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                  <text>LE S FEVILLETS
OCCITANS
LANGVEDOC ROVSSILLON EAYSffOC
41, BOULEVARD DES CAPUCINES, PARIS

Boia de A. Rouquet

LE PROBLÈME OCCITAN
ESSAI D'UN PROGRAMME POUR UNE ORGANISATION DU* MIDI
par JOSEPH DELTEIL
VUES HÉRÉTIQUES SUR L'OCCITANIE par BENJAMIN CRÉMIEUX
LE RÉGIONALISME EN MARCHE ET NOUS
par FERNAND CROS-MAYREVIEILLE
POÈMES ET CHRONIQUES DE : FRÉDÉRIC SAISSET ;
PAUL SENTENAC ; CHARLES ROUSSILLON ;
MARCEL CLAVIË; LOUIS ESTÈVE ; LAURENT ROQUES; FERNAND CRÉMIEUX;
BOIS ORIGINAUX DE GASPARD
MAILLOL; ACHILLE ROUQUET; AUG. ROUQUET

�Les Feuillets Occitans
Organe Régionaliste des Pays d'Oc
AI,

BOULEVARD

DES

CAPUCINES

—

PARIS

TÉLÉPHONE : 9UTEN8ER6 78-19 - Compta de Chèques Postaux : Paris 739-10

Comité de Rédaction :
Le Comité de Rédaction des "Feuillets Occitans" est seul juge des manuscrits et illustrations
qui lui sont présentés soit par les membres du groupe occitan soit par les collaborateurs
étrangers au Groupe.

Les manuscrits doivent être adressés au Secrétaire général : Â. Rouquet, 159, Rne de Flandre, Paris

Les Feuillets Occitans constituent la revue la plus vivante et la plus complète du
mouvement intellectuel et artistique des pays d'Oc, on les trouve dans les Salons des
paquebots de nos principales Compagnies de navigation maritime.
DÉPÔT

ET

VENTE

A Paris : Librairie " Occitania ", 6, Passage Verdeau ; Hall
des Grands Régionaux, boulevard Montmartre ; Bossard ,
126, Boulevard St-Germain ; Librairie Franco-Italienne, 24. rue
du 4-Septembre; Agence des Théâtres 30, avenue de l'Opéra;
Librairies Flammarion et Vaillant ; Librairie Berger Levrault,
boulevard St-Germain ; Presses Universitaires de France place de
la Sorbonne; Floury, boulevard Si-Denis;Le Soudier, boulevard
St-Germain ; Action Française, rue de Rome. etc.. etc..
En Province : " Occitania" 7, Rue Ozenne à Toulouse ; Librairie Albagnac, boulevard Carnot à Agen ; Librairie Vinas,
Avenue de la République à Béziers ; Michel Jordy père, Editeur
Cité de Carcassonne ; Librairie Valmigère, à Carcassonne; Mme
Raynaud, Cité de Carcassonne ; Librairie Raymond Piequot à
Bordeaux; Librairie Baron, Librairie Bousquet, Librairie Caillard
à Narbonne ; Librairie Coulet; Librairie Julia; Librairie Cros; Librairie Palaisac-Valat à Montpellier ; Librairie Jo-Fabre à Nîmes ;
Librairie Ricard ; Librairie Meyzenc, à Cahors ; Librairie Vertuel
à St-Céré. etc.. etc..
Aux Colonies : Librairie principale Joannot; Librairie Céréà
Rabat (Maroc) etc.. etc..
Correspondants Régionaux :

MM. Morini-Comby, à Nîmes; Alida et Pierre Calel, à Gourdon ; Brin, au
Caire (Egypte) ; Léon Combes, à Montpellier ; Gaston Vinas, à Béziers.
Docteur Girou, à Carcassonne.
Publicité :

A. Dabadie, 19, rue de Bellefond. Paris Tél. Trudaine 22-13 et à l'imprimerie
des Feuillets : M. Roux 5, rue Saulnier, Paris.

�IC.I.0.0.
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POUR L'OCCITANIE

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Ônquête par les Feuillets

ESSAI D'UN PROGRAMME POUR
UNE ORGANISATION DU MIDI
Par

Joseph

Del te il

VUES HÉRÉTIQUES sur L'OCCITANIE
Par {F}enjamin

Crémieux

Le RÉGIONALISME en MARCHE et NOUS
Par Fernand Cros-Mayrevieille

LES

LIVRES

ET

LES

REVUES

Par F. Saisset et L. Roques
LÉON

Par

CLADEL

Marcel

Clavié

CHRONIQUE DU THÉÂTRE OCCITAN
Par

Fernand

PROLOGUE

.

POEME

.

LES

Par Louis Estève

ARTISTIQUE

Pau l - Sentenac

LETTRES
Par

BOIS

Par Paul-Sentenac

.

CHRONIQUE
Par

Crémieux

OCCITANES

'Paul-Louis

GRAVÉS
Achille T^puquet,

Par

Grenier
Gaspard Maillai

Auguste T^puquet.

�A propos du mot

Occitan"

Nous avons reçu de notre ami Paul Redonnel, directeur du "Voile d'Isis", la lettre
suivante, à propos du vocable occitan dont nous avions dit qu'il avait été sorti de l'oubli
par les Estieu, les Perbosc, les Vermenouze :
« Vous informez vos lecteurs que les Estieu et les Perbosc ont "sorti" de l'oubli le mot
"occitan".
Avant eux, MM. Charles-Brun, Johannés Plantadis, Paul-Redonnel, Paul Rëy et Han
Ryner, qui fondèrent la Ligue Occitane, en 1896, employèrent ce mot de préférence à Occitanien,
Occitanique, etc..
Il est donc de toute justice, que la création du mot Occitan leur soit attribuée à
jnoins que nos bons amis Perbosc et Estieu ne l'aient employé avant eux et antérieurement
à 1895».
Pour fixer ce petit point d'histoire fèlibréenne, nous posons la question à nos bons
amis Estieu, Perbosc et les Eélibres. A quel moment le mot Occitan fut-il employé pour la
première fois ?

Le Conseil Supérieur des Colonies et ses antécédents
Par HENRI JOUCLA, avocat, docteur en droit

Un des 'jeunes maîtres du barreau parisien, M. Henri Joucla, que son origine créole et
ses attaches coloniales prédestinaient à cette œuvre, publie aux Editions du Monde Moderne
l'histoire et la réglementation des Assemblées Consultatives Coloniales de France et de tous
les pays Colonisateurs.
Le Conseil supérieur des Colonies et ses antécédents, tel est le titre de cet ouvrage de
800 pages qui authentique les lettres de noblesse de l'institution. Certains^ bien à tort ne
voyaient-ils pas en celle-ci un produit de nos idées modernes sur la Colonisation ?
Moins ancien que la Junte consultative d'outre-mer portugaise, doyenne incontestée
des Assemblées Consultatives Coloniales (Juillet 1642), notre Conseil supérieur des Colonies
peut cependant se glorifier d'une antique lignée.
Henri Joucla décèle sa naissance vers 1674 dans nos «Isles» jusqu'alors soumises au
régime « propriétaire » et désormais « royal ». Sous Louis XV, l'institution locale trouve accès
auprès du Souverain par l'envoi en France de délégués qui prennent le nom de députés.
Ceux-ci subsistent tant bien que mal jusqu'à l'aube de la Révolution. Puis, il n'y a plus, à
proprement parler de Conseil des Colonies; mais plusieurs s'établissent « de facto», soit comme Comités des Colons résidant à Paris, soit comme clubs particuliers. Ces réunions mettent
àl'ordre du jour de la Révolution les questions coloniales (esclavage, commerce exclusif, autonomie, etc.). Vient ensuite la représentation des Colonies par des députés aux États-Généraux et à la Constituante. Un Comité Colonial est créé dans l'Assemblée Nationale en 1790.
Nous y saluons les noms illustres de Barnave, de Gouy d'Arsy Malouet, Alexandre de Lameth
Dillon, Moreau de Saint-Méry. Ces personnages revivent dans les procès-verbaux du Comité
Colonial jusqu'à présent inédits et qu'Henri Joucla, avec un soin pieux, a exhumés de la
poussière des archives, et dont il a annoté le texte avec la plus sûre érudition. Les documents
inédits foisonnent, d'ailleurs, dans les chapitres consacrés à l'époque révolutionnaire ainsi
qu'à celles de l'Empire, et de la Restauration. Ils nous révèlent les mobiles avoués ou occultes
des Amis des Noirs, des Philanthropes, des francs-maçons, des insurgés de Saint-Domingue,
des planteurs émigrés. Il faut lire les offres faites par ces derniers à S.M. Britannique en vue
de lui livrer nos Antilles à condition qu'Elle les rende après la guerre «à la branche
française de la « Maison de Bourbon (à l'exception de Philippe d'Orléans, dit Égalité, et de sa
Race, qu'on entend formellement et à jamais exclure » ).
L'étude d'Henri Joucla conduite avec une maîtrise parfaite va de l'an de grâce 1642
jusqu'au début de 1927 et rien de ce qui touche à la réglementation des Conseils supérieurs des
Colonies et à leur histoire ne peut nous échapper. Un important chapitre est consacré à la
législation comparée ( Angleterre, Belgique, Hollande, Italie, Espagne, Portugal, Japon). Un
grand nombre de textes en langues étrangères y sont mis à contribution, traduits ou analysés.
La documentation est absolument à jour.
L'ouvrage d'Henri Joucla trouvera donc sa place dans toutes les bibliothèques, surtout chez les coloniaux de tous pays et chez tous ceux déplus en plus nombreux que l'histoire
et de la législation coloniale ne laissent pas indifférents!
(1) Pour paraître en Novembre. Un fort volume . . .
Frs. 60

�Les Revues
La lecture des Revues de province est, en général, fort intéressante et instructive. Des
mouvements d'idées comme des mouvements d'art se manifestent dans la plupart des contrées
et il est certain que mon excellent ami Charles-Brun qui parle avec véhémence et conviction
des efforts intellectuels des Provinces françaises, a maintes fois raison.
J'ai là, sous les yeux, un nombre important de publications du plus haut intérêt apportant chacune avec une personnalité bien distincte, des efforts nouveaux qui méritent non
seulement d'être appréciés, mais aussi d'être encouragés.
L'Action corporative (mai), bulletin des membres de l'Enseignement laïque du SudOuest, comme toujours, soutient avec ardeur les revendications légitimes des membres de
l'Enseignement.
Aquitania, organe de la ligue Félibréenne ( Guyenne et Gascogne) numéro d'Avril- '
Mai-Juin, sous une couverture artistique, rend compte des Jeux Floraux d'Aquitaine. Ce
numéro est consacré à cette manifestation littéraire. Après trois rapports excellents mais trop
concis d'Edouard Bouriez sur le concours de poésie en langue d'oc, sur le concours de poésies
en langue française par A. Chérel, et sur le concours d'histoire locale par M. Curteault, il faut
lire des poésies dues à des talents variés et signées par MM. Adrien Dupin, A. Vayssières,
Roger de Cardeval, Alice Héliodore, Marcel Jung, Emmanuel Lagarde, R. d'Anglade, etc..
Dans la Bourgogne d'Or (juin) il faut lire une intéressante étude d'Etienne Rome au
sur Notre histoire vue d'Alésia.
La Rusé (juin-juillet) qui, depuis plus de vingt-sept années, produit un effort littéraire
intéressant, contient une poésie délicate et tendre de Odette Vauchelet. Dans ce même numéro
Eglantine de Valrose donne sous le titre général de : Légendes et Contes Périgourdins, un
conte intitulé : Le roi Asson plein d'observation.
Le Flambeau du Nord (N° 35) sous la signature de Charles Couvreur, nous invite aux
beautés artistiques du Musée de Lille.
L'Est Dramatique, bulletin officiel des sociétés d'art dramatique (N* 13) ouvre une enquête sur le répertoire des sociétés théâtrales d'amateurs qu'il est intéressant de suivre et
de commenter.
Le N° de France-Orient (Avril-Mai) contient des articles d'économie politique des plus
documentés avec des illustrations.
Franche-Comté et Monts-Jura (Mai) rend compte des Sociétés savantes et des Sociétés
Comtoises
Le Grand Tourisme continue la série de ses études touristiques avec une brillante
collaboration.
Dans Lemouzi, revue régionaliste et félibréenne (Mai) à lire des poésies charmantes
de Amédée Muzac, Albert Pestour, Félix Rabès et un curieux article de Martial Peyrichon
sur Les Femmes de Lettres d'aujourd'hui.
Le Musée Social (mai-juin) contient deux intéressantes conférences sur : 1° L'immigration ouvrière est-elle organisée en France? — 'ï° La France deviendra-t-elle un Pays de
minorités nationales ?
,
La Pensée Française est devenue une revue documentaire et critique de l'activité
intellectuelle et économique. Dans son numéro d'Avril, il faut lire un article plein d'observations de André Faillet sur le Problème des naturalisations.
Poésie est une revue qui mérite vraiment d'être encouragée. Un grand effort artistique
et littéraire est fait par Octave Charpentier et ses collaborateurs. Aussi faut-il souhaiter
qu'une semblable publication, présentée avec un grand goût, s'impose au public lettré, amoureux de beaux vers et de belles illustrations.
La revue Les Primaires (juin) qui a une fort belle tenue littéraire est consacrée, à
Henry Poulaille. Il faut donc lire les articles consacrés à cet écrivain, par Henri Barbusse,
Albert Morvan, Robert Laurent, Tristan Rêmy, Marius Bouquinet, Henri Rohre. Deux pages
inédites de Henry Poulaille complètent ce numéro remarquable.
Dans La Revue du Centre (mars-avril) illustrée de curieux dessins de Jeanne Timés
et d'excellents bois de Auger Stève, il est intéressant de lire l'étude que Maurice Genevoix
consacre au dernier roman de Gaston Préard : Un pur amour en Nivernais.
La Semaine Limousine consacre son numéro du 1" juin à la grande semaine du
Limousin. Ce numéro est copieux avec une nombreuse collaboration et de nombreuses illustrations.
La Revue des Provinces de France qui paraît tous les deux mois et qui est tout à fait
nouvelle, se présente au public avec un premier numéro qui réunit des collaborateurs distin-

�gués : Camille Jullian, Charles Brun, Léon Bocquet, Emile Ripert, Edmond Pilon, Jacques
Meurgez. Nous souhaitons à cette publication le succès auquel elle a droit.
La Science historique, bulletin de la société archéologique de France qui se publie à
Paris, donne, dans son numéro de juin, le compte rendu par Maitrat des Congrès de l'Association française pour l'avancement des Sciences.
Le Bulletin de la Société pour la protection des paysages de France (juin) publie des
études de Vesniy, et donne le compte rendu des Commissions départementales des Sites :
Haute-Garonne, Landes, Pas-de-Calais, Var.
La Revue du Touring-Cluh (juin). A côté d'une abondante illustration sous la signature
de M.'Meunier, continue l'étude consacrée &amp;V Ile-de-France Septentrionale.
Enfin, pour terminer, citons : l'Arc-en-Ciel, Le Cadet de Gascogne que dirige toujours
avec compétence Raphaël Larquier; Ésope; Les études poétiques ; La Frontière qui contient
dans son numéro du 15 juin une fort intéressante étude sur Léon Deubel due à la plume
alerte de Georges Gobert.
Au sujet du poète Léon Deubel que nous avons particulièrement connu et estimé, certains poètes se remuent beaucoup ; peut-être même un peu trop, attendu que la plupart de
ceux qui s'intéressent aujourd'hui à Léon Deubel, sauf Léon Bocquet et deux ou trois autres,
n'ont jamais connu l'auteur de Chants des routes et des déroutes.
Nous comptons publier bientôt sur Léon Deubel des souvenirs avec des poésies

Lapérouse
Sa Cuisine
Sa

51, Quai des Grands-Augustins, PARIS -

Auberge du Navigateur
49, Quai des Grands-Augustins, PARIS
"Céléphone : Fleurus 62-78

DANS UN CADRE

ORIGINAL

DES METS DÉLICATS
DES VINS SÉLECTIONNÉS
UN SERVICE IMPECCABLE

Cave

Fleurus 44-03

�et des autographes inédits et nous ne manquerons pas de dire quelques bonnes vérités.
A parcourir également : Le Limousin, La Picardie, La Renaissance provinciale, Le
Rouergue, Le Semeur, etc...
Comme on peut s'en rendre compte aisément à la lecture sommaire des publications
dont nous venons d'entretenir nos lectrices et nos lecteurs, les provinces de France ne
chôment pas et l'on constate, au contraire, un grand mouvement en faveur des lettres, des
sciences et des arts comme en faveur des arts pratiques et du tourisme.
Marcel CLAVIÉ
— La place dont nous disposons pour la chronique des revues ne nous permet pas de
parler de toutes les publications que nous recevons, dans un même article.
C'est ainsi que nous étudierons successivement l'œuvre accomplie par des Revues
comme Le Feu, représentative du mouvement Provençal; Mediterranea, de Nice qui concrétise l'esprit méditerranéen; et d'autres qui fleurissent dans d'autres provinces comme La
Bretagne Touristique de Saint-Briene, etc.. etc..
Les CHRONIQUES ÉTRANGÈRES. — Nous commencerons dans notre prochain Feuillet
la série des « Chroniques Roumaines » de Mlle Ursu, et des « Chroniques Italiennes » de
Silvagni.

FA B R E

LINE

MARSEILLE

PARIS

15, Rue Beauvail - Télégr. Française-Marseille

2, Rue Edouard-VII - Tél égr. Fabreline-Paris

MARSEILLE-ORIENT
VAPEURS

Départs de
Marseille
MIDI

Alexandrie

MADONNA
CANADA esc. de N.-Y.
SINAIA
PROVIDENCE
CANADA
PATRIA esc. de N.-Y.
ASIA
CANADA
PATRIA
CANADA

Sam. 3 Sept.
Mar. 20 Sept.
Sam. 24 Sept.
Mar. 4 Oct.
Jeudi 13 Oct.
Mar. 25 Oct.
Ven. 28 Oct.
Sam. 5 Nov.
Mer. 16 Nov.
Mar. 29 Nov.

Jeudi 8 Sept.
Sam. 24 Sept.
Jeudi 28 Sept.
Sam. 8 Oct.
Lun. 17 Oct.
Dim. 30 Oct.
Mer. 2 Nov.
Mer. 9 Nov.
Dim. 20 Nov.
Sam. 3 Déc.

|

ARRIVEE
Beyrouth
Sam.
Mar.
Dim.
Lun.
Mer.
Mer.
Sam.
Sam.

10 Sept.
27 Sept.
2 Oct.
10 Oct.
19 Oct.
2 Nov.
5 Nov.
12 Nov.

A

Lignes

.
Jaffa

Dim. 11 Sept.
Lun. 26 Sept.
Mar. 4 Oct.
Mar. 11 Oct.
Jeudi 20 Oct.
Mar. 1" Nov.
Lun. 7 Nov.
Ven. 11 Nov.

Mar. 6 Déc. Lun.

de New-York
et
de la Méditerranée

5 Déc.

ORIENT- MARSEILLE
VAPEURS
SINAIA
MADONNA
CANADA
PROVIDENCE
ASIA
CANADA
PATRIA
CANADA
X
CANADA
SINAIA
ASIA

DEPART
Beyrouth
Jaffa
Mer. 7 Sept.
Dim. 1 1 Sept.
Mer. 28 Sept.
Lun. 10 Oct.
Mar. 11 Oct.
Ven. 21 Oct.
Mer. 2 Nov.
Sam. 12 Nov.
Mar. 15 Nov.
Mar. 6 Déc.
Dim. 1 1 Déc.
Ven. 13Jan.

DE

Mar. 6 Sept.
Sam. 10 Sept.
Lun. 26 Sept.
Mar. 1 1 Oct.
Lun. 10 Oct.
Jeudi 20 Oct.
Mar. 1 Nov.
Ven. 1 1 Nov.
Lun. I4Nov.
Lun. 5 Déc.
Sam. lOîDéc.
Jeudi I2jan.

Arrivée
Alexandrie à Marseille

Ven.
Ven.
Ven.
Mer.
Jeudi
Dim.
Lun.
Lun.
Jeudi
Jeudi
Mar.

9 Sept.
9 Sept.
30 Sept.
12 Oct.
13 Oct
23 Oct.
31 Oct.
14 Nov.
17 Nov.
8 Déc.
13 Déc.
?

Mer. 14 Sept.
Sam. 17 Sept.
Mer. 5 Oct.
Lun. 17 Oct.
Mar. 18 Oct.
Ven. 28 Oct.
Mar. 8 Nov.
Sam. 19 Nov.
Mar. 22 Nov.
Mar. 13 Déc.
Dim. 18 Déc.
Jeudi I9Jan.

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de Marseille
à la
Côte Occidentale
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LAMBERT

28, Rue des Fossés-Safht-Bernard
PARIS-Ve

�Bois original de Auguste Rouquet

our

1 Occitanie

Une Renaissance de l esprit occitan^ et de l Occitanie,
possible?

est-elle

Le moment est-d venu de procéder aune organisation du Àïidi?
Quels doivent être l orientation de cet esprit et le programme de
cette organisation?
Tel est le vaste problème a la solution duquel et Les Feuillets
Occitans » entendent convier aujourd Jiui leurs collaborateurs et lecteurs.
Sous la plume de JosepL Delteil, Benjamin Crémieux et Fernand CrosjM.ayrevieille, ils posent le problème dans toute son ampleur.
Aussi bien, devant l inquiétude spirituelle de notre époque, cette enquête
répond à ce besoin de logique et de clarté que nous tenons de nos origines.
Cros-JMLayrevieille, le dévoué président de notre Groupe occitan,
présente ici l état actuel du régionalisme méridional.
Pourquoi ne pas prendre une conscience plus nette du champ illimité
qu il offre à notre activité et ne pas envisager une plus audacieuse conception de «-1 esprit occitan
nation ?

9

et de son rôle historique dans la vie de la

�— 106 —

Tentative séduisante que Benjamin Crémieux esquisse fort oppor~
tunément dans le temps même ou une emprise nordique tend à gagner
TAmérique Latine.
Et puis, s il faut voir des manifestations conscientes ou inconscientes
de cet esprit dans les efforts méritoires qui se multiplient, mais naissent
et meurent sans lendemain, le moment n est-il pas venu, ainsi que le pense Josepli DelteiL de recueillir ces flammes passagères, de les assembler, de les co~
ordonner, de les discipliner, pour en projeter la clarté concentrée suri avenir?
Tel est le problème, digne de tenter l élite a laquelle s adressent les
e Feuillets Occitans &gt;&gt;

Pour nous qui pensons que l lieure est venue de grouper, d organiser
et d agir; pour nous qui voulons, de l intellectuel au sportif, du producteur
à l artiste, donner l expression la plus complète de l âme et de la civilisation
occitane ; pour nous qui voulons que la langue de notre terroir retrouve son
droit de cité et ses lettres de noblesse ; pour nous enfin qui voyons dans cet
s esprit occitan» une manière de sentir, de comprendre, de créer et de
vivre, une façon d exalter le lyrisme dynamique de notre race; nous ap~
porterons de tout cœur notre pierre à l édifice en poursuivant l inventaire
que nous avons entrepris de nos ressources intellectuelles et économiques.
Pour concrétiser le mouvement occitan moderne, nous consacrerons
des numéros spéciaux aux expressions diverses de notre grand M^idi : du
V m et de TOI îvier, fruit de la terre, aux Sports qui renouvellent sur
les stades le geste grec et romain ; de la Poésie à la Peinture ;
de la Route par laquelle l étranger cJiemine sur ce sol lourd
de son histoire aux Sites et aux Villes du Passé; les
Feudlets Occitans passeront en revue toutes les formes de la vie méridionale, intellectuelle et économique, A
œuvre pour e
ccitanieJ&gt;9!

r

ro

Les Feudleteu.

,

�LA VALLÉE DE

L'AUDE

Bois original d'Auguste Rouquet
I

«

SSSL1

e

Pro gramme

pour une

JLl y a un problème du Midi, il y a un esprit du Midi, une pensée du
Midi, une philosophie du Midi.
Il y a un Midi.
On a le droit d'être soi. Dis Aup i Pirenéu, le Midi a le droit d'être.
Des signes montent à l'horizon. Amis, regardez l'Alsace...
Formule : Tout ce qu'on donne, tout ce qu'on donnera à l'Alsace, le réclamer pour le Midi.

a) La vertu intellectuelle du Midi. Chercher et définir l'âme du Midi,
analyser son essence et son rôle, voilà, à l'heure où tout s'épuise, de nobles
excitants de l'esprit.
b) Sa vertu sentimentale. Il faut à tout homme une foi. Croire au Midi,

�— 108 —
se dévouer au Midi, voilà du pain sur la planche pour toute une ardente
génération.
c) Sa vertu sociale. A l'heure où l'on scrute tous les horizons, où l'on
cherche la sagesse jusqu'en Orient, sachons que le Midi est sagesse, équilibre,
paix.

Programme
Que faut-il? Des hommes à poigne et une organisation. Hommes à
poigne, sur ce chapitre il faut parler net. On m'a reproché de décrier le
Félibrige. Le Félibrige est : il ne faut pas le tuer, mais le vacciner. Je reproche
aux Félibres de dormir. Je leur reproche de s'endormir dans les moules.
Et je leur reproche de faire les enfants. Toutes les fêtes à tambourin, Mistral
y voyait un moyen ; eux ils en font un but. Eh bien non, il faut battre le
tambour, mais un tambour à piques. Il faut s'assembler mais pour agir.
Que voulons-nous ? Créer un Midi, un Midi intellectuel. (Plus tard nous
parlerons de fédéralisme, d'ailleurs le plus loyalement du monde, dansle beau
cadre de la France ; pour l'instant, s'en tenir au pur terrain intellectuel). Que
manque-t-il au Midi? Vautoconnaissance. Se connaître, c'est être. S'il pense
il est.
Pour être, il faut :
1° Des Organes. Formule : la Presse est tout. Et d'abord :
a) une Revue, une grande Revue, l'équivalent de la N. R. F. ou de la
Revue des deux Mondes. Titre tout désigné « Le Grand Midi » (Nietzsche)
b) Ensuite, une grande librairie, une grande maison d'Édition, à Toulouse par exemple, qui paraît devoir être la capitale naturelle du Midi.
c) Enfin Journal hebdomadaire d'abord, quotidien dès que possible.
Nota: Pour commencer, employer le français; peu à peu, il faudra
obtenir que chaque journal du Midi, chaque revue du Midi ait une page en oc
Plus tard enfin, créer des périodiques en oc. Car notre principe est que pour
penser juste, il faut penser dans sa langue.
2° Une organisation.
Pour tout cela il faut des capitaux. Il faut faire appel aux mécènes et
aussi aux hommes d'affaires. Car nous envisageons toutes ces organisations
comme des œuvres vivantes, et la maison d'Edition notamment comme une
bonne affaire. Il faut faire appel aussi au dévouement, à l'esprit de propagande
et de foi.
a) Créer le trust de toutes les Revues existant en pays d'oc.
b) Créer un comité dans chaque ville, un comité dans chaque collège.
c) Créer un Prix annuel (le Prix Mistral). Un seul mais costaud.
d) Conférences, Expositions.
e) Surtout théâtre. Surtout théâtre. On ne prendra le menu peuple, le
peuple d'Oc que par le théâtre. (Et, bien entendu, le théâtre-farce, le théâtrenature, le vrai théâtre quoi!)
Surtout, théâtre.
Joseph DELTEIL
P.S. Ceci n'est pas un manifeste (pas encore). C'est une causerie avec
les fils du Midi, avec les amis de la langue d'oc. Nous attendons, nous réclamons critiques, suggestions, conseils... Nous faisons appel à tous.

�Composition d'Aug. Rouquet gravée par Achille Rouquet

vues Hérétiques sur l'O ccitame
'OCCITANIE, dont il m'arrive de rêver, l'esprit occitan tel qu'il
m'apparaît et tel que j'essaie parfois de me le définir risquent
de choquer beaucoup de bons esprits. Si je me hasarde à confier
au papier ces quelques « vues hérétiques », c'est uniquement
pour ne pas me dérober à l'obligeante insistance de notre ami
Auguste Rouquet.
Un mouvement occitan à fins purement régionalistes ne saurait, je
l'avoue, m'intéresser en aucune façon. Il ne m'intéresse que s'il est permis,
(comme je le crois) de lui assigner raisonnablement une mission, sinon universelle du moins nationale.
Une résurrection de l'esprit occitan ne saurait se limiter au maintien de la langue d'Oc, à la renaissance de vieux costumes, de vieilles
danses ou de vieilles musiques. Je ne suis même pas sûr que ce maintien et
cette renaissance soient indispensables pour ranimer l'esprit occitan, En tout
cas, cette résurrection n'aura de sens et de portée, que si elle apporte un remède ou un palliatif à la crise spirituelle de la France d'après-guerre.
On ne remonte pas le cours de l'histoire. Dans la France unitaire, la
notion de «petite patrie» n'a plus de valeur que secondaire. L'Occitanie est
l'une des plus anciennes régions de la vieille France, l'une des plus ferventes
de la France révolutionnaire « une et indivisible». Le Midi ne se contente plus
de jouer sa partie dans le concert ; il s'est taillé la part du lion dans le gouvernement et l'administration de la France. Les Albigeois vaincus gouvernent
leurs vainqueurs. La capitale politique de la France, à en croire certains, serait
à Toulouse plutôt qu'à Paris. S'il est permis de souhaiter pour nos provinces
comme pour le reste du pays les bienfaits d'une intelligente décentralisation,
on ne peut même plus concevoir l'idée d'un séparatisme occitan.

�— 110 —
Un esprit occitan qui aurait pour unique objet de nous distinguer du
reste de la France, de nous isoler, de nous «retrancher sur notre différence
essentielle » me semblerait un non-sens. L'esprit occitan doit avoir cours dans
la France entière et même au-delà. En d'autres termes une renaissance de l'esprit occitan ne mérite d'être encouragée et tentée qu'en vue d'un impérialisme
occitan.
Mais pour cela, il faut d'abord renoncer au faux esprit occitan et remettre au jour le vrai.
Le faux esprit occitan, (et voilà un des points sur lesquels je vais
sans doute m'alièner le plus de gens) me paraît dériver en grande partie
du Félibrige. Le Félibrige n'a eu de raison d'être et n'a réussi qu'en Provence, (1) autour du grand Mistral, et en Catalogne espagnole pour des raisons
politiques. Partout ailleurs ce fut une parodie, un échec ou le prolongement
sans importance profonde d'un folk-lore assez vulgaire, ou pour mieux dire un
déchaînement de pur romantisme.
Il m'est arrivé souvent de me demander quel aurait pu être le développement de la poésie française méridionale si la croisade contre les Albigeois
n'avait pas soumis les terres d'Oc aux rois de l'Ile-de-France et toujours je
me répondais que la poésie populaire, nationaliste et romantique du Félibrige
languedocien n'en n'aurait certainement pas été l'aboutissant. C'est une poésie
aristocratique et philosophique qu'aurait, sans aucun doute, continué à produire
la civilisation albigeoise. La preuve en est dans celle qui, sous l'influence de
nos troubadours exilés, se développa en Sicile et à Naples, passa en Toscane,
devint le dolce stil nuovo que pratiquèrent Dante, puis Pétrarque et tous les
poètes du XVe siècle florentin : Politien, Laurent le Magnifique. De nos jours
Paul Valéry a renoué, par delà notre XVIe siècle et les grands Italiens, avec
la poésie occitane de la grande époque albigeoise. C'est lui, l'authentique, le
pur représentant de la tradition occitane, et non pas les faiseurs de chansonnettes ou de fragments épiques romantico-parnassiens.
Il existe, selon moi, un miracle occitan. L'Occitanie est le seul pays de
«marche» qui ignore la peur. Que ce soit la civilisation phénicienne, héllénique ou romaine, que ce soit plus tard la civilisation chrétienne, juive, arabe,
ou espagnole, l'Occitanie leur ouvre tranquillement ses portes, s'en imprègne,
les absorbe en les filtrant. Tous les courants qui ont sillonné la Méditerranée,
elle les a accueillis jadis l'un après l'autre.
Le rôle traditionnel de l'Occitanie en France serait (comme en Italie, la
Sicile) de devenir un lieu d'échange entre Orient et Occident. C'est par le
circuit de l'Afrique et de l'Espagne que longtemps l'Asie a abordé en terre
d'Oc. Marseille accueille l'héllénisme et la romanité ; le pays narbonnais les
accueille aussi, mais les mélange à tous les autres esprits de la Méditerranée :
hébraïsme, islamisme, espagnolisme.
Le véritable esprit occitan est donc avant tout un esprit méditerranéen,
mais dans l'acception la plus large. Il est en contact avec tous les éléments
orientaux de la Méditerranée et non pas seulement avec le double élément

(1) C'est une question de savoir si la Provence ressortit au véritable esprit occitan.
La Provence est toute grecque et latine, ce que du moins n'est pas (ce que n'est pas uniquement) l'Occitanie.

�—111 —
grec et latin. L'hélléno-latinisme est pour l'Occitan un élément formel, la matière et l'âme lui sont fournies par les éléments orientaux.
Cette liaison étroite de l'Occitanie et de l'Orient, il suffit d'un voyage
en Afrique du Nord pour s'en assurer. La colonisation de l'Algérie et même
de la Tunisie a été en grande partie l'œuvre de Languedociens. Une renaissance de l'esprit occitan doit et ne peut atteindre à sa plénitude qu'en s'appuyant sur les Occitans d'Afrique du Nord.
On aperçoit peut-être maintenant la tâche principale qu'on pourrait
rêver pour l'esprit occitan ; ce serait de rendre à l'esprit méditerranéen son
ampleur et sa profondeur, de le dissocier de l'exclusivisme, du schématisme
gréco-romain, de lui annexer, non pas l'Orient bouddhiste et négateur de la
personnalité, mais un Orient plus proche, plus humain, d'ailleurs multiple,
un Orient africain et asiatique à la fois, la joie de vivre nègre, la sagesse
musulmane, l'avidité juive dépouillée de son inquiétude.
L'esprit français souffre de sécheresse, de rationalisme, de formalisme.
Il s'égare et perd ses meilleures qualités dès qu'il se retourne vers le slavisme
ou l'hindouisme. Cette soif de concret, de vie, d'inconscient qui le brûle, à
l'Occitanie de l'étancher en renouvelant la notion de méditerranéisme.
Mais ce rôle d'antenne vers l'Orient, à travers la Méditerranée, se double pour l'Occitanie d'un autre rôle non moins important. La plaine alluviale
où viennent aborder sans obstacles les idées portées par l'eau marine s'adosse
au pays montagnard. L'Ariège, les Cévennes, le Roussillon sont là pour
éprouver tous ces apports et les tamiser. Terre d'accueil, l'Occitanie est tout
naturellement aussi terre de filtrage.
Mais la vertu de l'Occitanie me paraît aussi capitale sur un troisième
point. La crise spirituelle de l'après-guerre se caractérise par une obnubilation
du sentiment du réel. On n'y est plus sûr desa personnalité ni de celle d'autrui;
on hésite à décider si les rêves ne sont pas plus vrais que les pensées d'un homme éveillé. Restituer ce sens du réel, du concret, tant charnel que spirituel,
enseigner à ne plus douter de la vie, redonner confiance dans la réalité des
choses et des êtres, voilà une des missions essentielles de l'occitanisme. Et comment ne pas remarquer que c'est à cette tâche que sur des plans différents, se
sont attelés les trois purs Occitans qui se nomment Paul Valéry, Paul Raynal,
Joseph Delteil. L'un par la connaissance, le deuxième par la passion, le troisième par la sensualité recréent et affirment le monde. Tous trois renouent les
liens rompus de l'âme et du corps.
Cette réhabilitation du corps, support de l'esprit, nulle part elle n'est
plus à l'honneur que dans l'Occitanie sportive et sportive d'une façon nettement .anti-individualiste. Le sport d'équipe, le rugby y est roi. Encore un
signe de renaissance à ne pas négliger.
Dernière notion occitane, la plus importante peut-être, purement autochtone, héritée de l'albigéisme, fille des Cathares et la plus féconde en conséquences possibles, la notion de dualisme.
Pour combattre l'instabilité, le mobilisme, le matérialisme d'aujourd'hui,
partout on prêche la recherche de l'unité : unité catholique pour les néo-thomistes, révolutionnaire pour les communistes, nationale pour le fascisme. L'occitanisme, lui, fait reposer l'esprit de l'homme sur le dualisme. La vie lui apparaît comme une lutte incessante entre des forces opposées, antagonistes. La

�- 112 sagesse n'est pas pour lui dans le repos, dans l'élimination de l'une ou l'autre
de ces forces, mais dans un équilibre entre elles. L'occitanisme ne rejette
rien, il accepte l'homme tout entier et le domine.
On voit le rôle quadruple que l'esprit occitan, s'il redevenait fidèle à ses
traditions, pourrait se montrer apte à soutenir :
1°) rôle d'agent de liaison avec l'Orient asiatique et africain, rénovateur de l'esprit méditerranéen ;
2°) rôle de filtreur et d'assimilateur aristocratique pour le compte de
l'Occident ;
3°) rôle de restaurateur du réalisme, en réaction contre le mysticisme et
le nihilisme idéalistes ;
4°) rôle d'apôtre du dualisme en opposition avec les unitéismes et les
universalismes tant conservateurs que révolutionnaires.
Or précisément s'approfondir et se rafraîchir par un contact avec l'Orient,
ne pas se laisser dominer par l'Orient, mais l'assimiler, reprendre confiance
dans la réalité, trouver à la vie morale et spirituelle une autre base que d'impossibles unitéismes, tels sont les vœux profonds et urgents de la France et
de tout l'Occident que la résurrection occitane pourrait au moins en partie
combler. Voilà pourquoi la mise en branle d'un mouvement occitan a de
quoi séduire des esprits sérieux. Les moyens pour y parvenir sont, il faut
l'avouer, à peu près inexistants. Tous les embryons actuels de vie
occitane sont en marge, ou même en contradiction avec l'esprit
occitan tel qu'il vient d'être sommairement figuré. Si je
n'étais pas seul — comme j'ai tout lieu de le redouter, à
rêver tel l'avenir occitan, rien ne serait plus tentant, un
jour prochain, que d'ébaucher un premier programme de réalisation. — Benjamin CRÈMIEUX.

�Bois original d'Auguste Rouquet

Le Régionalisme

en

marche

et

nous

'ARDENTE déclaration de Joseph Delteil, peut surprendre certains,
elle ne saurait étonner ceux qui, comme nous, se sont imposés la
tâche de suivre le mouvement de renaissance régionaliste au travers de ses multiples manifestations et surtout des éclosions de
revues qui en marquent le mieux les étapes et la vitalité. Pour
nous en tenir à notre région, le Rabelais (f) vient de voir le jour à
Montpellier, avec une brillante pléiade de collaborateurs et une
impeccable présentation, tandis qu'à Narbonne, un groupe de jeunes, réagissant contre la tendance un peu trop exclusive des sports, vient de fonder sous
le nom de Anadyomènè (2) une fort agréable revue poétique. Et il ne faut pas
oublier que le bon Narbonnais Castéla, après avoir conduit Septimanie à la
gloire, a créé à Nice, une luxueuse revue « Mèditerranêa » (3) à laquelle nous
unissent de puissants liens d'amitié, tandis qu'à Bordeaux l'actif Lajoinie
a fondé Aquitania (4).
Enfin il n'est pas jusqu'au Maroc et en Algérie où le mouvement ne se
dessine, avec Mietjoun (5) et le Languedoc (6).
Encore n'ai-je voulu parler que des nouveaux-nés, car il y a à côté, les
anciens à la santé vigoureuse, Le Feu, La Tramontane, La Nouvelle Revue

L

(1) Le Rabelais, MM. Viguier et Camot directeurs, 21, rue des Deux-Ponts, Montpellier
(2) Anadyomènè, carnet poétique mensuel, J. Carel, directeur, 4, rue Auber, Narbonne
(3) Mèditerranêa, Castéla, directeur, 16, rue de Châteauneuf, Nice
(4) Aquitania, Revue de Félibrige, Lajoinie directeur, 5, rue des Menut», Bordeaux
(5) Mietjoun, Laffont, directeur, Avenue Foch, Rabat
(6) Le Languedoc, 16, rue Bal-ed-Oued, Alger

�— 114 —
du Midi... et les nombreuses Cigales qui chantent aux quatre coins de notre
terre Languedocienne.
Pour l'œil le moins exercé , une telle activité est un symptôme, car elle
répond à une aspiration, à un besoin. Il est donc vrai de dire que l'idée régionaliste est en marche, qu'elle tend vers sa réalisation, et voilà, certes, de quoi
réjouir le cœur de notre ami Charles-Brun, qui lutta toute sa vie—souvent
sans espoir — pour un tel idéal.
Mais, il ne suffit pas d'avoir déchaîné les vents, encore faut-il être prêt
à en discipliner et coordonner les efforts.
Pour exprimer tant d'idées généreuses, toute une terminologie est née
que d'aucuns manient d'une main inhabile, d'autres au contraire, avec une
insidieuse habileté. Décentralisation, régionalisme, fédéralisme, autonomisme
autant de termes qu'il convient de bien définir pour y voir clair, pour dissiper
les équivoques et pour parler le même langage.
La fixation d'une telle doctrine et la recherche de la forme la mieux adaptée au tempérament et au développement de la France dans le cadre de l'unité
nationale ne constituent-elles pas la tâche la plus urgente de la Fédération
Régionaliste Française aux destinées de qui préside Charles-Brun?
J'en étais là de mes réflexions quand nous sont parvenues deux nouvelles revues qui tendent à répondre à ces préoccupations : La Revue des Provinces Françaises CD et Notre Droit Régional (8).
La première se propose de réaliser pour l'ensemble de la France la liaison
que les « Feuillets Occitans» poursuivent dans leur champ d'action. Comme
nous, mais dans un plan différent, la Revue des Provinces Françaises n'entend
se substituer à aucune fédération provinciale, ni remplacer aucune revue régionale existante, mais, tout au contraire, contribuer à leur épanouissement
et suppléer à une dispersion qui tient à l'ordre naturel des choses, en faisant
« connaître dans son ensemble et dans son détail le mouvement intellectuel des
« Provinces et des Pays d'outre-mer de langue française, sociétés littéraires
« et artistiques, groupements scientifiques et économiques, revues... produc« tion féconde et précieuse, cependant, par le nombre, la variété et la valeur. »
La Revue des Provinces de France qui n'a pas que ce point commun
avec nous, mais compte encore parmi ses collaborateurs bon nombre de nos
amis, tels que Charles-Brun, Ripert, Balmelle, Jean Camp, Grenier et
Morini-Comby, compte aborder la mise au point du Régionalisme en tant que
doctrine littéraire et historique.
Que nos efforts trop souvent désunis incitent les régions de France à
prendre conscience de leurs ressources en hommes et choses, qu'ils exaltent
pour la plus grande gloire et le plus grand profit de la France, leur puissance
de production intellectuelle et économique, encore faut-il qu'on trace la route
devant ce régionalisme en marche. C'est ce à quoi s'est appliqué dans ce
premier numéro, notre ami Charles-Brun, dont il faut méditer les conclusions :
« On a dit que le régionalisme était une tendance, un système, un essai
« d'organisation. Et tout cela est juste. Il est très vrai, par exemple, qu'il
« désire décharger l'Etat d'une infinité d'attributions qui ne le concernent pas,
« équilibrer, grâce à la connaissance des variétés provinciales, les diverses
« forces économiques dont la résultante est la prospérité du pays, « substi« tuer l'ordre à une centralisation tout à fait anarchique ettyrannique» comme
« l'a écrit Paul-Boncour. Mais, pour nous, le régionalisme est d'abord une
« méthode. Questions d'art, de littérature, d'enseignement, questions politiques
« économiques ou sociales, le régionalisme, quand il en traite introduit toujours
« dans son étude le facteur « diversités ». Il érige en postulat cette vérité de
« fait qu'à des conditions différentes correspondent des besoins différents, à des
« besoins différents, des solutions différentes, lapalissades, dira-t-on. Que l'on
(7) La Revue des Provinces Françaises, 5, Place de la Sorbonne, Paris
(8) Notre Droit Régional,

�— 115 —
« veuille bien considérer, néanmoins, que l'organisation française toute
« entière repose sur l'uniformité.
« Autre uniformité, qui n'est pas l'unité, qui n'en est qu'une contre-façon
« assez grossière, il propose de substituer la variété dans l'unité. Il esti« me que la France, si elle est une, n'est pas uniforme et que la nature et
« l'histoire y ont, de longue date, constitué des groupements dont le bon ordre
« de l'Etat exige que l'on respecte les diversités essentielles. Ces groupements
« sont ce qu'il appelle « régions ».
D'une allure plus doctrinale, Notre Droit Régional, s'attaque dès son
remier numéro aux problèmes juridiques et administratifs posés par le
égionalisme. Organe de l'Office d'Information en Alsace-Lorraine, cette
revue entend se garder aussi bien de « l'extrémisme autonomisme » que du
«fanatisme assimilateur» déclarant que le « problème alsacien-lorrain est
un problème français qui ne comporte qu'une solution française et doit être
étudié dans un esprit strictement national. Et du coup, voilà la question
nettement située. « Notre Droit Régional » dont le programme développé par
M. Riedinger s'autorise des déclarations d'hommes politiques d'opinions les
plus diverses, de Paul-Boncour à Charles Mauras en passant par PaulDeschanel, Alexandre Varenne, Clémenceau, Herriot, Briand, Flandin,
Poincarè, Clèmentel, Maurice Barrés, rappelle à propos la pensée de
Lamennais : « avec la centralisation, vous avez l'apoplexie au centre et la paralysie aux extrémités », pensée que complète le corollaire de Charles-Brun :
« Vouloir la vie et la prospérité de chaque région de France est un dessein
patriotique au premier chef, si l'ensemble, comme il apparaît doit sa vigueur
à la vigueur de chacune de ses patries... »
En souhaitant que ces deux revues, qui ont abordé les problèmes généraux du Régionalisme par des routes différentes unissent leurs efforts vers
un but commun, nous ne pouvons nous empêcher de souligner que là, comme
ailleurs, les indices se multiplient marquant nettement à la Fédération Régionaliste le rôle actif et fécond que peut être appelé à jouer son Comité de
Direction.
Enfin, transposant ces notions dans un cadre plus vaste, le « Collège
libre des Sciences Sociales » — qui a toujours si amicalement accueilli notre
Groupe, grâce à son dévoué Secrétaire Général notre collègue et ami de
la Fédération Régionaliste, M. Joseph Bergeron — a eu l'heureuse idée de
réunir sous le titre « l'Europe Fédéraliste » (9) l'ensemble des remarquables
conférences qu'il a organisées. On y trouve de très belles pages de nos collaborateurs Charles-Brun et Jean Bonnafous. On ne saurait tenter, ici,
l'analyse, même succincte d'une œuvre aussi importante consacrée à un
sujet aussi vaste et aussi complexe, mais elle est toute entière dominée par
ce passage de la préface écrite par M. Jean Hennessy, ambassadeur à Berne,
cet endroit d'où l'on voit mieux le monde : « Nul ne peut prévoir l'avenir ;
« mais il peut apparaître déjà, à des yeux avertis des transformations écono« miques, sociales et politiques qui modifient les autres continents, que l'ex« trémité du continent européen qui s'étend de l'Océan Atlantique aux bords
« de la Vistule, soit appelé à rechercher pour sa sauvegarde l'application du
«principe fédératif».
Et nous?
Nous, qui avons voulu ajouter le chaînon de notre beau Midi à la chaîne
déjà riche tressée au travers de la France par d'actifs et importants cercles
régionalistes, tels que le Groupe d'Études Limousines de notre vieil ami
de Nussac, ou la Veillée d'Auvergne de Boudon, il nous a suffi de nous conformer au programme que nous nous étions tracé dès le début, pour marquer
nettement la place que nous entendons occuper.
« Cercle d'études régionalistes, se tenant de propos délibéré éloigné
« de toute question politique, religieuse, d'école ou de parti appliquant
« toute son activité à une meilleure utilisation des ressources intellectuelles,

E

(9) L'Europe Fédéraliste, aspirations et réalités, Marcel Giard, éditeur, Paris 1927

�— 116 —
« morales et économiques du Languedoc — Roussillon, le Groupe Occitan
« s'attache à retracer le passé de ce pays au sol lourd des vestiges des civili« sations qui s'y sont succédées et dont l'histoire vit encore gravée sur tant
« de pierres; il s'efforce de recueillir et de conserver pieusement les traditions
« locales, les vieilles coutumes, les chansons, les costumes, les métiers dispa« rus et de faire briller d'un éclat nouveau sa langue d'Oc, si riche, si expres« sive et si imagée ».
« Dans le présent, portant tous ses soins au mouvement artistique, litté« raire, scientifique et économique, il s'applique à poursuivre l'inventaire et
« l'étude des ressources en hommes et choses que le Languedoc et le Roussillon
« possèdent soit sur place, soit dispersées en France et hors de France».
« Cercle d'Études, le Groupe Occitan est aussi une association d'action.
« Il souhaite que de ses travaux, en tous ordres d'activité, intellectuelle ou
« économique, découlent des conclusions pratiques à la réalisation desquelles
« il s'appliquera dans la mesure de ses moyens ».
Depuis trois ans, pour réaliser son programme le Groupe Occitan a oranisé des conférences et des expositions et donné son concours à de nomreuses manifestations. Il a avant tout appliqué son activité à la création et
au développement d'un organe de liaison, « Les Feuillets Occitans » qui loin
de vouloir supplanter ou concurrencer les autres revues ou publications régionales, a précisément pour' objet de les faire connaître et de les mettre en
valeur.
Attachant le plus grand prix à une politique d'interpénétration régionale
Groupe et Feuillets ont saisi toute occasion d'établir des liens étroits avec les
Groupements ou publications qui représentent les autres régions de France.
Enfin n'ayant garde d'oublier les devoirs imposés à ces pages que
Benjamin Crémieux a si heureusement qualifiés de « Marches Latines », nos
Feuillets Occitans ont tenu à constituer l'un des traits d'union entre la France
et les Pays Latins.
Et le succès est venu.
Contre vents et marées, Groupe et Feuillets ont grandi et prospéré,
élargissant chaque jour leur rayon d'action, s'attirant de nombreuses et précieuses sympathies.
Certes, ils avaient sous les yeux d'encourageants exemples, telle cette
« Bourgogne d'Or, de Chalon-sur-Saône, fondée en 1903 par le poète Gustave
Gasser et actuellement dirigée par une jeune femme de lettres Lylhète Lemoine
revue aussi vigoureuse que les ceps de vignes du pays qu'elle représente et
qui a exercé une indéniable influence sur le mouvement littéraire et artistique
de cette belle province. Mais encore fallait-il compter avec les mille dangers
qui guettent l'enfant au berceau. De tous les obstacles, nous avons peu à peu
triomphé grâce à notre volonté inébranlable d'atteindre les buts que nous
nous étions impartis, grâce surtout à l'union chaque jour plus étroite et à la
foi plus ardente des ouvriers de la première heure, des Rouquet, des Saisset,
des Paul-Sentenac, des Grenier et de quelques autres qui, n'hésitant pas souvent à sacrifier leurs préférences personnelles, voire même leur intérêt, à
l'unité et à la grandeur de l'œuvre poursuivie en commun, lui ont apporté le
précieux apostolat de leur expérience, de leurs connaissances techniques,
ainsi que la diversité de leurs tempéraments.
Et l'œuvre a déjà porté ses fruits. Notre action a suscité des énergies
nouvelles. Avec une louable émulation, les Groupements locaux à Paris ou
ailleurs, ont pris plus nettement conscience de leurs ressources et de leurs
)OSsibilités et, empruntant à notre programme ce qui répondait le mieux à
eurs propres aspirations, ils ont à leur tour apporté leur pierre à l'édifice.
Un tel résultat n'est point pour nous déplaire.
Dans le régionalisme en marche, notre rôle est tout indiqué, c'est celui
des élites auxquelles nous faisons appel : frayer le chemin.
Fernand CROS-MAYREVIEILLE

f

I

�LA CITÉ DE CARCASSONNE
Linoléum gravé de G. Devos

Le Carnaval en Roussillon^
ES cerisiers n'ont pas encore frémi cette année. Les vergers couvrant
les collines maigres et dorées du Ventous qui ceignent notre ville ne
sont pas encore auréolés d'essaims neigeux, et cependant Père Carnaval a été incinéré sous les hauts platanes de la place du Barri. A
l'habitude ce printemps du Vallespir toujours précoce coïncidait avec l'arrivée
du monarque. Le premier frisson des sèves annonçait la marée de joie et
d'allégresse qui déferle pendant plus d'un mois jusque dans nos plus petits
villages. Mais cette année même les mimosas ont boudé.
En jetant un regard en arrière sur ce Canaval défunt, il faut se féliciter
d'aVoir vu renouer sous son règne certaines vieilles traditions pittoresques.
Tandis que le Carnaval perpignanais se vautre de plus en plus dans les danses
modernes, se rue vers les dancings aux jazzs épileptiques, les campagnes semblent revenir vers le passé. A Banyuls sur Mer c'est la figaretta qui a été
ressuscitée, on a dansé le tio-tio et Vencadanat à Prats de Mollo, la vieille capitale du haut Vallespir, que des barbares ont découronnée de ses remparts.
A Arles sur Tech, pays des espadrilleurs et des muletiers, les jeunes gens ont
exécuté la cascabellada, cette danse si curieuse du grelot qu'ont apporté les
premiers meneurs de mules :
« Mireù sin tinch
de diners à la butxaca
a Mireù sin tinch
que fan catrinch, catrinch.»
A Prades on n'a pas oublié le matar de l'oca, tandis qu'à Céret, dans
la vieille ville aux neigeuses arènes, la corrida du bou roig développait ses
écarlates et ses ors sous un ciel doré d'Attique.
Carnavals de Perpignan avec ses foules en liesse, ses redoutes trucu-

L

�lentes, ses rues gorgées de masques, Canavals de Céret avec les filles aux bouches lourdes, aux hanches agressives, et la phrase rauque et triste d'une Sardane qui traîne toujours dans quelque rue. Carnavals d'Amélie trop passionnés, trop fiévreux, comme si les malades voulaient se hâter de saisir cette
joie. Carnavals d'Arles où les cris joyeux des bandes nocturnes font raisonner les vieilles rues froides et mortes, qu'animent vers six heures les sonnailles
des mules de retour de la douellière. Carnavals de Prades enfin qui ont le goût
de notre jeunesse. Dix ans après je retrouve l'odeur de cette salle — acidités
d'orange et sueur humaine mêlées — qui vous étourdissait, vous plaquait un
baiser de feu sur le visage. La musique à la fois aigre- et douce de la cobla
tombait comme une pluie d'or dans la cuve où bouillonnait la foule des masques. Aussitôt entré on était entraîné, roulé dans cette marée qu'endiguait à
grand peine un cordon de vieilles femmes en coiffe blanche ou en fichu noir,
assises tout autour de la salle. Et sans cesse l'escalier vomissait de nouvelles
bandes. Au-dessus de la salle il y avait un café où l'on montait boire des limonades avec les filles, afin de les obliger à lever leur masque. Le balcon était
désert. La nuit entrait à pleines fenêtres, et l'on devinait le jardin mouillé qui
frémissait au-dessous, comme pâmé dans l'ombre. Avec quelle palpitation
secrète on épiait à travers les trous du masque de sa compagne la blancheur
luisante des dents pâles, le lac d'ombre des prunelles où chaviraient des houles
dorées. D'en bas montait le grondement du bal, le piétinement lourd des couples, les rires aigus des filles — immense et puissante rumeur d'où sourdait
lancinante et têtue le gémissement de la prima.
Dans la journée la fête avait lieu sur la place de l'Eglise. En ces semaines de février, le Canigou sculptait sa masse neigeuse dans un ciel pur et
vif, pareil à une blouse bleue, bien tendue sur la vallée. Quelquefois la tramontane soufflait — vent et soleil mêlés — et cette amosphère de flamme
ardait sa volupté jusque dans les moëlles. Autour des baraques des marchands de berlingots s'agglomérait une foule intense. Des bandes de masques
passaient en sautillant, égrenant des « me counexes, me counexes », glissaient
une rosserie dans l'oreille d'un promeneur, s'enfuyaient en éclatant de rire.
Mais un homme vêtu de bure apparaissait muni d'une ligne. Au bout
du fil frétillait une figue ou un morceau de boudin noir. Et toutes les bouches
des garçons se tendaient avidement vers l'appât, hâppant, mordillant la figue
insaisissable. Quand l'un des garçons essayait d'attirer la figue avec la main,
un coup de bâton le punissait. C'était la Figaretta. Plus loin, un homme au
visage barbouillé surgissait au milieu des groupes, brandissant un pot de
raisiné. Joan del Riu, Joan del Riu criaillaient les filles. Sur la place, des
masques déferlaient de plus en plus nombreux, de plus en plus bruyants —
catalanes en coiffes de dentelle, espagnoles en mentilles, barratinas rouges —
toute une gamme de couleurs violentes qui hurlaient sous le soleil cru.
Ce que nous aimions beaucoup également c'était le matar de l'oca.
Entre deux platanes des allées on suspendait une oie par les pattes. Armés
d'un sabre, les hommes passaient en courant, essayant de décapiter le volatile, qui revenait au plus habile. Il fallait entendre ces cris, ces huées à
l'adresse du maladroit, les applaudissements saluant les vainqueurs. La
malheureuse bête férocement tailladée perdait son sang. Des plumes, des
morceaux de chair pleuvaient sur la foule.

�— 119 —
Nous étions là — petits grimauds en culotte courte — surveillant la
tête, prêts à nous précipiter sur le lambeau sanglant, aussi avides de ce
trophée que le matador vainqueur de l'oreille de la brute qu'il vient d'abattre.
Mais hélas I les jours passaient, le déclin du Monarque arrivait. Je me
rappellerai toujours ces cérémonies funèbres sur la place avec ses porteurs
de torches, ses pleureuses, et la potence noire dressée sur le ciel. Etait-ce
l'appréhension des jours arides de Carême? Je ne sais, mais véritablement la
foule se prenait à son propre jeu. Et lorsque le bourreau approchait la
flamme du mannequin, un lourd silence stupéfait pesait sur la populace. Puis
tandis que le brasier grondait une triste mélopée s'élevait vers les étoiles :
Adiou père, pobre père
Adiou père Carnaval »
Tout cela est bien loin maintenant, et la marée sanglante de la guerre
est passée là dessus. On ne parle plus que de dancings, de jazzs, et il n'est pas
rare en entrant dans les bals d'aujourd'hui de voir les hanches harmonieuses
de nos filles se disloquer en de grotesques charlestons. Même en Vallespir,
au cœur même de la tradition, les oliviers de Saint-Paul ne frémissent plus
sous les souffles sacrés de la Sardane. Il faut aller jusque dans les hauts
cantons, au pied de la montagne, pour entendre quelques uns de ces vieux
airs agrestes, que lance la voix dorée de la cobla. Ahl puisqu'il est encore
temps,opposons de toutes nos forces une barrière à cet envahissement étranger. Lorsque notre Carnaval sera semblable à celui de Paris ou de Nice, ne
sentez-vous pas que le Roussillon aura perdu quelque chose.
Charles ROUSSILLON.

REY-ANDRFM AUX CONCERTS PASDELOUP
Monsieur Rhené Bâton a eu l'heureuse inspiration de donner au mois de Mai, aux
Concerts Pasdeloup une première audition de La Chanson du Vin due au compositeur occitan
Rey-Andreu. La chanson du Vin. La fête des Vendanges ! Le départ des Vendangeurs I Les cris
et les chants ! Le bruit des grelots et des roues de charrette ! L'ardeur du soleil sur les chemins ! Toute la frénésie méridionale, s'exprime dans cette œuvre, d'une riche imagination musicale, d'une hardiesse dans la composition, qui n'exclut pas la science de la technique. Cette
première audition, chez Pasdeloup, d'un compositeur déjà apprécié à Paris, a obtenu un
réel succès.
Cette musique a apporté dans le programme une note d'une éclatante nouveauté. Toute
la presse parisienne, les grands quotidiens, Le Temps, Le Journal, Le Petit Journal, Le Gaulois,
Le Soir, Comœdia, Chicago Tribune, les Revues littéraires et musicales, L'Opinion, La
Renaissance, La Semaine à Paris, Le Courrier Musical, Le Ménestrel ont été unanimes à
constater la chaleur, la couleur et la maîtrise de la Chanson du Vin. Nous sommes heureux
de cette réussite dans un des grands concerts de la Capitale d'une œuvre de notre compatriote
Rey-Andreu, dont nous avons déjà plusieurs fois parlé et dont nous suivons avec un réel intérêt les brillantes étapes.
Cette audition chez Pasdeloup s'affirme une nouvelle consécration du grand talent
musical de Rey-Andreu. Et nous devons le féliciter d'exalter notre terroir languedocien, avec
une ardeur et une intensité vraiment méridionales, de célébrer le vin, source de joie de notre
plaine Parmi
occitane.
les amis de Rev-Andreu, Monsieur Edouard Renard, le nouveau directeur de la
Sûreté Générale, n'a pas dû'être le dernier à se réjouir de ce succès. Lorsqu'il était sousPréfet de Narbonne, Monsieur E. Renard, qui a écrit un remarquable ouvrage sur Louis Blanc,
et qui est très averti des choses de l'art moderne, tant en peinture qu'en musique, aimait entendre la dernière création du Narbonnais Rey-Andreu.
L'audition de Pasdeloup aura des lendemains. Rey-Andreu n'a certes pas fini sa vendange.
P- S.

�Boia original de Gaspard Maillol

LIVRES ET REVUES
Henry Muohart : Le Miel Sauvage (Poèmes)
(Edition* de la Revue des Poètes. — Perrin, Paris)
Voici un noble et beau livre, longuement mûri, passionnément ouvragé et depuis longtemps attendu par tous ceux que l'amour des vers solides et harmonieux charme encore. Il
y en a plus qu'on ne croit, mais ils ne sont pas riches, sans doute, car les livres de vers ne
se vendent pas. On lit les poèmes dans les Revues et on n'achète pas un livre de vers.
Pourquoi ? Personne n'en sait rien. Il semblerait pourtant que les financiers, les brasseurs
d'affaires, les industriels, après s'être colletés des journées entières avec le» chiffres, avec la
plate et morne réalité, aient besoin de se demander s'il n'y a pas un autre but dans la vie que
d'amasser de l'argent, s'il n'y a pas une voix aux accents profonds qui exalte les beautés de
la nature, la douceur du ciel, la grâce des bois devant la mer, le murmure des forêts sur la
montagne, une voix qui chante :
Je me vois, chevrier aux regards éblouis,
Longeant les rivages de l'île,
Cependant que j'émeus, de ma flûte de buis,
Un soir limpide de Sicile...
Et cette voix est celle d'un vrai poète qui a lui aussi le sens des réalités, mais qui sait
d'un coup d'aile s'enlever en plein azur.
Dans ce livre fort, aux lignes pures, aux vers strictement charpentés : « Le Miel
sauvage » d'Henry Muchart, l'âme se plonge avec joie, sans vouloir remonter à la surface et
reprendre contact avec le réel, qu'elle n'en n'ait épuisé la substance.
Le Roussillon coloré, dru, rutilant, avec ses parfums chauds et amers, avec ses arômes
montagnards, ses vagues sonores, ses sommets purs où se plaisent les bergers, ses jardins et
ses eaux, ses abeilles, son ciel et son soleil qui énivrent, tout le Roussillon, toute l'âpre et
douce Catalogne avec ses inoubliables souvenirs de Majorque, châtoie, vibre, vit intensément
dans les vers lumineux d'Henry Muchart. Et je n'ai garde d'oublier la belle pièce «Le Marchand
de Neige * publiée dans le premier numéro des nouveaux Feuillets, d'un lyrisme si élevé,
et d'un symbolisme non nébuleux certes, mais transparent comme l'eau des cimes.
Tout dans ces parties du livre : l'Art des abeilles, l'Essaim sur l'Olivier, Les Jardins
et les Eaux, Sous le ciel rouge et noir, Dans l'âpre et douce Catalogne, Le Miel d'Automne,
tout est à citer, tellement le livre est d'une beauté dense, écrit avec ce soin d'un artiste probe
qui ne laisse rien au hasard.
Henry Muchart est des nôtres et il sait que nous ne sommes pas prodigues d'éloges en
Roussillon, bien qu'on nous croit exagérés, excessifs et gesticulants. Non. Nous admirons pro-

�— 121 —
fondément ce qui est beau, mais nous cherchons quelques mots sobres qui traduisent notre
enthousiasme intime et lorsque nous disons «c'est un maître livre» il y a bien dans ces mots
notre pensée complète, sans réticence.
Louis Codet : César Capéran

(N. R. F. Paris)
Les Éditions de la Nouvelle Revue Française nous donnent un nouveau tirage de ce
chef-d'œuvre d'esprit de Louis Codet : César Capéran, augmenté de nombreux poèmes en
prose, de contes, d'impressions de voyage et d'études admirables sur Rembrandt, L. de Vinci,
Ingres, Manet, Gustave Moreau, Puvis de Chavannes. C'est dans ces pages que Paul Codet, avec
un soin pieux a rassemblées et qui étaient dispersées dans des Revues ou même inédites que
nous retrouvons toutes les nuances de cet art de son regretté frère. Le Tuilier de Finestret,
L'Archiduchesse, les impressions sur Barcelone, et les études d'art sont d'un artiste incomparable, d'une finesse de touche, d'une originalité de ton et de dessin, et parfois d'une puissance
d'évocation entièrement personnelles. Tout cela est vu par des yeux neufs, rien n'est pris
dans les livres, c'est le contact direct de la chair, de la sensibilité et de l'intelligence avec le
monde extérieur. C'est exquis et profond.
Pierre Chardon : L'Épopée de l'Aile

(Editions Sansot, Paris)
Poème en six parties, émouvant par son bel accent de sincérité, dialogue habilement
mené, La Muse, La Source, Le sacrifice, L'attente, L'aurore, Le Retour, où alternent et se
reflètent les sentiments humains, où passe le chant de l'éternelle illusion, où se noue et se
dénoue le drame de l'amour et de la mort, où l'on voit mourir le poète, bercé par les souvenirs
lumineux d'autrefois et par celle qu'il aime.
Aimé Julien : Il était une fois...
Un opuscule où l'auteur célèbre « la chanson qui jaillit de l'Adour » dans un sonnet sur
Les Landes, et la beauté méridionale dans Nîmes et Castelsec.
Witfred Lucas : La Cité Bleue (Poèmes)
(En vente aux Messageries Hachette)
En épigraphe, ces paroles de Bossuet : « Dieu a mis quelquechose dans les créatures
pour leur donner le moyen de retourner à leur source; et cela, c'est l'Amour. » Wilfred Lucas
l'auteur de La Syrène, et des Roses s'ouvrent, a une haute conception de l'Amour et son livre
est bien « tout entier jailli du cœur ». Il est la paraphrase de cette pensée pure : Poète qui
contemples — la splendeur de la terre — malgré l'effort, la lutte — ou le soupir d'Antan —
l'aile de la pensée — c'est toujours l'espérance — et le divin amour — la suprême croyance —
La Cité Bleue, aux vers substantiels en ses rythmes variés, est bien l'œuvre d'un
poète et d'un penseur.
Eugène Figuière : Poèmes Choisis

(Eug. Figuière éditeur, Paris.)
Ce choix de poèmes intimes est présenté avec un « Antélude de George Aubault de la
Haulte Chambre » dans lequel l'ami du poéte-éditeur rappelle les œuvres charmantes qu'il a
fondées : Le jardin de Jenny, Les Amis des gardiens de Phares, Les Vacances du Poète
et tout récemment le concours du Meilleur Camarade.
Sitka parmi les Colonnes et le poème de Baleka par A. Pareja de MIJarès

(Eug. Figuière Éditeur, Paris.)
M. A Pareja de Mijarés qui est un grand écrivain péruvien et l'auteur d'un livre de
vers plein d'originalité et de lyrisme « Rythmes Fervents », nous donne aujourd'hui un roman
d'une belle élévation de pensée et qui se rattache plutôt au poème en prose par le ton et le
rythme des phrases qui sont bien d'un poète lyrique.
LES REVUES
Le Rouge et le Noir

(Henri Lamblin directeur, 186 Bd. de la République à la Madeleine-Lez-Lille, Nord.)
Cette nouvelle publication qui se place sous le patronage stendhalien et s'interdit
tout dogmatisme est d'une présentation très soignée. On y lit de remarquables études et de
beaux poèmes et le sommaire d'avril 1927 que nous donnons ci-dessous engagera certainement
nos lecteurs à vouloir connaître « Le Rouge et le Noir ».
5
Henri Martineau : Stendhal biographe
André Salmon : Locutions

�— 122 —
Philippe Soupault : Noyade
Jules Supervielle : Le Geste
Henri Deberly : L'expérience du vin
André Lebey : Zinc idéal express
Pierre Mac Orlan : L'homme qui viole l'infini
Enquête sur la culture européenne par Maurice Betz, M. Dufrène, Noël du Guy,
Daniel Rops Gonzague, Truc.
La Bibliophilie par Renée Dunan, le style par Pierre Courthon, Le théâtre par E. Martin
l'Art du mouvement par P. Leprohon. Une étude sur François Mauriac par Henri Lamblin et
des chroniques par Jean Ott, René Laporte, Maurice Acremant etc..
La Revue Poésie, toujours présentée avec le plus grand souci d'art par l'excellent poète
Octave Charpentier nous donne dans son numéro d'avril, de beaux poèmes de Philéas Lebesgue, une chanson d'un très joli rythme : chanson des pêcheurs de sable (rives de la Garonne)
de Maurice Audubert-Botissat, extraite des « Sonatines du soir », en préparation, une série de
poèmes émouvants de M'" A. de Meixmoron de Dombasle, de Victor jBarat, Charles Ecila, Octave Charpentier, Louis Moreau, Jean de Poitiers etc., et des hors-texte très vigoureux, bois
originaux de R Y. Creston.
Nous ne saurions trop recommander la lecture de cette revue entièrement consacrée à
la poésie, ce qui est, par ces temps de mercantilisme à outrance, d'un rare courage et d'un
beaxi désintéressement, et assez féliciter Octave Charpentier de la ferveur qu'il met à faire
connaître les poètes de chaque région de France et de l'étranger.
L'Ermitage (2° année, fil, rue de la Tour, Paris-16')
Cahier de Poésie nous donne dans son numéro, 17, des poèmes inédits et d'une lecture
très attachante de François-Paul Alibert, Philippe Chabaneix, Charles Derennes, André Fontainas, Georges Heitz, Francis Jammes, Guy Lavaud, Jean Lebrau, Xavier de Magallon, Fernand Mazade, Amélie Murât, Edmond Pilon, Ernest Raynaud, Henri de Régnier, Viélé Griffin
etc.. etc.. Nous nous excusons de ne pouvoir les citer tous, car ils le méritent, et le choix
judicieux de cette sorte de petite anthologie poétique est à la louange des directeurs : Georges
Heitz, Jean-Albert Sorel et Yves Paté.
La Dépêche — Hommes et Choses — Roussillon — par Edmond Haraucourt.
Nous avons lu dans la Dépêche du 12 Mai, un magnifique article d'Edmond Haraucourt,
sur le Roussillon où il est allé passer le mois d'Avril :
« Au pied des Albères nous étions en Grèce et je reconnaissais les Collines de Delphes,
criblées des rayons que Phoïbos darde pour indiquer le chemin de son temple ; le soir du
même jour, nous étions en Suisse, lançant des boules de neige, commes des gosses àFont-Romeu
pour faire aboyer les chiens dans l'écho blanc et noir des pentes où les conifères se découpent
sur le névé ; pour y atteindre nous avions traversé la Bretagne, semée de granits bleus ; un peu
au-dessous, l'aride plateau espagnol de l'Escurial; le lendemain prés de Céret nous retrouvions
la Grèce, avec la vallée de Tempe, et vingt minutes après, l'Écosse dans les gorges d'Amélie-les
-Bains, et tout de suite, dans celles de Montbolo, les Latomices de Syracuse ; les désertiques
montagnes de Syrie, au-dessus de Tautavel, et, dans le parc de Pia, la villa Médicis de Rome ;
de Collioure au Cap Cerbère, nous faisions le Var et ses Calanques, la Corse et sa promenade
des Grecs; dans la forêt des Fanges, nous retrouvions les Vosges... »
On ne saurait avec plus d'exactitude lyrique montrer la variété extraordinaire de ce
Roussillon que l'on commence aujourd'hui à mieux connaître et où les grands voyageurs qui
ont parcouru le monde, retrouvent des aspects de toutes les patries.
Frédéric SAISSET
LATOUCHE TRÉVILLE A

NAPLES

par De Lévis-Mirepoix
Auteur de romans estimés qui connurent le succès, honoré, entre autres distinctions,
d'un prix littéraire de l'Académie française pendant la guerre, le duc de Levis Mirepoix, qui
compte parmi les collaborateurs éminents des feuillets, a écrit depuis l'armistice : «Le Baiser
de l'antéchrist » prélude éloquent de nombreuses publications récentes qui ont symbolisé
l'esprit du mal ;
« Le Seigneur inconnu » où la puissance de la tradition s'affirme avec une force si singulière, si émouvante ;
« Monségur » témoignage vivant de l'hérésie albigeoise (Cathare) où l'érudition ]le dispute à la beauté d'un roman d'amour cornélien;

�— 123 —
« Le Voyage de Satan » romanesque et réaliste à la fois qui se poursuit en pages de
savoureuse couleur locale dans la région de Limoux.
Il a publié en outre, l'année darniére, dans la Revue de France, un article remarquable
Sur le Duc d'Orléans.
C'est une personnalité militaire de l'ancien régime, ralliée librement à la révolution,
qu'il nous présente aujourd'hui.
Ancien constituant, ayant déjà servi dans les armées de terre et de mer avant la révolution, Latouche Tréville, désireux de reprendre le métier des armes, reçut au printemps 1792,
à la suite de démarches pressantes, par l'intervention de Dumouriez auquel il était lié, le commandant du vaisseau «Languedoc» en armement à Brest et de quatre autres unités. Le champ
qui s'offrait à l'activité, au zèle du nouveau chef ne manquait pas d'ampleur. Le désarmement de l'escadre avait dû être ordonné en 1791 par suite de l'indiscipline des équipages. Il
s'agissait de rétablir l'autorité et de regagner la confiance des pouvoirs publics, choses particulièrement difficiles à un représentant de l'ancien régime. Latouche Tréville y parvint par
sa décision.
Le 26 Août il reçoit l'ordre de rallier à son pavillon : Le Vengeur, l'Entreprenant,
l'Orion, et de passer en Méditerranée pour se joindre à l'armée navale en voie de concentration dans la région de Nice, Gênes.
La réunion de nos forces et leur ravitaillement terminés, Latouche Tréville, après
avoir participé au bombardement de l'enclave Sarde d'Oneille, fut chargé de la mission à
Naples qui fait plus spécialement l'objet de l'étude du Duc de Lévis Mirepoix.
Les raisons de cette mission?
Monsieur de Sémonville, Ministre de France à Gênes s'était, par ses intrigues, par ses
menées, rendu suspect au gouvernement de ce pays.
„
Successivement la cour de Turin et la république de Venise, dont on avait demandé
l'agrément, avaient refusé de le recevoir.
La Porte pressentie à son tour, s'y était opposée.
De ce dernier échec le conseil exécutif rendait, en partie, responsable le général Acton
personnage cosmopolite né en France, où il avait servi dans la marine, et dont le roi de Naples
avait fait son premier misnistre.
La signature Dacton figurait au bas d'une pièce (surprise par nos services d'espionnage) qui mettait en garde le gouvernement Turc contre l'action dangereuse, plusieurs fois
dénoncée de M. de Sémonville, maintenant discrédité dans toute la péninsule.
Il s'agissait d'exiger du roi de Naples le désaveu de la lettre de son premier ministre
et de livrer ce dernier au gouvernement français jusqu'au moment où cette déclaration serait
parvenue à Constantinople.
Latouche Tréville saisit avec une satisfaction bien compréhensible l'occasion qui lui
est donnée de manifester ses aptitudes au commandement d'une force indépendante et de
faire valoir ses qualités personnelles indéniables, 10 vaisseaux, 2 frégates, 2 bombardes.un e
tartane, passent sous son commandement.
Mais autant les instructions officielles étaient comme nous l'avons vu, impératives,
rigoureuses, autant celles de l'Amiral Truguet étaient discrètement réticentes, temporisatrices.
Un mois s'écoula ainsi au cours du quel le gouvernement de Naples fut avisé de nos
desseins.
Des pourparlers diplomatiques furent engagés entre Naples et Gênes. L'Amiral en eut
connaissance ; mais ne s'en ouvrit pas à son subordonné auquel il continuait à conseiller la
prudence, la modération.
Bref au moment où Latouche Tréville fit voile vers le Sud, l'arrivée de nos vaisseaux
était préparée, attendue à Naples. « Ce que leurs équipages croyaient de leur part une manœuvre de surprise, fut transformé à leur issue en une sorte de visite officielle », On touche
ici le ridicule de la situation.
Mis au courant des événements par le Consul de France à son arrivée devant Naples,
Latouche Tréville qui avait déjà rédigé un ultimatum retentissant dut en atténuer profondément les termes de concert avec notre représentant. Nos demandes étaient acceptées d'avance.
L expédition devenait sans objet. Latouche Tréville prenait assez philosophiquement son
parti de ce dénouement imprévu et se disposait à rejoindre l'armée navale lorsque le mauvais
temps causa de telles avaries au «Languedoc» qu'il dut, à son corps défendant, entrer dans
le port de Naples et procéder aux réparations urgentes indispensables, Il ne gardait avec lui

�— 124 —
que l'Entreprenant (ordre avait été donné aux unité» de rallier l'armée navale) «pour le
secourir et le remorquer au besoin ».
Cette situation n'était pas sans dangers. Après ce qui s'était passé « Latouche Tréville
se trouvait forcé de suivre dans une sorte d'équivoque pénible à son ambition : passer pour
un ami du roi de Naples ou perdre, en ne le ménageant point, le bénéfice de son hospitalité...
Il choisit un procédé préconisé plus tard par Tallerand, non dans sa vie, mais dans ses négociations : agir avec franchise dans une voie constante «t bien déterminée. »
Pendant ce séjour à Naples, un nouveau champ d'activité s'ouvre à Latouche Tréville.
Il s'inquiète de la situation politique et économique de la contrée, de ses ressources et de ses
moyens de construction navale. Ue cette enquête favorable sortira une proposition d'alliance
basée, par ailleurs, sur la protection intéressée que nous pouvions assurer à ce pays.
Une adresse qu'il avait destinée au peuple napolitain, au cas où nos demandes n'auraient pas été acceptées, lui valut de» réponses ironiques fort curieuses.
Après le meurtre de Basseville, envoyé en mission officieuse à Rome, Latouche qui
avait déjà proposé au gouvernement de Naples de remonter le Tibre « afin de renverser le lama
des chrétiens » se fit plus pressant auprès du général Acton. Cette expédition lui tenait à coeur.
Mais il ne fut pas écouté.
«Ici, comme en beaucoup d'autres endroits, Latouche se déclare, franchement contre
la politique du clergé romain avec une sincérité qui «emble plus profonde que sa haine de
l'ancien régime. D'ailleurs un certain scepticisme religieux qui s'augmenta bientôt de la
haine contre l'église, considérée à tort ou à raison, comme la cheville ouvrière de toutes les
oppositions aux idées nouvelles était le propre de bon nombre d'hommes de cette époque ».
Lorsque le « Languedoc » fut en état de prendre la mer, Latouche rejoignit l'armée
navale qui allait éprouver un échec devant Cagliari.
Rentré en France, il ne put malgré ses sentiments de loyalisme et sa nomination de
contre-amiral, signé du ministre Monge, obtenir d'autre commandement. Son ancien chef, qui
était aussi son rival, l'amiral Truguet, devenait Ministre de la Marine alors qu'un décret excluant l'ancienne noblesse de tous les services publics, lui retirait son commandement. Il fut
même arrêté et emprisonné et risqua la guillotine.
Ce n'est qu'en 1802 qu'il lui fut donné de reprendre du service et de participer à l'expédition de Saint-Domingue.
Une étude aussi subtentielle que l'est celle du duc de Levis Mirepoix ne saurait être
résumée sans présenter des lacunes inévitable».
Nous avons voulu simplement en marquer les étapes pour en faire apparaître l'intérêt
et montrer comment le choix remarquable d'une monographie (si attachante par elle-même)
peut devenir une contribution précieuse à la compréhension de l'histoire générale.
L'aisance et la sûreté d'information avec lesquelles l'auteur se meut à travers les
questions d'ordre militaire, politique, diplomatique, la disposition des pièces originales, font
«r de Latouche Tréville à Naples », sur des points généralement inexplorés de l'histoire révolutionnaire, un document de premier ordre.
Laurent ROQUES

LÉON CLADEL
C'est le samedi 21 mai, à 15 heures, sous la présidence de M. Édouard Herriot, ministre
de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, et en présence de M. Paul Doumer, président du
Sénat, que le monument Léon Cladel a été inauguré dans les jardins du Luxembourg.
C'est Cladel, fils du maître écrivain, qui a sculpté le monument qui est fort beau et
qui sera, en tant qu'œuvre de statuaire, l'une des plus respectables de ce jardin du Luxembourg où tant d'illustrations y ont déjà pris place.
En fêtant Léon Cladel, en inaugurant un monument en l'honneur de son œuvre, «ou»
la présidence de M. Edouard Herriot, qui est l'ami des Lettres françaises, le comité a tenu
à donner une juste, quoique bien tardive réparation à un écrivain indépendant, à un écrivain
régionaliste de race, qui a souffert non seulement pour son idéal littéraire, mais aussi pour
son idéal démocratique. Car, Léon Cladel, auteur comme on sait de nombreuses œuvres telles
que, par exemple: Le Bouscassié, La Fête votive de Saint-Bartholomè-Porte-Glaiv e, Les Va

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�— 125 —
Nu-Pieds, L'Homme de la Croix-aux-bœufs, Bonshommes, Ompdrailles le Tombeau des Lutteurs, Crête-Rouge, N'a qu'un œil, Kerkadec garde-barrière, Urbains et Ruraux, Léon Cladel
et sa kyrielle de chiens, Effigies d'inconnus, Racca, Seize morceaux de littérature, etc., etc..
a toujours poursuivi dans son œuvre importante, personnelle et humaine, un idéal essentiellement démocratique, car pour lui — et il était tenace dans ses idées — tout était peuple.
Et pour ceux qui ont connu, aimé et apprécié l'auteur de Montauban-tu-ne-le-sauraspas, c'est avec une réelle émotion que l'on a vu arriver enfin ce jour, où sa physionomie fière
et généreuse avec ses traits énergiques, est apparue pour la première fois aux regards des
foules, ces foules qu'il aimait tant.
Léon Cladel, dur ant toute sa vie, a toujours été un combattif. En parcourant ses œuvres
nombreuses, ses œuvres écrites en pleine indépendance, en pleine fièvre et surtout en pleine
lutte pour le pain quotidien et pour les idées républicaines qui commençaient à s'infiltrer
dans les mœurs de l'époque, on peut constater aisément que ce grand travailleur, « le plus
infatigable des ouvriers en style», comme l'a écrit très judicieusement Anatole France, ce
grand artiste n'a jamais voulu faire la plus petite concession aux fausses idées et au faux art,
parce qu'il était un vrai prêtre de l'art.
Léon Cladel a déjà un buste sculpté par le maître Émile-Antoine-Bourdelle, qui orne
le petit square de la place de la Préfecture, à Montauban, patrie de Jean-Dominique Ingres.
C'est en 1894 que l'inauguration de ce buste eut lieu. Ah! comme cette manifestation
fut simple et touchante, malgré l'absence d'un membre du gouvernement d'alors qui n'avait
même pas cru devoir se faire représenter, car pour l'époque, les idées démocratiques de
Léon Cladel étaient trop avancées.
Nous nous souvenons de cette inauguration, qui eut lieu par une journée ensoleillée et
à laquelle assistaient les personnalités suivantes, dont la plupart sont hélas! aujourd'hui disparues : Émile-Antoine-Bourdelle, Camille Delthil, François Fabié, Clovis Hugues, Henry
Lapauze, l'animateur de cette belle manifestation, Catulle Mendès, Emilie Pouvillon, Auguste
Quercy, Maurice Rollinat, Armand Silvestre et toute une pléiade de jeunes écrivains, poètes
et artistes. Ah! comme tous les écrivains d'alors, qui apportaient à Léon Cladel l'hommage
de leur amitié et de leur admiration, furent troublés de constater qu'en pleine démocratie
un grand écrivain démocrate n'était pas « personna grata » près des hautes sphères gouvernementales.
Heureusement, pour la mémoire de Léon Cladel, pour son œuvre et pour les Lettres
françaises, que les temps sont changés et que la présence de M. Èdouard Herriot, ministre
de l'Instruction publique, a donné à la manifestation littéraire un caractère particulier et
surtout a montré aux foules recueillies et admiratives que l'œuvre d'un grand fils de la terre
latine était enfin reconnue comme étant belle et comme devant figurer dans les grandes anthologies françaises.
« La vérité est en marche », a dit un jour, avec un accent magnifique de foi et d'enthousiasme, notre vénéré maître Émile Zola. Eh! oui, elle est toujours en marche, cette vérité
qui est vieille comme le monde et qui se rajeunit d'après les moments et les circonstances!
Et la plupart de ceux qui ont critiqué l'œuvre de Léon Cladel ont disparu de la carrière des
lettres sans laisser aucune trace, tandis que l'œuvre du maître styliste suivait son petit bout
de chemin, sa route difficile mais magnifique, et s'imposait petit à petit à ceux qui savent honorer aujourd'hui les dignes représentants de notre langue, de notre littérature et de nos
divins clochers.
Même dans les grandes batailles littéraires de son époque, Léon Cladel s'est toujours
distingué des autres écrivains par une originalité si particulière que tousses confrères d'alors
ceux qui l'aimaient et ceux qui l'admiraient, l'ont toujours considéré comme un écrivain de
grande envergure, comme un écrivain, de race. Aussi, l'hommage tardif que l'on vient de
rendre à son libre talent, à ses conceptions politiques et sociales comme à son grand cœur
d'homme de lettres, prend aujourd'hui une signification très curieuse et très particulière,
puisque Léon Cladel, en digne fils du Quercy qu'il affectionnait, en digne fils d'une terre
féconde et généreuse qui a donné naissance à Lefranc de Pompignan, à Ingres, à Emile
Pouvillon et à tant d'autres, et dont les paysages et les couchers de soleil sont de toute beauté,
par ses œuvres vigoureuses et d'une personnalité bien définie, fortifie le culte du clocher
familial. Il fortifie également le culte si cher et si prenant de la petite Patrie, cette petite
Patrie, qu'aux heures graves et parfois douloureuses de la vie on évoque avec des larmes
dans les yeux, avec un cœur reconnaissant et un amour fervent et admiratif qui ne disparait
qu'avec nous-mêmes.
Marcel CLAVIÈ

�Ck ronique du

Tliéâtre Occitan

LE SOL COMMANDE
au Théâtre de verdure de Coursait

E nous est personnellement une joie, mais surtout un devoir d'équité de pouvoir
constater — sans flagornerie, mais sans réticence, — le succès triomphal qui
a accueilli, au théâtre de verdure de Coursan, le dimanche 10 Juillet, Le Sol
commande, de nos amis Jean Camp et José Fontbernat. A la fin du spectacle
l'émotion du public s'est muée en délire : tonitruantes salves de bravos, acclamations méridionalement frénétiques, profusions de gerbes de fleurs du pays,
hommages de gens du pays, accolades, embrassement général. On se serait
cru, tant s'épandaient l'enthousiasme et le frémissement populaires, aux premières tentatives,
siée latantes, des arènes de Béziers, à la fin du dernier siècle (Déjanire, Prométhée, SaintSaëns, Jean Lorrain, Gabriel Fauré, Segond-Weber, de Max, Cora Lapercerie, Castelbon de
Beaux hôtes) I
Mais cette constatation affectueuse serait vaine, si nous nous bornions à l'agrémenter
d'un compte rendu anodin, où l'amitié serait complice, ou même de considérations purement
critiques qui risqueraient de porter à faux. Ce que nous voudrions, dans ces Feuillets où s'épanouit l'idée occitane, c'est tirer du spectacle de Coursan, en ce qui touche l'effort méridional,
un enseignement, un exemple et comme une émulation.
Certes, et il faut nous entendre, les auteurs n'ont pas prétendu se placer à l'avant-garde
de l'art dramatique. Jean Camp, le poète, ne s'est pas un instant attaché à susciter un frisson
littéraire nouveau, ni à déceler l'inquiétante diversité de l'âme humaine ou la chimère de
quelque rêve insensé, dans le crépuscule de la conscience ou de l'inconscience humaine.
L'ombre d'Hamlet n'a pas plané sur cette fête. Et la musique de Fontbernat, qui se soucie
peu des grandes lignes architecturales, ignore aussi ou veut ignorer la nostalgie de l'inexprimable.
Le Sol commande, exempt délibérément de tout modernisme, appartient à la tradition post-romantique, encore imprégnée de bon mélodrame, toute chargée néanmoins de
lyrisme et de chaud coloris. Volontiers, nous situerions la pièce entre l'Artésienne et le
Cheminean de Jean Richepin. Mais la flamme passionnelle du héros de VArtésienne bien
qu'irrésistible, est anormale; et le Chemineau reste en marge de la vie réelle avec ses reflets
d'opéra-comique.
Ici, nous avons aussi un drame rustique, mais un drame bourgeois, dans le sens dixhuitième siècle : un conflit de forces morales qui agite des âmes candides, saines et probes,
conflit qui se déroule et se dénoue avec simplicité, avec sérénité, sans fièvre sexuelle, sans
acoup psychologique, sans imbroglio désordonné.
La belle Martoune vit au village natal, auprès de sa mère, Bénilde, propriétaire d'un
riche vignoble ; elle a grandi avec, au cœur, l'amour pour son camarade d'enfance Paul, le
gars solide et franc, attaché depuis sa naissance, peut-on dire, à la terre des parents de Martoune, puisqu'ils furent les maîtres de son père et qu'ils sont devenus les siens. Mais la jeune
fille, poussée par sa mère qu'exalte l'espoir d'un patrimoine accru, étourdie plus encore par

�— 12? —
l'appel joyeux des plaisirs de la ville, cède à l'hommage de Simon, fils dégénéré du père
Jacques, le maitre de l'immense domaine voisin. Les jeunes époux désertent le village, renégats
à leur origine, à leur destinée, au sol nourricier mais jaloux. Simon, épuisé par la ville perverse, revient, mais trop tard, plein de contrition et de repentir, les bras désespérément
tendus vers ce sol pour qui il n'eut qu'ingratitude, mais dont il espère encore le salut. Martoune, la mort dans l'âme, pleurant elle aussi son existence gâchée, ne sait résister à l'étreinte
de Paul, le fils du terroir, dont elle sent qu'elle eût dû partager le sort.
Anéanti par ce spectacle qu'il surprend, Simon va, d'un pas rapide et sûr vers la
mort; à sa décrépitudé, à sa détresse morale, le sol trahi ajoute une expiation ultime : la grêle
dévaste la récolte; l'inondation ravage le vignoble. C'est la ruine, si le miracle ne se produit
et si la terre ne pardonne. Et Simon qui, dans son agonie, et malgré sa certitude de n'avoir
pas été vraiment bafoué, ne rêvait que vengeance, Simon, au bord de la tombe, sent que la
régénération ne peut venir que du sacrifice suprême dont il sera la consciente holocauste :
cédant à la plus noble, à la plus haute résignation que lui suggère la terre maternelle, il unit
Paul à Martoune, après leur avoir légué ses biens, dont ils assureront le salut et la prospérité.
Ainsi se développe, avec quelque lenteur d'abord, ce poème idyllique dont le public,
d'emblée, adopta la teneur et le rythmé.
Il faut bien y insister en effet, ce qui frappa dès l'abord, dans le spectacle de Coursan
ce fut l'adaptation de la pièce au public et du public à la pièce, l'absolue communion d'âmes
vibrantes qui, sans effort, s'identifièrent à la vie des personnages. Elan d'adhésion, de crédibilité, de foi : comme si le conflit eût été en puissance chez les uns, pour ainsi dire à fleur de
nerfs et eût chez les autres éveillé de chères réminiscences; comme s'il se fût agi, en un mot,
du drame type de cette race de terriens de chez nous, des seules joies exaltantes qui aient su
jamais troubler leur cœur, des seules navrances qui les aient pu bouleverser. C'est dire que
Le Sol commande à tendances si peu symbolistes, a une grande portée symbolique. Ce qui, —
Jules Lemaître y insista naguère, j— fit la grandeur des tragédies antiques, notamment de la
légende d'Œdipe et des Atrides, et la faveur où les tenait le public, ce fut la croyance d'un
peuple entier dans la force du fatum qui terrassait les héros, c'était l'adhésion quasi religieuse
de l'auditoire à la nécessité du sacrifice ou de l'expiation. L'émotion des cinq mille personnes
qui se pressaient au théâtre de Coursan ne fut pas d'un autre ordre: tous acceptaient, les larmes aux paupières et comme s'il se fût agi d'eux, la leçon de la terre et la voix du Destin.
Et qu'importe l'objection que nous sentons venir, que le poète, cédant avec facilité à
l'inspiration mélodramatique — mais la tragédie antique n'était aussi que mélodrame — ait
pris pour mesure l'âme moyenne et un peu fruste de ses auditeurs, sans les élever au-dessus
d'eux, sans les conduire à de plus hautes cimes; mais ce recueillement, ce repliement sur
soi-même, cette résurrection de sentiments intimes ou latents ne sont-ils pas déjà suffisam
ment lourds de grandeur et de richesse lyriques, même s'il arrive (mais nous nous expliquerons sur ce point) que défaille parfois le lyrisme des mots.
Cette grandeur, reconnaissons-le, confine par endroits à l'épopée. Surtout la résignation de Simon, au seuil du tombeau, (Joubé fut admirable dans cette scène T) est d'une noblesse
grave et farouche, qui nous fait soudain songer à la sublime sérénité du roi Marke au troisième acte de Tristan. Mais qu'on veuille bien mesurer la portée de cet éloge : une idylle ravissante du romancier suisse Gottfried Keller s'intitule « Roméo et Juliette au village ». La
fin du Sol commande pourrait loyalement s'appeler : «Tristan et Yseult au village».
Car nous ne devons pas l'oublier, nous sommes ici au village et, qui plus est, dans
un village du Bas-Languedoc : Voilà qui achève d'expliquer l'emprise de l'œuvre sur un public
paysan et languedocien. Le décor à lui seul rappelle le spectateur à sa vie quotidienne; c'est
la cour du mas, avec la treille qui étend sur le seuil son lacis de branches; d'innombrables
vignes à l'entour; dans le fond, la cave et le chais aux lourdes portes rouges et la bordure
de maisons amies, harmonieuses et blanches et qui s'unissent l'une à l'autre comme une
chaîne de vierges juvéniles au cours de leurs ébats; plus loin, la garrigue et la mer et le ciel
lumineux d'un azur presque grave.
A ce décor familier aux couleurs crues s'ajoute, de par la grâce vive de Fontbernat,
le décor musical (c'est lui qui l'a désigné ainsi), non pas, nous l'avons signalé, une composition
logique qui évolue, mais une paraphrase sonore, toute en impressionnisme, tissée d'ardents
motifs populaires, avec des chœurs joyeux et graves qui s'égrènent ; aux moments
pathétiques, le vieux mélodrame musical crée l'ambiance; puis encore des chants, des
danses, des airs de fête, inspirés d'anciennes chansons du pays, s'enchevêtrant dans l'action,

�— 128 —
faisant corps avec elle, — enchaînement sentimental, subtil et évocateur, tout le cœur du pays
qui exulte et qui sanglote, sous la baguette magique de l'animateur qu'est Fontbernat.
Dans ce cadre à la fois visuel et auditif, le poète n'aura qu'à élever la voix pour évoquer
l'âme de cette terre lumineuse et chanter, avec sa piété attendrie :
La garrigue, la mer, la vigne et la maison.
Son chant sera en toute certitude entendu et compris.
Et comme les artistes qui honorèrent le théâtre de verdure de Coursan sont des fils
fervents et éloquents de ce Languedoc qu'on exaltait (Joubé, Méric, Sentès) ou des acteurs sensibles et compréhensifs qui surent se créer une âme méridionale (Madeleine Rolland* Neith
Blanc, Claude Ritter, Gitenet), leur interprétation de l'œuvre ne pouvait qu'être à l'unisson.
Les comparses, vignerons et vigneronnes, filles et garçons des champs, furent recrutés dans
le pays, à pied-d'œuvre, peut-on dire. Et la Cobla, de Géroni, qui vint renforcer l'orchestre
local, et le groupe catalan qui vint danser de pittoresques sardanes, témoignèrent d'un art
et d'une pensée fraternels.
Nous sera-t-il permis, ici, de présenter aux auteurs deux réserves amicales ?
Etait-il indispensable, pour amplifier ce drame familier et familial, et quelque peu
terre à terre dans son rudiment, de faire appel de bout en bout à la forme versifiée, et qui,
pis est, à l'alexandrin. Le pathétique d'une telle œuvre est intérieur et s'impose au cours de
l'action. Si le choix des mots, à certains moments, importait pour le rendre sensible et plus
éclatant, la forme poétique continue ne pouvait, trop souvent que s'appliquer à des états
prosaïques et créer en tout état de cause une certaine discordance. Pourquoi ne pas s'en
tenir à une prose musicale et solidement rythmée, ou pourquoi tout au moins, comme l'essaya
avec succès le dramaturge allemand Kleist, dans une œuvre similaire, ne pas faire alterner
le langage en prose courante avec la forme soutenue du vers.
N'aurait-on pu éviter en second lieu, de recourir, pour illustrer le drame plastiquement et musicalement, à l'intrusion de danses et de scènes catalanes dans cette ambiance de
bas-pays languedocien ? Le mélange des deux folklores est, pour les initiés, assez imprévu
et quelque peu décevant. N'insistons pas d'ailleurs sur ce point : on saura nous répondre que
ce drame est destiné à être représenté en des coins multiples du pays d'Oc et notamment en
Roussillon et qu'au fond le Midi rejoint toujours le Midi.
Quoi qu'il en soit, nous nous sommes efforcés, dans cette chronique, de préciser ce
qu'ont voulu et ce qu'ont pu réaliser les auteurs.
En définitive, Le Sol commande nous offre une formule de drame honnête et rustique,
d'une parfaite santé morale, à la psychologie un peu rudimentaire, mais humaine néanmoins,
et à portée d'une humanité moyenne.
Elle est en outre traversée de parfums, de lumière, de danses et de chansons de chez
nous, ce qui ajoute à son charme particulier. C'est donc une œuvre d'inspiration et d'exécution purement locales, qui ne saurait, croyons-nous, devenir sans péril un article d'exportation. Mais l'âme du Midi paysan y bouillonne, et chaque spectateur tressaille de s'y
retrouver.
De sorte que de pareils ouvrages, émanations du terroir, sont les seuls qui nous paraissent pouvoir figurer efficacement sur les théâtres de plein air de notre Midi lumineux,
après les grandes œuvres classiques, dont le magique prestige qu'elles suscitent, reste sensible aux foules de tous les pays et de tous les âges. Mais plus qu'aux copies des drames
antiques ou aux parodies des tragédies du grand siècle, c'est à de telles entreprises qu'ira,
n'en doutons pas, la complaisance des auditoires du pays d'Oc.
Pourquoi ne pas céder à cet engouement en de nouvelles et prochaines tentatives ?
De telles pièces d'ailleurs, ne seraient pas nécessairement « larmoyantes » — pour
parler avec Diderot —. Elles peuvent et doivent (certaines scènes du Sol commande nous
l'ont prouvé) éveiller le rire et soulever des instincts de jovialité. Et nous imaginerions
volontiers, sur le même mode familier et paysan, une grosse bouffonnerie populaire, chargée
elle aussi, d'esprit occitan et de verve truculente, à laquelle il ne serait pas non plus interdit
d'atteindre à la grandeur épique.
A quand le tour du grand poète comique, dans les théâtres de verdure de notre
Occitanie ?
Fernand CREMIEUX
P. S. — Il serait injuste de ne pas mentionner la belle allure du clair poème de PaulSentenac, qui servit de prologue. Mais Paul-Sentenac, nous assure-t-on, nous réserve pour
Coursan de prochaines surprises

�Bois original de Gaspard Maillot

APRÈS VÊPRES
Après vêpres, l'été, quand l'auto, d'une traite
De quatre à cinq, prend la vallée en enfilade
(60 à l'heure, un kilomètre à la minute)
Viennent à la rencontre, un à un, les villages,
Chacun avec sa haute promenade de platanes,
Hall d'ombre bleue,
Chacun avec ses promeneuses en toilettes claires.
Les villages sortent des vêpres,
De l'un à l'autre à peine deux, trois minutes,
Entre les vignes aux noms patois.
Elles viennent les filles de Trêbes, de Fontiès,
De Floure, Douzens, Capendu, et celles
De Moux que connut Bataille
(Ce fut dans la torpeur d'anciens dimanches
Avant d'aller danser les valses surannées)
Vient celle-ci à la peau noire, et deux yeux d'azur I

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Et quand tourne Nevian, au doux chanter de son nom romain,
Viennent du fond du temps, brunes colombes,
Sabinula, Laeta, Caïa, Sulpicia,
Et là-bas, devant les pures collines de la mer, au bout du regard,
Les Narbonnaises.
Elles viennent à la suite, elles viennent;
Elle sort des vêpres tout le long de la route
L'unique théorie adolescente,
En groupe (fille seule craint les commères)
Ensemble (oh entend leurs noms anonymes)
Marie, Àdrienne, Thérèse, Jeanne,
Toutes chanteuses des vêpres et à la nuit danseuses,
Et jusqu'au bal ardemment désœuvrées
A notre passage, quatre ont éclaté de rire ; elles passent,
Elles deviennent des souvenirs
Et ces deux
S'arrêtent soudain de chanter...
Andromède, A haïr, Véga, Cassiopée,
Défileront ce soir sur des yeux sans sommeil...
Admire leur démarche harmonieuse le long des vignes,
Leur cortège rieur qu'arrêtent des conciliabules,
Tandis que tu savoures la paresse d'être assis à 60 à l'heure,
Humecté de la chaleur lourde de ce dimanche,
Et que t'aspirent au loin dans l'huile du soleil,
La vallée avec ses grands domaines et ses villages,
Et les souvenirs de ta jeunesse hélas T
Fanés comme les vieilles affiches des portails...
Ainsi de quatre à cinq après vêpres,
Défilent les adolescentes.
Elles sont noires mais belles ;
N'en riez pas, fille de Narbonne,
Le soleil les a regardées

Louis ESTÈVE

Prologue pour le Tnéâtre en plein air Je Coursan
Pour célébrer Coursan et la terre Narbonnaisc, notre Collaborateur Paul-Sentenac 1
a composé le prologue que voici, en l'honneur de l'azur et du soleil méditerranéens, des fils
et des filles de notre race. Ce poème a été dit sur le théâtre de Coursan, au cours des fêtes
qui s'y sont déroulées en Juillet dernier avec un si vif succès. Nous ne doutons pas que
taccueil fait aux strophes de notre poète, par un public enthousiaste, ne soit pour PaulSentenac une indication ; et qu'il nous donne sur ce théâtre, l'œuvre importante que nous
attendons de lui.

Coursan va s'animer bientôt dans les vendanges.
Les groupes en chantant partent sur les chemins,
Et, durant que s'emplit la comporte, on échange
Des mots vifs et railleurs, aux saveurs de raisins.

r

�De ces mots de soleil naquit la Comédie
Chez les Romains, fêtant Bacchus, leur jeune dieu,
Dans les vergers de Rome et dans leur colonie,
Narbonne où l'on faisait de la pourpre et des jeux.
Et nous, ne pouvant pas mentir à notre race,
Fils de la Narbonnaise et du peuple latin,
Nous aimons le théâtre et la danse des Grâces,
La cadence des sons et des alexandrins.
Notre Muse se plaît aux costumes, aux masques.
Elle a, sous la tunique, un corps svelte et nerveux.
Elle a des pampres verts à son tambour de basque,
Des grappes de bacchante autour de ses cheveux.
Mais elle est fille aussi de notre douce France,
La France de Molière, et Racine, et Rousseau.
Elle reste sensible à l'humaine souffrance,
Et de Musset meurtri partage les sanglots.
Elle sent vivement notre époque et ses fièvres;
La hâte des cités et le calme des champs.
Elle chemine auprès du vieux meneur de chèvres,
Accompagne les paysannes dans leurs chants.
Disons, pour obéir à cette Muse amène,
Notre cœur inquiet dans un ordre latin.
Enguirlandons le cou de la louve romaine
De larges roses France écloses au jardin.
Nous voulons exalter l'azur toujours intense
De notre ciel pareil au ciel italien,
Et la voile latine à l'aile qui s'élance
Sur le bleu de la mer méditerranéen.
Nous voulons exalter le soleil sur les vignes,
La blancheur de nos murs, les parasols des pins
Comme ceux dont Watteau silhouetta les lignes
Près de Gilles debout, génial baladin.
Nous voulons exprimer nos tendre rêveries
Devant le long profil des monts à l'horizon.
Et le clocher carré de l'église qui prie,
Rousse comme le miel, au-dessus du vieux pont ;
Devant les coins déserts des pierreuses garigues
Où pâtres et troupeaux s'harmonisent en gris,
Où mûrissent les micocoules et les figues :
Exprimer l'âme enfin des gens et du pays.
Chantons notre midi, près de la route blanche,
Sur cette scène de plein air, où, fonds mouvant,
Au lieu de décors peints, de véritables branches
Ajoutent leurs chansons aux nôtres sous le vent.
PAUL-SENTENAC

�Bois gravé de Achille Rouquet

Les

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LE CINÉMA DES ARTS
^JIAMATS il n'y a eu tant d'expositions que ces mois derniers.

^kJ^»^!ui

fêjjMrS^Kft^i GrandsSalons, expositions dans les galeries, dans les musées,
&amp;BHHM dans les bibliothèques, dans les jardins même. Allusion à l'exNaSMtSIllsn Position
des sculpteurs en taille directe de La Douce France,
nt/ffîwMÏÏ%a dans un jardin de Vaugirard. L'idée d'ailleurs, est opportune,

(lllli

^^Ogû^MsSk

et

d'un poète. C'est un poète Em. de Thubert qui dirige les

*vfàï5S4S5fffaÊà destinées de La Douce France. On ne peut trouver de cadre

mieux approprié que celui des verdures pour mettre en valeur
les statues. Il y a eu tant d'expositions que force m'est d'adopter un mode
rapide dans cette chronique, même en la bornant aux peintres de chez nous
ou aux artistes qui se sont inspirés des sites de chez nous. Les images peintes ou sculptées seront présentées sur un rythme saccadé, avec des transitions
un peu imprévues. Un vrai cinéma de la peinture et de la sculpture.
Le Salon, composé de la réunion des Artistes Français et de la Nationale
ne s'est jguère montré différent de celui de l'année dernière. La Nationale
cependant a paru en progrès, plus picturale dans l'ensemble, au lieu que sa
grande voisine a continué d'aligner sur les cimaises la même quantité de platitudes, de pauvretés, de vieilleries, d'anecdotes de mauvais goût, à l'exception
de quelques jeunes coloristes que l'on ya retrouvés toujours avec satisfaction.
Le triptyque d'Henri Martin, destiné à la Préfecture du Lot, Les Vendanges,

�— 133 —

nous a retenu particulièrement par son sujet languedocien, par la fraîcheur et
l'harmonie des tonalités, par le rythme savant dans les attitudes simples des
paysannes et des vendangeurs. Un autre grand panneau : celui de Zo, pour la
série des provinces des Gobelins. Il représentait l'Eskual Herria, le pays basque, avec un coloris très vif et une grande diversité de personnages. 11 s'opposait, à ce point de vue, à celui de René Piot, qui était exposé, dans le même
temps, au Salon des Tuileries et qui figurait, dans la même série, la Provence. Moins de bariolage dans la composition de René Piot, plus de choix, un
esprit plus élevé un sens vraiment décoratif. Mais revenons au Grand Palais,
et aux artistes de notre midi. Un petit panneau de Didier-Tourné, sorte de fête
galante, selon la manière de ce peintre d'Agen. Quelques portraitistes manifestaient dans des figures féminines des sentiments différents : Cyprien Boulet,
pimpant, Pierre Laurens, grave; Sibra, romantique dans le portrait deProsper
Estieu à Montségur; Font, Pascau. Nous devons citer encore Rigal, auteur
d'un nu d'une présentation assez personnelle ;Bascoulès, orientaliste, de Montcabrier; Martin-Ferrières, Jaudon. A la Société Nationale il nous plaît de
signaler, avec les paysages d'Hourtal, le nu allongé dans une alcôve, avec des
tons adoucis, des gris, des roses, des bleus, d'un dix-huitième siècle modernisé, par Guirand de Scevola, de Cette.
Cette nous a ramené encore Vallette qui a sculpté un buste de bronze,
sobre autant qu'expressif, de Paul Valéry, également à La Nationale. Parmi
les statuaires des Artistes Français, nous avons reconnu nos compatriotes
Magrou, Moncassin, Sarrabezolles.
Le Salon des Tuileries a eu lieu encore au Palais de Bois, à la PorteMaillot, à la lisière verdoyante du Bois de Boulogne. Exposition vivante où
étaient représentées les diverses tendances les plus caractéristiques de notre
art. Toutefois les exposants nouvellement recrutés nous ont semblé alourdir
et encombrer inutilement ce Salon, sans en augmenter la portée. Il faut le regretter, alors que des peintres et des sculpteurs mériteraient de participer à
cette manifestation et en demeurent absents. Ces réserves faites, il nous suffit
de redire que voisinent au Palais de Bois : Albert Besnard, Aman Jean, Flandrin, Matisse, Valtat, le regretté Ottmann, Charles Guérin, Jaulmes, Zingg,
Klingosr, Dresa, Chariot, Balande, M1"5» Jouclard, Dufau, Dayot, Mmes Marval
et Crissay, Asselin, Picard Le Doux, Feder, Chavenon, Capon, Caries Raymond
Quelvée etc., pour indiquer toute la valeur d'une exposition qui rassemble de
tels noms. Et d'autres noms qui nous restent chers et qui sont dignes des précédents ont prouvé une fois de plus la qualité de l'apport Occitan dans ce
vivant foyer artistique. Nous avons revu là non sans une juste fierté, les quatre
peintures de Pierre Laprade : la nature morte à la statue de l'ange aux ailes
déployées et la nature morte aux faïenceset auxmasques, où ce délicat coloriste
fait jouer de subtiles tonalités de blanc et de gris ; la fenêtre ouverte sur un
coin de Paris, si aéré, avec la tache moelleuse d'un "bouquet de roses rouges au
premier plan ; enfin la vue de la cathédrale. Nous avons revu Chabaud, avec
ses deux figures de marins, d'une large facture, d'un coloris franc ainsi que
savoureux ; Lucien Maillol, avec ses deux danseuses, en des gammes argentées
et grises, dans quoi les tons de la chair prennent un modelé singulièrement ferme et séduisant ; Marcel Lenoir, décorateur mystique ; Verdilhan
Mathieu, toujours plein d'envergure ; Desnoyer enthousiaste et audacieux;
enfin Bernard Grasset lequel peut dire sans se tromper : Et moi aussi je suis
peintre, puisqu'il sait couvrir la toile d'un empâtement consistant, de couleurs
claires, harmonieuses, avec un sûr métier. Si les artistes de chez nous tenaient
là une place importante, les sculpteurs n'avaient rien à leur envier. Bourdelle,
notre Bourdelle avec son épopée polonaise à Mickiewick dominait toute la section de la sculpture de sa force lyrique et de son ampleur sculpturale, architecturale. Auguste Guénot montrait son monument à Gasquet d'une simplicité
toute latine dans la présentation, d'une solide plénitude dans les formes de la
femme allongée, aux lignes calmes. Et noublions pas Costa.
Les coloristes qui sont attirés par le pittoresque des paysages méridionaux se rencontrent toujours nombreux. La visite des ateliers comme des ga-

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leries nous a permis de le constater une fois de plus les paysages méridionaux
frais et colorés, André Fraye en a rapporté de son récent voyage en Roussillon. Lui aussi il a accompli le pittoresque pèlerinage de Collioure, mais il en
a traduit les différents aspects avec une mise en page personnelle. La tour
rousse s'élève ici sur la mer, au milieu de l'angle renversé que tracent sur le
ciel les toits d'ocre des humbles maisons. Là, la tramontane verdit et soulève
les flots bleus. La place aux grands platanes, les rues aux habitations peinturées, les prairies des environs sont retracées fidèlement en visions neuves.
Le peintre s'est arrêté à Port-Vendres dont il a décrit les quais blanchoyants ;
à Sigean oiï il a été tenté par les étangs argentés à Carcassonne. Partout il a
mis à peindre notre pays son talent de coloriste amène, solide et délicat à la
fois.
Achille Laugé, né dans un village de l'Aude et qui y a passé une partie
de sa vie, travaillant dans le recueillement devant la nature, a exalté jusqu'ici
avec une palette lumineuse, en héritier des impressionnistes attentif, à fixer
l'intensité et les papiilotements du soleil, les campagnes du Bas-Languedoc,
les chemins blancs bordés de genêts en fleurs, les pêchers enfleuris dans les
prés, les terres blondes. Lui aussi, Laugé, a séjourné en Roussillon, et il a exposé chez Georges Petit en juin dernier, avec des sites auiois, des vues de
Collioure et de la côte méditerranéenne, vibrantes de luminosité. Antoine
Bourdelle a écrit dans Çomœdia un article empli d'enthousiasme sur Achille
Laugé, Bourdelle a intitulé son article, l'annonce d'un maître nouveau. Et de
fait "Laugé vivant loin des intrigues n'a pas la place qu'il mérite. Cependant
quelques écrivains, Gustave Geffroy et Achille Astre, notamment, le connaissaient bien et lui ont consacré d'importantes études. Et M. Albert Sarraut,
collectionneur averti, a donné le bon exemple en achetant les toiles de ce
paysagiste, voici quelques années, et en continuant de le faire à sa dernière
exposition.
Seyssaud, lui, avait une manière vigoureuse mais massive et lourde. Les
dernières peintures qu'il a produites à la Galerie Druet manifestent qu'il a allégé son faire. Les paysages provençaux, champs de blés où se courbent les
moissonneurs, ports soleilîeux accusent du relief et des tons corsés. Au milieu
de ces paysages, Auguste Guénot a réuni, dans la même galerie, un ensemble
de sculptures. Nous y avons retrouvé, Le Bacchus adolescent à la grappe de
raisin, la bacchante à l'enfant et toutes ces nudités déjeunes femmes, allongements de formes souples, torses dressés, où le sculpteur montre une sûre connaissance de la ligne féminine. Guénot possède cette fermeté de modelé, cette
netteté de conception qu'il tient de sa race latine ainsi que nous venons de le
souligner. Mais il se souvient aussi des traditions de grâce françaises : ce qui
ne veut point signifier que Guénot ne soit pas de son époque. Son style a une
élégance décorative toute moderne.
Ce sculpteur, né à Toulouse, y participait, voici plusieurs lustres, aux expositions de la Société des Artiste Méridionaux. Celle-ci, diminuée d'anciens
éléments, augmentée de nouveaux, poursuit ses manifestations annuelles. La
dernière a eu lieu en ce coin bien toulousain du quai de la Daurade. Les métiers
y avaient leur place, à côté des tableaux et des statues. Paul Ramond demeure
l'un des plus originaux de ces peintres restés fidèles à Toulouse. Il a figuré aux
Méridionaux avec une vue de ce paisible canal du Midi, et il vient de rassembler, en la cité d'Isaure, un nombre important deses peintures,d'un coloris
si hardi, d'une intensité si lumineuse à la galerie Gonet-Ousset (14, rue Payras).
Dans son livre, Quelques chansons du Ménestrel Colin Muset, notre
compatriote Emile Grandjean, de Montpellier, a fait œuvre d'artiste autant
que d'artisan. Avec patience, il en a gravé les images médiévales, coloriées de
tons éclatants : le ménestrel inspiré, la châtelaine, la rue nocturne. Lui-même
a gravé aussi les caractères de l'ouvrage. Lui-même a tiré planches et texte.
Un vrai labeur digne de cette époque du moyen-âge qu'il a interprétée avec
ferveur dans ses gravures.
PAUL-SENTENAC

�BIBLIOGRAPHIE OCCITANE
GASTON VINAS.— Nostï-a Dama £ial Grau « Notre Dame du Grau. » Poème languedocien. Bèziers , Au Gay Scavoir. —
Ce volume forme le N" 1 de la collection des éditions du Gay Scavoir qtii, malgré ses
modestes moyens parvient grâce à son grand désintéressement à publier les œuvres occitanes
des auteurs originaires de la région bitterroise. M. Gaston Vinâs a accompagné son texte
languedocien d'une traduction française qui permettra aux non initiés de goûter en pnrtie
le charme de ce livre consacré à la fête de la Vierge qui se déroulait en grande pompe le 15
Août à Notre Dame du Grau où les confréries d'Agde se rendaient solennellement, portant
leurs saints patrons sur des pavois. Une partie du poème est consacrée :i une tempête miraculeusement apaisée par Notre Dame du Grau.
GASTON VINAS. — L'Égassier (Le Gardeur de cavales.) Texte languedocien et traduction. Béziers Au Gay Scavoir
Ce poème couronné par l'Académie des Jeux floraux, chante le derniers des gardeur
de ces cavales qui, tournant sur l'aire au milieu des gerbes, battaient le blé au temps déjà
lointain où le machinisme moderne n'avait pas commencé à envahir la vie des champs. M.
Joseph Anglade, professeur à l'université de Toulouse, a justement honoré le livre d'une préface où il apprécie l'ouvrage en des termes excellents: « Ce qui en fait l'intérêt dit-il, c'est
d'abord le pittoresque des descriptions. L'auteur connaît la campagne méridionale; il en aime,
le charme pénétrant et parfumé, les mots expressifs et imagés, rares mais populaires, font
image. Les descriptions sont brèves et discrètes, leur concision n'enlève rien à leur couleur;
mais ce qui donne à l'œuvre son principal charme, c'est la vie qui y circule d'un bout à l'autre.
L'unité du poème est due au personnage de l'Egassier, personnage hautain et distant dans
sa simplicité. Il vieillit, lui aussi, puissant et solitaire, portant dans sa misère mélancolique
tous les regrets d'un passé lointain. Il n'est pas hostile au progrés, mais il voit le machinisme triomphant, et de cela lui vient une tristesse infinie.
Aussi, quand il meurt, voit-il dans le ciel apparaître non pas les Saintes
comme Mireille, mais ses blanches juments... » M. Gaston Vinas nous conte, en ses vers,
comment il sut l'histoire de Raymond le brun, le vieux gardeur de cavales, chargé d'ans et
de savoir. Il nous dit l'amour de Raymond pour la chevrière de la ferme de Mingau et les
causeries du soir où pâtres, chevriers, meneurs de bœufs et lavandières devisent de leurs
jeunes années. Il déroule devant nos yeux la vision chère qu'eût un soir l'Egasxier qui vit
son troupeau de cavales « en un défilé prodigieux jouer dans les constellations comme si Eoîe
leur avait donné des ailes. » Et il nous montre le vieil homme lui racontant le battage du
blé, le dépiquage d'autrefois.
« Nous venions, fit le vieillard, en bande... C'est alors en temps de moissons, que moi
revenu des prés, je faisais envie! J'arrivais, avec mon troupeau, au milieu de l'aire, où était
épandu le gerbier — source de vie — épais et souple comme un lit. Et vite mes bêtes de
tourner en rond, le fouet claque et le grain de blé est hors de son corselet d'or. Et dès l'heure
du repos et de la «bégude», sur le sol ensoleillé la paille sèche n'a plus un grain. Alors de
mon blanc troupeau, je prenais la tète et d'une envolée, vers l'étang profond comme le ciel,
piétinant menthes sauvages et joncs, parmi des vols de chardonnerets, je le menais boire.
Chaque jour, entre le poète et l'Egaseier, c'est une causerie nouvelle où le vieillard évoque
son lointain passé; le temps des vendanges où «le tourdre malin, caché dans le feuillage»
guettait les baisers s'échangeant et « s'envolait conter dans une trille » aux autres vendangeurs ce qu'il avait vu. Et le poète clot son livre en nous contant la mort de son vieil ami :
« Il s'assit sur l'herbe... Il songea... puis se dressant dans tout son orgueil il parut
rassembler terre et ciel dans son regard; cependant qu'un sanglot brûlait ma poitrine, je
recevais sur mon sein le pauvre et noble vieux... Je l'assis sur l'herbe épaisse. Dans ses yeux
il y avait une caresse, et souriant : « Il fait bon mourir, dit-il, lorsque dans la vie l'on n'a pas
fait d'eeuvre mauvaise... Je m'en vais ami, je m'en vais... Un astre est là-haut où le bonheur
parfait attend un jour l'homme de bien! Ne pleure pas... Sois de race forte... La mort?... c'est
un grand portique qui s'ouvre dans l'air serein. » Et dans une vision suprême Végaxsier
aperçoit au ciel la chevrière qu'il aima. « Oui, je la vois, murmure-t-il,... Elle a gardé sur sa
poitrine la croix d'or et de perles fines... que je lui donnai... et elle me soxirit. »

�— 136 —

H. DAMBIELLE. — Countes de Priou. (Contes du Prieur) Edition de l'imprimerie Occitane à Samatan. M. l'abbé Dambielle, l'animateur de l'Editorial Occitan, dont le talent et
la persévérance égalent la modestie, nous donne dans les Contes du Prieur le premier numéro
de toute une série de contes gascons recueillis par lui et mis en valeur avec jbeaucoup d'art
si l'on en juge par ce premier recueil dont les courts récits sont pleins d'une grâce et d'une
bonhommie légère. M. l'abbé Dambielle a l'intention de publier ensuite les contes animaliers
les contes de l'apothicaire, les contes de la Maître-Valette, les contes du bordier, les contes
du curé, les contes du médecin, les contes du grand-père, les contes du pâtre, les contes de la
jeune fille qui va se marier. Il a précédemment publié des chansons gasconnes, et plusieurs
séries de proverbes gascons, contribution très précieuse au folk-lore de sa province
natale. Dans son avant propos aux Contes du Prieur, il nous explique le but de son
livre: «En glanant sur les lèvres de nos bons vieux, les contes gascons, j'ai fait souvent, dit-il,
cette réflexion : quel dommage que tant de belles choses soient oubliées, quel dommage! Tout
y est dans nos jolis contes gascons, la forme brillante comme un manteau de fleurs, l'idée
sage et forte. J'ai pu grâce à Dieu, en trouver une ample provision. Voici la première série.
Tous ces contes ne nous enseigneront rien de nouveau, mais il nous feront plaisir tout de
même, et en les lisant, vous y trouverez cachés sous les mots un peu de notre jeunesse, un
coin de foyer, une bordure de jardin, un parfum de fleurs de champ, tout cela fait vibrer et
remonte le cœur.» On ne saurait mieux dire, et en termes plus simples et plus exquis. Ecoutez
ce joli conte cueilli dans la gerbe fraîche que nous apporte M. l'abbé Dambielle : « Notre Seigneur et St-Pierre étaient descendus du ciel sous prétexte de se promener sur la terre. Il faisait
une mauvaise chaleur il tombait du feu, la cigale chantait et les lézards allongeaient leur*
pattes sur les rebords et les tertres. Ramounet, qui se tenait à l'ombre sous l'emporche, les
voyant passer trempés de sueur, en eut pitié. Venez ici, braves gens, il y fait bon! En disant
cela Ramounet avait l'air si bon enfant que St-Pierre en eut le cœur attendri. Notre Seigneur
lui dit : Ça te plaît d'y aller, allons-y. Ils se mirent à causer. Ramounet voulait savoir qui ils
étaient ? d'où ils venaient ? où ils allaient ? St Pierre voulait parler. Notre Seigneur lui dit
de se taire. — Vous êtes muets tous deux dit Ramounet. S'il en est ainsi vous êtes bien à
plaindre, vous me faites pitié... moi je préférerais être mort. — Notre Seigneur parla alors
et lui dit : Si nous autres sommes muets, toi Ramounet tu ne l'es pas!... Grâces à Dieu... C'est
la vérité... je ne le suis pas... mon père et ma mère ont bien réussi pour me donner une langue... une bonne langue et bien me vaut si je sais m'en servir. — Trop bien!—Jamais trop.—Si —
Il faut se défendre... mois je me défends avec la langue... alors, vous pouvez vous imaginer le
reste. — Tais-toi malheureux, dit St-Pierre, tais-toi, tu parles à Notre Seigneur.—Je vous fais
mes excuses, dit Ramounet,| si vous êtes Notre Seigneur; pour en avoir entendu parler,
je vous connais, mais qui diable aurait pensé que c'était vous?—tu vas blasphémer maintenant, dit St. Pierre. Tais-toi te dis-je. — Eh bien je vais te quitter dit Notre Seigneur, ne sois
pas méchant ainsi... et pour nous avoir accueillis ici, sous cet emporche, je veux te donner
quelque chose. Que veux-tu?— Demande le ciel, lui dit St-Pierre dans le creux de l'oreille...
— Que j'aie beaucoup de blé, beaucoup de vin, beaucoup de maïs, et pour en finir plus tôt que
j'aie de tout... parce que, je ne sais pas si vous me comprendrez je me fais vieux et puis cette
maudite sciatique me ronge les os me broie les nerfs. — Malheureux, demande l'éternité,
reprend St-Pierre. — Je sais ce qu'il me faut: l'éternité, arrivons y d'abord et ensuite nous
verrons... Et toujours d'après le récit que nous rapporte M. l'abbé Dambielle, Ramounet eut
tout ce qu'il voulait, et Ramounet mourut. En un rien de temps, poursuit le conteur, il fut
dans le filet de la mort. Et pendant qu'on portait son corps en terre sainte, les anges enlevaient
son âme au ciel. Et là, ça ne se passa pas comme il l'aurait désiré. Lorsque St-Pierre
entendit voleter les anges il jeta un coup d'œil et vit l'âme de Ramounet. Il ferma la porte
avec le verrou et mit la tète à la fenêtre. — Au Purgatoire dit-il— Ily fait bien chaud... laissez
moi me mettre au frais sous l'emporche seulement. Je ne sais ce qu'aurait fait St-Pierre
mais Notre Seigneur passa et le prit par la main — Viens avec moi, sous ton emporche il
faisait bon, ici il fera meilleur. Et il l'introduisit dans le ciel. » Ainsi se termine ce charmant
conte, qui suffirait à prouver que les gascons ont de l'esprit et M. l'abbé Dambielle du talent.
Paul-Louis GRENIER

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�Les Feuillets Occitans sont heureux de faire connaître à leurs lecteurs l'intelligente
initiative prise par l'active Société «La Colla del Rossello» de Perpignan et de souhaiter
que se multiplient dans toutes nos régions du midi des créations de ce genre, destinées à conserver les précieuses reliques de notre passé.

Musée Catalan (Casa Payral)
Organisé par la Colla del Rossello

Le Bureau de la Colla del Rossello, a décidé de créer à Perpignan un Musée régional
sur le modèle de ceux qui ont été fondés à Arles-sur-Rhône, Toulon, Lourdes, Pau, etc., et qui
attirent la foule des étrangers.
Il prendra le nom de « Musée catalan (Casa Payral) » et sera installé au second étage
du donjon du Castillet, que la Municipalité de Perpignan a bien voulu mettre à la disposition
de la Colla del Rossello.
Le Musée ne sera ouvert au public que lorsqu'il sera possible aux organisateurs de
présenter un ensemble de collections susceptibles de reconstituer la vie de la province.
A ce moment sera désigné un Conseil d'Administration dont seront appelés à faire
partie un délégué du Conseil général des Pyrénées-Orientales, un délégué du Conseil Municipal
de Perpignan et un délégué du Syndicat d'initiative.
Pour le moment, la Colla del Rossello fait appel au concours de tous ceux qui sont
détenteurs de quelque vestige du passé, tel que :
Coiffes de dentelles et pièces de costume catalan. Châles. — Meubles catalans. —
Bijoux catalans .— Instruments catalans. — Objets mobiliers —(faïences, poteries rurales,
ferrures,etc,). — Ustensiles de cuisine. — Outillages ruraux. — Industries locales. — Industries
disparues (laines, cuirs etc.}. — Gravures, stampes, dessins, photographies, livres, cartes
et documents. — Jouets catalans. — Vieilles enseignes d'auberges, d hôtelleries et de maréchaux-fer rants. — Et cœtera.
Il est question, en un mot, de recueillir tout ce qui concerne l'histoire, l'ethnographie
la vie rurale, la vie familiale, l'économie domestique, les traditions populaires, les coutumes
et la bibliographie des régions qui constituaient l'ancienne province du Roussillon.
Il y a urgence à procéder a un tel inventaire car chaque jour les vieilles mœurs disparaissent. Des objets très répandus il y a 25 ans sont déjà introuvables aujourd'hui.
Tout ce qui, dans cet ordre d'idées, sera offert au Musée et jugé digne d'y figurer y
prendra sa place, sous le nom du donateur. Les noms seront publiés dans les journaux. Un
registre d'entrée est d'ores et déjà ouvert. A défaut de dons en nature, la Colla del Rossello,

La Revue de Viticulture
Journal de la Viticulture Française et Mondiale
NMIIIIIIIIIIIIIMIII1IIIIIIIIMIIIIII

Fondée et dirigée par P. VIALA, Membre de l'Institut,
Membre et ancien Président de l'Académie d'AgrlcuU
ture,

Professeur

à

l'Institut

National

Agronomique,

Inspecteur=Général de l'Agriculture.

C

P.

MARSAY,

Rédacteur en

Chef

35, Boulevard Saint-Michel

TARIS

�4
sollicite des libéralités. Les fonds ainsi recueillis serviront à enrichir les collections du Musée
et à en rendre la présentation aussi parfaite que possible.
Enfin, la Colla del Rossello demande à tons ses amis de lui signaler les objets pouvant
l'intéresser.
C'est parfois faute d'un renseignement de ce genre qu'on risque de laisser échapper
une pièce rare. Il n'en coûte que la peine d'écrire une lettre, et la moindre indication sera
reçue avec reconnaissance.
11 s'agit d'accomplir une belleœuvre de décentralisation qui intéressera au plus haut
point les hôtes du Roussillon, favorisera le tourisme et sera un nouvel effort pour la mise
en valent de notre département.
Le Musée Catalan (Casa Payral) offrira aux étrangers l'image en raccourci du vieux
Perpignan, du vieux pays catalan et sauvera des trésors qui «ont fatalement appelés à disparaître.
On peut adresser les dons à M. Ch. Dalies droguiste, 5, r. de la République; Perpignan.
Le Président de la Colla del Rossello: II. CHAUVET.

COMITÉ DIRECTEUR DU GROUPE OCCITAN :
MM.
Président : F. CROS-MAYRKVIEILLE, Ijji.
Vice-Présidents : Paul SENTENAC, f„| ; E.
Secrétaire général : Auguste
Archiviste : P.-L.

GRENIER.

Archiviste adjoint : Marcel

1

«§, $.

&gt;J«,

GUITARD

; Frédéric

^

CLAVIÈ.

Trésorier : Maurice FAVATIER,
Chef îles Etudes économiques et agricoles : Docteur
Membres : Léon
Fernand

CRÊMIEUX,

%

AURIOL,

ijjt, ^ I. ; J.

; FRISSANT

SAISSET.

ROUQUET.

; Jo

BONNAFOUS;

GINESTOU,.

GRANEL,

Jean

Ifit, ^ ; J.

CAMP

LOUBET

ifc.

I.

; Emile

; Henry

4t&lt;

COMET,

NOELL,

&gt;î&lt;'.

% ; Albert

1 fj§ ; Georges VILLE, éjjt ; LAURENT ROQUES,
Délégués régionaux : J. MORINI-COMBY (Nîmes), Gaston VINAS (Béziers), Pierre et Alida
CALEL (Gourdon), M. BRIN (Le Caire), Léon JULIA (Montluçon), Léon COMBES (Montpellier).

PUJOL

COMITÉ DE PATRONAGE
Délégation permanente des Groupements Régionaux et Locaux auprès du Comité-Directeur
VEILLÉE D'AUVERGNE : M. Boudpn, Secrétaire général.
LE GROUPE D'ÉTUDES LIMOUSINES : M. de Clarix de Nussac,

L.v

Secrétaire

général.

LE CERCLE D'ÉTUDES ROUERGATES : M. Jean Cotereau, Secrétaire général.
Lu ROUSSILLON (Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
LES ENFANTS DE L'AUDE A PARIS : Docteur Digeon, Président.
LES ENFANTS DU GARD A PARIS : M. A. F. Martin, Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES : Marcel Clavié, Vice-Président.
LES ENFANTS DE L'HÉRAULT : M. Coudougnan, Secrétaire général.
LA CIGALE MÉRIDIONALE A STRASBOURG : M. Pujo, Président.
AMICALE DU LANGUEDOC et FÉDÉRATION OCCITANE DU MAROC : M. Lafïbnt,

Président.

LIGA GUIANA E GASCONIIA : M. Lajoinie, Président.
LA LIGUE DE LA CULTURE FRANÇAISE EN ORIENT : M. Brin,

Président.

En Guyenne
L'Ecole Félibréenne «Guiana e Gasconha » de Bordeaux a tenu, cette année, sa félibréc
le 29 Mai à Ba/.as, choix heureux, car Bazas, ancienne capitale d'une riche région voisine du
Bordelais, des Landes et de l'Agcnai.s est une des villes du Midi qui ont le plus souffert de la
centralisation et qui ont le mieux conservé, malgré cela leur attachement à la langue et aux
traditions du passé. C'est pourquoi les félibres bordelais ont trouvé chez clic un chaleureux
accueil. La veille, M. R. l'Angladé a fait une conférence sur l'histoire de la ville et M. A, Lajoinie, Président et Fondateur de l'École «Guyenne et Gascogne » a exposé la question de l'Enseignement de la langue d'Oc dans les Ecoles. Le lendemain, après la réception des Félibres
par la Municipalité à l'antique porte des Gisqucs que dominaient deuN oriflammes aux armes
de Guyenne et de Gascogne, une messe félibréenne a été dite devant une Assemblée visible-

I

�ment émue dans la vaste et magnifique cathédrale. Un sermon en dialecte bazadais de M.
l'abbé Blis a été particulièrement goûté. Au dîner qui groupait plus de 350 convives, se sont
succédés les pittoresques cansouns de laule, les chants gascons, et enfin celuide la Coupo Santo.
Après le dîner, un magnifique et long cortège de personnes revêtues des costumes
gascons et précédé de joueurs de vielles, de bouloures, de fifres, a parcouru, comme le matin,
les vieilles rues de l'antique cité au milieu d'une foule innombrable et enthousiaste.
La séance des Jeux floraux d'Aquitaine et la Cour d'Amour ont occupé le reste de la
journée. Poésies occitanes et françaises, chants, danses gasconnes chantées, etc.. ont donné
à l'immense Assemblée, l'occasion de manifester son attachement filial à la terre gasconne, et
son admiration pour tout ce qui fait la grandeur et la beauté de l'âme occitane.

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des "Feuillets Occitans"
Dans les prochains cahiers, Aug.
reprendra la série des Têtes
Occitanes avec les masques de FRÉDÉRIC SAISSET et BENJAMIN CRÉMIEUX.
Nous donnerons une étude sur
Nouant, chroniques d'un ancien village papetier par CLAUDE DAVRAINES,
et sur Dans l'ombre des trois Vallées d'HENRi POURRAT; deux œuvres
qui magnifient la renaissance de ces
beaux papiers d'auvergne, papiers
sur lesquels, avec ceux de G. MAILLOL
devrait s'éditer toute édition d'art
occitane.
Nous publierons également dans
le prochain Feuillet la suite de la
Race Occitane de E. LITRE, et l'intéressante chronique d'AciiiLLE ASTRE:
Arts et Curiosités.
ROUQUET

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D'ÉCHANGE

L'Action Corporative (Quercy)
L'Activité Nord-Africaine &amp; Coloniale (Paris)
Anadyomènè (Narbonne)
Les Ann,ales du Musée social (Paris)
Aquitania (Bordeaux)
Arts i Lletres (Barcelone)
L'Aude à Paris (Paris)
L'Aude à Toulouse (Toulouse)
L'Auvergne littéraire. artistique et félibréenne (Clermont-Ferrand)
Le Beffroi de Flandre (Dunkerque)
Biou y Toros (Nimes)
La Bretagne Intégrale. (Rennes)
La Brise (Brive)
La Bourgogne d'Or (Chalon-sur-Saône)
LOIÎ Bournat (Périgueux)
Bulletin de la Société Archéologique de
Narbonne.
Bulletin de la Société des Sciences, Arts et
Belles Lettres du Tarn.
Le Cadet de Gascogne (Paris)
Causses et Cévènes (Paris)
Le Cercle du Goût Français (Paris)
Ceux qui viennent (Paris)
La Chaumière (Rouen)
La Cigalo Narbouneso (Narbonne)
La Cigalo Languedouciano (Bëziers)
La Cobreto (Aurillac)
Contimporanul (Bucarest)
Le Courrier Catalan (Paris)
Le Divan (Paris)
Divonft (Cahors)
Le Domaine (Foix)
Notre Droit National (Strasbourg)
L'Ermitage (Paris)
L'Escola Félibreena (Montpellier)
L'Escolo de las pireneos (Montauban)
L'Essor (Dijon)
L'Etendard Piscéhois (Pèzenas)
L'Est Dramatique (Troyes)
Les Etudes Poétiques (Paris)
L'Eveil Catalan (Perpignan)
Le Feu (Aix-en-Provence)
La Feuille de Choux (Paris)
Le Flambeau du Nord (Tourcoing)
Le Fédéraliste (Courbevoie)
Franche-Comté et Monts-Jura (Besançon)
Le Fleuve (Lyon)
France-Orient (Paris)
La Frontière (Belfbrt)
Le Gard à Paris (Paris)
Le Grand Tourisme (Paris)
Lo gai Saber (Toulouse)
Le Grenier (Orléans)
Les Humbles (Paris)
Idées (Paris)
L'Idée Neuve (Lyon)

DES REVUES

L'Information Régionale (Toulouse)
Le Languedoc (Alger)
Le Limousin (Paris)
Mèditerranea (Nice)
Le Mercure de Flandre (Lille)
Le Mietjoun (Rabat)
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La Houle (Lyon)
La Nouvelle Revue du Midi (Nimes)
Oc (Toulouse)
Le Pampre (Reims)
Paris-Critique (Paris)
Paris-Provence (Paris)
Le Parthénon (Paris)
La Pensée Française (Paris)
La Pensée Latine (Paris)
Poésies (Paris)
Les Primaires (Paris)
Le Prisme (Lyon)
La Province (Paris)
Les Pyrénées Littéraires (Toulouse)
Les Rayons (Bordeaux)
La Renaissance Provinciale (Paris)
La République des Lettres (Paris)
La Revue des Autodidactes (Toulouse)
La Revue des Indépendants (Asniéres)
La Revue Latine (Paris)
La Revue Limousine (Limoges)
La Revue de la Nièvre et du Centre (Paris)
La Semaine Vinicole (Paris)
Septintanie (Narbonne)
La Science Historique (Paris)
Bulletin de la Société des Arts et Sciences
(Carcassonne)
Le Sol Sacré (Toulouse)
Le Bulletin de la Société Centrale d'Agriculture de l'Aude (Carcassonne)
Le Rouergue (Paris)
La Science Historique (Paris)
Bulletin de la Société d'Etudes Scientifiques
de l'Aude ^Carcassonne)
La Semaine à Paris (Paris)
Le Semeur de Normandie (Falaise)
.Le Soleil d'Oc (Toulouse)
Le Tarn à Paris (Paris)
La Terre d'Afrique (Alger)
La Terre d'Oc (Toulouse)
La Tramontane (Perpignan)
Les Tablettes de la Côte d'Azur (St-Raphaël)
Le Touring-Club (Paris)
Le Trait-d'union (Paris)
La Tribune Régionaliste (Paris)
U Laricciu (Marseille)
Le Bulletin de l'Union des Fédérations des
Syndicats d'Initiatire (Paris)
La Vie Economique des Soviets (Paris)
La Vie Française (Le Caire, Egypte)
Le Voile d'feis (Paris)

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7, Square du Champ-de-Mars, Paris — Compte de Chèques Postaux : Paris, 7:ii)-10.

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L'Académie des Jeux floraux, doyenne des corps littéraires de l'Europe,
vient de créer, grâce aux libéralités d'un Mécène Gascon, M. Fabien Artigue,
un grand prix de prose de 5000 frs, destiné à récompenser le meilleur volume
depro.se intéressant le midi de la France, qui lui sera présenté avant le 31 Décembre prochain. Les volumes devront être adressés en 5 exemplaires au
secrétariat de l'Académie, hôtel d'Assezat et de Clémence Isaure à Toulouse.
L'importance de ce prix n'échappera à aucun de nos lecteurs.
On peut demander le programme détaillé au secrétariat de l'Académie
qui se fera un plaisir de l'envoyer gratis et franco.

�Principaux Collaborateurs
Lettres Françaises : J. F. Paul ALIBERT ; Jean AMADE ; Louis ANDRIEU ; J. ANGLADE ;
Achille ASTRE ; Jean AZAÏS ; Jean BADOUA ; Daniel BAQUÉ ; A. BAUSIL ; Adrienne BLANCPÉRIDIER ; BOYER-D'AGEN; J.-J. BROUSSON ; Pierre et Alida CALEL ; Jean CAMP; Paul
CASTELA; CHARLES-BRUN ; G. CHÉRAU, de l'Académie Goncourt ; Marcel CLAV1É ;
M. COULON ; Benjamin CRÈMIEUX ; Fernand CRÈMIEUX ; Joseph DELTEIL ; DENYS-AMIEL;
François DESBROSSES ; Henri DUCLOS; Raymond ESCKOLIER ; L. ESTÉVE ; Lucien FABRE ;
Henri FESCOURT ; Ernest GAUBERT ; H. GAUTIER du BAYL ; Jo GIXESTOU ; Jean GIROU ;
Henry de GORSSE; Charles GRANDO; Jehan d'ARVIEU; Vincent HYSPA ; Pierre JALABERT;
Docteur JULIA ; LOYS LABEQUE ; Jean LEBRAU; Antoine de LÉVIS-MIREPOIX; LUGNÈPOE ; P.-E. MARTEL; J. MORINI-COMBY; H. MUCHART; Henri NOELL; Marcel OURADOU;
Ch. PHALIPPOU ; J.-S. PONS ; Armand PRAVIEL ; Albert-Marie POUJOL ; Albert PUJOL ;
Docteur RAM AIN ; Paul REDONNEL ; Laurent ROQUES ; A. ROUQUET ; Ch. ROUSSILLON ; J.
ROZÈS de BROUSSE; Frédéric SAISSET; PAUL-SENTENAC ; Léon SOULIÉ; G. TALLET ;
TOUNY-LERYS ; F. TRESSERRE ; Suzanne TESSIER ; Paul VALÉRY, de l'Académie Française ; Georges YILLE ; Jules VERAN ; etc.
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE ; Jules AZÉMA; Docteur Paul ALBAREL ; Léon
AURIOL; Abbé DAMBIELLE; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE ; M. FRISSANT ;
Ismaël GIRARD ; P.-L. GRENIER ; E.-H. GUITARD ; Léon JULIA ; J. LOUBET ; Antonin PERBOSC;Jean PUEL ; Emile RIPERT; Abbé Joseph SALVAT ; Docteur SOULA; G. VINAS; etc.

Beaux-Arts : BAUSIL ; BERNARD ; BOURGAT ; Auguste CHABAUD ; CALMOX ; Louis
CLAUDEL; DESNOYERS; G. DEVOS; DOMERGUE-LAGARDE ; L.-C. AYMAR; H. FAYIER ;
FONTBERNAT ; Mme GAUDION ; A. GUENOT ; Gaspard MAILLOL ; A. LAGARRIGUE ; Pierre
LAPRADE ; Jean MAGROU ; Jean MARSEILLAC ; MAX-THERON ; PARAYRE ; RAMEY ;
RAMOND; Adrien RAYNAL; E. REY-ANDREU ; Achille ROUQUET ; Auguste ROUQUET, etc..
Études économiques : G. COMBELERAN ; Emile COMET ; L. DOUARCHE ; Jean DUPUY ;
Aimé GRANEL ; A. PASSERIEUX ; Pierre du MAROUSSEM, etc..
Histoire, Archéologie, Fok-Lore : Fernand CROS-MAYREVIEILLE ; Pierre DESPEZEL ; E.
ROUX-PARASSAC; L. LAGARDE; E. LITRÈ; Prosper MONTAGNE ; FOIX ; Abbé SABARTHÉS.
Chroniques de l'Amérique Latine .-Jean CAMP; de SAINT-VINCENT-BRASSAC.
Chroniques Italiennes : SILVAGNI.
Chroniques Roumaines : Mlle URSU.
Chroniques Portugaises : PEREIRA da SILYA.

�Troisième
Quatrième

Année
ï eu1i1e

Je la ^Nouvelle

t

Série

Juillet-Août JVLil neuf-cent vingt-sept
Ce présent numéro est vendu au prix
de 3 francs pour 1 édition ordinaire
et de 7 frs 5o pour 1 édition si! c montval
lia été tiré du présent numéro 20 exemplaires
Je luxe numérotés, kors commerce, sur papier
Je Montrai, Je G. Maûlol.
Exemplaire n°

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            <text>Revistas  d'estudis localas = Revues d’études locales</text>
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              <text>Les Feuillets occitans : Languedoc, Roussillon, pays d'Oc. - 1927, N.S., n°04 (Juillet-Août)</text>
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              <text>Les Feuillets occitans (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12808"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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