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                  <text>LA

CABANO

Coume fai bon, quand lou mistrau
Pico la porto 'mé si bano,
Estre soulet dins la cabano,
Tout soulet coume un mas de Crau.

E vèire pèr un pichot trau
Alin, bèn liuen, dins lis engano,
Lusi la palun de Girau.

E rèn ausi que lou mistrau,
Picant la porto 'mé si bano,
Pièi, de tèms en tèms, li campano
Di rosso de la Tour-dòu-Brau

Le joli dessin
ALPHONSE

!...

DAUDET.

qui orne ce numéro du ViroSoulèu a été composé par le peintre nîmois Raoul
Arus pour le menu du dernier
Brandade. »

dîner de &lt;r la

En le reproduisant, nous sommes sûrs d'être
agréables à tous nos amis. L'artiste s'est sans
doute inspiré des beaux vers du maître Alphonse
Daudet que nous sommes heureux, à cette occasion, de publier pour les nouveaux venus
au Félibrige. Ils sont de belle venue et ils font
regretter que l'illustre romancier qui, malgré
ce qu'en pensent les Tarasconnais, est un grand
admirateur du Midi et surtout de la Provence,
n'ait pas trouvé le temps de faire, en même
temps que ses romans admirables, des poésies
provençales.
Ce dîner de « la Brandade » de création récente, réunit, environ tous les deux mois, tous
les enfants du Gard domiciliés à Paris. Son
succès est très grand : il y a toujours une
centaine de convives.

Celui qui a eu lieu le 3 Xbre était présidé
par M. Gaston Boissier, de l'Académie française, qui a répondu au toast de son homonyme,
notre ami Ulysse Boissier, par une improvisation charmante, de laquelle nous voulons retenir le passage suivant :
« Je ne suis pas un Méridional attitré, mais
j'ai la foi, j'aime le Midi, plus que tous les autres pays. Du reste, on peut le quitter le Midi,
mais lui ne vous quitte pas. Il y a l'accent
qui vous accompagne, et l'accent remonte toujours à vos lèvres ! »
Le maître Alphonse Daudet, qui n'avait pu
assister à cette fête, avait envoyé la lettre ciaprès :
« Excusez-moi auprès de nos amis, excusez-moi surtout auprès de M. Gaston Boissier.
Je me faisais une joie d'applaudir avec vous

�90

Viro-Soulèu

sa jolie parole toute d'esprit et de lumière ;
une joie aussi de me blanchir les dents, avec
notre divine brandade. Enfin, à la demande
de quelques écrivains du Midi, je voulais poser à tous nos convives cette question : Estil vrai, comme Alphonse Daudet l'affirme dans
la préface de Vie d'enfant, que Baptiste Bonnet soit supérieur à son compatriote Jean Reboul, enfant du peuple et — pacan — comme
lui ? Pécairé ! Tous ces beaux projets, iHaut
que j'y renonce, pour aujourd'hui : Aide doulou, e lou fià de Dieu H brulo li doulou ! A
une autre fois, chers amis. — Alphonse Daudet. &gt;&lt;
On voit que la petite patrie a de nombreux
fervents dans la capitale, et ce ne serait pas
un paradoxe d'affirmer que les décentralisateurs
les plus^ardents sont à Paris !
U. B.

LE

BUDGET DES BEAUX-ARTS

On peut dire que l'événement félibréen du
mois a été le dépôt à la Chambre des députés
du Rapport de M. Maurice Faure sur le Budget
des Beaux-Arts, auquel la presse a fait un accueil si élogieux.
Après avoir étudié, dans une magistrale introduction que publie la Province, le mouvement artistique de ces 25 dernières années, le
rapporteur entre dans le détail des chapitres,
où nous voudrions pouvoir le suivre.
Bornons-nous à signaler les passages touchant
de plus près à la cause décentralisatrice et félibréenne et, d'abord celui-ci :
« Au lieu de faire résider à Paris ses nombreux inspecteurs de tout grade, la direction
des Beaux-Arts ne pourrait-elle pas affecter à
des circonscriptions régionales déterminées, où
ils résideraient, les fonctionnaires de cet ordre
dont elle dispose ?
« Les frais de tournée en seraient plutôt diminués qu'accrus et la présence d'un représentant distingué de l'administration des BeauxArts, dans chaque région, serait d'une grande
utilité, tant en vue de renseignements à four-

nir périodiquement à l'administration centrale
que pour la surveillance permanente de l'enseignement artistique, des musées, des monuments historiques. »
Puis l'intéressante proposition de créer, à l'instar de la Villa Médicis, une Ecole d'Arles, idée
bien félibréenne, celle-là, en même temps que
hautement patriotique :
«C'estpresque une banalitéde redireque nous
dédaignons ou négligeons trop nos propres richesses pour nous engouer de celles de l'étranger, et ce serait donner fort à propos le
signal d'une salutaire réaction que de montrer enfin, par des actes précis, que nous avons
nous-mêmes l'estime des multiples ressources
de la France.
« L'un des moyens les meilleurs de les mettre
en relief et en honneur serait de les proposer
à l'étude de nos artistes par des mesures qui
appelleraient sur elles, non seulement l'attention de nos concitoyens, mais encore celle des
hommes de goût de tous les pays.
« Quelle est au monde la contrée qui, par les
souvenirs historiques, par les traces vivantes
du passé, par les monuments de tous styles,
est plus digne que la France de l'admiration
des véritables artistes, et quelle est la terre
favorisée qui offre les spectacles de la nature
les plus charmants et les plus grandioses, au
même degré, que notre vieille Gaule, où, des
collines brumeuses de l'Armorique aux montagnes ensoleillées de la Provence, des Vosges
aux Pyrénées et des Pyrénées aux Alpes, se rencontrent les climats les plus différents, les aspects les plus divers, les sites les plus caractéristiques, les colorations les plus variées.
« Faisons connaître et apprécier notre chère
patrie,non seulement auxétrangers,pour lesquels
Paris paraît être l'unique attraction, mais aux
nombreux Français qui la connaissent mal ou
ne l'apprécient pas assez« Ce qui nous mauque le plus, ce sont des
centres artistiques en dehors de la capitale, ce
sont des créations, des stations d'art qui seraient non seulement utiles à nos artistes, prix
de Rome ou autres, en leur procurant de nouvelles sources d'inspiration, mais encore donneraient, par leur rayonnement, un éclat et
une notoriété mérités à des régions véritablement privilégiées.
« M. Henry Maret, se plaçant au même point
de vue dans l'un de ses rapports sur les BeauxArts, signalait justement la Bretagne comme

�Lou

Viro-Soulèu

or

éminemment propre à émouvoir l'âme des artistes.

tations. II y aurait le plus sérieux intérêt à
multiplier ces voyages, bien préférables à ceux

« D'autres régions françaises ne sont pas moins
impressionnantes et, parmi elles, sans en ex-

tentés jadis à l'étranger. C'est la France tout
entière qui en tirerait profit et fierté.
«Cette œuvre de décentralisation a trouvé sor.
expression glorieuse et son symbole historique
dans ce merveilleux théâtre romain d'Orange,
où la Comédie-Française a fait revivre l'art
antique avec un tel éclat, que le Gouvernement a décidé de confier à une Commission
officielle le soin de préparer le renouvellement
périodique de cette incomparable résurrection
en attribuant aux représentations futures un
caractère national.
« C'est en persistant résolument dans cette
voie que la Comédie-Française se rendra de
plus en plus digne du nom qu'elle porte et
continuera noblement la tradition qui la rend
toujours jeune en dépit de deux siècles d'existence — deux siècles d'une gloire littéraire dont
a le droit de s'enorgueillir l'histoire de notre
pays. »
En consultant les tableaux annexes, nous
voyons qu'il a été consacré 20 000 fr. à la restauration du Théâtre antique, et 9 500 fr. à
celle des remparts d'Avignon.
En ce qui concerne les musées départementaux, auxquels le budget n'accorde qu'un crédit de 15 000 fr., voici comment s'exprime le

clure aucune, il en est deux, la Provence et
l'Algérie qui, par la nature même des paysages et des types, comme parles monuments antiques dont leur sol est peuplé, semblent toutes
désignées pour ces stations, pour ces sortes de
villas Médicis provinciales dont il serait peutêtre possible d'obtenir la création sans nouvelles dépenses budgétaires, en provoquant
l'initiative des villes intéressées.
« La Provence, cette « préface de l'Italie »
comme l'appelait David d'Angers,est trop connue, pour qu'il soit nécessaire de rappeler combien, presque autant que l'Italie même, elle
offre, pour ainsi dire à chaque pas, d'admirables vestiges du passé dans un état de conservation que nos voisins pourraient nous envier. Oùest,audelà des Alpes, un théâtre antique plus beau que celui d'Orange, des arènes plus magnifiques que celles d'Arles ou de
Nîmes, un temple d'un style plus élégant et
plus pur que la Maison-Carrée ? quel cimetière
romain plus intéressant que celui des Aliscamps?
quel pont plus grandiose que le pont du Gard ?
Nous ne parlons ni des spécimens de la Renaissance, comme ceux de Valence, ni du Palais des Papes, ni des remparts d'Avignon ni
des paysages d'un aspect vraiment oriental,
illuminés par un ciel aussi bleu que celui de
l'Attique.
« Arles avait proposé, sous l'Empire, de créer
une institution analogue à celle de la Villa
Médicis. Pourquoi ne reprendrait-on pas les
pourparlers abandonnés avec cette ville qui, au
même titre que Nîmes, pourrait devenir le
centre artistique de notre Midi romain. Ausone ne l'avail-il pas proclamée « la Rome des
Gaules ? »
Le principal instigateur des fêtes d'Orange
ne pouvait moins faire que de donner un souvenir à cette manifestation inoubliable. 11 l'a
fait en rendant hommage, en ces termes, à la
Comédie-Française :
« Ce qui témoigne le plus hautement de son
initiative et de son "patriotisme, c'est le dévouement avec lequel administrateur et artistes
ont secondé le mouvement de décentralisation
qui passionne la province, en allant faire admirer, dans nos départements, les chefs-d'œuvre de notre littérature théâtrale, détruisant
ainsi l'objection, tirée contreia subvention, du
caractère exclusivement parisien des représen-

rapporteur :
« Nous engageons vivement la Direction
des Beaux-Arts à suppléer à l'insuffisance de
ce crédit en commandant à certains artistes
des copies de chefs-d'œuvre ou en achetant à
d'autres, non moins dignes d'intérêt, des objets d'art qui seraient reçus avec reconnaissance dans les musées départementaux.
« La plupart, d'entre eux, à raison de la
modicité dés ressources municipales, sont d'une
extrême pauvreté.
« On pourrait les enrichir un peu, ou du
moins diminuer leur indigence, soit en procédant comme nous venons de le dire, soit
surtout en répartissant entre eux les objets
d'art, sculptures, peintures, dessins, etc., qui
se trouvent entassés, au détriment de leur
conservation et sans ^profit pour personne,
dans les divers dépôts du service des BeauxArts. Nous insistons vivement pour que cette
répartition soit enfin effectuée sérieusement et
le plus tôt possible. »
On le voit, M. Maurice Faure a non seulement bien mérité du pays, mais encore du Félibrige, et les Félibres de Paris doivent le remercier chaleureusement de ses efforts en vue
du triomphe de la cause qu'ils soutiennent.

�Lou

2

9

LE FÉLIBRIGE DE PARIS

&amp;

Vtro-Souliu

M. MARTEL

Célébrer le Midi dans ses manifestations
artistiques, dans ses mœurs, ses usages,
sa langue, dans ses sites grandioses ou
pittoresques : tel a été et tel sera toujours
le programme du Félibrige de Paris.
Le banquet offert, le 11 décembre, à M.
Martel, l'explorateur si distingué des canons et grottes du Tarn, n'avait pas d'autre raison.
Aussi, dès sept heures, les salons du
restaurant Voltaire étaient-ils envahis par
de nombreux félibres et cigaliers qui avaient
tenu à donner au savant et hardi excursionniste cette marque d'estime et de sympathie.
Parmi les convives, citons MM. Bailly,
Charpentier, Injalbert, Amy et Riflard, sculpteurs ; le peintre Grivolas, Peter, qui a su
représenter si poétiquement le Félibrige de
Paris et graver si habilement la médaille
que nous devrons à l'Administration des
Beaux-Arts; le général Enjalbert, Maurice
Faure, l'âme de notre Société ; Jourdan, le
député-poète de la Lozère ; Pierre Laffitte,
Bladé, Tournier, de Malarce, Gourdoux, etc.
Quand on eut fait honneur au menu bien
provençal, notre président, M. Sextius Michel, adressa à notre hôte le discours suivant, souligné par des applaudissements
unanimes :
Monsieur,
Les Félibres de Paris, en vous offrant ce banquet, se sont souvenus de la part très grande
que vous avez prise, par vos travaux et vos
découvertes, à la glorification de notre cher
Midi.
Pour moi, en songeant à l'œuvre déjà considérable que vous avez accomplie, j'aime à
rapprocher votre nom de celui d'un explorateur que vous avez connu sans doute, et qui
fut un des meilleurs champions de nctre cause.
Je veux parler de Paul Soleillet dont nous
honorâmes la mémoire en 1888, à Nîmes, en
lui élevant un monument dû au remarquable
talent de notre éminent confrère, le sculpteur
Amy.
Ce qui constitue entre vous une sorte de ressemblance, le voici :
Séduit, comme vous, par l'attrait de l'inconnu,
Paul Soleillet parcourut à travers mille dangers

ces pays du soleil qui, par un étrange contraste, ont tant de peine à sortir des ténèbres
de la barbarie. Son principal mérite, c'est d'avoir ouvert de toutes parts des communications avec cette partie du continent africain
qui fut jadis une terre latine, et qui est définitivement aujourd'hui une terre française.
Vous, Monsieur, c'est aussi les pays du soleil que vous avez explorés, mais de préférence
ceux d'en deçà la grande mer bleue.
La Grèce, en effet, gardera toujours le souvenir de vos travaux. Vous avez, peut-être au
grand déplaisir des mythologues, dévoilé les
mystères des sources consacrées aux Muses,
et pénétré, sans crainte de profanation, dans
les demeures souterraines des divinités champêtres. Vous avez même, dit-on, rectifié plus
d'une erreur géographique, celle, entre autres,
touchant les sources de l'Alphée que hante sans
doute encore le souvenir de la nymphe Aréthuse.
Mais ce sont surtout nos beaux pays de Provence et du Languedoc qui ont été le champ
de vos découvertes. Tandis que nos poètes et
nos artistes en célébraient les sites enchanteurs
et les merveilleuses légendes, vous les glorifiiez aussi en mettant à jour, parfois au péril
de votre vie, les merveilles naturelles que renferme en son sein cette terre privilégiée.
Vous avez donc, Monsieur, pour être un des
nôtres, autant de titres que Paul Soleillet. Si
celui-ci en eut un de plus que vous, étant né
dans la patrie de Reboul et de Bigot, je veux
l'ignorer, car nous n'y regardons pas de si près
avec les hommes de talent qui aiment notre
pays.
Je lève donc mon verre, Messieurs, en l'honneur de M. Martel, félibre et explorateur.
SEXTIUS

MICHEL.

Monsieur Martel répond en quelques mots
heureux, et l'on procède ensuite à l'aménagement de la salle où la conférence sur les
Canons et gorges du Tarn va avoir lieu,
avec projections à la lumière électrique des
sites les plus beaux et les plus curieux de
la région.
M. Jourdan député de la Lozère, ouvre
la séance par la lecture d'une poésie pleine
d'à-propos : Aux gorges du Tarn. Nous applaudissons tous M. Jourdan qui a chanté
les beautés de ce pays si pittoresque, que
M. Martel va nous dépeindre avec un talent qui n'a d'égal que son amabilité.

�Lou

Viro-Soulèu

L'appareil Molteni mis en place, une succession de tableaux lumineux passent devant nos yeux, venant donner aux explications verbales du conférencier, la valeur
d'un document par l'image. M. Martel, qui a
l'élocution facile et un réel talent de parole,
nous fit faire le voyage le plus charmant que
l'imagination puisse rêver. Nous le suivions
avec curiosité dans les gorges du Tarn, dans
les labyrinthes rocheux du fantastique et
prodigieux pays appelé : Montpellier-leVieux ; dans les cascades souterraines de
Bramabiau ; où n'irait-on pas avec un pareil
guide, qui, non seulement vous promet, mais
vous sert des merveilles. Avec lui suspendus sur son échelle de corde, nous descendons dans des précipices souterrains qui
ont de cent à deux cents mètres de profondeur ; nous naviguons en bateaux de toile,
démontables, sur des lacs tranquilles où la
lumière du jour n'a jamais pénétré, ou sur
des cours d'eau torrentueux, dangereux
quelquefois, difficiles toujours. Mais nous
voici arrivés dans la grotte de Dargilan où
le merveilleux et le féerique sont réunis
pour frapper l'imagination. Ici, la salle de
l'Autel, ainsi désignée par la forme d'une
stalagmite prodigieuse, entourée d'une foule
d'autres semblables à des cierges géants
placés là comme dans une église. Puis la
salle du Dôme et celle du Minaret, qui ne
le cèdent en rien à la première. Mais si,
dans ce monde noir et caché, on dirige les
feux d'une lampe au magnésium, on jouit
alors d'un spectacle éblouissant. Cette grotte
aux vastes dimensions nous en impose par
son caractère majestueux, c'est un palais féerique, les lueurs fantastiques qui l'éclairenl
en ce moment vous donnent la sensation d'un
palais de diamants dont les innombrables
facettes reflètent les couleurs du prisme et
forment autant de foyers d'incendie. Mais il
faut, hélas ! remonter sur la terre et nous arracher à ce magnifique spectacle, la place
trop limitée assignée à cet article ne me
permettant pas de m'étendre davantage sur
ce sujet.
M. Martel est un charmeur, et c'est pour
ainsi dire, suspendus à ses lèvres, que nous
l'avons écouté.
M. Faure, l'éminent député de la Drôme,
a terminé la soirée par une de ces brillantes improvisations dont il a le secret. Porte-parole des Félibres de Paris, il a remercié M. Martel de l'intéressante conférence

93

qu'il venait de faire. En souvenir de l'œuvre félibréenne qu'il avait accomplie, avec
l'assenlimentunanimedes membres présents,
il lui a offert le titre de : Membre d'honneur
du Félibrige de Paris. M. Martel, dans une
réponse aussi flatteuse qu'aimable, a rimercié à son tour les félibres, qui, en raison
d'une œuvre commune, ont bien voulu faire
une exception en sa faveur, en l'admettant
parmi eux.
Ensuite, on s'est séparé, avec l'espoir de
voir figurer au programme de nos prochains
voyages, une excursion aux gorges du Tarn,
avec M. Martel comme guide.
HENRI

LOU

BON

CONTE

DE

ODDO.

MANJA
NOUVE

A

Batiste-

Bonnet.

Dono Qyitran, estènt grosso, aguè'no envejo
de choucrouto. Sounome n'en faguè veni d'Estrasbourg. Mai, quand i'aguè tasta, Dono Quitran n'en vouguè plus. Tau manja ié dounavo
lou bômi. Moussu Quitran nimai se n'en régalé pas. Bessai qu'aquelo choucrouto èro pas
proun facho. Èro pas poussible qu'uno causo
caro e de tant de gènt amado, éli, la trouvèsson pas bono. Quaucun ié digue que la choucrouto dèu èstre long-tèms souleiado. Alor es
plat requist, plat de rèi, à se n'en lipa li det.
Moussu Quitran mountè lou barieloun destapa, au plus aut, sus Ii couvert. E li semano
e li mes passèron. lé pensavon plus quand, pèr
Nouvè, li Quitran, devènt trata d'ami, aguèron l'idèio de ié servi la choucrouto, d'aquesto
ouro seguramen proun facho.
An mitan dóu repas, la servicialo l'aduguè.
Di counvida, pas un n'en sabié lou goust e
coume n'en avien ausi dire l'eieelènei, se languissien de la saboura. Mai, à la proumiero
boucado, touti restèron la fourcheto en l'èr e
la bouco pleno. Mesfisènt, moussu Quitran restavo lou nas sus l'assieto e li narro reniflante.
— Sènt marrit, faguè, sènt la... pissagno.
— Buèi ! que pudentarié ! digue sa femo.
Alor li counvida touquèron plus à si pourcioun mau oudourouso.
— Que foutu goust ! apoundeguè moussu
Quitran. Es pas faute d'èstre souleiado, pamens!
Desempièi belèu sièis mes es sus li couvert.
— Paire, vengué lou jouine Francés en lagremejant, falié dire qu'aquéu bariéu èro lou
de la choucrouto. Lou sabiéu pas, iéu, e quand
jougave au plus aut e qu'aviéu envejo d'escampa d'aigo, es aqui que mesoulajave
Louis ROUX-SERVINE.

�Lou

94

Viro-Soulèu

VIR0-S0ULE1 ADO
ECHOS

FÉL1BRÉENS

Le dîner de novembre du Félibrige de Paris
a été donné en l'honneur du peintre Auguste
Truphème, récemment nommé chevalier delà
Légion d'honneur.
Au dessert, M. Sextius Michel, président, a
félicité le consciencieux artiste et le zélé cigalier.
Puis M. Lucien Duc lui a porté le brinde
suivant :
Quand un ami de la Cigale
Reçoit un ruban mérité,
Tout félibre en est enchanté,
Et volontiers on le régale !
Entre félibre et cigalier
Nous ne faisons pas différence :
C'est le Midi que l'on encense !
Je bois au nouA'eau chevalier !
Au Provençal dont la palette
Nous révèle presque les traits :
On peut dire qu'en ses portraits
Sa conscience se reflète !
Pour la Cigale il est zélé
Et je gage qu'en ce modeste,
Le ministre a vu, sans conteste,
La gloire de l'insecte ailé !
Je veux aussi lever mon verre
Pour honorer un groupe ami :
Plantier, Gourdoux, Tournier, Amy,
Qui furent distingués naguère.

L'assemblée a applaudi chaleureusement le
vœu formulé par le poète an sujet de MM. Baptiste Bonnet et Jean Monné et nous espérons
bien que M. le Ministre daignera bientôt accorder les palmes académiques à ces deux vaillants champions de notre cause.
M. Desprats, fondateur du Dîner Tamais,
assistait aussi à ce banquet. En réponse aux
sonhaits de bienvenue du président, il a répondu qu'il espérait voir se resserrer les liens
qui unissent déjà les Tarnais aux Félibres.
La soirée littéraire qui a suivi et au cours
de laquelle M. Maurice Faure a présenté son
collègue M. Vigné d'Octon, l'écrivain bien connu, a été des plus intéressantes.
M E. Garcin a dit de fort beaux vers, Jules
Bonr.et a débité des fables de Bigot, d'autres
ont chanté, et la séance a été levée aux derniers accords du piano.

Ont été admis comme membres associés MM :
Georges Carré, ingénieur ;
Albert Riffard, sculpteur ;
J.-B. Duffaud, artiste peintre ;
Vigné d'Octon, député ;
Lecousturier Hubert ;
Victor Peter, statuaire ;
Guynet et Martel, à Paris.
Fruchier, répétiteur g1, à Montpellier ;
Remy Duplix, à Marseille ;
*

Oui, cet insigne violet,
Aux écrivains sied à merveille :
Aussi, j'espère être à la veille
De le voir briller chez Bonnet.
*

M. Desprats, fondateur du Diner des Tarnais
à Paris, continuant à suivre l'exemple donné
par le Félibrige parisien, a créé sur le format
de notre Viro-Soulèu, un organe littéraire bilingue, auquel il a donné le nom pittoresque
et bien local de Luquet.

O, te rescrides pas, bèu Gnarro !
N'i'a, de-segur, de centenau
Qu'an pas tant bèn mena sa nau
E qu'un riban pamens chimarro !

Lou Luquet del Tarn de &lt;}bre vient de paraître sous une très artistique couverture illustrée de vues du pays par M. Teyssonnières,
et nous y remarquons un entrefilet qui rend

Pènse qu'à proumiero ôucasioun
Saras dintre li dignitàri,
Tu 'mé Monné, que fasês àrri
Pèr la descentralisacioun !

hommage au Félibrige de Paris.

Acò sarié faire bono obro
De mescla 'nsin, cadun soun tour,
Li de Paris e dôu Miejour
Que soun de mèstre en la manobro.

ris a décidé de tenir séance le mardi 24 Xbre,

Clave ma dicho em'aquéu vot.
Sian tout d'ami, sian tout de fraire :
Zôu ! que cadun bute l'araire !
A l'amistat lève moun got !
L.
DUC.

*
Dans sa dernière sesiho, le Félibrige de Paau lieu du mercredi jour de Noël, afin de taire
le réveillon.
Chaque félibre est

invité à rechercher,

à

cette occasion, quelque noël, ancien ou moderne,
dont il donnera lecture, s'il ne peut le chanter.
C'est là une idée bien provençale et bien félibréenne qui a été adoptée par acclamation.

�Lou

Viro-Soulèu

On a beaucoup discuté, cette année, sur les
courses de taureaux. Le Viro-Soulèu, sans
prendre parti dans la question, croit intéresser
ses lecteurs en leur faisant entendre une voix
d'outre-tombe: celle de l'infortuné Maximilien
d'Autriche, empereur du Mexique. Un féhbre
a déniché ces curieuses lignes dans la Revue

95

la marquise d'Aubais. Le reste aurait été trop
moliéresque.
Notre ami Troubat aura à modifier dans ce
sens son volume de la traduction de VHistoire
de Jean font pris, précédé d'une notice biographique complète à l'heure où elle fut écrite.

nationale et étrangère du 28 7bre 1867 :
« Jeux barbares, dites-vous, et indignes de
notre temps. Vous en parlez à votre aise,
braves gens, et en personnes dont tout le
talent consiste à séduire la femme de son
voisin, tout le courage à viser des lièvres et
des perdrix. Hommes élégiaques, assez d'attendrissement ! Ici tombent des taureaux ; chez
vous s'avilissent des êtres humains. Ici, les
nerfs se retrempent à l'aspect des muscles
tendus et bandés ; là-bas, ils s'alanguissent
dans le vide des entretiens fades, dans le néant des galanteries malsaines. Oui, dussiezvous me traiter de barbare, je les aime, ces
plaisirs d'un autre âge, plaisirs d'un âge bardé
de fer, où des coutumes chevaleresques engendraient des sentiments chevaleresques; où
la femme, vraiment compagne de l'homme,
ne s'évanouissait point devant une goutte de
sang. »
*

D'après une communication faite à la Revue
des Langues Romanes par M. Roque-Ferrier,
il resterait sept à huit volumes d'ceuvres inédites du joyeux auteur du Siège de Caderousse,
l'abbé Favre. Ces manuscrits, qui s'étaient jusqu'ici dérobés aux recherches des méridionalistes, dormaient dans un coin perdu de la Lozère. Ils forment

une

collection de dix vo-

lumes reliés avant 1789. Dans le nombre se
trouvent les œuvres non inédites. C'est donc
une collection complète cette fois

des œuvres

de l'abbé Favre, et probablement autographes:
son écriture était, paraît-il, un modèle de calligraphie.
M. Roque-Ferrier tient ces renseignements
de M. Bories, aux mains duquel se trouvent
des lettres de l'abbé Favre, dont quelques-unes
ont été publiées par M. Léon Gaudin, le savant et très
Montpellier.

consciencieux

LES

ŒUVRES FÉLIBRÉENNES

Le dernier fascicule de France-Album, publication mensuelle qui donne les vues des sites
et monuments curieux de chaque arrondissement, est consacré au pays d'Arles. On y voit
les magnifiques ruines des Baux et de Montmajour, le cloître de Saint-Trophime, l'abbaye de
Frigolet, les Alyscamps, etc., ainsi que des types d'Arlésiennes et le portrait de F. Mistral.
La notice qui accompagne ces jolis dessins
a été demandée au chancelier du Félibrige, M.
Paul Mariéton : c'est dire qu'elle est aussi poétique que le paysage lui-même.

*
Sous le titre de Lettres laotiennes, 'notre collègue Jules Troubat vient de réunir les missives que son fils Paul, sous-officier aux Tirailleurs
annamites — qui a trouvé, hélas ! une mort obscure aux bords du Mékong — lui avait adressées
depuis son départ de France, et qui sont intéressantes à plus d'un titre.
C'est là une pensée qui honore à la fois le
père et le fils, et nous saisissons cette occasion
pour exprimer de nouveau à notre collègue les
regrets et les sympathies du Félibrige parisien.
*
Le félibre alaisien Alcide Blavet vient de
faire éditer, chez Roumanille, une chanson allègre célébrant Le muscat de Frontignan :
Des autorités souveraines
Nomment, en des termes divins,
Le frontignan le vin des reines :
Je dis que c'est le roi des vins !
La musique est d'un félibre bien connu, M.
Gilles Borel, qui se plaît à vêtir d'harmonie
les poésies de ses confrères en Ste-Estelle.

bibliothécaire de

L'Opéra d'Aubais, tel que nous le connaissons, ne serait qu'une réduction arrangée pour
être jouée devant les invités du marquis et de

Les auteurs félibréens qui voudraient voir un
compte rendu de leurs ouvrages nouveaux dans
le Viro-Soulèu, sontpriés d'enadresser un exemplaire à M. L. Duc, chargé de la revue des œuvres provençales.

�9é

Lou

Viro-Soulèu

ENSI05iAI&gt;0U
PROSE FRANÇAISE
Baptiste Bonnet (Feraand Hauser)....
Mistral à la « Cigale »
A propos de Calendal (Henry Esmieu)..
Aux artistes du Midi (J. B. Amy)
Les grisettes du Midi (Jules Troubat).
LesFélibresetM.Lintilhac(M. Lanusse)
Le théâtre antique d'Orange (H. Oddo).
Anselme Mathieu (Jan de Gounfaroun).
Le théâtre d'Orange à la Chambre (M.
Faure)]
Les courses de taureaux
Le Palais des Papes
Nicolas Laugier,deTarascon (J. B. Amy)
Les confetti et la Provence (H. Oddo).
Cassanéa de Mondonville (J. Troubat)..
Un félibre ignoré : Meyct, d'Anduze (C.
Gourdoux)
Les peintres provençaux aux Salons (B.
Auran)
37 et
La statue de Florian
Fête félibréenne de Sceaux, programme
et palmarès
Fête félibréenne do Sceaux, comlB rendu
Discours de M. Sextius Michel
Discours de M. Jules Claretic
Rapport sur les Jeux Floraux (J. Troubat)
Le Pont-Saint-Esprit (A. Bouschet)...
La tour de Gavaudun (PaulMaryllis)..
Les remparts d'Avignon
Bibliographie (J. Troubat)
Florian pendant la Révolution (Troubat)
Le mariage à Montpellier (J. Troubat)..
Lou Mas (de Malarce)
Le Budget des Beaux-Arts (M. Faure).
Le Félibrige de Paris et M. Martel (Oddo)

!
2
3
6
9
12
13
17
18
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22
25
29
33

46
44
41
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54
63
7!
76
78
80
82
84
85
90
92

95

PROSE PROVENÇALE
La vèio de Nouvè (Batisto Bonnet)....
Caramentran (Roux-Servine)
Souveni de Caremo e de Pasco (RouxServine)
Janet lou fifraire (L. Marcel)
En Camargo (Ant. Chansroux)

86
93

POÉSIE FRANÇAISE
A la Vénus d'Arles (Roux-Servine)...
A Laure de Noves, sonnet (A. Dalibard)
A la reine de la Cour d'Amour (Paul
Guastalla)
Au Félibrige de Paris (A. Roque-Ferrier)
Les Félibres à Sceaux (Clovis Hugues)
A Laure de Noves, sonnet (J. Fernel).
La Renaissance provençale (Paul Cofflnières)
Aux Félibres (Melchior Bonnefois)
Brinde à M. Truphêine (Lucien Duc).

5
12
29
66
69

Preguiero d'amour (Jan Bayol)
Preguiero (A. Chansroux)
Retra do Sextius Michel (Lucian Duc)
La Gardounado (Meyet)
Flourian à Scèus (Pau Gaussen)
Salut à Flourian em' à Scèus, sounct
(Sextius Michel)
Pantoun (Aristide Brun)
Idono de la Court d'Amour (B. Debais)
La font dis ase (Roux-Servine)
Moun rode natau (Lucian Duc)
A la bilo des Feneloun (Jasmin)
Couar ganacha (Ernest Chalamel)
Souvèt à Batisto Bonnet e Jan Monné
(Lucian Duc)
La cabano (Alphonse Daudet)

21
49
60
60
61
64
66
75
94

Baptiste Bonnet (Martin Guédan)
Au coin du feu (Cartier)
Grisette provençale (Bonav. Laurens)
Grisette montpelliéraine
Anselme Mathieu
La Vénus d'Arles (E. Cartier)
Nicolas Laugicr, de Tarascon
Cassanéa de Mondonville
La Cour d'Amour à Sceaux (M. Guédan)
La Renaissance provençale (M. G.) ..
La tour de Gavaudun
Le mariage à Montpellier (4 lithograpcs)
Un gardien de Camargue

L.

de

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc,

ic.uôl

4
18
39
36
43
51
60
61
69
72
86
88
94
89

GRAVURES

L'Administrateur-Gérant :
PARIS.

73
81

POÉSIE PROVENÇALE
36

Viro-Souleiado — Echos félibréens
7, 14, 22, 31, 39, 45, 67, 79, 87... et 94
Les Œuvres félibréennes
8, 16, 24, 40, 88
et

Li íìgo dóu mèstre (Batisto Bonnet)..
La lucho pèr la vido (Lucian Duc)...
Niuede Toussant ejour di Mort (RouxServine)
Lou bon manja, conte de Nouvè (RouxServine)

BARRUEL,

35,

38,

rue de Fleurus.

carrière- Rousselet.

1
5
9
11
17
21
25
33
59
65
76
84
89

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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 07,  [n°12] décembre 1895 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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