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                  <text>[OV VÍRP'SoVLèV
OCTOBRE

iSç6

•0 'à$W&amp;'0'&amp; '4
LOU CHIVAU DE VIGOUROUS
(Dialecte de Dieulefil, Drôme)

E ço que vau vous counta,
tóutei leis ancian dóu pais
se n'en souvènton e tóutei
poueirion vous dire que li
a pas la mendro messounjo.
Diéuloufet, d'aquéutèras,
n'aviò pancaro loujôuli chami de ferre que fai sei mouanto-davalo e
sei gai zigo-zago de-long dóu riéu de Jabrou, qu'à la davalado juô à courre embé
z-éu.
Ah ! lou brave chami de ferre ! que iai
sei sèt bèllei lègo dins douas ourei de reloge ! Acô se poua dire qu'entrai bien pèr
faire lou viège dóu Mountelimar !
Mai, d'aquéu tèms, foulhô vou prene la
deligènço, vou la patacho de M. Sabato, la
pus seguro pèr pas versa 'n chami.
E qunto deligènço, pàureis ami ! Crèiou
pas que sout la capo dóu soulèu aye eisista
pariero bringo. Ero 'n verai miracle de la
vèire barrula sus la routo, sènso que s'esclapèise en milo tros .. Acò crasinavo, acò
miaulavo, acò trantralhavo emb' un tau brut
de ferramento e de pouasse escleinio, que
vous dounavo la freniasso.
E quand s'arribavo vès Diéuloufet, embé
qunte soupir de soulas lei vouiajour se descouflavon en davalant de la patacho ! S'auviò dire en mai que d'un qu'en routo èro
esta regretous de noun èsse ana trouva 'n
noutàri dóu Mountelimar pèr faire soun
testamen.
Dóu menaire de la deligènço, vous direi
rèn aurre, senoun qu'èro un ome coume
vous e iéu ; tout soucamen que d'uno aubo
à l'autro èro coufle coume un bou e rede
coume un Polonès. Autambèn sa fenno,
— que dins lou meinage èro-z-elo que te-

niò la coua de la sartan — li leissavo pas
faire lou viège tout soulet, e pèr qunto
tempouro que faguèsse, se pouiò vèire asseia couantro soun ome sus lou sèti de la
patacho.
La deligènço n'èro atalà que d'un chivau ; mai qunte chivau ! Qunto bèstio raro ! Si la deligènço se teniò drecho pèr
miracle, saudriéu pas vous dire la causo
que fasiò que lou chivau tambèn se teniò
drech. Tout ço que savou, eis que Vigourous — ansin dision au coundutour —
se d'un cop de fouit lou couijavo à gaucho, d'un autre lou redreissavo. Lou pus
bèu de l'afaire, es qu'aquéu chivau marchavo que quand voulhô. Mai quand voulhô
pas, vai te querre ! se couijavo au bèu mitau de la routo, dins la poussieiro, entre
mitan dei roudan.
Lei marriei lengo dision qu'uno bouano
mesuro de civà li auriò mai fa que rèn
aurre. Mai, que voulès ? lei vouiajour èron
rar e la civà èro charo. Autambèn, Vigourous e sa fenno davalavon de lour sèti, e,
un pèr la coua, l'autre pèr leis óurelhei,
t ro tu, tiro iéu, en sacreiant e petardiant,
embé prou tèms e prou peno, fenission pèr
rebouta lour pauro rosso sus sei quatre pèd.
Un viège tant sacreièron, tant petardièron, tant aguèron de peno, que la pauro
madaïuo Vigourous n'en plourè de la bisco
e qu'en legrimant diguè à soun ome :
— « Au noum dóu bouan Dieu, vès, Vigourous, si 'n cop achata 'n autre chivau,
bouta-li cranto sòu de mai, e achata-lou que
se tène drech !
E. CHALAMEL.

�Lou

74

Viro-Soulèu

ALIËNOR D'AQUITAINE
propos du roman de Lancelot, composé vers 1170,
par le trouvère Chrétien
de Troyes, M. Gaston Paris déclare que la poésie
et les idées des troubadours se propagèrent dans le Nord, grâce
surtout àAliénorde Poitiers, devenue reine
de France, puis d'Angleterre ; que Chrétien
introduisit dans les romans bretons de la
Table Ronde, l'idéal chevaleresque et courtois de la haute société du XIIe siècle, la
théorie de la vertu ennoblissante d'un
amour qui, d'ailleurs, est considéré comme
incompatible avec le mariage, la constitution d'une science et d'un code de l'amour,
la situation prépondérante donnée à la
dame ; que c'est à Marie, comtesse de
Champagne et fille d'Aliénor et du roi
Louis VII, que le poète champenois devait
non seulement le fond mais l'esprit même
de son roman, et que Chrétien, l'un des
premiers, composa des chansons dans la
forme de celles des troubadours, dont les
plus célèbres fréquentaient la cour d'Aliénor ; enfin, que nous avons une rédaction
latine du .code de l'amour courtois dans le
livre d'André le Chapelain : De arte honeste amandi, plein des noms d'Aliénor,
de Marie de Champagne, de la reine Aélis
de France, mère de Philippe-Auguste.
« Nul doute, ajoute M. G. Paris, qu'un
des amusements favoris des réunions que
présidaient ces belles et peu sévères princesses, n'ait été la solution des questions
galantes et l'établissementd'uncode etd'une
jurisprudence d'amour. Que ce ne fussent
pas des « Cours d amour » au sens où les
modernes ont lourdement pris ce mot, il
est, je pense, inutile de le démontrer aujourd'hui... »
Aliénor, née en 1127, avait cinq ans à
la mort de son grand-père, Guilhem IX,
duc d'Aquitaine, et le premier en date des
troubadours ; elle dut, en jouant sur les
genoux du grand aïeul de la poésie d'Oc,
apprendre, tout enfant, les chansons de la
langue sonore, maniée déjà si habilement
par Guilhem, par Cercamon, par Eble de
Ventadour, par Marcabrun, par Jaufre Ru-

del, tous Gascons ou Limousins. Le nom
à^Elèonore, tAliènordis en latin, paraît à
Lorédan-Larchey venir primitivement du
gaélique Ecleon, Elienen ou Elven (étincelle, lumière) ; on dit Aliènor en breton
et en vieux français ; Lênore, Léonore, Leonor, sont des abréviations A'Eléonore.
Mary-Lafon raconte sérieusement que la
mère d'Aliénor s'appelait Œnor, et qu'on
nomma la fille une autre Œnor, alia
Œnor.
Le père d'Aliénor, Guilhem X, avait
épousé une fille du duc de Normandie,
Guillaume Courte-Heuse, un des héros de
la première Croisade et fils aîné de Guillaume le Conquérant. Battu à Tinchebray
(Orne) en 1106, par son frère cadet Henri IF Beauclerc qui avait pris l'Angleterre,
ce Courte-Heuse eut les yeux crevés et fut
enfermé dans une forteresse, où il mourut
après .trente ans de captivité. Guilhem X,
ami des chansons et des plaisirs comme
son père le troubadour, fut converti par
saint Bernard et s'en alla mourir subitement à St-Jacques de Compostelle, le vendredi saint, 9 avril, de l'année 1137, tandis qu'il lisait dévotement la Passion : il
n'avait que 38 ans.
On accusa le ministre du roi de France,
l'habile et fameux abbé Suger, d'avoir hâté
sa fin parle poison et d'avoir fait fabriquer
le testament par lequel Guilhem X déclarait confier ses deux filles aux soins du roi
Louis VI le Gros, qu'il appelle son seigneur. La fille aînée, Aliénor, devait hériter du Poitou et de l'Aquitaine ; elle
avait été fiancée au prince Louis, fils du
roi de France ; la cadette, Pétronille, devait avoir les domaines que les ducs d'Aquitaine possédaient en Bourgogne.
L'abbé Suger et Louis le Gros inauguraient par un coup de maître la politique
d'annexion des rois Capétiens, soi-disant
héritiers de Charlemagne. Dès que l'abbé
apprit la mort de Guilhem X, il partit avec
une escorte nombreuse et brillante, rejoignit à Limoges la princesse et se hâta de
faire célébrer le mariage. Le prince Louis
fut couronné duc d'Aquitaine à Poitiers,
le 8 août 1137. Son père étant mort pendant les fêtes, il devint roi de France sous
le nom de Louis VII le Jeune.
Le troubadour Cercamon (qui court le
monde) a une tenson toute pleine d'allusions à ces événements qui inquiétaient les

�Lou

Viro-Soulèu

poètes d'Oc, en enlevant à Poitiers la famille de leurs protecteurs, la fille des Guilhem.
Aliénor avait quinze ans quand elle épousa Louis VII, âgé de 17 ans. Tout le sudouest, de la Loire aux Pyrénées, passa sous
la suzeraineté du roi de France, qui essaya même, en 1141, de s'emparer du comté
de Toulouse, longtemps revendiqué par les
ducs d'Aquitaine, du chef de Philippa,
femme de Guilhem IX et fille du frère aîné
de Raimon de St-Gilles.
En r 146, Louis VII prit la croix à Vezelay, sous la pression de saint Bernard,
et partit, l'année suivante, pour la Terre
Sainte, avec Aliénor. Le fameux Marcabrun qui, depuis la mort de Guilhem X,
avait quitté le Midi pour la cour du roi de
Castille, Alphonse VIII le Batailleur, dut
alors composer la chanson où il dit: « Je
veux que l'aient les Français, pour rendre
leur cœur allègre... » et qu'il envoie outremer [oltra mar) au seigneur Jaufre Rudel,
de Blaye, l'amoureux de la comtesse de
Tripoli.
La croisade échoua par l'impéritie du roi
Louis VII. On accuse Aliénor d'avoir eu
des relations avec son oncle Raimond d'Antioche, l'un des plus brillants chevaliers
de son temps. Louis VII, qui assiégeait
Damas, revint à Antioche brusquement,
enleva Aliénor pendant la nuit et, l'épée
nue à la main, la conduisit à Jérusalem.
Une chronique française, écrite à Reims en
1260, recueillit des contes relatifs au séjour
de Louis VII en Palestine et aux galanteries de sa femme avec Saladin ; mais celuici n'était alors qu'un enfant : il ne régna
que vingt ans plus tard.
Revenu en France, Louis VII, malgré les
supplications de son ministre l'abbé Suger,
demanda et obtint le divorce, sous prétexte
de parenté (mars 1152). Le 18 mai suivant,
Aliénor épousait Henri Plantagenet, comte
d'Anjou et duc de Normandie. Elle avait
eu de Louis VII deux filles : Marie, qui
épousa Henri Ir le Libéral, comte de Champagne, et Alix, qui fut mariée à Thibaut
le Bon, comte de Blois.
EUE

FOURÈS.

75

ANTHOLOGIE FËLIBRÉENNE
Sous ce titre nous publierons, dans chaque numéro, une poésie en langue d'Oc,
soit couronnée dans nos concours ou émanant d'un membre de notre association,
soit tirée des écrits rares ou peu connus
intéressant le Félibrige.
Voici, pour commencer, une vieille romance cévenole qui se trouve dans un livre imprimé en 1840, à Berlin (Fcerstner,
éditeur), sous ce titre : « Tableau synoptique et comparatif des idiomes populaires
ou patois de la France », par Schnakenburg.
Eglè, pendènt la vïada,
Quand risès, que badinas,
Ou qu'en faguen la cliarrada,
Sarcissès ou tricoutas,
Un parpaiou se presenta,
Voultija e se réjouis
Autour d'una flama ardenta,
Roda, roda e se brousis.
Aco 's l'image fidela
De ce que m'es arrivât ;
Moun cor, vous vechen tan bella,
Es vengut, s'es rabinat.
Ma destinado es cruèla ;
Lou parpaiou, pus urous,
Mouris près de la candela,
Yéou soufrisse yon de vous.

Voici maintenant une poésie provençale
moderne, de M. A. Martel, percepteur à
Roucy (Aisne), qui est la traduction de
vers italiens du député-poète Cavallotti :

A
Quouro
Liuen di
D'ounte
Au dous

MA

PICHOUNO

MARIO

pourta pèr la negro loucoumoutivo,
carriero tant brusènto de Milan,
disiés adiéu à l'aureto nativo,
abriéu di llour, à l'abriéu de tis an;

Souto la fresco tepo ounte, di plour, la plueio
Abéuro li plantas que suçon toun imour,
T'avises-ti que passe à coustat dis alèio ?
Mario, veses-ti que passo ma doulour ?
Es aqui ras de l'angle, au maje cementèri,
Dóu camin d'ounte sian, apercebe un draiôu :
Au tresen ôuciprès es lou liò dóu mistèri
Garda d'un angeloun lest à prene soun vôu.

�Lou

76

Viro-Soulèu

VIRO-SOU LEI ADO

Dedins lou cracinun, lou trin negre camino ;
Dis aubre, vitamen, la defilado va ;
Apiela 'u pourtissòu emé la vitro clino,

ECHOS

Moun iue bagnant e fisse èsto palafica.

FELIBREENS

S'uno palpitacioun lou mounde mort levèsse !
Se li plour escoundu, lou cros lis entendié !
ES

E se, de la paret, la tepo bouleguèsse !

fêtes félibréennes d'Alais

ont eu tout l'éclat

S'üno fourmo diafano, i miéu, si brastendié !

attendu.

Le monument élevé à FloMario, lèvo-te, vène ! I regioun beato

rian par le sculpteur Gaudy

Ounte, dins l'aubo-ros, ti bèus an flourissiés !

a desproportions grandioses.
C'est

Mario, vène lèu ! anan à Gallarato (i)
A Tendre 'spitalié mounte un jour nous neissiés.

une

fontaine

monu-

mentale que surmonte la statue du poète,
accoudé sur un tronc d'arbre,

les jambes

Laisso toun cros e tourno à ta bressolo gaio!

pliées, le geste élégant ; il porte l'habit à

De la lauvo à toun brès es tant court lou camin !

la française, le jabot de dentelles et la cu-

Vène en acméu climat que touto amo pantaio,
Vène ploura 'nié iéu lou mesprés dóu destin.
Vène ! lou Tessin nous counvido coume quouro
I'anaves pèr pourta lou cantico t:n bèu jour,
La coumbo es eilavau, deserto à-n-aquesto ouro,
Lou pradoun de Ghevio t'espèro, bello flour.

lotte. Estelle et Némorin, sculptés en haut
relief, sont assis l'un près de
regardent

en

l'autre ;

ils

rêvant un passereau que le

jeune homme vient de dénicher pour l'offrir à la pastourelle.
Maurice Faure, l'éloquent député de
Drôme, qui
a

représentait

parlé

de

le

Félibrige

la
de

L'erbiho es tristo e de Toustau la porto es cluso,

Paris,

Sagatoun, roumegas crèisson dins lou jardin

comme disait malicieusement Voltaire, —

Florian, — Florianet,

Qu'aguè li proumié cant de ma gaiardo Muso,

exaltant la petite patrie dont l'attachement

Quand, tu, trelusissiés, bel astre, à moun destin.

augmente et fortifie l'amour de la

grande

patrie française.
Mai tu noun m'auses pas, lou trin cremant m'em[porto,
La tepo es inmoubilo e dis èr res sourtis,
Tout es mut soutoterro! Adiéu, ma pauro morto,
L'aubre radié s'envai, la toumbo s'avalis.
Espèr, langui secret, o joio councentrado
Que coulouro de fiò la palour de toun cors !
Dins un prefound mistèri escoundes ti pensado,
Dins toun liech afregi dormon li pantai d'or.

L'abbé Boissier de Sauvages, l'auteur du
dictionnaire languedocien,

et

comme

tel

précurseur des Félibres, survit maintenant
dans un buste de Bastet, érigé par
cription publique, sur

l'initiative

sous-

du

Co-

mité félibréen.
Au banquet du soir, tout félibréen, qu'il
présidait, Maurice Faureporte dans l'idiome
local un brinde aux hommes

illustres qui

viennent d'être honorés, et à cette « Iengo
Dormon 'mé tu ! e iéu,laniuepasrèn noun dorme,

cevenolo qu'a bressa nosto enfanço. » Pre-

Sus toun retra pali siéu ciavela lou jour;

nant

E l'aurasso es ferouno, e l'uiau discounforme,

montré le « prodige accompli par le culte

Mai mis iue soun tissa sus ta caro toujour.

de la langue natale,
même

Dôu mai negre es lou cèu, miés ti destriéu, cha-

la

parole

amour,

une

deuxième

qui

réunit

Arnavielle,

fois,

il a

dans

un

Jourdanne

et

Castets. »

[touno,

*

Bèu raive dóu passat landant à l'aveni !
A l'eterne ideau lou cor toun retra douno,
Aro, noun m'isto plus que coumbatre e mouri.

« La Veu de Catalunya », le

populaire

périodique de Barcelone, annonce en termes très aimables le programme du «Viro-

A.

MARTEL.

Soulèu », et signale,

dans le

septembre:

de Baptiste Bonnet,

le

récit

numéro de

« el sorprenent prosista » ; l'étude

d'Elie

Fourès, « el notable escriptor-felibre », sur
Rambaud de Vaqueiras, « el mes gran dels
(i) Lou camin de ferre que vai de Milan au Tessin
emai au Lau Maje, pèr Gallarato, Sesto Calende e
Arona, passo au ras dôu cementèri maje.

trovadors de Provenza. »
Merci à notre confrère catalan.

�Lou

Viro-Soulèu

Vingt jours
sur les cotes de la Méditerranée
Le dernier album Constant de Tours, de
la collection des Guides-Albums du Tou-

77

riste, sera bien accueilli des Félibres et de
tous ceux qui s'intéressent aux choses et
aux paysages de Provence. 130 dessins d'après nature ornent ce volume, d'aspect coquet.

WÊÊÊÊm

Aux Saintes-Mariés. — Pêcheurs lavant leurs filets. (1)
Aux portes de Marseille nous faisons,
avec l'auteur, une des plus charmantes excursions et des plus originales qu'il soit
possible d'accomplir sur nos côtes : l'exploration de l'étang de Berre, ravissante mer
intérieure dont les bords sont peuplés de
petites villes délicieusement situées, aux
silhouettes extra-pittoresques, aux ruines
curieuses. A travers le désert de la Crau,
ce champ de manœuvre des deux frères
ennemis, le sirocco et le mistral, nous gagnons Arles, reine de Provence, « patrie
des troubadours et des belles Arlésiennes. »
Avant de quitter la « Rome gauloise », il
convient de visiter Montmajour, les Baux
fantastiques « enfer du Dante », les Alpines et Saint-Rémy, pour de là pénétrer
dans la mystérieuse Camargue.
Un très curieux pèlerinage aux SaintesMaries-de-la-Mer, accompli en mai 1896,
de fort pittoresques tableaux, religieux ou
profanes, des courses de taureaux rustiques,
les coutumes provençales,

la

ferrade, les

joyeuses farandoles, tout cela est décrit
d'une façon vivante et colorée qui vous fait
« voyager en fauteuil» sans fatigue et avec
une douce béatitude.
*

Au banquet qui réunissait à Avignon les
amis et admirateurs du peintre J.-B. Duffaud, à l'occasion de sa nomination dans
la Légion d'honneur, on a Iule «brinde»
suivant, envoyé par Mistral :
« Emai iéu vole béure, emé li pintre
d'Avignoun, à la voio, au bèu gàubi de
noste ami Dóufau, un d'aqueli que raubon
au soulèu de Prouvènço lou coulourun que
dauro la car de nôsti chato ; un d'aquéli
que, davans la bèuta misteriouso, s'envan
belant e barbelant, e qu'à forço d'amour la
fan veni à jube, d'aqui-que, nuso e puro,
toumbe dins si brassado ! Beve à Dóufau,
à sa mestranço e à sa crous d'ounour de
pintre ! »
(1) Extrait des « Côtes de la Méditerranée ». May
et Motteroz, édit. 7, rue St-Benoît,

�Lou

78

Viro-Soulèu
de femmes, symbolisant la navigation. Elles
sont de superbe allure et font le plus grand
honneur au maître qui les a conçues.

La Reine Jeanne, le drame de Mistral,
que nous n'avons pu entendre solennellement à Orange, sera représentée, cet
hiver, à l'Odéon. Elle fait partie de la série des grandes œuvres françaises et étrangères que MM. Ginisty et Antoine veulent
monter sur cette scène. Nous regrettons
vivement que notre ami Duparc, qui était
tout désigné pour une telle interprétation,
ne figure plus dans le tableau de la troupe.

Notre ami, le félibre Démaille, s'occupe
à la statue de Victor de Laprade, qui lui
a été commandée par l'Etat. Le monument
de ce grand poète, trop dédaigné, sera
érigé sur une des places de Lyon.
*
On sait que I.ou:s Tombarel, lauréat de
nos Jeux Floraux, mourut au moment
même que nous le couronnions. Les amis
et condisciples du jeune poète provençal,
si prématurément enlevé, ouvrent une souscription, pour recueillir et publier ses œuvres éparses. C'est une bonne pensée qui
mérite un encouragement, et nous y applaudissons de tout cœur.

Reviendrions-nous enfin à la bonne tradition française de la décoration sculpturale ? Le pont Mirabeau qui, par son bâti
de fer énorme, menaçait de n'être qu'un
banal témoignage de la puissance de l'industrie moderne, vient de prendre, sous
l'inspiration du félibre Injalbert, un caractère artistique des plus originaux. L'auteur
des lions du Peyrou, de la fontaine du
Titan et de tant d'œuvres d'un grand sentiment décoratif, a eu l'idée ingénieuse de
transformer les piles sur lesquelles appuient les arcs métalliques de l'arche centrale, en bateaux, à la proue et à l'arrière
desquels sont posées d'immenses figures

On s'occupe beaucoup, à Toulon, d'un
projet curieux. 11 s'agirait de placer, dans
une des salles de l'Hôtel de Ville, un magnifique haut-relief du félibre Hercule.
Ce haut-relief, en bronze, représente la
réception des marins russes à Toulon, parla
Municipalité et la population de cette ville-

LE PREMIER POMPIER DE FRANCE

WWW flPTfr
DANS

fPMf^

CETTE

MAISON

EST MORT

DU

COURIEZ

DU

PERIEr^

D'AIX-EN-PROVENCE

Sociétaire de la

COMÉDIE-FRANÇAISE

de 1686 à 1705
Introducteur en France
DE

LA

POMPE

A

INCENDIE

Créateur du corps des Pompiers
de la

VILLE DE PARIS

�Lou

Viro-Soulèu

C'est au n° 30 de la rue Mazarine, sur
une plaque de marbre, que se trouve cette
inscription, qui a attiré mon attention de
comédien et de félibre !
On ne se fera une idée bien exacte du
service rendu par Du Périer à son pays,
qu'en se rappelant qu'avant lui, c'étaient
les maîtres maçons, les charpentiers et les
couvreurs, assistés de quelques capucins,
cordeliers et soldats, qui combattaient les
incendies, avec des pioches, des crocs, des
échelles et quelquefois de grosses seringues ; le plus souvent, à l'aide de seaux
remplis à la chaîne, outils rudimentaires et
presque toujours impuissants.
Pour faire connaître aux Félibres cet enfant de la Provence, j'ai eu la pensée de
m'adressera M. Georges Monval, bibliothécaire à la Comédie-Française, et je ne pouvaismieux faire, car M. Monval a écrit sur
le personnage qui nous occupe, une brochure qu'il a intitulée : Le laquais de Molière, (1) brochure des plus intéressantes,
remplie de documents à l'aide desquels il
a pu, non seulement reconstituer la vie
de François du Périer, mais encore sa généalogie, qui remonte h André du Périer,
maréchal de Bretagne en 1240. Il nous
apprend qu'il appartenait à une ancienne
famille noble parlementaire de Provence,
qui avait déjà donné le gentilhomme auquel Malherbe adressa les stances si touchantes :
Ta douleur, du Périer, sera donc éternelle?
Du Mouriez du Périer naquit, probablement, à Aix, vers 1650 ; on ne peut le préciser, parce qu'une lacune de cinquante
années (1617-1667) dans les registres de
paroisse de cette ville, n'a pas permis de
retrouver son acte de baptême. Mais une
note dans ses papiers de famille nous apprend que François ayant perdu sa mère à
l'âge de 4 ans, serait venu à six ans à Paris, avec son oncle, le poète Charles du
Périer. Celui-ci se trouvait souvent sans
argent et, à un moment donné, il ne put
subvenir à l'éducation de l'orphelin, qui fut
réduit à entrer en qualité de laquais au
service de Molière. Selon l'habitude de l'époque, le grand comique appelant ses domestiques par le nom de leur province,
donna à notre François le nom de « Provençal ! »
(1) Editée chez Tresse et Stock, 10, galerie du
Théâtre-Français.

Il avait environ vingt ans lors de la première représentation du Bourgeois gentilhomme, et il n'y a rien d'impossible à ce
qu'il ait assisté dans cette comédie, sous
les livrées de M. Jourdain, car on sait que
les bouts de rôles étaient alors tenus par
les domestiques des comédiens,
Ce serait seulement après les obsèques
de Molière, que Provençal aurait quitté la
maison mortuaire. Quelques mois plus tard,
il est à Rouen, ayant à son tour un laquais !
et essa3'ant de faire représenter le Malade
imaginaire avant que la pièce soit imprimée.
En 1681-82, Du Périer est en Hollande,
dans la troupe française du Prince d'Orange, dirigée par un ancien camarade de
Molière, Brécourt, oncle de sa femme. Enfin, le Ier novembre 1686, il entrait à la
Comédie-Française, où il tint l'emploi des
Manteaux. 11 resta toujours un comédien de
second ordre. Du Périer fut surtout un acteur utile, un sociétaire dévoué, s'occupant
activement des affaires de la Compagnie.
Il lui arriva à la cour, et dans une pièce
de Molière, une étrange mésaventure. Dans
le Médecin malgré lui, il jouait le père de
Lucinde et avait à dire : « Voilà ma fille
qui parle !... » la langue lui fourcha et il
dit: « Voilà ma fille qui pète!... » Ce
malheureux lapsus amusa beaucoup les
spectateurs, mais ne surprit pas trop ses
camarades, car on savait qu'il avait en tête
d'autres affaires que ses rôles. Il quitta la
scène en juillet 1705 et, le 19 octobre, il
obtint sa retraite au bout de vingt ans de
services, avec la pension de mille livres.
Sa première femme était morte le 27
novembre 1690, le laissant veuf avec sept
enfants. Il habitait alors en face de son
théâtre, les trois derniers étages d'une maison de la rue des Fossés Saint-Germaindes-Prés, aujourd'hui rue de l'Ancienne
Comédie, maison dont François Procope
était le principal locataire.
Sa situation était embarrassée, il s'agissait
de faire vivre les siens et de les élever ;
la vue de ses enfants doubla son énergie !
11 se lança dans les affaires avec une activité fiévreuse et avec assez de bonheur pour
pouvoir, quelques années plus tard, donner
25000 livres en mariage à l'une de ses
filles !
Mais la plus importante de ses entreprises, celle qui mérite vraiment que son

�Lou

8o

Viro-Soulèu

nom soit tiré de l'oubli, est celle relative
aux pompes à incendie. Non seulement
Du Périer introduisit chez nous la pompe
à incendie, mais il organisa le corps des
gardes-pompes, et l'on peut dire que cet
obscur comédien fut le premier pompier
de France !
En effet, Du Périer, qui, dans sa vie
nomade, avait vu fonctionner des pompes
en Hollande, demanda au roi le privilège
de faire construire et fabriquer une pompe
propre à éteindre le feu. Ce privilège lui
fut accordé le 16 octobre 1699. A peine
établies, ces pompes rendirent les plus
grands services.
Le 23 février 1716, une ordonnance du
roi assure à perpétuité l'entretien des pompes, en assignant un fonds annuel de 6000
livres, qui sera pris au Trésor Royal et remis au sieur Du Périer, nommé directeur
général.
Le terrible incendie du Petit-Pont, qui
éclata dans la nuit du 27 au 28 avril 1718,
vint justifier l'utilité de ces mesures. Du
Périer, alors âgé de 68 ans, donna un
exemple de dévouement et de courage.
Atteint à la cuisse d un chevron lancé du
haut d'une maison, et quoique obligé de
se faire soigner, il revint courageusement
quatre ou cinq heures après sur les lieux
du sinistre et continua à donner 'ses ordres.
L'ancien laquais de Molière mourut le
21 juin 1723, un demi-siècle après son
maître. 11 avait épousé en secondes noces
Anne Vaugé, qui, ainsi que sa première
femme, lui donna beaucoup d'enfants. Il
en eut en tout 32 !.. 24 garçons et 8 filles.
Un de ses petits-fils fut le général Dumouriez. Insistons sur ce point : le vainqueur
de Jemmapcs, le héros de Valmy se trouve
avoir eu pour grands-pères deux comédiens Châteauneuf et Du Périer.
La plaque de marbre destinée à perpétuer le souvenir de Du Périer à Paris, est
due au livre et à l'initiative de M. Georges
Monval. Je souhaite qu'une manifestation
de ce genre s'accomplisse, sous les auspices
du Félibrige, dans l'ancienne capitale de
la Provence !
AYE-DUPARC.

REVUE

DES JOURNAUX

D'OC

*L'Aioli, dans son n° du 27 septembre,
donne le compte rendu du Congrès qui
s'est tenu en Avignon pour les revendications de la langue provençale. Des vœux
ont été émis pour que le parler populaire
soit introduit à l'école, au séminaire, dans
les assemblées communales et départementales et au prétoire. On a décidé aussi
l'unité orthographique de tous les dialectes,
suivant les principes posés dans le dictionnaire de Mistral.
* Ls Campana de Magalouna parle de
la musique du 1220 à Montpellier, la première musique militaire qui se soit mise à
jouer et à chanter des airs félibréens, entre
autres, le fameux « Maset de Mèste Roumiéu », orchestré par son chef, M. Coquelin.
Le numéro du ir octobre, entièrement
consacré aux fêtes d'Aliis, est écrit « noun
pas en mount-peilieirenc couma lous autres, mes en parla de las Cevenas. »

*Lé Gril se félicite qu'on ait enfin songé à élever un monument an maître écrivain lauraguais, * Auguste Fourès. Une
souscription est ouverte. « Se trato d'ounoura coume sé diou un mèstre del parla
terradounal, qué pas un amie dé la lengo
mairalo manqué de s'y fa dé ço qué pot. »
* Lemouzy contient le compte rendu de
la troisième fête de l'Eglantine, donnée par
les Ecoles félibréennes du Limousin et de
la « Ruche Corrézienne » de Paris, dans
les pittoresques villages de Gimel et de
Saint-Priesf.
Le n° d'octobre donne une étude sur l'ouvrage de M. l'abbé Gorse: « Au bas pays
de Limosin », qui a obtenu le grand prix
de l'Ecole limousine, l'églantine d'or, aux
Jeux Floraux de 1896.
Il déplore l'oubli, aux dernières fêtes limousines, d'Alfred Assolant, ce Corrézien
qui, par son Capitaine Corcoran et son
Montluc le Rouge amusa tant notre enfance.

Le Lauraguais de Villefranche (Haute
Garonne), commence VHistoire du Félibrige, par G. Jourdanne.
* En vente à Paris à la librairie ielibréenne, 25,
Galerie Vivienne.

Le Gérant :
PARIS.

Marius

AMY.

— Einpremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 08,  [n°10] octobre 1896 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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          <name>Contributeur</name>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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