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                  <text>C.I.O.Û.

BËZ1F.RS

MAI

LES

1895

PRÉCURSEURS DU FÉLIBRIGE DE PARIS

CASSANEA DE MONDONVILLE

Le Félibrige de Paris a bien voulu me
charger, de concert avec notre distingué
confrère Raoul Gineste, de reconstituer,
dans le XVIIIme siècle, les titres qui rattachent à notre association l'un de ces illustres petits maîtres de la musique française,
depuis longtemps démodés, mais dont la

vogue n'en donne pas moins la sensation
de l'heure insouciante à laquelle ils vécurent, et où l'on ne demandait pas tant de
rinforzando à l'art.
La Pompadour régnait, et elle n'exigeait
que de l'esprit et du goût. Il en fallut beaucoup à Mondonville pour faire jouer sur le

�34

Lou

Vìro-Soulèu

théâtre de la Cour, à Fontainebleau, le 29
octobre 1754, sa pastorale de Daphnis et
Mcimadure, qui lui vaut aujourd'hui d'être revendiqué par nous comme l'un des
ancêtres et précurseurs du Félibrige. Il mérite l'honneur qu'on veut lui faire, et par
droit de naissance et par droit de conquête,
car il était né à Narbonne le 24 décembre
1715, et il eut la gloire, dans un temps où
les Italiens faisaient rage, de remporter un
grand avantage sur eux avec une musique
française, écrite et chantée sur des paroles
languedociennes. La courtisane l'y aida
puissamment, et c'est pour avoir favorisé
cette tentative avant la lettre de décentralisation artistique, dont on ne se doutait pas
encore, qu'elle a droit de notre part à des
circonstances atténuantes.
Le charme d'une langue douce qui s'unissait harmonieusement à une musique
appropriée, la séduisait. D'ailleurs, le sujet
était banal et de ceux qu'on servait habituellement à la Cour.
Grimm en rend compte en ces termes,
dans sa Correspondance du 15 obre 1754:
Daphnis est amoureux d'Alcimadure, petite
bergère singulièrement attachée à sa liberté. Elle
a un frère, Jeannet, qui est dans les intérêts de
Daphnis. Dans le premier acte, Daphnis fait sa
déclaration, qui est fort mal reçue. Il amène des
danseurs, pour donner une fête à sa maîtresse,
suivant la coutume de l'Opéra de Paris ; car, en
Languedoc, Daphnis n'aurait pas été si maladroit et, amoureux comme il est, il n'aurait pas
employé son temps à faire voir des danses à sa
maîtresse, lorsqu'il avait tant d'autres choses à
dire et à faire.

Le baron allemand devance Wagner,
quand il raille ainsi cette tradition du ballet sans raison qui s'imposait à l'Opéra et
fut cause de la chute du Tannhauser, en
1861, parce que le célèbre compositeur refusa de s'y soumettre.
Dans le second acte, continue Grimm, on est
aux trousses d'un loup qui ravage la campagne.
Alcimadure court le plus grand danger, elle est
poursuivie par cet animal féroce, mais vous devinez bien que le courage et le bonheur de
Daphnis la sauveront. Voilà précisément ce qui
arrive, sans que ses affaires de cœur aillent mieux.
Alcimadure est inflexible. Ce n'est qu'au troisième acte, quand on vient lui dire que Daphnis
s'est tué de désespoir, qu'elle trahit son cœur et
que son amour se montre avec d'autant plus de
violence qu'il est accompagné de remords. Mal-

heureuse bergère, il n'est plus temps. Cependant, vous jugez bien que Jeannet en a menti,
(pas si Jeannot, Jeannet), que Daphnis n'est pas
mort et qu'il reparait au moment qu'il faut pour
consoler Alcimadure et pour obtenir l'aveu si
doux et si désiré qui le rend à jamais heureux,
et qui finit la fête après un divertissement...

Le loup est désormais dans la bergerie.
Ce dernier trait n'est plus de Grimm.
Il y a des côtés de Sarcey dans Grimm.
On ne peut nier qu'ils ne s'appesantissent
tous les deux, mais c'est la même école de
bon sens, de savoir et d'expérience.
Nous emprunterons encore à Grimm ce
passage de son analyse qui intéresse particulièrement les Méridionaux :
Henri IV, dit-il, aurait pu avoir la fantaisie
de transporter la capitale dans sa patrie et de
lui donner un ciel toujours pur et serein, un
climat doux qui inspire la gaieté et le bonheur ;
le patois qu'on parle dans les provinces méridionales serait devenu la langue de la nation,
et le gasepn aurait été le langage des Corneille,
des Racine et des Voltaire...

Partant de ce principe :
Si le patois, continue Grimm, du Languedoc
ou de la Gascogne était devenu la langue du
Français, elle en aurait été plus mesurée, d'une
prosodie plus marquée et, par conséquent, plus
susceptible de musique et de poésie. Quoi qu'on
dise de la prosodie française, et de son existence,
et de sa'pécessité, il n'y a pas dans tous nos poètes quatre vers de suite qu'on puisse scander
avec la sévérité que les autres langues, je ne dis
pas souffrent, mais exigent. Le gascon est beaucoup plus sonore et plus agréable à l'oreille, il
termine en a et en at les mots terminés en é et
en er : il dit libertat quand nous disons liberté,
dansa, au lieu de danser. Quelle différence pour
la musique ! Il n'y a point Se muet : noubélo,
lorsque nous disons nouvelle, pèno pour peine,
armado pour armée, déterminado pour déterminée. Quel immense avantage en musique et en
poésie ! Il évite la fréquence des diphtongues
et change leur creux, si l'on peut dire ainsi. Par
exemple, il dit cor pour cœur ; amourous, vigourous, pour amoureux, vigoureux. Il ne connaît
point les syllabes nasales. Dedin pour dans se
prononce à l'italienne et non pas à la française. Il
approche de l'italien pour la simplicité, la naïveté, l'expression et la gentillesse. Il connaît,
comme l'italien, les grâces des diminutifs. On
dit ma pastouréléto ponr dire ma petite bergère,
moun solleilet pour dire mon petit soleil. Rien
n'est si joli que la première scène de Daphnis
et d'Alcimadure : (c'est la troisième dans l'édition
de 1764).

�Lou

Vìro-Soulèu

ALCIMADURO.

Boun-jour, jouiné Daphnis.
DAPHNIS.

Boun-jour, bélo pastouro.
ALCIMADURO.

Bous benêts pla raayti dins aquesto demouro ?
DAPHNIS.

Hélas ! nou dormi pus.
ALCIMADURO.

Peccayre, quai malhou !
E qui pot bous causa pareillo languissou ?
DAPHNIS.

L'amour.
ALCIMADURO.

Coussi l'amour fa talo péno ?

La galanterie même (c'est toujours Grimm qui
parle) devient touchante, dans ce langage, par
l'extrême naïveté qu'il conserve toujours. Daphnis dit :
Lou cél n'a qu'un soulél, ma pastouro n'a dous.
AIR :

Poulido pastourélo,
Perléto das amous,
De la roso noubélo,
Esfaçats las coulous ;
Perqué siets bous tan bélo,
Que yéu tan amourous?
Poulido pastourélo,
Perléto das araous,
Benque me siats cruélo,
Yéu n'aymeray que bous.

Après cette citation, Grimm conclut de
la sorte :
On n'a qu'à traduire cet air charmant en français pour lui faire perdre toute sa grâce...
Il arriva dans le premier moment ce qui
devait arriver : toute la cabale italienne —
ce qu'on appelait le coin de la reine, par
opposition sans doute au parti de l'autre
reine, celle de la main gauche — prétendit
que Mondonville avait plagié le fameux
Opéra de Frontignan, joué à Montpellier
en 1678, à l'occasion des fêtes de la paix
de Nimègue ; mais VOpéra de Frontignan
n'est guère qu'une œuvre satirique raillant
les mœurs locales, tout en couplets sur
des airs populaires déjà passés de mode à
cette époque. M. L. Gandin l'appelle un
vaudeville plutôt qu'un opéra, dans la notice en tête de l'édition qu'il a donnée de
l'œuvre du Frontignanais Galoy. (1)
La malveillance, dont Grimm se fit luimême l'écho, tombe d'elle-même, et la
musique de Mondonville lui reste acquise
et originale.
(1) Dans la Revue des Langues romanes, tome
deuxième, 1871.

35

Il n'eut qu'un tort: ce fut de vouloir,en 1768,
la faire représenter en français.
Ce qu'avait prédit Grimm arriva. Le public dit, comme Louis XV de la bergère
métamorphosée en princesse du Parc-auxCerfs : « Vous me l'avez gâtée ! »
Il y manquait aussi les premiers interprètes qui avaient tant contribué au succès,
parce qu'ils y portaient l'amour de la langue maternelle et du pays natal. C'étaient
trois Méridionaux : le célèbre Jéliotte, Latour et Mlle Fel.
Mondonville eût été plus sage de faire
comme Jasmin, qu'on jpeut citer comme
s'étant le plus fait applaudir du public parisien, depuis le siècle dernier, dans le doux
parler gascon, et sans le concours musical.
Il avait de l'esprit comme Figaro. Quand
il crut s'apercevoir qu'on l'écoutait moins,
il se disposa au départ, et comme on essayait de lui faire donner encore quelques
séances :
— No, no, dit-il, las barbas pousson à Agen.
C'était son Maillane.
Mondonville aurait mieux fait de laisser
dormir sa pièce que de l'accoutrer à la
française. Le public de Paris ne s'était montré rebelle ni à notre accent, ni à notre
langue. Louis XIV avait déjà accueilli une
tentative de ce genre, dont le Viro-Soulèu
aura à s'occuper plus tard, qui sait ? Il ne
manque peut-être encore actuellement que
le poète et l'œuvre pour réussir.
Jean Joseph Cassanéa de MONDONVILLE
mourut à Belleville le 18 octobre 1772. Il
avait débuté comme Lulli par un talent
précoce sur le violon. Ses motets,* fort
goûtés, le conduisirent à l'emploi de maître de chapelle à Versailles. Celui qui aura
à retracer sa vie devant le buste que le Félibrige de Paris veut lui élever, devra tenir compte de l'éloge que fait de lui un
homme d'esprit de la trempe de Voisenon
dans ses Anecdotes littéraires. Ce sont
des pierres de touche :
Depuis que Rameau est mort, dit-il, c'est, dans
les compositeurs de musique, le seul qui ait eu
du génie et du goût, deux qualités difficiles à
allier. Ses motets sont sublimes ; il y a des versets qu'il rend comme s'il était un profond théologien...
On ne peut s'empêcher de sourire du
dilettantisme de l'abbé de Voisenon dont
on connaît les vertus théologales, qu'il pratiquait avec Mme Favart.

�Lou

36

Viro-Souìèu

Il dit encore de Mondonville :

Un félibre

Il est homme de goût dans tous ses opéras.
Son chant est plein de mélodie, de sentiment et

ignoré :

Meyet, d'Anduze

d'esprit, etc.
La gloire de Mondonville a sombré comme
celle de tant d'autres qui firent les délices
du XVIIIe siècle ; mais il s'est éparpillé de
cette charmante époque tant de vieilles
romances et d'airs dont on ne sait plus les
auteurs,qu'on peut se demander s'il n'est pas
resté dans l'air des agrégations moléculaires
de l'auteur de Daphnis et Alcimadure,
quelque chose qui ne périt jamais et qui
revient par bouffées dans ces brunettes, si
souvent imitées qu'on en a fait des pontsneufs, et jusque dans ces malicieux couplets
qu'entonnent des farceurs aux repas de
noces.
Je n'y apporte que des raisons de sentiment ; mais, sans remonter à la source, on
peut trouver des témoignages qui confirment mon idée. Le hasard m'a fait tomber
sur le passage suivant d'un de 1812, qui
prétend que « la musique de Daphnis et
Alcimadure, si bien adaptée aux paroles,
et qui eut tant de succés à Paris, lui rappelait les plus jolis airs gascons qu'il eût
entendus dans sa jeunesse. » On les avait
transposés du toulousain en agenais.
Le même auteur très savant, M. Lafont
du Cujula, de l'Académie d'Agen, ajoutait
qu'un air qu'il cite, d'Iphigénie en Tauride,
était absolument celui d'une chanson que
« nos bouviers chantent habituellement au
labour. »
C'est qu'il s'était envolé de l'opéra de
Gluck et posé dans les campagnes, où il

l*^fm^f

/ (yr*
'*&gt;

)ÊÊ^

OMME tant d'autres villes du Midi,
'a cité gardonienne d'Anduze a eu
ses félibres bien avant le Félibrige.
Dans sa belle préface de Las Castagnados, le marquis de la Fare en

a cité deux : MM. Roche et Meyet.
De ce dernier, le maître de la muse cévenole a dit : « Emule de maître Adam et de
jasmin, exerçant comme eux une profession
manuelle, il promettait si bien de leur ressembler. Le titre heureux qu'à leur imitation il
avait donné à la seule pièce publiée par lui,
était un ingénieux emprunt à son industrie.
Menuisier de profession, il avait intitulé son
œuvre : (Mous coupèous, et ce titre semblait annoncer un recueil ; sans doute, il n'est point
épuisé : espérons qu'il nous continuera ses confidences. »
Ses œuvres manuscrites étant presque introuvables, sont ignorées de la génération actuelle.
nous a semblé intéressant pour le
Félibrige d'en rechercher au moins un spécimen
et voici celui qu'il nous a été permis de nous
procurer, grâce à d'obligeantes investigations.
Le petit poème ci-après, la Gardounado,
plein de grâce, d'émotion et de talent descriptif, témoigne de la justesse des appréciations élogieuses du marquis de La Fare, bon
11

juge en la matière.
C. GOURDOUX.

LA GARDOUNADO

était devenu populaire.
L'art populaire, a écrit Sainte-Beuve, en parlant des chansons qu'on recueille dans les campagnes — est toujours l'œuvre d'un homme
d'esprit.
Pour moi, je me souviens d'avoir vu le
nom de Mondonville en exergue dans de
vieilles assiettes en faïence de Rouen, avec
des airs notés, ce qui prouve qu'on le
chantait au dessert.
JULES

TROUBAT.

Tus qu'as vis la poulido Estèlo,
Aima, ploura dessus toun bor
Quan de la paouro pastourélo
Coumo un uïaou chanjè lou sor,
Gardòu, permès qu'à ma manièro
— Car ma maso es un paou lan-la —
Tan bé que maou conte uno istouèro
Que déves bé te rapela.
Sus ta ribo flourido, uno jouino fïéto
Souleto, embé soun gran, vivié tranquinlamen :
Travaia, prega Diou, daou viel et de Frauceto
Fasieou touto la joio et lou soul pensamen.
Lou ciel lous benissié ; légun et jardinaje,
Figos, prunos, rasin?, cerieiros, aoubricôs,
Tenieou la pocho fresquo à lus picho meinaje :
N'aourieou pas fach un pas l'un de l'aoutre à
[rescòs].

�Lou

Viro-Soulèu

Toujour daou mémo avis, fasieou bousso coumuno.
Coussi, michan Gardôu, pisquères san rémor
Abouri dins un co lus pichoto fourtuno
Et lus laissa lous plous, la misèro et la mor !
Aviés, après tres ans de forto seCaresso,
Tan vermà ; de toun ié lou gas èro tan prin,
Qu'encaro qnaouques jours mourissiès de fiblesso
Quan se levé, boufè, s'endinnè lou marin.
Et de plèjo, n'aouras ! Sus lou co groussiguères
Et coumo, sus toun bor, ères bien baragna,
Per te desescoufla, de tous flans destaquères
Un bras que per peïs tan lèou aguè gagna.
« Alerto ! tout cridè, garo ! Gardou delargo. »
Chacun, vite, escalè la cimo de l'oustaou,
Eres fol et tous rocs que vouïeou te fa targo
D'un basseou lous fasiés vira de bas en' aou.
Oh ! jamai t'avieou vis d'uno talo coulèro :
T'ères descabestra coumo un chivalfougous,
Toun ventre en courissèn moulinavo la tèro,
Efle, coulou de san, escuméjan, fangous.
D'un saou dins lou claousé daou viel, fas toun
[intradoj
Et li derabes tout : las racinos en l'er,
Vigno, pras, amouriés, pivous et baragnado
Dins un vira de man, tout desfilo vers Ner.
Quauquos otros de mai la Gardounenquo entieiro
Sera pas qu'un gravas. Mais lou tem s'esclaïris,
La roudergo (i) a boufa ; la triblo bandouïeiro
De l'arqué, sus la Can, en cintre s'aroundis.
Lou sourel faï pinchou detras la nivoulasso,
Tout sort per espincha s'as pas chanja toun ié,
Despar lou paoure viel que vei de sa terasso
Soun claousé tan pouli qu'es pas pus qu'ungravié.
« — Ma fïo, sèn perdus, arouinas per la vido,
Un moumen a sufi per chanja noste sor,
Ai! de qué devendras?Ieou, ma cousso esfenido,
Mais tus... aprocho-te : sènte veni la mor. »
Tout en disèn aco, sa lengo blessejavo,
Soun iel ennivouli se baro per toujour,
Per la darnieiro fes Franceto l'embrassavo,
Hélas ! a tout perdu : pèro et bé dins un jour !
Dezempiei, lapaouro fïéto
Vai ploura dessus soun cros,
Abïado de sarjeto
Et caoussado embé d'esclos.
Porto pas pus per paruro
La dantèlo à pouent d'esprit ;
A 'no tréso per couïfuro
Et per cheino un crucifi.
Sa figuro, roujo et grasso,
S'aprimo chaquo moumen ;
La paouro manido passo
Coumo la flou daou printem !
MEYET.

i]

Vent local.

LES

37

PEINTRES
AUX

PROVENÇAUX

SALONS

année, comme les années
précédentes, les salons de peinture et de sculpture contiennent de nombreuses œuvres des
plus remarquables, dues au pinceau ou à l'ébauchoir d'artistes
méridionaux.

ETTE

11 nous a paru intéressant de faire dans le
Viro-Soullu un compte rendu forcément succinct de ces expositions, en nous bornant, toutefois, à ne parler que des œuvres ayant un
caractère méridional, ou provenant d'un membre du Félibrige ou de la Cigale.
Champs-Elysées
Benjamin Constant expose deux magnifiques
portraits d'une très belle coloration : le premier, celui de Mme Opperman, est peint avec
beaucoup de grâce : tandis que les bras sont
enveloppés d'une ombre discrète, la tête, en
pleine lumière apparaît, très en valeur.
Le second portrait, celui de Mlle M. S., est
souplement peint ; le fond se marie d'une façon admirable avec le cadre : c'est d'un effet
charmant.
Jules Laurens a quitté, cette année, la Provence. Nous n'y perdons rien. L'Euphrate en
haute {Mésopotamie est, croyons-nous, une de
ses meilleures toiles; ses montagnes sont bien
dans l'air.
Le même artiste expose aussi des chrysanthèmes qui sont peints avec beaucoup d'esprit.
Un vrai poète, Paul Vayson ! Sa Chanson
du printemps offre un contraste ravissant. C'est
un vieux mur de cimetière sur lequel une
jeune bergère est assise chantant, tandis qu'à
ses pieds ses brebis paissent sous les amandiers
en fleurs. Le tout, largement traité et avec
brio.
Une autre toile, ÍAbreuvoir, est des plus
poétiques.
Paul Sain peint toujours l'eau avec une habileté surprenante. Les Bords de la Sartke sont
jolis avec leurs verts, très fins de ton. Dans le
lointain, des arbres d'un bleu gris s'estompent,
tandis qu'au premier plan, de gros bouleaux
donnent au paysage la profondeur.
Signalons une autre toile de plus petite dimension, qui nous a particulièrement séduit.

�Lou

Vtro-SouUu

Paul Saïn vient de recevoir le ruban de la
Légion d'honneur. Nous nous en réjouissons.
Les fleurs d'Antoine Grivolas sont bien nature, souples et d'un coloris éclatant.
Gagliardini est toujours épris de la Provence. Midi sonnant est une toile éblouissante
de soleil. Quant à sa Matinée rose sur l'étang
de "Berre, c'est, à notre avis, une toile magistrale, éclaboussée de lumière et d'une
grande finesse de coloris.

Un joli ruisseau sous bois, en Provence, de
Meissonnier ; l'eau est bien traitée, les arbres
qui s'y reflètent sont du plus heureux effet.
Jourdan peint très vigoureusement les moutons : sa Sortie de la bergerie nous plaît infiniment.
Beaucoup de calme dans le Soir d'octobre
de Mayan.
Ponchin a bien rendu la rade à'Endoume, à
Marseille.

J. B. Duffaud, très personnel, montre en
pleins champs, près d'une haie, deux amoureux
superbement ensoleillés. La couleur en est
chaude et puissante.

Décanis nous conduit Dans les ^Alpines, tableau superbe de puissance. Les montagnes du
fond sont d'un bleu très chaud, le ciel, verdâtre, est excessivement fin.

Estello de Crau est une gentille Provençale
que le peintre a rendue avec beaucoup de
sincérité.

Dufour est un maître paysagiste, d'une note
très sobre.

Dans les Marais d'&lt;Aigues-Mortes, par Nozal,Ie soleil dorant de ses derniers rayons l'ensemble du paysage est d'une note très vibrante.
De malheureux mendiants attendant la distribution de la soupe à la porte d'une caserne,
empoignent profondément. Félicitons de cette
œuvre sincère le peintre Leydet.
Nardi a exposé deux jolies marines.
De Paulin Bertrand, remarqué deux tableaux.
Sa Source, coulant au travers des rochers, sous
le feuillage d'un vert-gris, est d'un mystère
pénétrant.
Garibaldi, avec ses bateaux si minutieusement dessinés, évoque le vieux port de Marseille.
Un très amusant Réparateur d'antiquités et
un portrait enlevé, de Firmin Claude.
Balmiera fait, cette année, un petit paysage
où se révèlent de précieuses qualités.
Allègre, avec son Soir d'automne en "Provence et sa marine, très fine de couleur, nous
a procuré une douce sensation d'art.
Un bon tableau : Journée d'automne, de
Marsac. Les platanes sont très bien rendus, on
se devine en Provence.
Le tableau de genre d'Eugène Picard est
d'une heureuse composition : on vient de retirer d'un puits un enfant peut-être mort, et
sur le visage contracté de la mère, une Provençale, on lit les angoisses intimes de son
cœur. Cette scène est des plus émouvantes.
Truphème expose un portrait d'une fort
belle allure, celui de M. Leygues, ministre de
l'Intérieur.
Roux-Renard est un jeune qui a fait de
grands progrès : sa "Poésie provençale prouve
qu'il a su profiter des leçons de ses maîtres.

Bien compris, les moines de Barthalot. Sa
"Route en "Provence, baignée de soleil, est rendue avec beaucoup de vérité.
Nanny Adan adore les vieilles rues de nos
villages provençaux ; aussi, elle conserve soigneusement le caractère de ces masures en les
peignant fort bien.
On voit que Joseph Eysséric connaît la marine à fond ; ses grands bâtiments sont majestueux, c'est vécu : l'on sent chez lui la facilité d'exécution.
Flour, avec le portrait de sa mère, se montre
distingué dans cette branche de la peinture.
Brun a fait le portrait de son propriétaire à
Maillane, en plein air, peinture d'une jolie
couleur, simple et solide d'exécution.
La "Procession des Saintes-Mariés, d'Albert
Picard, nous dépeint bien le caractère de notre pays ; les figures des Provençales, au teint
hâlé par le soleil, sont d'une grande vérité
d'allure. On voit bien que la foi les anime.
Le portrait du poète Clovis Hugues, peint
par Dupuis, est frappant de ressemblance.
Pinta expose un panneau décoratif d'une
bonne harmonie. Ses figures sont très dignes.
Bompart ne s'inspire que de l'Algérie ; il
excelle d'ailleurs à la peindre.
Une très belle toile de Gabriel Ferrier : l'espoir reste invincible. Son portrait de M. A.
F. est plein de vie, et la facture en est délicate.
Poujol peint toujours bien. Sa femme qui rit
est largement brossée.
Bien amusantes, Les Vendanges d'E. Martin:
c'est peint vigoureusement.
Sa Fontaine de Digne est aussi à signaler.
Leenhardt est remarqué avec ses Derniers
beaux jours d'automne.

�Lou

Viro-Soulèu

Bien ensoleillée, la cour St Philippe, à Nice
de Minet.
Le vieux port de Marseille, par Rosier, est
peint avec beaucoup de souplesse.
Martél, Charles, nous montre la mer vue du
haut de la falaise aux environs de Toulon.
E. Cornellier mérite d'être remarqué avec
son tableau du Cap Martin.
Crémieux est bien intéressant avec sa calanque du vallon des Auffes, à Marseille.
Nous parlerons, la prochaine fois, de la sculpture, et nous rendrons compte également de
l'Exposition du Champ-de-Mars.
BÉNONI

AURAN.

VIRO-SOULEIADO

ECHOS

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FÉL1BRÉENS

Congrès des Sociétés savan-

tes

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a

'
*
à ' Sorbonne,
du '6 au 20 avril. Plus de 300
Sociétés départementales y ont
été représentées, ce qui prouve
surabondamment que la pro-

vince possède une élite intellectuelle qui ne
demande qu'à s'affirmer.
Le jour où l'on aura rétabli les Universités
régionales, on verra affluer de toutes parts aux
Congrès qui s'y tiendront, avec les chercheurs
modestes que l'éclat de Paris effraye, tous ceux
qui dirigent leurs efforts vers des sujets qui
n'ont point été mis au programme du Comité
parisien officiel.
11 est temps que l'on comprenne que la province a ses questions particulières à étudier,
et qu'il serait de bonne politique de lui accorder une vie propre, ce qui ne l'empêcherait
nullement — bien au contraire ! —■ de collaborer aux grands travaux auxquels Paris veut
bien la convier.

*
* *
Notre confrère Baptiste Bonnet a reçu de
l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, un
prix de cent francs pour son ouvrage : Vido
d'Enfant. Nos félicitations à notre ami et surtout à l'Académie de Clémence Isaure, qui
vient ainsi de reprendre la tradition, délaissée
depuis plusieurs siècles, en récompensant des
œuvres en langue d'Oc.

39

L'tAnnuaire de l'Ecole pratique des Hautes
Etudes pour 1895, qui vient de paraître, annonce que M. Brun, de Montpellier, élève de
cette école, section de philologie romane, prépare un ouvrage d'ensemble sur le théâtre
religieux dans le Midi, au moyen âge.

*
La Mandoline a ouvert son huitième concours, qui comprend une section neo-romane.
Pour la poésie comme pour la prose, les
sujets sont libres et tous les dialectes sont admis. Adresser les manuscrits, avant le 31 mai,
à M. Michel Pons, 14, boulevard de Reuilly,
à Paris, avec un franc par pièce pour droit de
concours.

Au cours de ses séances des 24 avril, 1 et
8 mai, le Félibrige de Paris a reçu, comme
membres associés, sur la présentation de quelques-uns de ses majoraux, MM. Gaubert, Albin, statuaire, 7, rue de Bagneux ; Marius
Barthalot, 3, rue Alfred Stévens ; Louis Petit,
aquarelliste, 7, rue de Bagneux.
Ce dernier, méridional de cœur, sinon de
naissance, a fait don à la Société d'une série
d'aquarelles tout à fait charmantes, dont deux
représentent des vues du Luxembourg, et les
autres des paysages du Midi, notamment des
points pris sur la route de la Corniche et
brossés avec beaucoup d'habileté. C'est riant
de couleur et ensoleillé comme il convient.
Nos remerciements à l'aimable artiste.

Paris vaincu ! telle est l'exclamation par
laquelle le capoulié Félix Gras annonçait au
chancelier Mariéton la nomination des nouveaux majoraux : MM. Raimbault, Cassini,
Guillibert et Chassary.
Evidemment, ces mots ne sont qu'une joyeuse
boutade, M. Félix Gras étant trop libéral et
trop intelligent pour leur donner une autre
signification.
Néanmoins, quelques-uns de nos amis s'en
sont émus.
— Paris vaincu ! c'est donc qu'on nous fait
la guerre ?
Ce serait bien maladroit, car si le Félibrige
de Paris n'a sa raison d'être que par le Félibrige de Provence, celui-ci, à son tour, est
surtout connu grâce aux manifestations enthousiastes et éclatantes de ses amis parisiens.
En l'espèce, d'ailleurs, Paris ne saurait avoir

�Lou

40

Viro-Soulèu

été vaincu, n'ayant pas lutté, puisque, d'après l'Eclair, aucun candidat parisien n'avait
officiellement posé sa candidature.
Le nombre des Félibres militants de la capitale est assurément restreint, en comparaison de celui que peut revendiquer le Midi.
Toutefois, nous ferons remarquer que Paris a
fait éclore, en 1894 et 1895, deux désœuvrés
que le Midi tout entier a reconnues comme
des plus marquantes de notre littérature d'Oc
actuelle : (Marineio et Vido d'Enfant, bien que
leurs auteurs ne soient point majoraux !
En sorte que si nos amis s'étaient présentés,
ce serait encore le cas, lorsque les vaincus ont
un nom comme Baptiste Bonnet, par exemple,
de crier doublement : Honneur aux vaincus !
*
Un ancien lauréat des jeux Floraux de Sceaux,
M. Armand, professeur au Conservatoire de
Nîmes, vient d'obtenir un véritable succès en
faisant jouer au Grand-Théâtre de cette ville
un opéra-comique en un acte, Suçon. Nous
félicitons bien sincèrement le maestro M. Armand, dont le fin talent musical a été très apprécié, et son spirituel librettiste, M. Marcillac.
*
Dans sa revue des jurons à base de noms
sacrés, M. Lorédan Larchey a examiné les expressions Troun de Ver e Troun de "Dieu, et
les donne comme une abréviation obtenue par
apocope et métathèse, de tonnerre. Mais Denis Peyrame, l'auteur de Partonopeus, parlant
d'une ville magnifique, disait : N'a plus bele
dessous le tron, c'est-à-dire : le « trône de
Dieu, le firmament. » Ainsi, l'exclamation :
Troun de Diou équivaudrait exactement à
« Trône de Dieu ! » ou « Par le ciel ! »
D'autre part, Génin (dans ses récréations
philologiques) pense que ce juron, si familier
aux Méridionaux, leur a été suggéré par le
passage même de l'Evangile qui le défend :
Ego dico vobis non juraré omnino, neque per
cœlum, quia ihronus Dei est. (Mathieu V. 34).
Qu'en pensent les lecteurs du Viro-Soulèu
et les philologues du Midi ?
*
Notre confrère, Antony Réal fils, vient

de

fonder la "Provence artistique, pour la défense
des vieux monuments du Midi, et aussi pour
être comme l'organe officiel des manifestations
qui auront lieu, chaque année, au théâtre an-

LES ŒUVRES FÉLIBRÉENNES
régionaliste donné par les premiers félibres, gagne tout le Midi et
prépare la grande œuvre de décentralisation qui semble devoir être
l'œuvre capitale du siècle qui finit.
Un délicat poète, originaire de Vil'ÉLAN

leneuve-sur-Lot, Paul Biers, en littérature Paul
Maryllis, vient d'écrire les Légendes du pays,
qu'édite, là-bas, notre confrère du Calel, Victor
Delbergé, doublement l'émule de Roumanille ;
ce spirituel Gascon, qui a toute l'élégance et le
goût de Lemerre, a gentiment habillé l'œuvre
du poète, qui a dédié sa première légende : La
citerne de Magnac, à M. Georges Leygues, ministre de l'Intérieur et parfait cigalier, comme
on l'a vu aux fêtes de Cadenet, d'Orange et d'Avignon et au banquet de Mistral. Cette légende
est écrite de la plume ferme, nette, pénétrante
de Mérimée; elle s'élance du réel dans le bleu
et, parle talent de l'écrivain qui amalgame supérieurement l'histoire et le rêve, laisse à l'âme
une rare impression d'art et à l'esprit un doute
étrange, comme un frisson subtil au léger souffle
du mystère entrevu.

Lou Terradou, par PRÒSPER ESTIEU. (Bibliothèque de la « Revue méridionale », à Carcassonne). — C'est un recueil de sonnets languedociens dans lesquels le poète a chanté son
terroir en fils enthousiaste et en peintre plein de
vigueur et de coloris. Aussi louerons-nous M.
Estieu, non seulement pour ses vers lumineux
et virils, tour à tour agrestes ou enflammés, mais
surtout pour son amour profond de la terre
nourricière, vers laquelle des livres comme le
sien, ou comme la Marineto de Lucien Duc, attirent les regards et ramènent les sympathies de
ceux qui recherchent sincèrement les causes du
malaise social. Le retour à la terre délaissée, tout
est là ! Voilà pourquoi naus applaudissons les
poètes qui eu célèbrent les beautés et qui en
proclament la salutaire influence.

tique d'Orange.
L'Administratcur-Géraut :
PARIS.

L.

de

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc,

BARRUEI.,

35,

3S, rue de Fleurus.

carriero Rousselet.

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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 07,  [n°05] mai 1895 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Documents</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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