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                  <text>C.I.O.O.

BÈZIERS
&amp;Ç&gt;

8-9.

PROUMIERO ANNADO

Août-Septembre 188g.

Lou Viro-Soulèu
FLOURISSÈNT TOUTE II MES

SOUTO L'A F L AT
REDACIOUN

11, carriero de Cujas

PRES

DE

Dl

FELIBRE DE PARIS

L ABOUNAMEN

PER

Quaranto Sou

UN

AN

ADMINISTBACIOUN

4, boulevard dòu Temple

LES FÊTES CIGALIÈRES
DE

L'EXPOSITION

Les fêtes cigalières de l'Exposition Universelle ont été le digne pendant des manifestations poétiques si brillantes de l'année dernière et ont affirmé, une fois de plus, la haute
importance du mouvement artistique et littéraire méridional dont la Cigale et le Félibrige
ont été les initiateurs.
On ne pouvait songer cette année à continuer dans nos départements du Midi l'action
décentralisatrice qui est la raison d'être du
groupement des méridionaux parisiens; toute
l'attention se concentrant en effet sur la Capitale. Tout le Midi, on peut le dire, est actuellement à Paris et c'était servir notre cause éminemment nationale que d'assembler à Paris
même, en des fêtes pittoresques, un véritable
Congrès de tous les méridionalisants.
C'était d'ailleurs une dette de reconnaissance
à payer envers les Félibres du pays natal qui
nous ontsi chaleureusement accueilli là-bas, en
1888, et la continuation d'une tradition inaugurée en 1878.
On connaît le programme de nos fêtes
félibréennes et cigalières : il a été religieusement
suivi.

PREMIÈRE JOURNÉE

La fête des Tambourinaires.
La Musique et la Poésie étant sœurs, la
Cigale et le Félibrige de Paris ne pouvaient
oublier la musique pittoresque des provinces de
France.

UNIVERSELLE

1889

La première journée a été consacrée à l'audition des musiciens populaires du Midi, organisée par un comité où les Cigaliers avaient une
place prépondérante puisqu'on y remarquait
Paladilhe,
Sextius-Michel,
Théodore
de
Lajarte, Maurice Faure et Laurent Léon.
C'est au Trocadéro, tout fourmillant de
monde, que cette audition a eu lieu sous la
présidence du Cigalier Paladilhe, en présence
d'un public d'élite qui a chaleureusement
applaudi l'entrée de Frédéric Mistral.
Le grand succès de cette journée revient sans
conteste à la Provence qui a ravi tous les
cœurs, comme l'a constaté Fulbert Dumonteil,
et charmé les oreilles avec ses galoubets et ses
tambourins,
ses mandolines marseillaises;
avec sa musique, tantôt mélancolique et douce
comme un champ d'olivier perdu sous un ciel
toujours bleu, tantôt éclatante et franche comme
son beau soleil, vive et joyeuse comme une farandole qui prend von vol.
Écoutez ! c'est le tambourinaire Boyer qui
joue avec un brio merveilleux « la Marche de
Cabassol » et Sicard qui exécute des variations
exquises sur un vieux Noël français dont Bizet
s'inspira pour son magnifique entr'actede VArtésienne. Un virtuose consommé, M. Guiguonnet nous charme avec « la Furstemberg » et
des tambourinaires emèrites, Régimbaud, Arnoux jouent délicieusement des danses captivantes et de doux airs de Provence. Enfin,
M. Clinchard, un véritable artiste, nous offre
une délicieuse audition de Magali, ma tant
Amado !
Puis, arrive la troupe des mandolinistes marseillais, VEstudiantina Provençale qui soulève
de frénétiques applaudissements en jouant des

�34

Lou Viro-Souleu

rondes méridionales d'un caractère aussi gracieux
qu'original.
N'oublions pas « l'Académie du Tambourin»
d'Aix qui termine ce festin musical en exécutant
une farandole entraînante et légère, couverte de
bravos.
On écoute et l'on voit : on voit la farandole
haletante et gracieuse, aux frais corsages, aux
robes flottantes, aux gais visages, aux pieds
rapides, aux corps penchés, aller, venir, se dérouler, paraître et disparaître, se ralentir et
bondir dans sa danse presque aérienne comme
si un souffle puissant du mistral l'emportait
tout à coup à travers les champs d'oliviers.
Comme elle est née poète, elle est née musicienne, cette Provence heureuse; elle chantera
tant qu'il y aura dans les romarins en fleurs
un bourdonnement d'abeille, tant qu'il y aura
dans les cerisiers un joyeux chant de cigale.
Grand succeí aussi pour la Bretagne, avec
les binious du Finistère et les bombardes du
Morbihan, dont la musique stridente, et quelque peu plaintive, a l'harmonie étrange et
sauvage qui convient aux grèves armoricaines
et aux landes désertes chères à Brizeux, dans ce
pays de poétique tristesse où les sons des instruments doivent se mêler au gémissement du
vent des mers qui pleure dans la baie des trépassés.
L'Auvergne a eu sa bonne part de bravos avec
ses musettes et ses vielles, un instrument
étrange, à cordes et à roue, si vieux qu'il remonte peut-être à Vercingétorix ! Ont été vivement applaudis les solis harmonieux de deux
véritables artistes, M. Ambéry et M. Chassagne.
M. Maillochet a enlevé sur sa vielle une bourrée rapide, ponctuée à chaque instant, de bravos irrésistibles.
Son maître, M. Vergue, virtuose de premier
ordre, fait rendre à sa vielle des effets d'écho
absolument merveilleux.
Après l'audition des Provençaux, des Auvergnats et des Bretons on a chaleureusement
applaudi les musiques variées des provinces
des pays étrangers qui avaient sollicité l'honneur de sefaireentendre à côté de nos virtuoses
paysans : machetes de l'île Madère, flûtes et cymbalums de Roumanie, tamburos serbes, xylophones et tympanums hongrois, fifres tyroliens,
violons tziganes, mandolines italiennes et guitares espagnoles.
C'est leCigalier Maurice Faure qui, au milieu
des applaudissements, a proclamé les noms des
lauréats parmi lesquels, nous devons citer au
premier rang pour le prix de tambourin et de
galoubet, M. Guigonnet, d'Aubagne (ior prix);

Arnoux,

d'Aix

(2E

prix);

Sicard, d'Aubagne

(3e

P"x)Une médaille d'or a été accordée aux mandolinistes marseillais et une médaille d'or hors
classe à l'Académie des tambourins d'Aix.

DEUXIÈME JOURNÉE

La Cigale à l'Hôtel Continental.
Comme lors de la précédente Exposition universelle, c'est à l'Hôtel Continental que les Cigaliers ont offert à Frédéric Mistral et aux Félibres une fête artistique et littéraire qui évoquait
dans la pensée de tous le souvenir de notre
grand et regretté Aubanel, si acclamé dans le
même salle'en 1878.
La Cigale, comme on pense, était au grand
complet, et la table immense du banquet
comptait outre de nombreux Félibres, beaucoup
de notabilités de la littérature et de l'art.
Autour de M. le Président Henry Fouquier,
auquel faisait face M. Sextius-Michel, président
des Félibres de Paris, on remarquait Frédéric
Mistral, François Vidal, président de l'Académie
du tambourin, historiographe de l'instrument
national de la Provence, Hippolyte Messine et
Etienne Galtier (Esteve de la Grangeto) délégués
de la maintenance félibréeene de Languedoc,
Auguste Thumin, délégué de l'École des
Félibres de Marseille, le célèbre acteur-félibre
Martin (de Nîmes), le Dr Geoffroy, délégué de
l'École des Félibres de Cannes, l'abbé Duclos,
historien de l'Ariège et représentant des Félibres
du Comté de Foix, Ensenyat, délégué des
Félibris de Catalogne, etc
Plusieurs Félibres avaient adressé, avec leurs
regrets, des envois poétiques dont la lecture a
été accueillie par des acclamations. Signalons
entr'autres ceux du Capoulié Roumanille, retenu par la maladie en Avignon, de Louis
Roumieux, de Félix Gras, de Berlue Perussis
d'Albert Arnavielle, de Gaut, de Paul Saïn, qui
nous a écrit une lettre charmante du fond de
la Hollande, d'Alphonse Tavan, Justin Peprats,
Léon Rouquet, l'ancien maire Félibre de Clermont-l'Hérault, le bâtonnier Félibre des avocats
d'Aix, Hippolite Guillibert, Alexis Mouzin,
auteur de YEmpereur d'Arles, Jean Monné,
directeur de la Revue Lou Félibrige, les Félibres
languedociens Henri Bigot et Aristide Brun,
professeur au collège de Cette.
Des télégrammes collectifs d'adhésions avaient

�Lou Viro-Soulèu
été adressées à la Cigale par les diverses maintenances du Félibrige. Celui de la maintenance
du Languedoc était ainsi conçu :

As Cigaliès e as Félibres de Paris
D'abord que ses ensen, Cigaliès e Félibres,
Per canta longo-mai, arderouses et libres,
Noste amour dau païs
E'mbé sous souvenis, la glòrio miejournalo,
Dau Clapas alangui mandan à tiro-d'alo.
As amies de Paris,
Mandan nostes saluts e nosto simpatio,
Caude coumo lou rai dau sourel qu'escandiho,
E das mans e dau cor
Aplaudissèn de liuen, o Félibres e fraires,
De la lengo qu'aiman, o valents aparaires,
A vostos rimos d'or !
Se toutes poudèn pas èstres de vosto fèsto,
Mau-despiè dau regrèt, uno espèro nous rèsto :
Embé nautres un jour,
Vendrés per enaura, sone lou Centenari,
Dins nostre vièl Clapas, sèti universitari,
Lou sabré dau Miejour!

35

Je ne saurais assez vous dire à quel point je suis
contrarié de ne pouvoir me rendre à une invitation
aussi cordiale que celle que vous avez bien voulu
m'apporter, avec Messieurs les organisateurs du banquet. II m'eût été particulièrement agréable de me
rencontrer et de fraterniser avec les représentants
des lettres, de la poésie et des arts de notre cher
Midi.
Il ne me reste qu'un plaisir, celui de vous informer que j'ai conféré les palmes d'officier de l'Instruction publique à MM. Paul Arène et Martel (de la
Comédie française); celles d'officier d'Académie à
MM. Elie Fourès, Albert Tournier, J.-B. Amy et
Jacques Gardet.
Je vous serais très reconnaissant si vous vouliez
prévenir ces messieurs de ma part.
Veuillez agréer, ja vous prie, Monsieur le Président, pour vous, vos collègues et vos hôtes, l'assurance de ma haute considération et de mes meilleurs
sentiments.
A.

FALLIÈRES.

M. le président de la Cigale après avoir adressé
aux nouveaux décorés des félicitations ratifiées
par les applaudissements de l'assistance s'est
exprimé en ces termes:

Maunt-Peliè, 6 de juliet 1889.
L.

cAssessour de Lengado, A. ARNAvice-Sendi de Lengado, L. Saviè de
RICARD, A. GLAIZE,
M.
FRIZET, Félibres
majouraus; E. MARSAL, pinlredou Félibrige;
C. AUZIÈRE, E. CASTELNAU, P. CHASSARY,
ROUMIEUX,

Discours de M. Henry Fouquier.

VIELLE,

I. MESSINE,

I. OLUVIER, C. GROS, E. BIGOT,

E.GALTIER,J. FOURNEL,

A.

BLAVET,J. COSTE.

La Cigale d'or a voulu, de son côté être représentéeal'Hôtel Continental et voici le télégramme
que notre vaillant ami Louis Roumieux a adressé
au Président du banquet :
Fugènt un briéu noste cèu blu,
La Cigalo d'or, d'un cop d'alo,
A sa grand sorre la Cigalo,
Adus pèr brinde soun salut!
LA CIGALO D'OR.

A la fin du banquet, M. Henri Fouquier s'est
levé et a d'abord donné lecture de la lettre
suivante de M. le Ministre de l'Instruction
publique qu'une grave maladie de son fils avait
appelé d'urgence dans les Pyrénées :
MONSIEUR

LE PRÉSIDENT,

Les circonstances que je vous avais fait prévoir se
réalisent et me mettent dans l'impossibilité d'assister
à votre banquet. Jusqu'à la dernière heure j'ai fait
tout ce que j'ai pu pour me soustraire, au moins en
partie, à des obligations qui m'appellent hors de
Paris. N'ayant pu y réussir, j'ai l'honneur de vous
adresser, avec mes excuses, l'expression bien sincère
de mes profonds regrets.

MESSIEURS ET CHERS COMPATRIOTES,

Je vous propose de lever nos verres et de porter
un brinde à la France.
C'est notre usage constant dans nos réunions de
Méridionaux, c'est notre façon d'affirmer notre loyalisme national, de dire notre première parole d'amour
et d'honneur à la grande patrie française. Honte à
ceux qui ne nous comprendraient et ne nous suivraient
pas ! 'C'est qu'ils n'auraient pas compris la grandeur
de ce mot du poète que le foyer enseigne l'amour de
la patrie, c'est qu'ils auraient oublié le tambour
d'Arcole mourant de joie en voyant son nom parmi
les noms de ceux envers qui la patrie est reconnaissante ! (^Applaudissements.)
Notre foyer du Midi, Provence, Gascogne, et le
Béarn qui touche à l'Espagne de nos frères catalans,
et le vieux comté de Nice qui touche à nos frères —
disons, pour le moment, nos cousins— d'Italie nous
l'avons visité ou nous nous en sommes rapprochés,
l'an dernier, dans nos belles fêtes littéraires de Die,
d'Orange, d'Avignon, de Nîmes, du Pont-du-Gard.
Vous vous rappelez (car plus d'un de vous était avec
nous), l'accueil que nous avons reçu.
Je voudrais que M. le Ministre, qui avait accepté
de présider notre banquet et qu'un souci cruel
éloigne de Paris, fût là pour recevoir notre remerciement d'abord, et pour que nous puissions aussi
lui dire que le Midi, un peu turbulent, un peu trop
enflammé par les passions de la politique, a su se
montrer uni pour recevoir des poètes. Cette union
n'est pas chose stérile. Il ne nous est pas défendu
de rêver d'un jour où la politique se rapprochant
de la poésie, se faisant dédaigneuse des personnes.

�36

Lou Viro-Soulèu

s'inspirant de l'idéal de justice qui est au fond
de toute poésie, la poésie surtout du vrai par le
chemin du beau, sera elle-même un instrument de
paix et de concorde. Humblement, dans la limite de
nos forces, nous avons travaillé à ouvrir cette voie et
prêché et pratiqué la fraternité des lettres, qui donne
et le goût et l'espoir d'une fraternité complète. {Vifs
appla udissemen ts.)
Cette année, le foyer familial de notre petite patrie,
nous l'avons appelé à Paris, et nous avons allumé le
caleù provençal au phare de la tour Eiffel. (Rires et
bravos.) L'Exposition ne devait pas nous montrer
uniquement les merveilles des arts et de l'industrie,
où notre Midi n'est pas le dernier : elle devait être
quelque chose de plus. Il fallait montrer aussi les
forces morales et intellectuelles du pays ; et, dans les
fêtes qui s'organisent de tous côtés, dans les congrès
qui se réunissent, chacun, savants, moralistes, lettrés,
poètes, a apporté sa pierre, est venu témoigner que
la grande France, faite de provinces si diverses, a
cependant la belle unité d'un pays qui, aux quatre
coins, travaille, chante et espère... (A'pplaudissements.)
La France diverse? Là est sa grandeur. Chénier l'a
dit dans ses vers superbes, Michelet l'a répété dans
sa prose qui vaut les vers du poète : la nature et l'histoire l'ont faite variée pour la faire plus aimable»
C'est le pays des chênes et le pays des oliviers.
Ses filles ont cueilli le gui sacré et se sont couronnées de laurier rose. Son art et sa poésie tirent
leur beauté de cette diversité même. En la défendant,
nous défendons le génie même de la France, souple
et divers. Mistral, vous pouvez sans crainte verser le
vin capiteux et doux de nos coteaux dans la coupe
sainte : pour boire à la grandeur française, Simon et
Renan, choquent le gobelet celte plein de cidre clair.
(Applaudissements répétés.)
Et je me sers à dessein de ce vieux mot de celte,
repris par les plus éminents esprits de notre temps,
parce que, là aussi, en Bretagne, il y a une langue
ancienne, des traditions anciennes et qu'on nous a
reproché parfois notre amour du provençal et de nos
vieilles légendes. Il semble, pour certains esprits, que
l'amour d'une langue locale soit un symptôme de l'esprit de séparation,d'isolement, si vous voulez, et que
le culte du passé implique la haine ou la défiance du
progrès. 11 n'en est rien. (Très bien! tres bien!) Je ne
veux pas reprendre ici la thèse de Mistral, à notre
banquet d'Avignon : je la résume en disant que, défendre le provençal, c'est défendre le français aussi, et
les sauver, l'un et l'autre, des patois bâtards qui ne
peuvent être que très accidentellement une forme
littéraire. {Vifs applaudissements.)
Quand au progrès, Messieurs, nul ne l'aime plus
que moi. Mais j'estime que la foi en l'avenir gagne à
s'appuyer sur la connaissance et le culte du passé.
Les grands hommes, — je le disais à propos de Rabelais, pardonnez-moi ce souvenir personnel en faveur
de celui de notre fête de Meudon, si belle, — les
grands hommes ne sont grands que parce que,
s'élevant au-dessus de la foule, ils voient aussi loin en
se retournant vers le passé qu'en regardant vers
l'avenir! Les peuples aussi sont grands et heureux
qui ne renient pas leurs traditions, mais les développent, les modifient à mesure que des besoins nou-

veaux répandent des idées nouvelles, et surtout qui
font estimer ce qu'ils sont par un certain respect
attendri de ce qu'ils ont été. (Très bien!) Et comment, d'ailleurs, adresser un reproche à nos traditions
provençales? Elles n'ont rien qui soit exclusif, limité.
Le rêve païen, le plus beau que l'homme ait fait
peut-être, s'y allie avec l'idéal chrétien. Arles est la
ville des saintes femmes, qui conduisent la Tarasque
prisonnière avec un ruban de leurs cheveux, mais
c'est aussi la ville de la Vénus, que chantait Aubanel.
Nous avons eu le royaume d'Arles : mais nous avons
eu aussi la République de Marseille. Et ce qui domine,
du reste, tous nos vieux récits légendaires, c'est une
religion qui ne saurait avoir d'athées, celle de la
gloire chevaleresque, celle de l'amour aussi. Nos farandoles sont une danse guerrière et nos tambourins
donnent des aubades. (Bravos prolongés.)
L'an dernier, Messieurs, nous vous disions, dans le
Midi, que ce qui nous amenait, ce n'était pas le vain
désir de « faire du bruit, » comme a dit un Provençal qui aime son pays natal, je vous l'assure, et ne
renie pas la maison pour en avoir été l'enfant terrible.
Nous obéissons à je ne sais quel secret instinct qui
nous avertit que l'heure est venue de resserrer entre
nous tous les liens. Vous nous avez répondu —je
m'adresse à nos hôtes de province— en venant nous
rendre notre visite à Paris. Demain, après-demain,
nous vous montrerons que nous n'y avons pas oublié
la patrie ensoleillée, dont la caresse nous avait ranimés et réjouis. Nous avons multiplié, ici, les souvenirs de là-bas. Sceaux est devenue la ville de Florian:
Rabelais, maître à Montpellier, a été fêté à Meudon,
notre triomphant prisonnier ; et je dirais que nous
irons présenter Mireio à Jocelyn et Mistral à Lamartine, s'il n'était des poètes comme des soleils, qui
n'ont pas besoin de se rapprocher pour se voir. (Applaudissements.) Emportez chez vous le souvenir de
nos fêtes, comme nous gardons celui de celles que
vous nous fîtes. Entre Paris et la Provence et le Midi
tout entier, il n'y a ni transfuges, ni exilés. Le transfuge oublie la terre qu'il a quittée : l'exilé la regrette.
Nous n'oublions pas. Et nous sentons si bien l'âme,
l'esprit, le cœur du Midi dans la grande capitale,
nous avons si bien su les faire connaître, respecter,
aimer, que nos regrets sont moindres et n'ont pas
d'amertume. Vous êtes chez vous, nos hôtes, non
seulement ici, mais dans Paris même. Vous avez
connu des premiers la grande idée latine du Droit
assurant la liberté : vous avez recueilli l'art et la
poésie antiques dont le culte a grandi partout. Différents par la langue, par le génie propre à chaque
province, nous avons tous, cependant, un commun
idéal. Avec un peu plus, un peu moins de nuages au
ciel, ne regardons-nous pas tous les mêmes étoiles?
.(Triple salve d'applaudissements.)

M. Sextius-Michel a prononcé ensuite le discours suivant, au nom des Félibres de Paris :
Discours de M. Sextius-Mlchel.
MESSIEURS, CHERS CONFRÈRES,

La Cigale vient de chanter harmonieusement pa

�Lou Viro-Soulèu
la voix de son président. M. Henry Fouquier, dans
son merveilleux langage, vient de saluer nos hôtes et
de tracer magnifiquement notre mouvement littéraire et artistique méridional dont les Cigaliers et les
Félibres sont les ardents défenseurs.
Mais la Cigale ne chante pas seulement en français ; il lui plaît aussi de chanter dans cet idiome
vibrant qui semble avoir emprunté son harmonie aux
chaudes brises de nos climats, dans cette langue du
Midi qui, si elle n'est pas la langue française, est
une langue française, comme l'a si bien dit l'éminent
académicien Jules Simon. {Tres bien!)
J'aurais donc voulu, pour parler à mon tour, au
nom des Félibres parisiens, me servir de cet idiome
que nous aimons à appeler la langue de Mistral ou de
Jasmin, comme on dit la langue de Lamartine et de
Racine.
Mais, outre que j'aurais craint de n'être pas compris de tous, j'ai pensé que seul le grand poète, l'illustre grammairien qu'on peut appeler le restaurateur
de notre belle et vieille langue provençale, que seul,
dis-je, Frédéric Mistral avait le droit de la parler devant *une réunion aussi nombreuse et aussi choisie.
(Applaudissements.')
Je porte donc simplement un brinde, comme nous
disons là-bas, et comme le disaient nos pères dans ce
vieux français, frère jumeau de notre provençal ; je
porte un brinde à notre cher et très aim'é Capoulié et
à tous nos confrères du Midi (Bravos); à Roumanille, cet autre éminent Capoulié, qui regrette tant
de ne pouvoir être au milieu de nous ; à Félix Gras,
Louis Roumieux, Arnavielle, Thumin, Marius Girard,
Alphonse Tavan, à toute cette phalange d'artistes et
de lettrés qui forment un rayonnant cortège autour
du chantre de Mireille et de Calendal ; à ces amoureux
de la langue et du sol natal, à ces enthousiastes dont
le feu sacré chauffe et éclaire en même temps comme
notre beau soleil. Et je souhaite la bienvenue à ceux
qui sont présents à cette fête, absents, je leur envoie
notre meilleure pensée. (Applaudissements.)
Je souhaite aussi la bienvenue à François Vidal, le
vaillant président de l'Académie du Tambourin, et à
ces braves Tambourinaires, à ces humbles paysans
qui sont venus à Paris glorifier à leur manière notre
chère Provence, en faisant retentir de nos airs populaires l'immense palais du Trocadéro. (Applaudissements.)
Son véritable cadre manquait sans doute à cette
musique vraiment pittoresque. Mais notre émotion
n'en était pas moins profonde, et, l'imagination
aidant, nous revoyions la ville ou le hameau en fête :
au fond du tableau, la haute colline et ses bois d'oliviers; ici, la foule endimanchée et souriante ; là, sur
la place publique, le bal champêtre avec ses colonnes
de feuillages verts. Le matin, l'aubade aux notes
fraîches et aiguës a donné le signal; et le soir, au
clair de lune, le long des sentiers tortueux où les
fleurs embaument, c'est la vive farandole s'enroulant,
se déroulant comme un serpent lumineux; et partout
les chants, les cris de joie; l'allégresse dans tous les
cœurs, sur tous les visages ; — et c'est toujours au
son du tambourin. (Applaudissements.)
Certes, tout cela est bien loin, et par moment cela
nous semble si près!

37

C'est que le cœur des Félibres parisiens bat à
l'unisson du vôtre, frères de Provence et du Languedoc, pour ce petit coin de terre ou du ciel, nid pour
les oiseaux, berceau pour les hommes, vers lequel,
heureux ou malheureux, nous nous tournerons sans,
cesse, comme si les souvenirs du passé radieux gardaient encore le tressaillement de nos jeunes espérances.
Je lève mon verre en l'honneur de la France et du
Midi. (^Bravos répétés.)
Frédéric Mistral, salué par des vivats enthousiastes, a répondu en ces termes à MM. Henry
Fouquier et Sextius-Michel.

Discours de

M.

Frédéric Mistral.

MESSIEURS,

Quan noun vento quand fat aurof
Quand voudrié venta, se pauso.
Ce dicton signifie qu'il faut vanner son blé, quand
le vent souffle.
Et je me proposais, si M. le ministre de l'instruction publique eût présidé notre banquet, de profiter
de l'occasion pour exposer, une fois de plus, le desideratum de ces agitateurs linguistiques et lyriques
qu'on nomme les Félibres,
Mais, espérant pourtant que mes paroles (verba
volant) arriveront peut-être à M. le grand-maître de
l'Université, je poursuis mon propos et je formule
ma requête.
Il est admis, je crois, parmi ceux qui s'occupent
des questions pédagogiques» qu'une place de plus en
plus grande doit être, de nos jours, faite aux langues
vivantes dans l'enseignement scolaire.
Eh bien, sous les auspices du Félibre ministre et
du ministre Cigalîer qui réunit, en ce moment, la présidence de nos fêtes à celle du grand-conseil de l'instruction publique, je viens demander, messieurs,
à ce grand-conseil vénéré, non pas l'enseignement
officiel du provençal dans les écoles de l'Etat (Dieu
me garde, et sainte Estelle, d'une pareille prétention — dont je connais tous les périls), maïs la reconnaissance de notre langue d'oc comme langue vivante.
Je vais m'expliquer là-dessus. (Applaudissements.)
On veut bien nous accorder, au collège de France
et, çà et là, dans quelques facultés des lettres, le
droit d'être étudié comme idiome mort. Il est vrai
qu'en dehors même de nos statuts et de nos chartes,
indispensables à connaître pour l'histoire du Midi,
quatre siècles de culture et de gloire littéraire nous
ont bien mérité, ce me semble, cet honneur. (Tres
bien! bravo!)
Maïs des obsèques, si royales qu'elles soient, ne
sauraient consoler d'un enterrement hâtif, et, depuis
le jour astral où un poète lui a crié: Surge et ambula,
la langue provençale, secouant son sommeil, naïvement se croit vivante. (Sensation.)
Serait-ce encore une illusion, comme tant d'autres
qu'on reproche à notre Midi sounjofestoì Et tous nos
paysans et tous nos ouvriers, et toute cette masse
urale ou citadine qui, chez nous, parle e.uorâ &gt;

�38

Lou Viro-Soulèu

tout au moins comprend la tingua rústica inhérente
au sol natal ne parleraient-ils pas la langue des vivants? (^Applaudissements.)
Pour être digne d'être considéré comme langue
vivante, faudra-t-il donc absolument être étranger?
et n'affirme-t-il pas suffisamment sa vie et son énergie
vitale, l'idiome indigène, qui, depuis cinq cents ans,
résiste au vitupère de tous les magisters et s'introduit, narquois, sous la capote des conscrits et des territoriaux, jusque dans les casernes et dans les forteresses, l'idiome indompté qui, depuis quelque trente
ans, a produit, au bas chiffre, plus de 1,200 volumes,
dont plusieurs salués par ce grand Paris lui-même,
comme dignes de compter parmi les crus de France.
Eh bien ! si l'allemand, l'anglais, l'italien, l'espagnol ou l'arabe, peuvent être enseignés dans les lycées,
au titre de langues vivantes, pourquoi la langue d'oc
cette langue jumelle de la langue française, seraitelle traitée, entre toutes les autres, comme une pestiférée ?
Pourquoi donc, par exemple, sans en venir à l'enseignement, les maîtres des nos écoles primaires ou
secondaires n'inspireraient-ils pas à leurs disciples de
province le respect et le culte des dialectes naturels
que le peuple conserve avec l'obstination du génie
national? Pourquoi les professeurs ne se serviraientils pas de ces parlers gallo-romains pour montrer aux
élèves les origines du français et la chaîne qu'ils
forment philologiquement entre le latin mort et le
français vivant? (Vive approbation.)
Car, messieurs, pour vous montrer que la notion
du provençal n'est point si dangeureuse, je pourrais
vous citer tel et tel Cigalier, non des moins glorieux,
qui n'a point fait déshonneur à la langue de France
en versant avec esprit, dans ses romans ou autres
œuvres, ces pittoresques provençalismes, ces gasconismes alliacés dont Rabelais, Marot, Montaigne et
Poquelin ne dédaignèrent jamais l'usage. {tApplaudissements répétés.)
Gaston Paris a dit : a Pour un peuple, changer de
langue, c'est presque changer d'âme. » Or la grande
Patrie n'a pas, que nous sachions, tant à se plaindre
de ses fils du Midi qu'elle puisse désirer, n'est-ce pas,
qu'ils changent d'âme ! {'Bravos prolongés.)
Vous prenant à témoins pour la vitalité, pour l'immortalité de la langue d'Aubanel, de Jasmin, de Goudelin et de Bernard de Ventadour, je bois, messieurs,
à la Cigale, symbole du génie topique du Midi, à la
Cigale harmonieuse qui chante, sur nos arbres, le
solstice de l'été ou, pour mieux dire, le triomphe du
Soleil- (Longs applaudissement.— ^Acclamations : Vive
Mistral! Cris répétés : Vivent les Félibres!)

M. Albert Tournier a salué comme secrétaire
de la Cigale, en termes chaleureux, les délégués des diverses maintenances Félibréennes,
celles de Provence, de Languedoc, d'Aquitaine
et par dessus toutes l'illustre maintenance de
nos frères de Catalogne, ainsi que le vaillant
Martin (de Nîmes), l'inimitable interprète des
fables de Bigot, lejouglar du félibrige, dont le

nom a été l'objet de l'ovation la plus sympathique.
Après les discours, la séance littéraire et artistique a commencé.
Voici, d'abord, VEstudiantina Marseillaise, si
applaudie la veille au Trocadéro, qui joue ses
airs les plus entraînants, puis les tambourinaires, vrais paysans n'ayant rien de commun avec
le type quelque peu fantaisiste de Valmajour,
qui nous transportent en pleine Provence avec
la chanson de Magali et les airs du Roi René.
Martin (de Nîmes) a été, ensuite, véritablement le héros de la soirée : il a dit, avec un
art exquis, les meilleures fables de Bigot et s'est
montré grand artiste.
Puis, aux oreilles des Anglais ébahis du Continental troublés par cette musique étrange,
une farandole s'est déroulée dans la grande cour
de l'Hôtel.
Cigaliers et Félibres sont ensuite partis en
troupe, précédés du groupe des mandolinistes
et des tambourinaires, et, devant les Parisiens
étonnés, ont défilé dans la rue de Rivoli, au son
de la musique provençale.
Auprès de la statue de Jeanne d'Arc, place
des Pyramides, le cortège méridional, qui était
devenu foule, s'est arrêté et une aubade, celle
de Magali, a été jouée, en l'honneur de la bonne
Lorraine. C'était charmant autant qu'imprévu,
cette partie de la fête ayant été absolument improvisée.
De là, on se rend place du Carrousel, au monument de Gambetta. Maurice Faure est porté,
en quelque sorte, auprès du piédestal et prononce un discours vibrant de patriotisme, qui
lui est inspiré, à l'instant même, par l'émotion
que tous ressentent.

Discours de M. Maurice Faure.

MESSIEURS ET CHERS

CONFRÈRES,

En dehors de toute pensée politique, dit-il, n'ayant
au cœur d'autre sentiment que celui de l'amour de
la patrie, à la fin de cette soirée, où le Midi a été
glorifié, je salue avec émotion le souvenir d'un
homme qui a incarné hautement l'esprit méridional
dans notre pays.
Il eût été avec nous, si la mort ne l'avait ravi à la
France, pour saluer Jeanne d'Arc, lui qui a dit, dans
une de ses plus éloquentes harangues, qu'il avait
assez d'indépendance d'esprit pour être en même
temps un fils reconnaissant de Voltaire et un dévot
de l'immortelle Lorraine.
C'est en quelque sorte à sa pensée que nous obéissions en portant tout à l'heure nos hommages à la
vierge patriote, et c'est un acte de juste piété civique
que nous accomplissons en honorant, après l'héroïne

�Lou Viro-Soulèu
qui sauva la France sous la monarchie, l'illustre
citoyen qui la défendit sous la République. (tApplaudissemtnts.)
Dans notre nation si variée et si une à la fois, la
combinaison harmonique des tempéraments divers
a toujours créé la haute originalité et l'incomparable
puissance de la patrie. De tout temps, le Midi a
apporté ses éléments d'entrain, de gaîté, d'enthousiasme, de désintéressement et de bravoure, et, puisqu'on fête, à l'heure présente, le centenaire de la
Révolution, il est bien permis de rappeler que ce sont
les patriotes de Marseille (Bravos répétés) qui, baptisant du nom de leur ville l'hymne de Rouget de
l'isîe et entraînant avec eux de nombreux volontaires de nos départements, donnèrent une impulsion irrésistible à la défense nationale et contribuèrent aussi grandement au salut de la France. (Vifs
applaudissemeats. )
Notre Midi paya, au jour du danger, son large
tribut à la patrie : les soldats de la Révolution, qui
en furent originaires, depuis Masséna, de Nice, jusqu'à Championnet, de Valence, jusqu'à l'héroïque
tambour d'Arcole, enfant de Cadenet, furent d'intrépides défenseurs du pays, qui savaient parler le provençal et qui se battaient en vaillants Français.
(Bravo! Bravo!)
C'est leur exemple, c'est leur esprit, c'est, pour
ainsi dire, leur sang, qui animait Gambetta, dans
lequel revivait pour ainsi dire 1 'âme ardente de Barbaroux et brûlait la flamme méridionale qui donnait
tant de couleur et tant d'énergie à son éloquence,
forte et fougueuse comme celle de son ancêtre Mirabeau.
En saluant Gambetta, qui fut Cigalier, nous saluons l'esprit du Midi mis au service de la France,
dont nous avons à cœur d'accroître, en les conservant, toutes les énergies provinciales, dans l'intérêt
supérieur de la Patrie que, comme le grand citoyen
dont la statue se dresse devant nous sous la clarté
des étoiles, nous aimons passionnément, nous aimons
plus que tout. (^Applaudissements prolongés.)
Après cette éloquente improvisation, le cortège Cigalo-Félibréen s'est dirigé vers la rive
gauche, troublant fort agréablement la tranquillité habituelle des rues désertes du faubourg
Saint-Germain. Rue Jacob, des applaudissements partent d'un balcon où de gracieuses
dames crient : « Vive le Midi! ». Mandolinistes
et tambourinaires, galants comme des troubadours, s'arrêtent aussitôt et donnent une aubade à leurs admiratrices inconnues.
La statue de Diderot a eu également son pittoresque concert et c'est devant l'Odéon qu'à
une heure fort avancée de la nuit on s'est séparé
en se donnant rendez-vous pour la fête Félibréenne du lendemain à Sceaux.

39
TROISIÈME JOURNÉE

La fête Félibréenne de Sceaux.
La fêle Félibréenne de Sceaux, organisée par
les Félibres de Paris, a été plus brillante que
jamais.
C'est la promenade de la Tarasque qui en a
été l'élément le plus pittoresque.
Mais son importance exceptionnelle est surtout due à la haute consécration que la renaissance de la littérature provençale a reçue de
l'illustre académicien dont l'opinion constitue
l'une des plus indiscutées autorités littéraires.
Le cortège des Méridionaux, qui comprenait
plus de cinq cents personnes, s'est d'abord rendu
à la maison de Florian, où les tambourinaires
ont joué l'air de Mireille en l'honneur du chantre d'Estelle, puis devant les bustes d'Aubanel
et de Florian, où le Cigalier Paul Mounet, de la
Comédie française, a dit, avec son grand talent,
la poésie couronnée, œuvre charmante du Félibre
Ernest Challamel.
La séance des Jeux Floraux, tenue ensuite à
l'Hôtel-de-Ville, a eu cette année une grande
solennité.
On remarquait sur l'estrade à côté de M.Jules
Simon, la toute gracieuse reine du Félibrige parisien, M110 Isabelle Roma Rattazzi, Frédéric
Mistral, Sextius-Michel, Paul Arène, Henry
Fouquier.
Après la bienvenue d'usage, souhaitée par
M. Charaire, maire de Sceaux, M. SextiusMichel a pris la parole en ces termes :

Discours de M. Sextius-Mioliel.
CHERS CONFRÈRES,

MESDAMES,

MESSIEURS,

Il y a deux jours, nous applaudissions au succès
de nos vaillants Tambourinaires dans cet immense
palais duTrocadéro, tout étonnés de voir de modestes
artisans, véritables artistes, jouer avec simplicité les
airs de leur pays,
Hier, à l'hôtel Continental, nous souhaitions la
bienvenue à nos chers hôtes, Félibres ou Cigaliers du
Midi.
Nous voici réunis aujourd'hui dans cette charmante ville de Sceaux où le Félibrige parisien tient
ses assises annuelles, et à laquelle nous rattachent
tant de poétiques souvenirs, comme aussi le charme
de ses sites enchanteurs. (^Applaudissements.)
Je salue donc, monsieur le Maire, votre hospitalière
cité, toute vibrante encore de nos chansons, et brillant, à la ceinture de Paris, comme un bouquet de
fleurs de Provence. (^Applaudissements,)
Je la salue et je renouvelle, au nom de nos confrères, avec son premier magistrat, le pacte d'alliance
fraternelle que conclurent vos compatriotes et les

�40

Lou Viro-Soulèu

nôtres dans cette inoubliable fête de 1878, que présidait notre immortel et toujours regretté Théodore
Aubanel. (Applaudissements.)
Par une coïncidence des plus heureuses, et qui
rapprochera ces deux dates (1878-1889) par un trait
d'union lumineux, cette année-ci encore nos jeux
floraux ont lieu en même temps que l'Exposition
universelle, cette Exposition de 1889 qui sera certainement la merveille du xix° siècle.
Pour nous, il est vrai, au milieu des voix qui célébreront notre cher Midi, nous n'entendrons plus
celle du poète dont nous venons de couronner le
buste et que notre ami Chalamel a fait revivre un
instant en ses beaux vers. Mais n'avons-nous pas à
nos côtés, pour exciter nos ardeurs félibréennes, notre
maître en gai savoir, notre très aimé capoulié Frédéric Mistral? (Bravos. Cris : Vive Mistral!)
Mais ce qui donne réellement à notre fête d'aujourd'hui sa signification la plus élevée, son attrait
le plus puissant, c'est qu'elle est présidée par l'illustre académicien en qui, après avoir salué le Président
d'une Société sœur « la Pomme », nous saluons surtout le grand philosophe, l'incomparable écrivain,
l'orateur irrésistiblement sympathique et entraînant,
l'homme enfin qui glorifie le plus notre pays par la
haute valeur de ses œuvres et par l'ardeur de son
patriotisme. (Bravos prolongés. )
Nous vous remercions donc, monsieur Jules Simon,
d'avoir bien voulu présider nos jeux floraux. La gloire
de ce souvenir sera durable parmi nous,
Aussi bien, la cause pour laquelle nous sommes
réunis, Félibres et Cigalïers, est celle de toutes les
provinces, depuis Maîllane la Provençale jusqu'à
Lorient la fille des mers armoricaines.
Cette cause, vous la connaissez mieux que nous:
vous en êtes un des champions les plus résolus. Vous
l'appelez décentralisation artistique et littéraire. Nous
l'appelons, nous, l'amour du sol natal ; expression
naïve, peut-être, mot profond pour un philosophe,
pour un penseur comme vous, et qui a inspiré à
Mistral l'exorde de son dernier discours de la sainte
Estelle, à Avignon :
oc Ce qui fait si agréable, dit Mistral (je traduis),
« ce qui fait si plantureuse notre charmante France,
« c'est cette diversité de territoires et de races, de
« mœurs et de coutumes, de constructions et de
« langages, qui la varient à plaisir, et qui la va« riaient autrefois bien plus encore. Toutes les diffère rences ou particularités que la nature avec l'histoire
« ont marquées et gravées dans les provinces-sœurs
« sont autant de racines qui fortifient l'arbre, sont
« autant d'éléments qui en enrichissent la séve,
« autant de sources qui alimentent sa vie, sa ver« deur, sa gentillesse; qui sont autant de Hens qui
« attachent à la France les peuples qui y vivent, et
« autant de vertus qui la maintiennent immortelle.»
(Vifs applaudissements.)
Oui, cher et illustre Président, nous aimons notre
petite patrie, ses mœurs, ses coutumes, sa littérature, sa langue surtout, cette langue si claire, si
harmonieuse que parlait Florian sur les rives du
Gardon, et que Lamartine a glorifiée en glorifiant
Mireille. Et vous-même, n'est-ce pas vous qui avez
dit cette parole superbe : &lt;r La langue provençale

n'est pas la langue française, c'est une langue française ! » (Applaudissements.)
Aussi nous l'aimons; nous la parlons dans le Midi,
nous la parlons à Paris, sans que cela fasse tort en
nous à la langue française (car, pardessus tout, nous
aimons la France) ; mais, au contraire, au grand
profit de notre littérature nationale et de son enseignement, qui peuvent être aidés, secondés, enrichis
par la connaissance de notre parler natal, véritable
latin populaire, comme l'a prouvé et proclamé votre
éminent collègue de l'Institut, M, Michel Bréal. (Vive
approbation.)
Ma tâche est accomplie. Mais, comme il pourrait
arriver que, dans le cours de notre fête, nos manifestations vous paraissent un peu débordantes de joie,
nous vous demandons d'avance de vouloir bien ne pas
trop vous en étonner; la gaîté, l'entrain que vous
remarquerez parmi nous tient à notre climat, à notre
race ; car nous sommes d'un pays où il n'y a pas de
nuage au ciel, et où, tout l'été, chantent les Cigales
dans la sonorité des plaines ensoleillées. (Applaudissements repétés.)

Quand M. Jules Simon se lève, les applaudissements reprennent et redoublent : ils ne
cessent que lorsque déminent philosophe prononce les paroles suivantes, dont nous devons
la sténographie au Cigalier Bonvoux et à son
collègue, M. Dedieu, sténographe delà Chambre.

Discours de M. Jules Simon.
MESDAMES ET MESSIEURS,

Je me rappelle, en ce moment, un voyage que j'ai
fait à Naples, il y a plus de vingt ans. Mes amis de
ce pays là, qui étaient fort nombreux, voulurent bien
me donner un banquet, j'avais avec moi M. Hérold,
qui a été depuis préfet de la Seine. Le général Pepe,
qui présidait, crut devoir, par bienveillance pour ses
hôtes, prononcer son discours en français, et je puis
dire qu'il sua sang et eau pour arriver à nous parler
dans cette langue qui lui était peut-être familière
pour la lecture, mais qui ne lui était pas familière
pour l'éloquence. Je répondis après dans la même
langue, sans être obligé pour cela de suer sang et
eau, ce qui me seraitarrivé s'il m'avait fallu répondre
en espagnol. Ensuite se leva M. Hérold; et qui fut
étonné? Ce fut le public qui nous entourait, quand
M. Hérold commença son discours de cette façon :
Signori et Signora. Il continua en italien pendant très
longtemps avec une perfection que les Italiens euxmêmes auraient pu lui envier, je me disais tout à
l'heure : Je vais bien étonner tous ces messieurs en commençant mon discours en provençal. (Rires). J'en avais bien envie, mais j'ai le
malheur d'avoir fait un discours en français à la Sorbonne, il y a huitjours, pour la distribution des prix
des exercices physiques, et j'y ai attrapé le rhume
que vous pouvez constater, Et alors, je me suis dit
Comment! j'irai parler provençal avec une voix pareille! (Rires et applaudissements.) Je parle donc fran-

�Lou Viro-Soulèu
çais et je vous en donne la raison; il n'y en a pas
d'autres. Vous ne serez pas étonnés, d'ailleurs, d'apprendre que, sans être né à Marseille, on puisse
savoir le provençal. Si vous avez lu le discours de
Mistral, qui n'est pas vieux, puisqu'il n'est que
d'hier, vous y verrez qu'il se demande pourquoi le
français aurait un privilège, et pourquoi nous n'aurions pas deux langues nationales, dont l'une serait
la française et l'autre le provençal. Il a donné ses
raisons. Il me permettra de dire, avec votre assentiment à tous, que la plus grande raison qu'il ait
jamais donnée pour soutenir une pareille thèse, ce
sont ses œuvres immortelles. (Applaudissements.)
Partout où il y a des congrès et où notre ennemi
arrive proposant sa langue pour remplacer la langue
française dans sa supériorité séculaire, la langue
française passe comme une force irrésistible. Et tous
les amis qui sont là, non-seulement les Français maïs
les amis que nous avons encore, les amis de notre
gloire, les amis de notre gloire littéraire, les amis de
nos grands écrivains, répondent dans la langue française que la langue française est la langue du monde.
(Vifs applaudissements.)
Eh bien ! Messieurs, puisque nous avons le plaisir
de voir autour de nous les Félibres, je les remercie
de conserver pieusement à la France une de ses
gloires. Je les remercie aussi de nous conserver une de
ses grandes qualités. On dit quelquefois « l'esprit
gaulois. » Nous avons la réputation, dans l'ancien
monde, de représenter la gaieté. Si nous la méritons
encore jamais, ce n'est pas nous autres, gens de la
Bretagne, qui vous en ferons le cadeau. Nous
sommes dans nos brumes où nous n'avons qu'un mérite, c'est d'aimer la terre de granit qui nous a donné
naissance. (Applaudissements.)
Mais vous, Cigaliers, Félibres, vous êtes la gaîté,
vous êtes la belle humeur, donnez-nous-les. Comme
le disait Michelet : « La gaieté, c'est la marque et
l'effet du génie. »
je vous remercie donc non-seulement pour rester
ce que vous êtes, non-seulement pour produire les
grandes œuvres que vous produisez, mais pour
apporter dans notre société française, qui a besoin de
se réjouir un peu et de se soulager, cette bonne
humeur, cette gaieté, cette jovialité qui appartiennent au Midi. (Double salve a"applaudissements.)
Ces paroles' éloquentes ont produit la plus

41

d'intéressants souvenirs Félibréens sur Thiers et
Mignet. Il a rappelé notamment que Mme Thiers
ayant horreur

de la brandade

que son mari

adorait, Mignet, quand il allait dîner chez son
vieux camarade, apportait, dissimulé sous son
habit,

le plat odorant

cher aux Provençaux,

qu'il ne montrait qu'après avoir plaidé les circonstances atténuantes auprès de la compagne
septentrionale de son illustre ami.
Il

a rappelé également que Mignet n'avait

pas de plus grande joie que celle d'aller passer
ses vacances

à Aix, et que c'était avec

une

émotion toujours nouvelle qu'il revoyait, lui
disait-il chaque année,

l'énorme clef de bois

doré qui marquait la demeure et la profession
de l'humble artisan qui fut le père d'un de nos
meilleurs historiens.
Les rapporteurs ont ensuite justifié dans des
rapports très applaudis les décisions ci-après du
jury des Jeux floraux :

Jeux floraux 1889 (9e année).
I. — Concours littéraire.
A. Prix du Ministre de l'instruction publique, à
la meilleure étude en prose française sur ce sujet :
Influence de la langue d'Oc sur la littérature française,
spécialement dans l'œuvre des écrivains contemporains,
— Rapporteur : Charles Maurras.
Prix non décerné. — Mention honorable : M. Paul
Bénétrix, d'Auch (Gers).
B. Une médaille d'argent à la meilleure poésie en
langue d'Oc sur ce sujet : Le Tournesol (lou Viro
Soulèu). — Rapporteur : Elie Fourès.
Ier prix {ex œquo), médaille d'argent : Lucien
Geoffroy, de Paris; P. Cheylan, d'Aix-en-Provence.—
2'"e prix (ex œquo) : Eugène Montabré, de Montpellier; Paul Gourdoù, d'Alzonne (Aude). —3'ne prix:
Lescure, de Gréasque (Bouches-du-Rhône). — ira
mention (ex œquo): Louis Bonnaud.de Marseille;
Antonin Maffre, de Béziers. — 2™e mention (ex
œquo) : Paul Robert, de Ganges (à Arles-sur-Rhône);
Maurice, 7, rue d'Alsace, à Sens (Yonne).

profonde impression, et elles étaient à peine
prononcées qu'on a présenté à M. Jules Simon
un

tableau, très délicatement exécuté

dévoué

par le

Félibre Rélin, représentant une Arlé-

sienne ayant la main posée sur un cartouche

C. Une médaille de vermeil au meilleur envoi en
prose (langue d'Oc) sur ce sujet : Satire contre ceux
qui raillent les Gascons et les Provençaux. — Rapporteur : Gardet.
Prix non décerné.

portant cette inscription empruntée à l'éloge
historique de Mignet présenté à l'institut par
M. Jules Simon :

« Rien n'est plus propre à

refaire un homme, répétait

souvent

Mignet,

que de vivre au clair soleil, parler provençal,
manger de la brandade,

faire une partie de

boules tous les matins. »
A ce propos, M. Jules Simon a repris la parole et raconté avec une charmante bonhomie

D. Une médaille d'argent au meilleur sonnet en
langue d'Oc sur ce sujet : La Bouillabaise. — Rapporteur : Albert Tournier.
1er prix, médaille d'argent : Eysette père, au Masde-Broux-Camargue (Bouches-du-Rhône). — 2meprix
(ex œquo) : Louis Bonnaud, de Marseille ; Félix Lescure,
de Gréasque (B.-du-R.). — ire mention (ex œquo) :
Laverdat, de Plessis-Bouchaud (Seine-et-Oise) ; Gavaudon, de Sorgues (Vaucluse). — 2me mention (ex

�Lou Viro-Soulèu

2

4

œquo) : Paul Robert, de Ganges (à Arles-sur-Rhône);

L. Sabaras, de Marseille. — 3me mention : Maurice
Girard, capitaine au long cours (Marseille). — 4m0
mention (ex cequo): Roux Firmin; Paul Lanoulorgue.
II. — Concours classique.
Exclusivement destiné aux élèves des lycées, colèges, écoles ou institutions du midi de la France.
Prix : médaille d'argent et un exemplaire de luxe
.(papier de Hollande) de Y Année cigaiïere 1888, à l'auteur de la meilleure narration en langue d'Oc sur ce
sujet : La Fête de nuit d'Avignon en l'honneur des
Cigaliers et des Félibres. — Rapporteur: Antonin
Brun.
Prix non décerné. — Mention honorable : Etienne
Sucquet, élève de philosophie du lycée Charlemagne,
à Paris. — Campagne des Amirmaux, à la Seyne-surMer (Var).
III. — Prix Florian.
Une médaille de vermeil à !a meilleure poésie française sur ce sujet : Salut des Félibres à Florian et
Aubanel. — Rapporteur : Jean-Paul Mounet, de la
Comédie- Française.
Médaille de vermeil : Challamel, Félibre de Paris.—
IER prix : Xavier de Magallon, d'Aix-en-Provence. —
me
a prix : Augustin Nicot, Félibre de Paris.
IV. — Concours artistique.
I" DESSIN.

Sujet ; La Tirarello de Sedo. Type de fileuse de
soie. — Rapporteur général : Victor Maziès.
Prix : Marsal, de Montpellier.
2* SCULPTURE.

Le concours de sculpture comportera le sujet suivant : Gardien de Camargue luttant avec un taureau.
ER
I
premier prix : Loiseau-Rousseau. — 2RAE premier prix: Ponthier (Henri), d'Aix-en-Provence.

y

MUSIQUE.

Prix : une médaille de vermeil. Pièce choisie pour
être mise en musique : Li Quatre Paniai (les Quatre
rêves), par Paul Arène. — Rapporteur : Reyne.
Prix : David Polleri, de Salons.

La représentation théâtrale.
Après la proclamation des lauréats, la représentation théâtrale a commencé. C'est le jeune
secrétaire du Félibrige, Jules Bonnet, qui l'a
organisée ; le programme était composé de
pièces de circonstances.
D'abord les Jumeaux de Bergame, de Florian,
un acte charmant qui ne le cède en rien au

meilleur Marivaux. Deux arlequins, MM. Jules
Bonnet et Marcellin, deux arlequines, Mlles Beauprey et Chaudat. M. Marcellin (Arlequin cadet)
s'acquitte de son rôle en excellent élève de Syl vain, M. Jules Bonnet (Arlequin aîné) ne le
cède en rien à son partenaire. M110 Chaudat
(Nérine) fait une soubrette remarquable ; son
jeu et sa diction lui attirent de nombreux applaudissements. MUo Beauprey (Rosette) es* une
ingénuité de comédie parfaite, jolie, et d'aucuns
enviaient la place d'Arlequin. Son grand succès
a été la Fête des Cigaliers et des Félibres,
à-propos en vers du Cigalier Alexandre Ducros,
qu'elle a dit avec grâce et gentillesse. Les rappels ne lui ont pas manqué, et d'ailleurs elle
était ravissante avec son petit bonnet de Provençale et son fichu blanc sur ses épaules plus
blanches encore. En résumé, jeune artiste qui
deviendra grande... artiste.
On a joué ensuite le 40 acte du Pain du
Péché, d'Aubanel, mis en vers français par
Paul Arène. Mu° Chaudat faisait Favette. Elle
s'est montrée, dans ce rôle, tragédienne de talent et d'avenir, et toute la salle a été émue
dans sa grande scène avec Malandran.
M. Jules Bonnet qui remplissait ce rôle l'a
joué d'une façon remarquable. M. Dreyfus, qui
s'était chargé du rôle secondaire de Ramon, a
droit aussi à des éloges.
Parmi les chanteurs, Mme de Swetschine a
délicieusement soupiré la Cansoun de Magali,
de Mistral. Dans le duo de Mitelle, de
Gounod, M. Soubeyran, son partenaire, a partagé les ovations qui ont été faites à Mmf&gt; de
Swetschine.
Des félicitations sont dues à Mme Louis Bieau,
l'aimable femme d'un Félibre, qui a gracieusement tenu le piano. Cette artiste de grand talent a fait, pour les Jumeaux de Bergame, un
travail vraiment admirable : elle a fouillé toutes
les bibliothèques pour y découvrir la musique
originale que composa Désaugiers pour l'œuvre
de Florian.

La Cour d'Amour
Mais voici que tambourins et galoubets font
rage. On se répand sous les frais ombrages,
chers à la duchesse du Maine, pour se réunir
bientôt dans l'un des coins les plus délicieux
du parc où se tient la Cour d'amour, sous la
présidence de la jeune reine du Félibrige parisien, Mlle Isabelle-Roma Rattazzi, la belle et
gracieuse nièce de notre illustre confrère Cigalier Lord William Bonaparte Wyse. Autour du
banc rustique qui sert de trône à la charmante

�Lou Viro-Soulèu
souveraine, le cercle se forme au milieu duquel
chaque poète, Frédéric Mistral le premier, vient
lire à tour de rôle sa poésie.
La jeune reine récompense chacun de son
doux et bon sourire.Toutes les fleurs poétiques
qui lui ont été adressées ont été réunies en une
couronne, la Courouno d'Isabello, vraie Guirlande de Julie, qui forme le supplément de ce
numéro et complétera d'une manière charmante
les collections du Mois Cigalier et du ViroSoulèu de cette année.
Respectueux d'une aimable tradition, ininterrompue depuis la fondation de la fête annuelle
de Sceaux, on se dirige du parc dans la demeure
hospitalière de M. et de Mme Grondard où un
lunch est servi dans le jardin au milieu des
jasmins et des roses.
L'aimable M"10 Grondard fait à ses hôtes le
plus charmant accueil. Les tambourins battent
une aubade en son honneur.
Après l'ancienne municipalité, la nouvelle :
M. et M"1" Charaire font servir des rafraîchissements sous le magnifique cèdre du Liban qui
orne leur parc, où les tambourinaires donnent
une nouvelle aubade.

Le Banquet
11 est temps de se rendre au banquet auquel
assistent près de deux cents convives, pleins de
verve et d'entrain.
Comme de coutume, d'éloquents brindes y
sont portés à la patrie française, aux Félibres
et à leur reine, à la ville de Sceaux; Frédéric
Mistral entonne l'hymne de la Coupe sainte
dont tous accompagnent le refrain.*
La fête se termine par la farandole accoutumée au bal champêtre de Sceaux : mais cette
année, le divin tambourin guide la danse et
l'imagination aidant, c'est dans un village de
Provence que nous nous sommes crus transportés.

43

seil municipal de Paris qui, sur la proposition
de Paul Strauss et de Mesureur, avaient donné
le nom de Jasmin à l'une des rues de la capitale, ni le premier de leurs précurseurs, le
troubadour Catelan qui, au moyen âge, fut
traîtreusement assassiné aux portes de Paris.

La Course de Taureaux
La quatrième journée a commencé par le
spectacle tauromachique, gracieusement offert
par M. Penne, le directeur des arènes du quai
Debilly. Les toréadors landais ont déployé
autant d'habileté que de hardiesse et de grâce,
etClovisHugues,qui se trouvait dans la loggia
présidentielle, ayant à ses côtés M™8 Clovis
Hugues et ses deux charmantes filles Marianne
et Mireille, a été l'interprète des sentiments de
tous en les félicitant de leur agilité et de leur
force et en marquant la différence qui existe
entre ces jeux tout français et les spectacles
sanglants de l'Espagne.

Visite à la Maison de Victor Hugo
Tambourins battants, on se rend à la maison
de Victor Hugo, aujourd'hui transformée en
Musée.
Dans le jardin, le Cigalier Maurice Faure,
évoquant ses souvenirs, rappelle les sympathies
du grand poète pour le Félibrige, qu'il eut
occasion 4E manifester à propos de la belle
poésie d'Aubanel qui lui fut envoyée pour le
quatre-vingtième anniversaire de sa naissance.
Après Maurice Faure, le Cigalier Clovis
Hugues, plein d'une émotion communicative,
raconte ses débuts à Paris et sa première visite
à Victor Hugo. Jamais peut-être le jeune
député de Marseille n'a prononcé de harangue
plus éloquente. Aussi des applaudissements
extrêmement nourris l'ont-elle plusieurs fois
ponctuée. Clovis Hugues s'est d'ailleurs multiplié dans cette journée des souvenances où l'on
a fait, à chaque instant, appel à son grand
talent de poète et d'orateur.

Visite à la Statue de Lamartine
QUATRIÈME JOURNÉE

La Fête des Souvenances.
Félibres et Cigaliers ne pouvaient oublier
dans leurs réjouissances ceux qui, dans le passé,
avaient marqué leur sympathie active pour le
Félibrige, Lamartine, Victor Hugo, et le Con-

S'inclinant avec émotion devant la statue du
parrain de Mireille, Frédéric Mistral lit la belle
poésie qu'il lui a dédiée dans les Isclo d'Or;
Clovis Hugues redit les beaux vers qui eurent
un si retentissant succès lors de l'inauguration,
à Passy, de la statue du grand poète.
Enfin, au nom des Félibres de Paris, Jules
Bonnet dit une poésie, spécialement composée

�Lou Viro-Soulèu

44

pour la circonstance, et pleine de promesses
pour l'avenir :

compatriotes de Jasmin, ont pris successivement
la parole.

A LAMARTINO

Voici le texte de l'allocution de Paul Strauss
qui a obtenu le plus vif succès.

POUÉSIO

DICHO

DAUANT

I/ESTATUO

Discours de M. Paul Strauss

I
MESSIEURS,

Sus lou sèti mounté pantaies, Lamartino,
En regardant amoun fugi pèr lou cèu blu
Li raive qu'as vuja dins tis obro divino,
Lou miéjoun Félibren vèn te dire salu !
II
Ven per te saluda, grand peirin de Mirèio,
Tu qu'a fa tréfouli l'alèna de Mistràu,
Autan arniounious qu'un brunzimen de fueio,
Fort coumo lou boufa de noste vent-terraù !
III
Es que tambèn Mirèio ero de la famiho
De ta Graziella, que lou même soulèu,
(Soulèu de la'Prouvènço es solèu d'Italio),
I'avié beisa Iacaro e rabina lou peu!
IV
Magali te semblé la cansoun italiano
Qu'a vies murmuréjado à la chato un bèn jour.
Piei vesiés dins lis iue dóu jouvent de Maiano
Belugeja'n fougau d'ingèni émai d'amour.
V
A creguiguèrés pas de faire valé l'obro
Escricho en prouvençau que degun coumprenié,
Veguères qu'aquèu drôle èro pas un manobro,
E que d'un blad nouvèu éro lou meissonié !
VI
Diguères : « Lou Francès es proun riche per poudre
« Leissa canta'n pouèto en parla d'autri-fès,
« De vers en franchimand n'auren toujour à boudre,
« E piei lou prouvençau es l'einat dou francès ! »
VII
Vaqui perce toujour t'amaren, Lamartino,
Tu qu'as bressa Mirèio e vist si prémié ris.
Aro que la Prouvenço es uno Palestino,
Te saludan prémié Félibre de Paris !

Inauguration de la rue Jasmin
Après a eu lieu l'inauguration de la rue
Jasmin, située dans l'un des coins les plus
poétiques de Passy.
Là, M. Sextius-Michel, président des Cigaliers ; M. Paul Strauss,délégué du Conseil municipal de Paris, et M. Elie Fourès, au nom des

Appelé àjouer un rôle modeste dans votre journée
des souvenances, je suis presque tenté de m'écrier,
comme un personnage connu: ce qui m'étonne le
plus dans cette cérémonie, c'est de m'y voir !
Non pas, messieurs, que j'apporte ici des sentiments qui ne soient pas en harmonie avec les vôtres.
M. Sextius-Michel, le président des Félibres, a bien
voulu rappeler, avec une bienveillance trop grande,
la part que j'ai prise, avec quelques-uns de mes collègues, et surtout avec Mesureur, à l'hommage rendu
par Paris à la mémoire de Jasmin, et j'ai accepté
comme un grand honneur de représenter le Conseil
municipal au milieu de vous.
C'est que je sens mon impuissance à pénétrer dans
l'intimité de votre dialecte, de votre langue, et que
je suis réduit à n'admirer, qu'à travers la traduction,
vos troubadours et vos Félibres.
Mon ignorance profane ne va pas toutefois jusqu'à
prendre pour argent comptant toutes les sottises débitées sur votre compte, toutes les calomnies répandues contre vous, par ceux qui ne craignent pas de
dénaturer vos intentions et de travestir votre physionomie.
Les Gascons et les Provençaux n'ont à recevoir
de personne des leçons de patriotisme; ils ont été
les meilleurs artisans de l'unité française.
Il n'y a rien d'excessif dans votre fidélité littéraire,
rien qui puisse porter ombrage à la mère-patrie;
c'est une coquetterie charmante et une prétention
raffinée. Vous tenez à faire des jaloux parmi nous,
puisqu'ils nous est malheureusement interdit de goûter dans leur suc, de savourer dans leur moelle vos
grands morts, Gondouli, Jasmin, Aubanel; nos illustres contemporains, Frédéric Mistral, Roumanille,
Félix Gras, Auguste Fourès.
Mais quelle revanche vous prenez et quelle compensation vous nous offrez dans la production nationale! Vos poètes ont les plus belles palmes, vos.
musiciens, vos chanteurs, vos peintres, vos sculpteurs
recueillent toutes les couronnes, vos orateurs sont
l'éloquence même !
Et ici, dans notre cité si fìère de vous, n'avezvous pas la première place par vos qualités primesautières, votre inaltérable bonne humeur, les grâces
de votre esprit et la séduction de votre talent?
Ah! messieurs, quel malheur pour la France et
pour Paris si le Midi n'existait pas!
Vos qualités, vos défauts même, s'ils vous était
possible d'en avoir, ont contribué à former le tempérament français, à le mettre au point, à lui donner
ce bel équilibre qui fait sa force et son charme.
Car, s'il est une race qui n'ait pas à se plaindre de
la destinée, c'est bien la vôtre. Vous êtes de purs

�Lou Viro-Soulèu
Français en restant d'exquis Méridionaux et vous
avez tout ensemble, l'originalité féconde et l'assimilation conquérante.
Vous ne rêvez pas de chimériques retours en
arrière, vous cherchez seulement à garder vos dieux
lares. Qui songerait à vous en blâmer ? L'amour
du pays natal et des premières coutumes est le fondement et le point de départ d'un patriotisme élargi,
d'une civilisation agrandie.
Messieurs, à Paris vous êtes chez vous! Nul ne
saurait avoir la prétention de vous en faire les honneurs. Je n'en suis pas moins très heureux de pouvoir vous exprimer, au nom du Conseil municipal,
nos sentiments d'aimable et de fraternelle bienvenue.

Fête de nuit au Pré Catelan
Enfin, après un excellent dîner au restaurant
amené au Bois de Boulogue une centaine d'initiés. Partis à onze heures du soir, l'on n'est
arrivé, grâce aux ténèbres et à l'ignorance de la
route, sur la tombe du pauvre troubadour Catelan que vers les une heure du matin, ce qui
a eu l'incomparable avantage de permettre la
célébration intégrale de nos mystères mythriaques, hors la présence de tout profane.
Frédéric Mistral, Paul Arène, Clovis Hugues,
Maurice Faure ont dit des poésies en l'honneur
de Marguerite de Provence, de la reine Jeanne et
du Cigalier avant la lettre, Catelan amoureux
d'une reine et mort en lui apportant des parfums
et des fleurs.
C'était un spectacle de haut ragoût, au milieu
de la nuit, en plein bois de Boulogue, de voir
les toréadors en costume et porteurs de torches
entourant le monument, tandis que les tambourinaires guidaient une farandole lumineuse, chacun des danseurs portant une lanterne vénitienne.
Mistral a fait jurer de revenir tous les ans
libations

aux

mânes

se trouvaient réunis au restaurant Gillet, sous la
présidence de M. Jules Simon, qui, après avoir
félicité les organisateurs du banquet de leur
initiative, a spirituellement ajouté : «Je regrette
qu'on n'ait pas poussél'idée jusqu'aubout. C'est
ainsi que j'aurais dû venir ici avec le costume
du sénateur Soubigou, et que je n'aurais pas
été fâché de voir Henry Fouquier en tambourinaire. »
M. Henry Fouquier, président de la Cigale à
répondu en ces termes :

MESSIEURS,

des Arènes, de grandes voitures de courses ont

pour apporter nos

45

du

troubadour Catelan. Le serment en a été solennellement pris.
Et maintenant, amis, pour l'année prochaine
vogue la galère Félibréenne et Cigalière vers les
Pyrénées !

La Cigale au Banquet des provinces
pittoresques
Le io juillet dernier, les principaux représentants des Sociétés littéraires provinciales de Paris

L'idée de réunir, à l'occasion de l'Exposition universelle, les différentes Sociétés provinciales, littéraires
et artistiques, ne pouvait que plaire aux Cigaliers
méridionnaux dont j'ai l'honneur d'être le président.
C'est moins flatté encore que touché au fond du
cœur que j'ai accepté cet autre honneur d'être un des
vice-présidents de ce banquet fédératif tenu à Paris.
Car notre réunion d'aujourd'hui ne fait que donner
une forme vivante et plus solennelle à une pensée
qui domine à nos réunions Cigalières, soit à Paris,
soit quand nous retournons dans notre chère Provence
et notre Languedoc, comme l'an passé : cette pensée, c'est qu'en travaillant à défendre, à faire aimer
nos langues, nos traditions, nos littératures locales,
nous travaillons pour la gloire de la France, que nous
voulons faire plus aimable encore en la montrant plus
variée, en ne cachant rien de ses richesses, même les
plus humbles. Je brave la raillerie, messieurs— En
vous voyant autour de cette table, je pense à un bouquet de fleurs! A ce bouquet offert à la Franee,
chaque province a donné sa fleur particulière, l'ajonc
doré, la verveine, la fleur du pommier, la rose des
jardins de Touraine, et la fleur de là-bas, vers l'est,
qui s'appelle : Ne m'oublie^ pas. J'apporte le laurierrose du miïïi, la fleur des Hellènes d'où nous descendons, et le raisindelaCrau, que notre Mistral offrait
déjà à Lamartine en lui dédiant sa Mireille
Si chacun de nous, messieurs, évoquait ici le souvenir des grands hommes et des hommes utiles à la
Patrie qui sont sortis de sa province, nous aurions à
redire ensemble toute l'histoire de France politique,
guerrière, littéraire, industrielle, artistique... Paris,
le Paris de Molière et de Voltaire, n'a rien à envier
à personne ; mais personne n'est réduit à l'envier.
Soyons donc fiers de nos compatriotes de la petite
patrie, qui ont triomphé dans la grande patrie qu'ils
ont servie.
Pour nous, hommes du Midi, il n'est pas besoin
même de rappeler des noms que l'histoire sait, de
Mirabeau à Thiers et à Gambetta, qui, dans des partis divers, ont parlé la langue du patriotisme français
avec l'accent marseillais ou gascon! Nous sommes
ici, les uns chevaliers et pairs, les autres humbles
servants, représentants par eux-mêmes ou par les
morts et les absents dont ils gardent le souvenir, l'intelligence et le génie français, autour d'une table
ronde, comme cette table ronde de vos légendes

�Lou Viro-Soulèu

46

bretonnes, mes chers maîtres Renan et Jules Simon,
que je salue, non parce que vous êtes les plus grands
d'entre nous, mais parce que votre province est la
plus éloignée de ma province, et que vous savez
combien cependant nos cerveaux et nos cœurs sont
unis dans les mêmes espérances ! A Toulon, souvent
j'aime à me mêler aux fêtes des matelots. Les matelots,
vous le savez, se divisent en deux nations : il y a les
Provençaux, de Nice à Bordeaux, et les Ponantais,
de Nantes à Dunkerque. Rien de plus divers d'aspect,
de mœurs, de caractère, de langue. Mais qu'on
embarque. Au sifflet du maître d'équipage, les
avirons tombent et retombent en cadence. Le bouillant Provençal ne va pas d'un autre bras que le
flegmatique Flamand. Le navire, c'est la France, dont
nous sommes les matelots divers. Qu'elle commande,
et nul au nord comme au midi, à l'est comme à l'ouest,
ne lui obéira moins vite que ses compagnons.
Je m'arrête, messieurs. Si on allait croire, par
hasard, que le Midi est discoureur? Je ne veux pas
compromettre sa réputation... Je veux seulement
redire ici ce que je disais, ces jours-ci, à Mistral, dans
une de nos fêtes. Nous avons pour nos banquets une
coupe sainte qui nous vient des Félibres catalans. Nous
pouvons la lever ici, à l'honneur de la France et
choquer le gobelet des buveurs de cidre et la coupe
mystique des Bretons. Les liqueurs sont variées, les
coupes sont diverses; il s'y reflète d'autres cieux et
la douce ivresse qui en sort évoque d'autres souvenirs.
Mais les cœurs sont unis, que dis-je? 11 n'y a ici qu'un
cœur et qu'une âme, ceux de la France !

Les Fêtes Cigalières

dans le XIXe Siècle, ont pu rencontrer, samedi,
un cortège assez nombreux, précédé de tambourinaires tapant sur leurs longues caisses
enrubannées et soufflant dans leurs maigres
flageolets, et d'une estudiantina de jeunes Marseillais pinçant de la guitare comme de vrais
Espagnols. Le cortège s'est arrêté devant le
monument de Gambetta, qu'un député du
Midi, M. Maurice Faure, a éloquemment salué.
Ces promeneurs insolites étaient les Cigaliers et
les Félibres, qui venaient de recevoir Mistral,
de banqueter et de se griser de discours, de
poésies et de chansons. Ils en ont fait bien
d'autres! Le lendemain, sous la présidence de
M. Jules Simon, ils ont tenu un congrès littéraire, voire même une cour d'amour, à Sceaux,
la jolie petite ville que les Provençaux se sont
annexée en y élevant des monuments à deux
poètes méridionaux, Florian et Aubanel. »
Et il ajoute dans VEcho de Paris :
« La pondération de l'intelligence française
est le résultat d'une pondération savante d'éléments opposés. Tout ce qui maintient, pures et
fécondes, ces sources de la province, maintient
et sert le génie national. Il n'y a pas un poète,
pas un romancier, pas un philosophe qui ne doivent beaucoup, dans son œuvre, au souvenir du
coin de terre où il est né. Les Sociétés provinciales ont pour tâche première la maintenance
de ces souvenirs. On ne rougit plus, à Paris
même, des origines provinciales. Tout le monde
les avoue, s'en glorifie. »

*

ET

la Presse.
Tous les grands journaux de Paris et des
départements ont publié des comptes rendus
de nos fêtes.
Paris-Revue, le Petit Marseillais illustré, le
Petit Toulousain illustré, la Gascogne illustrée
ont publié des dessins originaux représentant
la promenade de la Tarasque, la maison de
Florian, le couronnement du buste de Florian,
la fête de nuit au bois de Boulogne, la farandole, la cour d'amour, les portraits de Frédéric
Mistral et de Sextius-Michel et un type de
tambourinaire.

M.Henry Fouquier aconsacré,le même jour,
deux chroniques à nos fêtes dans VEcho de Paris
et le XIX" Siècle.
« Les Parisiens qui se couchent tard, écrit-il

Paul. Arène publie dans le Gil-Blas, du
12 juillet, un article intitulé « Tambourins et
Galoubets » qui commence ainsi :
« Mènent-ils un sabbat, depuis quelques
jours, ces enragés tambourinaires!
« Au Trocadéro, salle énorme et mangeuse
de sons, leur rustique musiquette semblait un
peu perdue; mais comme ils se sont rattrapés,
les gaillards, dans les rues à échos de notre
cher Paris, avec quelle indomptable ardeur ils
ont fait rossignoler le buis creux, et ronfler, sous
l'olive d'ivoire, la mince peau tendue en travers
de laquelle une cordelette, sans cesse frissonnante, imite la chanson vague et harmonieusement monotone des cigales en temps de
moisson
« Le lendemain, à Sceaux, ville charmante
et verdissante, où les habitants pavoisent avec
des fleurs, précédant le char des jardiniers et le
cortège en tête duquel Jules Simon et Mistral

�Lou Viro-Soulèu
marchaient côte à côte, nos tambourinaires
accompagnaient l'énorme Tarasque à carapace
d'or qui fut offerte par Cernuschi et dont le bon
peintre Charles Toché a la direction et la
garde.
« Toché, un Breton ! Pourquoi pas? En effet,
c'est chez ce Breton que la Tarasque habite.
Pour mieux affirmer la fraternité des provinces,
nous n'hésitons jamais, nous autres Félibres, à
confier dans nos fêtes aux Bretons et même aux
Normands les missions particulièrement délicates et glorieuses. »

Dans le Gil Blas du 14 juillet, Séverine publie une chronique sous le titre « Cigales » :
« La Tarasque est bien jolie tout de même!
et elle m'égaie et m'amuse, cette tortue à face
humaine, comme le joujou de tout un peuple.
« Des générations et des générations ont
passé autour d'elle, se tenant par la main,
menant au son des tambourins et des galoubets,
cette farandole éternelle qui s'appelle la course
à la mort. Et, tant qu'il y aura une Provence
tendant ses lèvres de piment au baiser blond
du Phcebus radieux, la Tarasque se promènera
de ville en ville, de village en village, par les
routes poudreuses, bordées de haies de roses,
ombrées par les oliviers gris!
« Ce n'est point une idole avilissante comme
le Veau d'or; ce n'est point une idole cruelle
comme le Bœuf égyptien ; ce n'est point une
idole gloutonne comme le Géant des ducasses
flamandes. »
Voici le beau portrait de Martin (de Nîmes)
tracé par Séverine :
« Pauvre Midi ! L'a-t-on assez décrié, assez
ridiculisé, assez calomnié — de ceux-là même
qui en sont, de ceux-là même qui en vivent!
« La belle madame de Swetchine venait de
soupirer délicieusement la Cansoun de Magali,
de Mistral, on avait applaudi à tout rompre
les beaux vers de Paul Arène, et, sur l'estrade,
un homme disait en patois une fable méridionale de Bigot : l'histoire du héron de la Fontaine appliquée à une fillette trop difficile en
son choix d'un mari.
« Curieux, l'artiste, un Félibre qui s'appelle
Martin (de Nîmes), et qui est tout simplement
un des meilleurs diseurs et un des plus fins
mimes que j'aie jamais rencontrés!
« Un long nez tombant tout droit ; des yeux
noirs, grands peut-être, mais percés en vrille et
pétillants de malice; les cheveux allongés jus-

47

qu'au col de l'habit mais point secoués de
mistral ainsi que la crinière léonine de Clovis
Hugues, aplatis, au contraire, onctueusement
plaqués contre la tête, comme ceux d'un vicaire
campagnard.
« Avec cela, une bonhomie narquoise de
paysan qui met le monde dedans, et une gaieté
quasi-ecclésiastique pleine de sous-entendus et
de fines paillardises.
« Un grand artiste —je ne m'en dédis pas!
— qui, physiquement, ressemble au pape, mais
aussi à ces improvisateurs italiens qui, sur les
quais de Naples, ravissent et enthousiasment la
foule des lazzaroni.
« Il en a la fougue, le geste patelin ou
brutal, la voix de tête ou de ventre, suivant que
parle dans le récit, une femelle ou un mâle, l'œil
extatique ou grivois ou tremble une petite larme
d'émotion ou de gaieté matoise.
« Celui-là appartient au Midi populaire qui
s'ébroue d'un rien, piaffe dans le rire, et soudain, en écoutant une mélopée en mineur,
l'histoire triste d'une cigale morte de froid en
pays d'Oil, invoque Dieu, son Fils, les Saints
du Paradis et verse toutes les larmes de son
corps.
« Que d'autres s'en moquent, de cette chère
race d'emballés !
« Moi j'en suis!
Elle termine ainsi :
« Les fils du Midi ont gardé quelque chose
de la gaillardise de leurorigine ; ils ont pour le
péché une extrême indulgence et pour la femme
un culte agenouillé.
« Cela n'est déjà pas si banal, par le temps
de goujaterie qui court!
« Leurs légendes, comme leurs poésies, sont
tout pleins d'elle. En vain, les siècles passent;
en vain, les cataclysmes sociaux bouleversent
le monde — ils restent fidèles à l'antique tradition.
« En cet an 89, où tout est au Centenaire,
savez-vous ce qu'ils ont été faire, lundi soir, farandolant avec des lanternes à travers bois,
comme un essaim de lucioles?
« Ils ont été dire des vers, chanter et danser
autour de la croix qui s'élève à droite du PréCatelan.
« Sous cette croix repose un trouvère qui
donna son nom au champ dans lequel il fut
enseveli.
« Il était l'amant de la reine Marguerite de
Provence, femme de Philippe-le-Bel ; il revenait
vers elle, après un long voyage, chargé de parfums qu'il était allé cherché en leur pays natal.

�48

Lou Viro-Soulèu

« Le roi le fit méchamment mettre à mort,
et fit étrangler la reine avec ses longs cheveux
noirs tant baisés, dans les nuictées de tendresse,
parle pauvre Catelan.
« Il y a six siècles de cela, et depuis six
siècles la légende s'est maintenue intacte dans
le Midi pieux aux choses d'amour.
« Allez donc en demander autant « ceusses»
du Nord, té! »

Le vicomte d'Albens (Marie de Rute) n'est
pas moins enthousiaste dans la Nouvelle Revue
internationale du 15 juillet :
« Tous les ans, Félibres et Cigaliers, bras-dessus, bras-dessous, s'en vont dans la jolie petite
ville de Sceau fêter la poésie, et se réunir en
cour d'amour.
« Programme charmant, si simple, et si difficile pourtant à remplir! Songez-donc ! il faut,
pour cela bannir la politique et chasser tous les
soucis pour revenir vers la vingtième année,
vers ces heures enthousiastes de la jeunesse qui
ne sonnent qu'une fois.
« Telle est la force du sang généreux qui
court dans les veines des fils du Midi, tel est
leur respect de la tradition, que tous accourent
au rendez-vous et, deux*jours durant, sont en
liesse, s'amusant comme des escholiers ou
comme des poètes lyriques.
« Paris est si bien à eux ! Non point le Paris
morne et boueux auquel nous sommes habitués, mais le Paris délicieux peuplé d'ombres
et de rêves, que connaissent seuls ceux qui
trouvent que le jour est fait pour dormir et la
nuit pour vagabonder. C'est le Paris de Musset, de Gérard de Nerval, de ceux qui aiment
la froideur de la lune, ce « soleil des amoureux»
la chanson de l'eau sombre, l'harmonie du silence...
« Les Félibres vivent donc, en grande partie,
la nuit. Terreur des concierges et des locataires
tranquilles, ils rentrent à des heures invraisembles et sont les derniers survivants de cette vie
de bohème, si joliment narrée par Miirger.
« Ils forment une race à part, que l'on aime,
parce qu'elle est spirituelle et convaincue et que,
dans toute manifestation généreuse, on est assuré de voir le Midi donner de l'avant. Gambetta en était de ce Midi, où, si l'on sent l'ail,
on sent aussi la poudre ; Mignet en était; Clovis Hugues et tant d'autres en sont, et nous,
gens du Nord, nous en sommes un peu aussij
car nous les aimons pour leurs défauts qui nous
plaisent comme nous plaît la turbulence d'un
enfant gâté.

Les fêtes annuelles des Félibres sont donc
toujours intéressantes....

*

*

D'autres chroniques ont également paru dans
le Soleil du 5 juillet, sous la signature du Cigalier Niel (Furetières) ; et le vaillant Félibre
Charles Maurras n'a pas consacré moins de cinq
articles à nos fêtes dans V Observateurfrançais des
9, 10,11 et 12 juilletet dans le dernier numéro
de la Revue félibréenne.
Jean Mouné et Hippolyte Messine ont fait, en
provençal, le compte rendu de nos fêtes dans
lou Felibrige de juillet, et dans la Cigalo d'or du
Ier août.

ÉCHOS CIGALIERS
La réunion d'août de la Cigale a été l'épilogue délicieux de nos fêtes. Elle a eu lieu
au Palais-Royal sous la présidence de Théodore de Lajarte, le principal organisateur du
concours des musiques pittoresques.
On s'est beaucoup félicité du succès de nos
fêtes parisiennes et des dispositions ont déjà
été prises en vue de nos prochaines fêtes pyrénéennes.
Théodore de Lajarte, E. Villa, Albert Tournier, Caristie-Martel (de la Comédie-française),
Maurice Faure, Frédéric Amouretti, Bonvoux,
Richard (du Cantal) ont successivement pris la
parole et on ne s'est séparé qu'après avoir
entendu une poésie de Victor Hugo, dite par
Caristie-Martel avec son talent véritablement
magistral.

M. l'abbé Rousselot, professeur à l'Institut
catholique de Paris, vient de fonder avec le concours des hommes les plus considérables une
société dite des Parlers de France, qui a pour
but de mettre en lumière, avant la destruction
qui les menace, les formes de langage si variées
qui régnent sur le territoire français.

La fête de la Pomme qui a eu lieu dimanche
dernier, à Ville-d'Avray sous la présidence de
M. Jules Simon a été particulièrement réussie.

�Lou Viro-Soulèu
M. Lemerre, maire de Ville-d'Avray, avait
réuni M. Jules Simon, le bureau de la Pomme,
quelques Cigaliers amis, entr'autres Paul Arène,
Jules Arène, Silvestre, Albert Tournier, dans un
déjeuner intime sous les grands arbres de la villa
Corot dont il a fait royalement les honneurs.
Au banquet, qui a eu lieu le soir, sur les bords
du lac, Jules Simon n'a pas oublié la Cigale,
dont il avait présidé l'une des fêtes, et Paul
Arène lui a répondu très spirituellement:
« J'enviais le bonheur de la Cigale : cet insecte
heureux ne fait pas de copie pour gagner son
pain; il n'a besoin pour se nourrir, ni de grain
ni de vermisseau, quoiqu'en dise le fabuliste.
La rosée du ciel lui suffit. Semblable aux Dieux,
le sang ne court pas dans ses veines. Mais en ce
monde le bonheur n'est jamais complet et je
cherchais vainement ce qui pouvait manquer à
celui de la Cigale. Ce qui lui manque, je le sais
aujourd'hui. Après avoir chanté, elle meurt aux
moissons sans connaître la Pomme. Aussi je bois
au nom des Cigales mortes mais qui doivent
renaître, aux pommes qui sont en train de mûrir! »
*
* *
Belle et brillante réunion des Félibres, au
café Voltaire, le deuxième mercredi d'août. Frédéric Mistral a donné, dans cette séance mémorable, aux Félibres de Paris, le primeur de son
magnifique drame : La Reine Jeanne,
Cette pièce, d'une envolée puissante et superbe, a été très vigoureusement applaudie,
comme elle le sera d'ailleurs à nos prochaines
fêtes d'Orange, où Mounet-Sully et Paul Mounet doivent la jouer sur la scène du ThéâtreAntique.
La séance littéraire avait été précédée d'un
banquet où Paul Arène, a porté la santé de
Marcabrun, le chat de Mistral qui garde, à
Maillane, la maison laissée vide.

*

*

49

non tenuisti, Ideo, Supplex venio, cum lacrymis, genibus clavetatis in terra oculis ad terram fixatis, tibi presentaré orationem meam,
ut illam exaudias cum rapiditate quae non est,
avouemus inter nos, in habitudinibus tuis,
oportet hoc non tuam provocaré indignationem, quandiquidem veritates sola; soient
fachare.
« Sum maladus, teneo chambram. Bene fec
non faciens iter ut videren festam vestram
Felibrorum parisiensium Cigaliorumque tambourinantium et farandoulantium. Vere teneo
chambram, quam medicus ordonavit tenere
usque ad Dominicain, idest, post cras. Octo
dies sunt in quibus sum plenus doloribus.
Severa dieta prescrita est, et boutica non vidit
blancam barbam meam opacam et neglijatam.
« — Post cras, eam videbit, et armana erit
in chantiero, numque tempus pressât et urget,
et gens provençalis vuet serviri ad epocam
habitualem. Oportet despachare operationem.
« Ergo, Arena, oportet etiam te arenare, si
non ad hue arenavisti. Promisisti. Tene promessam, et rondamenter, si non vis me, cum
indignatione vehementissima, videre esclupantem duas poutarrassas tuas vividas, ventripotentas,et patriarchum venerabilem Felibrorum,
eorum Capoulierum, foulare sub pedibus suis
ruinas distorum poutarrassorum ventripotentium.
« Dixi. Et nos omnes tesaludamus, embrassantes paressossimum amicorum nostrorum.
Amen.
« Capoulierus amantissimus.
« J.

ROUMANILLE.

« Loco Sigilli.
« Villa Papaparum, 2 aousti 1889. »

*

Le capoulié Roumanille, en s'excusant de ne
pouvoir assister à nos fêtes Cigalières, a adressé
la jolie lettre suivante à Paul Arène, écrite en
latin macaronique, en souvenir, sans doute,
d'Antoine Arène, l'illustre ancêtre de son correspondant :
« Amicissime Arena,
« Promisisti prosam beluguejantem tuam pro
armanade 1890. Promissam tuam, quœtantum
me regalavit, quum poutarassas tuas amplissimas, ventripotentes non omnes regalaverunt,

On nous annonce que la rue de la PetiteCroix, où reposent les restes de Florian, va
s'appeler désormais rue des Félibres, d'après
une décision récente du Conseil municipal de
Sceaux.
*

*

*

Le Comité de Jaime-le-Conquérant, désireux
d'honorer la mémoire du plus illustre des enfants
de Montpellier, a organisé, le 28 juillet dernier,
une Félibrée languedocienne et provençale.
Cette Félibrée a eu lieu au château de Lenga-

�Lou Viro-Soulèu

50

que M. Henri Mares, correspondant de
l'Institut, a bien voulu mettre à la disposition
des organisateurs de cette fête littéraire, au
cours de laquelle M. Frédéric Donnadieu, président de la Maintenance de Languedoc, a prononcé un très éloquent discours.
Tan,

M. Jean Anthouy, de Bagdad, traduit en langue arabe le dernier roman de Paul Arène, La
Chèvre d'Or.
*

Le Cigalier Auguste Truphème a eu la douleur de perdre sa femme. La Cigale tout entière
s'associe au deuil de notre ami.
*

*

*

Par une coïncidence curieuse, au moment où
nous nous rendions à la fête de Sceaux, nous
avons reçu d'Egypte une petite plaquette, imprimée à Alexandrie sur papier rose, VOmbre
errante, poème par M110 Rousseil, de la ComédieFrançaise.
Les Félibres et les Cigaliers n'ont pas oublié
la participation brillante de l'éminente artiste à
notre première fête de Sceaux, présidée par Aubanel ; et nous sommes heureux de profiter de
l'occasion qui nous est offerte d'adresser un
salut de cordiale confraternité à l'illustre tragédienne.

provençales dont vous avez été l'âme, qui ont
ensoleillé Paris, et auxquelles le brûlant Cigalier
Albert Tournier m'a invité à prendre part en
qualité de... rimeur du pays de Brizeux, —me
permettre de vous offrir l'hommage d'une
poésie qui m'a été suggérée par votre compatriote Paul Arène.
« Paul Arène qui est un chercheur sagace en
même temps qu'un poète exquis, appela un
soir, au dîner des Félibres, mon attention sur
un fragment curieux d'une lettre du commissaire Delbarade à l'amiral Villaret-Joyeuse.
Delbarade (V. Les Guerres maritimes de la République et de l'Empire, par l'amiral Jurien de la
Gravière) écrivait à la date du 11 juillet 1794,
c'est-à-dire au plus fort de la Terreur : « Il convient de donner aux équipages des bignoux tt
des tambourins pour entretenir la joie parmi
eux... »
« Il s'agissait, en effet, de combattre les épidémies qui décimaient la flotte. Or, quelle
meilleure mesure hygiénique que celle qui a
pour but d'assurer la santé de l'âme, de guérir,
par l'évocation charmeuse du pays natal, cette
cuisante nostalgie dont souffre le matelot arraché aux landes brumeuses de Areiz-Izel, le
matelot arraché au grand souleù de la Prouvenço
« Binious et tambourins sont au même titre
de merveilleux évocateurs. Les tambourins,
c'est votre Provence, la Provence de Mireille!...
Les binious, c'est la Bretagne de Marie, la Bretagne de tous les Bretons qui rêvent et de
« Votre très humble... Félibre de l'Ouest
(comme dit Renan en parlant des Celtisants),
« Léon
Paris,

L'inauguration du buste de Lafare-Alais doit
prochainement avoir lieu à Alais, en même
temps que celle de la statue de Dumas, sous la
présidence de Pasteur. M. Gourdoux, l'un des
amis et élèves du vieux marquis cévénol, a été
chargé par les Félibres de Paris de prendre la
parole en leur nom.

Le Breton Léon Durocher, soci du Félibrige
parisien, vient de publier, chez l'éditeur Léon
Vanier, une plaquette ayantpour titre: Binious
et Tambourins, illustrée par M. Ad. Léofanti.
Cette poésie, est précédée de la dédicace suivante adressée à Mistral.

14

juillet

»

Voici la jolie réponse de Mistral :
« Mon cher poète,
« La coupe sainte des banquets Félibréens
est supportée par un palmier d'argent au pied
duquel s'embrassent deux femmes belles et
rêveuses. Les strophes alternées où vous faites
chanter le biniou de Bretagne et le tambourin
provençal me rappellent le graal de nos mystères poétiques ; et je bois dans vos vers, en
trinquant avec vous, l'illusion et le charme de
tous nos souvenirs.
« A vous, ami, et à la Bretagne.
« F.
Paris,

16

juillet

1889.

« Mon cher... capoulié,
« Voulez-vous, — au lendemain de ces fêtes

DUROCHER.

1889.

*

*

MISTRAL.

»

�Lou Viro-Soulèu

51

Le Cigalier Caristie Martel, de la ComédieFrançaise, vient de publier, chez Tresse et Stock,
Cythere, un délicieux volume de poésies dont
plusieurs sont dédiées à quelques-uns de ses
collègues de la Cigale.
Voici la lettre charmante, servant de préface
à ce petit volume, et qui est adressée à Caristie
Martel parle président d'honneur de la Cigale :

MON

CHER

CONFRÈRE

CIGALIER,

Un éditeur intelligent et lettré a donc l'idée
excellente de vous demander cette série de poèmes
dont nous avons eu la primeur à la Cigale, je l'en
félicite et j'en félicite le public.
Vous nous donnerez, pour commencer, —
Cythere— et vousavez raison. Je ne puis oublier
la joie et la satisfaction ardente que cette lecture
nous a causées. Cependant je craignais d'avoir
été séduit et trompé par cet art de bien dire que
vous possédez à si haut point.
Mais je viens de lire moi-même cette noble et
large poésie, et je reconnais que mon inquiétude
n'était pas fondée; soyez sûr que le public vous
applaudira comme nous vous avons applaudi.
Permettez-moi un souvenir où il entre un peu
d'amour-propre : je me rappelle que vous avez
joué trois grands rôles dans la Fille de Roland,
allant du duc Nayme à Ganelon et de Ganelon
à Charlemagne. J'étais frappé de cette rapide
intelligence qui vous faisait comprendre successivement toutes les nuances de ces trois rôles ;
je me disais : il y a là quelque chose de plus
qu'un comédien éminent. Je n'avais pas tort :
il y avait un poète, le poète de Cythere.
Recevez de nouveau, mon cher Cigalier,
avec toutes mes félicitations, l'assurance de
toutes mes sympathies.
HENRI

DE

BORN1ER.

Nous apprenons, à la dernière heure, que
le général Riu vient d'être cruellement
frappé dans l'une de ses plus douces, dans l'une
de ses plus chères affections.
L'une de ses filles, mariée depuis un an à
peine à son aide de camp, M. le lieutenant Ponsignon, vient de mourir à Paris à la suite de ses
couches.
Nous adressons à notre ami le général Riu et
à tous les siens, si durement éprouvés, l'expression des sentiments douloureusement attristés
de toute la Cigale.
M.

Fêtes Cigalières de 1888.
On n'a pas oublié les fêtes Cigalières dans les
villes romaines du Midi de la France qui eurent,
l'année dernière, un si éclatant retentissement.
A l'issue de ces fêtes, le bureau de la Cigale
avait décidé la publication d'un volume renfermant le récit de ces brillantes manifestations,
les documents Cigaliers et Félibréens (discours,
poésies) qui s'y rapportaient et les divers
comptes rendus qui leur avaient été consacrés
dans la presse parisienne et régionale.
Les divers éléments de ce volume ont été
recueillis par le secrétaire de la Cigale; mais
l'impression n'en a pas eu lieu pour divers motifs,
dont le plus impérieux est la pénurie naturelle
et charmante de notre Trésor Cigalier.
Aussi croyons-nous devoir signaler aux collectionneurs les indications rétrospectives suivantes
qui pourront être utilisées par les historiographes futurs de ces fêtes.
Le récit officiel des fêtes est rédigé dans le
Mois Cigalier, d'août 1888.
Les poésies et discours officiels se trouvent
dans les collections de la Revue félibréenne etdu
Mois cigalier de l'année dernière.
Les discours prononcés par Frédéric Mistral
et Marius Girard à la Sainte-Estelle d'Avignon,
ont été imprimés chez Roumanille, et celui prononcé le 15 août 1888 parjulien Félix, conseiller
à la cour de Rouen, au nom de la Société Normande de géographie, lors de l'inauguration à
Nîmes du buste de Paul Soleilleta été imprimé
à Rouen, à l'imprimerie Espérance Cagniard.
Enfin de nombreux correspondants ont fait le
compte rendu de notre manifestation poétique
dans divers journaux dont voici la date et la
nomenclature :
GilBIas: 15, 16, 18 août, articles de Stoullig.
— Le 19 août, chronique de Paul Arène. — Le
20 août, chronique de Grosclaude.
Paris :

18

août, chronique de Montorgueil.

Temps: 14, 1 5, 16, 17, 18, 19, 20 août : chroniques et feuilleton de Francisque Sarcey.
Figaro : 13 et 20 août, chroniques d'Henry
Fouquier;— 18 août, chronique d'Emile Blavet
(Parisine); — dépêches d'Albert Tournier, les
13, 14, 15, 16 et 18 août.

�Lou Viro-Soulèu

52

Journal des Débats : 15 et 17 août, par Félicien Champsaur.

catholique de Nîmes, le Journal du Midi ont
publié à l'époque divers comptes rendus.

Presse : 16 et 21 août, par Champsaur.

Deux numéros spéciaux parurent à Orange et
à Nîmes à l'occasion des fêtes : Arausio par
Charlé (Desplans) et les Fêtes Cigalières et Languedociennes parles soins de Jules Bonnet.

Evénement: 12, 13, 14, 15, 16 et 18 août,
dépêches d'Elie Fourès.
France : 14 août, poésie de Clovis Hugues à
la comtesse de Die. — 18 août, chronique de
Francisque Sarcey. — 20 août, chronique de
Clovis Hugues.

Le Monde illustré du 15 août publia un très
beau dessin de Paul Maurou contenant les bustes
de la comtesse de Die par M"10 Clovis Hugues et
de Paul Soleillet par Amy, la représentation du
théâtre an tique,la médaille des Félibres parisiens,
et le portrait des Cigaliers, organisateurs de ces
fêtes. Ce dessin sert de frontispice à la collection
du Mois Cigalier de 1888.

Estafette: 14, 15, 16, 17 et 18 août, articles
d'Edouard Petit et le 19 août, article de Sarcey.
XIX' Siècle : 13, 14, 15, 16, i8août, comptes
rendus télégraphiques par Robert Kemp. —Le
17 et 26 août, articles de Sarcey. — Le 23 août,
chronique d'Henry Fouquier.
Le Matin : 18 août, chronique d'Henry des
Houx.
Gaulois : 4 août (préface des fêtes, décoration
de Mounet-Sully).
Observateur Français: 13, 14, 16, 17, 18 et
21 août par Charles Maurras.
La Paix : dépêches, le 12, 13, 14, 15, \6 et
17 août.

L'écho de nos fêtes alla jusqu'en Bretagne,
occupée elle aussi, à fêter Brizeux ; car nous
trouvons dans Y Echo du Morbihan du 14 septembre 1888 une dépêche adressée parle bureau
de la Cigale, du Pont-du-Gard, à M. Ernest
Renan :
« Au terme de leur manifestation poétique, les Cigaliers s'associent aux hommages
rendus à Brizeux, qui encouragea à ses débuts
la renaissance provençale et vint mourir sous
le ciel du .Midi.
Henry

Petit Journal : dépêches de René de Cuers.

FOUQUIER,

Maurice

FAURE,

Albert

TOURNIER. »

Le Parti National: articles d'Adolphe Brisson.
Revue Félibréenne: Paul Mariéton a fait dans
les numéros de fin d'année le récit des fêtes qui
se trouve contenu dans son nouveau volume,
la Terre provençale, paru chez Lemerre.
Nouvelle Revue internativnale : 3 1 août, récit
des fêtes « a vol de Cigale » par Marie-Lcetitia
de Rute. — Article d'Armand de Pontmartin
sur Œdipe-Roi.
Revue d'histoire contemporaine : ior septembre 1888, les fêtes d'Orange, avec le portrait
et la biographie du Cigalier-ministre DelunsMontaud.
M. Adrien Chevalier a publié de nombreux
articles dans le Journal de Die; Louis Roumeux,
dans VEclair de Montpellier; Michel, dans le
Petit Marseillais; Dr Geoffroy, dans le Littoral;
H. Bout de Charlemont, dans le Radical de
Vaucluse; Astruc, dans le Zou.
Le Petit Méridional, le Petit Provençal, le
Forum et VHomme de Bronze, d'Arles, VÉclaireur
des Alpes, de Grenoble, A Nous! journal radical-

Paris. Typ.

PAUL SCHMIDT. —

Dimècre que vèn, n de Setembre,
aura lia la dinado dàu
PARIS,

FELIBRIGE

DE

à set ouro de la vesprado, au café

Voultaire.
Li Felibre que voudrait èstre de la
taulado deuran escrièure avans dimècre,
à

M. VANI,

l'oste di Felibre (i, plaço

de l'Oudeoun).

Le Gérant :

Après la dinado, sesibo literari.

CÉLESTIN

(clïïj
|8fZKBS

BONNET,

4, boul. du Temple.

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              <text>Lou Viro-Soulèu : Flourissènt touti li mes souto l'aflat di felibre de Paris. - Annado 01, n°08-09 (août-septembre 1889)</text>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - N°8-9, août-septembre 1889</text>
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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/aea61bf1834f34bee63eb0e2b3117e51.jpg</text>
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              <text>Lou Viro-Soul&amp;egrave;u (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13127"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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