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                  <text>JANVIER

BAPTISTE

18

BONNET

«s7

Baptiste Bonnet vient de publier le premier volume de ses Mémoires ; il est intitulé : Vido d'enfant.
Depuis Mireille, nous n'avions pas vu
de livre écrit en langue d'Oc, obtenir un
si grand succès. Nous en sommes heureux,
très heureux, d'abord parce que Baptiste
Bonnet est notre ami, ensuite parce que sa
Vie d'enfant est un véritable chef-d'œuvre.
Et je n'exagère point en qualifiant ainsi
le premier livre de Bonnet. Il est écrit en
une langue d'une admirable pureté et ses
phrases coulent, mélodieusement rythmées,
comme des vers.
C'est que Baptiste Bonnet est un poète
dans toute l'acception du mot. Les pages
qu'il nous a données dans Vie d'enfant ruissellent de lyrisme ; c'est un flot continu de
strophes harmonieuses, de périodes scandées
et cadencées comme des vers antiques.
En cela, Baptiste Bonnet a été servi par
la merveilleuse langue dans laquelle il a
exprimé ses pensées ; la langue d'Oc, en

effet, avec sa sonorité toute latine, est un
admirable instrument pour le poète qui sait
s'en bien servir ; plus souple, plus harmo.
nieuse, plus imagée que la langue française, elle est la vraie langue des chansons et des proses extasiées.
Clara d'Anduze, la comtesse de Die, Arnaud Daniel, Bertrand de Born, Rambaud
de Vaqueiras, le savaient bien, eux qui
la choisirent pour ordonner leurs strophes
enivrées.
Et Mistral, notre Mistral, qui, s'il l'eût
voulu, eût été un des plus grands poètes
de langue française, le savait bien aussi
lorsque, voulant écrire Mireille, il élut
comme sienne la langue en laquelle Pétrarque eût désiré composer ses sonnets.
Baptiste Bonnet, fils de paysan, paysan
lui-même, n'eut pas le choix.
A dix ans, nu-pieds, il allait le long de
la route de Bellegarde, poussant sa barioto
et conversant avec ceux qu'il rencontrait,
non en français, mais en provençal.

�Loii

Viro-Sonlèu

L'école? C'est à peine s'il en connut le
seuil. Le professeur ? Il le vit parfois fumer sa pipe sur la grand' place du village.
Et ce paysan, ignorant tout, n'aurait jamais appris à lire, s'il ne lui avait pas fallu être soldat.
C'est au régiment, en effet, que Baptiste
Bonnet apprit à lire et à écrire. On avouera
que si ses premières études furent tardives, Bonnet sut rattraper le temps perdu.
Poète dans l'âme, alors qu'il ignorait l'art
d'écrire, il composait des chansons ; dès
qu'il sut se servir d'une plume, il en écrivit.
Au musicien, il faut un instrument; le
poète peut chanter avec sa seule voix, mais
pour que ses chansons demeurent, il lui
faut les fixer sur le papier. Dès que Bonnet eut acquis l'instruction qui lui manquait, il se révéla grand poète.
Et voici qu'aujourd'hui il prend place à
côté même de Mistral, de Roumanille, d'Aubanel, de Félix Gras ; voici qu'aujourd'hui
la publication de son livre le fait acclamer
par tous.
Nous connaissions, longtemps avant l'apparition de Vie d'enfant, le grand talent de
Bonnet : nous sommes heureux de voir
notre opinion d'antan ratifiée par tous, à
cette heure. Nous en félicitons chaleureusement notre ami du Félibrige de Paris,
sans oublier Alphonse Daudet, qui a fait
pour Vie d'enfant une admirable préface
et une harmonieuse et fidèle traduction.
FERNAND

MISTRAL A

LA

HAUSER.

CIGALE

Le Tout-Paris méridional était, le 3 janvier, à la réunion de la Cigale, où Frédéric
Mistral a reçu la rosette d'officier de la Légion d'honneur. C'est le Ministre de l'Instruction publique qui s'est chargé lui-même
d'annoncer ia bonne nouvelle.
A huit heures, il est entré soudain, portant le décret fraîchement signé par le chef
de l'Etat, ainsi que les insignes du nouvel
officier. On devine si un accueil enthousiaste lui a été fait. Le repas terminé, Paul
Arène, président delà Cigale, lui a adressé
une très délicate et fine allocution, associant dans son toast la France et la Provence, le Ministre et Mistral.

M. Leygues, qui est cigalier et poète, a
saisi l'occasion de rendre hommage à notre littérature félibréenne. Il l'a fait en termes chaleureux, avec un grand bonheur
d'expressions, trouvant le moyen, en parlant de Mistral, d'être l'éloquent interprète
de l'assemblée. De vifs applaudissements
ont accueilli ses paroles, et l'émotion était
à son comble, quand Paul Arène a attaché
à la boutonnière de Mistral l'insigne qui
venait de lui être décerné.
Le grand félibre, objet de si chaleureuses ovations, s'est levé au milieu des bravos. Avec une exquise simplicité, il a remercié le ministre cigalier. * Ce bout de
ruban, a-t-il ajouté, que je portais depuis
longtemps, je ne m'en sépare pas sans attendrissement : il a été le symbole de ma
jeunesse poétique. Mais, venant de vous,
Monsieur le Ministre, enfant du Midi, cette
rosette, je l'accepte avec joie, me rappelant
que vous l'avez cueillie vous-même dans
le jardin de Clémence Isaure. »
On ne pouvait d'une façon plus délicate
rappeler que M. Leygues avait, à ses débuts, affirmé son talent de poète. Applaudissements et bravos ont succédé aux bravos, et il a fallu la grande voix deMounetSully pour ramener le silence. Puis, Mistral a entonné la Coupo santo, dont le
refrain a été repris par l'assemblée entière.
Au dernier couplet, tout le monde était
debout, et vraiment le spectacle aurait impressionné les plus insensibles. M. Maurice Faure a prononcé en provençal une
allocution qui a mis le comble à l'enthousiasme, surtout quand l'orateur a rappelé
qu'il y a plus de cinquante ans, un ministre originaire de la Gascogne, Sylvain
Dumon, s'attirait de Jasmin une virulente
apostrophe, pour avoir prédit la chute de
la langue d'Oc, et qu'aujourd'hui un ministre du même pays vient, comme Jasmin, proclamer le mérite et attester l'immortalité de la langue d'Oc.
C'est le cas de répéter le mot de Leygues :
« Il peut neiger dehors, cela nous est égal,
ici, il n'y a que de la chaleur et du soleil, s
Au demeurant, c'est bien un poète français que l'on a fêté à la Cigale et c'est un
grand succès pour le Félibrige que l'éclatant hommage rendu par un ministre delà
République à celui qui incarne le plus
hautement l'idée félibréenne. C'est en
pleine capitale que cet acte mémorable
s'est accompli, en dehors de toute pensée

�Lou

Viro-Soulèu

politique, de toute dispute doctrinale qui
en eût rabaissé l'importance, troublé la
sérénité, et c'est véritablement l'esprit du
vieux Félibrige de Paris qui triomphe en
cette circonstance, où le gouvernement de
la France a rendu au génie méridional et
à notre renaissance littéraire, un hommage
national dont le retentissement ira au cœur
de nos provinces, trop insoucieuses de leur
propre gloire.

A PROPOS

DE

CALENDAL

u moment où MM. Paul
Ferrier et H. Maréchal
viennent de faire représenter au Théâtre des Arts, à
Rouen, un opéra tiré du
Calendal de F. Mistral, il
nous a paru intéressant de rechercher les
œuvres musicales inspirées à leurs auteurs
par notre beau pays de Provence, qui a
été chanté non seulement par de grands
poètes comme Mistral, Aubanel, Roumanille, Félix Gras, Jasmin, etc., mais aussi
par des musiciens comme Gounod, Bizet,
Dubois, Maréchal.
En suivant l'ordre chronologique, la première œuvre dont nous ayons à parler est
Mireille, dont le poème est de Michel Carré.
Tout a été dit sur la charmante partition de
Gounod, mais puisque nous nous bornerons
dans cette chronique à faire ressortir la
couleur locale de la Provence rendue par
les compositeurs dans leurs opéras, et la
poésie particulière du pays exprimée par
eux, nous dirons encore une fois tout le
charme de ce chœur de magnanarelles qui
paraît traversé par un rayon de l'éblouissant soleil provençal. Il ne nous semble
pas qu'on puisse entendre la « Cueillette »
sans apercevoir aussitôt les « fillettes rieuses et laborieuses, pareilles aux blondes
abeilles dont l'essaim léger sur les rieurs
vermeilles aime à voltiger. »
Au second acte de Mireille c'est la farandole joyeuse et folle, le bon muscat de
Baume et le férigoulet que boivent à la
régalade filles et garçons. Quelle couleur
aussi dans ce lever de rideau ! Puis, ce sont
les coureurs arlésiens qui se disputent le
prix de la course à pied, toujours au son
de la persistante farandole.

Toute la poésie sauvage de la Crau est
rendue dans la musette, la chanson du petit berger, et l'air de Mireille ; voilà ensuite
l'église des Saintes de la Mer où Mireille
et Vincent se retrouvent pour implorer les
Saintes Maries. Au tableau final, c'est le
Rhône, le Rhône géant, le maître de la
Provence. C'est lui qui féconde le pays ou
le ravage à son gré, déroulant des eaux
tour à tour calmes et majestueuses ou courroucées et torrentueuses. La mort d'Ourrias dans le Rhône termine puissamment
l'opéra de Mireille.
Dans V Jirlèsienne, de A. Daudet, nous
retrouvons encore toute la poésie provençale, rendue avec tant de talent et une
pointe d'ironie par l'auteur de Tartarin,
de Numa Roumestan et de tant de fines
et délicieuses nouvelles dont la plupart se
passent dans le Midi. Bizet, dans VArlèsienne, n'a pas peu contribué non plus, par
sa musique si pittoresque, à conserver à
l'ouvrage son caractère. D'abord, c'est la
Marche des Rois, ce vieil air provençal
qui avait été auparavant transcrit par Lulli
sous le nom de Marche de Turenne, que
Bizet a paraphrasé, le variant à l'infini,
grâce aux innovations géniales d'une orchestration de maître. Dans cette ouverture
de VtArlèsienne, combien en effet les changements de rythme, de mode et d'instrumentation donnent-ils de physionomies différentes à ce thème, superbe en lui-même
il est vrai ! Que de gaîté dans ce chœur :
Grand soleil de la Provence, gai compère du
mistral...
Que de coloris dans la pastorale de l'étang de Vaccarès et le chœur à bouche
fermée qui suit !
Nous ne parlons pas des mélodrames,
qui sont d'une expression intense mais
n'ont pas de physionomie spécialement pittoresque, le langage du cœur étant le même
dans tous les pays. Bizet l'a rendu avec sa
haute inspiration, réservant le caractère au
côté pictural de l'œuvre. Dans les mélodrames le sujet est plus haut que la forme, le
tableau plus important que le cadre.
Voici la Cuisine de Castelet avec le
magistral et célèbre entr'acte qui nous ramène à La couleur locale ; puis, c'est le
carillon, la farandole, dont le thème est
encore un vieil air provençal : « Danso dei
chivau frus », et le tableau de la magnanerie avec la reprise de la « Marche des
Rois. »

�Lou

Viro-Soulèu

C'est surtout dms la Farandole, le ballet de MM. Gille, Mortier et Théodore Dubois, que la couleur locale joue un grand
rôle. La scène se passe à Arles, la ville
morte, mystérieuse et impressionnante.
Nous voyons des tambourinaires, des danses
provençales comme le pas de deux du divertissement et la farandole qui réunit dans
un grand ensemble tout le corps de ballet
de l'Opéra.
Le second acte nous transporte dans les
superbes arènes d'Arles, au clair de lune.
Les gradins se couvrent de formes blanches
qui sont les spectres des amantes infidèles
venues pour tenter le jeune Olivier, qui
aime Vivette. Il y a là une scène de [séduction qui rappelle l'acte des nonnes de
Robert le Diable. D'ailleurs, si les auteurs
de la Farandole ont placé ce tableau dans
les arènes d'Arles, ou sait que Scribe s'est
inspiré du merveilleux cloître de SaintTrophyme pour le décor du quatrième
acte de Robert.
A la fin du deuxième acte du ballet de
Th. Dubois, la farandole fantastique des
âmes infidèles dans les arènes est un des
tableaux les plus pittoresques qui soient au
théâtre. Ajoutons à cela que la charmante
musique de Théodore Dubois conserve toujours le caractère provençal commandé par
le sujet, sans cependant que le musicien
ait employé des thèmes populaires comme
Bizet.
Dans Calendal, l'opéra que M. Paul
Ferrier a tiré du magnifique poème de Mistral, le librettiste s'est acquitté de sa tâche
à son honneur, et a écrit un drame intéressant, se prêtant à la musique et empreint
de toute la saveur poétique de PEstérel.
Au premier acte citons, au point de vue
musical, la scène où Diane sauve Calendal
de la mort, la dispute et le chœur religieux
qui forment un heureux contraste, l'entrée
et la mort du vieillard, ainsi que toute la
fin dramatique de l'acte.
L'air de Diane au mont Gibaletle chœur
en écho des pâtres, ainsi que la phrase fort
bien venue de Calendal :
Aux dernières clartés du jour...
sont à signaler dans l'acte a.
Le décor de l'acte suivant est particulièrement pittoresque. Nous nous trouvons au
sommet du plateau sur lequel s'élève le château des Baux ; au premier plan, une chapelle dont la porte est surmontée d'une
fresque à fond d'or, représentant Saint

Michel terrassant le dragon ; au fond, on
aperçoit le désert de la Crau.
Dans ce cadre se passe la scène pathétique où Calendal provoque le comte Séverau. Nous y voyons aussi un ballet chatoyant où l'on danse les danses du pays, la
martegale et la revergade.
Au quatrième acte, se place le duo passionné de Diane et de Calendal et la scène
très émouvante de l'incendie du mont Gibal. Ce tableau termine d'une façon dramatique cette œuvre, qui nous paraît, tant
au point de vue littéraire que musical, mériter pleinement le succès qui l'a accueillie.
Nous aurons prochainement à entretenir
nos lecteurs de Tolosa, de Lavello, d'après le poème de Félix Gras, et de Nerto,
opéra en quatre actes, d'après l'œuvre de
Mistral, dont notre compatriote et ami M.
Widor, l'auteur applaudi de la Korrigane
et le maître organiste, termine la musique.
Widor travaille en outre à un drame lyrique sur un sujet basque et cet ouvrage,
reçu par M. Carvalho, sera représenté dans
le courant de cette année à l'Opéra-Comique.
HENRY
EYMIEU.

PREGUIERO

D'AMOUR

A moun ami Batisto Bonnet.

0 patrouno de moun terraire,
Santo Marto de Tarascoun,
Escouto l'amaro cansoun
Qu'un pastre à l'avé barrulaire,
1 roucas, à l'aucèu voulaire
Cantavo à la cimo di mount !
Ero uno amourouso preguiero,
Languitòri d'un fiéu de Crau
Au sang viéu couine lou mistrau,
Pèr uno dono fourestiero
Vengudo en Arle au tèms dis iero,
Pèr vèire li courso di brau :
« Coumpagno di Sànti Mario,
Santo Marto do Tarascoun,
Se sabiés l'amour que me poun,
Tu que sauvères ma patrio,
Dóu mail que tant me desvario
Me dounariés la garisoun.
« Te prègue, vierge miraclouso,
Dins ta glèiso, à mourre-bourdoun ;
Santo Marto de Tarascoun,
E moun amo es tant malurouso
Que lou Crist sus sa crous, amount,
A pas de plago mai saunouso !

�Lou

Viro-Soulèu

« Santo Marto de Tarascoun,
Se mi labro bèlon toun noum,
De mis iue li lagremo ardènto
Couine d'uno sorgo an raia,
Mirau mounte s'es miraia
Lou dòu de moun amo mourènto !
« Santo Marto de Tarascoun,
O Rèino, garis moun coudoun !
Pieta de iéu, o soubeirano !
Pieta, siéu tout emmalauti ;
Pieta de moun cor espóuti
Que sauno courne uno mióugrano !
« Santo Marto de Tarascoun,
O patrouno de ma jouvènço,
Redimo moun cor de presoun,
E, lou bèu jour de ta neissènço,
Te pourgirai à dous geinoun
Tóuti li flour de la Prouvènco ! »
Ansin acabè l'amourous
E, dins lis èr, lou vènt quilaire
Escoubè soun cant angouissous ;
Pièi, plan-plan, vers li palunaio,
S'endavalè 'u brut di sounaio
L'avé dôu pastre malurous...
JAN

LA

VÈIO

DE

5

pièi escampo tres cop de gisclado sus l'aubre
fruchau qu'arrapan tóuti alor, e ié fasèn
faire tres fes lou tour di lume e de l'oustau.
O santo proucessioun ! rampau sacra dis
amo ! estaco benido de la famiho ! Lou pu
jouine béu au got e, dis un is àutri, lou
passo de la man à la bouco e de la bouco
à la man, d'aqui qu'arribo à moun grand,
qu'en l'escoulant s'escrido :
« O fiò de mi rèire, fiò sacra, remèmbronous la memôri d'aquéli que soun plus ;
fai que aguen de bèu tèms e que, liuen di
chavano, lou travai, la santa, nous fagon
jamai fauto ; fai que li pichot s'abarigon
dins lou sant amour e lou respèt di vièi ;
fai que nous amen tóuti e que tóuti li que
vendran, coume nàutri, s'esmarron jamai
dôu camin de l'amour, de l'ounour e de la
pas !.. Alegre !.. Alegre !.. QueNoste-Segne
nous alegre ! S'un autre an sian pas mai,
moun Dieu, fuguen pas mens ! Cacho-fiô,
bouto-fiò ! »

BAYOL,

NOUVÈ

O queto bello niue vai faire ! coume luson lis estello ! La luno aperabas mounto
e s'aubouro plan-plan dins lou cèu en escampihant si rai tèune subre la terro ; la
machoto embandis si long miau ! miau !
« S'as un marrit mèstre, rèsto siau ! » replico moun paire. Li camin e li draiolo
devènon sôuvertous ; pas un japa de chin
deforo, pas un cat pèr carriero ; queto calamo de pertout ! Mai vesès li poulido belugo que voulastrejon dins de fouletounde
fumado subre li téulisso ! Vesès coume lis
oustau soun nega de fiò, de flamado e de
lume ! De gràndis oumbro varaion i vitro ;
es li vièi, li jouine, li paire, li fiéu, li rèire,
li felen, li feleno, que permenon lou cacho-fiò dins l'oustau.
Li tres candello soun atubado, lou pan
calendau s'espoumpis dins lou platas de
terro, e d'enterin que davalan emé moun
paire pèr ana quèrre un to d'amelié que
se derrabè, l'an passa, de la champino,
moun grand destapo la boutiho dôu cantoun, e quouro arriban, emplis un got e

Sus acò, lou to d'amelié se pauso en
crous subre li bano de souco que landon
dins lou grand fougau fouligaud. Epièi,o!
pièi, acoumenço la soupado...
Qu'es bèu moun paire entre mitan de sa
maire e de moun grand ! Qu'es poulido
ma maire emé soun faudau blanc à baveto ! E moun grand, e ma grand, la caro
riserello e lou cor trefoulissènt, coume nous
espinchon e nous bèlon!...
BATISTO

BONNET.

�AUX ARTISTES DU MIDI
France a tout pour elle :
la variété des sites pittoresques, la douceur du climat,
la grandeur des souvenirs
historiques, la richesse des
productions artistiques de
toute nature. On l'a dit bien souvent, mais
on ne saurait trop le répéter.
Notre vieux sol gaulois est pavé de merveilles, et les Français n'ont pas l'air de
s'en apercevoir !
Dans notre pays, quand il est question
de beaux-arts, ou n'entend parler que de
la Grèce, de l'Italie, de l'Espagne, de la
Belgique ou de la Hollande. Et c'est presque toujours vers ces contrées que se dirigent les gens fortunés qui veulent voir
de belles choses. Certes, je ne blâme pas
ces voyages à l'étranger, bien au contraire!
car il y a beaucoup à voir chez nos voisins.
O vous, les privilégiés de la vie qui pouvez vous déplacer facilement, allez partout
où brillent des chefs-d'œuvre; allez faire
vos dévotions devant les grandes manifestations de l'art universel ; allez communier avec les maîtres : vous en reviendrez
plus instruits et meilleurs.
Mais, de grâce, n'oubliez pas la France !
Sachez que nous avons des œuvres incomparables.
Telles nos cathédrales gothiques, par
exemple, monuments qui, créés de toutes
pièces par nos grands artistes du moyen
âge, suffiraient à immortaliser un peuple !
Car c'est bien sur la terre française que
le gothique, cet art divin, a pris naissance.
Sachez que nous avons aussi d'autres
chefs-d'œuvre éparpillés un peu partout
dans nos départements.
Sachez qu'il suffit de s'en donner la peine
pour y trouver des peintures et des sculptures de premier ordre, de l'architecture
superbe, des meubles, des tentures, des
bibelots extrêmement curieux.
Sachez que nous possédons, surtout en
Provence, des antiquités romaines que le
A

monde entier nous envie, surtout à cause
de leur parfaite conservation.
On pourrait presque dire que la France
est un vaste musée en plein air. Notre tort
impardonnable est de l'ignorer ou de le
méconnaître.
Le Félibrige de Paris, qui s'est donné
la mission d'étudier le Midi dans tout ce
qu'il peut avoir d'intéressant au point de
vue intellectuel, se propose de signaler
dans ce journal, les trésors artistiques du
pays du soleil ; non pas de ceux appartenant aux musées des grandes villes, et par
conséquent connus du public, mais bien
des richesses d'art perdues dans les églises, les chapelles, les hospices, les demeures privées...
Dans ce but, nous faisons appel à tous
les hommes spéciaux de notre région, à
tous ceux qui tiennent un pinceau, un
crayon, un ébauchoir ou un ciseau. Nous
les prions instamment de nous faire connaître, par des croquis ou des descriptions
sommaires, les chefs-d'œuvre, de quelque
nature qu'ils puissent être, ainsi que les
beautés naturelles qui se trouvent dans leur
pays d'origine.
Si notre appel est entendu, si nos compatriotes veulent bien seconder nos efforts,
nous publierons périodiquement, dans le
Viro-Soulèu, une série de documents du
plus haut intérêt et qui démontreront bientôt, je l'espère, que, dans notre Midi, il
n'est pas une petite ville, pas un village, si
modeste soit-il, qui ne puisse montrer une
œuvre d'art remarquable.
Nous rendrons ainsi service à tous les
amoureux d'idéal et, de plus, nous aurons
la satisfaction d'avoir contribué, dans la
mesure de nos forces, à rehausser, en bons
Félibres, la gloire de la patrie française.
A qui le crayon ? à qui la plume ! Ohé !
Zôu ! les artistes du Midi ! Venez à nous !
Lou Viro-Soulèu est ouvert à tous ceux
qui nous apporteront de l'inconnu.
J. B. AMY.

�Lou

Viro-Soulèu

VIRO-SOULEIADO
ECHOS FÉL1BRÉENS

Le Félibrige de Paris a décidé que Lou
Viro-Soulèu serait illustré et qu'il aurait
désormais 8 pages de texte, au lieu de 4,
ainsi qu'une couverture artistique.
En accroissant l'importance de notre gazette mensuelle, nous avons le désir de servir
plus efficacement encore la cause provinciale.
Faire connaître aux Parisiens les œuvres,
les faits notables du Félibrige méridional,
et aux Méridionaux les progrès de l'idée félibréenne dans la capitale, tel est le double
but que s'est assigné le Comité de rédaction.
C'est pour l'atteindre plus sûrement que
le Félibrige de Paris a résolu de rédiger le
« Viro-Soulèu » en français aussi bien qu'en
provençal ; les articles en- langue d'Oc seront ainsi plus remarqués, une large place
leur sera réservée, et notre gazette mensuelle aura, d'ailleurs, toujours à cœur de
vulgariser l'enseignement des maîtres de la
Renaissance provençale et de témoigner de
notre profond attachement pour la Cause
félibréenne, que nous avons toujours défendue et que nous défendrons plus que
jamais, en dehors de tout esprit mesquin
de coterie, avec une indépendance qui a
déjà hautement servi et secondera de plus
en plus le mouvement littéraire et artistique de notre cher Midi.
*

*

Les félibres du Limousin viennent de former une fédération provinciale du Félibrige. Les orthodoxes s'en sont émus et
ont crié à la sécession.
Cette fédération n'est pas, en effet, prévue par la constitution avignonnaise, qui
ne reconnaît que des Ecoles et des Maintenances, mais elle n'est pas interdite par
les statuts, et un peu d'indépendance ne
saurait nuire à la propagande félibréenne.
Bien au contraire ! Témoin le Félibrige de
Paris qui, tout en restant profondément
attaché à la Renaissance littéraire méridionale, combat très utilement, en pleine autonomie, pour la cause commune.
On nous assure que la Cornemuse cesserait sa publication. Nous regretterions vivement la disparition de cet organe frauco-provençal qui a rendu à la Cause félibréenne les
plus utiles services, sous la direction très
distinguée de M. Joseph Gautier.

7

Une curieuse coïncidence.
Le ténor qui vient de créer d'une façon
si magistrale le rôle de Calendal, à Rouen,
M. Fernand Soubeyran, d'Alais, n'est pas
un inconnu au Félibrige de Paris.
En 1889, à la matinée des fêtes de Sceaux,
il chanta le duo de « Mireille » avec Mme
de Swetschine.
Or, on donnait à cette occasion le dernier acte du Pain du Péché, traduit par
Paul Arène ; Jules Bonnetjouait Malandran,
et Fanette, c'était une charmante brune,
Mlle Chaudat. Soubeyran et Mlle Chaudat, qui ne s'étaient jamais tant vus, placés par hasard l'un près de l'autre au banquet, se convinrent si bien que, quelques
mois après... ils s'épousaient. Calendal avait
conquis Estérelle !
C'est seulement sous les auspices de
Santo Estello qu'on peut constater une telle
série d'heureuses coïncidences félibréennes.
Une lacune va être comblée :
Notre ami Elie Fourès fera paraître prochainement une Histoire de la langue
d'Oc, à laquelle il travaille depuis plusieurs
années et qu'il a pu, en sa qualité de félibre et de cigalier, composer avec les documents les plus curieux et les plus authentiques, pris tant au moyen âge qu'à
l'époque moderne. Cet important ouvrage
embrassera et résumera, sous une forme
classique, toute l'histoire littéraire du Midi
de la France, depuis les origines de la
langue d'Oc jusqu'à nos jours, c'est-à-dire
jusqu'à Roumanille, Aubanel, Mistral, Félix Gras, etc., en passant par les troubadours et par les précurseurs du mouvement
actuel. C'est le pendant et le complément
nécessaires des Histoires de la littérature
française. Le Félibrige et la Cigale y tiendront une large place.
Notre excellent confrère et ami Jules
Arène quitte le midi... de la Belgique,
c'est-à-dire le consulat de Charleroi, pour
occuper le même poste au Pirée.
Nous le félicitons de tout cœur pour un
avancement qui donne à cet Athénien de
Provence la plus enviable des résidences
de la Grèce, touten regrettant un éloignement qui nous privera trop longtemps de
sa présence aux réunions du Félibrige de
Paris, où, avec son vaillant frère Paul, il
se plaît tant à parler la langue des Félibres.

�Lou

8

Viro-Soulèu
PÈR

La fête donnée en l'honneur de Baptiste
Bonnet, par le Félibrige de Paris, a été
particulièrement brillante.
Sextius Michel, qui présidait, a adressé,
en bonne langue provençale, de chaleureux
compliments à l'auteur de Vido d'enfant,
en associant à ses éloges ses traducteurs :

MICHEL

Pèr lou plus galoi di troubaire,
Pèr lou que raubo nòsti cor
Emé soun galant suupre-faire,
E que nouman tóuti d'acord ;
Pèr noste mèstre barque j aire,
Que tèn la barco vers lou port
Ount naviguèron nòsti paire,
Subre la mar dis Isclo d'or :

A. Daudet et Henri Ner.
Baptiste Bonnet a raconté, en termes
touchants, sa vie félibréenne, et reporté à
son maître, Daudet, la meilleure part des
honneurs accordés à son livre.
Puis, Paul Arène, P. Laffitte et Maurice
Faure, qui a évoqué le souvenir des sept
fondateurs du Félibrige de Paris, parmi lesquels B. Bonnet, ont pris la parole et félicité le paysan-félibre de Bellegarde. On
chantait encore des airs provençaux à mi-

SEXTIUS

Fai, o moun Diéu ! qu'aquesto annado
Siegue pèr éu un ventoulet,
Un ventoulet de marinado !
Que lou carèsse soun gisclet
E que, de sa Prouvènço aniado,
I'adugue li dous poutounet !
Bonofé DEBAÏS.

LES ŒUVRES FÉLIBRÉENPIES

nuit, au Café Voltaire.

*
* *
Dernier écho des fêtes d'Orange :
En recevant, le 1" janvier, M. Jules Claretie et les membres du Comité de la Comédie-française, M. Leygues, ministre de
l'Instruction publique, a répété combien
les représentations d'Orange, qui ont eu
lieu en août sous sa présidence, avaient
laissé un inoubliable souvenir, et il a félicité l'administration et les artistes du Théâtre-Français, sans oublier les Félibres de
Paris et les Cigaliers, initiateurs de ces représentations nationales et de la restauration du Théâtre antique*
Dans son assemblée générale du 9 janvier, le Félibrige de Paris a ainsi constitué
son bureau :
Président: M. Sextius Michel;
Vice-présidents : MM. Albert Tournier,
Raoul Gineste, Jules Troubat;
Secrétaires : MM. Roux-Servine et Fernand Hauser.
Trésorier : M. Ernest Plantier.
M. Gardet a été acclamé comme chancelier et M. de Barruel comme administrateur du « Viro-Soulèu. »
Par un vote unanime, le Félibrige de
Paris a adjoint M. Pierre Laffitte, comme
président honoraire, à MM. de Tourtoulon et Paul Arène.
La réélection du sympathique Président
a été saluée par des bravos unanimes, et
un félibre a improvisé le sonnet suivant :

Domninc, par Paul ARÈHE.
{Un vol. in-12, Paris. Flammarion, éditeur)
Ne trouvez-vous pas que, par ce temps de
brouillard et de froid noir, de romans suédois,
norwégiens et autres, qui stupéfient le cerveau
par leur température sibérienne, l'apparition
d'un ouvrage signé Paul Arène est comme un
rayon de soleil qui vient nous réchauffer, fondre
les glaces de notre esprit, nous rappeler notre
terre natale, ses fruits et ses fleurs ?... C'est à
cette belle œuvre de Paul Arène que nous devons d'être rappelés à nous-mêmes, saturés que
nous étions de la littérature nébuleuse des romans exotiques.
Ceux qui ont lu Domnine reliront cette œuvre
simple, claire, ensoleillée, véritablement félibréenne. Ceux qui ne l'ont pas lue s'empresseront de parcourir ces pages d'un auteur vraiment
méridional, que les influences du Nord n'ont
jamais attiédi.
Margaridette, nouvelle, par G. d'OncET
Sous ce titre gracieux, la Revue britannique
a publié, dans sa livraison de novembre 1894,
une étude de mœurs sur l'ancienne vie provinciale dans le Midi. M. d'Orcet a su donner à
cette nouvelle un intérêt particulier. L'action a
lieu à Arles, sous la première République ; les
personnages qui l'animent sont pris dans l'ancienne noblesse et la bourgeoisie ; l'intrigue, si
toutefois on peut appeler ainsi les scènes entre
M. de Coulomb, Margaridette, le père Astruc et
le comte de Porcellets, donne bien la note exacte
des idées et des mœurs de cette époque.
H.

L'Administrateur-Gé rant : L. de
PARIS.

ODDO.

L'abondance des matières nous oblige à renvoyer au prochain numéro nos appréciations sur
Cigau e Cigalo, La Crau, etc.
BARRUEL,

38, rue de Fleurus.

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

Ci.D.O.

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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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