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FEVRIER

LE

18

RÉVEIL

DE LA POÉSIE POPULAIRE
réveil de la poésie et de
la chanson populaires, leur
faveur croissante auprès des
lettrés et des artistes, leur
influence sur le grand public, témoignent, à cette
heure, d'un juste retour vers la simplicité
vraie, la nature véritable, l'inspiration sincère qui distinguent presque toujours les
œuvres anonymes dont la tradition nous a
transmis l'héritage.
Il semble que, par une heureuse réaction
et un opportun contraste, au moment même
où notre littérature, épuisée par la surproduction ou désespérante, à force de chefsd'œuvre incomparables, pour les nouveaux
venus, s'altère, se défigure, se singularise
jusqu'au grotesque en des écoles bizarres
et souvent inintelligibles, le sain esprit
français, fidèle à son bon sens indestructible, se détourne des genres quintessenciés
et faux, pour s'attacher à ceux dont l'art
naïf est la claire expression du génie de
notre race.
E

Tel le doux et délicat parfum des fleurs
de nos prairies, dont le charme et l'éclat
défieront toujours les factices imitations de
l'industrialisme.
Ainsi pensait le grand Montaigne, quand
après avoir écrit que « souvent le Gascon
pouvait atteindre là où le Français n'atteint
point », il disait en son pittoresque langage :
« La poésie populaire et purement naturelle a des na'ïfvetés et grâces par où
elle se compare à la principale beauté de
la poésie parfaite selon l'art, comme il se
voit ès villanelles de Gascogne et aux chansons qu'on nous apporte de nations qui
n'ont cognoissance d'aulcune science ni
même d'escripture. »

Animés du même sentiment d'admiration pour la littérature plébéienne, des
érudits, des amoureux du pittoresque, des
provincialisants passionnés, poètes ou musiciens, au lieu de se complaire en l'étude
de l'argot des prisons ou des faubourgs
parisiens, sont allés, comme des botanistes,
en pleine campagne, par monts et par vaux,
interrogeant les vieux paysans, écoutant la
mélodie des pâtres et des laboureurs, recueillant, pendant les veillées, les contes
des grand'mères...
Il en est résulté toute une abondante et
luxuriante moisson de chants, de contes,
de récits divers, d'airs de danse ou de
chanson, qui, vulgarisés par d'intéressantes
publications, ont fait revivre les mœurs de
nos pères et corrigé le décadentisme de
cette fin de siècle par un précieux élément
de renouveau et de purification dont le
seul mérite, n'est pas, d'ailleurs, l'évocation
d'un passé légendaire.
Depuis plusieurs années, sous l'impulsion
du Félibrige, un fécond et profond mouvement s'est produit dans le Midi de la
France, en vue du maintien des vieilles
coutumes et de la culture des dialectes provinciaux, qui sont, comme l'a dit Littré,
les archives de la langue française.
C'est une croisade vraiment patriotique
et nationale, qne celle entreprise par les
Félibres : loin de nuire à l'enseignement
du français, la connaissance des parlers
populaires — Michel Bréal l'a victorieusement démontré — l'éclairé et le fortifie.
Le provençal, le languedocien, le dauphinois même, sont une sorte de latin populaire, de bas latin, su naturellement parles
enfants du peuple, dont l'intelligence serait
singulièrement enrichie si, au lieu d'exclure
la langue maternelle comme une ennemie,

�ío

Loti

Viro-Soulèu

on s'en servait à l'école, ainsi qu'au lycée,
pour expliquer les origines de la langue
nationale.
L'amour du sol natal, base et condition
même de l'amour de la Patrie, tient, au
surplus, par de profondes racines, à un
ensemble de traditions, de souvenirs, de
singularités, si l'on veut, dont la disparition regrettable est le meilleur auxiliaire
de l'esprit de cosmopolitisme.
Cultiver les anciens dialectes, ressusciter
les vieilles chansons locales, rappeler les
us d'autrefois, évoquer la France populaire
de jadis, c'est accomplir une œuvre de
traditionalisme éminemment propre à faire
aimer la France d'aujourd'hui, qui s'abâtardirait irrémédiablement, si elle perdait, en
s'uniformisant, son caractère original et
pittoresque, legs de générations hautement
prime-sautières et vaillantes, qui ont marqué de leur empreinte l'ancienne vie provinciale dont le maintien s'harmoniserait
merveilleusement, comme en Suisse, avec
l'idéal républicain.
Ce que d'éminents esprits ont fait pour
la Bretagne, pour la Gascogne, pour le
Languedoc, pour la Provence, pour la
Franche-Comté, pour d'autres coins de
terre française, en réunissant les chants
populaires de leur pays, un jeune et déjà
renommé compositeur de musique, un félibre de Paris dont le talent distingué a
reçu maintes consécrations, M. Henry Eymieu, se propose de le faire pour le Dauphiné, auquel le rattachent de séculaires
liens de famille.
Il inaugure la noble tâche qu'il s'est imposée en publiant une première série d'airs
et de chansons qui n'ont à nos yeux qu'un
défaut, d'ailleurs réparable dans les prochaines éditions, c'est de ne pas contenir,
à côté du texte français ou francisé, les
paroles originales.
Ah ! quelle soirée ravissante j'ai passée
et quels délicieux instants passeront les
Dauphinois qui, comme moi, écouteront
une à une les mélodies de ce recueil félibréen. (i)
Auprès de l'âtre parisien, par une journée de brume hivernale, j'ai revu, comme
en un rêve exquis, le pays ensoleillé de
ma jeunesse, j'ai entendu le rigaudon qui
(i) Album de dix vieilles chansons françaises,
par Henry Eymieu. Godfroy, éditeur, 3, rue
de Provence.

égaie nos vogues villageoises, j'ai cru ouïr
Mireille elle-même chantant, en cueillant
la feuille des mûriers, la romance de Magali ; j'ai vu s'agiter sous mes yeux, vision
païenne, les paysans des Alpes exécutant,
glaives enguirlandés en main, la danse
guerrière du Bacuber ; j"ai cru assister à
l'un de ces dîners champêtres, de ces Goutonets chers aux Drômois, à la villa rustique, chabote ou cabane, en écoutant les
joyeux refrains des convives, j'ai salué du
cri : « Adiéu, Paure ! » le Caramentran cher
à mon enfance, en sa bouffonne solennité
musicale, véritable marche de Chopin burlesque.
Mais ce qui m'a surtout ému, à ce moment mystérieux de l'année où la neige
argenté nos montagnes et ourle de blancs
festons les arbres dénudés de nos collines,
c'est l'évocation de la veillée dauphinoise
de Calèndo, dans notre chère bourgade
natale de Saillans. L'audition des deux
touchants Noëls de M.Michel Eymieu, un
Saillannais de 1785, aïeul vénéré de l'auteur de ce recueil, m'en adonné la vivante
impression, et il est permis d'affirmer qu'il
mérite une place d'honneur à côté du maître de chapelle avignonnais Saboly. Ses
compatriotes la lui ont, d'ailleurs, spontanément accordée en chantant fidèlement,
chaque année, dans l'antique église romane
du Prieuré, les pieuses mélodies du noëlliste dauphinois.
O mes chères Alpes de la vallée de la
Urôme, ô mon bien-aimé Saillans, patrie
du Solaure et de Rochecourbe, terre de
liberté et de poésie, tout embellie de légendes fantastiques, d'histoires de loupsgarous, de sorcières et de trevo, que ma
pauvre et regrettée nourrice Lison me
contait si poétiquement, je vous ai revues
en cette nuit de Noël et j'ai éprouvé la
plus douce des illusions, celle d'une de ces
inoubliables soirées d'hiver, où la bise siffle
à la porte, où les flocons de neige tourbillonnent aux vitres, où le pin résineux
pétille, illuminant la grande cheminée familiale, où on écoute avec une émotion
enfantine les légendes du temps passé.
Le temps passé ! On dit qu'il ne revient
plus.
Grâce au charmant recueil de M. Henry
Eymieu, il est permis de dire que le proverbe est menteur.

MAURICE

FAURE.

�Lou

Viro-SouUii

LOU LAVAMEN
statistique a démontré que Paris ne
serait bientôt plus
peuplé que par des
NE

habitants originaires
des provinces et que
les familles exclusivement parisiennes
en étaient l'infime exception. Le Midi
tient une large place parmi ces immigrés,
qui font de la grande ville comme l'image
résumée de la patrie. Aussi, les concerts à
la mode adoptent-ils, dans leur répertoire,
des chansons en provençal, en auvergnat,
etc., de telle sorte que, tandis qu'à Marseille, depuis Revertégat, on ne chante plus
en dialecte local au théâtre, Paris donne
l'exemple de la protestation et applaudit
aux chansons felibréennes. Témoin le succès de Jane Mary, la belle Arlésienne, à
la Fourmi et à Ba-ta-Clan. Témoin le
célèbre comique Bourgès, un pur Marseillais, qui interprète à cette heure, en une
traduction trèsfidèle, (i) lefameux conte provençal signé du pseudonyme Mèste Poutringo, Lou lavamen. Quel est le fin poète
de la Canebière qui se cache sous ce pseudonyme ? Comme l'œuvre originale est devenue rarissime, nous croyons, malgré son
caractère un peu scatologique, mais d'une
honnête et franche gaieté felibréenne, devoir, à titre exceptionnel, la reproduire
dans le Yiro-Souleu.
LOU

LAVAMEN

(2)

M'an di que lou gardian dei paire capouchin
Estent un pau malaut, fai veni lou matin
Un de sei fraire lais, li dis : — Fraire Macàri,
Vai-t'en chez Castelan, qu'es noste apouticàri,
Li prendre un lavamen e me lou pourtaras,
Mai, que siegue bèn caud ! — Li vau d'aqueste
[pas,
Moun reverend. — Vai lèu, me senti la coulico.
Lou fraire parte, courre, arribo à la boutico,
Dis : « Vène de la part dôu gardian dòu couvent. »
— Perqué faire, jôubias ? — Pèr prene un lavamen .
— L'a rèn de plus eisa ; passas dins la cousino,
Metès culoto à bas !.. Lou fraire fai la mino :
(1)
« Le lavement », conte d'apothicaire, tiré d'un
conte provençal, dit par Bourgès à la Scala. — Paris
Aumond, édit., 66, faubourg St-Martin.
[2] « Lou lavamen », conte fouirons, pèr il. Poutringo, apouticàri. — Canal, édit., 20, quai du fort, à
Marseille.

ii

— Mai coume, qu'es acù ? — Vai, te fara pas
[mau ;
Justamen, sus lou fué, n'avèn un qu'es tout caud.
Boulegues pas, que fas ? Boulegues pas, arlèri !
Lou garçoun, sus d'acò, l'envergo lou cristèri:
— Anen, aqui n'i'a proun, aqui n'i'a proun, vous
[diéu ;
Se n'en metès de mai, fes peta lou barriéu !
La soto coumessioun ! aquéu que la carrejo
Fau qu'ague lei ren fort: m'en a mes mai de
[miejo.
Li déurias metre un tap, senoun l'escamparai.
— Hoi ! pèr un lavamen, fas un brave varai ;
Siés lest, parte, vai-t'en ! Noueste fraire, pecaire,
Vai pèr s'acamina, mai niarchavo de caire,
Sounjavo pas bada, marmoutavo entre dènt :
Aco, pèr va pourta d'eici fin-qu'au couvent?
Rescontro un gros valat ; mai déjà lou cristèri
Li fasiè dins lou ventre un famous treboalèri.
Lou sautarai, se dis, vo lou sautarai pas !
Se lou saute, qu saup, lou vau tout escampa.
Assajen ! » Pèr malur, relèvo la soupapo :
Prr ! subran unbouen tros dóu lavamen s'escapo...
« Faudrié tambèn avé lou vèntre pestela
Pèr pousqué tout garda. » Vèi un autre valat,
Lou sautoàpèd couquet : nouvello petarrado
Acoumpagnado, prrrr... d'un parèu d'esfouirado.
«c Tout ço que m'en a mes restarà pèr camin ;
Mai tambèn se pren pas lei gènt pèr de toupin. »
Alor doublo lou pas e countùnio sa routo.
De tems entèms, pamens, n'escapo quauco gouto ;
A cliascun dei valat sauto e retèn l'alen,
Arribo enfin mourtau, trempa, tout susaren,
Aganto l'escalié, se pènde à la campano
E soueno à carihoun : l'entendien de la piano.
Lei fraire, cependènt, despièi lou grand matin,
Èron dedins la croto e tiravon de vin.
Lou leissavon souna ; mai pièi, de guerro lasso,
Finissonpèr durbi. — Coume, siés tu, côunasso !
Se pòu tantbacela! — Ah ! leissas-me passa.
— Escouto. — Escoute rèn. — Oh ! coume siés
[pressa |
— Va sérias dès cop mai s'avias dins la bedeno
Ço que pouerte au gardian, epièi lei braio pleno !
Enfin s'en debarrasso c mounto l'escalié.
Lou gardian, pèr bouenur, demouravo au premié ■
Intro : — Moun reverènd, ountefau que lou mète ?
— Ah '. siés tu ! — Digas lèu, car autramen n'en
[pète !
A grand peno, à la fin, n'en siéu vengu à bout.
Dequé? — Dóu lavamen ; mai.. . l'aduse pas
[tout !
— Vai, faguè, pauso-lou proche de la cuveto.
— Lou vau metre dedins, anas, sabe qu'es neto.
— Mai se refrejara. — N'agués pas pou, vous
[diéu :
Quand me l'an seringa, me brulavo tout viéu.
Fraire Macàri, alor, deboutouno sa vèsto,
Se desbraio e pièi. . prrrr !.. vaqui tout ço qu'en
[rèsto 1

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Viro-Soulèu

LA MARCHANDO DE TELO
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guen'o cjoouro

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Fineto de Vilonovo se dèu marida
Em' un bèu tambourinaire qu'a parti sourda ;
Revendra qu'après la guerro ! Quouro revendra?

La pauro estant alassado, voudrié bèn dourmi ;
Au mens, quand dorme, pantaio de soun bèlami,
E lèu s'esencantounado; mai que vèn d'ausi?..

Vaqui sèt an que l'espèro ; l'espèro en fielant :
A fa tant de camiseto e de linçou blanc
Qu'a rempli l'armàri en roure de sa maire-grand.

Es un galoubet que fifro l'èr tant couneissu
De madamo de Limâgno e si chivau fru
Qu'an manjatrop de castagno e n'en volon plus.

Pamens la guerro es finido, Janet revèn pas;
Un coumpagnoun que passavo dis qu'es eilabas
Marida 'm' uno coumtesso qu'a castèu e mas ;

Quau bacello tant la porto e que chamatan !
— Durbès, vous vendrai de telo emé de riban :
Siéuuno bravo marchando qu'a besoun de pan.

Aqui se canto, se danso, tintèino e tintoun ;
Se fai mai de reverènço qu'en tout Avignoun,
Ei'a de tant bèlli dono ! Ah ! pauro Finoun !

— Segurque sias un pau matou; de telo n'avèn,
Nosto mestresso es tant richo que saup pas soun
[bèn,
Se sias d'aquéli Gascouno, passas, croumpen rèn,

Lou dimenche, après li vèspro, de marrii jouvènt
S'arrèston davans sa porto, cridon en risènt :
Que faras de tant de telo ! vaudrié miés d'argènt.
Demate'.o, n'aguéslagno, d'argènt n'aurai proun.
Janet tendra sa proumesso, pourtarai soun noum;
Se vèn pas, l'anarai querre, ié respond Fiuoun.
Pren sa pèço la plus blanco de canèbe fin,
Mete un bounet de Gascouno e, de grand matin,
La bello chato es pèr orto sus lougrand camin,
Marcho de countùni, marcho que tu marcharas.
Travèsso grand vilo, bosco, mountagno, campas,
Rodo pèr castèu e cerco que tu cercaràs.
Es estrassado, brounzido, a li pèd descau,
A manja pèr aventuro, a 'gu fred e eau,
E vaqui qu'es arribado souto un grand pourtau.

— Digas à la noblo damo que la telo qu'ai
Es uno telo enfadado 'mé de pebre d'ai,
Lou fiò d'amourque reviéuto s'amosso jamai.
La Coumtesso qu'es à l'èstro, subran ié respound :
— De telo d'aquelo sorto fai toujour besoun.
Fès intra 'quelo sourciero dins lougrand saloun.
Quand Jan a vist la mignoto, a tout devina ; •
Fai semblant, sènso rèn dire, d'ana permena
E lèu, sènso vira tèsto, se soun enana :
Fai vira la grand campano, clouchié dùu pais,
L'aucèu qu'avien mes en gàbi revèn à soun nis :
Fineto e Jan se maridon e Diéu li bénis.
RAVOUS

GINESTO.

��Lou

M

Vtro-Soulèu

VIRO-SOU LEI ADO
ÉCHOS

FÉLIBRÉRNS

N

réponse à l'article que

le Viro-Souleu lui a consacré dans son

numéro

de janvier, M. le baron
Ch.

de

Tourtoulon

Baptiste Bonnet, à qui était revenu l'honpremier

sympathique figure du

président de

une lettre charmante

notre

association,

autant que modeste,

qui prouve combien sont mérités les éloges
décernés à M. de Tourtoulon.
Nous nous taisons un plaisir de

repro-

duire ici cette lettre :
Ais-de-Prouvença, 22 de janviè 1896.
« Moun brave e car coumpan,
« Que vous mande lèu-lèu ma brassada
courala pèr lou bèu retrach que vostra plouma meravilhousa a fach de iéu dins lou
darriè Viro-Souleu. N'a pas qu'un défaut,
es que me ié recounouisse pas gaire, iéu,
simple pasta-mourtiè dau prefach felibrenc,
qu'ai pas pougut pourtà à la presidència
que moun amour de l'obra, força bonavoulountat e quaucas ilusiouns. En caufant
mous reumatismes à moun cagnard prouvençau, me remembre tout aco embé grand
plasé, las ilusiouns couma lou resta, e garde
dins moun cor lou souveni de nostres valents coumpans de la prumieirajouncha...
e de las autras. Digàs-lou à toutes, vous
n'en pregue, moun ben car counfraire, e
cresès-me mai-que-mai vostre recounouissent, aficiounat e devot
TOURTOULON.

*

a

adressé à notre confrère
neur d'évoquer la

que leurs lances se brisèrent deux fois, et
l'intrépide jouteur fut contraint de se retirer, emportant avec lui sa dame, qui avait
couru le danger d'être renversée de son
cheval dans cette terrible lutte.
Ce Tanneguy du Châtel est-il un ancêtre
du ministre de Louis-Philippe ? C'est possible, mais il avait devanc dès longtemps
Tartarin dans la carrière, à Tarascon.

»

*

* *
L'arrondissement de Nyons est très curieusement étudié par M. A. Lacroix, dans
le Bulletin de la Société d'archéologie et
de statistique de la Brome. Entre autres
illustrations régionales, il y est fait mention
de Tanneguy du Châtel, dont l'historien
Papon a raconté l'exploit suivant :
Au tournoi célébré à Tarascon, les 2, 4
et 6 juin 1449, en présence du roi René
et de sa cour, ledit seigneur parut, portant
en croupe la dame de Pontevès. Son adversaire et lui se heurtèrent si violemment

Le Félibrige conquiert de plus en plus
la capitale.
Tous les jours, à l'exemple des Cigaliers
et des Félibres, qui furent, il y a vingt
ans, les initiateurs de ce mouvement, de
nouvelles associations se fondent à Paris et
remettent en honneur la poésie du terroir.
L'une des plus vaillantes est l'association
basque et béarnaise, dont fait partie un des
plus anciens cigaliers, le docteur Cazaux,
doublement disciple de son compatriote
Bordeu, comme savant et comme linguiste.
Elle a tenu, au commencement de ce mois,
son assemblée générale, dont le président,
M. le duc de Gramont, a tenu ce fier langage, vraiment félibréen :
« Messieurs, j'ai parlé de l'art

musical

qui dérive de la poésie pyrénéenne, et je
vois qu'au XVIIIe siècle, Jéliotte, surnommé le d.vin chanteur, charmait Louis XV
avec la chanson de Despourrins :
De cap a tu soy Mariou.
« Jéliotte, Garât, Lays, Lavigne, Dabadie,
étaient tous originaires du Béarn.
« Vignancour écrivait

en

1827:

« Dès

que l'Académie royale de musique le voudra, elle

trouvera dans nos

contrées ses

meilleurs chanteurs. »
« Mais la musique, Messieurs, est fille de
la poésie

qu'elle

béarnaise

n'a-t-elle

interprète, et la poésie
pas une grande place

au soleil ?
« On parle souvent des Félibres de Provence, pas assez de la poésie béarnaise qui
revendique son rang et son autonomie.
« Cet idiome béarnais, combiné du
man et du

celtique, qui inspirait

ro-

Gaston

Phcebus, et à qui nous devons les Chansons de Biiaubé, les vers

de

Fondeville

de Lescar, les vers de Bordeu (doublement
bienfaiteur de l'humanité), les compositions
de Bonneca\e, de Hourcastrème, les iXoëls
d'Audichon, les couplets de Picot, de La-

�Lou
molére, les vers rieurs et faciles
ples et les vers de
un idiome banal ?
« Pour affirmer

de Mes-

Vignancour,
notre

Viro-Soulèit

serait-il

autonomie litté-

raire, il

suffirait de citer le Théocrite de

Béarn :

Cyprien Despourrins,

auteur

de

nos célèbres chansons, chez qui le sentiment champêtre

se

mêle

classique, et Navarrot, qui

à

l'inspiration

sut

donner à

ses vers le ton caustique et la malice populaire.
« Ceux-là, nous pouvons les opposer hardiment aux Félibres du sud-est. Plus que
jamais,

la renaissance littéraire du Béarn

s'est affirmée par les travaux de Lespy, cet
érudit de premier ordre.

Le Chevalier Paul, un des héros de la
marine française sous Louis XIII et la minorité de Louis XIV.
Si, jusqu'ici, il est resté presque ignoré
du public, c'est qu'il n'avait pas trouvé
d'historien; c'est aussi que, sorti du peuple et membre d'un ordre religieux, il ne
s'était guère prodigué à la Cour, qui faisait alors les réputations.
L'ouvrage de M. Oddo, auquel M. de
Mahy, ancien ministre des Colonies, a
rendu justice en écrivant la préface, contribuera à mettre en lumière ce digne émule
des Forbin et des Jean Bart, et à montrer
que, chez nous, en tout temps, la fortune
appartient aux braves.

reine Jeanne, la langue des fors, reconsti-

M. Eugène Garcin en donnera, d'ailleurs, un compte rendu détaillé dans le
prochain numéro.

tuée sur des bases scientifiques, n'a-t-elle

*

« La langue de Gaston Phœ'&lt;us et de la

pas inspiré de nos jours l'aimable Adrien
Planté et aussi le chantre enthousiaste des
gaves et des rives de

l'Adour, que nous

avons l'honneur de compter parmi nos collègues ?
« Messieurs, rendons hommage aux apôtres de la renaissance littéraire béarnaise,
dignes émules des poètes provençaux. »

Si les Félibres, comme les Egyptiens,
adoraient les fruits de la terre, c'est l'ail
qui serait leur fétiche, malgré les malédictions d'Horace.
Et voici une preuve nouvelle et inattendue des vertus divines du précieux condiment :
« On a essayé toutes sortes de procédés
pour

dégoûter

le

phylloxéra de dévorer

les vignes ; on a enterré au pied des ceps
des tomates, du tabac, du maïs,

etc.

On

n'a guère réussi, il faut l'avouer. Le journal

espagnol El Defensor,

de

Grenade,

préconise l'ail comme moyen de

défense.

Un cultivateur du village de Valor, dit-il,
village célèbre par sa production d'ail, eut
l'idée d'enterrer au pied de ses vignes phylloxérées, des aulx dont il

ne

pouvait se

défaire, la vente ayant manqué.

Le phyl-

loxéra disparut immédiatement. »
Avis aux viticulteurs du Midi !

Notre confrère, M. Henri Oddo, vient
de publier un ouvrage fort intéressant sur

Un de nos collègues du Félibrige de Paris, M. Eugène Lintilhac, notre ancien
vice-président, vient de se comporter bravement sur le terrain.
Un journaliste parisien, M. Edouard
Conte, qui, après avoir été l'hôte des Félibres et de Mistral pendant les fêtes de 1894,
a écrit un livre plein de fiel contre ses
compatriotes, avait pris à partie M. Lintilhac en des termes dont notre confrère lui
a demandé raison.
Lintilhac a blessé son adversaire et, de
tous côtés, lui arrivent de justes félicitations.
En voilà un qui ne mérite pas le mandadis de la ballade de Raoul Gineste :
« Tu qu'as renega lou terraire. »
*
En attendant les grandes fêtes du Félibrige de Paris et de la Cigale, qui seront,
en août prochain, une éclatante et nouvelle
manifestation de l'esprit méridional dont
le théâtre antique d'Orange est devenu le
symbole, le Président de la République va
faire, à la fin de ce mois, un premier
voyage en Provence.
A Nice, Toulon, Marseille, on prépare
des manifestations auxquelles la poésie locale sera mêlée.
A Aix, un hymne provençal sera chanté,
et l'élite des farandoleurs fera goûter à M.
Félix Faure le charme de nos vieilles danses.
E zòu! tambourin,
Boutas-vous en trin!

�Lou

i6

« Qui se servira

de l'épée périra

par

l'épée. »
Certains félibres malavisés ont eu la fâcheuse pensée de mêler la politique aux
choses félibréennes, et ont voulu faire
du fédéralisme partie intégrante du programme félibréen.
Révolutionnaires et conservateurs ne pouvant s'entendre sur un terrain aussi brûlant,
la discorde s'est mise naturellement dans
le clan politico-félibréen.
Hier encore, à propos d'une conférence
de M. Bernard Lazare, s'est produit un
violent tumulte, des horions ont été échangés, et il y a quelque temps, nous assuret-on, deux félibres politiciens ont été sur
le point de croiser le fer.
Heureux Félibres du café

Voltaire,

qui

peuvent chanter :
Sian tout d'ami,
Sian tout de fraire !

GASTRONOMIE

FELIBREENNE

ANS un de ses meilleurs rapports littéraires aux Jeux Floraux du Félibrige de Paris,
notre ami Albert Tournier
avait fait excellemment ressortir les relations qui existent

entre la cuisine et la poésie...
Cuisine méridionale et poésie
nale sont sœurs.
C'est aussi l'avis du

les restaurants qui ont de l'amour-propri
culinaire. Mais il y a cassoulet et cassoulet ;
et, pour prendre la question par son côté
scientifique, nous donnerons, une fois pour
toutes, la formule du cassoulet, du vrai
cassoulet.
C'est Casteln.iudary qui détient le record
de la periection du cassoulet; il en est
originaire. C'est là, dans le légendaire pays
des autodafés, rempli des souvenirs de Simon de Montfort, du prince Noir et d'Amaury, que le fameux Bringuier, le Vatel
castelnaudarien, conçut le cassoulet, l'exécuta et l'immortalisa. Il doit son nom au
plat spécial dans lequel on le perfectionne
et qui s'appelle, dans l'Aude, une cassole.
Bringuier ne nous en voudra pas de dévoiler sa formule. Ne sera-t-elle pas inscrite
un jour sur le socle de la statue qui lui
sera élevée sur la plus belle place de cette
pittoresque cité de Castelnaudary ?
La voici toute nette :
On fait cuire tout d'abord, bien posément, à petit feu, des haricots, dans un pot
de terre placé, non pas sur le feu, mais
devant le feu. C'est le rayonnement seul
du foyer qu'il faut utiliser, et la crémaillère
compromettrait le chef-d'œuvre.
Dans une casserole à part on fait rissoler,
avec de petits soins attendris, du jarret de
porc, de la couenne et du saucisson. Mouillez, dès lors, avec du bouillon, ajoutez un
bon quartier de confit d'oie ou de canard,
deux ou trois gousses d'ail (du bon ail du
Midi bien parfumé), du sel et du poivre

méridio-

ad libitum.
Mêlez alors avec les haricots et, lorsqu'ils

Cousinié Macàri,

sont à peu près cuits, videz le tout dans
une cassole ou grèsale, et mettez au four
pendant deux ou trois heures, afin que le
cassoulet sacro-saint soit bien gratiné.
Si vous voulez le chef-d'œuvre complet,
et que vous ayez perdu de vue le clocher
de Castelnaudary, faites venir, pour chauffer votre four, quelques bottes des ajoncs
et des ardents de la Montagne-Noire, avec
lesquels les boulangers de Castelnaudary
chauffent leurs fours. Le détail est important : ce chauffage communique au cassoulet un parfum spécial, incomparable.

qui, poète et gourmet à la fois, inaugure
aujourd'hui, par le divin cassoulet, dans le
Viro-Sonlèu, la série de ses recettes félibréennes.

Le Cassoulet
11

Viro-Sonlèu

faudrait n'avoir même pas la

notion

des excellentes choses de la cuisine française, pour ignorer les délices de ce délicieux mets, cher, à juste titre, aux gourmets
méridionaux, et qui se nomme le cassoulet.
Nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure
de leur rappeler qu'il s'agit d'une préparation d'oie ou de canard confits dans la
graisse et apprêtés avec des haricots ; on
en mange maintenant, à Paris même, dans

L'Administrateur-Gérant :
PARIS.

Lou

L. de

BAERUEL,

COUSINIÉ MACÀRI.

38, rue de Fleurus.

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

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          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Bibliotèca</text>
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          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Numéro de revue</text>
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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Documents</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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