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TRESENCO

Juillet-Avoust i8çi.

ANNADO

Lou Viro-Soulèu
FLOURISSENT TOUTI LI MBS

SOUTO L'AFLAT Dl
REDACIOUV

PRES

11, oarrlero de Cujas

DE

FELIBRE DE PARIS

L'ABOUNAMEN

PÈR

UN

AN

Quaranto Son

ADMINISTRACIOUN

51, carriero Moussa lou Prince

FÊTES CIGALIÈRES &amp; FÉLIBRÉENNES
DU

SUD-EST

(6-17 AOUT 1891)

JEUDI

6

AOÛT

Départ, à la gare de Lyon, des Cigaliers, des Félibres et de leurs
invités, par les trains de 1 h. 15 et 10 heures du soir.

VENDREDI 7 AOÛT

1

FÊTE
A

LYONNAISE

neuf heures du matin :

Rendez-vous à la gare Perrache. — Visite du Musée et des principaux
monuments de la Ville.
A

trois heures :

Réception officielle par la Municipalité, place Perrache.
A

quatre heures :

IÏJAir&amp;ÜRATIOI Dïï MONUMENT JOSÉPÏÏII SOÏÏLARY
(Place Raspail)
Œuvre du sculpteur LOMBARD.
Discours de M. Eugène Lintilhac, docteur ès-Iettres, du Maire de Lyon, etc.
Poésie française : A Joséphin Soulary, par M. Paul Mariéton, dite par M. Mounet-Sully, de
la Comédie-Française.

A

six heures :

Réception des Félibres et des Cigaliers, par la Municipalité, à l'Hôtel
de Ville. — Vin d'honneur.
A

huit heures et demie :

(Kiosque municipal, place Bellecour)

Concert provençal, par l'orchestre du Grand Théâtre de Lyon, dirigé
par M. Luigini.
Rapsodù fêlibréenne, avec chœurs arrangés pour la circonstance, par M. Noël Desjoyeaux.

I

ES

�Lou Viro-Soulèu

26

SAMEDI 8 AOÛT

Descente du Rhône par bateau spécial.
Départ de Lyon (Port d'embarquement sur le Rhône, rive droite, entre
le pont du Midi et le viaduc du chemin de fer) à 7 h. 30 du matin.

A une heure, après arrêt à Valence, déjeuner à bord.
A six heures, arrêt de vingt minutes à Avignon.

FÊTE DE BEAUCAIRE
Arrivée à Beaucaire à 7 h. 30 du soir.
Réception par la Municipalité, avec le concours des Musiques et Sociétés
chorales.
Allocution du Maire de Beaucaire. Réponse de M. Sextius-Michel, président des Félibres
parisiens.

VIN

D'HONNEUR

A

L'HOTEL

DE

VILLE

A dix heures :
Bal arlésien au « Pré de Beaucaire ». — Fête de nuit.

DIMANCHE 9

AOÛT

A huit heures du matin :
Visite de la Ville et de ses Monuments.

A neuf heures :
Cérémonie en l'honneur de Bonnet et d'Antoinette de Beaucaire.

IMUGUEATIOI D'USE PLAQUE COMMÉMORATIVE
Discours provençal de M. Baptiste Bonnet (de Bellegarde).

Départ pour Tarascon à 10 h. 30.

FÊTE DE TARASCON
Arrivée à Tarascon à H heures du matin. — Réception, par la
Municipalité, à l'Hôtel de Ville.

A midi :
FÊTE

DE

LA

TARASQUE

Le cortège traversera la ville pour se rendre sur le cours où aura lieu le principal développement
des fameuses cérémonies ressuscitées de la Tarasque.

A sept heures :
Banquet offert par la Municipalité et par la Commission des Fêtes,
sur invitation personnelle.

�Lou Viro-Sotilèu

LUNDI

10

27

AOÛT

A neuf heures du matin :

INAUGURATION DU MONUMENT DÉSANAT
Œuvre du sculpteur AMY.
Discours de M. Sextius-Michel, président du Félibrige parisien, de M. le Maire de Tarascon, etc.

A onze heures :
Visite de la Ville et de ses Monuments. — Excursion à Saint-Rémy.
Départ de Tarascon à

8

h.

10

du soir. — Arrivée à Arles à

8

h.

30.

Fête de nuit aux Arènes d'Arles.

MARDI

Départ d'Arles à

6

h.

53

I I

AOÛT

du matin. Arrivée à Saint-Chamas à 6 h.

TRAVERSÉE DE L'ÉTANG

DE BERRE EN

Arrivée aux Martigues vers

9

59.

BATEAU

heures.

Visite à l'Hôtel de Ville. — A la Prudhomie. — Vin d'honneur.
Fête des trois couleurs. — Centenaire de la Prudhomie.

A onze heures : Visite de la Ville.
A midi : Banquet de la Sainte-Estelle.
Poésies par M. Duparc, de l'Odéon, et M. Foucard, de Marseille.

A quatre heures : Joute nautique.
A neuf heures :

Inauguration de la plaque commémorative de Gérard Tenque.
Promenade sur l'étang. — Fête de nuit. — Grand bal.

MERCREDI

12

AOÛT

Départ des Martigues (gare du Pas-des-Lanciers) à
Arrivée à Marseille à midi 49.

10

h.

10

du matin.

FÊTE DE MARSEILLE
Réception par la Commission des Fêtes, présidée par M. Paul Bret,
adjoint au maire de Marseille, avec le concours des Félibres marseillais, etc.

A une heure :
Réception dans la grande salle des Fêtes de l'Hôtel de Ville.
Discours provençaux de MM. Baret, maire, et Sextius-Michel.

Vin d'honneur.

�28

Lou Viro-Soulèu
A trois heures :

INAUGURATION BU MONUMENT VICTOR GÉLU (Place neuve)
Œuvre du sculpteur CLASTRIER.
Discours de M. Henry Fouquier, président de la Cigale, et de M. Paul Bret, adjoint, etc.
Poésies : dites par MM. Duparc et Foucard.

Réunion à la Mairie à

6

heures.

A sept heures : Banquet sur la terrasse du Pharo.

JEUDI

i} AOÛT

Départ de Marseille à 7 h. 80 du matin. Arrivée à Toulon à 9 h. 32.

FÊTE DE TOULON
Réception à la gare par la Municipalité. — Aubade de Tambourins.
A dix heures :

INAUGURATION DU MONUMENT PUGET
Œuvre du sculpteur INJALBERT.
Discours de M. Henry Fouquier, du Maire, etc.
Poésie française : A Puget, par M. Elie Fourès.

A onze heures :
Réception à la mairie de Toulon. — Vin d'honneur.
A onze heures et demie :
Départ, en bateau à vapeur, mis à la disposition des Félibres et Cigaliers, par M. Michel Pacha. — Tambourins.
A onze heures trois quarts :
Arrivée à la Seyne. — Réception par la Municipalité à la Mairie.
-VlISr D'HONNBtTIÎ

A midi et demi :
Départ pour les Sablettes. Arrivée à midi 50 m.
A une heure :
Banquet, à l'Hôtel des Sablettes, sur le bord de la mer.
A quatre heures :
Départ pour Tamaris.

INAUGURATION DU MÉDAIILON GEORGES SAND

�Lou Viro-Souüu

29

A cinq heures :
Au château de la Rouve. Installation de l'École félibréenne de Tamaris.
SÉANCE

LITTÉRAIRE

Avec le concours des Félibres et Cigaliers.

Lâcher de Cigales.
A sept heures :
Départ de la Rouve pour Tamaris et la presqu'île Cepet, en traversant
, l'isthme des Sablettes.
A huit heures :
Vin d'honneur à Vert-Bois.
SOIREE PROVENÇALE : Représentation de Maniclo ou lou groulie bel esprit (centenaire
de sa première représentation).
CHANSONS ET SCENES PROVENÇALES EN PLEIN AIR. — GRANDE FARANDOLE
ILLUMINATIONS.

— FEU D'ARTIFICE, ETC.,

FELIBREENNE.

ETC.

Coucher aux hôtels des Sablettes et de Tamaris (ou retour en bateau à vapeur, à Toulon, à minuit).

VENDREDI

14 AOÛT

A huit heures et demie du matin, un bateau à vapeur ramènera à Toulon
les Félibres et Cigaliers.
Départ de Toulon à 6 h. 25 du matin. Arrivée à Cannes à 10 h. 47.

FÊTE DE CANNES
Réception à la gare, des Félibres et des Cigaliers, par la commission
des Fêtes.
A onze heures et demie :

Inauguration d'une plaque commémorative en l'honneur d'Emile Négrin
A midi :
Vin d'honneur offert par les Félibres de l'école du Lérin.
au Cercle philharmonique.
Départ de Cannes à 2 h. 12 du soir. Arrivée à Grasse à 2 h. 50.

FÊTE DE GRASSE
Réception, à la gare, par la Municipalité.

�Lou Viro-Soulèu

3°

A quatre heures :
Inauguration du monument Bellaud de la Bellaudière
Œuvre du sculpteur HERCULE.
Discours de M. Paul Mariéton, membre du Félibrige parisien, du Maire de Grasse, etc.
Poésie provençale de M. Borelly, etc.

A sept heures :
BANQUET

OFFERT

PAR LA MUNICIPALITÉ

A neuf heures : Grand Bal.

SAMEDI

15

AOÛT

Départ de Grasse à 8 h. 20 du matin. Arrivée à Antibes à 9 h. 28.

FÊTE D'ANTIBES
Réception, à la gare, par la Municipalité
Avec le concours des Musiques militaire et civile et Orphéons du département.
Visite de la tombe de Championnet, au Fort-Carré.

A dix heures et demie :

IIÁÏÏfrUEATIOir DU MONUMENT CHAMPIONNET
Œuvre du sculpteur Léopold MORICE.
Discours de M. Maurice Faure, de M. Soleau, maire d'Antibes, etc.

A onze heures :
Réception à l'Hôtel de Ville.

A midi :
Déjeuner champêtre, offert par le maire, à l'Ecole d'agriculture. — Inauguration de l'École
d'agriculture et d'horticulure départementale.

A trois heures et demie :
FÊTE DE JUAN-LES-PINS
Poésie française: A Championnet, par M. Louis Gallet. Poésie provençale, par M. Clovis Hugues.
CANTATES

COMPOSÉES

POUR

LA CIRCONSTANCE

:

I. — Paroles de M. Guiraud, musique de M. Charles René

Orphéon de Valauris.

II. — Paroles de M. Rostan, musique de M. d'Amséis

Orphéon d'Antibes.

Concert militaire. — Régates et jeux divers. — Excursion au cap d'Antibes.

A sept heures :
Banquet. — Fête de nuit.

�Lou Viro-Soulèu

DIMANCHE

Départ d'Antibes à

9

h.

28

16

AOÛT

du matin. Arrivée à Nice à

10

h.

3.

FÊTE DE NICE
Dans la matinée, visite de la Ville.
A quatre heures :
Réception, à l'Hôtel de Ville, par la Municipalité.
A cinq heures :

INAUGURATION D'UNE PLAQUE EN L'HONNEUR DE RANCHER
A huit heures :
Fête vénitienne à la jetée. — Promenade. — Punch offert
par la Municipalité.

LUNDI
EXCURSION A MONACO. —

17

AOÛT

Départ de Nice à

10

h.

55

du matin.

AVIS ET RENSEIGNEMENTS DIVERS
Le Chemin de fer P.-L.-M. accorde réduction de moitié place à l'aller et au retour, en toutes
classes, aux Cigaliers, aux Félibres, aux membres de leurs familles et à leurs invités (dames
admises). Les billets de retour seront valables pendant trois mois.
Les partants de Paris, possesseurs de billets de ire classe, qui désirent voyager en rapide,
devront se trouver à la gare de Lyon, le jeudi 6 août, avant 7 heures, le train devant partir à
7 heures 15 du soir, et ceux qui, munis de billets de i1"0,

20

ou 30 classe, veulent arriver à Lyon

à 8 heures 55 du matin, devront partir par la même gare, à 10 heures du soir.
Les Félibres venant de la région dauphinoise, provençale et languedocienne devront se trouver
à Lyon le vendredi 7 août, dans la matinée, pour se joindre au cortège félibréen et cigalier venant
de Paris.
Pour bénéficier des tarifs réduits, écrire d'urgence et, en tout cas, avant le 30 juillet,
dernier délai, à M.

ERNEST PLANTIER,

secrétaire-trésorier du Félibrige parisien, 85, boulevard de

Port-Royal, à Paris.
Les Félibres de toutes les maintenances, ainsi que les personnes auxquelles est adressé le
présent document tenant lieu d'invitation personnelle, auront droit aux mêmes avantages que les
Cigaliers et leurs confrères de Paris.
L'insigne qui devra être porté à la boutonnière est la cigale d'or.
Toutes les dispositions sont prises pour le logement des Félibres, Cigaliers, journalistes, etc.,
ainsi que pour les invitations diverses.
Paris, le 20 juillet 1891.
Le Président de la Cigale,

Le Président des Félibres de Paris,

HENRY FOUQUIER,

SEXTIUS-MICHEL.

Les Commissaires généraux,
L. ROCHAS, ERNEST PLANTIER.

�32

Lou Viro-Soulèu

LA FÊTE DE SCEAUX
La fête de 1891, comme celle de 1890 et des
années précédentes, a été brillante. Même appareil, même pompe et même cordialité. Le
lettré éminent qui voulait bien la présider
nous témoignait dès la première heure qu'il
était tout-à-fait avec nous de sentiment.
Seul, le soleil n'a point partagé l'avis de
M. Renan. 11 a refusé de descendre au milieu
de ses fils. Son absence a permis à notre tournesol de tenir à lui seul tout le ciel de Sceaux.
Les assistants étaient nombreux. Nommons
après M. Renan et nos excellents présidents
Sextius-Michel et Henry Fouquier : Paul
Arène, Anatole France, Maurice Faure, Paul
Mariéton, Lintilhac, Leydet, Jules Gaillard,
Xavier de Ricard, Albert Tournier, Elie Fourès
Jean Moréas, Charles Maurras, Adolphe Michel,
Mme8 de Rute, Prévost-Roqueplan, etc., tous et
toutes les fidèles de nos joyeuses cours d'amour.
Dès l'arrivée à Sceaux où l'excellente municipalité, M. Charaire en tête, nous faisait son
accueil délicieux de toujours, nous nous rendions
rue des Félibres, à la maison de Florian ; et là,
Albert Tournier prononçait, de sa voix d'or
vibrant, la belle allocution que voici :

Allocution de M. Albert Tournier.
Fidèles à leur pieuse coutume annuelle,
les Félibres de Paris ont tenu à venir saluer avant de se rendre auprès du tombeau
de Florian, l'humble maison où le poète
d'Estelle et de Némorin passa les dernières
années de son existence en évoquant les
riants souvenirs des Cévennes et des bords
du Gardon.
En honorant ainsi la mémoire du chevalier de Florian, Félibres et Cigaliers ont
surtout en vue de rendre hommage à
l'homme qui, tout en aimant profondément sa patrie, sut conserver au cœur
l'amour plus circonscrit du terroir. On
peut chérir, avec exagération même, le
petit coin de la planète où l'on a vu le
jour et n'en aimer que mieux la grande

patrie d'une inépuisable et ardente passion. Sur ce point, je suis certain de n'être
désapprouvé par aucun de ceux qui m'écoutent, ni surtout par le philosophe
illustre qui a bien voulu accepter la présidence de nos fêtes : M. Ernest Renan
estime avec raison que le souvenir de son
cher Tréguier et de sa poétique Bretagne
ne contrarie en rien son culte de la France
et de l'humanité.
Aussi, forts d'une telle approbation,
est-ce sans crainte que nous pouvons nous
écrier avec notre cher Raoul Gineste, le
poète inspiré du 'Rameau d'or :
Tant que lou Rose boumbira,
Tant que lou pin souloumbrara,
Que l'oùlivié blanquejarà,
Tant que la mar bacelara,
Que lou souléu souleiara,
Tant que lou mistrau boufara,
Galoi pais d'amour et de jouvènço,
Galoi païs, tu saras la Prouvènço
E nautri, H fièu doù terrau,
Saren li Prouvençau I

C'est dans ces sentiments que nous
sommes venus aujourd'hui et que nous reviendrons chaque année dans cette accueillante cité qui garde religieusement, au
milieu des roses, la dépouille du délicieux
poète qui, dans ce xvme siècle où Diderot
représente la raison, Condorcet la synthèse, Voltaire l'ironie, Mirabeau l'éloquence, Danton le patriotisme farouche
aux prises avec l'étranger, sut pour sa part
personnifier — et d'une manière exquise
— les qualités précieuses qui furent à cette
époque la caractéristique même de la race
et de l'esprit français : le charme, la légèreté et la bonne grâce.
Honneur à Florian, le premier des Félibres de Paris !
Ensuite, au jardinet voisin de l'Eglise, comme
àl'accoutumée,lecture de beaux vers de MM. Lescure et Riotor à la mémoire d'Aubanel et de
Florian. Couronnement des bustes par de gracieuses jeunes femmes aux mains pleines de
roses, — et en route pour l'ancien Hôtel de

�Lou Viro-Soulèu

33

passé glorieux. Tout ce que la France
comptait autrefois d'hommes d'esprit et
de savants se donnait rendez-vous dans
ce beau parc, maintenant en grande partie
détruit, mais dont ce qui reste de ses
ombrages séculaires atteste encore la légendaire magnificence.
sident d'honneur :
Il y avait là un château dont Chaulieu,
« Votre nom est un symbole... Vous vous
Genest et Malezieu ont chanté les mervei lies
êtes fait le champion de la décentralisation poet que Girardon, Puget et Lebrun avaient
litique et littéraire... »
embelli de leurs chefs-d'œuvre. Dans ce
Toute la salle applaudit. M. Sextius Michel
château, il y avait une petite cour rivale
prend ensuite la parole :
un moment de celle de Versailles, et LaDiscours de M. Sextius-Michel, président mothe, Saint-Aulaire, Voltaire lui-même
en étaient les hôtes les plus assidus.
des Félibres parisiens.
Aussi, les noms de ces poètes et de ces
Monsieur le Maire,
artistes sont-ils gravés en lettres d'or dans
Je vous remercie, au nom de tous nos les annales de la Ville, comme le seront
confrères, de vos paroles de cordiale bien- un jour, à côté des noms de Florian et
d'Aubanel, celui de notre grand Frédéric
venue, et, fidèle aux anciennes traditions,
je salue d'abord la ville de Sceaux où nous Mistral, et à côté du nom de Jules Simon
venons, en la saison des roses, tenir nos qui présida nos jeux floraux, il y a deux
assises annuelles et célébrer par des vers ans, celui de l'illustre philosophe, du puiset des chansons les souvenirs et les gloires sant écrivain qui nous préside aujourd'hui.
Si la ville de Sceaux doit être fière un
de la petite patrie.
jour
de vous avoir possédé quelques insL'accueil aimable que nous y recevons
tants,
nous ne le sommes pas moins, trèstoujours ne pouvait manquer de faire,
cher
maître,
de vous avoir en ce moment
pour ainsi dire, éclore dans nos cœurs et
à
notre
tête,
vous dont l'aïeule naquit en
dans les vôtres une sympathie toute parterre
gasconne,
vous dont le nom est
ticulière, fleur de l'hospitalité.
comme un symbole pour le Félibrige et
C'est sans doute par modestie, monsieur
le Maire, que vous avez gardé le silence pour la Cigale.
Vous avez décrit, avec quel talent et
sur un fait, qui cette année a profondéquel
charme incomparable, cet orient mysment ému nos cœurs de Félibres. Je veux
térieux,
ces pays du soleil dont nous sommes
parler de la profanation de la tombe de
presque
les adorateurs.
Florian. Mais nous n'ignorons ni votre
Vous
vous êtes fait l'avocat infatigable
empressement à vite en effacer les traces,
et
toujours
éloquent de la décentralisation
ni la piété toute filiale que vous avez montrée à l'égard des restes du charmant poète scientifique, artistique et littéraire que nous
qui fut votre compatriote et le nôtre. Je poursuivons aussi de nos efforts. — Nous
suis sûr d'être l'intreprète de toute l'as- en parlons, il est vrai, un peu plus en
semblée en vous en témoignant notre vive poètes qu'en érudits, mais l'idée et le but
sont les mêmes.
gratitude.
Comme de la Villemarqué, qui réunit le
La ville de Sceaux, vous le savez mieux
trésor
de vos chansons populaires, comme
que nous, très-cher et très-honoré Présivotre
ami Luzet dont vous applaudissez,
dent, s'enorgueillit à juste titre de son

Ville où le jury et les jeux floraux se forment

tout aussitôt!
Le spectacle est des plus imposants. Toutes
les célébrités du Félibrige et de la Cigale font à
la physionomie vénérable et malicieuse de
M. Renan une jeune auréole. L'aimable maire
de Sceaux, M. Charaire, se lève et, après les
premiers mots de bienvenue dit à l'illustre pré-

�34

Lou Viro-Soulcu

dans vos banquets celtiques, les vers tout
parfumés des senteurs des landes armoricaines, nous tenons à conserver le trésor
de nos vieux parlers, et nous chantons dans
l'idiome de nos pères.
Comme vous enfin, comme autrefois
Brizeux, le doux barde breton, le chantre
inspiré de Marie, qui vint mourir sous notre
ciel et qui encouragea par une poésie célèbre parmi nous les premiers efforts des
Félibres, nous aimons tout ce qui nous
rappelle les origines historiques du pays
où nous sommes nés, tout ce qui en reproduit à nos yeux l'image radieuse.
C'est ainsi que de vos forêts de chênes,
à nos champs d'oliviers, aujourd'hui que
la lyre n'effarouche plus les philosophes,
partout la science, la littérature et les arts
se concentrent et fraternisent ; tout semble
annoncer que le temps est proche où ces
groupements de cités et de citoyens que
les géographes appellent « provinces » et
les poètes « petites patries », formeront,
dans leur variété pittoresque et sans nuire
à l'unité nationale, autant de centres lumineux concourant ensemble au rayonnement
de la grande patrie.
Et n'allez pas croire au moins, messieurs
qu'en parlant de la sorte nous nous berçons en de trop vaines illusions. Déjà,
grâce à l'initiative hardie, à l'éloquente
parole de notre cher député et ami, Maurice Faure, la commission du budget se
dispose à proposer àla Chambre la restauration de cet antique et merveilleux théâtre
d'Orange, où bientôt le génie grec et le
génie français vont se confondre dans une
auréole de gloire, aux applaudissements
de la France entière.
Mesdames, Messieurs,
Après avoir salué en M. Renan le plus
haut représentant de cette union patriotique des provinces de France, il me reste
à rendre un dernier et douloureux hommage à la mémoire de l'ami, du père, du
capoulié que nous avons perdu.

Nous sommes encore sous le coup de ce
deuil cruel qui vient de priver à jamais le
Félibrige de son véritable fondateur, la
Provence d'un de ses plus illustres enfants.
Mais que pourrais-je ajouter au concert
de regrets et d'éloges qui s'est échappé
spontanément de toutes les plumes et de
tous les cœurs quand on apprit cette terrible nouvelle : Roumanille est mort?Parlerai-je de son œuvre? La presse entière
en a parlé et l'a acclamé ; de son caractère, de son inépuisable bonté? Tout le
monde l'aimait. Mistral du fond de l'Italie
a pleuré son ami, et nous, loin aussi de la
terre natale, nous n'avons jamais mieux
senti les douleurs de l'exil qu'en nous
voyant privés d'accompagner à sa dernière demeure le grand félibre qui a jeté
tant d'éclat sur notre cher Midi.
Mais une consolation nous reste : le mois
d'Août approche où, comme nous le fîmes
l'année dernière, lors de ce voyage pyrénéen dont Paul Arène et Albert Tournier
viennent de consacrer le souvenir dans un
livre charmant, où, dis-je, nous irons le
long du Rhône et de la mer bleue faire
revivre encore une fois la mémoire de nos
précurseurs.
Donnons-nous, messieurs, tous tant que
nous sommes ici, rendez- vous à Saint-Rémy
ce berceau du Félibrige. Allons en foule
nous joindre à nos amis de Provence pour
déposer devant le buste de l'auteur des
i Margarideto Î, quelques-unes de ces
fleurs qu'il a si admirablement chantées.
Celui-là fut un vrai poète et un vrai patriote qui s'est écrié, tout jeune encor,
dans un sonnet dédié à sa mère :
Vous n'en prègue, o moun Dieu ! que vosto man bènido,
Quand aurai proun begu l'amarun de la vido,
Sarre mis lue mounte sièu na.
Je vous en prie, ô mon Dieu ' que votre main bénie,
Quand j'aurai assez senti l'amertume de vivre,
Ferme mes yeux où je suis né.

Alors aux applaudissements réitérés de la
salle, M. Renan se lève. On lui fait une ovation.

�Lou Viro-Soulèu

Il essaie de parler. Les bravos couvrent sa voix.
Comme jadis Voltaire, il peut craindre un instant d'être enseveli sous les roses.
M. Renan se tire de ce pas malaisé en nous
couvrant nous-mêmes de fleurs bretonnes. Bataille mémorable dont il sera parlé de Kériel à
Roudarore, de Roudarore à Kériel; car c'est
l'Armoricain qui a gardé ici l'avantage.

Discours de M. Ernest Renan.
Vous m'avez rempli de joie, messieurs,
en venant, il y quelques jours, me chercher dans le fauteuil où me cloue la vieillesse, pour m'associer à vos fêtes. J'aime
fort à me trouver avec des gens qui savent
s'amuser encore. C'est si rare et c'est si
bon! Après avoir beaucoup réfléchi sur
l'infini qui nous entoure, j'arrive à trouver
que ce qu'il y a de plus clair, c'est que
nous n'en saurons jamais grand'chose.
Mais une bonté infinie pénètre la vie, et
je suis persuadé que les moments que
l'homme donne à la joie doivent compter
parmi ceux où il répond le mieux aux vues
de l'Eternel.
Florian, votre patron, et son grand
maître Voltaire, étaient bien de cet avis,
et voilà pourquoi tout cet appareil de festivité m'enchante, messieurs. Vous avez
compris que ce qui réjouit le cœur de
l'homme en l'améliorant est inséparable
de ce qui lui rappelle son enfance et le
pays où il a d'abord été heureux. Chacun
vaut en proportion des joies qu'il a goûtées au début de la vie, de la dose de bonté
qu'il a trouvée autour de lui. La langue
que nous avons d'abord balbutiée, la
chanson en dialecte local que nous avons
entendu chanter à quinze ans, mille particularités chères aux cœurs, qui nous rappellent nos origines, humbles mais honnêtes, font de la terre natale une sorte de
mère vers le sein de laquelle on se tourne
toujours. Le souvenir est pour chaque
homme une partie de sa moralité; malheur
à qui n'a pas de souvenir!
Vous faites donc quelque chose d'émi-

35

nemment bon, sainet salutaire, messieurs,
en vous groupant autour de ce drapeau
de la terre natale qu'on aime pour les motifs les plus divers, mais qui ne symbolise
rien que de pacifique et de pur. Le Breton
aime sa Bretagne, où il a été pauvre, justement parce qu'il y a été pauvre; le
Normand aime sa riche et plantureuse
Normandie, parce qu'elle a tous les dons
de la terre et du ciel; l'Alsacien aime son
Alsace, parce qu'elle souffre
Et vous,
messieurs, vous aimez ce rayonnant pays,
antique par son génie, toujours jeune par
ses idées généreuses, riche de toutes les
gloires, qui tant de fois a su donner aux
plus grandes pensées de la patrie française
une expression sonore, entendue du monde
entier.
C'est par une suite naturelle du sentiment noble et désintéressé dont vous êtes
remplis que vous avez voulu m'associer,
moi Bas-Breton, à une fête destinée à
rappeler au milieu de nos pays un peu
tristes, vos ardeurs du Midi, vos splendeurs
provençales. Vous pensez qu'au temps où
nous sommes il ne s'agit pas de rétrécir,
il s'agit d'élargir. En aimant ma Bretagne,
en me réunissant quelquefois dans l'année
à des compatriotes qui me sont chers, je
fais ce que vous faites, messieurs. Nous
travaillons à la même œuvre, à garder au
cœur ces voluptés intimes, à empêcher
l'homme de se déplanter totalement du sol
où il naquit, à sauver ce qui reste encore
des simples joies de l'âme, au sein d'une
vie que les soucis compliqués de la société
moderne ont un peu décolorée.
Mon ami M. Quellien, le fondateur du
Dîner celtique, a eu à cet égard des idées
tout bonnement de génie. Quellien a une
ethnographie qui n'appartient qu'à lui.
Tout le monde est Celte à ses yeux. J'ai vu
à son dîner des Lithuaniens, des Hongrois,
des Polonais, des nègres. Au mois d'avril,
il y a un pardon à la mode de Bretagne, où
tout le monde peut être Breton un jour

�Lou Viro-Souleu

dans l'année. Vous aussi, vous voulez
qu'on puisse être méridional une fois par
an. Merci de m'avoir, par votre aimable
invitation, procuré ce bonjour. La science,
la pensée abstraite, poursuivant la vérité,
n'ont pas de province, pas même de patrie.
Mais la poésie, la chanson, la prière, le
contentement, la tristesse sont indissolublement liés à la langue de notre enfance.
La vie est à plusieurs degrés; la vie de
l'ensemble n'enlève rien à l'intensité de la
vie des éléments constitutifs. Le lien qui
nous attache à la France, à l'humanité, ne
diminue pas la force et la douceur de nos
sentiments individuels et locaux. La conscience du tout n'est pas l'extinction de la
conscience des parties ; elle en est la résultante, le complet épanouissement.

J'en fus si enchanté que, huit ans après, je
voulus faire faire le même voyage à ma
femme. 11 y fallut mettre de l'obstination.
On nous soutenait à Lyon que les bateaux
ne fonctionnaient plus. Nous en découvrîmes un pourtant, qui transportait encore les plus grossières marchandises. Il
consentit à nous prendre : l'inconfortable
dépassait tout ce qu'on peut imaginer;
mais nous fûmes ravis.

Depuis lors, votre Provence est devenue
le pays de ma prédilection quand je veux
faire un voyage en esprit dans le passé.
Arles, Montmajour, Saint-Gilles, Orange
font partie de mes cadres d'imagination
pour l'antiquité et le haut moyen âge. Votre
poésie du douzième et du treizième siècle
est une des apparitions classiques les plus
C'est par lesprofondeurs mêmes de notre belles que je connaisse. La Grèce est loin;
unité française que nous sympathisons, que mais nous avons chez nous une Grèce qui
nous nous comprenons. Les mêmes artères vaut l'Attique et le Péloponèse, cet admirable rivage qui va de l'embouchure du
nous ont nourris avant de naître; nous
Rhône à Vintimille; Marseille, en particuaimions en naissant. Je me rappelle que,
bien avant d'avoir quitté la Bretagne, je lier, qui ressemble si fort aux côtes de l'Helpensais à la Provence; mon imagination lade que les marins de Phocée s'y tromrêvait de votre gai savoir et de vos îles pèrent et se crurent chez eux.
Ai-je renoncé à visiter encore une fois
d'Or. Ma mère avait un vieux livre qu'elle
appelait les Cantiques de Marseille; elle ces terres enchantées? Il m'en coûterait de
l'aimait beaucoup; je l'ai encore; il s'y me l'avouer à moi-même. Non, je reverrai
votre beau pays ; je n'ai jamais été à Aiguestrouve des choses charmantes.
J'avais vingt-cinq ans, quand je traver- Mortes, à Saint-Remy, aux Baux, à la
sai pour la première fois le pays que je source du Vaucluse. Et puis, je veux embrasser Mistral chez lui; j'irai à Maillane.
n'avais connu jusque-là que par les livres.
Mon Dieu! quelle révélation ce fut pour Chaque année, je passe trois mois sur le
bord de la mer, au fond de ma chère Bremoi! Je n'avais jamais vu de montagnes.
Le matin où je me réveillai au milieu des tagne. Oh! ce m'est une grande joie. Je
montagnes du Forez, cet horizon dentelé retrouve là une foule de vieilles petites
me remplit d'étonnement. Lyon devint connaissances, des oiseaux, des fleurs, des
dès lors une des villes que j'aime le plus. jeunes filles exactement semblables à celles
Je descendis le Rhône en un jour de Lyon qui me plaisaient jadis par leur petit air
à Avignon. Quel enchantement! Le matin sage et modeste. Mais le soleil?... Ah! il
à quatre heures, les brouillards épais des est rare en ces parages et un peu pâle. Les
quais de Perrache; à Vienne, le commen- brumes sont ravissantes; mais le soleil,
cement du jour; à Valence, un ciel nou- c'est la vie. J'irai vous le demander. Si
veau, le vrai seuil du Midi; à Avignon une j'étais assez riche pour avoir deux maisons
soirée lumineuse. C'était le 5 octobre 1849. de campagne sous le ciel, c'est chez vous

�Lou Viro-Soulèu
que j'aurais une retraite d'hiver. Je ne rêve
pas de pareils effets de luxe : mais vous
me découvrirez, sur quelque point de votre
rivage grec, un coin bien tranquille, bien
soleillé, avec deux ou trois pins parasols,
où je puisse de temps en temps aller chercher un peu de lubréfiant pour mes muscles
appauvris et mes articulations dessoudées.
Je me ferais scrupule de retarder par de
longs discours vos exercices patriotiques
et vos plaisirs. J'ai hâte de voir ces divertissements exquis. Je suis pressé d'assister
à votre cour d'amour, qui me fait rêver.
Qu'est-ce que cela peut être? Et votre farandole?... Et la tarasque?... Je ne veux
rien perdre, dussé-je arriver à Paris à des
heures indues.
Par votre gaieté, par votre entrain, par
votre sentiment juste et vrai de la vie,
vous corrigez excellemment nos maladies
du Nord, ce pessimisme, cette âpreté à se
torturer, cette subtibilité qui porte des
gens jeunes encore à se demander si l'amour est doux, si la science est vraie, si
les roses sont belles. Vous savez rire et
chanter. Vous chantez également bien en
deux langues. Bénissons donc, chers amis,
en dépit des mauvais hasards de l'histoire,
le jour qui nous fit frères ; ce jour là fut
un bonjour! Il est bien entendu que les
Bretons seront désormais les bienvenus
chez les Félibres, et les Félibres chez les
Bretons. Le royaume d'Is est frère du
royaume d'Arles; et puis il y a aussi un
domaine qui nous est commun, c'est le
royaume de féerie, le seul bon qui soit en
en terre. Là, le roi Arthur est retenu depuis plus de mille ans par des liens de
fleurs. Les quatre licornes blanches qui
l'ont emporté sont attelées ; sur un signe,
elles vous enlèveront.
Vive le Midi, messieurs, le Midi qui, à
toutes les époques, a fourni une part si
capitale à la grande sélection du génie
français! Vive cette pauvre Bretagne que
vous avez voulu appeler à votre fête ! Et

37

puis vive Paris, la seule ville du monde où
ce qui se passe aujourd'hui soit possible ;
Paris, la ville commune des panégyres ; où
le Breton tient ses pardons, le méridional
ses fèlibriges; où chacun exprime la poésie
desaterre natale, chante ses gloires locales,
regrette son village, maudit la centralisation à son aise; Paris où chaque province
vit et fleurit parfois plus activement que
chez elle, où les sentiments les plus divers
se traduisent tous en bon français, langue
fort délectable, quand elle est maniée par
des artistes comme les vôtres, messieurs!
Vive notre chère patrie française, mère
de ces diversités, toutes aimables, toutes
excellentes à leur manière ! Votre association a le premier rang, messieurs, parmi
tant d'autres manifestations des consciences disparues en apparence, qui renaissent
en ce siècle de la résurrection des morts.
Elle doit son rang à votre sagesse, à votre
largeur d'esprit. C'est ce don particulier
d'accueillance, d'ouvertures, de courtoisie
qui m'a valu la faveur que vous m'avez
faite et qui comptera entre mes plus chers
souvenirs. Je suis vieux ; j'en suis au temps
où l'on doit beaucoup songer à meubler sa
tête des pensées qui l'occuperont dans la
vie éternelle. Ce sera si long ! Ce sont, je
pense, les dernières images qui seront les
plus tenaces et rempliront notre âme immortelle pendant des siècles sans fin. Eh
bien! j'ai en ce moment sous les yeux de
charmantes images; je vais les garder
précieusement ; je veux mettre votre félibrige de 1891 parmi les choses auxquelles
je penserai durant toute l'éternité.
Après le discours de M. Renan, ont défilé les
différents rapporteurs des Concours. L'abondance des matières nous oblige à les ajourner à
notre prochain numéro. Ils n'y perdront rien,
non plus que nos lecteurs.
Puis, la matinée dramatique, savamment organisée par M. Jules Bonnet. Duparc a dit des
vers de Gelu, et il a retrouvé ses prodigieux
triomphes de l'an dernier. La félibresse Estello,
dans une pièce de Bigot, a fait mourir d'amour

�Lou Viro-Soulèu

38

toute l'assemblée suspendue à ses jolis yeux et
à ses mines impayables; M. Bringer son partenaire a eu un succès fou. Yann Nibor a puissamment rappelé à M. Renan la Bretagne natale. MUo Sichel, avec sa guitare, M110 Hartman
avec le simple accent de sa voix où passaient,
il est vrai, les vers d'Armand Silvestre, M110 Esquilor, que nous aimions depuis un an,
M. Krauss, et encore M. Bringer, l'infatigable,
ont été accablé de rappels, de bouquets et de
tous les honneurs. Après quoi, sans peur de la
pluie, on est allé à la Cour d'Amour.
Et la Cour d'Amour a été ce qu'elle devait
être.
Pour le banquet, il a dépassé toutes les espérances félibréennes et cigalières réunies. La salle
était charmante, le menu comparable à celui
des autres années : il nous semble que c'est
tout dire.
Le hasard s'était chargé de placer pour le
mieux les convives. MM. Rochas et Amouretti
aidaient d'ailleurs le hasard avec un dévouement et une sollicitude infinis; ils accueillaient
les convives à la porte, et leur main droite
était si cordialement tendue qu'elle semblait
ignorer que la gauche tenait une impitoyable
aumônière.
A l'heure des toasts, au milieu d'un parfait
silence, M. Sextius-Michel a parlé comme il
sait parler : délicieusement. Puis, M. le maire
de Sceaux qui a trouvé le moyen d'être plus
cordial encore que dans l'après-midi. Mais comment a fait Albert Tournier pour renchérir sur
ses enthousiasmes delà rue des Félibres. Maurice
Faure a dit la Vénus d'Arles après un speech
vibrant en langue provençale. Paul Arène a bu
au Midi. M. Renan a donné un pendant —
improvisé — à son admirable discours. Hélas!
pourquoi de telles paroles se sont elles envolées !
Nous retrouvons heureusement le texte de la
réponse que lui a faite Henry Fouquier; et c'est
par cette allocution, toute relevée d'atticismeet
parfumée d'une suprême élégance latine, que
nous voulons finir :

Toast de M. Henri Fouquier.

Vous nous disiez tantôt, mon cher
maître et mon cher compatriote provençal de Basse-Bretagne, que votre
expérience vous avait appris que les
heures de joie, ne sont, dans la vie où
elles sont si rares, ni des heures perdues pour soi-même, ni des heures

inutiles pour les autres. Merci néanmoins, après la laborieuse après-midi
consacrée à la philologie, dans notre
petit Institut de la langue d'oc, d'avoir
voulu encore faire une œuvre bonne et
utile en vous associant à notre banquet
bruyant et joyeux. Au nom des cigaliers, auxquels je dois obéir, ayant
l'honneur d'être leur président, je vous
porte donc un brinde, saluant en vous
le maître vénéré, le savant illustre, le
moraliste dont la doctrine se résume
en ces deux admirables paroles, qui
sont tout l'art et toute la charité : que
la beauté vaut la vertu et que la bonté
est la forme la plus sûre de la justice...
On vous disait tantôt que vous étiez
un doge, le doge de la science et des
lettres. Il me serait facile de vous faire
parler comme le doge de Venise à
Versailles, de vous prêter quelque
étonnement d'être au milieu de nous.
Je n'en éprouve aucun cependant, de
vous rencontrer. Votre rencontre avec
nous était fatale. En apparence, elle
s'explique par les précédents. Vos
collègues des Académies, mon illustre
ami Jules Simon ou Michel Bréal, déjà,
vous avaient montré la route du pèlerinage de Sceaux. Vous êtes la gloire
de la société celtique, analogue à nos
sociétés méridionales... Mais ces raisons de votre présence parmi nous ne
sont que des apparences. La vraie
raison de notre rencontre, c'est que
vous aimez la jeunesse et que nous
sommes jeunes.
Oui, mon cher maître, nous sommes
tous jeunes, et vous qui êtes avec nous,
et moi-même, malgré ma barbe
blanche de Nestor, nous sommes tous
jeunes, comme le sont ceux qui aiment
avec passion une tradition très ancienne... Rien ne rajeunit comme l'antiquité, cette antiquité helléno-latine
que nous retrouvons, et par la tournure de l'esprit et par la langue, dans

�39
notre amour des lettres méridionales.
Les corps importent peu : les esprits
sont tout. Et les esprits nourris de
l'antiquité sont des esprits jeunes,
parce qu'ils sont optimistes. Le regret,
j'aurais presque envie de dire le remords de la vie, ce n'est pas de la
quitter, c'est de ne pas avoir su l'aimer.
Or nous aimons la vie. C'est là le fonds
même de la nature méridionale. Nous
trouvons avec Homère, qu'il est doux
de contempler la lumière dorée du
jour, et quand le soleil se couche,
comme aujourd'hui, nous ne nous en
apercevons pas... En quoi nous différons des pessimistes, des « tristes &gt;
comme disait le grand méridional
Montaigne qui les détestait. Cette
gaieté saine, virile, qui n'est pas incompatible avec les deuils légitimes,
qui n'est faite ni de grossiers appétits
ni de méprisables indifférences, vous
nous l'avez enseignée. Vous l'avez fait
entrer dans l'histoire, dans les spéculations les plus élevées de la science et
de la philosophie. Vous en avez fait
une sagesse; vous avez donné la théorie
supérieure des instincts de notre race
et de notre pays. Voilà pourquoi nous
vous aimons si librement, si spontanément, si familièrement, et pourquoi,
avec ses disciples et ses amis connus
ou inconnus, jeunes ou vieux, Platon
est assis à notre banquet, à côté des
poètes qu'il ne veut plus proscrire et
qui le saluent...
Un mot encore.
A minuit nous courions le parc de la duchesse du Maine, en répétant les strophes provençales dont notre cher confrère Sextius-Michel
avait su célébrer les antiques ombrages :

LA CIÈUTA DE SCÈU
(La ville de Sceaux)
A M. Charaire, maire de Sceaux.

Sus toun pargue verdau, o Scèu,
De fes, quand l'oumbro s'amoulouno,

De toun viei castèu li coulouno
Semblon s'enaura dins lou cèu.
Toun passat revièu. Tout raiouno.
La Duquesso en reïau mantèu
Sourris em' un front clarinèu
Dins un roudelet de chatouno.
Quente trelus! quente pantai!
Piei la farfentello s'en vai
Dre que vén l'aubo cremesino.
Alor es tu, dins ta belour,
Tu que vese, cièuta divino,
Sempre courounado de flour.
SEXTIUS-MICHEL.

ÉCHOS CIGALIERS
Nous avons le chagrin de dire que, depuis
la fête de Sceaux, la santé de notre excellent
confrère, le cigalier Maurice Faure, bouteen-train de nos réunions, orateur de nos banquets et tribun de notre cause, a été éprouvée.
Maurice Faure a dû, toutes ces semaines, se
tenir à l'écart de nos agitations.
Heureusement, voici que les dernières nouvelles que nous recevons sont des plus rassurantes ; et nous pouvons espérer de retrouver
sous peu de jours ce joyeux compagnon et sa
vive éloquence.
*

*

*

Grand succès de presse et de lecture au livre
de nos deux amis et confrères— les plus aimés
de nos confrères et de nos amis — Paul Arène
et Albert Tournier : Des Alpes aux Pyrénées.
C'est un bijou de livre. Il sort des presses de
Silvestre. Il est plein de portraits, de paysages,
de souvenirs. Vous y retrouverez tous les
hommes, toutes les choses que nous aimons.
Les deux cigaliers on fait revivre ces merveilleuses fêtes d'Aquitaine où nous avons franchi,
comme des dieux ou des héros issus des dieux,
les fleuves, les rivières et les montagnes. Ces
triomphes n'ont point suffi à nos diables d'amis.
Ils les ont prolongés. De Saint Sébastien, ils
sont allés à Sisteron, — par l'Ariège : du pays
d'Henri IV au pays de Paul Arène par le pays

�o

Lou Viro-Soulèu

4

d'Albert Toumier. Chemin faisant, ils ont tout
vu, tout aimé, tout raconté, — nous voulons
dire la fleur de tout.
Et nous croyons superflu de recommander
ces pages. Elles se recommandent toutes seules.
De l'étalage des libraires, elles font cligner les
yeux des passants, grâce au joli fronton dont
Charles Toché les a décorées. Et, nous gardions
ceci pour la bonne bouche, ce merveilleux
lettré qu'est Anatole France les a ornées d'une
préface qui est un chef-d'œuvre d'atticisme délicat. Toutes les bonnes fées se sont penchées,
vous le voyez, au berceau de ce charmant livre.
C'est pourquoi il est plein de grâce, de malice
et de vivacité. Il est en vente chez Marpon et
Flammarion.
*

•*

Un autre grand événement, pour la littérature du Midi, c'est l'apparition des Papalino de
Félix Gras.
Il y avait longtemps que la ville papale, Avignon, s'enorgueillissait à juste titre de son juge
de paix. Ce grand poète savait dire avec verdeur et
âpreté le catholicisme voluptueux jusqu'au manichéisme, la religion douce et sanglante dont
l'âme provençale, comme l'histoire de Provence,
est pleine jusqu'à déborder. Son Romancero
nous chantait en de pures strophes tout ce qui
s'agitait confusément dans nos cœurs. Et, aux
plus libres heures, d'autres refrains de lui naissaient de nos mémoires, entonnés par Tournier ou par Maurice Faure :
H èu qu'ero un lapin
Lou papo
Lou papo
H èu qu'ero un lapin
Lou papo Clement cinq !

Mais dès aujourd'hui il faut saluer dans Félix
Gras un grand prosateur. Nous avons à peine
feuilleté ce volume, qui porte, pour nom d'éditeur, le nom du regretté Roumanille. De cette
lecture rapide, nous sortons éblouis. Faites
comme nous ; vous nous en direz des nouvelles.

La jolie brochurette bleue que notre ami
Charles Maurras a consacrée à la poésie de
« Jean Moréas » (chez Pion) fait aussi son chemin dans les journaux et le public. Tous les
errants des galeries de l'Odéon lui donnent en
passant un coup de pouce amical. Et cette glorification du poète du Pèlerin Passionné ne
laisse point que d'inquiéter les gens expéditifs

qui s'étaient empressés de crier au paradoxe
lorsque, l'hiver dernier, notre ami Anatole
France, présentait Moréas, comme l'un des meilleurs espoirs de la poésie de demain.

*
* *
Nous annoncions dans notre dernier fascicule, l'apparition à Sceaux d'un numéro exceptionnel de la Revue la Plume consacré tout entier à la littérature félibréenne et rédigé, sous
la direction de Charles Maurras, par de jeunes
méridionaux, MM. Amouretti, Joseph Mange,
Alcide Blavet, René de Saint Pons.
Elle a obtenu à Paris et en province un vif
succès. Non contents d'exposer l'œuvre des
maîtres et de donner des échantillons de l'œuvre
de Roumanille, Mistral, Aubanel, Félix Gras,
Xavier de Ricard, Auguste Fourès, Paul Arène,
— ils ont nettement établi les droits de ces
poètes à l'admiration attentive et pieuse des
générations nouvelles.

*

*

*

Très remarquée, la spirituelle fantaisie de René
de Saint Pons sur « les félibres de Paris » ; très
chaleureusement discutée la conclusion de
Charles Maurras, Barbares et Romans, où le
jeune félibre déclare officiellement la guerre à la
jeune Belgique. Très admirée enfin, la belle
traduction du Porto-Aigo de Mistral, par Jean
Moréas, le chef de cette nouvelle « école romane » qui prétend maintenir le goût hellénolatin de la race française contre les importations
slavo-saxonne à la mode.

Et voici que le dernier numéro de l'Aïoli
apporte aux jeunes de la Plume une adhésion
précieuse. Par la voix de Marius André, le journal officiel de la Provence, déclare légitime la
campagne menée ainsi pour la gloire et l'intégrité de la patrie. Nous citons :
Aquelo campagno, menado pèr la ternita MoréasLa Tailhède-.Maurras, vèn à soun ouro. E, pèr l'entousiasto adesioun dis un, coume pèr li coulèro dis
autre, aquéli jouvènt (diguen ef'ebe, amor que soun
fiéu esperitau de l'antico Elias) dèvon vèire qu'an
pica just e fort. Lou mouvemen que tènton es paraIèle dóu mouvemen pouliti que, souto lou noum
d'Unioun di Raço Latino, es nascu quasi en même
tèms que lou Felibrige, e'n quau Savié de Ricard
dounè uno tant grando impulsioun en foundant soun
Alauseto; l'un es la counsequènci de l'autre e lou
coumplèto.

�Lou Viro-Soulèu

»

* »

Le félibre Xavier de Ricard, dont Marius
André rappelle en termes si sympathiques l'iniitative superbe, est revenu, ces derniers mois,
au milieu de nous. Il n'a pas perdu son temps.
L'éditeur Lemerre a déjà mis en vente Au bord
du lac, le délicieux recueil des reliques littéraires de Mm0 Lydie de Ricard. Et, d'un autre
côté, Savine vient de publier Autour des Bonaparte, un volume de souvenirs arrachés aux
cartons du général marquis de Ricard, père de
notre ami. Voilà de pieux devoirs accomplis. Et
le cerveau de Richard fermente toujours sous sa
chevelure de ténèbres. A quand, cher fédéraliste, une œuvre de vous?
*

*

Et puisque nous avons parlé de VtAïoli,
n'oublions pas ce numéro du 7 juillet, où
Mme Roumanille a recueilli lou darriè Conte de
Roumaniho, — oui, le récit suprême qu'esquissait si lucidement dans le quart d'heure d'agonie la haute et féconde intelligence du créateur
du félibrige.
Rien ne serait plus touchant que cette fidélité
gardée à la cause entre les bras de la mort,
n'était cette piété de M"16 Roumanille au souvenir du grand conteur que les félibres aimaient
appeler « notre père ».

Nous lisons dans la Cornemuse du 15 juin
le magnifique éloge funèbre de Roumanille par
le père Xavier de Fourvières.
On nous annonce que cet admirable morceau
d'éloquence provençale va paraître un de ces
jours chez Mm0 Roumanille.

Grand « boulegadis » à Villeneuve-sur-Lot.
Les journaux en ont longuement retenti. On
fêtait Bernard de Palissy; et c'était une grande
fête. Mais on fêtait Arnaud Daubasse, poète national de Villeneuve et de Moissac ; et c'était à
n'en point douter, une fête plus grande encore.
Les ministres de l'instruction publique et de
la justice y assistaient. Les félibres de Paris
invités fort gracieusement, s'étaient fait représenter par leur ami Elie Fourès, et l'on sait avec
quel entrain, quelle fougue gasconne et quel
art de diseur, Elie Fourès représente.
Un bon hasard fait tomber entre nos mains

41

l'une des pièces couronnées — la première —
dans le concours ouvert en l'honneur d'Arnaud
Daubasse. C'est un sonnet acrostiche dont on
admirera l'adresse et l'à-propos :
A ARNAUD DAUBASSE
SONNET-ACROSTICHE

Douno mé toun esprit, carté boli canta,
A toun libré plasen you porti moun houmatzé.
Un aoutré bo fara miliou san pla coumpta,
Béiéou y mettra pas moun foc et moun couratzé
A Bilonèbo soulo on pot daïssa banta
Soun amistat per tu dins un pu fier lengatzé :
Soou de Mouyssac, Arnaou, et sas biscut enla,
Erés nascut aïssiou et din mount bézinatzé.
Aïmi toutis Ious cants sourtits dé toun biel luth,
Réciti tous noëls qu'an tout oun moun salut,
N'entendi cadans un al téms oun per tout nèbo.
Aïmi tabé tous fis coumplimens dè trabès :
Uno probo après tout Daubasso qué tu sès
Dé Mouyssac, moun pays coumo de Bilonèbo.
NESTOR CHAUBARD.

Les Filles d'Avignon!
La plus chaude musique et la plus passionnée, épandue sur des fonds de terrible écarlate,
soleil mourant et chair pâmée — c'est cela,
n'est-ce pas ? l'œuvre du maître D'Avignon,
l'œuvre à demi posthume ; car, vivant il n'osait
que la distribuer à ses amis avec une discrétion
qui tenait du mystère. Eh ! bien, ce sont ces
pages de lumière et d'amour que M. Ludovic
Legré vient de sauver de l'ombre. L'éditeur
Savine y a aidé. Et tous les cœurs félibriges et
cigaliers sont dans la joie. Et l'on se félicite de
l'heureux coup d'audace des éditeurs. Mais,
puisqu'ils osent, nous leur souhaitons d'oser
tout-à-fait. Quand verrons-nous le tombeau de
Théodore Aubanel, ce bas-relief que demandait
Paul Arène, en faisant l'oraison funèbre du
grand poète? A quand la Vénus d'Arles, deminue, toute chaste, éployant sa beauté sur un
fragment de marbre, et disant la splendeur incorruptible de l'art au dessus de vains restes
de celui qui mêla dans un vers éternel l'éclat de
la lumière à la douceur d'aimer?

Les Filles d'Avignon?
Ce titre indigne Auguste Marin. Il voudrait :
Li Filo d'Avignoun, qui est le titre original.
Pourquoi donner à un volume franco-provençal

�Lou Viro-Soulèu

2

4

le titre de la traduction? Marin à bien raison,
— encore que nous n'approuvions pas toutes
les déductions auxquelles une juste colère l'a
entraîné dans son excellente chronique du Petit "Provençal.

*

*

*

11 pleut, il pleut, bergère, des chroniques
enthousiastes sur l'idée merveilleuse qu'a eue
Maurice Faure de demander 100,000 francs à la
commission du budget pour la restauration du
Théâtre d'Orange.
Nous citions l'autre jour Francisque Sarcey.
Albert Delpit, à ce nom vénéré, est accouru à
la rescousse, et sa chronique de la République
Française est toute transportée du plus saintement raisonnable des enthousiasmes.

tous les membres en vue de la presse locale, a
eu lieu la semaine dernière pour célébrer leur
fondation.
Coffinières a montré à ces gens pleins d'ardeur la marche ascendante de cette décentralisation artistique et littéraire qui ne tardera pas
à s'épanouir complètement à Marseille, en attendant que la vitalité provinciale, qui couve
sur tous les points de la France, rende à chacune
de nos contrées la légitime influence que le niveau unitaire de la civilisation leur avait fait
perdre depuis près d'un siècle... Il leur a chaleureusement recommandé de venir tous en
masse au devant de ces apôtres du réveil intellectuel de la province, les félibres et cigaliers,
auxquels les populations de notre littéral méditerannéen préparent une réception si fraternellement enthousiaste. Des applaudissements frénétiques qui l'interrompaient à chaque instant
et qui ont salué sa péroraison prouvent qu'il a
semé sur une terre féconde.

Et à la France, Clovis Hugues a fait, sur le
même sujet, son magnifique métier de poète et
de tribun. 11 a agrandi, il a multiplié les horizons de la chose. Ses souvenirs et ses espérances, sont partis en bouquets d'artifices; et,
en lisant ces lignes mélodieuses, il nous est
souvenu de la belle voix argentée de notre confrère. Il faudra qu'à notre première excursion
au Théâtre romain, il nous y chante une ode
de sa façon.

La ville de Bédarieux a ouvert un grand
concours littéraire — en langue française et en
langue d'oc — sous la présidence d'honneur du
grand romancier cévenol Ferdinand Fabre.

C'est un plaisir que le cigalier Constantin
Roche nous promet dans une excellente chronique de VIndépendant. Nous voudrions citer
tout le portrait qu'il y fait de Clovis Hugues.
Nécessité, l'impérieuse, veut que nous nous réduisions à ces quelques lignes :

Ce concours ayant été clos le 20 juillet, nous
ne pouvons en donner le programme; mais
nous en indiquerons les résultats quand ils seront connus, c'est-à-dire après le 1 1 août, date
des fêtes données en l'honneur d'Auguste Cot
et qui ont motivé ce concours.

« Clovis Hugues nous manque à la Chambre », me
disait, ces jours-ci, au Palais-Bourbon, un député de
Marseille. Elle manque, en effet, au Parlement, cette
voix aux timbre métallique que ne dépare point l'accent provençal, qui lançait naguère, du haut de
l'extrême-gauche, les vives réparties, les interruptions
étourdissantes secouant les ministres ou mettant en
belle humeur tous les bancs parlementaires.
Mais patience! Clovis Hugues y reviendra.
Et nous y comptons bien.

*

* •
Le cigalier Coffinières poursuit avec une infatigable persévérance, par la presse et par la
parole, sa campagne désentralistrice, sa crou\ado felibrenco, dans les Bouches-du-Rhône et
dans le Var.
Un nouveau groupe de littérateurs, de peintres, de savants, les Mardistes, vient de se former à Marseille. Une importante réunion présidée par Horace Bertin et à laquelle assistaient

* *

*

*

*

Nouvelles transatlantiques.
Tbe golden coat by Paul Arène, translated by
Mary J. Safford, vient de paraître à New-York
chez Harper and brothers.
Nos plus vifs compliments à l'auteur de la
Chèvre d'or!

*
* *
Le 2 juillet a paru à Toulouse le 1er numéro
du supplément artistique et littéraire en langue
d'oc du Gril, avec des poésies, des contes rabelaisiens, des illustrations et un fac-similé d'un
dessin original de « Chien-Caillou » sous la direction d'Auguste Fourès.
Le numéro : cinq centimes. Bureau : boulevard de la Gare, 5, à Toulouse.
+

* *
Le cigalier AugusteTruphème nous commu-

�Lou Viro-Souìèu

nique une notule destinée à réparer deux oublis
qui se sont glissés dans son intéressante revue
des artistes cigaliers, publiée ici le mois dernier :

43

L'artiste, sans malice et d'une main légère,
Reproduisît sa fine ombrelle du a Perron ».
UN FÉLIBRE-CIGALIER.

*
*

« L'excellent Adrien Didier, avec ses mer« veilleuses gravures au burin des trois Grâces,
« d'après Raphaël, et deux autres charmantes
« et belles gravures, d'après J. Lefebre, qui lui
« ont valu beaucoup de voix pour la médaille
« d'honneur en gravure; il est fort regrettable
« qu'il ne l'ait pas obtenue pour sa belle carrière
« pleine de talent et de grande honnêteté, j'es« père qu'on lui rendra justice l'année pro« chaîne. Et les fleurs magistrales de notre bon
« ami Grivolas, que jevoudraisvoir depuislong« temps médaillé au Salon. J'espère qu'il ne
« tardera pas d'avoir cette juste récompense. »

NÉCROLOGIE

«

J. B. Gaut.

Au reste, mon cher Truphème, ne nous accusez point d'oubli : un félibre-cigalier s'était souvenu de Grivolas et voici comment il a célébré
son confrère dans la langue des dieux :

Au Cigalier-Félibre Ant. Grivolas
A l'occasion de son tableau : Le jardin du Presbytère.
Le ciel est bleu, l'air pur. Quel paisible bonheur
Doit goûter en ces lieux l'homme de la prière 1
Près des massifs de mauve et de rose trémière,
On croit le voir, là-bas, solitaire et rêveur.
Au-devant du jardin, de modeste apparence,
Se détache dans l'ombre un temple déserté.
Nul fidèle, aucun bruit. C'est un beau jour d'été :
Tout invite au repos, tout est parfum, silence.
Envoi. — Pour compléter ce bijou du salon,
J'aurais voulu que là, sur un coin du parterre,

Paris. Typ.

PAUL SCHMIDT.

4

Blancafour de Van-Clare ou V Amour engabia,
opéra-comique provençal, a eu dans la petite
ville de Sorguesle plus joli succès. L'auteur du
libretto est, on s'en souvient, le président des félibres aixois,J. B. Gaut, et la musique était due
à M. Alphonse Gavaudon. Tous les journaux de
la région en font l'éloge le plus vif.

Au moment de mettre sous presse, nous avons
la douleur d'enregistrer le décès de notre excellent confrère, J. B. Gaut, d'Aix.
Gaut était l'un des piliers du félibrige. Et
c'est du félibrige qu'il meurt. Il s'était rendu à
Sorgues dans l'intention de surveiller les répétitions de sa délicieuse comédie, VAmour engabia. Il a cédé à la fatigue de ce déplacement.
Il est mort dans la nuit du 14 juillet. Ses
obsèques qui ont eu lieu le lendemain ont été
l'occasion d'une manifestation sympathique à
laquelle s'est associée toute la population d'Aix.
M. Hippolyte Guillibert, au nom de l'Académie
d'Aix, a retracé éloquemment cette noble existence toute consacrée aux lettres nationales.
M. J. B. Gaut était conservateur de la bibliothèque Réjane.

Le Gérant: Louis

ROCHAS,

51, rue Monsieur-Ie-Prince.

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          <name>License</name>
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              <text>Licence ouverte</text>
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          <name>Contributor</name>
          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
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              <text>Michel, Sextius (1825-1906)</text>
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              <text>Tournier, Albert (1855-1909)</text>
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              <text>Renan, Ernest (1823-1892)</text>
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              <text>Fouquier, Henri</text>
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          <name>Spatial Coverage</name>
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          <name>Date Issued</name>
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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 03, n°07-08 (juillet-avoust 1891) </text>
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          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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