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                  <text>C.I.Q.O.
ÉHER1

ílgv VÍI^OVLÒV
MARS

FRANÇOIS

1896

CIIASTET

�iS

Loti

FRANÇOIS CHASTET
UL
d'entre nous n'a
oublié l'incident pittoresque et charmant qui
marqua le début de nos
fêtes de 1888: à la pe-"S*"* tite station de Saillans,
au seuil de la vallée de
Die, au milieu d'un groupe délicieux de
ravissantes canéphores apportant fruits et
fleurs à la caravane cigalière, un robuste
villageois, au teint bronzé, à la mâle et
spirituelle physionomie, s'avança vers le
président des fêtes et — tel que Cartier le
fait revivre en sa fine aquarelle —lui tint
ce discours, prononcé avec une émotion
qui n'enlevait au rustique orateur rien de
sa noble aisance :

« J'ai tout lieu de croire que vous excuserez le paysan agriculteur, et j'ai la conviction que vous préférerez mon langage
un peu rude aux mièvreries et aux finesses
prétentieuses dont les gommeux sont coutumiers. J'ai tort peut-être de prendre la
parole, mais il y a des circonstances où la
bouche parle de l'abondance du cœur. Ceci
dit, Messieurs, laissez-moi vous saluer au
nom du Conseil municipal de Saillans et
vous dire : Vous allez inaugurer le buste
d'une illustre comtesse, exécuté par des
mains habiles guidées par un grand cœur
(les femmes se devinent, même à travers
les âges). La comtesse de Die a inspiré à
Mme Clovis Hugues une œuvre vraiment
digne de sa valeur poétique. Honneur à
cette noble Dioise, qui eut cette grande
pensée : dans ces temps sombres, avec de
la grâce, de l'amabilité, du gai savoir, tu
pourras adoucir la barbarie et la cruauté de
tous ces pourfendeurs.
« Dans les temps où la force étouffait le
droit, cette vaillante châtelaine,comme Clémence Isaure, rendit de grands services à
la cause de l'humanité. La poésie, Messieurs, avait trouvé son berceau dans les
montagnes, d'où elle prit son vol. Elle devint railleuse et plaisante avec Villon, grave
et utile avec A'élard, frondeuse avec Rabelais, raison avec Voltaire et cœur avec
Rousseau, sublime avec Musset et grandiose
avec Victor Hugo. Tous ces grands morts

Viro-Soulèu

et vous, Messieurs, ont fait de notre chère
patrie la première nation du monde, c'està-dire la plus instruite et la plus civilisée ;
merci. Merci aussi de nous faire l'honneur
de vous arrêter quelques instants dans notre petite cité qui, d'ailleurs, a toujours été
ardente pour le progrès.
« Le temps presse ; un dernier merci
pour avoir ramené le beau temps avec
vous ; nos cigales ne chantaient plus, vous
leur avez rendu la voix. Il semble briller
avec plus d'éclat au-dessus de nos têtes, à
l'occasion de votre venue, l'astre radieux
qui fit s'écrier, lors de l'éclipsé de 1842, ce
jeune Avignonnais, en le voyant reparaître :
Oh ! lou beu souìeu l Oui, beau soleil qui
féconde la terre, quifera mûrir nosraisins,
afin qu'à la pressée nous puissions remplir
nos coupes et boire à la santé des Cigaliers et Félibres, et à la prospérité de la
France et de la République ! »
François Chastet, qui tenait ce poétique
langage, était un vigneron très pauvre dont
Henry Fouquier écrivit, en l'une de ses
brillantes chroniques, qu'il conduisait son
pays par l'éloquence, comme autrefois Périclès à Athènes.
Nous n'entendrons plus le paysan laborieux et artiste, que ses succès d'orateur
avaient rendu si populaire en Dauphiné.
Un télégramme nous annonce sa mort : le
Félibrige de Paris, dont il était un des
adhérents les plus chauds et les plus dévoués, partage le deuil éprouvé par la démocratie de la Drôme ; nous avons le triste
devoir d'adresser de loin, en même temps
que nos sentiments de douloureuse sympathie pour les siens, un salut attristé et
fraternel vers les chères montagnes où il
dort son paisible sommeil.
Chastet avait toutes les qualités du tempérament dauphinois, composé de finesse,
de réflexion et aussi d'emballement ; il
possédait à un très haut degré l'esprit démocratique et l'instinct d'indépendance
farouche particulier aux montagnards.
Ses discours, prononcés tantôt en français, tantôt en dialecte dauphinois, pleins
de mouvements d'une réelle originalité,
abondaient en réminiscences du socialisme
évangélique de Lamennais et témoignaient
d'une profonde érudition de l'histoire locale, et c'est par là surtout qu'il soulevait
l'applaudissement des foules.

�Loti

Viro-Soulèu

Ce discoureur était aussi un homme
d'action ; et il le fit bien voir au coup
d'Etat et sous l'ordre moral, où lui furent
octroyées des condamnations politiques.
C'était, de plus, un viticulteur habile qui,
le premier dans sa commune, planta le
Clinton, cep américain réfractaire au phylloxéra, et son vin pouvait lutter avec les
crus les plus fameux des côtes du Rhône.
Après les soins amoureusement donnés
au cellier et à la vigne, il aimait deviser
avec ses amis dans son modeste cabanon
de la Thuilière, où Edouard Lockroy, Camille Pelletan, Maurice Faure, Louis Jourdan, purent rencontrer Théodore Juge,
doux socialiste et obstiné rêveur, devisant
de politique et d'art avec Baux d'Espenel,
qui, après avoir longtemps distillé la lavande parfumée sur les sommets du MontJovis, exerce aujourd'hui avec dignité et philosophie les fonctions de garde rural, vers
les hauteurs champêtres de Piegro-Lacastre.
En août dernier, nous déjeunions dans
une auberge villageoise en amont du pont
de Saillans. Une large treille au feuillage
serré, d'où s'échappaient d'énormes grappes
de muscat, nous protégeait du soleil, dont
les rayons donnaient à la Drôme, cascayant
à nos pieds, des scintillements de rubis et
d'émeraude. La table était dressée sur une
haute terrasse, en face de Rochecourbe.
Chastet nous conta une ascension déjà ancienne sur cette montagne géante qui, avec
le Glandaz, domine les sommets des environs.
On était parti par une belle nuit étoilée de
juillet vers ces pics gigantesques, aux échancrures bizarres, argentées par la lune, donnant l'illusion de quelque fantastique palais
de féerie indienne. 11 nous montrait du
doigt le maudit chemin de chèvres, bordé
de chemins épineux conduisant à un véritable lac de pierres, amoncelées par les
avalanches, par le passage des troupeaux,
par les éclats de la foudre tombant sur les
cimes. Puis, le dernier col franchi, après
avoir passé les ravins et les bois, en grimpant à la force du poignet de rocher en
rocher, on foulait joyeusement le gazon,
tapis de velours embaumé. Il fallait alors
l'entendre parler, avec l'enthousiasme d'un
poète, de l'arrivée du soleil : vous assistiez à
l'immense et merveilleux feu d'artifice, au
tournoiement vertigineux du disque dépassant peu à peu le prodigieux horizon,

éclairant d'un éblouissement sublime les
neiges éternelles et les glaciers qui courent
du Mont Blanc au Ventoux.
Spectacle extraordinaire en face duquel
on reste pétrifié, comme en extase ! Partant delà crête illuminée, les bois sombres
s'enfoncent sans interruption jusqu'au fond
des vallées, dans des prairies que traversent
en serpentant de petits ruisseaux à l'onde
cristalline.
Le soir, on rentrait au village, le chapeau
enguirlandé de branches de sapin et, dédaigneux de la fatigue, l'on dansait avec
les jeunes filles sous les ormeaux de la
Grand' place. Oh ! les douces joies de la
vingtième année !
Son récit terminé, pipe aux dents et
bêche sur l'épaule, Chastet partit à la Thuilière ; il s'éloignait, très simple, guetté
peut-être par quelque créancier avide, mais
écrasant de sa belle allure la bourgeoisie
étriquée de ce chef-lieu de canton. Ce
paysan avait la fière mine de Lesdiguières ou mieux de quelque garde-française
vainqueur de la Bastille.
Ce cher camarade, à qui notre vaillant
ami Maurice Faure, au nom de nous tous,
est allé dire là-bas un touchant adieu, était
bien de pure race gauloise.
Que la terre lui soit légère!
Si l'on grave un emblème sur la pierre
de son tombeau, nul ne sera plus gracieux
et ne lui ressemblera davantage que l'alouette matinale, chantant au-dessus des
sillons, frémissant symbole d'indépendance
et de gaieté.
ALBERT

TOURNIER.

LE CHEVALIER PAUL
PAR

HENRI

ODDO

[Le Soudier, éditeur, blv. St-Germain]

Si la vie d'un grand agriculteur nous fait
songer à la terre fécondée par lui, l'œuvre
d'un grand marin évoque en nous l'image de
la mer qui éveilla son génie et fut le théâtre
de ses exploits.

�20

Lou

Viro-Soulèu

Aquelo superbo mesiresso,
comme la caractérise si bien un vers de Calendal, quelle attraction n'exerce-t-elle point
sur les natures primitives, les poètes et en
particulier les Provençaux !
Mer, Océan ! sourceféconde de la première
Vie sur notre globe ; — immense et prodigieux vivier, empli toujours d'une vitalité
exubérante, étonnante ; — engendreur des
nuées, des pluies, des neiges, des sources,
« Père des fleuves », disaient les Anciens,
et, de la sorte, abreuvant, alimentant à la surface de la terre tous les êtres animés ; —
fluide qui, à travers les longs siècles obscurs,
offrant aux riverains une barrière infranchissable et redoutable, parut devoir rester à jamais « la route des cygnes », grâce au génie
de l'homme, la Mer, devint le champ le plus
parcouru, le plus convoité, la scène des plus
terribles combats, et enfin le lien le plus
puissant entre les peuples, le plus rapide véhicule du Commerce, des Arts, de la Civilisation, de la Fraternité humaine. La Mer est
la route de tous les pays.

Comme l'Aigle royal, surplombant dans l'azur,
Voit devant lui s'ouvrir l'immensité profonde,
Ainsi, du haut d'un cap, il semble que le monde
Se déroule à nos yeux et tient dans notre main.
Quelque bord qu'on envie, en voilà le chemin !
Oui, l'aile des vaisseaux vole vers vos rivages,
Pays civilisés, pays encor sauvages,
Archipels explorés, archipels inconnus,
Et d'où tant de chercheurs ne sont point revenus !
La clé de l'Océan ouvre à l'homme la Terre,
Et lui laisse entrevoir les mondes du mystère.

Ces vers, exhumés d'un long poème inédit de notre jeunesse, et qui ont droit
d'asile en ce poétique journal, ces vers expliquent bien comment, un jour, — vers
l'an 1611 — sur le port de Marseille, un
petit garçon d'une douzaine d'années se
présenta au capitaine d'un navire marchand
et le pria de l'embarquer comme mousse.
— « D'où te vient pareil désir ? » demanda le rude capitaine. Et lui de répondre: — « J'aime la mer, je veux voir des
pays. » Une tradition, empreinte d'une gracieuse candeur, ajoute qu'au surplus, amoureux d'une ravissante petite fille dont le
père était marin, l'enfant voulait suivre la
même carrière, pour conquérir sa fiancée.
Le trouvant trop jeune, le capitaine le
refusa. Mais, ô stupéfaction ! un peu plus
tard, en pleine mer, des matelots amenèrent
devant lui le même bambin. Il s'était caché dans l'encombrement des marchandises.
On aurait pu le débarquer à la première
escale. Homme de cœur, le capitaine fut
vaincu par les prières et par une résolution
si virile chez un enfant ; il s'attacha à lui
et se plut à le former dans son métier.
D'où venait donc ce
Écoutons son historien :

précoce

héros ?

« Vers la mi-décembre de l'an 1598, une
barque s'éloignait du

port

de

Marseille,

transportant au château d'If une lavandière
qui allait rendre le linge à M. le gouverneur et aux officiers

de la garnison. Tout

à coup, un violent orage éclata : aux grondements du tonnerre se mêlèrent des cris

Heureux qui put les voir, tous ces lointains pays
Emergeant sous les yeux des marins ébahis,
Beaux comme dans un rêve et qu'on ne peut
dépeindre !
Matelots ! matelots ! qui donc ose vous plaindre,
Vous à qui sont offerts, magiques, variés,
Ces mondes, dont nous seuls vivons expatriés,
Dans le court horizon d'une étroite patrie ?
L'Univers pour vous seuls déroule sa féerie ;
Il est votre domaine immense, et, sous vos yeux,
Tout se transforme, et l'onde et la terre et les
[cieux.
Aussi,commefleurit la fleur d'or dans les landes,
Dans les récits de mer fleurissent les légendes.
N'en soyons dédaigneux! En notre pauvre coin,
La légende est mensonge et vérité plus loin.
L'Océan fut toujours le berceau des merveilles.

de douleur poussés par la pauvre femme,
qui venait de mettre au monde un enfant...
« Du château d'If on avait aperçu cette
barque en péril, et des secours avaient été
organisés de suite.

Les

passagers furent

transportés au château, où le gouverneur,
le marquis de Fortia de Piles, qui s'intéressait vivement à l'infortunée lavandière,
voulut

servir de parrain à son fils, et lui

donna son nom de Paul, que celui-ci devait illustrer. »
Né sur la mer, sur la mer il voulut vivre, ce fils d'une Provençale et d'un père
inconnu ;

né

durant une

sous la foudre des canons,

tempête,

c'est

dans la

tem-

pête des batailles, qu'on le verra grandir.

�Lou

Viro-Soulèu

Son premier commandement lui est conféré par ses propres compagnons : dans
une lutte contre des pirates, le capitaine
français e^t tué, et c'est Paul que les matelots acclament comme chef. Bientôt, pour
mieux combattre ces farouches ennemis,
Turcs et Barbaresques, il s'enrôle dans
l'Ordre de Malte, et il devient chevalier;
(plus tard, il sera commandeur). Richelieu
le réclame pour la marine dont il veut
doter la France. Là, déployant encore et
sans cesse toute l'intrépidité d'un Jean Bart,
toute la savante tactique d'un Duquesne,
ses contemporains ; supérieur au premier
par la largeur de ses vues, au second par
son complet désintéressement, celui qui fut
le petit Paul vogue, victorieux sur les mers,
faisant respecter de tous le pavillon français ; et enfin le fils de la lavandière est
promu au rang suprême de Lieutenant-général des armées navales du Levant.
Quelle merveilleuse histoire quelasenne!
Il faut la suivre dans les doctes, sincères
et émouvantes pages que lui consacre son
historien, l'écrivain de cœur Henri Oddo.
Un ardent patriote, bien familier avec les
questions naval s, M. de Mahy, écrivant la
préface du volume, a pu, en toute vérité,
dire à l'auteur: « Rien n'est vulgaire dans
l'existence de cet enfant du peuple destiné
à une si haute fortune, et voire récit, rigoureusement historique, a la saveur du
plus beau roman. »
Que n'avons-nous l'espace pour reproduire quelques dramatiques épisodes! Hélas ! nous ne pouvons répéter que la parole
célèbre : Toile, lege I prenez, lisez ce livre.
Lisez, et, une fois de plus, vous pourrez
vous convaincre que la grandeur véritable,
même chez un guerrier, vient, tout entière
du cœur. Ce chef d'escadre, qui fut la terreur des ennemis de la France, savait 2près
la victoire, se montrer mngnanime envers
les vaincus ; cet ennemi implacable des
ennemis de l'humanité, les écumeurs barbaresques, fléaux de la mer latine, le chevalier Paul, délivrait des centaines de chrétiens captifs, les rachetait au besoin de ses
propres deniers, et lui, dont les faits d'armes excitaient l'admiration de Richelieu et
de Louis XIV, — leurs lettres sont là qui
l'attestent, — par ses preuves incessantes
de bonhomie et de bonté, il était l'idole de
tous ses matelots.

il

Tenez ! voyez-le qui passe, sur le port
de Marseille, suivi d'une brillante escorte
d'officiers et de seigneurs. Tout à coup, il
a vu un très modeste et vieux marin, son
compagnon d'autrefois, qui, par timidité
et respect, se tient à distance ; l'amiral va
à lui, plein de sollicitude, et, par des actes
généreux, assure son avenir, l'avenir de
ses enfants. Comme avec justesse Henri
Oddo s'écrie : « Ce trait fait autant d'honneur au chevalier que la plus belle de ses
victoires ! »
Tant et tant ce fils de la lavandière provençale aima les humbles et les pauvres,
qu'il voulut être enseveli comme eux.
Cette humilité, qui ne fut pas une attitude d'orgueil, mais l'expression d'une âme
simple et grande, est sans doute un des
motifs qui font que ce héros, si admiré
de son vivant par ses plus illustres contemporains, bien vite après sa mort, tomba dans l'oubli.
Les générations ont été injustes, ingrates
pour sa mémoire. Au nom de l'équité et
de la reconnaissance nationale, son noble
historien, Henri Oddo, réclame que Marseille et Toulon érigent une statue à cet
admirable marin.
Certes, celle-là ne serait point une de
ces flagorneries, encore moins un de ces
mensonges affichés dans le bronze ou le
marbre et qui, trop souvent, affligent nos
places publiques ; ce n'est point devant
elle que le bohème Fernand Desnoyer eût
jeté son vers fameux :
Il est des morts qu'il faut qu'on tue !
Non, non ! il est des morts appelés à
une glorieuse résurrection. L'hommage aux
vrais grands hommes est, pour les peuples,
une haute leçon de vertu. Elle leur communique le sursum corda, et elle devient
nécessaire, surtout dans les phases où tout
décline.
Le chevalier

Paul aura-t-il

son

monu-

ment de marbre ou d'airain ?
Je l'ignore ; mais ce qui n'est point douteux, c'est qu'une solide, belle et vivante
statue vient de lui être taillée, dès ce jour,
dans le livre de conscience et de patriotisme écrit par le bibliothécaire du Palais
Bourbon, le félibre Henri Oddo.
EUGÈNE

GARCIN.

�Lou

IYIÉNËLIK

Vtro-Soulèu

Sylva, reine

FËLIBRE

de Roumanie. Elle

allemand; mais qu'importe?

écrit en

Le roumain

n'est-il pas une langue latine ? »

^\C^fI

EST sous
ce titre que le Temps
a publié, dans l'un de ses rék^^&lt; cents numéros, l'article suivant,

qui a eu u:i
curiosité :

grand

succès de

« Ménélik n'est pas seulement roi des
rois et empereur d'Ethiopie. A ces titres, le
descendant de Salomon et de la reine de
Saba en joint un autre, qui achève de lui
donner une figure originale.
Le puissant négus est... félibre de Paris,
tout simplement.
L'historiette nous fut contée en une récente soirée
cela une

du

Café Voltaire. 11 y a de

dizaine d'années :

l'explorateur

Paul Soleillet revint d'Abyssinic à Paris, en
compagnie d'un neveu de

Ménélik,

près

duquel il jouait le rôle de Mentor. Chargé
de montrer au jeune prince les curiosités
de la capitale, il n'eut garde, comme bien
on pense, d'oublier les réunions du Félibrige. Et on le vit, un mercredi soir, dans
la salle du premier étage, sous le portrait
de Mistral, présenter la joyeuse assemblée
à son auguste pupille.
Les bons Félibres, si hospitaliers aux visiteurs de toute provenance, firent au parent du négus une réception enthousiaste.
Et ils décidèrent p tr acclamation d'inscrire
ce jeune homme et Ménélik lui-même sur
les listes du Félibrige.

L'Ethiopie est

au

midi de la Loire, n'est-ce pas?
Paul

Soleillet,

lorsqu'il se

rembarqua

pour l'Abyssinie, emporta donc un diplôme
d'honneur,

témoignage

officiel

de

cette

nouvelle dignité, qu'jl remit au négus en
mains propres, au

cours de la première

audience qu'il obtint. Et il écrivit, peu de
temps après, à ses compatriotes du
Voltaire, que Ménélik s'était

Café

montré très

touché et l'avait chargé de leur transmettre ses remerciements.
Paul Soleillet est mort à Aden,

et

un

buste lui a été élevé à Nîmes. Ménélik a
été couronné empereur d'Ethiopie.
Mais il est toujours félibre de Paris.
11 n'est d'ailleurs pas la seule tête couronnée qui ait reçu cet honneur : les Félibres l'ont également décerné à

Carmen

Sous cette forme plaisante, le rédacteur
du Temps a dit la pure vérité.
Paul Soleillet, qui avait été l'un des premiers et des plus chaleureux adhérents du
Félibrige de Paris, quand il se trouvait
dans la capitale, ne manquait jamais les
réunions du Café Voltaire, où il défendait
chaleureusement les idées félibréennes.
Dans tous ses lointains voyages, il prenait plaisir, à chaque étape, d'envoyer son
souvenir à ses confrère; parisiens, et partout il étudiait avec amour la poésie populaire, où il retrouvait comme un écho de
celle du pays natal.
Les vieux félibres n'ont pas oublié la
brillante conférence qu'il fit à Sceaux,
sous ce titre pittoresque : « Les Grihots
ou le Félibrige au Soudan. »
A la cour de Ménélik, dont il avait gagné le cœur à la cause de la France, de
Ménélik, dont il était devenu le confident
et l'ami, il entretenait souvent le roi du
Choa, fort épris de poésie, du mouvement
félibréen, et lui chantait des airs provençaux.
— « Voulez-vous être félibre de Paris? »
lui dit-il un jour.
— « De tout cœur ! » répondit le roi
d-s Abyssins.
Soleillet tint parole et, à son premier
voyage, proposa au Félibrige d'acclamer
fel bre de Paris son illustre ami Ménélik.
Ainsi fut fait, et le diplôme, avec le beau
dessin de Maurou, dûment paraphé, signé
et timbré, fut confié au vaillant explorateur.
Paul Soleillet en fit la remise solennelle
au souverain, quelques mois après, et annonça, avec ses remerciements, qu'en
échange de ce titre honorifique, Ménélik
l'avait chargé de remettre au Félibrige de
Paris, comme don de joyeux avènement
félibréen, une dent d'éléphant artistement
travaillée et un bouclier abyssin de haut
prix.
Hélas ! Soleillet mourut là-bas avant de
pouvoir accomplir sa mission, et le Félibrige n'avait plus entendu parler, avant la
note du Temps, ni de Ménélik... ni de
ses présents royaux.

�Lou

LES FÊTES
ET

Viro-Soiilèu

FELIBREENNES

CIGALIÈRES D'AOUT
IGALIEES et Félibres parisiens
travaillent ardemment à la
préparation des fêtes littéraires et artistiques du mois
d'août, dont le théâtre antique d'Orange sera le centre

glorieux.
Les représentants de la cause méridionale du génie gréco-latin ont obtenu une
victoire complète dans la Commission officielle.
D'abord, il a été décidé qu'on ne jouerait à Orange que des pièces ayant le caractère antique ; et Le Cid, d'abord choisi
par la sous-commission présidée par Sarcey, a été éliminé par application du principe.
Ensuite, la permanence de l'œuvre des
représentations nationales a été organisée,
avec alternance de l'Opéra et de la Comédie-Française, qui joueront, après 1896, de
véritables premières à Orange.
MM. Bertrand et Gaillard, directeurs de
l'Opéra, ont reçu mission de préparer une
grande œuvre inédite pour 1898. On parle
d un Promèthèe, qui serait ensuite représenté à l'Académie nationale de musique,
avec le décor du théâtre d'Orange.
Pour cette année, les représentations officielles ont été ainsi arrêtées :
Première journée, (samedi 8 août), prologue avec chœurs et musique, et Horace,
de Corneille.
Deuxième journée (dimanche 9 août) :
Antigone, de Sophocle.
Enfin, sans avoir un caractère officiel,
la représentation populaire de la Rèino
Jano, organisée par le Félibrige de Paris, sera aidée et encouragée par l'Etat et
la ville d'Orange, qui prêteront leur concours en laissant à la disposition des Félibres le théâtre et tous les agencements
qui constituent la plus grosse dépense des
spectacles.
A côté de ces fêtes théâtrales, de grandes
fêtes littéraires auront lieu.
A Valence, on inaugurera le monument
d'Emile Augier et celui de Bancel, œuvre
du félibre Amy.
Après la descente du Rhône jusqu'à Avignon, on se rendra à Orange, où, dit-on,

23

sera célébrée la Sainte-Estelle le jour de
la représentation de la Reine Jeanne, c'est
à-dire le samedi 15 août.
Les fêles continueront à Châteauneuf,
où sera élevé, au milieu des vignes qu'il
a chantées, le buste d'Anselme Mathieu ;
puis à Arles, à Nîmes et à Alais, où sera
érigé le monument de Florian.
Une haute consécration sera donnée à
l'œuvre éminemment félibréenne du théâtre d'Orange, par suite de la présence du
Président de la République.
M. Félix Faure a, en effet, reçu une délégation de la Commission officielle d'Orange.
Après l'avoir chaleureusement félicitée de
son œuvre, qu'il a qualifiée de nationale,
le Président de la République a déclaré
qu'il était vraiment heureux d'y collaborer
et de la sanctionner, en acceptant de tout
cœur l'invitation qui lui était faite, « heureux de goûter, a-t-il dit, le double plaisir
de se mettre en contact avec les nobles
populations de la vallée du Rhône et d'assister à une manifestation qui symbolise si
éloquemment l'étroite parenté de l'art français et du génie antique. »

VIRO-SOULEI ADO
ÉCHOS

FÉL1BRÉENS

u:ie des prochaines assem blées générales du Café Voltaire, M. Vigné d'Octon, qui a
si bien décrit, dans ses romans,
les choses et les gens du Lodévois, dont il est député, entretiendra ses collègues du Félibrige de Paris des
œuvres de Peyrottes.
ANS

On sait que Germont-l'Hérault, dont le poète
était originaire, se prépare à lui élever un monument et, à ce propos, paraîtra une édition
complète des œuvres de Peyrottes.
Dans sa causerie, M. Vigné d'Octon fera
connaître quelques-unes des poésies du poète
terraié, dont beaucoup de vieux Clermontais
ont gardé fidèlement la mémoire, et que l'on
retrouvera bientôt sur les lèvres des plus
jeunes.
On devait bien cet honneur au poète populaire et aussi à sa ville natale, qui a su pieusement conserver sa mémoire.

�Lou

Viro-Soulèu

Notre ami Jules Boissière est reparti, cette
semaine, pour le Tonkin, avec sa charmante
femme.
Son premier soin, dès son arrivée, va être
de mettre la dernière main à un volume de
poésies provençales, qui paraîtra avant la fin
de l'année.

*
* *

Le Félibrige fait la conquête du

nouveau

monde.
On connaît, par les extraits que YtArmana
prouvencau en a publiés, la puissante épopée
en prose de Félix Gras, Li Rouge dou IMiejour.
M. Janvier, qui a propagé en Amérique la
connaissance du mouvement félibréen, va faire
paraître, à New-York, une traduction anglaise
de cette oeuvre, et il a conclu, avec le Capoulié du Félibrige, un traité des plus avantageux
pour l'auteur provençal.
N'est-i! pas singulier que les livres provençaux paraissent en langue étrangère avant d'avoir été édités en France ?
Nous espérons que la publication, dans le
texte original, du beau livre Li Rouge doit
Miejour, ne se fera pas trop longtemps attendre.
Ce qui a charmé le Président delà République au cours de son récent voyage en Provence,
ce ne sont ni les harangues officielles, ni les
illuminations.
C'est la ferrade d'Arles, où il a admiré le caractère pittoresque de nos jeux antiques et la
beauté de nos arènes. C'est la farandole qui a
déroulé, devant le cortège officiel ravi, ses
gracieux anneaux. Ce sont les chœurs chantés
en vibrante langue provençale.
De même à Paris, c'est le méridionalisme qui
a remporté la palme aux fêtes de la mi-carême.
La Tarasque a été le clou de la cavalcade de
la Vache enragée.
Ont été admis comme membres associés :
MM. Escoffier, avocat à Paris ;
»
Astier, pharmacien, Paris.
»
E. Flammarion, éditeur, Paris.
»
Fernand Devise, Paris.
»
Ernest Roche, Paris.
»
Jean Michel Boudon, à Charenton
auxquels il faut ajouter M. Fernand Froubat,
de Montpellier, dont le nom a été omis par
erreur sur la liste des membres.

LES ŒUVRES FÉLIBREENNES
Depuis quelque temps, M. Antoine Troubat,
fils de notre ami M. Jules Troubat, vice-président du Félibrige de Paris, envoie à la Provence
artistique, de M. Antony Réal fils, des chroniques parisiennes justement remarquées, car
elles sont pétillantes d'esprit, de verve et de
bon sens. Le jeune chroniqueur s'y révèle encore comme fort érudït en matière félibréenne
et très attaché à la cause méridionale et décentralisatrice .
Au reste, il suit assidûment les séances du
Café Voltaire, et s'il ne fait pas déjà officiellement partie du Félibrige, c'est qu'il attend d'avoir satisfait à ses obligations militaires.
Tous nos compliments à cet aimable confrère.
Parmi les félibres esmarra doit nis qui sont,
par droit de résidence septentrionale, félibres
de Paris,'il faut citer, au premier rang, M Martel, percepteur à Roucy (Aisne).
Fidèle au parler natal, il compose des poésies
provençales dont nous donnerons, le mois prochain, un gracieux spécimen; il traduit de l'italien VHistoire de la littérature provençale, de
M. Restori. Le second fascicule, où une large
place sera réservée au Félibrige, paraîtra bientôt.
En attendant, M. Martel vient de publier une
inïéressantc plaquette, à l'Imprimerie centrale
de Montpellier : La question des Cours d'amour,
traduction d'une œuvre où M. Crescini, professeur à l'Université de Padoue, soutient, contre
l'opinion de Diez, l'existence des galants et poétiques tribunaux de Provence.
Notre éminent confrère, M. Isidore Salles,
vient de publier, en collaboration avec M. Hérold de P., un volume ayant pour titre : Quatrains. Ce sont, en effet, des quatrains d'une
verve endiablée et d'une poésie correcte et
purement classique. Ils sont divisés en plusieurs
parties : satiriques, philosophiques, politiques.
Un esprit vif, et du meilleur ton, ajoute ses
traits piquants à leur forme élégante et variée :
on croirait lire lespetits vers des auteurs du 18e
siècle. Tous sont à retenir; sur tous les sujets
ils trouveraient leur application. C'est l'œuvre
de La Fontaine complétée.
La librairie Fischbacher, 33, rue de Seine,
vient de mettre en vente un nouveau roman de
notre confrère, M. Paulin Capmal : Un noble
cœur. C'est une œuvre attachante et morale, où
Ton trouve des pointes humoristiques d'une
saveur toute méridionale.

L'Administrateur-Gérant :
PARIS.

L. de

BAERUEL,

38, rue de Fleurus.

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

CI.D.O.

8ÊZIERS

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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Documents</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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