses côtes, il
ljQfC^^33lformait un tout harmonieux, complet, se suffisant
Ip==§Sa0HI L lui-même.
llM&gt;SSSfiflM Aussi retrouve-t-on sans peine, chez le Roussil■■■^■^■i^»™ tonnais, à quelque époque que ce soit, non seulement les mêmes caractères distinctifs, mais les mêmes façons de
vivre.
Un des traits essentiels du Catalan, le plus accusé, semble-t-il,
est l'amour de l'indépendance. Il apparaît dès les origines. C'est
parce qu'ils voulaient éviter la domination romaine, bien plus
que par intérêt ou par crainte, que les ancêtres des Perpignanais
facilitèrent la traversée de leur territoire aux éléphants et à la
cavalerie d'Annibal.
A l'époque féodale, les comtes de Roussillon se reconnaissent
si peu vassaux, qu'ils se proclament héréditaires, sans conditions.
Et sous Louis XIV, en plein triomphe de la centralisation, le Rous-

�— 5 —
sillon est administré par trois viguiers qui échappent à l'autorité
de l'intendant et sont nommés directement par le roi.
L'orgueil serait le péché capital du Catalan s'il n'était, dans la
grande majorité des cas, une forme respectable de fierté. Sans doute
se mélange-t-il quelquefois d'un peu de vanité; sans doute, dans
toutes les classes de la société, a-t-on plus de chances d'obtenir ce
que l'on désire par la flatterie que par la menace... Mais par contre
que de noblesse dans certains gestes ! Trouvera-t-on plus fières
paroles que celles du serment prêté, au xni" siècle, devant le roi
d'Aragon par les Seigneurs catalans : « Nous qui sommes chacun
autant que toi, et qui, réunis, sommes plus que toi, nous te faisons
notre roi, pour que tu gardes nos droits et nos libertés, et sinon,
non. «
Cette fierté n'est d'ailleurs pas le monopole de l'aristocratie. Sous
l'ancien régime, l'homme du peuple supportait malaisément, à Perpignan, le spectacle des laquais attelés aux chaises à porteur de la
noblesse. Les passants les poursuivaient, dit-on, aux cris de Bourrait ! (âne) et la police dut maintes fois intervenir.
La ténacité est, elle aussi, un des éléments les moins négligeables
de la psychologie roussillonnaise. Si elle se complique, lorsque le
diable s'en mêle, de quelque penchant à l'entêtement, elle a su, au
cours d'années tragiques, se manifester de triomphante façon en
la personne d'un Joffre.
De même que l'aspect physique du Roussillon offre un ensemble curieux de sauvagerie et de grâce, l'âme catalane est un étonnant mélange d'âpreté et de douceur, de rudesse et de bonté. Entier,
parfois même brutal, aimant la violence des mots et des gestes
comme il aime celle des couleurs, le Catalan est par ailleurs susceptible d'un dévouement et d'un désintéressement presque illimités. Surtout il a, profondément enraciné en lui, le sentiment de
la justice et de la pitié. Une légende locale du XTIc siècle est, à ce
point de vue, assez significative. Un seigneur jaloux et cruel, le
Comte Raymond de Castel-Roussillon, ayant surpris sa femme, la
belle Saurimonde, en relations coupables avec un jeune troubadour,
Guillem de Cabestang, s'empara de ce dernier; puis, lui ayant
arraché le cœur, il le fit manger, sans qu'elle s'en doutât, à son
infidèle épouse. Folle de chagrin et d'horreur lorsque le bourreau
lui eût révélé l'atroce vengeance, Saurimonde se jeta du haut
d'une tour et se tua. Aussitôt, spontanément, barons et chevaliers
indignés se liguèrent contre Raymond dont pourtant la puissance
égalait l'infâmie. Ils l'attaquèrent furieusement, le massacrèrent,
lui et ses gens, rasèrent son castel et firent aux deux infortunés
amants de solennelles funérailles.

�La coexistence en Roussillon, d'un idéalisme vivace et d'une sensualité toute païenne a souvent étonné les étrangers. Le Catalan est
traditionnaliste, très attaché aux choses du passé, mais il est aussi
très réaliste et la piété même n'exclut jamais chez lui le souci des
plaisirs terrestres. De là cette mise en scène un peu théâtrale mais
si pittoresque des processions, ce luxe presque voluptueux des
églises, dont les chapelles, dans un demi-jour tamisé d'alcôve, recèlent des . vierges vêtues de velours et de brocards, parées de dentelles et de bijoux, et dont les yeux magnifiques semblent avoir
trouvé dans les larmes un suprême secret de séduction.
Dans les fêtes de villages, les danses, dont filles et garçons raffolent, succèdent sans délai à la grand'messe ou aux vêpres, et, par
la porte entr'ouverte du sanctuaire, les premières mesures de la
cobla (1) se mêlent joyeusement aux derniers accords de la musique sacrée.
L'autorité de l'homme et la situation diminuée de la femme sont
encore une des particularités qui, de siècle en siècle, ont caractérisé la vie sociale en Roussillon. Si, depuis bien longtemps déjà,
on ne voit plus, dans certaines parties de la Catalogne, la femme
attelée à la charrue à côté du mulet, ou ployant sous le poids des
plus lourds fardeaux, du moins, peut-on assister couramment, dans
les campagnes, à des repas où les hommes seuls s'assoient à table,
et sont servis par les femmes. L'occupation arabe, bien que déjà
lointaine, n'est certainement pas étrangère à cet état de choses.
Dans un autre ordre d'idées, il n'est pas surprenant que la plus
méridionale des provinces françaises tienne l'agriculture particulièrement en honneur. Déjà après la conquête de César, les « villas »
gallo-romaines, nombreuses dans le pays, sont avant tout des centres de culture. Plus tard les remarquables travaux d'irrigation
entrepris par les sarrazins, ces merveilleux canaux qui transforment en jardin des terres dévorées par le soleil, témoignent que des
civilisations différentes se sont penchées sur le même sol avec un
amour égal. Aujourd'hui encore, un privilège persistant assure à
l'héritier des terres, à Vhœréu {Yhères latin), un quart de la succession totale en plus de sa part.
Enfin un dernier trait de mœurs. Le Roussillonnais est par nature
généreux, souvent prodigue. La raison en est peut-être que la
richesse ne lui a jamais manqué. Cette richesse a eu tout d'abord
sa source dans l'industrie. Au xnr et au xrve siècle, alors que Perpignan était capitale de royaume (2), sa prospérité était telle, ses
(1) orchestre composé d'instruments catalans.
(2) Capitale du royaume de Majorque, créé en 1276 par le roi d'Aragon, Jacques le Conquérant, pour son plus jeune fils, avec le Roussillon, la Cerdagne, les
Baléares et la seigneurie de Montpellier.

�exportations avaient pris un tel essor, que la Méditerranée était
fréquemment appelée le « lac catalan ». L'historien Pierre Vidal a
donné dans plusieurs de ses ouvrages, une peinture extrêmement
vivante de cette glorieuse époque du passé perpignanais, où la Cour,
la noblesse et la bourgeoisie semblaient rivaliser de luxe, où les
boutiques de drapiers et d'orfèvres se multipliaient dans les rues
étroites et animées de la ville. Actuellement c'est l'agriculture, surtout la viticulture, qui fait la fortune des Roussillonnais. Quand le
vin se vend bien, chaque ville de la plaine est un centre de richesse
et de plaisir. Même dans le peuple, soie et bijoux abondent et le
pauvre est inconnu. Malheureusement, le Catalan est, comme la
cigale, peu économe; peut-être ferait-il bien de méditer de temps en
temps, en prévision d'années mauvaises, la fable du bon La Fontaine...
De tout ce qui précède, il est permis de conclure que le Roussillon n'a guère changé de visage jusqu'à ces dernières années. Mais
le vingtième siècle, ce grand destructeur de pittoresque, a creusé
des tunnels, lancé des rapides, organisé des services d'autocars, et
il a brisé la coquille du vieux Roussillon. Déjà beaucoup de coutumes locales, les unes après les autres, ont disparu; les costumes
se sont uniformisées et la jolie coiffe catalane a été remplacée par
les chapeaux fabriqués en série dans les grands magasins. Au moral
la noble fierté un peu farouche de jadis fait place trop souvent au
culte de l'Etat-Providence, distributeur d'emplois et de subventions. Le féminisme lui-même, le féminisme outrancier d'aprèsguerre, fait un peu partout son apparition. Seuls, artistes et poètes,
par le relief, la netteté, la couleur, l'intensité d'expression de leurs
œuvres, conservent encore, dans son intégrité, l'originalité de leur
race. C'est là un privilège dont ils ont le droit de montrer quelque
fierté.
Henry

NOELL.

***

�O Terre aimée.

0 terre aimée, mon cœur venant à toi est vide :
Je ne sais rien, je ne suis rien, je te crois tout,
Et je t'admire simplement, seul et debout,
Appuyé au tronc noir de ce chêne solide,
Et sentant pénétrer en mes yeux grands ouverts
La féconde beauté de ton chaud regard clair...
,Je t'aime; je ne sais si ma voix sera digne
De dire le bonheur dont s'emplissent mes yeux;
S'il ne vaudrait pas mieux que je cueille à ta vigne
Une grappe et, tenant élevé vers tes cieux
Le pur raisin doré où flotte la lumière,
Je pose sur ton fruit ma lèvre recueillie,
Egrenant lentement cette grappe bénie
En ce matin d'été, ainsi qu'une prière !...
... Le calme... la douceur de cette matinée,
O cher pays !... MOn âme est sur toi inclinée
Et mon regard s'emplit de ta beauté tranquille.
Je t'aime, et je ne sais ce que j'aime le mieux
Du Tarn fauve roulant son eau semblable au feu
Ou de la vaste plaine, étendue immobile
Et comme someillant, verte sous le ciel bleu...
Mais qu'importe, ô Pays !... Sans doute ce que j'aime
— Lumière d'air, parfum de fleurs, saveur de fruit
C'est ce morceau de Moi qui demeure Toi-rnême

�— 9 —
Et que mon cœur, mes yeux et ma bouche t'ont pris !...
Or tes vignes, Touny;... ton eau changeante, Fleuve,
Rouge aujourd'hui, hier verte, et demain encor neuve
Couleur, aux doux, aux immatériels reflets;...
Et ta féconde et indolente pureté
Beau ciel languedocien, langoureux sans paresse,
Je les aime et me perds en elles,... enivré
Du désir d'être confondu dans leur Beauté,...
Ou d'être, en l'immortel rayon de ta caresse,
Soleil, ce point doré qui, sur la branche, laisse
La fleur épanouie au bouton hier fermé !...
TOUNY-LERYS.

�Les Livres.
VILiltON, comédie en 5 actes et 6 tableaux, par Jean Azaïs
et Charles Phalippou.

La figure de Villon, la vie aventureuse de ce poète ,1e cadre pittoresque du
moyen-âge au milieu de quoi elle s'est écoulée devaient tenter deux poètes comme
Charles Phalippou et Jean Azaïs, alliant le sentiment à la fantaisie. Sur l'armature de l'histoire, ils ont composé avec leur imagination fertile, comme on établit
un vêtement bariolé sur un mannequin, une comédie vivante, variée, emplie de
mouvement. On y voit de la première à la dernière scène ce pauvre Villon, cervelle
exaltée, se débattre entre l'idéal qu'il nourrit en son cœur et les turpitudes, les
crimes dans lesquels il est tombé, sans salir cependant tout à fait un coin de ciel
pur demeuré en son âme. On suit ce lyrique dévoyé depuis le cabaret où il tombe
dans les bras de la grosse Margot, des remparts de Paris où il donne aux truands
et aux. eseholiers La franche repue jusqu'à la prison et jusqu'au couvent, où,
après avoir mêlé ses blasphèmes aux prières des joueurs de mystères, il meurt
en accordant son pardon à Margot. Les tableaux qui se succèdent se montrent
très évocateurs des temps médiévaux; l'action y est entraînante; les vers sont
alertes, imagés.
En attendant d'être représentée sur quelque scène ou sur un théâtre de plein
air, la pièce de Jean Azaïs et Charles Phalippou a été éditée, non sans goût dans
la présentation, par la revue Le lion Plaisir. Cette revue a déjà une collection
importante d'éditions. Raymond Groc y a publié récemment un drame âpre, brutal, cas dé conscience qui vous secoue. Et dans ses sommaires, Le Bon Plaisir
réunit, chaque mois, de bons écrivains, indépendants. Le Bon Plaisir, qui paraît
à Toulouse depuis plusieurs années, nous offre un exemple durable d'une décentralisation avisée. On ne pouvait en attendre moins du fervent régionaliste Phalippou
lequel dirige les caprices de ce faune jouant au soleil et qui symbolise Le Bon
J'iaisir.
j
Pierr» LHORTE.
La rlictileyre.

Contes et poèmes landais de Mme Adrienne BLANC-PÉRIDIER (Collection des
Clochers de France, à Paris, chez Peyronnet et Cie, 7, rue de Valois).
Ce conte du pays des Landes, La IlitUleyre (la Fée) que publie Mme A. BlancPéridier, dans la charmante collection des Clochers de France, est tout embaumé
de cette odeur de résine des pignadars et de cette poésie d'une nature sauvage

�- 11 et mystérieuse qui nous séduit et nous attire. « Four qui sait écouter et voir,
écrit l'auteur, ce que le rêve ajoute en marge de la vie, il y a dans le monde
deux chants entrecroisés qui tantôt se heurtent et tantôt s'associent : l'un réaliste,
parfois brutal et parfois d'une plate monotonie, l'autre imprécis, nuancé, illimité,
plein de grâce et d'imprévu.
Prose et poésie, voix jde la raison et de l'imagination, j'ai tenté de suivre ces
deux chants dans un des menus villages que cerne la forêt landaise. Peut-être
n'est-il pas sur terre un pays où la vie matérielle la plus privée d'essor soit plus
constamment encadrée de poésie et de mystère. »
Voici le thème de ce conte d'une étrangeté enveloppante et d'une douceur
lumineuse qui lui vient de son style net et vivant : Andréa, la fille du sandalier
Bernard Lahourque, est fiancée à Jeanty Davezat du Lanadou. Les « nobis »
sont en parfait accord jusqu'au moment où une dame étrangère qui vient visiter
le pays a la fantaisie de se faire conduire en barque par Jeanty Davezat. Vêtue
de blanc comme les Hittileyres, — ces sorcières-fées qui, la nuit, dansent au clair
de lune sur la pointe des bruyères, — la dame inconnue exerce un charme, une
sorte de fascination sur l'esprit de Jeanty qui semble oublier pour elle la jolie
sandalière, Mais le vieux berger, Lou Gras, veille et réussit à le dissuader de
cette passion néfaste. Le « nobi » reviendra vers Andréa et les noces seront
célébrées après que les Casse-can (garçons d'honneur) auront parcouru la Lande
et, de maison en maison, prononcé les paroles traditionnelles : « Je viens de la
part de Robert Davezat. du Lanadou, et de Bernard Lahourque, le sabotier, vous
annoncer le mariage, etc.. »
Mais nous voudrions savoir ce qu'était cette étrangère vêtue de blanc qui.
avait charmé Jeanty, et c'est le vieux berger qui nous renseigne. Lou Gras ne peut
plus chasser de sa mémoire le souvenir de son retour matinal, au lendemain des
noces. Il entend toujours les sanglots de la mer qui a rejeté le corps d'une belle
morte et qui la pleure : « Tu vois, petit, dit-il à un jeune garçon qui l'a accompagné, cette dune fraîche où les chardons n'ont pas encore poussé... C'est le tue
d'une Hittïlleyrc qui mourut d'amour pour un gars de chez nous. »
Ce qu'il est difficile de rendre en un brève analyse, c'est le pittoresque séduisant qui se dégage de chapitres tels que : lia Bruyère enchantée, la Fête à
Soustons, la Danse des Mouettes, Sur le courant, 1M bague perdue, La cosse
de pois à grains, où les mœurs et les paysages des Landes sont prestigieusement
décrits. Le livre se termine par Le meilleur voyage, L'Echassier et des poèmes
où nous retrouvons l'art nuancé de Madame Blanc-Péridier qui sait maintenir en
un juste équilibre, comme ils le sont dans la vie, le rêve et la réalité.
F. SAISSET.
Lie

Jasmin d'argent.

Le Recueil poétique du Jasmin d'Argent publié à Agen, contient, cette année,
de beaux discours de Jacques Amblard, par qui le Concours poétique du Jasmin
d'Argent fut fondé en 1920, de Marcel Prévost, de Joseph Bédier, de Joseph de
l'esquidoux et les poésies des lauréats de la section française et de la section
occitane. M. Jacques Amblard adresse un émouvant hommage à Fernand de
La'caze qui fut président de la section occitane et dont les Lettres Gasconnes
portent aujourd'hui le deuil. Nous avons remarqué, parmi les poèmes de la section
française, particulièrement l'Hymne d'Automne de C. Maryx qui a obtenu le Jas-

�— 12 —
mttn d'Argent, et où se révèle un délicat sentiment des nuances, une douce mélancolie pareille à celle de la saison d'or au visage assombri qu'elle célèbre dans
ses vers. Georgette Chaillot Nikolitch a obtenu la première médaille d'argent pour
La jeune fille au vent de mai. M. Kerlane, dans sa poésie At te venio
implore le Seigneur en des appels qui ont la sincérité des vers de Verlaine
s'ils n'en ont pas la profondeur inimitable. Des poèmes de Jean Blaize,
Léo Baurens, G. d'Allamanoir, Mme Pierre Jaunay, Marcel Jung, Gabrielle de
Rozières, Comte de Narbonne Lara, Maurice Labedan, Yv. Jubert, Marc Uloge,
Louis de Fontgrave, contiennent aussi des strophes aux fluides harmonies, un
joli sentiment de la nature, une simplicité touchante dans l'art de traduire les
émotions humaines. Le recueil est présenté avec goût et d'une lecture attachante.
Le concours de 1926 est clos depuis le 15 février.
F. S.
Livres reçus

:

L'Idée et d'Ecran, par Henri FESCOURT et Jean-Louis BOUQUET, fascicule ri.
Nous étudierons ces curieuses opinions sur le cinéma où, sous la forme dialoguée,
notre collaborateur le grand metteur en scène Henri Fescourt, donne ses idées
sur le problème du Cinéma.
« Oc » et 1' « Editorial Occitan » — Nous ne pouvons, en ce numéro, que signaler
l'activité de nos amis de Toulouse et de Samatan, qui poursuivent les mêmes buts
que le Groupe Occitan, mais sur un plan différent. « L'Editorial Occitan » va
publier des collections présentées avec goût, tant en langue française, qu'en
langue occitane. Nous présenterons à nos lecteurs, les ouvrages de cette collection
dès leur parution.

�Les armes de luîmes.
Comtae les écus des grandes familles les armes des villes ont une
histoire, emblèmes de puissance, de prospérité ou de gloire elles
ne sont pas dues au hasard et ne peuvent être laissées à l'interprétation de fantaisie des artistes : chaque partie à sa légende, chaque
détail sa signification. Dans notre région si riche en souvenirs, les
armes des vieilles cités ont d'illustres et poétiques histoires et une
étude approfondie des plus intéressantes d'entre elles, devraient
bien tenter quelque savant méridional.
Pour ma part, je me contenterai de fixer votre attention sur les
armes de Nîmes la Romaine, de la colonia Nemausensis, patrie
d'Antonin le Pieux, belle protégée de l'empereur Auguste, et pour
cela il me suffit d'ouvrir l'histoire romaine :
Marc-Antoine est en Egypte, oubliant auprès de la fameuse Cléopàtre, tous ses devoirs et tous ses serments; sous l'instigation de la
Reine, il n'a pas hésité à former une flotte pour partir à la conquête
de Rome.
Octave, le général désigné par le Sénat p'our défendre la République, confie le commandement de ses armées à son gendre
Agrippa, qui, se souvenant de la valeur des Volques Arécomiques
rencontrés dans le sud de la Gaule, recrute chez eux des volontaires
pour combattre au nom de Rome, l'ex-triumvir et sa maîtresse. Les

�— H —
deux flottes ennemies se rencontrent à l'entrée du golfe d'Ambracie, sous le promontoire d'Actium, le 2 septembre 31 avant J.-C.
Celle d'Agrippa disperse vite les vaisseaux égyptiens ; Cléopâtre
n'attendant pas l'issue du combat, prend la fuite avec ses soixante
galères d'or, suivie bientôt par Antoine, jusqu'à Alexandrie; là,
tous deux se donnent la mort sans attendre l'arrivée de leur vainqueur.
La bataille d'Actium marque la fin de la République Romaine;
au lendemain de cette victoire, Octave est le maître du monde; il
n'oubliera pas cependant ceux qui l'ont aidé à gagner la couronne
impériale : il distribuera des terres aux légionaires Volques; il
ornera leur ville de somptueux monuments (qui subsistent encore),
il fera de la Golonia Nemausensis une cité de droit roumain, ayant la
faculté de battre monnaie.
Nos ancêtres reconnaissants envers le général qui les a menés à
la victoire et l'empereur qui les a enrichis, firent graver sur leurs
monnaies de bronze, au droit : Les effigies d'Auguste et d'Agrippa,
et au revers : un symbole commémoratif de la grande journée
d'Actium, du triomphe de l'Occident sur l'Orient : un crocodile
(signifiant l'Egypte) enchaîné à la palme romaine, ornée de lemnisques, marques distinctives de victoire; dans le champ de la monnaie, on voit une petite couronne, c'est à cause d'elle, sans doute
que Proehner appelait l'as nimois l'énigme des numismates.
/Cette couronne doit-être, comme l'ont suggéré certains savants,
l'emblème d'Actium; elle situe en quelque sorte le lieu de la victoire. On sait, en effet, que les vainqueurs aux Jeux Actiaques
ne recevaient pas des prix en nature comme dans les autres grands
jeux de la Grèce, mais une simple couronne de laurier; ce prix disputé par les jeunes athlètes et placé sur la monnaie nimoise est pour
ainsi dire, l'arme parlante d'Actium.
Les as nimois qui ont beaucoup circulé dans l'Empire, supplantant même les monnaies marseillaises, portent donc la double commémoration de la victoire d'Agrippa et du triomphe de Rome sur
la vieille terre d'Egypte.
Au moyen-âge on ne trouve plus à Nîmes que de grands sceaux
représentant les maîtres de la cité, consuls en habits officiels et chaperons. En 1516, François Ier vint à Nîmes et, frappé de ne trouver
qu'un sceau avec un simple champ de gueule, il le remplaça par
un taureau d'or passant à gauche, auquel on ajouta une fleur de
lys. Mais ces nouvelles armes n'étant pas du goût des Nîmois, le
roi leur rendit pour emblème le revers de leur as gallo-romain par
lettres patentées de Coucy, en juin 1635.
Depuis ce temps, Nîmes a gardé le crocodile dans ses armes, qui

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malheureusement ne sont pas toujours reproduites avec exactitude
par les artistes chargés de les graver ou de les sculpter; tantôt, le
crocodile est attaché à un palmier (ce qui ne signifie rien), tantôt
suspendu; quant à la couronne d'Actium elle fait presque toujours
défaut. Ces oublis et ces déformations sont regrettables; c'est vraiment porter atteinte aux titres de noblesse de la vieille cité !
Pour de semblables questions, on voit donc qu'il ne serait pas
mauvais de faire plus souvent appel à la numismatique et que pour
une fois encore on ne s'en serait pas mal trouvé.
Elisabeth

L.

POURCHEROL.

�Boi» original d'Auguit» Chabauâ.

�Salon du groupe Occitan.

Dessin de Costa.

Beaux Arts
Le Salon du groupe Occitan.
Le Salon du Groupe Occitan a obtenu auprès de la presse le plus vif
succès. Nous devons en féliciter les organisateur et tout particulièrement
notre vice-président Paul-Sentenac critique d'art, parce qu'il a sur réunir,
avec ce goût de la mesure et de l'harmonie qui caractérisent son talent,
un ensemble remarquable et représentatif de l'art occitan moderne. Des
critiques d'art dont l'opinion fait autorité, ont accueilli avec faveur cette
manifestation régionaliste, et nous citerons parmi eux : MM. Vauxelles
dans la « Volonté » et le « Carnet de la Semaine »; Gustave Kahn, dans
le « Quotidien » et le « Mercure de France »; André Warnod, dans « Comœdia »; Maurice Raynal dans « L'Intransigeant » Hoffman dans le
« Journal des Arts »; Arsène Alexandre, dans « Le Figaro » et la « Renaissance »; René Chavance, dans « La Liberté »; Robert Rey, dans

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« L'Europe Nouvelle »; Charles Fegdal, dans « La Revue des BeauxArts »; Oms, dans « Le Plaisir de Vivre, » etc. Nous citerons également
des articles non signés dans « L'Eclair », « L'Avenir », « L'Indépendant
des Pyrénées Orientales », « Le Coq Catalan », etc. Enfin, « La
Dépêche » de Toulouse toujours si dévouée à tout ce qui touche les
intérêts de notre Occitanie, a publié sur notre manifestation d'art uni
importante étude de l'excellent écrivain et subtil critique, Raymond Escholier; et quelques lignes élogieuses du maître Gustave Geffroy, dont les
encouragements nous sont particulièrement précieux.
Nous ne devons pas oublier de remercier M. Siot-Decauville, fondeur
d'art, dont les salles d'exposition de l'avenue Victor Emmanuel III ont
accueilli, pendant ce mois de janvier frileux et sale, un peu du soleil du
Midi.
« Les Feuillets ».

Pour la première exposition du groupe du Salon Occitan, laquelle
avait eu lieu, il y a déjà près d'un lustre, à la galerie Henri-Manuel,
j'avais écrit à la fin de la préface du catalogue : Ce groupement
s'étendra, mais c'est déjà mieux qu'un noyau jeté dans la terre :
c'est le premier arbre, tout enfleuri, du verger.
Avec l'exposition qui s'est terminée le 22 janvier à la galerie SiotDecauville (63, avenue Victor-Emmanuel III), après avoir été inaugurée avec succès le 6 du même mois, le Salon du Groupe Occitan a pris de l'extension. Cette manifestation, rattachée cette fois
à notre importante Société, laquelle n'existait pas il y a cinq ans,
placée sous la présidence d'honneur de M. Maurice Sarraut, sénateur de l'Aude, et de M. Albert Sarraut, ambassadeur à Constantinople, préparée par une commission composée de DomergueLagarde, Henri Favier, Auguste Guénot et Auguste Rouquet a pleinement réussi. Je puis reprendre et développer l'image du verger.
D'autres arbres se sont mis à fleurir, et leurs bouquets de fête,
blancs et roses, se détachent en harmonies colorées sur les fonds
bleuâtres ou mauves des collines qui tracent sur un ciel clair leurs
lignes nettes. Car ce sont des vergers du Languedoc et du Roussi lion.
Les peintres et les sculpteurs qui ont apporté leur contribution
à notre exposition occitane n'ont pas tous peint des paysages ou
sculpté des types du midi. Mais tous sont originaires de ce pays
d'Oc, limité en bleu par les Pyrénées et la mer Méditerranée, et

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enserrant, parmi ses campagnes blondes de blés ou vertes de vignes,
les villes pittoresques de Toulouse, Carcassonne, Narbonne, Montauban, Béziers, Perpignan, Nîmes, et tant d'autres.
Nous avons retrouvé avec satisfaction dans ce dernier Salon la
plupart des artistes qui avaient formé le premier groupement. Pierre
Laprade nous y avait montré des sites délicats d'Italie. Il nous a
donné cette année des aquarelles qui portent bien la marque de cet
artiste si sensible, si raffiné, de ce poète de l'intimité : une jeune
femme profilant dans un hamac, au milieu de la verdure, la distinction de son visage et la sveltesse nonchalante de ses lignes, sujet
cher à Laprade, une petite fille au piano et un dessin, tout aussi
séduisants. Chabaud ne nous a pas envoyé un de ces coins des garrigues languedociennes, par quoi je suis toujours impressionné,
poussiéreuses, desséchées, avec un chemin plâtreux où moutonne la
marche d'un troupeau, comme il en avait en cette récente exposition du Paysage français contemporain, au Palais de Marbre, en
laquelle Pierre Laprade était d'ailleurs aussi présent avec une de
ses toiles les plus réussies, la fine cathédrale de Senlis, émergeant
de la masse légère d'un champ de blé tout blondoyant, pour se
détacher sur l'azur tendre. Chabaud a réservé à la manifestation
du Groupe Occitan ses œuvres les plus accentuées, les plus hardies,
où des noirs profonds contrastent avec des tons qui blanchoient,
qu'il peigne des figures de paysans âprement modelées ou des rues
de villages avec la paresse de la Roubine. La personnalité d'Auguste
Rouquet se caractérise aussi par son goût pour les notations puissantes, dans une série attachante d'aquarelles du Bas-Languedoc,
telles que ce Pont romain dont l'arche s'inscrit en courbe sombre
dans la clarté environnante, Le Chemin du cimetière, ou Le Campestre languedocien, toutes d'une netteté d'atmosphère bien méridionale. Gaspard-Maillol, lui aussi, se range dans la catégorie des
peintres robustes. Il traduit avec ampleur la forme d'un arbre, la
surface d'une maison, le volume d'un coteau; il couche largement
la couleur. La robustesse de sa manière s'est manifestée dans des
sites de la Sarthe tout roussis d'automne comme dans le Mont
Madeloch, en Roussillon. Domergue-Lagarde empâte solidement ses
tableaux, les colorie avec des tonalités corsées, s'attache à opposer
les surfaces lumineuses aux surfaces moins claires. Ses importants
envois ont été bien significatifs de sa technique, depuis sa figure
religieuse jusqu'à ses natures mortes, en passant par ses études
si fortes de vieilles gasconnes pour la fresque de La Vieille Gascogne
Cette décoration qui synthétisera l'histoire de cette province renfermera certainement toutes les qualités colorées et vraiment plasti
ques du panneau de Domergue-Lagarde pour le pavillon de t'Aîri-

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que Française dont je me suis plu à parler longuement dans un
précédent article. Quant à Paul Ramond, la hardiesse peu commune
et l'éclatante fraîcheur de sa palette, son amour des tons chauds,
son horreur du noir et des mélanges sales ont continué de s'affirmer
avec une sûreté de main de plus en plus grande dans des paysages
soleilleux des Pyrénées-Orientales que le Canigou domine de sa
majesté pierreuse, plaquée de neige, ainsi que dans un coin villageois de l'Aude où une maison banale de paysan s'exalte dans
l'enchantement de l'azur printanier et se pare du bouquet rose et
mauve d'un arbre de Judée.
Il nous a tenu à cœur de rendre hom'mage à la mémoire de ce
peintre sincère et fervent de la nature du Roussillon que fut Etienne
Terrus, mort depuis notre première exposition. L'étude du bosquet
de chênes-liège avec la gamme variée des verts, la maisonnette au
bord de l'étang, un pan de mer bleue coupé par un roc fauve se
signalaient particulièrement dans ce petit ensemble de notes discrètes et émues. Galmon.est un enfant de Collioure. Il en dépeint le
petit port d'un aspect si original avec une application naïve et touchante, et qui apparenterait l'auVrar à ce pêcheur des Sablesd'Olonne, Paul-Emile Pajot, que la critique avait mis naguère en
avant, sur l'initiative de Charles Fegdal. Les rues de la banlieue
parisienne ont inspiré au même Calmon des peintures, d'une observation attentive, d'une exécution minutieuse et patiente. Il nous faut
regretter l'absence du coloriste audois Achille Laugé, qui avait été
un des compagnons de la première heure, et aussi que ies limites
imposées par la carte d'Occitanie ne nous aient pas permis de faire
encore appel cette fois au Marseillais Verdilhan-Mathieu.
Parmi les nouveaux exposants peintres du Salon Occitan., nous
avons accueilli le perpignannais Bascoulès et le biterrois PaulEmile Rixens, avec le toulousain Jean-Jules Dufour. Ceux-ci représentent les éléments jeunes et novateurs des Artistes Français. Bascoulès, que j'avais déjà distingué dans ma chronique sur ce grand
Salon, nous a confié des visions orientales des quartiers juifs avec
la diaprure des vêtements des femmes sur la grisaille des murs,
un aspect du désert, aux colorations fauves comme la peau d'un
lion, exprimées avec de la sobriété dans la chaleur du coloris posé
par touches plates. Paul-Emile Rixens communique une saveur un
peu espagnole à la cathédrale de Béziers se découpant au-dessus
du grand pont, avec au premier plan des laveuses aux robes
bigarrées, au lieu qu'il enfermé une délicatesse bien de notre Ilede-France dans deux vues du Petit-Trianon à Versailles. Jean-Jules
Dufour a brossé avec vigueur une jeune nudité féminine, agréablement présentée de dos, assise parmi les coussins d'un divan, ainsi

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qu'un paysage d'hiver bien expressif, et il s'est radouci dans des
sites d'Arles et d'Orange. J'ai déjà dit le regret que nous avait laissé
la brusque disparition de Marie de la Hire. La galerie Danthon nous
avait gracieusement prêté un paysage de Versailles, bien dans la
facture nerveuse de cette artiste.
Les catalans naissent tout naturellement coloristes. Il y en avait
en notre exposition plusieurs qu'unissaient leur aptitude et leur
fidélité à peindre, à l'huile autant qu'à l'eau, leur terre natale aux
colorations violentes dans le détail mais harmonieuses dans l'ensemble, sauvage et emplie de séduction à la fois. Leurs œuvres
voisinaient, pêchers roses, champs bordés de pierres de Louis Bausil dont un portrait par lui-même disait la physionomie mâle,
empreinte cependant de bonhomie, métairies ou chaumières aux
toits rouges dans la verdure de Pons-Godail, sites d'Argelès-sur-Mér
de Garau, oliviers noueux d'Escarra, frondaisons toujours vertes
de Miartre, lequel avait aussi des fleurs dans des vases, chatoyantes
et ornementales.
Il convient de garder une place toute spéciale à Gustave Fayet.
J'avais retenu dans l'exposition de ses œuvres qui avait été réunie
pieusement par son fidèle associé Dumas, en novembre dernier, en
cette même galerie Siot-Decauville, quatre d'entre elles, parce
qu'elles me paraissaient résumer les diverses faces de l'inspiration
de Fayet. C'est bien d'inspiration qu'il s'aeit dans cette interprétation à la gouache de la lagune de Venise où quelques pieux peinturés de blanc émergent de la nappe bleue autour de la lanterne
s'élevant au-dessus d'eux comme la boule d'une de ces fleurs de poireaux qui apportent de' la poésie florale au milieu d'un potager. Inspiration aussi dans ces bateaux aux voiles versicolores à Chioggia,
dans ces dessins à l'encre de Chine traités en arabesques décoratives.
Vraiment, nous ressentons chaque jour davantage le vide creusé en
notre patrimoine artistique par la mort d'un créateur lyrique tel
que Gustave Fayet. Mfe Andrée Pouvillon mérite aussi une place
à part, non seulement parce qu'elle est la petite-fille du grand écrivain régionaliste Emile Pouvillon, mais encore par la personnalité
de ses envois. A l'un des derniers Salons des Indépendants, j'avais
remarqué un intérieur, d'une sensibilité prenante, de cette jeune
fille; je l'avais cité dans un article, et je ne m'en suis pas dessouvenu. Les intérieurs qu'elle nous a envoyés ne m'ont pas déçu. La
salle à manger rustique avec l'escalier de bois, le petit salon aux
m,eubles du dix-huitième siècle, la chambre à coucher témoignent
d'une facilité spontanée à situer dans des ambiances raffinées,
jamais sales, de gris ou de bistres, des rehauts d'un coloris plus
vif.

��Salon du Groupe Occitan
femme assise, par DESNOYERS,

��Salon du Groupe Occitan
La Vieille Gasconne, par

DOMBKGUE-LAGARDE.

Etude synthétique pour la fresque « la Vieille Gascogne.

�Salon du Groupe Occitan
Jïature morte au masque, par

RAMBY.

��Salon du Groupe Occitan
Lia femme assise, par PARAYRE.

����Salon du Groupe Occitan
Paysage, par CALMON.

�Salon du Groupe Occitan
Lia Baeehante à l'enfant, par A.

GIIÉXOT.

�— 23 —
De Montauban et de Toulouse, nous est venu tout un lot de peintures, aux empâtements consistants, aux modelés fermes, et aux
couleurs soutenues. Elles appartenaient à Ramey, bien représenté
en notre Salon par un nu amplement traité, par des paysages bien
construits de Bruhiquel, et par une de ces curieuses natures mortes
où un masque blanc de Pierrot, coiffé d'un bérêt de marin, règne
au milieu d'accessoires de fête, une de ces « natures nwrtes savamment coonrtposées où il conte, ainsi que l'a écrit fort justement
Madame Henry Lapauze en préfaçant la récente exposition de
Ramey, à la Galerie Henry, sur un. mode prenant, la touchante
beauté des choses les plus humblement artificielles ». Elles portaient aussi les signatures de Gadène, auteur de toiles puissantes,
d'Armando Laclau dont la vieille toulousaine reste un morceau
d'un vivant réalisme, à Desnoyer dont la fillette en robe blanche
cousant formait un centre de panneau avenant au milieu de ses
bâtisses rougeoyant dans la verdure des sites montalbanais et toulousains. Pierre Brune avec ses bouquets de fleurs sur des fonds
brûnâtres se rattachait à la même lignée.
Tous ces peintres occitans, qu'ils peignent ou non des paysages
languedociens, possèdent les qualités de leurs régions natales, de
leur race. Les artistes du mlidi, au milieu d'une nature aux colorations vives autant que lumineuses, deviennent facilement coloristes. M'ais ils ont également le souci de modeler avec le pinceau
des formes dans la pâte colorée. Il y a aussi des sculpteurs en
grand nombre sous l'azur d'Occitanie. Les véritables d'entre eux
ont renoncé à la fausse éloquence des grands gestes. Ils atteignent
à ce calme harmonieux des lignes, à cette sérénité, à cette eurythmie par quoi ils renouent, à travers leur originalité moderne, avec
la statuaire antique ou les statues amènes de notre dix-huitième
siècle français. Auguste Guénot demeure, à ce dernier point de vue,
l'un des plus caractéristiques. La Bacchante à Venfant, la Léda, la
Femme allongée, affirmaient une fois de plus la solidité de métier
de ce sculpteur. Celui-ci enveloppe, avec un égal bonheur, dans le
bronze, le bois ou le plâtre, la conception qu'il nourrit en lui de
la nudité féminine", toujours d'une jeunesse svelte et d'une élégance décorative. Contesse recherche des proportions plus amples,
de même que Parayre, mais ils conservent tous les deux une préoccupation de style par quoi ils s'accordent avec Guénot. Abbal, en
plus de terres cuites plaisantes, nous offre une tête de vieille occitane très expressive, taillée directement dans une pierre rose; Costa,
un joueur de rugby bien campé et un bas-relief établi non sans fermeté. Le groupe de Paul Dardé, La Nymphe et le Faune, a prouvé
encore la faculté évocatrice de cet artiste, sa fécondité pareille à

�celle de la forêt avec ses arbres et ses broussailles en même temps
que la conscience apportée par le fondeur, M. Siot-Decauville, dans
l'exécution de cette œuvre chargée d'ornementation de feuillages.
On a revu, non sans curiosité, la maquette du monument à Rabelais
par Magrou, d'une documentation fouillée, et on a apprécié son
grand bas-relief, Le Cortège de Dyonisos, travail récent et soigné,
d'une expression allègre.
Le Salon Occitan rassemblait, avec les peintures et les sculptures,
des gravures où se renouvelaient les recherches de réalisation large
des peintres, comme celles d'Auguste Rouquet pour le Cami de
Crouls, La Terre natale ou La Ville du Passé, sur quoi nous
reviendrons prochainement, et qui témoignaient de l'imagination
de cet artiste et de son sens livresque. Aussi les Feuillets Occitans
ne peuvent-ils être en des mains mieux qualifiées que les siennes.
Gaspard-Maillol a également illustré de nombreux livres de xilographies robustes. Nous en avons feuilleté plusieurs, en notre exposition, imprimés sur ce papier de Montval que fabrique ce graveur,
ainsi que nous l'avons déjà rappelé. Les eaux-fortes que J.-J. de
Dufour a rapportées d'Italie sont dignes des précédentes sur Paris.
Celles de Viala retiennent par leur romantisme dans le sujet emprunté aux sites de l'Aveyron, comme dans la technique où les
clairs et les obscurs luttent farouchement. Je me borne à signaler
ces œuvres, remettant à plus tard de les étudier plus longuement à
propos du livre que Mi d'Arvieux a consacré au graveur Viala.
Nous avons tenu à réserver une salle aux architectes. Ceux-ci ne
doivent pas être délaissés. Au contraire. Leur mission apparaît de
la plus haute importance. Les habitations bâties dans nos pays
languedociens, depuis un siècle, n'ont plus aucun caractère. Nous
ambitionnons de réagir et de créer un mouvement en faveur d'une
architecture locale. Aussi les projets de maisons occitanes exposés
par Henry Favier, qui a déjà eu recours pour la demeure d'un ferronnier, aux principes archithecniques méditerranéens; les silhouettes de villages languedociens, le projet pour la « Maison du
midi à Paris » et pour les maisons ouvrières en Languedoc et en
Bjoussillon par Bernard ont revêtu un très vif intérêt. Voilà une
question sur laquelle nous nous étendrons bientôt. A l'habitation
s'ajoute le décor et tout ce qui le constitue. Aussi avons-nous produit, à nouveau, dans notre Salon, les collections, d'ailleurs pour
la plupart augmentées, des objets d'art appliqués qui avaient figuré
à notre petite exposition du boulevard des Capucines : céramiques
précieuses de Roger, poteries diverses d'un attrait rustique de
Perrutel, poupées de chez nous habillées par Mesdemoiselles Favatier, coussin aux deux pigeons d'un réel caractère ornemental, de

�Gravé par Jean-Jules

SAINTE-CÉCILE D ALBI.

DUFOU»,

�Jane Rouquet d'Hondt, travaux aux filets de Mesdemoiselles Lajourdie.
Cette diversité rentrait bien dans le programme du Groupe Occitan, lequel se propose — nous ne craignons pas de le répéter — de
mettre en valeur toutes les ressources tant intellectuelles qu'économiques des contrées d'Occitanie. Toutes ces ressources ne sont pas
connues et exploitées comme elles le méritent. Le Salon qui a eu
lieu au début de janvier à Paris a contribué certainement à répandre et à faire aim.er davantage les artistes de notre pays d'Oc. S'il
convient de rendre hommage à de véritables maîtres tout à fait
consacrés, il importe non moins de placer en lumière et d'encourager de jeunes tempéraments qui se révèlent vraiment doués.
Sans doute, une exposition ne peut jamais prétendre à grouper,
sans aucune exception, tous les grands artistes d'une région, surtout si celle-ci est très vaste. Tant de considérations entrent en jeu !.
Nous aurions été satisfaits de compter parmi les sculptures quelques-unes des filles parfaites d'Aristide Maillol ou des figures lyriques de Bourdelle, quelques tableaux de Marcel-Lenoir ou dé Lucien
Maillol. Mais tel qu'il était, ce Salon, avec les personnalités significatives qu'il comprenait, a témoigné de la vitalité artistique de
l'Occitanie. Il n'a pas été seulement une réunion d'artistes ayant
tourné leurs rondes d'enfants sous les mêmes cieux et se retrouvant, ayant atteint l'âge d'hommes et en pleine possession de leurs
moyens, dans les salles élégantes d'une galerie parisienne1, Notre
Salon a présenté, du même coup, le caractère d'une véritable manifestation d'art moderne. Il a prouvé que l'Occitanie produit, elle
aussi, des créateurs capables de fournir un apport original et marquant dans le grand mouvement artistique actuel.
Notre effort, louangé par la presse, soutenu par des achats de
l'Etat et de la Ville de Paris, a été couronné d'un indéniable succès.
Nous sommes encouragés à le poursuivre. Mais nous n'aurons abouti
à des résultats complets que si nous arrivons à persuader nos compatriotes, habitant la capitale ou la province, qu'une œuvre d'art est
une richesse comme une autre et à leur donner le goût de les acquérir et d'en constituer une collection. Une collection de peintures et
de statues devient une véritable compagnie, parlante et animée,
pour celui qui la possède. Elle peut, rassemblée dans un appartement, procurer à son propriétaire des délectations non seulement
visuelles, mais encore sentimentales. Composée de paysages et de
personnages régionaux, elle maintient, tout près de l'amateur, lorsqu'il rêve dans son cabinet de travail ou qu'il dîne, en la société
d'amis, dans sa salle à manger, toute la douce présence du pays
natal. Notre Languedoc renferme d'anciennes demeures délicieuses

�- 27 -

du dix-huitième siècle. Qu'il compte aussi de nombreux collectionneurs capables de rivaliser, par leurs collections modernes, bien
de l'époque où ils vivent, avec les grands « curieux » d'autrefois.
PAUL-SENTENAC.

Cet article est illustré de nombreuses reproductions d'oeuvres ayant figuré au
Salon du Groupe Occitan, ainsi que de bois gravés ou d'autres œuvres des artistes ayant participé à ce Salon, et bien caractéristiques de leur personnalité.
Ainsi le lecteur qui n'a pu visiter notre exposition pourra, de loin, en avoir une
idée, et le visiteur en garder un souvenir plus précis.
P. S.
Lie* Uivres d'art.

Notre collaborateur Achille Astre vient de publier une très curieuse et très
vivante étude sur Toulouse-Lautrec — un grand occitan —. Amateur d'art passionné, critique au jugement sain, Achille Astre, un de ces collectionneurs avisés
dont parle Paul-Sentenac, vit au milieu des belles œuvres modernes qu'il sut
rassembler avec goût, en un temps où il était méritoire de le faire. Il connut
et fréquenta L.autree et toute cette génération d'artistes novateurs qui est aujourd'hui entrée dans l'histoire de l'art. Nous rendions compte de son attachante
étude dans notre prochaine chronique des livres d'art.
A. R.

�Bois d'Achille Rouquet.

AEGELIERS (Aude).

Les Lettres Occitanes
piotre enquête sur
Lie Problème Oeeitan
(Suite)

Réponse de M» le doeteur Charles VlDflLt,
de Castres.
Les Feuillets Occitans.. Quel beau .titre et quelle belle revue ! et
puis quel beau geste. C'est même mieux, c'est une belle action, animée de l'amour le plus réaliste et le-,plus tendre non seulement
pour notre Occitanie si' mal connue et si dépréciée moralement, mais
aussi pour notre patrie tout entière, parce que, aimer son terroir,
aimer son Occitanie, c'est aimer d'un amour plus grand, plus profond, plus intense son plus grand terroir, notre France si diverse
et si une, dont les Provinces, telles de gracieuses jeunes filles aux
costumes divers, font une ronde harmonieuse et rythmée autour de
leur merveilleuse sœur : Paris.
Aussi, cher Monsieur Guitard, tout homme de cœur ne peut

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qu'applaudir votre manifeste. Mais, soyez confiants. Voyez-vous*,
notre Occitanie n'est pas près de mourir. Son âme, sous certains
voiles, est toujours vivante, ardente, vibrante. Les troubadours
vivent toujours, et il suffirait d'un souffle pour écarter les voiles
qui modifient son aspect extérieur. Ce souffle ce sera votre œuvre.
*

Nos rois ont voulu créer l'unité française. Ils y sont parvenus en
décapitant les provinces, en attirant son élite à leur cour. L'absolutisme naquit ainsi et cet absentéisme est la cause du marasme moral
de nos provinces.
Aujourd'hui, la tradition de la politique royale, qui n'a pourtant
plus d'objet, est pieusement conservée par les gouvernements successeurs et l'on peut dire qu'il n'y a aucune différence essentielle
entre l'idée profonde qu'on se fait actuellement de l'unité et celle
que s'en faisait Louis XIV par exemple. On est, en France, comme
ces gens qui préfèrent le gros bourdon au carillon. Mais y a-t-il
moins d'unité dans le son harmonieux du carillon que dans le son
rythmé du bourdon ? Et le carillon s'entend-il moins que le bourdon ?
En réalité, la France est semblable à un palais construit en moellons. Les moellons, ce sont les provinces, c'est l'Occitanie de Joffre,
de Foch, de Castelnau, des de Guérin, de Jaurès, de Cujas, de
Sabatier, et c'est la Lorraine de Jeanne et de Barrés; c'est la Provence de Mistral et c'est la Bretagne de Botrel; c'est l'Aquitaine de
Montaigne et de Montesquieu et c'est la Champagne de La Fontaine,
la Touraine de Rabelais, qui fut aussi un Occitanien; c'est la Normandie de Flaubert et la Corse de Napoléon, l'Auvergne de Pascal,
le Dauphiné de Pasteur. Ces moellons sont réunis, soudés, par un
ciment très dur, très adhérent, grâce auquel ils font bloc, et ce
ciment, c'est le ciment français, c'est l'âme française.
Certains voudraient que ces moellons fussent uniformes ! Et pourquoi chacun d'eux n'aurait-il pas ses ornements personnels ? En
quoi la ligne du monument en serait-elle modifiée ? La beauté, certes, est dans la ligne, comme la force, cette grande pensée des
druides, est dans l'unité, mais la ligne et la force ne sont pas altérées par la diversité de leurs composants.
*
**

Un dialecte local c'est une diversité et une diversité est aussi une
liberté. La suppression d'une liberté est un gain pour le despotisme et puis, est-il nécessaire d'unifier le langage ? Ce serait vou-

�— 30 —

loir transformer la campagne si belle", si harmonieuse et si une
dans sa variété, en un potager aux planches uniformes.
Certains affectent de croire que l'unité nationale sera en danger
si, à côté du français, on parle la langue sœur autochtone. Vraiment c'est montrer beaucoup d'ignorance des réalités. Toujours,
partout, on parle les patois ? A Paris même, l'accent et les façons
de parler varient de Grenelle à La Villette. Ne vaut-il pas mieux
que les patois, chose informe, larve linguistique d'où ne sortira
aucun papillon, soient refoulés par le dialecte autochtone, pur mais
évolué comme évoluent toutes les langues vivantes ? Et c'est précisément ce que nous pensons, comme l'ont pensé les Mistral en Provence, les Bessou en Rouergue, les Vermenouze en Auvergne, les
Alibert à Castres et cette prestigieuse et vénérable académie des
Jeux Floraux, honneur de Toulouse et, par dessus Toulouse, gloire
de la France entière.
Cette diversité des dialectes, au contraire, est un bien au point de
vue social. Chaque dialecte est le passeport authentique et inviolable, c'est la marque d'origine indélébile, c'est la preuve que chacun de nous est de la grande maison française puisqu'il a l'empreinte d'une de ses familles. Quand on se rattache à une famille
et que cette famille est illustre — c'est le cas pour notre Occitanie
— on est fier d'elle et on ne la veut point quitter pour s'en aller
au loin chercher fortune en ne trouver souvent qu'un lit d'hôpital
pour mourir.
**

Pour terminer je ferai mienne la conclusion d'un article très vivant du merveilleux journaliste Pierre l'Ermite, paru ces jours-ci (1).
La voici :
« ... Je pensais à tant de provinciaux pour lesquels je suis, hélas !
beaucoup plus impuissant, et qui rêvent... quel mot pour une telle
chose !... oui, qui rêvent de quitter leur vie simple de toujours, et la
maison de leur père... pour aller s'entasser dans des trains... pilonner le bitume parisien... respirer des milliards de microbes dans
les boyaux des métros, et, le sac numéroté au nez, s'atteler administrativement tous les jours, à un fiacre nullement providentiel, pour
finir souvent à l'hôpital... »
Cela c'est du pur bon sens et c'est ce qu'exprime aussi très bien
le proverbe Castrais et Occitan :
Tal ba querre la lano que tourno sans pel. (2)
Le Cas de Patate, La Croix, 27/28 septembre 1925.
Choses du Terroir Castrais, p. 177. Editions OCOITANIA,
louse, et 6, Passage Verdeau, Paris, ix*.
(1)
(2)

7

rue Ozenne,

Tou-

-

�— 31

-

(Tel va chercher la laine qui revient sans peau).
La fidélité au dialecte du terroir, la connaissance de l'histoire
du terroir, c'est l'attachement au terroir, c'est la guérison de l'absentéisme, c'est la fin de l'exode, c'est la résurrection de ces départements de l'ouest de Toulouse qui agonisent, c'est l'amour même
de la France plus belle, plus une dans sa diversité comme un bouquet composé de fleurs diverses aux teintes bien amorties, c'est le
français lui-même mieux su, plus respecté puisque mieux étudié
par le fait même que les dialectes d'Oc sont ses frères, issus comme
lui du même giron très noble, c'est la force que donne à l'individu
la connaissance de plusieurs langues.
Dr Charles

VIDAL,

de Castres.

A TRAVERS LES IUVRES

Recueil poétique du Jasmin d'Arpent avec la collaboration de Marcel Prévost, de
l'Académie Française, Joseph Bédier, de l'Académie Française, Jacques Amblard,
comte de Pesquidoux et quelques œuvres gasconnes de Fernand de Lacaze. —
Agen, 1925.
Cet intéressant recueil est signalé pour sa section française par Frédéric Saisset.
Dans un émouvant et savoureux discours, le comte de Pesquidoux analyse les
œuvres des lauréats de la section occitane et rend hommage à la mémoire de
Fernand de LACAZE dont un triple sentiment inspira la noble vie : la foi en
Dieu, l'amour de sa famille et celui de son pays. Le recueil nous donne quelquesunes de ses œuvres, tour à tour pétillantes d'esprit ou évocatrices des temps
anciens au pays gascon. Le parapluie de coton, Les ménétriers landais sont un vrai
régal pour les fervents du terroir. E^ernand de Lacaze chante à merveille le fifre,
la vielle, le tympanon et la cornemuse, qui ont, parait-il, disparu du pays landais.
Vingt-neuf poèmes en langue d'oc avaient été soumis au jury, qui en a retenu
huit et couronné quatre. Le Jasmin d'Argent a été donné à M. PIMPETERRE,
la médaille d'argent à M. CANTABRE, la première médaille de bronze à Mme CAPMARTIN, la deuxième médaille de bronze à M. VAYSSIÈRE. Mme ABEILHOP,
M. DUPIN M. JORET et M. GEY ont obtenu des mentions honorables.
L'heureux lauréat du Jasmin, M. PIMPETERRE a écrit un chant d'automne,
Seule, qui fait songer aux œuvres du poète d'Agen.
Malheuresement, ce poème contient quelques gallicismes regrettables, (Saubur :
sauveur, etc.)
M. CANTABRE nous donne avec La Chanson de la belle Ninette, un petit chefd'œuvre béarnais digne d'être un de ces chants populaires venus du fond des
âges et dont les auteurs n'ont point dit leur nom. Signalons néanmoins un gallicisme qui fait tache : curé pour curât.

�Mme CAPMARTIN dans Le Chevrier évoque, avec un art simple et raffiné, des
années d'enfance. Elle nous permettra de nous étonner de la transcription vraiment trop phonétique de certains mots : ex. : tzoïo (joie), pletzo (pluie) et de
l'introduction dans son texte de vocables empruntés au français et qui déparent
son œuvre, pleine de réelles beautés.
La Nymphe à la Fontaine de M. VAYSSIÈRE, est un poème où la frémissante
ardeur d'Aubanel se retrouve en des mots sonores dont une orthographe, fille
de celle des troubadours, avive encore la splendeur.
On trouvera aux Lettres françaises le règlement du concours du Jasmin d'Argent.
Ce concours sera clos le 15 février 1926.
PAUL-LOUIS

GRENIER.

Doit-on admettre la langue de jviistral au baeealauréat ?
par Émile

RIPEUT.

C'est avec infiniment de plaisir que nous venons de retrouver sous la présentation d'une jolie édition du « Feu » l'enquête que notre très distingué confrère,
M. Emile Ripert fit paraître l'an dernier dans la Renaissance politique, littéraire et
artistique de notre regretté ami Henry Lapauze.
Avec doigté, et surtout avec un talent très particulier, l'auteur de Ovide, poète
de l'amour, des dieux et de l'exil et de tant de belles et fortes œuvres, après
avoir initié le lecteur aux opinions des diverses personnalités qui ont collaboré
à cette enquête, donne des conclusions fort judicieuses et pleines de bon sens.
Il est donc intéressant de lire toutes les réponses à cette enquête; l'on constatera que la plupart des Provençaux de haute culture se sont désintéressés de
la question posée par Emile Ripert. Eh bien ! cela est très regrettable, surtout
à l'époque critique que nous traversons où toutes les énergies intellectuelles
devraient se grouper pour lutter contre les médiocres qui veulent tout chambarder
parce que dans la carrière des Arts, des Lettres et des Sciences, ils voudraient
avoir une place de premier plan à laquelle ils n'ont aucun droit.
Marcel

CLAVIÉ.

Livres reçus :
Théodore Aubanel, par José VINCENT, Avignon, Aubanel frères, libraires-éditeurs.
Notre collaborateur, P.-L. Grenier, rendra compte de cette vivante et passionnante
étude sur l'un des fondateurs du félibrige.
Les Chansons populaires des Pyrénées Françaises recueillies par Jean POUEIGH.
— Lors d'une récente visite à Auch, la ville aux venelles pittoresques et fleuries,
nous avons eu la bonne fortune de parcourir, chez notre imprimeur Cocharaux,
les bonnes feuilles de l'important et précieux travail de M. Jean Poueigh, véritable monument d'érudition, élevé à la gloire de toute cette littérature populaire
où chante l'âme de nos Pyrénées. Nous en reparlerons plus longuement lors de
sa parution en librairie.

�Dessin d'Auguste
BOUQUET,

Bois gravé
d'Achille BOUQUET.

fldrienne BLtflJSlC«PÉf*lDlE$
dans un coin provincial de Paris qu'habite
depuis quinze ans cette charmante occitane,
qui, toute jeune, a quitté ses Landes natales
dont elle a gardé en son cœur le vif amour et
la tendre nostalgie. Dans la benoîte rue Cassette, son cabinet de travail, asile de ses songes
fleuris, s'ouvre par une large baie de lumière
sur des jardins aux arbres vigoureux, et, làbas, sur la gauche, elle aperçoit le toit patiné
d'or d'une des plus vieilles églises de Paris,
l'église des Carmes. Dans le balancement des branches, elle a écrit
les vers, d'une musique ailée, de son « Secret de Cybèle » et de ses
« Enchantements » où l'âme de la Grèce antique transparaît et se
mêle à l'envol de modernes rêves d'amour, aux imageries de nos
vieilles légendes. C'est là aussi qu'elle a écrit ces vers d'un pur
métal, aux accents héroïques, pendant les angoisses des heures
H'EST

�troubles : « Le Cantique de la Patrie ». Beau livre orné d'har
nieux dessins de Jean Magrou.
Poète, romancier, conteur spirituel, avec la malice fine des landaises, Adrienne Blanc-Péridier a su traduire en un langage souple,
d'une netteté latine, toujours avec goût et mesure, les idées et les
images qui abondent sous sa plume.
Elle débuta par « le Secret de Cybèle », cinq comédies en vers,
que préfaça Maurice Barrés, émerveillé de cet art subtil qu'il compare à celui de Banville. Vinrent ensuite « Les Enchantements » et
« Le Cantique de la Patrie », poèmes qui reçurent de la critique le
meilleur accueil, puis une série de scènes charmantes écrites pour
les enfants et qui se distinguent par leur originalité, et enfin un
roman par lettres « Sylvie ou la Fuite à Venise », publié récemment, avec succès. Nous avons retrouvé dans ce livres les qualités
du poète doublé d'un psychologue qui connaît les sentiments
humains jusqu'en leurs plus secrètes nuances, jusqu'en leurs jeux
les plus subtils.
Deux œuvres nouvelles nous prouveront qu'il y a chez Adrienne
Blanc-Péridier ce vivace amour du terroir que nul d'entre nous ne
doit laisser décroître, et ce noble sentiment de reconnaissance par
lequel une âme se sent plus haute et plus vaste. La première œuvre
qui vient de paraître est un court roman landais, La Hitilleyre,
sorte de conte plutôt, où les vieilles coutumes et croyances de la
race sont évoquées en un récit plein d'imagination. La seconde
est un hommage rendu au Mâître qui encouragea ses débuts : La
Route ascendante de Maurice Barres. Si l'on ajoute à ces œuvres
les nombreux articles publiés par Adrienne Blanc-Péridié dans
les grandes Bévues et les journaux, on admirera l'incessant labeur
de notre jeune compatriote, que le GROUPE OCCITAN est fier de
compter parmi ses membres.
FRÉDÉRIC

SAISSET.

*
BIOGRAPHIE.

Le Secret de Cybèle (préface de Maurice Barrés) cinq comédies (Pion, 1910)»
— Le Cantique de la Patrie (Poèmes) Pion 1918. — Les Enchantements (Poèmes)
Pion 1922. — Comédies pour les enfants (Stock). — Sylvie ou la Fuite à Venise,
roman (Delalain, 1924). — La Hitilleyre, conte landais (Ed. Peyronnet). — La
Route ascendante de Maurice Barrés (Editions Spes).

�— 35 —
Madame Adrienne Blanc Péridler, née à Mont-de-Marsan (Landes) a débuté
dans la littérature en 1910 avec Le Secret de Cybèle, cinq comédies réunies en un
recueil préfacé par Maurice Barrés; elle a depuis, publié des volumes de vers, des
romans et des pièces de théâtre et collaboré à la Revue Hebdomadaire, à La Nouvelle Revue, à la Revue française, à la Terre latine, à La Croix, à La Renaissance,
aux Cahiers catholiques, à La Minerve française, aux Lecture pour tous, à ParisMagazine, etc.

Dessin de Gaspard

MAIIXOL,

�Bois original d Auguste

ROTJQUKT,

Etienne ^EV-flflDf^EU
Rey-Andreu a un masque bien languedocien : des yeux sombres et
ardents, des cheveux noirs rejetés en arrière, un teint d'une matité chaude.
Une tête que l'on imagine au-dessus d'une fraise à l'espagnole. Ses gestes
vifs, animés, nombreux sont d'un méridional. Ses paroles aussi. ReyAndreu parle vite, beaucoup, d'une voix vibrante, avec l'accent du terroir.
Cet artiste si alerte, si vivant, observant tout autour de lui, s'intéressant à tout, est cependant un grand musicien qui entend en lui bruire
sans cesse la source des harmonies musicales. La nuit surtout, quand la
ville et la campagne dorment sous le ciel d'Occitanie, bourré d'étoiles,
il note en caractères de musique les rêveries sonores qu'il porte en lui.
Pendant ce temps-là, à Paris, on interprête avec succès ses œuvres dans
les concerts. Parce qu'il a besoin, pour travailler, de silence et de calme
autour de lui, ce compositeur réputé dans la Capitale vit en province.
Il est demeuré fidèle à Narbonne, sa ville natale. Il habite même dans

�— 37 —
dans un coin de l'ancienne cité, tout voisin de la campagne. Presque une
maison des champs. Sur la route qui passe devant sa maison, on rencontre, le soir venu, des troupeaux de moutons descendant de la garigue.
Rey-Andreu aime son pays d'Oc. Il a dépeint avec amour, dans l'arabesque des sonorités qui « répondent » à des couleurs et à des parfums,
selon l'expression de Baudelaire, la suavité de la vigne en fleurs », le
pittoresque des étangs entre Narbonne et La Nouvelle, l'obstination des
cigales dans le soleil. 11 a composé trois lavis occitans. Il a écrit une
marche occitane, où les rythmes gardent la souplesse d'une jeune paysanne de chez nous, marchant, avec un mol balancement des hanches,
sur les chemins soleilleux. Il a tressé au Groupe Occitan une sérénade
occitane.
Ce musicien que Lou Pays inspire et qui tient à y séjourner pour en
mieux pénétrer l'attrait toujours nouveau, n'est pas cependant un provincial attardé, mais un moderne. 11 marche avec son temps. Il s'est entouré
de peintres modernistes. Les murs de son appartement sont parés de
tableaux savoureux, aux tons francs, de Camoin, de Pierre Brune, de
Le Scouézec. Dans sa bibliothèque, sur le piano à queue, des livres de
poètes de la jeune génération, souvent languedociens. L'art de Rey-Andreu,
d'une sensibilité si aiguë et si fraîche, appartient bien à l'époque actuelle,
à celle de ces peintres et de ces écrivains. Ce compositeur, savant en
son métier, pratique toutes les subtilités de la technique moderniste,
toutes les audaces des dissonances. Pourtant, sa musique, qu'elle soit
pour piano ou orchestre, reste toujours mélodieuse, harmonieuse.
Ce compositeur est un impressionniste, mais il enclôt ses impressions, même les plus fugaces — c'est ainsi qu'il a intitulé un de ses
recueils d'études — dans un vêtement d'une trame solide. C'est un
poète. Les titres de ses morceaux Le cheval de bois, Les cloches mouillées,
Clarté lunaire sur la lagune, A l'Ombre d'un petit nuage blanc pourraient
servir de titres à des poèmes. Poète, Rey-Andreu l'a été dans cette Rapsodie Espagnole, d'un mouvement et d'un coloris intenses. Poète aussi lorsqu'il a mis des notes sous des vers, dans ces œuvres de chant, frémissantes
de sentiment, marquées de contrastes, avec des cris d'amour et des silences
froissés par la douce chute d'un pétale de rose.
Musicien doué, Rey-Andreu s'est révélé dès l'âge de onze ans un
exécutant au piano des plus habiles et des plus sûrs. Une gavotte Le
Bon vieux Temps, publiée par Fémina, attira sur lui l'attention dans
les milieux parisiens. Depuis lors, sa réputation n'a fait que grandir
comme ces arbustes, qui, dans nos jardins du Bas-Languedoc, sous l'azur,
deviennent vite des arbres au feuillage touffu. Hayet, Hamelle, de Smit,
Lashermes ont accueilli ses productions. On le joue dans les salles de
concert les plus renommées. Non seulement Rey-Andreu, depuis la mort
de Déodat de Séverac, s'est affirmé le compositeur occitan, mais encore il

�- 38 —

s'est classé désormais dans la grande compagnie des musiciens français
modernes, avec Debussy, Ravel, Paul Dukas, Georges Migot et quelques
autres.
PAUL-SENTENAC.

ŒUVRES MUS1CAL.ES (principales). — Piano et ehant
et instruments divers.

Impressions de Vendanges, op. 20; Le Bon Vieux Temps, op. II; Rythmes de
Danses, op. 7 et 8, Hamelle, éditeur, piano.— Jeux d'Enfants, op. 21; Sérénade ; Mélodie sans paroles; Improvisations ; Pastels fanés; Heures languides; Rapsodiie
Espagnole, op. 37; Lou Pays, op. 39 (Etudes pittoresques); 2e et 4e Nocturne;
Impressions fugaces, op. 42; Hayet, éditeur, piano. — Un soir d'août après l'Ondée;
Cinq mélodies, op. 38; Les Poèmes de l'Ombre, op. 40; Les Poèmes de la Lumière
op. 41; Berceuse; Marietou (Chanson occitane), Hayet, éditeur, (piano et chant). —
Pages brèves, op. 50; Esquisses poétiques (piano); Ave Maria, op. 51 (chant,
violon ou orgue et piano) ; Deux Légendes Narbonnaises : la Mataleno, Nostro
Giletto, op. 55, Senart, éditeur. — Nocturne (piano), de Smit, éditeur. — 7e et 12
Nocturne (piano), Avon éditeur. — Sérénade pour Orchestre ; Pièces diverses pour
trios, quatuor, quintette, Hayet, éditeur.
Principales œuvres inédites à paraître prochainement.

Sonate (piano et violon; Adagio pour violon et piano; 8e Nocturne pour violoncelle, piano et orchestre ; Marche Occitane (orchestre); 10e et 11e Nocturne (piano)
Evocations d'Occitanie (trio); Cantabile pour quatre violoncelles; Gaude Mater
Ecclesiam (chœur à deux voix) ; Quatuor à cordes, Lashermes, éditeur. — Poème
pour violoncelle et piano; Ode pour violon et piano; Sonatine pour piano, Senart,
éditeur. — Andante religioso, Avon, éditeur. — Rapsodie Espagnole, (orchestre),
Hayet, éditeur.
BIBLIOGRAPHIE

Georges Migot, La Douce France, Mai 1921 ; Henri Collet, Comœdia, 4 mai et
17 juin 1921; Charles Sylvestre, Le Centre, Mai et novembre 1921; Philippe de
Magneux, Les Tablettes, novembre 1921; Marc David, Le Guide du Concert,
13 janvier 1922 et décembre 1921; E. Montel, Petit Méridional, 2 mars 1922; Charles Sylvestre, « La Rapsodie de Rey-Andreu », L'Amour du Pays, février 1922;
Georges Migot, « La Rapsodie Espagnole de Rey-Andreu », Revue Musicale,
mai 1922; Pierre Marcellin, La Miisique, Le Nouveau Mercure, octobre 1922; Sergines, Les Annales Politiques et littéraires, 5 mars 1922, suppléments 3 juin 19231925; Le Courrier musical, lerfévrier 1922, 1er février 1923, 15 février 1923,15 janvier
1924, supplément musical 1925; Marcel Sémézies, Feuilles au Vent (chronique
musicale), janvier 1923; Nos compatriotes musiciens, Indépendant, 6 mars 1922;
Un Musicien de chez nous. Télégramme, 9 avril 1922; Un Compositeur languedocien, l'Effort, mai 1922, par Jean Camp; Le Devoir de Montréal, (Canada),
8 avril 1922; E. Rey-Andreu, Compositeur Occitan, L'Ane d'Or, juillet 1922, par

�— 89 —
P. Duplessis de Pouzilhac; Georges Gallon, La Pensée Latine, novembre 1922;
Th. Lindenlaud, Le Temvs, 1 février 1923 (concert symphonique) et 22 novembre
1924; Jacques Faneuse, La Flamme novembre 1922, Un Compositeur Occitan;
Marval, Le Petit Méridional, 22 juillet 1922; Lespinasse, Le Travail, Toulouse,
4 mai 1924; Pierre Médan, Le Feu, 15 avril 1923, 15 novembre 1923; Montpellier,
Ceux de chez nous, 19 janvier 1924; Ludovic Bron, • Un Compositeur Occitan,
Comœdia, 7 août 1923 ; René Brancour, Le Ménestrel, 25 mai 1923, 21 novembre
1924; C. M. La Dépêche, 8 décembre 1923; Charles Géniaux, Narionne, 25 août
1924, La Dépêche, 20 juillet 1923 et 1er novembre 1923; Daniel Gineste, Festival
Rey-Andreu au Caméléon, Moniteur Musical décembre 1923; Le Temps, 30 juin
1923 (Lindebaul, Concerts) ; Paul Ramain, Un musicien Occitan, La Vie Montpélliérenne, 27 juin 1925; Paul Ramain, l'Illustré du Nord, 15 août 1925 (Lille);
Officiel Artistique de Bruxelles, janvier 1925.

Histoire de la Musique, 1 volume, éditions du Fauconnier, par Frantz d'Hurigny : l'Ecole moderne; et de nombreux journaux ou revues de la région.
ICOflOGRAPrllE
Portrait : Pensée latine, novembre 1922; Courrier musical, 15 février 1922, 15
janvier 1924; La Flamme, novembre 1922; Semaine musicale, 2 juin 1922; La Vie
Montpelliérenne, 30 décembre 1922, Montpellier, 19 janvier 1924; Comœdia,
7 août 1923.
Bois gravé de Cabrol : La Dépêche, 8 décembre 1923. Bois gravé d'Auguste
Rouquet, Les Feuillets Occitans.

�L Occitanie et le Monde latin
Li'Amérique Liatine et flous.

M. de Saint-Vincent Brassac a bien voulu exposer ici même les
buts de la section de l'Amérique latine au Collège des Sciences
Sociales et montrer l'intérêt puissant qu'il y aurait à rendre permanente et, partant, fécondes, les relations entre le groupe occitan
et les républiques sud-Américaines.
Nous ne nous proposons pas, dans cette rubrique qui tend à constituer le trait d'union indispensable entre elles et nous, de poursuivre spécialement pour nos amis latins l'inventaire de nos ressources intellectuelles et économiques. La revue tout entière a été
créée dans ce but et c'est en la lisant que l'on pourra se rendre
compte des valeurs occitanes dans ces domaines. Nous voudrions
surtout présenter ici l'autre face du problème, c'est-à-dire exposer
nos possibilités en pays latins, nous pencher plus attentivement
sur leur vie multiple et débordante d'énergies et y reconnaître,
pour leS désigner à l'attention, les points sur lesquels nous pouvons nous unir, fraterniser, nous aider les uns les autres et établir entre eux et nous des échanges réciproquement souhaitables.
S'il est vrai — comme l'ont remarqué les grands voyageurs qui
sont allés en Amérique du Sud — Clemenceau ou Mangin, Mgr Baudrillart ou Paul Fort — que la séduction intellectuelle exercée par
la pensée française sur les latins d'Amérique est intense, combien
plus fortement ne s'exercera-t-elle pas si nous multiplions les rapprochements entre eux et nous, qui sommes les plus proches d'eux,
en France, par le sang et par l'esprit ! Les qualités, voire les travers
de la race occitane ne nous permettront-ils pas de pénétrer plus

�_ 4i _
avant dans la compréhension de ces écrivains et de ces poètes qui
s'expriment en un castillan si voisin de notre langue d'oc, sonore
et rythmé comme elle, comme elle clair et bien disant ?
Que de liens à créer entre nous dans le domaine de la philologie
ou de la littérature pure, de la traduction ou du théâtre, en comprenant mieux le cousinage — si j'ose dire — de tous nos modes
d'expression.
Buenos-Aires et Montevideo disposent, paraît-il, d'un excellent
organisme de propagande : Le Palais du Livre, véritable palais où
le livre est vraiment chez lui. Efforçons-nous d'y réclamer une place
pour la littérature française d'abord, c'est évident, mais aussi pour
la littérature d'oc, transition presque naturelle entre les deux idiomes, pour les ouvrages qui traitent de nos provinces; faisons aimer
la France en la présentant sous un de ses aspects les plus attirants,
sous le visage de nos régions occitanes où se marient les couleurs
éclatantes du soleil et du sol aussi heureusement que sous le ciel
net des Tropiques.
Demandons encore à nos amis d'Outre-Océan d'établir avec nous
une liaison non seulement intellectuelle, mais économique.
Que nous allions chercher, par exemple, chez eux, les produits
chimiques que l'agriculture réclame pour nos terres méridionales.
Qu'ils apprennent à connaître la route de Mazamet, pour les laines
manufacturées, celle de nos plaines audoises et roussillonnaises
pour les vignobles renommés qu'on y trouve. Que le commerçant et
le poète, l'industriel et l'amateur d'âmes tendent ainsi un pont
idéal des rives méditerranéennes aux bords lointains des Indes Occidentales.
C'est à cette belle tâche de fraternisation, à la fois concrète et
spirituelle, que nous prétendons nous consacrer ici !
Jean

CAMP.

�Le mouvement économique Occitan
lia Carte des Vins de Lianguedoe et le Groupement
Passerieux.
une excellente nouvelle que celle qui nous parvient.
;
I
Dans quelques jours, la carte des vins du Languedoc figurera sur les tables de nos meilleurs restaurants et hôtels, à côté de celles des vins de Bourgogne, de Bordeaux et de Champagne. Des bouteilles
d'une forme nouvelle, et qui nous sera vite familière,
élégamment capsulées, et portant sur leurs étiquettes la rutilante
croix de Languedoc, renfermeront précieusement dans leurs flancs
les meilleurs crûs de notre région Méditerranéenne.
Fait remarquable qui peut avoir d'heureuses répercussions économiques pour 'la Viticulture méridionale, à condition toutefois
d'être bien compris et méthodiquement exploité.
Pour que les crûs de Languedoc, complétant la riche gamme des
vins français, viennent ainsi revendiquer leur place aux côtés des
crûs célèbres d'autres régions qu'ils n'entendent nullement détrôner; pour que, ne rougissant plus de leurs origines, ils aillent moins
nombreux chercher à Bordeaux ou à Mâcon un faux état-civil, qu'at-il fallu ? Qu'au lendemain de la guerre, un homme avisé, énergique, confiant dans la force et la justesse de son idée, ait compris
que les circonstances nouvelles imposaient des formules économiques nouvelles, qu'il ait eu la hardiesse de rompre avec les anciens
'EST

�— 43 —
errements du commerce et, détruisant un légendaire antagonisme,
de rechercher dans une entente étroite entre le producteur et le
négociant, l'une des solutions du problème viticole. C'est l'œuvre
que poursuit Passerieux, et son Groupement, œuvre à laquelle on ne
saurait trop souhaiter le succès qu'elle mérite.
Faire du négociant, non plus l'ennemi du propriétaire, mais son
conseiller technique et son agent commercial, souder leurs intérêts
au lieu de les opposer, porter tous leurs efforts, désormais communs,
vers une meilleure production et la recherche de nouveaux débouchés, telle est la tâche féconde à laquelle Passerieux s'est attaché
et à laquelle il apporte une foi d'âpôtre.
Parcourant nos beaux vignobles qui couvrent les plateaux du
Catourze et de la Clape, et qui, dans le Minervois et les âpres Corbières mêlent, au printemps, leurs parfums à ceux de la lavande et
du romarin, il a dit aux vignerons : réservez-moi tous les ans votre
meilleure cuvée. Pour faire que cette cuvée soit digne de vous et de
votre Midi, améliorez vos cépages et vos procédés de vinification. Je
vous y aiderai de mes conseils; je m'emploierai à faire connaître en
France et à l'étranger l'excellence de vos produits et à leur donner
sur tous les marchés, une plus-value dont vous bénéficierez et qui
vous incitera à améliorer constamment leur qualité.
Et c'est ainsi qu'après une longue étude il a réalisé cette première
carte des vins du Languedoc où les Grenache, les Malvoisie, les
Rancio, les Blanquettes, les Clairettes, les Muscats voisinent avec
des seigneurs de moindre importance, étalant toute la richesse de
nos vignobles méconnus et la souplesse de nos ressources.
Cette belle et courageuse initiative méritait d'être signalée non
seulement parce qu'elle est l'œuvre de l'un de nos plus dévoués
collaborateurs, mais encore par les conséquences économiques qui
en peuvent découler.
L'an dernier, à pareille époque, le Groupe Occitan inaugurait ses
travaux par une série de conférences présidées par l'éminent maître qu'est M. Viala, membre de l'Institut, conférences consacrées au
problème d'une crise viticole. Devant l'accroissement constant de la
production, le resserrement des débouchés, le développement de la
culture des hybrides sous toutes les latitudes, les orateurs se montraient quelque peu inquiets de l'avenir de la Viticulture. Or, entre
autres remèdes, M. Marsais, ingénieur-agronome, chef du laboratoire de viticulture à l'Institut Agronomique, conseillait d'en revenir aux vieilles traditions françaises, celles qui ont valu à nos vins
leur belle réputation de par le monde et de rechercher bien plus la
qualité que la quantité. Il déplorait de voir disparaître peu à peu,
sous le flot envahisseur des vignes communes à grands rendements,

�tant d'estimables cépages souvent si peu connus. Mais que pouvaiton à rencontre, si, pour d'aussi désirables cultures, le vigneron ne
trouvait pas quelque avantage et une juste rémunération de ses
efforts.
Cet avantage, cette rémunération, le Groupement Passerieux les
lui offre et c'est par là que sa tentative, s'élevant bien au-dessus
d'une simple entreprise commerciale est intéressante au point de
vue général et mérite d'être secondée.
En créant au profit des vins de qualité à faible rendement un
avantage marqué sur les vins communs de grande production, en
encourageant le développement des premiers, l'initiative de Passerieux peut avoir une portée économique qu'il convient de souligner, elle peut contribuer à l'orientation de la viticulture méridionale, elle pourrait, — si elle développait normalement ses effets, —
avoir une influence heureuse en cas de crise de surproduction.
Ces considérations valent qu'on s'y arrête.
Nous souhaitons que cette première carte des vins du Languedoc
fasse, ici même, l'objet d'une étude détaillée, caractérisant les terroirs et faisant ressortir avec les mérites des encépagements, les
qualités des vins produits. Cette étude, nous l'attendons avec curiosité parce qu'elle est capable de nous dévoiler nos propres richesses
et les titres de noblesse de notre sol, alors que nous sommes trop
accoutumés à ne vouloir connaître et apprécier que ceux des voisins. Nous doutons trop de nous-mêmes.
Ce que nous voulons seulement retenir aujourd'hui, c'est le bel
effort de régionalisme économique poursuivi par Passerieux et les
perspectives qu'il ouvre à une production qui constitue la première
des richesses nationales de la France.
Un tel effort nous impose un devoir de solidarité. Réclamons
partout cette carte des vins du Languedoc où tant de noms amis
réjouiront nos yeux, en attendant que les élégantes bouteilles, à la
croix rouge et or, versent dans nos verres les précieuses liqueurs
mûries sous le ciel de chez nous et dont les arômes délicats éveilleront en nous le souvenir de la Terre natale.
F. DE CAR SAC.

Auch. — F. Cocharanx, imprimeur, me de Lorraine

�compositeur Jean Marseillac, élève de Vincent d'Indy, a brodé une chatoyante et
lag-e musique, interprêtée avec maîtrise par Madame Malnory-Marseillac, soliste
des Concerts Colonne, Lamoureux et du Conservatoire. En grande artiste, Madame
Malnory-Marseillac chanta ensuite les deux poèmes colorés de notre regretté
Louis Codet, Le Port Catalan et Le Pont espagnol dont on peut dire qu'ils sont
des chefs-d'œuvre de poésie et de musique, ces poèmes furent acclamés et couverts
d'applaudissements. L'auteur et Madame Malnory-Marseillac ont été l'objet
d'une ovation émouvante de la part d'un public vite conquis par ces deux éminents
artistes aussi modestes que réputés. Même accueil chaleureux au Petit Cheval, de
Déodat de Séverac, impeccablement interprêté par Madame Malnory, accompagnée
au piano avec une science musicale parfaite par son mari qui nous est cher pour
le culte qu'il a voué à son Languedoc et aussi au Rousaillon.
La séance s'est terminée par « La Toulousaine » et « Sant Gil » chantés
en chœur et bissés. Soirée en tous points réussie et qui fait le plus grand honneur
au Groupe Occitan ».
Le Groupe Occitan serait heureux d'accueillir tous ceux qui. habitant Paris,
gardent en eux le culte de leurterre et il leur demande de faire connaître ses
efforts dans tous les domaines.
La Terre Occitane, terre du soleil, est aussi celle de la poésie. Kous avons
donné, dans cette soirée régionaliste, une première série de poèmes qui sera
suivie, au cours de nos soirées prochaines, de nouvelles auditions poétiques des
œuvres de MM. Jules Azéma, Léon Soulié, Jean Azaïs, Charles Phalippou, etc.,
et de notre grand compatriote F. P. Alibert. Au cours de la prochaine causerie,
celle de M. Paul Sentenac sur les artistes occitans, on lira des poèdes sur la peinture, on interprêtera des œuvres de Rey-Andreu, et Mlle Pourcherol présenterez
les monnaies curieuses du languedoc.

Les Feuillets Occitans
Abonuements :

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Directeur : JE. GÏ'ITTARD,
Archiviste-Paléographe, ex-bibliothécaire de la ville de Toulouse,
Vice-Président du " Groupe Occitan "

�Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel du Groupe Occitan

ORGANE RÉGI0NAL1STE DES PAYS D'OC
Bureaux de la Rédaction : 41, Boulevard des Capucines, PARIS
Jour de réception : le mercredi de 6 à 7 h.
Dépôt si ïeate : I tràrie « Otcitania », 8, Passage ïer.'eao, Paris, et 9, Rue Gzeane, à Tcnlcss?;
Librairie Ronquetts, à Carcassonna.
(Les manuscrits doivent être adressés à M. Auguste

ROUQUET,

Secrétaire)

COMITÉ :
MM

Président: F. CROS-MAYREVIEILLE,
||, j, &gt;J».
Vice-Présidents : Paul SENTENAC,
; E. GUITARD ; Frédéric SAISSET.
Secrétaire-général : Auguste KODQUET.
Archiviste : P.-L. GRENIER.
Trésorier : Maurice FAVATIER, ^fc,
&gt;J&lt;.
Chef des Études économiques et agricoles : Docteur GRANEI., ^5f, (||T.
Membres : Léon AURIOL, 'fr, !|| I.; Emile COMET,
£, &gt;J&lt; &gt;J&lt; ; Fernand CRÉMIEUX, £
Jean DÏÏPUY:îft,
N. FAVIER ; Jo GINESTOU,
Auguste GOENOT ; Henry
NOBLL, fr,
DE SAINT-VINCENT-BRASSAC, $, |^ !$, &gt;ï&lt;; ; Georges VILLE.
Principaux collaborateurs :
Lettres Françaises : J. F. Paul ALÏBERT; Jean AMADE: Achille ASTRE;
Jean AZAIS; A. BATJSIL; Adrienne BLANC-PÉRIDIER; Paul CASTELA;
G. CHERAU; Marcel CLAVIÉ; Benjamin CRÉMIEUX; Fernand CRÉMIEUX; Joseph DELTEIL; DENYS-AMIEL; Henri DUCLOS; P. DUPLESSIS de POTJZILHAC; Lucien FABRE; Henri FESCOURT; Ernest GAUBERT ; Jo GINESTOU ; Jehan d'ARVIETJ ;
Vincent HTSPA ;
Pierre
JALABERT; Jean LEBRAU; H. MUCHART; Henri NOELL; Ch. PHALIPPOTJ;
J.-S. PONS; Mlle POTJRCHEROL; Armand PRAV1EL; A. ROUQUET; J. ROZÈS
de BROUSSE; Frédéric SAISSET; PAUL-SENTENAC; Léon SOULIÉ; TOUNYLERYS; F. TRESSERRE; Suzanne TESSIER Georges VILLE ; Jules VERAN, etc.
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE; Jules AZEMA; Dr Paul ALBAREL;
Léon AURIOL; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE; Ismaël GIRARD;
P.-L GRENIER; E.-H. GUITARD; Léon JULIA; J. LOUBET; Antonin PERBOSC; Jean PUEL; Emile RIPERT; José ROUQUET; Abbé Joseph SALVAT;
DR SOULA, etc. etc.,
Beaux-Arts : BERNARD; Auguste CHABAUD; CALMON; DESNOYERS;
DOMERGUE-LAGARDE; H. FAVIER; A. GUENOT; GASPARD-MAILLOL;
Pierre LAPRADE; JeanMAGROU; Jean MARSEILLAC; PARAYRE; RAMEY;
RAMOND; E. REY-ANDREU; Achille ROUQUET; Auguste ROUQUET; PAULSENTENAC, etc. etc...
Mouvement Economique et Régionalisme : Jean Camp; Gaston COMBELERAN;
Emile COMET; Fernand CROS-MAYREVIEILLE; L. DOUARCHE; Jean DUPUY; Aimé GRANEL; Prosper MONTAGNÉ; A. PASSERIEUX; E. ROUXPARASSAC; Emile SAINT-GIRONS de ST-VINCENT-BRA.SSAC ; etc. etc.

�CHBRE5PIISE (Rude)

Il a été tiré du -présent numéro
20 exemplaires de luxe numérotés
hors commerce, sur papier de
Montval, de G. Maillot.
Ex. n"

Bois original d'Augusie RouQUirr

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              <text>Sentenac, Paul (1884-1958)</text>
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              <text>Rouquet, Auguste (1887-19..)</text>
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              <text>Vidal, Charles</text>
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              <text>Saisset, Frédéric</text>
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              <text>Camp, Jean (1891-1968)</text>
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              <text>Carsac, F. de</text>
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          <name>Alternative Title</name>
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              <text>Les Feuillets occitans. - 1926, n°06-07 (Janvier-Février) </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 3</text>
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
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