<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<item xmlns="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5" itemId="12830" public="1" featured="0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5 http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5/omeka-xml-5-0.xsd" uri="http://occitanica.eu/items/show/12830?output=omeka-xml" accessDate="2026-05-30T03:32:29+02:00">
  <fileContainer>
    <file fileId="47570" order="1">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/3e8cc56194a095c0226302dbd853292f.jpg</src>
      <authentication>bae93b04870e95ad27858e8d40fcb5be</authentication>
    </file>
    <file fileId="48128" order="2">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2aef994b3faf190fdb546ee7a6902ee5.jpg</src>
      <authentication>03c9e4ea0e05321845e4a01c49ccdb18</authentication>
    </file>
    <file fileId="48129" order="3">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5c3b8045ca25d5f45aa50320a9923b7d.jpg</src>
      <authentication>0f4d28f96ca1207a48b999ad08fc9536</authentication>
    </file>
    <file fileId="48130" order="4">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/89e2e1b60e24f05a10a31e07a870680a.jpg</src>
      <authentication>5cb6180e121d2508ca183056b9761940</authentication>
    </file>
    <file fileId="48131" order="5">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/21ec67d819ee05113e05007fc3335e0e.jpg</src>
      <authentication>10e98d55ca7012a6bc739a53a359a653</authentication>
    </file>
    <file fileId="48132" order="6">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/46ea38e6bae3cfb114695d68f7c141b4.jpg</src>
      <authentication>5d33bfd6c0641d6dfbe58878baaf085f</authentication>
    </file>
    <file fileId="48133" order="7">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/bd8806584c8059106768f8c53e5932eb.jpg</src>
      <authentication>0370c53bd7772cecd86fac1ec6cf8484</authentication>
    </file>
    <file fileId="48134" order="8">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/bf9b85c734da767c38aa3342a76bce56.jpg</src>
      <authentication>8088e59dae71d798d0bf71f867ddef56</authentication>
    </file>
    <file fileId="48097" order="9">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/5f389b6723b9b664724fab09d70088be.xml</src>
      <authentication>fc3bdd542c9d9e2bdbc7f3f3a087728c</authentication>
    </file>
    <file fileId="48098" order="10">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/84606b76548e385447c42b7638db0eed.pdf</src>
      <authentication>cfe64cec19565f43e4255050372338db</authentication>
      <elementSetContainer>
        <elementSet elementSetId="9">
          <name>PDF Text</name>
          <description/>
          <elementContainer>
            <element elementId="175">
              <name>Text</name>
              <description/>
              <elementTextContainer>
                <elementText elementTextId="612410">
                  <text>LES FBVILLETS
OCCI TAN S
LANGVBDOC ROVSSILLOK PAYS D'OC
SOMMAIRE
TENU par ESPEJO, roman d'Henri Duclos
'Par Femand CRÉM1EUX

LA RACE OCCITANE, &lt;par E. LITRÉ
Charles Cros, 'Par %AMONDENQ.%
SOUS LE CIEL BLEU (Poème)
'Par Paul-SENTENAC

ANTOINE BOURDELLE
'Par Emile-François JULIA

CHRONIQUE

ARTISTIQUE

Par Paul-SENTENAC

Lou Cami de la CroUtS, Par Jules VÉRAN
Las VIELHAS MOLAS, 'parPwsperESTIEU
BIBLIOGRAPHIE OCCITANE
'Par Paul-Louis GRENIER

BOIS

GRAVÉS

ORIGINAUX

'Par Auguste ROUQUET

ORGANE DVGROVPE OCCITAN
41 BOVLEVARD DES CAPVCINES 41

PARIS

�Les Feuillets Occitans
Organe Régionaliste des Pays d'Oc
44,

BOULEVARD

DES

CAPUCINES

—

PARIS

TÉLÉPHONE : GUTENBERG 78-19 - Compte de Chèques Postaux: Paris 739-10

DÉPÔT

ET

VENTE

Librairie "OCCITANIA", Passage Verdeau, Paris, et
7, Rue Ozenne à Toulouse; Librairie ALBAGNAC, boulevard Carnot à Agen ; Librairie VINAS, Avenue de
la République à Béziers ; Hall des Grands Régionaux à Paris ; Editions Michel JORDY, Cité de
Carcassonne ; Librairie VALMIGËRE, Rue de la Gare
à Carcassonne ; Librairie BARON à Narbonne ; Librairie BOUSQUET à Narbonne ; Librairie GAILLARD à Narbonne ; Librairie Raymond PICQUOT à Bordeaux ;
Librairie COULET à Montpellier; Librairie JULIA à
Montpellier ; Librairie CROS à Montpellier ; Librairie
PALAISAC-VALAT à Montpellier ; Librairie JO-FABRE à
Nimes, et dans les principales Librairies de Toulouse, Carcassonne, Narbonne, Perpignan, Montpellier, Nîmes, Marseille, Nice, etc.

Comité de

Direction :

Le Comité de Direction des "Feuillets Occitans" est seul juge des manuscrits et illustrations
qui lui sont présentés soit par les membres du groupe, soit par des collaborateurs étrangers
au Groupe.

Les manuscrits doivent être adressés an Secrétaire général : A. Rouquet, 159, Rue de Flandre, Paris

�iC.I.D.0.
IBÊZIEBS
A propos du Cahier spécial des Feuillets Occitans
consacré à la Gastronomie méridionale
Consacré, sous l'égide du maître Prosper MONTAGNÉ, à la gloire de
la Cuisine et des Vins Occitans, notre ccthier gastronomique réunira la
collaboration de nos plus gourmands écrivains, artistes, et èrudits d'Occitanie. A côté des recettes savoureuses recueillies dans les familles où
la tradition s'est perpétuée, nos lecteurs trouveront les proses et les poèmes
truculents de Jean-Jacques BROUSSON; André LAMANDÉ; Antonin PERBOSC; Albert-Marie POUJOL ; Benjamin CRÉMIEUX ; Paul-SENTENAC;
JoGINESTOU; Fernand CRÉMIEUX; Jean AMADE ; Abbé SALVAT; Ismaël
GIRARD ; Auguste FOURÈS ; Paul ALBAREL ; G. VINAS ; Albert PUJOL ;
J. F. L. MERLET ; Pierre CALEL etc. sans parler des meilleurs secrets du
maître des maîtres queux de l'heure, Prosper MONTAGNE.
Max THÈRON, CADÈNE, CHABAUD, BOURGÀT, BAUSIL, CLAUDEL,
MAILLOL, ROUQUET en assureront l'illustration et feront de ce cahier
une véritable œuvre d'art, que se disputeront les bibliophiles et les gourmets.
On peut souscrire d'ores et déjà au tirage de luxe sur papier de
Montval de G. Maillol, au prix de 15 francs, à l'Administration des
Feuillets Occitans, 41, boulevard des Capucines, Paris.

Chroniques Régionalistes. — Narbonne
Dans les petites villes de province, la vie ne va pas sans un ou plusieurs cercles privés,
où se réunit une élite triée sur le volet. On aurait tort de croire que ces cercles ont uniquement pour objet, tout au moins à Narbonne, de permettre à leurs membres de se réunir, au
gré des sympathies, pour joindre aux délices du poker la saveur des cigarettes ou des apéritifs, savamment dégustés.
Narbonne est une ville d'art et le Cercle commercial et industriel, qui réunit tant de
personnalités éclairées, ne veut pas laisser s'éteindre un renom légitime. Le 8 janvier dernier,
le D' Albarel, félibre majorai devant ses collègues ravis, traitait un sujet d'histoire littéraire
languedocienne.
Tout le monde connaître sermon du Curé de Cucugnan. Mais qui pourrait en indiquer
l'origine ? Lé D' Albarel a montré comment Ce sermon, qui a été vraiment prononcé en chaire
par un brave curé de campagne, l'abbé Ruftié, a été recueilli, au cours d'un voyage dans les
Corbières, par Blanchot de Brenas. Une relation du voyage parait en 1859 dans la France littéraire, revue de Lyon. C'est là que Roumanille prend le conte, ce qui lui vaut un procès pour
plagiat. C'est d'après Roumanille que Alphonse Daudet publie le récit que l'on connaît. Les
adaptateurs du fameux sermon n'ont pas manqué par la suite. On n'en compte pas moins de
huit. Mais il en est un qui les domine tous : c'est Achille Mir.
Quel amateur de beau parler languedocien ne s'est réjoui à lire et, surtout, à entendre
Lou Sermon dal Curât de Cucugna? Quelle verve! quel entrainI C'est là que se révèle la maîtrise du grand écrivain. 11 a conservé l'idée primitive; mais ce qui lui appartient en propre
et n'a jamais été atteint, c'est l'allure du récit, le mot qui frappe, les descriptions minutieuses,
comiques sans effort. Toutes ces qualités ont fait du Sermou d'Achille Mir un chef-d'œuvre
populaire, qui occupera une place d'honneur dans le folklore méridional.
Il est à peine besoin de dire que le succès du conférencier fut des plus vifs. C'était un
juste hommage au talent et au dévouement du D" Albarel, dont l'autorité, en matière de littérature méridionale, est connue de tous.
F. Sacaze

�COMITÉ DIRECTEUR DU GROUPE OCCITAN :
MM.
Président : F. CROS-MAYREYIEILLE,
fa, ||, g, rp.
Vice-Présidents : Paul SENTENAC, ^ ; E. GUITARD ; Frédéric SAISSET.
Secrétaire général : Auguste ROUQUET.
Archiviste : P.-L. GRENIER. 1 |J|
Archiviste adjoint : Marcel CLAVIÉ.
Trésorier : Maurice FAVATIER,
fa, ►£&lt;.
Chef des Etudes économiques et agricoles : Docteur GRANEL, ifc. ^ I.
Membres : Léon AURIOL,
|| I. ; J. BONNAFOUS ; Jean CAMP ; Emile COMET, Sfc, fa,
&gt;J«;
Fernand CRÉMIEUX, fa ; FRISSANT; JO GINESTOU, ift, fa ; J. LOUBET ; Henry NOELL,
^ ; Albert
PUJOL 1 l|JI ; Georges VILLE,
»
Délégués régionaux : J. MORIXI-COMBY (Nimes), Gaston VISAS (Béziers).

COMITÉ DE PATRONAGE
Délégation permanente des Groupements Régionaux et Locaux auprès du Comité-Directeur
LA VEILLÉE D'AUVERGNE
LE

GROUPE

: M. Boudon, Secrétaire général.
: M. de Clarix de Nussac, Secrétaire

D'ÉTUDES LIMOUSINES

général.

: M. Jean Cotereau, Secrétaire général.
(Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
LES ENFANTS DE L'AUDE A PARIS : Docteur Digeon, Président.
/LES ENFANTS DU GARD A PARIS : M. A. F. Martin, Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES : Marcel Clavié, Vice-Président.
LES ENFANTS DE L'HÉRAULT : M. Coudougnan, Secrétaire général.
LA CIGALE MÉRIDIONALE A STRASBOURG : M. Pujo, Président.
LE CERCLE D'ÉTUDES ROUERGATES
LE ROUSSILLON

Les Feuillets Occitans
Abonnements

FRANCE

30 francs
60
Édition de luxe sur papier de Montval .. .'. ..
Abonnement commun aux Feuillets Occitans
35
(Edition ordinaire) et à Oc, un an
e
Janvier
Les Abonnements partent du I '

ÉTRANGER

40 francs
70
45

—

BULLETIN D'ABONNEMENT
Nom :
Prénoms :
Adresse :
déclare souscrire un abonnement d'un an à
Signature :

Les Bulletins de Souscription^doivent être adressés à M. Maurice FAVATIER, Trésorier,
7, Square du Champ-de-Mars, Paris — Compte de Chèques Postaux : Paris, 739-10.

�Ci.0.0.

BfZiERS

Bois original d'Auguste Rouquet

Les Lettres Francaises
Tenu par Lspej o
Un roman par Henri Duclos
( Bernard

Grasset,

Editeur )

W L en coûte à notre franchise de l'avouer ici; mais il n'est pas rare que le
critique des Lettres Occitanes soit mis à cruelle épreuve par de jeunes
compatriotes en mal d'écrire : Et quel crève-cœur que de devoir fustiger ces débutants malhabiles ou prétentieuxl Mais quelle joie entière,
par contre, lorsque notre bonne volonté régionaliste a pour complice le pur
mérite littéraire!
Par deux fois, ces dernières semaines, nous fûmes des plus heureusement servis. Dans l'avant-dernier numéro des Feuillets Occitans, nous avons
prôné le talent de mémorialiste de M. Martel, écrivain de l'émouvant Vin
rouge. Aujourd'hui, il nous est donné d'affirmer notre engouement pour le
roman de début de M. Henri Duclos, publié par Grasset et qui s'intitule audacieusement : Tenu par Espejo.
Il s'agit, si l'on veut, d'un roman agreste et d'un roman régional, puisqu'il

�— 30 —
se déroule en pleine nature, sous le ciel languedocien, par les guérets et par
les vignes, et à l'ombre de la montagne Noire, « rose avec des plages mouvantes
de violet glissant au gré des nuages ». Mais c'est surtout à l'éclosion, ou plutôt
à la genèse d'une âme que nous assistons. Roman psychologique donc, — et
pour en finir avec les mots abstraits — sans intention dogmatique, dialectique
ou didactique : seulement l'évocation, exempte de littérature, exempte d'éloquence, d'un être humain, rudimentaire d'apparence, mais si riche de sentiments, et qui plonge, en toute simplicité, ses racines profondes dans la vie
ardente et dans le rêve.
Sans doute, l'œuvre de M. Duclos n'est-elle pas encore entièrement affranchie de toute affinité : sa rudesse, sa sève drue, je ne sais quel apprêt, mais
aussi un fond d'ingénuité et de tendresse qui se cache sous une assurance frisant parfois le cynisme, nous rappellent l'art de Joseph Deltheil, sous l'égide
duquel, du reste, Duclos est venu à la littérature. Par ailleurs, Tenu par Espejo
nous fait songer aussi (mais peut-être n'est-ce là qu'une rencontre fortuite de
tempéraments) aux premiers romans de Bâillon, à En Sabots, notamment :
même sensualité un peu trouble, même relent campagnard, avec des révoltes
de petit bourgeois, même malaise devant la plate existence des autres, qu'on
méprise et qu'on envie.
Mais ce qui appartient en propre à Henri Duclos, c'est sa narration,
c'est son écriture, étrangement sobres et dépouillées : non pas, au demeurant,
à la façon linéaire et pour ainsi dire classique des Mauriac, des Lacretelle ou
Roger-Martin du Gard ; mais, dans une tradition impressionniste qui s'apparente à Maupassant.
La phrase de Duclos a la spontanéité et l'aisance de la vie qu'elle dépeint.
Hachée, toute en saccades, avec une enfilade de propositions indépendantes
invraisemblablement brèves ; ignorante presque des incidentes, se collant au
sentiment qu'elle évoque « comme au cou du buffle le jaguar (1) », valant par
le trait pittoresque et l'ambiance qu'elle en dégage. Le grand Hokousaï avait
rêvé que « tout point, toute ligne tracée par son pinceau fussent vivants ». Je
ne sais pas de définition qui s'applique mieux à l'art d'Henri Duclos. Et le
miracle est que ce pointillisme, toujours pareil, toujours égal à lui-même ne
sombre jamais dans la monotonie.
Mais abordons le fond du roman.
Jean-Marie Dupin, après une petite enfance adulée et dont en son cœur
se prolonge l'extase, après plusieurs années d'internat au séminaire de la Préfecture, années de solitude sentimentale, d'aspiration vague et de repliement,
vient, à l'âge de seize ans, rejoindre sa mère, tombée en veuvage, dans la propriété de Fontpédrouse, en pleine campagne, mais non loin d'une petite ville
du Languedoc qui n'est pas autrement précisée.
Jean-Marie, secondé par le métayer Francesou, s'occupe de l'exploitation
de la propriété ; mais dans cette maison délabrée et glaciale où il vit en un perpétuel tête-à-tête muet avec sa mère, il sent d'emblée sa vie bloquée, sans issue.
Et il perçoit surtout un mystère autour de lui : la transformation de la famille

(1) Nous empruntons cette image à «L'Art Poétique» du haï-kai de Julien Vocance.

�— 31 —
qu'il se remémore, l'abattement et le laisser-aller soudain de son père, qui n'a
pas tardé à périr d'accablement, l'air halluciné de la mère, tout cela a pesé sur
l'âme du jeune homme. De fait, il paraîtra bientôt ressortir de certaines allusions, de certaines coïncidences qui frappent Jean-Marie, de certains recoupements, que M. Dupin père fut accusé par la rumeur publique d'avoir, à la suite
de mauvaises affaires, tué, au cours d'une dispute dans un champ, un de ses
oncles dont il devait être l'héritier. La justice n'a d'ailleurs pu \irev au clair
cette histoire.
Mais il a suffi de tout cela pour que Jean-Marie soit condamné, précoce
paria, à vivre en marge de cette société qu'il avait entrevue tout enfant ; et s'il
y est accueilli parfois, il a le sentiment que tous les regards, toutes les paroles
n'ont qu'un objectif, celui de satisfaire une curiosité indiscrète et de discerner
le mystère de cette retraite familiale.
Nulle surprise, dans ces circonstances, si le fond de l'âme du jeune homme,
est de l'inquiétude et de la timidité. La solitude le gêne. Mais tantôt il porte
en lui cette inquiétude lancinante, comme on souffre d'un panari ou d'un mal
de dents. Et il ne peut arriver à étouffer ses pleurs qui éclatent dans la maison
sonore. Tantôt, cette mélancolie se nuance de sérénité, et son âme inquiète la
savoure avec douceur. A moins que le découragement ne l'empêche de souffler
mot. Il passe ainsi à des alternatives de paix, de dépression ou de révolte :
car parfois aussi il sent monter en lui comme un orgueil et un désir de domination :
« Il se faisait à ses habitudes de sauvage et pénétrait dans la solitude par
la voie de l'indifférence. Puis il se révoltait contre le sort, inquiétude de l'adolescence, dégoût d'une vie incomplète ».
Et ailleurs : « Jean aimerait la vie en promeneur, si elle était moins
sévère. Il a contre elle quelques griefs. Le rôle qui lui incombe le fatigue. Mais,
orgueilleux et timide, il ne peut renoncer. Les cinq mois qu'il vient de passer
à Fontpédrouse, énivré de liberté, de soleil, au milieu des campagnes bruissantes comme des ruches, lui ont donné une idée faible mais plutôt riante de
l'avenir ».
Ce qu'il voudrait surtout, c'est trouver sur sa route des cœurs aimants,
se sacrifier, par exemple, pour une femme, sans arrière-pensée. D'autres fois,
les désirs de sensualité l'assaillent ; il part pour des rêves charnels. Mais sa joie,
serait de sentir un jour que tous les êtres ne se désintéressent pas de lui. Pour
un rien, il pousserait un cri d'allégresse.
Mais voilà qu'un voisin de campagne, M. Bernard, le prend en estime.
M. Bernard n'est pas seulement un épicurien ; c'est un sage et une manière de
poète : « Aimez vos chiens, riez des muffles.la vie vaut la peine d'être vécue. »
M. Bernard sait parler de la souffrance avec douceur, et il sait aussi parler du
charme des femmes et des joies qu'elles procurent. M. Bernard introduit donc
Jean-Marie dans un groupe de jeunes gens de la ville, qui fréquentent le Café
des Espagnols et passent, à vrai dire, la plus grande partie de leur temps à
boire, à jouer aux cartes, et à courir le cotillon. Un soir qu'on danse aux Espagnols, Dupin fait connaissance de Lisa, fillette à l'air fripon et aux hanches
déjà lourdes, Lisa « parfum d'amour, de sueur, de menthe et de verveine ». La
drôlesse lui dispense quelques joies dont elle exige une reconnaissance
monnayée. Mais Jean-Marie reste tout troublé de ses rencontres et de ses

�— 32 —
caresses. Il devient par ailleurs, avec ses compagnons, un hôte assidu de la
maison publique tenue par Espejo : (et ici on nous saura gré d'insister moins
que ne le fait l'auteur). Maintenant que se sont révélés ses sens, il n'est pas
jusqu'à la servante de sa mère, docile et facile, qui ne devienne pour lui objet
de plaisir. Ainsi s'épanouit sa chair, bien que son cœur reste toujours nostalgique.
Cependant, dans la grande maison accablée, Mme Dupin va d'une allure
rapide vers le tombeau : elle succombe après une crise terrible. Et Jean-Marie
est terrifié en apprenant du notaire que sa mère l'a, dans les limites du possible
déshérité au profit de la paroisse et des pauvres, demandant à son fils de s'associer à l'idée de justice qui lui a dicté ce testament :
Il comprend brusquement : « Miséricorde, il est donc maudit... Pauvre et
fils d'assassin. « L'avenir lui paraît effroyable, il s'effondre dans la révolte et
dans le désespoir T « Il redevient, à supposer qu'il ait jamais cessé de l'être, un
petit enfant pitoyable. Et il en a conscience. »
Il n'a d'autres ressources que de fuir ce coin damné. Il part comme un
vagabond à travers les vignes, les prés et les saules. De village en village,
d'auberge en auberge « à pied, en carriole ou en patache, il va, trimardeur
ou compagnon de France, prenant goût à ce métier où l'on ne fait rien... le cœur
tout au printemps, le souci enterré. »
Avec son foulard rouge et son air sauvage, il plaît d'ailleurs aux filles, et
il y trouve son compte. Ainsi, plus d'habitudes, plus de choses familières, l'air
libre, l'indépendance. Et, cependant, bientôt sa vie oisive l'épouvante. Il voudrait s'accrocher à quelque sentiment un peu solide. S'il aspire à des passions
héroïques, il n'en a pas moins la nostalgie des vies ordinaires, des vies mesquines. Avec l'hiver, le désenchantement terrible l'accapare. Il lâche pied
devant tous ses malheurs. Une rafale de désespoir l'emporte. Il revient à Fontpédrouse; mais il a tôt fait, hélas, de reprendre contact avec le monde réel.
Les créanciers affluent, Francescou le quitte sans qu'il sache le retenir ;
la servante trop soumise l'écœure et il la chasse. « Il sent son âme qui s'effiloche. Quelle destinée navrante, ses parents lui ont légué le malheur. » Un instant il se demande à quoi bon vivre : ses muscles refusent tout service. Et
brusquement il décide de liquider son ancienne vie ; il vend Fontpédrouse, et
comme à la maison d'Espejo, où il a continué à chercher refuge, aux soirs
d'effondrement, il a rencontré Muguette, un pauvre petit être, fille aussi de la
misère et du destin, il libère la malheureuse, et la conduit dans la petite maison
qu'il vient d'acheter au bord de l'eau, pour y pleurer ensemble leurs deux
peines sœurs.
Elle l'entoure d'adoration. Mais lui l'aime-t-il ? Quoi qu'il en soit, JeanMarie, qu'on avait toujours connu ombrageux et morose, devient un excellent
compère, débrouillard et actif, qui a tôt fait de se réadapter et qui apparaît pour
un peu devoir être appelé à de hautes destinées politiques. La tourmente est
finie ; Jean-Marie a su construire du bonheur de ses mains. Mais son âme ?
Et le roman finit, tout en frémissements, tout en nuances, après cette
interrogation inquiétante :
« Un matin comme tous les autres, on prend plaisir à se tourmenter. On
se rappelle les journées gaies, les journées tristes et les heures perdues, et

�— 33 —
l'âge qui vient. On se réveille avec une immense pitié pour ses frères et une
peur atroce d'être damné ».
Le lecteur discernera-t-il, d'après cette longue analyse, à laquelle notre
sympathie pour l'œuvre et pour son héros nous a entraînés, toute la valeur
psychologique de ce roman et toute sa valeur d'émotion ? Malgré ce que le
thème peut avoir d'audacieux et d'ingrat, l'atmosphère du récit est attirante, et
notre esprit et notre cœur ne se peuvent déprendre.
Le sujet pourtant n'était pas d'envergure ; une simple étude d'âme, une
monographie, si nous pouvons dire, avec un milieu social à peine esquissé et
quelques comparses, silhouettes parfois expressives, mais dont les caractères saillants sont nonchalamment indiqués de quelques coups de burin. Mais
le personnage principal est tout près de nous ; il est en nous vivant symbole,
et cette communion d'âmes peut suffire à notre satisfaction.
Et puis, il est dans ce roman un autre charme pour nous, languedociens :
il a l'accent de là-bas. Non pas seulement par certains provincialismes (en lui
touchant la main, un rhume est vite pris, etc.), mais nous nous plaisons
à y retrouver la physionomie, riche et douce, de notre pays, avec la chanson
du vent du Nord, sur une note grave et sourde. Nous traversons les guérets
humides, puis l'olivette, et nous voilà dans la vigne, avec ses souches ramassées et sa pourpre triomphale. Nous assistons aux vendanges, ce mystère
antique (1) ; nous entendons le cri rythmé des vignerons (du français mêlé de
patois), le gémissement du pressoir, à l'ombre de la cave où se dressent les
grands foudres ; puis ce sont les grappes foulées qu'on retire des baquets,
c'est la décuvaison, et la chanson fine du vin qui coule dans les comportes...
et c'est toute l'existence de la petite ville de chez nous, avec les mésaventures
, conjugales, les scandales qu'on se repasse, et la vie qui se prolonge le soir dans
la maison des Capucines, tenue par Espejo.
Sans doute, ne manquera-t-on pas de dire , que beaucoup, parmi les
jeunes écrivains de notre temps, prétendent s'affirmer par des conceptions
plus hautes, des ambitions plus forcenées, des espoirs plus vastes que ceux qui
percent dans le roman de Duclos. Mais lui, limitant son introspection à l'âme
de son héros, a eu le mérite de l'évoquer toute entière, et s'il n'a pas franchi
l'horizon que limitent les collines de son pays, il a su du moins en exprimer
toute la douceur. De sorte que l'on ne peut prévoir comment s'épanouira demain
le talent d'Henri Duclos, après qu'il a mis le point final à son œuvre.
Nulle perspective, nulle échappée sur son avenir, soit.
Mais cette œuvre, il l'a accomplie telle qu'il l'avait projetée. A chaque
jour suffit sa peine. Et n'est-ce pas la plus grande des promesses que cette
réussite, au premier essai, d'un jeune écrivain, qui, nous ne
saurions en douter, a voulu nous donner en
offrande les plus purs balbutiements de son
cœur.
Fernand CRÉMIEUX

(1) Il y a aussi une description des semailles qui pourrait prendre place dans les
anthologies, à côté des pages fameuses de Victor Hugo et de Zola.

�La !Race Occitane
« Auhouro-té, raço moundino
« Souto la capo dél Soulel J »

Qui sommes-nous, Occitans, mes frères. Et de quelles races procédons
nous ? Telle est la question primordiale, que nous voudrions éclaircir.
Entendons-nous d'abord sur le mot de race. Communément on estime
semblables des hommes qui s'habillent de même ou qui parlent une même
langue, ou qui obéissent aux lois d'un même territoire. Il n'y a dans de tels
signes extérieurs que des détails, qui ne dépassent pas la faculté d'adaptation
de tout homme.
De même, les institutions politiques ou leurs changements n*ont en soi
qu'une influence très faible sur la vie des nations. C'est — disent les psychologues — de la mentalité d'un peuple que dérive son histoire.
Mais la mentalité d'un peuple dérive, elle, de son passé, et d'un passé qui
doit être assez lointain. Une mentalité, qui puisse persister à travers les générations, ne se crée pas d'emblée, par l'effet de quelques prédications, ou par
l'éducation d'une élite. C'est une affaire d'ascendance ; et il faut bien des siècles
pour qu'une commune manière de penser se cristallise dans une collectivité,
au point d'affecter les globules du sang, et ces éléments, bien plus petits encore,
dont, en dernière analyse, on ne sait plus s'ils ont figure, à l'aide desquels
cependant se transmettent, à la fois, la vie et les aptitudes, depuis les ascendants les plus reculés jusqu'aux hommes de nos jours.
Ce qui a été suffisamment fixé ainsi ne s'oblitère pas, ensuite, par un
apport, soudain et numériquement faible, d'éléments étrangers, comme l'ont
été les invasions Barbares ; ni par la conquête suivie d'une domination étrangère, si cruelle soit-elle. Quels n'ont pas été, ni combien persistants, les abus
consécutifs à la conquête de la Péninsule Balkanique par les Turks ? Et, néanmoins, au bout de cinq siècles à peu près, nous voyons resurgir les races préexistantes dans toutes leurs variétés antérieures.
L'extermination d'un peuple, opérée par une bande, est une impossibilité matérielle ; et c'est, en même temps, une faute inepte : Car un pays ne vaut
que par l'homme qui sait bien le cultiver. Les grands cataclysmes de la Nature
produisent les destructions les plus aveugles et les plus étendues : Des élé
ments de la périphérie se sauvent néanmoins. La crise passée, quelle qu'en soit
la cause, les hommes échappés au désastre se reprennent à vivre et à multiplier.
Les facultés de cette multiplication sont illimitées, là où les moyens de
subsistance peuvent se développer. Lorsque ces moyens sont restés les mêmes,
la race indigène, par suite de l'atavisme, est la mieux adaptée à ces moyens.
Elle submerge donc, plus ou moins tôt, l'élément allogène et finit, quand
il ne se renouvelle pas, par l'éliminer, lui et même ses métis.
La cause profonde du développement ou de la diminution d'une race et,
le cas échéant, de sa disparition, réside dans la proportion des existences aux
moyens de subsistance. Ces moyens peuvent s'accroître par l'industrie de
l'homme, se réduire par une modification du climat, ou s'altérer par l'intro-

�— 35 —
duction de substances nocives. Survient alors la question de l'adaptation de
la race aux moyens nouveaux.
C'est donc véritablement le sol qui fait la race : et tel est le sens mystique qu'il faut attacher au mot autochtone.
Nous voyons ainsi que la question posée au début est, pour beaucoup,
une question de géographie : mais elle est aussi une question de préhistoire.
La mentalité d'un peuple, en effet, ne se manifeste pas entièrement dans
la vie quotidienne, sujette à des changements superficiels, qui ont l'air, parfois
d'obéir à des courants aussi variables que les modes du costume. Il faut, pour
la faire ressortir, de grandes secousses, comme il s'en produit, par intervalles
dans la vie des nations : ce qu'il y a de profond dans la mentalité résiste seul
à ces secousses; et aucune mentalité n'est fixée, si elle n'a déjà survécu à
plusieurs.
Si l'on veut connaître l'âme d'une nation, c'est donc au travers des âges
qu'il faut l'étudier, en remontant le plus possible vers les origines.
La Villa Chiragan

En ce qui nous concerne, nous, Occitans, nous remontons très haut dans
les âges révolus; nous en trouvons une présomption au Musée des Augustins
à Toulouse.
Une section précieuse de ce Musée est la salle lapidaire, où se trouvent
exposés les vestiges recueillis dans les fouilles de Martres-Tolosane. Les statues des Dieux, Héros ou Empereurs sont la partie banale de ce qui a été exhumé là, et ne nous apprennent rien pour notre objet. Nous nous intéressons
bien d'avantage aux bustes et figures particuliers au lieu : Car ce sont les modèles et les types de la population qui occupaient la Villa Chiragan, propriété
de la famille Anconia, aux deuxième et troisième siècles de notre ère.
Que l'on examine tous ces types, on est frappé de leur ressemblance parfaite avec nos concitoyens actuels. A chacun d'eux on revoit un visage connu
et l'on est tenté de s'écrier: mais c'est Un tel; c'est Madame Une telle; c'est
le bébé, qui jouait tout à l'heure dans le square ; Voici le savetier du coin, etc.
Cette similitude est significative.
Avec le type physique, en effet, se conserve aussi le fond de la mentalité.
L'embryogénie le constate en tous ses domaines : la transmission des aptitudes
foncières est inhérente à celle des éléments infiniment petits par lesquels se
propage la vie des espèces.
La Villa Chiragan était un enclos de seize hectares, dans la fertile plaine
de la Garonne. Elle comprenait, outre le somptueux palais des maîtres, dont
la famille a donné deux généraux aux armées romaines, un nombreux colonat,
pour lequel quatre-vingts constructions, sur trois lignes (ateliers, logements,
écuries), avaient été bâties, couvrant plus de deux hectares.
Cette villa et trois autres, voisines mais plus petites, longeaient la route
de Toulouse en Espagne, dans la direction de Saragosse. Sur la même route, au
pied des grands monts était la cité, Lugdunum convenarum (St. Bertrand de
Comminges), qui n'a pas été créée par Pompée, puisque le nom est purement
Gaulois, mais où, du moins, il établit les soldats les plus fatigués de son armée.
En deçà, à l'emplacement de St. Martory, était l'oppidum de Calaguris,

�— 36 —
dernièrement retrouvé, qui couronnait la hauteur, en face d'un pont sur la
Garonne; à un millier de pas en deçà était Chiragan.
Tous ces centres habités ont été détruits et ruinés, au point qu'aucun
vestige n'en subsiste à la surface, et qu'il a fallu fouiller assez profondément
pour les déterrer. Depuis qu'ils étaient au jour, cette vallée de la Garonne a vu
passer les hordes des Suèves, des Vandales, des Goths, sans compter la tourbe
qui constituait les armées romaines aux derniers siècles de l'empire. Puis sont
venues les incursions sarrasines et tant de guerres intestines, plus dévastatrices souvent que les étrangères.
Deux mille ans nous séparent de Pompée, et soixante générations se sont
succédé au millieu de tant de vicissitudes; cependant la race autochtone est
demeurée identique. Il faut donc qu'au temps des Romains, c'est-à-dire au début
de notre ère, cette race fut déjà complètement fixée. Nous devons conclure
qu'une durée au moins égale, sinon double ou triple, aura été nécessaire pour
la fixer à ce degré ; et on ne sait combien il faudra reculer encore pour en
apercevoir les origines.
La vision du poète a résumé nos déductions. Ecoutons Sully-Prud'homme
dans Hérédité :
Les races à déchoir, tardent plus qu'on ne croit.
D'héroïques aïeux, dans le sang de chaque homme,
Ont amassé longtemps des vertus, dont la somme,
Patiemment accrue, avec lenteur décroît.
Ces vertus, amassées lentement dans le cœur de chaque homme ont
constitué la civilisation propre de la race.
Massa lia
Une assertion, bien répétée par la littérature, veut qu'avant les Romains,
six siècles avant notre ère, notre pays ait reçu un afflux de la civilisation
Hellénique.
En l'an 600, cette civilisation n'était pas bien brillante chez elle. Thucydide, aux premières pages de son histoire, montre quelle instabilité, quelle
piraterie, quelle insécurité sur terre comme sur mer, avaient régné jusqu'alors
en Hellade. Que l'on relise les lois de Solon, édictées au début du VIe siècle ;
elles sont accablantes parce qu'elles répriment et plus encore parce qu'elles
tolèrent. Tel est le moment où une expédition, partie de Phocée (que Thycidide
revendique comme une colonie d'Athènes) est venue prendre pied sur nos
côtes.
«Les Phocéens — dit-il — ayant vaincu par mer les Carthaginois, allèrent
s'établir à Massalia ».
Quelle fût cette victoire des Phocéens sur les Puniques ? Où et quand
a-t-elle eu lieu ? nul ne l'a expliqué. Cependant plusieurs auteurs ont répété
l'assertion; et il s'est formé une ample légende sur l'aventure.
En 599 — a-t-on supputé — eut lieu le départ de Phocée. L'expédition
comptait trois navires et une quarantaine de compagnons, sous un chef du
nom d'Eumène. Après avoir exploré la côte Gallique, vers Port de Bouc, elle
s'avança jusqu'au Lacydon chez les Sègobriges. Eumène alla en députation
vers le roi du pays Senanus ou Nannus. Ce roi donnait justement une fête
pour les fiançailles de sa fille Gyptis. Les fils des chefs des environs avaient

�été conviés; et l'héroïne de la fête devait manifester quel était celui qui lui
agréerait le mieux, en lui offrant sa coupe. Eumène survint au milieu du festin ;
et la belle enfant, séduite par la bonne mine de l'étranger, tendit sa coupe à
Eumène.
Dans cette légende les noms paraissent inventés ou déformés, ou remplacés par des surnoms Grecs.
Le nom du roi, Senanus est celtique : on a plusieurs fois rencontré Senani dans les inscriptions Gauloises. Gyptis est le nom de l'aigle Gypaète, (d'où
les Grecs ont tiré aussi le nom d'Egypte) ; on peut traduire : profil aquilin ou
— égyptien. Eumène en Grec, est le doucereux. Lacydon, (de XaÇeuu, tailler
dans la pierre) indique quelque construction défensive.
« Segobriges — dit M. Camille Jullian (1) — ne peut être le nom d'une
tribu mais celui d'une localité. Le radical brig est l'un des plus répandus
dans le monde celtique : il signifie hauteur ou château. Sego ajoute l'idée de
force ou de défense Segobrige est donc un château fort ou une hauteur fortifiée.
Dans le millénaire qui a précédé notre ère, la Basse Provence était occupée par la nation des Salyes, ayant pour centre Entremonts près d'Aix, nation
puissante, subdivisée en dix tribus, ayant chacune son roi. Marseille, selon
Ptolémée, appartenait à celle des Comani (2) Les recherches faites ces dernières années en Basse Provence, ont révélé dans cette région quantité de
bourgades fortes, dont la plupart paraissaient avoir été habitées dès les temps
néolitiques. »
Examinons la topographie de Marseille. L'emplacement en est tout montueux. Le Lacydon est la hauteur qui longe la mer à l'Ouest du vieux port. Il
existait là plusieurs siècles avant la venue des Grecs, un poste Phénicien fortifié
et important, ayant en son centre un grand temple consacré à Baal. Sur une
partie des substructions de ce temple a été érigée la cathédrale ; et les fouilles
ont découvert des stèles funéraires portant des inscriptions phéniciennes aux
caractères les plus archaïques.
Le ségobrige indigène était plus à l'intérieur, sur la hauteur dominante
où se trouve aujourd'hui l'Arc de Triomphe d'Aix. Nous devons croire que
cette cité indigène était antérieure et plus importante, puisqu'elle a valu à la
ville son nom de Massaîia. Ce nom n'est, en effet, que celui de la nation des
Salyes, précédé de la syllable Mas. Celle-ci a le sens de filiation et elle est très
employée dans une langue qui a longtemps servi aux communications dans la
Méditerranée Occidentale, à savoir la langue Berbère. Massalia, filiale des
Salyes, le nom n'a pu être donné que lorsque cette nation ne s'était pas encore
subdivisée en tribus distinctes. Cela remonte loin.
Entre le Lacydon et le vieux port, le terrain a été d'abord marécageux,
ainsi qu'en témoigne une vieille carêne de navire phénicien, retrouvée enfouie
à plusieurs mètres au-dessous du sol actuel(3). C'est sur ce même terrain, colmaté depuis, qu'une percée, récemment faite, à fait apparaître une série de
(1) Journal des savants 1917 p. 5.
(2) Peut-être est-ce une confusion pour Senani, comme celle que fait Strabon de Cemmênes
pour Cévennes. Dans les inscriptions Gauloises le C et l'S s'échangent constamment l'un pour
l'autre (Dottin : La langue Gauloise).
(3) Lenthérlc Les villes mortes du Golfe de Lyon.

�— 38 —
masures grecques entremêlées à de belles constructions romaines. L'infériorité
de position de ce quartier exclut l'idée que l'influence Grecque ait pu être
dominante.
Les Phocéens ont donc été reçus à Massalia quand cette cité était déjà
et depuis longtemps habitée. Ils ne l'ont pas créée, et n'y ont rien fondé. On
peut penser que cette victoire, tant célébrée par les Auteurs, a consisté en
cette coupe de Gyptis, décrochée par Eumène, à la barbe des Phéniciens qui
étaient sur les rangs pour la briguer.
Eumène, sans doute, est demeuré dans le nid fortuné que lui avait valu
sa bonne mine. Mais l'expédition avait été envoyée pour trafiquer. Il y a lieu de
penser que ses compagnons se sont hâtés de réaliser des opérations fructueuses, puis sont allés rapporter à Phocée et l'annonce de leur succès inespéré,
et leurs profits, sur lesquels le Sénat, à l'ordinaire, prélevait une part. Peut
être, par la suite, quelque autre bâteau a-t-il repris le chemin de Phocée à
Massalia. Mais ce commerce a bientôt été tari à sa source. En 542, Harpagus
le Mède, lieutenant de Cyfus, s'emparait de Phocée, et la ruinait comme les
Orientaux s'entendent à ruiner.
Dès ce moment, et pendant plus de cent ans, les guerres Médiques
retiennent les Grecs chez eux. Suit la guerre du Pelopponèse, qui dure trente
ans, les déchire et les ruine. Puis Philippe les réunit sous son joug et Alexandre les entraîne en Orient, etc. etc. Les Grecs ne reparaissent en nos contrées
que comme esclaves des Romains.
Une illusion trop répandue dans la littérature, imagine que par le fait
de la présence d'éléments Grecs, Marseille.est devenue aussitôt un foyer d'art
et de lettres I II n'était pas encore question de cela, au début, dans leur patrie
même. Dans le fait, Marseille n'a rien à montrer d'artistique de son existence
ancienne. Les monuments d'art Grec qui se retrouvent en Provence, on les
doit aux Romains, qui les ont commandés à leurs affranchis.
Une autre erreur, plus grossière et non moins répandue attribue aux
Phocéens la triple introduction en Gaule du blé, de la vigne et de l'olivier.
Comment une telle contre-vérité a-t-elle pu naître ? Thucydide a clairement
fait ressortir à quel point les fds d'Athènes méprisaient la culture et les
plantations. Que l'on regarde les noms Grecs du blé, de la vigne et de l'olivier :
nupoç, le blé ; mpmkoi, la vigne;
, l'olivier sauvage; eXata, le cultivé ; ont-ils rien
de commun avec les nôtres ?
Il est tout aussi inexact de les attribuer aux Phéniciens. Car ces cultures n'ont pas été importées chez nous : elles y étaient connues de longue
date. On cultivait le blé, en Gaule, autour des palafittes, on a trouvé de petits
tas de blé au Mas d'Azil, dans des couches de terrain des premiers temps
Néolitiques. On consommait du blé en Atlantide, d'où une partie de nos ancêtres sont issus. Quant à la vigne et à l'olivier, nous aurons la preuve qu'ils
existaient en bordure de la mer Gallique avant les Phéniciens.
On peut tenir pour certain que tous ces trafiquants venus à Marseille
quand ils sortaient à peine de la pire piraterie, n'ont pas eu d'autres préoccupations que celles des Levantins, que l'on voit, de nos jours encore, s'installer
dans tous les ports de la mer Intérieure.
C'est à la colonie Levantine qu'il faut renvoyer les quolibets et les ridiXOTWOV

�— 39 —
cules que la caricature prête aux Marseillais : La faconde, l'exagération et la
jactance se retrouvent chez les meilleurs des auteurs Grecs.
Arrière donc toutes ces redites menteuses : Cuique S^ium I Mais recherchons donc avec passion, la véritable ascendance de nos pères.
(A suivre)

E. LITRÉ

Charles C ros

L

E 10 Août 1888, Charles Cros : « Ingénieur, chimiste, homme de lettre, médecin, poète,
monologuiste, peintre et musicien », mourait à Paris à son domicile, 5, rue de Tournon. Le 30 Avril dernier, tardive et première consécration de son génie, une séance
solennelle organisée au grand amphithéâtre de la Sorbonne ainsi qu'à Carcassonne
et à Fabrezan, a célébré la mémoire du poète et surtout du savant.
Charles Cros est né à Fabrezan, bourg situé à neuf kilomètres de Lézignan dans l'Aude
le 1" Octobre 1842. Son père avait dirigé une institution à Narbonne avant de venir exercer à
Paris. Il avait deux frères ; Antoine, bon poète lui-même et médecin de premier ordre, qui
combattit longtemps pour faire accepter une thérapeutique nouvelle, donnant à toutes les
maladies, pour cause dominante, une « décoordination organique » à laquelle il croyait possible de remédier ; et le sculpteur Henri Cros qui a restauré en France l'art de la peinture à
l'encaustique et de la pâte de verre. A seize ans, il enseignait le sanscrit et l'hébreu et avait
pour élèves : MM. Michel Bréal et Paul Meyer qui devinrent professeurs au Collège de France.
Il convient de rappeler, d'après Emile Gautier, que bien avant MM. Verneuil et Fremy il
avait conçu et réalisé la synthèse artificielle des pierres précieuses ; il faut mentionner également ses études sur l'électricité dont il déplorait la « constitution sirupeuse » et « les agaçantes lenteurs » ; son sténographe musical ; son télégraphe autographique ; son chronomètre, etc.. Il ne faut pas oublier de dire encore qu'avant Edison, il eut l'idée du phonographe et
qu'il fut l'inventeur d'un procédé de photographie en couleurs : le procédé des trois couleurs.
Il faut signaler, enfin, son étude sur les moyens de communication avec les planètes,
ou télégraphie optique interplanétaire ; et surtout sa Mécanique Cérébrale, étonnante algèbre
des « rythmes » et des &lt;r formes », œuvre à la fois d'un poète et d'un savant, où il avait le
premier décrit et précisé le « radiomètre » de W. Crookes. Dans la première partie de cette
étude : La perception, il établissait un appareil théorique qui « fit beaucoup rire l'académie
des sciences : la lumière qui parle ! Deux ans après un anglais (Graham Bell, qui avait,
paraît-il, assisté sous la coupole à la lecture de la communication de Charles Cros) inventait
le même appareil qu'il appelait le photophone et touchait de l'académie un prix de 100.000
francs » raconte Alphonse Allais T
« Le monde nouveau me voit à sa tête.
Si j'étais anglais, chinois, allemand
Ou russe, Oh ! alors vous verriez comment
La France avec moi ferait la coquette »
S'indignait-il alors dans un poème paru en 1888 dans la Revue Méridionale d'Achille
Rouquet et, pourrait-il s'indigner encore aujourd'hui, car cet état d'esprit n'a pas changé en
France I...
« J'ai tout rêvé, tout dit dans mon pays.... ».
Cette transcendantale curiosité, ce donjuanisme de la connaissance, dispersèrent son
activité créatrice de poète. Il nous importe moins qu'il ait inventé le phonographe et découvert la photographie des couleurs, ces choses là ont été redécouvertes après lui, mais son
œuvre littéraire, lui seul pouvait l'écrire I Quelle perte eut été pour l'humanité pensante celle
de Jean le Précurseur du Vinci I tandis que la science contenue dans les cinq mille cahiers du
maître, Bacon et Galilée, l'ont retrouvée après lui î Si Cros avait suivi l'exemple de Verlaine

�— 40 —
qui laissait ces choses « au monde spécial qu'elles intéressent » il eut été l'égal des plus grands.
Son bagage est donc mince en œuvres publiées, d'autant plus que très difficile pour soi-même,
il n'a donné que le dessus du panier.
Ses premiers poèmes parurent dans le Parnasse Contemporain en 1871. En 1876 il publia
Le Fleuve avec huit eaux-fortes d'Edouard Manet. Son œuvre capitale, le Coffret de Santal fut
édité en 1877. Après sa mort on a recueilli en volume ses pièces éparses.
L'une de ses œuvres, qui nous sera chère entre toutes, est le poème publié chez
Lemerre : « La vision du grand canal royal des deux mers » superbe hommage à l'adresse
de son Languedoc natal, dit Fourès. Car Charles Cros est bien de chez nous et particulièrement audois. Benjamin Crémieux eut certainement logé à l'étage de Rabelais en l'hôtel des
Trois-Nourrices, celui dont Verlaine a proclamé : « Génie, le mot ne semblera pas trop fort à
ceux assez nombreux qui ont lu ses pages impressionnantes à tant de titres ; et ces lecteurs,
je les traite d'assez nombreux en vertu de la clarté, même un peu nette, un peu brutale, et du
bon sens parfois aigu, paradoxalement dur, toujours à l'action, qui caractérise sa manière si
originale d'ailleurs ».
Le poète de Sagesse n'a-t-il pas mis là assez curieusement en évidence, les qualités
même du fond audois, que nous pourrions retrouver aujourd'hui sous d'autres formes, dans
un Delteil ? Chez Cros elles sont asservies à un art peut-être plus sévère, avec plus d'amertume
souvent dans l'humour. Le bon gros rire des rives de l'Aude ; le comique gaulois, plantureux,
bon enfant et populaire d'un Achille Mir, son voisin d'Escales, est chez lui mélangé à l'humour
féroce et au flegme tout britannique. Cependant, il demeure, avant toute chose poète, avec le
sens de l'idéalisme et de la grandeur, même dans ses fantaisies les plus terre à terre en apparence, comme le Hareng-saur ou le Bilboquet, monologues, premiers modèles du genre, depuis
lors galvaudé, dont Coquelin fut l'infatigable propagateur.
La bêtise et l'injustice ambiantes ont laissé mourir Charles Cros dans l'indifférence et
la gêne, et comme c'était un indépendant, comme il hantait le Chat Noir de Salis, elles ont
gravé sur sa pierre, afin de mieux le tuer : Bohême! Aujourd'hui qu'une sorte de patriotisme
nous fait revendiquer pour notre pays la gloire de celui qui « n'en fut que le Pic de la Mirandole
alors qu'il aurait pu en être le Goethe », comme dit l'un de ses biographes Emile Gautier, estce que son génie de poète, proclamé par un Verlaine, ne sera pas trouvé un titre suffisant à
un bronze sur l'une de nos avenues, là-bas, dans cette terre de l'Aude, pays du bleu, humus
de poésie, avec laquelle fut pétri le cœur des Chénier, des Bataille et des Cros ? Trois poètes,
trois statues, et notre confrère Armand Praviel pourra dire que nous ne renions plus nos
gloires littéraires I
RAMONDENQ-R.

�— 41 —

�— 42 —

Sous le ciel hleu
Dans le hamac, barque légère faite en tresses
De cordes alternant les diverses couleurs,
Par un après-midi de calme et de chaleur,
Sous la tonnelle je balance ma paresse.
La vigne recouvrant par endroits la tonnelle
Garde au-dessus de moi tout son feuillage vert.
Le néflier, là-bas, sur la porte de fer
Met l'ombre de sa feuille ainsi qu'un bouquet d'ailes.
C'est surtout sur le ciel que je fixe mes yeux,
Le ciel d'un bleu latin, le ciel tout bleu, si bleu.
Les poiriers délicats dressent dans la lumière
Leurs branches commençant à se teindre d'or roux,
Ou d'un or plus rougeâtre à chacun de leurs bouts.
Une poire mûrie et lourde tombe à terre.
C'est surtout sur le ciel que je fixe mes yeux,
Le ciel d'un bleu latin, le ciel tout bleu, si bleu.
Les roses de carmin, les roses incarnates
Décorent le massif ou les pierres du mur.
Je les porte, en pensée, en touffes dans l'azur
Pour qu'avec plus d'ardeur leur rose vif éclate.
C'est surtout sur le ciel que je fixe mes yeux,
Le ciel d'un bleu latin, le ciel tout bleu, si bleu.
Le soleil recrépit de blancheur les murailles
De ces maisons qu'entre les arbres j'aperçois.
Avec leurs angles nets se découpent les toits
Que le soleil rend blonds comme meules de paille.
C'est surtout sur le ciel que je fixe mes yeux,
Le ciel d'un bleu latin, le ciel tout bleu, si bleu.
Il est d'un bleu suave, intense et qui m'enchante.
Sans nuage il paraît immuable, éternel.
On ne le conçoit pas de couleur différente
Je ne puis détacher mes regards de ce ciel.
Paul-SENTENAC
De « Notre Cœur Quotidien » à paraître.

�LA CHANSON DES MOIS : MESSIDOR
Bois original d'Auguste et Achille Rouquet

L e s B eaux A rt s
Un grand Artiste Occitan :

Antoine BOURDELLE
['ORSQUE — poussé du désir de connaître l'artiste sans doute le
plus complet de ce temps — l'homme épris d'art se décide à
rechercher la demeure et l'atelier où travaille Bourdelle, c'est
vers le fond d'une impasse mal pavée, au sol boueux, dénivelé,
presqu'aussi accidenté qu'une campagne, dans un quartier
«très faubourg de Paris», qu'il doit porter ses pas. Montparnasse, cette petite République des Arts, émule de sa sœur Montmartroise, est
en effet le lieu où s'est fixé dès sa jeunesse ce jeune Montalbanais que poussaient vers l'âpre lutte la seule flamme de sa volonté, la seule richesse de son
génie. C'est là qu'il prenait définitivement racine, extrayant d'abord avec
peine d'un sol ingrat les quelques principes nécessaires à sa subsistance, et

�— 44 —
c'est là que peu à peu, ayant en soi les incalculables ressources d'un haut destin, il se mettait à mener, en une suite ininterrompue de productions étonnantes, les déplorables conditions de la vie elle-même. L'air pauvre, respiré
entre les hauts murs parisiens, le rayon de soleil chichement filtré à travers
une atmosphère surchargée de grisaille, tous ces éléments que la grande ville
semble destiner à l'anémie plutôt qu'à la robustesse, à l'asservissement d'un
travail très dur nécessaire à la vie plutôt qu'aux loisirs d'une culture personnelle, tout cela lui fut le dur tremplin contre lequel rebondissait sans cesse
son ardente foi, se rallumait la fougue créatrice d'une nature infatigable.
L'impasse du Maine aboutit à une petite cité d'artisans et d'artistes,
comme il y en a tant à Paris : les ateliers y voisinent étroitement, les uns à
côté des autres, les uns au-dessus des autres. Dans chaque cellule qui s'ouvre
sur le ciel par un vitrage, que de travail, que d'espoir, que de luttes et que de
défaites parfois, que d'orgueil et de fierté! Beaucoup passent, quelques-uns
persistent, ou par bonheur demeurent : Bourdelle .est de ceux-là.
— M. Bourdelle ? demande-t-on au concierge du premier groupe des ces
demeures où l'on travaille et où l'on vit.
— Peut-être le trouverez-vous ici...répond legardien prudent. Passez donc
à l'atelier de droite... à moins qu'il ne se trouve à celui de gauche sous la voûte...
Peut-être encore au n° 3 dans la cour du fond... Il pourrait bien se faire aussi
qu'il soit au 18... Enfin, voyez vous-même T...
Ainsi, ce n'est pas un, mais trois ou quatre ateliers d'un côté, cinq ou
six ateliers de l'autre que vous aurez à visiter, si le Maître y consent... Et
tout cela, vous le trouverez rempli de tout un peuple de statues grandes et
petites, maquettes de toutes dimensions, gigantesques figures à leur grandeur
d'exécution, trustes, bas-reliefs, monuments, et, contre les murs, dossiers,
esquisses, projets rehaussés de couleurs... Glaises fraîchement mouillées,
plâtres, marbres et bronzes, font un enchevêtrement de personnages entassés
au petit bonheur, mais qu'un air de parenté rassemble.
Vous restez confondu de l'immense production d'un homme dont quelques instants auparavant vous saviez seulement qu'il avait exposé quelques
sculptures... comme tant d'autres!
N
Qui est prêt à trouver une des plus fortes et des plus grandes jouissances
dans le contact immédiat du génie s'arrêtera longuement en ce sanctuaire, plus
jamais il ne pourra s'en arracher complètement.
L'étonnement devant cette richesse productive du travail de l'esprit se
fond en une gravité dans l'âme ; elle cède aussitôt à l'irrésistible intérêt que
la puissance introduit brusquement dans notre pensée par sa seule présence.
D'emblée, vous vous sentez en face d'un artiste complet, universel, pour qui
l'art est tout un monde, une fin suprême, et qui vit dans ce monde multiple,
immense, entièrement créé de sa main et de son cerveau. Loin d'être artificiel
comme un rêve matérialisé, il apparaît une efflorescence de la nature où il
plonge profondément ses racines.
Toutes ces œuvres, si nombreuses et si variées, nous frappent
surtout par leur solidité, par leur puissance, par la profonde spiritualité qui les imprègne, et, en même temps, par l'impression qu'elle nous
donnent d'être, au même titre que l'arbre, la fleur, le rocher, et l'homme

�— 45 —
même, partie intégrante de l'Univers. Celui-ci semble, dans chacune d'elles,
se refléter tout entier...
*

* *
Le grand Bourdelle est un homme petit, bas de jambes, assez long de
buste, taillé à coups de hache, un peu à la façon dont son père, le tourneur sur
bois, sculptait. Bien que vif, alerte, remuant, il est grave dans ses mouvements. Sa démarche a quelque peu le balancé du laboureur derrière sa charrue. Le corps suit le mouvement de chaque pas qui semble ne pouvoir s'arracher complètement du sol. Les mains sont petites et elles ont — expertes en
tant d'art, tant de génie — la finesse, la qualité de race d'un artiste. La tête est
belle, expressive par sa masse et ses contours, par l'âme qui l'a pétrie. Le front
surplombe comme un dôme le visage où luisent deux yeux étonnament restés
jeunes et gais et qui ayant vu, n'oublient plus. Le nez fort atteste le bon vivant.
La bouche, souvent bonne, quelquefois narquoise, s'encadre d'une barbe à la
Saint-Joseph. Le dessus de la tête dégarnie agrandit le front, illumine la face.
Des petits cheveux bouclés, grisonnants, parent les tempes de petites ailes.
Figure de sage socratique, assez différente de celle de l'adolescent à la
noire chevelure broussailleuse, aux yeux ardents, qu'il fut à l'âge de seize ans T
Mais l'une et l'autre sont bien cependant la même figure méditerranéenne :
netteté du modelé, flamme du regard qui prend possession des choses pour la
richesse des images qu'elles évoquent, en dehors de toute brume de rêverie,
avec sans cesse en elles la vivacité et la couleur de l'accent originel. Comme
sa robustesse, son allure montre le campagnard qui tient encore au sol par de
profondes racines.
*

* *
Emile Antoine Bourdelle est un enfant du pays d'Oc et le descendant
d'une longue lignée de fils de la terre, originaire de ce Quercy, le plus beau
pays du monde, a-t-il dit, où les âpres plateaux se découpent à l'horizon en
lignes nettes, où la nature est rude, sauvage et impose l'effort... Il est né à Montauban, vieille ville, parfois grandiose, toujours austère; l'histoire y évoque
la sombre ardeur des luttes de la foi ; mais l'on peut y apercevoir les superbes
paysages d'une nature ardente ; et n'est-ce pas encore une de ces coïncidences
significatives où pourraient apparaître après coup les lignes d'une destinée!
sa maison natale était située en face du musée Ingres : Ingres dont Bourdelle
devait avoir, avec la probité artistique, l'entêtement au travail, dont il devait
faire siennes ces devises :
« Qui ne souffre pas ne croit pas »
« Ce que l'on sait, il faut le savoir l'épée à la main. Ce n'est qu'en combattant que l'on acquiert quelque chose et le combat, c'est la peine que l'on se
donne ».
Son père, Antoine Bourdelle, était un artisan de l'ancienne école, ébéniste de talent, qui, dit Bourdelle fut son premier maître, ses meubles lui ayant
donné l'idée de ce que devait être la sculpture monumentale...
Bourdelle père s'était d'ailleurs essayé à la sculpture : il avait réparé la
chaire de l'église Saint-Jacques, où il avait placé deux statues d'apôtres. C'est
au milieu des vieux meubles, œuvre patiente des artisans d'autrefois, traités

�— 46 —
avec respect par un autre artisan aussi grand, que Bourdelle passa son
enfance. Celle-ci n'est pas sans évoquer déjà — et ce rapprochement ne cessera
de s'imposer au cours de toute la carrière de Bourdelle — celle des grands artistes de la Renaissance. Il n'aime guère étudier dans les livres ; il n'est à
l'école ni assidu ni zélé T «Je ne sais rien », répond-il, toujours avec une modestie nullement feinte aux interrogations de ses maîtres. Mais il se promène
longuement dans la campagne, regardant le ciel, les arbres, les rivières, sentant la poésie d'une humble cabane, d'un tronc ébranché, d'un rocher, observant les hommes et les animaux, et brûlant d'en reproduire les traits. Et chez
l'un de ses oncles qui possède un troupeau de chèvres, il apprend à connaître
la splendeur des formes animales.
« Je veux être peintre comme Michel Ange », aurait-il dit, zézayant
encore! Légende peut-être comme il s'en forme après coup sur tous les grands
hommes.
Toujours est-il que, de très bonne heure, le jeune Bourdelle commence à
dessiner et que, comme tant d'apprentis du Quattrocento, comme Michel Ange
chez Ghirlandajo, comme Léonard chez Verrocchio, il donna, lui, dans l'atelier paternel, la mesure de son jeune talent que l'étude et la réflexion doivent
plus tard élever, purifier, mûrir, mais qui apparaît déjà en sa magnifique
spontanéité. Un jour, il voit son père un peu embarrassé par la sculpture de
deux têtes de lion... L'enfant prend les outils et, sans hésitation, les taille en
plein bois. Un autre jour, il sculpte, en quelques instants, une tête de faune
dont un artisan, son aîné de beaucoup, ne peut venir à bout. Puis, ce sont encore
les pieds d'une table en feuilles d'acanthe qui sortent délicats, harmonieux, de
ses doigts juvéniles... Ainsi, Léonard, âgé de quinze ans, dépasse ses maîtres !
Le précoce adolescent est bientôt à Montauban une célébrité locale..
Emile Pouvillon, délicat critique, charmant romancier, qui s'intéresse au jeune
homme et l'encourage, le fait concourir pour l'école des Beaux-Arts de Toulouse. Il est reçu et, dans la ville rose, étonne camarades et professeurs, puis
quitte les bords de la Garonne et vient chercher fortune à Paris, brûlant de
conquérir la gloire dans la capitale artistique du monde.
Là, c'est le rude travail, la dure lutte pour la vie, c'est parfois la gêne, la
souffrance et la maladie... Mais ce sont aussi les visites dans les musées où il
prend de précieuses leçons, il est vrai souvent négatives, car l'étude des anciens lui montre moins ce qu'il faut faire que ce qu'il faut éviter ; la fréquentation des maîtres, F aiguière, son professeur pendant son court séjour à
l'Ecole des Beaux-Arts, Dalou, le sculpteur probe et minutieux mais à qui
manque le sens de l'éternel, enfin Rodin...
Et jamais, quelque essor et quelque direction qu'il prenne, il ne fera
oublier qu'il est né dans ce Midi tout de robustesse et d'harmonie, où, a-t-on
dit, l'âme radieuse du Grec, la force rustique du Latin, la sauvagerie de l'Ibère,
le mysticisme de l'Arabe s'unissent en s'épousantï dans ce Midi où, plus que
partout ailleurs sur notre sol, la leçon de Rome est restée dans de puissants
monuments, leçons de force et d'équilibre, d'adaptation de l'art à son objet I
où en surgirent, au sortir de la nuit de l'an mille, les premiers grands bâtisseurs de chez nous, ces romans, artistes complets chez qui nul divorce encore
n'avait séparé la sculpture de l'architecture...
Dr Emile-François JULIA

�JÉSUS TOMBE POUR LA TROISIÈME FOIS
Bois original d'Auguste Rouquet pour Lou Cami de la Crouts

Bois gravés pour Lou Cami de la Crouts
De, P eintres du R^oussillon

F

pieusement dans ces jours qui précèdent et suivent Pâques
ce précieux ouvrage Lou Cami de la Crouts (1) du félibre Albarel,
avec des bois gravés d'Auguste Rouquet. Il ne m'appartient pas de
louer les vers de ce majorai du Félibrige. C'est là la partie de mon
confrère chargé de la rubrique des livres en langue d'Oc.
La part qui m'est échue n'est pas cependant inférieure à l'autre. Car le
poète et l'illustrateur prennent une égale importance dans chaque page. Les
bois gravés de Rouquet sont mieux qu'un frontispice. Ils apparaissent comme
de véritables petits tableaux, lesquels s'équilibrent avec le texte. On ne peut pas
dire que le félibre commente les compositions de l'artiste, non plus que le xylographe illustre les vers du poète. Les bois gravés décorent le livre, en interprétant le drame émouvant du Chemin de la Croix.
Les compositions d'Auguste Rouquet pour Lou Cami de la Crouts, —
EUILLETONS

(1) Edité par A. BRIEU, 4, rue Âuber à Narbonne. Edition presque épuisée. Le prix de
l'exemplaire sur Hollande est porté de 50 à 100 francs.

�ce sont bien de vraies compositions, — marquent une étape sérieuse dans l'évolution de ce graveur. On mesure la route qu'il a parcourue depuis la première
édition de Ville du Passé (i). Là, les images de la cité de Carcassonne, les vieilles bâtisses trouant le ciel latin de leur architecture méridionale, s'égayant
parfois du voisinage de quelque arbre fruitier ou de masses de verdures, se
trouvaient retracées en une traduction serrant de près la réalité et la nature.
Dans la seconde édition de La Ville du Passé, enrichie de gravures qui ne
figuraient pas dans la première, on découvrait dans les nouvelles xylographies une application à dégager les éléments essentiels d'un paysage et à les
exprimer dans un style essentiellement décoratif.
Rouquet, dans l'intervalle, avait publié Les Jardins de Paris. Au milieu
de ces coins enchanteurs dans quoi les architectures, les statues, les colonnades
se marient harmonieusement avec les frondaisons, — éternel symbole de
poésie, — Auguste Rouquet avait bien compris tout le parti qu'offraient ces
jardins réalisés pour le décor de la vie. Il avait orienté, dans la conception de
ces grandes gravures sur bois, son imagination toujours vive et fertile, vers la
recherche de combinaisons d'arabesques ornementales. Il avait eu, à ce point de
vue, des trouvailles tout à fait réussies. Le caractère décoratif de ces planches
ne diminuait nullement d'ailleurs le sentiment de la nature. On sentait l'air,
on respirait, et on voyait la lumière dans ces jardins et parcs de Paris, comme
dans les aspects divers de la Cité de Carcassonne.
Dans la deuxième édition de la Ville du Passé (2), il y a un bois gravé La
Pietà qui annonce déjà ceux du Cami de la Crouts. Dans ces dernières xylographies, l'élément décoratif se retrouve, mais moins épanoui, plus sobre, plus
concentré, ainsi qu'il convient. Les traits sont écrits en des effets simples, les
contrastes des blancs et des noirs s'accusent avec intensité. Jamais Rouquet
n'a atteint à une aussi grande puissance d'expression, avec une technique de
plus en plus sûre. Le graveur a enclos tous ses sujets dans le cadre d'un format
unique. Celui-ci n'est pas constitué seulementpar des lignes droites. Ils'arrondit
en haut comme pour former une sorte de voûte, rappel de la chapelle. Les quatorze scènes de cette tragédie religieuse se déroulent non sans une grande
diversité dans la présentation. Tantôt, deux masques, tels celui de Jésus et de
Pilate, en regard, dans la première station, ou un seul comme celui du Christ
dans le tableau de la mort, ou une sorte de frise de bustes comme dans celui
de Jésus consolant les saintes femmes. Tantôt, au contraire, les personnages
sont figurés en pied, ainsi que dans la plupart des scènes du Portement de
Croix, et leur groupement s'affirme sérieusement étudié. Les faces s'allongent,
— je pense à cette treizième station, si poignante, de la Descente de Croix, —
les gestes s'étirent, expressifs de la souffrance, avec une naïveté qui, pour rappeler celle des primitifs, demeure d'une sincérité tout à fait spontanée. Ces
gravures sur bois parlent à l'âme, en même temps-qu'elles satisfont les regards
dans leur adaptation livresque,typographique. Je m'interroge,devant la signification fortement tragique de ces scènes, si Auguste Rouquet n'a pas gardé dans
ses veines, par le mystère de l'apport des races, un peu de sang espagnol. Car
il y a incontestablement dans ces bois de Lou Cami de la Crouts où la passion
(1) La première édition est presque entièrement épuisée.
(2) Editions d'art Michel JORDY, cité de Carcassonne, prix : 50 francs ; édition augmentée
de nombreuses planches.

�— 49 —
du Christ se noue et se dénoue sous des ciels tourmentés, comme un accent de
ce pays de Ribera, du Greco ou du Goya. Diversité des tempéraments d'artistes.
Je rapproche dans mon souvenir cette œuvre du graveur méridional de ces
tableaux peints par Maurice Denis pour un Chemin de Croix et exposés voici
quelques années. Mais c'est pour en mieux saisir l'opposition. Dans ces peintures de Denis, de premier ordre, le drame de la passion s'accomplissait au
milieu de paysages d'Orient d'une palette d'harmonieuse clarté.
Auguste Rouquet nous donnera bientôt, nous l'espérons, une nouvelle
suite de bois gravés sous le titre Terre Natale. Il la prépare depuis longtemps.
Quelques-unes de ces xylographies, les plus récemment exécutées, ont déjà
paru dans ces Feuillets Occitans. D'autres sont plus anciennes, et se rattachent
à la manière des premiers bois de la Ville du Passé. Mais que Rouquet ne les
laisse pas au fond de ses cartons T Ces premières gravures conservent aussi
leur saveur de terroir. Le véritable artiste ne s'emprisonne pas dans une formule, mais il assouplit son métier selon le sujet à traiter. Et Auguste Rouquet
est trop artiste : il le sait bien.
* *

Le Roussillon se dispute avec la Côte d'Azur la faveur des coloristes. On
doit même soutenir que ceux-ci manifestent une préférence marquée pour
La Côte de Saphir, ainsi qu'Auguste Rouquet lui-même a appelé le rivage
roussillonnais dans un recueil de xylographies publié avant la guerre. Deux
peintres viennent de réunir, en des galeries parisiennes, des ensembles de
toiles comprenant un nombre important de sites des Pyrénées-Orientales. Et
ce sont deux artistes qui ne font pas partie du même bateau. L'un, Henri Montassiez appartient au groupe de ces jeunes coloristes que l'on aime de rencontrer aux Artistes Français où ils apportent une jeunesse souhaitable. Montassier dont j'ai étudié l'œuvre naguère dans un article du Figaro Artistique a
planté son chevalet à Prats-de-Mollo. Il a retracé, dans une palette chatoyante
et claire, dans une pâte luisante et comme croustillante parfois, d'un pinceau
ferme et précis, tout le caractère et toute la poésie de l'Apre et Douce Catalogne, selon l'expression infiniment juste du poète Henry Muchart dans ce
livre si coloré Le Miel Sauvage qui vient de paraître. Le peintre a posé sur sa
toile, avec « une joie de peindre » que l'on devine, le clocher roman de Pratsde-Mollo, aux tons de miel, découpant de son élan rectangulaire l'azur corsé
du ciel qu'un long cyprès, tordu par le vent, découpe, lui, de sa forme en fuseau.
Il a représenté aussi Le Pont d'Espagne apparaissant de profd, tandis que des
maisons, aux toitures d'un bistre rosé, semblent s'entasser au-dessus de son
arche, en un pittoresque désordre. Il a été séduit, et il nous séduit, par une
route de montagne descendant auprès d'une métairie que le soleil coupe en
deux avec un effet d'ombre et de lumière. Henri Montassier, pénétrant dans la
petite ville, en a décrit la place reposante, le platane sur le ciel bleu, les petites
vieilles assises. Il a silhouetté le village d'Ix dont les maisons moutonnent
auprès du clocher, leur berger, sur le fond bleuâtre des monts.
Le second de ces peintres est Pierre Brune, lequel, comme Déodat de
Séverac, a élu domicile à Céret. Brune se situe à l'avant-garde de l'art, dans la

�— 50 —
lignée d'un Matisse ou d'un Bonnard. Il compose ses tableaux en assemblant
des taches de couleurs. Et ces taches se juxtaposent avec le plus subtil accord
dans cette vue des Capucins, plusieurs fois traitée, où les habitations du hameau, les cyprès se marient sur le bleuissement des montagnes; dans les
Altères bleutées derrière des terrains bistres; dans ce Canigou, coiffé de neige
blanche, se vêtant ensuite de mauve, de bleu et de roux à l'endroit où ses pentes
se confondent avec les toits des premières maisons. Une nature morte témoigne que le peintre harmonise les choses avec autant de bonheur quand il place
des roses rouges devant des livres que lorsqu'il situe un mimosa tout enfleuri
de jaune auprès d'une petite villa.
Enfin, je dois signaler que Gaspard-Maillol a représenté le Roussillon
dans le groupement des Partisans au milieu desquels il a exposé à la Galerie
Drouant. Quelles idées défendent ces Partisans sous ce titre de combat ? Peu
importe. Ils font de la bonne peinture. Et cela vaut mieux. Gaspard-Maillol
nous a montré un paysage méditerranéen parmi des toiles d'Antral, Balande,
Bonanomi, M. et Mme Briggs, Chavenon, Crissay, Deslignères, Marcel-Gaillard,
P.-E. Pissarro, Savreux, Sermaise, parmi des sculptures de Chauvel et de Popineau. Il se distinguait par le sujet latin de son tableau. Et ce dernier, de même
que sa Seine à Port-Marly, possédait bien l'ampleur et la robustesse habituelles à ce peintre.
Paul-SENTENAC

Lou Cami de la Crouts
Dans « Lou Cami de la Crouts », magnifiquement édité à Narbonne,
chez A. Brieu, 4, rue Auber, on ne sait ce qu'il faut admirer le plus des bois
gravés d'Auguste Rouquet ou des poèmes du Dr P. Albarel.
Auguste Rouquet est un grand artiste qui burinait de vrais chefs-d'œuvre
dans le bois avant que la gravure sur bois eut repris la faveur qu'elle a aujourd'hui. Son ouvrage sur la Cité de Carcassonne est une merveille qui sera un
jour fort recherchée. Comme d'ailleurs, je crois, tout ce qu'aura réalisé cet
artiste qui aujourd'hui encore ne cesse de se perfectionner.
Il y a longtemps que je le suis, autrefois dans la Revue Méridionale ;
aujourd'hui dans la belle revue Septimanie, qui par sa présentation comme par
son texte fait si grand honneur à Narbonne et à tout notre Languedoc, mais
vraiment, je ne crois pas qu'Auguste Rouquet ait jamais rien produit d'aussi
impressionnant, d'aussi beau et d'aussi parfait dans l'exécution que ces bois
du Cami de la Crouts. Par la netteté du dessin, la plénitude des formes, le travail ouvragé des détails, la répartition des ombres et des clairs, ils attestent
un maître.
Pour chacune des XIV stations du Chemin de la Croix, le Dr Albarel, qui
est un de nos meilleurs poètes méridionaux, a écrit un sonnet. Ces poèmes
d'une inspiration parfaitement chrétienne, nerveux, ardents, sont émouvants.
Mais ce qu'ils ont encore de meilleur et de tout à fait remarquable, c'est la
langue dont se sert le poète. C'est un Languedocien ; dru, racé, sortant à même

�— 51 —
du terroir, où abondent les vieux mots les plus pittoresques, les plus expressifs.
On n'en sera pas étonné de la part du Dr Albarel, qui est un philologue
et dont les travaux sur la langue de Rabelais sont bien connus. Mais il a vraiment composé là un reliquaire de notre vieille langue dont on ne saurait trop
le féliciter.
J'espère que la municipalité de Narbonne aura acquis pour la bibliothèque
de la ville, ce Cami de la Crouts qui ressemble à un livre du Moyen-Age et
même qu'elle l'aura fait soigneusement relier pour le conserver.
C'est non seulement une belle œuvre qui fait honneur
au pays narbonnais, c'est aussi un document de premier ordre.
Jules VËRAN
L'ÉCLAIR, de Montpellier
25 mars 1927.

�a
JÉSUS EST LIÉ A LA COLONNE
Bois original d'Auguste Rouquet pour Lou Cami de la Crouts

es
LAS VIÈLHAS MOLAS
Temps dels molins quilhats subre las nautas côlas,
Ont jingoleja l'Autanàs descabestrat,
Temps dels blancs molinièrs que tant an môudurats
Vès lo cèl fosc del debrembier, rabent, t'envolas T
S'auzis plus bronzinar la canson de las môlas
Fazent farina ambé lo milh, ambé lo blat.
Las duras pèiras de Sidôbre an acabat
De virar coma d'engabiadas esquirôlas.
Jos un engard, la verda mofa las vestis,
E son aqui dempèi qu'ai Lauragués païs
Pels cilindres d'acièr foguèron remplasadas.
Res n'escapant, sus tèrra, al despietados Sort,
Las cauzas d'autres côps se vezon delaisadas
Coin de meninas que s'envan cap à la Mort
Prosper ESTIEU

�— 53 —

LES VIEILLES MEULES
Temps des moulins dressés sur les hautes collines où se lamente l'Autan
déchaîné, temps des blancs meuniers qui ont tant usé du droit de mouture, tu
t'envoles, rapide, vers le ciel sombre de l'oubli T
On n'entend plus bruire la chanson des meules faisant de la farine avec
le maïs, avec le blé. Les dures pierres de Sidobre ont achevé de tourner comme
des écureuils en cage.
Sous un hangar, la verte mousse les habille, et elles sont là depuis
qu'au pays Lauraguais elles furent remplacées par les cylindres d'acier.
Rien n'échappant, sur terre, au Sort impitoyable, les choses d'autrefois
se voient délaissées comme des aïeules s'acheminant vers la Mort.
P. E.

BIBLIOGRAPHIE OCCITANE
Albert PESTOUR. Lous Rebats sus l'autura. — (Les Reflets sur la colline), vers limousins et traduction française avec un poème liminaire en provençal de Charles Maurras.
Paris, éditions de Lemouzi, 33, boulevard Lefebvre (XV), 1926. In-16".
Albert Pestour, dont nous avons donné deux pièces inédites dans notre dernier numéro,
est un des maîtres de la poésie limousine contemporaine. Il est né à Magnac-Bourg (HauteVienne) en 1889. Maître en gai savoir, titulaire de l'Eglantine d'Or des Ussels, et secrétaire de
la Maintenance du Limousin, Pestour réunit deux qualités, qui chez beaucoup semblent
s'exclure ; il est à la fois poète et homme d'action. La publication de son premier recueil de
poèmes, dont nous avons le vif plaisir de rendre compte, est un grand événement pour la littérature de nos pays d'oc. L'Académie des jeux floraux de Toulouse vient de lui décerner, à cette
occasion, une Violette d'argent.
Ce livre est d'un charme unique. Par la perfection de la forme, ses poèmes s'apparentent à ceux de l'Anthologie grecque; par le raffinement de la pensée et des images ils font
songer au lyrisme de Shakespeare dans les Sonnets, Vénus et Adonis, le Pèlerin passionné.
Albert Pestour que, selon l'expression de Charles Maurras, la Provence envie au
Limousin, s'est proposé dans son livre de « chanter la douceur limousine épanouie sur le visage
des saisons ».
Le Printemps dont « tout l'espoir féerique » lui entre soudain dans le cœur « comme une
nuée d'abeilles d'or », et dont « le vent étincelant disperse dans l'air bleu des parfums », le
Printemps limousin dont « l'Ondée se promène » « fée adolescente » entre ciel et terre tandis
que « le bord de sa robe douce fait ployer l'herbe d'Avril », Pestour l'aime et boit d'un trait
« son délice » comme « un vin de flamme et de fleur ». Et il admire le visage de l'Eté, quand
« sous la figure empourprée d'un bel adolescent joueur, Juillet éparpille en parfums l'âme
radieuse de la prairie ». Mais c'est pour l'Automne qu'il réserve peut-être ses plus chères
images, c'est pour l'Automne et pour Septembre à la clarté plus belle que la lumière d'Avril
et qui donne « au fruit l'éclat de la fleur », c'est pour Octobre « qui mène la ronde des couleurs » et dont la changeante lumière se fige en perles de miel dans les figues bleues. « Heureux, murmure-t-il, celui qui savoure avec une âme d'écureuil la splendeur de l'Automne et le
miel radieux de l'heure ». Et il contemple la saison magique « qui sur son sein berce les bois
délicieux », la saison magique qui « fait refleurir les roses sur les tombes », l'Automne « Impératrice des songes et des mirages », et, « comme au taillis gémit la palombe », il se lamente
sur son trépas. Mais, la neige le console de l'hiver, la neige « fleur ailée, rêve immaculé, pur
élan », qui s'amoncelle au creux des chemins « comme -une nuée de colombes », et « se baigne
dans les sources... » Cette douceur de la neige est plus douce au cœur du poète que certains

�— 54 —

matins des beaux jours dont la douceur parfois lui perce l'âme comme le fil d'une lame qui le.
« blesserait de joie ». Sa sensibilité exquise se plaît à se reposer du soleil par les rayons amis
de la lune « mère des mirages, aux prairies célestes trempées d'une clarté quasi magique », et
il lui dit : « Combien d'amoureuses, dans le vaste univers, d'âmes nostalgiques, te contemplent
en pleurant ! » Son âme nostalgique de poète, Pestour a su la tremper aux sources de l'Espoir
chrétien, il sait dire au Malheur : « O vieux Malheur, bats plus fort, frappe plus dur, pour que
mon âme soit plus belle et pour que mon cœur soit plus pur ! » Il espère en Celui « qui a pour
miroir la mer et pour lampe l'étoile », il se cramponne au roc où fleurit la croix, il espère en
ce jour prédit où les mains des pauvres resplendiront « plus belles que des fleurs de lumière »,
prés des mains percées du Sauveur.
Ce qui attache invinciblement le poète à tout ce qui fit si grande et si belle la foi des
vieux temps, c'est la tradition, c'est la famille, c'est la maison qu'il contemple sur la colline,
la maison « candide comme une âme qui n'a pas démérité », c'est la terre de Magnac où il veut
reposer un jour, c'est sa mère, vers qui monte ce cri filial : « Ton âme me voit et m'écoute, ô
ma mère, et je suis sûr qu'aux cieux, rien ne peut te plaire davantage que de m'entendre prier
pour toi en limousin ».
Le limousin, fier et pur langage, il en doit à sa mère les mots pleins de soleil. Avec
ces mots adéquats à son âme, il a chanté, sur la colline de ses songes, de merveilleux reflets.
Antonin PERBOSC. Les Langues de France à l'école. — Toulouse, collection oc, éditorial occitan, 1926. In-16.
M. Antonin Perbosc a réuni en un substantiel petit volume les articles parus dans Oc
du 25 Octobre 1925 au 28 Février 1926. « Les ministres passent, dit-il à propos de la trop fameuse
circulaire de M. de Monzie, les langues restent — les circulaires aussi. Mais les langues
restent et vivent ; il est des circulaires mort-nées qui restent dans les cartons officiels
qui leurs servent à la fois de berceaux et de tombes». Et M. Perbosc passe au crible la malencontreuse circulaire dont les arguments apparaissent sans force lorsqu'on a terminé la lecture de ce petit livre où le grand poète occitan a noté les résultats de l'expérience acquise
par lui pendant les longues années qu'il a consacrées à l'instruction des enfants du Midi. La
cause est entendue maintenant, nul ne peut contester l'utilité de la langue d'Oc à l'école pour
l'enseignement du français.
Jean AUDIAU. Les Troubadours et l'Angleterre. — Contribution à l'étude des poètes
anglais de l'Amour au Moyen-Age (XIII* et XIV* siècles). Nouvelle édition revue et complétée.
Paris, J. Vrin, 1927. In-16.
En 1919, au retour de la guerre, M. Jean Audiau avait entrepris d'étudier l'influence
des troubadours sur la poésie anglaise du Moyen-Age et, en 1920, il publiait les premiers résultats de cette étude. Le petit opuscule où le tout jeune et très savant romaniste avait noté les
résultats de ses premières recherches, est devenu un important ouvrage. Ceux qui s'intéressent
à la poésie de l'Angleterre et de l'Occitanie y trouveront mille curieux rapprochements.
D'après M. Audiau, on est en droit de se demander si les riches marchands qui faisaient le
commerce des vins entre le Sud de la France et la Grande-Bretagne, n'ont pas contribué à
répandre en Angleterre les œuvres des Troubadours, tout au moins en vendant aux grands seigneurs les manuscrits enluminés de leurs chansons. Les navigateurs anglais étaient d'ailleurs
familiarisés avec la langue d'Oc.
On trouve même en anglais des mots d'origine occitane. L'influence des troubadours
sur les poètes anglais du Moyen-Age est indéniable et plusieurs d'entre eux ont, de façon certaine, séjourné en Grande-Bretagne.
PAUL-LOUIS GRENIER

�— 55 —

^Nécrologie
ETIENNE MARTEL
L'annonce de la mort d'Etienne Martel nous a été une cruelle surprise
au moment même oùpar une singulière télépathie, nous venions de remémorer
une fois de plus son nom avec estime dans l'article que nous consacrons à
Henri Duclos, ici même.
Le jeune auteur de Vin Rouge ou plutôt l'un des deux auteurs de Vin
Rouge, (car Pierre Martel survit, torturé, haletant d'avoir perdu la moitié de
soi-même, mais non assez désemparé pour renoncer à mener à bien la tâche
hier conçue en commun), Etienne Martel, donc, meurt à 27 ans, sans avoir su
que son œuvre récente, « la rencontre de Cervantes et de Quichotte » avait
été livrée par Bernard Grasset à la composition, pour paraître dans la nouvelle collection « le Banquet », publiée sous la direction de Daniel Halévy.
Et je ne sais pourquoi, des phrases significatives et émouvantes de Vin
Rouge me viennent à l'esprit soudain : « Des êtres qui ne peuvent rien dans
la vie acquièrent par la mort des pouvoirs illimités dont nous n'avons la
moindre conscience ; quelque chose résiste à la mort, et libère des contraintes du corps, pour accomplir les pénétrations et les conjurations les plus
étonnantes ».
Ne sont-ce pas là des mots d'une singulière prescience ? Et comme
couronne cette citation, faite par Martel, de deux vers admirables de Mistral
qu'on pourrait graver aujourd'hui en épitaphe sur la stèle du jeune romancier :
E lou grand mot que l'orne oublido,
Vel eici : la mort est la vido.
Fernand CRËMIEUX

A propos Je Gastronomie
L'heure est à l'art de bien manger. Nous assistons à une renaissance de la gastronomie
et surtout de la gastronomie régionaliste. Au moment même ou les «Feuillets Occitans» préparent leur numéro sur la bonne cuisine et les bons vins du Midi, la belle revue que dirige à
Besançon M. Lardier : «Franche-Comté et Monts Jura», va faire paraître un numéro spécial
sur la gastronomie Franc-Comtoise, que nous signalons aux gourmands de chez nous.

Le ^NÎ.onument Chénier
Le Groupe Occitan, reprenant l'idée d'un monument à la Mémoire de notre grand
compatriote André Chénier, a chargé son Vice-Président, le poète et romancier Paul-Sentenac
de réunir un nouveaux Comité. L'ancien Comité, jadis constitué, avait comme Secrétaire
Général le poète et graveur Achille Rouquet, Directeur de la Revue Méridionale à Carcassonne.
La présidence d'honneur du nouveaux comité a été acceptée par M. Albert Sarraut, Ministre de l'Intérieur Le Groupe Occitan a chargé notre sympathique compatriote et ami M. G.
Combeleran du Syndicat d'initiative de Carcassonne et des «Amis de la Cité» d'organiser un
Comité local correspondant.

�— 56 —

LE SALON OCCITAN
Le Salon Occitan aura lieu cette année aux mois d'Octobre-Novembre. Il comprendra
une nouvelle section : le Salon des écrivains Occitans et des Revues d'Occitanie.

Erratum
Dans notre numéro d'avril 1927 (nouvelle série) une erreur d'imprimerie a complètement déformé la chronique des Livres de Frédéric Saisset et la suppression des titres des
ouvrages analysés a rendu la lecture de cette chronique en majeure partie incompréhensible.
Nous rétablissons ici le début de chaque paragraphe avec le titre de l'ouvrage et le
nom de l'auteur en priant nos lecteurs de vouloir bien se reporter au numéro précédent.
Georges Heitz : Images détachées de l'oubli (poèmes)
(Paris. — Collection de l'Ermitage)
Les vers de la « Dédicace » et de « Polymnie » qui ouvrent ce beau livre, etc..
Ferdinand Lovio : Le Siège de Cahors 1580 (chez l'auteur)
C'est un recueil de poèmes sur le siège de la cité du Quercy par Henry IV...
Pierre-Alexis Muenier : Emile Montégut

(Paris. — Garnier frères)
Emile Montégut était Limousin, enfant d'une vieille famille...
Albert Bausil : Images de Font-Romeu (Perpignan)
On trouvera dans ce livre qui est un chant d'amour dédié à la Cerdagne, etc..
Marika Stiernsted : Ulabella

Roman traduit du suédois par Kate Hornell et Juliette Julia
(Albin Michel Editeur Paris)
Ce roman, Ulabella, de Marika Stiernsted a été traduit par une roussillonnaise, etc..
Jean Suberville : Simon de Montfort (pièce en 4 actes, en vers)
(Librairie Théâtrale, Paris.)
Voici un beau drame rapide qui se déroule de l'automne 1212 à l'automne 1213, à
Toulouse, etc..
Jean Amade : Chants Rustiques et Oraisons (poèmes)
(Editions Occitania E.N. Guitard, 6, Pqssage Verdeau. Paris.)
Jean Amade à qui les Roussillonnais doivent de judicieux ouvrages régionalistes, etc..
A.M. Gossez : Henri fflériot, le dernier romantique

etc..

(Aux Editions du bon plaisir à Toulouse)
A. M. Gossez, excellent poète lui-même étudie le poète Henri Mériot avec la sympathie
Isabelle Korn : Choix de Poésies

(Editions,Heintz frères. Oran)
Le choix de Poésies d'Isabelle Korn préfacé par Alfred Cazes etc..
Gaspard Malllol : Les Petites Eglises de la Guerre (Préface de Paui-Sentenac.)
(A VEnseigne de Pégase, Paris)
C'est surtout comme peintre, écrit l'Editeur, que Gaspard Maillol était connu etc..
Alfred Cazes : Mon vieux Languedoc

(Editions Heintz frères, Oran)
Dans ces contes, pensés, en langue d'Oc, écrit l'auteur, etc..
Loys Labèque : Eglises parlantes (poèmes)

etc..

(Editions Sansot, Paris)
Le poète visionnaire Loys Labèque qui s'est fait connaître par quatre volumes de vers,
Georges Barrière Flavy : L'agonie des Algies (drame en 3 actes)

(Editions Occitania E.N.Guitard,Paris)
L'action de ce drame poignant est condensée etc..
Blanche Cazes : Pages de la quinzième année

(Aubanel fils, Avignon)
C'est un harmonieux recueil de poésies etc..
L'IMPRIMEUR-GÉRANT :

R. Roux —

SOISY-SOUS-MONTMORENCY (S.-&amp;-O.)

CTDTO!
BUIERSI

�Le groupe des

Rutènes

Le nom de " Rutênes " que portaient aux temps gaulois les turbulentes peuplades du
Rouergue a été pris par un jeune cercle artistique et littéraire Aveyronnais soucieux de marquer ainsi son caractère franchement rêgionaliste et son culte des plus anciennes traditions.
C'est dire que dans son enceinte la langue d'Oc est â l'honneur comme dans notre groupe luimême. Son fondateur M. Jean Cotereau est par ailleurs un de nos adhérents et un de ses premiers actes a été de rattacher le cercle nouvellement fondé à notre fédération occitane. Pour
toutes ces raisons, nous croyons devoir signaler « les Rutènes » à tous ceux que le Rouergue
intéresse. Depuis un an qu'elle existe, cette association n'a cessé de montrer son activité et son
dévouement à la petite patrie. Au cours des réunions mensuelles, lesquelles ont lieu depuis
Novembre 1928 à la Brasserie du Pont-Neuf, 17, rue du Pont-Neuf, ont été données les causeries
suivantes « Les Rouergats à Paris, il y a cent ans », « Le régionalisme et le Rouergue », « Une
célèbre Ruthénoise au Moyen-Age, Guida de Rodez », « Auvergne et Rouergue », -etc. Chaque
séance comporte en outre des projections de vues et reproductions d'œuvres d'art aveyronnaises, des récitations littéraires et des exécutions musicales se rapportant strictement au
Rouergue. Non contents d'organiser ces soirées, les Rutènes préparent actuellement une
« Anthologie de la littérature rouergate » depuis le Moyen-Age jusqu'à nos jours. Les personnes qui désireraient avoir des renseignements sur ce cercle, pourront s'adresser à son
secrétaire fondateur M. Jean Cotereau, 1, square Aug.-Chabrières, Paris XV*.

Vers un art rouergat
Conférence donnée au Caméléon, le 20 Janvier 1927, par M.Jean Cotereau.

Partant de cette idée que chaque région parfaitement caractéristique peut créer une
formule d'art originale, le conférencier a d'abord démontré que le Rouergue, sa géographie
pittoresque, son histoire mouvementée, sa race au relief accusé constituaient par l'artiste et
pour l'écrivain une source inépuisable d'inspiration. Il a ensuite distingué parmi les artistes
aveyronnais ceux dont le régionalisme est le plus franchement accusé, les sculpteurs Lafleur,
Grandet, Bertrand et Malet, les peintres Roger et Casimir Serpantré enfin le grand Eugène
Viala plusieurs mois mentionnés par les Feuillets. Très riche également la littérature vraiment
rouergate, d'un côté les traditionnalistes chrétiens, de Pomairols, François Fabié, Enée Bouloc,
le félibre Bessou, l'entomologiste Fabre, dans quelques unes de ses pages, plus récemment
M"" Reynes Monlaur, MM. André Delacour et Mare André Fabre, enfin Mademoiselle Amal
(que son dernier recueil de vers rattacherait plutôt au second groupe) de l'autre le poète
Roger Frené et surtout Eugène Viala, à nommer ici encore, auteurs panthéistes, voire païens,
d'une originalité plus puissante. La musique présente un beau trésor populaire, mais le
Rouergue attend son Canteloube, son Déodat de Sévérac.
€4

Le Dieu sans Couronne" à Saint-Quentin
Nos lecteurs apprendront avec joie que « Le Dieu sans Couronne » la belle pièce en
trois actes et en vers de notre collaborateur et ami Pierre Jalabert et Etienne Arnaud (musique
de notre compatriote Marc Delmas) sera jouée le 5 juin au Grand Théâtre en plein air de SaintQuentin, par des artistes de la Comédie Française et de l'Odéon devant vingt mille spectateurs.
Ajoutons que le « Dieu sans Couronne » sera également représenté cet été au théâtre antique
de Fréjus toujours par les mêmes artistes. Ainsi s'affirme durable le succès de cette belle
pièce créée en 1923 aux arènes de Béziers.

Un Article de M. Léon Bailby
Dans « VIntransigeant » du jeudi 21 avril dernier, M. Léon Bailby publiait un article
fort intéressant dont nous détachons les passages ci-dessous. Les Feuillets Occitans dont le
but est avant toute chose de développer la culture Occitane dans le cadre de la Patrie Française , ne peuvent que souligner le courageux article de Léon Bailby : DEUX FRANCES ?
« On nous a fait le coup de l'Alsace. Et le procès de Colmar vient de montrer que l'affaire
aurait pu réussir. Voici maintenant qu'on essaye d'une autre malice pour diviser et couper
le pays en deux. Des tracts circulent en ce moment essayant d'établir qu'il y a deux Frances,

�deux régions bien distinctes et différentes, la zone du Mord, qui est féconde, laborieuse, courarageuse ; puis la zone placée au sud de la Loire qui, celle-là serait stérile, pays de la « nécrose »
où se retrouveraient « tous les détritus ethniques, toutes les épaves humaines rejetées
par d'autres nations ».
Aux temps heureux d'avant la guerre, Jules Lemaître s'était un jour diverti à opposer
sur le terrain politique les hommes du Nord à ceux du Midi. Il prétendait que Toulouse n'a
pas seulement le privilège de nous expédier ses ténors, mais qu'elle nous pourvoit aussi généreusement de leaders parlementaires et qu'en fait ce sont les provinces du Midi qui nous
gouvernent.
Cette thèse fantaisiste, qui n'était alors que la boutade d'un homme d'esprit, est reprise
aujourd'hui développée, généralisée par les auteurs anonymes des tracts en question avec
une lourdeur d'arguments bien propre à éveiller nos soupçons. Cette propagande ne seraitelle pas Made in Germant/ ? Le fait est que si on recherche à qui cette besogne peut profiter
on n'en trouve pas d'autres bénéficiaires que ceux des étrangers qui jalousent, avec le prestige de notre victoire, notre relèvement, trop rapide à leur gré
Dans un pays du sud de la France, un journal se créait, il y a quelque temps, destiné,
assurait-on, à défendre les intérêts de cette partie du territoire français jusqu'ici un peu
oubliée et sacrifiée. Naturellement les amitiés et les soutiens s'empressèrent nombreux
autour de la nouvelle feuille animée de si généreuses intentions.
Or, grande fut la surprise des bons Français, des lecteurs, à voir bientôt ledit \ournal jeter le masque et mener une active campagne séparatiste. Inutile de préciser que cette
action n'était inspirée et rétribuée que par les éléments ardents et hostiles d'une population
voisine
»

Service d'Échange des Revues
L'Action Corporative (Quercy) — L'Activité Nord-Africaine et Coloniale (Paris) — Les
Annales du Musée social (Paris) — L'Aude à Paris (Paris) — L'Audeà Toulouse (Toulouse)
— L'Auto que bufo un cop cado mes (Toulouse) — L'Auvergne littéraire, artistique et félibréenne (Clermont-Ferrand) — Le Beffroi de Flandre (Dunkerque) — Biou y Toros (Nimes) —
La Brise (Brive) — Lou Bournat (Périgueux) — Bulletin de la Société Archéologique de
Narbonne — Le Cadet de Gascogne (Paris) — Causses et Cét^ènes (Paris) — Le Cercle du
Goût Français (Paris) — Ceux qui viennent (Paris) — La Chaumière (Rouen) — La Cigalo
Narbouneso (Narbonne) — La Cigalo Languedouciano (Béziers) — La Cobreto (Aurillac) —
Contimporanul (Bucarest) — Le Courrier Catalan (Paris); — Le Divan (Paris) — Divona
(Cahors) — Le Domaine (Foix) — L'Ermitage (Paris) — L'Escola Fclibreena (Montpellier)
— L'Escolo de las pireneos (Montauban) — L'Essor (Dijon) — L'Etendard Piscénois (Pézenas)
— L'Est Dramatique (Troyes) — L'Eveil Catalan (Perpignan) — Le Feu (Aix-en-Provence) —
La Feuille de Choux (Paris) — Le Flambeau du Nord (Tourcoing) — Le Fédéraliste (Courbevoie) — Franche-Comté et Monts-Jura (Besançon) — Le Fleuve (Lyon) — France-Orient (Paris)
Le Gard à Paris (Paris) — Le Grand Tourisme (Paris) — Lo gai Saber (Toulouse) — Le Grenier (Orléans) — Idées (Paris) —L'Idée A'euve (Lyon) — L'Information Régionalè\ÇVou\ouse)—
Le Languedoc (Alger) — Le Limousin (Paris) — Le Mercure de Flandre (Lille) — La Houle
(Lyon) — La Nouvelle Revue du Midi (Nîmes) — Oc (Toulouse) — Paris-Critique (Paris) —
Paris-Provence (Paris) — Le Parthénon (Paris) — La Pensée Latine (Paris) — Poésies (Paris)
— Le Prisme (Lyon) — La Province (Paris) — Les Pyrénées Littéraires (Toulouse) — Les
Rayons (Bordeaux) — La Renaissance Provinciale (Paris) — La Revue des Autodidactes (Toulouse) — La Revue des Indépendants (Asnières) — La Revue Limousine (Limoges) — La Revue
de la Nièvre et du Centre (Paris) — La Semaine Vinicole (Paris) — Septimanie (Narbonne) —
La Science Historique (Paris) — Bulletin de la Société des Arts et Sciences (Carcassonne) —
Le Sol Sacré (Toulouse) — La Revue Latine (Paris) — Le Bulletin de la Société Centrale d'Agriculture de l'Aude (Carcassonne) — Le Rouergue (Paris) — Bulletin de la Société d'Etudes
Scientifiques de l'Aude (Carcassonne) — La Semaine à Paris (Paris) — Le Semeur de Normandie (Falaise) — Le Soleil d'Oc (Toulouse) — Le Sol Sacré (Toulouse) — Le Tarn à Paris (Paris)
— La Terre d'Afrique (Alger) — La Terre d'Oc (Toulouse) — La Tramontane (Perpignan) — Le
Bulletin de l'Union des Fédérations des Syndicats d'Initiative (Paris) — Les Tablettes de la
Côte d'Azur (St-Raphaêl) — Le Touring-Club (Paris)— Le Trait-d'union (Paris) — La Tribune
Régionaliste (Paris) — U Lariccin (Marseille) — La Vie Economique des Soviets (Paris).

�Principaux Collaborateurs
Lettres Françaises : J. F. Paul ALIBERT ; Jean AMADE ; Achille ASTRE ; Jean
AZAÏS ; Jean BADONA ; Daniel BAQUÉ ; A. BAUSIL ; Adrienne BLANC-PÉRIDIER ; BOYERD'AGEN; J.-J. BROUSSON; Jean CAMP; Paul CASTELA ; CHARLES-BRUN ; G. CHERAU, de
l'Académie Goncourt ; Marcel CLAVIÉ ; M. COULON ; Benjamin CRÉMIEUX ; Fernand CRÉMIEUX; Joseph DELTEIL; DENYS-AMIEL ; François DESBROSSES ; Henri DUCLOS; Raymond
ESCHOLIER; L. ESTÉVE; Lucien FABRE; Henri FESCOURT; Ernest GAUBERT; H. GAUTIER
du BAYL ; Jo GINESTOU ; Jean GIROU ; Henry de GORSSE ; Charles GRANDO ; Raymond
GROC ; Jehan d'ARVIEU ; Vincent HYSPA ; Pierre JALABERT ; Jean LEBRAU ; Antoine de
LÈVIS-MIREPOIX; P.-E. MARTEL; J. MORINT-COMB Y ; H. MUCHART; Henri NOELL ; Ch.
PHALIPPOU; J.-S. PONS; Armand PRAVIEL ; Albert-Marie POLJOL ; Albert PUJOL; Docteur
RAMAIN; A. ROUQUET; Charles ROUSSILLON; J. ROZÈS de BROUSSE; Frédéric SAISSET;
PAUL-SENTENAC ; Léon SOULIÉ ; TOUNY-LERYS ; F. TRESSERRE; Suzanne TESSIER; Paul
VALÉRY, de l'Académie Française ; Georges VILLE ; Jules VERAN ; etc..
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE ; Jules AZÈMA; Docteur Paul ALBAREL ; Léon
AURIOL; Abbé DAMBIELLE; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE ; M. FRISSANT ;
Ismaël GIRARD ; P.-L. GRENIER ; E.-H. GUITARD ; Léon JULIA ; J. LOUBET ; Antonin PERBOSC ; Jean PUEL ; Emile RIPERT ; José ROUQUET ; Abbé Joseph SALVAT ; Docteur SOULA ;
G. VINAS ; etc.
Beaux-Arts : BAUSIL ; BERNARD ; BOURGAT ; Auguste CHABAUD ; CALMON ; Louis
CLAUDEL; DESNOYERS ; DOMERGUE-LAGARDE ; L.-C.AYMAR; H. FAVIER ; FONTBERNAT; Mme GAUDION ; A. GUENOT ; GASPARD - MAILLOL ; A. LAGARRIGUE ; Pierre
LAPRADE ; Jean MAGROU ; Jean MARSEILLAC ; MAX-THERON ; PARAYRE ; RAMEY ;
RAMOND ; E. REY-ANDREU ; Achille ROUQUET ; Auguste ROUQUET, etc..
Études économiques : J.ANGLADE ; Gaston COMBELERAN; Emile COMET; L. DOUARCHE
Jean DUPUY ; Aimé GRANEL ; A. PASSERIEUX ; Pierre du MAROUSSEM, etc..
Histoire, Archéologie, Fok-Lore: Fernand CROS-MAYREVIEILLE ; E. ROUX-PARASSAC;
L. LAGARDE; E. LITRÉ ; Prosper MONTAGNÉ; FOIX; Abbé SABARTHÉS.
Chroniques de l'Amérique Latine : Jean CAMP ; de SAINT-VINCENT-BRASSAC.
Chroniques Italiennes : César SILVAGNI.
Chroniques Espagnoles :
Chroniques Roumaines : Mlle URSU.
Chroniques Portugaises : PERE IRA da SILVA.

�Troisième
Deuxième

Année
Feuillet

Je la ^Nouvelle Série
Ai.ai

neuf-cent vingt-sept

(Dix

Feuillets

par

an)

Edition ordinaire. 3 fr. 5o le numéro
lia été tiré Ju présent numéro 20 exemplaires
de luxe numérotés, hors commerce, sur papier
Je Montval, Je G. Maillol.
Exemplaire n"

�</text>
                </elementText>
              </elementTextContainer>
            </element>
          </elementContainer>
        </elementSet>
      </elementSetContainer>
    </file>
    <file fileId="48099" order="11">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d8e3af83bfa79a60ec3d71b5801a5672.jpg</src>
      <authentication>a50d289d38bbbcb318b1d77a9fca686d</authentication>
    </file>
    <file fileId="48100" order="12">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c45297c7c2a28b5d4becf9609e248422.jpg</src>
      <authentication>3392cee35b2467ae0fbb5e6f583b44b3</authentication>
    </file>
    <file fileId="48101" order="13">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/21e4bf911a0e4605785ca97b93350b8b.jpg</src>
      <authentication>166bcf3144ea54653b87681196e653e1</authentication>
    </file>
    <file fileId="48102" order="14">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/7d08d6109eadc118bf96d150f3ef6ea6.jpg</src>
      <authentication>51b28a2b967ee3283f68fb86554f8a9b</authentication>
    </file>
    <file fileId="48103" order="15">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/a01a9447749d904545e95da133357757.jpg</src>
      <authentication>922153ba5d7981fb2a52731307a4178a</authentication>
    </file>
    <file fileId="48104" order="16">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/897d6ba87e39bd0d12e1c7714f6f3be4.jpg</src>
      <authentication>d3884544b487570e51efa5541af34cf3</authentication>
    </file>
    <file fileId="48105" order="17">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/225d757971f70a7f40e50359bf08f4d9.jpg</src>
      <authentication>82d6e787c7e211ead1fee621aa131545</authentication>
    </file>
    <file fileId="48106" order="18">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9bda2be53d11306300e8683ef9de698b.jpg</src>
      <authentication>95ea877866f03b087b20b316dc89554a</authentication>
    </file>
    <file fileId="48107" order="19">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c2b456b2437bfd51e0714a983416ada0.jpg</src>
      <authentication>47f2a3f8c0001a8c72a93ec47e80712c</authentication>
    </file>
    <file fileId="48108" order="20">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/0a83de09dc588b1a97526670e2ec079b.jpg</src>
      <authentication>607274ee24e92a9ac6dd74e096bfe14f</authentication>
    </file>
    <file fileId="48109" order="21">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/8d627c561085534c903c4c52229d3b7b.jpg</src>
      <authentication>71a07c79314813e3459733f32f815560</authentication>
    </file>
    <file fileId="48110" order="22">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/c4ddb522f70d39f66f2aaea15cd8d2f1.jpg</src>
      <authentication>99eca2047fccc48a55a8943931931d75</authentication>
    </file>
    <file fileId="48111" order="23">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/708fb5852bc890b3a6318fce5186ac24.jpg</src>
      <authentication>76d4608fcf39dff19560cbb9bf30bed1</authentication>
    </file>
    <file fileId="48112" order="24">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/50f7429611588fcf29c0c6f03fc60828.jpg</src>
      <authentication>1071e09a98375f91dec95a5036311760</authentication>
    </file>
    <file fileId="48113" order="25">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/d3d2cc05470dc0461eafd7be6de71fb2.jpg</src>
      <authentication>f8cfdd321abc3b9581ed2b93e86faa6f</authentication>
    </file>
    <file fileId="48114" order="26">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/48f13be9ba18ca39f552db4fd8466400.jpg</src>
      <authentication>df614a808b8632797347f5d050b51d7e</authentication>
    </file>
    <file fileId="48115" order="27">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/fce8739c3b6d30c78c136b3a28b61f43.jpg</src>
      <authentication>bbdabb49d58888dfc3ab4db5f31cf90f</authentication>
    </file>
    <file fileId="48116" order="28">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/fdd5905a74670372ac7e3b8055dbe713.jpg</src>
      <authentication>9783902ef5065874eae172a9f5246ba1</authentication>
    </file>
    <file fileId="48117" order="29">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b21c3b665e6c2f5a650f1e5c75802fee.jpg</src>
      <authentication>45ff949556a5489def0bf9ecbdcf7689</authentication>
    </file>
    <file fileId="48118" order="30">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9a9b2ba1036efdf31269061fed2cf6e1.jpg</src>
      <authentication>f305c4bb32c1b71f0f2c26f4bd3d9718</authentication>
    </file>
    <file fileId="48119" order="31">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/61406600878a276445b79bbd753a4679.jpg</src>
      <authentication>4be7661a0dba8c90f4d0a0f4e8c44b64</authentication>
    </file>
    <file fileId="48120" order="32">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/b58e19af596fa481203d00e6d05f583e.jpg</src>
      <authentication>54f9846bff719988a4863e873abe7e8b</authentication>
    </file>
    <file fileId="48121" order="33">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/4457e23d596d7a59b298716ffd132106.jpg</src>
      <authentication>12d5debbdc54bb2cdbf1cfece259f52f</authentication>
    </file>
    <file fileId="48122" order="34">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/19ce1ba8e157fe7febc60b08144b9be6.jpg</src>
      <authentication>64245b28c2774dbe8913b44781f9d2b8</authentication>
    </file>
    <file fileId="48123" order="35">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/aca69955ee5b1f6ee37e764689fe936b.jpg</src>
      <authentication>6d1251310d97499b3bff3f7a296630b8</authentication>
    </file>
    <file fileId="48124" order="36">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/621a859c2fde01cd293d809f118fcb8b.jpg</src>
      <authentication>97d5c26b6f8b1ee963c87b259ec04748</authentication>
    </file>
    <file fileId="48125" order="37">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/99636afd79f9327a8e160811826fc20c.jpg</src>
      <authentication>96aed4fdf05082b1fe497760c52cd616</authentication>
    </file>
    <file fileId="48126" order="38">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/2c27c099909d0108d2f9e23d36b21324.jpg</src>
      <authentication>4d555273e1fb3943133b284d911130d0</authentication>
    </file>
    <file fileId="48127" order="39">
      <src>http://occitanica.eu/files/original/9c539ea630a70ba4e307e5fc80cbdcdc.jpg</src>
      <authentication>e92fe44b3ef37e925967235977be2917</authentication>
    </file>
  </fileContainer>
  <collection collectionId="92">
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355723">
                <text>Patrimoine écrit occitan:périodiques</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355724">
                <text>Ce set contient les périodiques numérisés par le CIRDÒC issus des collections des partenaires d'Occitanica</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
  </collection>
  <itemType itemTypeId="26">
    <name>Revista</name>
    <description>Item type spécifique au CIRDÒC : à privilégier</description>
    <elementContainer>
      <element elementId="128">
        <name>Variante Idiomatique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="422739">
            <text>Languedocien</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="127">
        <name>Région Administrative</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="422740">
            <text>Languedoc-Roussillon</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="129">
        <name>Aire Culturelle</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="422754">
            <text>Languedoc</text>
          </elementText>
          <elementText elementTextId="422755">
            <text>Roussillon</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="163">
        <name>Type de périodique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="440772">
            <text>Revistas  d'estudis localas = Revues d’études locales</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
    </elementContainer>
  </itemType>
  <elementSetContainer>
    <elementSet elementSetId="1">
      <name>Dublin Core</name>
      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="50">
          <name>Title</name>
          <description>A name given to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422718">
              <text>Les Feuillets occitans : Languedoc, Roussillon, pays d'Oc. - 1927, N.S., n°02 (Mai)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="49">
          <name>Subject</name>
          <description>The topic of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422720">
              <text>Littérature occitane -- Périodiques</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422721">
              <text>Mouvement occitan -- Périodiques</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422742">
              <text>Régionalisme -- Périodiques</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422743">
              <text>Régionalisme (littérature) -- Périodiques</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="41">
          <name>Description</name>
          <description>An account of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422722">
              <text>Les Feuillets occitans. - 1927- N° 2</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="39">
          <name>Creator</name>
          <description>An entity primarily responsible for making the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422723">
              <text>Cros-Mayrevieille, Fernand</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="45">
          <name>Publisher</name>
          <description>An entity responsible for making the resource available</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422725">
              <text>Groupe occitan (Paris)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="40">
          <name>Date</name>
          <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422726">
              <text>1927-02</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="47">
          <name>Rights</name>
          <description>Information about rights held in and over the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422727">
              <text>Domaine public/Domeni public</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="46">
          <name>Relation</name>
          <description>A related resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422728">
              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/3e8cc56194a095c0226302dbd853292f.jpg</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422729">
              <text>http://www.sudoc.fr/127555161</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="104">
          <name>Is Part Of</name>
          <description>A related resource in which the described resource is physically or logically included.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422730">
              <text>Les Feuillets occitans (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12808"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="42">
          <name>Format</name>
          <description>The file format, physical medium, or dimensions of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422731">
              <text>application/pdf</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422733">
              <text>1 vol. (p. 30-56)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="44">
          <name>Language</name>
          <description>A language of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422732">
              <text>oci</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422744">
              <text>fre</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="51">
          <name>Type</name>
          <description>The nature or genre of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422734">
              <text>Text</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422735">
              <text>publication en série </text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="43">
          <name>Identifier</name>
          <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422736">
              <text>http://occitanica.eu/omeka/items/show/12830</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="422737">
              <text>FRB340325101_M3_1927_02</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="116">
          <name>Temporal Coverage</name>
          <description>Temporal characteristics of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422738">
              <text>19..</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="98">
          <name>License</name>
          <description>A legal document giving official permission to do something with the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422741">
              <text>Licence ouverte</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="94">
          <name>Date Issued</name>
          <description>Date of formal issuance (e.g., publication) of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="422745">
              <text>2016-03-29 Françoise Bancarel</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="95">
          <name>Date Modified</name>
          <description>Date on which the resource was changed.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="440771">
              <text>2016-06-08</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="37">
          <name>Contributor</name>
          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="440773">
              <text>Crémieux, Fernand</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440774">
              <text>Litré, E.</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440775">
              <text>Ramondenq, R.</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440776">
              <text>Julia, Emile-François</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440777">
              <text>Sentenac, Paul (1884-1958)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440778">
              <text>Rouquet, Auguste (1887-19..)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440779">
              <text>Véran, Jules (1868-1960)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="440780">
              <text>Estieu, Prosper (1860-1939)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="86">
          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="817838">
              <text>Les Feuillets occitans. - 1927, N.S., n°02 (Mai) </text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="48">
          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="823115">
              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 3</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
    <elementSet elementSetId="8">
      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="173">
          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="600121">
              <text>Mediatèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="174">
          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="600122">
              <text>Bibliotèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="172">
          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="600123">
              <text>Numéro de revue</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="182">
          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="643683">
              <text>Documents</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="171">
          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="876454">
              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
  </elementSetContainer>
  <tagContainer>
    <tag tagId="1262">
      <name>Art</name>
    </tag>
    <tag tagId="2043">
      <name>Illustracion dels periodics=Illustration des périodiques</name>
    </tag>
    <tag tagId="149">
      <name>Literatura occitana = littérature occitane</name>
    </tag>
    <tag tagId="2051">
      <name>Movement occitan=Mouvement occitan</name>
    </tag>
    <tag tagId="2044">
      <name>Novèlas=Nouvelles</name>
    </tag>
    <tag tagId="2046">
      <name>Poesia=Poésie</name>
    </tag>
  </tagContainer>
</item>
