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                  <text>2* ANNÉE
i6* et 17e Feuillet.

NOVEMBRE-DÉCEMBRE

1026

I'-&gt;•!• 0.0.
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le ^» :

3 fr.

1
O CCtTANS

LES FEL LLETS
LANGUEDOC ROUSSÎLLON
PAYS D'OC

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
41, Boulevard des Capucines, 41
PAEIS

�SOMMAIRE
Les Lettres Françaises :
Le Roumllon, pays de lumière et de joie
La main du millénaire
Le Sommeil de la Terre, poème
Colchique du Lampy, poème.
Le ^atois, poème

F. SAISSRT.
Albert PUJOL.
F.-P. ALIBERT.
&amp;• LEBRAU.
J- CAMP.
/

J.

MORINI-CûMBY.

) Pierre

1

Les Livres

LHORTE.
F. CRÉMIEOX.

\ Jean

CABRIÉ.

Les Lettres Occitanes :
Fableh. — 1. Lo laid chivalier
. Bibliographie Occitane
Pierre Anima

Antonin

PERBOSC.

P.-L. GRENIER.

Jean

CAMP.

Beaux Arts :
Sur les Cimaises des salons et dans les pages des livres. PAUL-SENTENAC.
Le festival de musique de chambre Rey-Arulreu .
. LES FEUILLETS.
; Réflexions sur le Sala» d'automne à Perpignan. . . . Charles BOUSSILLON.
Art et curiosité
Achille ASTRE.

Feuillets régionalistes*:
Les fêtes méridionales de Strasbourg

Fera.

CROS-MAQREVIEILLB.

Feuillets gastronomiques «
Pensées gourmandes

Jean-Paul

ARISTE.

Feuillets économiques:
Chronique viticole.

F.

DE

CARSAO.

Têtes Occitanes :
Armand Praviel
Gaspard Maillai.
A nos lecteurs. — Le monument Ferroul. Les Revues.

PAUL-SENTENAC.

Illustrations :
Bois gravé
Bois gravé
Le Berger, peinture
Petite Église, bois gravé
Nature morte, peinture
Nature morte, peinture
Tète de Christ, bois gravé
Font Romeu, bois gravé
Portraits de Armand Praviel et Gaspard Maillai,
bois gravés originaux
TABLK

DES

MATIÈRES

DKS

ANNÉES

1925-1926.

DESNOYER.

Auguste
Auguste
Gaspard

CHABATID.
CHABAUD.
MAILLOL.

RAMEY.
RAMEY.

Max

THÉ BON.

BO0ER.

Auguste

BOUQUET.

�IC.i.D.O.
jBfZIERS

L'Office Occitan
PflPjS, 41, Boulevard des Capusines, PARIS
TÉLÉPHONE

: G UT.

78-19.

Fondé par le Groupe Occitan et en liaison étroite avec la section
économique de ce Groupe, I'OFFICE OCCITAN se propose de contribuer
à l'essor économique du Languedoc et du Roussillon.
Situé en plein cœur de Paris, fréquenté par de nombreux correspondants de France et des principaux pays étrangers, l'Office Occitan met à la disposition des'producteurs, commerçants et industriels
de nos régions d'importants avantages, parmi lesquels :
— Un service de renseignements" sur la situation des marchés
français et étrangers;
— Des moyens de liaison entre producteurs et acheteurs;
— Des facilités de présentation dans sa salle d'exposition;
— La publicité dans les « Feuillets Occitans », largement répandus en France et en Pays latins;
— Un Casier de correspondance permettant, en leur absence, de
diriger leur courrier suivant leurs indications ;
— La participation collective aux Foires et Expositions, en France
et h, l'Etranger.
Lie

paonument ferroul

Le comité du monument Ferroul fait un pressant appel aux méridionaux de
Paris qui se doivent de contribuer à l'hommage que l'on.prépare à la mémoire
de ce grand Languedocien, c'est un geste collectif de tous noé compatriotes, sans
distinction de partis ni d'opinions, que son souvenir réclame. Ferroul a incarné
le Midi tout entier aux grandes heures de crise viticole. A nous tous de ne
point l'oublier et de le prouver!
Les souscriptions sont reçues par M. Jean Camp, 81, Rue du Bac (VIP), ou
au Groupe Occitan, les jours de réunion.
L'Assemblée Générale de la Société Le Roussillon a eu lieu le 5 décembre au
Palais d'Orléans. Elle était précédée d'un bal des mieux réussis qui avait attrt.
une grand nombre de Roussillonnais. M. le Général Caloni, qui préside avec
la meilleure grâce aux destinées de la Société a fait appel au concours de
tous pour augmenter le nombre des adhérents. On a entendu ensuite les rapports
du secrétaire g-énéral et du trésorier et on a réélu les membres du Comité.
Lo Fardai et Vllortolane, chants du terroir, ont fait passer dans la salle un peu
de l'âme catalane, et on a. pris rendez-vous p'our le 12 février 1927, au Palais
â'®rléans, pour la grande fête annuelle.

�COMITÉ DIRECTEUR DU GROUPE OCCITAN:
MM.
Président: F. CROS-MAYREVIEILLF, îfr, |,, ||,
&gt;Jt.
Vice-Présidents : Paul SKNTENAC, || ; É. GU.ITARD ; Frédéric SAISSET.
Secrétaire-général : Auguste BOUQUET.
Archiviste : P.-L. GRENIER.
Trésorier: Maurice FAVATIER, ^f, J,.^.
Chef des Études économiques et agricoles : Docteur GRANEL,
||! I.
Membres : Léon AURIOL, $S y L; Emile COMF.T,
g,, »J&lt; &gt;J« ; Fernand CRÉMIEUX, g, ;
Jean DDPUY; ift, J§ ; H. FAVIER,
Jo GINESTOU, 'ff, J; Auguste GUENOT ; Henry
NOELL,
j$ ; DE SAINT-VINCENT-BRASSAC, 5,^,
&gt;ï&lt;; Georges VILLE,
Jean CAMP.
Délégué régional: J. MORINI-COMBY (Nîmes).
Délégation permanente des Groupements Régionaux et Loeaux
auprès du Comité-Direeteur.
LA VEILLÉE D'AUVERGNE

:

M. Boudon, Secrétaire Général.
de Glarix de Nussac, Secré-

LE GROUPE D'ÉTUDES LIMOUSINES : M.

taire général.
(Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
: Docteur Digeon, Président.
LES ENFANTS DU GARD A PARIS : M. A. P. Martin, Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES : Marcel Clavié, Vice-Président.
LES ENFANTS DE L'HÉRAULT : M. COUDOUGNAN, Secrétaire-général.
LA CIGALE MÉRIDIONALE A STRASBOURG : M. PUJO, Président.
LE ROUSSILLON

LES ENFANTS DE L'AUDE A PARIS

Les Feuillets Occitans
Abonnements :
Édition ordinaire, un an
Édition de luxe sur papier de Môntval, de G. Maillol.
Les Aboiip~ments partent du 1er janvier.

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60 fr.

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déclare souscrire un abonnement d'un an à
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Les Bulletins de Souscription doivent être adressés à
7, Square du Champ-de-Mars, Paris.

M.

Maurice

FAVATIER,

Compte de Chèque Postaux : Paris,

trésorier,
739-10.

�C.I.O.O.
8tZIE RS

1

4t&gt;

Bois gravé

BFSNOYERS

Lettres Françaises
le i}oti§$ilIo]), pay$ de torçièpe et de joie.
Nous donnons aux lecteurs des Feuillets Occitans les principaux
passages de la conférence qui a été faite à Bois-Colom&gt;be, à la Société Philotechnique, par Frédéric Saisset le dimanche 17 octobre
1926 et qui a obtenu le plus vif succès.
Je viens aujourd'hui vous parler d'un pays méridional dont je
m'honore d'être un des fils, d'un pays où le soleil donne à la vie
une douceur incomparable, où l'on sent qu'il est bon d'être au
monde ; je viens vous parler du Roussillon, pays de lumière et de
joie.
Mieux connu depuis la guerre, le Roussillon, — pays de Joffre,
né à Rivesalte, ville dont le vin muscat est des plus réputés, —
le Roussillon est, on peut le dire, une région de la France favorisée des dieux comme la Grèce.
Enchâssé dans le triangle formé par la Méditerranée, les Pyré1

�— 188 —
nées et les Corbières, l'ancienne province devenue aujourd'hui le
département des Pyrénées Orientales a pour elle le triple enchantement de la plaine, de la montagne et de la mer.
C'est un pays de jardins verdoyants et de vignes aux lourdes
grappes. Par ses sites harmonieux, escarpés, et par ses rivages
battus des vagues marines, le Roussillon mérite bien d'être comparé à la Grèce dont il a conservé certaines traditions.
Cette terre lumineuse avec ses mœurs, ses coutumes, ses légendes, ses chants et ses danses, je voudrais aujourd'hui l'évoquer
devant vos yeux pour vous la faire mieux aimer et pour vous en
faire sentir l'âme à la fois rude et subtile, sobre et joyeuse.
• C'est sa joie de vivre dans la lumière et le côté plaisant, malicieux et parfois mélancolique du caractère roussillonnais que je
voudrais vous faire connaître aujourd'hui.
Pour bien comprendre cette gaîté qui s'épanouit chez nous comme une plante au soleil, il faut que le Roussillon soit présent à
votre esprit, vous pénètre de ses parfums agrestes, vous éblouisse
de ses jardins.
Le Roussillon, a dit en un raccourci très vivant, le poète Jo Ginestou « le Roussillon, c'est un paquet de fleurs dans les yeux.
Le Roussillon, ce sont les aubes roses et rouges, ce sont les crépuscules sanglants et violets, les montagnes bleues, les lignes mauves des étangs ; le Roussillon ce sont les oliviers argentés dansant
une ronde dans la lumière, les châtaigniers faisant de larges taches d'un vert sombre, les houppes flamboyantes des mimosas ; le
Roussillon, ce sont les boules de corail des pêchers en fleurs, les
pompons blancs des amandiers, les feuilles gris-fert des aloès qui
fleurissent tous les cent ans, les gerbes d'or des genêts, les grenadiers aux fleurs de sang ; le Roussillon, c'est le ciel éternellement
bleu, c'est la mer latine calme, le soleil éblouissant, aveuglant. Le
Roussillon, c'est la fête de la lumière, c'est la bacchanale des couleurs, c'est la gamme de tous les parfums. Le Roussillon, c'est un
paquet de fleurs dans les yeux ».
Comment un pays pareil, qui donne les vins les plus délicieux
comme le Banyuls, le Maury, le Grenache, le muscat de Rivesaltes, comment un pays où les produits d'une terre généreuse sont
savamment préparés et servis sur des tables abondamment pourvues, comment un tel pays ne serait-il pas le séjour heureux des
poètes et des artistes, le séjour de la chanson et de la danse ? Voici
les sentiments que l'un de ses fils, longtemps éloigné de lui exprime à son retour :

�189
Mon pays je reviens vers ta douce lumière
Vers ton ciel enchanté, vers ta mer en prière;
Dans l'odeur de tes champs et de tes monts fleuris
Je vais retrouver ta caresse, ô mon pays !
Je vais me replonger en toi comme en une onde
Si fraiche, si suave et claire et si profonde
Et si berceuse avec ses millions de voix
Que je retrouverai mon âme d'autrefois,
Mon âme prisionnière en tes chers paysages
Et qui chantait devant tes lumineux rivages,
Dans la suavité de tes matins pourprés,
Dans la douceur du ciel et la couleur des prés,
Des bois sur les coteaux, des garrigues où passe
Le vol prodigieux et vaste de l'espace.
J'entendrai de nouveau tes arbres bourdonner
Tes fontaines jaillir, tes cloches égrèner
Leur tintement léger dans l'air léger d'aurore
Si clair qu'un vol de' cloche y semble plus sonore !
Oh ! vagabonder seul, perdu dans tes chemins
Et marcher sur ta terre, et cueillir de mes mains
Dans tes genêts fleuris un peu de ta lumière,
Sous ton ciel enchanté, vers la mer en prière,
Et dans la grâce matinale et dans le vent,
Mon pays, écouter ton cœur, ton cœur vivant !

Que le chant et la danse soient en honneur en Roussillon comment pourrait-on s'en étonner?
Nos chansons catalanes traduisent bien l'âme de notre race ;
elles ont la couleur, l'accent et comme l'odeur même du terroir
où elles sont nées. Les unes sont gracieuses, charmantes comme
des offrandes d'amour, fraîches comme des bouquets de bruyères ;
les autres sont vives, alertes, joviales, narquoises même avec un
mélange de rêve et de réalité ; d'autres ont l'allure satirique.
Les deux plus répandues sont : Le Moineau (en catalan Lo Pardal) et Montagnes Délicieuses (Montanyes régalades). Parmi les
chansons contemporaines : La Jardinière (L'Hortolane), d'Oun Tal.
Dans leur précieux recueil de chansons anciennes qui a fait la
joie des folkloristes, MM. Carcassonne et Vilarem ont bien précisé
qu'ils ont eu le souci d'offrir ces chansons populaires comme un
bouquet de fleurs des champs.
2

�— 190 Grâce à eux, nous retrouvons là tout ce que notre race a de naïveté, de rudesse pittoresque et de gaîté franche.
On l'a depuis longtemps reconnu, un pays, par ses chansons,
manifeste son âme diverse, multiple, son caractère total qui, comme celui d'un être humain, subit les alternances de la colère et de
la . douce
véhémence et de la résignation. Dans les chansons catalanes, "on rencontre les sentiments les plus opposés, et
parfois la mélancolie qui nous atteint à certaines heures assez rares
d'ailleurs ; le côté réaliste et joyeux s'y manifeste avec force. Ces
chants qui nous viennent de nos aïeux, nous les conservons comme
des reliques. Ils ont en eux une telle vertu de résurrection que nul
catalan éloigné de sa terre, ne peut les entendre sans être vivement ému. C'est ce que j'ai tenté de traduire en ces quelques vers
à propos du plus populaire d'entre eux « Lo Pardal » (Le Moineau).
Nos enfances furent bercées
Par le chant fruste du Pardal.
Il est resté sur nos pensées
Avec l'odeur de l'air natal.
Il nous accompagne en voyage
Comme un de nos plus chers secrets,
Comme on emporte d'un visage
Le souvenir avec les traits.
Nous vivons de ce qu'il nous donne
De tendresse et de rêve pur,
Dès que notre âme le fredonne
C'est un bruit d'aile en plein azur.
C'est un air très vieux, sans histoire,
Nos aïeules l'ont murmuré,
11 a fleuri dans leur mémoire
Et le temps pour nous l'a sacré.

Cette chanson du « Pardal » que l'on chante dans tous nos villages est brodée sur un thème naïf comme un fabliau du Moyen-Age ;
elle manque d'unité peut-être, car elle a dû se déformer en glissant
le long du temps jusqu'à nous, mais elle a gardé tout le charme
d'une touffe de romarin, toute la saveur îles plantes de nos montagnes.
Le thèmj en est simple.

�— 191 Un amoureux va donner une sérénade à sa belle pendant la nuit.
Viaine sérénade. La belle ne se réveille pas et les soupirs du chanteur nocturne sont brutalement interrompus par la voix d'un valet de ferme qui l'invite à aller se coucher au plus vite- La réalité
envoie ici à tous les diables le fileur de rêves d'amour.
C'est un mélange de réalisme et de finesse sentimentale que fait
ressortir le chant.
La deuxième chanson populaire « Montagnes Délicieuses » traduit la beauté de notre Canigou et la douceur de vivre en aimant
dans un pays privilégié :
Montagnes délicieusement fraîches
Sont celles du Canigou
Qui tout l'été fleiirissent
Et aussi au printemps et à l'automne.
Donne-moi ton amour, mignonne,
Donne-moi ton amour

r

Il y a une fillette
Qui m'a volé le cœur.
Elle est bien faite de taille
Et mincette de corps.
Donne-moi ton amour, mignonne,
Donne-moi ton amour... etc.

Cette chanson, la plus ancienne de notre terroir, est attribuée à
l'un de nos troubadours du Moyen-Age : Guillaume de Cabestany.
La chanson très populaire, la plus récente que l'on chante dans
tout le Roussillon, est « La Jardinière » (L'Hortolane) de Oun Tal.
Oun Tal est le pseudonyme d'Albert Saisset, dont je suis mal placé
ici pour juger l'œuvre. Je me permets simplement d'indiquer que
ce qui a fait la popularité des chansons et des poésies d'Oun Tal,
c'est leur gaîté primesiautière, leur mouvement vif. Ecrites en catalan perpignanais, elles traduisent fidèlement nos gestes familiers,
notre caractère enjoué et malicieux avec des mots cueillis sur les
lèvres même des fils de notre sol, de ceux qui le cultivent avec
amour.
Le thème plaisant de l'Hortolane raconte l'exploit d'une jardinière de la plaine qui eut la fantaisie baroque d'aller cueillir des
légumes et des fruits dans son jardin pendant une nuit noire, à la
faible lueur d'une chandelle. Elle fut le lendemain, au marché de
la ville, la risée de toutes ses compagnes et des acheteurs, car elle

�— 192 —
n'avait cueilli que des légumes et dos fruits verts. La morale de
cette chanson bonne fille, c'est que les femmes et les fruits ne doivent jamais se choisir qu'à ta franche lumière du jour.
Il y a bien d'autres chansons catalanes d'un rythme alerte et
d'une savoureuse couleur locale. Elles sont admirablement interprétées par un chœur devenu rapidement célèbre et que j'aurais
voulu pouvoir vous faire entendre aujourd'hui. C'est le chœur
des pays d'Oc, le Chœur Occitan, que dirige avec une incomparable maîtrise un artiste catalan, M. Josep Fontbernat, qui a
obtenu à Paris le succès le plus vif dans toutes les salles où il s'est
manifesté. I! devait figurer au programme de cette séance ; mais
celle-ci coïncide malheureusement avec une tournée que Fontbernat a entreprise dans le Midi avec Madeleine Roch, de la ComédieFrançaise. Ce n'est donc que partie remise.
Mais l'histoire de la constitution de ce choeur Occitan à Paris
vaut la peine d'être contée, ne serait-ce que pour vous montrer
l'ingéniosité tenace de l'esprit catalan.
Fontbernat venait à Paris pour y fonder une chorale. Coûte que
coûte, il fallait la créer. Il n'avait pas un seul chanteur en arrivant dans la capitale. Deux mois après, à peine, il en avait cent, et
ces cent choristes ont fait merveille. Il faut dire que Fontbernat
est un bel animateur et un prestigieux manieur de voix humaines. Certains d'entre vous l'ont vu conduire ce chœur occitan dans
des salles soulevées d'enthousiasme et réclamant une deuxième,
une troisième audition de chaque morceau. Ils ont vu ce chef, tout
pénétré de son rôle, jouer de son chœur comme d'un orgue humain, conduire les voix de l'exaltation lyrique la plus éclatante au
plus délicieux murmure de source. C'est tantôt l'orage violent sur
la forêt que traduit le tumulte ordonné des voix, et tantôt la
plainte lointaine du vent dans les feuillages. Ce chef a le secret
de communiquer son ardeur et sa foi aux chanteurs qu'il dirige
et de leur faire exprimer les nuances les plus subtiles des sentiments.
Animé de ce feu sacré, comment Fontbernat n'aurait-il pas
trouvé à Paris les éléments qui lui étaient nécessaires? Il est venu,
dès son arrivée, trouver le Groupe Occitan qui s'occupe de mieux
faire connaître les pays d'oc et poursuit son œuvre dans la capitale avec une grande ferveur régionaliste. Il a demandé des interprêtes : muni de quelques indications sur les milieux méridionaux,
Fontbernat s'est mis en campagne. Infatigable, il a recruté ses
choristes dans les maisons de commerce, dans les cercles, dans les
cafés, dans la rue même, et ceci ne manque pas de saveur. Quand

�(Salon d'automne)
LE BERGER

A. CHABATJD.

�îSHTURE

MORTE

(Objets de fête)

Henry

RAMÏY.

�— 193 —
i! recotlnaissait (ians la nie un de ses. compatriotes, il l'accostait
gentiment en lui dormant le « la », et le priait de lui chanter un
couplet quelconque. Dès qu'il découvrait une-voix juste, il engageait le passant, un, peu surpris, comme ténor, basse ou baryton.
Il a pu réunir ainsi une centaine ' de chanteurs, et vous pourriez
croire que ces choristes bénévoles se sont dispensés d'assister aux
répétitions comme ils en avaient le droit. Erreur. Fontbernat a
su les animer de sa foi, leur communiquer son enthousiasme, leur
donner le goût du chant, et il a su se faire aimer d'eux. Il a créé
un chœur dont la réputation grandit sans cesse.
Quand nous pourrons ici-même vous le faire entendre, il vous
montrera mieux que je n'ai su vous le traduire, de quel charme et
de quelle poésie naïve sont tissées les orginales chansons de notre
terroir catalan.
Ces chansons sont écrites en cette langue catalane qui du XVe
siècle est arrivée jusqu'à nous à peu près intacte tellement sa
force de résistance a su repousser les assauts étrangers. Elle est
pour nos écrivains un instrument robuste et souple à la fois. Elle
est franche, rapide et sobre, fluide et nuancée ; elle épouse le contour des objets, chante comme nos rivières, éclate comme nos
grenades au soleil, jaillit comme les poignards de nos aloès dardés
vers le ciel, s'infléchit et se redresse, bourdonne comme les cloches de nos campaniles ajourés, pétille de malice et • s'étale eo
larges éclats de rire. Elle a toutes les ressources pour traduire le
réel et le rêve, la violence et la mélancolie, l'esprit et la grâce ;
elle est bien l'image vivante de notre terre colorée.
Avec ses chants originaux, le Roussillon a aussi ses danses
expressives par quoi se révèle son âme ardente et joyeuse.
C'est au son d'instruments aux tonalités champêtres,sortes de
hautbois où se mêlent le bois et le cuivre et qu'on nomme « la
prime » et le « tanor », que se déroulent nos danses, en plein air,
dans la lumière éclatante.
Nous avons « le hall », « le baillet », « le contrepas », réservé
aux hommes seuls, qui tricotent des jambes avec une surprenante
agilité ; nous avons « l'entrelissade », « la cascabellade » qui est
une parodie de demande en mariage, « le bail de l'amaranche »,
où chaque danseur, muni d'une cruche en verre à six tubulures
et pleine de parfum, asperge gracieusement sa danseuse, et nous
avons enfin cette « sardane » classique qui se danse dans toute la
Catalogne avec une ferveur presque religieuse — ronde rythmée,
d'un effet magnifique, qui rappelle le mouvement de la mer avec
-2

�soir flux et son reflux, et que conduit une musique aux larges sonorités.
Si le caractère d'un pays se traduit par ses aanses et par ses
chansons, il se manifeste aussi par ses légendes.
Il y a en Roussilon des légendes fantastiques où les fées et les
sorcières jouent un rôle prépondérant, des légendes mystiques où
interviennent les saints et le diable en personne, d'autres qui côtoient l'histoire et nous racontent les exploits prodigieux de nos
héros du Moyen-Age.
Un Roussiilonnais, M. Horace Chauvet, qui préside aux destinées d'une active Société catalane « La Coda del Rossello », a pris
à cœur de conserver fidèlement le souvenir de nos vieilles coutumes, de nos légendes et de nos traditions. Il a recueilli la plupart
de nos légendes catalanes en un volume plein d'intérêt.
« Les masures aux murs décrépits, écrit-il, sont souvent ornées
de plantes sauvages qui ont pris racine entre deux pierres ou dans
quelque encoignure : leur présence sur la façade est assez normale,
mais l'aïeul les considère comme les décors naturels de sa demeure.
Ainsi poussent à l'aventure, sans qu'on en connaisse souvent
l'origine, sur le monument majestueux de l'Histoire, ces sortes de
plantes sauvages qu'on appelle légendes ; elles donnent au temple
de la vérité une allure originale et pittoresque, elles rompent la
monotonie de son architecture et la rigidité de ses lignes.
On peut dire que les légendes constituent la poésie de l'Histoire ;
elles procurent le plus délicat des plaisirs, celui de retrouver à travers les siècles, le réveil inattendu des grands rêves qui ont bercé
l'enfance de l'Humnaité. »
On se moque aujourd'hui de ces personnages créés par l'imagination populaire : sorcières aux doigts crochus et chevaucheuses de
balais pour se rendre au Sabbat, fées présidant aux naissances et
apportant des dons heureux, démons malfaisants, etc.. Mais il
n'en reste pas moins que dans le récit de leurs exploits, nous retrouvons comme un écho des temps révolus ; ils gardent le reflet
d'un état d'âme, d'une génération, ils traduisent enfin des sentiments et des croyances qu'il nous est précieux de connaître puisqu'ils sont ceux d'êtres humains, nos ancêtres qui ont vécu sur notre terre.
En Roussillon, le grand-père à barbe blanche ou la grand'mère
toute ridée, racontent à leurs petits enfants, à la veillée, les légendes du pays.
Une de ces légendes, demeurée vivace au cœur de nos marins et
pêcheurs de Collioure, un des villages les plus pittoresques du
Roussillon, est la légende de Saint-Vincent.

�195 —
Les savants contestent que Saint Vincent soit mort à Collioure,
comme le soutient la légende, mais la légende se moque des savants et affirme que ce saint a été martyrisé au me siècle sur un
ilot situé à peu de distance du rivage et où se trouve une petite
chapelle. Saint Vincent y fut frappé, garrotté et brûlé vif
« Les pêcheurs de Collioure prirent comme patron ce courageux
martyr et chaque année, le 16 août, ils lui rendent hommage en
promenant sur mer, dans des barques aux vives couleurs, les reliques vénérées du saint.
Cette fête très pittoresque rappelait les fêtes vénitiennes des fiançailles du doge avec la mer. Elle tend malheureusement à disparaître et sa description vous donnera, comme à nous, le regret de
voir s'effacer des coutumes pleines de charme et de poésie.
Au milieu de là foule qui envahit la plage de Collioure, dans la
nuit du 16 août, on fait brûler un tonneau enduit de poix (souvenir
du bûcher sur lequel expira Saint-Vincenti.
Les barques des pêcheurs errant en grand nombre sur l'eau,
toutes ornées de lanternes vénitiennes, produisent une impression
des plus féeriques.
Les montagnes voisines forment un magnifique décor, où l'on
aperçoit, dressé dans la nuit, le fort Saint-Elme, pareil à un château féodal.
Bientôt apparaît sur la mer une grande bannière blanche : elle
annonce la barque principale qui porte les reliques de Saint-Vincent. Bannière en tête, les autres barques forment une longue procession qui se dirige vers le rivage.
Une foule innombrable acclame à son entrée au port la barque
à bannière blanche, et un court dialogue s'engage entre le prêtre
porteur de reliques et le syndic des pêcheurs qui se tient sur la
grève.
— Holà ! quelle est cette barque ?
— C'est la barque de Saint-Vincent.
— D'où vient-elle ?
De Saint-Vincent en l'île.
— Qu'apporte-t-elle ?
— Les reliques du Saint.
— Y a-t-il des passagers et sont-ils en règle ?
— Oui.
— Que demandez-vous ?
— Nous demandons bonne entrée à Collioure.
L'entrée dans le village est accordée.
Aussitôt, à la lueur de mille torches, la barque est tirée sur le
rivage par un groupe de marins vigoureux, et c'est un spectacle

�inoubliable de voir celle barque portant les prêtres et les reliques
de Saint-Vincent courir, à toute vitesse, sur des rouleaux de bois,
à travers les rues du village jusqu'à l'église au clocher d'or où les
reliques seront déposées. Tout notre Moyen Age religieux n'est-il
pas évoqué dans cette curieuse cérémonie ?
Certains vieillards du Roussillon racontent encore la fameuse
légende du pont de Céret.
Ce pont de Céret est d'une construction tellement audacieuse, il
défie à un tel point les lois de l'équilibre qu'on ne peut évidemment expliquer son existence et sa durée que par une intervention diabolique. C'est le diable, n'en doutez pas, qui a construit
le pont de Céret. Mais ici, le beau rôle appartient à un perruquier
de l'endroit qui fut assez malin pour berner le Malin lui-même.
Le premier pont avait été enlevé" par l'impétuosité de la rivière
du Tech. Il n'en restait plus que les piliers. Les consuls et les
citoyens chargés d'administrer la cité cérétane se préoccupèrent de
ce désastre et se rendirent sur place pour trouver une solution
pratique. Où allait-on reconstruire le pont nouveau? Ils erraient
le long de la rivière, quand ils furent interpellés par un vieux
paysan qui leur proposa de bâtir en une seule nuit un pont merveilleux.
Tous s'étonnent et le regardent ; et c'est ici qu'intervient le fameux perruquier surnommé le Guillat (le renard). Celui-ci n'avait
pas hésité en entendant la proposition du paysan : Construire un
pont en une nuit, le diable seul était capable d'une telle prouesse !
Le Guillat toise le vieillard et lui dit :
■— Si vous êtes le diable, qu'allez-vous exiger de nous, votre offre
acceptée ?
— Pas grand'chose, dit le vieillard ;■ j'exige simplement la première âme qui traversera le pont.
Effroi des consuls et des citoyens. Mais Le Guillat souriait dans
sa barbe.
— C'est bon, dit-il, marché conclu.
Le lendemain une foule immense venait admirer l'œuvre de Satan.
Le perruquier se tenait à l'entrée du pont, avec un sac où se débilitait une bête qui poussait des cris à fendre l'âme. Au signai
convenu, le sac est ouvert et un chat énorme, faisant des bonds désordonnés, aux cris effrayants de la foule, se précipite sur le pont
et le traverse d'un bout à l'autre. Aussitôt le ciel est déchiré
d'éclairs et secoué de tonnerre. Mais le pont est construit et le
diablet berné.
Frédéric SAISSET-

�La main du millénaire.
A scène n'est pas sans grandeur. Deux hommes
sont là, dans les profondeurs de la grotte quacynoise, scrutant le fond des âges ; un prêtre de nos
campagnes et un universitaire anglais, vice-chancelier,
Colonnes de temple babylonien, énormes et délicates, des stalactites marquent l'entrée du « Sanctuaire ». Leurs chapiteaux striés symétriquement
se soudent au calcaire des cintres. Une faible lampe noie, dans sa lumière jaunâtre et dansante, les
fûts inégaux, les tuyaux d'orgues et la géométrie fantastique des rocs
déchirés par les premiers séismes. Le silence est total. Même la goutte
d'eau, dans cette minute poignante, reste suspendue, éternelle, aux cornets
de cristal de la voûte poignardée par le temps, comme si cette chose imperceptible et qui connaît tous les mystères de la grotte, voulait apporter sa
contribution — n'y a-t-il pas une intelligence des choses ? — à la pensée
humaine qui, après vingt mille ans, a réintégré ces ténèbres.
Les deux hommes ont questionné de près, chacun à sa manière, l'énorme monolithe blanc à surface plane, placé comme un maître-autel dans
cet hémicycle, et sur lequel s'enlèvent en traits noirs et gras, des silhouettes superposées de bisons, de mammouhts, d'équidés, et, dans un
cercle magique, étreignant la bête, des mains... oui, empreintes de mains,
c'est-à-dire un morceau vivant d'humanité primitive. Et ces mains sont
fines et blanches — ce sont celles peut-être d'une femme. — Et, comme
si elles avaient conservé, intact, leur pouvoir de radiation, comme si
leur fluide, avec d'autres concrétions, s'était concrétisé là, agissant toujours sur l'ennemi et la proie, les contours noirs et larges vont s'estompant dans un flou et un dégradé de crayon puissant et léger, faiseur d'incantations,.
^

�— 198 —
L'Anglais est debout, immobile, figé comme la stalactite, sa voisine.
— Eh bien ? dit le prêtre.
Et les yeux fixés sur les mains qui sont droites, les doigts écartés et
dirigés vers la voûte, c'est-à-dire vers le ciel, comme dans une prière
exaspérée, l'Anglais répond.
— C'est terrible !...
Le prêtre regarde, étonné, son compagnon.
— Mais encore? insiste-t-il... Est-ce beau ?... Est-ce laid ? Quelle
est votre opinion ?...
— C'est terrible ! insiste l'Anglais qui n'en démorda pas et qui
avouera, tout-à-l'heure, s'être vu dans les ténèbres et les feux
d'un monde dantesque. Et l'Anglais, qui est de haute taille, répète
son mot, soudainement voûté et littéralement envoûté par l'une de ces
mains qui, si on les fixe quelques instants, paraissent se mouvoir, vibrer,
appeler et vouloir vous saisir à la nuque pour vous retenir, vous faire
ployer le genou et vous initier enfin à leur effroyable mystère. C'est que
ce grand universitaire, le front maintenant courbé dans ce « sanctuaire »
souterrain, et devant ces piliers formidables qui n'ont pas bronché depuis
le premier homme, a senti tout à coup se briser les colonnes d'argile qui
ont supporté, jusqu'à cette heure, l'édifice de sa science et de sa philosophie.
En regardant, autour de lui, parmi ces choses qui sont restées telles que
les virent, les placèrent et les firent vivre les premiers cerveaux et les
premières mains de notre race, l'Anglais s'était aperçu que l'excès de
subjectivité et le péché d'orgueil qui nous étouffent tous, sont un bien
piètre et inutile bagage, quand on pénètre dans la grotte Pech-Merle, à
Cabrerets.
Quel effondrement !
Déluges de notre vieille pensée ! Pyramides de nos bancales conceptions ! théories, doctrines, systèmes, hypothèses, méthodes spéculatives,
abstractions, lois rationnelles, et vous, pauvres petites psychologies chlorofiques qui naissez avec de l'amour, un matin de printemps, pour finir
avec un drame, un soir d'hiver, scories et déchets qui sont nos prétentions
de tous ordres et de tous les jours, alluvions de la grande guerre,, voici
que vous êtes absorbés, comme par un formidable aspirateur, par ces couches arch-séculaires, qui forment la voûte du « sanctuaire » de Cabrerets
et que, glissant par mille imperceptibles fissures, et attirés, riiaH.ré vous,
par la main magnétique du millénaire, vous vous réduisez à une simple
et minuscule goutte d'eau que, froidement, implacablement, filtre la stalactite et qui devient, là, dans ces ténèbres mêmes, limpidité éclatante
et âme sans cesse agissante des architectures les plus durables et les
plus merveilleuses !
" " PI
« Ce qui se fait dans les gouffres est affaire des Dieux », a écrit

�— 199 —
Victor Hugo. Et Victor Hugo n'avait pas vu Cabrerets, son « sanctuaire »,
ses « mains *1 Mais son.cerveau extra-lucide avait entr'aperçu les profondeurs de la préhistoire. Le poète, nouveau Tarquin, essayait, à chaque
envol de sa pensée, d'abattre ce fol orgueil de l'homme « auquel l'impuissance lie les bras et cette vanité à laquelle l'ignorance bande les
yeux ».
Orgueil et vanité, toute une vide d'études, toute une carrière de pro
professorat, un moi qui est l'expression ancestrale et nationale de rigoureuses et fastueuses croyances, tout cela est fauché, déraciné, et s'en va à
vau l'eau...
M. l'abbé Lemozi, vous qui, le premier, au fond de votre campagne,
avez vu ces « mains » et les avez dessinées, vous qui avez découvert
cette autre iresque, « l'archer sans tête », et l'avez su interprêter, vous
en doutez-vous ? N'avez-vous pas décoché un trait mortel à ce géant
aux pieds d'argile qu'est notre monde pensant ?
« Autant ! » nous disait notre instructeur, au peloton régimentaire,
quand le mouvement ne suivait pas le principe. Et nous recommencions.
« Autant ! » nous dit la voix sortant du « sanctuaire » de la grotte
de Pech-Merle, et nous nous demandons si nous ne devons pas venir là,
devant cet autel aux mains coupées et ensorcelantes, pour y préparer
la refonte de notre entendement.
Venir là, c'est-à-dire à la source; prendre la chaîne à son premier
chaînon. Pourquoi pas une démonstration populaire, un pèlerinage ?
On y viendra- croyez-le. Ayons donc le courage de notre ignorance.
Elle est d'ailleurs magnifique et savamment orchestrée !
Nos ancêtres de la préhistoire, « noblés et fins » — comme l'insinue
si judicieusement l'abbé Lemozi — avaient un esprit singulièrement
averti. Ne pas oublier qu'ils firent tout de rien. Frappés par le déploiement de merveilles cachées et mystérieuses que la nature leur avait
réservées, ils avaient établi, à Cabrerets, non un habitat, mais un vrai
temple. Ces peintures, ces dessins au trait ou au pointillé n'étaient pas
purement ornementaux. C'était le rite impérieux qu'ils signifiaient, et
rien d'autre.
Tout le proclame : la profonde retraite du lieu, le choix du décor,
l'agencement du « sanctuaire », l'emploi du prodigieux monolithe qui
servit au primitif de tableau et d'autel tout ensemble, et qui devait lui
paraître d'autant plus sacré que, à l'un des angles, il avait découvert
une courbe naturelle qui devait lui donner la forme de la tête et de la
naissance de l'encolure d'un équidé de structure parfaite.
L'abbé Lemozi nous le dit : « Us faisaient des prodiges d'acrobatie
pour se servir d'un accident ou d'un caprice de la pierre leur donnant
plus ou moins exactement d'idée d'une partie du corps de l'animal qu'ils
voulaient dessiner. La nature — ils s'en montraient émerveillés et ravis —

�200 leur fournissait parfois, dans l'exercice de leur art, des éléments que
d'un trait, d'un seul, ils se plaisaient à compléter. »
Quant à la mains, ils la plaçaient, en éventail, à même le rocher, et
avec un doigt imprégné de pyroxyde de fer ou d'oxyde de manganèse,
ils en suivaient très exactement les contours.
Puis, la fresque terminée, l'endroit devenait tabou, car ce qui inspira
toujours le primitif fut d'un ordre purement et exclusivement superstitieux.
Or. sait que Rodin, avant d'entreprendre la statue de Balzac, voulut
très exactement se documenter sur le grand romancier. Il songea à visiter
les collections uniques que le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul avaient
réunies dans son hôtel du boulevard du Régent, à Bruxelles. L'artiste,
visitant le petit musée, s'arrêta devant le moulage de la main de Balzac,
un des joyaux de la collection. Quand Rodin vit cette main, il ne poussa
pas plus loin ses recherches. 11 déclara : « J'ai maintenant tout ce qu'il
me faut. Avec cette main, je rebâtirai Balzac. »
11 y a la main du millénaire dans le « Sanctuaire » de Cabrerets.
Cette main est vivante. Elle est l'individu même. Elle est toute une époque. Ne suffit-elle donc pas, cette main, à rebâtir le primitif, à nous dire
quel fut son cerveau et quelle fut son âme ? Que nos Cuviers et nos
Rodins modernes, imbus de la méthode qui consiste à « induire pour
déduire afin de construire », dirigent leur esprit sur ce prodigieux document. Ils finiront par nous dire le grand secret. Ils trouveront en même
temps la cause du « mal occidental », car, comme l'écrivit Auguste
Comte : « Les vivants sont toujours et de plus en plus gouvernés
essentiellement par les morts. Cette irrésistible domination subjective
représente la partie immodifiable de toute existence sociale. Son empire,
déjà sensible dans la plus haute antiquité connue s'est naturellement
augmenté sans cesse. Aussi la prétention de s'y soustraire constituet-elle, aujourd'hui, le principal symptôme de l'aliénation chronique, vers
laquelle tend de plus en plus la raison occidentale, depuis le moyen
âge ».
Mais de grâce ! Monsieur l'abbé, vous qui savez lire dans les vieilles
pierres comme dans votre bréviaire, vous qui avez un si émouvant respect des choses du passé et de votre campagne, ayez prudence :
Il est question d'installer la lumière électrique dans les merveilles de
votre grotte. Eh bien, laissez le « sanctuaire » avec ses « mains » dans
son ombre. Qu'une antique lampe, seule, l'éclairé. Et cela, jour et nulr.
Il faut que tout rappelle le mystère de l'origine et le mot de l'Anglais d'aujourd'hui :
— C'est terrible !
Albert PujOL.

�Tête de Christ.

��Lie sommeil de la terre.
0 terre, j'ai dormi dans ta paille chaude,
Dans ta paille qui gardait encore
La bonne odeur des bons épis de seigle ou d'orge,
L'odeur du blé, l'odeur du grain
Qui porte en lui la promesse du pain
Dont se nourrissent les hommes.
J'ai dormi dans les granges où le foin de l'année
A peine finissait de sécher,
Où, le matin, par la toiture ouverte,
Se glissait une sueur glacée,
Et qui vous enivraient de cette herbe
Qu'on venait tout juste de faucher.
J'ai dormi sous la tente
Où le vent claque, gémit et chante
Si fort parfois
Que tu croirais que ta pauvre maison de toile
Va s'envoler comme une voile sur la mer.
J'ai dormi sur le pont des navires
Qui décroissent selon la déclivité de la terre,
Toujours diverse et toifjours la même.
Ils s'en allaient à la dérive,
A travers des îles,
Vers des rivages inconnus et désolés
Qui ont un goût de miel, d'anis et de sésame.
Et, la nuit, de tout mon corps allongé,
Au creux de mon lit de cordages,
Je suivais le balancement de la lame.
J'ai dormi, Macédoine, sur tes nattes
Dont la tresse de paille m'entrait dans les flancs,
Et sur tes tapis de couleurs voyantes,
Sous un plafond de régimes de maïs d'or

�204 —

Pendus aux poutres entrecloses.
Mais mes meilleurs sommeils, terre, ma mère,
C'est sur ton sein que je les ai goûtés,
Couché sur toi, sur ta chair, sur ta matière,
Fondu à ta substance sacrée.
A même ton sein, terre, je me suis éveillé,
Trempé d'étoiles et de rosées,
Cependant qu'au-dessus de ma tête
Dormaient encore les grands bois.
Ainsi je sentais, avec le soleil jeune et tiède,
Ta vertu se couler dans mes membres,
Tel celui-là qui, combattant avec Hercule,
Ne pouvait voir son audace vaincue,
Et retrouvait sa force croissante
En lui-même toujours présente et cachée,
Pour t'avoir de son corps un seul moment touchée....
François-Paul

ALIBERT.

Colchiques du Lampy
Les feuilles vous auront aux bois ensevelis
Qu'encor vous veillerez avec nos souvenances,
Colchiques du Lampy qu'à la fin des vacances
Et sous le vent plaintif une enfant a cueillis,
Lumières, petites lumières, les dernières
Des beaux jours, quand, pressant ces bords hamonieux
Où viennent se baigner les compagnes des dieux
Faites de lune et de la mousse des clairières,
S'avance la forêt, toute en caps et retraits,
Rien qu'or, pourpre, améthyste et verdure encore,
Opalescent Corot aux brumes de l'aurore
Mais, le soir, sombre azur frissonnant de regrets.
Jean

LEBRAU.

�— 205 —

Le Patois
Vétu de bure avec, aux pieds, de lourds sabots
Dont les clous font chanter les dalles des cuisines,
L'œil vif, les cheveux noirs, les lèvres sarrazines,
C'est un gas de chez nous beau parmi les plus beaux.
Il a le teint hâlé par la bise hivernale,
Tanné par le soleil fauve du Languedoc
Lorsque son poing nerveux guide le fer du soc
Dans les sillons ambrés de la terre natale.
Il lui faut, pour gonfler ses robustes poumons,
L'étendue infinie où le vent souffle en trombes,
Les causses tourmentés, les garrigues, les monts
Parfumés du Midi peuplés de fraîches combes.
Il lui faut, pour couvrir son buste
La cape du berger rude et chaude
Dans le fier retroussis de ses plis
Le noble envol et l'élégance d'un

de lutteur.
et qui cache
protecteurs
panache.

Il lui faut le grand feutre et le gourdin noueux,
Ceignant ses reins râblés la taillole é-. arlate,
Et la chemise, autour de son cou musculeux,
Largement échancrée et vierge de cravate.
Ainsi tu m'apparais, o notre langue, toi
Qui gardes dans tes mots le rythme qui ='émane
Du vent, des flots, des voix de la terre occitane
Et qu'on veut dénigrer en appelant patois.

-

Soit ! Nous patoiserons comme l'ont fait nos pères
Qui patoisaient après leurs aïeux, les Romains,
Et comme nous, nos fils patoiseront demain
En vivant et mourant, comme nous, sur nos terres.
Et nul ne rougira lâchement sous nos toits
De reprendre à son tour les antiques vocables,
Les mots qui fleurent bon la paille des étables,
Le vin de nos celliers, la tiédeur de nos sables,
Notre clair, savoureux et sonore patois !
Jean

CAMP.

�Les Livres.
Vfi

HÉ^OS

LtflTIfl : BOLtlVflR.

JSfl. JVIarlus Hndré, historien de l'indépendance sud-amérieaine.
Tous les Français connaissent plus ou moins le nom, la vie, l'œuvre de Washington : Les anglo-saxons savent faire de la publicité même scientifique autour de
leurs grands hommes. Nous n'aurons plus maintenant le droit d'ignorer le héros
latin de l'indépendance américaine : Simon BOLIVAR. Sa figure est certainement aussi grande et paraît même plus captivante que celle du premier Président
des U. S. A. C'est du moins l'impression que nous laisse la lecture de l'ouvrage
que lui a consacré Marius André (1).
Ce poète, pour qui l'espagnol n'a. pas plus de secrets que le provençal, doit
à ses séjours dans l'Amérique du Sud, à une curiosité sans cesse en éveil, de
pouvoir faire d'heureuses et de fréquentes incursions dans la science historique.
Comme il se soucie peu des idées reçues, des consécrations officielles, il nous
apporte souvent du nouveau. Et si la vivacité du style, la véhémence des qualificatifs et l'ardeur des indignations enlèvent quelques-uns des caractères de froide
impartialité qu'on s'accorde à exiger de l'œuvre scientifique, on ne saurait nier
que les livres de Marius André y gagnent en lisibilité et en intérêt. Le nombre
d'inexactitudes relevées dans de savants ouvrages ne laissera pas d'étonner
le lecteur non averti des relativités de la science historique. Il y verra une fois
de plus comment la vision du passé a pu être déformée au détriment de la latinité
et au profit des nordiques.
Serait-ce le préjugé occitan qui nous fait ainsi écrire ? Qu'on en juge .
**
Bolivar naquit en 1783 d'une famille basque établie au Vénézuéla. N'a-t-on pas
vue longtemps en Bolivar qu'un métis à peine civilisé ! Or. il était de la plus
parfaite et plus ancienne noblesse, e1 reçut par les soins d'un précepteur israëlité,

�- 207 —
Rodrtguez, une éducation en tout point conforme à celle dont Rousseau avait
rêvé pour Emile. C'est peut-être à quoi il devait, à seize ans, d'ignorer l'orthographe, mais il en garda toute sa vie, la tendance libérale, la peur de passer
pour despote et le vocabulaire philosophique. Le gros intérêt de cette étude, c'est
de suivre chez Bolivar, aux prises avec les réalités, la réaction de l'hérédité
eontce la formation.
II vint à Madrid terminer son éducation. Travaillant par amour-propre, il sut
concilier l'étude, la mondanité, le mariage d'amour, la valse : mélange de Don
Quichote et de Don Juan. Son veuvage le fit retourner en Europe et en 1804
nous le voyons dans les salons parisiens coudoyer Talma, Mme de Staël, Eugène
de Beaufrarnais, Mme Talleyrand, Récamier et au sacre de l'empereur, il avoua
qu'il évoqua malgré lui « l'esclavage de ma patrie et l'auréole dont pourrait resplendir son affranchisseur ».

m'

vi

Les travaux récents dont Marius André nous fait profiter ont montré que ces
révolutions sud-américaines ont été l'œuvre des aristocrates indigène en bataille
contre les fonctionnaires espagnols. Elles ne cessèrent d'être appuyées, stimulées
et défendues par l'Angleterre qui désirait ouvrir à son commerce ces terres
d'avenir que l'Espagne exploitait à son seul profit. Cette société créole voulait
le pouvoir parce qu'elle se sentait capable de l'assumer : elle était certainement
aussi instruite que la Société européenne. Elle ne cessa dans toute la lutte d'avoir
contre elle les classes populaires. Mais ces révolutions nationales se firent au nom
des principes démocratiques alors que la situation sociale, le trop grand nombre
des gens de couleur, l'individualisme exacerbé de tous ces hommes au sang' trop
généreux n'offraient aucune des conditions qui auraient pu permettre une relative
stabilité. Bolivar reconnut qu'il eut mieux valut l'entente que la séparation. Ses
discours au congrès d'Angostura, sa correspondance montrent que sous la terminologie à la mode, il n'en restait pas moins un réaliste, épris de sagesse, de
mesure, d'équiilbre.
Il est curieux de noter qu'au début les libéraux qui se réunissaient chez lui
ne le prenaient pas au sérieux. Bolivar s'imposera dans l'action quand il faudra,
sans ressources, sans cadres, improviser une armée. Cette conquête de l'indépendance comme sa carrière militaire ont toutes les allures de l'épopée. Il faut de
voir traverser des centaines de lieues, changer de climat, passer les monts, il
faut imaginer ses « llaneros », guerriers valeureux mais gens de sac et de corde
dans le style de nos « Joyeux » pour comprendre le rôle unique de Bolivar dans
l'indépendanee. C'est son coup d'œil, son ascendant, son ardeur, sa flamme, c'est
lui par qui les victoires ont été possibles.
« Je crains la paix plus que la guerre ». Et c'est avec quelque tristesse qu'on
(1) Bolivar et la Démocratie, Aux éditions Excelsior, 42, Boulevard Raspail, 1924.

�— 208 —
lit ses échecs dans la paix. Sa générosité ne réussit pas à vaincre les jalousies
et à faire reculer le flot démagogique qui brisa l'unité de l'Amérique latine comme
la paix de chacun des états. Bolivar mourut impopulaire et vraiment désabusé.
« Nous avons labouré sur la mer ».
**
Quoi qu'il en soit, nos lecteurs se souviendront que Bolivar doit être inscrit
et retenu sur la table des grands hommes nés des races et des pays latins. El
%u'aujourd'hui plus qu'hier, méditer sur ses luttes, ses échecs et ses triomphes
ne manque pas d'intérêt : Bolivar avait du génie latin la lucidité constructive.
M. Marius André nous a montré qu'il fallait voir en lui non pas un démolisseur
mais un « bastissaire », un homme enfin comme il nous en suffirait d'un seul
pour fédérer les légions d'énergies françaises que notre Etat vieilli condamne
à l'impuissance.
Jean MORINI-COMBY.

La route aseendante de jvrauriee Barrés, par jJlmo A. Blane-Péridier.
Préface de Charles IVTaurras.
Je devais avoir une double satisfaction à lire le livre que Madame Blanc-Péridier a consacré à La Route ascendante de Maurice Barrés. Je demeure toujours
très sensible aux analyses profondes et subtiles de l'auteur à'Amort Dolori Sacrum
et un fervent de ce style si subjectif et si solide de Barrés. Double satisfaction
ensuite, parce que j'avais pu apprécier le talent véritable dont Mme Adrienne
Blane-Péridier a animé ses précédents ouvrages, ses poèmes Ii's Enchantements
comme son roman Sylvie ou Lia Fuite à Venise ou son conte landais de La
leyre. Frédéric Saisset en a écrit naguère ici-même.
Mme Blane-Péridier n'a pas composé ce livre de 250 pages pour nous révéler des
détails intimes et inconnus de la vie du grand écrivain français. Rien qui ressemble à un Barrés en pantoufles. L'auteur s'est attaché, avec une rare conscience
et avec une clairvoyante pénétration, à dégager le caractère de Maurice Barrés
d'après ses livres. Elle nous le montre, partant de ce délicieux Jardin de Bérénice,
où il cultive la fleur du « moi », pour s'exalter ensuite devant les horizons
plus vastes de la patrie et les aspirations de la race. A côté du Barrés, poète et
dilettante, nous voyons aussi, et surtout, à travers les pages écrites par
Mme Blane-Péridier, l'homme d'action, celui qui a soutenu les énergies nationales durant les douloureuses années de 1914 à 1918, celui qui a mené ces
courageuses campagnes pour les églises de France, les laboratoires abandonnés
ou les congrégations missionnaires aux pays du Levant. Cette enquête en
Orient, dernier acte de la vie de Barrés, fait l'objet de la troisième partie de

�— 209 —
l'ouvrage sous le titre symbolique : La Croisade de Maurice Barrés. L'œuvre
de celui-ci pendant la guerre occupe aussi une autre partie : la deuxième. Je
rae trouve entièrement d'accord avec l'auteur quand plie goûte la qualité poét'quf
de certains de ces articles, composés au jour le jour par ce chroniqueur d'envergure. La visite à Gabrielle d'Annuimo en Italie, la rêverie dans un jardin de
Lorraine sont d'un lyrisme émouvant et raffiné.
C'est à ce Barrés esthète, traduisant en une langue si nerveuse et si souple, ses
impressions, ses réactions spirituelles devant la nature et l'art, à ce Barrés du
Sang, de la Volupté, de la Mort, ou du Oreco que que je me limiterais si j'avais
à écrire un livre sur lui. Mais Mme Blane-Péridier obéit à une préoccupation
d'un autre ordre au long de son ouvrage. Elle tend à prouver que Maurice Barrés,
sans être un auteur religieux, cherche Dieu, et que ses dernières œuvres aboutissent à Dieu. A ce point de vue, le livre de Mme Blane-Péridier revêt le caractère
d'un plaidoyer, un plaidoyer où l'éloquence s'appuie sur des déductions bien enchaînées, sur une psychologie qui doit autant à la logique qu'à l'intuition. Mme
Blane-Péridier emploie à nous convaincre tout un don véritable de douce persuasion.
Un Barrés inquiet, tourmenté, enclin, à s'analyser n'arrive pas à la religion
aussi aisément qu'une âme naïve. C'est par des élans irréguliers qu'il y parvient.
Et nous pouvons mettre dans notre bibliothèque l'ouvrage de Mme Blane-Péridier
sur Maurice Barrés à côté de cet autre livre qui a été publié dernièrement par
M. Stanislas Fumet, Notre Baudelaire. Dans une compréhensive critique de la
revue Benjamin, notre confrère R.-N. Raimbault a déclaré que l'auteur, M. Fumet,
avait rendu Baudelaire « à sa famille spirituelle ». Il n'est pas un poète, dit
Stanislas Fumet, qui fasse faire an signe de croix pins pur ».
Pierre

LHORTE.

Pierre Valmigère. — L'Aude, mon paya; L'Andorrane.
L'Aude mon Pays, de M. Pierre Valmigère, qui se présente sous la forme d'une
très artistique plaquette, contient des proses sympathiques et de la plus, vivante
allure.
Des évocations et des invocations, des souvenirs d'histoire locale et des anecdotes que l'auteur a rêvées plus vivantes encore que l'histoire, des méditations
sentimentales, d'un charme réel, où se mêlent de plausibles lieux communs
(inconstance des choses humaines et vanité des vanités; tristesses du déracinement; puissance de la tradition, source de consolation et de joie), de vieux et
charmants ouvenirs, nostalgiques ou souriants, des notations pittoresques sur la
montagne natale, sur la mer audoie, ur l'âme de pierres ou des peuples qui
s'y penchent.

3

�— 210 —
Voilà ce que nous trouvons — outre l'hommage d'une « filiale piété » — dans
ce recueil d'essais, de rêves et de contes.
Le tout heureusement amalgamé — bien que les diverses parties de ce récit
n'aient d'autres lien logique que celui qui résulte de l'amour du clocher et de
l'accent du terroir — finement écrit et imprégné d'un lyrisme aimable, mais un
peu court de souffle. On lira notamment avec attrait des pages gonflées d'émotion et de poésie sur Narbonne, Limoux, la bataille de Leucate et, dans la
seconde partie du livre, parmi d'autres récits, bien venus, une plaisante « soirée
chez le préfet de l'Aude », et une petite nouvelle, « Le Sémalié », dont nous
devons particulièrement louer la simplicité, la délicatesse de touche, la nuance
sentimentale, qui en font sans conteste un petit bijou.
Le même souci de lyrisme reparaît dans YAndorrance, pièce en six actes du
même auteur. Mais ici, nous n'osons guère parler de réussite, tant la trame est
inconsistante, les personnages naïfs et l'action chancelante. Par bonheur, des
bouffées de poésie montent çà et là, délicates et fleurant généralement la terre
de chez nous.
Pas en tout endroit, pourtant : car il est étrange que certains des poèmes
dont l'œuvre est sertie :
« Le passé qui meurt ne laissant de lui
Qu'un regret qui pleure ».
ou encore :
« Plus ne m'est rien, rien ne m'importe,
« Et je compte les heures mortes,
etc..
rendent comme un écho des œuvres de jeunesse du belge Metterlinek.
Ajouterons-nous que le gaudeamus igitur, chanté par des jeunes gens déguisés
en Romains dans une fête toulousaine, est un chant d'inspiration germanique
que nous pouvons sans remord laisser aux beuveries de étudiants d'Outre-Rhin.
P. C.

La Chronique eriminelle d'une grande provinee, sous Uouis XIV,
par JVI. C. Barrière-FIavy, avec une prcfaee de Jiâ. f unek-Brentano.
{lilition Occitania, Toulouse. 1Q26.)
Pléchier n'est plus depuis deux siècles.... et nous avons aujourd'hui îa surpn»o
de lire les « grands jours du Languedoc » que le charmant abbé n'eut pas désavoués. Ajoutons avec M. Funk-Brentano que M. Barrière-Flavy fait preuxe, en
cette matière délicate, d'un tact et d'une mesure parfois oubliés par son illustre
prédécesseur, grand amateur d'épisodes libertins et scandaleux.

�— 211 —
Certes, il ne faudrait pas juger tous nos aïeux d'Oceitanie d'après la collection
de scélérats et de dupes si magistralement brossée par l'auteur : La Rochefoucauld
lui-même ne pourra nous persuader que le xvne siècle « eut le malheureux avantage de surpasser par ses crimes les siècles passés ». Cette chronique purement
criminelle ne doit pas entraîner un jugement d'ensemble trop noir; bien optimiste
peut-être, je préfère me représenter les occitans de jadis sous les traits de mes
compatriotes d'aujourd'hui : vifs et ardents comme leur soleil, mais incapables
de rancune et de froide cruauté.
Mais quelle verve dans ces écrits ! Œuvre d'érudition profonde et de labeur
patient, la « Chronique criminelle » passionne mieux qu'un roman (Est-il d'ailleurs encore un roman passionnant ?).
Vraiment, ils revivent, ces bourgeois terrorisés par les gens de guerre et les
ruffians de Toulouse, ces plaideurs irascibles toujours prêts à dénouer leurs procès d'un coup d'épée, ces prêtres indignes et ces mamstrats prévaricateurs, ces
faussaires — inflationnistes avant la lettre ! —; et, par dessus tout, ces sinistres
héros de drames de famille, débauchés, escrocs ou meurtriers, parmi lesquels
la naïve gauloiserie du siècle fait éclore çà et là le comique inattendu d'une scène
de Molière — ou de Scarron.
Et tout ceci se déroule en des paysages familiers de notre Oecitanie; pas à pas,
nous suivons les personnages de ces chroniques; leurs noms mêlés à tous les
souvenir de la terre natale retentissaient déjà dans nos mémoires d'enfants;
combien d'entre eux revivent au milieu de nous par leurs descndants !
Que l'auteur se rassure... les arrières petits-fils de ses héros liront eux aussi
son beau livre (car c'est le devoir de tout occitan soucieux de l'histoire de sa
petite patrie) et lui pardonneront sans arrière-pensée sa franchise de loyal chroniqueur. Le temps épure bien des souvenirs, et pour entrer dans l'Histoire, 11 n'est
point, croyons-nous, de porte basse !
Jean CABRIÉ.
Paris le S septembre.

Voici ce que pense de ce livre le Maître Punck-Brentano :
« Le livre de M. BARRIÎSRE-FLAVT, Chronique criminelle d'une grande province
sous Louis XIV est d'un puissant intérêt : peinture de la société Française, et non
seulement dans le Languedoc mais en Auvergne et en Provence — non seulement
au temps de Louis XIV, mais aussi sous Louis XIII. La documentation est
toute de première main empruntée pour la plus grande partie aux archives
parlementaires de Toulouse. Ces pages vivantes et pittoresques montrent de la
manière la plus frappante, la profonde différence qui existe entre la société du
XVII" siècle et celle du xx', et aussi — ce point est d'une grande importance —
entre la société du xvn" siècle et celle du siècle suivant que l'on réunit sous
la dénomination commune d'Ancien Régime. »

�212

11 nous paraît inutile de rien ajouter à l'opinion Si autorisée de M. FuiikBrentano. Indiquons seulement que l'ouvrage bien présenté, copieusement illustré,
se divise en 7 chapitres aussi attrayants les uns que les autres : Dans les rues et
sur les chemins; Du civil au criminel; Les Faussaires; Les Magistrats Indignes;
Les mauvais bergers; Les Affaires de mœurs; Affaires de famille.
Ce livre étonnera, instruira, plaira.
E. M.

�Les Lettres Occitanes
Fablèls
i
T lio liaid Chivalier
Dins los fablèls i a mai de burlas
que pel campèstre de capurlas;
mas mai d'un cop, retenètz-oc,
una burla, aco's un peloc
qu'enclaus castanha de bèl èime.
Res de melhor e de plus lèime
que de se trufar d'un badoc.
N'anatz entendre una de bêla.
Aqui que i abia un chivalier
que volia prendre per molher,
à tôt pèrdre, una domaizèla
qu'aimaba à ne virar lo cap;
fora aquela, ne volia cap.

�— 214 —

Era letrut autant que calgue,
èra tôt claufit e florit
de sapiensa amai d'esperit.
Vertat es que i a res que valgue
mai qu'aco, mas empacha pas
que i a quicom mai qu'asi-bas
a plan son prètz : l'agradadura,
e, per nostre amoros transit,
pauràs ! cal dire que natura
l'abia plan, plan mal pervezit
tant en belor qu'en veziadura.
Semblaba un monin tôt cagat,
— un monin pauc o mal lecat.
Guèrlhe, bèfre, nas recocat,
bosut, garrèl, tôt malmargat,
èra laid coma lo pecat,
laid coma un pezol de ciraire,
laid à parar un canabal
melhor que cap d'orre esparnal,
tant laid que dins tôt lo terraire
se n' trufaba tôt lo femnum.
La qu'aimaba nostre fringaire,
agachatz qu'i carraba gaire !
Era polida coma un lum.
De biais, de corps e de figura,
sus ela abia tota ondradura.
Mas per d'esperit, d'abeluc,
d'èime, d'escarrabilhadura,
o ! per tôt so-z-autre, adiu Luc !
La polidetat, qu'aco 's freule,
quand amb'aco i a chue ni mue !
0 ! n'i n' mancaba un brave truc !
1 auriatz fach batejar un teule
dins de pèrnas blancas plegat;
èra bèstia coma un aucat.
Un jorn, la chivalier à taula
toutes sos amies acampèt.
Aqui, de paraula en paraula :
« Que pensatz d'aco ? » lor diguèt.
« Ne sabi cap que me convengue
« coma aquela, es la que me cal. »

�— 215

1
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

-

diguèron : « Qu'aco s'arrengue
à ton grat, amor qu'es atal,
e tant pis per tu se fas pèca.
S'es polida, a ben quicom mai
que va pas trop... — Per aco, rai,
sabi plan pron qu'es autant pèca
que polida; mas vos dirai
so qu'espèri d'aquel nobiage.
Sabètz pas so qu'arribara ?
Cadan, ma femna me fara,
s'à Dius plai, un brave mainage.
Nostres drolles, — veiretz aco ! —
auran, tenguent d'ela e de jo,
ambe l'esperit de lor paire,
la polidetat de lur maire :
atal auran tôt so que cal. »

L'amoros, sus aquel estral,
se maridèt ambe sa bêla.
De drolles, lor ne manquèt pas :
n'ajèron una ribambèla,
tantes ne vos, tantes n'auras;
mas totes à bèl tal, pecaire,
ajèron la laidor del paire
e la necieza de la maire;
tantes que lor n'espeliguèt
es atal que s'endevenguèt.
A. PERBOSC.

Fabliaux
i

I*e Ltaid Chevalier
Dans les fabliaux il y a plus de sornettes
qu'il n'y a d'alouettes aux champs;
mais plus d'une fois, retenez cela,
une sornette, c'est la bogue
qui enveloppe une châtaigne de bon sens.
Rien de meilleur et de plus légitime
que de se moquer d'un sot.
Vous allez entendre une belle aventure.

�— 216 —
Voilà qu'il y avait un chevalier
qui voulait pour femme,
qui voulait éperdument une demoiselle
qu'il aimait à en perdre la raison; .
hors celle-là, il n'en voulait aucune.
Il était savant autant qu'il le faut,
il était tout plein et fleuri
de sagesse et d'esprit.
11 est vrai qu'il n'y a rien qui vaille
plus que cela, mais cela n'empêche pas
qu'il y a autre chose ici-bas
qui a bien sort prix : c'est la plaisance,
et, er: ce (lui concerne notre amoureux transi.
le pauvre ! il faut convenir que nature
l'avait bien, bien mal pourvu,
tant pour la beauté que pour !a grâce.
11 semblait un magot tout craché,
— un magot peu ou ma! léché.
Louche, bec-de-lièvre, le nez en trompette,
bossu, boiteux, tout dégingandé,
il était laid comme le péché.
laid comme un pou de décrotteur,
laid à écarter les oiseaux d'une thenevière
mieux que le plus horrible épouvantail,
si laid que dans tout le pays
toutes les femmes s'en moquaient.
Celle qu'aimait notre galant,
ah ! qu'elle était loin de lui ressembler !
Elle était belle comme un rayon de lumière.
De maintien, de corps et de visage,
elle était ornée de toute perfection.
Mais pour de l'esprit, de la finesse,
du bon sens, de l'entendement,
oh ! pour tout le reste, adieu Luc !
La beauté, que cela est peu de chose,
quand avec cela il n'y a rien d'autre !
Oh ! ce qui lui manquait n'était pas peu !
Vous lui auriez fait baptiser une tuile
emmaillottée dans des langes blancs;
elle était bête comme un oison.

�— 217 —
Un jour, le chevalier à table
réunit tous ses amis.
Là, de parole en parole :
« Que pensez-vous de cela ? » leur dit-il.
« Je n'en sais aucune qui me plaise
« comme celle-là, voilà celle qu'il me faut. »
Ils lui dirent : « Que cela s'arrange
« à ton gré, puisqu'il en est ainsi,
« et tant pis pour toi, si tu te trompes.
« Si elle est belle, il y a cependant quelque chose
« qui laisse à désirer... — Pour cela, passe,
« je sais bien assez qu'elle est aussi bête
« que belle; mais je vais vous dire
« ce que j'attends de cette union.
« Vous ne savez pas ce qui arrivera ?
« Chaque année, ma femme me fera,
« s'il plaît à Dieu, un enfant bien venu.
« Nos enfants — vous verrez ça ! —
« auront, tenant d'elle et de moi,
« avec l'esprit de leur père,
« la beauté de leur mère :
« ils auront ainsi tout ce qu'il faut. »
L'amoureux, sur cette considération,
se maria avec sa belle.
Des enfants, il ne leur en manqua pas :
ils en eurent une ribambelle,
tant tu en veux, tant tu en auras;
mais tous sans exception, hélas !
eurent la laideur du père
et la bêtise de la mère;
autant qu'il leur en naquit,
c'est ainsi que cela se passa.

6

�Bibliographie Oeeitane,
A TRAVERS LES LIVRES
Jean LADOUX. Pasejadas dins Béziers. (Promenades dans Béziers).
Texte pcc/tan et traduction française. — Béliers, Estavnparia generala,
1926. In-8".
Le charme de Béziers s'exhale comme un parfum rare, dans les beaux vers
occitans de M. Jean Ladoux. C'est, pour le lecteur, un plaisir subtil de suivre
l'auteur parmi des lieux pleins de souvenirs et de poésie. C'est Béziers qui, près
de l'Orb étale sa robe diaprée sur uu coteau dominant la mer; c'est le « Plateau
des poètes » et ses marbres « blancs parmi l'herbe fraîche et les fleurs empou, prées »; c'est la fontaine du Titan, rappelant à l'âme, dans la bleue lumière,
la grande leçon de l'effort humain qui conquit la terre et les océans, et connut
la route des astres. Ce sont les allées Paul Riquet dont l'ombre verte est pleine
du vent salin qui souffle de la mer... Nous entions dans les vieilles églises, à
St-Jacques eue saluaient, jadis les bateliers, à St-Aphrodise, à St-Nazaire, dont
les pinacles et les tours flamboient vers le ciel, comme un aident amour, au
soleil touchant. Les souvenirs terribles de la croisade des Albigeois font songer
l'auteur aux cloches qui lancèrent au ciel « le glas funèbre » et St-Nazaire
lui rappelle ses autels profanés où les Huguenots donnèrent l'avoine à leurs
chevaux, « au milieu d'une horrible orgie. » Mais le poète s'attendrit à la pensée qu'en 17S3, quand « le peuple, sourde mer, s'agite, farouche, et croit par
la terreur sauver la liberté », Béziers reste la ville au grand cœur qui ne veut
point verser le sang français. Et, dans une pièce dédiée au maître sculpteur
Jean Magrou, Ladoux médite sur le monument aux Morts de la grande guerre
et il s'écrie : « Je te reconnais, ô France, et mon cœur tressaille : de tant de
braves morts, que ta main bénit, tu t'élèves noblement plus vivante et plus
magnifique, » Et le livre, qui débute par des vers dédiés à une épouse aimée
et un sonnet en l'honneur de Mademoiselle Vinas, reine du Félibrige, se clot
par d'exquises visions de printemps au « Plateau des Poètes ». M. Jean Ladoux
maître en Gai-Savoir, vice-syndic de la Maintenance du Languedoc prépare
VUj nouveau recueil de poèmes dont nous attendons avec impatience la publication.

���— 221 —

Gabriel GARRIC. La Cabreta de Sant-Estève. Occitania, E.-H. Guitard,
libraire-éditeur, 6, passage Verdeau, Paris (IX*) et Toulouse, 7, rue
Ozenne.
M. Gabriel Garric nous donne dans ce mince recueil, ses pièces couronnées
aux Jeux Floraux de la Maintenance de Languedoc. La Cabreta de Sant-Esteve est
une nouvelle qui rappelle la fine bonhommie de Roumanille. Ce conte populaire
recueilli pieusement par M. Garric est charmant. Nous n'y ferons qu'une critique
qui peut sembler d'importance. M. Garric a prêté à Saint Etienne le gril de
St Laurent... Peut-être n'a-t-il fait que se conformer -ainsi à une erreur traditionnelle du folk-lore local, C'est peu probable, et M. Garric prend acte* de
l'inexactitude dans un petit papier humoristique joint à son œuvre. Le volume
se termine par quatre poésies dont la verve n'est pas sans charme.

François TRESSERRE. Hommage à Auguste Fourès prononcé à Castelnaudary, le 16 mai 1926. Castelnaudary, société d'Edition Occitane, 37. rue
de la Baffe, 1926. In-8°.
M. François Tresserre est Catalan, à ce titre nul mieux que lui n'était qualifié
pour parler d'un languedocien et affirmer ainsi la fraternité de tous les pays
d'Oc. M. Tresserre possède en outre le précieux privilège d'avoir été honoré
de l'amitié du grand Fourès. L'auteur des Chants du Soleil, dont Mistral, Verdaguer et Aubanel ont consacré la gloire, mérita d'être surnommé Le dernier des
Albigeois; sans une mort prématurée, il serait devenu le premier des Occitans.
Fourès, peu de temps avant sa mort s'apprêtait, en effet, à réformer la graphie
occitane alors en usage. « Malheureusement, dit M. Tresserre, la maladie interrompit sa tâche, laissant à nos vaillants amis Prosper Estieu et Antonin Perbosc
le soin de parachever son œuvre réformiste en laquelle ils ont si admirablement
réussi ».
Une indifférence qui prenait figure d'ingratitude à l'égard de Fourès a pris fin,
en partie, grâce au vibrant appel de François Tresserre. Une souscription publique est ouverte pour lui élever, à Castelnaudary, un monument commémoratif.
L'Association félibréenne los grilhs del Lauraguès s'est constituée en comité
d'initiative et les souscriptions seront closes le 31 décembre 1926.

A TRAVERS LES REVUES
LOU BOURNAT bulletin mensuel de l'école félibréenne du Périgord. N" de
juillet-Août-Septembre 1926. Périgueux, 7 rue Gambetta. — Compte-rendu de la
Félibrée de Bergerac et de l'inauguration du monument Le Lorrain. — Poèmes de
Méry de Bergerac et Robert Benoit. — Publication intégrale d'une spirituelle
comédie avec chants, de Robert Benoit.
LA CIGALO LENGADOUCIANO. — N° de juillet-août 1926. Compte-rendu

�_ 922
des Fêtes de la Maintenance du Languedoc. Discours de Marins louvean, Vcaert.
Bernard, Mlle Vinas, reine du Félibrige, Jules Azéma et Caries Orandn au nom
du Rousslllon et de la Catalogne, Mandadis d'Arnavielle, blindes des majoraux
Blavet, Vinas et Barthe. Beau sermon prononcé par l'abbé Salvat à la cathédrale de Béziers.
LA CIGALO NARBOUNESO. — N» d'Août 1926. — Suite d'une nouvelle de
l'Ermite de Sant-Brancat. — Beau poème sur la légende de l'ogive par P. Albarel.
A signaler dans le numéro d'octobre 1926, de beaux vers de ,7a». Camjp, un
curieux conte populaire recueilli par le professeur Anglade, une amusante fantaisie en prose sur l'origine de la barbe par Larmi-Sanot, etc.
LE COURRIER CATALAN. Gazette d'information bi-mensuelle. Rédaction
et administration, 71, rue de Rennes, Paris (vie). — LE COURRIER CATALAN
qui a publié cette année un très intéressant feuilleton sur La Renaissance catalane, donne, dans son numéro du 1er Novembre, sous la signature de P. Guilaiiya,
une remarquable étude concernant la sensibilité chez les poètes catalans.
L'EVEIL CATALAN. Perpignan, 13, place des Poilus. N" du 16 octobre 1926.
Vers extraits du nouveau volume de poèmes que vient de publier Alfons Maseras,
un des écrivains les plus justement appréciés de la littérature catalane. — Petites
pièces de Pau Berga sur les jeux et les sports. — Poème de P. Erancis-Ayrol.
LOU FELIBRIGE (juillet-septembre 1926). Bulletin de propagande Mistralienne
et de régionalisme, dirigé par Mme , Frédéric Mistral publie un beau poème
du Capoulié Marins Jonveau sur Saint François d'Assise.
LO GAI SABER (Septembre-octobre 1926). La vaillante revue de l'Ecole occitane publie un spirituel article du professeur Anglade, et la préface que le
baron Desazars de Montgailhard vient d'écrire pour FZoc de Gasconha, recueil
de vers d'Arthur Cambos. On trouvera dans ce numéro un poème extrait de
ce recueil, ainsi que des vers de Jules Cubaynes et des maîtres Prosper Estieu
et Antonin Perbosc.
LEMOUZI. Revue mensuelle régionaliste et félibréenne, 25, rue d'Orléans, à
Neuilly-sur-Seine. Le numéro d'Août-septembre-octobre est consacré à la
xxvie fête de l'Eglantine célébrée en la cité de Pierre-Buffière les 11 et 12 septembre derniers. On y trouvera des vers d'Albert Pestovr, Edouard Mazin, Léon
Delhoume, Jean Rcbier et une pièce limousine, en un acte, de René Farnie,
passé maître dans le théâtre populaire limousin.
OC. N° 54. Or, y lira avec plaisir l'article d'I. Girard et celui de Pierre Azéma
sur les magnifiques leçons que donne l'Alsace aux pays d'oc, ainsi qu'un beau
poèm« provençal dédié à Lovis Le Cardonnel par J. Bourrilly.

�— 223 —

LA TRAMONTANE. Revue mensuelle de régionalisme, de littérature et d'Art.
Octobre 1926. A l'occasion du 70« anniversaire de M. le Chanoine Bonafont
(ho Pastorellel de la Vall d'Arles) une tête a eu lieu à Ille-sur-Têt. LA TRAMONTANE nous donne deux pièces de vers du vénérable prêtre qui est à l'avant-garde
du renouveau linguistique de sa petite patrie. LA TRAMONTANE a l'intention
de consacrer un numéro spécial au l'astorellet de la Vall d'Arles, nous avons
hâte d'en prendre connaissance.
PAUL-LOUIS GRENIER.

PIERRE ftZÉJBA.
Brun, solide, la lèvre ronge et l'œil ironique souus le large chapeau estival, cet authentique Clapassié' doit n son physique de méridional robuste
d'écrire une langue drue, énergique et franche comme lui. Il compte parmi
la «trinité félibréenne — L'Iiseoutaïre, Delpon Delascrabas — qui, à Montpellier, entretiennent le feu sacré au cœur des autochtones et son action est
bien connue, des aptecs catalans aux acamps de Provence.
Prêcher l'évangile mistralien ne lui para il pas suffisant. Après la parole
la «plume. Et c'est ainsi que nous lisons de lui une comédie antique en
deux actes, Loti Ciclopa.
Les vieilles fables gardent toujours sur l'esprit des hommes leur mysté
lieux pouvoir de séduction. Grâce à Azéma, notre littérature s'enrichit du
récit poétique «lo malheur île Polyphème engeigné par le subtil Ulysse. Nul
liiez nous n'avait encore tenté d'humaniser si pleinement les héros mythiques et de les rapprocher de nous.
Les légendes antiques ont toujours pâti du style académique dans lequel
on les traduisit. Les inventeurs grecs et latins, si simplement naturels dans
leurs textes, ont été accommodés par les cuistres à une sauce vraiment trop
lourde. Certes, nous n'approuvons pas Azéma d'avoir fait de rudes entorses aux noms hellènes de ces héros quand il les transpose en oc. Il y
avait là. une légère mise au point préalable qui s'imposait : Ulissa surtout
porte une désinence regrettable. Mais combien plus près de nous apparaissent ses personnages dont le vert langage exprime mieux qu'une langue
dite châtiée la véhémence naturelle des sentiments humains.
A quelle recherche de style peut bien songer le Cyclope sentant le pal
fumeux lui crever l'œil ei quelles épithètes de haute graisse ne sortirontelles pas de la bouche des compagnons d'Ulysse dans le moment où ils
s'efforcent de lapider l'ennemi à grands coups de cailloux 1
Que cela nous change aussi des fades patoisants dont le talent se hausse
à rimer la louange sempiternelle des flouretos et des aùcelous ! Verve et
lyrisme ne coulent-ils pas à pleins bords dans ce court passage :

�— 224 —
Bèu presounié de la boutelha
Lagrema poulpra de la trelha,
Mai que l'argent e mal que l'or
O vi, siès lou pus grand trésor !
Siès lou nectar e l'ambrousia,
Siès una font de pouesia
E de courage e d'enavan...
Pur roubis gisclat dan terraire,
Siès lou sang de la terra maire
Que reviéu e flouris en noutris, sous enfants !
Ajoutez à cette vigueur savoureuse, l'aisance du rythme, sa variété, la
r'chesse du vocabulaire, l'élan des strophes bien venues et vous aurez une
oeuvre qui honore celui qui sut écouter sur nos grèves ensolleillées
lou rire perlejant de las blancas naidas
et l'école languedocienne où foisonnent les jeunes talents, elle qui est en
train de prendre dans le Félibrige la place importante — une des premières — à laquelle elle a droit.
Jean CAMP.

�Les Beaux Arts
Sur les eimaises des salons
et dans les pages des livres.
Le Salon d'Automne réunit les artistes qui représentent le
mieux l'art moderne et avec une sélection que l'on ne trouve pas
aux Indépendants. Ce Salon séduit. Les grands peintres de notre
temps boudent souvent les Indépendants. Au contraire ils réservent
volontiers l'œuvre la plus importante de leur production de l'année au Salon d'Automne.
Celui qui s'est ouvert en novembre 1926 rassemble toujours les
mêmes peintres et sculpteurs caractéristiques de notre époque. En
outre, il marque, dans l'ensemble, une orientation vers un art plus
près de la vie, plus intelligent et sensible à la fois, plus réalisé et
plus mesuré. Il y a moins de laideur volontaire chez certains. Et
les systèmes arbitraires y perdent à chaque fois des adeptes. Le
cubisme n'y compte guère plus de partisans. Le Salon de 1926 me
permet d'espérer que je pourrai bientôt affirmer que j'ai eu pleinement liaison de soutenir toujours les artistes dont le modernisme
se vêt de l'amour de la couleur et d'une solidité qui ne supprime
pas l'élégance ni l'aménité, qualités essentiellement françaises.
Ces artistes, ils contituent le cœur même de cette exposition
automnale. Il semble que pour le symboliser on ait tenu à les

�— 226 —
grouper tous ensemble dans les quatre ou cinq salles voisines que
l'on traverse après être entré dans le Salon par la rétrospective du
grand impressionniste Guillaumin. On rencontre en effet là Matisse, avec un nu dans un intérieur où s'accordent en une harmonie surprenante, des verts, des « rouges, des bleus intenses, non
loin de Marval qui déroule les gammes des roses, des bleus tendres et des gris dans sa jeune fille de Paris ; non loin de Charles
Guérin se complaisant clans le rouge nacarat ; de André Fraye
dont la marine témoigne qu'il se joue avec une sûre maîtrise des
plus grandes difficultés ; non loin de Taquoy avec un coin de forêt
habité par les cerfs et les biches, avec une scène de courses de chevaux où l'on retrouve sa fermeté de palette habituelle- Et là voisinent d'autres coloristes de premier plan tels que Laprade dont
je parlerai, Jaulmes reprenant le poème des jeune! filles disposant des guirlandes fleuries, Lebasque avec un nu féminin solide
dans la grâce, et d'Espagnat, Camoin, Flandrin, Klingsor, Ottmann. Manguin, Picart le Doux, Valdo Barbey, Baignères, Friesz.
Asselin, Mainssieux, Carlos Reymond, Lépreux, Dufrenoy, Lotiron, Reboussin.
Avec les rétrospectives de Maufra et de Bakst, avec quelques
autres peintres que j'oublie involontairement, c'est le Salon carré
de YAut&amp;mne. On emporterait une vision presque complète de
cette exposition en se bornant à visiter ces quelques salles. Cependant, on a laissé en dehors de ces limites, et même on a parfois relégué dans les galeries des escaliers des œuvres significatives, bien que de tendances diverses. Nous avons considéré avec
attention les compositions religieuses de Desvallières et de Henri
Marret, les portraits de Paul Morand par Raymonde Heudebert,
du musicien Albert Wolf par Gerber, la figure féminine de Mlle Damita par Van Oongen dont le manteau et les dessous — celui-là
ne cache pas ceux-ci — sont prétexte à des virtuosité de coloriste,
les portraits par Yvonne Gilles. Mêla Muter, Peder, Marceau, la
séduisante jeunesse à la rose par Hélène Perdriat, la figure de
Charlotte Gardelle. Il y a aussi une série de nus modelés avec
une conscience savante dus à Marguerite Crissay, Grillon, Marcel
Roche, Deziré. Ceux d'Edelmann et de Georges Cyr sont d'une
touche nerveuse. Des paysages, décelant un amour de la nature
servi par un bon métier, appartiennent à Auclair, Renefer, de
Castro, Hélène Dufau, Charreton. Chariot, Antral, Balande, Dubreuil, Bach, Jacquemot, Dubois, Bonanomi. Il convient de s'arrêter longuement devant l'important envoi de natures mortes de
Roland Chavenon. toujours d'une réelle personnalité : les poissons
notamment, luisant sous la fraîcheur du robinet qui coule, demeu-

�que m.'en vaja
Vbô ? /iempte estima*
il œmoCa/c tnoô penac&gt;
QG vocvtae cmot, pemcut
06 Dea
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AVOOJUOL
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Bois jravé pour FONT ROMEU

Par Koo»K.

��— 22-9 —
rent un excellent morceau. Fornerod a combiné un tableau curieux
avec la note bleue d'un tablier de paysanne et les tonalités bistres
d'un panier de pommes de terre et des sabots. Enfin, il faut
signaler des œuvres qui ne se classent pas dans les genres précédents par le choix des sujets : ainsi le Retour des Champs,
d'Adrienne Jouclard, l'évocation médiévale de Montassiez les
boxeurs de Lestrille, l'Offrande de Mondzain, les derviches tourneurs de Sureda, le thème champêtre de Deltombe, les bois graves d'Emile Aider.
La sculpture se montre digne de la peinture au Salon d'Automne.
ues sculpteurs les plus marquants ont été placés, eux aussi, dans
ce que nous avons appelé le « cœur » de l'exposition. Nous y
avons vu, en compagnie d'Auguste Guénot, Joseph Bernard, Hernandez, Marque, Pompon. Et ailleurs nous avons distingué Gimond,
Chauvet, Otero avec une figure décorative, Lucienne Hewilmans
avec une Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus, les frères Martel avec
leurs recherches de synthèse, Céline Lepage, Simone Tailichet
dont la nudité timide se présente Largement taillée dans le bois,
Vigoureux, Pavie, Mlle Mikoun qui s'essaie dans la sculpture
peinte.
Il m'a été particulièrement agréable de constater que les artistes occitans, aussi bien les peintres que les seulpteuurs, étaient
bien représentés dans ce Salon. Pierre Laprade y a exposé deux
toiles les plus remarquées : une captivante nature morte, bien dans
la manière de ce coloriste délicat, expert à situer sur les blancheurs d'un fond, celles de deux pantins posés côte à côte, un
pierrot et un jeune roi à couronne, avec la tache incarnate d'un
iouquet de roses rouges et la verdure d'une branche coupée au
premier plan. En second lieu une vue d'Aix-en-Provence, la Fontaine des Quatre Dauphins, où Laprade nous apparaît avec l'esprit d'un Hubert Robert moderne. Auguste Guénot a été aussi
apprécié dans le domaine de la sculpture que Pierre Laprade dans
celui de la peinture. Sa jeune fille accroupie se décèle aussi heureuse dans l'aisance de l'attitude, la perfection du modelé que dans
le choix de la matière. Et, avec cet artiste toulousain, voici d'autres sculpteurs de chez nous : Contesse, Parayre, CostaLes uns et les autres ont fait partie de notre exposition du
Groupe Occitan, de même que les peintres, Ghabaud, Ramond,
Ramey, Desnoyer, Laclau, Cadène, présents également en ce Salon
automnal. Nous regrettons que Gaspard-Maillol et Auguste Rouquet n'y aient rien envoyé cette fois. Chabaud attire l'attention
avec un Berger dans le Midi, d'une vigueur de touche peu commune. Pourtant à cette grande toile j'avoue préférer les sites lan-

�— 23û —
guedoeiens, — cooins arides de la monbagnette où moutonnent les
troupeaux, chemins blanchoyant entre les saules — que le même
artiste à rassemblés à la galerie Montaigne, et où il y à tant
de vérité unie à une telle liberté dans l'interprétation. Paul Ramond reste fidèle à ses montagnes du Roussillon et à ses chaudes
colorations. Desnoyer emploie sa palette corsée et son sens juste
des taches à peindre Albi et Montauban, ainsi que le pittoresque
d'un marché. Laclau dispose sur du bleu une gerbe chatoyante.
Ramey réussit toujours à mélanger avec agrément des accessoires
de fête, et à construire un nu puissant. Quant à Cadène, son portrait de jeune femme possède de la plénitude dans le dessin
comme de la sobriété dans le coloris. Lucien Maillol, le fils du
grand maître Aristide Maillol dont l'absence ne passe pas inaperçue, traite avec force une scène de foot-ball. Les provençaux Girieud, Seyssaud, Gatier sont à mentionner, avec Russet, d'Auvergne et Jeanne Gil-Marchez de Tulle. L'apport des méridionaux
s'est donc affirmé important et de bonne qualité.
Un autre provençal s'est manifesté, dans le temps que s'ouvrait
le Salon d'Automne, en une galerie du voisinage. H s'agit de
Pierre Forest qui a réuni chez Reitlinger des paysages de Nice et
de ses environs. Forest, en qui revivent les traditions de Monticelli, étend la pâte sur la toile à l'aide du couteau. Ses marines,
d'un accent romantique, ses vieilles rues aux maisons peinturées
d'ocre ou de rose vibrantes de lumière, présentent autant de relief
que de chaleur.
Mais les œuvres d'art ne s'étalent pas seulement sur les cimaises
des salons et des galeries. Elles se découvrent aussi dans les pages
des livres. Les gravures sur bois notamment les décorent. Il semble
même que les xyiographes se complaisent surtout à illustrer les recueils de poèmes. Gustave Kahn, qui est un critique artistique des
plus perspicaces et un poète des plus subtils, a pu écrire que le
graveur et le poète étaient devenus des « frères d'armes. » L'un et
l'autre se complètent. Les xylographes modernes ont en effet parfaitement compris quelle part leur était assignée dans leur collaboration avec l'écrivain. Ils ont souci de décorer le livre, et non de
l'illustrer. Si Théophile Gautier revenait aujourd'hui, il serait obligé
ue reconnaître que l'auteur et l'illustrateur ne se contrarient pas
toujours. Une xylographie doit orner une page à la manière qu'un
panneau de peinture ornemente une muraille. Le critique, s'il veut
être complet, ne se borne pas à visiter les expositions. Il lui échoit
aussi de parler des livres et albums artistiques. Et il y prend d'autant plus de satisfaction que ceux-ci s'examinent dans l'intimité du
home, et qu'on peut relire un livre après l'avoir fermé. Au lieu

�— 231 —
qu'une exposition, une fois close au bout d'une quinzaine de jours,
ne se rouvre plus.
Ainsi il m'est permis de reprendre dans nia bibliothèque, pour en
écrire, des ouvrages dont la publication n'est pas toute récente. Je
ne me serais pas consolé de n'avoir pas pu signaler le livre du grand
félibre provençal Marins André, Avec un chargement d'oranges (édité par le Cadran) adorné de bois dessinés et gravés par Robert Joël. La
gravure initiale figurant des hommes du peuple déchargeant les
oranges devant les navires d'un port dans de grandes corbeilles,
avec le seul rehaut de la teinte orangée a du caractère- Les gravures en tête des principaux chapitres redisent des motifs éternels,
les deux pigeons, les bateaux à voile, la corbeille de fleurs, la lyre,
mais avec un style d'une noblesse ornementale. On songe -à ces
grands vases de marbre dans les parcs. La succession des mois tout
au long ûi l'an constituera toujours une source d'émotion et d'inspiration pour les artistes, bans la Chanson des mois, elle a dicté
au poète Achille Rouquet des vers d'une spontanéité comme d'une
tendresse attachantes, et à son fils Auguste Rouquet des compositions xylographiques où se confirme un sentiment également poétique, servi par un don réel d'imagination dans l'arabesque, d'une
écriture robuste. La moisson, la paysanne cueillant des pommes
tout en offrant la rondeur jumelle de ses seins, la vendangeuse, la
danse du feu dans la cheminée, le corbeau tachant de noir la
blancheur de la neige symbolisent messidor, fructidor, vendémiaire, frimaire, nivose. Ces deux carcassonnais ont eu raison de
maintenir ces doux noms du calendrier révolutionnaire, si expressifs, inventés par leur compatriote Fabre d'Eglantine. Le compagnon de Danton et de Camille Desmoulins, l'auteur de la plaisante chanson rustique // pleut bergère, était né à Carcassonne.
C'est à Nice que nous ramène madame Capatti avec les bois gravés
interprétant les poèmes délicats de Louis Cappy Sous les Clairs
Oliviers et les Sombres Sapins ; opposiion de clairs et d'obscurs,
de blancs et de noirs s'équilibrent aisément dans les solides gravures de Madame Capatti.
Dans le vieux pays d'Auvergne; âpre et sauvage, Maurice Busset devait trouver tout naturellement les sujets de gravures sur
bois puissantes et vigoureuses, comme les monts d'Auvergne et
leurs rudes habitants. En des xylographies en noir ou même en
deux tons, de l'ocre au bleu, ce graveur, né à Clermont-Fèrrand,
nous fait pénétrer dans les régions diverses de l'Auvergne, dans
les égides, dans les étables. Il nous met en présence des types les
plus variés. Nous voici en face du berger des Dômes, du paysan en
blouse courte du Puy, de la paysanne portant la coiffure ancienne,

�— 282 —
de la leveuse de dentelles. Nous croisons au détour d'un chemin
un attelage auvergnat. Nous regardons les joueurs de quilles, les
danseurs de bourrée ou le marché des cochons. Grâce à ce xylographe, doublé d'un écrivain, — le texte de cet album est aussi de
Busset, — nous accomplissons un véritable séjour en pays d'Auvergne. Œuvre d'artiste et œuvre véritablement régionaliste, en même
temps. Les mœurs, les métiers n'y sont pas négligés.
Aux métiers, et même aux vieux métiers, a été consacré l'album
de six lithographies originales d'Henri Gizard. Le potier courbé
pour façonner un pot, au milieu de l'amoncellement des poteries,
le vieux tisserand assis devant son métier, le vigoureux sabotier
au milieu de ses sabots, le verrier, les bûcherons ont fourni au
lithographe une suite de gestes saisissants du travail, que relie
entre eux une exécution ample où les traits principaux sont
appuyés- Nous ne saurions oublier le papetier : le vrai papetier
fabriquant le papier à la forme, devant sa cuve. C'est dans la petite usine de Gaspard-Maillol, où se faisaient alors les papiers à la
main, que Gizard a pris son modèle sur le vif.
Si vous avez habité Toulouse, vous avez connu certainement
Alex Coutet. Coutet est une figure toulousaine au même titre que
Praviel. Vous avez rencontré Alex Coutet, poète, journaliste, dans
la rue d'Alsace et Lorraine ou dans les promenoirs d'un musichall qui affiche une revue signée de son nom. Coutet, à l'allure
jeune, à l'œil intelligent, montre un visage souriant. Il a l'air
de flâner, de se divertir à observer la vie qui l'entoure, ou à
conter une anecdote en tedmes piquants- Et cependant Coutet est
aussi savant que s'il avait vécu toute son existence dans la poussière
des bibliothèques. Je m'en doutais. Mais à présent que j'ai lu son
dernier livre Toulouse, ville artistique, plaisante et curieuse, je
puis l'affirmer avec certitude. Alex Coutet sait par le menu, depuis leur plus lointaine fondation, l'histoire de toutes les églises
toulousaines dont les clochers de brique s'élèvent sur l'azur languedocien. Il décrit en historien d'art averti l'architecture fleurie
des vieux hôtels de la Renaissance dans la cité de Clémence Isaure.
Il connait la légende de celle-ci, ainsi que la vie de la belle Paule,
dans ce passé de Toulouse si pittoresque depuis les batailles des
trois comtes Raymond jusqu'à l'affaire Calas et à l'aventure de
Jean du Barry, du Moyen Age au dix-huitième siècle. Mais Coutet
habille son érudition des habits séduisants de la fantaisie. Il rend
le passé véritablement vivant. Il le ranime au contact du mouvement moderne. Son ouvrage, tout documenté qu'il soit, se lit avec
autant d'intérêt qu'un conte narré par un poète. Alex Coutet
raconte Toulouse au long de son livre, avec la ferveur d'un amou-

�Bois gravé.

A. IÎHABÏAI»,

��— 235 —

reux et la délectation d'un artiste. Son style nerveux, coloré, a des
ailes comme ces pigeons du clocher des Augustins, qui complètent « la poésie du clocher rose en y effeuillant leurs blanches
ailes ». Lui aussi, Coutet, (ajoute de la poésie à la cité toulousaine,
laquelle n'en manque point cependant, avec ses monuments emplis de goût, sa clarté latine, ses jardins, et même ce canal de Riquet qui m'est particulièrement cher. Le livre de Coutet, précédé
d'une préface remarquable de Pol Neveux, illustré de gravures
anciennes et de reproductions photographiques actuelles, a été
édité avec beaucoup de soin par la librairie Richard, à Toulouse.
C'est un véritable ouvrage d'art, par le caractère d'imprimerie
autant que par la présentation. La floraison artistique de Toulouse y
occupe une grande place. Un livre à quoi l'on reviendra souvent et
que les toulousains les plus informés de leur ville ainsi que les
amateurs d'art les plus avertis reliront avec plaisir, non sans en
tirer toujours quelque enseignement.
Il en est de même, dans un autre plan artistique, du livre que
M. H. Verne et R. Chavance ont écrit « Pour - comprendre Fart
décoratif moderne »• Cet ouvrage, augmenté d'illustrations bien
choisies, forme un résumé complet des réalisation obtenues de nos
jours dans tout le décor de notre existence, depuis la maison jusqu'au vêtement. Sa publication est très opportune après l'exposition de 1925. L'éditeur en a confié la rédaction à deux écrivains
compétents et capables d'intéresser vivement en parlant d'un sujet
qui les intéresse.
Il y a des aperçus ingénieux, des idées profondes, notamment
sur le paysage et le portrait, dans le livre de Léon de Saint-Valéry,
t,es Tendances d'Art. L'auteur conserve quelque sévérité à l'endroit des impressionnistes et de la nature morte. Mais je l'approuve
pleinement lorsqu'il consacre des études à des peintres tels que
Pierre Laprade, Aman-Jean, Maillaud, Cottet, Cosson, Hélène
Dufau.
C'est une longue étude sérieuse, fouillée, appliquée que Armand
d'Agnel et Emile Isnard ont élaborée sur le grand artiste marseillais Adolphe Monticelli. Si le génial bohème y est dépeint dans sa
vie tourmentée, avec un constant scrupule de vérité, l'artiste y
est analysé d'une façon approfondie sous les trois faces du technicien, du dessinateur et du coloriste. Ce peintre était doué d'un
tempérament bien personnel qui permet de discerner tout de suite
un Monticelli entre plusieurs autres tableaux. Celui que Robert
de Montesquiou avait surnommé Le Rroyeur de Pleurs a recréé —
car" il était avant tout un imaginatif —, dans les diaprures d'un
coloris magique, avec un dessin alerte inscrit dans une couche émail-

�— 236 —
léa et hérissée d'empâtements, des fêtes galantes dans le cadre de
la Renaissance plutôt que de Louis XV, des scènes historiques
et religieuses, des turqueries, des paysages. Il a brossé quelques
portraits intenses. L'ouvrage de grand format, augmenté de nombreuses illustrations, honore la maison d'édition Occitania, aux
destinées de laquelle préside notre confrère Eugène Guitard.
Refaisons en terminant, après Jean Ajtalbert, l'apôtre du Livre
du Pays, le vœu que r?ms avons formé à la fin d'une précédente
chronique. Souhaitons que l'on trouve aisément en Auvergne,-à
Toulouse, à Marseille, ces ouvrages dont nous venons de parler et
qui aideront à se rappeler les visages des régions auxquelles ils se
rapportent. Emporter un livre en même terrrps qu'un bouquet de
violettes. Geste nécessaire et raffiné.
PAUL-SENTENAC.

Le Festival de musique

de chambre de Rey-flndreu.
Dans ta célèbre salle du « Caméléon », notre collaborateui et ami, le
grand compositeur occitan Rey-Andreu, a donné le 10 novembre une
séance entièrement consacrée à ses œuvres. La grande presse en a rendu
compte avec faveur, et nous sommes heureux de pouvoir réunir ici les
principaux passages des articles qui lui furent consacrés.
En pleine possession de son magnifique talent, Rey-Andreu va connaître la consécration définitive de Paris. Son œuvre, jusqu'ici connue
des seuls initiés, atteindra le grand public; nous pouvons en annoncer la
bonne nouvelle à nos lecteurs.
Le Groupe et les Feuillets Occitans, qui, dès leur début, ont soutenu le
grand compositeur Narbonnais, se félicitent — fidèles à leur programme
— d'avoir contribué à faire connaître un artiste occitan.
Les Feuillets.
^'événement du 16 novembre.
Le mercredi 10 novembre, le compositeur Rey-Andreu donnait une séance
entièrement consacrée à ses oeuvres, au Caméléon. Le grand public ne connaît pas encore beaucoup ïtey-Ahdreu. Cela tient à ce qu'il n'écrit que des
œuvres fort difficiles soit pour piano (Lôu Pays), soit pour violon (Ode Sonate-Adagio), soit aussi pour violoncelle (Poème-Nocturne), soit aussi pour
orchestre. Mais il écrit depuis peu. et si l'on considère son bagage artistique (environ quatre-vingts œuvres)cela tient du prodige. Comme on l'a

�du souvent, sa fécondité extraordinaire n'a pas pour eoroil»ire 1» facilite,
bien au contraire.
Son poème pour violoncelle est des plus redoutables, sa sonate pour violon et surtout son quator (dans le Nocturne) sont remplis de casse-cou !
Mais que désirent les virtuoses ? Vaincre la difficulté. Nous l'avons bien vu
dans les mélodies, sonate, sonatine, ballade, les interprêtres se sont surpassés. Citons-les : Mmes Verdevoye-Heuclin, Nadia Martel, Desjardins,
Suzanne Teissier, Potel de la Brière, Sagneux, Lantman, Bourgot et MM.
Murano Huvelih.
A. C.
Le Fk/aro du 15 novembre.
Un nouveau compositeur de grand talent, M. E. Rey-Andreu, vient de se
révéler brillamment dans une séance de musique de Chambre donnée le 10
novembre dans la petite salle du Boulevard Raspail. M. E. Rey-Andreu a
l'ait entendre une série d'œuvres d'un sentiment profond, ët d'une facture
remarquable que l'auditoire à chaleureusement applaudies ».
La Liberté du 15 novembre (page 2).
M. Mercereau donne parfois l'hospitalité aux musiciens, et nous lui devons de magnifiques manifestations esthétiques, comme celle du festival
Rey-Andreu. Ce compositeur déjà bien connu par son œuvre Lou Pays, les
Impressions fugaces, les Pages Brèves et de remarquables mélodies, n'avait
jamais donné la mesure de son talent comme dans la Sonate pour violon et
piano jouée parfaitement par Mlle Adellne Guérin-Desjardins et Mme Verdevoye-Heuclin, dans la Ballade, dans la Nocturne pour violoncelle joué par
M. Worms un jeune musicien de grand avenir et surtout le quatuor à cardes.
Le public d'élite a laissé éclater son enthousiasme pour cette œuvre finale
qui, par sa variété et la beauté de ses thèmes a toutes les caractéristiques
d'un chef-d'œuvre.
La Victoire du 17 novembre.
Ce modeste musicien qui pourrait par sa riche inspiration mélodique et
harmonique obtenir si facilement la faveur de la foule, semble s'être imposé
une discipline sévère. Ses œuvres, de plus en plus fortes, difficiles ne s'adressent qu'à l'élite des musiciens. Sa Sonate pour violon et piano, dont Mlle
Guérin-Desjardins a rendu avec fougue les pages frémissantes, ses Trois La
vis Occitans, où Mme Verdevoye Heuclin a dit avec ferveur, tout le calme
clair, vibrant, et mélancolique aussi, de la campagne occitane; ses mélodies
d'une poésie intense, son Nocturne pour violoncelle joué par Worms avec
un sentiment si profond, et enfin le pathétique et majestueux Quator à cordes d'une écriture si colorée et si moderne mais sans heurts ni empâtement
inutiles : voilà quelques œuvres qui placent désormais Rey-Andreu au premier rang des contemporains.

�— 238 Le Radical du 14 novèmbre.
Nous avons souvenir d'un feuilleton musical de notre confrère le Temps
où i'éminent critique musical M. Lindenlaub signalait, il y a quelques années, trois grands musiciens d'avenir. L'un, il faut bien le dire, était presque
célèbre et déjà nous avons eu la douleur de le perdre : André Caplet ! L'autre, bien en vie et en pleine vie, le musicien, peintre et littérateur Georges
Migot; enfin il citait Rey Andreu et ajoutait « retenez bien ce nom ». Nous
l'avons retenu et nous avons trouvé, mercredi soir, au Caméléon, Rey-Andreu
en pleine possession d'un immense talent. Avec des œuvres d'une puissance
d'une sensibilité et d'une technique assurée comme sa Sonate pour violon
et piano, sa Ballade, son Nocturne pour violoncelle, et surtout son splendide
Quator à cordes, il n'y a plus de doutes à avoir, cet auteur (qui a abordé
de plus hautes œuvres que son camarade Deodat de Sévérat avec lequel on
le comparait quelque fois, bien ù tort, à notre avis) rentre délibérément dans
la lignée de nos plus grands musiciens modernes.

Paris-Soir du 17 novembre,
M. Mercereau a fait connaître, beaucoup d'auteurs dans son charmant « Caméléon », mais combien d'appelés et peu d'élus I Son initiative ne sera point
perdue s'il nous dorme quelquefois des sensations d'art véritable, comme
avec les œuvres de Rey-Andreu. Ces œuvres d'une très haute tenue, sans
concessions aux goûts vulgaires, semblent crées dans la fièvre de l'enthousiasme ! Que l'on entende Adeliue Guériu dans la fantastique Ballade pour
violon, ou le majestueux Murano et Nadia Martel dans ses mélodies si difficiles mais si évocatrices, ou Mme Heuclin, pianiste de race, dans la douloureuse et palpitante Sonatine, et, enfin, Mlle Yolande Potel de La Brière
et ses partenaires dans le splendide Quator à cordas; on est toujours sous le
charme d'une musique neuve, personnelle, où l'on ne voit l'apport d'aucune
influence. On a l'impression qu'un nouveau et grand musicien indépendant,
comme Chabrier, Albeniz, Leken, vient de nous être révélé. Il faut tout attendre de Rey-Andreu dans le domaine de la musique pure. — A. L.

Réflexions sur le salon d'Automne, à Perpignan
La Colla ciel Rossello peut être fière de sa première exposition. Les murs de
la salle Arago, ruisselants de toiles aux couleurs chaudes, ont attiré pendant
une semaine tout ce que notre pays compte de lettrés, d'amateurs éclairés, et
même de frustes gens du terroir, qui ne sont pas si indifférents qu'on le croit
aux choses de l'Art. Certes, ce salon n'a pas été parfait. L'idée d'exposer pêlemêle les œuvres des maîtres et les essais des débutants peut prêter à critique.
Dç brillantes paillettes voisinent avec beaucoup trop de scories, mais ce dis-

�parate même n'est pas sans charme, et peut-être y a-t-il là un ferment d'émulation qui n'est pas à dédaigner.
Ce succès considérable (près de 300 toiles présentées) semblerait confirmer
la thèse de notre délicat compatriote J. S. Pons sur le manque de romanesque
du caractère catalan, et son amour des choses positives et réalistes. Nous avons
peu de romanciers, mais voilà une riche floraison de peintres, et tous naturellement coloristes. Pas d'anémie ni de léché dans la plupart de ces essais, mais,
par contre, trop de lourdeur, trop de bitume pesant, trop de boue dans certaines
œuvres. Nos paysages ont des colorations violentes dans le détail, il est vrai,
mais encore ne faut-il pas oublier que l'ensemble reste harmonieux.
Les aquarelles d'Etienne Ternis émergent naturellement de tous ces envois.
Chose curieuse, les toiles du solitaire d'Elne semblent sombres à première vue,
d'autant plus qu'elles voisinent avec celles de Paul Careassonne, brillantes d'une
jeune sève, d'une viridité remarquable. Mais il ne faut pas se leurrer. Le classicisme discret du Maître masque une profondeur, une luminosité qui émeuvent.
On a comparé sa peinture à la poésie de P. Camo : il n'y a pas d'idée plus juste.
Et quelle simplicité de moyens dans ce peintre fervent delà nature : — un pan
de mer bleue dominé par un roc fauve, un chemin de platanes qu'a touchés la première pointe dorée de l'automne, une soleillée sur l'Ablère avec de franches
ombres bleues — il n'en faut pas davantage pour communiquer le frisson du
génie au visiteur.
Quelques gouaches de Manolo, puissantes, aux masses moelleuses, sont dignes
du robuste sculpteur. Le style primitif de Manolo fait songer à Ramuz. La similitude est assez frappante entre la technique de l'écrivain et l'inspiration naïve
du peintre.
Il serait intéressant de chercher à dégager l'influence de notre sol à travers
toutes ces productions. A parler net, elle n'est pas très franche. Les réalisations
de la plupart des artistes semblent se cristalliser autour de Collioure. Certes, c'est
là le foyer de l'art catalan, et il ne me vient pas à l'idée de contester sa luminosité et son harmonie, mais symbolise-t-i! toute la pensée de notre région ? Assurément non. Notre montagne, notre arrière-pays ont une inspiration qui n'a pas
été suffisamment traduite. Un chêne-liège écorché empanachant un ravin d'argile sanglante, un filet d'eau qui miraille entre des roseaux, une dévalade
û'alzinas dans un pierrer des Aspres représentent mieux notre pays que l'inévitable clocher de Collioure. C'est dans ces petits tableaux qu'excellait Terrus, et
voilà pourquoi il demeure le plus pur représentant de la peinture catalane. A ce
point de vue, il serait intéressant de constater ce que le style tourmenté du
peintre russe Apostoli donnerait devant ces sujets. Je lui conseille une visite à
Montalba d'Arles, à travers ces terras matadoras où s'appesantit une aura tragique. Son talent assurément très personnel aurait l'occasion de briller davantage que dans les paysages assez triviaux de la banlieue perpignanaise.
Pour conclure, signalons l'exposition des gosses de Collioure, avec certaines

�- 240 u.nvf»felle» remarquables de fraîcheur et de naïveté. 11 y a là un mouvement
qu'il sera intéressant de suivre.
CHARLES ROUSSILLON.

Art et euriosité
Sous cette rubrique on lira un écho des ventes de peintures, dessins, estampes,
sculptures, objets d'art, livres, qui passent aux enchères publiques. Le lecteur
aura un aperçu de la valeur qu'atteignent certains noms. L'œuvre d'art est plus
que jamais une monnaie qui suit une marche ascendante quand sa distinction
ne fait aucun doute. L'amateur l'achète pour son plaisir, le marchand l'acquiert
pourqu'elle lui rapporte. L'un et l'autre sont ou deviennent presque toujours des
spéculateurs. On voit aussi assez souvent quelqu'un sans connaissances artistiques, naître amateur, parce qu'il aura appris que telle peinture .telle estampe
ont fait des prix très élevés et le voilà tenté de posséder un tableau pour l'installer dans son appartement, qu'il montrera un peu prétentieusement avec l'espoir
d'en tirer plus tard un bon parti. Que celui-là se méfie, qu'il fasse avant une
éducation, qu'il se renseigne, car toutes les œuvres exposées au marché ne monteront pas toujours, quelques unes même dégringoleront aussi vite qu'elles s'élèrent.
On tiendra compte du cas qui se présente des fois où deux amateurs qui
veulent la même œuvre se la disputent au delà de sa valeur.
Nous citerons impartialement la mercuriale, on reconnaîtra pourtant dans nos
lignes ce qui a nos préférences, ce qui nous paraîtra susceptible de se maintenir
et même de hausser.
Cette saison, la vente des tableaux a débuté par l'effet d'un coup de
Bertha, car la surprise fut grande d'entendre des prix stupéfiants donnés à des
œuvres dont quelques unes ressemblent à des rébus. Ses auteurs n'étaient pas
des débutants, quelques uns ne manquent pas de la grande éducation classique
et ont fait preuve, quand ils l'ont sans doute voulu, d'une notable virtuosité, ce
qui reste Inexplicable c'est leur tendance de pousser jusqu'à l'extrême incohérence
la déformation des corps humains et objets. Parmi ceux-là, catalogués fauves et
cubistes un grand naïf, ancien gabelou, ayant peint comme un grand enfant à
l'école primaire avec une parfaite méticulosité, dont sa peinture exposée la
Bohémienne endormie fut achetée plus de six-cents-mille francs, cote où parviennent les œuvres des plus grands maîtres Velasquez, Rcmbrand, Watteau,
Delacroix etc. Parmi les peintures des fauves : les paysans de Roiiault 21.000 fr. ;
un nu de Alatisse, un peu plus de 100.000 francs; le coq mort de Soutine, 22.000;
le gros arbre de Raoul Dnfy 9.500; la porte Saint-Denis deVbrillo 40.500; mes
préférences auraient été sur tout cela, à une tapisserie de Maillol, les Joueuses
de mandoline, et à son Concert qui firent chacune 27.100 fr.
ASTER.

�Feuillets régionalistes
tes fêtes JYléFidioi)a!e$ de StFasboùrg
Fédération Régionaliste Française — dont notre
éminent compatriote, Charles Brun, est l'âme, —
avait tout dernièrement organisé, au Musée Social,
une « Journée administrative ».
Les projets du gouvernement, considérés comme
une simple étape dans la voie de la décentralisation, y furent étudiés par des esprit distingués, qui
apportaient à cet examen les espoirs et les craintes nés de leurs
propres tendances.
Or, si tout le monde s'accordait sur la suppression de certains
rouages et l'extension des attributions de certains autres , les divergences de vues apparaissaient dès que l'on donnait comme terme à cette évolution, la création d'une nouvene entité géographique, la région, jouissant d'une large autonomie administrative, intellectuelle et économique. Certains esprits chagrins, tout
en reconnaissant les heureuses conséquences d'une telle viviflcation, laissaient percer une arrière-pensée, la crainte que l'accroissement des libertés locales ne se produisit au détriment de
l'unité nationale.
Fort opportunément, à quelques jours de là, les Fêtes Méridionales de Strasbourg, auxquelles le Groupe Occitan était aimablement convié, sont venues apporter leur réponse à ces appréhenkA

sions.

�— 242 —

**
N'était-il pas déjà symptômatique que la tradition en ait fixé
la date au jour anniversaire de l'entrée des troupes française à
Strasbourg, qu'elles aient débuté cette année-là par la « coupo
Santo » de Mistral chantée au pied du monument de Kléber, et
que, recevant les délégations du Midi, le maire de Strasbourg ait
pû
dire « cette magnification prend une valeur toute particu« hère à la veille d'un anniversaire si cher aux Alsaciens, qu'il
« ne faut pas juger par les calomnies de quelques propagandistes
" isolés. Au-dessus des querelles de partis une chose nous unit
« tous, nous sommes tous français et l'Alsace est une province
« française, au même titre que la Provence ». On le vit bien, le
soir quand, au cours de la splendide soirée donnée au Palais des
Fêtes Je drapeau français apparut dans une apothéose, encadré
d'Asaciennes et d'Occitanes, tandis que M. Déloger entonnait la
Marseillaise devant un auditoire de plus de 2000 personnes frémissantes et dréssées d'un seul élan.
Encore pourrait-on soutenir qu'un tel enthousiasme n'est guère
probant et tient uniquement à la psychologie des foules. Ce serait
en méconnaître la valeur et l'esprit dans lequel ces fêtes avaient
été organisées.
Le splendide livret-programme édité à cette occasion par la
« Cigale Méridionale » prend soin de nous en avertir : « Avec
« ses imperfections et ses lacunes, dit-il, le présent livret ne
&lt;( constitue pas une fin, mais un commencement et, pour ainsi
« dire, une première esquisse de ce que nous désirons faire pour
« donner sous une forme attrayante et condensée, les éléments
« essentiels permettant de faire mieux connaître en Alsace, les.
« régions du Midi et dans le Midi celles de l'Alsace ».
Développement des activités locales dans le cadre national et
interpénétration régionale, tel est le leit-mofiv des manifestations
annuelles dont nos compatriotes ont pris l'heureuse initiative en
Alsace.
N'en déplaise à leur modestie, la réalisation de ce programme a
été à la hauteur de leur conception. Leur livret, que je serais
heureux de voir entre les mains de tous nos amis, a pour titre :
« L'.Vsaee et le Midi, leurs beautés, leurs produits ». D'abondantes illustrations, des articles documentaires, des poésies
judicieusement choisies réunissent agréablement ces belles provinces non point comme « des mondes décolés » mais pour en
souligner l'interdépendance
dans tous
les domainesC'est
ainsi que M. Lévêqu'e ne manque point de marquer la liaison di-

�— 243 —
recte existant entre les deux ports autonomes de Bordeaux et de
Strasbourg et le parti qu'on en peut tirer et que notre distingué
collaborateur M. Marsais, termine ainsi un excellent article de
vulgarisation sur les vins du Midi : « N'y a-t-il pas dans cet
« exemple des vins du Midi et des sels de potasse d'Alsace échan« gés entre les deux régions, comme un symbole des plus encou« rageants. L'Alsace laborieuse doit aller chercher dans le Midi
« les enseignements qui lui sont indispensables pour la reconsti« tution et la défense de son vignoble, les bois de porte-greffes, le
« matériel viticole et. vinicole si perfectionné, les vins courants et
« les vins de cru des pays méditerranéens. Le Midi apprendra à
« connaître les vins "fins d'Alsace, les excellentes spécialités ali« mentaires de la plaine de l'Hl et du Rhin, et fera un usage de
« plus en plus abondant des sels de potasse d'Alsace, source de
« vigueur et de santé pour la vigne, culture essentielle de notre
« beau Midi ».
Le même esprit de collaboration avait inspiré le programme
même des fêtes, au cours desquelles alternaient les danses alsaciennes et occitanes. Ces dernières préparées et réglées par l'Académie Provençale, étaient la reconstitution de danses de caractère et de danses corporatives : danse corporative des tisserands
interprétant, sous forme de jeu dansé et chanté, le métier à tisser
le travail des ouvrières plaçant les fils et celui du maître-ouvrier,
navette en mains, posant la trame ; danse corporative des Fileuses, restaurée dans sa tradition ancienne, reproduisant la légende
d'Hercule filant aux pieds d'Omphale ; danse corporative des cordelières, figurant le tissage de la corde ; danse corporative des
jardinières. Enfin, la soirée fut égayée par le curieux spectacle de
la danse du « Chivalet » exécutée par les danseurs de Cournonterral (. -orault) et qui consiste, comme chacun sait, dans d'amusantes évolutions de chevaux de bois. C'est là une vieille coutume,
très en honneur encore dans nos villes du Midi et je n'en veux
citer pour exemple que les « Pandores Narbonnais » qui ont leur
cercle et participent, pour la joie du public, à toutes les fêtes de la
ville, notamment à l'époque du carnaval.
Enfin, à l'occasion de ces fêtes, les cinémas de Strasbourg
avaient eu la délicate pensée d'ajouter à leur programme un film
documentaire sur les beautés du Midi.
*

* *

Sous leur forme attrayante, les belles fêtes méridionales de
. rasbourg, conçues et organisées avec intelligence et méthode par

�— 244 —
M. Pujo, président de la Cigale Méridionale, dépassent de beaucoup le caare d'une simple manifestation d'« originaires ». A
l'heure où elles tendent à prendre un caractère traditionnel en
Alsace, il convient d'en saisir le caractère et la portée.
En associant sur tous les terrains ces belles provinces de France,
en favorisant entre elles des courants de sympathies et des liens
d'intérêt, M. Pujo a largement travaillé pour son pays et a démontré que le patriotisme local, avec toutes ses aspirations, est,
somme toute, le meilleur facteur du patriotisme tout court. Fort à
propos, son livret rappelle les vers de Jasmin :
« Qu'es la Franco ? Uno grando, uno forto famillo:
« Bretous, Picards, Gascous, Francimans, Marseillés...
« Et soun aounou que brillo
« Boulen toutes lou défendre (Et quand lous eçteahics)
« Per l'enerumi nous agarretzoun
« Bretous, Picards, Gascous, touts allors s'abarrètzoun,
« Touts alors fazen qu'un et trucan en francés. »

L'œuvre de la Cigale Méridionale à Strasbourg est de celles
auxquelles nous devrons à l'avenir apporter tout notre appui et le
concours de tous nos moyens.
Fernand CROS-MAYREVIEILLE.

�Feuillets gastronomiques
Pensées gourmandes
Le gourmet est le gourmand passé à l'étamine.
*
**
Vouloir être gourmet, c'est déjà cesser d'être gourmet.

*

**
Le vrai gourmet est celui qui ne retient que la mesure et le bon ton
de la chaleur çommunicative d'un bon repas.

Côme de Médicis disait : « Avec trois aunes de drap fin, je fais un
homme de bien. »

�— 246 .Or, avec trois dîners fins chez le bon traiteur on peut faire un gourmand, non un gourmet.
*

#*

Demandez au gourmand les remèdes à la crise financière, les causes
de la maladie des huîtres et les beautés de I' « esprit de Locarno »,
c'est le dîner qu'il va faire.
Demandez à un gourmet les bienfaits de l'optimisme, c'est le dîner
qu'il a fait.

Voyez le gourmand : absorbé tout entier dans la contemplation de
son appétit ou même de son prochain repas, préoccupé par l'exactitude
du service, le choix des entremets, l'âge du Bordeaux à chambrer, il ne
méprise point, à proprement parler, son voisin qui savoure une soupe
aux choux rehaussée d'un confit d'oie : il l'ignore.
***
11 est un proverbe gascon, trésor d'indulgence, pour la pécheresse de
village : « Quand on tombe dans une haie, on ne sait jamais quelle est
l'épine qui vous a piqué. »
Pareillement, en matière de table. Quand on verse dans la gourmandise,
on ne sait jamais quel est le plat que l'on préfère, car aux yeux du gastronome vraiment digne de ce nom, le plat d'aujourd'hui doit être meilleur
que celui d'hier et moins bon que celui de demain. Néanmoins, il est en
gastronomie des signes lumineux qui, tôt ou tard, mettent la fine bouche
sur la voie de la prédilection et qui, tout en lui révélant les causes de
ce qui fut son doute ou sa versatilité, semblent lui dire devant le nouveau
chef-d'œuvre sorti des mains du maître : « L'idéal est atteint. Tu n'iras
pas plus loin. »

Sur une digestion, le gourmand dort ou tonitrue. Le gourmet, lui,
médite, explore son moi satisfait, mais tâche £ se convaincre, en contemplant les ruines émouvantes de ce monument qu'est un grand dîner,
que, peut-être le goût n' a pas dit son dernier mot.
**
11 y a de l'esprit au bout de la fourchette d'un gourmet. Au fond
du verre d'un gourmand, il n'y a qu'un borborygme.

�La gastronomie ou l'art de bien manger, voilà ce qui prouve, en dépit
de Darwin que notre bouche ne fut jamais celle d'un gorille.

Gourmet n'entend rien à gourmé.
Le gourmand est le parasite de la table. Le gourmet en est l'ornement.

Un gourmet ne se reconnaît point à son bagage documentaire, de même
qu'un bon écrivain ne nait point d'une compilation ou d'une science
livresque.

Le gourmand a suivi le mouvement des temps nouveaux. Il mange en
vitesse. Le gourmet, lui, est resté l'homme des diligences, des convenances, des révérences. Il ne se jette pas sur une bonne chose. Il la salue
de son goût, la caresse du regard, la courtise par la pensée.
Il y a chez les gourmand de l'envie, du sans-gêne, de l'égoïsme, de
l'ignorance, de la frénésie. Le cri du cœur, l'appétit de l'esprit, jamais !
Le gourmand cultive une pratique; le gourmet, lui, pratique un culte. La
bouche parle, non le ventre.
Le gourmet, lui, pratique un culte. La bouche parle, non le ventre.

Chez le gourmet la faim ne justifie pas les moyens. Il y a toujours
un métronome sur la table du gastronome.
Le gourmand mange, le gourmet le regarde manger.
*
**
Il y a tout ce qu'il faut pour un gourmand sur une table bien servie,
hors le charme qu'il n'y peut mettre.

II existe aussi les bagatelles de la table : madrigal-potage tortue
précédant un marivaudage — sauté de mauviettes en croustade. Le gourmet ne l'ignore point; il en connaît la valeur. C'est ce qui fait de lui le
gentilhomme du goût.

�;

- 248 —

Une femme fine mouche, un homme fine bouche, jetez un pont : c'est
l'Amour qui passe.

*
**
Le gourmand est le nouveau riche de la gastronomie. Il ne trompe
personne et c'est d'ailleurs ostensiblement qu'il demande, dans la bonne
« boîte », un vol-au-vent financière bien « tassé ».

**
Gourmandons le gourmand qui, sous prétete de se bien tenir à table,
s'empiffre. Voyez-le; il mange des yeux : Sa bouche n'est plus qu'un
four, son ventreun collecteur. Que ne porte-t-il une « assiette garnie »
à sa boutonnière à la place d'une rosette, morceau de poireau ou de
Nicham Iftikar ?

*
La fourchette du gourmand est à la gastronomie ce que la casquette
du bedaud est au style de la cathédrale.

Si, présentement, la gastronomie, en certains endroits, déraille, la
faute en estausnobisme, dont se pare le gourmand qui veut manger et
qu'on le voit mangeant mais qui ne sait pas manger.
&gt;

*
**

Un foie gras truffé flambé à l'alcool d'un bon auteur fait plus pour
le goût français qu'une Sorbonne entrelardée de philosophie.
Jean-Paul

ARISTE.

�Feuillets économiques
Chronique vitieole.
L'importation. ile.s vins et liqueurs étrangers et le change. — Vue heureuse
campagne de la « Semaine Vinicole ». — tes vins de liqueurs français
ne peuvent avantageusement remplacer les Portos et Madères. — Les
expériences de M. le Professeur Viala sur les maladies de VEsca. — La
Muation vinicaie et la hausse des prix.

Fidèle à son programme qui est de poursuivre l'inventaire et de contribuer à la mise en valeur de nos ressources régionales, les Feuillets
Occitans ne sauraient passer sous silence l'ardente campagne entreprise
par la « Semaine Vinicole » en faveur des vins de liqueur français.
Avec le rédacteur de ces articles, on est stupéfait de constater que,
dans l'état actuel de notre change, nous dépenserons cette année une
quarantaine de millions de francs à importer de l'étranger des vins de
liqueur que notre sol national, et plus particulièrement certaines régions
de notre Midi, sont en état de produire. Aussi est-il très justement suggéré, au moment oii il est question de vie chère et de restrictions, de
supprimer cette cause de dépense à l'étranger.
Fort à propos, le rédacteur de ces articles fait état de documents
du plus haut intérêt et qu'il convient de signaler.
C'est d'abord, un extrait du bulletin de la Chambre de Commerce Portugaise d'où il ressort que l'intensification des cultures, dans la région
de Douro, constitue une véritable surproduction, incompatible avec une

�— 250 —
production de qualité. C'est ensuite, une étude de M. le professeur Ferreira de Silva, directeur du laboratoire de Chimie de Porto d'où il résulte
que la fabrication du Porto est spécialement le résultat d'un coupage de
vins blanc avec des géropiges, qui ne sont autre chose que des mistelles.
Le produit final dépend donc, beaucoup moins de l'origine que de l'habileté des industriels de Villa Nora de Gaia, où ces vins sont « travaillés ».
A l'appui de cette assertion, la « Semaine Vinicole » cite les observations de M. Fortuné, chimiste de la C. G. V., d'où il résulte que bien
souvent les chimistes du port importateur de Cette se trouvent en présence
de Portos et de Madères, dans lesquels ils décèlent la présence de saccharose ou sucre de canne. Les observations sont confirmées par un autre
chimiste, M. O. Klein.
Dès lors, comment ne pas conclure avec M. Tinayre, consul de France
à Porto, qu'à ces vins pourraient être avantageusement substitués des vins
de liqueur fournis par le sol généreux et ensoleillé du Midi de la France
et de l'Algérie.
Nous ne pouvons que féliciter « La Semaine Vinicole » d'une courageuse campagne de nature à émouvoir les Pouvoirs Publics, surtout si
l'on songe un instant que le vin de France, qui représente une valeur
annuelle de plusieurs milliards de francs, constitue, dans les circonstances actuelles, l'une des plus belles monnaies d'échange que nous possédons .
Signalons, dans le même journal, une série d'articles commentant les
travaux de MM. Barthe et Railhac, députés, au sujet des possibilités
de productions, dans nos colonies, d'alcool d'agaves, sisals ou bananes.
La « Revue de Viticulture », que dirige M. Marsais, ingénieur-agronome
chef de laboratoire à l'Institut Agronomique, poursuit ses études techniques, si précieuses aux viticulteurs avisés. Dans cet ordre d'idées,
le fondateur de cette revue, M. le professeur Viala, membre de l'Institut,
inspecteur général de l'Agriculture, donne les résultats de ses recherches
sur une maladie de la vigne fort peu connue, l'apoplexie, qu'il convient
d'attribuer au développement d'un champignon, l'Esca, pénétrant principalement par les plaies de taille. Conclusion : Viticulteurs, n'oubliez pas
au moment de la taille, de désinfecter ces plaies avec une solution cicatrisante et, si cette précaution était impuissante, tentez de sauver tes
malades par l'opération du recépage au dessus du collet.
Mais ceci n'est qu'un conseil, qui ne saurait dispenser de lire la savante
étude de notre éminent compatriote.
Dans la même revue, signalons les intéressants articles de M. J. Bonnet
sur l'industrie des pépins de raisins, de M. Barbet sur la vinification
par fermentation continue, de MM. Carrière et Spinos sur les cendres
de la vigne, enfin de notre collaborateur Léon Douarche sur le Vin de
France.

�— 251 —

A la veille de vendanges délicates, en raison des accidents météorologiques et cryptogamiques survenus à la vigne, les publications locales
ont multiplié leurs conseils pour la vinification. 11 n'est pas douteux que
l'œnologie, si longtemps négligée, fait de sérieux progrès. Parmi ces
travaux de vulgarisation, citons les conseils annuels de vinification rédigés par le Directeur de la station œnologique de Narbonne, M. L. Semichon et publiés dans le numéro du 31 août du Bulletin de la Société
Centrale d'Agriculture de l'Aude. On y trouve des explications claires et
précises sur les derniers progrès et les nouvelles méthodes de vinification.
Dans le même recueil, on lira avec fruit une excellente étude de
M. Viviès, ingénieur chimiste, sur le rôle de la chaux dans l'alimentation
des plantes.
Il est inutile de s'étendre ici sur la situation d'une récolte déficitaire
pour des causes diverses. Il en est résulté une hausse assez brutale des
cours. De ce phénomène d'ajustement, d'aucuns se sont étonnés ou
indignés, sans trop réfléchir qu'à l'exemple des autres denrées, le prix
du vin est conditionné par son prix de revient. Or. main-d'œuvre, matières premières et outillage voient leurs prix d'avant-guerre multipliés
par le coefficient de dépréciation du franc. Le sulfate d'ammoniaque atteint 200 fr., le sulfate de cuivre. 350 et le soufre, qui coûtait 12 fr. est
passé à 150 fr. Je ne vois pas, en toute équité, en vertu de quels principes
on refuserait au seul vin le libre jeu des lois économiques.
F. DE CARSAC.

�Têtes Occitanes
ARMAND PRAVIEL; .
a peint le doux visage de Rodenbach se
découpant sur les architectures de Bruges-la-Morte. C'est
sur un fond de décor toulousain, dominé par l'église romane
de Saint-Sernin, qu'il faudrait portraiturer la fine figure
d'Armand Praviel.
Figure essentiellement toulousaine. La renommée littéraire de Toulouse est devenue inséparable de celle d'Armand Praviel. Déjà, au temps que je débutais dans les lettres, en la cité
languedocienne, Praviel apparaissait comme un jeune maître. 11 était d'ailleurs maître-es-Jeux Floraux. Je me plais à me le rappeler en cette
époque, parcourant les vieilles rues de Toulouse, entre ses deux fidèles
ÉVY-DHURMER

�- 253 —
amis, entre le monocle de Pierre Fous et la cravaté lavallière de J. K. de
Brousse. Praviel, un feutre à larges bords sur sa face entièrement rasée,
les cheveux plutôt longs sur la nuque, enveloppé dans une cape noire
à l'espagnole, avait l'air d'un jeune prêtre. N'était-il pas prêtre de
Clémence Isaure ? De bonne heure, le poète qui dirigeait la catholique
Ame Latine avait acquis à Toulouse une réelle réputation. Sa valeur
d'écrivain et d'artiste, son activité la justifiaient. Car Armand Praviel,
ardent, aimant la lutte, s'est toujours prodigué. Directeur de revue,
rédacteur de ÏExprcss du Midi, il montait sur la scène pour faire des '
conférences. Ou mieux pour les jouer. Il signait la chronique théâtrale à
l'Express; sa redingote grise était légendaire parmi les habitués des
fauteuils d'orchestre.
Aujourd'hui Armand Praviel occupe une place importante dans les
lettres françaises, tant en province qu'à Paris. Il collabore au Mercure
de France et à la Revue Hebdomadaire. 11 est arrivé de la manière la
plus probe et la plus honnête : par ses dons comme par son incessant
labeur. Le jeune prêtre d'Isaure, sans rien perdre de sa jeunesse, a atteint
à la haute dignité de prélat. 11 montre d'ailleurs, lorsqu'il parle en public
ou dans l'intimité, — car il est un causeur des plus vivants, — de véritables mains de prélat, fines, pâles, expressives. Cet écrivain, au style
nerveux, imagé, ferme, animé, empli de ferveur, possède une vingtaine
de livres à son actif. Cinq ouvrages de poésie, dont l'un, La Tragédie
des Soirs, a été édité par Lemerre, et dont le dernier, Le Cantique des
Saisons, a obtenu le prix de littérature spiritualiste. Trois romans ou
recueils de contes, notamment ce Péché d'Aveugle qui se rangé parmi
les plus célèbres livres d'âmes. Avec L'Assassinat de Monsieur Fuatdès,
L'Histoire tragique de la belle Violante, l'Aventure de la Duchesse de Berri,
Praviel a rénové le roman historique. 11 a publié aussi de nombreux
ouvrages de critique littéraire, plusieurs anthologies.
Originalité de cette carrière littéraire, suffisamment rapide et cependant bien assise : Armand Praviel n'a jamais voulu quitter Toulouse.
Si on le rencontre assez souvent à Paris, il ne s'y fixe pas. La cité de
briques le retient. Le voilà mainteneur des Jeux-Floraux et parmi les
« têtes, » de L'Express du Midi. Le régionalisme compte en ce poète un
de ses* défenseurs les plus convaicus et les plus zélés. Praviel a réuni
une anthologie du Félibrige, et, sous le titre de L'Empire du Soleil, il a
rassemblé des scènes et des portraits félibréens. Dans Les Provinciaux,
il s'est plu à étudier, entre autres le grand Mistral et notre cher Pouvillon, si coloré et si délicat à la fois.
Régionalisme, — Praviel tient en horreur ce qu'on appelle le parisianisme, qui nivelle les tempéraments, — et catholicisme caractérisent
l'œuvre de l'auteur des Poèmes Mystiques. Mais ce catholique n'a rien
d'austère ni d'étroit. Armand Praviel garde autant de libéralisme que de

�— 254 verve. Il s'intéresse à toutes les productions de l'esprit. Il a composé sur les
personnages typiques du théâtre, de Hamlet à Scapin, des vers qui sont
des plus pittoresques, des plus émouvants. Et lorsqu'on a eu la bonne
fortune d'entendre le poète réciter lui-même ses vers, on reste persuadé
que ce parfait écrivain, s'il l'avait voulu, aurait pu être un comédien
de tout premier plan.
P. S.
BIBL.IOGfifl.PHlE:

POÉSIE : Poèmes Mystiques (1901) Ed. de La Lutte, Bruxelles. — La Ronde
des Cygne* (1901), odelettes et sonnets, Ed. de L'Ame Latine, Toulouse. — La
Tragédie du Soir (1903), Paris, Lemerre. — L'Exercice du Chemin de la Croix,
sonnets (1907), Ed. de L'Ame Latine, Toulouse. — Le Cantique des Saisons, mm
(1913), Ed. du Temps Présent, Paris. Ouvrage couronné par le Comité de Littérature Spiritualiste (prix Claire Virenque).
Tous ces ouvrages sont épuisés.
En préparation :' Jeux du Cirque.
ROMAN : Péché d'Aveugle (1906), Paris, Perrin. — Les Routes de Gascogne.,
croquis de chez moi (1908), Paris, Nouvelle librairie Nationale, Coll. Les Pays
de France. — Jamais Plus, roman d'une province qui s'en va (1922), Paris, Bloud
et Gay.
HISTOIRE ET CRITIQUE : LAnthologie du Félibrige (en collaboration avec
J. R. de Brousse) Morceaux choisis des grands poètes de la Renaissance méridionale
au xixr siècle (1909, Paris, Nouvelle Librairie Nationale). — L'Empire du Soleil,
scènes et portraits félibréens (1909). Paris, même librairie, col. les Pays de France.
2e édition, Toulouse, Privât. — L'Assassinat de Monsieur Fualdès (1922) Paris,
Perrin, Nouvelle collection historique : Enigmes et Drames judiciaires d'autrefois. Préface de M. Marcel Prévost, de l'Académie française. — L'Histoire tragique de la belle Violante (1924), même librairie, même collection. Ouvrage couronné par l'Académie française (prix Montyon de 2.000 fr.).— Histoire anecdotique
des Jeux-Floraux (1924), Toulouse, Privât, et Paris, Didier.
— Provinciaux :
Mistral, Pouvillon, Ch. de Pomairols, Jules de Rességuier, Coraly de Gaïx, Eugénie de Guérin, l'abbé Jean Barthès, le F. Sas-mien, etc. Paris, la Renaissance du
Livré, Bibliothèque internationale de critique. — L'Anthologie des Jeux Floraux
(en collaboration avec J.-R. de Brousse, Paris, Nouvelle Librairie Nationale (1924).
— L'Aventure de la duchesse de Berri (1925), Paris, Hachette, collection les
e
Récits d'autrefois.
EN PREPARATION : Notre-Dame de Praslin ; La Dame des. Poisons, M. de
Tu rie et Martin Guerre, récits historiques.
La Côte d'Argent, le Pays Basque et le Béarn. 1 volume de la collection .Les
Beaux Voyages, Rey, Grenoble.
Du Romantisme à la Prière, études critiques.

�GASPARD-rvlAlLiLiOLi
Graveur, Papetier et Peintre

La firme du Pégase, créée naguère pour le plaisir des bibliophiles,
vient de publier une seconde édition de l'album de bois gravés par
Gaspard-Maillol, Petites Eglises de la Guerre. On en parle dans les
journaux comme dans les revues d'art. Occasion opportune pour portraiturer et présenter Gaspard-Maillol.
Dans la préface que je me suis plu à écrire pour Les Petites Eglises
de la Guerre, je me suis essayé ainsi à un portrait du xylographe : « Parmi les régions que la guerre a dévastées, l'artiste-soldat chevauche,
sa barbe blonde un peu hirsute, ses cheveux un peu trop longs, ses
larges lunettes rondes à la Chardin s'unissant dans un contraste curieux
sous la bourguignote. Sa mission militaire accomplie, le voici qui descend de cheval. Sous la pluie, sous la neige comme sous l'aident soleil,
dans le temps que tonnent continuellement les canons, il s'arrête devant
une petite église rencontrée sur sa route, et se met à la dessiner avec
ferveur. Plus tard, dans le cantonnement de repos, dans la cagna, le
xylographe gravera son dessin dans le bois, distribuant largement les
blancs et les noirs. »
Première image de Gaspard-Maillol. Cet album des Petites Eglises
voisine dans l'œuvre gravé de l'artiste avec un autre : Femmes. Femmes
dans leur nudités ou leurs déshabillés, ici s'étendant, les cheveux dénoués,
sur la blancheur du lit, là mettant un bas, assises sur des divans, ailleurs
passant une chemise. Deux ouvrages d'inspiration bien différente, mais
qui appartiennent cependant au même auteur par la robustesse du
métier, ainsi que par le souci d'une recherche de perfection dans l'art
du livre.
Et le papier sur quoi ces deux albums ont été tirés a été fabriqué par
Gaspard-Maillol lui-même. Car le xylographe s'est fait papetier pour
échapper aux mauvaises productions papetières actuelles, destinées à se
détériorer rapidement. 11 a créé, quelques années avant la guerre, avec
son oncle, Aristide Maillol, ces papiers de Montval, fabriqués uniquement
à la main, en dehors de toute combinaison chimique, séchés à l'air. Des
papiers dont l'aspect rappelle celui des murailles, et si souples cependant.
Et voici une seconde image de Gaspard-Maillol : Gaspard-Maillol
faisant une feuille de Montval. Au-dessus de la cuve, les manches de sa
chemise retroussées jusqu'aux coudes, il tient de ses deux mains le
châssis, attentif à égaliser la pâte. En dépit de ses cheveux presque
en broussaille, il montre le visage grave de celui qui accomplit une
sorte de rite. 11 a toujours eu la foi dans « son papier ». Il a eu raison.

�Les papiers de Montval, après avoir clé Fabriqués dans le doux petit
village d'Ile-de-France,. puis dans la petite usine du Mans, ont trouvé
le cadre h plus approprié en l'ancienne manufacture royale de Çarison
et Montgoli'ier, à Vidalon-les-Annonay, où Maillol dirige les travaux.
Le succès a donc couronné les efforts du graveur papetier.
Mais, papetier et graveur, Gaspard-Maiïlol demeure toujours peintre.
« Je suis peintre ! » annonçait-il de sa voix vibrante, en appuyant sur
le p, de même que s'il mettait la pédale forte, dans le temps .que je
l'ai rencontré pour la première fois à Toulouse. L'artiste dessinait à
cette époque des grues et des danseuses de café-concert, qu'il rehaussait
de tonalités crues d'aquarelle émergeant parmi des ombres d'encre.
Manière qui lui était particulière par le procédé et par l'allure fougueuse.
De la fougue, Gaspard-Maillol n'en apportait pas d'ailleurs que dans
ses dessins. Aux réunions des Artistes Méridionaux où, aux côtés d'Auguste Guénot, il représentait les tendances d'avant-garde, il brandissait
souvent sa chaise par le pied pour affirmer la valeur combattive de ses
convictions." L'ardent Catalan s'est un peu calmé depuis. S'étant marié,
il a pris pour thème de ses aquarelles et de ses peintures les gestes féminins dans l'intimité paisible de la vie quotidienne, dans les occupations
de la toilette ou de la couture, les soins du jardin, la sieste allongée sur
le fauteuil de toile.
Le peintre pourtant aime sortir de sa maison pour s'en aller peindre
la nature. 11 a brossé de nombreux paysages dans tous les pays où il a
séjourné, dans l'Ile-de-France, dans la Sarthe, en Bretagne, à Banyulssur-Mer. 11 possède le goût des couleurs corsées et franches, le besoin
de la pâte pleine, le culte de l'équilibre linéaire, la vision large des
volumes.
Et voilà un troisième portrait de Gaspard-Maillol : Gaspard-Maillol
paysagiste. Je le revois, sans chercher longtemps dans mes souvenirs,
en me reportant à quelques journées trop rares, emplies du bonheur de
l'insouciance. André Fraye et Gaspard-Maillol avaient planté leurs chevalets dans une prairie bretonne, devant le même motif, des feuillages tressant une corbeille de verdures pour y enclore la mer. Maillol, un feutre
noir ayant mis la courte veste d'une salopette bleue sur son veston gris qui
dépassait en dessous sur la tête, de plusieurs eentim., maçonnait, selon
son expression, la toile de solides empâchements, avec une application
soutenue. C'est à peine s'il prenait le temps de jeter un regard de méfiance vers une vache qui menaçait, en paissant, de renverser son chevalet, ou
un coup d'œil de mépris vers un groupe de snobs qui s'essayeaient ctan»
amicales de Fraye. Et lorsque le soir venu, Gaspard-Maillol quittait le
terrain, il laissait sur l'herbe ravagée toutes les colorations de sa palette !
PAUL-SENTENAC.

�MRSQUES
(Invite à l'amour)

HëatFy

RAM «Y.

�Gaspard

MflILLOL

Bois gravé (3'Augnste

ROUQUET,

�— 257 —
OUVRRGES DE BOIS GRAVÉS.

Petites Eglises de la Guerre, avec préface de Paul Senrènac; Editions AinIré.
1908. — 2e Edition définitive à l'Enseigne du Pégase, sur papier de Montrai.
Novembre 1926. — Femmes, avec préface de René-Jean, Edition de la librairie
Powlozski, sur papier de Montrai. — Scraphynia, conte d'Alexandre Merce
reau, même éditeur, sur papier de Montval. — Les quatre, graveurs du Mont,
en collaboration avec R.N. Raitnbault. Brbùtelle, Térouarme. Texte de Paul
Sentenac et Emmanuel de Thtiberl. Edition de La Douce France, sur papier
de Montval.
En préparation : Baigneuses, texte de Forot. — Profil, Faces et Trois-quarts,
texte de Carco. — Danseuses, texte de Paul Sentenac. — Illustrations de Ton
Pays sera le mien, d'André Lamandé. .. La Passante d'un soir de neige, de
Marcel Clavié, etc.
A la liante Méridionale (Cârçassonne), La Vie, Les Images de Paris, La
Heure, La Tramontane, La Revue de l'Epoque, Les Feuillets Occitans, etc.
Salon d'automne. Société Nationale des Beaux-Arts, Salon des Indépendants,
Société des Artistes Méridionaux, à, Toulouse. Société de la Jeune Gravure
sur bois (galerie Devamhez), Groupe des Graveurs sur bois (galerie du
Nouvel Essor).
Tableaux acquis par l'Etat (Salon Occitan, 1926). Album acquis par le
musée de la Guerre, etc.
Etude dans sa Guirlande de Masques, de Paul Sentenac, dans sa Nervie,
par Antoine Orliac, dans Le Hun Plaisir, par Marc Lafargue dans VArt et
les Artistes; Le Coq Catalan par Paul Sentenac, Lu Tramontane, par Charles
Bauby, la Renaissance du vrai papier, racontée par R. N. Ramibault, dans
la Revue Moderne par Clément Maro, etc..
Po-'traits et dessins à la plume par le peintre Ripp-Ronaï. — Gravure sur
bois par Emile Aider, dans la Guirlande des- Masques. — Dessin au crayon
par Henri Gizard (L'Ouest Sportif). — Bois gravé, par Antoine Gallien (La
Tramontane et Comœdia). — Dessins au crayon, par Paul Sentenac (La Berne Méridionale). — Photographie d'art, par Manuel frères (Salon d'automne 1925). — Bois gravé, par Auguste Rouquet (Feuillets Occitans 1925).

�Tables te Juillet* Occitans
(Années 1925 et 1926)

Table de 1925
Beaux-firts
Fernand CRÉMIEUX : La Musique occitane; Un « Opéra languedocien » à la cour de Louis XV; Daphnis et Alcimadure de Mondonville, 73.
PAUL-SENTENAC : Henry Lapauze, 19; Chronique artistique, 56; Notre Exposition, 61; Les Artistes occitans à l'Exposition
des Arts Décoratifs, 83.

—

Ltettres françaises
Adrienne BLANC-PÉRIDIER : Entre Tentale et Prométhée, poème, 37.
Jo GlNESTOU : Les Livres, 40.
Jean LEBRAU : Nostalgie,
poème, 80.
Frédéric SAISSET : Lo F'ardai, poème, 38; Les Livres, 40.
F. C. : Benjamin Crémieux et Pirandello, 12. —
P. S. : Dzim-Boum, par Jo Ginestou. — X. : Les Livres, 81.

—
—

—

Lsettres Oeeitanes

—

Paul ALBAREL : Lou bourrou, 7.
Léon AURIOL : Bendémios al
bilatge, 55. ~- Prosper ESTIEU : La Basilica, 6.
E.-H. GuiTARD :
Bibliographie occitane, 53; Nouvelles Félibréennes, 8, 50, 95.

—

�259 —

Questions Oeeitanes.
: Le Groupe occitan et le régionalisme, 33. —
occitan, 29.
Fernand CROS-MAYREVIEILLE :
L'Activité du Groupe Occitan, 68; Le Mouvement économique occitan, 66; Travaux de la Section économique, 30.
Léon DOUARCHE : Peut-on exporter nos vins du Midi en Europe Centrale, 110.
— E.-H. Gui TARD : Le Problème occitan; La Question de la langue
d'Oc à l'école, 1, 42, 91.
Emile PEYROMAURE : Réponse à l'enquête concernant la question de la langue d'oc à l'école, 94. —
Emile Roux-PARASSAC : Réponse à l'enquête concernant la question de la langue d'oc à l'école, 92.
A. de SAINT-VINCENT-BRASSAC : L'Occitanie et le monde latin; Le Section de l'Amérique latine
au Collège des Sciences sociales, 103.
V. SELVES : Les Ressources économiques du Languedoc et du Roussillon; La Montagne
Noire, 107.
CHARLES-BRUN

COMET

—

L'Office

:

—

—

—

—

Têtes Oeeitanes
Pierre
R.

: Charles-Brun, 22; Achille Rouquet, 100.
: Pierre-Viala, 97.
A. R. : Paul-Sentenac, 25.

LHORTE

MARSAIS

—

—

Variétés
Prosper

MONTAGNE

: La cuisine occitane,

70.

Illustrations
Bois

Paul

: La tour Gaston Phœbus, (Château de Foix), 18.—
A. CHABAUD : L'homme à la pipe, (couverture Feuillets 4-5) —
Gaspard MAILLOL : Baigneuses (couverture Feuillets 1 et 2-3). —
Achille ROUQUET : Bandeaux 1, 12, 19, 33, 39, 42, 56, 61, 81, 83,
91, 103, 107, 111, 114; Lettrines et culs de lampe. — Auguste
ROUQUET : Charles-Brun, 22; Paul-Sentenac, 25; Clocher du Lauraguais, 65; Moulins du Lauraguais, 73; Achille, Rouquet, 100. —
Achille et Auguste ROUQUET : Pierre-Viala, 97.
CASTELA

Reproductions phothographiques

: La Cheminée des Contes de Fées (Feuillets 4-5). —
Edouard DOMERGUE-LAGARDE : Panneau décoratif (Feuillets 4-5).—
Henry FAVIER : La porte d'honneur à l'exposition des Arts décoratifs (Feuillets 4-5).
Auguste GuÉNOT : Le tailleur de Pierre
(Feuillets 4-5)
DARDÉ

—

�— 260 —

Table de 1926
Beaux-Arts
Achille ASTRE, Art et Curiosité. 232. — Albert BAUSIL . le Souvenir de Déodat de Séverac, 71. — Jacques BAUDRY : Le Festival
Rey-Ahdreu, 167. — Fernand CRÉMIEUX : Joseph Fontbernat et
le chœur occitan, 165. — H. FAVIER : Essai d'architecture méditerranéenne, 123. — E.-H. GUITARD : L'écroulement du clocher de
la Dalbade, 73. — Jean MORINI-COMBY : Vers une esthétique occitanienne du cinéma. L'Idée et l'écran, 116. — PAUL-SENTENAC : Le
Salon du groupe occitan, 17; Grandes et petites expositions, 65;
Sous l'œil bleu-gris de Gustave Geffroy, 107; La Saison des expositions, 159; Sur les Cimaises, 221. — D' Paul RAMAIN : Un cinéaste
occitan; l'Art cinégraphique de Jacques de Baroncelli. 118. —
Charles ROUSSILLON : Le Salon d'automne à Perpignan, 230. —
F. G., A. R. : Echos, 114. — Festival Rey-Andreu, 228.—

Iiettres françaises
François-Paul ALIBERT : Le sommeil de la Terre 201. — Denys '
AMIEL : Un Théâtre régionaliste, 1. — Albert BAUSIL : Stances
à Séverac, poème, 54. — Jean CABRIÉ : Les Livres, 309. — Jean
CAMP : Le patois, poème, 203; — Fernand CRÉMIEUX : Joseph Caraguel, écrivain narbonnais, 49; Les Livres, 150, 207. — Henri GAUTHIER DU BAYL : L'Excellence Valérienne, 89. — André LAMANDÉ :
A l'œuvre pour l'Occitanie, 45. — Jean LEBREAU : Les Poilus, de
Joseph Delteil, 100; Colchiques du Lampy, poème, 202. — Pierre
LHORTE, : Les Livres, 10, 206. — MORINI-COMBY, : Les Livres, 204.
— Henry NOELL : L'Ame catalane d'autrefois et d'aujourd'hui, 4;
Les Livres, 57, 152. — Elisabeth L. POURCHEROL : Les Armes de
Nîmes, 13. — Armand PRAV1EL : Leçons, et exemple, 145. —
Albert PujOL : La main du Millénaire, 197. — Pierre SAINTGlRONS : Les Livres, 60. — Frédéric SAISSET : Les Livres, 10, 62, 94;
Le Roussilion, pays de lumière et de joie, 187. — Léon SOULIÉ :
Les Pins, poèmes, 103. — Gabriel TALLET : La Fête-Dieu, poème,
158. — Suzanne TEISSIER : Les Mimosas de Bon-Secours, poème,
55. — TOUNY-LÉRYS : O Terre aimée, 8. — A. R. : Les Livres, 98. —
J. C : Les Livres, 59. — R. R. : Les Livres, 99.

�— 261

Lettres Oeeitanes
Jean CAMP : Pierre Azema, 219. — Marcel CLAVIÉ : Les Livres,
32. — Paul-Louis GRENIER : Bibliographie occitane, 31, 83, 133,
174, 216; A travers des Revues, 217. — Joseph LOUBET : Ves-pre
autounenc, poème, 169. — Antonin PERBOSC : Fablèls, 211. —
Joseph-Sébastia PONS : La Vinya de l'Ajup, 135.

Questions Oeeitanes
ALCANTER DE BRAHM : Réponse à l'enquête concernant la question de la langue d'oc à l'école, 77. — Jean CAMP : L'Amérique
latine et nous, 40; Les Pays latins et nous, 140. — DR CLÉMENT :
Réponse à l'enquête concernant la question de la langue d'oc à
l'école, 126. — Fernand CROS-MAYREVIELLE : Les Fêtes méridionales
de Strasbourg, 233. — E.-H. GUITARD : Enquête concernant la question de la langue d'oc à l'école, 28, 77, 126. — Jean MORlNi-COMBY :
Le mouvement économique, 136, 177. — Abbé J. SALVAT : Réponse
à l'enquête concernant la question de la langue d'oc à l'école, 126.—
V. SELVES : Les Ressources économiques du Languedoc et du
Roussillon; La Montagne Noire (suite), 86. — DR Charles VIDAL :
Réponse à l'enquête concernant ta question de la langue d'oc à
l'école, 28.

Têtes Oeeitanes
PAUL-SENTENAC : Etienne Rey-Andreu, 36; Armand Praviel, 244;
Gaspard Maillol, 247. — ROUQUET : Jean Lebrau, 143. — Frédéric
SAISSET : Adrienne Blanc-Péridier, 33; Pierre Vidal, 84. — Abbé
Joseph SALVAT : Auguste Fourès, 183.

Variétés
F. de CARSAC : La Carte des Vins du Languedoc, 42; Chronique
viticole, 241. — Jean-Paul ARISTË : Pensées gourmandes, 237.

Illustrations
Bois

Auguste CHABAUD : bois gravés, 16, 233. — L.-P. CADÈNE : Illustrations pour « Vin rouge » — Louis CLAUDEL : Les Ausils (près
Narbonne), 105. — COSTA, 17. — DESNOYER, bois gravé, 187.

�— 26-2 —

— Jean-Jules DuFOUR : Ste Cécile d'Albi, 25. '— LAGARRIGUE :
Avant le marché, 67. — Gaspard MAILLOL, 9, 35; Clocher de la
Dalbade (Couverture Feuillets 8-9). — E. ROGER : Plat et Vase, 3.—
A. ROUQUET 1, 4, 15, 45, 65, 77, 84, 89, 116, 145, 150, 159,
165, 169, 174, 177.; Nature morte (couverture Feuillets 10-11-12). —
Achille et Auguste ROUQUET ; Adrienne Blanc-Péridier, 33. —
Achille ROUQUET : Argeliers (Aude), 28; Auguste Fourès 183;
Couverture Feuillets 13-14-15. — Auguste ROUQUET : Alet (Aude),
21; Etienne Rey-Andreu, 36; Cabrespine (Aude) (Couverture des
Feuillets 6-7); Moux, 94; Joseph Delteil, 100; Le Toréador, 113;
Paul Valéry (Feuillets 10-11-12); Jean Lebrau, 143; Armand Praviel,
244; Gaspard Maillol, (Feuillets 16-17). — Max THÉRON : bois
gravé, 201.
Reproductions photographiques
CALMON : Paysage (Feuillets 6-7). — DESNOYERS : Femme assise (Feuillets 6-7). — DOMERGUE-LAGARDE : La vieille Gasconne
(Feuillets 6-7). — FAVIER : Maison pour un ferronnier à Paris
(Feuillets 6-7). — A. GUÉNOT : La Bacchante à l'Enfant (Feuillets 6-7). — LAPRADE : Dessin (Feuillets 6-7). — Jean MAGROU :
Le cortège de Dyonisos (Feuillets 6-7); Le Cardinal de Cabrières
(Feuillets 10-11-12). — PARAYRE : La Femme assise (Feuillets 6-7).
— POUVILLON : Intérieur (Feuillets 6-7). — RAMEY : Nature morte
au masque (Feuillets (6-7); Nature morte (Feuillets, 16-17). —
P. RAMOND : L'arbre de Judée (Feuillets (6-7). — H. de TOULOUSELAUTREC : La Danse au Moulin-Rouge (Feuillets 10-11-12); La
Femme au boa (Feuillets 10-11-12). — Eugène VIALA : La Place du
Village (Feuillets 6-7).

ATJCH. — IMPRIMERIE V, COCHARAUX, RUE DE LORRAINE,

C.l.0.0.
BÉZIERS

18.

�Les Papiers de Montval
créés par GASPARD-MAILLOL doivent être désormais
employés pour les impressions de luxe, les belles éditions,
la lettre, la taille-douce, et l'eau-forte.
Ces papiers uniquement composés de pur fil, chanvre, soie,
sont fabriqués à la forme et à la main par GaspardMaillol et son fils, et ne contiennent aucun ingrédient
chimique.
Ils sont un support indestructible de la pensée humaine.
S'adresser, 3g, rue Palestro, Paris,
à M. Gaspard-Maillol.

nos heeteups
Le présent numéro est le dernier de la première série des « Feuillets
Occitans ». Avec lui se termine la période d'essais de notre revue et du
Groupe Occitan. Le succès que notre tentative à rencontré, nous encourage
à agrandir notre champ d'action et, sur un plan plus large, de faire des
Feuillets l'organe le plus complet du régionalisme moderne, dans toutes les
manifestations de la vie occitane.
Nous.avons tenté, avec nos modestes moyens, de donner à notre revue une
présentation agréable ; nous avons voulu montrer quel lien spirituel unissait l'écrivain occitan de langue française à l'écrivain de langue occitane ;
nous avons pensé que l'esprit d'une race inspirait les uns et les autres et
que les grandes lignes de la tradition occitane se retrouvaient dans l'architecture, de nos oeuvres qu'elles soient écrites en langues d'oc ou d'oil, peintes, gravées ou sculptées. Nous avons voulu montrer toute la force de notre
civilisation méditerranéenne. Charles Brun et André Lamondé ont exprimé
à nos lecteurs notre pensée et notre action. Nous avons également fait cette
tentative de rapprocher le producteur de l'artiste et nous avons donné dans
nos Feuillets des études économiques.
Dans la nouvelle série des « Feuillets Occitans » nous apporterons avec
des moyens plus puissants le même soin à la réalisation de notre programme.
LES FEUILLETS.

N.-B. — Le montant de l'abonnement aux « Feuillets Occitans » est porté
à, 30 francs par an pour 1927. Nos lecteurs comprendront que l'accroissement des prix, et le développement de notre revue justifient cette augmentation.

�Ltes Revues.
Paris nous offre aujourd'hui, entr'autres périodiques, le Divan en sa dis
crête robe vert sombre, avec la finesse concentrée de ses critiques, le lyrisme retenu de ses poètes, les notes précises et élégamment réduites de ses
ses commentateurs. Notons particulièrment un incisif croquis d'Henri Duclos : « A la proue de nos villages » qui chante le clair étang roussillonnais, les corbières de pierres précieuses, l'Aric, le Canigou de marbre, et
Dominique, patron du Languedoc. Jean Lebran exalte sa province dans
l'Ermitage sensible et averti.
La Revue des indépendants, Poésie, Esope, La Science historique, nous
retiennent aussi par leurs bonnes feuilles.
Des marches septentrionales, nous viennent le Mercure 'de Flandre, le
Flambeau du Nord, le Beffroi de Flandre, l'Est dramatique, tous curieux
à divers degrés.
La Mouette s'enrichit des nhms dès meilleurs écrivains normands qui sont
nous le savons, gens d'envergure ; le Fleuve lyonais présente un vivant
André Picard par la plume d'André Lamandé qui est trop ici chez lui pour
que nous fassions son éloge. De Lyon encore, Vidée Neuve et son étrange
« Décagone ». D'Orléans (qui l'eût cru ?) Le Grenier, superbement présenté et parfaitement écrit ; de Dijon enfin, le remarquable Essor, d'un luxe
et d'une présentation peu communes.
Et voici la riche théorie de nos revues méridionalés : l'Auvergne littéraire avec son numéro spécial de septembre consacré au. congrès des écrivains de France et au livre de la région ; lou Bournat du Périgord ; les
publications de déracinés... récalcitrants : l'Aude à Toulouse, le Gard à
Paris ; la Tramontane de Perpignan chantant les splendides « aplecs' » de
Font Romeu ; Biou y Toros de Nimes ; Lo Gai Saber de Toulouse ; les Pyrénées littéraires ; Divona qui vient de naître à Cahors et dont le début magistral est plein de promesses. On y lit notamment quelques bonnes pages
du roman récent de Lamandé « Les Enfants du Siècle », de judicieuses
remarques appliquées' au Quercy sur le livre de la région et une étudê
sur « Vin Rouge » poème et Histoire de la crise vinicole de 1907, gonflé de '
seve comme une jeune vigne.
z
Voici enfin les frémissantes « Tablettes » de la Côte d'Azur où nous retrouvons avec joie de beaux bois d'Auguste Rouquet ; de par delà la mer,
voici le Languedoc à Alger et La Terre d'Afrique, dont le sommaire et les
illustrations noue attestent la vitalité exubérante et forte du milieu artistique et littéraire de l'Algérie.
J. C.
De la Côte d'Azur également on annonce la naissance prochaine
grande revue d'art dirigée par Paul Castela,

d'une '

�Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel du Groupe Occitan

ORÊANË RÉGIOMALISTK DES PAYS D'OC
Bareauï de la Rédaction : 41, Boulevard des Capucines, PAHIS
TÉI.KI-HHM : GUT. 78-19.

Jour de réception : le mercredi de 6 à 7 h.
-Dé^ôt et "Vente :
Librairie « ÛEriiania s, E, Psssana i'arJîaii, Paris, et 9, RUE tomt, à loulou» ;
Librairie Rjrçsîit?. à Ciffasane; Hall des Grends fésicnaux, à Paris.
Les Presses plTersitaires île France, 49, Boulevarâ Saiot-Micnel, Paris.

COMITÉ DE RÉDACTION :
Le Comité. .Directeur chi Groupe O'-citan.
(Les manuscrits doivent être adressés à M. Auguste
Principaux collaborateurs :

ROUQUET,

Secrétaire général)

Lettres Françaises : J. F. Paul AZJBERT; Jean AMADE; Achille ASTRE;
Jean AZAIS; Daniel BAQUÉ; A. BAUSIL; Adrienne BLANC-PÉRIDIER ; BOYERD'AGEN; Jean CAMP; Paul CASTELA;
CHARLES-BRUN;
G. CHER A U, de l'Académie Goncourt; Marcel CLAVIÉ; M. COULON;
Benjamin
CRÉMIEUX; Fernand CRÉMIEUX; Joseph DELTE1L; DENYS4-AMIEL; Henri
DUCLOS; Raymond ESCHOLIER; Lucien FABRE; Henri FESCOURT; Ernest
GAUBERT; H. GAUTIER du BAYL; Jo GINESTOU; Henry de GORSSE;
Jehan d'ARVIEU; Vincent HYSPA; Pierre JALABERT ; ROMUALD-JOUBÉ ;
Jean LEBRAU; J. MORINI-COMBY; H. MUCHART; Henri NOELL;
Ch. PHALIPPOU; J.-S. P»NS; Armand PRAVIEL; Albert PUJOL; Dr RAMAIN;
A. ROUQUET; Charles ROUSSILLON; J. ROZÈ3 de BROUSSE; Frédéric
SAISSET;
PAUL-SENTENAC ; Léon SOULIÉ; TOUNTLERYS; F. TRESSERRE: Suzanne TESSIER; Paul VALERY, de l'Académie
Française; Georges VILLE; Jules VERAN, etc.
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE; Jules AZEMA: Dr Paul ALBAREL;
Léon AURIOL; Prosper ESTIEU; Adolphe FALOAIROLLE ; M. FRISSANT;
Ismaël GIRARD; P.-L. GRENIER; E.-H. GUITARD; Léon JULTA; J. LOUBET;
Antonin PERBOSC;
Jean PUEL Emile RIPERT; José ROUQUET; Abbé Joseph
SALVAT; Dr SOULA, etc., etc.
Beaux-Art s : BERNARD; Auguste CHABAUD; CALMON; Louis CLAUDEL;
DESNOYERS; DOMERGUE-LAGARDE; L.-C. AYMAR; H. FAVIER; FONTBERNAT; Mme GAUDION; A. GUENOT; GASPARD-MAILLOL; A. LAGARIGUE; Pierre LAPRADE; Jean MAGROU; Jean M ARSEILLAC ; MAXTHERON; PARAYRE; RAMEY; RAMOND ; E. REY-ANDREU; Achille ROUQUET; Auguste ROUQUET, etc., etc.
Etudes Economiques : Gaston COMBELERAN; Emile COMET; L. DOUARCHE;
Jean DUPUY Aimé GRANEL; A. PASSERIEUX; Pierre du MAROUSSEM, etc.
Histoire, Archéologie, Fok-Lore : Fernand CROS-MAYREVIEILLE; E. ROUXPARASSAC; Prosper MONTAGNÉ; FOIX.
Les Chroniques de l'Amérique Latine ; Jean CAMP; de SAINT-VINCENT BRASSAC.
Les Chroniques Italiennes : César SILVAGNI.
Les Chroniques Espagnoles : Jean CAMP.
Les Chroniques Roumaines : Jean CAMP.
Chroniques Régionales.

�Bols &lt;!e

CADBKI

pour Vix Roues.

// a été tiré du -présent numéro
exemplaires de luxe numérotés
hors commerce, sur papier de
Montval, de G. Maillol.
20

Ex. n*

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