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                  <text>2' ANNÉE
i3",

14'

et i5e Feuillet.

AOUT-SEPTEMBRE-OCTOBRE

1926

Le N°

: 3

fr.

LES FEUILLETS
LANGUEDOC RoussiixoN
PAYS D'OC

1

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
41, Boulerard des Capucines, 41

PARIS

�SOMMAIRE

Les Lettres Françaises :
Leçons et exemple
Les Livres
La Fête-Dieu, poème

. .

Armand

PRAYIEL.

F. CRÉMIEUX;

Gabriel

Henry

NOELL.

TALLET.

Beaux Arts :
La Saison des Expositions
Josep Fonthernat et le chœur Occitan
Le Festival Rey-Andreu

PAUL-SENTENAO.
P. CRÉMIEUX.

Jacques

BAUDRT.

Les Lettres Occitanes :
Vespre autounenc
Bibliographie Occitane

José LOUBEL.
P.-L. GBENIER.

Le Mouvement économique :
Chronique

J. MORINI-COMBY.

Têtes Occitanes :
Auguste Fourés

Abbé J.

Illustrations pour « Vin Rouge »
Culs de lampe de « Vin Rouge »
Portrait de A. Fourés
Bandeaux

L.-P. CADÈNE.
L.-P. CADÈNE.
Achille ROUQUET.
Auguste BOUQUET.

SALVAT.

Nota. Nous donnerons dans nos prochains numéros, la suite de l'enquête sur le Problème Occitan, de notre collaborateur E.-H. Guitard ; Les poèmes, de MM. Jean
Lebrau, Jean Camp, Daniel Baqué ; la Chronique viticole, de M. de Carsac, etc., q«e
l'abondance des matières ne nous permet pas de publier dans le présent numéro.

�COMITÉ DIRECTEUR DU GROUPE OCCITAN:

§,

[BÊZIERS

Président : F. CROS-MAYREVIKILLIÎ,
Vice-Présidents : Paul SENTENAC, ^£; E. GUITARD; Frédéric SAISSET.
Secrétaire-général: Auguste BOUQUET.
Archiviste : P.-L. GRENIER.
Trésorier : Maurice FAVATIER,
JJ,
Chef des Études économiques et agricoles: Docteur GRANEL,
f^l.
Membres : Léon AURIOL, $s f|L; Emile COMKT, ^f,
►£&lt; &gt;J« ; Fernand CRÉMIEUX, $
Jean DUPUY;
J,-; H. FAVIER ; Jo GINESTOC, îfif,
Auguste GUENOT ; Henry
NOELL,
DE SAINT-VINCENT-BRASSAO, $, K.S, J,,
Georges VILLE; Jean CAMP.

Délégation permanente des Groupements Régionaux et Locaux
auprès du Comité-Directeur.
LA VEILLÉE D'AUVERGNE

:

M. Boudon, Secrétaire Général.
: M. de Clarix de Nussac, Secré-

LE GROUPE D'ÉTUDES LIMOUSINES

taire général.
(Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
: Docteur Digeon, Président.
LES ENFANTS DU GARD A PARIS : M. A. P. Martin, Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES : Marcel Clavié, Vice-Président.
LE ROUSSILLON

LES ENFANTS DE L'AUDE A PARIS

LES

ENFANTS DE L'HÉRAULT.

Les Feuillets Occitans
Abonnement s :

Édition ordinaire, un an
Edition de luxe sur papier de Montval, de G. Maillol.
Les Abonnements partent du 1er janvier.

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60 fr.

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Compte de Chèque Postaux : Paris, 739-10.

7, Square du Champ-de-Mars, Paris.

�Les feuillet? Oecitaps
sont répandus :

Dans toutes les Provinces Méridionales,
Dans les pays latins :
Amérique latine,
Italie,
Espagne,
Roumanie.
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41, Boulevard des Capucines, Paris.
Téléphone : Gut. 78-19.

L'Office Occitan
Pflf^IS, 41, Boulevard des Capucines, P PJS
TÉrj-:pHOSK :

GUT.

78-19.

Fréquenté assidûment par des exportateurs
et des acheteurs parisiens a déjà traité en
1925, pour le compte de nos compatriotes de
nombreuses affaires-

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Faites-vous inscrire sur son répertoire commercial

�C.I.D.O.

BÉZIERS

Lettres Françaises
Leçons et exemple
Il y a bien longtemps que je soutiens et répète que les premiers
responsables de la Centralisation, ce sont les centralisés eux-mêmes.
Occitans, on nous accuse de vouloir tout accaparer, de nous pousser
sans cesse au premier rang, de nous acharner à réaliser la vieille
formule : les Latins ont conquis la Gaule. En fait, nous n'avons rien
conquis du tout, et notre histoire n'est tissée que des plus coupables
renoncements.
Nous avons renié notre langue, nous n'avons jamais su notre propre histoire, nous avons rougi de nos costumes, de nos traditions,
de notre passé. Nous avons laissé, pendant des années et des années,
sévir chez nous le vandalisme le plus abject. Nous n'avons même
pas su mettre en valeur les richesses de notre sol, rendre facilement
accessibles les beautés incomparables de nos sites et de nos monuments. Nous avons une mentalité d'éternels vaincus.
Je tâcherai de préciser cet examen de conscience sur un terrain
purement poétique.

*

�— 146
I! est une vieille querelle, suscitée par Rémy de Gourment, qui renaît de temps à autre :
« Le Midi se prétend la terre des poètes. Il ne peut tn revendiquer un seul. »
Je le crois bien ! Il les a tous reniés.
S'il est un mouvement admirable dans l'histoire de l'esprit humain, c'est l'éclosion, en plein moyen-âge féodal, de la poésie des
Troubadours. Nous devrions vivre dans le culte de ces chanteurs qui
ont, les premiers, sonné le réveil de l'esprit, inspiré Dante et Pétrarque, fixé les lois de la composition littéraire, révélé de nouveau
la beauté, l'amour, l'idéal, à des siècles barbares...
Or, parmi nous, qui s'en occupe ? Qui connaît même leurs noms ?
Oui, je sais, le maître Joseph Anglade leur a voué sa vie savante et
laborieuse, le bon félibre convaincu Adolphe Lajoinie vient de leur
consacrer un volume de vulgarisation, tout dernièrement, à Albi,
Mme Jane Durand-Malphettes avait le courage de donner une
conférence sur l'un d'entre eux, Raymond de Miraval, mais l'ensemble du public occitan, que fait-il ? Il se délecte aux « ouvrages »
de M. Clément Vautel !
Qui a réédité nos troubadours ? Les Allemands — Qui les étudie,
les admire, les analyse ? Les Anglais, les Américains, le Scandinaves !
En 1913-1914, la municipalité socialiste de Toulouse voulut bien
confier à une commission dont j'avais l'honneur de faire partie la
révision des noms de rues. Mon éminent ami M. Anglade en profita
pour proposer de baptiser certaines voies, bien modestes, d'ailleurs,
des noms de Peire Vidal, Aymeri de Péguilhan, Guilhem Montanhagal et autres troubadours toulousains. Ce qu'il y eut de particulièrement comique, c'est que le Consel d'Etat, appelé à ratifier la décision fort intelligente de la municipalité — car, il faut que le Conseil d'Etat intervienne en pareille occurrence! — s'étonna de ces
noms qui lui étaient parfaitement inconnus, et demanda des renseignements biographiques à peu près impossibles à fournir. Enfin,
après force explications, nous eûmes gain de cause. Mais la guerre
survint, puis une nouvelle municipalité, étrangère à cette initiative;
voici de nouveau les socialistes. Ils n'ont qu'à exécuter ce qu'ils
ont décidé eux-mêmes en 1914. Eh bien, il paraît que c'est très difficile. Ils reculent devant la fonte de plaques nouvelles, et rien n'est
encore fait.
Pauvres troubadours, auxquels on chicane même la plaque d'une
ruelle !
Après cela, vous jugez si jamais on leur a élevé une statue ! Les
maîtres Jean-Paul Laurens et Henri-Martin les ont magnifiquement

�— 147 —
évoqués sur les murs du Capitole toulousain — mais où leur image
se dresse-t-elle en plein soleil, pour rappler au touriste qui passe
que le Midi est terre de poésie ?
Voici une autre affaire. S'il est un poète, très connu, celui-là, et
dont l'Occitanie doive s'enorgueillir, c'est bien André Chénier.
Je n'ai pas besoin d'y insister ici. Après les savants travaux de
notre compatriote M. Jean Azaïs, publiés d'abord dans la revue toulousaine le Bon Plaisir, personne n'ignore qu'André Chénier, de
bonne souche languedocienne par son père, a passé à Carcassonne et
à Limoux une bonne partie de son enfance. C'est donc chez nous
que ses yeux se sont ouverts à la beauté. De toutes façons nous pouvons les revendiquer comme nôtre.
Or, sur ce sol de l'Aude, qu'est-ce qui le rappelle ! Un nom de
rue peut-être, une plaque. C'est tout.
En 1891, le bon poète et grand artiste Achille Rouquet ouvrit une
souscription pour élever à Carcassonne une statue à Chénier. Cette
souscription fut honorée des dons de Leconte de Lisle, Hérédia,
Sully Prudhomme... On la laissa misérablement tomber. Les sommes insuffisantes qu'elle avait pu grouper, où dorment-elles?
Je dis qu'il y a là un véritable scandale, où se manifestent une
fois de plus l'inertie des Méridionaux et leur reniement honteux de
leur passé.
On pourrait citer cependant des exemples isolés, qui devraient
leur donner courage, et leur rendre un peu la conscience de ce
qu'ils pourraient.
J'aime à citer l'exemple de la petite ville de Luzech (Lot), qui
est un centre régionaliste modèle.
Dans ce pays, profondément divisé cependant par les passions politiques, quelques hommes de cœur, parmi lesquels il faut citer à
l'honneur M. le docteur Pélissier, ont formé un comité d'initiative
voué à la défense du passé local. Tout le monde y collabore. Ainsi
ont pu être poussées activement les fouilles de l'admirable oppidum
gaulois, qu'on a prétendu parfois identifier avec Uxellodunum, le
classement et la défense des monuments historiques, l'établissement
d'un musée du plus haut intérêt. Pour tout cela, au lendemain des
luttes électorales, le curé, le châtelin, le commerçant radical-socialiste, l'ouvrier communiste se rencontrent amicalement. Le paysan
offre gratuitement des silllons de sa vigne pour qu'on puisse y fouiller en liberté !
L'an dernier, ces braves gens prirent une initiative que Montauban avait négligée : ils élevèrent, de leurs propres ressources, une
stèle à leur compatriote Lefranc de Pompignan.
Heu ! Lefranc de Pompignan, cela ne vaut pas André Chénier. Mais

�— 148 —
il était des leurs, et ils l'aimaient. Tout le monde marcha, les écrivains du pays comme Léon Lafage et les Calel, les Académies de
Toulouse, Montauban, Cahors, et M. de Monzie, lui-même, alors ministre de l'Instruction Publique, vint gentiment fêter Pompignan,
victime de Voltaire et auteur' des Cantiques Sacrés.
— Voilà, Occitans, mes frères, ce que l'on fait, quand on s'aime,
quand on étudie et quand on se souvient.
ARMAND

PRAVIEL.

*
Le Groupe Occitan s'est déjà préoccupé de reprendre la souscription pour élever
à Carcassonne un monument à André Chénier. II a chargé son vice-président,
le poète Paul-Sentenac, de mettre au point ce projet. Ajoutons que les sommes
recueillies par le premier comité sont en dépôt au Comptoir d'Escompte de Carcassonne à la disposition du futur comité.

(Note de la Rédaction).

�Illustration pour « Vlrt ROUQE »,

Par

L. P. CADÉSE.

�Vin rouge, de Pierre-Étienne JSflartel.
(Les cahiers Occitans, Toulouse.)
« Voici l'histoire du véritable Tarramaynou », est-il précisé dans l'avis au lecteur
qui accompagne « Vin Rouge ». Qui nous dira par quelle étrange modestie
M. P. E. Martel, sur le point d'évoquer, avec le réalisme le plus poignant, repopfee
fameuse du Midi viticole, a désiré se placer, même en réformateur, sous le signe
de M. Lucien Pabre.
C'est faire bien grand honneur, nous semble-t-il, à ce récent roman de l'auteur
:1e Rabevel, à ce Tarramagriûu qui, s'il ne manque pas absolument de vigueur
ni d'accent, dénote pour le moins une méconnaissance des événements de 190B,
de l'âme de ses protagonistes, et du pays où ils se déroulèrent. Cette transposition cévenole, grise, rocailleuse et austère ne saurait compter dans l'histoire
qui nous occupe et M. P. E. Martel reste à cet égard un précurseur. Won « Vin
Rouge» mérite en effet de prendre place dans les bibliothèques de tous ceux que
passionnent les choses d'Occitanie et de devenir le livre de chevet des méridionaux du Bas-Languedoc qui ont le culte du souvenir.
A vrai dire, « l'histoire » dont M. Martel a orné ces pages d'histoire n'a pour
nous qu'un attrait subsidiaire. Non que l'auteur de « Vin Rouge » ne possède certaines des qualités du romancier, la couleur, le sens de la vie, de l'ardeur, du pathétique. Et nous sentons bien au demeurant que la double intrigue de son amoureux Irénée Crassous a une valeur symbolique, puisque dans ce roman qui est
un hymne de foi à la terre natale, après l'emprise de la chaude et folle gitane
qui représentait l'esprit d'aventure, la vie libre et lointaine, le déracinement romantique, et toute la contradiction d'une race avec laquelle ceux de chez nous ne
peuvent « trouver d'pffinité que dans les jeux de la passion », M. Martel a voulu
célébrer dans son triomphe l'amour simple et bienfaisant de la fille du terroirdé celle « dont les pieds solides tiennent à la terre aussi étroitement que les
racines des vignes. »
Mais le héros de cette page d'amour- a le tort de n'être qu'un comparse dans
le drame social qui gronde; et qui plus est, ce comparse est un raisonneur, un esprit critique, ivre de métaphysique et qui a la prétention de découvrir à force
d'arg-uties et de syllogismes la forme intellectuelle et le sens littéral des événements

�- 151 les plus formidables. Connue enfin le style qui accompagne ses commentaires et
ses paraphrases, et aussi ses exploits amoureux est débordant d'abstractions, de métaphores et de néologimes et rappelle la manière apocalyptique de
M. Paul Adam ou de M. Pierre Hamp, on ne-peut en vouloir au lecteur de piaffer
d'impatience et de prêter plutôt l'oreille à la bataille ardente qui tonitrue, à quelques
pas de là, sur la chaussée.
Le grand défaut de l'histoire romanesque imaginée par M. Martel est donc de
se superposer à l'autre histoire, plus terrible, plus grandiose, sans s'y fondre
véritablement, et de ne servir ici (je m'excuse de ce jargon emprunté à Schiller
et à Kant) que comme « motif retardateur ».
Mais tout cela n'empêche pas « Vin rouge » d'être un livre magistral, et de
prendre à nos yeux le prix d'un document historique et humain que sa spontanéité, sa précision, la sûreté de son information plus encore sa valeur psychologique et son sens des évocations nous permettent de placer parmi les témoignages les plus fidèles qu'aient suscités les grandes périodes.
Ce n'est déjà pas, du reste, un mince mérite que d'avoir su cristalliser, dans la
logique irrésistible de sa genèse et de son évolution, une époque de notre vie
languedocienne qui s'égale aux plus émouvantes que fixa la chronique. Aucun
des faits historiques et sociaux qui la marquèrent n'échappe a l'observateur minutieux qu'est M. Martel. Son érudition qui suit loyalement le cours cres temps est
objective et franche, malgré toute l'admiration sympathique qui peut inspirer
cet enfant du pays et l'on peut, en toute tranquilité, opposer, quand il y a lieu,
la version que donne M. Martel des faits brutaux, au récit souvent tendancieux
dans sa sécheresse préméditée que nous a laissé, au lendemain même des journées tragiques, M. Maurice Leblond, mémorialiste officieux.
M. Martel domine donc les événements qu'il suit au jour le jour avec une
certitude édifiante, et qu'il étaie, du reste, de tous les textes essentiels.
Il les domine et les ressuscite, à l'exemple d'un Michelet. Au fur et à mesure
qu'ils s'enchevêtrent, les faits prennent dans ce livre une consistance, une ampleur, une vie qui s'enfle et s'élargit. Nous partons d'Arg-eliers, où avec une naïveté
plaisante, s'ébauche la conspiration, mi-tragique, mi-tartarinesque. Et c'est la
conquête du Narbonnais, puis du Languedoc, l'invasion du mirage et de l'illusion,
la contagion hallucinante et frénétique. Et c'est tout le peuple qui s'éveille et
prend conscience de sa force monstrueuse, de son élan fatidique. Ere inquiétante
et lourde d'espoirs, où plane le mystère des révolutions, où dos voix rédemptrices et tonitruantes maîtrisent le destin. Et c'est enfin le conflit épique, le sang
qui coule, et au lieu de l'apothéose,, presque l'effondrement, après une scène de
bouffonnerie, qui, comme dans un drame shakespearien, s'inscrit à l'instant le
plus sublime, le plus douloureux.
Le mérite de M. Martel est bien au fond d'avoir su pénétrer l'âme de
cette foule paysanne, talonnée par la faim et tirée par l'enthousiasme, qui se met
soudain en croisade. Comme il frissonne et communie avec elle !
Frère de ces occitans par le corps et par l'affection, il sent la palpitation de

�-

I;»2

leurs pouls, la brisure de leurs nerfs, le frémissement de leur cœur. 11 connaît quel
démon les anime, il sait vers quels -rêves les prédisposent la couleur de leur sang'
et la couleur de leurs deux.
Mais cette sympathie congénitale n'obscurcit pas, nous l'avons déjà indiqué,
l'entendement de M. Martel. Et cependant, qu'il vibre, il sait discerner les mobiles.
Sa présentation psychologique des grands chefs de la révolte est d'une justesse
d'une perspicacité à laquelle nous devons rendre hommage.
« H se plongeait cependant avec volupté dans la série des approches et des
« jouissances qui constituent la joie de comprendre, ouvert à la sagacité par le
« coudoiement perpétuel de choses et d'êtres que les lieux communs des mœurs
« et des habitudes ne dissimulaient plus. Tout d'abord, ls dirigeants, les comités,
« la générosité théâtrale de Marcellin Albert, de plus en plus saccadé, galvani« que, ivoirin, imbu de sa gloire, la truculence et l'impatience de Ferroul, ambi« tieux de débrider la plaie et d'agir vite, l'optimisme organisateur de Bernard,
« la patience et la résolution de Cathala et de Richard, précieux ouvriers de pon« dération, et qui gouvernaient parmi les autres leur pensée comme une lanterne
« sourde, lui fournissaient un thème quotidien de subtilité ».
Ce raccourci donnera au lecteur une idée de la tonalité et de l'allure du récit;
mais il indique bien faiblement ce que peut êtie l'admirable galerie de portraits
qu'il renferme, tel un manoir patriarcal, et qui nous paraît être, en définitive, la
richesse la plus précieuse du roman de M. Martel.
Au total, « Vin rouge » est un livre d'une rare densité, au point d'en paraître
touffu et non exempt de confusion. Comme il est, au surplus, alourdi par une
aventure romanesque qui en pénètre insuffisamment la trame historique du roman
comme le style en est tourmenté et pénible, il peut, dès l'abord, offrir quelque
obstacle au lecteur primesautier. Mais que ce dernier ne se laisse pas dérouter;
qu'il sache aborder celles des pages qui plongent leur racine dans cette vie mouvante, qui, après vingt années, s'est incorporée à l'histoire; et il pourra crier au
miracle.
Sur les 500 pages que contient ce roman, 200 au moins appartiennent à la grande tradition des historiens psychologues, à celle qui part de Tacite, et, par delà
les chroniqueurs du moyen-âge, rejoint les mémorialistes du grand siècle.
Mais, quand il s'agit de l'histoire de chez nous, c'est bien là un titre définitif à
notre admiration et à notre reconnaissance.
Pernand CRÉMIEUX.
LES POÈ|VIES. — U3 poème d'Assise, par Emile Rjpert. — Chants
rustiques et oraisons, par Jean Amade.
LES ROJVIA.NS. — Lilivia, Par Isabelle Sandy. — Un homme voudrait
vivre, par pierre Grasset. — Une rose à la main, par Albert Jean.
C e sont des voix méridionales qui, de loin en loin, viennent rompre le silence un
peu léthargique dans lequel les poètes semblent s'être repliés, en cette année de
disgrâce 1926. Sous l'effet de la chaude lumière méditerranéenne, nos cigales cou-

�— 153 —
rageuses continuent

à

chanter et,

grâce à

elles,

malgré la dureté

des

temps,

des strophes claires et ferventes se mêlent encore à la surabondance des proses.
Ainsi Emile Ripert publie une édition nouvelle, transformée et accrue d'un épilogue

nouveau, de son Poème d'Assise

(1).

•

D'une inspiration ardemment spiritualiste, ce livre, couronné naguère par l'Académie Française et qui

reparaît à l'heure

du

septième centenaire de la mort

de Saint François, ne manquera pas d'intéresser vivement les nombreux intellectuels attachés à l'étude et au culte de la tradition franciscaine.
La forme poétique des strophes est riche dans son ensemble
Ah ! que la nuit est chaude, irritante et perverse

:

!

Comme sous le soleil une terre se gerce,
L'âme sainte se fend, implorant une averse...
Quelle fraîche rosée emplira son calice

?

Dans l'ombre, elle voit fuir un beau corps souple et lisse,
Et, crispée, elle attend que le ciel noir pâlisse.
Néanmoins, certaines imperfections de style ou de technique subsistent dans
cette seconde édition. Elles sont voulues, nous déclare l'auteur :
qu'un

poème

consacré

au

pauvre

Assise

soit

d'un

style

trop

« Il ne sied pas
somptueux;

Il

convient que parfois l'hiatus y rappelle la conversation familière et que la rime
s' y abaisse d'autres fois jusqu'à l'assonance ».
La qualité du volume réside essentiellement dans la sincérité de son inspiration. Emile Ripert a su faire sienne l'âme de l'Ombrie et de ses couvents, et, comme
l'a dit Henri de Régnier, « provençal, il s'est fait ombrien pour célébrer le charme
de la légende et de l'atmosphère franciscaine ».
Ùn souffle puissant

d'idéalisme traverse

aussi

les

Chants rustiques et orai-

sons (2), de Jean Amade.
Le culte de la nature, le goût des visions aimables et familières s'y mélange à
la douceur de regarder, de croire et d'aimer.
Et, tour à tour, sont célébrés le ciel lumineux des rivages méridionaux.
Le vol de la mouette a posé tant de grâce
En ce cadre d'azur méditerranéen
Qu'elle semble donner des ailes à l'espace
Et chanter dans l'air pyr un poème païen....
la cruche catalane, séduisante par sa grâce et son aisance :
Car, dans ses flancs, où dort, fraîche et limpide, l'eau,
Elle unit, par sa forme unie à son argile,
Ton âme.Catalogne, à l'âme de Virgile.
(1) Editions Spes, 17, rue Soufflot, Paris.
(2) Editions Occitania, 6, passage Verdeau, Paris.

�— 154 —
ou encore le Vallespir, cher au eœur du poète :
Nous t'aimons d'un amour jaloux, comme une femme :
Il nous faut l'abandon sans retour de tes bras,
Tes baisers odorants qui seuls ne trompent pas
Et la sécurité rustique de ton âme...
La générosité affectueuse du cœur de Jean Amade se retrouve aussi, sous une
forme touchante et simple à la fois, dans les stances à Louis Codet et à Déodat
de Séverac. En tête du volume, figure le poème A la Cigale catalane, d'un rythme
si harmonieux et d'une cadence si légère, dont Amade avait donné la primeur
à mon Anthologie roussilonnaise.
Déjà, au cours de la séance des Jeux Floraux, qu'il présida à Perpignan, le
30 mai dernier, avec tant de brio, Jean Amade avait convaincu les Catalans de
ses excellentes relations avec les Muses. Qu'ils lisent les Chants rustiques, et
leur Impression sera plus nette encore. L'érudit des Etudes de la Littérature
■méridionale et de La Renaissance Littéraire en Catalogne, le charmant conteur
de Pastaure et son Maître est aussi un poète délicat et, sous toutes ses formes,
son talent varié sait trouver dans la terre natale la source la plus sûre et la plus
riche d'inspiration.
**
Dans ce même style à la fois limpide et passionné qui était celui à'Anûorra, paru
11 y a trois ou quatre ans, Mme Isabelle S'andy vient d'écrire un autre roman
pyrénéen Llivia ou Les Cœurs Tragiques (3). Ce livre, descriptif de paysages,
de mœurs et de caractères, n'a pas exclusivement pour cadre la petite enclave
espagnole qui existe en Cerdagne française; dans certains de ses chapitres,
c'est la Cerdagne tout entière, c'est le Roussillon lui-même qui sont évoqués, et
ceci lui est un titre de plus à notre attention. On a quelquefois reproché au
Catalan de prétendre, surtout s'il est artiste ou homme de lettres, conserver une
sorte de monopole pour tout ce qui touche -à son pays, dont lui seul serait capable
de comprendre et d'exprimer avec vérité le charme et le caractère. Si le reproche était fondé, il y aurait là assurément un esprit de particularisme et une
étroitesse d'esprit assez singuliers. Je ne veux pas y croire. Pour ma part, c"e»i
toujours avec joie que je vois des écrivains étrangers à notre province l'aimer et
lui faire une place dans leurs œuvres — qu'ils s'appellent Louis Bertrand, Emile
Ripert ou Isabelle Sandy. Leurs hommages, au moins, ne sont pas suspects de
partialité.
Si en parlant du Roussillon, un auteur non roussillonnais vient à commetre,
ça ou là, quelque petite erreur de notation, il a droit à notre indulgence.
Pour sa part, Mme Isabelle Sandy a très vivement et très intimement saisi
(3) Plon-Nourrit, éditeurs, 8, rue Garancière, Paris.

�— 155 —
et senti la poésie et le cachet de notre Cerdagne. Elle les a exprimés avec un
lyrisme, une exaltation, un goût du tragique que l'on pourra trouver excessifs,
mais qui sont un des éléments essentiels de sa .personnalité. Aussi bien, son début
est-il d'une charme enveloppant :
« Les yeux encore fermés, l'homme bâilla et respira toute la mer. Suspendu
entre le rêve et la réalité, il aimait le flottement de ses pensées dans le rythme
des flots invisibles. Jamais comme en cet état de demi-songe et de demi-veille,
il ne sentait la douceur du ciel de Collioure, la molle courbe de ses rivages, la
fanfare des Albères pourpres, dressées, nues, dans la mer veloutée.
« Collioure, Llivia...
« Dort-il encore ? Le rocher méditerranéen et son vieux fort sont soudain
remplacés par la colline romaine de son village cerdan : Llivia, et par les ruine.:
du château de César. Il n'est plus en Roussillon, mais en Cerdagne, chez un.
Il n'est plus libre, insouciant; il souffre, il a peur. Les vagues qu'il entrevoit
se gonflent, se dressent, se pétrifient : ce sont les sommets pyrénéens, bords ciselés de la coupe d'opale qu'est la Cerdagne... »
La plupart des coups de pinceaux et des traits de caractère d'Isabelle Sandy
sont exacts et bien choisis, et si l'amour-propre catalan devait lui tenir un peu
rigueur d'avoir prêté à ses personnages des sentimsent d'un patriotisme plutôt
tiède, du moins faudrait-il ne pas perdre de vue que Llivia est une ville espagnole et que, même dans la Cerdagne française, aux approches de la frontière,
les deux nationalités sont enchevêtrées d'inextricable façon dans un très grand
nombre de familles.
Au point de vue littéraire, celui auquel je me place, les personnages sont à
peu près irréprochables;- la Mctchita en particulier, type d'amoureuse impénitente
et de pénitente sincère et naïve, qui n'hésite pas à sacrifier à la madone son
admirable chevelure d'un noir de jais, est d'un réalisme excellent. Les pages ou
sont décrites la si curieuse pharmacie de Llivia ou la petite église d'Odeillo sont
délicieuses, vraiment. Et les expressions locales (sauf celle de « pitchoune » que,
pour ma part j'ai entendue souvent en Languedoc, mais jamais en Cerdagne) sont,
en général, d'un tour et d'un parfum bien catalans.
Une critique pourrait être adressée au roman d'Isabelle Sandy : il date d'une
vingtaine d'années, de l'époque où le palace de Font-Romeu n'était pas encore
réalisé — et où elle-même n'était qu'une toute petite fille. Depuis lors, la mentalité, comme le paysage, se sont modifiés en Cerdagne. Mais qui reprochera à un
auteur soucieux de pittoresque d'avoir situé son drame dans le cadre d'il y a
vingt ans plutôt que dans celui d'aujourd'hui ?

vs
M. Pierre Grasset, dont a paru, il n'y a pas très longtemps, Le Torrent dans
la Ville, étude de l'âme sentimentale d'un homme d'affaires, vient d'écrire un
autre roman, d'une psychologie émouvante : Un homme voudrait vivre (4).

�— 156 Sujet ramassé et simple s'il en fut : parce que, enfant, il a assisté à un
spectacle tragique dont le souvenir va le hanter (son père abattant d'un coup de
fusil, dans le jardin, l'amant de sa mère et obligeant celle-ci à l'aider à transporter
le cadavre), un homme se voit condamné à ne plus jamais goûté la joie de vivre
que par un effort constant — qui d'ailleurs n'est pas sans quelque volupté. Ce
thème n'est-il pas symbolique ? La découverte de l'arbre du Mal chasse un jour
chacun de nous du paradis terrestre de son enfance, et, par des tentatives
passionnées — l'art, l'amitié, l'amour — nous cherchons à y pénétrer de nouveau.
Le roman de Pierre Grasset se déroule tour à tour à Montmartre et dans
la campagne languedocienne. La poésie colorée de cette dernière lui fournit l'occasion de descriptions toujours savoureuses, celle-ci par exemple des différentes
sortes de figues :
« Vêtues d'une peau verte et rugueuse ou bien lisses et noires et saignant
par une petite bouche roug vif; ou encore pareilles à des aubergines naines, avec
idur robe d'un bleu sombre, finement craquelée, elles distribuaient dans les arbres
de M. Faug'ères, toute une gamme de saveurs. Mais les figues entre les figues,
c'étaient la grisette, aussi grosse qu'une poire, froide sous la dent comme un
sorbet; et la figue d'or, blonde et sucrée, comme un rayon de miel et qui porte
une perle de sirop irisé ».
***'
Vue rose à la main..,. (5) Albert-Jean, vous avez le secret des titres jolis.
Ils ont cette élégance preste, primesautiène et un peu désinvolte, qui est votre
manière. Elle est votre vraie manière, et vous y revenez —avec joie, j'en suis
certain — dans ce roman nouveau .après quelques fugues au royaume de l'étrange
et du fantastique.
Dans ce livre, qui m'apporte, en ses pages, la maturité de votre talent, et,
en exergue, « un quart de siècle de votre amitié » — l'un et l'autre, pour moi,
également précieux — vous n'avez pas mis seulement la fantaisie inépuisable et
souvent étincelante de votre imagination ; vous y avez mis aussi. votre sensibilité
si profonde, si aiguë, cette sensibilité presque à vif qui donne à la plupart de vos
œuvres un charme et un attrait si prenants.
Vous êtes un des écrivains qui ont le mieux compris le parti que l'on peut
tirer de l'union intime du pittoresque et de l'émouvant; c'est toute la souffrance
des êtres injustement sacrifiés par la vie que vous évoquez à travers les mille
détails objectifs, rapides, curieux et précis que votre œil d'artiste et d'observateur judicieux a noté au passage. Votre héroïne, cette Micheline sur qui pèse
la fatalité d'un mariage malheureux, n'est qu'une petite parisienne sentimentale;
(4) Bernard Grasset, éditeur, 61, rue des Saint-Pères, Paris.
(5) Ernest Flammarion, éditeur, 26, rue Racine, Paris.

�mais vous écoutez les battements de son cœur de celte même oreille frémissante
et attendrie avec laquelle vous guettiez naguère, dans nos jardins catalans, la
musique douce, légère et troublante de la Pluie au printemps.
Je crois en avoir assez dit pour marquer le plaisir que les esprits aélicats
trouveront à la lecture d'Cne rose à la main. Roman réaliste, où s'accusent en
relief les misères et les joies, le terre à terre de la vie quotidienne, roman ETe
sentiment et de passion, roman débordant d'idées et d'images, de mouvement et de
coloris, il me paraît synthétiser assez bien le souple talent de son auteur.... AlbertJean, ami charmant et probe écrivain, il était juste qu'une sympathie fidèle
vous fut marquée ici; vous faites honneur aux lettres de notre Midi, de ce Midi
où le soleil révéla à votre enfance la beauté des choses, de ce Midi dont vos
succès parisiens n'altèrent le souvenir ni dans votre cœur ni dans vos œuvres,
et auquel semblent devoir leurs teintes les plus vives et les plus nettes les roses
que vous effeuillez.
Henry NOELL.

Serviee d'éehange des Revues.
Les Annales du Musée social (Paris); — L'Aude à Toulouse (Toulouse); —
L'Auvergne littéraire, artistique et félibréenne (Clermont-F'errand) ;— Biou y Toros
(Nîmes) ; — Lou Bournat (Périgueux) ; — Le Cercle du Goût Français (Paris) ;
La Chaumière (Rouen) ; —La Cigalo Narbouneso (Narbonne) ;— Le Courrier Catalan (Paris);— Le Divan (Paris); — L'Ermitage (Paris); — L'Escola Felibreena
(Montpellier); — L'Escolo de las Pireneos (Montauban) ;— L'Etendard Piscenois
(Pézenas);— L'Eveil Catalan (Perpignan);— Le Flambeau du Nord (Tourcoing);
— Le Fédéraliste (Courbevoie) ;— Lo gai Saber (Toulouse) ;— Le Grenier (Orléans) ;
Idées (Paris) ; — Le Limousin (Paris) ; — La Mouette (Le Havre) ; — La Nouvelle Revue du Midi (Nîmes); — Oc (Toulouse); — Paris-Critique (Paris); —
Le Parthénon (Paris) ; —La Pensée Latine (Paris) ; — Poésies (Paris) ; — Le
Prisme (Lyon) ; — Les Pyrénées Littéraires — Les Bayons (Bordeaux) ; — La
Revue des Indépendants (Asnières) ; — La Revue de la Nièvre et du Centre
(Paris); — La Rose d'Argent (Suresne); — Septimanie (Narbonne); — La
Science historique (Paris) ; — Bulletin de la Société des Arts et Sciences (Carcassonne) ; — La Revue Latine (Paris) ; — Bulletin de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude (Carcassonne) ; — Le Soleil d'Oc (Toulouse) ; — Le Sol sacré
(Toulouse); — La Terre d'Afrique (Alger); — La Terre d'Oc (Toulouse); —
La Tramontane (Perpignan) ; — Le Bulletin de l'Union des Fédérations des
Syndicats d'Initiative (Paris) ; — Le Touring-Club (Paris) ; — Le Cadet de Gascogne (Paris); — Ceux qui viennent (Paris); — Bulletin de la Commission
Archéologique de Narbonne. — Le Domaine (Foix) ; — La Revue des Autodidactes (Toulouse). — Le Languedoc (Alger). — L'Est Dramatique (Troyes). —
L'Aude à Paris (Paris). — L'Information Régionale (Toulouse). —■ La Cigalo
Languedouciano (Béziers). — La Houle (Lyon). — L'Essor (Dijon). — Le grand
Tourisme (Paris). —- L'Idée Neuve (Lyon). — Le Beffroi de Flandre (Dunkerque).

***

�— 158 —

L.es Poèmes.
UR FÊTE-DIEU.
C'est le jour de la Fête-Dieu...
Une cloche se l'ait entendre.
Des colombes, dans le ciel bleu,
Glissent d'un vol mystique et tendre.
Les draps blancs tendus aux maisons
S'étoilent de bouquets de feuilles.
Jonchant le sol, des frondaisons,
Feutrent les pas qu'elles accueillent.
Les tambours s'approchent, battants.
Le porte-croix conduit la file
Blanche et grise des pénitents
Sur le chemin du tour de ville.
Les chandeliers du reposoir
Allument soudain leurs yeux pâles.
Où sera placé l'ostensoir,
Resplendit le lin pur d'un châle.
Un chant s'égrène vers le ciel.
Jaune et pompeux, le dais s'avance.
Un parfum monte, essentiel,
Des cassolettes qu'on balance.
L'autel est un jardin vermeil.
Pieuse, la foule s'incline
Sous les fleurs qu'on lance au soleil:
La minute est rose et divine.
Mais ces parfums et cet éclat,
Cette fête qui ravit l'âme,
L'argent qui brille, délicat,
Aux chasubles que l'or enflamme,
Tout ce décor, il m'a semblé
Qu'un dieu, trop grand pour qu'il s'émeuve,
L'avait simplement assemblé
Pour encadrer ta robe neuve.
Gabriel Tallet.

�Les Beaux Arts
La Saison des Expositions
mois du printemps et Je début de l'été sont la
véritable saison des Expositions. Des grandes
expositions comme des petites. Tableaux et statues foisonnent de tous côtés. C'est évidemment le Salon des Artistes Français et celui de
la Société Nationale des Beavx-Ârts, réunis au
Grand Palais, qui abritent le plus de toiles et de
plâtres. Mais, s'il y a beaucoup d'exposants,
on compte peu de vrais peintres et de vrais sculpteurs. Le grand Salon de cette année ressemblait à celui de l'an passé. 11 me faudrait
donc refaire une chronique presque semblable à l'article que j'a'i
écrit à pareille époque, en 1925. Je n'y ai aucun goût. Gervais, né à
Toulouse ia augmenté la dimenssion de ses panneaux mais il n'a pas
agrandi son style. La petitesse de sa manière est apparue encore plus
flagrante. Sa grande composition la Danse montrait des personnages antiques qui appartenaient plus au bal des quatz'arts
qu'à la véritable antiquité. Quant à Didier-Pouget, de Toulouse
aussi, et que j'avais loué l'an dernier pour son mas brossé avec robustesse, il s'est empressé de revenir, cette année, à ses anémiques
petites bruyères mauves, si artificielles. Sa clientèle habituelle ne
l'aurait plus reconnu. Le Salon serait- il le Salon sans les petites
bruyères de Didier-Pouget devant quoi s'extasie le bon public ?
Heureusement, pour nous consoler, nous avons le toulousain Henri-Martin. Son panneau décoratif pour la grande salle des Délibérations au Conseil d'Etat n'a pas été seulement l'œuvre la plus marquante des Artistes Français, mais une des plus heureuses réalisations de ce maître. Après la moisson et le déchargement du naviES

�— 160 —
re, travaux des champs et des ports, Henri Martin représente le
travail à Paris. Des ouvriers travaillent au premier plan dans un
chantier, sur la place de la Concorde, par une claire journée estivale avec, au fond, le déroulement pressé des autobus et des taxis.
Les tons chatoyants, les bleus, les rouges, les jaunes, se répètent
sur les ceintures, les chemises, les pantalons des hommes du peuple. Le mouvement devient rythme. Et le modelé, bien que la
touche s'apparente toujours à la technique impressionniste, a pris
plus de solidité. Ces Messieurs du Conseil d'Etat trouveront dans
ces décorations de quoi reposer leur esprit des sévérités du droit
administratif.
Autour de Henri-Martin, lequel garde de la jeunesse dans ces œuvres, nous nous plaisons à grouper les quelques jeunes coloristes qui donnent tout de même à la vielle Société des Artistess Français un peu de sang nouveau. Ainsi Balande, Cariera, le décorateur du Théâtre de Marseille, Henri Montassier, séduisant dans sa
Fête Calante, Médianoche, Dabat à l'intense Tapis d'Orient etc.
Je n'en cite pas davantage pour réserver la place aux coloristes
de chez nous. Aussi bien sont-ils assez nombreux pour constituer un
petit noyau. Il y avait Jean-Gabriel Domergue avec une élégante au
châle fleuri et un portrait de M. Joseph Caillaux ; Boulet-Cyprien et
son amazone; les orientalistes Cauvy et Dabadie; Didier-Tourné
dont l'Italienne à Alger apportait l'élégance de Venise dans une
turquerie; de Montcabrier, spirituel et décoratif dans son ColinMaillard, où Pierrot et Arlequin ont revêtu un manteau ei une robe pour faire croire qu'ils sont des femmes à celui qui tâtonne
dans l'ombre de ses yeux bandés; Sibra, et sonPère François prêche
aux oiseaux ; Azémâ, avec son jardin enfleuri et ensoleillé qui lui
a fait pardonner sa carnavalesque Léda. Paul-Albert Laurens dans
sa figure distinguée d'avocat plaidant, Pascau dans ses portraits féminins, Font dans celui du sculpteur Denys Puech, Sabatté dans
son tableau religieux ont témoigné de plus de sobriété dans leur
palette. Ils ont mérité pourtant d'être signalés, comme aussi ces autres méridionaux Zo, René Jaudon, Beringuier, Beaume, Bascoulès.
Mlle Baignôl, Mlle Grammont, Mlle Schanson, Servat-Bhernard, le
graveur Jean-Jules Dufour, etc.
A l'exposition de La Nationale, c'est autour du maître Forain
qu'il y a lieu de rassembler quelques rares peintres, colorant avec
une manière franche, ■ tels que Van Dongen, Chapuy, Desurmont, René Carrêre Guirand de Scevolia. Celui-ci seulement est occitan. Ii a exposé un portrait du peintre Léonce de Joncières, figuré
la palette à la main, avec son visage glabre, à l'ovale fin, aux yeux
fatigués, qui lui donne un faux air de Henry Bataille, dont il était

�— 161 —
l'ami et dont il fut même le collaborateur. Mais ce portrait, très
expressif, a été traité selon la tradition, les autres toiles de Guirand
de Scevola ont manifesté un souci plus moderne d'harmoniser les
tonalités adoucies des intérieurs avec ie déshabillé ou la toilette
d'un personnage féminin.
La sculpture, au Grand Palais, a révélé encore plus d'erreurs de
conception et de mauvais goût que la peinture. Le désaccord
entre la matière employée et le sujet est plus visible dans une statue que dans un tableau. Je rappelais naguère, en exposant les théories architecturales de notre compatriote Henry Favier, qu'une statue, si elle est parfaite, roulera du sommet d'une colline jusqu'en
bas sans subir aucune mutilation. Les sculpteurs des grands Salons officiels semblent ignorer, pour la plupart, ce principe. Quelques jeunes cependant possèdent un certain sens des masses. Nous
nous bornerons à mentionner parmi eux quelques méridionaux qui
ont été justement remarqués dans le vaste hall de l'avenue Alexandre III: Cogne et sa figure de la Bienheureuse Bernadette, Guéry et
son pugiliste antique, Bacque, Traverse, Moncassin. Le cardinal de
Cabrières de Jean Magrou, que nous avons reproduit dans notre
dernier numéro, sera bien à sa place dans la cathédrale de Montpellier. L'éminent prélat est représenté à genoux, les mains jointes
dans une attitude à la fois naturelle et traditonnelle. Il y a de l'émotion dans cette œuvre, exécutée avec une réelle probité, et dans laquelle le fini des détaids ne nuit pas à la noblesse-de l'ensemble.
Dans la figure du prince d'Orléans Bragance, gisant dans son uniforme militaire, Magrou s'est servi d'une technique plus dépouillée,
et qui ne manque pas de sentiment. Je ne saurais oublier, dans la
section de la sculpture à la Nationale, la Bacchante de Popineau,
bien que ce dernier ne soit pas de chez nous; mais ce morceau
s'est affirmé un des plus intéressants, avec une fermeté, une grâce,
un style bien personnels dans l'abandon du bras qui laisse tomber
la coupe, et dans les jambes rapprochées de cette bacchante étendue, musclée et languide en même temps. Quant à Cladel, dont le
nom est bien méridionnal, son buste de Robespierre, plus grand
que nature, a montré un faire simplifié dans la perruque à queue
et le vêtement, ainsi qu'une préoccupation de concentrer l'expression de la physionomie.
Si nous quittons le grand Palais, nous ne sortons pas cependant
du domaine de la sculpture en signalant le bas-relief, destiné à célébrer les morts au champ d'honneur du Ministère de la Guerre et
dû au statuaire Rousaud, de Rivesaltes. Celui-ci était déjà connu
par ses bustes des poètes Ernest Raynaud et Maurice du Plessis,
du docteur Y. Noé, etc. Son bas-relief vise à la synthèse des forn es.

�— 162 —
Le Salon des Tuileries, est toujours situé, non sans agrément,à la
Porte Maillot, dans le voisinage frais et vert du Bois, a continué
d'abriter un art vivant et bien de notre époque. Les fondateurs ont
prêché eux-mêmes le bon exemple, Besnard, par ses magiques visions de l'Inde Aman-Jean, par cette séduisante jeune femme posant ses jambes sur une table avec une nonchalance emplie de distinction, tableau d'une jeunesse exquise ; Bourdelle, par la puissance
hautaine, la vigueur symbolique de son allégorie de la France. On
retrouve à peu près aux Tuileries les plus significatifs clans le modernisme des exposants des autres Salons, depuis ceux des Indépendants et de l'Automne jusqu'aux Officiels. Je voudrais pouvoir parler longuement de ce portrait de Foujita par lui-même à croupetons
devant sa table de travail, avec son chat sur l'épaule, et de Maurice
Denis, Desvallières, Ottmann, Carrera, Charles Guérin, Marval
Flandrin, Marcel Roche, Picart Le Doux, Friez, Crissay, Chavenon, etc. Force m'est de me restreindre. Notre sensible Pierre Laprade avait un envoi des plus caractéristiques de sa délicatesse si
picturale, avec ses blés de l'Ile de France, ses jardins italiens et
ses pantins de Naples; Chabaud, des « montagnettes » languedociennes bien à lui; Henry Ramey, une nature morte aux accessoires
de fête, également bien représentatives de son talent. Auguste Guénot et Contesse, nos compatriotes de Toulouse, se sont mis dans les
tout premiers d'une phalange de bons sculpteurs, et la petite fille
aux dindons de Lamourdedieu, taillée dans la pierre, n'est pas
passée inaperçues.
Et nous en aurions ainsi terminé avec les grandes Expositions, si
nous ne tenions à dire tout notre plaisir d'avoir été accueilli, à l'entrée du Salon des Artistes Décorateurs, par l'ordonnance, d'un modernisme latin, que l'arcyitecte Henry Favier a apportée dans l'arrangement, dans les pans coupés et les colonnes de son hall.
Les petites expositions ont été si nombreuses dans les derniers mois
qui ont précédé la saison des villégiatures qu'il serait dificile de les
énumérer. Il y a eu à la galerie des Quatre Chemins, une exposition
d'aquarelles et de dessins de Van Dongen où cet étonnant artiste a
suggéré des visions complètes avec quelques traits et quelques taches de couleur. Je pense à cette tête d'Espagnole, à la fleur rouge.
Il y a eu un ensemble de Berthe Morisot, chez Dru, pour lequel
Paul Valéry a écrit un avant-propos, empli d'idées, sous le titre intime de « Tante Berthe ». Il y a eu la troisième manifestation du
groupement de la Douce France que dirige Emmanuel de Thubert
et où les occitans comme Bourdelle, Marcel-Lenoir, Costa, Iché,
voisinaient pour la « décoration du mur », avec des artistes tels
uqe Sérusiers, Bouquet, les frères Martel, Saupique.

�— 163 —
Le catalan Sauveur Morens a revêtu la salle Poissonnière de ses
tableaux exécutés avec fougue; et à la galerie B. Weil, foyer de la
peinture aux audaces sérieuses, le Roussillon a fourni au peintre Roger Grillon presque tous les motifs de ses toiles. Roger Grillon est un
peintre doué, modelant dans la pleine pâte, et ne craignant pas la
netteté et la robustesse dans le coloris. Nous sommes heureux qu'il
ait employé toutes ces qualités à peindre Prades et sa région, les rues
soleilleuses avec les maisons aux toits rouges, les routes avec les bouquets d'arbres, les campagnes grasses, tout ce jardin des PyrénéesOrientales.
Deux expositions particulières d'artistes ayant participé au dernier
Salon Occitan ont retenu notre attention. Il s'agit de François Desnoyer et d'Armando Laclau. Tous les yeux ont également des dons
de peintres.. Parmi les oeuvres que Desnoyer a réunies chez Fabre,
rue Miromesnil, certaines vues de Montauban se rapprachaient des
peintuées établies avec une force volontaire et qui figuraient à notre
Salon. Mais dans d'autres œuvres nouvelles, fillettes dans des jardins, sites de Rome, nous découvrons plus de liberté dans le métier,
un sens plus aigu de l'accord des tons, une sensibilité plus nerveuse
de la lumière. Desnoyer qui aime surtout les gammes rouges — est-ce
l'influence de la brique de Toulouse et de Montauban ? — a cependant réussi, dans les Paysannes de l'Ile d'Oléron en sabots, en robes
et en tabliers bleus, des harmonies de bleus et de gris très attachantes.
Armando Laclau, lui, ne dédaigne pas, quand il prend le pinceau,
de choisir des types et des scènes de la rue, la marchande de frites,
le manège des cochons, le charlatan. Mais il apporte à les traduire
un coloris et un modelé robustes.
Le concours d'affiches illustrées organisé à Béziers pour la propagande du vin ne devait pas nous laisser indifférents. Aussi avonsnous invité les membres du groupe à y prendre part. Le sujet apparaissait bien tentant. Paul-Emile Rixens lequel avait été des nôtres
à notre exposition, a obtenu le deuxième prix.
Enfin, le Casino de Luchon, reconnaissant l'effort que nous faisons pour mettre en valeur les ressources artistiques de nos régions,
nous a demandé d'accrocher sur les murs de la salle de lecture
quelques tableaux de nos peintres et de placer sur les meubles quelques statues de nos sculpteurs. Nous avons engagé nos artistes à répondre à cet appel, bien qu'il nous ait été adressé un peu tardivement. I y a là une tentative qui n'est point négligeable et peut
porter ses fruits dans l'avenir.
Les graveurs n'ont pas été moins laborieux que les peintres. Roger a illustré, de bois gravés très appropriés, une curieuse édition de

�— 164 —

la Despedida de Font-Ronteu et Cadène le puissant roman régionaliste de Martel Vin Rouge. D'autre part, la firme du Pégase réédite sur un papier digne d'elle — puisque c'est le papier de Montval fabriqué à la main sous la surveillance du xylographe luimême — les Petites Eglises de la Guerre, de Gaspard-Maillol,
traitées avec une vigoureuse ampleur ampleur, et pour lesquelles
j'ai écrit une préface. Auguste Rouquet a achevé ses xylographies
si personnelles pour Le Cam ide Crout du docteur Albarel et il
travaille à plusieurs albums, parmi lesquels Le Palais de Justice,
de M" Henri Robert; Le Tour de ville, de G. Tollet; Le Roussel, de
Le Lorrain et A la Clarou del Calelh, œuvre posthume du bon féJibre Casemir Clottes.
Je n'ignore pas que cette chronique a quelque chose d'ingrat pour
le lecteur, comme d'ailleurs pour celui qui l'a signée. Elle se réduit presque à une énumération de l'effort de nos artistes occitans.
Mais cependant je serais payé de ma peine si j'étais parvenu à mettre en lumière l'activitée de nos peintres, statuaires et graveurs, et à
bien souligner l'apport qu'ils fournissent au mouvement artistique
de notre époque. Ah ! comme je comprends cette frénésie de peindre qui agite les artistes, ce démon de peindre qui les inspire. La
couleur procure vraiment de délectables exaltations. Dans le village
où je séjournais en août, j'avais distngué une façade blanche et ensoleillée, aux volets peinturés d'un bleu suave, devant lesquels seedétacl aient les hampes de quelques passe-roses, garnies de rieurs d'un
vif carmin. Ces colorations m'enchantaient. Et que de fois je me
suis détourné de ma route pour suivre le petit chemin qui passait
devant la petite maison rustique, afin de revoir les volets et les
roses trémières.
PAUL-SENTENAC.

�I^a Musique
Josep Fontbernat et le ehœur Oeeitan.
C'est une grande misère pour les collaborateurs d'un périodique comme les
Feuillets Occitans, d'être soumis à la fuite des jours et de voir, entre la parution de
deux numéros, comme s'embuer leurs élans et leurs enthousiasmes qu'ils eussent
voulu réfléter spontanés et encore vibrants.
Jamais pareil regret ne nous fut plus cruel qu'aujourd'hui : car de longues
semaines s'écouleront entre le moment enfiévré où des torrents de musique populaire, de musique de là-bas inondèrent nos cœurs, de par la grâce de Josep Fonbernat et de son choeur Occitan, et l'heure calme, l'heure grise où notre émoi
rasséréné filtrera jusqu'à nos lecteurs alanguis en quelque province automnale.
Et ce sera pour nous un remords de n'avoir rendu qu'un écho attardé et presque
indécis de ces sonorités ardentes comme les flammes : ces flammes, on le sait
pourtant, le Comité du Groupe Occitan s'était donné pour tâche de le entretenir
et de les attiser.
C'est vers la fin du printemps 1925 que Josep Fontbernat, qui, par sa résurrection
des vieux chants populaires occitans, avait déjà fait vibrer Montpellier et Toulouse, vint nous dire ses espoirs et ses rêves, à la veille de conquérir Paris.
Au premier aspect, Josep Fontbernat fait songer à un ascète, perdu dans son
mystique idéal, en quelque couvent moyenâgeux.
Brun, émacié, nerveux, le visage en angles, les yeux de braise, son profil est
d'un Savonarole. Mais le voilà qui parle et qui se révèle : sa voix, encore que
blanche, est musicale et attirante avec ses rugosités catalanes. Saccadée, son
éloquence très réelle et qui coule de source, ahane et martelle tout d'abord comme
pour bien nous convaincre qu'elle sait où elle va; avec une volonté persévérante,
cependant qu'il discourt, ses bras et son corps, esquissant de larges gestes, s'allongent sous la casaque sombre. A ce moment, ce diable d'hom|me noir vous fait, je ne
sais pourquoi, penser à une fourmi, toute tendue vers l'effort.
Mais, l'impression produite (la première note une fois donnée comme au dia-

�166 —
pason), la fourmi revêt des ailes; et le chant du musicien s'épand comme un chant
lyrique, chant de cigale, par instants chant de rossignol.
On le voit, l'allure même du maître Fontbernat est déjà protéiforme, puisqu'elle
peut évoquer à nos yeux tant de choses et tant d'êtres.
Mais cette force de transmutation qui est en lui s'extériorise. Pareil aux magiciens des vieux contes, il frappe de sa baguette sur le sol de la grande ville et en
l'ait surgir des chanteurs, comme il avait frappé naguère sur le sol de nos vieilles
provinces pour en éveiller des chants intimes, expressifs et ailés.
Ainsi des enfants du peuple, groupés par Josep Fontbernat au hasard de ses inspirations ou de ses rencontres dans Paris (et que dans son humour il a sacre
d'emblée, parce que c'est l'habituelle terminologie, ténors, barytons ou basses), —
des enfants du peuple vont chanter des chansons du peuple, puisées aux sources
cristallines de la tradition occitane et faire revivre l'âme du Midi latin, dans son
prestige et dans sa pureté.
Et il ne saurait être question avec Fontbernat de difficultés matérielles, d'objections pratiques qui dérouteraient de plus raisonnables. Peut-on empêcher, en
leur parlant prévoyance, de chanter les cigales et les rossignols de chez nous, même une fois transplantés à Paris ?
En cours d'année, José Fontbernat avait déjà fait pressentir à quelques privilégiés, au nombre desquels il faut compter les membres du Groupe Occitan, tout
ce qu'on pourrait attendre de son entreprise.
Avant que ne s'achevât l'été, nous assistâmes à la maison Gaveau, toujours
d'ailleurs avec la complicité de notre Groupe, à un grand festival de musique
populaire occitane et l'on peut dire que jamais on ne vit, dans une salle de spectacle parisienne, pareil frémissement et pareil délire.
Dès qu'aux premières mesures de l'Hymne, de Moiera, s'élevèrent ces voix
graves, ardentes et comme en prière, le public fut pris aux entrailles; mais l'émotion déborda lorsque la Cobla de lu Jiisbal, accourue tout droit de Catalogne à
l'appel de Fontbernat, vint mêler soudain ses accents fulgurants au tonnerre du
chœur comme pour amplifier encore la grandeur de cette invocation.
La Cobla de la Bisbal est la plus notoire de la Catalogne. Elle se compose d'une
douzaine de musiciens cuivres et bois, douze grands artistes. Mais ces cuivres,
par le jeu d'une étrange sourdine, sont d'un moelleux incomparable, et ces bois,
■:&lt; primes et canoras, » instruments anciens de la Catalogne, joignent à la douceur idyllique du hautbois la plus ardente rutilence. Et cela donne une musique
sang et or, d'un dynamisme puissant où se mêle par instants une note élégiaque
de verdure, mélancolique et troublante, musique de force juvénile et de sentimentalité fougueuse.
Successivement, nous goûtâmes d'expressifs chants de fête, et des chants de
tendresse, évoculeurs et dolents. Cependant croissait l'enthousiasme. L'exécution
par la Cobla et le Chœur Occitan de la populaire « Santa Espina », hymne d'espérance et de gloire, que l'assistance, se levant d'un bond, écouta haletante, marqua l'apothéose de la fête.

�— 167 —
Après que l'éminent compositeur Canteloube eut rendu un hommage attendri
au pays natal par la réalisation de ses «Chants d'Auvergne », dont le chaleureux
ténor Vulpesco rendit à souhait la distinction et le charme, le chœur Occitan
vint consacrer la dernière partie de la fête aux chansons populaires du pays d'Oc.
Provence, Languedoc, Roussillon, Gascogne, Béarn, Guyenne, voilà que s'égrènent les motifs favoris tirés d'un trésor folklorique incomparable. Et nous restions
là, secoués jusqu'aux entrailles, en communion parfaite avec l'âme d'un passe
dont nous nous sentons les fils, passé chevaleresque et tendre, nostalgique et généreux. On bissa tout d'enthousiasme, de la Marche dels reis à VEmporda catalane :
hou, Boier, lou Rossinyol, la Trompuza, Rossinyolet que cantos, la Canço 'de la
nau, sans oublier Jana d'Aimé qui émut jusqu'aux larmes.
Et, comme le public n'osait se détacher, il fallut reprendre la Santa Esplnut,
que les assistants écoutèrent une fois encore en frémissant.
Après une manifestation de cette envergure, on peut dire que le chœur occitan
s'est classé au premier rang des groupements musicaux populaires et qu'il fui
appartient de connaître avant peu la faveur des chœurs russes et des chœurs
ukrainiens. Pour aider à son épanouissement, tous lès enfants du Midi, le groupw
occitan en particulier, se doivent de tenter un effort d'organisation et de propagande : il s'agit ici d'une œuvre de piété et de résurrection d'un art que doit
consacrer la gloire. Qu'une fois de plus le Midi se mette a bouger :
Fernand CRÉIEUX.

Lie

festival f?ey~Rndreu,

Ainsi que nous l'avons annoncé dans notre précédent numéro, nous sommes
heureux de reproduire l'article qui a- été publié dans Paris-Conférences fur le
dernier festival de notre compatriote, le compositeur Rey-Andreu. Cet article, dû
à la plume de M. Jacques Baudry, le critique musical réputé, administrateur du
Guide du Concert, organisateur des séances de Musique Vivante, contient sur
l'œuvre du compositeur narbonnais, des aperçus très intéressants, et il associe
à son succès d'autres occitans, Mlle Alice Bourgat, « l'exquise danseuse de
l'Opéra », et notre vice-président, Paul-Sentenac, qui avait présenté au. public,
l'œuvre du- musicien.
Un avenir, peut-être prochain, dira si Etienne Rey-Andreu a ramassé le sceptre
de la musique occitane arraché par la mort des mains du regretté Déodat de
Séverac ; toujours est-il que, dès à présent, l'œuvre du compositeur narbonnais
présente mieux que des promesses et semble, sans rien abdiquer de son originalité
propre, s'apparenter par des traits essentiels à celle du maître disparu : sincérité
et caractère primesautier de l'inspiration, qualités rares de lumière et de couleur,
énergie rythmique qui caractérisent une musique conçue et écrite d'un seul jet

�- 168 —
au csntaet de l'admirable nature languedocienne. Dans la musique de Rey-Andreu
comme dans le sonnet Baudelarien :
Les parfums, les couleurs el les sons se répondent.
Ceci fut développé de la façon la plus heureuse par M. Paul Sentenac, compatriote du compositeur et vice-président de la jeune revue Les Feuillets Occitans.
Après quoi, Mme Verdevoye-Heuclin, pianiste (interprète particulièrement
dévouée et familière de l'auteur), Mme L. Matha, cantatrice; Mlle L. Lapié,
violoniste, et Mlle Ad. Clément, violoncelliste, pour ne citer que les solistes,
exécutèrent des pièces de piano, (Rapsodie Espagnole, Fragments de la suite
Lou Pays, Cigales dans le Soleil), des mélodies (Les Poèm.es de la Lumière, etc),
une imposante sonate violon et piano, le brillant et subtil Poème (violoncelle et
piano), des pièces en trio; un fragment d'un quatuor à cordes, et l'entraînante
sérénade occitane (par l'orchestre du Caméléon, sous la direction de M. Marehessaux). Donnons une place à part au Petit Phili, qui, dans des Poèmes de L. Payen
et de P. Sentenac, déclamés avec accompagnement de piano, fit montre d'un talent
aussi .sûr que précoce, et à Mlle Alice Bourgat, l'exquise danseuse de l'Opéra,
dont les danses, sur des musiques de Rey-Andreu, furent un moment de pur
enchantement.
Jacques BATJDRY.

�Les Lettres Occitanes
Vèspre autounene
à Pau Valéry

Lou cièl viôuletejét, car lou sourel sannous
Trecoulava d'aval dins la mar aiiontada.
Lou repic d'un auboi roumplissiè la vesprada,
Estripant la calama e pioi resson plagnous.
Lou barroul craïnèt e, la porta butada,
Intrèt lou Ghivalié, panle, lou cap sannous.
Panle antau qu'un mourènt, bèu mai qu'una jouvènta,
Fièr couma Calendal, triste parié lou Crist,
Gaminava plan-plan. De sous iols atendrits
Soun ama desboundèt. Una aureta plasènta
Toumbava das caciès lous fiolhs enrouvelits.
Espoussava la flous de sa man de jouvènta,
E de l'autra, tenié lou ploumbel trelusent
D'una espasa, la lama un pauc desfourrelada.
Anava pensatiéu, couma s'à la voulada
Parava amé las flous un remémore cosent,
— E chaca pas dévié creisse la rampelada ...
D'ausida s'entanchèt dors l'esfang trelusent.

�170

Dors l'estang rnitanjè dau pargue s'eniaiich-iva
Aqui tras lou ridèu blanqumous das rausets,
Dins lous amarinouses erbàs, lous jounquets,
Dourmissé l'estang pers. D'una anella penjava
Un floc de cadenassa à l'arràs das pountets.
La barqua éra negada. El, que tant s'entanchava,

?

Patetejèt un briéu, pioi pleguèt lous ginouls
Dessus l'embarcadou. N'escartèt las jounquinas,
Tremblant ; tenié d'à ment las aigas treboulinas,
E sousclava, tout soul, amé lous aubres, soûls,
Per clinà sus soun dôu la pàs de sas oumbrinas;
E prégava e disié tout sotisclant à ginouls:
«
«
«
«
«
«

Soui tournât, bèl estang, après tant de fouliges
Dors toun mirai que la vejèt se pimparà
ïlisouleta, enardida! 0! tèmple ben astrat!
Recatadou sicret de sous enfanjtouliges,
Prescou qu'en poutounant soun poulrt cors nacrai
L'apanaves d'amour ! Après tant de fouliges

«
«
«
«
«
«

Soui tournât, couma vèn l'arounda en trantaiant
Engrepesida, lassa e las alas chapladas...
Per toujour, soui tournât! Lous draioulets, las pradas,
Lous caciès. lous oustaus, lou pargue tant friand,
Ai tout recounougut ! Ai retrou bat sas piadas,
E cerque sa blancou dins lou clar trantaiant.

«
«
«
«

0 capitarai-ti, lou mèu de ta bouqueta
E toun alé mesclat de rosa e de rasi?
Tous longs péusses de seda e d'or rous cremesit,
Lous sentisse frustà moun front e dins l'aureta
h Es lou bresilhadis de ta voueju ai ausit !
(
« N'ai fam das poutounets de ta rouja bouqueta!...
«
«
«
«
«
«

N'ai fam! M'estrementisse... Oi, torne repentons
E d'aici adenant l'ama linda e guerida.
Quand mous plous bagnaran tas gautas, ô manida!
Coumprendràs ma vergougna e tous mignots brassons
Escafant la messorgia anciana, — ara, abourrida, —
Bressaràs sus toun sen toun amant repentous.

�— 171 —
«
«
«
«
«
«

Mes ïou pargue es désert! Ounte siës amagada?
Dins lou fousque dau cièl lous pibous an traucat.
0 Miëuna! iéu te sone en cridant moun pecat
Tout rèsta mut e vouida e dins una passada
La nioch e l'estelan auran tout enmascat!...
O Mièuna! respond-me! Mounte siès amagada? »

E l'auboi ressoundis pus fort e pus doutent.
Devariat caïn, lou chivalié s'auboura.
A tirât soun espasa. — (E l'auboi toujour ploura!)
E la trai dins l'estang. Lèva un flaire pudent
Dau bourdigas limpous. Un regiscle l'afloura
Que sembla d'un gipàs macà soun front doulent.
S'aplanta esglariat, car subit l'aiga bada;
De l'ersejant ilhau d'acié de sang e d'or
Vèn de vèire sali, blanca, traucada au cor,
La fada das vint ans... Mes la bella adourada.
Souta e s'apregoundis am'un gargouilh de mort
Dins lou toumple founzut... ount la barca es negada.
O panle chivalié ! moun fraire, per-de-que
L'as-ti quitada, fol !, la prumiéra mestressa ?
Es lou sort qu'a negat ta barca : ta jouinessa ;
De toutes tous remords fariés pas un barquet.
Mès lou pais nadal t'a serbat sa tendressa
Ploures couma un enfant, chivalié ? Per-de-que ?
(Las Rosas dau Clapàs)
Jousé LOUBET.
(Dialecte montpelliérain).

Soir d'Automne
Le ciel se teintait de lueurs violettes car le soleil couchant, iàbas, derrière la colline rougissait la mer. Le refrain d'un hautbois
emplissait ,».• crépuscule, déchirant le silence et (mis plaintivement
répercuté. Le verrou grinça. Par la porte violemment ouverte, entra le chevalier, pâle, le front saignant.
Pâle ainsi qu'un mourant, plus beau qu'une jeune fille, fier comme Calendal, triste semblable à Christ, il allait lentement. De ses
yeux attendris son âme", en pleurs, débordait. Une brise légère ef-

�— 1Î2 —
fouillait les pétales couleur de rouille des acacias. Il chassait les
fleurs d'une main à la grâce féminine,
Et il tenait le pommeau brillant d'une épée dont la lame sortait
un peu du fourreau. Il allait pensif paraissant écarter avec les
fleurs une remembrance cruelle et plus impérieuse à chaque pas.
Soudain il se hâta vers l'étang qui brillait
Vers l'étang, au milieu du parc, il se hâtait. Là, derrière le rideau blanchâtre des roseaux, dans les touffes d'osier et d'ajoncs,
l'étang glauque dormait. D'un gros anneau pendait au ras des petits arceaux un tronçon de chaîne. La barque avait sombré. Le chevalier qui tant se hâtait hésita un instant, puis il plia les genoux
sur le ponceau. Il écartait les ajoncs en tremblant; il scrutait avidement les eaux troubles, et il sanglotait seul, n'ayant pour confidents que les arbres inclinant sur son deuil la paix grêle de leurs
ombres grêles; et il priait, il disait, sanglotant à genoux :
« Je suis revenu, bel étang, après tant de folies vers ton miroir
qui la vit se parer souriante, curieuse! ô temple prédestiné asyle
discret de ses ferveurs naïves ! fraîcheur qui la substantais d'amour
en baisant son joli corps nacré! Après tant de folies je suis revenu,
comme fait l'aronde épuisée, transie, lasse et les ailes brisées —
Je reviens pour toujours ! Les sentiers, les prairies les acacias, les
maisons, le parc si charmant, j'ai tout reconnu ! J'ai retrouvé les
traces de ses pas et je quête sa blancheur dans la clarté mourante
du soir.
O retrouverai-je le miel de tes lèvres et de ton haleine où se mêlaient la rose avec le raisin ? — Tes longs Neveux soyeux de
rousse, d'un or empourpré, je les sens qui frôlent mon front et
dans la brise c'est le gazouillement de ta voix que j'ai entendu '
J'ai faim des doux baisers de tes lèvres rouges !
Je les désire et je défaille., oui je reviens repentant et l'âme désormais purifiée, guérie. Quand mes larmes mouilleront tes joues,
ô jeunette, tu comprendras ma honte et tes jolis bras absolvant le
mensonge ancien — maintenant abhoré — tu berceras sur ton
sein ton amant repentant. , ,
Mais le parc est désert! Où te caches-tu? les cimes des peupliers
disparaissent dans la brume du crépuscule. Oh! mienne je t'appelle en criant mon péché. Tout demeure silencieux et vide, et bientôt, la nuit et les lueurs des étoiles viendront tout ensorceler... Oh!
mienne ! réponds-moi ! Où te caches-tu ?... »
Le hautbois retentit plus fort et plus poignant. Haletant, irrité,
le chevalier se dresse. Il a tiré son épée — (et le hautbois toujours
s'éplore) il la jette dans l'étang. Des rives fangeuses s'exhale un
relent immonde. Une flaque l'éclaboussé souffletant son front
meurtri.

�— 173 —
Il demeure épouvanté, car l'eau s'ouvre soudain. Dans l'éclair d'un
remous d'acier, de sang et d'or, il vient de voir surgir, blanche, le
cœur transpercé, la fée des vingt ans,,.,. Mais la belle adorée, glisse
entre deux eaux et s'engloutit avec un râle affreux dans l'abîme profond ... où la barque a sombré.
O pâle chevalier! mon frère! pourquoi l'as-tu abandonnée, insensé ! la première maîtresse ? C'est le destin qui fit couler ta barque : ta jeunesse. Tous tes remords désormais seront vains ! Mais
le pays natal t'a gardé sa tendresse ... Tu pleures, comme un enfant,
chevalier? Pourquoi pleurer?
J. L.

�Bibliographie Oeeitane.
A. SCH NEE BERGER. — Conteurs catalans. (Collection de la Société, édition
« Raymond Lulle » N° i). Paris Perrin, 35, quai des Grands-Augustins,
1026. In- °.
M. Schneeberger a déjà donné une Anthologie des poètes catalans contemporains depuis 1S5 4 et il met aujourd'hui à la portée du public français un excellent
choix de nouvelles et contes des écrivains modernes de la Catalogne, précédés de
notes bio-bibliographiques. Emile Vilanova, le maître écrivain des Hcènes Barcelonaises, Allons Maseras qui a introduit en Catalogne le roman psychologique et
y reste toujours profondément original, figurent dans ce recueil constituant,
avec l'Anthologie des poètes catalans contemporains, un précieux monument
élevé à la gloire de ces frères en langue d'oc dont nous suivons avec admiration
le noble effort de rénovation occitane.

J.

ESTELRICH. — Entre la vida i eh {libres. (Kl Ram d'olivera n°
Assaigs. Vol. IV). Barcelana, Llibreria Cataloma, 1926. In-8".

2.

M. Estelrich, directeur de la Fondation Bernât Metge, créée pour l'encouragement des études classiques, vient de publier son quatrième volume d'essais :
Entre la vie et les livres. Un livre de M. Estelrich, qui tient le premier rang
parmi les essayistes catalans, est toujours accueilli avec faveur par les fervents
des lettres catalanes. Ce nouveau livre s'affirme tout à l'honneur du pur humaniste qu'est M. Estelrich. Les aperçus qu'il nous donne sur les pensées du grand
lyrique italien Leopardf, ses études sur l'originale figure de l'écrivain danois Kierkegaard, celles sur Joseph Conrad et sur Maragall si noblement représentatif de
la renaissance catalane dans les premières années du XIX siècle, sont une joie
pour ceux qui, franchissant les barrières des langues et des frontières, s'intéressent au mouvement intellectuel européen. L'humorisme de Jules Romains est
aussi, dans ce livre, étudié de main de maître et Chaiioun, Chaiioun Rieu, le poète
du Paradou revit ici avec sa Provence natale en des lignes émues. Mais il y a plus
dans cette étude, il ya pour nous, Occitans de France, un sujet de méditation et

�—

175 —

un enseignement. Connaissant mieux que personne les raisons du mag-nifique
essor de la renaissence catalane, M. Estelrich a vu d'un coup d'œil sûr les causes
de l'insuccès partiel et peut-être définitif de la cause occitane en France si l'on
n'y porte remède promptement. Il appartient aux héritiers intellectuels de Mistral
de savoir tirer les conséquences logiques de son œuvre en créant un puissant
mouvement régional susceptible de faire adapter, un jour, les institutions nationales aux inéluctables nécessités de la renaissance occitane.
A. LAJOINIE, —

Nos troubadours. Bordeaux, Féret, 9, rue de Grassi,

1926. In-8°.
M. Lajoinie, l'auteur de l'enquête sur les Bases logiques d'une Restauration
provinciale a voulu mettre à la portée du grand public la pittoresque, abondante
et subtile littérature occitane du Moyen-Age qui, il faut bien l'avouer, est plus
connue et goûtée à l'étranger qu'en France. M. Edouard Bourciez, professeur
à l'Université de Bordeaux, a écrit ia préface de ce copieux et intéressant ouvrage où l'on trouve malheureusement un certain nombre d'inexactitudes concernant,
en particulier, le lieu d'origine de plusieurs troubadours. De nombreuses poesrcs
accompagnées de leurs traductions françaises permettront aux profanes de goûter es œuvres de ceux qui firent, au Moyen-Age, la gloire de la langue d'Oc.

René FARNIER. — La Pena de chauzir. Limoges, imprimerie Commercia
le Perrette, 7 cours Jourdan, 1926. In-8°.
Jouée pour la première fois le 22 août 1925, à la 25me fête de l'Egiantine, cette
pièce populaire limousine est d'une charmante bonhommie. La fille d'un paysan
propriétaire, pour ne pas avoir la peine de choisir entre deux prétendants, demande à son père d'effectuer le choix lui-même. Les deux prétendants font tant et
si bien que le père n'a plus à leur sujet l'embarras d'un choix finissant par se porter tout naturellement... sur son propre valet de ferme qui aime sa fille et en est
aimé. Il y a, dans cette pièce, tout un riche et pittoresque vocabulaire campagnard
dont nous avons beaucoup apprécié la saveur. Vice-Président de la Maintenance
du Limousin et maître en Gai-Savoir, M. René Farnier a déjà fait représenter
avec succès d'autres pièces qui honorent grandement le théâtre populaire limousin.

Elisabeth DODE.—Pantai Pfouvençau, chez l'auteur; i, rue d'Orléans
Nîmes. In-8°.
Mlle Dode a appris seule le provençal et elle en connaît bien les richesses.
Dans ce long rêve provençal, qui se déroule aux Saintes-Mariés de la Mer, Mlle
Dode fait preuve d'imagination et de sens poétique; elle se laisse malheureusement entraîner souvent par la double facilité de son talent et des rimes provençales. Son livre n'en est pas moins un bon livre et nous sommes heureux de faire
nôtres, ces paroles que lui adressait Mistral, à l'occasion de ses premiers
essais : « Vous êtes une noble félibresse, une digne fille du Midi ».

�— 176 —
BOYER D'AGEX. —

Au pays de Jasmin. Paris.

A.

Lemerre. In-8".

M, Boyer d'Agen, dans le tome II de cet intéressant ouvrage, nous donne une
traduction en vers des Papillotes, de Jasmin. Lorsqu'un poète veut traduire en
vers un poète, c'est toujours une tentative audacieuse où l'échec est parfois certain.

M.

Boyer d'Agen a souvent réussi à nous rendre en français la grâce et

l'harmonie du poète gascon. Dans son prologue, il adressé à la statue de Jasmin
des vers émus et la décrit ainsi telle qu'elle apparut à ses enthousiastes yeux
de dix ans

:

Un homme qui tendait ses bras, comme des ailes.
Au ciel libre où volaient ses sœurs, les hirondelles,.
Et dont les mains s'ouvraient en des gestes bénis
Aux oiseaux s'y posant comme en d'aimables nids.
Un barde au corps rythmique et beau, comme une lyre,
Dont chaque nerf vibrait au souffle qui l'inspire,
Dont l'œuvre fut un charme et la vie un jardin...

Joseph

CI'ARBAUD. —La

bête du Vaccarès. Paris, Grasset, 61, rue des
Saint-Pères, 1926 In-8°.

M. Joseph d'Arbaud, majorai du Félibrige, rédacteur en chef du Feu, l'auteur
des Rameaux d'airain et du Laurier d'Arles

est une des plus .pures gloires de

la poésie provençale contemporaine. L'œuvre en prose qu'il vient de publier sous
le titre sonore et mystérieux de

TAI

Bête du Vaccarès se trouve digne du grand

poète qu'il est et de la Provence qu'il aime. M. d'Arband nous promène à travers
la Camargue

aux

taureaux

légendaires,

parmi

les troupeaux

galopant dans

le

mistral, devant les flamboiements de la mer... Charles Maaurras a écrit, pour ce
livre, une préface où son talent prestigieux vient rendre un amical et juste hommage à un maître de la littérature provençale. Une- admirable traduction accompagne l'ouvrage; elle permettra aux profanes de goûter, en partie, le charme d'un
beau livre consacré à la gloire d'un beau pays.

PAUL-LOUIS

GRENIER.

Nous consacrerons à M. Joseph d'Aband une étude dans la série des « Têtes
occitanes ».

�Le Mouvement Economique
Ua eonnsisssnee de la franee.—

la

information régionale et les riehesse»

du Sud-Ouest. — Ije moreellement de la propriété vitieole. —
L»a suppression des Sous-Préfeetures dans le Uanguedoe ,V!éditerranéen.

Lenteur, voire recul, dans l'effet de redressement national qui a
suivi l'après-guerre, mis en contraste avec l'admirable activité de
nos contemporains, ne s'expliquent que par le retard de nos idées et
de nos institutions appliquées à des faits plus jeunes, plus mobiles
qui les débordent et les contrecarrent. Mais ce retard n'a-t-il pas
pour cause profonde celui de-nos connaissances ? Quelle image nous
faisons-nous de la France de 1926 ? Elle n'est point celle qu'il y a
dix, quinze ans ou plus nous avons gardée do ce que nous apprîmes
en classe! Réfléchissez que, par l'ancienneté des livres et par leur
mise au point, en 1922, on enseignait encore : Cette, port exportateur
de vins. Et Cette vivait de l'importation depuis la crise phyloxérique.
Pour agir, il faut d'abord connaître et nous constaterons avec
plaisir que nos progrés dans cette voie figurent au nombre des résultats à mettre déjà à l'actif de la loi Clémentel. Avec plus ou moins
de rapidité et de bonheur, les « régions » se sont mises à l'ouvrage
et ont commencé à inventorier. La IX0 région, celle de Toulouse, qui
ne couvre pas moins de 61.116 km. carrés et qui groupe plus de deux
millions d'habitants, a déjà dressé le répertoire des produits recueillis ou fabriqués et la liste de tous ses industriels. Elle a publiée
des monographies sur l'agriculture, le charbon, les forces hydrauliques, les industries électrotechniques et mécaniques; dressé la carte
des productions végétales des pays de Foix, de Port-Vendres, etc.
Cette enquête continue : elle est de tous les jours, et nous en trou-

�~ 178 —
vons les éléments dans l'organe hebdomadaire de la IX" région :
« LInformation Régionale (1). »
Nous connaissons quelques uns de ses pareils et nous devons
immédiatement souligner que le journal de Toulouse ne peut que
gagner aux comparaisons. Pas de présentation prétentieuse mais
commodité et lisibilité parfaite; pas de bourrage, de hors d'œuvre
et de réthorique, mais seulement des choses utiles et clairement
dites. Les informations statistiques y sont à la fois brèves parce que
choisies et présentées, les études d'ensemble demandées judicieusement aux personnes qualifiées, sont impeccables. Que les numéros de
1925 puissent se lire en septembre 1926 sans perdre de leur intérêt,
c'est ce qui nous étonnera moins quand nous aurons dit à nos lecteurs que « l'Information Régionale » est dirigée par M. Hubert
Lagardelle.
*
**
Tous les méridionaux et particulièrement les Catalans devraient
savoir que leur compatriote M. Sorre, Professeur de la faculté des
Lettres de Lille, a publié une thèse de géographie sur les Pyrénées
méditerranéennes : Roussillon, Cerdagne.
Cet ouvrage est copieux et sévère et ne s'adresse qu'aux lecteurs
qui ont le temps. L'Information Régionale a eu l'heureuse idée de
demander à M. Sorre une étude sur les Pyrénées Orientales. Elle
n'est naturellement pas à la portée de tout le monde. On la trouvera dans les numéros du 3, 10, 17 octobre 1925.
Autre étude d'ensemble, alerte et complète, riche en détails intéressants et quelquefois nouveaux, celle de M. François Gadrat sur le
département se l'Ariège. Le particularisme ariégeois a survécu
longtemps à la Révolution: en 1804 les conscrits réfractaires brûlèrent la préfecture de Foix. La population de ce département est
tombée de 290.000 sous le second empire à 122.000 en 1921.
*
* *
L'afflux des immigrants italiens dans le Sud-Ouest a eu pour
premier et heureux effet la reprise de la sériciculture (19 juin 26)
Les causes de la disparition — maladies et insuffisance de la rémunération — ont maintenant disparues. Cette renaissance, fait nouveau, n'est point laissé au hasard des initiatives individuelles mais
(1) L'Information Bégionah, hebdomadaire : 0,40; Toulouse, 34, rue de Metz. Abonnement ; 20 francs,

�est l'objet d'une collaboration ordonnée des soyeux et des organisations agricoles.
La production maraîchère à Toulouse (2janv. 26) couvre 2.000 Ha
et intéresse 3.000 familles. La culture de la violette (17 avr.) appartient à une coopérative de producteurs, qui ont fait un chiffre d'affaires de 2 millions 241.000 francs en 1923 réparti entre 280 familes.
L'étude sur la culture de la prune d'Agen (17 Avril), nous donne
d'intéressants détails sur la concurrence Californienne et montre
que son avenir à l'exportation dépend de l'habileté de nos défenses
douanières.
Le réputé et glorieux fromage de Roquefort (5 juin), honneur et
richesse des Causses, a attiré l'attention du législateur. S'il est un
produit national intéressé à la protection des marques d'origine,
c'est bien le fruit de Combalon dont il s'est fabriqué onze millions
de kilogs en 1924 sur lesquels cinq ont été vendus aux Amériques.
On incrimine bien souvent le bénéfice du producteur rural quand
on parle vie chère. Mais pour le Sud-Ouest (19 juin) il est très net
qu'une des causes de l'exode rural est l'insuffisance absolue des
salaires .
*
**

L'exploration méthodique du sous-sol français réserve des surprises. Voyez plutôt les pétroles de Gabian. La prospection de ce
liquide précieux et sale, est commencée avec ardeur. Vous serez
frappé en lisant les études sur l'Ariège (3, 10, 17 oct. 1925) et celle
du 30 juin 1926 sur les mines et les carrières du Lot de l'étendue de
ces possibilités comme aussi des exploitations, autrefois prospères,
aujourd'hui abandonnées. C'est par exemple dans le seul Lot, le
zinc et le plomb des environs de Figeac dont l'extraction est tombée de 6.480 t. en 1906 à 3.627 en 1918, à rien ces dernières années;
celle des phosphates de chaux dont on découvre maintenant des
gisements nouveaux. Le seul Lot offre ses poteries et briques (14.000
tonnes en 1913), de ses terrains liasiques, des fers traités par les
usines de Fumel; le sulfate de baryte à St-Céré (1.100 tonnes en 1922),
la pierre à bâtir. Le manganèse, le cuivre et l'or y sont des possibilités. Il faut se dire que la grandissante concurrence autour des
matières premières de plus en plus gardées par les pays d'origine,
rendra rémunératrice la reprise d'industries ou d'exploitations qui
hier encore ne payaient point. Par exemple la papeterie de Montech
dans le Tarn-et -Garonne était alimentée par la paille d'avoine.
La hausse des papiers a totalement bouleversé cet état de choses.
On voit que les capitaux français auront d'autres emplois que
l'achat des bons.

�— 180 —
Les richesses de l'Ariège méritent l'attention (janvier 26). 26
concessions, 7 de fer autour de Tarascon donnent 9.000 tonnes et
d'une qualité très appréciée, 3 de manganèse, 10 de plomb et de
zinc, 4 de cuivre, 2de sel. La mine de Rancié a ceci d'original qu'elle
appartient à huit communes du Vicdessos. Mais ce système coopératif communiste ne produit que des résultats médiocres dont souffrent peu d'ailleurs les mineurs propriétaires qui trouvent dans la
culture un notable complément de ressources. Le numéro du 20
février vous apprendra qu'il n'y a que trois producteurs de talc
en Europe: l'Italie (Pignerol 15,000 ts.), l'Autriche (Gratz 12.000 ts.)
et la France (55.000 ts.). Et que c'est à l'Ariège que la France doit
cette richesse : 50.000 tonnes dontles 2 3 vont à l'exportation. L'origine en est récente et la main-d'œuvre toute entière espagnole.
* *

"

Le Sud-Ouest a une notoriété indiscutée en matière culturale.
Son activité industrielle est moins connue et pourtant la région offre
de nombreux exemples de cette fièvre de création qui a suivi la
paix.
Les industries de Toulouse : meuble (14 nov.), confection et
lingerie (2 janv.), parapluies (6 janv.) n'ont pas moins gardé leur
caractère ancestral. Industries à domicile, les essais de travail à
l'atelier ont échoué. Le meuble y doit son origine à la présence des
matéres premières (noyers et châtaigniers du Massif Central et des
Pyrénées, facilités ensuite d'exportation par Cette et Bordeaux).
Encore à la petite entreprise, il n'en fournit pas moins à l'exportation des copies de meubles anciens et les grands magasins de Paris
sont ses clients. Revel fabrique des meubles ordinaires en peuplier.
Le meuble toulousain est menacé de la crise de l'apprentissage.
L'industrie des parapluie et ombrelles produit pour un million
par an, exporte dans tout le bassin méditérranéen et a réussi
jusqu'à présent à vaincre la concurrence allemande.
Le plus grand centre industriel de la IXe région est sans contredit
Mazamet (20 févr.). C'est le surpeuplement et le bas-prix de la
main-d'œuvre qui expliquent son industrie mais plus encore le
détachement d el'agriculture qu'imposait aux protestants la constante menace de l'expulsion. Ce fut d'abord l'industrie du coton
puisque la fabrication de ces étoffes avec des matières premières
non récoltées se trouve, n'exigeant qu'une filature et un tissage
à la main, destinée à recevoir ses débouchés hors de la contrée
laissant par là aux fabricants toutes facilités de déplacement et de
transplantation. Mais c'est le délainage des peaux qui a fait la
fortune de Mazamet. Introduite en 1856, le traité de 1860 admettant

�— 181 —
en franchise les laines en peaux brutes, la pureté des eaux, l'abondance de la main-d'œuvre, tous ces éléments expliquent cette prospérité ascendante jusqu'en 1923 où une grève vint l'arrêter sans
la ruiner. Cette industrie qui emploie 6.000 ouvriers, a réussi à exporter malgré la concurrence de la Plata. En 1923 elle fit pour
700 millions de chiffre d'affaires. L'activité de Mazamet ne peut
mieux s'illustrer que par le chiffre du montant des opérations de
la succursale de la Banque de France : 900 millions.
*

* *

Les transports du Midi ont mauvaise presse. Elle fut méritée
mais on ne tiendra jamais assez compte du caractère rural de ces
contrées, de leur faible densité en décroissance, de l'éloignement
de Paris, de la stupide coupure des réseaux. La compagnie du Midi
n'en craint pourtant aucune autre sous le rapport des initiatives.
Les méridionaux savent-ils assez qu'elle est la plus avancée quant
à l'électrification ? Une mission d'ingénieurs italiens (19 juin) en
est partie fortement édifiée. Par contre, tout est à faire pour les
voies navigables (5 et 12 juin). Malgré la fréquence et l'abondance
des crues, la navigation en Garonne a été très anciennement pratiquée et particulièrement active au XVIIIe siècle. La voie ferrée en
lui aurait pas porté un coup mortel si l'institution en 1898 d'un barème annexe abaissant de 60% le tarif sur la seule ligne BordeauxCette n'était venu ruiner la navigation.
*

* *

Une enquête récente faite par le ministère de l'agriculture prouve
que le midi du Languedoc médité rranéen est un des coins de France
où la propriété est la plus morcelée.
Beproduisons les résultats de cette enquête :
NOMBRE
de récoltants
possédant.
5 à 10
10 à 20
20 à 50
50 à 100
100 à 150
Au-dessus

ha
ha
ha..
ha
ha
de 150 ha....

Aude

3.213
1.110
667
176
20
14

Gard

1.886
688
304
42
5
4

HéravU

Pyr.-Or.

5.250
1.963
905
270
32
9

1.084
539
282
68
20
1

Une enquête plus précise a été faite dans le département de

�— 182 —

l'Aude par les dirigeants de la C. G. V. Il en résulte que' sur 34.907
Vignerons ayant fait une déclaration en 1924 :
33.316, soit 92,3 % exploitent de 0 à 5 hectares;
21.612, soit 61,9 % récoltent de 10 à 50 hectolitres à l'hectare et
ont produit 2.222.326 hectolitres, soit 37,1 % de la production du
département;
11.410, soit 32,6 % ont récolté de 51 à 100 hectolitres à l'hectare
etont produit 3.055.887 hectolitres, soit 51 % de la production du
département;
1.885, soit 5,4 % ont été récolté plus de 100 hectolitres à l'hectare
et ont produit 713.562 hectolitres, soit 11,9 % du total de la production du département.
*
* *
La région du Languedoc est une des mieux définies de Fiance,
une des plus faciles à reconnaître sur toutes les cartes, tous les
phénomènes du sol et de la vie y sont identiques en toutes ses
parties. Celle où croît l'olivier et où règne la monoculture de la
vigne sur la rive gauche du Rhône. Ajoutons-y ses annexes montagneuses faciles à délimiter les Causses et les Cévennes que lui rattachent les lignes Nimes-Lauzergue et Béziers-Neussargues. Mais
comme cette région ne peut se définir ni par une capitale ni par
un fleuve, qu'elle est la moins connue à Paris, elle est toujours
sacrifiée. Il n'est point une délimitation qui ne l'abime. Aucune
de nos régions administratives militaire, universitaire, forêts, ne
les respecte et sans motifs valables. Pourquoi faut-il qu'Albert
Sarraut régnante, une anomalie de taille vienne encore s'ajouter
à la liste ! Vous savez qu'on a régionalisé les conseils de Préfecture.
Le décret a transporté froidement ceux de Carcassonne et de Rodez
à Toulouse et le Conseil de Montpellier ne régira que l'Hérault,
le Gard et les Pyrénées Orientales ! Sans commentaires.
N'hésitons pas à l'écrire, nous y reviendrons, que l'arrondissement est un des cadres les plus heureux et les plus naturels : la
commune, l'arrondissement, la région, tels devraient être les cadres
sur quoi se hiérarchiserait toute vie officielle si on se préoccupait
de la faire correspondre aux réalités qui justifient son existence
et sa cherté. Lucien Romier a conclu en ce sens, faissons lui écho
afin que à la longue à force de rabâcher, ce clou s'enfonce dans le
crâne de nos « dictateurs »; qu'il sera tout aussi facile de faire
reélire des députés avec ces cadres nouveaux qu'avec les anciens.
C'est le seul qui convienne aussi bien au scrutin d'arrondissement
qu'cà l'application de la R. P. intégrale.
JEAN

MORINI-COMBY.

�B'ila original d'Achille Rouqci*.

Têtes Occitanes
Auguste Fourès.
UGUSTE FOURÈS, né à Casicinaudary, Aude, le. 8 avril 1848,
et mort dans cette même ville le 4 septembre 1891, n'a

pas encore de monument dans l'ancienne capitale du Lauraguais. Sa statue, il est vrai, s'érige au Grand Rond de
Toulouse, et ce n'est pas sans raison, car il vécut quelques
années dans la Cité Raymondine, bien connu dans les
milieux des littérateurs et des journalistes. Les félibres de sa ville natale,
groupés sous le nom de Grilhs del Lauraguais, veulent qu'un monument,

�— 18*
pouf si humble qu'il soit, y perpétue le souvenir du grand Félibre que
fut Auguste Fourès.
Mort à l'âge de 43 ans, il ne nous a pas laissé de poème considérable,
d'ceuvre puissante qui puisse le mettre au niveau de Mistral, ou d'Aubanel,
pour ne citer que des morts. Néanmoins, parmi ses poésies recueillies
par lui ou par ses successeurs, en quatre volumes, il y a des merveilles
incomparables par la noblesse de l'inspiration, la finesse de l'observation
et la pureté de la langue.
C'est à la vie quotidienne du peuple qu'il puise, c'est dans l'histoire
de la Patrie méridionale qu'il lit. Il est un vrai disciple de Mistral, avec,
en plus, la fougue de Félix Gras, je ne sais rien de puissamment tragique comme La Segairo nudo (La Moissonneuse nue), je ne connais
pas d'évocation magique de l'histoire du Midi qui approche de son Grand
Lauraire ,(Le Grand Laboureur).
El, disiu 'no ardido cansou,
E sa voux pouderouso
Fasio 'n loung ressou
De Beziès à Toulouso.
(Lui, disait une hardie chason, et sa voix puissante faisait un long écho
de Béziers à Toulouse).
Qu'est-ce qu'il chantait ce laboureur ? Les belles dépouilles des martyrs
albigeois qui renaîtraient comme les blés en bonne terre noire, dans les
coquelicots sanglants.
Mais, la plus belle œuvre de Fourès ne se trouve ni dans Les Grilfis,
ni dans les Cants del Soulelh, ni dans La Muso Silvestro, ni dans La
Sègo; elle est dans ce mouvement de Renaissance entrepris par lui en
Lauguedoc, à la suite de Mistral. C'est Fourès l'initiateur de la magnifique littérature occitane actuelle qui s'épanouit avec une vigueur étonnante; c'est sur la tombe de Fourès, à Castelnaudary, que ses deux grands
disciples, Prosper Estieu et Antonin Perbosc, jurèrent de mener à bonne
fin le travail entrepris par le félibre lauraguais.
N'est-il pas juste que, sur une place publique de la vieille cité languedocienne qui, jadis, connut tant de gloires, et aussi tant de misères,
qui aujourd'hui est le témoin d'un renouveau littéraire dû, pour beaucoup,
à Fourès, revive, triomphant, celui qui eut foi dans les destinées de
la Cause occitane ? Tous ceux qui aiment l'Occitanie, son histoire, sa
langue, écartant jalousement toute discussion religieuse et politique,
viendront, dans un élan unanime, apporter leur pierre au monument élevé
à la gloire de La Cigalo de la Libertat.
Abbé Joseph SALVAT.

�— 185 —
BIBLIOGRAPHIE DE R. fOURÉS.
Silves païennes (en prose) Castelnaudary 1872. — Oiselets et Fleurettes, poésie»,
Paris, Vanier, 1872; — Antée, poème, Paris, Vanier, 1873; — Marsyas, poème.
Paris, Vanier, 1874; — La Grande Armoire, nouvelle, Castelnaudary, 1875; —
Les Sauveteurs obscurs, Castelnaudary, 1875; — Le Lion, poème, Castelnaudary,
1875; — La Oraux del grand a'igat, Castelnaudary, Chavard, 1875; — Achilo Mir
et la Cansoun de la Lauseto, Carcassonne, 1875; — L'Avocat Muet, nouvell»,
Paris, 1876; — La Gueuserie, Narbonne, Caillard, 1889; — Le Compousiiou, Moiupellier, Hamelin frères, 1879; — Fer l'Alsacio-Lourreno, 1883; — Les Grilhs, Paris,
Maisonneuve, 1888; — Les Hommes de l'Aude, 1889 et 1891, deux séries; — Le
Midi Gastronomique. Lo Gassolet, Ribaute, 1889; — Potiers et Poteries du Lauraguais, Albi, 1891; —Rodolphe Bresdin, Paris, Savine; Carcassonne, Servière,
1891; — Les Gants del Soulelh, poésies languedociennes, Paris, Savme; Carcassonne, Servières, 1891; — Les jeux des Enfants en Lauragttais, 1891; — La ICuso
Silvestre, œuvre posthume éditée par l'Ecole Audenco à Carcassonne; — La Se&amp;o,
œuvre posthume éditée par l'Escole Audenco, édition d'art avec bois gravés originaux de Jane, Achille et Auguste Rouquet, tirage limité. Carcassonne, La Revue
Méridionale, 1912.
Auguste Fourès a collaboré à beaucoup de journaux et de revues, entre autres :
La Revue Méridionale, à Carcassonne. — La Poésie Moderne qu'il fonda avec
P. Estieu à Castelnaudary. — Le Petit Toulousain, dont il fut le rédacteur en
chef. — La Revue des Langues Romanes. — La Revue Provinciale (1886). —
La Revue des Pyrénées.
Note. — Nous donnerons dans notre prochain numéro les portraits d'Armand
Praviel, du I)1' Albarel et de Gaspard Maillol.

Auch. — T. Cocliaraux, Imprimeur, rue de Lorraine

CI.0.0.
BÉZIERS

��L'Office Occitan
PARIS, 41, Boulevard des Capueines, PARIS
TÉLÉPHONE : GUT.

78-1!).

Fondé par le Groupe Occitan et en liaison étroite avec la section
économique de ce Groupe, 1'OFFICE OCCITAN se propose de contribuer
à l'essor économique du Languedoc et du Roussillon.
Situé en plein cœur de Paris, fréquenté par de nombreux correspondants de France et des principaux pays étrangers, l'Office Occitan met à la disposition des producteurs, commerçants et industriels
de nos régions d'importants avantages, parmi lesquels :
— Un service de renseignements .sur la situation des marchés
français et étrangers;
— Des moyens de liaison entre producteurs et acheteurs;
— Des facilités de présentation dans sa salle d'exposition;
— La publicité dans les « Feuillets Occitans », largement répandus en France et en Pays latins;
— Un casier de correspondance permettant, en leur absence, de
diriger leur courrier suivant leurs indications ;
— La participation collective aux Foires et Expositions, en France
et à l'Etranger.
Petites

Églises

de

la

Guerre.

On sait que notre compatriote et collaboratuer, le graveur et peintre Gaspard
Maillot avait t'ait paraître après l'armistice, un album de bois gravés Petites
Eglises de la guerre, avec prétace de notre vice-président Paul-Sentenac.
Cet ouvrage, d'une réelle valeur xylographique, fut malheureusement imprimé
sur un papier défectueux. Cela inquiétait particulièrement l'artiste qui, ainsi que
nous avons eu l'occasion de le dire, avait créé, avant la guerre , un papier à la
main, exempt de toute combinaison chimique et rappelant les productions papetières des siècles passés. Mais le graveur, encore mobilisé, ne pouvait fabriquer
son papier.
Aussi, pour conserver cet ouvrage, les éditions à VEnsèigne du Pégase ont décidé de réimprimer les Petites Eglises de la guerre sur le papier de Montval,
qui se fabrique désormais, sous la direction du créateur lui-même Gaspard-Maillol, aux anciennes manufectures royales Canson et Montgolfler, à Vidalon-lesAnnonay.
Cet album, d'un format in-4 jésus, est tiré sur Montval et sur presse à bras,
à 130 exemplaires seulement, dont 30 hors commerce. T_,a touchante préface de
Paul-Sentenac, imprimée en caractères gras, forme un ensemble parfait, un tableau pourrait-on dire, à chaque pag'e, avec la gravure qui ornemente le texte.
Prix à la souscription : 150 francs. Après la souscription : 200 francs.
Envoyer les souscriptions aux Editions à l'enseigne du Pégase, 37, rue Boulard,
Paris (XIV).

�Une édition d'art « Liou Cami des Crouts )&gt; du D' Albarel
Félibre JVlajoral.
Aux éditions de « la Cigalo Narbouneso » paraîtra en décembre l'œuvre du Docteur Albarel, illustrée de 15 bois gravés originaux d'Auguste Rouquet. Le poète et
l'artiste ont uni leur talent dans l'amour de la langue et de la pensée Occitanes.
Nous nous réjouissons de la publication de cette œuvre, qui pourrait être la première d'une série de belles éditions occitanes, parmi lesquelles nous voyons déjà
l'œuvre posthume de Clottes. Aux amis de la langue et de l'art de chez nous de
nous encourager dans cette tentative.
Cet album format in-quarto
est tiré à 150 exemplaires seulement. 20 exemplaires sur papier de Hollande à 50 fr. l'exemplaire; 100 exemplaires sur papier
de Montval, à 20 fr. La souscription est déjà avancée et les bibliophiles occitans
désireux de posséder cet ouvrage pourront adresser sans retard leur souscription à
M. Jean Lombard, administrateur de la « Cigalo Narbouneso », 4, rue Auber, à
Narbonne. Le règlement se fera à la réception de l'ouvrage.
L'édition à 20 fr. sur papier de Montval de Gaspard-Maillol est à la souscription,
réservée à 15 fr. pour les membres du groupe Occitan, frais de postes en plus.
Un monument à Auguste F°ul"és, à Castelnaudary.

Nous recevons la lettre suivante :
L'Association Pélibréenne Los Grilhs del Lauragués, groupant les félibres de
Castelnaudary et de la région lauraguaise, a pris à cœur d'ériger un monument,
dans sa ville natale, à Auguste FOURÈS, le grand félibre qui écrivit Les Grilhs,
Les Gants del Soulelh, La Muso Silvestro, La Ségo, né et mort à Castelnaudary
(1848-1891).
Los Grilhs del Lauragués se sont constitués en un Comité d'Initiative, dont
le Président d'Honneur est le Capoulié du Félibrige, et ils lancent une souscription
publique, faisant appel à tous ceux qui aiment la Patrie méridionale, son histoire,
sa poésie, sa langue, à tous les fervents du Régionalisme, à tous les Félibres.
Ils entendent glorifier en Auguste Fourès, en dehors de toute question politique
et religieuse, le grand animateur qu'il fut, en Languedoc, de la Renaissance méridionale, en un mot : le Félibre.
Ils vous demandent de vouloir bien faire écho à leur appel, dans les publications
que vous dirigez ou auxquelles vous collaborez, et vous remercient par avance
du concours précieux que vous leur apporterez.
Le Président :
Prosper ESTIEU,

Le Secrétaire :
Abbé Joseph SALVAT.

Majorai du Félibrige, Maître ès Jeux Floraux.
N.-B. — Les listes de souscription doivent être demandées, et les sommes
souscrites doivent être adressées au Trésorier du Comité, M. Joseph Delestaing,
11, rue du 11-Novembre, Castelnaudary (Aude). Compte postal, Toulouse, n° 1758.

�Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel ciu Groupe Occitan

ORSANE RÉGiOKALlSTE DES PAYS D'OC

Mmu d« la Rédaction :

41, Boulevard

des Capucines, PARIS

TÉLÉPHONE : GlJT. 78-1».

Jour de'réception : le mercredi de 6 à 7 h.
Dé:pôt et "Vente :

Librairie « Gctitania », 6, te-ge Mm, 9xo, et 9, Rue tome, à Tuulsise ;
Libriirie SauqBette, à Carcassonns; M tà Grands Régionaux, à Paris.
COMITE DS RÉDACTION :
Le Comité Directeur du Groupe Occitan.
JLes manuscrits doivent être adressés à M. Auguste
Principaux collaborateurs :

ROUQDET,

Secrétaire général)

Lettres Françaises : J. P. Paul ALIBFJRT; Jean AMADE; Achille ASTRE;
JeanAZAIS; Daniel BAQUÉ; A. BAUSIL ; Adrienne BLANC-PÉRIDIER; BOYERD'AGEN; Jean CAMP; CHARLES-BRUN; G. CHBRAU, de l'Académie Concourt Marcel CLAVIÉ; M. COTJLON; Benjamin CRÉMIEUX; Pernand CRÉMIEUX; Joseph DELTE1L; DENYS-AMIEL ; Henri DUCLOS; Raymond ESCHOLJER; Lucien PABRE; Henri PESCOURT; Ernest GAUBERT; H. GAUTIER
du BAYL; Jo GINESTOU; Jehan d'ARVIEU; Vincent HYSPA ; Pierre JALABERT; ROMUA LD-JOUBÉ ; Jean LEBRAU; J. MORINI-COMBY ; H. MUCHART: Henri NOELL; Ch. PHALIPPOU; J.-S. PONS; Armand PRAVIEL:
Albert PUJOL; D' RAMAIN; A ROUQUET; J. ROZÈS de BROUSSE; Frédéric
SAISSET; Marcel SAUVAGE; PAUL-SENTENAC; Léon SOULIÉ; TOUNYLERYS; P. TRESSERRE; Suzanne TESSIER; Paul VALERY, de l'Académie
Française; Georges VILLE ; Jules VERAN, etc.
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE; Jules AZEMA; Dr Paul ALBAREL;
Léon AURIOL; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE; M. PRISSANT;
îsmaël GIRARD; P.-L. GRENIER; E.-H. GUITARD; Léon JULIA; J. LOUBET;
Antonin PERBOSC; Jean PUEL Emile RIPERT; José ROUQUET; Abbé Joseph
SALVAT; Dr SOULA, etc., etc.
Beaux-Arts : BERNARD; Auguste CHABAUD; CALMON; Louis CLAUDEL;
DESNOYERS; DOMERGUE-LAGARDE H. FAVIER; Mme GAUDION; A GUENOT; GASPARD-MAILLOL; ; A. LAGARIGUE; Pierre LAPRADE; Jean MAGROU; Jean MARSEILLAC; MAX-THERON; PARAYRE; RAMEY; RAMOND;
E. REY-ANDREU Achille ROUQUET, Auguste ROUQUET, etc. etc.
Etudes Economiques : Gaston COMBELERAN; Emile COMET; L. DOUARCHE;
Jean DUPUY Aimé GRANEL; A. PASSERIEUX; Pierre du MAROUSSEM, etc.
Bistoire, Archéologie, Fok-Lore : Fernand CROS-MAYREVIEILLE; E. ROTJXPARASSAC; Prosper MONTAGNÉ; FOTX.

t

Les Chroniques de l'Amérique Latine ; Jean CAMP; de SAINT-VINCENTBRASSAC.
Les Chroniques Italiennes : César SILVAGNY.
Les Chroniques Espagnoles : Jean CAMP.
Les Chroniques Roumaines : Jean CAMP.
Chroniques Régionales.

�Bol» original d'Achille

// a été tiré du présent numéro
ao exemplaires de luxe numérales
hors commerce, sur papier lté
Montval, de G. Maillol.
Ex. n*

ROUQOST.

�</text>
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              <text>Les Feuillets occitans. - 1926, n°13-14-15 (Août-Septembre-Octobre) </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 3</text>
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