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9-10.

5° ANXADO

Setembre-Outobre 18'p j.

1 vii
FLOURISSENT TOUTI Ll MES
SOUTO

L'AFLAT

Dl

FELIBRE

REDACIOUN

PRES DE L ABOUN'AMEN PER UN AN

29, carriero de Buci

Quaranto Sou

A prepaus 11 Festo Catalanenno
Es verai, sian un pau en retard pèr
parla di fèsto catalanenco que aguèron
liò, cadun lou saup, ou Bos de Boulougno, lou mes passa.
L'abounde di matèri soulet poudié
nous faire remanda lou galant article
de noste counfrairee amiLouvis Brès.
Aman de crèire que nosti legèire
nous n'en gardaran pas rancuro de lis
fa chanla pèr ié semoundre aquelo
frucho de testo, ounte, de segur, se
van coungousta :
Le rendez-vous était à l'entrée du
bois de Boulogne, au Pavillon Chinois, à neuf heures du soir. Il s'agissait,
pour les Félibres de Paris, d'aller
honorer la mémoire du troubadour
provençal Catelan, en plein bois, là
où s'élevait jadis la croix commémorativede l'assassinat du pauvre chanteur,
amoureux de la reine, et où l'on voit
aujourd'hui une petite pyramide de
pierre toute fruste, à laquelle est attaché encore le nom de Catelan.
L'idée était souriante ; et après une
journée d'accablante chaleur comme
celle de mercredi dernier, elle ne pouvait qu'être bien accueillie. Le bois de
Boulogne, la nuit, est, en cette saison,
une promenade admirable, d'un calme
profond, d'une délicieuse fraîcheur, en
même temps qu'un coin très caractéristique des coulisses de la vie parisienne. On y respire et on y flirte en liberté.
A la porte Dauphine, le Pavillon
chinois étincelle par tous ses globes
lumineux et lance dans la nuit les trilles
énamourés des violons des Tzyganes,
les bruns musiciens en redingote rouge
qui, parmi les toilettes claires des
femmes, mettent une note de pittoresque truculent. On se retrouve entre

DE

PARIS
ADMINISTRA GIOU*

5!, tsrteïi Moussu lou Prince

félibres, au milieu du Paris nocturne
habitué du Buis, et on se met bientôt
en marche v&gt;u"s le but du pèlerinage.
On allume quelques ballons rouges
qui servent de phares dans l'obscurité,
et guident la petite troupe. La fête a un
caractère de complète improvisation,
et c'est par là qu'elle pêche, à la vérité,
mais c'est aussi ce qui lui donne une
assez piquante originalité.
Dans les larges allées, les lanternes
des voitures filent comme des vers
luisants. Par instants, la solitude est
complète, et si l'on s'attarde quelque
peu, si l'on perd de vue les rouges
falots, on se trouve en une obscurité
profonde, perdu dans les arbres, sous
la voûte des feuilles, écoutant avec un
vague frisson, une indicible émotion,
le mystérieux silence de la nuit.
Nous voici devant la petite pyramide
qui, toute blanche, se découpe sur le
feuillage noir des arbres. Un pavillon
aveedes tables et des bocks, estinstallé
en ce coin de bois qu'il éclaire de ses
globes lumineux. On se groupe autour
de la pyramide, et, sur 'des marches,
à la clarté des lanternes chinoises,
notre compatriote M. Oddo, bibliothécaire de la Chambre de députés, lit
une étude fort intéressante sur le troubadour Catelan. Son meurtre en cet
endroit n'est pas, paraît-il, une simple
légende, comme l'a prétendu M. Fournier, l'érudit historien de nos origines
littéraires. M. Oddo n'a pas eu de
peine à nous convaincre que le poète
provençal, — car Catelan était crAixen-Provence, si je ne me trompe, —
amoureux de la princesse Marguerite,
fille du comte Raymond Béranger,
venu à Paris pour 'revoir celle qu'il
aimait et qui était devenue reine de
France, fut bel et bien assassiné par
des malandrins en cet endroit alors
des plus sauvages.

�58

Lou ViroSoulèu

M. Maurice Faure, le sympathique
député de la Drôme, lui succède et,
en une éloquente improvisation, en
chaud langage provençal, dit les motifs
u'a le félibrige d'honorer la mémoire
u troubadour et le symbolisme qui se
dégage de cette figure légendaire. Ce
petit discours est très applaudi. Ensuite on récite des vers — vers provençaux et vers français — entre autre la
poésie de Mistral, toute de circonstance, sur le troubadour Catelan.
En vérité, dans le calme profond de
cette belle nuit, les strophes de Mistral
ont de délicieux battements d'ailes et
elles nous emportent avec elles bien
haut et bien loin.
Ecoutez le troubadour :
Anarai trouba la rèino,
Dis, e ie dirai : Bonjour!
Venièu veire s'a la Scino
L'aigo linda iai tintèino,
Coumo i sorgo dou Miejour ;
Venièu veire se la bièino
Trelasis coumo la sau
Dins lis erme prouvençau.
Venièu saupre se Ii figo
S'amaduron dins voste ort,
Se h poumo e lis aligo
Noun vous dounoun enterigo ;
Se becas de rasin d'or
Coume aven uins li garigo,
E s'avès garda lou goust
Dis arange nielicous.

Ainsi le fait chanter Mistral ; et il
nous le montre portant sur son cœur
ses chansons nouvelles, délicatement
enluminées sur parchemin, qu'il veut
offrir à la reine. C'est là le trésor dont
il parle volontiers et qui, sans doute,
a tenté les malandrins. La reine Marguerite, en apprenant la mort tragique
de sou troubadour, pâlit horriblement
— Venguè touto escoulourido — et
les dames de sa cour, partageant sa
douleur, élevèrent une croix au troubadour malheureux.
Mistral ajoute que depuis, la poésie
a éclairé le bois sombre, que lilas,
acacias, et rosiers, — coume en terro
de Marsiho — croissent autour de la
tombe et que, pour boire l'ambroisie,
tout Paris,, une fois l'an, court au Pré
de Catelan.
C'était jusqu'à ce jour pure vision
de poète. On ne pourra plus en dire
autant désormais, car, pour la première
fois, devant un groupe de félibres et
nombre de parisiens et de parisiennes

qui, surpris par cette manifestation
nocturne, avaient fait arrêter leurs
voitures et y assistaient en curieux,
Catelan a été honoré par des vers et
des chansons en vieille langue provençale. On parle déjà d'ériger son
buste en ce carrefour du bois. Enfin
on s'est séparé en se disant : — « A
l'an que vèn ! ».
Quoi qu'il en soit de cette première
manifestation qui n'a pas eu peut-être
toute la solennité que l'on pouvait désirer, il subsiste au moins une idée qui
certainement sera reprise et dont la
réalisation, avec une convenable mise
en scène, des vers et de la musique,
pourra donner lieu à une admirable
fête de nuit, qui, non seulement sera la
bienvenue, par les chaleurs estivales,
mais permettra aux méridionaux d'affirmer une fois de plus, en plein Paris,
leur solidarité et leur amour du sol
natal.
Louis

BRÈS.

Coume l'avès aremarca dins l'article
queprécidi, M. Brèspariod'unoestudio
facho pour lou felibre Oddo. Dounan
eme plesi l'escapouloun seguènt d'aquèu remarquable travai.
Messieurs,
Des articles de journaux dos revues
s'inspirant de l'ouvrage do M. K. Fournier
« Enigme des rues de Paris « ont essayé
de battre en brèche cette légende au
premier poète provençal venant apporter
à la cour de France l'esprit de notre langue et les poésies de nos cours d'amour.
M. Fournier affirme que la croix Catelan a été élevée, non pas en souvenir du
poète provençal assassiné sous le règne
de i-diilippe-le-Bel, mais pour un autre
provençal, Théophile Catelan, de Cap,
capitaine des chasses de Louis XIV et propriétaire de cette partie du bois qui porte
son nom. Il appuie son opinion sur ce
fait, que le plan de la Grise donne p &gt;uv
tous ses carrefours du bois de Boulogne,
des croix semblables, telles que la croix
de Beauvais,
Chalambert, d'Herménouville, etc.. Ces pures hypothèses suffisent à soutenir ses énigmes des rues de
Paris, pour conclure que tout ce qui a été
dit à propos du troubadour Catelan est
une tradition altérée indiscutable. A ces
hypothèses nous opprosons des faits et
des documents.
La présence du Félibrige de Paris devant le monument élevé à la mémoire du
troubadour, venu sur les bords de la

�59
Seine, s'inscrit formellement en faux conSiègues soulamen counegtido ;
tre l'altération de la légende, et prouve
E que s'ane faire begudo.
qu'au contraire il la lient pour véndique,
Ver lou jardin di cat-sourciè.
d'accord avec notre maître vénéré, Frédéric Mistral. Quoi d'étonnant à ce qu'un
Jecn MICHEL, de Bello-Gardo.
troubadour ait été envoyé par Béalrix de
Savoie à la cour d'un roi de France lettré
comme l'était Pbilippcdc-Bel, qui nous a
laissé les livres dos Olim, les ordonnances sur les métiers, des éludes de
droit... ; que ce troubadour ait été assassiné dans un bois qui s'appelait bien le
bois de Rouvrai mais aussi le bois des
Tóuti nosti felicitacioun a noste
voleurs ; et qu'enfin ce troubadour fut
ami Maurise Faure, lou felibre tant
Arnauld Catelan un des poètes familiers et
simpati e agradiéu que vèn d estre
renommés de la cour de Provence, historiographe et romancier.
nouma députa pèr la quatrième fes.
Quillet, l'auteur de « Passy et ses enviJules Brisson, dins la Revue illusrons», qui était presque un contemporain
trée, i'a counsacra l'article seguènt que
de la réedilicatton du monument sous /noste ami Oddo a tradu en prouvençau
Louis XIV, et avait fidèlement recueilli
pèr lou Viro-Soidèu -.
toutes les traditions attachées au Bois de
Boulogne, donne l'inscription complète
« Cadun saup que pèr èstre nouma
qui rappelle bien les faits tels que nous
« députa fau pas mau despensa de
les admettons, et de plus en toutes lettres
le nom d'Arnauld Catelan. Je me deman« dardeno. N'i'a que s'en tiron pas a
de alors pourquoi l'auteur du monument
« mens de vi.-t-e-cinq milo franc, acòês
désigné par M. Fournier, Théophile
« lamejano, en'es paspèrdemerlusso !
Catelan, n'aurait pas fait figurer son
« Eh bèn n'i'a qu'un que despenso rèn;
nom de Théophile au lieu d'y laisser
« e fau bèn lou nouma : es Maurise
subsister celui d'Arnauld. Voilà un fait
« Faure, qu'a l'ounourde representa, à
qui ne nous a pas été expliqué, et M.
« la Chambro, l'arroundimen de ValènQuillet, qui vivait à l'époque où la plaque
«ço(Dromo). Mai fau vous dire, que
existait encore et où ie souvenir de la
mort de Catelan restait, transmis par la
« Maurise Faure es une cigalo en metradition orale, n'aurait pas manqué de
« mo tèms qu'un orne publi ; que se
mentionner dans son ouvrage.
« nouris d'élouquènci e de bèu vers ;
D'ailleurs un auteur très connu, poète
« que sa vouas es encatarello, dindanto,
délicat et félibre d'élite, Paul Arène, a,
« coulourado coume aquelo de Gamlui aussi, affirmé la véracité du récit de la
« betta, pas tant puissanto mai pu
mort du troubadour, en une page qui fixe
« douço.
admirablement tous les détails de la légende Catelanesque.

Un députa ielibre

ODDO.
&lt; C^»#*^V-l

.

La font de la Tourtourèllo

Gènto font de la Tourtourèllo !
D'ount'es que te vèn aquéu noum ?
Sariè-ti qu'uno pastourèllo
Emé soun galant, d'escoundoun,
Dins toun aigueto clarinèllo
Venièn abéura si moutoun ;
E, qu'en memorio de la bèllo
Ansm t'apelèron ? Adounc
M'cstounne pas que dis amaire :
Tourdre, quinsoun, mèrle siblaire...
Pastre, cassaire e bouscassiè...

« Après on es pas estouna que lis
« urno s'empligon à soun proufié sènso
« que s'en oucupe lou mens dóu moun« de. Lei bràvis e fidèus eleitour meton
« qu'uno coundicioun à si sufràgi ; vo« Ion vèire souvènt lou valènt Maurise
« ié sara la man, turta lou got, beure à
«sa santa; mai, entendon pas que
« Maurise se mete en despenso pèr lis
« ana vèire, acò li regardo. E chasque
« matin ; dès qu'apparei l'aubo i det de
« roso une calecho atalado de dous
« chivau vigourous, ourna de mouscal
« e de cascavèu, s'arèsto à la porto
« dóu députa. Maurise davalo, la tèsto
« cuberto d'un large panama (sa
&lt;,&lt; councienso sènso rejuvelis li permeto
« d'arboura aquèu capèu maudit), i'a
« pas mau de députa que n'en poudrièn
« taire eitant... e la tournado coumen« ço... la veituro filo lou long di routo

�Go

«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

Lou Vino-SouUu

blanco, s'arrèsto dins touti li vilagi
dins li pu pichots' amèu. Maurise
davalo, sarro li paumo rufo que se
paron de vers éu, e tóuti s'en van à
î'aubsrjo vesino, pèr iè tuia lou verme e béure un cop, e tambèn pèr se
coumunica quàuqui counsideracioun
sus l'aveni delà Republico... aquelo
vido duro touto la journado, lou
souer li chivau caparaçonna ramenon en penejant a soun oustau,
l'urous candidat.

« Ai agu, l'autre souer, lou plesi de
« i'enètndre dire La Vénus d'Arles
« d'Aubanel, la niue èro caudeto, lou
« cèu plen d'estello, uno douço aureto
« agitavo li fièio, erian aqui cinq ou
« siei parisian, Jules Clarelle e soun
«peu, Sarcey, Got, uno charmanto
« fremo Madamo Gineste, li voués
« s'envoulavon, nous bressant de soun
« escrèto musico. Lou cap d'obro, en
« passant pèr li labro de Maurise Faure,
« prenié un espèr divinamen escultu« rau ; vesian enoussa dins l'azur lou
» corps de la divesso patronne di bonno
« fiho e di roubuste enfant de Prou« vènço — de la brulanto divesso
« qu'atubo dins si veno lou íiò dóu
«désir... e lou cantico d'amour nous
« semblavo sublime — que d'eici nous
« semblavo casto, car s'imboulisavo à
« nostis iue l'amo d'uno raço démou« rado invesiblament fidello au culte
« de la bèuta.
« M. Maurise Faure es l'enfant chéri
« de la fourtuno e de la vitòri, a reçau« pu d'uno bono fado lou doun que
« counsisto à se réndrepoupulàri »,
Cresen d'èstre l'interprète de tóuti li
felibre, en assegurant noste brave e
car coulègo dòu plesi qu'avènesprouva
en aprenènt lou succès de soun eleicioun, car es un ounour pèr lou félibrige de Paris de coumta, entre si
membre un ome de la valour de Maurise Faure. Ié mandèn tóuti nosti
felicitacioun e l'espressioun de nosto
bono amista.

VIRO

SOULEIADO

Lou félibrige es pas esta lou darrié à
se jougne i manifestacioun patrioutico di
fèsto Uusso.
Lou eapoulié Félix Gras a adreissa à
l'amirau Avellan, un eisemplàri de l'cdicioun de lussi de Mirèio cme aquesto
dedicaço :
llustre amirau Avellan,
Quand tournarés amount au païs abelan,
Pèr garda nosto remembranço,
Duerbirés aquest libre e trouvarès dedin
Lou soulèu de Prouvènço e la flour di jardin
De nosto bello e douço Franco.
Fèlis GRAS,
Capoulió clou Félibrige.

Es lou felibre de Paris Jean Aicard que
i'es ana lou bèu premié ié faire si sabarquinado au noum de la Prouvènço Toulounenco.
Aubliden pas peréu que li felibre do
Paris avien endrapela li fenestro de la
salo de si sesiho ounte se poudié legi en
letro d'or espantanto : Lou Félibrige de

Paris.

LIS OBRO FELIBRE ICO
CE

QUI

MEURT

Li rego que seguisson, aurien déugu
pareisse dins lou darriè numero dóu
Viro-Soulèu; mai avian tant manda de
cópi, que n'i'aguè'n brave mouloun de
còbre. Laissas courre l'aigo, mis amis,
aquesto vòuto, lou ditta : Tèms que
passo es plus de recasso, n'aura repeti.

Ce qui meurt es lou flame libre que
vèn de publica noste ami Henri Ner,
encò de Fichbacher, libraire, rue de
Seine, 83, Paris.
M. Henri Ner, encaro jouine escrivan, s'es fa 'n noum, dins lou nounde literari, desempièi un sassi. l'a pardiéu,
bèl tèms, qu'escampiho, de tout caire,
de pèço deleitouso e abiadanto. Si
dous discours en vers, l'un La Poésie
l'autre Patriotisme et Humanité sounti pas, aussi de moucèu saberu e bèn

�Lou Viro-Soulèu

amasera? Es emé soun voulume, Les
Chants du divorce, plen, à refoufun, de
vers afiscous , calourènt e drude,
que s'apariè à ras li mèstre di letro ;
es emé lou rouman souciau qu'anan espesi, que s'acimèrlara sus l'acrin, d'ounte li pensaire d'engèni, simbèlon la
draio de l'enavans, i pople assourga
de deliéuranço, de dreituro e de frairige.
Sa prefàci es un descubrimen d'idèio
pouderouso. I'estanlo, emé foço vèrta,
que, s'à l'ouro d'aro, de gramasi letroferit, apoundon, à rounfle, de papassar, i papassar que s'empremisson, se
fai pas cap d'obro; e n'en dis lou perquè.
Mai que d'un, de segu, penètro, ço
■que l'escrivan a pas vergougno de
ferma ; e tóuti li que lou legiran, i'aju■daran à faire la badado is empudissinaire, que, pèr vèndre sis aboundivo
patóufio, li salon, li pebron e lis envinaigron ; coume salon, pebron e envinaigron, sa mangiho, li qu'après uno
vido de roio, sènso apasimage, an lou
pibèu afasta, e, de lipet, soun devengu
galèfre.

Escoutas l'acabamèn, fa bessai em'un
pau trop d'atèmperanco, d'aquelo prefàci, qu'impimparo lou libre, coume
lou pu beluguejaire di pu linde diamant :
« Ce qui meurt a été écrit dans une
« grande angoisse. Quand j'ai abordé
« le problème terrible, j'étais tout sai« gnant de la grande douleur: la mort
« des bien-aimés.
« Si mon roman n'est pas un chef« d'ceuvre, le lecteur s'en prendra à la
« nature qui m'a refusé les richesses
«que d'autres gaspillent.Je sens ma
« faiblesse ; je vois que j'ai peu donné.
« Pourtant j'ai donné tout mon esprit
« et tout mon cœur, et, moralement,
« je mérite que ce livre soit beau ».

Remiran que se l'amerito ; on pòu
dire que soun libre l'es, bèu, e sèmpre
bèu !
Anan ensaja de vous en faire lou
raconte. Noste ami Henri Ner, voudra
bèn nous desencusa, d'avèdre deminga
la valènço de soun obro.

Lou simbèl dóu deduc es un fiéu de
noble. Lou vesèn d'abord au semenàri
car vòu se metre capelan. Mai vai te
faire lanlèro, dóu tèms di vacanço,
sa poulido cousineto, qu'aviè perdu
paire e maire, èro vengudo s'assousta
ncò de sa tanto ; e pouriè bèn s'endeveni, que, pèr si coutihoun, loujouvènt
estrassèsse la raubo. Lou darnié cop
que s'èron vist, fasièn que se gaudina
dins li jouguino amisladouso. Couciquicon; quand se veguèron tourna
mai ensèn, après cinq ans de desestanço, s'atrouvèron vergougnous !
Es soun treboul ; es la campejado
que se fan en el, li dos sentido que
i an pres retirado,—d'uncousta, voulè
d'adure tout soun cor à Diéu, amenuda,
e bessai en desfèci ; de l'autre, amour
de chato, que vòu pas delarga d'aquéu
cor ; — que lou jouvenome vai dire,
au direitour de soun amo, pèr que
i'ajudeàremaisasisesjavènto, si rementido, soun maucor.
Qeute poulid moucèu literari, qu'aquelo parladisso dóu prevèire e de
l'escoulan !
l'a, pièi, rèn de mai suau, rèn de
mai esmouguènt, que la demando en
maridage. La courntesso, soun fiéu e
la damiseleto, se dison d'aqueli causo
talamen meravihouso, dins sounenfantounige, qu'on póu pas li legi, sènso
que li lagremo vous monton is iuèl.
E qu'es vertadieramen espremi, l'estat d'amo di clous jouvènt, que s'enclausisson dins soun amour ideau,
sènso se faire une idèio, que la matèri
pòu boulcga, que la passioun pòu lis
arramba, e, qu'alor, si pensado li pu
vèrginalo, sis afiscamèn li plus assenta, si poutouno li mai afrairido,
s'afougaran, e faran estampèl à si
bestialèn désir.
Vejo aici, pamens, que, dins si pantai, lou drôle a senti se desclava soun
esquièl ; que l'esclafidon de zoun èime
s'es dubert ! Vite, vite, s'en vai à counfèsso. E se mes à parla, di fouligaudige de soun esperit, di bacelage de
soun cor, de l'embrandamèn de tout
soun èssel... E tant n'a dit, e tant, saique, n'a laissa devina, que l'abat Clarel, acò 's lou noum dóu prevèire, se
fraumino dins uno engouisso espaventable. Veguènt aquéu cadelas, despachatiéu de moussiga dins une frucno,

�62

Lou Viro-Soulòu

veirado tout bèn just, a pòu que la
devèrdege, e, qu'antau dechucado, ié
donne enterigo. S'en vai dounc à l'endavans de la frenetego &lt;lóu jouvènt.
Aqueste i'aguènt dit, que, belèu soun
salut coumandariè d'avança soun maridage ; ié respond qu'es verai e bèn
verai, que déu i'ana d'entanche, e pas
espera que lou diable lou _ bute à
faire un mancamen ; que, dóu rhoumen
que pòu pas regesti i fourfouiado de si
désir, fau li santifica ! Pièi apound :
Que Diéu vous ajude, moun fiéu !...
E vous aussi, moun paire, déu se
pensa lou seminaristo, que li pessugado de l'amour an esperpeluga. Es eme
simplige, eme flaugnardariè, que desfialo : — Tout ço que venès de me
dire, moun paire, m a fa senti, redamen, coume necite, ce que me pensave.
Mai lou prevèire l'atancant, s'esbado,
que l'es necite! E, pèr ié faire entèndre, qu'après tout, es pas tant espouriguènt qu'acò, de se marida ; d'un èr
de flato-coumaire, fai la retipo de tóuti
lis enlusido, de touto la benuranço, de
tout lou raviéudamèn, di santi joio de
la famiho.
— Avcs-ti bèn ensupa qu'acò 's vertadiè, moun fiéu ? co dis en acabant.
Aqueste, que fasiè 'ntèndre de
sousco, enterjn, qu'à d'espart, se gaudinavo ; respoundeguè, tout esmóugu
qu'èro, e'mé soun biai de simple : D'itantmiès, que me l'avès bènesplica;...
— E bèn, alor! esperés pas mai!
Décidas-vous à faire voste bonur aici,
e voste salut ailamount !
— Mai moun paire — diguè l'enfant
que n'en èro ounte vouliè —ma maire
me parei en varal ; me cousseiho d'espera.
L'abat Clarel aguè pòu d'agudre
trop parla. —
Aici, de brico o de broco, fai aproumetreàsoun coufessou, que decidarala
coumtesso à li marida. Se coumprèn,
que lou paure ome siègue dins l'embaisso. Ié sera belèu pas aisi, de faire
entèndre à la maire, ço que lou fiéu a
proun bèn aganta!... Mai, de tau passage podon pas se raconta. Legissèsli, vous tarés mai d'un degout de
bon sang. Tout lou chapitre revèsso
de gàubi e fai s'espandi, sus li labro,
lou rire lou mai galoi.
Tant-i'a, que lou prevèire s'entrinco,
un jour, à soun manda dire à la coumtesso. Ah ! sian au pica de la daio !

l'a de tiro! Se grato, quauqui fes, l'endarriè dis auriho ! D'abord, plan-planeto, desnouso la serpihèro : e patati,
e patata, viro d'aici, viro d'aila, parlo
pèr pas rèn dire : la coumtesso pòu pas
se bouta dins la suco, que soun fiéu es
plus un enfant de la telino. Quand,
empèro, se vèn en ódi de s'escarnaisse ;
Zóu ! i'esculo, saiqtie, la causo, emé
touto l'oulo. Deia charradisso, demoro
emprés, que lou maridage se fara, quand
lou jouvenome sera bacheliè. Acò vèn
lèu^ causisson la toco de soun eisistènci ; adounc se maridon. L'oustau resclauso un briéu de bonur; pièi, vènon
li lagremo.
Quand, à la mort de la coumtesso,
lou fiéu, sap, quête es lou. cambi que
sa maire aviè fa 'mé Diéu; crei qu'es
l'encauso de sa perdo, e se n'en desvariho. Lou regoulige de la vido l'encausso, e lou fai s'en ana, l'armo-lasso, pèbatre, se despana dóu mounde, s'enfugi, même, de l'endavans de sa fenneto amado. Mai, un enfant vai naisse,
que ié fara soulas, e remandara sa
doulour.

Deque série la vido, se n'èro pas
antau} Touto esjavènto, que noun
s'amaiso, sagato-ti pas lou cor? D'afusta lou passa, fai-ti pas caravira de
tout avisamen ? L'esperit e la matèri,
soun-ti pas causo dessapartido ?
«Tost-tèms se remembra, mai garda
l'èime de l'abausamèn », es ço que se
destaco de l'obro, que voudrian dafouns embrenica, tant nous agradariè.
Devèn pamens nous destregne, amor
que lou large nous manco.
D'aici-en-dret, l'estudi soucialo vai,,
se descandelant, clafido de sentènei,
crestiano encaro mai que filousoufico.
Lou jouvenome, noble, apoudera,
estrut, a de visto larganto, que ié fan
decebemen. Perseguís sa draio, dins
l'eisistènci, emé lou voulédebèn faire.
Sa vido, es, d'abord, un mounto-davalo, de l'espèro à la demaucouranço.
Si quauquis enlusido de benage, iston
gaire, lasso ! à s'atuda. Lou degrèu, li
treviramèn, lis angouisso, ie machugon
lou cor. De si tres enfantounet, l'un es
naissu mingroulet, l'autre caitivous,
lou darniè, pécaire. endeca ; e, tóuti
tres, soun mort anequeli !.... agani !...
descara !

�Lou Viro-Soulèu

Déu èstre bèn verai, que, quand
emmaginè « Ce qui meurt», l'autour
veniè de ploura de lagremo de sang !
Desfisan li pus arouqui de cor, de lou
legi, sènso avèdre li paupèrlo imouisso.
Mai, deque devèn lou paire, que la
malo-bouvisto, crudèlamen acoutis ?
Soun esperit se destimbourlo ; la
matèri aura plus la sentido de si patimen!... D'aquéu fiéu de noble endesempara, isto qu'un paure tochou !...
E lou perqué d'un tal auressamen,
d'un tau destiúci ? Anas lou vèire à la
fin dòu libre.
« Si plusieurs familles s'en vont dans
« l'isolement de leur orgueil; quelqucs-,&lt; unes seront sauvées par la mésal« liance.
« Si le bourgeois ne veut qu'un en« faut, de peur de partager sa fortune ;
« la supression de la propriété parti« culière supprimera les fraudes inquiè« tes.
« Si le pauvre voit mourir ses en« fants de besoin ; il aura vite fait de
« repeupler la France quand il ne sera
« plus le pauvre, quand il aura de quoi
« manger, lui et les siens.
« La prochaine égalité sociale fera
« de nous des frères. Plus d'orgueil qui
« sépare et stérilise ; plus de vanité qui
fasse désirer la fortune inutile dépas« sant les besoins ; plus de misère,
« d'autre part ».

Fàsie Dièu ! que La noublesso entèndie
d'ouro, aquéu garo-faro; que fourbie la
draio di rodou sauvèrtous, di calaven
crounsu, di toumple de gèu, ounte
s'acousso ! Que s'endarèirepasàcoumprene, sus-quctout, que, pèr faire un
remendage, es plus tèms, quand li sagato an dafouns rousiga la souco ;
qu'uno grano, semenado ount'èro lou
plant que la prouducho, fai s'abouscassi la meno ; anfin que tout fen devèn
bauco, sènso apradage nouvèu.
Se, flnalamen, s'atestelis à pas se
sabouti ; se s'endinno à pas voulé se
meruhia; se, touto enfafaehado qu'es,
de se crèire la sanflouro de la soucieta,
s'aliuènto de tout mescladis !... adounc
que se despampane, s'abrasque, s'acabasse, s'embousoune, s'avaligue, la
noublesso!... lou mounde n'en istara
toujour, pas mens, lou mounde!...

Deque fai, pèr moio, à la fourèst, la
rastagagno que li soubroundamen remoiron, rabalon, carrejon, dins sis
escourido? Ço que n'en mouris, es un
demenescai, qu'adus dins li piano, li
coumboo li vau, ié devèn ligo, engrai,
terro-vèrjo, pèr d'autri planto. Aqui
perqué, de ço que mouris, tost-tèms
quicon d'autre nais ; aqui perqué, ço
que semblo s'avali, fai soucamèn que
se tremuda. Ah! que soun tucle, li que
dison, que, dins noste aiça-bas, tout
vai à tusto-barluste ! s'èron pas balasiègna, esperita, bau, li mescresènt
coumprendrièn, que trapejan, aicito,
dins un careiron, que meno vès aquel
àmoundau, que li qu'an la ié, descuèrbon, pèr itant caire que siègue, amor
que, quau s'en aflato, lou toco.

Apoundren, pèr acaba, que lis idèio
raviéudanto de noste ami Henri Nèr,
an fa renaisse l'espèro dins noste cor.
Coume éu, cresèn, qu'un mage soubeiran tout gardejo, tout apasturgo, e,
tout, déu tène remous.
Esperan, aro, emépetelego, lis autri
dos partido de soun estudi soucialo ;
e ié fasèn tène li pu courau amounestamen, de n'en perseguí l'alestimen,
sènso restanço. Es de tau libre que
remausaran lis asiramèn, en remembran, isome, qu'aquéu Mage soubeiran,
asenguè pas lou mounde, pèr qu'uno
mita debouriguèsse l'autro ; qu'en pastan nosti prumiè parènt, ié diguè de
crèisse e de s'amoulouna, e noun de
viéure dins lis encausamen e lis estripage ; qu'es éu, que mande soun fiéu,
apèi, pèr qu'istèsse empres, qu'erian
tóuti traire e parié : atahut o asau,
gènt de bos-levat o pacaniho, mèstre
o varlet ; qu'au darriè jour, anfin-finalo, seren pesa, pèr lou juste di Juste,
dins la medisso archimbèlo, sènso que
i'ague de menesconte, d'enganage o
de rejauchoun.
L'AUJOULET.

�Lou Viro-Soulòu

64

Siantant à l'estré dins noste journau
que bèn maugra nautri, nous sian vist
óubliga de remanda de noste darrié
numero l'article que publican eici,
soubre à la memòri dou grand pouèto
Cevenòu :
PAU

GAUSSÈN

So po dire de Pau Gaussèn, mort quàuqui jour avant la damièro espclido dau
Viro-Soulèu, qu'èro un felibre apassiouna e un de nostia mious pouèto. Dins
nosto Cevenno, un dos prumíé reprengué
l'obro de La Faro. noun pas dins lou mémo parla mai embé lou même sentimen
d'amoui' pèr lou païs nadalen.
La Fièro de Cliamborigaud, la Camisardo, Roubaud e. dezendernié, la Fiàro
de San-Bourthoumiêu, les Peiró òavardo,
Camiso e Courdelies, acô n'es la prouvo
e tout acò mostro aitambé, soun pouctique
saupre-faire.
Mai ço que lou mostro miel e bèn miel
encaro es soun libre : Li Miragi.
Aqui, de l'acoumençanço à la fin, es
une seguido de perlo musicarèlo. toueto
tro souvèn ai-las, touto douientos, touto
graciouso, toujour drindanto.
Perlo enegreisido aquesto d'aici que
prou nous dison lou perdeque dou titre :
A vous que counouissès lis amaro doulour
A vous qu'avès gita la revoio calour
Sus mai d'un front pres de jalibre ;
A vous que, lou cor d'or e, pamen matrassa
Trovo encaro un souspir pèr lou paure alassa,
A vous li quàuqui fuie d'aqueste pjehot libre.

« Soun mi cant de soulèu emai de calabrun: mirage caud o hlound, miragi fese
brun qu'en passant dins la vido ai vist
sèns pourre ajougne».
Et pamen lou paure alassa manquavo
pas de tèndre sourire pèr sa muso qu'à
d'iur deliciousamc:i grintrado :
Es vestido d'azur ; emé de Prouvençalo
Soun front es courouna.
Sus soun peu bron a mes l'argent à la cigalo
Qu'un rai fai zounzouna.
Trèvo li carèiron samena de coutello
Gazo li riéu claret

Cavaillon. — Imp.

MISTRAL

Emé li pimparin e li jouino jitello
A fa de trignoulet.
Amo lou Soulèu blound e la mar beluganto
Amo li flour de mai.
Iéu, ame tout acò, museto, o moun amanto,
Me quites pas jamai.

Digucn touto nosto pensado : a d'esprir
lou pouèto de Fonsegugno, ne vesèn pasun au dessus diu pouèto Aleisèn.
Es de creiro mémo que Paurian vist
encaro mai grandi, l'autour di Miragi se
lou countentamen e lou benèstre avieou
fa la majo-par de sa vido.
Mai, pecaire ! es dins la boutigueto
d'un ouvrié cartounaire, à cousta d'unofeno adourado — l'amo de soun amo, —
pièi sa coumpagno morto es entoura de
quatre paure crantés qu'avié senti e de
countugno sentissié «la fam de rima. »
Lou que tèms qu'avié la ploumo se souvèn d'uno counversacioun qu'embel ague
l'an passa, quàuque tèms après la felibrejado d'Uzès. L'uieèro ana nosto valent
pouèto, mes ious de la presso felibrenco
que lou boudavoun dempièi quatre ou cinq
an li faguèron proun coumprene qu'avié
bèn agatori...
Toun tort, o mèstre ! ço qu'a fa que
tes obro e toun noum an pas agu lou
grand renoum que ièron déugu es qu'as
agu belèu tro ço que rnanquo à tant
d'autres : la moudestio, es qu'as moustra
toun degous pèr la reputacioun facho surquetout do plèsis e de flacigurdije.
Double resoun pèr qu'à nostes iel, tre^
lusigue encaro mai la courouno qu'as
bèn meritado.
C.

GOURDOUX.

Enterin de metre en pajo, uno marido
nouvelo nous arivo : Lou felibre Jules
Uzès, lou saberu musicaire qu'a presta
tant de cop soun ajudo à d'obro de
fraternita filantroupico, vèn pecaire de
mouri. Lou Viro-Soulèu vau pas leissa
barra lou cros d'aquéu brave c bon
Prouvençau sèns ié manda lou salut
frairenau di felibre de Paris.

/&gt; Gérant, Louis

ROCHAS, 51,

rue Monsieur-le-Princc.

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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 05, n°09-10 (setèmbre-outobre 1893) </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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          <name>Contributeur</name>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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