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&amp;C°

BÉZIERS

8.

Avoust 1890.

SEGOUNDO ANNADO

Lou Viro-Soulèu
FLOURISSÈNT TOUTE LJ MES

SOUTO L'AFLAT
REDACIOUN

Dl

FELIBRE DE PARIS

PRES DE L ABOUNAMEN

11, oarriero de Oujas

PER UN AN

ADMÏNISTRACIOUN

51, carriero Moussu lou Prince

Quaranto Sòu

FÊTES CIGALIÈRES i FÉLI6RÉENNES
DU SUD-OUEST
(9-18

AOUT

SAMEDI

1890)

9 AOÛT

Départ, à la gare d'Orléans, des Cigaliers, des Félibres et de leurs
invités, par le train de 7 heures -45 du matin.

FÊTES GASCONNES
I. FÊTE AGENAISE
Arrivée à Agen à dix heures 17 du soir.
Réception par la Municipalité et par la Société des Sciences, Lettres
et Arts, avec le concours des Musiques et Sociétés chorales.

FÊTE DE NUIT — VIN D'HONNEUR A L'HOTEL DE VILLE
DIMANCHE

10 AOÛT

A neuf heures du matin :

INAïïaïïRATIOI DU MONUMEIT DE CORTÈTE DE PMDES
Œuvre du sculpteur AMY.
Discours de M. Sextius-Michel, Président du Félibrige parisien, de M. le Maire d'Agen, etc.
Poésie française : A Cortète de Prades, par M. Elie Fourès.
Poésie gasconne :

Id.

par M. Ch. Ratier.

Rapsodie gasconne (airs populaires du pays), composée par M. Ratèz.

A onze heures précises :
Banquet organisé par la Municipalité et la Société des Sciences,
Lettres et Arts.

�Lou Viro-Soulèu

48

A trois heures :

CERÉMOIIE A LA MAISOI DE JASMIN
Inauguration d'une -plaque commémorative en langue gasconne.
Discours de M. Bladé, correspondant de l'Institut, Président de la Société des Sciences,
Lettres et Arts. — Allocution de M. Henry Fouquier, Président de la Cigale.

A six heures 20 du soir :
Départ d'Agen pour Montauban, arrivée à Montauban, à 8 h. 20 du soir.

II.

FÊTE

MONTALBANAISE

A huit heures et demie du soir :
Réception à la gare et à l'Hôtel de Ville par le Comité des fêtes avec
le concours des Sociétés locales.
Soirée littéraire : Concert donné par

LUNDI

I I

Z'ESTUDIANTINA. —

Punch d'honneur.

AOÛT

A neuf heures du matin :
Ouverture de l'Exposition spéciale des œuvres d'Ingres et de son père,
organisée à l'occasion du voyage des Cigaliers et des Fêlibres.
Visite aux Monuments de la Ville (à la cathédrale : tableau historique d'Ingres
« LE VŒU DE LOUIS XIII »).

A midi :

Déjeuner offert aux Cigaliers, aux Félibres et à la Presse parisienne
Dans l'une des salles du Lycée.

A trois heures :
CÉRÉMONIE EN L'HONNEUR D'INGRES
Inauguration d'une plaque commémorative.

COURONNEMENT

DE

LA

STATUE

D'INGRES

Œuvre d'Etex.
Discours de M. le maire de Montauban, de M. Henry Fouquier, etc.
Poésie gasconne de M. Quercy.
Cantate du compositeur montalbanais Saintis, exécutée par toutes les Sociétés chorales
de la ville. [Paroles en langue d'Oc!

A six heures 35 du soir :
Retour à Agen. Arrivée à 8 h. 18 du soir.

�Lou Viro-Soulèu

MARDI

I 2

49

AOÛT

Départ d'Agen pour Auch, à 10 h. 21 du matin.
Arrivée à Auch à midi 3.

III.

FÊTE

AUSCITAINE
A

midi :

Réception des Félibres et des Cigaliers à la gare, par la Municipalité, les Pompiers, les Musiques et Orphéons de la ville d'Auch, et
les Musiques, Orphéons et Fanfares du département.
A l'Hôtel de Ville, bienvenue souhaitée par M. le Maire aux Cigaliers
et aux Félibres. — Vin d'honneur.
Concert sur la place de l'Hôtel-de- Ville.
A

une heure :

INAUGURATION DU MONUMENT DE SALUSTE DU BARTAS
Œuvre du Félibre Victor
Discours de

M.

MAZIÈS.

Henry Fouquier.

Poésies françaises à du Bartas, par

A

MM.

Jean Floux, Joseph Gayda et Bourdelle.

deux heures :

Lunch sur la terrasse de la Préfecture, offert aux Cigaliers et aux
Félibres par M. le préfet Boudet. Concert donné par Z'ESTUDIANTINA
AUSCITAINE.

A

trois heures :

Visite de la Ville et de ses Monuments.
A

cinq heures :

Banquet.

Pendant le Banquet, les Musiques, les Orphéons et les Fanfares se feront entendre sur la
place de l'Hôtel-de-Ville.

A

huit heures et demie :

SÉANCE

LITTÉRAIRE

Discours de M. Georges Niel.
Poésie de M. Clovis Hugues aux illustrations militaires de Lectoure.
Ode à Dastros, par M. J. Noulens.

Illumination de l'Hôtel de Ville, de la place de l'Hôtel-de-Ville, de
la rue de la République, de la place Saluste du Bartas et des allées
d'Étigny.
A

dix heures :

Feu d'Artifice.

�Lou Vho-Soulèu

50

A dix heures et demie :
GRAND BAL SUR LA PROMENADE D'ÉTIGNY
Départ d'Auch pour Tarbes, des Cigaliers et des Félibres,
le mercredi 13 août, à 7 h. 16 du matin.

FÊTES PYRÉNÉENNES
I.

FÊTES BIGOURDANES
MERCREDI

13

AOÛT

Arrivée à Tarbes à 10 h. 8 du matin.
Réception à la gare par la Municipalité et la Société académique.
A onze heures :

BANQUET ORGANISÉ PAR LA MUNICIPALITÉ
A une heure :

INAUGURATION DU MONUMENT DE THÉOPHILE GAUTIER
Œuvre de Mme Judith Gautier et de M. Henri Bouillon.
Discours de M. Henry Fouquier, de M. le Maire de Tarbes, du Président de la Société académique des Hautes-Pyrénées.
Poésies françaises de MM. Auguste Vacquerie, Armand Silvestre et Fernand Mazade.
Poésie provençale de M. Félix Gras.
Poésie couronnée au concours ouvert par la Société académique des Hautes-Pyrénées.
Marche des Félibres, jouée par les musiques civile et militaire de Tarbes et du département.

A quatre heures : Visite au Musée.
A cinq heures 38 du soir :
Départ de Tarbes. — Arrivée à Bagnéres-de-Bigorre à 6 h. 30 du soir.
Réception à la gare par la Musique municipale.
A huit heures et demie :
SOIRÉE

AU

CASINO

Punch offert par la Ville. Airs et chansons du pays par le Chœur des Montagnards.

�Lou Viro-Soulèu

3'

JEUDI 14 AOÛT

A neuf heures du matin :
Inauguration aux Thermes de la plaque commémorative en l'honneur
de Frédéric Sintras, Nobody et Alfred Rolland, offerte par la société
Ramond.
Discours de M. Dejeanne, maire, au nom de la ville, et de M. Dumoret au nom de la
société Ramond.

A dix heures : Visite de la Ville.
A une heure 55 du soir :
Départ pour Argeles {trajet en voiture par la route des Angles).
Arrivée à 3 heures du soir.
Réception à la gare par la Municipalité et les Sociétés chorales.
A huit heures et demie :
SOIRÉE LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE AU CASINO

Avec le concours de l'orchestre de l'Opéra-Comique, sous la direction de Danbé.
Chansons de Gaston Phœbus, par Fournets, de l'Opéra-Comique.

VENDREDI

15

AOÛT

A neuf heures du matin :
EXCURSION A SAINT-SAVIN, A

ADAST.

HOMMAGE

A

D'ESPOURRIN

Poésie béarnaise de M. Montaut. — Poésie espagnole de M. Juan B. Ensenat.

Chœur pyrénéen par les Chanteurs montagnards.
DANSES DES BALLADINS DE SAINT-SAVIN DANS LEUR PITTORESQUE COSTUME DU XYI« SIÈCLE

Excursions à. Luz, Saint-Sauveur, etc.
VISITE

A ARGELÈS

A une heure 10 du soir : Départ d'Argeles.
Départ de Pierrefltte à 1 h. 54 soir, arrivée à Lourdes à 2 h. 42 soir.
Départ de Lourdes à A h. G, arrivée à Pau à 5 h. 7 soir.

II. FÊTES BÉARNAISES
Arrivée à Pau, le vendredi 15 août à 5 h. 1 du soir.
Réception à la gare par la Municipalité et les Musiques de la Ville.

�Lou Viro-Soulèu

A huit heures du soir :
FETE POPULAIRE DE NUIT DANS LE PARC BEAUMONT

Avec le concours de la Lyre Paloise et de l'Harmonie en costume ossalois, jouant et chantant
des airs du pays, et de la Musique militaire, sous la direction de M. Rausky.
Réunion dans la Villa. — Poésie de Paul Arène. ■— Discours du maire, M. Henri Faisans.
Lecture des pièces couronnées et distribution des médailles. — Allocution de M. Lespy. '—
Toasts divers. — Discours de M. Pierre Laffitte sur Henri IV. — Chant des Basques,
par les frères Lionnet.

SAMEDI

16 AOÛT

Départ de Pau pour Oloron, à midi 37. — Arrivée à Oloron à i h. 50.
Réception à la gare par la Municipalité, précédée de la Fanfare.
A deux heures :

INAUGURATION DU MONUMENT DE XAYIER NAVARROT
Œuvre du sculpteur cigalier Escoula.
Discours de M. Sextius-Michel. — Ode à Navarrot, par M. Isidore Salles.
Discours du Maire d'OIoron, M. Mendiondou, et discours de M. Louis Barthou, député.

A quatre heures :
"VI IN"

ID :HOK"ISrEUE

JL.

I_._A_

MAIEIE

Départ d'OIoron pour Pau le samedi soir à 5 h. 19. — Arrivée à Pau
à 6 h. 36, dîner à la gare de Pau. — Départ de Pau pour Bayonne
à 7 h. 12. — Arrivée à Bayonne à 9 h. H soir.

DIMANCHE

17 AOÛT

Départ de Bayonne à 8 h. 56 matin. Arrivée à Saint-Sébastien à 10 h. 50.

FÊTES FRANCO-ESPAGNOLES DE SAINT-SÉBASTIEN
DIMANCHE

17 AOÛT

A dix heures 50 :
1° Bienvenida à la gare par une délégation de VAyuntamienlo et des Sociétés scientifiques
et littéraires.
2° Réception à las Casas consistoriales. — Discours et lecture de poésies basques.

�Lou Viro-Soulèu

53

A quatre heures :
3° Courses de taureaux, par les cuadrillas des premiers espadas.
4° Visite aux monuments et curiosités de la Ville.

A huit heures :
5° Banquet offert par le Conseil municipal, à la Mairie.
6° Danses et réjouissances populaires : fandangos, ^or^icos, etc. Toro de Juego.
7° Représentation théâtrale et concert.
8° Sérénade par les Orphéons guipuzcoains.

LUNDI

I8 AOÛT.

Dans la matinée :
1» Excursions aux environs de la Ville.

Dans l'après-midi :
2»

Matinée littéraire et artistique.

30 Partido de pelota jeu populaire du Guipuzcoa&gt;

AVIS ET RENSEIGNEMENTS DIVERS

La Compagnie d'Orléans et celle du Midi accordent réduction de moitié place à l'aller
et au retour, en toutes classes (retour facultatif par Agen, Bordeaux ou Toulouse), aux
Cigaliers, aux Félibres, aux membres de leurs familles et à leurs invités (dames
admises). Les billets de retour seront valables pendant trois mois.
Les partants de Paris devront se trouver à la gare d'Orléans, le samedi g août, avant
7 heures 30, le train devant partir à 7 heures 45 du matin.
Les partants de la région dauphinoise, provençale et languedocienne avoisinante se
réuniront le même jour à la gare de Cette, où ils prendront, à midi, le train qui arrive
à Agen à 7 heures 34 du soir. — Ils devront se trouver, à 10 heures 17, à la gare
d'Agen, pour se joindre au cortège cigalier et félibréen venant de Paris,
Pour bénéficier des tarifs réduits, écrire d'urgence et, en tout cas, avant le
4 août, dernier délai, à M. Albert TOURNIER, secrétaire de la Cigale, 5, place de l'Odéon.
Les Félibres de toutes les maintenances, ainsi que les personnes auxquelles est
adressé le présent document tenant lieu d'invitation personnelle, auront droit aux mêmes
avantages que les Cigaliers et leurs confrères de Paris.
L'insigne qui devra être porté à la boutonnière est la cigale d'or.
Toutes les dispositions sont prises pour le logement des Cigaliers, Félibres, journalistes, etc., ainsi que pour les invitations diverses.
Pour tout renseignement complémentaire utile, s'adresser par écrit ou en personne
(de 9 heures à 11 heures du matin) au secrétariat de la Cigale, 5, place de l'Odéon.

�54

Lou Viro-Soulìu

L'un des côtés les plus intéressants des dîners
cigaliers, c'est que pas un ne se ressemble et
qu'il y a toujours de l'imprévu, un imprévu
amusant ou curieux. Le dernier dîner faisait un
peu songer à un banquet platonicien ; il a été
consacré presque tout entier à des causeries à
voix haute, circulant joyeuses et pétillantes
autour de la table. Fouquier provoque une
série d'anecdotes des plus attachantes sur le
xvin8 siècle que Pierre Laffitte nous conte avec
une verve gasconne tout à fait juvénile. Eschenauer et Sextius-Michel donnent la réplique à
Jules Chapon. Edouard Petit nous annonce
l'apparition d'un poète colossal que Lemerre
édite et qui est de la Vendée. Gaston Andrieu
disserte d'art avec Rixens, Truphème, Injalbert, Montenard, Dupain et Fr. Silvestre. Au
dessert, après un dîner littéralement improvisé, car le restaurateur n'avait;pas compté
recevoir la Cigale et bon nombre de Cigaliers
avaient cru que le dîner de Sceaux remplaçait
le dîner mensuel, Henry Fouquier adresse des
félicitations aimables au nouveau conseiller à
la Cour d'appel de Paris, Gaston Andrieu,
installé ce jour même. Andrieu a spirituellement répondu. Sextius-Michel se fait l'interprète
de toute la Cigale en portant un toast affectueux au Président Henry Fouquier; il a résumé
l'émotion et le contentement qui étaient au
fond de tous les cœurs, en prononçant ces
mots : « Soyez, cher Président, bien convaincu
d'une chose qui domine et explique tout, en ce
moment, c'est que véritablement nous vous
aimons ! » On a fort applaudi les paroles du
Président des Félibres.
Jules Gaillard demande des nouvelles des
fêtes et des réceptions du Sud-Ouest. SextiusMichel, Eschenauer, Elie Fourès lui annoncent
qu'il ne reste plus qu'à s'entendre avec les
Compagnies d'Orléans et du Midi. Les bustes
sont à la fonte et seront prêts du 15 au 20 juillet. Les discours sont distribués, ainsi que les
poésies qui seront déclamées dans les diverses
villes, lors de l'inauguration des quatre
monuments. L'itinéraire exact, précis et très
détaillé du voyage sera publié prochainement.
Nous pouvons annoncer dès maintenant que
le discours à Cortète de Prades, à Agen, et le
discours à Navarrot, à Oloron, seront prononcés
par le Président des Félibres, Sextius-Michel.
Le Président de la Cigale, Henry Fouquier, est
chargé d'une allocution lors de l'inauguration

de la plaque sur la maison de Jasmin et de la
plaque à Ingres, d'un discours sur Saluste du
Bartas, à Auch, et d'un discours sur Théophile
Gautier, à Tarbes. Il y aura une poésie française à Cortète de Prades par Elie Fourès et une
poésie en dialecte agenais par Ratier, une
poésie de Garrisson à Ingres, une poésie à
Dastros par Noulens et une ode aux illustrations militaires de Lectoure par Clovis Hugues,
des vers à Gautier par Armand Silvestre, au
nom des Cigaliers, et par Félix Gras, au nom
des Félibres de Provence, une poésie à du Bartas par Jean Floux et Gayda et à Navarrot par
Isidore Salles, une conférence sur Henri IV à
Pau, par Pierre Laffitte, etc., etc. On demandera à Vacquerie et à Alexandre Dumas fils un
hommage à Théophile Gautier, au nom des
écrivains français.
Assistaient au dîner: MM. Eschenauer, Fouquier, Sextius-Michel, Ed. Petit, Arm. Cazaux,
F. Silvestre, A. lnjalbert, Elie Fourès, P. Laffitte, J. Chapon, Montenard, Aug. Truphème,
Edm. Dupain,
Savignol (invité), Rixens,
Andrieu, Jules Gaillard.
Au dernier moment, nous voyons arriver
Paul Arène et Tournier qui sèment la bonne
humeur et la gaieté sur leurs pas.
Les adhésions arrivent de plus en plus nombreuses au secrétaire Albert Tournier qui
déclare que tous ceux qui ne se seront pas fait
inscrire, avant le 20 juillet, ne seront ni invités
aux banquets ni assurés du logement, pendant
les prochaines fêtes. Les municipalités veulent
savoir exactement le nombre et les noms des
Cigaliers, des Félibres et des amis et invités
qui feront partie du voyage, lequel sera vraiment triomphal.
*&gt;»2N«4*

ÉCHOS

CIGALIERS

Les Félibres d'Avignon viennent de se réunir
en l'honneur de S. A la princesse Gortschakow
et de la fille de Photiadès-Pacha, qui voyagent
en Provence.
La table du banquet était dressée dans l'île
de la Barthelasse, en face du palais des Papes.
Parmi les convives : Mistral, Roumanille, Félix
Gras, Paul Mariéton, Mlle Roumanille, « reine
du Félibrige », et le comte de Pontevès-Sabran.
Le héros de la fête a été Mistral qui a dit,
avec les barcarolles de la Reine Jeanne, plusieurs morceaux de ses Mémoires qu'il achève
en ce moment. On assure qu'ils révéleront un
prosateur égal au poète, dans l'auteur de
Mireille,

�55

Lou Viro-SouVeu

Un de nos meilleurs Félibres gascons,
M. Marquez, maire de Saint-Cyr-Colayrac, près
d'Agen, qui a signé du pseudonyme de Guillaoumet des chroniques pleines d'humour,
d'esprit et de piquante ironie, vient de publier
un poème en dialecte agenais : La mort de
Roland, qui contient des vers superbes et qui
est précédé d'une charmante préface, écrite par
le Cigalier A. de Mondenard, ancien député de
Lot-et-Garonne. Nous retrouverons ces deux
amis aux fêtes d'Agen, dont M. de Mondenard
a été un des premiers promoteurs, à l'un de
nos banquets cigaliers de 1888.

Dans le compte rendu hâtif de la lête de
Sceaux, nous avons omis notre aimable et
toujours galant chancelier Gardet, qui, choisi à
l'unanimité pour porter un brinde à la Cour
d'amour, s'est acquitté de sa tâche avec un
grand succès, sans oublier « la délicieuse compagne, malheureusement absente, de notre
grand Capoulié Mistral ».

La toute charmante Mme Silvain, qui a
présidé si aimablement notre dernière Cour
d'amour à Sceaux, recevait dans sa pittoresque
villa d'Asnières quelques poètes de ses amis,
pour la plupart Cigaliers et Félibres.
La fête était un peu donnée en l'honneur de
M. Henri de Bornier, à l'occasion du nouveau
triomphe de la Fille de Roland, où Silvain a
remporté, dans son rôle de Ganelon, un succès
si mérité!
Parmi les convives, citons Mm0 la vicomtesse
H. de Bornier, Paul Arène, Armand Silvestre,
Catulle Mendès, François Fabié, Charles Fiémine, Albert Tournier.
Une surprise a été faite aux invités : à la fin
du dîner, deux élèves de réminent sociétaire
du Théâtre Français, M^e Grumbach et M. Laby,
ont dit, d'une manière exquise, le Monde renversé, une très spirituelle saynète de M. Henri
de Bornier.
M. de Bornier, au cours de la fête, nous a,
non sans ironie, décoché cet alexandrin :
Quand le Mois cigalier paraît, le Midi tremble !

Le Midi tremble ! quelle erreur, cher FéLibre,
tout au plus s'il bouge !
*
* *
Tarascon, après être monté jusqu'au sommet
de la Jungfrau en la personne de Tartarin, vient
de monter jusqu'à Bruxelles en la personne
redoutée de la Tarasque jadis vaincue par
sainte Marthe. Mais celle-ci ne s'est pas
montrée aux fêtes bruxelloises où l'on avait
conduit le monstre tarasconnais. A l'aspect de
cette bête féroce d'aspect assez paisible, les
excellents Bruxellois étaient tentés de s'écrier :
C'est tout ça! Ils sont bientôt revenus de

leur erreur. Écoutez ce qu'en dit VIndépendance
belge, à qui nous empruntons tous ces détails :
« Mais l'attention est surtout excitée par la
Tarasque qui arrive de si loin. Elle paraît bien
simple pour un monstre si réputé. Mais quand
violemment elle se met à cracher du feu, on
lui rend toute considération. »
*

*

Notre ami Gabriel Perrier, un Félibre ardent
et dévoué à la cause, est cruellement éprouvé
par la perte douloureuse qu'il vient de faire en
la personne de sa mère. Nous tous, Félibres et
Cigaliers, le prions d'accepter nos sincères compliments de condoléance.
*
* *
Nous sommes heureux d'annoncer qu'un des
lauréats de nos concours artistiques de 1887,
M. Belloc, de Pamiers (Ariège\ est l'un des
grands prix de Rome de cette année.
Le Midi monte !
*
* *
Le grand événement littéraire de ce mois a
été la publication du grand drame provençal :
la Reino Jano, du maître Frédéric Mistral. C'est
dans ce magnifique drame qui a pour décor la
bleue Méditerranée de Naples à Marseille et les
Alpes blanches de Sisteron jusqu'aux Alpilles
des rives de la Durance, que Mistral a fait revivre
la douce figure de la reine chère aux Provençaux
malgré les noires histoires répandues sur son
compte.
Écoutez quelques passages du bel article du
majorai Paul Arène sur « le Diamant de la
reine Jeanne » :
Chez nous, en Provence, on retrouve un peu
partout le souvenir de cette Jeanne de Naples,
si plaisante et si belle que le peuple — après
six cents ans et malgré toutes sortes de bruits
méchamment répandus, toutes sortes d'histoires
de maris étranglés ou empoisonnés —s'obstine
à l'aimer, aveuglément, passionnément, dans
sa grâce tragique de blonde aux yeux noirs,
comme une idéale maîtresse.
A Canteperdrix, surtout!
Le moindre pan de mûr écroulé, fût-il romain ou datât-il de Louis XV, devient un château de la reine Jeanne. Jardin de la reine
Jeanne encore et jardin d'amour, tout coin de
rocher bien à l'abri où le narcisse fleurit précoce. Et tenez, il n'y a pas longtemps, là-bas,
à la cime du petit clocher maintenant épointé.
en place de croix et de coq, une boule de cristal
brillait.
Pour les paysans, ce cristal, étoile allumée
chaque matin, comme par miracle, aux premiers
feux du soleil levant, était le diamant de la
reine Jeanne,
Notre amour envers Jeanne ne date pas d'hier.
Quatre ans après qu'elle eût été étouffée entre
deux matelas, au château de Muro, dans la
Basilicate, les habitants de Canteperdrix faisaient
encore semblant de la croire vivante, continuant

�Lou Viro-Soulèu

à dater les actes de son règne, régnanteJohanna,
à rendre la justice en son nom, et pour convaincre enfin des gens qui ne voulaient pas être
convaincus, pour qu'ils se résignassent à admettre la vérité d'une mort, hélas ! trop réelle,
il fallut que le Pape en personne, excusez du
peu! leur en donnât solennellement sa parole.
Alors on savait aimer les rois!
Mais vont se demander mes lecteurs, si j'en
ai : — Pourquoi diantre ce cours d'histoire?
Tout simplement parce que je voudrais vous
dire deux mots de la nouvelle œuvre de Mistral, la Reino Jano.
Le sujet c'est l'inguérissable aversion que
Jeanne, vraie reine de la Renaissance, jeune,
belle, éprise de vie élégante, de noblesse et de
gai savoir, éprouve pour André de Hongrie,
rude chasseur et grand buveur qu'on lui fit
épouser à l'âge de neuf ans. C'est la lutte entre
frère Robert, confident du roi, et la Catanaise,
nourrice de la reine, entre les durs Hongrois
vêtus de peau de loup et les galants chevaliers
du Piémont et de la Provence. C'est aussi,
avant tout, la glorification de la Provence
elle-même dans la personne d'une princesse
légendaire et poétiquement idéalisée.
André est assassiné : on accuse Jeanne. Jeanne
ira jusqu'en Avignon se justifier devant le
pape à qui ses Etats donnent asile : acte de
chrétienne soumission, avec des allures de
triomphe.
Et la reine arrive en Avignon et le pape l'innocente, après Pétrarque, toutefois, qui, la
voyant passer resplendissante au milieu de
l'acclamation populaire, s'écrie:
« Jamais l'onde pure qui rit à la brise de mai
ne couva dans son sein le germe du dragon;
jamais soleil levant n'ensanglante ses rayons
dans le rouge cinabre, et la scélératesse jamais
dans un beau corps ne cache ses replis. »
Avouons que, lorsqu'il s'agit de femme, il
n'y a pas meilleure manière déjuger.
Mais on irait loin à voguer en compagnie de
la reinejeanne. Jetons l'ancre ici ! Et si, comme
on nous le fait espérer, nous devons, mon cher
et grand Mistral, applaudir ton drame dans le
théâtre d'Orange, assis quinze ou vingt mille,
avec le ciel bleu pour plafond, sur les jardins
croulants que parfume la marjolaine, je te promets que ce jour-là, les gens de Sisteron —
Sisteron et Canteperdrix, c'est tout un — iront
comme remerciement de ce que le troubadour
Aufan dit de ma ville: « puis, nous monterons, s'il vous plaît, jusqu'à mon pays, le roc,
le chaperon et la clef de Provence » ...oui ! ils
iront en farandole reprendre au village du
Noyez où des barbares l'ont transporté, pour le
replanter triomphalement sur le clocher où, de
sa main blanche, jadis elle-même le plaça, le
diamant de leur reine Jeanne.
Voici quelques extraits de l'article du Félibre
Charles Maurras sur la Reine Jeanne :
Donc, après la pastorale de Mireio, le sym-

bole de Calendau, la nouvelle de Nerto, il convenait que ce beau drame de la Reine Jano fût
entrepris par Mistral. Et il était écrit (en
l'essence de son génie1 qu'après avoir vanté dans
le premier poème les merveilles modernes de la
Provence; sublimé dans le second les idéales
énergies de la race et du sol ; conté dans le
troisième, au milieu d'une crise historique, la
crise morale et amoureuse d'un couple de
de cœurs, il aborderait de front ce long spectacle de l'histoire auquel il avait rêvé dès ses
vingt ans.
Jeanne est la petite-fille de Charles d'Anjou,
ce roi de Naples qui fit rouler la tête de Conradin. — En vertu de certe fatalité chrétienne
^ont Leibnitz, Vigny et, depuis, Ostrowski,
dans l'Orage, ont si bien vu la sévérité), Jeanne
est marquée pour expier le crime de son ancêtre.
Elle aura successivement quatre maris. Tous
périront de morts ténébreuses ; tous, sans
qu'elle y ait été pour rien, l'éclabousseront d'un
peudeleursang. Elle en sera couverte, quand son
ingrat neveu l'étouffera entre deux matelas.
Telle elle apparaîtra, pourprée du meurtre de
quatre hommes, à la barre des historiens.
C'est un astrologue, maître Anselme, qui annonce ces tragédies d'alcôve et de palais, sur le
vaisseau qui emporte la reine et la cour vers
les rivages provençaux Les yeux perdus parmi
les étoiles malignes, dans le mystère enlaçant
de la mer, maître Anselme déchiffre mot à mot
la prophétie astrale. Et la reine ne conçoit pas,
avec son âme douce et sa courte pensée de
femme, l'irréfutable logique des jugements du
ciel :
... Il y aurait de quoi se livrer au désespoir
s'il fallait expier ainsi pour les aïeux!

Et maître Anselme réplique avec une âpreté
de raisonnement qu'eût envié Joseph de Maistre :
Par Jupiter !
Ces droits royaux qui, un jour, te couronnèrent,
l'éclat, la majesté qui font qu'on te vénère,
ton charme, ta beauté, aussi ton noble cœur
ne sont-ils pas, dis-moi, la faveur, le souvenir,
le legs de tes ancêtres? Et si pour héritage,
tu as eu tant de lustre et tant d'avantages,
ô Jeanne, pourquoi donc n'acquitterais-tu pas
des dettes queutes aïeux contractèrent ?

Jeanne répond, d'un mouvement superbe :
« Tant mieux ! Nous avons de quoi payer ! »
Tout le drame est là; sequin par sequin,
Mistral compte la riche, la précieuse monnaie
de beauté, de gentillesse, d'amour, de transes
et de larmes dont la reine de Naples et de Jérusalem paya la tête de Conradin que son aïeul
avait osé prélever sur le bercail de Dieu. Les
premiers actes nous transportent à cette cour
napolitaine qui eût été, comme les cours
d'amour des siècles précédents, un petit paradis, si le libre génie méditerranéen, que la
souveraine incarnait, n'eût pas été à chaque
instant froissé, humilié, diminué par l'étroitesse et la brutalité du souverain, le mari de

�Lou Vìro-Souliu

Jeanne, cet André de Hongrie. Le Barbare a
emmené, du fond de ses steppes danubiens,
un moine famélique, comme il en grelottait
dans les couvents du Nord avant le triomphe
de la Réforme. Le frère Robert s'exprime, à la
cour de Jeanne, absolument comme devait s'exprimer deux siècles plus tard le très haïssable
Luther à la cour de Léon X. Offusqué d'une
vie qu'il ne comprend pas, de la galanterie
respectueuse et chevaleresque, du luxe, des
parfums, des concerts de viole qui frissonnent
le long des escaliers aux balustres tendus de
soie; choqué des vers de Pétrarque et des nouvelles de Boccace qui retentissent au bord de
ses chemins, ennuyé des tournois et des jeux
floraux, ce fils des Huns voudrait dégrader une
seconde fois tout ce parterre de fleurs artificielles et charmantes :
La plaie, la voilà! Purgez-moi la maison
de cette pourriture et folie provençale...
La reine de son âge a les faiblesses : il lui plaît
d'entendre ses louanges bruir dans le palais...
Et qui, sans frémir, pénétrera les ruines,
le mal que peuvent faire dans cette âme jeune
la licence des cours avec leurs flatteries
et la molle influence d'un climat voluptueux?

Propos de clergyman ! Appréhension de
cuistre et de quaker ! Mais il était redoutable
de les tenir trop haut, parmi ces méridionaux
au sang vif, à la main prompte et qui aimaient
leur reine Jeanne plus qu'elle ne s'aimait. Frère
Robert ne se modérant pas, André, qui manifestait quelquefois une politique par trop hongroise, expia pour lui. On l'assassina. Qui ?
Des comparses. Mais le crime retomba sur
Jeanne, qui dut quitter Naples pour aller se
justifier à Avignon auprès du Souverain-Pontife et du Sacré-Collège. Là — dans ce cinquième acte, si ressemblant à la troisième partie de VOrestie, devant un Aéropage moderne,
où l'Athénè catholique, concrétisée en Clément VI, écoute cette autre victime des implacables Erinnyes et, moins heureuse que l'Athénè
antique, n'arrive pas à conjurer absolument la
meute des Hurlantes, —Jeanne se révèle plus
digne que jamais, énonçant l'admirable théorie
du règne de la Beauté.
Que voulez-vous ? Je m'étais dit en ceignant la
[couronne
que pour domestiquer l'intrigue qui environne
un trône féminin, le meilleur talisman
c'est la grâce que Dieu nous a mise entre mains...
lime semblait joli et digne d'une reine
de fondre avec un regard la froideur du givre,
de faire avec un sourire fleurir l'amandier,
d'attacher d'un ruban le cœur d'un chevalier
d'être gente pour tous, affable, généreuse,
et de mener mon peuple avec un fil de laine !...
Oui, toute la pensée de ma folle primeur
la voici : être aimée et régner par l'amour!

XAVIER NAVARROT
On pourrait écrire la biographie presque entière de Navarrot, rien qu'avec les éléments
fournis par la pièce de vers de M. Isidore Salles,

57

qui a été couronnée aux derniers Jeux floraux
du Félibrige parisien et qui a pour devise ces
mots, caractéristiques du tempérament du poète
biarnais : Fils d'OIoron et franc luron! Tout en
étant très lyriques, les vers de M. Salles sont
d'une précision de détails et de documents tout
à fait remarquable.
Il nous apprend que le père de Navarrot voulait faire de lui un avocat, et la mère, un médecin; mais lui, comme le personnage d'une de
ses chansons, Minyequannas ^mange quand tu
as de quoi), « criant haro aux imbéciles, bohémien impénitent, oublieux de l'heure, riant au
soleil qui luit, insoucieux de demain, assis à
VEstanquet (auberge de la vallée , en manches
de chemise, en vers bien colorés, tant pis s'il
scandalise, Navarrot chante, verre en main ! »
Avec d'Espourrin (i), leThéocrite du Béarn,
qui naquit en 1698, au pied du Pêne d'Esquit,
entre Bedous et Accous et qui vécut et mourut,
en 1749, au château de Miramont, dans la vallée
d'Argelès, sur le pittoresque et radieux promontoire de Sain t-Sa vin, où se dresse le petit obélisque
élevé à la mémoire du poète, en 1867, par la
Société académique des Hautes-Pyrénées, Navarrot est le plus populaire des poètes béarnais.
C'est vers 1830 qu'il a composé ses chansons
pleines de malice, d'esprit caustique et de
joyeuses gaillardises. Il était en correspondance
avec Béranger.
Ses chansons ont été rééditées récemment,
en un volume, par le savant professeur Lespy,
de Pau, auteur du monumental Dictionnaire
béarnais-français ; il a l'ait précéder les vers de
son compatriote et ami d'une très intéressante
notice et lui a composé ce quatrain-épitaphe :
« Aussi longtemps que sur les monts et dans les
plaines, notre langage se parlera, tes chansons,
Navarrot, seront toujours nouvelles! De ton
cœur, de ton nom, chacun se souviendra. »
Le buste de Navarrot a été confié au sculpteur cigalier Escoula, de Bagnères-de-Bigorre,
qui l'avait d'abord exécuté, tête nue, laissant
resplendir un large et beau front de poète ; mais
les amis d'OIoron ont réclamé, au nom de
l'exactitude historique; ils ont voulu voir Navarrot avec le chapeau qu'il avait l'habitude de
porter; Escoula n'a pas résisté à l'argument,
de sorte que nos poètes, à l'exception de Théophile Gautier, vont sortir de la fonte tout coiffés.
Sera-ce, comme pour les enfants, signe de
chance? Espérons-le. Disons même que la
chance leur est déjà venue, puisque les préparatifs de l'inauguration marchent à souhait et
qu'ils ont rencontré des sculpteurs de grand
talent pour se présenter à la postérité.
(1) C'est M. Charles Du Pouey, avocat à Tarbes,
journaliste distingué et poète de talent, qui a, dans
une savante brochure, éìucidé et fixé l'orthographe
véritable du nom de l'auteur du Pastou malurous,
et conclu, actes de l'état civil en mains, que le nom
devait s'écrire d'Espourrin et non, comme on l'écrit
habituellement, par erreur, Despourrins. L'un des
ancêtres du poète, pasteurs à l'origine, s'enrichit
dans le commerce des troupeaux, acheta une abbaye
et fut anobli.

�Lou Viro-Souleu

5«

NÉCROLOGIE
Théodore de Lajarte.
La Cigale vient de perdre un deses membres les
plus récents, mais en même temps un des plus
fidèles. Théodore de Lajarte était né à Bordeaux,
le io juillet 1826, d'une vieille famille parlementaire. Un goût irrésistible l'entraîna vers la
musique et, quittant son cher Midi, il vint à
Paris, vers 1850, suivre les cours de Le Borne
au Conservatoire.
Sacarrière decompositeura été retracée par les
journaux au lendemain de sa mort ; nous nous
contenterons donc d'énumérer seulement ses
principales œuvres : le Secret de l'oncle Vincent,
Mœm'zelle Pénélope, le Duel du Commandeur,
opéras-comiques, le Neveu de Gulliver, opéraballet en trois actes, à l'ancien Théâtre-Lyrique,
de 1855 à 1870 ; la Farce de maître Villon
^872', Pierrot Ténor ( 18761, le ballet Louis XIV
de Cendrillon (iS-jj1, Monsieur de Floridor
^880), le Portrait ^1883!, à l'Opéra-Comique;
la même année, il faisait jouer aux Nouveautés
le Roi de Carreau qui eut le plus vif succès.
Enfin, en 1886, il donnait à l'Opéra les
Jumeaux de Bergame, d'après Florian, un
ballet exquis de grâce archaïque, pastiche des
vieux rythmes du xvme siècle dont il connaissait à fond les secrets.
Sa dernière œuvre, née des patientes recherches auxquelles il se livrait dans sa bibliothèque de l'Opéra, a été précisément dans cette
note, érudite et charmante à la fois. C'est la restitution qu'il a faite, avec l'amour profond d'un
compatriote, des œuvres principales des musiciens méridionaux du xvine siècle, Campra et Floquet, nésà Aix; Dalayrac, néàMuret; de Boismortier, né à Narbonne, etc.
Il avait rêvé de faire revivre toute cette
musique de jadis, au Trocadéro de Paris, pendant la dernière Exposition, et d'organiser
ensuite une tournée spéciale dans les cercles
cigaliers du Midi, pour la vulgarisation des
œuvres de nos vieux compatriotes et au profit
de notre Société.
La représentation du Trocadéro ne put avoir
lieu, mais toutefois il a été donné à Théodore
de Lajarte de voir vivre sa touchante et originale conception.
La soirée du 19 avril 1890 au Cercle central
des Lettres et Arts, rue Vivienne, organisée
par M. Martinet, ancien directeur du ThéâtreLyrique, et chargé de la direction artistique
dudit Cercle, fut un véritable triomphe.
Des artistes méridionaux de talent, Bérardi
et Escalaïs, chantèrent avec un goût exquis
des fragments de la Provençale de Mouret, et
de Daphnis et Akimadouro de Mondonville, ces
derniers en langue d'Oc, comme à la représentation donnée devant Louis XV en 1754.
L'orchestre, conduit par l'habile chef, M. Thibault, fit merveille dans la vil'anelle des Festes
Vénitiennes de Campra, une bourrée de Boismortier, une gavotte légère de Floquet et
Paris. Typ.

PAUL

SCHMIDT.

plusieurs airs de tambourin avec flutet de
Mondonville.
Un mois après, de Lajarte parcourait les
principales villes du Midi. Bordeaux, Toulouse,
Cette, Marseille, Montpellier, Perpignan, et soumettait sa généreuse et artistique idée aux
différents cercles cigaliers et félibréens. C'est au
retour de ce voyage que la mort est venue le
surprendre brusquement dans ces projets.
C'est une perte pour l'art et pour le Midi
que tous les Cigaliers ressentiront vivement.
Outre ses nombreuses compositions musicales, il a donné un intéressant volume sur les
Curiosités de l'Opéra dont il était archiviste.
L'histoire, l'organisation et la description de la
bibliothèque, les danses, les représentations de
la Vestale, de Fernand Corle^, font l'objet de
chapitres très documentés.
Ceux qui l'ont connu n'oublieront jamais sa
loyale et bonne figure, ses manières simples,
affectueuses et douces, son regard placide et
bienveillant où, dans la fumée de la pipe, transparaissait une âme si dévouée et si sympathique.
Martin de Nîmes.
L'an- dernier, au grand banquet de l'Hôtel
Continental et à la fête de Sceaux, nous avons
entendu Martin de Nîmes pour la dernière fois;
il n'avait rien perdu de sa verve endiablée et
de sa mimique expressive. Séverine, dans le
Gil B/as, avait consacré un long article à notre
incomparable diseur qui l'avait littéralement
charmée. Et c'était, en effet, un artiste étourdissant, prestigieux. Il aurait rempli, à lui
seul, la scène la plus vaste du monde, tellement
il brûlait les planches et ravissait d'aise son
public. 11 avait le masque et la voix d'un
comique irrésistible. Nous pouvons dire sans
exagération qu'on ne reverra plus un pareil
acteur. Le moule en est perdu. C'était la nature
même. Les fables de Bigot, interprétées par
Martin, valaient la plus belle des comédies. Si
Rabelais l'avait connu, il figurerait immortalisé
dans l'épopée gigantesque de notre Caloyer,
ami du rire. Qui donc a fait rire l'homme plus
que Martin de Nîmes? Sans peine, il deviendra
légendaire, un type inoubliable qui passera de
générations en générations comme un des
rayons les plus éclatants de la gaieté du
Midi. Ah! il était vraiment méridional,
celui-là! comme l'olivier et comme la vigne.
Et c'est véritablement une vertu, une force
du Midi qui meurt avec lui. Nous devons
déplorer sa disparition presque autant que si
un fléau avait anéanti une de nos plantes indigènes. On peut dire que, lui parti, une portion
de la terre provençale et languedocienne n'aura
plus le même aspect.
Le sculpteur Amy nous a conservé ses traits
dans un bronze vivant et superbe qui, nous
a-t-on dit, est légué par Martin lui-même au
musée de Nîmes et qui lui avait été offert en
signe de profonde admiration par les Félibres
de Paris.

Le Gérant: Louis

ROCHAS,

51, rue Monsieur-le-Prince.

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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/eac39d9e2efedaf1747185018beb064e.jpg</text>
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          <name>Is Part Of</name>
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              <text>Lou Viro-Soul&amp;egrave;u (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13127"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 02, n°08 (avoust 1890) </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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