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                  <text>p-$ovLèv
AVRIL

LA

IBRISSAUDO

1897

— Bo ' sabès pas ço qu'es de brissaudo ?
E, à moun tour, passère au poutagié e me
meteguère au poueloun.

-n-un di darrié soupa dóu
: Felibrige de Paris, tout en
nous escudelant li brego
d'aqueló famouso brandado que nous servissié
Pèire, Pèire,iuei couneigu

Oh ! es un plat

que demando ni forço gàubi, ni forço talent, mai que pamens vôu la sciènci dóu
pebre e de la sau.
Groumandas, prestas l'auiiho,
receto.
Eilavau,

veici la

au pais dis óulivié argentau,

de cadun, despièi que Pau Areno a larga

quouro se vai foundre au moulin,

soun noum i quatre caire de Prouvènço e

coustumo de regala li ninoi,

de Franco, venguerian à parla manjaio.

tambèn, emé de brissaudo, o, emé de bris-

E blago tu, blago iéu,sen'en digué dins

e

es la

li grand

saudo, e vous dise qu'acô : tastas-ié e vous

noste roudelet, à faire leva li peu sus la

liparés li det e n'en voudrés mai.

tèsto di plus groumand e

Vaqui coume lou môunié de moun grand
li fasié :

à-n-amoula

li

gengivo d'aquéli qu'an plus que de queisselas.

Se barjaquè sus tóuti li plat — de

Prenié un pan de meinage bèn blanc,

Prouvènço s'entend ; — se passe en revisto

bèn eue,

l'arc de sedo di sauço douço, pebrado, fe-

bèlli trancho que. disien : manjo-me !

rigoulado, blanco, bruno, vermeialo, e crese

quouro l'ôli rous raiavo en fiéu d'or dins

qu'en imaginacioun, se souperian dons cop.

li barachèu, fasié prene un ban de jus d'óu-

Fau vous dire tambèn que, gràci à Maurise Faure, que parlavo coume un libre...
de cousino, anerian dins tóuti

lis

bèn croustous,

livo i croustasso.

lou coupavo en

Quouro

e,

lou pan, bèn

ime, èro rous coume un rai de mèu, em'uno

endré

cano apounchado, lou presentavo au fou-

ounte lou chichi se preparo autramen qu'à

gau ounte beluguejavo e cracinavo un bon

la modo de Paris : au restaurant italian, au

fiô de moucharèu e de gavèu, e, que vous

vienés,

dirai, esperavo que la fiamo aguèsse mes

à l'alemand, au turc, au grè, te

sabe iéu ounte

anerian pas

cop,

sus l'or de l'ôli un pau d'or de soun bais.

l'un ensi-

Li crousto bèn roustido, pebravo, salavo

gnè coume se dèu faire un bon cassoulet,

coume acò, ni trop, ni trop pau, e... crin,

l'autre, coume se manjo de limaço, de merinjanc, de poumo-d'amour ; lou president

cran, la destribucioun facho, s'entendié plus

aurié douna vint sòu pèr avé de cachât...

balin-balan,

Dins aquéu moumen,

segoundo móuto.

1

cadun vouguè cousina quicon :

Dóu

Pèire passavo emé

l'ensalado. Oh ! qu'óli, bèu felibre !

que crussi dins lou moulin, ounte la molo,
countuniavo. à-n-engruna la

d'es-

Que vous dirai encaro ? La brissaudo es

quichagno de tavan, mai pas de jus d'óulivo.

quicon de bon, de goustous ; mai coume,

— Buèi ! faguère en engrunant uno fueio

pèr manja un bon boui-abaisso, fau de pèis

d'endivo.
—■ Tè ! l'ôli vous agrado pas ?
— L'òli m'agrado pas, voulès dire que
m'agrado ! Es pas d'ôli qu'an mes aqui dedins, foutrau ! e jamai, emé talo liquour,
se pourrie faire de brissaudo.
— Qu'es acò, de brissaudo ?

de roco bèn fres,

pèr faire de boni bris-

saudo, fau tambèn de pan de bono farino
e, subre-tout, — acò 's lou principau — de
bon ôli que sente pas lou tavan, vermeiau,
e d'óulivo d'eilavau.
JAN

DI

CABRO.

�Lou

VtrrQ-$ottlèu

LE FÉLIBRIGE &amp; LES CONCOURT
En parcourant le catalogue des dessins
originaux, collectionnés par Edmond de
Goncourt, dessins aujourd'hui dispersés au
hasard des enchères, je me suis souvenu
des notes que ce maître du roman naturaliste consacra jadis au Midi, dans le Journal dit des Goncourt.
Dans ce journal, si curieux à tant de
points de vue, je ne veux rechercher et retenir que ce qui a trait au Midi et au mouvement littéraire félibréen qui n'a fait que
s'accentuer depuis.
Très personnel, le plus souvent dédaigneux, Edmond de Goncourt arrive cependant à s'intéresser à la Provence. Il le fait
de mauvaise grâce et comme à son insu.
L'on sent dans ses notes sèches, parfois
satiriques, comme un combat entre sa personnalité qu'il ne peut dépouiller complètement et l'artiste écrivain que nous
connaissons, qui tient à cacher sous le coloris d'une phrase à effet, l'esprit d'ironie
dont il ne peut se départir. Est-ce l'influence du milieu, l'amitié qu'il éprouvait
pour M. Alphonse Daudet, ou bien ce
charme fascinateur qu'exerce sur les gens
du Nord la profondeur de ce ciel d'azur,
où le rêve vole éperdu, infatigable, sans
jamais pouvoir se résoudre à se poser, où
l'atmosphère, comme une caresse, fait passer dans l'être entier une douce langueur,
qui, agissant sur les nerfs de M. de Goncourt l'ont gagné suffisamment pour qu'il
ait bien voulu nous transmettre ses impressions? Je l'ignore, et le fait en lui-même
est de peu d'importance.
La première fois qu'Edmond de Goncourt vit Mistral, ce fut en 1884, un soir,
chez M. Alphonse Daudet, et voici le portrait qu'il en fait dans son journal :
« Un beau front, des yeux limpides
d'enfant, quelque chose de bon, de souriant, de calme, fait par une vie de plein
air méridional, du bon vin et l'enfantement facile de chants et de poésies troubadouresques. »
Avec la tournure d'esprit de Goncourt,
on serait tenté de voir une pointe d'ironie dans cette expression, troubadouresques.

Quelques jours après, il revoit Mistral
dans un dîner avenue de l'Observatoire,
et rapporte la définition qu'il donnait de
Daudet : « l'homme de la désillusion et de
l'illusion, du scepticisme du vieillard et
de la crédulité enfantine. »
Puis passant à la méthode de travail employée par Mistral, de « ce facile labeur de
poète méridional qui consiste dans la confection de quelques vers, fabriqués aux
heures crépusculaires, à l'heure de l'endormement de la nature, le matin, dans
les champs, selon Mistral, étant trop plein
du bruyant réveil de l'animalité. »
Enfin ce fameux voyage daus le Midi,
si souvent concerté, puis contremandé, finit par avoir lieu. Malgré le mauvais état
de son estomac, Goncourt qui avait craint
d'aller de gaieté de cœur au choléra, se
risque, après avoir reçu de Madame Daudet et de Madame Parrocel des lettres très
affectueuses.
Je cite textuellement le journal.
« Mercredi, 25 septembre 1885. Réveillé dans la gaieté riante du Midi, avec le
défilé sous les yeux, d'arbres trapus, comme
écrasés par le vent,et de maisons aux pierres frustes, qui ont l'apparence de rochers.
« Promenade, un coucher du soleil, par
de petits chemins, entre deux haies de roseaux détachant leurs lances sur le ciel tout
rose, le long de ces hauts paravents contre le mistral, de cyprès à la verdure noire,
avec çà et là, dans cette propriété non limitée par des murs, Ja bâtisse orangée d'un
mas, au milieu de pâles oliviers, qui semblent à cette heure, feuilles d'une vapeur
violette.
« Jendi, 23 septembre. Une galerie de
rez-de-chaussée, aux murs blancs, lignés
de filets bleus, et sur le grand panneau de
laquelle est peinte par le maître de la maison, une vague Assomption dans les couleurs de Lesueur.
« Là dedans, un petit homme au front
socratique, aux oreilles rouges de sang, au
nez sensuel oit danse une verrue sur une
narine, nous récite de sa poésie dans la
langue de musique du lieu. C'est Aubanel
qui nous lit la Sercno et li Fabre.
« Un provençal qui n'est plus comme Mistral un continuateur du pur tioubadourisme, mais un poète dans lequel il y a
une infiltration de modernité, et qui est
parfois un peu le Henri Heine du Midi.

�Loit

Viro-Súttlèlt

■i Cet après-dîner, pendant qu'à la nuit
tombante, nous revenons sur l'espèce de
dos d'âne de petits sentiers, s'élevant au
travers des champs, que l'arrosement a
inondés par place, Aubanel, au milieu des
interruptions amenées par la difficulté du
cheminement, me parle, me cause de son
premier livre : La Mibugrano.
« Ce livre est l'histoire d'un amour d'enfant pour une fillette, à laquelle il n'a jamais déclaré sa passionnette, et qui soudainement, un jour, lui a annoncé qu'elle
allait se faire sœur. Ç'a été, cette annonce,
pour l'auteur qui s'est analysé dans le livre, un déchirement tel, que dans les premiers moments, il n'osait, dit-il, pas se
mettre à la fenêtre, de peur de la tentation de se jeter en bas. Jamais il n'a cherché à se rapprocher d'elle. Elle vit cependant, et l'une de ces dernières années, de
Constantinople, où elle est dans un couvent, elle lui a fait dire par un neveu :
« La sœur une telle vous envoie le bonjour. »
« Vendredi, 25 septembre. Ici, le paysan
absent, on ne doit pas apercevoir de fumée à la cheminée de sa chaumière ; la
femme est censée devoir se nourrir, pendant son absence, d'oignons, de salade, de
figues,
« Daudet m'entretenait aujourd'hui de
sa jeunesse dans ce pays de soleil, au milieu de ces belles filles lumineuses, se laissant rouler sur les bottes de paille et embrasser sur la bouche, et cela en compagnie d'Aubanel chantant sur les chemins ;
La Vénus d'Arles ; du grand et jamais enroué Mistral, haranguant les paysans avec
une pointe de vin, drolatiquement éloquente ; du peintre Grivolas, ce ménechme
du philosophe de Couture, dans son tableau de L'orgie romaine, et qui avait
pour mission de déshabiller et de coucher
les ivrognes.
« Une heureuse jeunesse appartenant
tout entière au bonheur sensuel de vivre,
en cette contrée de lumière, d'amour et de
vin du Château des Papes, et où, dans la
cervelle du romancier futur, ne s'était point
encore glissé le souci littéraire.
« Samedi, 26 septembre. Excursion aux
Baux. Uue éternelle chaîne de rochers, aux
dentelures étranges, et à l'extrémité de
cette chaîne, une ville dont les habitations
sont en partie creusées dans la pierre, une

ville où l'on ne sait pas où finit la roche,
où commence la construction, et une ville
abandonnée, où semblent à la fois avoir
passé un incendie et une peste.
« Ici un oratoire roman, là une fenêtre
ornée d'un encadrement de la Renaissance,
plus loin un fronton de prêche protestant,
plus loin encore une citerne de châteaufort du XIV0 siècle, et tout en haut d'un
escalier où il ne reste plus une seule marche, une petite porte presque bouchée par
deux arbres, poussés d'une semence portée par le vent sur la pierre du seuil.
«Ase promener là-dedans,vous êtes pris,
empoigné, emporté de votre temps par le
passé moyenâgeux comme vous êtes pris
par le passé romain, en errant dans les
Via de Pompéi, et en marchant dans l'ornière de ses chars.
« Partout l'abandon de la ruine, et comme
spécimen de la vie vivante dans toute cette
pierre morte, quelques vieillards desséchés,
quelques jeunes enfants, des chats maigres ;
une pauvre et rare création d'êtres et d'animaux bancroches.
« Et le sinistre de la cure, qui est une
cure de pénitence pour les curés qui ont
péché, et dont l'avant-dernier locataire a
assassiné le mari de la femme de son bedeau, dont il était l'amant, et la tristesse
du jardin de cette cure, planté de quatre
amandiers malades, entre quatre hauts
murs, et qui ne semble pas un jardin, mais
un cimetière.
« Partout, des parapets, de la haute solitude, les successifs développements d'horizons sans fin, dans la contemplation mélancolique desquels il semble que le temps
n'est plus une durée limitée par des heures.
Et je me demandais si la vie dans ces
conditions de solitude et de planemcnt à
vol d'oiseau, ne devait pas, même chez
des brutes, faire des cervelles particulières.
« A la fin du déjeuner dans la pauvre
auberge de l'endroit, Mistral nous déclame
sa pièce de vers, qu'il a intitulée : La chatouille, et il m'apparaît comme un beau
et solide paysan qui aurait quitté sa blouse,
avec dans le menton et le cou, un peu de
la déformation qui vient aux chanteurs de
café-concert.
« Daudet, qui s'est laissé aller à boire
pas mal du vin du cru par-dessus beaucoup
de saucisson, et dont Mistral a fleuri le chapeau d'un brin de rue, Daudet, les épaules

�»4

Lou

Viro-Soulèi!

enveloppées d'une couverture de voyage
bariolée, a, dans notre break, la tournure
d'un jeune et joli catalan en goguette.
« Lundi, 28 septembre. Saint-Remi (le
jour de la fête) . La petite ville de Provence, sous ses grands platanes, ses auvents d'habitations tapissés d'une plante
grimpante, ses portes aux portières de
toile. Et dans ces rues abritées de verdure,
les pittoresques perspectives que font ces
platanes, dont l'enchevêtrement au-dessus
du va-et-vient de la circulation, a quelque chose de l'entrecroisement de pierre
d'une nef ogivale. C'est mieux que « l'Allée
de châtaigniers » de Théodore Rousseau,
ces allées de platanes avec les tons blanchâtres de leurs troncs, le contournement
architectural de leurs branches, les zigzags
de soleil jouant dans le vert pâle de la
feuille, avec enfin, la population aux couleurs voyantes, éclaboussée de lumière, qui
marche sous la voûte doucement ombreuse.
Et penser que, pas un paysagiste ayant un
nom, n'a eu l'idée de faire un tableau
d'une de ces rues-boulevards.
« Soudain sous ces grands arbres -— spectacle charmant — a débouché, pour la
danse, en plein air de la nuit, une queue
interminable de danseurs et de danseuses,
marchant deux à deux avec des allures un
peu théâtrales : les filles coquettement
provocantes dans cet idéal costume arlésien, qui donnerait,à défaut de beauté, de
la joliesse aux plus laides.
« Mercredi, 30 septembre.Lamanon. Encore une ville abandonnée sur une cime
rocheuse, une ville que l'on croit être creusée dans la pierre, par des hommes venus
après les hommes des cavernes et dont les
logis, ou plutôt les anfractuosités dans la
roche, auraient été habitées plus tard, par
les populations du pays, en fuite devant
l'invasion des Sarrasins. Des antres de
bêtes, où l'on remarque des ébauches d'escaliers frustes, et des rigoles barbarement
entaillées le long du contournement des
rochers, et qui amenaient l'eau de la pluie
dans des citernes.
" Pour arriver à cette cité mystérieuse,
et qui n'a pas d'histoire, une montée à travers des pins centenaires, à travers des
quartiers de rochers, dans un paysage si
fort aromatisé par les plantes odorantes de
toutes sortes, qu'il entête.

« Pour les Baux, pour Lamanon, pour
ces endroits que j'appellerai de leur vrai
nom, du nom de paysages historiques, et
que dégrade et modifie, chaque jour, l'action meurtrière de la nature, ou la recherche de la pierre de construction paiT'homme,
comment ne s'est-il pas trouvé un préfet,
un administrateur intelligent, qui ait songé à les faire reproduire dans une série
de grandes photographies, et en faire un
musée dans le chef-lieu du département?
car enfin ces paysages historiques sont
tout aussi intéressants que ce qu'on appelle
un monument historique : une église, un
château, une maison.
« En ce temps de choléra, Daudet qui
n'a pas l'estomac en meilleur état que moi,
ne peut résister à un oignon, une tranche
de pastèque, un morceau de tourte d'anchois, à n'importe quelle mangeaille de
son Midi : l'amusant, c'est qu'il combat ces
petits excès de gueule avec quelques gouttes de laudanum tirées d'une petite fiole,
qu'il porte toujours sur lui, et qui vient
de jeter l'effroi dans le buffet d'une gare,
où l'on nous a pris pour un convoi de
cholériques. Et, ma foi, je me suis mis à
son régime, et maintenant si nous prenons,
par hasard, une absinthe, nous la prenons
au laudanum.
HENRI
ODDO.
(A suivre)
«$&gt;
T

A

LA

CIÉUTA

DE-Z-AIS
A

F.

Vidal.

Pièi-queporte tounnoum, noblociéuta de-z-Ais,
Aro qu'ai auboura de-longo rai pensado
Emé Rimbaud d'Aurenjo, emé Lauro de Sado,
De-vers l'antique cièri o l'antique palais,
Avans que de mi jour la lus siegue amoussado,
Retournarai te vèire, o nis que tant me plais,
Mounte, dins la clarour de mi premié pantai,
Moun amo de jouvènt, d'amour fuguè bressado.
I'anarai dins loti tèms que flouris l'òulivié,
E que ti bèlli font de pourfire o de maubre
Gisclon en espóussant de perlo sus tis aubre ;
E me veiran, au front de toun bon rèi Reinié,
Coume fai pèr soun diéu lou pastre de l'idile,
Pausa piousamen uno courouno d'ile.
SEXTIÚS-MICHEL.

�Lou

LE FÉLIBRIGE

Viro-Soulèu

EN DAUPHINÉ

Après l'illustre chantre de Mirèio, après
le poète délicat qui nous a donné Long
dóu Rose e de la mar, voici qu'un nouvel
écrivain vient à son tour célébrer la gloire
du vieux Rhône, son cours capricieux et
farouche, ses rives abruptes et sévères, ses
îles et ses oseraies, et, dans le lointain, la
longue ceinture de pics neigeux qui bordent
son vaste horizon.
M. l'abbé Moutier vient en effet de faire
paraître, à Valence, un volume de 250 pages environ consacré à son Rhône : ce Rhône
dont, tout enfant, il a longé la rive inégale, sur les bords duquel il a fait l'école
buissonnière et dont il a failli, lui aussi,
être une des imprudentes victimes.
On connaît l'abbé Moutier: on sait avec
quelle ardeur il s'est adonné aux études de
la philologie romane. Amoureux de son
idiome natal, il le pratique à merveille ; il
eu recherche avec sollicitude les origines
et la filiation ; et le Glossaire qui accompagne son poème témoigne d'un labeur
consciencieux et d'une solide érudition.
« Lou Rose » est écrit en dialecte basdauphinois comme le Siège de Saillans par
Auguste Boissier de Die et le Théâtre patois par Roch Grivel de Crest. »
Ce dialecte, qui emprunte au provençal
la plupart de ses termes, s'en éloigne cependant par certaines particularités et par
« une longue série de mots propres à la
région.»Mais il en diffère essentiellement
par la phonétique. Ce ne sont plus les périodes musicales et sonores du provençal
classique, ce n'est plus ce tintement argen-

tin qui séduit l'oreille, avant même que la
compréhension soit complète.
« Louparla doufinen, m'écrivait un jour
mon ami Chalamel, a quaucaren de rufe e
de sabourous que li ven dòu brama de sei
vabre mountagniè, e de la fleirour de ferigoulo e de bayasso qu'embaumo leis aupen
de sei serre nevous. »
Cette peinture m'a paru si vraie que je
n'hésite pas à la donner ici et à me retrancher derrière l'autorité de son auteur.
Lou Rose est donc un vrai fruit du terroir ;
et à ce titre sa place est marquée dans toute
bibliothèque félibréenne.
Comme on le voit, depuis la félibrée de
Font-Ségugne, l'idée a fait du chemin, et
le modeste arbrisseau que plantèrent les
Sept est devenu un arbre puissant dont la
verte ramure s'étend toujours plus loin.
Voici ce qu'on nous écrit de Valence :
« Quoi qu'il en soit, nous sommes plusieurs dans notre région résolument décidés à défendre la cause du cher parler de
la petite patrie. Le groupe conduit par
Gatien Almoric fait merveille dans les fêtes
syndicales. C'est prodigieux le succès qu'il
a eu à Valence avec ses acteurs paysans,
le mois passé... Qui aurait jamais dit que
le Félibrige aurait pu s'affirmer d'une façon aussi éclatante au chef-lieu même du
département ? Eh bien oui, le patois, si
décrié par les ignares, a obtenu un vrai
triomphe... Nous espérons qu'il ne sera
pas le dernier, pourvu que nous soyons
encouragés... »
A défaut d'autre citation, nous croyons
être agréable aux lecteurs du Viro-Soulèu
en leur donnant ici la chanson de VAmoueirouso avec sa notation musicale.

V t'aMiUtHutioi.

flltuiïéu.int ivnt,2nu.

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te,

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V iro-Soulèu
6

L'AMOTTEIROUSO

— Marias-me donc, lou vole
Aquéu tant jôuli drôle.
—■ Ma filho, se farai jamai.
— Marias-me donc, lou vole

— Jamai ! de qu'es acò,

Aquéu tant jôuli drôle.
—■ Ma filho, n'avèn gis d'anèu

De qu'es acò, jamai ?
Leissasveni lou mes de mai:

— D'anèu ? de qu'es acò,

Riéu-chiéu-chiéu,

De qu'es acò, d'anèu ?

Janet sarò pèr iéu.

Manco pas de ciercle au tounèu.
Riéu-chiéu-chiéu,

Et maintenant, nos meilleurs vœux pour

Janet sarò pèr iéu.

le succès de l'œuvre félibrécnne en Dauphiné.
LéopotD

MARCEL.

— Marias-me donc, lou vole
Aquéu tant jôuli drôle.
— Ma filho n'avèn gis de sòu
— De sòu ! de qu'es acò ?
De qu'es acò de sòu ?
N'auren si venden nòstei biòu.
Riéu-chiéu-chiéu,
Janet sarò pèr iéu.
UN

— Marias-me donc, lou vole

POETE

DE

TERROIR

PHILIPPE CHAUVIER

Aquéu tant jôuli drôle.
— Ma filho, n'avèn gis de pan.
— De pan ! de qu'es acò ?
De qu'es acò, de pan ?
Lous boulengié couayon deman.
Riéu-chiéu-chiéu,
Janet sarò pèr iéu.

— Marias-me donc, lou vole
Aquéu tantjôuli drôle.
— Ma filho, n'avèn gis de lié.
— De lié ? de qu'es acò ?
De qu'es acò, de lié ?
Manco pas de pailho au palié.
Riéu-chiéu-chiéu,
Janet sarò pèr iéu.

— Marias-me donc, lou vole
Aquéu tant jôuli drôle.
— Ma filho, n'avèn gis d'oustau.
— D'oustau ! de qu'es acò,
De qu'es acò, d'oustau ?
Manco pas chambro à l'espitau.
Riéu-chiéu-chiéu,
Janet sarò pèr iéu.

félibréenne du Var
compte un écrivain de race,
un observateur attentif et un
galejaire qui n'a pas besoin
de forcer son tempérament
pour faire rire les autres,
'ECOLK

car le rire est naturel chez lui. Ce représentant de la vieille gaieté provençale,
c'est Philippe Chauvier, de Bargemon, qui
vient de publier un recueil de vers sous ce
titre bien approprié : Lei fiho dàusoulcu.
Ses poésies, en effet, sont écloses librement sous le soleil, et ne s'embarrassent
point trop, ni des délicatesses du langage
— car il prend ses modèles dans le peuple —• ni des entraves de l'unité orthographique.
Pourtant, la manière de Chauvier constitue déjà un pas sérieux fait vers cette
unité souhaitable. Disciple de Peise et de
'(. la Sinso » par le genre, il a renoncé à
doubler comme eux les voyelles, et il écrit
dóu, Ull et non doou, lèou, etc.
Il faut-reconnaître, d'ailleurs, qu'en l'absence d'un dictionnaire à la portée de toutes les bourses, il n'est pas très facile d'é-

�Lou

Vtro-SouUu

crire selon l'orthographe mlstralienne.C'est
là une lacune que j'ai souvent songé à
remplir en publiant un petit dictionnaire
portatif, à 5 fr., d'après celui de Mistral, et
ne renfermant que le strict nécessaire.
Mais il faudrait être sûr d'avoir un nombre de souscripteurs suffisant, avant de se
lancer dans des frais aussi considérables.
Cela dit, je reviens à Chauvier et à son
recueil divisé en deux parties : Bouquet de
flour et Pessègue d'autoun.
Il v a des quatrains lestement troussés
dans ce bouquet où le poète rassemble Fanny la brune, vraiment trop privilégiée, et
Reine , et Mariette, et Fine, et encore la
fillette qui dit si gentiment « Eh ! »
« Eh ' » fa, se rescontro uno damo ;
S'es un moussu, li fa mai : « Eh ! »
E sias chala d'aquelo gaino
Que souerte d'un tant poulit bè !
Mais cela ne va pas sans un peu de monotonie, pour le lecteur qui n'a plus vingt
ans, et je préfère de beaucoup la floraison
d'automne.
C'est d'abord l'hommage du poète à son
pays natal :
Parleu un pau de Bargemoun,
Aquéu galant pichoun vilage
Que s'esparlico aperamount
Coumo un bouquet dins un peisage.

tout
dire,
Je le
banc
à sa

en remplissant, ce qu'il
les fonctions de secrétaire
vois encore non loin du
plen de terraio » qui sert
boutique :

oublie de
de mairie.
« pichoun
d'enseigne

Aqui, souto leis aubre verd
Que sus la plaço fan oumbreto,
Mèste Chauvié pren souvent l'èr
En fèn tuba la cigareto...
La question soucialo, dédiée à Clovis
Hugues, contient des vœux humanitaires
de ce genre :
S'èri lou Diou de la naturo...
Pèr leis enfant de la pauriho,
Fariou pertout poussa de gréu
Tóutei rampli de gasariho,
De fougasseto e de chaudèu.
Fariou greia dedins l'estoupo,
Pèr tóutei lei vèntre afama,
De gros peiròu de boueno soupo
Que li remetrié l'estouma.
Mais c'est surtout dans la bonne grosse
galéjade qu'excelle Chauvier, et sa Bataio
dei peroutoun de n'eu, qu'il me dédie, est
désopilante: tous ceux qui passent dans la
rue sont bombardés sans pitié, hommes,
femmes, vicaire et même valet de ville ve-

et à ses gloires : les Marquis de Villeneuve
Qu'eu pertout avien lou timoun
E, dius sei brihàntei carriero,
Fèron trelusi Bargemoun
Sèt siècle dins la Franco entiero.

nant pour interdire la chose et qui. après
avoir rendu compte au maire du peu de
résultat de sa mission, s'attire cette semonce :

et le savant abbé Moréri, et Guilhem le
troubadour, et le poète Chauvet, et le légiste Joseph Digne,
E Trouin, lou gaubious sarraié
Qu'enventè dintre sa bicoco
L'art de sòuda l'or c l'acié
Coumo un grefaire emé sa broco.

- 'M'acò, siés tant agu cagaire ?
Fè mai lou mèro au troumpetaire ;
As agu pou de lei faire chuti ?
Eli bèn, retouruo : vai-li faire
De verbau, c despacho-ti I
Ce à quoi il réplique, goguenard :
— Mai vous, Moussu, que vouscresès tant crano,
Lou troumpetoun aqui fè mai,
Se vous sentes d'atupi la chavano,
Passas proumié, vous seguirai !

i
Citons encore pour finir, l'amusant diaet enfin (il fait bien de ne pas s'oublier)
! Iogue entre Tetobouto et Manjovin céléAquéu couquinas de Chauvié !
qui nous donne là sa biographie pittores- ; brant à qui mieux mieux l'heureux temps
où la vigne ne connaissait pas le phylloque.
xéra :
Fils d'un fabricant de clous, et lui-même

iorgeron, c'est sur le mur qu'il crayonna,
au charbon, ses premiers vers ; puis, l'industrie du cloutier disparue,
Alor, faguè lou boutigan,
Sènso chuti d'èstre pouèto.
Vende de tout, jusco de gant,
D'arène, de pignato, do sieto...

»

Oquintei bouen taurié, quinteiboueu barbare us!
Quand pitavian acò, jamai ren de pu dous !
Èro un sucre, èro un mèu, e l'on si coungoustavo
O bèllei gènt de Diou ! la joio vous pourtavo.
E pui, lei bouen sauvan, qu'èron rous coumo l'or,
E lei bouénei clareto e lei panso-muscado !
Oh ! que n'aviou agu fa de bouénei ventrado !

�Lou

Viro-Soulèit

Report
Lucien Duc
Bonnefoy Debaïs ....
Lesimple
Henri Oddo
Roux-Servine
Alex. Pappa
Enjalbert
Marignan.
J. B. Amy
B. Nolé
Jean Laurenty
Jacques Gardet
Pradal, sénateur ....
Peytral,
»
....
Garan de Balzan, sénateur
Joseph Fabre,
»
Monnier, sénateur ...
Pari sot
»
...
Dusolier
»
...
Velten
»
...
Mousnier
Riffard, statuaire ....
Paul Biers
Duchier frères
Maurer
Léopold Marcel
Philippe Calvo
Delahaye
Albert Tournier. ....

J'envoie au poète de Bargemon le salut
des Félibres parisiens, en même temps que
mon souvenir le plus amical à ce tils de
la terre qui la chante avec tant de bonne
humeur, se trouvant heureux de vivre ainsi
au sein de la nature et de luthier son
alerte Muse provençale, pleine de franche
et communicative gaieté.
LUCIEN

MONUMENT

PAUL

DUC.

ARENE

Ie Liste de souscription

Félibrige de Paris
MM. Sextius Michel
Pierre Laffitte
T
Hercule
Paladilhe
César Gourdoux
Jules Troubat
Georges Niel
Léon Laurent
Démaille
Raoul Ginestc
J. L. Croze
Henri Giraud
Ernest Planlier
Wagner-Robiei'
Truphème
Antoine Grivolas ....
Pouvillon
Frédéric Amouretti ...
Charles Maurras ....
Pierre Châtel, maître d'hôtel du Félibrige parisien
Guédon, propriétaire du
café Voltaire
de Berlue
Ulysse Boissier
Eugène Garcin
à reporter

200
20
20
20
20
10
o
5
20
10
3
20
5
5
5
S
5
3
'à

10
10
S
10
10
5
5

Total

660

Nos lecteurs trouveront, encarté dans le
présent numéro, rappel du Comité, et nous
espérons que bon nombre d'entre eux voudront apporter leur obole pour l'édification
de l'œuvre entreprise.
Ceux qui ont déjà souscrit pourront utiliser l'imprimé pour la propagande.
Nous continuerons à publier la liste des
souscriptions reçues,et nous prions les amis
de Paul Arène de se hâter, car il importe
que le Comité soit fixé, à bref délai, sur la
somme totale dont il pourra disposer, les
deux monuments de Sceaux et de Sisteron
devant être érigés dans le courant de l'été.

443
Le Gérant : Màrius

PARIS.

443
5
2
2
5
10
3
10
2
3
3
5
3
10
10
10
3
23
20
20
10
3
2
2
10
5
2
3
3
10

AMY,

249,

rue de Vaugirard.

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

C.I.D.O.
SfZIERS

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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 09,  [n°04] avril 1897 </text>
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          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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