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                  <text>LES FEVILLETS
OCCITANS
LANGVEDOC ROVSSILLON PAYS D'OC

MONTAGNE

NOIRE

Pa r Jean Lebrau

LA RACE OCCITANE
L'ENCLAVE. .

(Suite) Par E. Littré

Par François Desbrosse

MARIUS ANDRÉ — CH. PÉLISSIER
Par Jean Camp

LES LIVRES

Par Fr édéric Saisset et Georges Ville

LES DEUX TÉMOINS (Poème) Par Lo'ys Labèque

PROMENADES
EN OCCITANIE

ARTISTIQUES
Par Paul-Sentenac

BIBLIOGRAPHIE
Par 'Paul-Louis

BOIS

GRAVES

OCCITANE
Grenier

Par Gaspard £%Caillol

Achille l^ouquet, Auguste bouquet.

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
3,

RUE

RÉCAIIIER

—

e

PARIS- 7

�Les Feuillets Occitans
Organe Régionaliste des Pays d'Oc
3,

RUE

RÉCAMIER

—

PARIS

VIIE

TÉLÉPHONE : LITTRÉ 53-33 - Compte de Chiques Postaux: Pari» 739-10

Le Siège Social du Groupe Occitan et des Feuillets Occitans étant transféré au
n° 3 de la Rue Récamier, Paris VIIe, toute correspondance y devra désormais être adressée
Pour éviter toute erreur ou retard de transmission, les communicatives destinées
à nos collaborateurs nominativement désignés devront porter en outre la mention en
sous-titre du Groupe ou des Feuillets.
Les réunions hebdomadaires du Groupe auront lieu dans ces nouveaux locaux
chaque Jeudi de 18 à 13 h. 30
Secrétariat Général :
Cros-Mayrevieille — M. Favatier — P. L. Grenier — Paul-Sentenac — Laurent Roques —
Auguste Rouquet — Frédéric Saisset

Les Feuillets Occitans constituent la revue la plus vivante et la plus complète du
mouvement intellectuel et artistique des pays d'Oc, on les trouve dans les Salons des
paquebots de nos principales Compagnies de navigation maritime.
DEPOT

ET

VENTE

A Paris : Librairie " Occitania ", 6, Passage Verdeau ; Hall
des Grands Régionaux, boulevard Montmartre ; Bossard,
126, Boulevard St-Germain ; Librairie Franco-Italienne, 24. rue
du 4-Septembre; Agence des Théâtres 30, avenue de l'Opéra;
Librairies Flammarion et Vaillant ; Librairie Berger Levrault,
boulevard St-Germain; Presses Universitaires de France place de
la Sorbonne; Floury, boulevard Si-Denis;Le Soudier, boulevard
St-Germain; Action Française, rue de Rome. etc.. etc..
En Province : " Occitania " 7, Rue Ozenne à Toulouse ; Librairie Albagnac, boulevard Carnot à Agen ; Librairie Vinas,
Avenue de la République à Béziers ; Michel Jordy père, Editeur
Cité de Carcassonne ; Mme Raynaud, Cité de Carcassonne ;
Librairie Raymond Picquot à Bordeaux; Librairie Baron, Librairie Bousquet, Librairie Caillard à Narbonne ; Librairie Coulet ; Librairie Julia; Librairie Cros; Librairie Palaisac-Valat à
Montpellier ; Librairie Jo-Fabre à Nîmes ; Librairie Ricard ;
Librairie Meyzenc, à Cahors ; Librairie Vertuel à St-Céré. etc..
Aux Colonies : Librairie principale Joannot; Librairie Céréà
Rabat (Maroc) etc.. etc.
Correspondants

Régionaux :

MM. Morini-Comby, à Nîmes; Alida et Pierre Calel, à Gourdon; Brin, au
Caire (Egypte) ; Gaston Vinas, à Béziers ; Docteur Girou, à Carcassonne ;
Maurice Chauvet, à Montpellier; Poujol, à Lodève.
Publicité :
A. Dabadie, 19, rue de Bellefond. Paris Tél. Trudaine 22-13 et à l'imprimerie
des Feuillets : M. Roux 5, rue Saulnier, Paris.

�C.I.D.O.
BÉZIERS

S

O

M

FL

M

t

MONTAGNE

JE$L

E

NOIRE

Par Jean Lebrau

LA RACE OCCITANE
L'ENCLAVE . .

(Suite)

Par E. Littré

Par François Desbrosse

MARIUS ANDRÉ — CH. PÉLISSIER
Par Jean

LES LIVRES

Camp

Par Frédéric Saisset et Georges Ville

LES DEUX TÉMOINS (Poème) Par Lo'ys Labèque

PROMENADES
EN

OCCITAN IE

ARTISTIQUES
Par Paul-Sentenac

BIBLIOGRAPHIE
Par

BOIS

'Paul-Louis

GRAVES
Achille T^ouquet,

Par

OCCITANE
Grenier
Gaspard 3fàaillol

Auguste 'pouquet.

�Notre Enquête

ro ccitanie

x our
Une

Renaissance? de

l esprit occitan et~&gt; de

l'Occitanie, est-elle

possible ?
Le moment est-il venu de procéder à une Organisation du M.idi?
Quels

doivent être l orientation de cet esprit et

le programme de

cette organisations ?
Aussi

bien, devant l inquiétude spirituelle

enquête répond à ce besoin de
nos origines.

de notre

époque,

logique et de clarté que nous

Pourquoi ne pas prendre une conscience plus

cette

tenons de
nette

du

cJiamp illimité qu il offre à notre activité et ne pas envisager une plus
audacieuse

conception

de « l esprit occitan^ &gt;&gt; et de son rôle historique

dans la vie de la natioru ?
Pour nous qui pensons que

l heure est venue de grouper, d orga-

niser et d agir ; pour nous qui voulons, de
producteur

l intellectuel au sportif,

du

à l artiste, donner l expression la plus complète de l âme

et

de la civilisation occitane; pour nous qui voulons que la langue de notre
terroir retrouve son droit de 'cité et ses lettres de noblesse ; pour nous
enfin qui voyons dans cet

c&lt; esprit occitans »

comprendre, de créer et de vivre,

une manière de

sentir, de

une façon d exalter le lyrisme dyna-

mique de notre race; nous apporterons de tout cœur notre pierre à l édifice
en poursuivant l inventaire que nous avons entrepris

de

nos

ressources

intellectuelles et économiques.
Jtfous commencerons dès notre prochain numéro à publier les nombreuses réponses qui nous sont parvenues ainsi que des extraits des articles
qui ont été publiés dans la Presse sur notre enquêtej notamment dans
VA ction Française;

1 Express

du .M.idi; Oc;

1 Éclairenr

de Nice; etc..

Pour concrétiser le mouvement occitan moderne, nous consacrerons
des numéraux spéciaux aux expressions -diverses de notre grand JMiidi :
du Vin et de

roirvier,

fruit de la terre, aux Sports qui renouvellent

sur les stades le geste grec et romain : de la Poésie à la Peinture ;
de la Route par laque lie l étranger chemine sur ce so l l oura
de

son

histoire aux Sites et

aux Villes du

Passé; les

Feuillets Occitan&lt;u passeront en revue toutes les formes
de la vie méridionale, intellectuelle et économique.
A

Y œuvre pour

« VOccitanieJ » 1

■—■ Les Feuilleta^ ■

�Plateau Central-Sud-Ouest
Sous ce titre, rwus parlerons des écrivains, des artistes, des tentatives et réalisations régionalistes, touristiques, économiques, des études d'art, des études de linguistique, des travaux d'hUl»ire, d'érudition, de critique, de toute l'activité OCCITANE ayant
son origine dans les départements suivants : Cantal — Corrèze — Haute-Vienne— Dordogne — Gironde — Lot-4-Garonne — Lot — Aveyron — Tarn — Tarn-&amp;-Garonne — Gérs —
Landes — Basses-Pyréné&amp;s— Hautes-Pyrénées^- Haute-Garonne — Ariège.
Nous signalerons ce qui, dans les journaux, livres et revues qui nous seront envoyés, aura importance particulière pour les FEUILLETS OCCITANS, soit parce que les
avteurs seront de notre 'région, soit parce que les sujets traités intéresseront notre région,
Nous ne manquerons pas de faire place, selon le nombre de pages dont nous disposerons, aux idées et discussions essentielles qui nous seront soumises.
Nous prions nos
jets à :

lecteurs d'envoyer publications et communications sur ces su-

ALIDA et PIERRE CALEL Gourdon (Lot)

'

■

*

* *

VACANCES ET TOURISME. — Les vacances ont fini. Les touristes aussi. Les avons-nous assez appelés î Avons-nous assez attendu d'eux la fortune, la gloire, la renaissance de nos régions ? Ils sont venus en foule, malgré le temps mauvais. Ils sont
venus à pleins trains, à pleines autos. Ils ont découvert le pays . Ils l'ont admiré parfois.
Quelques uns sont armés à le comprendre. Mais quelle cohue certains jours, et quels
piopos devant les plus émouvantes merveilles ! Enfin ! nous l'avons voulu ; nous le voulons encore. Espérons cpue ces invasions estivales feront la fortune des auberges et ne
rendront pas insupportables, pendant trois mois au moins, pour les artistes, pour les
connaisseurs, pour les fervents du pays natal, les campagnes, villes et villages, églises
et châteaux, bois et bonis les fleuves et jusqu'aux abîmes, gouffres et grottes préhistoriques. Il faudrait apprendre la discrétion, le silence à ces hôtes, qui seraient alors désirables.
' SUD-OUEST — SUISSE ET BELGIQUE. — Il en est qui furent et seront toujours
désirables, qui furent généreux, compréhensifs et enthousiastes, attentifs (comme des
poètes quiis sont, que touchèrent notre pays, qui le firent comprendre à leurs lecteurs
des grands journaux et des grandes revues de Suisse et de Belgique. Nous leur devom
admiration, reconnaissance, amitié. Il faut lire les pages lyriques, cordiales, consacrées
par Pierre Deslandes k nos régions dans La Gazette de Lauzanne, dans la revue suisse illustrée Mon chez-mal, dans les plus importants périodiques de ce pays qu'on peut
appeler le poste' d'écoute- âu Monde. Il est impossible de mieux comprendre, décrire,
faire aimer nos pays.
Il faut
Belge, ( belge
ouest français,
mand Praviel,

lire les articles de Paul Prist dans L'Indépendance Belge, dans La Bévue
et française, aussi, comme la Belgique elle-même et, par surcroit, du sudpuisque nous voyons à ses sommaires les noms aimés du toulousain Ardu limousin Jean Nesmy).

Paul Prist et Tiare Deslandes qui ont séjourné chez nous, en écrivant sur notre
pays des études qui méritent de rester, qui resteront, nous ont rendu grand et affectueux service. Quand nous, qui sommes ses fils, célébrons nôtre terre nous sommes justement suspects de pwtialité filiale comme si, sans modestie, nous nous glorifions nousmème*. L'enthousiasme des étrangers, a une double valeur : il vient d'admirateurs .désintéressés ; fait connaître notre région hors de France au lieu de la faire connaître
dans notre région elle naême, ce qui n'est certes pas toujours inutile il est vrai.
LES ADAPTES. — Le résultat de cette publicité enthousiaste et bénévole est que
des étrangers fortunés deviennent acquéreurs de châteaux et de beaux domaines chez

�nous, ainsi que vient de faire M. Slalpurt maintenant propriétaire dun des plus délicieux refuges périgourdins, à l'éperon de Domine, dominant les^merveilleux paysages de
Dordogne. M. et Mme Stalfort sont belges. Ils savent aimer nos régions. Ils seront bons
périgourdins.
Nos châteaux, parcs, terres quasi seigneuriales peu à peu passent aux mains des
grands seigneurs de la finance, de l'industrie, du commerce, de la chirurgie. A dire
les noms des châtelains on évoque les gloires du bistouri, de la banque, de la bijouterie, logées, à titre fixe, pendant l'été, dans les palais épiscopaux, les demeures à donjon
crénelé aes plus vieilles familles de France.
Résignons-nous, ou mieux, assimilons ces puissants nouveaux-venus, par la cordialité, par l'apostolat d'amour de la petite patrie dont nous devons leur faire comprendre le charme, leur dire l'histoire, leur faire connaître la langue pour susciter en eux
de vrais compatriotes. N'oublions pas que, dans bien des cas, sans eux, grand nombre
de nos splendeurs ne seraient que monceaux de ruines. Faisons bon acceuil, aussi, à ces
belges qui viennent en grand nombre, avec grand succès, travailler nos terres comme
fermiers ou métayers, qui y viennent avec leur famille, enfants, grands parents, fonder
des foyers durables. Nous ne devons pas les éloigner de nous, anciens de cette terre.

Lapérouse
Sa Cuisine
Sa

Cave
illllllllllllllllllllli!

51, Quai des Grands-Augustins, PARIS "

Auberge du Navigateur
49, Quai des Grands-Augustins, PARIS
Ijéléphone : Fleurus 62-78

DANS
DES

METS

UN

CADRE:

ORIGINAL

DÉLICATS

DES VINS
UN

SÉLECTIONNÉS
SERVICE

IMPECCABLE

^

Fleurus 44-03

�Puisque, par suite du triste dépeuplement de nos campagnes, nous avons besoin d'eux,
faisons-les nôtres. Ne les laissons pas se grouper entre eux, hors de nous. Qu'ils fusionnent avec nous, comme ont fait, au cours des siècles, tant de races qui se sont installées
sur nos coteaux, dans nos plaines, le long de nos fleuves.
Il est d'autres adaptés : les artistes, peintres, écrivains, qui, séduits par la beauté, la magnificence ou la douceur de nos campagnes, y sont venus, y restent, longtemps,
les célèbrent dans leurs œuvres. Pierre' Benoit est si bien conquis ou si bien conquérant
du Quercy, qu'il y veut dit-on, conquérir la députation. André Lamandé, en Tolosie, prépare des romans du cru, riches en locutions occitanes^ Ils suivent la tradition des Loti,
Coppée, Lavedan qui aimèrent, chantèrent ces régions, y devinrent propriétaires.
ET CEUX DU PAYS ? — Ils y viennent nombreux et fidèles : Gustave Guiches ;.
Léon Lafage, le poète Algerter, l'érudit Abbé Calvet et Bichard et le Père Bessières et
Roger Bastide s les peintre Louis Icart, de Malleville
les romanciers et critiques : Cahuet, Monjauze, de Noussaime dans leur Limousin, Sorbets dans ses Pyrénées, le Maître
Henri Brémond, provençal, installé à Arthez d'Asson.
Ceux qui n'ont pas quitté le pays : Robert Benoit et Aublant à Périgueux ; Verlhac, Vialle, Tourneyrie dans la région de Brive, l'Abbé Cubaynes, Armand Lagaspie

FA B

LINE

MARSEILLE
15, Rue Beauvau

PARIS

- Télégr. Française-Marseille

2, Rue Edouard-VII

Lignes

MARSEILLE-ORIENT
VAPEURS

Départs de
Marseille
MIOI

Alexandrie

MADONNA
CANADA esc. de N.-Y.
SINAIA
PROVIDENCE
CANADA
PATRIA esc. de N.-Y.
ASIA
CANADA
PATRIA
CANADA

Sam. 3 Sept.
Mar. 20 Sept.
Sam. 24 Sept.
Mar. 4 Oct.
Jeudi 13 Oct.
Mar. 25 Oct.
Ven. 28 Oct.
Sam. 5 Nov.
Mer. 16 Nov.
Mar. 29 Nov.

Jeudi 8 Sept.
Sam. 24 Sept.
Jeudi 28 Sept.
Sam. 8 Oct.
Lun. 17 Oct.
Dim.30 Oct.
Mer. 2 Nov.
Mer. 9 Nov.
Dim. 20 Nov.
Sam. 3 Déc.

ARRIVEE

Beyrouth
Sam.
Mar.
Dim.
Lun.
Mer.
Mer.
Sam.
Sam.

- Télégr. Fafcrel ine-Paris

10 Sept.
27 Sept.
2 Oct.
10 Oct.
19 Oct.
2 Nov.
5 Nov.
12 Nov.

A

jlïfa
Dim. 11 Sept.
Lun. 26 Sept.
Mar. 4 Oct.
Mar. Il Oct.
Jeudi 20 Oct.
Mar. P' Nov.
Lun. 7 Nov.
Ven. 11 Nov.

Mar. 6 Déc. Lun.

5 Déc.

de New-York
et
de la Méditerranée

-*-

ORIENT- MARSEILLE
VAPEURS
SINAIA .'
MADONNA
CANADA
PROVIDENCE
ASIA
CANADA
PATRIA
CANADA
X
CANADA
SINAIA
ASIA

DEPART

DIE

Beyrouth

Jaffa

Mer. 7 Sept.
Dim. ! 1 Sept.
Mer. 28 Sept.
Lun. 10 Oct.
Mar. ! 1 Oct.
Ven. 21 Oct.
Mer. 2 Nov.
Sam. 12 Nov.
Mar. 15 Nov.
Mar. 6 Déc.
Dim. Il Déc.
Ven. 13Jan.

Mar. 6 Sept.
Sam. 10 Sept.
Lun. 26 Sept.
Mar. 11 Oct.
Lun. lOOct.
Jeudi 20 Oct.
Mar. 1 Nov.
Ven. 11 Nov.
Lun. 14Nov.
Lun. 5 Déc.
Sam. 10 Déc.
Jeudi I2jan.

Arrivée
Alexandrie à Marseille

Ven.
Ven.
Ven.
Mer.
Jeudi
Dim.
Lun.
Lun.
Jeudi
Jeudi
Mar.

9 Sept.
9 Sept.
30 Sept.
12 Oct.
13 Oct
23 Oct.
31 Oct.
14 Nov.
17 Nov.
8 Déc.
13 Déc.
?

Mer. 14 Sept.
Sam. 17 Sept.
Mer. 5 Oct.
Lun. 17 Oct.
Mar. 18 Oct.
Ven. 28 Oct.
Mar. 8 Nov.
Sam. 19 Nov.
Mar. 22 Nov.
Mar. 13 Déc.
Dim. 18 Déc.
Jeudi 19 Jan.

Lignes
de Marseille
à la
Côte Occidentale
d'Afrique

Services Postaux -:- Services Commerciaux

�Lafont, Calmels, Sahuc, Malrieu dans le Lot, Vital Mareille à Bordeaux, Albe à Sarlat,
Gasperi en Limousin !
Ceux-là sont, avec tant d'autres, bons mainteneurs, .bons ouvriers de l'œuvre occitane. Ils sauront grouper autour de leur action les exilés, les adaptés, les conquis. Jls
le font dans leurs revues : Divona de Bergon, La Brise de Vialle, Lou Bourna cVAublan.
Ils le font dans leurs manifestations artistiques : les Amis des Arts de /. et J.-B. Nouyrit.
Ils le feront dans les Feinllets Occitans.
Aideront au succès les recrues du féminisme : Marguerite Grepon du Quercy, Isabelle Sandy de VAriège, la Comtesscde Maleville de la Dordogne, Mlle Vialle au Limousin ; Mlle Severin qui passe des bords du Lot, aux rives de Gironde.
Aideront encore les réunions d'été, banquets et discours semblables à ceux qui
"eurent lieu à Cahors sous la. présidence de M. de Momie,, animateur prodigieux qui
veut sa cité de Cahors parée des chef s d'œuvre d'Henri Martin, qui fait renaître tout le
Quercy, qui réunit, en des agapes succulentes et passionnées, les artistes de vive volonté : notre cher Bonnafous affronté à Gracias, l'auteur de La Coquette au soleil et le vibrant Aède arverne Gandilhon Gens d'Armes et le savant Occitan Perbosc, tous déclamant ou discutant avec ardeur les graves questions occitanes.
Bon et v ivant travail, énergiquement réalisateur !
. Que de tous 'ces apports, fidélités, enthousiasmes, talents,
précieuses, grandisse le solide bloc occitan !

vivacités

diverses

Alida et Pierre CALEL.

VIEUX GRENACHE
du

1 2 francs la Bouteille, franco domicile
(échantillon Qratuit

JEAN

DUPUY,
A

PROPRIÉTAIRE
MAURY

DU

(Pyrénées-Orientales)

MAS

AMIEL

et

�Bois gravé de Auguste et Achille Rouquet

Pour J.-E. Jalabert

|ARCE que les pins craquent comme des galères sous la lune et
sur l'océan de la tristesse, parce qu'en leurs orgues s'éplore le
die* irae d'un vent d'équinoxe, parce que j'ai rouvert Pascal
et qu'en lui c'est ton inquiétude qui m'obsède, je songe, ô mon
ami, à l'accueil de ta mère sous le toit montagnard dont le vent
d'une nuit de lune faisait gémir l'ardoise, je songe à tous ces
livres de poète, présidés par un buste de Victor Hugo, face auxquels je dormis ; je songe à la petite malle de carton, coloriée comme un châle de nos
grand'mères, qui renferme des documents d'un jaune de trésor, testaments ou
contrats de mariage de ceux des tiens qui vécurent dans les temps depuis
Henri IV, livres de raison par lesquels se lègue de génération en génération
le témoignage d'existences droites et simples comme un trait tiré au carrelet
par un écolier de village ; je songe à la douceur forte de l'amitié et à tout le
prix que l'homme devrait y attacher.

I mm

Le lendemain il neigeait un peu. C'était le dimanche sept mars. Monsieur le Curé eut une puce dans le dos pendant la messe, mais les filles de
ton village chantent mieux que celles du mien. Sur l'air de leur Ave Maris Stella je me chantais le cantique d'une adolescence que le parfum des tilleuls d'un
couvent passionnait, ô tendres écolières aux belle tresses dans le dosT... Mais

�— 138 —
je revenais à mon chapelet. Les filles chantaient d'une âme aussi paysanne
que leurs joues. J'aurais voulu que la foi fût en l'homme comme la bonne santé sur ces visages.
Tandis que nous sortions de la pénombre à l'odeur d'eau bénite pour
entrer dans la blancheur du dehors, je me disais que les morts quittant ce
monde en leur habit du dimanche imprégné de cette odeur fade doivent entrer
dans une blancheur pareille à celle de la neige éclairant les intérieurs si étrangement pour qui n'y est pas accoutumé.
Je n'oublie pas ce repas de midi à la droite de ta mère, face à toi que
cette lumière par moment transfigurait. Ainsi sans doute en est-il en nous
quand opère la grâce.
Elle restera aussi gravée dans mon souvenir l'eau-forte de Lacombe à
trois heures du soir, lorsque, la neige ayant cessé de tomber nous descendîmes
jusqu'à la prise d'Alzau(l) où les premières jonquilles ne savaient que penser du temps, inclinant au penchant des talus leur grâce couronnée d'un front
un peu lourd comme Ophélie. Du clocher, de la maison d'école pareille à une
forteresse, des chaumines, c'étaient les façades cuirassées d'ardoise, l'aspect
d'hiver qui s'offraient à nos regards à travers les noires ramures fourrées de
blanc, tandis que nous revenions. Mon goûtpour Durer y trouvait son compte.
De ta chambre au contraire la fenêtre, reflétant le bel ordre intérieur, s'ouvre
du côté de l'espoir en une saison moins inhumaine. Telle était du moins mon
illusion à chaque fois, et ce fut souvent, qu'au lieu de regarder par la fenêtre
du salon je revenais à celle de l'orient.
Le surlendemain il neigeait à flocons pressés d'une grosseur d'amande.
Le vent du nord-ouest, le cers, le bardânis du folklore, était sauvage comme
une horde de loups. Il enrageait aux fenêtres et tu me contais des histoires
d'où il surgissait, humain, descendant par la cheminée avec des yeux hallucinatoires et dans un manteau de voyageur légendaire, le voyageur du poème
de Bataille, peut-être :
Voyageur, voyageur de jadis qui t'en vas
A l'heure où les bergers descendent des montagnes...
ce poème où
Le bruit des luzernes
Vient de si loin qu'il ferait peur.
Mais le feu lui brûlait les pieds et il hurlait de plus belle dans cette cheminée où il s'engouffrait irrésistiblement et au fond de laquelle un ennemi
insaisissable comme lui le martyrisait, lui, Bardânis, l'inspirateur des fous, le
chevaucheur des plus indomptables cavales, le maître de bal des croix dans
les cimetières pauvres. De celui de ton village, si dénué, sans la moindre architecture de rameaux, le naufrage s'accomplissait sous la fenêtre du salon.
Je me demandais si je pourrais jamais regagner la plaine, quitter cette
solitude à l'âpreté de laquelle je n'étais pas préparé. En proie à l'idée fixe,
qui n'est parfois qu'une manifestation exaspérée de l'égoïsme, j'en oubliais
douloureusement l'empressement de l'accueil que j'avais reçu pour ne songer
qu'à l'évasion. On agit souvent ainsi envers Dieu. Comment serait-on meilleur
vis-à-vis d'un ami, même des plus chers ?
(i) Origine du Canal du Midi.

�— 139 —
Aucune petite fille n'était venue à l'école. Je n'avais vu dehors, sous les
steppes noires du ciel, sur l'immensité de la neige, qu'un paysan en train de
ramener une poule égarée.
Vers trois heures pourtant nous décidâmes d'appareiller. La neige ne
tombait plus et même un soleil verdâtre transparaissait par moment, encore
que le vent toujours déchaîné fit courir sur ces hauteurs des tourbillons de
neige comme la poussière sur les routes de la plaine quand les cigales s'exaspèrent dans les platanes de juillet. C'était tolstoïen. J'avais envie de chanter
ma joie, cette joie que l'on éprouve à lutter contre les éléments. Il t'arriva
plusieurs fois d'enfoncer jusqu'à la ceinture et notre descente s'acheva par la
vision dans le paysage de Saint-Denis de deux rouges-gorges au gilet éclatant
parmi les reflets de la neige. Ils signaient, à la manière égyptienne, l'ineffaçable impression de vieil hiver, d'hiver de l'ancien temps, d'hiver de folklore, à
laquelle tu m'avais innocemment convié chez ta mère en ces termes : « Nous
pourrions visiter la Loubatière, Alzau... peut-être animés déjà d'un sourd
éveil printanierTT.»
Mais de cette soirée de Saint-Denis je veux encore me remémorer tout
le charme rythmé par le balancier de la pendule à caisse et perpétué aux feuillets de mon vieil eucologe par ces deux primevères cueillies, le samedi soir, à
l'abri de la neige, dans le jardin du patrimoine. Il y avait aussi les petits yeux
candides des myosotis, la jacinthe blanche ou bleue qui s'accommode si bien
de fleurir dans un verre bulbeux comme sa racine, il y avait l'amitié et mon
espoir de revenir quand les cerises sont éclatantes, et non plus les gilets des
rouges-gorges, quand au sein du feuillage abondant et qui luit une sombre joie
dévore le cœur de l'homme, mon espoir de revenir m'asseoir là, dans l'atmosphère des vieux meubles paysans cirés avec soin et du cuivre, cette fleur de
toute cuisine honnête aux vitres de laquelle le reflet se balance d'un lilas ou
d'un fusain, oui revenir m'asseoir entre ta mère et toi, amitié de poètes dont le
balancier de la pendule à caisse berçait la douceur. Cependant nous attendions que les bûches soient consumées pour aller prendre au lit la place du
« moine» précieux engin dont le nom vient peut-être de ce qu'à la vérité il soulève les draps d'une prestance de chanoine, sinon de moine.
Après une promenade de lampes dans la maison, tout s'ensommeilla sauf
la pendule. En moi se posait sur des primevères étranges comme une douce
neige, celle de la douceur que j'éprouvais àm'endormirdans un de ces villages
vers lesquels montèrent si souvent mes désirs de détente à l'ombre, aux murmures des eaux-vives, tandis que l'été forge sur Moux un implacable airain.
Je gravissais alors, comme je le fais encore, un coteau tout proche du village.
Là le lierre se complaît en un deuil éternel, mais que sa fleur dore et
où l'abeille multiplie sa rumeur. Là l'iris est royal et le pâle romarin grise de
son arôme le cognassier en son printemps de jeune dieu quand les cloches de
Pâques voyagent parmi les nuages semant de leurs écueils bouclés l'azur nouveau. Là le chèvrefeuille n'est que chair, le cyprès n'est qu'un cri. Là, me couchant à demi sous la magnifique ombrelle d'un pin de campagne romaine, je
contemplais la Montagne Noire comme une Terre Promise, un mirage du désert. Et puis je regagnais, en bas, le jardin brûlant de la maison où je ne pouvais plus me supporter; je ne rencontrais que des chèvres dans la poussière,
le long des cyprès étalés que les enfants ébranchent et derrière lesquels ceux

�— 140 —
du cimetière pointent finement, parmi les blancheurs fantômales des nécropoles plus ou moins encombrantes. C'est en remuant toutes ces souvenances
que je m'endormis comme un roi ayant conquis pour une nuit droit de cité
dans ce village vers lequel j'avais si souvent tendu en vain les bras.
Sous les étoiles incrustées et une lune prise dans le sombre gel du ciel,
j'ouvris les volets à cinq heures du matin. J'étais content d'ouvrir les volets
de ta chambre de Saint-Denis à cinq heures du matin, sous les étoiles, au mois
de mars, par un temps de décembre. Pour te prouver ma bonne humeur, malgré le froid aux doigts et un vague regret du lit, je te lançai à travers la porte
un sonore : « Torro, la bielho, torro?» (Gèle-t-il, la vieille, gèle-t-il?)
Cefut trop vite le triste bruit des tours de clef dans le quartier endormi...
quelques paroles... l'éloignement de nos pas sur la terre gelée. Une étoile fila.
Le vent n'avait pas désarmé ; il était le maître du village ; personne ne lui en
disputait la possession, et nous ne savions où nous abriter jusqu'à l'heure où
le tramway du retour s'ébranlerait dans un fracas de ferraille, lorsque jaunit.comme une auberge de Bethléem, la porte basse et vitrée d'une pauvre
hôtellerie où des voyageurs faisaient chauffer eux-mêmes leur café. Un chat s'étirait, arqué et baillant
Sur la chaise de paille au fond de la cuisine...
Le feu s'étirait comme lui ; c'était tout ce que nous désirions. Les pieds
aux bûches, je mis à profit ce suprême répit pour me recueillir une fois de
plus en notre amitié, plus forte de ne faire qu'un avec ce village dont le nom
est doux comme le cri d'une chouette au sein d'un bleu châtaignier pendant les
veillées de l'été.
Jean LEBRAU
(D'un livre à paraître : Pays d'Avide)

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LA RACE OCCITANE
(Voir le numéro a des Feuillets)

LES

SARDANA

La mer rapproche tôt ou tard les populations qui vivent sur ses bords.
C'est un truisme que la Méditerranée, qui borne au Sud-Est notre pays, a été
le véhicule de la civilisation. Sachons donc quelles races ont fréquenté cette
mer et tout d'abord ce quelle était aux diverses époques.
A regarder une carte planimétrique, c'est une nappe d'eau continue
allant du Détroit de Gibraltar à la mer d'Azow. Mais si l'on consulte une
carte bathymétrique, on voit que cette nappe recouvre trois bassins distincts, unis seulement en surface, à savoir : la mer Noire, la mer du Levant et
le bassin Occidental. Dans les temps antérieurs ces bassins ont été trois
lacs, très séparés et qui se sont successivement rejoints.
Au début du Pliocène, le Détroit de Gibraltar s'ouvre, et le bassin Occidental communique, dès lors, assez largement avec l'Océan, pour mériter
le nom de mer. Mais ce bassin est plus réduit que de nos jours. A l'emplacement de la mer Tyrrhénienne existe une Tyrrhénie, c'est-à-dire, une terre joignant Corse et Sardaigne à l'Italie actuelle; la déchirure entre les deux
Sicile n'existe pas; et les terres se prolongent au Sud, englobant Malte, la Tunisie et les îles littorales jusqu'au milieu de la Syrte.
Le mouvement orogénique, qui a déterminé l'effondrement Tyrrhénien,
a donné à la mer Tyrrhénienne-de grandes profondeurs, allant jusqu'à 3.732
mètres, tandis que les fonds ordinaires du bassin Occidental sont de 2.000.
Par contre, l'ancien pont Italo-Africain subsiste sous l'eau (1) à faibles profonfondeurs atteignant au plus 400 mètres.
Tyrrhénie, Sicile et Afrique (ce nom désignant proprement pour les
Anciens la Tunisie), quand elles étaient toutes exondées et contigues, ont
constitué l'heureux domaine de Saturne et de Rhée, chanté par les poètes.
Le mouvement orogénique qui les a disloquées ne s'est produit qu'assez tard
dans le quaternaire. Certains indices permettent de le fixer à cinq mille ans
avant nous. Auparavant nous n'avons eu, pour co-riverains que des Hispaniques, des Tyrrhéniens et des Berbères.
Mais jusqu'à cette époque, une communication par terre a existé entre
l'Occident Européen et la Libye et, par suite avec l'Égypte. Vers la fin du
IVe millénaire (A. C.) l'effondrement s'est produit. Mais on connaissait déjà,
en Occident, une pratique de navigation par cabotage, à l'aide de bateaux
utriculaires. La communication, quelque temps interrompue, a pu être bientôt rétablie par ce moyen, de la Sicile à l'île Pantellaria, qui est en vue, et
de celle-ci à la côte Tunisienne, suivie jusqu'à la Syrte, où l'on rejoignait
l'ancienne piste.
C'est à l'inverse, l'itinéraire indiqué par Homère pour son héros Ulysse,
que Borée a rejeté des îles Ioniennes vers la Syrte. C'est la même voie que
(1) Explorations organisées par la Commission Internationale de la Méditerranée.

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Virgile prête à Énée; et on peut remarquer que ce héros contourne la Sicile
par son Ouest pour se rendre en Ausonie.
Les Anciens redoutaient en effet le Détroit de Messine à cause des écueils
de Charybde et de Scylla. « Le Père des Dieux et des Hommes permet que
Scylla ne m'aperçoive pas; — s'écrie Ulysse — sans quoi je n'eusse pas évité
une mort affreuse ! »
Par cette voie, et déjà quand elle était continentale, des relations existaient entre notre pays et l'Égypte, on en a des indices matériels (2). Dans les
tombes de la Ve Dynastie des pharaons, on a trouvé des grains d'ambre, qui
venaient des bords de la Baltique; d'autre part dans des tombes de la XVIIP
Dynastie (vers 1600 av. J.-C.)on a recueilli des bijoux en étain pur, provenant
de la région de Cadix. Hérodote (III 115) dit d'ailleurs, qu'il y avait connexion du commerce de l'ambre et de celui de l'étain.
Où pouvait se faire la concentration des deux commerces, sinon en
Ligystique ? Car les Alpes, longtemps abruptes et couvertes de glaces, ne
laissaient d'issue que près de la mer.
Les fouilles de Monaco et de diverses stations préhistoriques de la vallée
du Rhône, ont montré qu'il se faisait, dès les temps néolithiques, un commerce
incessant pour le sel avec les salines du Jura ; et pour les silex, avec les carrières de la Basse-Loire, d'où le silex s'expédiait aussi vers le Nord. Le commerce terrestre pouvait donc atteindre la Baltique, et en rapporter de l'ambre
Au reste, Plutarque, dans son récit, de la bataille d'Aix, raconte que des Ambrons, venus de la Baltique, s'étaient très anciennement établis en Ligurie, et
que les consanguins se retrouvèrent face à face aux premières lignes des
deux camps.
Quant à l'étain, son emploi en Égypte pour la fabrication de bijoux
dénote que ce métal était rare en ce pays. Sa source commerciale était Cadix:
mais il provenait des Açores, dont le nom celtique était Cassitérides, d'où
les Grecs tirèrent xoKJoiTspoç pour désigner l'étain (3). Mais avant d'être apporté en Ègypte et plus tard connu des Grecs, l'étain de Cadix était utilisé en
notre Orient Européen; il était naturel qu'il fût joint au commerce de l'ambre.
Le commerce ne se limitait pas à des bijoux. Darwin a remarqué que,
sur les cinq variétés de blé cultivées en Europe, celle que l'on a recueillie
autour des palafittes était le froment Égyptien. De Morgan a constaté qu'une
meule à bras d'époque néolithique, trouvée à l'île d'Holyhead (Galles), et une
autre à Monsheim (Hesse-Rhénane), était de modèle identique à celles vues
par lui au Dahchour et remontant à la IIP Dynastie pharaonique.
Enfin la même voie Italo-Tunisienne était suivie et fréquentée pour
d'autres fins que le commerce.
*
Les inscriptions Égyptiennes montrent que depuis Séti Ier, chef de la
Dynastie (env. 1400 ans av. J.-C.) des Sardana figurèrent pami les mercenaires des rois d'Égypte. Sous les successeurs de ce Pharaon, jusqu'à la
XXe Dymastie, les Sardana sont devenus de plus en plus, les noyaux des armées Égyptiennes.
XIXe

(2) CF. Salomon Reinach : Le Mirage Oriental dans Anthropologie 1893.
(3) Le nom sanscrit Kastira est un dérivé de Cassiteros et non son origine. Un texte
Egyptien du III" siècle avant notre ère montre que l'Inde recevait son étain d'Alexandrie.

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Ce sont de robustes guerriers qui, sur les inscriptions, se distinguent
au premier coup d'œil des Égyptiens, nettement plus petits, et d'un armement
différent. Eux, ils ont la lourde épèe pointue, le grand bouclier, et un casque
qui porte un bouton et deux appendices en forme de cornes, disposés comme
un croissant. Cet armement, le casque surtout, rappelle les Gaulois, nos
Pères.
D'où venaient ces Sardana? Quelques-uns peut-être, de la Sardaigne,île
peu fertile, peu peuplée, et qui passe pour avoir été colonisée par des Sardons
issus du Roussillon. Mais la plupart venaient de ce grand pays Pyrénéen des
Cérètes, Cerdans, ou Sordons, qui occuppaient les hautee vallées du Tech, de
la Têt, de l'Aude, de l'Ariège, du Sègre et du Ripart. Toutes les variantes
de désignations correspondent au même radical S. R. T., le son des voyelles
n'étant pas très défini à ces époques. De nos jours, les affiches pour la fête
locale de Puycerda comprennent, dans les divertissements, des danses Sardana, avec la même orthographie qu'en Égypte.
Le Pharaon Séti Ier (1315 av. J. - C.) fut un vigoureux monarque, et l'un
des grands adversaires des Hethéens (Hittites, ou Khiti) dont l'Empire s'était
étendu du Bosphore au Sinaï. Il marcha contre eux avec une puissante armée,
les refoula et les vainquit dans une grande bataille en Syrie. H érigea pour
commémorer sa victoire, un monument que le service des Antiquités Syriennes vient de retrouver. Cette trouvaille est, en particulier pour nous Occitans,
un souvenir ancestral.
Sous Ramsès II, qui fut le grand Sesostris, une moitié des bataillons de
la garde permanente du souverain était composée de ces Sardana ; et le reste
de l'armée comprenait aussi des Libyens, et des Masouasha venant des rives
de la Syrte.
Sous Ménéphtah, treizième fils de Sésostris, les Lybiens s'insurgent,
en faisant appel à l'arrière ban de leurs frères de race, les Sicules, les Tyrrhéniens, les Cerdans et même les Achéens. Le Pharaon, menacé, se porte audevant d'eux avec toutes les forces qu'il peut réunir; cessant de guerroyer
avec les Syriens et les Khiti, contre lesquels il luttait jusque là, il s'allie à
eux, en leur demandant des contingents. Après une rencontre qui fut très dure
les Libyens succombèrent, et une fois rompus, furent exterminés.
La crise avait été grande pour l'Ègypte. C'est le moment dont les Hébreux ont profité pour effectuer leur exode. Le récit de la mer Rouge qui s'ouvre pour eux et se referme aussitôt après leur passage, peut être pris pour
une métaphore très exacte de la situation politique du moment.
Dans la longue inscription où Ménéphtah célèbre sa victoire, il félicite
ses Sardana, qui ont fait prisonnières leurs propres tribus. Il se vante
aussi d'avoir défait en même temps « les peuples de la mer ».
Mais son triomphe n'eût pas des effets bien durables. Sous Séti II, son
fils, l'Empire Égyptien se disloqua une fois de plus. Toutes relations suivies
cessent dès lors entre le nouveau cahos Égyptien et l'Occident Méditerranéen,
qui se relève lentement du désastre (4).
Cette phase héroïque de notre passé n'a pas manqué d'imprimer sa trace
obscure mais indélébile, dans la conscience de la race occitane.
(4) CF. Maspero : Histoire de l'Orient classique et Bénédite : Article Égypte dans l'Encyclopédie générale.

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On peut se demander si la conception, bien imprévue, qui poussa Bonaparte en Egypte et en Syrie, n'est pas dûe à quelque réminiscence atavique,
transmise avec le sang d'un Sardana.
Et peut-être, à l'inverse, certaines rondes hiératiques, figurées sur les
monuments de l'Egypte, rappellent-elles la présence "antique de nos montagnards dans la vallée du Nil.
En l'honneur de ces grands souvenirs, dansez toujours, Pyrénéens,
du Capsir à Barcelone, dansez vos nationales sardanes ï
Vos frères Alpins, ceux de Gap et de Barcelonnette, ont chez eux, leurs
lentes Gavottes inspirées de la gravité des grands monts qui les dominent.
Pour vous, les enlacées dans une grande ronde, qui se meut sur place,
ainsi que l'imposaient les rudes pentes de vos habitats primitifs, ployez vos
corps en cadence. Le maëstro du Lauragais, Déodat de Séverac, venu à Céret,
a compris votre âme; et il a adopté à vos gestes ancestraux des rythmes propices, revêtus de tons harmonieux.
Dansez de plus belle, Cerdans, en évoquant vos grands aïeux, qui furent
les soldats de Sésostris, et les artisans de sa gloire!
TARTESSE et CARCASSO

Le prophète Ezéchiel, qui vers l'an 580 (av. J.-C.) annonce la ruine future
de l'opulente et orgueilleuse cité de Tyr, s'écrie, en s'adressant à elle :
« Tes vaisseaux sont construits avec les sapins de Sanir;
Les cèdres du Liban ont fourni tes mâts; les chênes de Bazan, tes
[rames ;
Tes matelots se reposent sur le buis de Chypre, orné d'ivoire;
Et tes demeures sont construites avec les bois des îles de l'Italie.
Le lin d'Égypte a tissu tes voiles et tes pavillons...
LTonie, Thubal et Masoch t'amènent des esclaves et des vases d'airain ;
... Tarsis (c.-à-d. Tartesse ou Cadix) remplit tes marchés d'argent, de
[fer, d'étain, de plomb ;
... Les vaisseaux de Tarsis servent à tes courses dans l'Océan...
... Tu as été comblée de gloire et de richesses. »
Les différents traits de ce tableau montrent comment, au 6me siècle
avant notre ère, est dominée la scène maritime, de Tyr à l'Océan. On voit
incidemment combien pèse peu, à ce moment, cette Ionie qui ne fournit que
des esclaves et ce qu'a pu être ce coin de l'Ionie, qui s'appelle Phocée, et dont
quelques coureurs vinrent à Marseille.
L'apparition des Phéniciens dans la mer du Levant est alors, déjà ancienne. Le nom de Fenuku était déjà répandu en Égypte sous Thoutmés III
(1600-1550) On peut penser que c'est au moment du grand bouleversement
des populations Levantines, consécutif à l'invasion des Hycsos, que ces Phéniciens, sortes d'Hycsos maritimes, vinrent de la mer d'Érythrée dans celle du
Levant. Ils s'installèrent sur la côte abrupte de la Phénicie, proprement dite.
Ils apportaient un nouveau moyen de navigation. « Ce sont les premiers
— dit le poème d'Avienus — qui, portés sur la plaine liquide, ont parcouru les
flots, ont appris à porter dans les flancs des navires, le commerce du monde,
et les premiers ont observé les étoiles suspendues à la voûte des cieux.»

�— 145 —

��— 147 —
Avant eux il n'existait en Occident, comme pratique de navigation,
qu'un cabotage par utriculaires, pratique honnête, qui a besoin du jour pour
se guider. Les Phéniciens venaient d'un pays où l'on avait appris, dans les
déserts, à marcher de nuit, en se dirigeant par les étoiles. Cette même pratique
appliquée à la mer, permettait de parcourir les flots hors de la vue des côtes
et la nuit, ce qui se prête aux surprises et à la piraterie. Le type de leurs
navires fut d'abord celui du bateau que l'Odyssée (ch. v) fait construire par
Ulysse, lequel d'ailleurs, quitte l'île d'Ogygie en se réglant par les constellations. C'est une manière de radeau, pourvue d'un bordage élevé, pour tenir
la cargaison à l'abri des paquets de mer ; et le plancher est formé de troncs
d'arbres équarris et tirés au cordeau, pour être jointifs. Mais cela est insuffisant si l'on n'y ajoute le calfatage des joints : Or, ce calfatage dont
Homère ne parle pas, était connu et pratiqué en Orient depuis le Déluge
Mésopotamien (2415 av. J.-C.) Les Phéniciens sûrement, ne l'ignoraient pas.
Outillés de la sorte, ces Phéniciens ont d'abord écume à loisir les côtes
et les îles de l'Égée et de la mer du Levant. Mais la piraterie est contagieuse,
la défense oblige à étudier les moyens de l'attaque, de manière à y parer et,
bientôt, à la prévenir par la contr'attaque. Puis à cette lutte intestine, des. tructive pour tous, succède dès qu'on sait le comprendre, l'entente et l'union
pour l'action en commun qui, alors, peut être profitable pour tous. Ainsi
s'est constituée cette Association englobant des éléments empruntés à tous les
rivages, désignée dans les inscriptions de l'Égypte sous le nom de « Peuples
de la mer ».
E. LITRÈ

�Boia gravé de Auguste et Achille Rouquet

ILncla veJ)
ame

assier-ÎMagnan

ANS un paysage de murs de cyprès et de roseaux avec des rues
bordées de mas s'étend la ville immense des Jardins de SaintJacques (1). Parmi les plants déchiquetés des artichauts naissent
de magnifiques arbres à fruits sans que le verger nuise au potager.
Certaines propriétés comme le mas Carrère adossées aux coteaux de la route
de Lassus sont plantées de vignes dans les parties sans eau. Pareille richesse
ne peut que rendre ces campagnes fortunées, aussi chacun est-il heureux dans
sa chacunière.
« Pas toujours », me répondit Madame Carrère devant qui j'exaltais la
douceur de vivre dans un décor si bien fait pour réjouir la vue et les sens.
Un homme qui passait dans le chemin nous salua :
« Tenez, cet homme que voilà, m'a causé bien des misères à la mort de
Monsieur Carrère, mon mari. »
Madame Carrère poursuivit :
« Il se nomme Monsieur Xafador. Il a, comme vous avez pu voir,
bonne figure et riche santé. Méfiez-vous de la bonhomie des hommes ronds.
Donc, mon pauvre mari était sur son lit de mort. Une pensée le tortarait :
cette cave, qui est là, contre la maison. Elle appartenait à Monsieur Farroy.
Cette enclave, au beau milieu de notre propriété, nous gênait. Monsieur
Carrère était sur le point de s'entendre avec Monsieur Farroy pour l'acheter

D

(1) Jardins des environs de Perpignan.

�— 149 —
lorsqu'il s'alita. L'affaire restait en suspens. Vous savez comment sont les
malades, une chose inachevée qui les tracasse devient vite une idée fixe, et
ce fut le cas pour mon défunt mari. J'envoie mon fils Jacques trouver Monsieur
Farroy. Monsieur Farroy dit qu'il tiendra la promesse faite à Monsieur Carrère. Mon fils revient tout joyeux au mas, — il avait huit ans, mon petit
Jacques, — et nous annonçons à mon mari qu'il est propriétaire de la cave.
« Et l'acte de vente ? » demande-t-il ? — Nous lui disons que le notaire est
parti pour quinze jours dans ses vignes, mais qu'on signera dès son retour:
je ne voulais pas fatiguer inutilement mon pauvre mari par des discussions
d'argent.
A quelques jours de là, nous entendons du bruit dans la cave, des tonneaux qu'on roule, des chants. Et mon mari me demande : « Julieï Qui donc
fait ce tapage d'enfer dans notre cave ? » J'y vais et je trouve Monsieur Xafador : « De quel droit, Monsieur Xafador, travaillez-vous dans la cave de
Monsieur Farroy?». «C'est que, Madame Carrère, me répond-il d'un air
arrogant, je suis ici chez moi. » C'était vrai. Il faut vous dire que mon mari
et moi avions vécu avec insouciance : la propriété était grevée d'hypothèques.
Monsieur Farroy, pris de peur, avait préféré vendre à Monsieur Xafador.
Monsieur Xafador, bien renseigné lui aussi sur notre situation de fortune,
espérait se rendre propriétaire de nos terres à bon compte et se tailler ainsi
un beau domaine qu'il rattacherait au sien, tout proche. Acheter la cave,
c'était déjà mettre un pied chez nous.
Je reviens près de mon mari : « Eh bien, interroge-t-il plein d'anxiété,
que fait-on dans ma cave ? »
« Le granger y range la futaille, suivant l'ordre que tu as donné. »
Mon mari s'endormit tranquille. Il mourut quelques jours après.
Un matin, mon granger me dit :
«Madame, Monsieur Xafador est entré par la porte de votre jardin qu'il
a traversé en entier pour gagner sa cave. C'est plus court, pardi, que de
faire le tour par la route. »
Je vais aussitôt à la cave:
« — Monsieur Xafador, je vous ai vu traverser mon jardin tout à l'heure.
Vous devez bien savoir que vous n'avez aucun passage par là ?
— Madame, je ne savais pas.
— Vous êtes pourtant allé aux hypothèques et je vous croyais mieux
renseigné que moi-même sur les droits et les servitudes de la propriété.
Puisqu'il n'en est rien, je vais vous les apprendre. »
Mon Xafador ne savait où se mettre.
« — Ce chemin, par lequel vous êtes entré, m'appartient en entier. Vous
devez par conséquent faire le grand tour, sinon, procès... Cette fenêtre de
votre cave donne chez moi. Vous avez le droit de l'ouvrir, du dedans. Vous
n'avez pas le droit de venir la fermer, du dehors, sinon, procèsI Cet olivier
m'appartient aux trois-quarts. Si vous y attachez votre âne, et vous ne pouvez l'attacher que de ce côté, car ici, c'est chez moi, vous prendrez garde de
ne pas le secouer de peur que les olives ne tombent, sinon, procès! La pompe
que voici est chez moi ; deux fois par semaine, vous avez le droit de vous en
servir, mais il faut poser les seaux de ce côté-ci, car ici, c'est chez moi;
sinon, procès T Ce n'est pas encore tout, Monsieur Xafador. Le couloir qui

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sépare ma maison de votre cave m'appartient par moitié. Il est dit dans l'acte
qu'on ne doit y pénétrer qu'avec un barillet...
— C'est entendu, me répondit-il, je n'y ferai pas passer de gros
tonneaux.
— Il ne s'agit pas de cela, Monsieur Xafador, il est dit dans l'acte qu'on
ne doit y pénétrer qu' « avec » un barillet. On ne peut donc y pénétrer « sans »
barillet. Si vous y entrez ou si vous en sortez les mains dans les poches, je
me verrai dans la triste obligation de vous faire un procès. J'ai, comme
vous, Monsieur Xafador, le respect des droits qui s'attachent à la propriété.
J'ajouterai enfin, Monsieur Xafador, que tant que Madame Carrère sera vivante, et je suis en bonne santé, Dieu merci, le mas Carrère restera la propriété de Madame Carrère. »
Et je laissais mon homme abasourdi. Le soir même, Monsieur Xafador
revendait sa cave à Monsieur Llépafils.
A quelque temps de là, mon granger m'avertit que Monsieur Llépafils
venait de traverser mon jardin pour aller à la cave. Je m'y rends aussitôt :
«— Monsieur Llépafils, je vous ai vu traverser mon jardin tout à l'heure.
Vous devez bien savoir que vous n'avez aucun passage par là.
— Madame, j'ignorais, fait-il avec la meilleure foi du monde.
— Monsieur Xafador ne vous a pas averti des inconvénients de cette
propriété ?
— Non Madame.
— Je vais donc vous les apprendre. »
Je lui montre le détour qu'il faut faire pour aller à la cave, la fenêtre
qu'on ne doit pas fermer du dehors, l'olivier dont les olives m'appartiennent,
la pompe avec l'emplacement des seaux, le couloir qu'on ne doit traverser
qu'avec un barillet dans les bras...
— Madame Carrère, me dit Monsieur Llépafils, je comprends ce qui s'est
passé et comment Monsieur Xafador s'est moqué de moi. Dès aujourd'hui,
la cave est à vendre. A prix égal, je vous donne la préférence.
— Dans ce cas, Monsieur Llépafils, vous pouvez passer par mon
jardin, ouvrir la fenêtre du dehors, secouer l'olivier, vous servir de la pompe
quand il vous plaira, et passer dans le couloir en fumant une cigarette. »
Quinze jours après j'étais propriétaire de la cave. »
François DESBROSSES.

�MARIUS ANDRÉ
Un des meilleurs humanistes vient de mourir avec lui. Il était un des
maîtres de la poésie provençale depuis son «Ploù e Souleio» qui l'avait fait
proclamer, en 1892, poète lauréat des Jeux floraux septénaires du Félibrige ;
il connaissait parfaitement l'Espagne populaire, mystique et précieuse; peu
avaient pénétré mieux que lui Fétincelante obscurité de Gôngora et bientôt
paraîtront des Copias andalouses qui semblent nées duFolk-lore le plus ingénu. Il venait enfin de faire paraître, après tant d'études sur l'Amérique latine,
son Christophe Colomb démasqué dont le grand succès, après tant de luttes
et de traverses, le remplissait d'une grande et légitime joie.
Étrange destinée que la sienne! comme Paul Arène, plus qu'Arène
même, il a connu les angoisses intimes d'un destin contraire. Lui aussi en
fit des poèmes vibrants et chauds d'une humanité'si poignante qu'elle place
La gldri d'Esclarmoundo tout près du Calendau de Mistral.
Marius André est un de ceux qui ont le mieux connu et pénétré la pensée
du Maître de Maillane ; pendant neuf ans, en Avignon, ils collaborèrent étroitement à l'Aïoli et il est pénible de penser que la disparition d'André entraîne
la perte d'une foule de souvenirs mistraliens que lui seul aurait pu évoquer
un jour.
Poète en français, en oc, en espagnol, en catalan, il s'était permis en
ce domaine toutes les hardiesses et toujours avec un égal bonheur. Nul n'a
surpassé l'art et la souplesse de sa technique provençale qu'il enrichissait
au contact des littératures sœurs. Son dernier recueil Emé d'arange un
cargamen émerveille par la variété, l'originalité des rythmes, une grâce
tour à tour subtile, précieuse et naïve où se fondent tous les courants qui
circulent à travers les lettres des pays latins.
Sec et brun comme un cep de vigne, il était l'image même de ces laboureurs castillans, aux mâles traits de médaille. Mais il gardait, dans sa noble
étrangeté, le regard amusé d'un enfant. Quelle joie n'apportait-il pas, nouveau
Quichotte, à réhabiliter les héros impossibles, à renverser les fausses
gloires T
Colomb n'a point sujet de se plaindre d'être dépossédé de sa magique
auréole d'inventeur de mondes neufs; car André le sacre un des plus
parfaits poètes que son âge ait connus. Imaginer l'homme de la nature, sentir
et décrire les beautés étonnantes de ces îles surgies d'un océan encore vide
de caravelles, n'est-ce pas un lot plus désirable que la gloire misérable d'un
conquérant avide de terres, d'esclaves et d'or brut ?
Personne ne connaissait comme Marius André l'Amérique latine qu'il
avait parcourue, étudiée et aimée au cours d'une carrière consulaire féconde.
Il a laissé là-bas les amis les plus éminents parmi les conducteurs de peuples.
Sa mort n'aura pas été moins ressentie, de la Colombie au Venezuela par
exemple, qu'en cet Avignon de sa jeunesse où il avait fait le rêve de revenir
un jour.

�— 152 —
Humaniste, poète et philosophe, il avait la tête bouillonnante de projets
et avait amassé, pendant ses studieuses recherches à la Bibliothèque nationale, la matière de plusieurs ouvrages dont il aimait à entretenir ses amis.
La fortune lui a manqué au moment où il pensait la saisir, de même
que la renommée qui semblait l'attirer définitivement à elle.
Les dernières-heures de Marius André ont dû être faites de douloureux
renoncements ajoutés à ceux qu'il avait virilement acceptés depuis un tiers
de siècle. C'est en stoïque, avec un beau sourire que rien ne put jamais effacer
dans ses yeux et sur ses lèvres, qu'il a vu arriver la mort, comme s'il songeait
intérieurement à ces beaux vers d'Esclarmonde :
E, sèns bestour ni chancello,
Lou cor gonfle de baudour,
Vau vers ma PivelarelloT
Jean CAMP

LE DOCTEUR CH. PÉLISSIER
Un des meilleurs prosateurs d'Oc vient de disparaître avec le Dr. Pé.
lissier, collaborateur de la Cigalo Narbouneso dont il fut un des fondateurs,
il laisse deux ouvrages dont l'un, la Cloto, fut couronné aux grands jeux
floraux septennaires de 1920, ce qui valut à son auteur l'honneur de désigner
pour les sept ans qui viennent de s'écouler, la reine du Félibrige, MLLE Vinas.
Dans ce roman qui est un essai de reconstitution de l'époque romaine
dans la Narbonnaise, le Dr. Pélissier réalisa ce tour de force d'exprimer
avec une langue accessible à tous les choses et les faits qui paraissent les
plus difficilement traduisibles dans notre languedocien appauvri d'aujourd'
hui.
Aussi éloigné du plaqué archaïque que de la platitude galliciste le Dr Pélissier avait réussi à manier un style dru et net, évocateur exact des horizons
à arrêtes et des paysages découpés de ses Corbières natales. Avec la même
maîtrise, il avait publié, l'an dernier un long récit fantastique « L'Elh de la
Pounso » d'une verve richement évocatrice et d'une tenue littéraire remarquable.
Il fut un des meilleurs artisans de la renaissance félibréenne dans le
Bas-Languedoc et ceux qui ont bénéficié de son exemple, de ses conseils et
de ses encouragements voueront un culte pieux à sa mémoire.
J. C.

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LIVRES ET REVUES
Gaston Chérau, (de VAcadémie Goncourt) l'Égarée sur la Route
(J. Ferenczy et fila — Paris.)
L'auteur de ces romans célèbres qui ont établi sa réputation : Champi-tortu, la Prison
de verre, Valentine Pacquaut etc., est des nôtres par ses origines méridionales, et de plus il
a dans ses oeuvres, dépeint la vie provinciale avec une âpre exactitude et un sens psychologique remarquable. Il nous est donc doublement cher etnous sommes fiers de le compter parmi les collaborateurs de nos Feuilleta. Ce qui caractérise l'art sobre et émouvant de Gaston
Chérau qui continue la tradition des Flaubert, des Maupassant, des Zola, avec un accent si
personnel pourtant, c'est l'intensité de l'émotion contenue, la vigoureuse touche de ses
tableaux, la réalité palpable de ses personnages. Tous vivent vraiment et parlent. Nous entendons leur marche et leur voix, nous voyons leur visage, ils sont, non pas des entités, des
figures vagues, mais des êtres de chair et d'os, des êtres musclés, des créatures humaines qui
souffrent, palpitent, crient de joie ou de douleur.
Le thème de l'Égarée aur la Route, roman dont le succès grandit de jour en jour, exigeait une grande délicatesse puisqu'il traite de la jalousie d'une jeune fille, Gertrude, amoureuse de l'amant de sa mère, le peintre Bertrand Gallois. Les pages d'amour passionnées où
s'étreignent les deux amants ont cette violence et ce lyrisme voilé qui nous emporte nous
mêmes dans ce vertige de deux chairs et de deux coeurs éperdus. Car le véritable amour, c'est
la communion de la chair et de l'âme : sens et cœur unis emportent l'être humain hors du
petit train-train journalier, vers les sphères qu'atteignent seuls les amoureux et les penseurs.
Et il ne faut pas croire que les vertigineuses hauteurs du rêve et de la méditation soient
atteintes par l'esprit seul, le corps, le corps mystérieux avec ses mouvements secrets y a
sa part. C'est Vorganiame tout entier qui pense.
Ce qui fait l'originalité du thème de Gaston Chérau, c'est que l'amante passionnée,
Madame Againe, la mère de Gertrude, est aussi la mère la plus aimante et la plus attentive,
c'est qu'elle sent, c'est qu'elle devine la passion inquiète de sa fille et qu'elle ne voudrait pour
rien au monde perdre l'affection de son enfant chérie. Il faudra donc que les deux amants
ramènent cette âme égarée vers un fiancé qui l'adore et ils y parviendront parce que tous
ceux qui aiment savent trouver les paroles qui consolent et guérissent. C'est là une belle
oeuvre de plus à l'actif de ce maître romancier que l'Académie Goncourt a voulu compter
parmi ses membres; elle ne pouvait faire un meilleur choix.
Léo Larguler : Le peintre Georges Michel
(1763-1843)
(André Delpeuch, Éditeur, Paris.)
C'est une étude très vivante et très colorée que publie Léo Larguier dans cette collection des peintres, présentée avec le plus grand soin par l'éditeur André Delpeuch. Le peintre
Georges Michel, que l'on a appelé le Ruysdaël de Montmartre, a trouvé en Léo Larguier un
biographe qui a su lui faire rendre justice en nous expliquant son âme et son cœur, nous
faire mieux comprendre cet art qui se rapproche de celui d'Hobbema et de Huysmans, et,
par ses tons de ciel, de Ruysdaël.
La vie de Georges Michel est émouvante par sa simplicité même et par ses humbles
débuts. Il fut d'abord marchand de bric-à-brac et de vieille peinture et il commença à peindre
pendant ses moments de loisir. Il acquit la maîtrise à force de patience et de labeur assidus
et ses toiles sont aujourd'hui recherchées. Nous devons remercier Léo Larguier, le poète,
que ses origines Nîmoises rapprochent encore de nous, d'avoir écrit un livre plein de vie,
d'humour et d'émotion et d'avoir su éviter, par la magie même de son style ardent, la sécheresse de l'érudition. Remercions-le aussi d'avoir dressé à la fin du volume une liste très
complète des oeuvres retrouvées de ce peintre tenu longtemps dans un si injuste oubli I

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Hélène Picard : Pour un mauvais garçon. (Poème)

(A. Delpeuch Éditeur, Paris)
Hélène Picard qu'Èmile Faguet appelait si gentiment la bergère latine, vient de publier un nouveau livre de vers qui est un long poème et a pour titre: Pour un mauvais garçon. L'auteur de l'Instant éternel, de Province et Capucine et de tant d'autres volumes de
vers vibrants d'un fougueux lyrisme, a pour ainsi dire renouvelé sa manière dans ce récent
ouvrage. Hélène Picard a traité avec cette délicatesse secrète et ce sens du mystère que possèdent les rêveurs un sujet réaliste.
Elle a su percevoir, dans la banalité quotidienne des rencontres, l'étrange et invisible
halo qui entoure les êtres humains. Elle a jeté sur la fange l'étincelle lyrique qui la fait
flamboyer tout à coup comme fait le soleil sur l'ordure.
Alors, ô ma beauté, dites à la vermine,
Qui vous mangera de baisers
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De nos amours décomposés.
Ce» vers de Baudelaire chantent en nous et pourraient servir d'épigraphe à ce livre^
Ils disent assez le pouvoir qu'a le poète de transposer, comme la nature même, les objets les
plus vils, de tirer des êtres et des choses vulgaires des accents éperdus, des rayons de clarté.
Par ces vers d'Hélène Picard que je cueille au hasard de l'ouvrage, on comprendra
mieux ma pensée :
Mystère de la chair et de la plus sensible,
Périlleuse candeur d'une enfant sans péché...
Tout est piège et douceur, tout est tendre et terrible.
Ahl tout est signe... et rien ne peut être empêché.
Oui, sans doute déjà, dans la jungle des chambres
Et bien avant l'amour, le danger, le combat,
Je découvrais tes yeux de guet, de soleil, d'ambre,
O mon mauvais garçon, ô fauve délicat.
Les âmes que la souffrance a purifiées et qui ont bu le calice des amertumes comprendront, mieux que toutes les autres, ce que peut découvrir d'innocence et de lumière
un poète dans l'être le plus vulgaire.
Il faut féliciter Hélène Picard d'avoir su renouveler sa manière en conservant son
pur lyrisme, et de s'être rapprochée du génie de Charles-Louis Philippe, celui de Bubu de
Montparnasse.
*

« *

On nous annonce pour le 15 Octobre, la publication d'une nouvelle revue CatalaneRoussillonnai.se qui portera ce beau titre : Vallespir. Elle paraîtra à Céret, et sera dirigée
par deux hommes de goût, nos excellents amis Michel Aribaud et Charles Roussillon. Nous
saluons avec joie Vallespir en lui assurant que le concours des Feuillets Occitans lui est pleinement acquis.
Frédéric SAISSET

Gabriel TALLET : Au Seuil de la Maison (Poème)

(Aux Éditions d'Art Radot, Paris.)
« Une rose d'automne est plus
qu'une autre exquise »
Votre livre, Tallet, je voudrais ne pas l'aimer à cause de son accent qui est celui de
la désespérance. Mais c'est bien ici le cas de se rappeler le vers de Musset. Oui, Tallet,
votre livre est beau et l'un des plus beaux.
Je ne crois pas que le regret de la jeunesse lointaine, lointaine avec toute sa richesse
de foi, d'amour et d'ambition, ait jamais trouvé dans aucun langage rimé, une expression

�plue pénétrante ni plus pure que dans les poèmes que vous nous offrez. Ils mordent au plus
sensible du cœur et tout à la fois le caressent. Ahl que je voudrais leur échapper! Mais je ne
le puis pas. Il faut que je leur revienne sans cesse, et que je savoure, ô sorcier, l'amère et
délicieuse volupté des larmes qui les a trempés, comme une rosée d'octobre limpide les premiers chrysanthèmes.
Des larmes, Tallet, qui ne sont pas les vôtres seulement, mais aussi les miennes, mais
aussi les nôtres de nous tous qui sommes nés de la même terre, sous la même étoile ardente,
et dans le même temps que vous.
Ce « beau dimanche bleu» dont le rayonnement nous accueille au seuil même de votre
maison, il fut aussi jadis notre beau dimanche, et comme le port illuminé de notre enfance
d'où — pour quelles mers et quelles saisons — nous sommes tous, un jour, avec vous, partis.
Votre maison, l'antique maison où s'anime toujours — mais hélas! seulement pour le
souvenir — le sourire indulgent de l'aïeule prudente, cette maison, tendre poète fraternel,
elle est toute pareille à celle qu'autrefois j'ai connue et qui me reconnaît toujours, dans ce
vallon des Pyrénées où mon adolescence arcadienne essaya ses premières flûtes et qui m'enseigna les Dieux.

Anch'io, mon cher Tallet. Il m'a été donné comme à vous-même de chérir longtemps
cette mère deux fois maternelle qui jusqu' « aux limites de l'âge » et maintenant même que
je ne la vois plus de mes yeux mortels, fut et demeure souveraine sur ma vie. Avec quelle
pieuse émotion et quel trouble je vous accompagne dans votre chemin de retour vers celle
dont chaque jour vous évoquez « le nom et le visage » :
« Je te voyais descendre, alerte, l'escalier,
« Tu cueillais, au verger, un fruit mûr sur la branche,
« Et ta coiffe mettait partout la tache blanche
« Dont rêvait tristement mon âme d'écolier.
« Mais j'accourais, l'été, quand sonnaient les vacances,
« Mon cœur battait, j'avais deux mois pour te chérir,
« Deux mois qui me semblaient ne pas devoir finir,
« Pour revivre par toi, ma radieuse enfance.
« Je retrouvais mon lit, ma chaise, mon bureau
« Que paraît ton souci d'élégance soigneuse,
« Et je n'étais heureux que de te voir heureuse,
« Le jour de mon retour te semblait le plus beau.
« Hélas! tu vis mourir les nôtres, toi, l'aïeule..
« Ce fut ta destinée après quatre-vingts ans,
« Que tes yeux desséchés pleurent sur tes enfants
« Dans la maison, trop grande, où tu demeurais seule.
Il n'est pas une ligne de ce poème où, comme sur une corde tendue au point de se
briser, ne frémisse mon cœur d'enfant. C'est par ce poème que s'exerce sur moi le plus âprement ce douloureux génie qui enchante tout votre livre.

Et, nulle part rien de contraint ni d'obscur. Partout le naturel de l'âme et du paysage. Vos vers vont droit où ils veulent toucher. Ils ne vous condamnent pas, ainsi que tant
d'autres, aux détours incertains d'une exégèse qui est le triomphe de Bélise.
J'admire la profondeur transparente de ce torrent qui s'apaise, à l'heure de la plaine
tandis que sur l'horizon clair du soir frissonne infiniment une ligne bien ordonnée de peupliers de France et de cyprès du Languedoc.
Georges VILLE

�PAUL LACOMBE
Paul Lacombe, compositeur, membre correspondant de l'Institut et
doyen des musiciens Français, vient de s'éteindre à Carcassonne où il était
né le 11 Juillet 1837. Alors que l'Allemagne a publié sur notre compatriote de
sérieuses et substantielles monographies, la presse française a annoncé sa
mort en cinq lignes, confondant même Paul Lacôme, auteur aimable avec
Paul Lacombe, grand Artiste I...
Lorsque en 1906, je quittai brusquement la maison paternelle pour
tenter « la belle aventure » musicale , je me réfugiai d'abord à Carcassonne.
J'y vécus quelques mois entrecoupés par quelques visites au compositeur
Dêodat de Sêverac. Il habitait alors son S'- Félix-de-Caraman natal, près
de Revel. Il me reçut cordialement, me rassura sur mes dons et me conseilla
de voir à Carcassonne, Paul Lacombe, musicien célèbre, quoiqu'il n'eut
guère quitté le chef-lieu de l'Aude.
Je me rendis souvent le cœur heureux, dans la belle maison du Boulevard du Musée, où demeurait l'auteur de la Rapsodie sur des airs du Pays
d'Oc. Je lui soumettais avec une foi ardente (même avec une ardente bonne
foi!) des devoirs d'harmonie, des petites compositions. Il me dispensait
ses précieux conseils ; et puis, il interprêtait au piano, avec un art simple et
lucide, toutes sortes d'œuvres anciennes, modernes, contemporaines, avancées, voire révolutionnaires. Il avait alors près de 70 ans! Je l'admirais.
Aujourd'hui, je le vénère et j'affirme qu'aucun homme de son âge n'a jamais
mieux compris ni plus aimé les grands novateurs, à commencer par le français Claude Debussy...
C'est que Paul Lacombe était un vrai musicien.
Ses études ? il avait beaucoup lu, beaucoup retenu. L'exercice du clavier
lui était d'un grand secours. Plus tard, il avait compris que les facilités, les
dons nes'étayaient que sur une sévère discipline. Il devint l'élève chériet l'ami
de Georges Bizet, l'auteur de Carmen, et de VArtésienne. Bizet instruisit
Paul Lacombe, l'encouragea, le soutint, le prôna. De Carcassonne, Lacombe
obtint pour des symphonies, de la musique de chambre, des récompenses
officielles enviées : le Prix Cressent, entre autres. Dans la suite, l'Institut
choisit Paul Lacombe comme correspondant français en même temps qu'elle
désigna pour l'Allemagne le célèbre Max Bruch. Joué fréquemment à Paris
entre 1880 et 1900, Lacombe n'y venait que pour la mise au point de ses œuvres.
La musique évolue : les modes changent : Paul Lacombe ne se déplaçe plus
que rarement. La guerre arrive : Paul Lacombe ne quitte plus le Boulevard
du Musée...
Fantassin volontaire au 143me, je retrouvai certain soir le maître : « Alors
mon cher Raynal... encore une fugue... après tant d'autres ï — Oui, cher Maître
je ne suis plus que le vulgaire « 2me classe » qui, hier encore, montais en haut
de la Tour Narbonnaise, une garde seulement utile à mes rêveries! — C'est
bien T Et vous partez bientôt ? — Dans quelques jours! comme tout le monde î

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A lors le vieillard se pencha vers moi. Il m'étreignit, répétant à mi-voix : « BienT
Bien! BienT »
Ce jour-là, la conversation n'alla pas plus avant...
Je ne devais pas revoir Paul Lacombe. Il m'écrivit souvent au front —
De grands Artistes de passage, malades, blessés furent « soignés » à Carcassonne, tels Carlos Salzedo, roi de la harpe, pianiste et compositeur remarquable qu'hier encore, le tout-Paris artistique acclamait. Salzedo fit la connaissance de Lacombe qui l'étonna par son talent et son érudition. De son
côté, Paul Lacombe me racontait leurs entrevues, me décrivait des œuvres
nouvelles, me parlait musique. Et, pour un temps rasséréné, je comprenais
que le vieux maître aimait à faire le bien.
Son caractère? Tout de bonté et de franchise... beaucoup de finesse
ironique... Des élans généreux... De l'humour, de cet humour débordant si
bien défini ici-même par le sérieux et subtil Benjamin Crèmieux... Dans le
salon familier, je vois encore Paul Lacombe chanter en dansant et rythmant
ses pas des mains entre-choquées, les couplets du « célibataire » qu'il développa si bien dans la Rapsodie du Pays d'Oc. Il se délectait de la langue
mi-française, mi-pâtoise...
« La bie (la vie) d'un garçon est la plus jolie, quand il n'a pas d'argent
pour se mariéT (se marier). Au cabaret, boire et dansé, (danser) toujours
caressant les filles, sans jamè songé (jamais songer) à se mariéII»
L'élève de Bizet était gai et sans rancune! Quand il fit jouer aux Concerts
Colonne, une fresque symphonique intitulée : Le Camp des Croisés, Willy,
l'ouvreuse, toujours à l'affût de calembredaines pour garçons-coiffeurs,
jugea en ces termes « Ce camp des Croisés nous donne envie de le f... par
les fenêtres!» Ce soir-là Willy dut dormir fièrement: il avait fait un triple jeu
de mots!.., Plus tard, il eut besoin pour achever un livre sur Bizet de la volumineuse correspondance de Bizet et Paul Lacombe. Celui-ci lui envoya tout
les documents demandés, avec ces simples mots :
« Très heureux que votre envie de f... le camp ne vous ait amené
que jusqu'à Carcassonne! »
Des traits spirituels de ce genre abondent chez Paul Lacombe, mais
« l'Anecdote, déclarerait notre Prosper Montagné, n'est que le condiment
de l'Analyse », et j'ai hâte d'arriver à l'œuvre du maître carcassonnais.
Il est innombrable : pièces d'orchestre, de piano, études transcendantes
pour l'instrument, sonates, trios, quators, rapsodies, symphonies, mélodies
instrumentales et vocales, Paul Lacombe a tout abordé avec un égal bonheur.
Pourtant ce musicien passionné dédaigna le Théâtre lyrique; il en avait
senti instinctivement les tares... Et puis, il lui eut été impossible à Carcassonne, d'user des démarches, visites, salamalecs et compromis, de tout ce
matériel indispensable à l'arrivisme dramatique!... J'ai déjà dit que Paul
Lacombe était très au courant de la production contemporaine. Par ailleurs
Saint-Saëns, Fauré, d'Indy étaient ses meilleurs amis. Certaines mélodies
du maître Carcassonnais, parues entre 1900 et 1910 semblaient écrites par un
ieune, tant elles utilisaient intelligemment l'actualité... Mais, au fond, Paul
Lacombe appartient à l'école classique. «Classique? écrivait un jour Jules
Lemaître, cela comporte une idée d'excellence. Cela implique aussi la clarté
la sobriété, l'art de la composition; cela veut dire enfin que la raison, avant

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l'imagination et la sensibilité préside à l'exécution de l'œuvre et que l'écrivain domine sa matière»... Parfois, certains classiques bondissent en des
élans grandioses. Chez eux, la science et l'ardeur sont unies pour le plus
grand bien de la clarté et de l'équilibre. Ce sont des Classiques enthousiastes
Paul Lacombe s'y rattache. Sa musique fougueuse, harmonieuse, bien proportionnée, fait songer à un Saint-Saëns mieux portant, moins atrabilaire
à un Saint-Saëns méridionalT.. Paul Lacombe ignorait le parti-pris. Il saluait
avec joie la beauté sous toutes ses formes. Son cœur était très grand, son humeur très égale. Comment en eut-il été autrement ? Ce rêgionaliste (au sens
élevé du mot) respirait à Carcassonne un air préservé de tous miasmes... Ah I
les promenades fécondes!.. Que de fois Paul Lacombe descendait le Boulevard
du Musée!.. Il marchait, rêvant... A ses yeux levés, la Cité, véritable sphinx
aux aspects toujours renouvelés, s'imposait. Les yeux abaissés contemplaient
les sinuosités du Lampy fluide et cristalin!..
Comment Paul Lacombe n'eut-il pas aimé les hommes et les choses!
Tel Déodat de Séverac, il a été le vrai Rêgionaliste. Il n'a pas constamment
puisé dans le Folk-lore et traitédes sujets purement locaux, mais, apportant
à des matières générales ses qualités essentiellement méridionales et audoises
il a travaillé pour cette petite Patrie à laquelle il demeura si fidèle !
Il y a loin de ce magnifique régionalisme inconscient au régionalisme
conscient et organisé des « petits grands hommes dans un rond », si habitués,
à l'encens local que la véritable gloire venue d'ailleurs les blesse naturellement!.. Fausse grandeur? faux régionalisme? Paul Lacombe les ignorait.
Aux sentiers tortueux de l'arrivisme, il a préféré la large route de la paix. Ce
choix lui a valu une vieillesse extraordinairement lucide. Il lui a permi d'écrire des pages fort belles qui, en dépit de la mode, resteront. Beaucoup de
productions sentent aujourd'hui la hâte et empoisonnent l'acétylène. Celles
de Paul Lacombe « fleurent bon ». Elles seront une immortelle aubade
printanière I
Maître, vous voilà revenus pour toujours à la terre natale. Prenez
paisiblement le grand repos bien mérité. Vous avez été pur; vous avez été
sage... Le sort vous préserva de la nostalgie du pays lointain. Vous avez sans
cesse vu nos paysans se recueillir aux sons des Angélus, creuser avec courage des sillons amples et droits et, le soir venu, babiller, rire, chanter,
danser sainement!.. Vous avez toujours participé aux rondes ensoleillées des
vendangeurs sonores!.. Vous avez pu rêvasser pendant que la nuit envelop"
pait la Terre, votre Terre, notre Terre, la plus grande amie! Quels regrets
sont les nôtres!.. Qu'il est dur de ne pas quelquefois, laisser son esprit monter
caracoler, retomber, reprendre et s'assoupir enfin avec la flamme de la
grande cheminée ancestrale!..
Vous, cher Paul Lacombe, vous avez été heureux! — En souvenir de ce
bonheur, de grâce, conservez-nous la ferveur et la sérénité! — ...Qui sait!.,
peut-être en ce moment dans un coin perdu de l'Aude, une digne paysanne
guide les pas irréguliers d'un enfant qui deviendra un grand artiste comme
Paul Lacombe, notre dernier disparu, comme Joseph Delteil, notre dernière
«conquête » occitane... Car, à point nommé, surgissent, chez nous, des héros,

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BAIGNEUSE. — (Bois de Gaspard-Maillot)

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des savants, des écrivains, des artistes puissants et racés qui prouvent à beaucoup d'autres provinces étonnées, la fécondité inépuisable des flancs de
notre Aima Mater.
ADRIEN-RAYNAL
Compositeur et Chef d'orchestre.
Lauréat de l'Institut,
Violoncelliste, Membre du Jury du Conservatoire National.
N. B.— 11 serait normal qu'on élevât, dans le square du Musée à Carcassonne, un
monument à Paul Lacombe. Sans doute, la Municipalité de Carcassonne approuverait ce
projet. Mais comment le réaliser?
A R.

LES DEUX TÉMOINS
Dans les cavernes des montagnes
Qui sont autour du Paradis
— Enoch et ElieT —
Deux grands prophètes il y a...
Et ils dorment là,..
A travers les anciens déluges.
Allons les réveiller, ma sœur,
Car c'est bientôt l'heure
Où viendra le Seigneur Jésus...
Ah! ne tardons plus!
Nous irons chanter à leur porte
La ronde de la Fin-des-Temps...
— Chante, ma sœur, chante T —
Et les dormeurs s'éveilleront
A notre chanson!
Nous leur dirons que l'heure est proche
Et que le soleil s'est levé...
Nous leur dirons qu'il faut qu'ils sortent...
Et ils sortiront!
Car ce sont eux les candélabres,
Les olives et les témoins
Qui doivent sans crainte
Prêcher aux Églises l'Avent
De la Fin-des-Temps!
Loys LABÈQUE

�Bois original de Gaspard Maillot

PROMENADES ARTISTIQUES
EN OCCITANIE
Au M.usée de NarhonneJ
E connais bien le Musée de peinture de Narbonne pour y être
allé maintes fois. Mais il est rare que je passe dans l'antique
cité latine sans errer quelques heures dans son Musée. Heures
de calme rêverie, dans l'appaisante atmosphère des salles.
Narbonne est une vieille cité d'art. La cathédrale de St-Just
reste célèbre par son architecture gothique du XIIIme siècle.
Le musée lapidaire réunit en grand nombre, des sculptures et bas-reliefs romains. Celui qui abrite la peinture possède d'uniques collections de faïences,
ainsi que de médailles, statuettes, d'objets usuels antiques. La peinture ancienne s'y trouve assez bien représentée, quelques primitifs, quelques hollandais de valeur. Le dix-huitième siècle y affirme son goût pour les portraits
avec deux frères Rigaud, une jeune fille sentimentale de Greuze, un délicat

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Chardin, un pastel de Rosalba, une expressive tête de vieillard glabre, à
l'ovale distingué par Vien, un peintre de ses élèves et un dauphin par Louis
David, xin dieu par Oudry veille sur tous ces séduisants personnages. Le
paysage de cette même époque revit dans un Panini et surtout dans un Hubert Robert, L'arrivée des Pêcheurs, d'une délicieuse blondeur.
Mais de la Révolution à nos temps actuels, le catalogue qui a été établi
naguère avec beaucoup de soin par le conservateur M. Berthomieu, mentionne
peu de toiles intéressantes. Un site provençal, d'assez grandes dimensions,
de Léon Fabre, un chemin de charretons, des genêts de Gustave Fayet, quelques autres petits paysages. Voilà pour l'art moderne. C'est peu.
Le Musée de Narbonne toutefois s'est enrichi dernièrement de plusieurs tableaux de Dehodencq, à la suite du legs Joseph Romain. Alfred Dehodencq, n'est pas un peintre négligeable du dix-neuvième siècle. Son arrestation de Charlotte Corday, ses scènes espagnoles ou marocaines ont de
la couleur, de la vigueur de la vie. Son portrait du poète Théodore de
Banville a de l'esprit dans la solidité de la matière. Des peintures de Dehodencq qui ont été léguées au Musée de Narbonne enferment toutes les
qualités de cet artiste en qui s'allient assez curieusement le romantisme d'un
Delacroix et le réalisme d'un Manet. Le départ des mobiles en 1870, avec la
foule sur les boulevards, l'omnibus les moblots qu'accompagnent des femmes
élégantes ou des femmes du peuple appartiennent au réalisme. De même
l'intérieur de ferme que le soleil traverse et où des paysans sont attablés dans
un coin. De même la procession avec le cortège des jeunes filles en blanc.
Mais la troupe des Bohémiens au retour d'une fête, la gitane au tambour
de basque devant la carriole sent le pittoresque romantique. Ce legs constitue
un apport intéressant pour une époque qui était mal représentée. Joseph Romain a légué, en outre, une somme assez importante au même Musée. La commission archéologique de Narbonne, qui est une des plus renommées par ses
travaux, aurait l'intention d'affecter une partie de cette somme à l'agrandissement des locaux et à l'achat de peintures modernes. L'une et l'autre de ces
destinations seraient également opportunes.

Domergue-Lagarde à À/Lontaubaru
Domergue-Lagarde vient de réunir à Montauban une petite exposition
chez M. Verdier, rue de la République, à côté des Galeries-Modernes. Nous
tenons à la signaler eomme nous l'avons fait il y a quelques mois, pour l'ensemble que ce même coloriste avait exposé à la Galerie Chappe, à Toulouse, et
qui lui avait valu des articles compréhensifs de nos compères Louis Gatias
et Louis Lacroix. Domergue-Lagarde est de Tarn-et-Garonne. Il passe une
partie de son année à Valence d'Agen où il travaille dans le calme du provincial, si favorable à l'effort. La région de Montauban compte un groupe important d'artistes et des plus robustes, des plus vivants. Il les imagine groupés
autour du grand Bourdelle, ainsi que dans un grand tableau de Courbet ou de
Fantin-Latour. J'y vois Marcel Lenoir, le peintre dont le mysticisme se vêt
d'une facture plastique ; Abbol, le sculpteur de taille directe qu'Armand Praviel et Doujau ont évoqué dans un récent article, d'un relief saisissant, occupé
à inscrire dans la pierre les bas-reliefs du monument aux morts de Toulouse

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J'y vois encore les peintres Desnoyer, Cadène, Andrieux. Mlle Andrée Pouvillon, et quelques autres. Une importante place doit être réservée à DomergueLagarde dans cet « atelier » montalbanais.
Ce sont principalement des natures mortes que le peintre a montrées à
ses compatriotes. En rapportant dans une toile de fruits, des pêches occitanes
si savoureuses qui rivalisent pour les colorations avec des oranges, des citrons
des bananes mûries sous des cieux de chaleur, en rapprochant des bouquets
de fleurs, surtout ces chrysanthèmes dont les chevelures chatoient comme des
coulées de tubes de couleurs. Domergue-Lagarde a cherché surtout à juxtaposer
des taches colorées. J'ai eu l'occasion, au cours de nombreux articles dans la
Presse quotidienne et même dans ces « Feuillets », d'affirmer que l'on était
véritablement un peintre que si l'on aimait la couleur. Celui qui emploie
avarement la couleur, qui broie du noir sur son tableau ne peut pas connaître
la joie de peindre. Domergue-Lagarde ne craint pas de coucher sur sa toile
des tons francs, vifs et de les bien nourrir. Et le goût qu'il y arde pour la
couleur ne l'empêche pas de modeler les formes. Bien au contraire, cet artiste
dessine avec la couleur, et il s'applique à bien opposer les surfaces de lumières, aux surfaces d'ombres, ce qui donne à ses productions une plénitude
savoureuse. La nature morte permet la liberté de combiner des voisinages
de taches en juxtaposant les objets les plus divers. Domergue-Lagarde s'est
complu dans ces jeux des tonalités. Et nous savons que lorsqu'il s'agit de brosser un grand panneau ou de décorer une surface, cet ardent coloriste témoigne de réelles qualités de composition. Il l'a prouvé avec sa décoration pour
le pavillon de l'Afrique occidentale française, en 1925, et avec d'autres, antérieurement. Il exécute en ce moment des travaux de grande envergure, dont
les tableaux qu'il a exposés sont un délassement tout autant qu'une préparation.

Hanicotte à CollioureJ
J'ai parlé dans une précédente chronique de ces curieuses aquarelles ou
gouaches faites par les gosses de Colliour e, garçons et fillettes de pêcheurs et de
paysans sous la direction du bon peintre Hanicotte. J'avais répondu à ce
moment-là à une objection que je devinais, au sujet des productions de ces
enfants. Ce maître bénévole n'allait-il pas éveiller chez ses petits élèves des
ambitions picturales qui les pousseraient à venir augmenter dans leur province ou à Paris, le bataillon toujours plus nombreux des artistes ? Le but
d'Hanicotte était moins d'en faire des artistes que des artisans, capables de
donner à leur existence l'agrément d'un peu décadré artistique. L'œuvre poursuivie à Collioure est entrée dans la voie des réalisations. J'ai eu sous les yeux,
ces temps derniers, des petits carrés de tapisserie, dûs aux gosses de ce pittoresque port d'après le dessin qu'ils en avaient composé. La curieuse tour
aux tons jaunis, la masse de la mer bleue, la nappe du ciel d'un bleu plus
adouci, les maisons claires en constituent le thème habituel. Mais il est interprêté avec tant d'imagination, de souplesse, de variété dans l'arrangement et
le coloris qu'aucun de ces sacs, — car ces tapisseries ornent des sacs à ouvrage ou à bonbons, — ne ressemble à celui qui le suit ou le précède dans cette
intéressante collection. Le peintre Hanicotte, qui a fait de Collioure son sé-

�— 165 —
jour de prédilection, s'est consacré à ces travaux d'enfants avec une foi, un
zèle vraiment rares. Rien cependant n'a été négligé de la part de certains
petits fonctionnaires locaux pour mettre des bâtons dans les roues de ses
projets. Hanicotte a connu l'ingratitude.
Il a cependant négligé ses œuvres personnelles pour décorer les murs
de l'école de panneaux représentant quelques sujets de fables de La Fontaine qu'il a situés dans les sites du Roussillon. Et cela, pour l'amour de l'art de
ses gosses. Hanicotte a des dons de décorateur. Ils les a manifestés dans son
grand tableau du Luxembourg et dans plusieurs autres toiles. Il allie assez
curieusement un sens décoratif dans le groupement des personnages, sous la
disposition des paysages à un réalisme, à une observation spirituelle des
attitudes. Dans une suite de panneaux brossés pour la salle à manger d'un
particulier, il a repris le thème des saisons, en animant des figures jeunes et
enjouées, des décors naturels d'une agréable fraîcheur de tons. Cet artiste,
d'une générosité et d'une bonhomie bien françaises, continue la tâche qu'il
s'est imposée à Collioure. Au reste, il a su gagner la sympathie de ses petits
élèves, pour lesquels il personnifie l'artiste par excellence, si bien qu'un
maître d'école leur ayant proposé comme sujet le portrait d'un peintre, ils
ont esquissé des têtes de «Monsieur Hanicotte». Et j'ai un profil de celui-ci
tout à fait curieux, tracé par un jeune crayon.
Il faut souhaiter que ces travaux d'art appliqués exécutés par les gosses
de Collioure soient encouragés par les amateurs. On devra acheter en souvenir du pittoresque port roussillonnais, un sac avec une tapisserie dûe à un
enfant de pêcheur; cela vaudra mieux que les affreux objets en coquillages
fabriqués pour toutes les plages et qui puent le bazar.
Hanicotte et ses gosses font du bon régionalisme!
PAUL-SENTENAC
Dans Paris-Midi, une enquête a été ouverte dernièrement sur l'utilité de la Critique
d'Art, par notre confrère M. Gros, auprès des écrivains et des artistes les plus connus de la
Capitale. Notre collaborateur Paul-Sentenac consulté, a répondu longuement dans son article
du Carnet de l'amateur d'Art à la Renaissance où il assure chaque semaine la Rubrique
Artistique. Et c'est la réponse de Paul-Sentenac, dans laquelle 11 affirme que l'essentiel pour
le critique est d'être indépendant et d'avoir la foi qui a été prise comme conclusion par l'enquêteur. Nous en félicitons notre collaborateur et vice-président.

�— 166 —

BIBLIOGRAPHIE OCCITANE
A TRAVERS LES REVUES
Ssptimanie.— Rédaction, administration, direction : 34 Rue Turgot, Narbonne. Directeur, Rédacteur en chef : Docteur Paul Duplessis de Pouzilhac. — 5° année N° 44.
Septimanie donne à ses lecteurs avec de beaux bois gravés inédits de Claudel et de
Devaux, La plus belle légende des pays de langue d'Oc par Buriot Darsiles.
L'auteur nous conte l'histoire et la légende de Jaufré Rudel prince de Blaye. En dehors
de sa participation à la deuxième croisade, on ignore tout de sa vie, mais il nous a laissé
trois-cents vers de huit syllabes, six chansons au charme prenant, malgré quelques obscurités.
Dans la seconde, il chante un amour en terre lointaine, une femme si belle que nulle autre
ne la surpasse en beauté ; et dans la troisième, il nous dit qu'il ne pourra la voir jamais.
Cent ans plus tard, Hugues de S'-Cirl, qui composa les premières biographies des
troubadours, nous narre que cette princesse lointaine était la comtesse de Tripoli d'Asie,
dont le poète se serait épris, sans l'avoir vue, uniquement à cause du bien qu'en disaient les
pèlerins venus d'Antioche. Jaufré Rudel se serait croisé pour voguer en mer jusqu'à son
amour. Tombé malade au cours du voyage, il serait mort dans les bras de la comtesse de
Tripoli, qui, après l'avoir fait ensevelir, aurait pris le voile pour mourir au monde avec sa
douleur, Jean de Notredame, (le frère du fameux Nostradamus) qui vivait au XVI" siècle,
ajoute que la Comtesse fit mettre le prince de Blaye « en riche et honorable sépulture de
porphyre et lui fit engraver quelques vers en langue arabesque». D'après les uns la Comtesse
aurait été Mélisande, fille de Raymond I", Comte de Toulouse, d'après d'autres Odierne, sa
femme. Mais pour Gaston Paris, le roman de Jaufré Rudel a tout entier ses origines dans
la mort du troubadour en Orient, et dans ses chansons. L'histoire de Jaufré Rudel, n'est
hélasl paraît-il, qu'une légende, bien que le Moyen-Age et la Renaissance aient cru fermement
à sa réalité. Pétrarque, lui-même, dans ses Triomphes n'a garde d'oublier le prince de Blaye
et à sa suite tous les historiens des troubadours en ont fait autant.
C'est d'outre-Rhin que sont venus les premiers doutes et Gaston Paris, avec sa haute
autorité, les confirma en concluant que cette admirable et touchante histoire n'est qu'une
simple fiction. Mais fiction ou réalité, grâce aux poètes qui savent rendre hommes et choses
immortels, Jaufré Rudel et la Comtesse de Tripoli vivent d'une vie éternelle au ciel de la
Beauté.
En 1810, Uhland, un jeune avocat souabe, venu à Paris pour se perfectionner en Droit,
passait son temps dans les bibliothèques à compulser et à copier les manuscrits de nos troubadours. Dés 1814, il consacrait à Rudel un poème qui a son charme malgré ses erreurs sur
les origines de la poésie méridionale. Ce n'est pas en Provence comme l'a dit avec juste
raison M. Buriot Darsiles mais dans le Limousin et le Poitou que la poésie lyrique méridionale a pris naissance. L'Italien Léopardi, le grand poète du pessimisme a dès 1821, apporté
lui aussi, l'hommage de ses réminiscences à l'ombre de Rudel ainsi qu'à celle de la princesse
de Tripoli.
En 1842, Robert Browning, le poète anglais parfois si mystérieux et si étrange, a consacré à Rudel un court poème où il prête la voix de ses vers au prince de Blaye. Et cette
pièce contient quelques-uns dés plus beaux vers de Browning qui font entendre « une musique profonde et émouvante, des notes de violoncelle » dont aucune traduction ne peut donner
idée.
Henri Heine, le « plus Français des Allemands » a consacré dans son Romanzero
d'admirables vers à Jaufré Rudel et à Mélisande de Tripoli. — M. Buriot Darsiles nous en
donne une traduction excellente : « Dans le Château de Blaye aux murs — est pendue la
tapisserie — que broda de ses mains habiles — la Comtesse de Tripoli. — Toute son âme elle
y broda. — Et plus d'une larme d'amour — de vertus magiques dota — le tissu de soie où l'on
voit — comment Rudel lui apparut — sur la plage expirant et comme — en ses traits elle
reconnut — aussitôt l'objet de ses rêves. — Rudel aussi, pour la première — et la dernière
fois, vit là, — dans sa réalité la dame — qui souvent le ravit en songe. — Toutes les nuits à

�— 167 —
Blaye, parmi — des craquements, des bruissements, — voici de la tapisserie, — que soudain
vivent les figures! — ... Et les deux fantômes se parlent : «Jaufré, en cette salle où, calme, —
brille la lune, qu'il fait boni —je nevoudrais plus aux rayons — du soleil, dehors m'en aller.»
— « O chère folle, Mélisande — tu es toi-même le soleil — et les délices du printemps — et de
l'amour tu les fais naître. »—Ainsi se parlent tendrement —ces deux fantômes parcourant—
les salles, tandis qu'aux fénêtres — ogivales, la lune luit. — Mais mettant fin à ces tendresses, — Voici venir l'aurore hélas! — Et tous deux , effrayés regagnent — leur mur et leur
tapisserie.
Swinburne, un des plus grands poètes de l'Angleterre contemporaine, a lui aussi,
évoqué en des vers magnifiques notre troubadour. Et songeant à Jaufré Rudel, il s'écrie :
Advienne que pourra, ceci seul a sa valeur : — avoir eu, dans la vie sur terre, un bel amour —
et l'avoir gardé jusqu'à la nuit dans son cœur, — tandis que les cieux étaient bleus, les
lèvres rouges.
Mary Robinson, la poétesse anglaise qui est maintenant madame Duclaux a traité le
même sujet mais dans l'esprit des vieilles ballades écossaises. Malgré la beauté de l'inspiration et des vers, on peut néanmoins lui reprocher d'avoir presque rendu méconnaissable la
pure et traditionnelle figure du prince de Blaye.
Un des plus beaux poèmes de la littérature italienne a été consacré par Carducci à
Jaufré Rudel. Le poète a même enchâssé, comme des pierres précieuses, dans ses strophes,
plusieurs fragments des chansons du troubadour.
Et il faut le dire avec M. Buriot Darsiles, c'est en langue française que l'évocation
de Jaufré Rudel fut certainement la moins heureuse. Rostand, dans La Princesse Lointaine
a commis l'erreur de vouloir porter à la scène en quatre actes un sujet exquis mais qui n'est
qu'un sujet de court poème. Et après tout, si l'histoire de Rudel n'est qu'une fiction de poète
il y a peut-être comme le dit M. Buriot Darsiles plus de simple beauté que partout ailleurs
dans le vieux texte qui la créa : « Et ainsi il mourut entre ses bras... et puis, ce même jour,
elle se fit nonne pour la douleur de la mort de lui. »

*
* *
Oc. — Direction, Villa Peyrat, chemin de l'Espinet à Toulouse.
Le Majorai Joseph Loubet publie dans Oc (N" 68 et 69) une étude fort documentée sur
les lettres d'Oc à Montpellier. L'auteur examine seulement dans son étude les œuvres écrites
dans l'idiome du Clapas. Il constate que peu de départements offrent moins d'unité linguistique que celui de l'Hérault. Le Montpelliérain est en effet enclavé entre le provençal rhodanien et le languedocien de la Narbonnaise ou du Rouergue. Le Montpelliérain qui fut toujours
employé par des auteurs de mérite bénéficie néanmoins d'un puissant rayonnement.
Le dialecte de Montpellier a reçu une forte empreinte catalane. Jacme le Conquérant
qui naquit en 1208, unit le royaume de Majorque à la seigneurie de Montpellier et à la
couronne d'Aragon. Montpellier fut jusqu' à la fin du XV" siècle un des plus importants marchés de l'univers et Joseph Loubet voit dans ces circonstances toutes particulières la cause
de l'extrême richesse du vocabulaire du Montpelliérain. Au dire de Benjamin Tudèle, rabbin
fameux, on entendait à Montpellier toutes les langues de l'univers. Joseph Loubet nous
parle aussi d'un auteur, Isaac Despuech, dont on connaît depuis peu le vrai nom. Ses œuvres
en dialecte vulgaire portent un titre singulier : Les folies du Sage de Montpellier. Ce poète
vécut de 1567 à 1642. Il fut très populaire en son temps, avait lu Rabelais et vivait dans l'intimité de joyeux compères, coureurs de tripots. Bien que le talent de Despuech ait été parfois
discuté, Joseph Loubet ne le lui conteste pas et admire sa sincérité et sa truculence.
Il note qu'à la fin de 1678 on célébra la paix de Nimégue à Montpellier en adaptant
au languedocien VAminte du Tasse et le Pastor fido de Guarini. La musique était faite d'airs
populaires. Cette pièce magnifiquement montée eut un réel succès. Son auteur était Nicolas
Fizes, docteur en droit, avocat et professeur de sciences à l'université de Montpellier. C'est
cependant seulement au XVIII" siècle que se dessine vraiment la renaissance de la littérature
populaire d'Oc. C'est à cette époque que nous trouvons l'abbé Favre, l'auteur du Siège de
Caderousse qui jouit très vite d'une popularité méritée.
Par contre, Fabre d'Olivet, philologue, historien, philosophe et poète, occupe en son
temps une place à part, il est de la lignée des grands chercheurs qui, par des chimères, con-

�— 168 —
duisent aux « vérités éternelles ». Joseph Loubet donne ensuite d'intéressants détails sur les
patoisants montpelliérains qui furent nombreux au XIX" siècle et il termine son article si
documenté en nous parlant du baron Charles de Tourtoulon dont le collaborateur fidèle
à ses travaux philologiques fut le beau poète qui s'appelait Octavien Bringuier. « Nous avons
vu dit Joseph Loubet, le baron de Tourtoulon en relation avec les amis de Mistral. C'est une
des personnalités qui président aux destinées de la nouvelle société (la société des langues
romanes) et c'est un félibre enthousiaste, un patriote occitan.
De son collaborateur Octavien Bringuier, il a pu dire qu'il est le premier poète ayant
osé élever à l'ode le langage de Montpellier... Aux fêtes de Pétrarque, il a soulevé l'émotion
enthousiaste des auditeurs; il a jeté son appel à l'union des races latines... Malheureusement
le cygne montpelliérain mourait la même année ayant à peine commencé le dictionnaire
du dialecte montpelliérain, travail que d'autres avaient déjà tenté et qui n*a été ni continué
ni repris. Et ce fut un grand deuil. Oui, ce fut un grand deuil, pour Montpellier et pour
l'Occitanie I

Paul-Louis GRENIER.

Une revue littéraire venait de naître à Narbonne, il y a quelques mois à peine,
Anadyoméné, atteste dès ses premiers numéros des progrès surprenants et un effort
particulièrement digne d'intérêt. Des jeunes de vrais jeunes, également amoureux du fond
et de la forme, y témoignent de leur enthousiasme pour le coin de terre, un souci remarquable de présentation et le respect de la langue. Qu'ils y joignent d'aventure quelques pages
en Oc (n'ont-ils pas les conseils bienveillants et pleins de compétence du majorai Albarel?),
qu'ils gardent leur pleine indépendance, se défient de toute main-mise.et leur œuvre grandira parce qu'elle le mérite à tous égards.

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et domine la grande plaine Lauraguaise où le drame albigeois s'est joué.
Des fêtes présidées par le grand capoulié du Félibrige, Marius Jouveau, glorifièrent l'inauguration du monument d'Auguste Fourrés ; organisées par Prosper Estieu,
l'Abbé Salvat, M. Georgius, le Docteur Baïsset, elles eurent un plein succès et attirèrent
majoraux, félibres, mainteneurs des jeux Floraux, Occitans. Fernand Cros-Mayrevielle
avait amené avec lui tout son groupe : Joseph Delteil, Paul Sentenac, Jean Lebrau,
Henri Duclos, Jean Camp, Jean Girou et tant d'autres. Cette fête n'eut que le regret de
déplorer T'absence de Charles Brun qui au dernier moment ne put venir apporter son
autorité à cette manifestation occitane.
Après Fourès, le chantre magnifique de l'indépendance occitane, le héros de ce
jour fut le sculpteur Malacan qui dans le marbre de St Beat a taillé les traits fiers et
énergiques du poète des. Grilh , les Cants des Souleil .
L'œuvre de Malacan est déjà importante et ce sculpteur trop peu connu mérite
notre attention dafis le mouvement artistique occitan. C'est un enfant de Castelnaudary ;
c'est un de ces fils du peuple qui apportent à la race le renouvellement de son énergie et
de sa bauté. Son premier maître fut son père, sculpteur-ébéniste, établi à Béziers où il
faisait du modelage et de l'ornementation ; à 17 ans il est éjève de l'école des beaux Arts
à Toulouse, il" passe à Montpellier et va à Paris où il suit les cours des Beaux-Arts ; en
1905 il est logiste pour le Prix de Borne et Arsène Alexandre, subtil découvreur de talents
proteste dans le Figaro que Malacan n'ait pas la grande récompense. De ce passage officiel-il restera à l'artiste toujours quelque survivance académique ; il est pourtant passé
dans le creuset du grand Maître : Bourdelle ; il a travaillé à cette dure Ecole ; il fut un de
ses collaborateurs pour le Théâtre des Champs-Elysées.
Malacan a donné déjà de belles compositions : Le Baiser de la Sirène, bas relief
au Musée de Béziers, La Curieuse, acquise par le Musée de Castelnaudary ; un beau
morceau en taille en pierre directe est -la Nymphe Echo ; la vie, la force, l'harmonie
détachent le corps de l'emprise de la pierre ; attentive, tendre elle écoute : l'écho ! Avec
stylisation et sobriété, il a traité plusieurs monuments commémoratifs de la Grande
Guerre : Cabrières, Fontes, Villasavary, \zille, Castelnaudary ont ainsi ae ses œuvres.
Nous retenons surtout le nom de Malacan depuis 1924 où il exposa aux Artistes
Français une vitrine de statuettes en pierre et marbre de l'Aude traitées en taille directe; il
a en effet découvert près de Castelnaudary des marbres de couleur rose; des rhodonites

La Semaine Historique de la Cité de Carcassonne
Dans le riche patrimoine historique et archéologique de la France,
la Cité de Carcassonne, qui reçoit, bon an mal an, 80.000 visiteurs étrangers,
était toute désignée pour servir de cadre, unique et grandiose, à un cycle
annuel de fêtes d'un retentissement mondial.
Le Comité qui s'est constitué, à cet effet, sous la présidence du Docteur Sempé, avec l'appui des autorités, et notamment du maire de Carcassonne, le Docteur Tomé, a eu l'heureuse idée de faire coïncider la
première semaine historique de la Cité avec le bi-millénaire de "La Ville
du Passé " les fêtes auront lieu, avec un éclat tout particulier du 9 au 16
Juillet 1928. Nous aurons l'occasion de revenir sur l'organisation et le programme de ces manifestations auxquelles nous comptons apporter notre
concours le plus entier, en raison du but élevé qu'elles poursuivent.

�d'un bel effet décoratif ; avec une extrême originalité et une intelligence subtile ue !a
pierre il sculpte et grave dans ces marbres polis de petits sujets d'où le corps précieux
de la femme vit et s'anime comme son Ariane endormie ou La Diane à l'arc. Il expose
actuellement à Castelnaudary ; et il a ciselé une Sœur Thérèse de l'Enfant Jésus, fleurie
de roses, d'une charmante candeur.
Le nom de Malacan est à retenir dans le groupe des artistes qui illustrent l'Occitanie.
Jean GIROU

COMITÉ DIRECTEUR DU GROUPE OCCITAN :
MM.
Président : F. CROS-MAYREVIEILLE, ifc, #»
é,
Vice-Présidents : Paul SENTENAC, ^| ; lî. GUITARD ; Frédéric SAISSET.
Secrétaire général : Auguste ROUQUET.
Archiviste : P.-L. GRENIER. 1f|
Archiviste adjoint : Marcel CLAVIÉ.
Trésorier : Maurice FAVATIER,
^&gt; &gt;fr.
Chef des Etudes économiques et agricoles : Docteur GRANEL, ijjt, ^ I.
Membres : Léon AURIOL,
I. ; J. BONNAFOUS ; Jean CAMP; Emile COMET,
i£r,
Fernand CRÈMIEUX, ^ ; FRISSANT ; Jo GINESTOU,
^ ; J. LOUBET; Henry NOELL,
; Albert
PUJOL 1 iyi ; Georges VILLE,' 4j£ ; LAURENT ROQUES,
Délégués régionaux : J. MORINI-COMBY (Nimes), Gaston VlNAS (Béziers), Pierre et Alida
CALEL (Gourdon), M. BRIN (Le Caire), Léon JULIA (Montluçon).

COMITÉ DE PATRONAGE
Délégation permanente des Groupements Régionaux et Locaux auprès du Comité-Directeur
LA VEILLÉE D'AUVERGNE : M. Boudon, Secrétaire général.
LE GROUPE D'ÉTUDES LIMOUSINES : M. de Clarix de Nussac,

Secrétaire

général.

LE CERCLE D'ÉTUDES ROUERGATES : M. Jean Cotereau, Secrétaire général.
LE ROUSSILLON (Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
LES ENFANTS DE L'AUDE A PARIS : Docteur Digeon, Président.
LES ENFANTS DU GARD A PARIS : M. A. F. Martin, Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES : Marcel Clavié, Vice-Président.
LES ENFANTS DE L'HÉRAULT : M. Coudougnan, Secrétaire général.
LA CIGALE MÉRIDIONALE A STRASBOURG : M. Pujo, Président.
AMICALE DU LANGUEDOC et FÉDÉRATION OCCITANE DU MAROC : M. Lalï'ont,

Président.

LIGA GUIANA E GASCONIIA : M. Lajoinie, Président.
LA LIGUE DE LA CULTURE FRANÇAISE EN ORIENT : M. Brin,

Président.

Bibliographies
A. Albert-Petit : Les vieilles provinces de France.

Collection de volumes publiés sous la direction de M. A. ALBERT-PETIT, format
in-8 écu, illustrés de planches hors texte.
« V unité d'une nation, a écrit M. Gabriel Monod, n'est pas celle d'un amas de
grains de sable, tous égaux, tous semblables et qu'un coup de vent emporte, mais celle
d'un corps vivant, où chaque organe doit jouer son rôle original, accomplir ses fonctions
particulières en se subordonnant à l'ensemble sans se sacrifier à lui. » C'est précisément
le rôle de chaque province dans la formation de l'ensemble que cherche à mettre en valeur la collection d'Histoires Provinciales publiées sous le titre général « Les Vieilles
Provinces de France ». Il s'agit, sans appareil d'érudition, sous une forme accessible

�à tous, d'intéresser le grand public à l'histoire largement comprise, de son ancienne individualité régionale. Au point de vue historique, le simple récit des événements qui ont
peu. à peu entraîné dans l'orbite royale les grands fiefs d'humeur indépendante, jette sur
notre histoire nationale une lumière plus pénétrante que les dissertations les plus érudites.
La collection que nous publions répond donc à un besoin ; nous l'avons établie
de notre mieux, et si le public a bien woulu l'accueillir favorablement, il faut en rapporter le mérite aux maîtres éminents qui ont rédigé les premières monographies.

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L'Ermitage (Paris)
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L'Escolo de las pireneos (Montauban)
L'Essor (Dijon)
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L'Est Dramatique (Troyes)
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Le Flambeau du Nord (Tourcoing)
Le Fédéraliste (.Courbevoie)
Franche-Comté et Monts-Jura (Besançon)
Le Fleuve (Lyon)
France-Orient (Paris)
La Frontière (Belfort)
Le Gard à Paria (Paris)
Le Grand Tourisme (Paris)
Lo gai Saber ( Toulouse)
Le Grenier (Orléans)
Les Humbles (Paris)
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L'Idée Neuve (Lyon)

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Le Languedoc (Alger)
Le Limousin (Paris)
Méditerranea (Nice)
Le Mercure de Flandre (Lille)
Le Mietjoun (Rabat)
Minerve (Oran)
La Houle (Lyon)
La Nouvelle Revue du Midi (Nimes)
Oc (Toulouse)
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Le Dieu sans Couronne à St-Quentin
La représentation du Dieu sans couronne, la belle pièce héroïque en trois actes en vers,
de nos amis et compatriotes Pierre Jalabert et Etienne Arnaud, musique de Marc Delmas,
grand prix de Rome, que nous avons annoncée dans notre dernier numéro, a été donnée le
dimanche de Pentecôte au théâtre de verdure de Saint-Quentin qui est actuellement le plus
vaste théâtre de plein air qui soit au monde. Favorisé par un temps splendide, le succès du
Dieu sans couronne a été aussi grand, si ce n'est plus, qu'aux Arènes de Béziers, lors de sa
création. Quarante-sept mille spectateurs, chiffre officiel contrôlé et publié par le Syndicat
d'initiative et la municipalité de Saint-Quentin, se pressaient dans son admirable enceinte
ombragée d'antiques frondaisons. Huit haut-parleurs permettaient aux places les plus éloignées de l'immense scène d'entendre avec la plus parfaite netteté.
Madame Madeleine Roch, MM. Joubé, Ledoux, Henry Mayer, Ravet, de la ComédieFrançaise; Mmes Mag. Baunat, Lucie Collin; M. Philippe "Rolla, de l'Odéon; MM. Mayeux
et Lue Dhurtain ont été à de fréquentes reprises l'objet d'unanimes ovations auxquelles
furent associés les auteurs qui, à la fin du troisième acte, durent paraître sur la scène et
saluer le public.
Le spectacle se termina par le Couronnement de la Muse de Haute-Picardie et le
ballet de Laïs dansé par les gracieuses ballerines de l'école de danse de M"' Jeanne Ronsay.
La musique du 46% sous la direction de M. Froment, prêtait son concours à cette solennité.

�Principaux Collaborateurs
Lettres Françaises : J. F. Paul ALIBERT; Jean AMADE ; Louis ANDRIEU; J. ANGLADE;
Achille ASTRE ; Jean AZAÏS ; Jean BADOUA ; Daniel BAQUÉ ; A. BAUSIL ; Adrienne BLANCPÉRIDIER ; BOYER-D'AGEN ; J.-J. BROUSSON; Pierre et Alida CALEL ; Jean CAMP; Paul
CASTELA ; CHARLES-BRUN ; G. CHÉRAU, de l'Académie Goncourt ; Marcel CLAVIÉ ;
M. COULON ; Benjamin CRÈMIEUX ; Fernand CRÉMIEUX ; Joseph DELTEIL ; DENYS-AMIEL;
François DESBROSSES ; Henri DUCLOS; Raymond ESCHOLIER ; L. ESTÉVE ; Lucien FABRE ;
Henri FESCOURT ; Ernest GAUBERT ; H. GAUTIER du BAYL ; Jo GINESTOU ; Jean GIROU ;
Henry de GORSSE; Charles GRANDO; Jehan d'ARVIEU; Vincent HYSPA ; Pierre JALABERT;
Docteur JULIA ; LOYS LABEQUE ; Jean LEBRAU; Antoine de LÉVIS-MIREPOIX; LUGNÈPOE ; P.-E. MARTEL; J. MORINI-COMBY; H. MUCHART; Henri NOELL; Marcel OURADOU;
Ch. PHALIPPOU; J.-S. PONS; Armand PRAVIEL ; Albert-Marie POUJOL ; Albert PUJOL;
Docteur RAMA IN ; Paul REDONNEL ; Laurent ROQUES; A. ROUQUET ; Ch. ROUSSILLON ; J.
ROZÈS de BROUSSE; Frédéric SAISSET; PAUL-SENTENAC; Léon SOULIÉ; G. TALLET;
TOUNY-LERYS ; F. TRESSERRE ; Suzanne TESSIER ; Paul VALÉRY, de l'Académie Française ; Georges VILLE ; Jules VERAN ; etc...
Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE; Jules AZÉMA; Docteur Paul ALBAREL ; Léon
AURIOL; Abbé DAMBIELLE ; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE ; M. FRISSANT ;
Ismaël GIRARD ; P.-L. GRENIER ; E.-H. GUITARD ; Léon JULIA ; J. LOUBET ; Antonin PERBOSC; Jean PUEL; Emile RIPERT; Abbé Joseph SALVAT ; Docteur SOULA; G. VINAS; etc.

Beaux-Arts : BAUSIL ; BERNARD ; BOURGAT ; Auguste CHABAUD; CALMON; Louis
CLAUDEL ; DESNOYERS ; G. DEVOS ; DOMERGUE-LAGARDE ; L.-C. AYMAR ; H. FAVIER ;
FONTBERNAT ; Mme GAUDION ; A. GUENOT ; Gaspard MAILLOL ; A. LAGARRIGUE ; Pierre
LAPRADE ; Jean MAGROU ; Jean MARSEILLAC ; MAX-THERON ; PARAYRE ; RAMEY ;
RAMOND ; Adrien RAYNAL ; E. REY-ANDREU ; Achille ROUQUET ; Auguste ROUQUET, etc..
Études économiques : G. COMBELERAN ; Emile COMET ; L. DOUARCHE ; Jean DUPUY ;
Aimé GRANEL ; A. PASSERIEUX ; Pierre du MAROUSSEM, etc..
Histoire, Archéologie, Fok-Lore : Fernand CROS-MAYREVIEILLE ; Pierre DESPEZEL ; E.
ROUX-PARASSAC; L. LAGARDE; E. LITRÈ; Prosper MONTAGNÉ; FOIX; Abbé SABARTHÉS.
Chroniques de l'Amérique Latine : Jean CAMP ; de SAINT-VINCENT-BRASSAC.
Chroniques Italiennes : SILVAGNI.
Chroniques Roumaines : Mlle URSU.
Chroniques Portugaises : PEREIRA da SILVA.

�iroisieme

Anne e

Cinquième

Feuillet

Je la iSTouvelle

Série

Septembre - Octobre - Novembre
Ce présent numéro est vendu au prix
de 3 francs pour 1 édition ordinaire
et de j frs 5o pour 1 édition sur montval
lia été tiré du présent numéro 2 o exemplaires
de luxe numérotés, hors commerce, sur papier
de Montval, de G. Madlol.
Exemplaire n°

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