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                  <text>LES FBVILLETS
OCCITANS
LANGVEDOC ROVSSILLQN PAYS D'OC

ORGANE DVGROVPE OCCITAN
41 BOVLE"VAKD DES CAPVCINES 41

PARIS

�C.I.D.O.
BÈZIERS

SOMMAIRE

Les Lettres Françaises :
L'Occitanie

Edmond

La Grenouille et les Trois-Nourrices ....

Benjamin

Le Marchand de Neige (poème)

Henry

Matin (poème)

Frédéric

SAISSET

Les Livres

Frédéric

SAISSET

Les Revues

Jean

HARAUCOURT
CRÉMIEUX

MUCHART

CAMP

Les Beaux-Arts :
Les Expositions de Paris

à

Toulouse....

Curiosités

Paul-SENTENAc
ASTER

Les Lettres Occitanes
(Chansous) Brava Aigua

Albert

Réflections sur la Poésie Occitane

Joseph-S

Bibliographie Occitane

Paul-Louis

PESTOUR
PONS
GRENIER

Illustrations
Paysage

BOURGAT

Une Ferme dans l'Aude, bois gravé ....

Achille

La Maison des Trois-Nourrices, bois.
La Cité de Carcassonne, bois

.

.

)
&gt;
)

ROUQUET

Auguste

ROUQUET

Vues de Narbonne, bois

Jane et Achille

Bandeaux, bois

Gaspard

ROUQUET

MAILLOL

Nous donnerons dans nos prochains numéros L'Etude sur la Race
Occitane de notre Collaborateur E. Littrè.

�La Nouvelle Série des Feuillets Occitans
Le cahier que nous publions aujourd'hui inaugure la nouvelle série des "Feuillets Occitans" Nos lecteurs et amis apprécieront les modifications que nous avons apportées à notre
publication, dans le format, la présentation et le programme. Le développement constant du
Groupe Occitan, de son activité, et de son champ d'action, ont rendu ces modifications nécessaires. Bulletin de notre groupement à ses débuts, les Feuillets Occitans sont devenus l'organe
des pays d'Oc; le trait d'union entre toutes les publications régionalistes de la terre d'Oc,
comme le prouve son alliance avec la courageuse et vivante feuille d'Ismaël Girard et de
l'abbé Dambielle : Oc. Les Feuillets jie sont pas venus au monde pour supplanter les autres
revues ; niais bien au contraire pour les soutenir et contribuer à leur rayonnement. Ils préparent dans ce but d'importantes manifestations.
Désormais les Feuillets Occitans ne paraîtront pas mensuellement ; mais il sera publié
10 feuillets dans l'année numérotés de 1 à 10 et portant la date de leur parution. Un certain
nombre de ces feuillets seront spécialement consacrés à une question touchant l'Occitanie.
Le premier de ces numéros spéciaux traitera de 11 l'Occitanie Gastronomique", composé sous
la direction du maître Prospère Montagné, il comportera non seulement les recettes de nos
plats méridionaux, la composition de menus occitans, mais encore des relations, des anecdotes, des chansons à boire, un chapitre sur nos bons vins, l'art de les chanter et de les boire
Rédigés avec un égal souci de documentation et d'art, ces numéros spéciaux formeront en
quelque sorte l'inventaire régionaliste dont nous avons tracé les directives dans la première
série de nos Feuillets.
Malgré les lourdes charges qu'assument ainsi Les Feuillets Occitans, le prix de l'abonnement n'a pas été sensiblement majoré. Il n'est que de 30 fr. pour l'édition sur bouffant
et de 60 fr. pour l'édition de luxe sur Montval. Dans l'édition de luxe, seront encartées, ultérieurement des eau-fortes et des lithographies numérotées et signées.
LES FEUILLETS

Abonnement Commun aux "Feuillets Occitans et à "Oc
Plusieurs de nos lecteurs nous ont manifesté leur regret de ne pas voir nos " FEUILLETS ''
consacrer une plus large place à la littérature en langue d'Oc et au mouvement occitan proprement dit.
Nous leur avons représenté que notre revue, dont le but est de rendre une image fidèle
de l'activité de nos régions et de leurs originaires dans tous les domaines, ne saurait sans inconvénient rompre l'équilibre des divers éléments de sa présentation et que ce serait, au surplus faire double emploi avec tant d'excellentes revues spéciales et locales ,que notre devoir
est de mettre en lumière, et dont nous apprécions trop le mérite pour en entraver l'action.
Toutefois, pour tenir compte de ces intéressantes suggestions et en vue de permettre à
ceux de nos lecteurs qui s'intéressent plus particulièrement aux lettres Occitanes de compléter la documentation que leur offre notre revue, nous sommes heureux de leur annoncer
que, d'accord avec la direction des publications " OC ", nous avons organisé vin régime d'abonnements communi à nos deux organes.
Cet abonnement, pour ceux de nos lecteurs qui en feront la demande, comporte le service
des "FEUILLETS OCCITANS" et de "OC" et est fixé à 35 frs par an au lieu de 45 frs. Il peut
être indifféremment souscrit soit à l'administration des "FEUILLETS OCCITANS'' 41, Boulevard des Capucines, Paris (II*), soit à l'administration des publications "OC", villa Peyrat,
chemin de l'Espinet à Toulouse.

Banquets et Fêtes
— La Société «Le Roussillon» qui fête tous les ans le pays du soleil en des agapes fraternelles a donné cette année son banquet et son bal le 12 Février au Palais d'Orléans — Pleine
réussite, grande animation sous la Présidence du sympathique Général Caloni ! On a entendu
les chants du ténor : Lo Pardal, Montagnes régalades, L'Uortatane.
— L'Association des Enfants de l'Aude à Paris a donné également son Banquet et son
Bal le 12 Mars à la Salle des Fêtes du Parc des Expositions. Une nombreuse assistance se
pressait autour du Président de ces familiales agapes M. Albert Sarraut, Ministre de
l'Intérieur, Sénateur de l'Aude, dont l'éloquence empreinte de la plus line bonhomie fut goûtée.
Le Dr Digeon Président de la Société et ses collaborateurs doivent être félicités pour la
réussite de leur fête.

�COMITÉ DIRECTEUR DU GROUPE OCCITAN :
MM.
Président : F. CROS-MAYREVIEILLE, ifii» 4' ff' &amp;&gt; &gt;$&lt;.
Vice-Présidents : Paul SENTENAC, |_t ; E. GUITARD; Frédéric SAISSET.
Secrétaire général : Auguste ROUQUET.
Archiviste : P.-L. GRENIER.
Archiviste adjoint : Marcel CLAVIÈ.
Trésorier : Maurice FAVATIER, Î^&gt; ^&gt;
Chef des Etudes économiques et agricoles : Docteur GRANEL,
I.
Membres : Léon AURIOL,
||l I. ; J. BOXNAFOUS ; Jean CAMP ; Emile COMET, ifc, &lt;$&gt;.
&gt;fr',
Fernand CRÉMIEUX, ^ ; FRISSAXT ; Jo GIXESTOU, Sfc, ^ ; J. LOUBET ; Henry NOELL, ^t, ^ ; Albert
PUJOL °- '■ ; Georges VILLE,
Délégué régional : J. MORINI-COMBY (Nîmes).

COMITÉ DE PATRONAGE
Délégation permanente des Groupements Régionaux et Locaux auprès du Comité-Directeur
LA VEILLÉE D'AUVERGNE
LE

: M. Boudon, Secrétaire général.
: M. de Clarix de Nussac, Secrétaire

GROUPE D'ÉTUDES LIMOUSINES

général.
(Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
: Docteur Digeon, Président.
LES ENFANTS DU GARD A PARIS : M. A. F. Martin, Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES : xxx.
LES ENFANTS DE L'HÉRAULT : M. Coudougnan, Secrétaire général.
LA CIGALE MÉRIDIONALE A STRASBOURG : M. Pujo, Président.
LE ROUSSILLON

LES ENFANTS DE L'AUDE A PARIS

Les Feuillets Occitans
Abonnements
Édition ordinaire, un an
.. 30 francs
Édition de luxe sur papier de Montval
60
—
Abonnement commun aux Feuillets Occitans (Edition ordinaire)
et à Oc, un an. ..
.. 35
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er
Les Abonnements partent du 1 Janvier

BULLETIN D'ABONNEMENT
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Prénoms :.
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déclare souscrire un abonnement d'un an à
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Les Bulletins de Souscription doivent être adressés à M. Maurice FAVATIER, Trésorier,
7, Square du Champ-de-Mars, Paris — Compte de Chèques Postaux : Paris, 739-10.

�UNE FERME DANS L'AUDE
Bois original de Achille Rouquet

Les Lettres Francaises
L'Oc citanie
par

mono Haraucourt

Bgs^&amp;gHi ADORE ce mot d'Occitanie. Il sonne comme une musique qui

jMlf^a serait faite de lumière : il dit avec de la couleur ce que le nom
AS§EH| de Languedoc explique d'une façon froidement technique et
u a
&lt;^N!I&amp;!HI °l *
^ a*r d'un renseignement à l'usage des touristes avertis
{ÏÏ2MJùf&amp;\ par l'administration centrale et invités par elle à se munir d'un
lexique ; ce nom de Languedoc a quelque chose de didactique
et il fleure la pédagogie ; il a une odeur de Sorbonne, un relent de collège, alors
que celui d'Occitanie évoque les jours lointains de la période originelle qui
nous passionne : c'est le nom dont se servait encore le moyen-âge et que les
professeurs, semble-t-il, ont banni pour le remplacer par un vocable plus
précis et moins lumineux.
N'empêche que le mot ressuscite de toutes parts, évoqué par les jeunes
du pays occitan : André Lamandé le réclame, ou plutôt se réclame de lui, avec
le talent que l'on sait ; une revue règionaliste, qui en est à sa troisième année

�d'existence, les « Feuillets occitans», groupe à Paris les écrivains de la Gascogne et du Roussillon ; Frédéric Saisset y célèbre les beautés et les légendes
de la Catalogne française ; Paul-Sentenac y surveille le double mouvement
littéraire et artistique du pays d'Oc et en salue les gloires naissantes, en remémore les gloires anciennes... Etc.
Je voudrais dire, moi qui vais vieillir tout à l'heure et qui déjà me souviens tendrement (signe de la vieillesse qui s'annonce ï) de vos pays où ma
jeunesse s'est épanouie, Je voudrais dire avec quelle émotion je m'intéresse à
ces manifestations de votre régionalisme, à sa résurrection qui s'accentue et
qui me semble si désirable, à toutes les tentatives des autres régionalismes non
pas que je sois séparatiste, certes T Au contraire : étant né aux Marches de
Lorraine à quelques lieues du village où naquit Jeanne d'Arc, m'étant formé
chez vous et performé dans les montagnes du Forez, j'ai conservé au cœur
un culte de gratitude pour les régions de France qui m'ont infusé tour à tour
les sucs de leur terroir, le lait de mon enfance et le vin de ma jeunesse. Je
les aime pour elles, en raison de leurs beautés diverses, de leurs vertus diverses, et précisément parce que je me suis attaché à plusieurs, je conçois
peut-être mieux qu'un autre la possibilité de rapprocher en un amour commun, qui s'appelle France, ces amours successifs dont l'un s'appelle Occitanie.
S'il est vrai que la facilité croissante des communications, la promiscuité
des peuples et la multiplicité de leurs échanges doivent tendre désormais et
de plus en plus à atténuer les différences techniques et à unifier le globe ou
tout au moins le genre humain, hàtons-nous de noter ce que furent nos provinces et ce par quoi chacune se distinguait des autres : et quand nous rencontrons un homme, profondément imbu de l'esprit de sa race, hanté par le
culte de l'héritage commun, obsédé par la conscience de n'être, en son pays
qu'un chaînon de la chaîne, et mu par l'unique fierté d'adjoindre son effort à
l'effort ancestral, offrons-nous le plaisir d'enregistrer cette manifestation qui
se fait rare et, s'il se peut, aidons ce continuateur à prouver la persistance d'une
religion qui ne s'en va pas encore.
La religion de leur terre natale T...
Religion admirable, qui satisfait à la fois les mystiques et les matérialistes, et les remet d'accord, pour un moment, puisque l'hymne pieuse des uns
et la logique déductive des autres aboutissent à des formules similaires. La
terre natale! Symbole de pérennité, mémoire du passé et réservoir de l'avenir,
tombe de tout ce qui cohabite et de tout ce qui collabore, somme vivante des
morts qui, tour à tour, ont enrichi la masse en y versant ce qui fut eux et ce
qui fut par eux T
Il y a des hommes qui se disent « sans-patrie ». Ils croient l'être. Tout
aussi raisonnablement ils pourraient croire qu'ils n'ont eu ni père ni mère :
une plante coupée pourrait aussi bien prétendre qu'elle n'a jamais eu de
racines
Ils se séparent du groupe, mais ils oublient qu'une séparation n'abolit pas
une origine : le fait même de rompre leurs attaches, atteste l'existence de ces
attaches, puisqu'on ne saurait briser ce qui n'existe pas.
Bien plus, les théories mêmes que professent ces humanitaires ne sont

�pas, quoi qu'ils pensent, leur invention propre, mais, au contraire, le produit
normal du rêve entassé en eux par leur race et quand, déracinés, ils renient la
communauté première au bénéfice d'une conception plus large, « l'humanité »,
c'est uniquement parce que leur race, au cours des siècles et par une progression lente, est devenue capable d'élargir ce même vœu de solidarité qui jadis
a créé le premier groupement.
On le connaît, ce vœu des premiers hommes : on imagine dans la forêt
préhistorique, cette frêle créature, nue, désarmée, solitaire mais sociable, et
qui, se sentant seule en face du péril, appelle à son secours les créatures qui
lui ressemblent : solidarité pour la défense, solidarité dans l'effort, le foyer
s'élargit, le clan se constitue, l'égoïsme devient amour et la petite patrie est
née. Toutes les associations humaines se calqueront sur son modèle et lui
emprunteront sa devise de fraternité.
Quand cette devise se propagera de la petite patrie à la grande, de l'Occitanie à la France, de la France à l'Humanité, sachons admettre que c'est toujours la même idée en marche, et gardons-nous d'opposer un idéal à l'autre,
puisque l'un procède de l'autre. »
Edmond HARAUCOURT.

Plus d un passant s est, peut-être, souvent demandé en
monde se situe géographiquement
quels sont ses

titres

de noblesse

l intérêt que suscite autour

remis

à

la mode,

1

ce

Ion

pays que

nomme

L Occitanienne de

quel lieu du

Occitanie

et

Chateaubriand, et

du romantisme l approche du centenaire, ont

auprès du grand public, ce vocable sonore.

Ce

sont

cependant les poètes méridionaux, les Estieu, les Perbosc,qui, pour désigner l ensemble des provinces de Langue d'Oc, ï ont sorti de l oubli. Ils
ont créé le mot Occitan plus euphonique qu Occitanien ou Occitanique et
traduction d ailleurs du latin médiéval « Occitanio », dit J. Anglade. Le
Languedocien Florian avait popularisé le nom d

Occitanie

dans son roman

d Estelle : «Je te salue Occitaniel terre de tous les temps, aimée des peuples
qui t ont connue... La nature, pour toi prodigue, a réuni dans son

sein

les

trésors partagés au reste du monde... Combien de grands hommes, sortis
de ton

sein,

ont rendu ton nom célèbre chez les nations étrangères... Rome

chérit la mémoire des pontifes qu elle à reçus de toi ; la France se glorifie de tes capitaines; de tes magistrats. La poésie enchanteresse te doit son
premier asile, O terre féconde en héros, en talents, en fruits, en trésors, je
te salue! 9
poètes

M^ais

le nom d

Occitanie

a une plus

ancienne

origine.

Si

les

l ont adopté pour sa grâce verbale et pour sa fierté, il eut pour

parrains des fonctionnaires royaux. C est pour désigner administrativemeni
le

ci-devant

12 Ji

que

Comté de

les

scribes

Toulouse, passé à
du

roi

cherchèrent

la
un

Couronne
mot.

de France

(&lt; Sur

le

en

modèle

�d Aquitama; ■

nous dit M.. J. Anglade. —— qui leur était familier depuis

longtemps, ils formèrent Occitania, avec ses adjectifs Occitanus et Occitamcus. Les scrihes étaient contents : ils employèrent le mot à outrance. » Les
poètes ont parachevé l œuvre pour une fois heureuse des scrihes. Et les syllahes d or A Occitanie ont charmé les oreilles les plus hostiles. Les poètes,
même ceux qui ne sont pas Occitans comme
ucie Delarue~Mardrus
ou Edmond Haraucourt, adorent ce mot. Le grand Edmond Haraucourt
à puhlié dans la Dépèche de Toulouse un vigoureux et lumineux article
sur l Occitanie dans lequel il consacre les lignes les plus encourageantes aux
eui llets. N ous sommes fers et émus de cette appréciation d un maître en Fart
de la prose et du rythme et nous nous faisons un plaisir d en reproduire les

T

principaux passages.

^ JÇ^J/^

Les

Revues

Nous avons plaisir à saluer une belle revue récemment née à Nice « Mediterranea dont
le premier numéro est d'un goût et d'un luxe qui font bien augurer de l'avenir. La collaboration est de choix et nous constatons avec plaisir que le directeur, M. Paul Castela, est un Narbonnais qui réalise de la plus jolie façon l'union des méditerranéens français. Le Feu est
toujours la grande revue du régionalisme méridional et ses chroniques sont pleines d'aperçus
intéressants et de renseignements substantiels. A y signaler une traduction d'Homère par
Marius Conte-Delvox qui illustre cette phrase de charboun « La vido oumerico es talamen
proche de la nostro, de nosto vido de pèd-terrous, de marin o de pastre. » Cependant, l'expérience n'est concluante que sur des extraits assez courts. Une tentative de longue haleine ne
me paraît plus supportable, malgré toute l'habileté du traducteur. Sur ma table s'amoncellent
la cohorte des journaux occitans qui ne cessent d'oeuvrer, soit à Paris, soit en province, pour
la cause méridionale : L'Etendard fiscénois dont le titre peut faire sourire mais qui est remarquablement rédigé, le Roueyne, organe des Ruthènes que préside si bien M. Cottereau, le
Cadet de Gascogne, Paris-Provence dont on ne peut plus louer dignement le directeur tant il
est devenu des nôtres, l'Aude à Paris, l'Aude à Toulouse, l'Aude à Alger qui attestent la
diffusion des Audois un peu partout et nous font craindre qu'il n'en reste plus guère à l'ombre
de la Cité. Un pleur, en passant, sur la disparition de la Mouette normande dont Julien Guillemard avait fait une revue farcie de qualités, d'une probe et vigoureuse tenue.
Le Club Cévenol publie un bulletin qui, sous le nom de Causses et Cévennes fourmille
d'indications techniques, pittoresques et touristiques sur les merveilleux paysages du Tarn et
des Avens. La Nouvelle Revue du Midi, avec une consciencieuse ténacité, entretient à Nîmes
l'amour des recherches sérieuses, des exposés précis, de l'érudition tempérée par le goût éclairé
des lettres pures. Les Pyrénées littéraires s'efforcent, semble-t-il, de ne justifier en rien leur
titre car on n'y trouve rien de spécialement montagnard, ni de particulièrement artistique.
Toulouse montre d'habitude, que diable T moins de timidité régionaliste. \J Auvergne littéraire,
l'Auta témoignent heureusement de plus d'originalité. « Ceux qui vienneut » n'en manquent
pas dans la présentation de leur « Arc-en-ciel ». Pourquoi faut-il que la coque ne renferme pas
la chair savoureuse du fruit ?.
Une impression un peu déprimante se dégage cependant de tant d'efforts dispersés. Dans
chaque province, dans chaque centre intellectuel de France, on pourrait aisément créer, avec
tout ce que représente l'ardeur, de talent, de désintéressement, les revues déjà existantes,
itn organe vraiment représentatif qui fut le miroir fidèle de son pays et qui apporta aux
curieux des choses régionales l'image fidèle et vivante d'un pays. Mais quoi ! Nous sommes
victimes de l'individualisme, de l'improvisation, des foucades. Des guerrilleros, tant que l'on
voudrai mais discipline et méthode ne sont pas des fleurs pour les serres d'au delà de la Loire.
J. C.

�Bois original d'Auguste Rouquet

La

Grenouille et

les Trois- J^oumces
|OUTE l'Aude est dans ce coin du vieux Narbonne, entre l'Église
Saint-Paul-Serge et l'hôtel des Trois-Nourrices. Dans le bénitier de Saint-Paul, la grenouille perpétue le comique languedocien, le plaisir de l'attrape, l'innocence du rire à gorge
déployée. Aux Trois-Nourrices, c'est la double anecdote où se
résume l'essentiel du fond audois : le mysticisme de l'indépendance et la joie corporelle. C'est à l'hôtel des Trois-Nourrices que Rabelais se
gobergea et ne put payer son écot, terrible « quart d'heure », et c'est aux
Trois-Nourrices que Cinq-Mars, rebelle au pouvoir central, fut arrêté par les
sbires de Richelieu.
Adossé au mur doré de l'Hospice, entre l'église édifiée par les fils des
Cathares et l'hôtellerie païenne et paillarde, j'écoute le dialogue éternel de la
garrigue et de la vigne, du rocher sec et de la grasse terre alluviale, du vieux
fond albigeois et de la facilité à vivre. Déjà m'arrive l'écho espagnol du dialogue de Sancho et de Quichotte. Ici un sens de la grandeur maigre, de l'épopée
muette, de l'héroïsme à dents serrées, de l'honneur, de la résistance, de tous les
paroxysmes; et, en contre-poids, un naturisme tautôt facile, cordial, gueulard
et fessu comme chez la plupart de nos patoisants, tantôt affiné et gracieux, grec
plus que latin et tout en cadences claires : André Chénier fut enfant à Limoux.
Les ruisseaux de la plaine narbonnaise, tous ces « recs » où coule à peine
un filet d'eau pure et qu'une heure d'orage transforme en troubles torrents
vertigineux, charriant l'argile et la pierre, déracinant les ceps et ràclant le
terreau, donnent une image de ce contraste et de cette dualité. Et aussi les
oliviers aux blanches feuilles que le cersfait chanter, mais dont le tronc noueux,
trapu, déjeté, se tord comme le buste du Titan foudroyé.

�LA MAISON DES TROIS-NOURRICES
Bois original d'Auguste Rouquet

�Les écrivains audois d'aujourd'hui habitent tous l'hôtel des Trois-Nourrices, mais les uns à l'étage de Cinq-Mars, d'autres à celui de Rabelais, et « Albigeois » ou corporel, aucun, ou presque, n'oublie de rendre visite, comme le
voyageur du conte de Mistral, à la grenouille de Saint-Paul.
Cet humour audois, dont témoigne la grenouille de Saint-Paul, comme il
est particulier : trivial, d'un prosaïsme appuyé, souvent cynique, délicat aussi
parfois, forme invétérée d'une pudeur intellectuelle qui ne craint pas de revêtir un aspect de gauche naïveté et d'ignorance épaisse, forme de pudeur sentimentale aussi qui se refuse au réel, qui redoute d'étaler souffrance ou passion et noie tout dans la moquerie.
Cet humour se manifeste de la façon la plus directe et la plus authentique chez le chansonnier Vincent Hyspa. On peut dire de lui qu'il a stylisé,
quintessencié l'esprit de chez nous et ajouter qu'il a transféré à Montmartre
tout ce qui était transportable hors du terroir natal Su comique familier de nos
conteurs bas-languedociens. Mais on trouve cet humour indéracinable partout
mêlé aux œuvres littéraires audoises. Il colore toute celle de Joseph Delteil
et c'est lui qui inspire à Paul Raynal la déchirante allégresse du finale du
premier acte, dans le Tombeau sous l'Arc de Triomphe.
La conception dramatique d'Henry Bataille hier, celle de Denys Amiel aujourd'hui en sont tout imprégnées ; ce drame en sourdine qui n'éclate pas en
tirades, où l'expression du pathétique est confiée aux mots les plus quotidiens,
ce comique inséparable chez eux des situations les plus désespérées, cette
recherche de l'ellipse et du sous-entendu, tout cela dérive bien de notre humour
audois. Ce « théâtre du silence», dont Bataille fut le précurseur et dont Amiel
est l'un des meilleurs représentants, est en grande partie sous le signe de la
grenouille symbolique.
Elle est toute audoise aussi la poésie des premières plaquettes de Bataille:
la Chambre blanche, Et voici le jardin. Cette effusion directe, qui tire de son
prosaïsme même une émotion poétique, qui indique à mi-voix un thème et
s'arrête au bord du sanglot, pareille à une voix perdue dans le grand vent,
comme on comprend qu'elle se soit élevée « du côté de Moux et de Pexiora »,
au pied de « l'Aricpoudreux où montent les bergers ». Et plus distincte, mieux
mesurée, c'est une poésie bien audoise encore que celle de Jean Lebrau, de
Moux, dans le Ciel sur la garrigue, le Cyprès et la Cabane.
La qualité poétique chez Lebrau comme chez Bataille tient surtout à la
justesse de la modulation, mais il y a en outre chez Lebrau une recherche de
pureté dans le chant qui le rapproche du Carcassonnais François-Paul Alibert
et nous amène à ce culte grec de la forme, dont André Chénier est un des
prototypes, mais qui est peut-être plus méridional que purement audois.
Alibert pourrait être de Cette comme Valéry et Valéry de Marseille ou de Narbonne. Leur inspiration, leur décor et leur matériel poétiques — grenades,
cyprès, cigales, abeilles, platanes, palmes — sont méridionaux ou mieux
encore, car la mer sans cesse y est présente : méditerranéens.
Pourtant il y a chez Alibert un sens romain de la majesté harmonieuse,
une large architecture de la phrase, un rebondissement verbal qui peuvent
s'apparenter au jaillissement tout audois, plus spontané, mais moins décanté,
de Raynal et de Delteil.
L'apport important, essentiel du pays d'Aude, c'est présentement ce

�Bois original de Jane et Achille Rouquet

sens de la grandeur. Notre pays retrouve là sa vérité, sa mission qui
est celle d'un pays de « marche ». Il
y a en France pour les « Marches
languedociennes» en lisière de
l'Espagne un rôle aussi nécessaire
à jouer qu'en lisière du germanisme
pour les «Marches lorraines».
L'Aude est l'isthme par où l'ardeur
africaine et ce riche composé d'honneur, de magnificence, de courtoisie
et de force que Stendhal nommait
« espagnolisme » doivent pénétrer
en France.
Delteil a du sang catalan, Raynal, bien plus que Corneille, dérive
de Calderon dont il a l'abondance,
l'emportement, l'inexorable rigueur.
Et Pierre Reverdy aussi, par son
retour au catholicisme, a été rendu
aux visions familières aux grands
mystiques espagnols. Reverdy est
le plus grand des poètes cubistes
comme son ami, l'espagnol Picasso,

est le premier des peintres cubistes.
Reverdy dans la poésie, Raynal au théâtre, Delteil dans la prose réintroduisent, chacun à sa façon, dans les lettres françaises le culte du grand. Tandis
que Raynal et Delteil, solidement racinés à la terre, nous rapprennent le premier, la grandeur et l'extrémisme de la passion, le second la grandeur et
l'extrémisme de la sensualité, Reverdy nous donne par instants un frisson de
grandeur cosmique.
Il est à constater que la rançon de cette grandeur retrouvée — ou son
complément — est chez tous les trois (et on ne peut rêver pourtant trois œuvres,
trois dons plus divers, plus opposés par le contenu et l'accent) un retour à la
préciosité des grands Espagnols ou de Shakespeare. Préciosité qui n'est pas
afféterie, ni mignardise, mais exubérance et qui roule à la façon de paillettes
d'or dans le flot sans cesse grossi de leur chant.
Reverdy alterne ses plus hautes visions avec une poésie moins rauque —
cor anglais et flûte céleste. Mais Raynal et Delteil se livrent à plein souffle,
sûrs de leur pectus.
Ils ne sont pas les seuls aujourd'hui en France à rêver de grandes entreprises littéraires. Montherlant, Drieu la Rochelle voient grand eux aussi. Mais
leur caractéristique, c'est qu'ils sont les deux seuls écrivains d'après-guerre à
avoir le sens épique. Eux seuls ont tenté une synthèse, un raccourci épique de
la guerre, Delteil dans sa Jeanne-d'Arc et dans les Poilus, Raynal dans le
Tombeau sous l'Arc de Triomphe que doit suivre la Francerie.
L'un et l'autre se plaisent à s'abandonner à la même forcenée ivresse verbale, l'un et l'autre jonglent avec les formules lapidaires, mordent avec fureur

�à la même pulpe des mots. Mais tandis que Raynal exalte le redressement passionné de l'homme, la lutte
sauvage pour la liberté, le bonheur,
la vie, sans cesse traqués comme
Cinq-Mars par Richelieu, c'est à
l'étage de Rabelais, que, dans l'hôtel
des Trois-Nourrices, s'est arrêté
Delteil. Il ne rêve que d'une kermesse de corps en sueur et en joie,
que d'un débordement de vie physique, d'un assouvissement de l'homme dans et par la nature. Il serait
injuste de ne pas rappeler que Delteil a eu un précurseur narbonnais,
l'un des survivants du grenier Goncourt, Joseph Caraguel, dont les Barthozouls offrent une évocation vraiment épique d'une fête patronale,
puis une autre des vendanges dans
un village du Bas-Pays, au pied des
Corbières. Caraguel lui aussi sort
de l'étage rabelaisien des TroisNourrices, ces Trois-Nourrices
Bois original de Jane et Achille Rouquet
qu'il est réservé à Delteil de peindre comme elles le méritent, les deux premières dépoitraillées, noiraudes,
leurs énormes seins gonflés, tendus vers le pays d'Aude, l'une faisant gicler
son lait mousseux d'humour, l'autre un lait plus épais que la sève, digne d'engraisser Gargantua, mais la troisième, au visage tragique, à la gorge tarie,
la vraie mère occitane, l'héroïque, la croyante, la mutilée, l'hérétique dont le
sein, si on le pressait, ne laisserait couler que du sang albigeois.
Benjamin CRÉMIEUX.

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Le jMLarc\iani de l^feigeJ&gt;
a Frédéric Saisset^
Quand la fête du blé s'étale sous les cieux,
Que chancellent les chars et grincent les essieux.
Quand les batteuses diligentes font leur œuvre,
Que l'air n'a plus de brise et les puits n'ont plus d'eau
Et, qu'en la paille chaude où sonne le fléau,
Se dérobe une fuite souple de couleuvre;
Quand l'été resplendit sur les seigles brûlants,
Comme un étendard bleu sur des remparts croulants,
Quand le grain lourd et dru dans les gerbes abonde,
Que le butin s'entasse et que les moissonneurs
Ont des masques d'imperators triomphateurs,
Dénouant les cheveux d'une captive blonde;
A l'heure du pillage où luisent les tranchants
De la faux, de la serpe courbe et des tridents
Où chacun s'enrichit des dépouilles qui s'offrent,
Quel est donc celui-là qui, sous un châtaigner,
Rêve au bruit d'une source et semble dédaigner
De disputer sa part et de remplir ses coffres ?
Il choisit la fraîcheur des ombrages heureux,
Il n'a point de sueur qui, perlant aux cheveux,
Lui sillonne le front de ses mordantes traces,
Pas de poitrail velu, ni de fauve relent
... Et les gens des labours raillent cet indolent
Qui ne moissonne pas le blé des terres basses.

Or, c'est un muletier qui, presque chaque nuit,
Détache son mulet et le sangle sans bruit,
Quand une étoile — la dernière — tremble encore,
Et s'élève, par les ténèbres des sentiers,
Vers la haute montagne et les pâles glaciers
Que quelque lueur d'aube hésitante colore.
Au bruit de la sonnaille allègre et des sabots.
Il traverse des pâturages sans troupeaux,
Il dépasso une cour à la barrière ouverte,
Une ferme silencieuse, avec des chars,
Le seau sur la margelle et des seigles épars
Où gisent les fléaux sur une aire déserte.

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— Il s'élève, il atteint la hutte du berger,
La claie à jour du parc où l'on entend bouger
Et bêler faiblement une bête qui rêve ;
Le chien grogne, anxieux, et se dresse à demi,
Puis la paix redescend sur le parc endormi,
Dans un rose rayon de soleil qui se lève.
Foulant le lichen pâle et les rhododendrons,
L'homme aspire le vent sauvage à pleins poumons,
Il domine le flot de brouillards, qui déferle,
Pour étouffer, sous sa mollesse et ses torpeurs,
Les vallons rétrécis, avec leurs moissonneurs
Qui n'aperçoivent pas ce ciel couleur de perle.
Loin des labeurs communs et de l'effort obscur,
Il casse alors la neige aux coups de son pic dur
Et la dépose à l'ombre, au bord d'une fontaine;
Mais comme elle fondrait par le sentier ardent,
Il mange son pain noir et songe, en attendant
Que la divine nuit rafraîchissante vienne,
Puis, quand s'est constellé le ténébreux azur,
Il redescend suivi du mulet lent et sûr,
Qui secoue en marchant une sangle sonore
Et porte, en translucides blocs cristallisés,
Des neiges de montagne où ne se sont posés
Que les pieds des oiseaux et celui de l'Aurore,
Henry MUCHART.

Poème extrait d'un nouveau recueil
qui va paraître : Le Miel Sauvage.

Les lyres du matin chantent sur les prairies
Où l'eau claire reflète un ciel de féerie.
Un bonheur flotte au cœur de l'espace enchanté,
Et la lumière diaphane de l'été
Danse en rayons légers sur la courbe des arbres.
Autour du bassin bleu les déesses de marbre
Assistent aux ébats des poissons colorés.
La musique de l'eau s'écoule à plis dorés

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Vers l'horizon lointain que barrent les montagnes.
Une paix pastorale inonde les campagnes
Où les troupeaux mêlés aux fleurs sont répandus.
Une bergère admire un faune aux[pieds fendus.
Il danse éperdument sur sa stèle robuste,
Sourit à la bergère en redressant son buste,
Lève la grappe d'or qui luit entre ses doigts.
Un vol de ramiers blancs se pose sur les toits.
Les chevaux de labour sortent des métairies.
Une hirondelle bleue anime l'air et crie.
La nature bourdonne, vibre. Par milliers
Les parfums voyageurs et les bruits familiers
S'entremêlent en un concert champêtre, et lente
La mer miroite au loin, de sa courbe indolente
Caressant le contour de la plage où s'éteint
Son murmure de soie où glisse le matin.
Frédéric SAISSET

�— 13 —

Les Liivres

L

ES vers de la «Dédicace» et de «Polymnie» qui ouvrent ce beau livre de
Georges Heitz, Images détachées de l'oubli, sont d'un métal très pur ; ils
ont des richesses d'images et de sonorités qui vous révèlent la présence
d'un noble poète et vous engagent à pénétrer dans le jardin rose et noir
qu'est ce livre odorant et plein d'une émotion maîtrisée.
Et vous lirez un jour des vers qui ne seront
Jamais joués que sur des violons de rêve.
Vous à qui, chaque été, les brises répondront
Comme au chant de la mer répond l'écho des grèves.

Qu'on lise les « Poèmes pour mon rêve vécu », « Les tristesses », « Romanesquement »,
« Vendanges », « Apparences », « Paysages de France », « Transpositions », «Jardins ». On y trouvera, partout répandue une ineffable fluidité harmonique qui nous berce sans jamais nous
faire oublier la valeur des mots solidement agencés, ce qui est rare. Particulièrement dans
les « Paysages de France » on cueille des vers d'une inoubliable douceur :
Doux parler, si parfois tu passes par ma bouche
Tu donnes un prix sûr aux pensées que tu touches,
Au désordre des sens oppose tes doux liens
Et donnes à la vie un charme aérien.
Et c'est bien ici la double qualité d'émotion contenue et de lucidité précise qui font du
livre de Georges Heitz un double enchantement.
C'est un recueil de poèmes sur le siège de la cité du Quercy par Henri IV, alors Henri
de Navarre, où sont mises en relief les scènes tragiques et la belle défense des Cadurciens qui
se montrèrent, à cette occasion d'un héroïsme farouche.
« Emile Montégut était Limousin, enfant d'une vieille famille limousine, écrit Pierre-Alexis
Muenier, en tête du beau livre qu'il a consacré à l'un des plus grands critiques du XIX' siècle
— et nous devons vivement regretter qu'il n'ait pu — il projetait de le faire — consacrer à
sa province natale un livre du même ordre que les études sur la Bourgogne et sur le Bourbonnais. » Nous devons ici, dans ces Feuillets occitans, joindre nos regrets à ceux de PierreAlexis Muenier, et le féliciter chaleureusement d'avoir réparé une des plus révoltantes injustices:
On constate en effet, en lisant sa consciencieuse et savante étude sur Emile Montégut, combien
l'indifférence humaine à l'égard de cette belle figure est pénible et blâmable. Cette âme ardente,
« fière, mâle, incapable de se courber sous les fourches caudines du monde » mérite qu'on
lui rende justice et qu'on la replace au rang qu'elle doit occuper, un des premiers dans la
critique française. Puisqu'il est des nôtres, nous ne saurions avoir trop de gratitude pour
Pierre-Alexis Muenier qui par son beau livre aidera tous ceux qui aiment Emile Montégut à
le délivrer de cet injuste oubli.
On trouvera, dans ce livre qui est un chant d'amour dédié à la Cerdagne française, les
pages, peut-être les plus colorées et les plus émouvantes qu'ait écrites Albert Bausil. Le soustitre : Images de Font-Romeu, caractérise le genre de l'ouvrage : une suite de poèmes en prose
d'une lumière chaude, d'un coloris intense et qui donne par endroits l'impression des enluminures de missel :
« Ohï tous les contes de fées, tous les livres d'images, toutes les chansons de Chaumière
tous les songes d'enfants sont dépassés, devant cette Cerdagne de velours blanc, que la Cein-

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ture des cimes, depuis le Carlitte jusqu'au Canigou, en passant par les monts d'Andorre,
d'Urgell, de Cadi, du Cambredaze et de Nuria, entoure comme un grand mur crénelé de,
pourpre rose et d'argent bleui».
Et c'est ainsi tout le long du livre une alternance de petits tableaux pittoresques et de
jets d'esprit pétillants, et les dessins plaisants ou graves d'Emmanuel Roger et de Jack Pruvost
accompagnent gracieusemeut ces pages alertes, toutes vibrantes de l'amour de notre sol
natal — Un livre exquis —
'
Ce roman, Ulabella, de Marika Stiernsted a été traduit par une roussillonnaise par
alliance, Madame Juliette Julia, femme du Docteur Emile-François Julia, romancier de talent
et critique d'art avisé, sur une première ébauche de Madame Kate Hornell. C'est un conte
gracieux et émouvant dont les personnages sont cependant vivants et bien observés, un conte
qui s'appuie sur la vérité humaine. Particulièrement la fine, la toute charmante Ulabella et
sa vieille gouvernante Mâline, qui remplace la mère disparue, attirent notre sympathie, dès
les premières pages, et nous en voulons un peu, à ce père, inventeur génial et distrait, de ne
point prendre garde à l'âme délicieuse de sa fille et de la négliger.
La préfacière du livre reconnaît la difficulté de transposer en français un roman de
langue étrangère. Nous ne pouvons lui adresser de plus vifs éloges qu'en la remerciant de
nous avoir fait oublier que nous lisions un roman traduit et de nous avoir donné l'illusion,
par la souplesse de son tyle, de lire un roman français.
Voici un beau drame rapide qui se déroule de l'automne 1212 à l'automne 1213, à Toulouse,
dans le château Narbonnais. C'est un des épisodes les plus émouvants de la croisade contre
les Albigeois et nous y retrouvons, fortement mis en relief, le farouche Simon de Montfore,
l'ardent et impétueux Comte Raimon, fils de Raimon VI qui s'éprend de passion pour la
belle Sancia d'Aragon, seconde sœur de Pierre II, et d'Eléonore, épouse de Raymond VI. L'action est d'une sûre netteté de ligne et va au but, sans faiblesse. Les vers en sont pleins, imagés
et expressifs; ils sont d'un beau métal et d'un rythme heureux, traduisant avec souplesse la
véhémence et la grâce passionnée. Cette pièce, qui a été jouée à Saintes, mérite d'être reprise
sur un des théâtres de Paris où elle obtiendrait le plus éclatant succès.
Jean Amade à qui les roussillonnais doivent de judicieux ouvrages régionalistes et qui
a publié récemment une très savante étude sur les origines et premières manifestations de la
Renaissance littéraire en Catalogne au XIX' siècle, nous donne aujourd'hui un recueil de vers,
édité par les soins de notre vice-président E. N. Guitard aux Editions Occitania. Chants rustiques et oraisons célèbrent avec ferveur la terre méridionale, et le Roussillon y occupe une
grande place. Si l'on sait que Jean Amade a toujours vécu dans ce Vallespir, dont des artistes
comme notre regretté Déodat de Severac avaient fait leur terre d'élection, on ne s'étonnera
pas de lire de lui ces vers virgiliens pleins de chants d'abeilles et de sonorités agrestes où
passe la voix d'une flûte pastorale. Son poème La Flûte invisible que nous avions lu autrefois
dans la Revue de Paris est un des plus réussi du recueil, on y retrouve l'art d'André Chénier.
Dans les Intimités Rustiques nous lisons avec émotion la prière qu'Amade fait monter vers
nos deux plus chers disparus, vers ces deux grands artistes : Louis Codel, Déodat de Severac.
Le livre se ferme sur un hymne d'amour adressé à ce Vallespir harmonieux, terre catalane où
le poète a cueilli ses plus odorantes guirlandes parmi les Albères bleues, les forêts de chêne,
et le chant des sources montagnardes.
A-M. Gossez, excellent poète lui-même étudie le poète Henry Mériot avec la sympathie
grave que l'on doit à tous ceux qui ont voué leur vie à un Idéal et lui ont consacré les heures
laissées libres par la dure nécessité du gagne-pain. Mériot demeura à Périgueux où il commença à vivre entre la casse et la presse, « cette existence désormais double et qui reste la
sienne malgré soixante-dix ans d'âge : La journée adonnée aux labeurs, la nuit — tard le soir
et souvent jusqu'à l'aube — à l'œuvre suprême de Poésie ; et ce sont de réels lys éclos à minuit que les plus purs ornements de ses livres. » On ne peut que saluer très bas ces nobles
hommes qui ont compris la beauté de la mission du Poète sur la terre et n'ont pas hésité à
consacrer leurs veillées au plus pur Idéal.
Le choix de Poésies d'Isabelle Korn préfacé par Alfred Cazes qui ne soulève qu'à demi
le voile de l'anonymat de l'auteur, est d'une amusante variété. Chaque poésie est accompagnée
d'un commentaire qui témoigne d'un esprit railleur et pétillant de malice. Voici un de ces
commentaires typiques en queue des « Pies » : Mon cerveau est de si petite qualité que je
n'arrive pas à m'intéresser à la politique ou aux sciences. En revanche, le langage des pies
m'est accessible et les nuages prennent la forme de mes rêves. Sur quel peuplier du Libron
n'ai-je point accroché un lambeau de vêtement? « Garçonnière! » disait ma tante. Mais non I

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les garçonnières ont soin de leur feuille de vigne et passent le jour â bien la tirer !» — Les vers
sont dédiés à Pierre Mille. Certaines pièces célèbrent le Languedoc avec de beaux accents.
Isabelle Korn a la double corde aux sonorités graves et aiguës, le masque tragique et le masque
comique. Son livre est plein de fantaisie et de trouvailles, très curieux à lire et souvent
émouvant.
« C'est surtout comme peintre, écrit l'Editeur, que Gaspard Maillol était connu avant
la guerre. C'est lui qui avec l'aide de son oncle Aristide Maillol et l'assistance du comte Kessler,
fût le créateur des papiers, désormais fameux dits de Montval. »
C'est un album de seize gravures très soigneusement édité en un format inV jésus et
présenté en une judicieuse préface de Paul-Sentenac qui a écrit dans la revue Benjamin, un
très substantiel article sur les anciennes manufactures Royales de Canson et Montgolfier;
c'est là que se fabrique aujourd'hui, sous la direction de notre compatriote Gaspard Maillol,
ce magnifique papier qui assurera aux œuvres contemporaines la durabilité. Il faut féliciter
les avisés directeurs MM. Tardy, Franchon, Valton, et Menneson d'avoir donné au peintregraveur les moyens de poursuivre sa tâche dans les meilleures conditions — Grâce à eux
cette nouvelle édition où figurent les églises de Vassincourt, de Mesnil-les-Hurlus, de Voilemont, à'Offoy, de Fresne-en-Tardenois, de Merleville, de Soyecourt, etc., pourra braver l'œuvre
du temps pour la plus grande joie des amateurs d'à'rt —
« Dans ces contes, pensés en langue d'Oc, écrit l'auteur en tête de son livre très vivant
et pétillant d'esprit, ne cherchez pas autre chose que le parfum du terroir bitterrois. Deux
ou trois appartiennent à l'éternel folklore : j'ai tiré les autres de faits vécus. » Et c'est d'une
plume alerte que le directeur érudit de la revue d'Oran a écrit sa Confession de Cigalon,
Canitrot, Le Lait de la Saupicade, Mériadec, Le Réveillon d'Ambroisi. L'évasion de Croqueprunes et tous ces récits savoureux et imagés qui font de Mon vieux Languedoc un livre de
belle joie. L'œuvre d'Alf. Cazes réjouira par sa bonne humeur tous les Occitans qui aiment
à retrouver dans les livres de leurs compatriotes ce parfum du terroir inoubliable, cette
âme de la terre natale que nous emportons avec nous partout où le sort nous oblige à vivre.
Le poète visionnaire Loys Labèque qui s'est fait connaître par quatre volumes de vers
d'une puissante originalité, publie un nouveau livre où il chante sa foi en des rythmes tout
personnels et chargés d'images neuves ; quelquefois obscures et heurtées, ses pages ont toujours un accent plein de ferveur, elles sont plus proches du génie que du talent. En ce nouveau livre Eglises parlantes, nous retrouvons les paroles enflammées du croyant devenu
presque aveugle :
C'est ici l'histoire et la légende de Loys Labèque, du moine Gyrovague qui ne fût pas
un vrai apôtre, et qui tant l'aurait voulu être, mais seulement un berger de l'Aventure et un
fol voyageur.
Qui, presque aveugle, cherchait très loin à tâtons, celui qui était déjà dans son cœur.
Dans les quatre parties du recueil Les Prairies, Les Troupeaux, Les Bergers, et Les
Cloches, le poète du Miroir mystique jette ses appels vers Dieu en des pages véhémentes qui
sont par endroits comme un écho verlainien de « Sagesse. »
L'action de ce drame poignant est condensée en trois actes écrits d'un style nerveux et
pathétique. L'auteur a voulu nous montrer l'effondrement progressif d'une âme humaine jetée
au milieu des intrigues politiques, des ambitions forcenées. Richard Grambert, Président du
Conseil, le personnage central du drame de Georges-Barrière Flavy, après avoir atteint le
sommet de la gloire, est trahi par sa maîtresse, Lucienne de Tersin qui communique aux ennemis de son amant, des pièces compromettantes. Désespoir de Richard qui abandonne la politique et pense retrouver le calme dans l'amour. Il apprend que celle dont il a fait sa femmeaimait un autre homme. Il appelle à lui un fils naturel dont il ne s'est jamais occupé, et c'est
l'effondrement suprême quand ce fils accable son père de son mépris.
C'est un harmonieux recueil de poèmes que ces « Pages de la quinzième année » de
Blanche Cazes : Les vers en sont d'une souple cadence et n'ont pas la maladroite tournure de
ceux qu'écrit d'habitude une jeune fille de quinze ans; car Mlle Blanche Cazes a quinze ans.
Mais il y a là-une sûreté de composition, un bonheur d'expression, un choix d'images neuves
qui sont surprenants pour cet âge. Le rythme de certains poèmes est déjà savant, plein de
subtiles nuances. C'est bien un poète qui a écrit A l'ombre de TAïdour La Maison fleurie,
jour des morts. En lisant Verlaine, Image de missel et tant d'autres. Et il faut féliciter Blanche
Cazes qui aime François Villon et Paul Verlaine d'avoir entrepris son voyage vers l'Idéal avec
ces deux grands poètes de France.
Frédéric SAISSET.

t

�Bois original de Gaspard Maillol

Les Beaux-Arts
Les Expositions Je Pans à Toulouse
|E Salon des Indépendants a été l'événement artistique de ces
temps derniers. Il a marqué d'ailleurs surtout par le nombre
de ses exposants, par son étendue, ayant occupé les quarantetrois salles du Salon des Artistes Français. La présentation
des œuvres, classées selon le mode alphabétique adopté par ce
groupement libre, a été faite dans un esprit assez moderne. Les
peintures ont été accrochées sur un fond clair, de teinte bise. Mais la plupart
des œuvres exposées ne répondaient pas au modernisme du cadre. Ce Salon
des Indépendants est resté d'une manière générale bien au-dessous de la médiocrité. Dans certaines salles le poncif a dominé autant que dans celles des
grandes expositions de Printemps. Pis encore. Autant qu'au Salon d'Hiver.
Vraiment — il faut le reconnaître en dépit de la peine que cause un tel aveu —
cette trente-huitième exposition des peintres qui se trouvaient naguère à
l'avant-garde de l'Art, accusait un déplorable retour en arrière, vers des formules périmées, vers le banal, le mauvais goût, et l'ignorance de tout métier
pictural. Parmi les 3792 numéros portés au catalogue — et il y avait encore
des envois qui n'y figuraient pas — une centaine d'œuvres, tableaux ou sculptures, demeuraient en définitive à retenir. Les artistes ayant illustré cette
société ne participent plus guère maintenant à ces manifestations. Ils se
réservent pour l'Automne ou pour Les Tuileries. Il n'était que trop aisé de
compter parmi les fidèles de cette année Paul Signac, Luce, Matisse, Bonnard,
Charles Guêrin.
Lorsqu'on rencontre, dans un tel amas de mauvais tableaux, une toile de
quelque valeur, on n'en éprouve sans doute que plus de satisfaction. Je suis
retourné plusieurs fois aux Indépendants, et dès la seconde visite je savais les

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toiles devant lesquelles je devais marquer des étapes, au milieu de mes promenades que le défaut d'intérêt de l'ensemble rendait forcément rapides. Des
étapes devant de vraies peintures, décelant des tempéraments originaux, ou,
en tout cas, des tempéraments de peintres. J'ai déjà dit qu'il y en avait tout de
même une centaine à peu près dans cette foire de toutes les couleurs. Il m'a été
agréable de constater que parmi les œuvres des artistes qui m'ont retenu,
plusieurs appartenaient à des occitans. Chabaud a exposé une importante peinture, laquelle pouvait prendre place parmi les meilleurs morceaux. Son vieux
berger, vêtu d'une limousine aux rousseurs fanées, le profil taillé comme au
couteau sous le béret, son bâton barrant la toile, les moutons grisâtres autour
de lui, devant le village languedocien dont les maisons blanchoient entre l'ombre
des rues étroites, allie à la largeur vigoureuse de la facture un harmonieux assemblage de tonalités adoucies dans des gammes grises, bistres et bleues. Paul
Ramond, au contraire, recherche les tons intenses dans son Soir au Canigou et
ses Arbres en fleurs en Roussillon. Ce peintre s'est classé parmi les plus hardis de ce Salon, grâce à sa manière qui juxtapose des taches par petites masses
et non avec le pointillisme habituel à Signac. Pas de procédé aussi exclusivement apparent chez Ramond, mais un cri d'exaltation devant la nature aux
chaudes colorations. Desnoyer s'est signalé par un tableau d'assez grandes
dimensions représentant une « fête locale » dans le midi. Il y avait là du mouvement, de la robustesse dans le coloris, comme dans l'écriture des formes.
Laclau aussi possède une fougue bien méridionale, dans une figure de femme
à sa toilette, peinte en pleine pâte. Quand à MUe Andrée Pouvillon, on a retrouvé
dans ses intérieurs, dans son petit salon Louis XVI de même que dans sa salle
à manger, toute la douceur de l'intimité provinciale : ses gris, ses beiges sont
d'une distinction calme, et elle sait animer ses peintures par la présence de la
lumière du jour pénétrant à travers de larges fenêtres. René Jaudon, dans une
scène de déjeuner en plein air très attachante, a révélé qu'il possède, lui aussi,
le sens de la tache, dans des accords de tonalités assoupies. Lestage, Taillandier, Vieulles ont réussi, dans leurs paysages, à traduire avec ampleur la verdure des arbres. Nivouliès et Oury montraient des sites nuancés avec délicatesse.
C'est la première fois que nous avons l'occasion de parler dans
cette chronique des aquarelles de Bourgat. Celles-ci m'avaient donné dans
la vue — pour reprendre une expression du dix-huitième siècle et qui a conservé toute sa signification — avant que j'aie déchiffré le nom de leur auteur.
Bourgat a des qualités incontestables de coloriste. Il se sert de l'aquarelle comme
on emploie la pâte huileuse ; la couleur à l'eau prend avec lui un aspect compact. Son coin de campagne où un petit arbre dépouillé découpe sa maigreur
sur un ciel lourd de nuages, son pont rougeâtre, dans une atmosphère argentée de reflets, se décelaient d'une mise en page curieuse et d'un coloris plutôt
rare. On a écrit qu'il s'apparentait à Vlaminck, mais je n'ai pas revu dans ces
aquarelles de Bourgat ces verts bleus acides, ni cette lourdeur brutale, par
quoi Vlaminck se caractérise. Busset enfin est resté toujours régionaliste avec
son Marché d'Auvergne et ses Danseurs auvergnats ; son métier conserve
une robustesse, volontairement fruste.
Le consciencieux portrait au fusain de notre compatriote Marcel Clavié
par Leblanc qui figurait au Grand Palais aurait pu aussi bien se trouver à la

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curieuse exposition des Portraits d'Ecrivains, organisée à la Galerie Henry
(35 et 37 rue de Seine) par notre confrère Charles Fegdal. L'idée était ingénieuse de grouper les figures des romanciers, poètes, critiques d'art traduites
par leur amis peintres. Souvent une affinité dans la façon de sentir et de
penser quoique par d'autres modes — ut pictura poesis — a poussé tel
coloriste à portraiturer tel écrivain. Le hasard aussi a rapproché le modèle et
l'interprète. Nous avons reconnu là Robert Rey paternel, tenant son baby, par
Adrienne Jouclard; Louis Vauxcelles, par Asselin; Florent Fels et Paul Claudel
par J.-E Blanche ; Fontainas par Tristan Klingsor, et ce dernier par lui-même,
car il manie avec autant de bonheur le pinceau que la plume ; Lucie DelarueMardrus, par elle-même également, avec son regard de songe : Charles Fegdal
peint par Ottmam et par Suzanne Fegdal, sculpté par Gimond. Et encore Pierre
Ladoué, Charensol, Louis-Léon Martin. L'Occitanie reparaissait ici avec un
portrait du maître Paul Valéry, notre compatriote de Cette, par Georges
d'Espagnat. Henry Ramey, originaire de Montauban, avait exposé la figure,
robustement exécutée, de Jean Cassou. Enfin, j'aurais une bonne raison pour
réserver une place particulière à un portrait peint par Auguste Rouquet, puisqu'il s'agit d'une peinture expressive comme largement traitée par notre
secrétaire général, par le xylographe dont les gravures sur bois, d'une facture
vigoureuse et d'une arabesque si ornementale, décorent ces Feuillets. Mais
j'aurais aussi une bonne raison pour ne pas trop m'étendre sur ce portrait qui
est celui du chroniqueur artistique de ces mêmes Feuillets. J'évite à dessein
la pédanterie du terme de critique, un terme qui porte des lunettes.
Les expositions individuelles se succèdent toujours innombrables et
rapides. Un vrai cinéma de la peinture et de la sculpture. Comment en essayer
même un aperçu en quelques pages? Tout d'abord, l'ensemble réuni par
André Fraye chez Marcel Bernheim (rue Caumartin) mérite d'être signalé,
parce qu'il s'agit là d'un coloriste des plus doués de notre génération. Fraye va
toujours plus loin, tout en demeurant fidèle à sa sensibilité. Ces paysages du
Midi, ces ports où les bateaux s'enfoncent si bien dans l'eau vivante offrent, la
finesse et l'éclat des tons, la sensation de l'atmosphère, la solidité d'un dessin
dans la matière même, l'attrait de l'accord des tonalités. Il a le secret d'une
fraîcheur toujours nouvelle.
André Fraye est un artiste dont la réputation affirme déjà consacrée.
Il possède à son actif une imposante série d'expositions particulières. C'est sa
première que MmePicard-Pangalosa faite dernièrement à la galerie BernheimJeune (faubourg Saint-Honoré). Il faut désormais ajouter le nom de Mme PicardPangalos à la liste de ces femmes peintres modernes qui contribuent à donner
une physionomie à l'art de notre temps, à ceux de Marval, Marie Laurencin,
Charmy, Val, Hélène Perdriat. Mme Picard-Pangalos se situe bien à notre
époque par sa palette où elle prend des couleurs claires et adoucies. Elle affectionne tout particulièrement les gammes de blanc dans certaines de ses figures,
cette blonde Suzanne par exemple, d'une distinction réelle de ligne, ou dans
ces bouquets de roses, de chrysanthèmes. Elle aime aussi les harmonies grises.
Dans ses aquarelles, elle épargne souvent le papier de manière à laisser une
ambiance de blancheur où elle met en valeur des incarnats ou des bleus tendres.
Mais ily a aussi dans les œuvres de cette artiste une sentimentalité intime, une
intention ornementale, par quoi elle s'apparenterait au dix-huitième siècle. La

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femme au turban bleu ou la femme au voile blanc le témoignent. Mme PicardPangalos dont le talent reste très féminin suggère souvent beaucoup plus
qu'elle ne prononce dans ses images, tout en conservant cependant un sens
pictural. Une certaine naïveté, un certain mystère émanent de ses créations.
Mais tandis que ce mystère apparaît dans une pervérsité ingénue chez une
Hélène Perdriat,il effleureune volupté sentimentale chez MmePicard-Pangalos.
Chez le même Bernheim-Jeune, Ortiz de Zarate voisine avec cette dernière. Un portrait de M. Albert Sarraut, à sa table de travail, le visage glabre
et énergique, le regard pénétrant derrière les lunettes, résume les qualités
qu'on discerne chez Ortiz de Zarate : ampleur du modelé, robustesse de l'empâtement, force du coloris. La figure sympathique du sénateur de l'Aude nous
ramène en pays occitan. Nous y séjournons avec l'exposition des dessins
d'enfants, rassemblés sous le titre de Collioure vu par ses gosses à la galerie
du Sacre du Printemps (5, rue du Cherche-Midi). Chose curieuse. C'est un
peintre belge, M. Hanicotte, dont nous avons apprécié les compositions en « Colorado claro », ainsi que le disait Renoir en découvrant sur une boîte de cigares
tout le secret delà peinture moderniste, qui a été non le maître, mais celui qui
a éveillé dans ces sensibilités enfantines, le goût des couleurs. M. Hanicotte
s'est fixé en Roussillon, et il a senti toute la magie colorée de cette région. Il
a placé ses petits élèves, garçons et fillettes de pécheurs ou de paysans, devant
la nature, et il leur a conseillé de regarder et de représenter le pays qu'ils avaient
le bonheur d'avoir sous lés yeux. Les enfants ont naturellement l'instinct de
synthétiser et de s'exprimer en raccourcis expressifs. Ils ne sont pas tourmentés
par cette maladie de la perfection, cette lutte affreuse de se dépasser toujours
soi-même que Camille Mauclair dévoile chez certains grands artistes et qui
amena un La Tour à la folie.
Les aquarelles, les gouaches faites au milieu de leur terre natale par lespetits de Collioure montrent des arbres ramenés naïvement à des formes simples
des sortes de rondes d'arbres, des pins en ombrelles, la légendaire tour dans
son élan architectural, des collines ondoyantes. Les tonalités aussi sont simplifiées, posées par larges à-plats, généralement assez violentes. Parfois le coloris
est idéalisé jusqu'à colorer tout un arbre d'un vermillon pur. Mais il y a aussi
des notations de la mer par des journées nuageuses, d'une assez curieuse subtilité
dans les gris et les bistres. Enfin ces gosses de Collioure se révèlent des décorateurs et c'est là le but louable de M.Hanicotte: former avec ses petits élèves,
des artisans qui auront l'idée de communiquer une tournure artistique à leurs
travaux. Et pourquoi ne brosseraient-ils dans l'intérieur de leurs mas, sur les
murailles, des panneaux dans le genre des pochades qu'ils nous ont soumises
à Paris, dans un quartier voisin du cœur de Montparnasse.
C'est à la Madeleine chez Le Goupy, que Jean-Jules Dufour nous à conviés
à un voyage à Toulouse. Mais, comme le remarque le préfacier de son catalogue, Pierre Ladoue, J. J. Dufour a pris le chemin des écoliers. Il est passé par
Najac, Penne du Tarn, Albi. De ces contrées pittoresques et de Toulouse, il a
rapporté des visions bien méridionales : monuments aux teintes rougeâtres,
ponts solides, verdures ensoleillées^montagnes nettement découpées, marché
avec les tons crus des habits des paysans et des parasols. Et ces visions sont
traduites par un tempérament bien de chez nous et bien actuel.
A plusieurs reprises j'ai parlé dans ces chroniques des peintures de

�Domergue-Lagarde. Il en a exposé naguère une dizaine, dans la cité toulousaine, chez Chappe rue de la Pomme. Cepetit ensemble n'est pas demeuré inaperçu
La presse locale nous en a apporté les échos. On sait la vigueur de cet art de
Domergue-Lagarde, ses préoccupations de dégager dans les choses les surfaces
lumineuses et les surfaces d'ombre, la plénitude de son coloris, la sincérité
de son modernisme. Avec des natures mortes de fleurs se détachant sur des
fonds gris, fruits des régions chaudes, bananes et oranges, le coloriste nous à
montré un coin du Canal du Midi sous la double verdure calme des platanes. Je
l'en félicite particulièrement. J'ai toujours pensé que notre canal languedocien
de Riquet devait fournir un bon motif d'inspiration aux artistes. DomergueLagarde nous le prouve avec Paul Ramond.
Paul-SENTENAC

Ces deux derniers mois de l'année qui vient de finir peuvent être marqués par quelque
petite vente de tableaux et de gravures de maîtres accrédités dans l'histoire de l'art.
A la vente d'Ernest Le Roy, une aquarelle de Gavarni fait 13.700 frs ; une peinture de
Boudin, le Port de Trouville, 31.200; de Corot, la laveuse, 41.100; des cavaliers et amazones de
Dreux 61.000; une vue de Villefranche de Harpignies 7.550; rêverie de Alfred Stevens 41.000;
parmi les bronzes de Barye, une panthère saisissant un cerf du Gange, épreuve 35.100 ; un
tigre qui marche, 31.000.
Dans les ventes d'estampes, on remarquera les prix de plus en plus ascensionnels, prouvant le nombre des amateurs qui augmente dans cet art de la gravure, de la lithographie, si
estimé pour orner un appartement, ou pour garder en collection en cartons, quand le nombre
en dépasse la dimension des murs.
A une vente faite par l'expert Jean Cailac, une aquarelle de Barye fait 2.650; un dessin
de Forain, le repos du modèle 2.450; des dessins de Constantin Guys que le pauvre, mais grand
artiste si admiré par Beaudelaire, Gautier, Nadar, avait de la difficulté à vendre à quarante
sous, cent sous, font aujourd'hui à cette vente 1.050 fr. ; 1.120; fr. 2.550 ; 3.000; un dessin de Rodin
se vend 5.200fr; un autre 3.100 fr. et 1.800 fr..
De Auguste Brouet, une eau forte, un défilé de Romanichels 1.250 fr. un camp de Romanichels 820 fr. ; une épreuve de Manet, l'Exécution de l'Empereur Maximilien obtient 4.500 fr.
une épreuve de Meryon, le petit pont, 3.000 fr. ; une épreuve de Millet, les glaneuses 7.800 fr.
La route aux grands arbres, eau forte en couleurs de Raffailli 1.200fr. ; du même, la place
de la Madeleine 850 fr. des épreuves de Rodin font 950 fr. 1.420 fr. Une épreuve de Martin
Schongauër 21.000 fr.
Les lithographies de Toulouse Lautree se faisant rares, montent toujours. Une litho de
Marcelle Linder en buste 620 fr. la loge de Faust, 1.500 fr. la partie de campagne 5.100 fr. le
jockey 2.300 fr.; un portrait de Renan, épreuve par Zorn 11.500fr.
Le 28 novembre Georges Andrieux expert vendait des manuscrits et autographes. Parmi,
une lettre de Baudelaire 800 fr. ; une lettre de Dumas fils 260 fr. ; deux lettres de Mirbeau 47 fr.
des lettres de Gustave Geffroy 155 fr. ; une lettre de Verlaine 200 fr. ; une lettre de Stéphane
Mallarmé 340fr.; trois manuscrits d'Abel Hermant 8.500fr.; un manuscrit, discours d'Anatole
France à l'inauguration de la statue de Renan 19.000 fr. ; une nouvelle du même écrivain 800 fr.
ASTER

�Bois original de Gaspard Maillol

Les Lettres Occitanes
CHANSONS '•»
A P.-L. Grenier

I
BRAVA AIGU A
Brava aigua, ount lou ser revelha
Un fermijadis daurat,
Brava aigua, te sabe grat
D'esse esberida e vermelha,
E de coulenar tout siau
Vers la fi que t'es marcada,
Doumeja aus plegs de la prada
Tant qu'a miralhar lou ciau.
Te sabe grat d'esse lena
E d'esse houmbla e de luzir
E d'auzar t'eipanezir
Couma una oundejanta glena.
Mas veiti qu'en te vezent,
Raibe de fiar, o saja,
Moun cor que de tout s'eimaja,
Moun paubre cor fernissent.
(1) Nous avons le plaisir de donner à nos lecteurs deux poèmes inédits d'Albert Pestour,
un des maîtres de la Poésie limousine contemporaine. Albert Pestour vient de publier Lous
Rebats sus l'Atitura (Les Reflets sur la Colline) avec poème liminaire de Charles Mourras.
Nous en rendrons compte prochainement dans un de nos Feuillets.

�Paysage de Bourgat

��II
LA LUNA DE MIETJOUR
Au ciau d'huei, ount senhoureja
Lou lum de mietjour,
Laluna pala flouteja
Dins trop de bleujour.
Couma ses aqui, tu liauda
Sor daus cors mitous
Que toun rai sens flama englauda
De moufles poutous,
O luna, doussour crentouza
Au trescol d'aram,
Bajadis fieune de touza
Tras loumascle esbrand?...
Aitau dins ma vita druja
En ardents sucilhs,
Un raibe cande beluja
E s'evanezis.

CHANSONS
I. — Eau jolie. — Eau jolie, où le soir réveille un fourmillement doré, je
te sais gré, eau jolie, d'être vermeille et enjouée,
Et de glisser tout doucement vers le but qui t'est assigné, docile aux ondulations de la prairie autant qu'à refléter le ciel.
Je te sais gré d'être lisse et d'être humble et de luire et d'oser te répandre
comme une ondoyante chevelure.
Et voici qu'en te voyant, je rêve de te dédier, ô sage, mon cœur qui de
tout s'inquiète, mon pauvre cœur agité.
*

*

*

IL — La Lune de midi. — Au ciel d'aujourd'hui, où règne l'éclat de midi,
la lune pâle flotte dans trop de clarté.
Comment es-tu là, sœur clémente des cœurs épris que ton rayon sans
flamme frôle de tendres baisers,
O lune, douceur timide au couchant d'airain, vague songerie de jeune
fille en face du mâle délire ?...
Ainsi dans ma vie fertile en brûlants soucis, un rêve ingénu brille et
s'évanouit.
Albert PESTOUR

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Réélections sur la P oesie

ccitane

Le mouvement provençal est à sa fleur, dit Charles Maurras. La bourgeoisie commence à
peine à s'y intéresser, cependant que la langue se retire progressivement des centres urbains.
La poésie va se cacher dans les antres sauvages, déjà chantés par Ronsard. Ceux qui ont le courage et le loisir de la forcer dans ces retraites incertaines sont assez rares. Et malgré tout,
malgré le désarroi d'une civilisation qui se cherche sans se retrouver, malgré le tourbillon
des idées contradictoires, ça et là quelques noms émergent comme des tiges flexibles, pour
affirmer la simplicité de l'acte poétique et l'existence du sol provincial.
Je ne prétends pas tracer ici une esquisse d'un mouvement appelé à triompher d'une
vaine hostilité ; il me suffit d'ouvrir quelques livres de langue d'oc, comme on signale une
bonne auberge au touriste pressé. Il n'est pas de littérature plus fraîche et plus saine que celle
du maître Quercynol Antonin Perbosc. Quelle douce tonnelle de vigne vierge, non loin des prairies du TarnI Son « Libre des Auzels » a été publié en 1924, avec une traduction française. Sa
parenté avec Pouvillon et Joseph de Pesquidoux est évidente : c'est le même art patient,
la même fidélité exemplaire, la même grâce abondante dans le paysage. La Fontaine et Mistral
sont encore ses maîtres : ce n'est pas qu'il écrive avec la majesté du grand provençal, ni avec
la rêverie subtile et la limpidité argentée du Champenois. Il est, s'il se peut, plus champêtre,
puisque son nom est Antonin Perbosc. Il trouve le support de son art dans le folklore et dans
la vivacité du parler populaire. Il écrit sous forme de fable ou de narration et la plupart de ces
histoires d'oiseaux lui ont été racontées par les «pacans». De tels sujets sont les plus gracieux
que l'on puisse imaginer : C'est l'histoire des huppes qui ont demandé des couronnes d'or au
roi Salomon, l'histoire du loriot et de la tourterelle qui deviennent marchands de cochons. Il
me semble qu'un tel livre, avec sa pastoure qui garde deux troupeaux, l'un de moutons, l'autre
d'oiseaux doit plaire aux savants, car l'attention charmée de Perbosc s'applique également
aux oiseaux et au vocabulaire. Il aime le mot. Les innombrables vocables de son dialecte
tremblent comme des feuilles dans la clarté de son récit, glissent comme des faînes et des
chatons, humides et sucrées. Et d'autres ont des formes imprévues de capricorne ou de cerfvolant, ouvrent leur élytres et bruissent; on a l'impression de se trouver dans le cabinet d'un
naturaliste dont les fenêtres seraient toujours ouvertes. Mais parfois, quelque pièce, comme
la Font des Colombes se baigne dans la mélancolie et s'élève sur un sommet de calme lyrisme.
C'est le livre d'un sage, et il révèle une étonnante probité.

On sait que Charles Maurras a écrit la préface de la Bête du Vaccarès de Joseph
d'Arbaud : «On salue en vous le souffle emporté de quelque génie équestre ». C'est un fier
salut digne des deux poètes et qui rappelle avec discrétion les paroles de Lamartine à Mistral.
D'Arbaud a vécu pour les taureaux de Camargue, sur son cheval à la queue flottante ; je l'ai
vu à la tête de ses gardians. Il avait un visage grave, cette expression que l'on retrouve dans
ses vers :
« Je prie le Dieu chrétien, et je suis, homme de mas — le frère pensif des pêcheurs et
des pâtres — ».
La Bête du Vaccarès est un récit d'un vieux gardian de Provence, qui a vu apparaître
et mourir dans le secret des marais le Dieu Pan, semblable à une pauvre racine rongée. Il se
présente comme un livre de Raison. La légende et la stricte réalité s'y associent gravement; ce
n'est plus le mirage des jours, mais l'incantation des nuits qui s'y prolonge. Il est écrit dans
une excellente prose de Provence, avec la note Camarguaise, avec une sGbriété toujours égale,
un sens naturel de la syntaxe la plus populaire et la plus ferme, sans un adjectif qui élève
sa houppe folle au-dessus des lignes. C'est un style vaste et uni de plain-chant, qui clarifie le
parler de tous les vieux gardians, avec de longues phrases où tressaillent le sentiment d'une
terre et la pitié des jours. Œuvre vivante et pieuse.il faut se souvenir des fresques de Gioîfo
pour comprendre la douloureuse beauté qui la gouverne ; une hutte, des roseaux dans la

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boue, le vent des nuits, la rencontre d'un pauvre homme et du gardien mythique et déchu,
le piétinement circulaire des taureaux noirs, cela suffit pour que tout le vieil esprit de la
Camargue soit évoqué dans ce récit qu'elle enveloppe de son ciel. La simplicité y conduit à la
grandeur à travers la résignation.
*
* *

Voici Pierre Azéma, poète du Bas-Languedoc, né au pays des pins d'Alep et des jujubes,
qui nous offre « Lou Ciclopa », une comédie en deux actes. Cette terre du Bas-Languedoc a été
rarement exprimée sur le mode lyrique, du moins par ses félibres, qui paraissent souvent se
contenter de la mignardise pastorale et du burlesque. Le pays a cependant des lignes classiques, presque trop pures j quoique sans couleur. On y trouve d'excellents fabulistes. On y
cultive avec succès le drame languedocien. Pierre Azéma a voulu transposer le comique grec
dans son dialecte. Rappelons d'un trait la fable : Ulysse, prisonnier dans l'antre du Cyclope,
lui offre mille flacons de vin, et après ces présents perfides, se délivre en lui crevant l'œil.
C'est la légende du nain qui triomphe du géant, et l'auteur aurait pu la situer dans le château de Saint-Guilhem le Désert, si le goût de la mythologie n'était si vivace en LanguedocLe vers de Pierre Azéma est sonore et les mots sont tordus à pleine mâchoire. C'est une qualité qui sera supportée à la scène, où le caractère burlesque de la comédie doit également
assurer son succès. Les personnages y parlent la langue des rouliers ; ils portent des pantalons de cadis et des tailloles rouges. C'est un vigoureux lyrisme de cellier, mais parfois une
baie méditerranéenne s'éclaire, comme en songe :
Quan l'Etnà fuma e flamba en mitan de la mar
Sa clarta dins l'escu me sembla a ièa lou far
Qu'anuncia lou païs gregau e sas calancas..
Je vois souvent Pierre Azéma. Sous ses cheveux crépus et du plus beau jais, tout rayonnant
de force, il a le mâle visage du poète méridional. Le sujet qu'il a choisi convenait au caractère de son talent, plein de verve et d'impétuosité. Quelques expressions de pastorale peuvent
disparaître de son œuvre, ainsi que certains reflets d'un languedocien florianesque ;
il lui sera facile d'éviter des allusions locales, car il porte en lui l'énergie d'un poète. Les
bois gravés de Marcel Bernard, qui sont placés aux premières pages du Cyclope, sacrifient
la technique à l'expresion, mais gardent la même note ardente : on y voit Ulysse se replier
comme un eseargot sous son casque et son bouclier ; des traits vigoureux y reproduisent la
laine des béliers et les crochets des vagues. Mais la gravure sur bois s'accommoderait beaucoup plus d'une vision de théâtre guignol que des éclairs successifs de l'écran.

--

-*

* #

« Vous autres, poètes régionalistes écrivait un jour Francis-Jammes, vous pouvez récolter
le miel le plus rare, mais qui le goûtera ? ».
On verra bien. Si le public est limité, il importe surtout que l'art ne le soit pas; et
l'essentiel ne serait-il pas de produire ce miel rare ? C'est encore dans les dialectes que
s'exprime le meilleur de l'âme atavique ; ainsi, les lais Bretons de J.-P. Callorc'h nous font
sentir la fermeté des pêcheurs de Groix, comme on entrevoit la bonhomie Quercynole avec
Antonin Perbosc; et seul, Joseph D'Arbaud pouvait nous révéler la gravité Camarguaise. Ce
sont là des notions plus profondes sur la vie de la province. Il semble que de tels poètes
recueillent la note essentielle d'une solitude et qu'un concert de voix cachées vienne se fondre
dans leur chant. Ils composent ainsi des mélodies nouvelles ; j'y vois les lueurs des noyers ou
le cyprès sur les pierres plates, ou le vallon qui se courbe sur le torrent. D'Arbaud, Perbosc,
Philadelphe de Gerde, Joseph de Pesquidoux, Paul Fort dans l'Ile-de-France, sont des poètes
qui composent dans ses nuances tout le ciel d'un pays, mais il est remarquable de retrouver
le même accent de gravité chez tous les vrais écrivains de langue occitane : il est étrange, ou
il est naturel que cette poésie ne trouve pas plus d'échos.
Joseph-S PONS.

�BIBLIOGRAPHIE OCCITANE
travers les JLivres
Alfons MASERAS. La Llàntia encesa. — Barcelona, llibreria Verdaguer, rambla dels
caputxins, 5. In-8% 1926.
Alfons Maseras est un des jeunes maîtres de la littérature catalane. A quarante-deux ans,
il a déjà publié onze volumes de contes et de romans (dont un écrit en français), trois
volumes d'essais divers et trois recueils de poèmes. Nous venons délire le dernier, La Llàntia
encesa, avec la plus vive émotion d'art.
La Llàntia encesa, la lampe allumée, c'est l'esprit du poète, qui chante et qui, s'il ne
brûle pas, ne vit pas. Il chante le doux esclavage de l'amour ; même si l'objet aimé n'était qu'un
songe, il n'en vivrait pas moins en son âme, car sa pensée l'aurait créé : « Laisse, dit-il ô mon
amour, la fenêtre ouverte ; du plus profond des ténèbres sort une étoile, brillant comme un
phare. Notre âme est le navire qui fend le noir océan de l'obscurité. » Il chante la joie des
yeux, clarté de son cœur; par les yeux de l'objet aimé il voit la beauté des choses, l'objet de
son amour est si profondément en son âme que seule la mort peut l'en séparer. A deux, il lui
sera doux de mourir comme meurent les ondes de la mer.
La femme aimée étreint le poète, en secret, comme un serpent tentateur lui offrant la
science infinie ; quand elle est partie, il songe : « Où est la joie et le tourment, que me prodiguait l'amie, serpent, femme ou vision, réalité ou mensonge ?» Et il chante ses mains, ses
blanches mains qui sont comme des ailes de divine clarté lunaire. Les yeux des femmes sont
pour lui des clous ardents qui percent l'âme, ils sont la mer où s'est perdu le navire de nos
songes, ils sont l'oasis du mirage, et dé notre image le reflet ; et il s'écrie : « Si dans l'amour,
qui est la vie, tu trouves la mort, c'est seulement par cette mort que ta vie vaudra la peine
d'avoir été vécue. Plus ta blessure sera profonde, plus tu béniras ton sort. » Le poète dit à
l'épouse : « Epouse, douce épouse, comme tu prends l'enfant tout nu, prends mon âme angoissée,
fais la bien tienne, épouse, fais tiennes ses pensées, sur la mer de tes songes, apprends lui à
naviguer, montre lui le chemin qui mène à l'infini. » Et maintenant qu'il repart tout seul à
travers le monde, sa pensée va vers elle et ses beaux enfants comme l'eau des ruisseaux court
à la mer.
Le poète aime la mer et son bleu intense, les voiles palpitant au loin comme des paupières. Il excelle à évoquer le ciel nocturne où sourit la lune, la lune qui songe doucement à sa
vie évanouie sous la neige étincelante, et dont le monde envie le sourire et la paix.
Alfons Maseras, fervent d'Henri Heine, sait aussi, comme lui, peindre avec la musique
des mots la sage indolence de l'Orient. Son Poème du Désert est un petit chef-d'œuvre de couleur et d'harmonie où la chanson du bédouin éclate, comme une prière, comme une chanson
qui est une âme. La lune du désert, œil de la nuit, y est comme une sœur qui accompagne
ceux qui cheminent ; ses baisers endorment la caravane, la caravane dont les dromadaires,
vivantes et agiles galères qui gardent des joyaux, reposent, aux ardentes heures du jour, à
l'ombre des palmiers, tristes houris du désert, dont le vent agite les chevelures, et dont le
soleil brûle les panaches verts. Puis, c'est le départ à nouveau, vers les solitudes où les dunes
dansent, sous le vent, comme des vierges se donnant la main ; et les dromadaires infatigables comme des navires, hauts comme des tours continuent leur route vers les richesses
fabuleuses des pays où il n'y a ni villes, ni châteaux, ni fontaines, ni forêts.,.
Les villes, Maseras sait aussi les peindre dans leur trépidante fièvre de vie moderne,
dans la beauté de leurs campaniles couleur de miel, dans les miroitements de leurs ports
où la mer est enchaînée. Et devant la mer qui berça son enfance, son esprit s'élève
jusqu'à la blancheur innommée, incréée, immense, jusqu'à la lumière qui court comme un torrent de feu, comme une rivière d'or menant à l'océan de l'immortalité. Il étend sur le monde
son regard et il voit pour tous les aveugles de l'intelligence plongés dans leur obscurité, et il
sent que son âme est éternelle.

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Telle est La Lampe allumée d'Alfons Maseras; elle projette, sur l'infini des choses,
d'émouvantes traînées de lumière...
ALMANACH OCCITAN.— V année 1927. Direction Editorial occitan, Sàmatan (Gers).
M. l'Abbé Dambielle qui prodigue à la cause occitane les bienfaits de son dévouement
admirable vient de faire imprimer sur les presses de l'Imprimerie occitane de Samatan, la
cinquième année de l'Almanach occitan où l'on verra la vivante image de l'activité des pays
d'Oc. On y lira des vers de Mgr Cezerac archevêque d'Albi,des poèmes du majorai Joseph Loubet
dont les Feuillets occitans ont publié dernièrement Vespre autounenc qui doit faire partie
d'un prochain recueil. Pierre Azema l'auteur du Cyclope, Jean Mouzac jeune et brillant lauréat des Jeux floraux, le majorai Muzâc, Santiago Rusinol, Joseph d'Arbaud, Louis Delhostal,
Antonin Perbosc figurent dans^cette anthologie annuelle de la poésie occitane. On y trouvera
aussi deux exquises chansons de Mai d'Albert Pestour, auteur d'un très beau livre : Lous
Rebats sus l'autura (Les Reflets sur la colline) dont nous rendrons compte prochainement.
A la suite de cette Anthologie, l'Almanach donne une intéressante galerie de figures occitanes,
une étude sur les morts de l'année et ses principaux événements littéraires et fédéralistes
sans (oublier la toujours brûlante question de la langue d'Oc à l'école qu'il faudra bien, un
jour, résoudre favorablement. Signalons aussi avec la publication intégrale du Cyclope
d'Azéma la reproduction d'un article écrit pour La Revue Hebdomadaire sur Le livre des
oiseaux d'Antonin Perbosc.
ARMANA PROUVENÇEAU — 1927. Avignon, Roumanille, 19, rue Saint-Agricol.
Toujours typographiquement immuable, sous sa couverture jaune aux armes d'Avignon,
gardien jaloux de l'orthodoxie rhodanienne au point de modifier l'orthographe d'un très beau
poème de Marius André tiré d'Eme d'arange un cargamen, l'Almanach provençal nous donne
la primeur d'un chant extrait, d'un poème inédit de l'immortel auteur de Mireille et de Calendal.
Composé par Mistral à dix-sept ans, ce poème n'est évidemment pas comparable aux chefsd'œuvre du Maître. Madame Mistral a bien fait néanmoins de publier cette œuvre de jeunesse
du génial compagnon de sa vie. Il y a dans cette œuvre adolescente une originalité étonnante,
une fraîcheur d'âme qui réjouit le cœur. Mistral au sommet de sa gloire avait laissé dans
l'ombre ses essais de poète-enfant que grâce aux soins pieux de la veuve du Maître et de
Pierre Dévoluy nous verrons bientôt complètement édités comme nous l'annonce YArmana
prouvençeau. Ainsi que chaque année nous trouvons dans YArmana de 1927 de beaux vers.
Pierre Dévoluy, le marquis de Baroncelli-Javon, le Dr J. Fallen, Marius Jouveau, Paul Roustan,
Jules Veran, Joseph Loubet y ont collaboré.
ALMANAC NARBOUNES. — T année 1927.
L'Almanach Narbonnais toujours plein d'amusants récits et de mots pour rire aux veillées
d'hiver contient une fable de P. Albarel et les paroles de deux de ces vieilles chansons populaires qui, traversant les siècles sont parvenues jusqu'à nous avec diverses variantes où
s'affirme l'imagination de l'âme caustique et chantante des pays d'oc.
Abbé Joseph SALVAT. Sant Frances d'Asiza, etsemple e aparaire dels Felibres.. —
Béziers, 1926.
Le vingt-sept juin 1926, M. l'abbé Salvat, à l'occasion des fêtes de la Maintenance du
Languedoc, a prêché sur Saint-François-d'Assise à la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers. Le
grand Saint qui s'intitulait le jongleur de Dieu parce qu'il chantait humblement ses louanges
sur les routes d'Italie, revit dans l'émouvant sermon de M. l'abbé Salvat. Tous les fervents de
la belle prose occitane et du Saint d'Assise lui sauront gré de l'avoir livré à l'impression.

A travers les Revues
LA CIGALO LENGÀDOUCIANO — N' de Septembre-Octobre 1926.
Compte rendu des fêtes de Font-Romeu-Mandadis du capoulier Jouveau et brinde du
Dr Vabre, majoral.Yers d'Auguste Cap de ville et Clara Bonnier, etc..
LA CIGALO NARBOUNESO — N* de Novembre 1926.
Vers de B. Figeac, P. Albarel, Auguste Fourès, dont la Revue publie une biographie.

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N* de Décembre 1926. —Très beaux vers à l'occasion de Noël par Jean Camp et P. Albarel.
Jolis poèmes sur le même sujet signés Sylvestre et Larmi-Sanot, contes, récits, etc..
LE COURRIER CATALAN. — 71, rue de Rennes, Paris.
Le N" du 16 Novembre et ceux du 1" et du 16 Décembre sont presque entièrement consacrés au complot catalan. Celui du 16 Décembre comprend le manifeste en faveur des conjurés
catalans.
L'ÉVEIL CATALAN.— 3, rue Grande-la-Réal, Perpignan.
Cette très intéressante publication qui sait faire une large part aux écrivains de langue
catalane, donne le programme des jeux floraux du Genêt d'oc pour 1927. Jolie légende en vers
de /. Borateu, etc.
LO GAI SABER. — 14, rue des Arts, Toulouse. N* de Novembre-Décembre 1926.
Etude sur Fourés par Joseph Salvat. Poème de Fourès, Eglogue V. de Virgile en rythmes
occitans par Prosper Estieu. Supplément : Rapport sur la poésie en langue d'or par J. Rozès
de Brousse.
OC. — Villa Peyrat, chemin de l'Espinet, Toulouse. N' 55 : Montée dans l'histoire, (à
propos du complot catalan) par Ismaël Girard. Discours de R. Farnier, A. Cambos, E. Gilbert,
Traduction du Chant du Soleil par Camille Soula. N° 56. Soulidaritat par P. Azéma. Traductions du Chant du Soleil par L. Delhostal, A. Perbosc, A. Pestour; vers d'A. Maseras, extraits
de son beau livre analysé dans le présent article. N° 57. La Prose provençale par P. Dévoluy,
vers de /. Galery et A. Trin. Traductions du Chant du Soleil par J.-S. Pons, J'. Bouzet, Valère
Bernard. N° 58. Vers de /. Loubet, J.-S. Pons, A. Pestour, etc.. Traduction du Chant du Soleil
par /. Rouquet.
PAUL-LOUIS GRENIER

CI.0.0.
BÉZIERS

IMPRIMBKIS

R. ROUX

—

SOISY-SOUS-MONTMORBNCY (S.-&amp;-O.)

�Nos Collaborateurs et la Presse
Dans son numéro de Décembre 1926. Septimanie revue d'art publiée à Narbonne par
le Docteur Duplessis de Pouzilhac, consacre aux bois originaux que le peintre-graveur Auguste
Rouquet, notre Secrétaire Général, a gravés pour le beau roman d'Hélène Saurel les DemiEpouses (édition des Tablettes de la Côte d'Azur à St-Raphaël, Février 1927) l'entrefilet suivant. Nous sommes heureux de transcrire cette flatteuse appréciation du talent de notre collaborateur, dont Le chemin de la croi.x, gravé pour les beaux poèmes du D* Albarel, félibre
mujoral, vient de sortir des presses de la «Cigalo Narhouneso » à Narbonne. Ajoutons que
les éditions Pierre Lafitte vont faire paraître incessemment « Les Botilevards » d'Henri Duvernois avec bois gravés originaux d'Auguste Rouquet.
«Demi-Epouse» classera définitivement Hélène Saurel parmi les grandes romancières de
notre époque. Nous retrouvons dans ce livre de splendides bois d'Auguste Rouquet, l'éminent
graveur à la barbe fleurie, le chef d'Ecole que Septimanie fit connaître dans tous les pays dés
ses premiers fascicules. Ces bois sont de petits chefs-d'œuvre. Celui qui pendant de longues
années burina tous les beaux coins du Languedoc, couronne sa carrière au bord de la grande
bleue. La Provence jalouse l'a attiré vers sa couche lascive de sable d'or, et l'ombre bleue de
SCS grands palmiers ».
(Extrait de « Septimanie » Xo 38, 2r&gt; Décembre 1926)

Service d'Échange des Revues
Les Annales du Musée social (Paris); — L'Aude à Paris (Paris); — L'Aude à Toulouse
(Toulouse); — L'Auto que bufo un cop cado mes (Toulouse); — L'Auvergne littéraire, artistique et félibréenne (Clermont-Fcrrand); — Le Beffroi de Flandre (Dunkerque); — Bioit y Toros
(Nimes); — La Brise (Brive); — Lou Bournat (Périgueux): — Bulletin de la Société Archéologique île Narbonnes; — Le Cadet de Gascogne (Paris); — Causses et Cévènes (Paris); — Le
Cercle du Goût Français (Paris); — Ceux qui viennent (Paris); — La Chaumière (Rouen); —
La Cigalo Narbouneso (Narbonne), — La Cobreto (Aurillac); — La Cigalo Languedouciano
(Béziers); — Contimporanul (Bucarest); — Le Courrier Catalan (Paris); — Le Divan (Paris);
— Divona (Cahors) ; — Le Domaine (Foix); — L'Ermitage (Paris); — L'Escola Félibreena
(Montpellier); — L'Escolo de las pireneos (Montauban); — L'Essor (Dijon); — L'Etandard
Piscenois (Pézenas); — L'Est Dramatique (Troyes) ; — L'Eveil Catalan (Perpignan; — Le
Feu (Aix-en-Provence); — Le Flambeau du Nord (Tourcoing); — Le Fédéraliste (Courbevoie) ;
— Le Fleuve (Lyon); — Le Grand Tourisme (Paris); — Lo gai Saber (Toulouse); —Le Grenier
(Orléans); — Idées (Paris); —L'Idée Neuve (Lyon); — L'Information Régionale (Toulouse); —
Le Languedoc (Alger); — Le Limousin (Paris); — La Mouette (Le Havre); — La Houle (Lyon);
— La Nouvelle Revue du Midi (Ximes) — Oc (Toulouse) — Paris-Critiquè (Paris) — Le Parthénon (Paris) — La Pensée Latine (Paris) — Poésies (Paris) — Le Prisme (Lyon) — La Province (Paris) — Les Pyrénées Littéraires et les Rayons (Bordeaux)'—La Revue des Autodidactes
(Toulouse)— La Renie des Indépendants (Asniéres) — La Revue de la Nièvre et du Centre
(Paris) — La Rose d'Argent (Suresnes) — La Semaine Vinicole (Paris) — Septimanie (Narbonne) — La Science Historique (Paris) — Bulletin de la Société des Arts et Sciences (Carcassonne) — La Revue Latine (Paris) — Le Bulletin de la Société Centrale d'Agriculture de l'Aude
(Carcassonne) — La Rouergue (Paris) — Bulletin de la Société d'Etudes Scientifiques de
l'Aude (Carcassonne) — Le Soleil d'Oc (Toulouse) — Le Sol Sacré (Toulouse) — La Terre
d'Afrique (Alger) — La Terre d'Oc (Toulouse) — La Tramontane (Perpignan) — Le Bulletin
de l'Union des Fédérations des Syndicats d'Initiative (Paris) — Les Tablettes de la Côte d'Azur
(Saint-Raphaël) — Le Touring-Club (Paris) — Le Trait-d' Union (Paris) — La Tribune Rëgionaliste (Paris) — U Lariccin (Marseille) — La Vie Economique des Soviets (Paris).

Soirée Littéraire du Groupe Occitan
La série des soirées littéraires du Groupe Occitan a été inaugurée le 21 Décembre par
une conférence de M. André Boghen, sur le Bien Manger et les Ecrivains Occitans, à la
salle du boulevard Raspail. Jamais il n'a été plus vrai de dire que cette conférence a été un
véritable régal. Un double régal, puisque M. Boghen a illustré sa conférence de recettes savoureuses contées par les écrivains et les poètes, depuis les lamproies de mer, sur un lit de
petits oignons entourés de champignons et mouillés de vin de Sauterne additionné d'armagnac
dont Montaigne faisait ses délices jusqu'aux « mousses d'écrevisses à la gelée, aux paupiettes
de soles entourées de culs d'artichauts farcis accompagnés d'un ragoût de truffes au porto

�recouvertes d'une béchamel que le parmesan rapé dore délicieusement » et qui sont le secret
du maitre occitan Prosper Montagné. il. Boghen parle de la cuisine en poète, comme on le
voit. Et c'était là le régal littéraire qui venait s'ajouter au régal culinaire. Toute la conférence
de M. André Boghen a été un long régal pour son auditoire recueilli, car la gastronomie est
l'objet d'une sorte de culte de la part de ses fervents. Le conférencier a fait un historique
vivant animé d'anecdotes, assaisonné du plus fin sel d'esprit, depuis le moyen âge jusqu'à nos
jours, en passant par l'époque de Ronsard, le dix-septième siècle où Louis XIV était la première fourchette du royaume, le XVIIP siècle où la bonne chère faisait partie de la douceur
de vivre,' le Directoire avec les dîners du citoyen directeur Barras, le premier empire avec
ceux de M"" Georges, l'époque du romantisme etc. On trouvera dans le prochain numéro, quelques extraits bien significatifs de cette conférence, qui montreront avec quel soin les différents
morceaux littéraires ont été préparés et servis. Ces extraits se rapportent à deux gastronomes
l'abbé de Garcin, marseillais, et Théophile Gautier, de Tarbes. Car si M. Boghen a parlé de quelques écrivains gourmets de laTouraine et de Paris, il a réservé la plus large place aux Occitans.
M. Boghen a entrelardé sa causerie de la récitation de quelques pièces de vers détaillées avec beaucoup d'art et de naturel par Mmo Raymonde Wattier : la recette du homard à
l'américaine de Monselet, la recette de la salade de Ronsard, celle de la bouillabaisse de
Charles Normand, la louange de l'ail, du cèpe et de la truffe tressée avec esprit par Pujol, et
les Pâtés de Foie qras célébrés avec humour par Jo Ginestou. La conférence a été suivie
d'une courte séance poétique au cours de laquelle M™ Wattier a récité avec émotion un poème
de Paul-Sentenac, qui était de circonstance à la fin de Décembre Petit Conte de Noël, et M"*
Rouger la pièce célèbre de Richepin, Du mouron pour les petits oiseaux. C'est le maître Montagné qui présidait cette intéressante soirée, et chacun sait qu'il est un orateur aussi écouté
que maître queux parfait et apprécié des plus délicats.
F. O.

Paul-Sentenac et son œuvre littéraire au Caméléon
Le lii Décembre dernier, l'université du Caméléon consacrait une de ses soirées à notre
vice-président Paul-Sentenac; séance particulièrement brillante, et par la qualité du programme, et par le nombre des auditeurs, la petite salle du Caméléon pouvait à peine contenir les
nombreux amis du poète, et tous ceux qui le connaissent depuis longtemps par ses œuvres ;
juste hommage rendu à celui qui se dévoue depuis tant d'années à la cause des artistes.
Dans une conférence très documentée M. Paul Fugairon qui est un érudit, étudia toute
l'œuvre littéraire et les travaux d'art accomplis par Paul-Sentenac depuis ses débuts (poésie, théâtre, roman, conférences, critique etc.). Il rappela son origine latine, qui lui donna
dés l'enfance l'amour des belles lignes et des vers harmonieux ; il cita successivement et
analysa les œuvres si diverses de notre ami ; il insista sur ce roman si vivant, La lame et
le fourreau paru il y a quelques années, roman qui est en même temps qu'une étude psychologique très fouillée, une suite de tableaux occitans d'une savoureuse couleur locale. Enfin il
donna à Paul-Sentenac la place qu'il mérite comme poète ; ses vers, en effet, moins connus
peut-être que ses critiques d'art (parce qu'il est un modeste), devraient pourtant le mettre au
premier rang de nos bons poètes méridionaux, avec une clarté et une précision dans la description où l'on retrouve le critique d'art averti, ces vers, tout frémissants d'une sensibilité
aigùe, ont parfois de grandes envolées lyriques : Dans d'autres pièces comme Le pas dans
l'escalier et En Revêtant un costume de Pierrot on trouve des confessions intimes, d'un
accent prenant et parfois cette pointe d'ironie qui est une qualité bien française, clans Noire
Oncle le Curé et te chat de l'artiste par exemple.
Des auditions de poèmes remarquablement choisies par M™1 Suzanne Teissier-Scntenac.
digne collaboratrice du conférencier, illustraient en effet cette présentation. M. et M" Jullien
deVellac du théâtre Antoine, interprétèrent avec une intelligence expressive plusieurs poèmes
extraits des deux volumes de Paul-Sentenac Tour mon cœur par tous les chemins et Notre
cœur quotidien (Ce dernier, à paraître prochainement). Suzanne Teissier apporta également
dans plusieurs interprétations sa grande compréhension artistique et sa voix émouvante. En
particulier, deux poèmes récités par elle sur la musique du compositeur narbonnais, Rey-,
Andreu, parfaitement adaptée aux vers de Paul-Sentenac, lui valurent une véritable ovation.
La partie musicale était tenue par M"° Henriette Nadal, qui joua seule plusieurs pièces
pour piano; elle recueillit aussi une grande part du succès, grâce à son jeu plein de fougue
et de sensibilité qui mit en valeur la musique à la fois savante et nuancée de Rey-Andreu.
La séance était présidée par Charles Fegdal, qui présenta avec esprit le conférencier et
le poète.
F. O.

�Les Feuillets Occitans
Organe Régionaliste des Pays d'Oc

Publié par
BOULEVARD

le Groupe Occitan

DES

CAPUCINES

-

PARIS

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DÉPÔT

ET

VENTE :

Librairie "Occitania", 6, Passage Verdeau, Paris, et 7, Rue Ozenne à Toulouse ;
Hall des Grands Régionaux à Paris et dans les principales Librairies de Toulouse,
Carcassonne, Narbonne, Perpignan, Montpellier, Nîmes, Marseille, Nice, etc..
Comité de Direction :
Le Comité de Direction des "Feuillets Occitans" est seul juge des manuscrits et
illustrations qui lui sont présentés soit par les membres du groupe, soit par
des collaborateurs étrangers au Groupe.
Les Manuscrits doivent être adresses à M. Auguste Rouquet, secrétaire général.

Principaux Collaborateurs :
Lettres Françaises : J. F. Paul ALIBERT ; Jean AMADE ; Achille ASTRE ; Jean
AZAÏS; Daniel BAQUÉ ; A. BAUSIL; Adrienne BLANC-PÉRIDIER ; BOYER-D'AGEN ; Jean
CAMP; Paul CASTELA ; CHARLES-BRUN; G. CHERAU, de l'Académie Goncourt ; Marcel
CLAVIÉ ; M. COULON ; Benjamin CRÉMIEUX ; Fernand CRÈMIEUX ; Joseph DELTEIL ;
DENYS-AMIEL; Henri DUCLOS; Raymond ESCHOLIER; L. ESTÉVE ; Lucien FABRE; Henri
FESCOURT; Ernest GAUBERT; H. GAUTIER du BÀYL ; Jo GINESTOU ; Jean GIROU ; Henry
de GORSSE ; Raymond GROC ; Jehan d'ARVIEU ; Vincent HYSPA ; Pierre JALABERT ; Jean
LEBRAU ; Antoine de LÉVIS-MIREPOIX; P.-E. MARTEL; J. MORINI-COMBY; H. MUCHART;
Henri NOELL ; Ch. PHALIPPOU ; J.-S. PONS ; Armand PRAVIEL ; Albert PUJOL ; Docteur
RAMAIN; A. ROUQUET; Charles ROUSSILLON; J. ROZÈS de BROUSSE; Frédéric SAISSET;
PAUL-SENTENAC; Léon SOULIÈ; TOUNY-LERYS; F. TRESSERRE; Suzanne TESSIER; Paul
VALÉRY, de l'Académie Française; Georges VILLE; Jules VERAN; etc..
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE; Jules AZÉMA; Docteur Paul ALBAREL ; Léon
AURIOL; Abbé DAMBIELLE; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE ; M. FRISSANT ;
Ismaël GIRARD ; P.-L. GRENIER ; E.-H. GUITARD ; Léon JULIA ; J. LOUBET ; Antonin PERBOSC; Jean PUEL; Emile RIPERT; José ROUQUET; Abbé Joseph SALVAT; Docteur SOULA; etc.
Beaux-Arts BERNARD ; BOURGAT ; Auguste CHABAUD ; CALMON ; Louis CLAUDEL ;
DESNOYERS; DOMERGUE-LAGARDE ; L.-C.AYMAR; H. FAV.IER ; FONTBERNAT ; Mme
GAUDION ; A. GUENOT ; GASPARD-MAILLOL ; A. LAGARRIGUE ; Pierre LAPRADE ; Jean
MAGROU ; Jean MARSEILLAC ; MAX-THERON ; PARAYRE ; RAMEY ; RAMOND ; E. REYANDREU ; Achille ROUQUET ; Auguste ROUQUET, etc..
Études économiques : J.ANGLADE; Gaston COMBELERAN; Emile COMET; L.DOUARCHE
Jean DUPUY ; Aimé GRANEL ; A. PASSERIEUX ; Pierre du MAROUSSEM, etc..
Histoire, Archéologie, Fok-Lore : Fernand CROS-MAYREVIEILLE ; E. ROUX-PARASSAC ;
L. LAGARDE; E. LITRÉ ; Prosper MONTAGNÈ ; FOIX; Abbé SABARTHÉS.
Chroniques
Chroniques
Chroniques
Chroniques
Chroniques

de VAmérique Latine : Jean CAMP ; de SAINT-VINCENT-BRASSAC.
Italiennes : César SILVAGNI.
Espagnoles :
Roumaines :
Portugaises : PEREIRA da SILVA.

�Troisième
Premier

Année
Feuillet

de la Nouvelle Série
Avril Mil neul-cent vinat-sept
Il a été tiré du présent numéro 20 exemplaires
de luxe numérotés, Lors commerce, sur papier
de jMontval, de G. jMaillol.
Exemplaire n"

�</text>
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              <text>Les Feuillets occitans (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12808"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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