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ilov VÍ^O^OVLèv'
OCTOBRE-DÉCEMBRE

1897

LES FÊTES
CIGALIÈRES &amp; FÉLIRÉENNES
DE 1897

SAMEDI 31 JUILLET

PRÉLUDE
Ainsi que le portait le programme, le
départ des « pèlerins du soleil » s'effectua
le samedi 31 juillet, et la gare de Lyon
présenta un instant l'aspect le plus animé, félibres et cigaliers étant heureux
d'aller revoir la petite patrie et manifestant leur j oie par un entrain tout méridional.
Mais ne nous attardons pas aux préambules, car Yescourregudo est longue, et
entrons aussitôt dans le détail des fêtes, en commençant par le récit de la
soirée félibréenne qui eut lieu á Valence
ce même samedi, pendant que le train
nous emportait.
Ici, nous laissons la parole à un de nos
amis qui avait devancé la caravane :

La première étape de notre voyage est
Valence, « porte du Midi ». Nous arrivons,
le soir, une « farandole » de jeunes et
joyeux félibres ; la nuit tombe, les étoiles
s allument sous le ciel pâle ; de la ville
ffl
al éclairée on ne distingue rien ; vaguement^ l'entrée des rues, s'éléventdes arcs
de triomphe où s'enroule un maigre feuillage, où flottent quelques drapeaux. Tout
Valence est par les rues et, dans les hôtels bondés, l'accueil des gargotiers n'est
Pas des plus aimables. Nous les galèjons ;

DES

FÊTES

une aimable Valentinoise qui ne peut tous
nous loger, accepte nos valises en dépôt
et nous nous rendons au théâtre où doit
se donner la « première &gt; du Nounantonóu de Gatien Almoric.
La salle du théâtre est bondée et le programme des plus variés. Silvain dit magistralement des vers de Hugo ; après
lui, Mme Léa Maujan déclame de sa voix
superbe une poésie de M. Gallet. Vient
ensuite la Nuit d'octobre de Musset. Le
rideau se lève enfin sur Lou nounanto-nàu.
Ce titre nous avait quelque peu intrigué:
de quoi pouvait-il bien s'agir ? De peu de
chose, comme vous allez le voir :
Un maire de village a acheté un billet
de loterie, le n° 99. Gagnera-t-il ? Il le croit
un moment et il exulte ; puis on le détrompe et il se désespère : mais, grâce à
cela, sa fille Justine peut épouser son galant Anatole. Comme vous le voyez, l'intrigue est anodine, c'est une comédie primitive ayant çà et là un parfum de terroir et
écrite dans une langue originale et agréable.
Le succès a été très vif et nous avons
applaudi de grand cœur et l'auteur et les
acteurs qui, paraît-il, étaient tous des paysans formant une troupe régulière trèsappréciée dans la région.

�Lou

PREMIÈRE

JOURNÉE

Vtro-SouUu

—

DIMANCHE

icr

AOÛT

FÊTES VALENTINOISES
Arrivée du Président de la République
Le lendemain matin, nous nous rendons
à la gare à la rencontre du train félibréen.
Nous avons juste le temps d'arriver. Déjà nos amis, à la tête desquels se trouve
notre vert président Sextius-Michel, ont
envahi lesqüais. Partout éclatent des cris
de joie ; nous serrons la main à Maurice

Faure, Albert Tournier,

etc., et, en attendant le Président de la République, nous
allons' faire un tour de ville.
C'est à 9 h. que M. Félix Faure descend
du train présidentiel, acclamé par tous les
félibres et les Valentinois.
Après les réceptions officielles, M. Sextius-Michel s'avance vers le Président et
lui souhaite la bienvenue au nom des félibres et des cigaliers.

Allocution de M. Sextius-Michel
Président-délégué du Comité général des fêtes

Monsieur le Président delà République,
Après M. le Maire de Valence qui vient
de vous offrir si éloquemment l'hospitalité
de la ville, permettez à celui qui a 11 grand
honneur, à côté de Benjamin-Constant, de
représenter les lettrés et les artistes promoteurs des manifestations dont vous honorez si hautement le début, de vous adresser les homm.iges respectueux du Midi littéraire tout entier.
Vous avez prononcé, en Bretagne, ces
éloquentes et fortes paroles :
« L'attachement au sol natal, le maintien
« des traditions et de cette langue celti« que dans laquelle se racontent vos Ié« gendes tendres ou héroïques, sont le
« plus sûr garant de l'amour des Bretons
« pour la grande partie française à laquelle
« ils se sont donnés, pour laquelle ils ont
« si souvent combattu. »
En parlant ainsi, Monsieur le Président,
c'est notre programme que vous avez tracé ; notre but, vous l'avez de même admirablement défini.

Nos pères, eux aussi, ont toujours combattu pour la France, et nous n'en voulons pour témoin que cet illustre fils de
Valence, cet enfant du peuple, Championnet, dont nous saluerons, ce soir,-la statue
que l'admiration de ses concitoyens lui a
érigée sur une des plus belles places delà
ville; Championnet. cette fidèle incarnation des volontaires du Midi, ce héros à
l'âme antique, à l'âme de lettré aussi, qui.
après ses victoires en Italie, alla déposer
un de ses lauriers sur le tombeau de Virgile.
Félibres et Cigaliers, nous aimons pareillement nos coutumes, nos traditions et la
langue des pays où nous sommes nés et
que nous venons glorifier encore une fois
par la lyre et par le ciseau, et nous avons
aussi le cœur assez large pour également
chérir la France et le foyer natal, le pays
d'enfance et la patrie; et nous regardons
comme un article de foi cette belle devise
de Félix Gras :
Ame moun vilage mai que tûim vilage.
Ame ma Prouvènço mai que ta prouvinço,
Ame la Franço mai que tout.
« J'aime mon village plus que ton village;
« J'aime ma Provence plus que ta province.
« J'aime la France plus que tout. »
C'est pourquoi, à la veille des merveilleuses fêtes d'Orange, au moment même
où vous mettez le pied sur le seuil de notre cher Midi, nous avons tenu à honneur.
Monsieur le Président, de saluer celui qui
représente si dignement, sur le terrain de
la République, l'indissoluble unité de la
France.

Devant la statue de Bancel
Nous vous ferons grâce des réceptions
officielles qui n'ont rien eu de félibréen
pour en arriver à l'inauguration de lasta
tue de Bancel.
Le monument Bancel, œuvre de J. ?
Amy, est placé dans la cour de la gare. L(
tribun est debout, un peu dans l'attira*
du Gambetta du monument de la place dt

�Lou

Viro-Soulèu

Carrousel, son large manteau soulevé par
le mistral.
Sur la face principale du piédestal, cette
inscription : « A Désiré Bancel, représentantdu peuple, 1849-1852 ; député au Corps
législatif, 1869-1870 ». Sur la face opposée, ces deux phrases de Bancel sont reproduites : « J'ai été proscrit le 9 janvier
1852, pour avoir défendu la loi. — Aujourd'hui je suis l'élu de Paris et de Lyon ;
mais mon cœur reste à Valence. &gt;
A trois heures, M. Félix Faure se rend
devant le monument à inaugurer.
Le maire de Valence prononce à cette
occasion un fort beau discours, dont voici le début :

Discours du Maire de Valence
Monsieur le Président,
Désiré Bancel, dont l'image est devant
nous, fut deux années seulement Representant du Peuple.
Une année à peine il put siéger au Corps
législatif.
Rares furent ses apparitions à la tribune.
Ses travaux littéraires, enfin, ne sont
connus qu'en petit nombre.
Pourquoi donc ce bronze ?
Qu'est-ce donc qui, dans la vie de cet
homme, a inspiré l'artiste dont nous saluons l'œuvre ?
Pourquoi ce mouvement unanime qui
s'est produit parmi nous lorsque l'idée
sest fait jour de lui rendre un public hommage ?
Pourquoi l'initiative de ces citoyens dévoues qui, constitués en comité, ont eu
moins à stimuler la générosité de nos compatriotes qu'à recevoir les marques de leur
persistante fidélité à la mémoire de Bancel?
Et pourquoi enfin ce témoignage enthousiaste et sincère des plus humbles et
es
d plus eminents parmi nos concitoyens
de la grande ville de Paris comme des
communes les plus modestes de ces deux
départements que le Rhône sépare et qu'une
m
ême ardeur a réunis pour la glorification
ae
Désiré Bancel ?
C est que Bancel fut l'homme d'une idée.
C'est qu'il fut l'apôtre du droit.
Cest que sa vie, si admirable d'unité,
se
résume dans ces mots :
* Résistance au césarisme, exil, opposin
'H'éconciliable au pouvoir personnel. »
£"$3

7'

Après lui, c'est M. Maurice Faure, le
vaillant député de Valence, qui a la parole.
Son discours, tout vibrant de patriotisme
et d'enthousiasme républicain, est une
des plus belles manifestations de l'éloquence forte et majestueuse de notre tribun parlementaire. C'est dans les termes
les plus saisissants que l'élu actuel de
Valence évoque la mémoire de son glorieux prédécesseur et rend un solennel
hommage à ses vertus démocratiques et
à son martyre pour le Droit et la Liberté.
Après avoir savouré la chaude péroraison de Maurice Faure, nous nous délectons de la prose délicate et fleurie de M.
Albert Tournier, le sympathique viceprésident de notre Félibrige pour lequel
M. le Président de la République donne
lui-même le signal des applaudissements.
M. Tournier initie, avec les charmes oratoires qu'on lui connaît, aux beautés littéraires de l'œuvre de Bancel et son
discours complète de la manière la plus
heureuse ceux de M. le Maire de Valence
et de Maurice Faure. On a remarqué que
M. Tournier, physiquement, ressemble un
peu à l'illustre Valentinois, dont il a fait
ainsi doublement revivre le souvenir.

Discours de M. Albart Tournier
Le Maire et le député de Valence viennent de rendre un hommage éloquent et
ému ai» tribun, au citoyen, au républicain
ferme et vaillant dont ils s efforcent, au
Parlement et dans la Cite, de suivre l'exemple en imitant son nobe désintéressement
et ses vertus civiques. J'ai la mission plus
modeste d indiquer très brièvement l'un
des traits essentiels de la physionomie de
l'illustre compatriote dont vous honorez en
ce jour le glorieux souvenir : c'est du penseur, de l'écrivain, du philologue que j'ai
le devoir de parler et aussi de 1 amant passionne de la terre natale, qui, par son
amour du Midi, de sa vieille langue, de
ses traditions historiques, fut un véritable
précurseur du mouvement littéraire qu'incarnent les Cigaliers et les Félibres.
Doué de l'esprit critique le plus développé, de l'érudition la moins prétentieuse et
la plus savante, touchant aux fibres les
plus intimes de notre être et s'élançant
d'un vol puissant, hardi, aux sommets de
la science politique, de la philosophie so-.

�a

Lou

Viro-Soulht

7

ciale et de l'art, Bancel a écrit en somme
dans ses Harangues de l'Exil l'histoire de
l'esprit français : d'une admirable sagacité
pour démêler les causes et les effets des
événements littéraires, il enseignait à la
France l'orgueil de son passé et affirmait
sa foi inébranlable en l'avenir. Comme ses
illustres compagnons d'exil, Victor Hugo,
Ledru-Rollin, Edgar Quinet qui offrent
avec Bancel de si frappantes analogies,
Proudhon, Louis Blanc, Amédée SaintFerréol, l'historien de la proscription en
Belgique, Challemel-Lacour, Emile Deschanel, Madier de Montjau, il entretenait
le levain qui devait empêcher la nation de
rester trop longtemps en servitude : ces
spéculations vastes et profondes d'un grand
esprit, ces méditations d'un homme libre
marquèrent comme la résurrection de la
conscience nationale.
Le Coup d'Etat de Décembre avait brisé dans ses mains le mandat reçu des électeurs de Valence ; il brisa du même coup
son coeur républicain. Exilé de la loi, exilé de son pays, Bancel se réfugie dans la
France des grands siècles ; il parcourt fièrement ce haut domaine intellectuel d'où
la tyrannie est impuissante a l'expulser et
dont il fait les honneurs en grand seigneur
de la'pensée libre, heureux de conserver
précieusement l'étincelle sacrée dans ces
belles leçons dont la jeunesse des Flandres
ne fut pas seule à profiter.
Dans ses Révolutions de laparole, après
avoir recherché les origines de l'éloquence,
après en avoir étudié les manifestations à
Athènes et dans Rome, il la suit à travers
les siècles aussi bien dans les ordres religieux que chez les Albigeois et les Vaudois. Taillant en pleine humanité, fouillant
les lointains horizons de l'Histoire, il étudie face à face et juge avec la hauteur d'un
esprit à la fois impartial et passionné les
génies les plus divers, allant sans effort de
Calvin à Loyola, de Loyola à Rabelais et,
dans son œuvre harmonieuse et forte, il
se montre toujours artiste, poète, érudit
autant qu'orateur et apôtre. Ce fils éloquent
de la Révolution s'incline devant la raison,
devant la philosophie, devant la science ;
il appelle sans cesse le triomphe de l'égalité, du progrès, de la justice, de l'humanité, de l'honneur.
Elevant à son niveau ce qu'il touche,
l'ancien représentant du peuple de 1848
montre cette largeur de vue, cette aristocratie de goût jointe au tempérament le
plus parfaitement démocratique, ces aspi-

rations intellectuelles, l'ensemble enfin des
qualités précieuses qui rendent les hommes d'Etat vraiment dignes du gouvernement d'un grand peuple. Il paraît s'être
tracé son propre programme lorsqu'il s'écrie : &lt; Les temps de la liberté sont venus.
Travaillez avec votre raison pour guide,
votre inspiration pour règle, votre conscience pour flambeau. Philosophes, enseignez l'éternelle morale ! Historiens, révélez
l'éternelle justice ! Artistes, montrez l'éternelle beauté ! »
C'est au génie de la race méridionale
— race de poètes, de tribuns et de soldats : Valence n'en donne-t-elle pas la
preuve vivante avec Augier, Bancel et
Championnet? — que le professeur de l'Université libre de Bruxelles doit sa clarté,
son tour classique, ses périodes sonores,
son culte de l'antiquité et tenez pour certain que sous les voûtes de l'Hôtel de
Ville de la capitale du Brabant si hospitalière aux proscrits, son esprit est hanté
par la vision des montagnes natales de Lamastre ; il entend résonner à son oreille
le parler franc, éclatant et doux qui berça
son enfance, et que l'éloignement, la proscription semblent avoir plus profondément
encore enraciné dans son esprit et enfoncé
dans son cœur.
C'est pourquoi, cigaliers et félibres, se
plaçant en dehors des querelles de parti,
examinant avant tout la haute probité de
l'homme et la vaillance du tribun, s'associent pleinement au juste hommage que
ses concitoyens rendent à l'homme politique. Quel parti d'ailleurs ne s'honorerait
d'un tel homme et ne le saluerait avec respect, même dans le camp de ses adversaires ? Les démocrates de la Drôme nous
pardonneront si nous ne voulons leur laisser le soin d'honorer seuls la mémoire de
l'orateur que le sculpteur Amy a su représenter si énergique et si vivant. Nous ne
saurions oublier que Bancel fut un admirateur des littératures d'oc au même Jegre
qu'un fervent de l'art dramatique grec, et
lorsque nous descendrons vers Orange pour
aller applaudir Eschyle et Sophocle sur la
scène du Théâtre antique, nous ne manquerons pas de venir mêler pieusement les
fleurs de Mireille à vos couronnes de ehene
et de laurier.

Puis, c'est le tour de Mme Léa Maujaii.
qui déclame avec véhémence l'ode à Ba»

�LoM

Viro-Souliu

cel de M. Fabre des Essarts, que nous
nous faisons un plaisir de reproduire.

ODE

ji

73

Et déjà, glaive au poing, rôder par la cité ;
Ah! sous le flot montant de la honte publique,
Nous n'eussions pas laissé sombrer la République,
Si nous t'avions mieux écouté !

'BANCEL

i
Us sont trop grands pour nous, ces héros d'avant-garde,
Ces preux de la prime aube et des premiers assauts.
Plus on les interroge et plus on les regarde,
Plus l'on se sent pareil aux timides roseaux ;
On frissonne et l'on est tout féru de vertige
Rienqu'àlire ces noms pleins d'effrayant prestige:
Danton,Vergniaud, Saint-Just, Mirabeau, Desmoulins !
Pour ces voleurs defoudre il faudrait des Eschyles,
Hélas ! et le luth d'or, en nos mains inhabiles,
N'a plus que de pâles déclins !
Pour ces dieux il faudrait des forgeurs d'épopées ;
Hélas! et nous n'avons que des musiciens !
— Donnez, Titans! Un jour d'autres lyres, trempées
Dans l'exemple sacré des maîtres anciens,
Diront votre œuvre auguste et vos sublimes gestes.
— Dormez, Titans! — Il est des héros plus modestes,
Des fils de votre chair, de votre cœur nourris,
Tribuns, dont près de nous l'ombre est encore errante ;
Puissent du moins pour eux, sur la corde expirante
Vibrer quelques sons attendris !
— Dormez, Titans ! — Ceux-là, sans avoir votre taille,
Nous dépassent pourtant de toute leur hauteur.
Ils ont eu comme vous leurs beaux jours de bataille ;
Comme vous, leur parole a flétri l'imposteur
Et, comme vous, dardé la flèche qui pénètre ;
Mais plus que vous encor nous les aimons peut-être,
Car leurs seins fraternels ont vécu nos rancœurs ;
Leur soir mourant a vu se lever notre aurore,
Et dans l'air de ces monts flotte peut-être encore
Un peu des cendres de leurs cœurs!
Bancel, tu fus l'un d'eux ! — Ces antiques Cévennes
Où la Gnose proscrite eut ses derniers autels,
Sur leurs flancs t'ont vu naître, et le sang de tes veines
C'est le sang qui rendit les Vaudois immortels;
Sousles buissons en fleurs des coteaux de Lamastre
Ton sort s'épanouit, ainsi qu'un lever d'astre,
Libre, joyeux, sans maître, errant—frais souvenir!
Du vert fourré du lièvre à l'étang bleu du cygne,
Et comme ces élus, sur qui Dieu mit un signe,
Tu grandissais pour l'avenir !
D ailleurs, elle sonna bientôt, l'heure poignante,
Ou rêver fut un crime et combattre un devoir;
Et la France entendit gronder ta voix tonnante,
Car tu fus, ô tribun, 1 un des premiers à voir
Duhautdela « Montagne » où siégeait ton courage
Catilina forger l'irréparable outrage

Quand Dussoubs et Baudin sous leurs linceuls de mousse
Dormirent, rage au cœur et trop grands pour plier,
Tu partis, La Belgique, aux proscrits toujours douce,
T'offrit, noble exilé, son sol hospitalier;
Bientôt tu l'entendis, en proie aux saintes fièvres,
Applaudirauxleçons qui tombaient de tes lèvres,
Mais étant d'autre bord que ces aventuriers
Qui portent la patrie au cuir de leurs semelles,
Cet exil d'or pesait à tes regrets fidèles
Et tu pleurais sous tes lauriers !
Mais les pleurs des vaincus eux-mêmes ont leur terme:
Au pays des aïeux tu revins triomphant...
Hélas! devant le sort jusqu'ici resté ferme,
Tu sentis tout à coup un long râle étouffant ;
Affreux rêve! les jours de la terrible Année
S'étaient levés. Tu vis notre armée enchaînée,
Strasbourg pris, Metz livré sans combat au vainqueur.
Et quand tout fut deuil sombre et cruelle navrance
Tu mourus. Les douleurs qui déchiraient la France
Bancel, t'avaient percé le cœur !
Grand mort, tu vas surgir jeune et beau dans ta gloire
Tel que ces dieux sculptés au frontdu Parthénon»
Et dans un hymne ardent que redira l'histoire,
Le Félibre inspiré consacrera ton nom,
Sachant ce qu'à ton siècle, ô Tribun, doit le nôtre
Et que c'est aux accents de ton verbe d'apôtre
Que le droit refleurit sur cet antique sol,
Tandis que du passé, criant les funérailles,
Là-haut apparaîtra sur son lit de pierrailles,
Le blanc fantôme de Crussol !
Et si — dernier défi — quelque épave de trône
Pouvait survivre encore aux coups des grands aïeux,
Bancel, il suffirait des eaux de ton vieux Rhône
Pour la voir tout à coup s'effacer à nos yeux;
Elle irait, elle irait, affolée et tragique,
Jusqu'aux bords où naquit le géant historique,
Et son néant dirait sous les flots murmurants
Dans un spasme d'horreur et d'ultime agonie,
Que les morts sont bien morts et qu'elle est bien finie
L'ère sanglante des tyrans !
Et toi, qui l'as pétri de ta main créatrice,
Si vibrant et si vrai, qu'on le dirait vivant,
Maître dont la pensée, auguste évocatrice,
Unit l'essor du mage à l'esprit du savant,
Amy, toi dont le nom, délicat horoscope,
Peint le charme attirant et doux qui t'enveloppe
Et l'amical regard que la Muse a pour toi,
Sois béni d'avoir fait ce présent à Valence
Et prouvé par superbe et divine excellence,
Que désormais l'art seul est roi !

�Lou

7-1

Viro-Soulèu

II
N'ayant jamais servi ni flatté la puissance
Ni jamais reconnu de maître que la loi,
Resté debout et fier devant ce qu'on encense,
- Mes dieux, car j'ai les miensaussi, sont d'autre aloi A l'heure où vont mes jours clore leur dernier tome,
J'ai droit de saluer en passant l'honnête homme
Qui conduit mon pays au chemin du progrès,
Et, plus pasteur que chef, moins magistrat que père,
Depuis trois ans bientôt remplit son rôle austère
D'humble « Primus inter pares ! »

Quoique peintre, qu'il me soit permis
de parler, après les éloges déjà prononcés,
des qualités chères aux peintres, des qualités d'observation qu'Emile Augier possédait au plus haut degré. En effet, ce curieux de la vie savait voir et écouter, et sa
pensée, claire comme sa plume, a fait la
conquête de son temps et du nôtre, et déjà, nous l'espérons, de celui qui nous suit.

Emile Augier n'est-il pas un des plus
grands portraitistes du théâtre contemporain ? Ses modèles, écrits sur nature, s'ils
avaient été peints, auraient mérité le LouHonneur à lui! le temple où son âme s'élève
vre. Mais peu importe l'outil dont l'Art a
Peut n'être pas le temple oùmon cœurva prier,
besoin, quand celui qui le tient est un arMon Concept social peut n'être pas son rêve,
tiste. Quel peintre aurait mieux exprimé ce
Mais qu'importe Platon, Saint-Simon ou Fourier,
Lorsqu'au sentier du vrai les penseurs sa rencontrent»
bon Monsieur « Poirier » regardant d'un
Et que fait le portique où les sages se montrent, i œil ahuri le dernier tableau acheté par son
Lorqu'ils marchent ensemble aubien universel?
gendre, le « Marquis de Presles, » et diAussi je veux, ornant mon distique suprême
sant à ce sujet à son ami « Verdelet » :
D'un beau nora que j'estime et d'un beau nom que j'aime,
« J'aime l'Art... mais pas les artistes ! »
Unir Félix Faure à Bancel !
Qui l'aurait mieux dessiné, alors que, renversé dans son fauteuil, il s'écrie agréablement : « Nous sommes en mil huit cent
quarante-six; je serai député de l'arrondissement de Presles en quarante-sept, et pair
Le visage du Président s'est animé : ô
de France... en quarante-huit ! »
pouvoir féminin! et demain les palmes
Ingres et Gavarni lui auraient demandé
académiques brilleront sur la sculpturale
des séances. Le premier l'aurait vu par
poitrine de Mme Maujan.
son beau côté quand même, et lui aurait
Côté peu décoratif de cette cérémonie :
une bande de photographes braquent leur
appareil devant le Président et fixent ses
différentes attitudes ; c'est grotesque !

Devant le monument d'Emile Augier
L'infatigable M. Félix Faure, toujours
suivi de son cortège, se rend ensuite au
monument Emile Augier, dû au ciseau de
Mme la duchesse d'Uzès, et que l'on inaugure également aujourd'hui.
Là, M. Benjamin-Constant prend la parole au nom de la Cigale :

Discours de M. Benjamin-Constant
L'honneur, tout simplement, d'être président des Cigaliers pour 1S97, me procure
celui de saluer, en ce moment, avec le
plus profond respect, le chef de l'Etat, au
pied de la statue d'un grand homme et de
le remercier de sa présence, aussi amicale
qu'officielle, au nom des méridionaux de
Paris, de ces lettrés, de ces artistes, initiateurs des fêtes d'Orange.

trouvé, dans le masque, cette volonté qui
fait grandir les plus petits. Le second, tout
en le voyant par le côté comique, en aurait dégagé la silhouette intéressante et
pittoresque. Eugène Delacroix aurait voulu
peindre « Giboyer » ce débraillé au moral
et au physique, ce déclassé-philosophe.
Vélasquez aurait largement enlevé, dans
un tour de brosse, ce sacripant de « don
Annibal ». Et Véronèse aurait fait resplendir, dans une couleur chaude et blonde,
cette captivante « Aventurière » bien douée
pour égarer les cœurs d'un certain âge
avance. Et, costumes à part, ces physionomies diverses auraient tenté ces maîtrespeintres, et ceux d'aujourd'hui, si ce maître écrivain n'avait réussi d'avance.
Enfin, comme tous les Cigaliers, Emile
Augier était un méridional de Paris! Etil
aimait Paris, ce champ de bataille de la
pensée française, cette ville, il est vrai,
redoutée des mères ... la guerre de la vie
s'y faisant plus violente que partout ailleurs, mais où, quand même, veulent vivre les courageux de la vie ! du moins,
parmi ceux-là, ces rêveurs de renommée,
ces confiants dans leur étoile : les poetes
et les artistes ! Et, de ces derniers, une

�tou

Viro-Soulèu

grande partie venant, vous le savez tous,
de ce beau Midi de Franco, antique piedà-terre de la culture grecque et latine, de
ce Midi où nous sommes en fête aujourd'hui. Et puis, comme tous les chemins
mènent à Paris, Emile Augier y vint dès sa
première jeunesse; et maintenant, c'est
Paris qui le rend à Valence avec l'immortalité.
C'est pourquoi ce bronze érigé par sa
ville natale, cette œuvre signée duchesse
d'Uzès, perpétueront dans l'avenir la mémoire d'un profond-penseur, d'un brillant
esprit, d'un écrivain de théâtre de premier
ordre; et tous les cigaliers, en le revendiquant, sont fiers de partir d'un monument
élevé à sa gloire, pour continuer ce pèlerinage d'art à la suite du Président de la
République.

E

2

JOURNÉE

—

75

Ces paroles de l'éminent peintre sont
vivement applaudies, comme l'ont été
celles du Maire.
Représentation de gala
Le soir, salle superbe à la représentation de gala. Devant ce public d'élite, les
artistes de la Comédie-Française interprètent VAventurière d'Augier avec ce
merveilleux talent qui fait de «la maison
de Molière » une des gloires de l'Art national.
La cantate de M. Vincent d'Indy, très
bien chantée par Mme de Lacroix et YUnion chorale, obtient aussi un très vif
succès et clôture cette première journée,
si bien remplie !

LUNDI

2

AOÛT

Wescente du Klione de Valence à Avignon
Voici l'aurore d'une grande et belle
journée, toute félibréenne et cigalière.
Parti à sept heures du matin de la
préfecture, le Président de la République se rend, au milieu des acclamations,
à l'embarcadère sur le Rhône. Là, il est
reçu par une délégation des Félibres et
Cigaliers, composée de MM. BenjaminConstant, Sextius-Michel, Maurice Faure,
Albert Tournier. M . Benjamin-Constant
demande au Président de la République
de bien vouloir entrer dans la grande famille félibréenne et cigalière :
« Monsieur le Président,
«J'ai l'honneur et l'audace... de vous décorer Cigalier, vous, le grand-maître de la
Légion d'Honneur et de tous les Ordres
étrangers ; mais,acceptez-la tout de même,
cette petite cigale ; elle vous portera bonheur, et à nous aussi ! »
M. Félix Faure répond très aimablement ;
« Mon cher Maître,
« J'accepte volontiers cette petite cigale,
symbole d art et de poésie, et, par cela même,
un ordre très fiançais. »

Et le président met à sa boutonnière la
cigale d'or, insigne collectif des félibres
et monte à bord du bateau qui le conduira près d'Orange.
La descente du Rhône peut aisément,
au moins en certains endroits, soutenir
la comparaison avec la descente du Rhin,
de Coblentz à Mayence. Le fleuve français n'est ni moins large ni moins tumultueux que le fleuve allemand ; les paysages
qui se déroulent ne sont ni moins variés
ni moins pittoresques. Hélas ! ils ont l'irréparable tort d'être chez nous. Il ne faut
pas un long voyage pour les aller découvrir et c'est un fâcheux travers de l'esprit
français de ne pas admirer ce qui est
français.
Pas un instant, le regard n'est lassé,
pendant les trois heures que dure le trajet de Valence à Bourg-Saint-Andéol. Voici un bloc énorme, surmonté d'une tour en
ruines si inclinée qu'elle semble prête à
tomber dans le fleuve ; la roche du Cengle et la tour penchée de Soyons, dont la
légende attribue l'affaissement à une vengeance céleste, depuis qu'aux huguenots
certaines nonnes ouvrirent leurs grilles.

�Lou

76

Viro-Soulèu

Voici le village de Charmes, étagé sur le
versant d'un mamelon isolé dans une petite plaine.
Voici, plus loin, la Voulte, dont le château appartint jadis à une famille prétendant descendre de la Sainte Vierge par
la tribu de Lévy. Voici, faisant suite aux
mamelons incultes où la vigne tente vainement de s'attacher, et aux monts plus
arides encore de Rompon, la ville du Pouzin, que domine une statue de la Vierge.
Voici, enfoui, le majestueux assemblage
des ruines de l'ancienne abbaye de Cruas,
avec ses remparts crénelés, ses tours,
ses mâchicoulis, son donjon massif.
Plus loin encore, voici les restes déchiquetés, qui se silhouettent en traits fantastiques, de la forteresse de Rochemaure.
Voici le Teil, Viviers, assis en amphithéâtre ; le défilé de Donzère, dans lequel
le Rhône se précipite furieux, encaissé entre deux massifs montagneux ininterrom-

FÊTES

pus. Voici enfin le Bourg-Saint-Andéol, où
on arrive â onze heures et où l'on fait halte
un moment, trop court, hélas ! pour permettre la visite projetée à la fontaine de
Tourne et à l'autel de Mythra.
Aussi, après le vin d'honneur à la Mairie, se rembarque-t-on, et le déjeuner
servi à bord fait oublier l'ondée intempestive qui marque notre arrivée en face d'Orange.
Laissant le chef de l'Etat affronter bravement l'orage sur la grand'route, nous
continuons la descente du Rhône, et, bientôt après, nous apparaissent les imposantes murailles de la ville des Papes.
C'est à S heures que nous débarquons
en Avignon pour y prendre gîte avant de
nous rendre à Orange, où va se donner,
au Théâtre antique, la grande première
qui a fait accourir dans la petite ville en
fête un si grand nombre de dilettanti de
l'Art.

D'ORANGE

Il était neuf heures quand le Président,
au sortir du banquet qui lui avait été offert
par la municipalité, a fait son entrée dans
le Cihri aux acclamations de la foule.
Sous le ciel rasséréné comme par miracle, après les averses de l'après-midi
qui avaient causé tant d'inquiétudes au
sujet de la représentation, le spectacle a
commencé aussitôt par le prologue de M.
Louis Gallet : Les fêtes d'Apollon, dont
on a malheureusement entendu peu de
chose, à cause du bruit causé par quelques spectateurs qui ne parvenaient pas
à se caser convenablement.
Mlle Lara, en costume pittoresque, figurait la Provence ; Mme Baretta faisait la
Cigale ; Mlle Rachel Boyer représentait la
Gaule, Mlle Moréno laMusique, et chacune
d'elles est venue tour à tour expliquer ce
qu'elle entendait faire pour la gloire du
Bayreuth français.
L'apparition de Mlle Bartet, le drapeau
à la main, représentant la France, a été
saluée par des applaudissements patriotiques.
Puis, après un court entr'acte, le vrai,
le grandiose spectacle antique a commencé

avec l'entrée des Erinnyes, spectres effroyables qui semblaient, en effet, les larmes naturelles de l'immense sépulcre béant
auquel ressemble le théâtre d'Orange,et
terribles entre les formidables décombres.
Le drame de Leconte de Lisle a rugi,
a saigné dans un lieu pareil à lui. Ici,
l'auteur des Poèmes barbares a voulu être,
a été plus eschylien qu'Eschyle lui-même.
Cette féroce tragédie est comme une révolte de sauvages animauxpresque dieux,
mal domptés par le destin.
La sérénité des grands vers tonne en
grondements d'airain. La Comédie-Française, devant tout un peuple effrayé, tourmenté, torturé, enthousiaste et plein
d'horreur sacrée, a joué violemment cette
forcenée tragédie, et elle a bien fait ! Toute
mesure ici aurait été en désaccord avec
l'œuvre. M. M ounet-Sully a in carné comme
il sait le faire le rôle du redoutable Agi"
memnon, Paul Mounet a soutenu sa réputation dans le personnage d'Orestès,et
Mlle Dudlay, en prophètes se, a eu de beaux
éclats de voix et de superbes attitudes,
ainsi que Mlle Lerou qui jouait Klyta"»nestra. Mlle Moréno, souvent applaudi.

�Lou

Viro-SouUu

a mêlé de l'airain à l'or de sa voix et sa
sveltesse de roseau s'est affirmée en celle
d'une lance de guerre ; Mlle Lara a eu
de la fermeté dans la douceur, et Mlle
Wanda de Boncza s'est montrée tout à
fait effrayante, belle guerrière aux casques noirs !
Quant au succès, il a été énorme, unanime, bruyamment et interminablement
enthousiaste.
Ajoutons que la musique de Massenet,
exécutée par l'orchestre Colonne avec la
maestria dont il estcoutumier, a produit
grand effet sous ce ciel couvert naguère
et maintenant étoilé et limpide comme le
ciel de l'Attique.
Pas une note symphonique n'a été per3E

JOURNÉE

—

77

due, et cela nous fait bien augurer du
succès des représentations futures de la
troupe de l'Opéra sur cette scène grandiose.
Entre le Ier et le 2e acte des Erinnyes,
M. Rambaud, ministre de l'instruction publique, est allé remettreà M. Silvain, dans
sa loge, la croix de la Légion d'honneur,
au triple titre de sociétaire de la Comédie-Française, de professeur au Conservatoire et de félibre. C'est la croix quele
Président de la République ne pouvait
manquer de décerner â un de ces félibres
ou cigaliers dont il a accepté de présider
les fêtes pendant deux jours et dans les
rangs desquels il a été solennellement
admis.
MARDI

,3

AOÛT

Le lendemain, dans l'après-midi, on a [ Arrière l'ombre ! Il fouille, exhume, fait renaître.
Cuvier d'un ossement recréait tout un être ;
procédé au couronnement du buste de
Tel Caristie, avec des tronçons de granit,
Caristie, à l'intérisur du Théâtre romain,
Recrée une œuvre énorme ; et le radieux maître,
et Mme Léa Maujan a déclamé chaleuLe soleil, dieu des Arts, lui sourit du zénith.
reusement les stances suivantes du félibre-cigalier Alexis Mouzin :
Et lui, d'un fier labeur la pensée obsédée,
Il s'exalte en des plans dignes des grands aïeux.
STANCES POUR CARISTIE
Dès lors, son œuvre entière en un livre estfondée ;
Car il le sait :1a feuille où se grave une idée
Mieux que le roc résiste et s'éternise mieux.
Tout n'était que silence et n'était que ruines.
Pins rien ne résonnait du rythme de vos voix,
Les marbresont péri, non les chants des poètes;
0 tragiques héros, suprêmes héroïnes ;
Les vieux gradins rongés joignent mal leurs arêtes ;
Et, sur l'écroulement des grandeurs d'autrefois,
Mais le drame des Grecs, comme aux jours primitifs,
La barbarie avait maintenu son pavois.
De son vivant génie emplit ses interprètes
Quinze siècles muets subirent cette injure.
Du théâtre béant n'avait-on point chassé
L'âme sublime ? Orange oubliait son passé.
Combien d'assauts avaient taillé l'ample échancrure
Poussant avec les morts les marbres au fossé '
On mur seul, à travers la guerre et l'incendie,
Restait, géant bronzé par les soleils lointains,
''ses pieds, évoquant l'antique tragédie,
Caristie a refait, dans sa beauté hardie,
Le poème de pierre écrit par les Latins.
Surgie avec l'élan des rêves clairs et vastes,
Sa vision éclate au jour en ce moment.
Jamais, aux temps de Rome, aux plus glorieux fastes,
La foule auguste, en longs vivats enthousiastes,
"avait mieux consacré cet altier monument.
e

? ople, tu dois desjeux divins à Caristie.
Cestloi, quandta splendeur semblait anéantie,
t offrit, — ce qui vaut peut-être un piédestal —
c
te rendre, au plein ciel, ton histoire bâtie,
on
théâtre, ton cirque et ton arc triomphal.

Et répand ses frissons aux peuples attentifs.
Ah! quiconque de nous cherche encorle sublime
Peut accourir: le temple est debout désormais,
Caristie a requis les dieux sur leurs sommets !
Entre, et que leur esprit te pénètre, t'anime,
Toi qui dans le désir du beau te consumais.
Viens, il n'est point ici de conceptions basses.
Lève le front sous l'arc de triomphe où tu passes!
Viens, l'immense théâtre est prêt ; il veut des vers
Dontle large coup d'aile aille droit aux espaces,
Aux infinis qui sont là-haut tout grands ouverts!

Le soir, au Théâtre antique, pour la
deuxième représentation nationale, le ciel
était à souhait tout plein d'étoiles et une
brise aimable se jouait dans l'atmosphère.
Le vaste amphithéâtre n'était pas aussi
rempli que la veille; les fauteuils réser-

�tou

Vtro-Soulèu

78

fois le personnage d'Ismène, et qui, tour
à tour tendre avec force, et violente avec
grâce, a définitivement conquis, ce soir,
parmi les nouvelles comédiennes de France
un rang qui ne lui sera plus contesté. Et
ces soirées du théâtre antique d'Orange
seront longtemps, longtemps, toujours, un
charme infini, une émotion profonde
dans le souvenir des poètes, des artistes,
et de la noble foule.

vés au monde officiel étaient restés vides ;
mais c'est à peine si l'on pouvait s'en
apercevoir dans ce prodigieux grouillement de têtes étagées de banc en banc
jusqu'à la montagne. Tout le monde était
heureux et à l'aise.
Une fois de plus la foule a montré son
amour de la beauté etde la poésie. L'cÂntigone de Sophocle, si noblement et si
tragiquement aussi mise à la scène française par Auguste Vacquerie et M. Paul
Meurice a été littéralement acclamée.
Tout le monde se rappelle cette simple et
poignante tragédie. Personne n'a oublié
combien M. Mounet-Sully est admirable
et terrible en Créon, et Mlle Bartet exquisement fière et douloureuse en Antigone ! MM. Silvain et Paul Mounet ont eu
leurs beaux effets et leur succès habituels ;
mais il faut surtout insister à propos de
Mlle Moréno, qui jouait pour la première

4E

JOURNÉE

FÊTE DE

—

En somme, les grandioses et sublimes
manifestations du théâtre d'Orange ont
été une tentative de décentralisation artistique dont nous devons nous féliciter
et qui portera ses fruits. Malgré quelques critiques de journalistes parisiens,
que ce mouvement inquiète peut-être, la
tentative a réussi, et c'est sur un véritable
triomphe que se sont terminées ces deux
mémorables soirées.

MERCREDI

4

AOÛT

CHATEAUNEUF-DU-PAPE

en l'honneur d'Anselme Mathieu
Cigaliers et Félibres ont continué par
Châteauneuf-du-Pape, l'œuvre éminemment élevée qu'ils poursuivent, œuvre
dont M. le Président de la République
apprécie la haute portée patriotique.
C'est à Chàteauneuf qu'ils se sont rendus, afin de glorifier la mémoire d'Anselme Mathieu qu'a fait revivre le magistral ciseau d'Amy.
M. Ducos, maire de Châteauneuf-duPape et député de l'arrondissement d'Orange, a prononcé un discours très fleuri,
très littéraire, souhaitant la bienvenue
aux Félibres et Cigaliers, et nous nous
faisons un plaisir de le reproduire :

Discours de M. Ducos

MESDAMES

ET MESSIEURS,

En vous recevant au seuil de ce petit
village de Provence, je me sens pris de
confusion à la pensée de ne pouvoir,
comme je le voudrais, vous faire accueil
en ce vieux et poétique langage, au charme
souverain, dont vous entretenez parmi nous
le pieux renouveau.
Certainement, s'il est un honneur qui
m'étonne, c'est que, devant ce groupe d artistes, moi, barbare et profane en leur gaie
science, je sois appelé à parler ici le pre'
mier de celui que vous venez commémorer

�Lou

Viro-Soulèu

et faire revivre aux lieux mêmes où toujours
il voulut vivre, aimer et chanter !
Anselme Mathieu, dont, avec une fidélité attendrie, le sculpteur a reproduit le
profil perdu sur ce bronze au relief léger
qui rappelle les élégances de notre Renaissance française ; Anselme Mathieu fut peutÊtre celui de votre pléiade moderne qui le
plus scrupuleusement a pénétré son œuvre
des saveurs de la terre natale. Dans ses
chansons ailées, mêlant avec une concision
vraiment latine la grâce de Catulle au trait
incisif de Martial, il a fixé d'une touche à
la fois sobre et précise les plus fugaces,
les plus ténus et subtils aspects de la nature et du paysage de son pays.
C'est là, sur cette esplanade de la vieille
tour papale dont le pied s'étaie au mur
des Templiers où nous voilà réunis, sur
ce plateau du bèu-vesé, s'il m'est permis
d'employer un de ses jolis mots intraduisibles pour nous ; c'est au centre de cet
horizon familier qu'il venait rafraîchir son
regard aux aspects changeants du jour.
Dans ce cadre merveilleux, ici borné par
les dentelures du Ventoux que prolonge
la traînée de cendre bleue des Alpilles
fuyantes ; là borné par cette paroi de déchiquetures féodales d'où le Rhône, calmant
sa course aux méandres des îles, va s'échapper par la brèche triomphale d'Avignon, pour de là se perdre dans le grand
azur méditerranéen ; là enfin dans l'épanouissement de ce jardin du Comtat, coupé
d'ombrages et d'eaux vives, où, parmi l'alternance des verdures, la sombreur de
l'yeuse, la feuille changeante de l'olivier
tremblant, la profonde émeraude des vignes
et des prés, pointent, comme des joyaux
ensoleillés, entre leurs tourelles et leurs
pans de remparts branlants, tant de petites
cités jadis célèbres, et dont pas une aujourd'hui n'ait à s'enorgueillir d'un troubadour ou d'un félibre : c'est là qu'il a
voulu borner, enfermer sa vie et son regard ;
là seulement, jamais ailleurs, jamais au
delà !
C'est dans ces sentes aimées, ces combes pierreuses, à travers les kermès épineux et les perdreaux effarouchés, qu'il
cueillait les fruits savoureux de sa poésie ;
quil notait, au passage, le galbe et le
delicat sourire de ses belles filles ; le grand
geste de ses amis, pâtres et pêcheurs, chemmeaux de nos campagnes ; et la ligne
si fine et si juste de ses paysages, et sa
ore charmante, sa flore embaumée, dont
11
connaissait herbe à herbe, brin à brin,

79

les noms et les surnoms, les légendes, les
traditions et les vertus secrètes, — thym,
sauge et lavande, ferigoulo et roumièu,
autant de cassolettes de parfums épandues
sous ses pieds, — d'où, comme autrefois
nos romanesques enchanteurs, il savait,
par une sorte d'alchimie poétique, distiller
en ses vers le baume et les philtres puissants !
Oui, le sculpteur Amy l'a bien représenté sur ce médaillon, émergeant sa tête
couronnée d'un entrelacs de raisins et d'olives, ces armes parlantes de notre vieux
Châteauneuf !
Vous souvient-il comme, dans un de ses
chants, il a symbolisé la vigne, la vieille
vigne de son pays? — avec ses rampements
de couleuvre, ses tortuosités de salamandre
au soleil, ses feuilles de cinabre ardent, ses
vrilles retorses où, la nuit, dit-on, le rossignol laisse emprisonner ses ailes pour
mieux prolonger la plainte de son chant,
et, dans le plein midi, ses grappes négligemment épandues sur la rugueuse
écorce, comme pour mieux amasser, goutte
à goutte, le moût suave et rosé ; — sa
vigne à lui, sa vigne des Combes-Masques,
vieille de deux cents ans, plantée sous l'œil
des sorcières, un soir de bonne lune ; —■
sa vigne brave et fière, à qui suffit encore
un seul coup d'araire ! — Que d'autres,
lui disait-il, soient orgueilleuses d'aller
gonfler les fiasques d'or d'une table royale ;
à toi d'échauffer le chant du Félibre, de
lui verser ce flot de pourpre et de rubis,
ce vin magnifique et populaire, dont il a,
dans un de ces vers à forte redondance,
si bien dit
Qu'il donne le courage et le chant et la joie !
Sur ce vieux mur, doré par tant de soleils, à ce carrefour des routes, où passèrent tant d'échos chantants, à qui désormais
viendront se mêler les siens, aubades, sérénades, soieillades, comme il les appelait,
et ceux-là aussi que d autres nomment leurs
amours et que lui, par une métonymie
naïve, il nommait simplement ses poutoun,
ses baisers : — c'est là que nous placerons
son image.
Et c'est là aussi, si vous le permettez,
Mesdames et Messieurs, que nous fixerons
le souvenir de cette heure charmante et
rapide où vous êtes venus, disciples fidèles,
l'offrir à ses compatriotes comme un monument de commémoration, doublement
précieux et par la valeur de l'œuvre et par
la grâce du don ; de cette heure où tous
ici, ses amis, sa famille et moi-même,

�So

Lou

Viro-Soulfot

heureux de servir à l'expression d'un remerciement unanime, nous l'avons faite
nôtre, adoptée, acclamée, promettant de
la défendre contre le temps et l'oubli !
Afin que désormais, dans ce cadre de
nature immortelle, dans ce coin perdu de
notre France — en qui toujours, par l'infusion du génie de tant de races diverses,
germe et se reproduit l'adorable unité de
la grande Patrie, — d'autres et d'autres
encore, après nous et de siècle en siècle,
contemplant au tournant du chemin sa
souriante physionomie, s'excitent, comme
lui, à glorifier dignement leur pays, dans
son exquise, radieuse et impérissable beauté !

M. Sextius-Michel afait ensuite l'éloge
du poète des Baisers, avec l'esprit délicat et charmant qui caractérise chacune
de ses harangues familières :

Discours de M. Ssxtius-Micltel
MESDAMES, MESSIEURS,

Le nom d'Anselme Mathieu était particulièrement cher aux félibres de Paris, depuis
la très amicale visite qu'il leur fit dans une
de leurs réunions au café Voltaire, il y a
quelques années.
Nous connaissions déjà le charmant poète,
nous connûmes l'homme aimable, et depuis
nous les avons aimés tous les deux.
De là le beau médaillon que nous dédions
aujourd'hui à sa mémoire, et que nous offrons au joli village où il est né, et que
Mistral a si poétiquement décrit dans son
Avant-Propos de la « Farandole ».
« Châteauneuf-du-Pape,dit-il, estun plaisant village qui s'élève, entre Orange et Avignon, au midi et au penchant d'une petite
montagne, — où il y a, — dit-il plus loin,
de cigalo un tremoulun (de cigales un tremblement.)
Et à présent, —se hâte-t-il d'ajouter,—
que vous le connaissez bien, vous étonnerez-vous, dites-moi, qu'un joli chanteur soit
éclos dans un si joli nid ? »
Puisque j'ai parlé du joli nid, je ne saurais ne pas exprimer ici à l'estimable famille d'Anselme Mathieu le regret très vif
et très sincère que l'usage constant et le souci bien légitime de conserver à la commune

de Châteauneuf-du-Pape la pérennité d'une
œuvre d'un mérite artistique aussi remarquable que celle de notre éminent confrère
le sculpteur Amy, ne nous aient point
permis de placer l'image du regretté p&gt; ète
surlafaçade même de sa maison paternelle,
n'aurait-ce été qu'en souvenir de sa mère,
« une femme du vieux temps, — dit encore
le chantre de Mireille — une bonne et
sainte femme dans l'ampleur de ce mot, et
qui voit clair dans l'âme claire des poètes
et qui était dans sa famille comme la messagère du bon Dieu. »
Anselme Mathieu est donc le poète de
Châteauneuf-du-Pape, et il mérite l'admiration de ses concitoyens.
La gloire de l'auteur de la « Farandole»
lui vint d'abord d'avoir été un des compagnons de pont-Ségugne qui, les premiers,
se donnèrent la noble tâche de faire de
belles œuvres dans la langue du pays natal.
Il fut donc un de ces va liants félibres
dont Mistral a immortalisé le nom dans son
VIe chant de Mireille :
E tu tambèn, Mathiéu Ansèume,
Que di triho souto lou tèunie,
Regardes, pensatiéu, li chato' que fan gau.
«Et toi aussi, Mathieu Anselme, qui sous le
berceau des treilles, regardes, pensif, les jeunes
filles attrayantes. »
Glorieuse et ra3ronnante époque où sept
jeunes gens, épris d'un idéal nouveau, enthousiastes héritiers des Raimbaud d'Orange
et de Guillaume des Baux, firent entendre,
en 1855, à Font-Ségugne, cette délicieuse
chanson qui retentit bientôt dans toute la
Provence, cette sublime profession de foi,
cet hymne sacré que nous entonnons si
souvent, avec le Chant de la Coupe, dans
nos agapes fraternelles :
Sian tout d'ami, sian tout de fraire,
Sian li cantaire dóu païs !
Tout enfantoun amo sa maire,
Tout auceloun amo soun nis :
Noste cèu blu, noste terraire
Soun pèr nous-autre un paradis !
Anselme Mathieu n'avait guère étudie
que dans le grand livre de la nature ; les
baisers de sa mère avaient fait le reste et,
une fois entré dans la phalange sacrée, il
fut un des plus ardents à parler la langue
du berceau.
La Farandole est le recueil des poesies
qu'il composa depuis cette époque. C est,
d'un bout à l'autre, un chant de cigale

�Lou

Viro-Soulèu

bruissant parmi les fleurs, un rayon de
soleil se jouant dans le cristal des eaux.
Quelques-unes de cès poesies rappellent
même, par la facture du vers et la vérité
du sentiment, le tendre génie d'Aubanel.
Pour me mettre en règle avec un si aimable poète dont je ne puis qu'esquisser
le portrait, je ne résiste pas au plaisir de
citer quelques-unes des strophes de la poésie intitulée : L'endourmido et dédiée à
Louis Roumieux :
Soun clar fichu de mousselino
Laisso entre-vèire soun sen blanc,
E l'auturun de sa peitrino
Mounto e davalo en tremoulant.
D'amount, la luno que chauriho,
Baiso soun front sènso clamour,
E n'auso pas, même à l'auriho,
lé dire un mot, un mot d'amour.
Intro plan, luno amistadouso,
Dins la chambreto mounte jais...
Laisso dourmi moun amourouso
E mete-me dins si pantai !
Son clair fichu de mousseline — laisse entrevoir son sein blanc — et l'émînence de sa poitrine — monte et s'abaisse, palpitante.
Du ciel, la lune qui épie, — baise son front
en silence — et n'ose pas, même à l'oreille, —
lui dire un mot, un mot d'amour.
Entre doucement, lune amicale, — dans la
chambrette où elle est couchée.. — Laisse dormir mon amoureuse — et mets-moi dans ses
rêves !
Bon et naïf comme un enfant, constamment épris de beaux yeux ou de lèvres
roses, il se consolait de la vie, qui lui fut
6Í souvent amère, en chantant l'amour qui
nt éternellement au cœur des jeunes Provençales, et aussi le vin, cet autre consolateur, comme d'aucuns l'appellent, ce bon
vieux vin de la vigne papale qui a fait la
prospérité du village béni et le renom de
ses coteaux ensoleillés :
Li bello de vint an dounon l'amour ;
Lou vin de Castèu-Nôu douno la voio !
0 doux poète qu'on a si justement surnommé lou félibre di poutoun, ingénu
chercheur d'idéal, toi qui, malgré les ronces
et
les broussailles des réalités poignantes,
as
toujours marché en des sentiers peuplés de rêves ; toi qui as chanté l'amour
e
*la beauté sur la terre classique des troubadours, ah 1 sois aimé et honoré par ceux
1UI chantent encore !

Et si, dans l'air subtil qui nous entoure,
quelque chose de toi peut voir encore et
entendre, ô notre hôte d'un jour, réjouistoi !
Dans un temps prochain, un hommage
aussi durable que les beaux discours et les
rimes sonores, consacrera ta mémoire à
jamais.
Grâce à la munificence d'un homme plein
de clairvoyance et de dévouement, grâce
à l'excellent maire de Châteauneuf-du-Pape,
à cette place même, une élégante fontaine
s'élèvera, surmontée du beau médaillon
que nous inaugurons aujourd'hui. Elle sera
l'ornement de cette partie du village qu'abrite le vieux château de Lers ; elle sera
la joie des enfants qui, le dimanche, reviennent des champs, tout barbouillés de mûres, et les bonnes ménagères, accortes et
jolies comme toutes les Comtadines, iront
y puiser l'eau fraîche et limpide dans la
dourgue traditionnelle.
Parfois même, qui sait ? deux jeunes
fiancés, au sortir de l'église voisine, s'y
arrêteront aussi, comme les bergers de
Virgile devant la source sacrée, et, dans
l'honnêteté des étreintes permises, ils uniront de nouveau leurs cœurs et leurs mains,
sous le regard bienveillant du Félibre des
baisers.

C'est au tour de Félix Gras, le capoulié, qui, de sa voix vibrante, fait en ces
termes l'éloge du poète de la Farandoulo :

Discours de M. Félix Gras
Messies e gai Counfraire, e tôuti vàutri,
bràvi gènt, cigalié de Castèu-Nôu.
Aro qu'avès ausi voste Maire-deputa que
vous a tant bèn parla di pouèto e di félibre, em'aquéu teta-dous especiau i ràri députa letru ; aro qu'avès peréu ausi noste
ounoura coulègo, lou Presidènt di félibre de
Paris, dins soun discours meravihous, ounte
vous a counta la vido dôu pouèto Ansèume
Mathiéu, escoutas que vous digue, sènso
trop rebrounda mi fraso, la vido vidanto
d aquéu cigalié de Castèu-Nôu que fuguè
pleno de cansoun e de poutoun.
Sabe pas coume acô se faguè, mai es
verai de dire que noste Mèstre Ansèume

�Lou

Viro-Soulèu

Mathieu, entre naisse fugue félibre, valèntà-dire un gai vivent, un filousofe coume
se n'en vèi gaire, anant toujour cantant
sus la draio flourido coume sus lou draiôu
clafi d'ourtigo.
Sabe pas se, quand lou batejèron, lou
bon priéu de Castèu-Nôu destapè la bureto
d'aigo claro di sànti font, o se, pèr mespreso, l'oundejè em'uno fiolo d'aquéu vin
renouma di papo. Lou tout es que lou
boujaroun, estènt encaro dins li bras de sa
meirino e souto l'iue de soun peirin, se
bouté à cacaleja coume un gau, o plus lèu
coume uno cigalo encigalado de soulèu. E
aquesto cigalo lou tenguè ravoi e galoi
tout lou tèms de sa vido. Fuguè lou pouèto
blous de la bèuta idealo e semblavo que
soun amo lou pourtavo, e se pou dire quasimen que jamai touquè la terro.
E d'enterin que soun vièi paire emé si
fraire e si sorre anavon reclaure li vigno
o liga li gavèu, éu ravassejavo à l'oumbro
d'uno tousco à sa bello Zino, o cantavo
sis amour, alin, au fres, de-long lou riéu
de la font de Souspiroun.
Anavo à la vigno rèn qu'au tèms di vendemio... pèr gatiha li vendemiarello e ié
dire de mot poulit que mesclavon si rire
de roujour.
Em'acô coume de-longo ravassejavo e
regardavo lou cèu, sis iue èron blu coume
l'azur: e coume si man n'avien jamai culi
que li blavet di colo e li glaujôu di meissoun pèr n'en fiouri li coursihoun di glenarello, èron fino e leno coume li man
d'uno Arlatenco.
E coume parlavo rèn qu'emé de mot
chausi dins nosto lengo de Diéu, qu'aurias
di, à l'ausi, uno bouscarlo que ramajavo,
ligènt d'aquesto cigaliero l'apelèron « Moussu Ansèume ! »
E si parènt qu'èron de païsan drud, lou
mandèron is escolo d'Avignoun !
Urousamen, nosto cigalo anè pas faire
tèsto contro li bericle d'un d'aquéli proufessour, escrachaire de cervello, coume se
n'en vèi tant : lou diéu di cigalié lou mené se pausa sus l'ôulivié felibren planta
pèr Roumaniho, e enta e fatura pèr noste
grand Mistral.
Em'acò, adieu moun Castèu-Nòu I Li bon
parènt e li bràvi gènt de l'endré veguèron
plus « Moussu Ansèume », que de cinq en
quatre, quand venié emé lis ami Daudet,
Mistral, Grivolas, Aubanèu, Ronmaniho,
Bonaparte-Wyse, reviscoula sa cigalo em'aqu'éu vin pountificau, papau e rouge.

E quand li gènt, pèr cop d'asird, aquéli
jour de felibrejado, lou rescountravon, ié
fasien :
« Mai dequé fasès alin, Moussu Ansèume ? »
Eu, ié respoundié : « Fau la farandoulo.»
E li gènt s'enanavon en brandant la tèsto, coume pèr dire : « Aquelo cigalo ié
passarà jamai ! »
Ben daumage sarié 'sta se i'avié passa !
Car se, pecaire ! coume dis dins sa cansoun :
Se lou Rose, es verai, de ma pichoùno terro
A rousiga li bord,
Me rèsto enca lou cor,
Cor bon coume lou pan e plus grand que ço qu'èro.
Se ié resté à-n-éu, que soun cor, bon
coume lou bon pan, vous n'a resta à vàutri,
aquelo Farandoulo, que vous fasié branda
la tèsto quand vous n'en parlavo ; vous
n'a resta, à vàutri Castèu-Nouvèn, aquelo
bello cantadisso que s'atrovo sus tôuti li
pajo de soun libre e que porto i quatre
caire dóu mounde la renoumado de voste
vin espetaclous, que sara toustèms vosto
richesso...-Aquéu paure félibre qu'avès enterra sout quatre pan de terro, éu, vous
enterrarà souto de clapié d'or... Aquésti
cinq vers, que soun esta revira dins tôuti
li lengo que se parlon dins l'Univers :
Li forço au vènt-terrau vènon ravoio,
L'aiôli douno au cor la bono imour,
Li bello devint an dounon l'amour,
Lou vin de Castèu-Nôu douno la voio,
Emai li cant, emai l'amour, emai la joio !
aquéli cinq pichot vers, mi bràvi CastèuNouvèn — tène à vous lou dire, car n'i'a
proun que lou sabon pas —■ valon mai
pèr voste païs que cinq cènt saumado de
terro en prat! Es aquéli cinq pichot vers
que soun l'encauso que se bastis de castèu sus vôsti trescamp, es aquéli cinq pichot vers que chanjon en diamant li caiau
de la Nerto, es aquéli cinq pichot vers que
faran de doto à vôsti chato, es aquéli cinq
pichot vers de Moussu Ansèume qu'avenaran la font d'or que rajara toustèms sus
Castèu-Nôu-de-Papo.
Me descapelle davans tu, bèu Mèstre,
ami Ansèume !... Coume la cigalo as viscu,
cantant jouious au bon soulèu, e coume
uno cigalo siés mort, davans la porto de
la fournigo, l'an dóu gros ivèr ! mai toujour cantant, car ta cansoun es inmourtalo !

�Lou

Viro-Soulèu

Notre estimé confrère Lucien Duc, le
vaillant directeur de la Province, le délicat poète de Marineto, dit, aux applaudissements de chacun, ces jolies strophes
émues : •

AU FELIBRE DI POUTOUN

Eici, dins Castèu-Nòu, galant nis de troubaire,
Oublidant l'amaran e li raive enganaire,
O grand cor generous,
Te pausaves dôu brut di cansoun e di fèsto,
Umble emé li pacan, mai redreissant la tèsto
Davans lis auturous !

Qu'ères bèu quand disiés, enaurant ta patrio :
«Litres quart dóu Miejour, sian de bonofamiho ! »
E Milord espanta
Di sentimen princié de ta fièro espouscado,
De-segur, regretè de l'avé mespresado,
Toun ouspitalita !

léu t'amire, Mathiéu, dins toun noble paurige :
Noua te leissant gibla pèr li cop de l'aurige,
Anaves, simple e grand,
Urous de semena l'amour e li poutouno,
E de vèire espeli di bouco di chatouno
Lou rire pur e franc.

T'aviéu vist eilamount, dintre la capitalo;
Aviéu sarra ta man grand duberto e leialo,
E m'aviés pivela
Ennous disènt, galoi, de versqu'ausisse encaro :
Ah ! m'ensouvèn toujour e de ta fino caro
E de toun dous parla !

Di naturo d'elèi pourtant au front la marco,
Me siés apareigu vertadié patriarco,
E, coume Anacreoun,
Te poudèn courouna de roso emai de pampo.
^ai, aro, pou boufa subre tu la cisampo :
As plaço au Panteoun !

Ié siés em' Aubanèu e lou bon Roumaniho,
E fasès tôuti tres qu'uno mémo famiho
Que de-longo amaren ;
p
èr li feien devot de nosto Santo Estello,
Mióugrano e Farandoulo, e Conte e Sounjarello
Soun de rai azuren.

83

A coustat de Mistral, qu'encarno touto glòri,
Tambèn de tu, Mathiéu, se gardara memóri :
Se l'aiglo, dins soun vôu,
Sus li piue gigantas nous porto d'un cop d'alo,
Tu, siés l'oste escouta de nôsti niue pourpalo,
Siés noste roussignôu !
Li chato e li jouvèut sèmpre vendran en foulo,
Aqui, souto tis iue, faire la farandoulo
E t'envouca belèu !
Saras lou counfidènt, lou diéu di calignaire,
E ié faràs ama la lengo dôu terraire
E la vido au soulèu !

I'aprendras la bounta, la noublesso requisto
Qu'a tant bèn reproudu lou cisèu de l'artisto
Sus toun gènt medaioun ;
E quand davalaren de Paris en Prouvènço,
Pèr t'adurre, esmougu, la flour de souvenènço,
Vendren en bataioun.

M'es grand ounour, encuei, de canta ti lausenjo,
léu qu'aviés embrassa coume un fraire en Aurenj o;
Ami di darrié jour,
Au noum di Parisen te porge moun ôumage,
Urous de faire encaro un nouvèu roumavage
I terro dóu Miejour.

E cride à Castèu-Nôu, que coume ungaus'ajouco:
« S'unjour quauco malandro empourtavo ti souco,
Glòri de tis estiéu ;
« S'aviésplus pèr renoum toun vin de Roco-Fino,
« Diransèmpre : Es lou brès dóu cantaire de Zino,
« Brès d'Ansèume Mathiéu ! »

M. Henri Bouvet dit ensuite des vers de
sa composition et M. Eugène Garcin clôture la cérémonie par quelques paroles
émues qui évoquent le souvenir et la douce
philosophie de son vieil ami Mathieu, au
temps de Fontségugne.
Puis les landaus ont conduit félibres,
cigaliers et leurs invités, au pied des ruines du château de Lers, où a lieu une
joyeuse félibrée, dans un des sites les
plus pittoresques de la vallée du Rhône.
Nous avons remarqué dans l'assistance :
Mme et M. Bertrand, procureur général;
M. Soleau, conseiller à la Cour de Paris ;
Mme et M. Maurice Faure ; M. Albert
Tournier ; le poète Tavan, un des derniers
survivants de la pléiade des sept fon-

�Lou

4

s

Viro-Soulèu

dateurs du Félibrige ; l'actif chancelier
Mariéton ; Alexis Mouzin, président de
l'Académie de Vaucluse ; le félitxre majorai Hte Guillibert, qui a dit des triolets
en l'honneur d'Anselme Mathieu ; MM.
Deluns-Montaud, L. Gallet, Truphême,
Amy, etc., etc.
Et, pour la rareté du fait, signalons
enfin la présence d'une félibresse de sept
ans, la filleule de Lucien Duc, qui, debout
sur un banc, à côté du Capoulié, porta
gentiment ce brinde à Mistral absent et
recueillit les baisers des principaux félibres :
LOU

BRINDE

DE

LUCIANO

« Saras felibresso, ma bello ! »
Me dis moun peirin douçamen,
E, vuei, me meno à Santo-Estello
E vôu que digue un coumplimen.
Vosto lengo meravihouso,
Me l'apren en me caressant;
De la parla sarai urouso :
Escusas-me s'ai pas Vassent !
Mai dequé dire à de felibre,
A de pouèto saberu
Que fan de discours e de libre
E qu'à Paris fan tant de brut ?
l'a qu'uno causo que pôu èstre
E que me permetrés, belèu :
Acô 's de rèndre óumage au Mèstre,
Goume la mouissalo au soulèu !
Ounour au ciéune de Maiano,
Qu'i Miejournau douno lou toun !
Pèrli bouqueto de Luciano,
Paris ié fai un gros poutoun !
T

A propos du fameux banquet de Lers,
nous laissons la parole à notre cher
« Oncle », qui transmit au Temps cette
humoristique chronique :
La fête fat exquise et fort bien ordonnée...
Elle avait été ordonnée par Mariéton.
Mariéton, c'est le sergent-fourrier, c'est le
factotum du Félibrige. C'est lui qui dresse
le programme des réjouissances, qui fixe
les étapes, qui prépare les moyens de transport, qui commande les dîners; il est partout, voit tout, sait tout, fait tout.

C'est lui qui m'avait dit :
•- Vous n'allez pas nous quitter comme
ça. Il faut que vous voyiez au moins une
de nos fêtes. Demain, nous inaugurons, à
Châteauneuf, le médaillon d'Anselme Mathieu.
— Qu'est-ce qu'Anselme Mathieu ?
— Vous ne connaissez pas Anselme Mathieu ? C'est un grand poète.
— J'entends bien. Mais ça ne le distingue pas assez des autres. Tous les poètes
du félibrige sont de grands poètes.
— Aussi nous les inaugurons tous. Nous
en avons toujours bon an mal an, un ou
deux à inaugurer. Châteauneuf est un joli
village très pittoresque : le maire est un
homme charmant ; il a dans sa cave un
vin du pape, mais un vin... que le pape
lui-même n'en boit pas de meilleur. Il y
aura des voitures pour tout le monde ; à
onze heures nous inaugurons, à midi nous
déjeunons en plein air, dans un joli coin
de bois quej'ai déniché ; ce sera charmant,
à trois heures, nous monterons sur un bateau qui nous ramènera à Avignon pour
dîner. Tout cela ne vous tente pas ?
— Eh bien, c'est dit. A demain.
Je connaissais mon Mariéton ; je me précautionne d'une voiture, que je frète pour
la journée, et j'arrive à l'heure dite à Châteauneuf. Il y avait déjà là Maurice Faure
et deux ou trois gros bonnets de la politique, le maire avec son écharpe et toute
la commnne en l'air.
On me présente une députation de maîtres d'école, de braves gens qui m'appellent
leur oncle et à qui je serre les mains de
grand cœur. Une heure se passe en conversations ; je vais de groupe en groupe;
toutes les femmes ont des bouquets de
lavande, dont l'air est embaumé. 11 y en a
de bien, oh! mais, là, de bien jolies, avec
des yeux bleus, dont le regard, au lieu
d'être noyé, brûle. Toutes rient à belles
dents et s'amusent du spectacle qu'elles
donnent.
Ah çà ! mais, les autres n'arrivent pas.
Où est Mariéton? Que fait Mariéton ? A
quoi pense Mariéton? On charge Mariéton
d'imprécations drolatiques. Anne, ma sœur
Anne, ne vois-tu rien venir ? — Je ne vois
que la poussière qui poudroie....
Ah ! elle poudroie joliment, la poussière!
Tout à coup, un cri : les voilà ! D'un même
mouvement nous mettons nos mains en
avant sur nos yeux. On les voit poindre
au lointain de la route ; ils ne se hâtent
point: c'est une remarque à faire: ces me-

�Lou

Viro-Soutèu

ridionaux si exubérants, si gais, qui ont
trouvé pour désigner leur verve tumultueuse un mot bien à eux, Vestrambord, ne
nt jamais pressés; ils s'amusent et mus0
sent.
Les voitures versent une cinquantaine
d'arrivants. On tombe dans les bras les uns
des autres : on crie, on rit, et Mariéton
court partout, formant et activant le cortège.
Nous arrivons devant le médaillon ; d'estrade officielle, point. Un escabeau, sur
lequel monte M. le maire. On se range
autour dans un aimable désordre. Tous les
indigènes de Châteauneuf, grimpés sur les
fenêtres, nous regardent d'un air curieux.
Ah ! le soleil ! le soleil ! celui de la Provence surtout ! quel admirable décorateur !
Chez nous, à Neuilly, à Sceaux ou à Nanterre, la scène serait piteuse et ridicule.
Ici elle est charmante ; elle a je ne sais
quoi de poétique qui rappelle Homère ou
tout au moins Théocrite. Tout le monde
est debout, et, sous un ciel de feu, lèvent
apporte par intervalle des senteurs de thym
et de lavande.
Le maire nous souhaite la bienvenue.
Je croyais trouver un maire de village
important, emphatique et gauche : point
du tout. M. Ducos est un ancien élève de
l'Ecole polytechnique, un homme d'infiniment d'esprit et de savoir, qui nous fait
un des plus jolis discours que j'aie entendus de ma vie, un discours tout fleuri de
gracieuses épithètes, tout parfumé de poétiques souvenirs ; et cela sans recherche,
sans préciosité, avec une bonne grâce dont
nous sommes tous ravis.
C'est M. Sextius-Michel, le président des
félibres de Paris, qui prend la parole ensuite. Il nous dit la biographie d'Anselme
Mathieu. Il nous révèle qn'Anselme Mathieu fut un grand poète, mais qui se différencie des autres grands poètes, ses frères,
par un mérite particulier. Il était le poète
&lt;k poutoun.
Je vous y prends, là ; vous ne savez pas
ce
que ça veut dire, di poutoun. Je puis
vous accabler de ma science toute fraîche.
Cest le poète du baiser. Et voilà comment
°n s'instruit toujours en voyageant.
M. Sextius-Michel nous parle avec une
ve
rve abondante di poutoun. L'eau nous
en
vient à la bouche. Les poètes succèdent
aux
orateurs. Ils nous disent des panégy"ques en vers, écrits dans la langue de
ls
hal. Il nie semble remarquer que les

indigènes, qui avaient écouté en riant beaucoup, un discours en patois du pays, le
discours de M. Félix Gras, le grand caponlié du Félibrige, ne comprennent pas
grand'chose à la poésie qu'on leur débite.
— Est-ce qu'un épicier de la rue SaintDenis, me dit un jeune félibre, entend les
vers de Leconte de Lisle ou de Verlaine ?
Je suis collé.
Il est une heure et demie quand la cérémonie prend fin. Mariéton donne le signal
du départ. Nous remontons tous dans nos
voitures, pour aller au lieu du rendez-vous :
les ruines du château de Lers.
C'est assez loin ; et ce qui est merveilleux, c'est que nos cochers ne savent pas
le chemin. Nous nous perdons, et nous
sommes obligés de gagner, à travers champs,
la salle à manger en plein vent.
Une table est dressée sous bois, dans un
endroit délicieux. Mais sur la table, pas
une assiette, ni un verre :
— Mariéton ! Où est Mariéton? Que
fait Mariéton ?
Mariéton vole de l'un à l'autre ; il calme
les courages émus. Il y a un déjeuner
excellent qui était commandé pour midi ;
il n'est pas arrivé.
Nous nous asseyons devant une immense
table vide. On pousse des rugissements:
— Du pain, au moins, et de l'eau!
Il n'y a pas de pain; il n'y a pas d'eau.
Mariéton sourit toujours, il demande cinq
minutes, rien que cinq minutes, et s'assied
impassible sur un tronc d'arbre, comme
Marius sur les ruines de Carthage.
Le pain arrive ; nous nousjetons dessus.
— Ma foi, me dit tout bas le maire, j'ai
dans la caisse de ma voiture quelques
bouteilles de mon vieux châteauneuf; si
nous les buvions en attendant ?
La faim et la soif sont de mauvaises conseillères. J'entre dans la trahison. Je fais
un signe à Maurice Faure qui est aussi canaille que moi. Nous formons le petit
groupe du vieux châteauneuf.
Ah ! mes amis, quel vin ! II est chaud,
dépouillé, savoureux ! Les papes ne s'ennuyaient pas à Avignon. Nous nous amusons comme des papes. Le déjeuner arrive
enfin en trois voitures : mais nous avions
dévoré force pain trempé dans du vin ;
l'écluse avait été ouverte aux discours; le
torrent coulait.
Que j'ai admiré Maurice Faure ! A Paris, je le trouve parfois d'une exubérance
bruyante. Là, dans cette atmosphère de cris

�86

Lou

Viro-Soulèu

et de joie, parlant cette langue sonore du
Midi, il est merveilleux d'entrain, d'animation, de gaieté forte et savoureuse. M.
Deluns-Montaud prend la parole après lui ;
il est fin et aimable. J'y vais, moi aussi,
de mon toast. Moi, quand je suis dans le
Midi, je suis du Midi et demi. J'ai doubles
muscles.
Autour de cette table où l'on n'a rien
mangé, c'est une joie débordante. On la
compare au radeau de la Méduse, et la
tour du château en ruines à la tour.d'Ugolin, et l'on rit. Les cigaliers sont, comme
les cigales elles-mêmes, gris de soleil.
Et du châteauneuf? Oui, sans doute.
Mais je ne veux pas me distinguer des camarades. Non, le châteauneuf y était pour
peu de chose. C'est ce coquin de soleil qui
chauffait toutes les cervelles.
— Et maintenant, au bateau !
Mariéton ! Mariéton ! où est le bateau ?
Mariéton avait disparu.
Ah çà ! est-ce que, comme feu Vatel, il
se serait jeté dans le Rhône ?
Allons donc ! Vous ne connaissez pas
Mariéton.
Il arrive calme, souriant, l'air satisfait:
— Mes amis, il n'y a pas de bateau. Le
capitaine m'a demandé trop cher ; nous
sommes déjà en déficit. Je l'ai envoyé promener. Il est parti sans demander son reste.
C'était si drôle, si drôle que nous pouffions tous de rire. Nous courons à nos
voitures. Nos cochers mangeaient le déjeuner auquel nous n'avions pas touché.
On attelle, nous partons et revenons à grand
fracas en Avignon, comme on dit ici.
La fête fut exquise et fort bien ordonnée.

Pourquoi le célèbre végétarien a-t-fl
oublié de nous parler de Charloun ? Vous
ne connaissez pas Charloun ?
C'est un gars robuste, le corps taillé
en hercule, le mâle visage hâlé par le soleil et qu'encadre une barbe grise incnlte
les cheveux broussailleux, revêtu d'un
costume de berger. Le peintre Breuil le
présente : c'est un pâtre de la Camargue
connu sous le nom de Cliarloun. Charloun, sous son âme agreste et simple de
primitif, est un fervent de littérature provençale. Tandis qu'il garde ses bêtes,
dans l'immensité grise de la Crau, il lit
Mistral, il rêve, cherchant dans la contemplation de la Nature une inspiration
poétique...
Lorsqu'il a appris l'arrivée des féllbres,
il a laissé là ses troupeaux et il s'est mis
en route à pied pour Orange, sous l'ardeur du soleil d'août, un bâton noueux
sur l'épaule, de gros souliers ferrés aux
pieds. Mais ici, au milieu des poètes dont
les livres ont tant impressionné son âme
de méridional rêveur, au milieu des poètes
qui ont si bien chanté sa Provence, au milieu des poètes qu'il aime, il ne se souvient plus des heures de fatigue de la
route, et le voici nous jetant d'une belle
envolée sa chanson provençale. Le spectacle de ce rude pâtre de la Crau nous
disant des vers campé sur la terrasse, aux
derniersrayons du soleil couchant, en face
du Rhône tranquille, dont les branches
enserrent comme entre deux bras l'île
verdoyante de la Barthelasse, ce spectacle a quelque chose d'étrangement pittoresque et impressionnant.

�Lou

5°
EN

JOURNÉE

^RLES

ET

Viro-Soulèit

—

JEUDI

/UX

L'administration municipale quirégitla
ville d'Arles n'avait envoyé au-devant
des excursionnistes aucun de ses membres.
Félibres et cigaliers auraient eu quelque
raison de se plaindre de cette attitude,
mais, ce qui les a consolés, ce sont les
marques de sympathie que leur a données
la population arlésienne. Bref, les fêtes
annoncées ne pouvant avoir lieu, faute
de fonds, Félibres et Cigaliers décident
d'aller faire une excursion jusqu'aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

87

5

AOÛT

SAINTES-MARIES

les Cigaliers à plusieurs reprises ; ceux-ci
ont remercié par des acclamations.
Le soir, Félibres et Cigaliers ont voulu
aller rendre visite aux Aliscamps, et ici
nous laissons la parole au poète Jean
Carrère :

Le soir, en Arles, l'idée nous vint d'aller
visiter le cimetière antique des Aliscamps,
à la clarté des flammes de bengale. Ce cimetière est un admirable reste de la fameuse
nécropole quinze fois séculaire, ou dorment
les princes du passé, les consuls d'Arles
et les fameux Porcelets.
Un peuple heureux de vivre suivait nos
pas.
Des enfants portaient des lanternes vénitiennes et des flammes de bengale.
Les lueurs vertes, rouges et bleues se découpaient sur les tombeaux gothiques. II
y avait bien mille personnes éparses à travers les pierres dispersées.

Malheureusement, le soleil manquait
pour faire resplendir les énormes vagues
projetées au loin sur la plage par une
mer fortement agitée Après avoir assisté aux ébats des nageurs ou baigneurs, les félibres, les cigaliers, les félibresses sont allés visiter l'église des Stes-Maries dont le curé leur a
tait les honneurs.
,
Nous devons ajouter que M. le maire
des Stes-Maries, M. de Baroncelli, a fait
un magnifique accueil aux visiteurs. Ceuxci lui ont témoigné leur reconnaissance
par des vivats prolongés et aussi par
quelques paroles qui certainement sont
allées droit au cœur du chef de la municipalité des Saintes-Mariés.
Lorsque, après s'être rafraîchis, les Félibres et les Cigaliers sont repartis pour
Arles, M. de Baroncelli, monté sur un
magnifique cheval de Camargue, les a
accompagnés au grand trot de sa monture.

Tout d'un coup, du peuple même, des
exclamations partirent : « la Coupo ! la
Coupo ! » On sait que la Coupo de Mistral est ie chant sacré du Félibrige. Quelqu'un monta sur un tombeau et, dans ce
décor magique, entonna le premier couplet. Et que c'était beau d'entendre les
douces voix provençales reprendre le refrain célèbre (je traduis) :
« Coupe sainte — et débordante — verse
à pleins bords — verse les enthousiasmes
— et l'en-avant des forts »

C était un vrai plaisir que de voir ce
eval sauter tous les obstacles qui se
Pouvaient à travers champs et la rapidité
oudroyante avec laquelle le Camargue
fulait le terrain pour tenir pied au train
ancé
à une grande vitesse. Quant au cavalier, que dire si ce n'est qu'en équitation
serait difficile de lui trouver un maître.
Avant de retourner aux Saintes-Mariés,
1
• de Baroncelli a salué les Félibres et

Mais aussitôt un charme, une évocation
pareille à celle d'Orange nous fut révélée :
une jeune femme à la voix d'or était debout sur le porche d'une abbaye en ruine;
et Mme de Lacroix, qu'illuminaient des
feux de bengale, entonnait l'Hymne à Pallas Atliênê, de Saint-Saëns, dont les strophes provoquèrent dans le peuple un tel
enthousiasme qu'on entendit ..ce cri d'un
enfant : « Vivent les poètes ! »

cl)

�Lou

88

6E

JOURNÉE

—

Viro-Soulèu

VENDREDI

FÊTE DE
EN

L'HONNEUR

DU

POÈTE

6

AOÛT

SAINT-REMY
MACARONIQUE

Cigaliers et Félibres étaient partis nombreux d'Avignon. En route, on s'est arrêté dans le coquet village de Saint-Remy,
tout vert, tout frais, tout joyeux, tout
charmant du charme exquis des jeunes
filles de l'endroit, car nous sommes ici
dans la terre classique de la beauté provençale. Un apéritif d'honneur nous attend
à l'Hôtel de Ville où M. Barbier, maire,
nous souhaite, en excellents termes, la
bienvenue :

Discours du Maire de Saint-Remy

Messies li Felibre,
Messiés li Cigalié,
L'amenistracioun d'uno coumuno es pas
toujour quaucarèn d'agradiéu ; la machino
vai pas souleto, i'a de tiro-laisso, e souvènti-fes douno proun d'enuei, proun de
soucit. Mai se la cherpo municipalo souvent es grèvo à pourta, i'a pièi tambèn
quàuqui fes de jour ounte la dounarian
pèr rèn au mounde.
Esuno d'aquéli journado urouso que me
permet iuei, Messiés, de souveta la bènvengudo dins Sant-Roumié, brès dôu Félibrige, à tant d'escrivan, de pouèto, de
pensaire, d'artisto dôu pincèu e dôu cisèu,
tôuti gènt dôu Miejour que demoron à
Paris, mai que, gènti cigalo, sènton de tèms
en tèms lou besoun de respira lou perfum
dóu terradou, de se reviéuda i rai dôu soulèu de soun païs nadau, dôu bèu soulèu
de la Prouvènço, de nosto Prouvènço que
tôuti aman à la foulié.
Messiés, sian urous de pousqué, gràci à
vautre, vèire, d'aro-en-Ia, dins l'oustau coumunau, la figuro d'uno de nôstis ilustracioun sant-roumierenco, de noste ancian
juge reiau Antoni Arena, lou fin pouèto
macarouni, l'autour de la Meygra entreprisa, e àutris obro que-noun-sai poulido.

ANTONIUS

ARÉNA

Vous porge, bèus ami, au noum de tôuti
nôsti counciéutadan, mi gramaci li mai
courau, d'avé pensa à nautre, dins vosto
escburregudo à traves lou Miejour. Gramaci au decan di Maire de Paris, En Sextius Michel, president di Felibre, à En
Benjamin-Constant, president di Cigalié,
à En Mariéton, cancelié, à En Démaille,
l'escultour qu'a fa reviéure lou vièi pouèto
Arena, à touto la chourmo felibrenco e
artistico qu'es eici, e en quau leialamene
freiralamen dounan la man.
Que Sant-Roumié vous fugue espitalié,
que ié passés gaiamen e gentamen li quànquis ouro que devès ié resta, bèn trop
courto, ai ! las ! à noste vejaire, e que lou
quités emé regret, vaqui ço que desiran,
Vivo li Felibre e li Cigalié !
Messiés, ausse moun got à tôuti vautre;
mai noun ôublidarai lou ciéune de Maiano, glôri de nosto lengo e de noste terradou miejournau, noste bèu Frederi Mistral;
aimai Fèlis Gras, lou valent capoulié de
Santo Estelle
A tôuti aquéli qu'amon lou prouvençau
e la Prouvènço !
Vivo Sant-Roumié!
Vivo Paris !
Vivo Prouvènço !
Vivo Franço !

M. Sextius-Michel et M. Benjamin-Constant répondent, le premier au nom du Félibrige, le second au nom de la Cigale,
en remerciant la municipalité et la population de leur accueil aimable. M. Maurice
Faure célèbre en provençal Sant-Rouwi
véritable et saint berceau du Félibrige ;
M. Paul Mariéton évoque très opportunément le souvenir de Roumanille, originaire de Saint-Remy; enfin, Mme Le»
Maujan, sollicitée de dire des vers, n°Us
déclame le Poète aux Etoiles,

�Lou

Viro-Soulèu

Puis l'on va inaugurer, dans l'escalier
de l'Hôtel de Ville, le médaillon d'Antonius Aréna. Ce médaillon en bronze, œuvre du sculpteur Démaille, est parfait de
dessin et de modelé. Des discours sont
prononcés par M. Sextius-Michel, qui offre le médaillon à la Ville, etpar M. Niel,
qui parle avec beaucoup d'esprit et de
verve du poète macaronique du XVI° siècle dont on sait que Paul Arène, encore
qu'il ne se préoccupât guère d'éclaircir
cette filiation généalogique, se disait le
descendant.

Discours de M. Georges Niel

Nous venons aujourd'hui accomplir l'une
des dernières volontés de notre ami Paul
Arène, du poète et du conteur génial que
nous pleurons. A plusieurs reprises, en
effet, il avait manifesté le désir que, dans
l'une de nos promenades cigalières et félibréennes à travers le Midi, nous honorions l'un de ses ancêtres, Antonius Aréna.
11 ne nous fit jamais bien connaître l'arbre
généalogique attestant cette filiation ; mais
si les lois de l'atavisme ne sont pas une
illusion vaine, nos deux Arène sont bien
de la même race. Même amour de la France
et de la poésie les enflamme, même fidélité à la Provence leur tient au cœur. Et,
à défaut de portraits d'Antonius Aréna,
notre excellent confrère Démaille, que le
chef de l'Etat a décoré pour son mérite et
pour l'œuvre aussi que nous avons devant
les yeux, a fait preuve d'une grande justesse d'esprit en cherchant dans les traits
du descendant la physionomie de l'aïeul.
Il devait bien être ainsi, celui qui inspirait
à Paul Arène cette courte et éloquente
biographie que vous pouvez lire — que
dis-je ! — relire au bas de cet artistique
médaillon. Dans son laconisme lapidaire,
elle résume si bien le caractère, la vie
Û Antonius Aréna, que vraiment il ne reste
plus guère à glaner, pour ceux tout au
Moins qui n'ont pas attendu cette pieuse
cérémonie pour connaître un poète provençal dont la popularité fut grande, dont
les œuvres se rééditaient encore, pour la
sixième fois, au milieu de ce siècle, après
avoir été publiées en Angleterre, en Allemagne, en Italie et dans toute l'Europe.
(
E &gt; comme pour le roi vert-galant, sur le
s
°cle des statues duquel on ne trouve pas
"e meilleure légende à inscrire que l'apP'ilation touchante et familière de ses Bé-

arnais : Nouste Henrich, pour Antonius
Aréna, il n'y a plus besoin de chercher
d'autre légende que celle qui est gravée
sur ce médaillon :
Vejaqui lou retra de mèste Antòni Areno,
Visqué bragard, e s'enanè l'amo sereno.
Escoulan, pièi soudard, felibre, ome de lèi,
Prouvènço l'astrnguè courue un enfant d'elèi.
Souliésgardo sounbrès, mai sus la fin, coume èro
Juge dins Sant-Roumié, cantouu vesin de Berro,
Sus lou parla latin trissè soun grun de sau :
E toujourrisoulet, siegue en pas, siegue enguerro,
Se batè pèr la Franço e resté Prouvençau.
Oui, à travers ces quelques lignes épigraphiques écrites pour la postérité, on
voit bien renaître l'écolier joyeux qui, après
avoir quitté sa ville natale, Soliers, cette
petite patrie, fleuron de Toulon, paradis
terrestre qu'il célébrera toujours avec émotion dans ses poésies, vient étudier le droit
avec Alciat, Je grand jurisconsulte qui a
installé en Avignon sa chaire, autour de
laquelle s'instruisent les jeunes gens de
tous les pays. De là, date la double vocation d'Aréna : il sera homme de loi, magistrat, surtout poète. Il écrira de bonnes
galéjades, pour les camarades d'abord, et
pour les Français ensuite. C'est ainsi que
nous avons de lui le plus piquant, le plus
leste des poèmes, où nous apprenons comment vivaient ces gentils étudiants d'Avignon. Le document est précieux au moment
où l'on va reconstituer avec leur indépendance nos Universités, qui redeviendront
une seconde fois le foyer de notre Renaissance et de notre activité provinciale.
Qu'elles étaient agréables ces promenades à la Barthelasse, quand on dansait sur
le pont d'Avignon et que, le soir venu,
dans les rues de la ville papale, protégé
par le mystère, éclairé seulement par les
mirettes d'une lune malicieusement indulgente, on se murmurait à l'oreille tant de
douces choses ! Antonius Aréna nous donne
une idée de ces duos dans ces invocations
à cette Rose qui fut un peu pour lui
comme une autre Laure : O meâ plesansa !
Mea mignonissima, falotissima dama,
perla bona, amasia bella ! s'écrie-t-il à
plusieurs reprises, multipliant les diminutifs caressants et séducteurs, les superlatifs
entraînants, aussi décisifs qu'irrésistibles
quand on a pour auxiliaires l'âge de Roméo
et Juliette et l'atmosphère embaumée du
Midi.
Mais, je le comprends, quelques-uns
d'entre vous se demandent quelle est la
langue que parlait Antonius Aréna et dont

�Lou

Viro-Soulèu

je viens de donner un échantillon. Est-ce
de l'italien, du provençal, ou du latin ?
C'est tout cela à la fois, et cela s'appela
le langage macar onique. La signification
assez méprisante qu'a gardé cet adjectif
atteste que cette tentative d'un volapUck
au commencement du XVIe siècle, n'a guère
réussi. Ce fut un Italien, Merlin Coccaie,
qui l'innova. Tenta-t-il réellement de créer
une langue qui pouvait rapidement devenir familière à tous les Latins ? Quelquesuns l'ont insinué. D'autres ont simplement
découvert, dans ces essais macaroniques,
la fantaisie d'une école de lettrés qui pensaient surtout que dans les mots le latin
brave l'honnêteté. Il est certain qu'il y a
dans ce commerce du latin de cuisine un
très fort parfum de pédantisme.Notre grand
maître Mistral, le premier, dans une courte
étude sur Antonius Aréna, que les lecteurs
de VAiòli n'ont pas oubliée, le constate
et, d'un mot, il définit ce salmigondis :
uno barbouiado. Et ce fut précisément cette
étrange salade qui rendit populaires les
productions de Coccaie, celles d'Aréna et
d'autres imitateurs.
Malgré tout, furent-elles donc sans valeur
littéraire, les « barbouiado » qui firent rire
tant de générations ? Leur lecture est-elle
actuellement sans profit, ou ne faut-il pas,
comme le dit Rabelais qui ne dédaigna
point ce genre, les sucer comme os médullaire, pour en extraire la moelle ? Je le
crois et je vous le conseille à mon tour.
D'abord, elles vous mettront en belle humeur, elles vous divertiront, vous donneront envie de vivre, de savourer les délicieux
fruits de la Provence et de vous réchauffer
avec ses vins généreux.
Que de jolis et riants tableaux dans ce
traité des Danses, hautes et basses, où
Antonius Aréna nous fait l'éloge de l'art
de Terpsichore, la nomenclature des consolations que sa pratique procure aux jeunes
filles, aux femmes, quand elles sautent, se
démènent, se trémoussent avec de brillants
et pimpants cavaliers, au son rythmique
des flûtes, des tambourins, des violes et
des basses, des harpes et des fifres. Ce
n'était pas l'orchestre de M. Colonne que
nous applaudissions hier, ni la musique
de Massenet qui enthousiasmait, bien au
contraire! Car tous ces instruments chantaient non les fureurs et les meurtres, mais
l'allégresse et la gaîté gauloise. Dans ces
premiers jours du XVIe siècle, la poussée
de vie est telle, que les horreurs ellesmêmes de laguerre n'arrivent pas à étouffer

ce besoin d'épanouissement et de rire qui
aide à supporter les épreuves et à en triompher. Nous n'avons pas encore été frappés du mal de la mélancolie, dont, Dieu
merci, grâce à ses poètes, à ses félibres
la Provence et le Midi ont encore été relativement préservés. Puissent-ils écarter ce
fléau ! Ce n'est pas assez de toutes nos
forces pour combattre cet ennemi qui nous
vient du Nord avec ses légendes brumeuses, et qui serait appelé à détruire la race
latine, si déjà nous n'entrevoyions pas les
lueurs d'une aube nouvelle. Est-ce que cette
résurrection du Théâtre antique d'Orange
n'est pas le commencement d'une ère nouvelle ? Et parmi les armes dont nous aurons
besoin dans la lutte, est-ce qu' Antonius Aréna
ne renaît pas à propos pour nous en fournir?
La Providence le tenait vraiment en réserve, ce poète macarouique, ce diseur de
galéjades. Cet artisan de barbouiado a aussi
écrit, dans cette même langue macaronique,
un poème qui lui assure parmi nous l'immortalité, et que tous les bons Français,
ceux qui veulent une France « intégrale »
protégée par ses frontières naturelles, placeront dans cette petite bibliothèque de
l'intimité où l'on garde les livres de l'âme
et du cœur, que l'on cache aux profanes
comme jadis les anciens conservaient leurs
dieux lares. Ce poème, qui sera bientôt
dans toutesles mains, s'appelle La ridicule
entreprise, et contient le récit de l'envahissement de la Provence par CharlesQuint en 1536.
Antonius Aréna, dans 2 000 vers, tout
pleins de curieux et pittoresques détails
que l'on ne trouve nulle part ailleurs, ni
dans les mémoires du grave du Bellay, ni
dans ceux de Langey, nous trace le tableau
réconfortant et précieux de la résistance
héroïque des milices provençales, qui par
leur mépris de la vie, leur amour de la
France, obligèrent l'ennemi à décamper
honteusement. Cruel mécompte pour l'ambitieux Charles-Quint qui rêvait aussi de
faire de Paris la capitale de son empire et
de détrôner notre roi, le souverain cher a
tous les lettrés, à tous les artistes, celui
qui savait aussi bien rimer un sonnet que
manier une épée. Antonius Aréna n'hésite
pas, et il devient le Troubadour qui raille
et défie l'ennemi en même temps qui'
chante avec une énergie admirable la grâce,
l'habileté, le courage du « gentil François,
du chef des Gaulois. »
'
C'est qu'il coule dans les veines de 1 enfant de Soliers le sang des Provençaux.

�Lou

Viro-Soulèu

Au premier feu qu'il essuie en dehors
mer. Eh bien, c'est cet amour de sa Produ territoire, quand l'homme de loi se
vence pour la mère patrie qu'Antonius Arédoublant d'un soldat, il va combattre pour
na nous a prouvé. Et la Provence n'a-tla patrie sur le sol étranger, il manifeste
elle pas le droit de rappeler ce glorieux
n peu d'effroi. Il avoue naïvement les
passé, d'en être fière, de le citer en exema
sensations désagréables que lui causent les
ple ? Ses enfants ne le perdirent jamais de
détonations de l'artillerie, l'horreur que lui
vue. Il a enfanté des héros ! C'est lui qui
produisent les cris des blessés. Mais, le
inspirait ce sublime enfant, Viala, dont
peureux se raisonne dès que l'étranger a
j'admirais hier l'image au musée d'Avignon
envahi le sol natal, pillé sa maison, dévasté
dans cette belle composition de David, où
les champs.
le héros de quinze ans, sur le point d'exAlors, il est pris d'une rage folle avec
pirer, presse sur son cœur la cocarde tritous ses compatriotes; milicien, il devient
colore.
un héros. Et cette transformation qui s'est
C'est à ces souvenirs qu'obéissait le tamproduite en lui, elle se manifeste chez
bour d'Arcole que David d'Angers a placé
tous ces paysans de Provence qui ont mis
sur le frontispice du Panthéon, qu'Amy a
résolument dans leur tète de rester maîtres
coulé en bronze sur la place de Cadenet,
de leur champ. C'est une guerre de partique Mistral a immortalisé. Oui, c'est ce
sans qui se produit, terrible, acharnée,
même passé, ces mêmes sentiments qui
sans trêve ni merci. L'ennemi est harcelé
enflammaient en 1871 nos mobiles de Propartout ; lés convois sont attaqués, les
vence, marchant à l'ennemi, sous la confrancs-tireurs qui se sont organisés sponduite de Paul Arène leur capitaine. Et en
tanément tombent sur les derrières des
ce moment, il me semble que dans les
troupes de Charles-Quint Plus de repos,
cieux se mêlent et les vieux airs que deplus de cantonnement, plus de nourriture !
vaient chanter les miliciens provençaux,
Avec une abnégation, un esprit de sacriet les strophes de la Marseillaise, et les
fice qui fait l'admiration de tous les hisrefrains de cette marche que vous savez,
toriens, que Michelet signale avec éclat,
que vous êtes prêts à redire : Le Midi
ona tout détruit : récoltes, réserves, troubouge, tout est rouge !
peaux, pour que l'envahisseur ne puisse
Et quelle coïncidence, ces deux Arène,
prolonger son odieuse entreprise. Les Pro •
nous les honorons, nous les glorifions dans
vençaux en un mot consentent à mourir
la même semaine, à la même heure !
de faim, à la condition de savoir, avant
d'expirer, que de leurs cadavres naîtra la
peste qui obligera à déguerpir cet empereur insolent qui veut les ravir à la France.
Le déjeuner a lieu à l'hôtel de Provence.
Et, Messieurs, ces paysans provençaux, ces
C'est M. Barbier qui préside, ayant à sa
milices parmi lesquels se trouvèrent les
droite Sextius-Michel et á sa gauche Benpères de beaucoup d'entre vous, obligèrent
jamin-Constant. Au dessert, toasts de
les armées de Charles-Quint, diminuées
MM. Paul Mariéton, Maurice Faure, Bende plus de moitié, à s'en aller — vous me
jamin-Constant, qui annonce que son propardonnerez le mot, — les hauts-de-ehauschain tableau représentera le Théâtre
ses a la main. La dyssenterie régnait parantique d'Orange le soir delà représentation
tout. La France était sauvée à la même
des Erinnyes ; Albert Tournier, qui proteste
heure, à Péronne par une femme et le
avec indignation contre tous ceux qui escourage de ses habitants, en Provence par,
sayent de dénaturer le caractère grandiose
des paysans, des bourgeois, une garde nades manifestations artistiques qui vientionale improvisée. Telle est la force du
nent d'avoir lieu. On boit à Saint-Remy,
courage et du patriotisme qu'au bout de
à sa population sympathique, à ses belles
taux mois, la Provence était affranchie, la
chato, et à la reine du Félibrige, Marie
France sauvée ! Marseille, Arles restaient
Girard, malheureusement retenue à Aix,
vierges de tout affront. Si jamais un monuauprès de son père malade.
ment décoratif devait être élevé, c'est celui de ce fait glorieux, d'autant plus éclaUne heure est ensuite consacrée à la
tant qu'il
p juit bien peu de temps
visite
des Antiques: l'arc de triomphe et
se
roc
'Pres la réunion du comté de Provence à
le mausolée, œuvres absolument remara
France. De coeur, elle était française dequables par le soin des proportions, par
PWs qu'elle avait donné une reine à notre
l'exactitude du dessin, par la finesse et
a s
P y j que René lui avait appris à nous ail'élégance extrêmes de l'architecture, et

�ai

Lou

Viro-Souîèu

aussi par leur emplacement, sur un terreplein élevé d'où, par ce temps superbe,

un paysage d'une beauté unique s'offre
aux yeux.

Visite à Mistral, à Maillane
11 est 5 heures ; nous remontons en
voiture, et en route pour Maillâne, d'où
quelques kilomètres à peine nous séparent. Autour de nous, c'est toujours le
même admirable paysage s'étendant en
un épais tapis de gazon jusqu'aux Alpilles. On nous montre à gauche le mas
du Juge, la maison où Mistral est né, où
il a passé ses premières années de jeunesse en pleine nature lumineuse. Puis,
à un détour de la route à droite, Maillane.
On nous a dit : c'est la première maison du village. Mais déjà une foule nombreuse fait la haie jusqu'à la porte, nous
indiquant le chemin, et sur le perron,
voici la haute taille et le teint clair de
Mistral, sa tête olympienne aux cheveux
gris d'argent, son beau visage souriant
de poète, Mistral en veston gris et en
cravate lâche à côté de sa charmante
et digne femme. Oh ! le premier moment
d'effusion dans le jardin embaumé du
parfum des lauriers-roses, sous les larges figuiers, dans l'or du soleil couchant ;
les mains qui se serrent, les embrassements attendris, les paroles émues de
bienvenue et d'hommage ! Le chien de
Mistral aboie et sautille à travers les
groupes, joyeux lui aussi de cette venue
d'amis, reconnaissant les fidèles du maître envers lesquels il prodigue ses caresses
de bête dévouée.
Nous avons avec nous des dames :
Mmes Léa Maujan, de Lacroix, Gabrielle
Louis, Prévost-Roqueplan. Mistral les
invite galamment à pénétrer dans la maison, une petite maison basse à un seul
étage, et nous suivons. A l'entrée, un
buste couronné de lauriers, celui de Lamartine, qui le premier devina le talent
du poète de Mireille et auquel Mistral a
gardé un culte inaltérable et touchant.
Puis, dans le salon où nous entrons, le
portrait en pied du maître par Félix Clément, d'autres portraits innombrables, des
bustes artistiques envoyés par des admirateurs.
Sextius-Michel, au milieu d'un silence
religieux, salue Mistral dans le sonnet

suivant en langue provençale, qui est un
petit chef-d'œuvre d'art et de sentiment :
MAIANO
l'a 'n vilage dre dis Aupiho,
Sus lou camin de Sant-Roumié,
Mounte fan soun nis li ramié,
Mounte fan soun mèu lis abiho.
Embaumon aqui la cacio,
Aqui blanquejon li poumié ;
Mai ço que ié greio en proumié
Es la flour de la pouësio.
Clarejas, li cap-d'obro, dau !
Ncrto, Mirèio, Calendau,
Lis Isclo d'or, tout ço qu'encanto !
Ié flouris tambèn la Bèuta,
Ço que fai qu'un jour, o Ciéuta,
Te diran « Maiano-la-santo ! »

Mistral remercie avec émotion dans la
même langue, déclarant sa foi dans l'avenir du Félibrige, sa haine de la centralisation excessive : « Après cette centralisation qui nous étouffe, s'écrie-t-il, nous
aurons un retour au provincialisme, qui
sera le véritable régime de liberté. Poètes, nous travaillons à ce retour, car il
n'y a que les poètes et les artistes pour
conduire les peuples. »
M. Benjamin-Constant, qui le salue au
nom de la Cigale, lui dit : « Maître, je
vais travailler à décorer le plafond de
l'Opéra-Comique. J'y peindrai les figures
des héros et héroïnes de tous nos opéras-comiques, et c'est Mireille qui marchera en tête de ce cortège lumineux. »
Mistral répond en se félicitant que des
artistes de la valeur de Benjamin-Constant apportent au Félibrige le prestige de
leur talent : «Personne, mieux que les artistes, ajoute-t-il, n'est apte à nous seconder dans la poursuite de notre idéal."
Le Félibrige est un Evangile. Nous ne
faisons pas de sectes ni de clans, nous
ne nourrissons aucune mesquine vanité,
de
mais nous avons la grande ambition
convertir le monde par une Renaissance
prochaine ! »

�Lou

Viro-Souíèu

On passe dans une pièce voisine, où
une collation est offerte ; du raisin, des
pêches, des fougasses de Maillane, le tout
arrosé par un vin clair du pays. Ce sont
de charmantes jeunes filles, toutes portant le costume arlésien, qui passent les
plateaux, souriantes et aimables. Dans
le jardin, le félibre Albert Arnavielle, le
poète Jean Carrère disent encore d'éloquentes paroles d'admiration à Mistral,
et, au dernier verre, Arnavielle entonne
d'une voixfrémissante le Cant de la Coupo,
dont l'assistance entière répète le refrain
au rythme grave d'hymne liturgique :
Coupo santo
E versanto,
Vuejo à plen bord,
Vuejo abord
Lis estrambord
E l'enavans di fort !
La Muso Maïanenco est là, sur la
route, avec sa bannière en velours vert
qu'orne la cigale d'or ; le chant de la coupe

7E

JOURNÉE

—

EN

0}

terminé, elle joue «Au beau soleil de Provence &gt; et l'on part en farandole derrière
les musiciens, à travers les rues du village, égayées par le sourire des jolies filles de Maillane, tandis que debout, sur la
terrasse de son jardin, Mistral ému nous
dit adieu...
Des voitures nous reconduisent à Avignon parla route de Graveson, bordée, à
droite et à gauche, par de magnifiques
plaines, avec un lointain horizon de collines verdoyantes. Le soleil a disparu tout
à fait maintenant, et, à la fraîcheur de la
nuit tombante, on jouit délicieusement de
la douceur sereine et apaisée du paysage,
de l'azur du ciel qui s'étoile, du parfum
embaumé des fleurs, de l'atmosphère de
tendresse et d'amour qui semble se dégager de tout ce que l'on voit et de tout ce
que l'on respire dans ce merveilleux coin
de Provence grecque. — Toute la poésie
divine de Mistral.

SAMEDI

7

AOÛT

AVIGNON

Dans la matinée de ce jour, les félibres et les cigaliers, ayant à leur tête
MM. Benjamin-Constant, Sextius-Michel,
Deluns-Montaud, Maurice Faure, Paul
Mariéton, Tournier, Félix Gras et tous
les félibres avignonnais, se sont rendus
devant les monuments de Roumanille et
de Théodore Aubanel, pour rendre à ces
deux glorieux morts un suprême hommage
en souvenir de leur amour pour la langue
du berceau. Des couronnes en fleurs naturelles ont été déposées sur la tête des

i',

deux grands félibres qui ont présidé, avec
Mistral, à la Renaissance de la littérature provençale.
A midi, un déjeuner champêtre, dans
l'île de la Barthelasse, a réuni la plupart
des pèlerins du soleil et, à 3 h. 40, la caravane se retrouvait au complet à la gare
pour prendre le train qui devait la conduire à Sisteron. Là,malgré l'heure tardive de leur arrivée, félibres et cigaliers
étaient attendus par les autorités de la
ville, qui leur firent un aimable accueil.

"filai0

'1

�Lou

04

8E

JOURNÉE

—

Viro-Souîèu

DIMANCHE

8

AOÛT

Fêtes de Sisteron
EN

L'HONNEUR

DE

'PAUL

^ÈNE

LA SANTO-ESTELLO
Pendant qu'un déjeuner officiel réunissait les autorités dans les salons de la
sous-préfecture, les félibres et les cigaliers
s'étaient réunis pour célébrer leur SantoEstello, — Sisteron étant la dernière étape
de leur tournée. Le couvert avait été mis,
en plein air, sous la belle allée de platanes du cours Saint-Jaume, au pied des
derniers contreforts de la- vieille citadelle
altière, en face de l'admirable panorama
qui déroule aux portes de la ville les premiers paysages du Dauphiné.
Le capoulié du Félibrige, M. Félix Gras,
présidait, ayant à ses côtés M. Jules
Arène, le frère du poète regretté, et M.
Sextius-Michel. Autour de la longue table, nous avons remarqué en outre : MM.
Benjamin-Constant, Maurice Faure, Constans, Victor Lieutaud, Silvain, CaristieMartel, Raoul Gineste, Niel, Truphême,
Paul Mariéton, Mmes Léa Maujan, Hartmann-Silvain, Prévost-Roqueplan ; un
grand nombre de noi confrères de la
presse parisienne et marseillaise, etc.
Le menu, fort artistement dressé par
M. Lachaud, ostc dôu Bras d'or, avait
été nécessairement rédigé dans le plus
pur provençal, et on y a fait honneur.
Malheureusement, la pluie, la fâcheuse
pluie faisait constamment des siennes. Le
temps était orageux en diable, les ondées succédaient aux ondées; et c'était,
pour les badauds accourus, un fort amusant spectacle de voiries mangeurs tenir
d'une main leur fourchette et de l'autre
un parapluie très peu poétique.
Une éclaircie, envoyée parles dieux cléments au moment du dessert, a permis
aux orateurs de faire entendre dans de
bonnes conditions les discours attendus.
M. Félix Gras a pris le premier la parole en provençal :

Discours du Capoulié
Messies e gai Counfraire,
Nous vaqui subre la mountagno ! Es eici
qu'alenon sèmpre li quatre vent de la Liberta. Es d'eici que vole crida nòsti revendicacioun patrioutico e naciounalo.
Qu'apreparon si foundo, aquéli que mandon la pèiro e qu'escoundon lou bras ;
sian eici pèr lou coumbat !
Nàutri li pacifi, que demandavian qu'à
vendemia nòsti rasin quand l'autouno se
vestissié d'or, e d'ôuliva quand li proumiéri
nèu argentavon li cimo dôu Ventour, vèsaqui que d'eilamount nous an crida la guerro, e nous au di qu'erian de revéuta, qu'avian vira lou coutèu contro la maire Patrio, e que falié nous abouli ! Aièr encaro
legissian atupi aquesto acoussado :
Le péril fèlibrigien !
E tout acô pèr-ço-que, l'estiéu passa, de
bràvi gènt que s'ôucupon de l'estrucioun
dôu pople, entre dos batudo, Ieissèron si
garbo sus l'iero pèr parla 'n pau, entre éli,
de la reneissènço de nosto lengo prouvençalo.
Es verai, aguèron bessai tort d'apelasomi
acampado, un coungrès I S'avien tout simplamen, coume à l'acoustumado, apela aco
uno sesiho, tout se sarié passa la mémo
causo, li mémi discours se sarien prounouncia, li mémi moucioun se sarien bcho e adôutado e degun aurié proutesta.
Mai un coungrès, de felibre que tenon un
coungrès, acô poudié pas èstre ! Subran
quàuqui dùri tèsto travaièron, e, coungressisto o noun, fuguerian agounisa, aclapouira de soutiso e d'abouminacioun. Ra|e
fuguèron lis orne sage e de proun d esperit que discutiguèron leialamen la décision'
dôu coungrès.

�Lou

Yiro-SouUu

E tout lou crime èro d'agué adôuta aquesto moucioun :
J)ins lis escolo dôu Miejour, Vestudi de
il lengo franceso se fara pèr lou biais e
lu coutnparesoun de la lengo prouvençalo.
Aco sufisié, parèis, pèr boulouversa lou
mounde, la lengo franceso èro dôu cop
aboulido! li frountiero de la Franco èron
duberto à l'estrangié. Erian tôuti perdu !...
E quau aurié fa aquel espetacle? Li felibre!
le péril fèlibrigien !
Li dessena que nous acuson ansin, sabon pas-que lou lengage es l'amo dôu terraire dôu pople qu'abaris, qu'es la terro
.qu'enfanto la lengo, qu'es lou lum de l'azur, qu'es la coulour di champ e dis autre e di rnountagno, que fan li mot armounious, linde, dindant e moula que diran
la pouësio d'aquelo naturo nourriguiero ?
Sabon dounc pas que, se n'en venian à-nuno lengo unenco, universalo, davalarian
au rèng de la bèsti ?
l'a que lou bestiari que manjo à ras de
sòu qu'a uno lengo unenco pèr tôuti li païs
de la terro ; pèr-ço-que lou bestiàri noun
viéu pèr l'esperit, mai rèn que pèr soun
ventre ! Lis ase bramon à Paris coume à
Loundre, li chin japon à Marsiho coume
à Chicago, e li cardelino canton sus lis
auriolo de la Crau coume sus li petelin
dôu Partenoun.
L'orne que parlarié plus la lengo de la
terro siéuno, aurié plus sa pensado siéuno,
aurié plus sa voulounta, soun patrioutisme
siéu.
E es à l'orne dôu Miejour, es à-n-aquéu
pople, es à-n-aquelo raço majouro e souoeirano que i'a douna Mirèio, que volon
le
gara soun lengage d'amour, de pouësio!
Es aquelo flour de l'umanita que volon
derraba ! Es aquéu jardin de la Franco que
volon devasta ! Es au cor de la nacioun
que volon planta lou coutèu ! Car, l'oubliai pas : se lou front de la Franço es à
Paris, lou cor es eici. E es dôu cor que
nounto lou sang que reviscoulo, e la ge"erousita, e l'amour, e la pouësio qu'auWon l'orne enjusquo à Diéu.
Es dounc avugle o voulountarimen traite
a
la Patrio, traite à la Nacioun, traite à la
r
anço, aquéu que vôu nous gara noste
e de
parla prouvençau. Pèr-ço-que nous
Saro ansin l'espaso que gardé toustèms
P'eucello nòsti frountiero miejournalo, que
luchè toustèms contro li gouvèr despouii

que nous adusien lis envahissèire barbare
dôu Nord. Li Téutoun passèron li cadeno
di Vosge, mai noun passèron lou riban dis
Aupiho ! l'a dous milo an d'acò, e nôstis
araire bourroulon encaro lis os dôu German.
Es pèr noste lengage e l'estacamen à nosto terro quavèn garda pur noste sang latin,
qu'es coume la sabo de vido que rejouvenis lou mounde e fai flouri lis art, e douno
à l'ome sa fierta e i'empuro l'amour de la
liberta.
Es pèr sa lengo que nosto raço a mantengu lou recaliéu di revendicacioun de
l'ome dins si dre naturau ; e quand la negro niue dôu Mejan-Age espandissié soun
alo pelado e oungludo sus la terro de Franço, la raço miejournalo esbarlugavo lou
mounde emé si troubadou. Es alor que li
republico d'Arle, d'Avignoun, de Sisteroun
e de Marsiho « arresounavon l'emperaire. »
Es alor que i'avié :
... De conse e de bon ciéutadin
Que, quand sentien lou dre dedins,
Sabien leissa lou rèi deforo !
E es aquéu pople, es aquelo raço que
voudrien abouli davans lou barbare que
nous reluco ?
Eh ! bèn, degun l'enrascassira, aquelo
raço miejournalo, degun ié garara sa paraulo qu'es soun espaso esbléugissènto, car
sab n qu'enfin l'esperit doumto la matèri,
e sabèn que nòsti fraire li Cigalié e li Felibre de Paris saran emé nautre au coumbat, se jamai lis ome espes que renon fasien tant que de manda li dènt! Saren
ensèn tôuti lis ome fidèu à la terro nadalo ;
à-n-aquelo ouro se destriaran plus li partit ; blu, blanc e rouge, uni coume li tres
coulour dôu drapèu, apararen nosto lengo
d'O, autant franceso que sa sorre latino,
la lengo d'Oui.
E noste crid sara : Vivo la Nacioun !

Après ce discours enflammé et de belle
envergure, qui souleva les applaudissements répétés de l'auditoire, la parole fut
donnée à M. Tardieu, président du Comité du monument en l'honneur de Paul
Arène, et lui aussi fut très applaudi par
ses concitoyens en faisant ressortir l'attachement profond du conteur sisteronnais
à son coin de sol natal.

�Lou

Viro-Souîèu

Discours de M. Gustave Tardieu
MESDAMES, MESSIEURS,

Je veux tout d'abord exprimer, au nom
du Comité sisteronnais, notre vive et profonde reconnaissance à tous nos collaborateurs, depuis les promoteurs et les organisateurs de l'œuvre jusqu'aux plus modestes
de nos souscripteurs. Ce devoir accompli,
c'est à vous, Messieurs, représentants des
Pouvoirs publics, Cigaliers et Félibres, artistes et lettrés eminents, à vous qui êtes
venus rendre plus éclatant encore ce solennel et suprême hommage à Paul Arène,
que j'adresse nos chaleureux et sincères
remerciements. Les acclamations qui vous
ont accueillis à votre arrivée ont donné
la mesure des sentiments de notre population à l'égard des hôtes distingués que
nous recevions.
En cette journée, désormais inoubliable,
qui couronne dignement, par' une glorification magnifique, au sein même de sa
ville natale, la vie de notre grand et ardent Sisteronnais ; devant ce marbre si artistement ciselé (et que le grand sculpteur
lnjalbert, son ami, en soit loué !) qui consacre le souvenir d'Arène et fixera dans la
pensée de nos descendants cette physionomie si expressive, reflet fidèle d'une âme
délicate et fière, d'un esprit merveilleusement affiné ; — au milieu de cette nombreuse assemblée, de cette assistance d'élite ; — je salue notre concitoyen Paul
Arène, illustre dans les lettres françaises,
écrivain provençal plein de verve, qui,
doublement patriote, puisa et fortifia sans
cesse son amour de la grande Patrie française aux sources vives d'un attachement
jaloux et inaltérable à sa petite patrie, Sisteron en Provence.
Il ne m'appartient pas de parler du talent littéraire d'Arène, du rang qu'il occupait entre les premiers écrivains de notre
pays de France, de son originalité exquise,
de son style admirable et de tant d'autres
qualités maîtresses qui le distinguent. Des
voix plus autorisées que la mienne ont
dit devant le buste inauguré à Sceaux et
vous diront ici tout l'éclat de son œuvre
et le génie de sa langue. — Je rappellerai cependant, pour ceux de nos concitoyens que leurs occupations éloignent de
la lecture des journaux, l'unanimité avec
laquelle la presse française, sans distinction de nuances, — que dis-je ! la presse
du monde entier, a, par deux fois, au len-

demain de sa mort et aux fêtes de Sceaux
spontanément et hautement proclamé, par
la plume de ses meilleurs rédacteurs, la
valeur littéraire d'Arène et sa supériorité
comme styliste français. On ne saurait trop
mettre en relief cette imposante manifestation ; et n'est-ce point une manière toute
particulière d'hommage que de la rappeler
ici ?
J'aurais maintenant à cœur, comme ami
d'Arène, en ami soucieux de lui gagner
toutes les sympathies, de faire ressortir
dans cette ville dont la population se compose en majeure partie de cultivateurs, en
présence des Sisteronnais réunis en foule
autour de ce monument, deux côtés intéressants de l'œuvre d'Arène : d'une part,
ses préférences et son respect pour tout ce
qui touche aux travaux des champs, à la
terre, et la place d'honneur que le paysan
occupe dans ses écrits ; d'autre part, la fidélité d'Arène à son pays natal, la joie avec
laquelle il en parlait toujours, l'éclatant et
universel succès de ses contes locaux.
Paul Arène avait le culte de la Terre,
cette aima mater du poète de l'antiquité.
Ce culte, il le tenait sans doute de ses ancêtres, de ces paysans libres de notre vieille
république sisteronnaise auxquels il est fier,
dans Jean des Figues, de rattacher ses origines. Mais n'y a-t-il pas chez lui un atavisme purement intellectuel ? (les poètes
formant à travers les âges une chaîne aux
brillants anneaux !) C'est de Virgile même
que notre conteur, avec un rare bonheur
de touche, avait hérité le don de parler
des champs, des agriculteurs et de leurs
travaux.
Oui, concitoyens cultivateurs, ce dur labeur de la terre auquel vous donnez le
meilleur de votre énergie, sous les rayons
d'un soleil provençal comme sous les morsures de la bise de nos hivers alpestres,
c'est à lui qu'Arène a consacré les meilleurs de ses contes, les plus ravissantes de
ses nouvelles. Paysans! que Paul Arène a
toujours présentés laborieux, intelligents et
probes, aux soirs d'hiver, pendant les longues veillées, dites à vos enfants de vous
lire quelques-unes de ces pages incomparables. Vous apprendrez dans la TordEntraïx, comment la petite propriété s est
constituée entre vos mains, et comment
elle fut mise en rapport par le paysan ,
vous serez touchés, j'en ai la certitude)3
la lecture de ce véritable chef-d'œuvre qu1
a pour titre Braves gens, touchés du gra"
respect fait de délicatesse et de bonté n»-

�Lou

Viro-Soulèu

tives que peut inspirer la pauvreté... Et le
Champ du fou, la Mort des cigales,... et
d'autres encore, et toute la suite de perles
littéraires dans lesquelles Arène affirmait
son amour des humbles, des petits, des
déshérités ; si misérables qu'ils fussent, il
aimait les pauvres, mais ses malheureux
sont tous de bonnes et braves gens, tous
ont en partage la simplicité et la droiture
de cœur. Quel trésor de probité et de suprême pitié dans ces pages consacrées aux
gens de la campagne ! — Il n'est pas jusqu'aux bêtes qui l'intéressaient aussi, à
celles qui nous sont familières, qui sont
nos serviteurs ou nos compagnons habituels. Mais tandis que La Fontaine, auquel
on peut le comparer pour sa douce philosophie, peignait les animaux sous un jour
peu favorable, possédés d'un égoïsme, comment dirai-je !... quelque peu aristocratique,
Arène montrait en eux un fonds de bonhomie, de sociabilité et de solidarité démocratique. Sa fourmi à lui eût donné de
bon cœur son grain à la cigale si la cigale,
vous le savez bien, MM. les Cigaliers et
les Félibres, vivait d'autre chose que de
chansons et de soleil. Certes, l'œuvre d'Arène est saine par excellence: rien n'y est
osé, tout y est marqué d'un profond respect pour le lecteur ; mais nulle partie de
cette œuvre n'est aussi belle que la série
de ces contes rustiques. La vie des champs
au sein de laquelle il était né, Jean des
Figues avait su en pénétrer la science, le
charme et l'âme tout entière.
Et c'est notre campagne sisteronnaise
oui fut le champ favori de ses récits. Pendant qu'il habitait Paris, il vivait à Sisteron par la pensée. Ne nous le dit-il pas :
« Quand je fus au milieu du pont de pierre
«d'où l'on enfile du regard toute la vallée
&lt; de la Durance, je regardai bien attentivement, pour les emporter peints sous
* ma paupière, ces lieux où je laissais tant
«de souvenirs. » L'impression fut si nette
que ses descriptions, d'une sobriété remarquable cependant, sont de véritables et
saisissants tableaux par la couleur locale,
des photographies animées par l'exactitude
vivante des détails. Quand il allait songeur
a travers la capitale, il pensait à sou rocher en regardant Notre-Dame, et la vue
des riants environs de Paris ne parvenait
qua lui faire regretter la campagne de
s
°a pays natal. Et comme s'il eût mesuré
le temps trop court, hélas ! qu'il vivrait encore, ses visites à Sisteron devenaient plus
fréquentes depuis quelques années. Il savait combien j'étais moi-même attaché à

Q7

notre sol, combien j'aimais notre Durance,
nos rochers et tout ce paysage aux reliefs
puissants, aux clairs horizons. Aussi n'est-il
aucun point de ce décor que nous n'ayons
admiré ensemble dans nos promenades autour de Sisteron. Je fus de ceux que la
rudesse d'Arène n'effrayait pas, ayant
conquis un jour sa solide et franche amitié dont je mettais le prix au-dessus des
inégalités superficielles de son caractère.
Arène avait un idéal de perfection en
toutes choses, en littérature comme en art,
etje dirais même en amitié. La déception
de ne point le rencontrer toujours chez ses
meilleurs amis comme nous tous, était la
cause de cette humeur parfois menaçante
comme un orage, mais que suivait bientôt
une belle éclaircie, illuminée de sa bonté.
Vous connaissez tous maintenant, Messieurs, le pays qui laissa tant de souvenirs
au cœur d'Arène. Vous avez parcouru notre antique cité aux rues étroites et tourmentées, coupées de sombres voûtes ; aux
maisons grises, plaquées aux flancs du rocher ; vous avez vu nos vieilles tours, fiers
témoins de nos luttes pour l'indépendance,
notre massive cathédrale à l'aspect sévère,
à la sombre nef. Vous avez admiré les dentelures du fort hérissées de pointes rocheuses et de guérites aériennes, la masse superbe du roc de la Baume, ses puissantes
assises violemment contournées, ses déchirures profondes taillées en ogives, —
masse superbe sur laquelle le temps a jeté
un manteau polychrome ; notre Durance,
pleine de mouvement et de vie, animant
l'atmosphère même de son bruissement
continu que la fonte des neiges ou les
orages changent parfois en un grondement
de tempête ; puis nos collines et nos vallons parfumés ; puis au fond, dans le lointain, le rideau de pics, de corniches rocheuses et de sommets boisés ; et dominant
le tout de ses trois mille mètres, longtemps
couvert d'un manteau de pure neige sur
laquelle le soleil couchant promène des
teintes nuancées à l'infini, le cirque des
Alpes fermant l'horizon.
Cet ensemble pittoresque fut merveilleusement décrit par Arène. Chacune de
ses nouvelles contient un coin de ce tableau,
chaque conte un détail du paysage. Et je
le dis encore en finissant, je le dis pour
nos concitoyens surtout, ce qu'il y a de
meilleur, de plus empoignant dans son
œuvre, c'est ce tréfonds de patriotisme local, cette richesse de souvenirs d'enfance
dont sa plume d'humaniste a tiré un continuel parti. Peut-être Arène est-il le seul,

�Lou

8

Viro-Souliu

9

parmi les déserteurs de la province, qui
ait à ce point gardé sur l'asphalte des boulevards l'âme provençale et la religion du
petit coin de terre où sa nature s'était pétrie. Son œuvre prouve cette chose insoupçonnée du gros public, qu'on peut
être un écrivain fin, pétillant, attachant,
hors ligne, avec le seul esprit provençal,
l'unique sel du terroir. Pour que Paul
Arène, dans le milieu où il a vécu, ait pu
s'imposer aux sympathies et à l'admiration
d'un monde si différent de lui-même, il
faut en vérité que son talent ait été singulièrement supérieur. Il faut aussi que la
puissance de l'honnête, du délicat soit
grande, même sur les natures décadentes.
Et c'est un grand honneur pour Sisteron
d'avoir fourni à son illustre enfant uii cadre dans lequel Paul Arène a su faire entrer toute une littérature digne de la grande
Patrie française.

Après lui, M. Benjamin-Constant, a exprimé en quelques mots les regrets que
partageaient tous les artistes présents de
ne pas voir à l'inauguration de son buste
le grand sculpteur Injalbert, retenu à Pézenas pour l'inauguration d'une autre de
ses œuvres, le beau monument élevé làbas à la gloire de Molière.
Puis, la coupe symbolique a circulé de
mains en mains et l'on a successivement
applaudi MM. Sextius Michel, Maurice
Faure, dont l'improvisation spirituelle a
soulevé l'enthousiasme, Constans et Victor Lieutaud qui a entonné, — trop haut,
ma foi ! — le célèbre chant de la Coupo
santo. Mais la pluie est venue, encore un
coup, interrompre les chants. L'heure de
la cérémonie officielle approchait d'ailleurs,
et c'est à peine si quelques retardataires
ont eu le temps d'accomplir un nouveau
pèlerinage à la tombe et à la maison du
poète.

Inauguration du monument à Paul Arène
Discours du Maire de Sisteron

Quatre heures sonnent. Des musiques
se font entendre. C'est le cortège officiel
qui se rend sur la place de l'Eglise où
Mesdames, Messieurs,
va avoir lieu l'inauguration du monument.
Le poète dont nous glorifions la méIl est réellement fort beau dans sa simmoire, garda, durant toute son existence,
plicité ce monument, etil fait le plus grand
pour la ville où il avait vu le jour une afhonneur au maître Injalbert qui l'a ciselé.
fection filiale. Ce qu'il aimait le plus, après
Il se compose d'un piédestal très simple,
les lettres auxquelles il s'était donné tout
d'un socle sans ornements, — qui n'est
entier, c'est ce coin de la haute Provence
que provisoire et qui sera refait par les
où s'étaient essayés ses premiers pas, où
soins d'un architecte de valeur, — suril avait rêvé ses premiers rêves dansla somonté du beau buste en marbre blanc qui
litude des champs, au milieu de nos sites
fut si admiré au Salon d'il y a deux ans.
si pittoresques. C'est ici qu'il venait se reLe buste est tourné vers les aires publitremper des luttes littéraires et c'était une
ques où se dressent les meules dorées
fête pour tous lorsqu'au matin apparaissait
que savait si bien chanter le poète sistesur le seuil de la maison paternelle le fin
ronnais.
visage de Paul Arène.
Sur un des côtés de la place se dresSisteron reconnaissant rend aujourd'hui
sait l'estrade officielle où ont pris place
un solennel hommage à ce fils pieux qui
les autorités. M. le Préfet présidait, ayant
ne voulut jamais oublier sa petite patrie, et
à sa droite M. le Maire de Sisteron, et à
le magnifique buste que cisela l'habile ciseau d'Injalbert, va perpétuer parmi nous
sa gauche M. le sénateur Raoul Fruchier.
les traits du plus illustre de nos concitoyens.
A coté d'eux on remarquait encore : MM.
La gloire lui était venue, rapide, et tout
César Allemand, sénateur, Sicard, député,
de suite il s'était classé parmi les maîtres.
François,sous-préfet, Benjamin-Constant,
Les dons, les qualités qui font de lui 0,1
Jules Arène, Maurice Faure, Félix Gras,
des
plus grands écrivains de ce temp&gt;
et la plupart des félibres et des cigaliers.
s'affirment dès ses premières œuvres, £'
C'est M. Félix ïhélène, maire de Sisl'on y trouve déjà ce naturel parfait, ce
teron, qui a pris le premier la parole:

�Lou

Virc-Souttti

bon sens aiguisé d'esprit, cette élégance
d'expression, cet« humour » qui sont comme
la caractéristique de ce sobre et merveilleux talent.
Son œuvre restera lumineuse et vivante.
Il chantait la Provence, cette terre que
nous aimons et qui fut la passion de toute
sa vie, et nul mieux que lui n'a su dire
l'âme de notre pays.
Sa plume se plaisait surtout à décrire la
ville natale et il n'est aucun des paysages
qui nous entourent qui n'ait trouvé sa place
dans son œuvre..Jean des Figues et la douloureuse Domnine vécurent à «Canteperdrix ».
Mais son cœur battait aussi pour la grande
patrie. Toutes les joies et toutes les douleurs qui secouaient la France venaient
inspirer le poète, venaient faire vibrer les
cordes desa lyre; etalorsque Paris tout entier se dressait pour disputer ses foyers
à l'envahisseur allemand, c'est de ses lèvres
que partait le chant de résistance que nos
soldats jetaient comme un défi à l'ennemi
vainqueur. Nouvelle Marseillaise, son chant,
ie Midi bouge, dont les mâles accents ont
fait hier soir revivre nos émotions, réconfortait l'âme des patriotes et faisait renaître
en eux l'espérance.
Epris de toutes les nobles idées, il avait
souffert dans sa jeunesse du despotisme qui
pesait sur le pays, et quand la France voulut
secouer le joug qui l'accablait, il fut des
premiers à se lever et à combattre pour la
liberté.
L'œuvre du lettré, la vie du patriote sont
dignes de toutes nos admirations. Il a vécu sans une défaillance, remplissant dignement son devoir.
Et c'est pourquoi vous voici aujourd'hui
tous réunis autour de cette statue, apportant vos hommages à notre grand concitoyen ; au nom de la ville de Sisteron,
soyez remerciés !
Merci à vous qui avez réuni les oboles
de tous les admirateurs et de tous les amis
au
poète, et qui nous avez dressé ce maifique buste qui rappellera à nos enfants
la mémoire de Paul Arène.
Merci à vous qui avez bien voulu vous
grouper autour de nous pour donner à cette
ete
la solennité qu'elle comporte.
Merci à ceux qui, représentant la France,
s
°nt venus parmi nous honorerl'enfant de
's'eron, dont la gloire est l'orgueil du pays
entier.
Pt 1
a vous tous accourus dans nos murs

pour prendre part à cette fête, pour rendre
cette solennité plus grandiose et splendide,
à vous tous, poètes, écrivains, artistes et
lettrés, Sisteron, mère du poète, adresse
ses remerciements.

Après lui, M. Raoul Fruchier, sénateur, a fait entendre le gracieux discours
qui suit et qui a été fréquemment interrompu par les applaudissements les plus
chaleureux :

Discours de M. Fruchier
Mesdames, Messieurs,
Vous estimerez peut-être qu'il n'appartient pas à un homme politique de prendre ici la parole. Croyez bien que ma pensée a, sur ce point, devancé la vôtre et
que je veux simplement saluer la mémoire
aimée de Paul Arène que tant de maîtres
ont célébrée, que tant d'autres glorifieront
encore. Un sénateur, d'ailleurs, n'est pas
sans avoir quelque droit d'aborder un sujet qui semble d'abord si étranger à ses ordinaires attributions.
Le Sénat, quoi que vous en puissiez, en
bien ou en mal, penser, ne se confine pas
dans l'unique fonction de gardien rogue,
j'allais dire dogue, de la constitution.
Le Sénat a un jardin, un grand et délicieux jardin, que Paul Arène a passionnément aimé, où sous l'ombre des marronniers et des ormes séculaires sont réunies
en un gracieux rendez-vous, en une sorte
de cour d'amour, toutes nos reines d'autrefois, grandes amies des troubadours et
des poètes, éprises follement de fabliaux,
de contes et de ballades.
Ce jardin, Arène le reverra sans doute
bientôt, mais avec des yeux de bronze ou
de marbre, immobilisé dans son immortalité, car au Sénat— ainsi Anacréon vieilli
aimait à se couronner de roses—nous aimons voir surgir dans les massifs de \erdure, pousser dans les corbeilles de fleurs,
les bustes des artistes et des poètes que,
les délicats ont préférés, que les femmesde
France ont élu: leurs favoris.
Ah ! ce jardin du Luxembourg, il l'a
bien aimé, notre poète; il en a découvert
les petits coins ignorés, au point, a-t-on
pu dire, qu'une simple coupe de gazon sur
une de ses pelouses, prenait pour lui les

�lod

Lou

Viro-Souliu

proportions parfumées de la fenaison dans
les grands pâturages du Nivernais !
Comme Ton sent bien que Paris ne lui
suffisait pasl Sans doute le vent qui passait sur les hautes frondaisons de la grande
ville, sur les eaux du fleuve parisien, sans
cesse déchiré par l'hélice des bateaux, donnait quelque fraîcheur à sa pensée et à son
rêve; sans doute la Seine est belle lorsque
venant la nuit, elle revêt sa parure de soirée, étincelante de feux blancs et jaunes,
rouges et verts, diamants et ors, rubis et
émeraudes de son collier etde sa ceinture.
Mais la pensée d'Arène, si elle se reposait
quelques instants rêveuse et charmeuse
dans l'expression du rêve, sur les berges
de Meudon et les ombres de St-Cloud,
volait toujours plus loin, là-bas vers son
Midi, vers les routes blanches, vers la mer
bleue, vers le pays des oliviers pâles et du
thym parfumé, vers Sisteron où le voici
définitivement fixé.
Non, Paris ne lui suffisait pas à cet enfant de Sisteron. Il fallait la mer latine
à ce fils de Virgile, il fallait à ce poète si
purementgrec, ce morceau détaché de la
Grèce qu'est notre chère Provence.
Il fallait à « Jean des Figues » son pays.
Et il écrivait de Paris à notre grand maître,
Mistral: «Je suis un exilé moi, ici, et je
serais ridicule si je le disais. J'ai la«languisoun » de vous, de votre Rhône, de
ma Durance, de nos oliviers, de ma vigne
et de ma petite sœur. »
Eh bien! il a cessé l'exil. Si « magnait
licet componere magnis, vous revenez de
Ste-Hélène et maintenant, pour toujours,
cher poète, vous demeurerez sur les bords
de votre Durance, parmi les marjolaines
et les figuiers dont les fruits font la perle,
auprès de votre frère, de votre sœur, à qui
il est donné devoirvotre apothéose.
Il vous a fallu, pour reconquérir votre
pays tout entier, entrer dans l'immortalité.
Votre si clair et si gracieux génie, sur lequel les connaisseurs ne se sont jamais
trompés, éclaire tous les yeux, maintenant
queies vôtres sont éteints, et votre grand
et doux souvenir, maintenant que votre
cœur a cessé de battre, fait battre tous les
cœurs.

Le capoulié Félix Gras a dit alors les
vers suivants, d'une inspiration familière
et charmante :

PAU ARENO
Felibre e Parisen,
Pouèto d'aquéu grand vilage,
Venès vuei saluda Pau Areno, lou sage,
E Jan di Figo, lou sublime pau-de-sen.
Aqueste fin gavot,
Carga couine uno abiho,
Escambarlè soun ai que, jougnènt lis auriho,
A Paris lou mené, plan-plan, à pichot trot.
Lou sage embriaga
Vous aduguè de plens ensàrri
De gau-galin e de pèiro d'or de si bàrri,
E lou mounde artisti n'en fugue'sbarluga.
Desempièi, eilamount,
Si pouèmo e sa proso blouso
Escampon lou prefum di terro mountagnouso
D'aquelo republico alin de Sisterouu ;
Desempièi, dins Paris
l'a de voun-voun de farandoulo
E tout cap-d'obro pren l'òudour di ferigoulo
D'aquéu trescamp di Dieu qu'a nourn Canto
[Perdris.
Dôu plan dôu Pais naut,
Venès amira de tout caire
Lou pouèto e l'ami di pastre e di lauraire,
Noste franc mountagnard.laflourde nòstis Aup!
Oh ! l'artisto divin !
Em'un mouine, un ase, uno lauso,
Emé pas rèn, em'un tambour di cacaîauso,
Bastissié de cap-d'obro. E tout èro d'or fin.
Galoi fuguè soun art
Dins lifaiàu de Piialugo ;
Mai dôu peirard dis Aup éu tiré la belugo
Que brulè tant d'encènssout lis ôuliviéclar.
Vaqui sa Cabra d'or,
Se dirias pas que la foulasso
A desbronta toustèms li nerto dôu Parnasso,
Li vigno de Samos, e si prado e sis ort !
Pagan fenat, maidous,
Noun adourè que diéu fragile :
Cigalo e parpaioun. E coume antan Viergilei
Tiré de si gara soun inné armounious.
Tambèn, toustèms veiren
Lis escrivan de touto raço
Prendre l'ouro à la mostro e béure dinslatasso
De Jan di Figo, lou pacan sisterounen.
Car es sus lou soulèu
Qu'eu tenguè sa mostro reglado,
Au soulèu que prengué sa bello encigalado
E passé subre mèstre ! Ah ! digues pas : bel«Fau pas dire : Belèu !
Soun obro ajoun, quand noun doumia&lt;&gt;&gt;
Desempièi Jan di Figo enjusqu'à sa Doum»'»''
Tout ço que se faguè sout capo dôu soûle»-

�Lou

Viro-Soulèu

Après cela, Mme Maujan a dit avec un
charme pénétrant et avec une grâce exquise une ravissante poésie qui a été composée par un jeune félibre, M. Louis
Roux-Servine, pour l'inauguration du buste
de Paul Arène â Sceaux et qui a déjà été
publiée dans le Viro-Soulèu et le Mois
Cigalier.
Après l'exécution, par la musique de
Sisteron, d'une gracieuse polka qui est
due au chef de cette Société et qui imite
le chant de la cigale, M. d'Ille, maire de
Voix, a donné lecture d'une poésie française composée pour la circonstance par
M. Paul Mariéton.
Enfin la Chorale a fait entendre un joli
chœurde circonstance, composé à la gloire
de Paul Arène par le chef dévoué de cette
société musicale, M. Liotard, instituteur.
Cette attention délicate a profondément
ému l'assistance qui a bissé par acclamations cet agréable intermède.
M. Silvain, de la Comédie-Française, a
pris ensuite la parole pour lire la lettre
suivante de M. Jules Claretie :
J'aurais voulu, mon cher sociétaire, vous
envoyer sur Paul Arène un hommage digne de lui. T'aurais bien, comme on dit,
le cœur à l'ouvrage ; mais la pensée n'y
est pas. 11 m'excuserait, lui, le plus tendre
et le plus exquis des poètes, lui qui connaissait le charme des sourires, mais qui
savait le poids et l'amertume des pleurs.
Car il avait souffert, Paul Arène, et si
Jean des Figues avait gardé quelque mélancolie, il conservait pourtant sa belle humeur résignée et chantait des chansons et
devisait par tous les chemins, parisien de
Provence épris de tout ce qui est la grande
ville et de ce qui est sa chère patrie parfumée, belle d août, belle de toujours !
J'aurais voulu rappeler le souvenir delà
telle soirée en quelque sorte athénienne
o/il donna à la Comédie, avec Charles
Monselet, lorsqu'il nous apporta VIlote, cet
Uoie qu'il eut la joie d'entendre acclamer —
st qui s'en souvient mieux que vous, son
interprète et son ami ? — sur la scène de
P'«re du théâtre d'Orange.
J'aurais voulu dire tout ce que Paul
Arène,parti trop tôt, a emporté de poésie,
e
^ soleil et d'espérance. J'aurais voulu affirmer que ce parfait artiste en notre adorable langue était de ceux qui pouvaient
Prendre à l'immortalité académique, ayant

conquis dès longtemps l'immortalité populaire. C'est de trop loin — et c'est trop
tard- - que je donne ma voix à cet ami de
ma jeunesse, à ce cœur chaud, à cette âme
vibrante, à cet esprit ailé qui s'appelle Paul
Arène —■ que vous allez fêter en plein soleil, sous le ciel de son pays, et à qui vous
apporterez le souvenir ému et le brin de
laurier vert que garde notre chère Comédie
à ceux qu'elle a eu la joie d'entendre applaudir chez elle et dont la mémoire aimée est fidèlement honorée par ceux qui
survivent.
Et nul hommage ne pourra être plus
doux à l'ombre souriante d'Arène que celui
qui lui viendra de vous. L'image du poète
mort m'apparaît parmi les oliviers gris et
les lauriers-roses et il me semble qu'il vous
tend sa main loyale pour vous dire merci,
avant de retourner au coin des chanteurs
et railleurs immortels converser avec Horace et Virgile, Sterne et Cervantes, Musset et Monselet, Roumanille et Aubanel !
Salut et souvenir à Jean des Figues, au
pauvre et charmant Paul Arène, à l'ami
d'hier, au maître écrivain de la noble terre
provençale qui a défendu en 1870, et honoré à toutes lès heures de sa vie, dans sa
langue et dans son histoire, la chère et
grande patrie française.

Puis il a lu avec une émotion sincère
une belle poésie d'Armand Silvestre, dont
voici les strophes les plus applaudies :
Tu n'es plus tout entier aux éléments rendu,
Aux cendres des aïeux mêlant ta noble cendre ;
O toi que nous croyions à tout jamais perdu,
Tu semblas seulement sous la pierre descendre.
Car, de ton court sommeil, pour l'Immortalité
T'ont réveillé bientôt la chanson des cigales
Et l'appel des jardins où, tout petit, l'été,
Tu tendais tes deux mains vers les figues frugales.

Le vieux Thamus, fendant au loin le flot amer,
Qu'en un chant immortel évoqua ton génie,
Le jour où tu mourus vit passer sur la mer,
Tendant vers nous son vol, un cygne d'Ionie.
Jamais tu ne seras seul ici. Car le soir,
Des crocus à leurs doigts blancs ou des asphodèles,
Les filles aux cheveuxd'ambre viendronts'asseoir
Et te parler tout bas de leurs amours fidèles.

�Lou

Viro-Soulèu

102

Et leurs bouches en fleur diront tes nobles vers,
A tes rimes prêtant leur grâce souveraine,
Puisque, à ton front portant des rameaux toujours verts,

Te voilà

revenu dans

ton pays, Arène !

Et comme la façon la plus simple d'honorer les poètes est encore de dire leurs
vers, M. Silvain, d'une voix chaude et vibrante, a dit à la joie de tous le chefd'œuvre auquel il est fait allusion dans
les beaux vers d'Armand Silvestre, l'admirable Noël en mer de Paul Arène.
M. Benjamin-Constant, de l'Institut, au
nom des cigaliers, a lu ensuite une poétique allocution dont voici la péroraison fort
applaudie :
Le soir, à l'heure rose, alors que les
troupeaux rentrent à pas menus dans la
poussière des chemins, le même berger qui
suivit ton cercueil l'an dernier, viendra se
reposer ici près de ton buste et, assis au
milieu de ses bêtes endormies, il sortira de
sa ceinture sa flûte de roseau ; et dans l'air
tranquille montera une mélodie douce et
triste, un écho de celle que jouaient les
bergers de Virgile.
Enfin, la nuit, dans le silence, s'il m'était
permis de rester près de ton image, il me
semble que je verrais la vie revenir dans
tes yeux de marbre — en plus de celle que
l'artiste y a déjà mise — et ton regard de
ressuscité m'indiquer dans le ciel tout tremblant d'étoiles une lueur plus vive, un astre plus près de nous, tanouvelle demeure...
peut-être ? Ainsi croirais-je avoir découvert
les grandes étapes de l'immortalité de
l'âme, la route sidérale qui nous attend !

LE

BANQUET

POPULAIRE

Le soir, dans la cour du Collège coquettement décorée, le banquet populaire, présidé par M. Durieu, Préfet des BassesAlpes, réunissait près de cent cinquante
convives.
Remarqué à la table d'honneur :
Madame Maujan, MM. Allemand et
Fruchier, sénateurs ; Sicard, député,
le maire de Sisteron ; Roman, président
du tribunal ; François, sous-préfet ; Lieutier, adjoint, etc.

Le moment des toasts venu, le Maire
remercie en fort bons termes M. le Préfet, l'assistance tout entière et les divers
Comités qui ont contribué au succès de
l'inauguration : il lève son verre à l'union
de tous pour la prospérité du pays.
M. le Préfet lui répond aussitôt en
ces termes :

Discours de M. le Préfet
Mesdames, Messieurs,
Dans cette journée consacrée à la glorification du poète gracieux, élégant et délicat que fut Paul Arène, dont les œuvres
lumineuses et charmantes resteront comme
le miroir de l'âme provençale, nous avons
vu se presser autour du buste superbe que
vous venez d'inaugurer des sommités littéraires et artistiques venues de toutes les
régions de la France et unies dans une commune admiration pour l'illustre enfantdont
cette cité s'enorgueillit à si juste titre.
Oubliant les rivalités de personnes et les
divisions locales, les Sisteronnais sont aussi venus en foule s'asseoir à ce banquet,
unis également dans une même pensée
d'admiration.
Il est réconfortant de constater que nous
savons nous grouper lorsqu'il s'agit de la
gloire et de l'intérêt du pays.
J'ai la confiance que la solidarité que
nous voyons s'affirmer ce soir portera ses
fruits et que nous la retrouverons toutes
les fois que l'intérêt du pays l'exigera.
Je ne puis parler de solidarité sans que
ma pensée se reporte vers celui à qui les
élus de la nation ont confié la garde du
drapeau et qui préside avec tant d'autorité
et de dévouement aux destinées de la patrie,
Il ne cesse en effet de faire appel à tous
pour cette œuvre de conciliation, d apaisement, et de féconde unité dans la République. Aussi tous nos vœux raccompagnentils au moment où il va entreprendre un
voyage qui doit cimenter l'union de deui
grandes nations amies et je suis convain""
que je réponds à la pensée de tous ici 1
vous proposant de lever nos verres en si
honneur.
A M. le Président de la République!
if*
En termes aimables, M. Allemand, s
nateur, remercia les dames présentes doi
le talent, la beauté et la distinction avaient
rehaussé l'éclat des fêtes.

�Lou

Viro-Soulèu

A la suite d'une charmante et spirituelle improvisation de M. Albert Tourmer, Madame Silvain, aux applaudissements et au grand plaisir de l'assistance,
dit, avec le talent qui la caractérise, La
Bouquetière de Paul Arène, une de ses
plus adorables poésies.
M. Silvain, à son tour, nous donna la
mesure de son talent. Avec son profil de
César romain, son geste ample, sa voix
à la fois douce et rugissante, il nous a
récité la traduction en vers français, faite
par lui-même, de la Venus d'iÀrles d'Aubanel.
De son côté, M. Martel, tel un vieux
lion qui se réveille, oubliant et faisant
oublier ses 76 ans qu'il porte vertement,
nous a délicieusement ému en déclamant
la belle satire de Barbier, contre l'Immoralité au Théâtre.
L'excellente musique la Lyre des ^Alpes
est venue nous réchauffer avec le Beau
Soleil de la Provence et la Marche des Fèlibres, qu'elle a brillamment exécutés.
Les convives se sont séparés aux accords de la Marseillaise, écoutée debout,
emportant de cette soirée cordiale et artistique d'inoubliables souvenirs.

Pour nous résumer, les fêtes données
par la ville de Sisteron, ont eu le succès
le plus complet et le plus large : assistance d'élite, concours nombreux des po-

10 J

pulations ; foule sympathique, correcte et
très accueillante envers les étrangers ;
animation joyeuse qui a laissé à tous nos
visiteurs l'impression d'un pays aimable,
pittoresque, hospitalier et soucieux de la
mémoire de ses illustrations, dont Paul
Arène restera la plus pure personnalité.

Et pour évoquer encore, en terminant, le
souvenir de Paul Arène, voici un sonnet
glané dans le Figaro, au lendemain des
obsèques de l'écrivain sisteronnais et dont
l'auteur est M. le vicomte de Borrelli :

Le convoi de Paul Arène

Par uu rude sentier fleuri de marjolaine
Le bon poète allait tout là-haut, tout là-bas
Dormirloin des vivants ; quandils étaient trop las
Les porteurs s'arrêtaient et reprenaient haleine.
El. pour luifaire honneur, venant qui de la plaine
Qui dehameaux perdus que l'on ne voyait pas,
Vignerons, laboureurs oufileuses de laine,
Les bonnesgens qu'aimait le mort hâtaient le pas.
Fermantla marcheavecses brebis et ses chèvres,
Un vieux berger suivait, le flageolet aux lèvres,
Doublé d'ungrand chien maigre à l'oeil intelligent.
Le grillon noir chantait sous le chaume fragile
Et la cigale d'or sur l'olivier d'argent ;
Et c'était calme etbeau comme un vers de Virgile.

�Lou

I04

9E

JOURNÉE

Viro-Soulhi

—

LUNDI

9

AOÛT

ÉPILOGUE DES FÊTES
CHATEAU

DE

Les convives du banquet de Santo-Estello, réunis depuis les fêtes d'Orange,
allaient s'égrener un peu partout, lorsqu'une
gracieuse invitation, tout improvisée, du
colonel et de Mme du Terrail, les retint
une dernière soirée dans les Alpes.
L'hospitalité fut courtoise, et point banale, comme il sied.
Une Russe, née â Athènes, chantée
par Aubanel, portant le nom de famille
de Bayard : Dono Sofio du Terrail, réunissait dans son château les cigales provençales et parisiennes.
Quel cadre magnifique ! Un nid de verdure, et le grand Aurouze levant par
dessus les autres cimes son front majestueux comme pour mieux voir ce qui se
passe à ses pieds. Il voit se desenvagounant une pléiade de majoraux : Mariéton,
chancelier du Félibrige, Maurice Faure, le
député félibre, qui a vu ses efforts couronnés de succès, en obtenant la restauration du Cieri où plus de vingt mille
spectateursviennentd'applaudir Sophocle ;
Lieutaud, Guillibert, de Gantelmi d'Ille,
l'abbé Pascal ; M. Caristie-Martel, les
cigaliers et les journalistes de Paris, puis
M. Itier et sa famille, M. le colonel Corréard et sa famille, M. Rizoul, de Veynes,
M. Grimaud, de Serres, M. et Mme de
Ventavon, puis d'autres encore, en tout
près de 70 personnes venues du Nord et
du Midi.
Le lunch est servi sur la pelouse, le
tambourin, le galoubet et les danses provençales réjouissent l'oreille et la vue.
Mme du Terrail donne son brinde charmant qui demande les chansons des cigales :
Mai de flour
Que d'ounour !
Ma deviso es talo :

^ONTMAUR

Moun cor gai
Que-noun-sai
Vous dis — s'en regalo :
Liuen li plour,
Li doulour !
Cantas, o Cigalo !
Victor Lieutaud lit les magnifiques
vers d'Aubanel à madame du Terrail ;
puis Maurice Faure, dans une exquise
improvisation, présente en son nom et en
celui de tous ses confrères, ses hommages à la maîtresse de céans et dit leur
bonheur et leur joie de trouver ici l'amigueto qu'avian jamai visto et qui fut si
suavement chantée par le doux poète des
Fiho d'Avignoun.
Le Cabiscol de l'Escoro de la MounUgno, l'abbé Pascal, y va également de
son brinde, que voici :

Discours de M. l'abbé Pascal
Félibres et Cigaliés,
Voui veici dins la grando mountagno,
dins la mountagno espetaclouso.... Arregardas ! dins la mountagno nosto maire,
maire des aubras e dei rieus, maire des
ômei libres, braves e forts.
Or — acò se sab — la mountagno es
toujout esta e sarè toujout lou païs per
eieelènei dei sauvaments de la patrio, de
l'endependènei e de la sano liberta.
Adounc pouièn chantar eici autament,
librament e mountagnardament. Es aco
l'ordre de la Dono counviarello :
Soun cor s'en regalo,
Cantas, o Cigalo !
Es ièr que lou Capoulié me disié : «l'
cigalo de la mountagno canton gaire. &gt;
Segur, soun pas coumo aquelei de la chau
do Prouvènço que chanton pertout, îue
chanton tant jusqu'à Paris, que tout-avuWi
lou mounde sabon plus se Paris nes Pa
en Prouvènço ou bèn en Dóufinat.

�Lou

Viro-Soulèu

Dison que chantan gaire; la nèu estant
prfjchi, la biso tant prounto ; e pièi sèmblo
que sian un pau de caire, coumo se n'erian pas eici sus lou bàrri-frountièro, les
prumiers aparaires dôu Mieijour.
Pèr nous faire chantar, fau que lou tèms
siegue clar, dous, espeluca ; nous fau lei
bèus rais d'un sourèu dardalhant.
Salut à vous, Dono dôu Terrail que sias
lou rai de sourèu qu'atiro lei cigalos prouvençalos e fai chantar aquelos que trèvon
lis Aup.
E quand dins la mountagno ensoureilha
s'auve lou chant dôu cigalun frenissènt,
chascun se bouoto à dire : Vaqui lou si •
gne dôu bèu tèms.
Voui direi dounc ma chansouneto, felibres e cigaliés, dins l'idèio qu'acô sarè
pèr vous-autres uno marco de bèu tèms.
E la dirèi, ma chansouneto, es douos cigalos vesinos :
A Pau Areno, qu'èro vengu noui rèndre
vesito à la Santo-Estello gapiano : que
sabié tant bèn dire, e que cè que disié èro
tant fin e tant lusènt ; que couneissié nostes endrechs, nostes prouverbes, nosto maniera de parlar. A Pau Areno qu'amavo
tant soun Sisteroun, e que Sisteroun en
fasènt cè qu'avèn vist, a douna un bouen
eisèmple e prouva qu'èro uno bouono
maire !
E la dirèi, ma chansouneto, à l'autro cigalo vesino, qu'es alai de darrié lou serre,
à Mourise Faure, lou deputa-felibre e prouvençau ardènt, coumo les faudrié touts de
Briançoun jusqu'en Espagno ; que, barrulant pèr orto ou mountant à la tribuno la
cigalo d'or ou chapèu, encigalo tout. L'aven entendu, sabèn coumo parlo bèn, e se
coumpren que siegue l'orne simpatique e
tantcouneissu de Dôufinat e de Prouvènço !
E per acabar ma dicho mingoureto, voui
dirèi :
Bèn, avuro, que la cigalo siegue un pau
pus aut ou bèn un pau pu bas, que siegue
vira un pau mai ou bèn un pau mench
de-vei l'adreich ou bèn de-vei l'ubac, ajuense, amen-nous, e sustout chanten, chan'en toujout dessubre lou fermisier, coumo
la cigaleto, dins lou ràbi sourèu de la Prouvènço triounfanto !

105

Puis MM. Guillibert, de Gantelmi d'Ille
et Mariéton, se font à leur tour applaudir.

Vers quatre heures, une brillante cour
d'amour a été organisée dans les salons
du vieux castel, au cours de laquelle madame Maujan a tenu la réunion sous le
charme de son merveilleux talent. Caristie Martel, de la Comédie-Française, a
été admirable aussi. Puis le spirituel Paul
Mariéton, chancelier dn Félibrige ; le colonel du Terrail, etc, etc.. M""'du Terrail,
enfin, dont le talent musical est si connu
dans le monde, a, après plusieurs morceaux de piano très applaudis, charmé,
enlevé littéralement son auditoire par
l'exécution,d'un brio incomparable,de plusieurs morceaux de cithare.
Une farandole échevelée, dirigée par
le colonel du Terrail et la jolie madame
Balthazar Bourrelier, ravissante en Arlésienne, s'est déroulée, au son des tambourins, sur la pelouse verte du parc,
clôturant ainsi cette fête charmante.
Rien ne manqua donc à cette fête littéraire de méridionaux amoureux de gaie
science : ni vers, ni prose ; ni chaudes improvisations, ni chefs-d'œuvre appris dans
les recueils de maîtres aimés ; ni farandoles, ni vieilles danses du pays du soleil ;
ni musique des tu-tu-pan-pan, comme
aurait dit Clovis Hugues ; et, au milieu
d'auditeurs émerveillés, Martial, l'artiste
tambourinaire manosquin, exécutait des
solos de fouet, avec accompagnement de
tambourins
Non, rien ne manquait au plaisir de
cette réunion d'élite, pas même, et surtout, le charme de sa quasi-spontanéité,
avec le regret, pourtant, que cette spontanéité même n'eût point permis à un certain nombre d'amis, — faute d'avoir été
prévenus, — de se joindre aux fervents de
la cigale.

�Lou

io6

Viro-Soulèu

Ainsi se sont terminées les fêtes cigalières et félibréennes de 1897, qui ont laissé
un souvenir inoubliable au cœur de ceux
qui ont été les acteurs de ces imposantes
manifestations, comme à la mémoire des
populations qui en ont été les témoins.
Une fois de plus, le Félibrige de Paris
a appelé l'attention du monde entier sur
l'excellence de la Cause méridionale, qui
n'est autre que l'attachement profond à la
petite patrie, doublé de l'amour de la
France qui en est le corollaire et la résultante.
Au reste, cette cause est gagnée désormais, malgré les critiques périodiques
de certains écrivains en quête de sujets
de chronique, et rien ne le prouve mieux
que les comptes rendus élogieux de la
presse.
Car, le récit que nous venons de donner
n'émane pas d'un membre du Félibrige de
Paris ou de la Cigale ; nous en avons extrait les matériaux des innombrables articles de journaux qui ont été publiés au
jour le jour, au cours des fêtes.

JEUX
DU

FLORAUX

FELIBRIGE

DE

PARIS

Les Jeux Floraux organisés par le Félibrige de Paris comprendront, cette année,
comme les années précédentes, un concours
littéraire et un concours artistique.
La distribution des récompenses aura lieu,
selon l'usage, en juin prochain, à l'occasion de la fête annuelle des Félibres à
Sceaux.
Voici le programme officiel des Jeux
Floraux de 1898 (18e année), que le ViroSoulèu porte à la connaissance de tous les
amis du Félibrige :
PROGRAMME

I. - CONCOURS LITTÉRAIRE
A. — Prix du Ministre de VInstruction
■publique à la meilleure étude en prose française sur ce sujet :

Nous n'avons pas cité les journalistes
qui ont suivi nos pérégrinations : la liste
en serait trop longue, car la plupart des
organes de Paris et de la province y
étaient représentés.
Nous signalerons seulement, en terminant, les publications spéciales auxquelles
a donné lieu notre pèlerinage.
M. Antony Réal fils avait donné une
2e édition, avec vues et portraits, de sabrochure sur le Théâtre Antique d'Orange et
il avait rédigé, avec les plus récents documents, un supplément du journal Le
Gaulois.
M. Sernin Santy, directeur du Lemotqi
de Brive, a promené ses lecteurs A travers
le Midi ; Mme Gabrielle Louis, qui a
suivi la caravane en un costume d'Arlésienne qui lui sied à ravir, nous a donné
d'une plume délicate ses Notes et impressions ; et enfin notre confrère Lucien Duc,
directeur de la Province, vient de tirer à
part son Echappée en Provence où il rend
compte en détail des fêtes d'Orange et de
Châteauneuf-du-Pape.

L'art local usuel dans le Midi
de la France
{Art décoratif, ameublement, ustensiles divers,
céramique, instruments de musique, etc.)
Cette étude archéologique pourra avoir un
caractère d'ensemble ou s'appliquer, soit à une
localité déterminée, soit à une industrie spéciale. — Les concurrents devront, autant que
possible, documenter leur travail au moyen de
croquis ou de reproductions photographiques.

B. — Une médaille d'argent au meilleur
sonnet gastronomique en langue d'oc sur
Li cese (pois-chicties)
C. — Une médaille de vermeil à la
meilleure ode en langue d'oc sur
Le Pont-du-Gard
D. — Une médaille de vermeil à la meilleure étude en langue d'oc sur
Le théâtre de Polichinelle
dans le midi de la France
Les concurrents pourront :
Soit faire un récit pittoresque du spectacle,
soit composer une scène originale, soit reproduire fidèlement le texte traditionnel d'un»
pièce ancienne.

�Lou

Viro-Soulèu

g. _ Une médaille d'argent à la meilleure

Chanson

ou Scène comique mêlée de chants
F.— Une médaille d'argent à la meilleure poésie française sur ce sujet :
Panl Arène dans le jardinet de Sceaux
s'entretient avec Florian et Aubanel

■2°
MUSIQUE
Une médaille de vermeil à la meilleure
composition musicale sur la poésie do Glovis Hugues dont voici les 3 premières
strophes :

LA FARANDOULO
La farandoulo ? la faren,
Lou cor gai, la tèsto flouridb ;
E la faren tant que voudren,
En aio ! la taiolo i ren,
La man dins la man, pèr la vido !
E se dardaio lou soulèu
Coume un flume d'or que s'escoulo,
Lèu ! lèu !
La faren, nosto farandoulo !

II. - CONCOURS CLASSIQUE
exclusivement réservé aux élèves des lycées et
collèges, écoles ou institutions. L'établissement et la classe devront être indiqués, sous
peine d'exclusion.

Une médaille d'argent à la meilleure
traduction en langue d'oc (prose) des vers
suivants, de Paul Arène :
AOUT

EN

PROVENCE

L'air est si chaud que la cigale,
La pauvre cigale frugale,
Qui se régale de chansons,
Ne fait plus entendre les sons
De sa chansonnette inégale.
Et, rêvant qu'elle agite encor
Ses petits tambourins de fée,
Sur l'écorce des pins chauffée,
Où pleure une résine d'or,
Ivre de soleil, elle dort.
N. B. — Les divers dialectes du midi de la
France pourront être employés dans le concours
littéraire et dans le concours classique.
Avis. — Le Félibrige de Paris croit utile de
faire connaître, dès à présent, que le prix du
Ministre sera décerné, en 1899, à la meilleure
étude en prose française sur ce sujet :

Du rôle des dialectes de la langue d'oc
dans l'enseignement primaire,
secondaire et supérieur

III. - CONCOURS ARTISTIQUE
, 1° DESSIN
Un objet d'art offert par le Ministre des
Beaux-Arts, au meilleur dessin à la plume
sur le sujet suivant :
Composition symbolique destinée à encadrer le programme des Jeux Floraux du
félibrige de Paris.
Le dessin devra avoir 0™ 18 de large
sur 0» 30 de haut.
.Le dessin primé appartiendra à la Société, qui l'offrira à un musée du Midi,
désigné par le lauréat, après l'avoir fait
^produire.
Les autres conditions du concours sont
maintenues conformément au programme
Ue
s années précédentes.

I

Sian li Prouvençau de Paris,
La pèu brounzido e la voues claro.
Quand juliet cansounejo e ris,
Coume s'erian souto lou nis,
Nàutri farandoulan encaro,
~F&amp;rç dôu lié, gènt de l'oustau !
E, lou Cifèr dins li mesoulo,
V
Dau ! Dau !
La faren, nosto farandoulo !
Enca pu bello que Venus,
Nosto Prouvènço encantarello,
Emé si péu sus soun càu nus,
Nous menarà dins soun trelus
Vers lou reiaume dis estello.
E tóuti pourtaren un brout,
Un pichot brout de ferigoulo :
Zou ! zou !
La faren, nosto farandoulo !

AVIS CONCERNANT LES 3 CONCOURS
Des médailles d'argent et de bronze supplémentaires, et des mentions honorables,
pourront être accordées,suivant l'importance
du Concours.
Les concurrents ne seront admis au Concours littéraire que pour un seul sujet.
Un diplôme artistique (eau-forte) pourra
être décerné, indépendamment du prix indiqué dans le programme.
DELAIS ET MODE D'E.WOI
Les envois relatifs aux concours littéraire,
classique et musical, devront être faits,
franco, avant le 15 mai, terme de rigueur,
à M. Sextius Michel, maire du XVme arrondissement, président de la Société, 54
bis, rue Violet, à Paris.
Les envois concernant le concours de
dessin devront être faits, avant le 30 mai,
terme de rigueur, à M. Amy, sculpteur,
délégué pour la section artistique, avenue d'Orléans, 35, Paris.
Aucun ouvrage ne devra être signé. A
tout envoi, pour chacun des trois concours,
sera annexé un pli cacheté, contenant les
nom, prénoms, adresse du concurrent, avec
une devise qui sera répétée en tête do
l'œuvre et l'affirmation que cette œuvre est
inédite. Les manuscrits ne sont pas rendus.
Le Président des Félibres de Paris :
SEXTIUS MICHEL.

�Lou

lofi

Vira-Souliu

PROSE

PROSE FRANÇAISE
Les funérailles de Paul Arène
...
3
Discours d'Albert Tournier à Sisteron
4
Programme des Jeux Floraux de 1897 .
7
Un hommage à Bigot (G. Gourdoux) . 14
Le Félibrige et les Goncourt (Oddo) 22-33-66
Le Félibrige en Dauphiné (L. Marcel). . 25
Un poète de terroir: Ph. Chauvier(L.Duc) 26
Souscription Paul Arène ... 28, 36, 44
Le Midi aux Salons (H. Giraud) .... 29
Bibiographie (J. Troubat)
32
Fêtes de Sceaux, progr" et palmarès 37-42
Les fêtes cigalières et félibréennes d'août
(Deluns-Montaud)
38
Frédéric Mistral (Henri Giraud) ... 41
Proge des Fêtes félibréennes d'août . 45
La Ste-Estelle à Sceaux, compte rendu 53
Discours de M. Gardet ....... 55
»
de M. Deluns-Montaud ... 59
»
de M. Sextius-Michel. ... 61
»
de M. Benjamin-Constant . 63
Compte rendu des fêtes cigalières et
félibréennes d'août .... 69 à 106
Allocution de M, Sextius-Michel au Président de la République, à Valence 70
Discours de M. Albert Tournier
» 71
»
de M. Benjamin-Constant » 74
La descente du Rhône
75
Les fêtes d'Orange
76
Fête de Châteauneuf-du-Pape (Discours
de MM. Ducos, Sextius-Michel, Gras 78
En Arles et aux Saintes-Mariés ... 87
Fête de Saint-Remy (Discours du Maire
et de M. Georges Niel
88
Visite à Mistral, à Maillane
92
Fêtes de Sisteron (Discours de MM. F.
Gras, Tardieu, Thélène, Fruchier, etc. 93
Au château de Montmaur (discours de
M. l'abbé Pascal)
104
Programme des Jeux Floraux de 1898 106
Viro-Souleiado — Échos félibréens
14, 19, 35, 42, 68

Pau Areno, (Ble Bonnet)
j
A prepaus dôu Tresor d'Arlatan (B. Bonnet) 9
Henri Giraud au Félibrige de Paris . . 17
La Brissaudo (Henri Giraud) .... 21
Bihetoun descacheta (Mistèri) .... 40
POÉSIE

FRANÇAISE

A Paul Arène, sonnet (Silvain) ... 6
Bouillabaisse marseillaise (J. Normand) 35
A Mme Maurice Faure, sonnet (J. Gardet) M
Pour Arène, (Armand Silvestre) ... 56
Les filles de Provence à Paul Arène
(L. Roux-Servine)
57
A Paul Arène, sonnet (M. Bonnefois) . 65
Aux félibres, sonnet (P. Lafenestre) . 66
Au sculpteur Injalbert (L. Due) ... 68
A prop. des obsèques deL.Sarlat (Gardet) 68
Ode à Bancel (Fabre des Essarts) . 73
Stances pour Caristie (Alexis Mouzin). 77
Le convoi de Paul Arène (de Borrelli). 103
POÉSIE

PROVENÇALE

IsAliscamp, sonnet (Eugène Garcm) . 6
Uno Mèro, (A. Bigot)
li
A Pau Areno, sonnet (Sextius-Michel) 14
Brinde felibren (L. Duc)
16
Moun vilage, sonnet (Adrien Didier] . 18
Li dous ramounur (Bonolé Debais). . 18
A la ciéuta de-z-Ais (Sextius-Michel) . 24
L'amoueirouso, chanson (l'abbé Moutier) 25
Soulas! sonnet (A. Chansrouxj. ... 35
A Pau Areno (Clovis Hugues) .... 59
Pau Areno (F. Gras)
57, 100
S8
A Pau Areno (P. Cheilan)
Au felibre di Poutoun (Lucian Duc) . 83
Lou brinde de Luciano (
»
) . 84
Maiano, sonnet (Sextius-Michel) . . . »
GRAVURE
En route pour Orange, à bord du bateau
présidentiel (Wagner-Robier) Frontispice

Le Gérant :

PARIS.

PROVENÇALE

Marins

AMY,

249, rue de Vaugirard.

— Ernpremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

C.i.0.0.
BÊZIERS

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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/51725e0751278d7c1706046391b557b1.jpg</text>
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              <text>Lou Viro-Soul&amp;egrave;u (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13127"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 09,  [n°10-11-12] octobre-décembre 1897 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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