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JUILLET-AOUT

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FÉLIBRÉENNE

Les fêtes félibréennes de Sceaux ne
manquent jamais à leur programme. II n'a
jamais été plus magnifiquement rempli que
cette année. Le discours de M. André
Theuriet, qui avait bien voulu accepter la
présidence de cette solennité littéraire, consacrée au Midi, lui a donné un éclat tout
particulier de la part du poète exquis et du
romancier délicat qui s'est constitué, lui
aussi, le félibre des forêts de l'Est et le
peintre de moeurs de sa petite patrie. Nous
pourrions nous borner à reproduire cette
belle page, qu'il a ajoutée à son œuvre et
qui fait tant d'honneur aux Lettres, ainsi que
le discours si patriotiquement inspiré de
notre sympathique président, M. SextiusMichel.
Nous regrettons cependant de ne pouvoir que mentionner, faute de place, les
remarquables allocutions de M. Maurice
Quentin, au nom de la Conférence La
Bruyère, devant la maison de Florian, et de
M. Charaire, maire de Sceaux, à l'ancienne
mairie, où il recevait les sociétés réunies
de la Cigale et du Félibrige de Paris.

Discours de M. Sextius-Michel

Très cher et très honoré maître,
Vous venez d'entendre les paroles simplement éloquentes par lesquelles M. le
Maire de Sceaux vient de souhaiter la bienvenue auxfélibres et cigaliers et à leur président d'honneur.
Je vous demande donc la permission
de saluer d'abord, en votre nom et au
nôtre, l'hospitalière cité qui, avec sa couronne de verts rameaux, est bien la soeur
de nos cités méridionales, et de remercier
l'excellent magistrat qui nous y accueille
avec tant de courtoisie.

DE

SCEAUX

Cet annuel échange de compliments,
nous tenons à le conserver ; c'est un usage
traditionnel dont les circonstances changent souvent la physionomie, en lui donnant un plus vif attrait.
Ainsi, aujourd'hui, les oiseaux ont beau
chanter sous les mêmes feuillages, et les
mêmes fleurs couronner les bustes qui nous
sont chers, il me semble qu'il y a en nous
et autour de nous quelque chose de nouveau et de plus intime en effet. Et ce quelque chose, n'en doutez pas, cher maître,
c'est l'aimable souci qu'a M. le Maire de
Sceaux et que nous partageons, d'accueillir
d'une façon particulièrement cordiale, l'écrivain d'élite, l'hôte éminent et sympathique à tous que la fraternité du voisinage
rend ici plus sympathique encore.
Oui, ô très aimé poète, vous êtes ici
presque chez vous, et nos fêtes vous sont
connues, nos cours d'amour aussi. On dit
même, — il nous est flatteur de le croire —
qu'en votre qualité d'immortel, vous vous
êtes quelquefois mêlé à nos rangs, à la
façon de ces dieux qui se cachaient parmi les bergers.
Mais aujourd'hui, c'est au grand jour,
ou, pour mieux dire, officiellement que
vous y venez et que vous occupez ce fauteuil où se sont assises tant de hautes personnalités, hommes de lettres ou hommes
d'Etat, philosophes ou artistes, tous amoureux, comme vous, d'idéal et de vérité.
Après le poète inspiré des Intimités et du
Passant, nous serons heureux d'y applaudir à son tour le gracieux auteur du Chemin des bois, de l'Abbé Daniel et de JeanMarie.
Ah 1 si je ne craignais de passer les
bornes de mon modeste rôle, combien il
me plairait d'analyser ici votre œuvre si
féconde et si vivante, si savoureuse et si
saine! Que ce soient vos petits poèmes
pleins de sentiment et de fraîcheur ou vos

�Lou

sé

VirO'Soulèu

romans d'une conception si exquise et si
délicate, tous les livres que vous avez
écrits ont, par surcroît, ce mérite de plus
en plus rare, que tout le monde peut sans
danger les ouvrir. Aussi tout le monde les
a lus et admirés, les lit et les admire encore.
Mais ce qui, en vous, nous captive et
nous charme le plus, nous félibre?, c'est
que vous êtes un de ceux que l'amour du
petit pays a faits poètes et qui ont consacré leurs plus belles pages et le plus pur
de leur talent à sa glorification.
Pour ne m'en tenir qu'à ce qui sonne
le plus agréablement à l'oreille, à ce qui
pénètre dans les plus mystérieux replis du
cœur, à la poésie, je ne crois pas me
tromper en associant votre nom à celui du
doux chantre de Marie qui, en des vers
qu'on n'oubliera jamais, a célébré en français et dans sa chère langue bretonne «: la
terre de granit recouverte de chênes. »
Vous, vous avez, avec le même amour
et la même sincérité, chanté les Vosges
maternelles, ce pays des vastes montagnes
« baignées de rosée et de lumière», où se
sont écoulées sans doute vos plus belles
années.
N'est-ce pas aux grands bois du pays
vosgien que vous avez adressé la dédicace
de vos premières poésies, en des strophes
si charmantes, si discrètement harmonieuses qu'on dirait le prélude d'un lointain et
mélodieux concert ?
Aux bois ! — Aux bois de mon pays
Dont on voit les sombres lignes,
Futaie épaisse ou clair taillis,
Bleuir au-dessus des vignes.
Aux bois où travaillent, campés
Dans les gorges éloignées,
Les bûcherons aux cœurs trempés
Comme le fer des cognées.
Aux grands bois où de mes amours
Dorment les chères reliques,
Parmi les mousses de velours
Et les fleurs des véroniques.
C'est encore au milieu des bois, dans les
défilés de l'Argonne, que votre patriotisme
s'exalte, et que vous glorifiez, en un superbe récit, ces paysans, ces bûcherons
« aux cœurs trempés comme le fer des cognées », qui sauvèrent la France et la Révolution en 1792.
C'est enfin par la « Prière dans les bois »
que votre beau livre s'achève, laissant au
lecteur attendri et enivré des saines et

voluptueuses senteurs dont il est imprégné, l'impression qu'en éprouva SainteBeuve, lorsqu'il dit, après la lecture de vos
débuts poétiques : « Ses vers sentent la
forêt. » Et ce n'était pas, de sa part, un
mince éloge.
Aussi, la fée cachée au fond des bois,
où elle tient en réserve émeraudes, saphirs
et diamants, n'a pas oublié l'adoration que
vous aviez pour elle: elle vous a rendu
en gloire ce que vous lui aviez donné en
amour.
Je puis donc sans crainte vous ranger
au nombre de ces écrivains privilégiés qui
aiment la nature et qui restent fidèles au
souvenir d'une petite patrie. Tout, dans ce
que vous avez écrit, porte la trace et la
marque de la vôtre.
Si vous lui avez fait quelques infidélités,
c'est d'abord pour cette Bretagne de Chateaubriand et de Brizeux où tout a un si
poétique attrait, depuis la prière du soir
au son des cornemuses, jusqu'aux troupeaux vivant pêle-mêle avec les pâtres. La
terre des dolmens et des forêts de hêtres devait, en effet, naturellement vous attirer,
comme vous ont attiré aussi les pittoresques provinces du Dauphiné et de la Savoie. Mais, quel que soit le pays où vous
ayez aimé à faire vivre vos personnages,
vos vers ou votre prose nous laissent toujours l'impression d'un fervent du foyer
familial.
Pèr chasque aucèu
Soun nis es bèu,
a dit un de nos poètes.
Vous, avec quel art délicieux vous les
embellissez encore ces coins de province,
ces nids, ce foyer, ces grands bois « où de
nos amours dorment les chères reliques.»
Aujourd'hui, vous habitez dans un des
plus beaux coins de la banlieue de Pans,
une délicieuse villa qu'ombragent de grands
arbres et que parfument les lilas et les
chèvrefeuilles.
C'est dans cette charmante demeure ou
vous savez si bien mettre d'accord le gout
des lettres et l'amour du bien public, que
nous avons été, mon ami Albert Tourniei
et moi, vous demander de nous faire 1 honneur d'être félibre pendant un jour, et cette
demande, faite à une heure peut-être un peu
indiscrète, vous l'avez cependant accueillie avec une bonne grâce qui nous a profondément touchés et dont nous vous remercions au nom de tous nos confrères.
C'est aussi dans ce joli nid qui porte si
bien le nom de Bois-Fleuri, que, chaque

�Lou

Viro-Soutèu

année, quand nous reviendrons à Sceaux
où le nom d'André Theuriet restera uni à
celui de Mistral, notre pensée et notre reconnaissance iront vous retrouver ; et alors,
songeant que vous n'êtes pas seulement un
des immortels du Palais-Mazarin, mais que
vous appartenez aussi, avec l'auteur de Mireille, à cette académie idéale des grands auteurs que le peuple aime et comprend,
nous saluerons en passant, de nos acclamations, la gracieuse ville de Bourg-la-Reine,
qui est votre Maillane.

if»
Discours de M. André Theuriet
Mesdames, Messieurs,
Mon premier devoir — un devoir très
doux— est de remercier mon cher collègue, M. le maire de Sceaux, de son très
aimable souhait de bienvenue. Je veux
dire également à votre brave et éminent
Président, M. Sextius-Michel, combien sa
chaleureuse sympathie et ses précieux
éloges m'ont été au cœur. Je suis très
touché, Messieurs, du grand honneur que
vous m'avez fait, en m'appelant à présider, cette année, les fêtes où vous célébrez la mémoire de Florian. Je n'ai guère
qu'un titre à cet honneur, c'est d'être le
plus proche voisin de cette ville fleurie
où l'auteur d'Estelle est venu mourir et
où vous venez de couronner les bustes de
Théodore Aubanel et de Paul Arène, deux
excellents poètes pour lesquels j'ai une
fervente admiration. Pourtant, en cherchant dans mes souvenirs, je retrouve
deux profondes impressions qui me serviront, non à justifier mais à excuser,
dans cette fête toute méridionale, l'occupation de ce fauteuil par un écrivain appartenant au nord de la France et élevé
tout là-bas, en Lorraine.
Permettez-moi d'évoquer ici l'un et l'autre de ces souvenir-; et de vous conter
tout d'abord comment j'ai fait connaissance avec Florian.
A l'époque lointaine de mon enfance,
je passais de longues heures de flânerie
dans le grenier de I4 maison paternelle.
C'était un de ces bons greniers de province, qui servent de fruitiers et aussi
de débarras pour les meubles hors d'usa
ge. Il était embaumé à la fois par l'odeur des fruits mûrissants et par l'antique parfum des choses du passé.

7

2

Romances d'autrefois, copiées à la
main sur un gros papier verdâtre, épées
rouillées, défroques démodées, boîtes à
musique ne disant plus que la moitié de
leurs airs, armoires bourrées de volumes
dépareillés, il y avait de tout dans ce fouillis. Je m'y aventurais comme Robinson
dans son île. Les vieux meubles craquaient parfois, comme si quelque spectre prisonnier eût voulu en pousser les
lourds battants, décorés de figures grimaçantes. Un jour, j'osai faire grincer la
serrure d'une de ces mystérieuses armoires. Je n'y trouvai point de spectre,
mais j'y découvris les œuvres de Florian
et je lus Galatèe, Estelle et Nèmorin, les
Arlequinades, la traduction de Don Quichotte— avec quelles délices!... ceux qui
ont goûté la saveur du fruit défendu et
des livres dévorés en cachette le comprendront. — Don Quichotte surtout marqua pour moi la date d'une éclosion de
sensations nouvelles. On a reproché à
Florian d'avoir plutôt imité que traduit
le chef-d'œuvre de Cervantès, et d'avoir
laissé évaporer une bonne partie de l'originalité du roman. Mais je m'en souciais
peu alors ; à dix ans on n'a pas le goût
difficile, et la langue simple, doucement
sentimentale du traducteur suffisait à me
charmer. Ce fut ainsi que je dus à l'auteur des Pastorales mes premières émotions littéraires, et qu'il devint pour moi
le plus aimable des initiateurs. J'ai contracté envers lui une dette de gratitude ;
je ne suis donc pas tout à fait un intrus
en venant me mêler â ceux qui le fêtent
auj ourd'hui.
Telle est ma première excuse. Voici la
seconde : elle se rattache â une date plus
récente et à une émotion plus vive encore.
Je suis resté longtemps sans visiter
votre Midi. Je ne le connaissais que par
les radieux poèmes de Mistral et par les
beaux vers d'Aubanel, ce poète grec né
'i.
en Avignon ». Je pus enfin, dans ma
pleine maturité, entreprendre ce voyage
tant désiré et je quittai Paris par une brumeuse nuit d'hiver. A mon réveil, la Provence se révéla à moi, brusquement,
sous l'adorable lumière d'un ciel d'azur
immaculé. Je vis les mas aux toits rouges,
avec leurs plantations de mûriers et d'amandiers, leurs clôtures de frissonnants
roseaux, leurs rangées de sveltes cyprès
noirs s'opposant comme un rempart au
souffle du nord-ouest. J'admirai, aux pre-

�Lou

&gt;8

Viro-Soulèu

mières teintes roses du soleil levant, les
nobles profils des Alpilles qui bordent la
plaine. J'aperçus au passage la ville des
Papes reflétant ses augustes murailles
dans les eaux du Rhône, et Arles avec
ses belles Artésiennes qui, pour me servir
de l'expression d'Aubanel, « ont des fleurs
étranges dans leurs grands yeux; » et
Marseille, la Phocéenne, magnifiquement
couchée entre des montagnes et une mer
céruléenne, qui rappellent les paysages
de la Grèce, son aïeule. Ebloui, fasciné
par cet enchantement qui se renouvelait
à chaque station, je ne m'arrêtai qu'à Nice,
et là encore, mon âme grisée de soleil
s'exalta. — La baie des Anges, entrevue
à travers la molle échancrure des collines ; les massifs de chênes verts, de lauriers et de pins ; les bois d'oliviers, la
profusion des roses, me donnèrent plus
que jamais l'hallucination de la Grèce
antique. Quand un vent léger chantait
dans les ramures au retroussis d'argent,
quand la lumière veloutait les cimes des
montagnes couleur de mauve, je m'imaginais volontiers que, là-bas, derrière les
oliviers, une cité grecque reposait au soleil avec ses villas, ses temples de marbre, ses tavernes et ses théâtres, et que
cette mer bleuissante, sillonnée de voiles
blanches, était la mer de Sicile, chère à
ïhéocrite... Alors je sentais la parfaite
beauté de cette invocation de Mistral
« à l'âme de la Provence » :
Amo de-longo renadivo,
Amo jouiouso e fièro e vivo,
Qu'cndihes dins lou brut dòu Rose e dòu Rousau j
Amo di séuvo armouniouso
E di calanco souleiouso,
De la patrio amo piouso,
T'apelle ! Encarno-te dins mi vers prouvençau !..
« Ame éternellement renaissante — âme joyeuse et
fière et vive — qui hennis dans le bruit du Rhône et
de son vent ! — âme des bois pleins d'harmonie — et
des calanques ensoleillées, — de la patrie âme pieuse,
— je t'appelle!.... Incarne-toi dans mes vers provençaux !

M

A la longue cependant, vous l'avoueraije?... ce ciel toujours bleu, cet infatigable
soleil, cette continuelle verdure dont je
n'avais pas l'habitude, me pénétraient peu
à peu d'une mystérieuse mélancolie. J'étais inquiet, désorienté comme un oiseau
qu'on a expatrié. Parmi les lauriers et
les myrtes sauvages, au milieu des roses
épanouies en plein décembre, j'avais la
nostalgie de la neige, des bois dénudés
et des ciels ennuagés de ma province lor-

raine, pour laquelle je me reprenais tout
à coup d'une affection plus filiale, d'un
plus religieux attachement.
Et ce fut précisément alors, Messieurs,
que je compris la pieuse et patriotique
croisade entreprise par vous et qui eut
pour précurseurs Mistral, Roumanille et
Aubanel. Comme de valeureux chevaliers
errants, les félibres ont chevauché à travers le. Midi, en lui enseignant la grandeur de son histoire etMa beauté de sa
langue. « Quand nous aurons rendu au
peuple, disait Aubanel, sa fierté provençale, alors il s'attachera comme le lierre
à la terre maternelle, alors il aimera son
petit village et ses oliviers, sa calanco et
ses rochers ; alors Paris et le Nord ne
viendront plus l'éblouir et il trouvera
enfin que son soleil est le plus beau. »
Vous avez, Messieurs, semé la bonne parole et, insensiblement, dans les autres
provinces de France, votre exemple a été
suivi et il s'est fait un réveil d'amour pour
la terre natale. Tous les esprits généreux
et vraiment français sont convaincus
maintenant, grâce à vous, que l'amour
de la petite patrie ne fait pas oublier la
grande et qu'au contraire, l'unité nationale, comme le proclamait ici-même, en
1890, M. Michel Bréal, doit en tirer un
surcroît de force, parce que « l'attachement à la province est fait de la même
étoffe que l'amour de la patrie. »
Il faut aimer sa province et s'en imprégner. Les hommes dont l'enfance, éparpillée en des milieux sans cesse changeants, n'a pris racine nulle part, peuvent
avoir éprouvé de bonne heure des émotions plus aiguës, leur esprit peut s'être
plus précocement affiné ; mais ils n'ont
pas goûté ce qui fait la douceur et 1 intime poésie des années enfantines : la
continuité de la vie au milieu des êtres
et des choses qui nous ont donné nos
premiers étonnements, qui ont été témoins
de nos premières joies et de nos premiers chagrins. L'âme se développe plus
harmonieusement dans un commerce familier avec les paysages que l'accoutumance rend progressivement sympathiques et suggestifs. Elle se répand à son
tour amicalement en eux, et elle retrouve
plus tard avec bonheur les impressions
et les émerveillements d'autrefois, semés
dans chaque coin de rue, fleurissant a
chaque buisson du chemin.
C'est cette fidèle communion avec la
terre natale, c'est cette tendresse pieuse

�Lou

19

Viro-Soulèu

pour leur beau pays de Provence, qui a
donné aux maîtres du Félibrige une poésie si savoureuse, si originale. Vous avez
été, Messieurs, avec ces illustres maîtres,
les initiateurs de la salutaire évolution
qui ramène les lettrés et les artistes vers
le culte des traditions, vers l'observation
des mœurs provinciales. Vous leur avez
inspiré la pensée de recueillir nos vieilles
chansons populaires, d'étudier ces dialectes locaux, qui sont autant de petites
sources perdues en plein bois et qui ont
cependant formé le limpide et large fleuve
de la langue française. Vous nous avez
appris, à nous autres gens du Nord, de
l'Est et de l'Ouest, à.cultiver notre jardin
et, pour mon compte, je vous en remercie
de tout cœur. Poursuivez donc votre œuvre généreuse ; continuez, comme Mistral, à chanter en vers immortels, la majesté du Rhône, la chaleur de votre soleil,
la splendeur de la Méditerranée et la
beauté captivante de vos filles, dont les
grands yeux reflètent à la fois le ciel, la
mer et le soleil de Provence. Ne cessez
jamais vos chansons ! La poésie est l'éternelle charmeuse; on revient toujours à
elle et laissez-moi vous citer, pour finir,
ces vers de Théocrite, qui était un peu
des vôtres :
La cigale jascuse à la cigale est chère,
Et l'épervier rapide à l'épervier son frère ;
La fourmi suit sa sœur dans l'herbe des buissons,
Et moi, j'aime la Muse et ses jeunes chansons.
Que toujours de chansons ma demeure soit pleine !
Le sommeil est moins doux, moins suave est l'haleine
Du printemps qui renaît ; aux abeilles les ileurs
Sont moins chères, qu'à moi la Muse et ses faveurs.

Oui, Messieurs, répétons-le tous ensemble : Vive la Poésie !... Et maintenant je
me hâte de clore ce discours déjà trop
long. Il est temps d'ouvrir la Cour d'Amour ; il est temps de céder la place aux
dames qui en seront les reines parce
qu'ici comme en terre provençale, comme
dans tout le plaisant pays de France,
les dames étant la plus exquise incarnation de la Beauté, sont de droit les fées
et les inspiratrices de la Poésie.
£$3

Là, la viole a eu son tour avecl'Hommage,
qui n'avait rien de banal, de M. A. Coffinières à la Beauté, reine de la Cour d'amour,
Mlle Mireille Hugues, fille de l'illustre
député-poète, si méridional d'esprit et de
cœur.
M. Clovis Hugues a lui-même alterné
avec la musique et la poésie, par une causerie — autre musique — tout ensoleillée.
C'était la conférence-préface à la Farandole, du même poète, mise en musique
par M. J. A. Fruchier, lauréat de notre
concours artistique, et si bien chantée par
notre ami Ulysse Boissier.
Les Chansons provençales ont ensuite
battu leur plein, avec la verve endiablée
de Madame Mary Auber et de M. G. Martini, accompagnés par MM.

de Sivry et

Leclercq.
Mlle Irma Perrot, autre payse, s'est fait
applaudir aussi dans la chanson provençale.
Puis, on a passé aux Vieilles chansons
dauphinoises, de M. Henry Eymieu, charmant compositeur, .qui accompagnait luimême au piano Mme de

Lacroix, canta-

trice de talent, que nous

avions déjà ap-

plaudie l'année dernière.
L'excellent Duparc, de l'Odéon, qui avait
assumé la charge de régisseur, a donnéle la
marseillais par les vint-un cent franc, de
Victor Gélu, dans lesquels il enlève pour
ainsi dire le morceau.
A la cantonade, on a entendu plusieurs
airs montagnards exécutés par les Cabretaire~delz Ligue auvergnate.
Somme toute, belle journée de juillet,
devenu pour nous, cette année, le mois de
la Fédération artistique et littéraire.
¥

*

De nombreux amis de la Cause méridionale nous avaient exprimé leurs regrets de
ne pouvoir être des nôtres cette année,
entre autres le président de la Cigale, M.
Benjamin Constant ; les félibres aixois de
XEscolo de Lar avaient transmis leurs vœux
par dépêche, et le Capoulié Félix Gras
avait aussi confié au télégraphe le quatrain

Cour d'amour
Le palmarès des Jeux floraux lu, on s'est
dirigé vers l'ancienne sous-préfecture, où
l'on n'était admis que sur la présentation
d'une carte spéciale, illustrée par Marius
Martin.

ci-dessous : ~
Nusti daio argentalo
Brounzisson dins li blad d'or :
Sus Talo di cigaló,
Vous mande un salut de cor !

�'BANQUET EN L'HONNEUR 'DE ;\1AUI\ICE FAUI\E
-HH-—

Le Félibrige de Paris a terminé glorieusement sa saison, la veille du 14 juillet,
par un banquet de 80 couverts, offert à
notre vaillant collègue et ami Maurice
Faure, à l'occasion de sa nomination de
vice-président de la Chambre des Députés.
M. Benjamin-Constant, président de la
Cigale, était assis à la table d'honneur à
côté du président du banquet, M. SextiusMichel.
On lira le remarquable discours prononcé en cette circonstance par le président du Félibrige de Paris. C'est le plus
beau manifeste qu'on pût faire entendre
en l'honneur de l'idée qui a, dè tout temps,
présidé au Félibrige de Paris, et dont Maurice Faure a été l'âme.
Un autre orateur de grand talent, M.
Sabatier, ancien député de Constantine,
dans une improvisation brillante et émue,
a retracé la belle carrière du député de la
Drôme, élevé aujourd'hui à une des plus
hautes dignités, que les représentants du
Suffrage universel ne confèrent qu'au plus
digne. Il a montré dans Maurice Faure le
lutteur incessant pour la défense de tout
ce qui grandit et ennoblit l'humanité, substituant l'amour de l'idéal et du beau à tout
ce qui tendrait à le corrompre et à l'avilir. Il a rappelé tous les titres qu'a Maurice
Faure à la reconnaissance des arts et des
lettres, par la restauration du théâtre d'Orange, due à ses efforts et à son influence
au Parlement.
Une autre parole, qui n'a pas moins excité la sympathie de tous, a été le discours
prononcé par M. Marcel, l'un de nos meilleurs collègues du Félibrige de Paris. Enfant de la Drôme, M. Marcel a parlé du
pays natal en artiste et en poète, et il a
semblé que par sa bouche s'exprimaient
tous les électeurs qui, depuis 1885, ont
maintenu à Maurice Faure le mandat dé
député.

Nous regrettons de ne pouvoir reproduire tous les toasts portés par MM. Benjamin-Constant, Eugène Garcin, Lintilhac,
Albert Tournier, Jules Troubat, et les vers
languedociens ou provençaux lus par MM.
Gourdoux et Lucien Duc, d'autres en français par M. Melchior Bonnefois, etc.
M. Félix Gras avait envoyé ses félicitations par télégramme, et d'autres lettres
ou dépêches de regrets émanaient de confrères empêchés d'assister à ce banquet,
digne pendant de celui qui fut offert naguère à Félix Gras.
Madame de Lacroix, accompagnée au
piano par M. Auzende, a fait entendre les
meilleures partitions de son répertoire ; et
ç'a été le couronnement d'une fête où l'art
ne pouvait être oublié.

Discours de M. Sextius-Michel

Cher et éminent confrère
et excellent ami,
Grâce à l'un des plus aimables privilèges
de ma fonction^ j'aurai été ici le premier
à vous adresser les félicitations de vos amis
et de vos admirateurs au sujet de votre
élection comme vice-président de la Chambre des députés.
La haute marque de considération et de
sympathie que vous ont donnée vos collègues du Parlement n'a surpris personne,
nous encore moins, qui vous connaissons
et vous apprécions de si longue date.
Votre élection, déjà assurée au premier
tour, s'est faite ensuite avec une majorité
si imposante qu'elle a pris, en quelque
sorte, un caractère de spontanéité, voisin
de l'enthousiasme.

�Lou

Viro-SouUu

Tout le monde à la Chambre semblait
avoir pour vous, ce jour-là, un cœur de
méridional et de félibre.
Mais ce n'est pas ici pour moi le lieu,
de parler de votre rôle politique. D'autres
pourront le faire : un vaste champ est ouvert à leur éloquence.
Ils pourront rappeler l'honnêteté de votre vie, votre absolu désintéressement, votre hauteur de vues et surtout votre constant amour du bien public.
Le président des Félibres, après avoir
salué la haute fonction dont vous venez
d'être revêtu, n'a, dans cette salle qui a
si souvent entendu votre voix charmeuse,
qu'à voir en vous le distingué fondateur
de notre association ; il n'a qu'à vous
adresser les remerciements les plus chaleureux de ses confrères pour cette ardeur
félibréenne que vous nous avez à tous si
largement communiquée.
Oui, il me plaît de me rappeler en ce
moment tout ce que vous avez fait pour
le Félibrige et pour la « Cigale » dont
vous êtes aussi l'un des fondateurs, et dont
l'éminent président, M. Benjamin-Constant, nous a fait l'honneur de venir joindre
ses félicitations aux nôtres.
Ceux qui m'écoutent et ceux qui ne
sont pas là, mais qui se sont fait excuser,
tous savent aussi bien que moi les nombreux et importants services que vous
avez rendus à notre cause.
Leur présence à ce banquet ou leurs
lettres d'excuses en sont l'éclatant témoignage.
iVavez-vous pas toujours été, ô notre
vaillant ami, le plus ardent initiateur de
toutes nos fêtes ? N'en avez-vous pas toujours été un des organisateurs les plus actifs et les plus passionnés ?
Oh! nous vous connaissons bien et nous
vous aimons pour cette ardeur infatigable
et communicative, pour cette constante
poussée en avant qui nous charme et nous
entraîne.
Tous les projets que vous avez conçus
ayant pour but le triomphe de nos idées,
toutes vos improvisations si éloquentes et
si colorées, si pleines de sens et toujours
opportunes, nous nous les rappelons, et
notre âme vibre encore rien qu'en y pensant.
Poète ou orateur, oh! vous êtes bien le
vrai félibre dont parlait Paul Arène, c'està-dire celui qui a le cœur assez large pour
également aimer la France et le pays natal, le pays d'enfance et la patrie.

31

Vous avez mis auservice de l'une et de
l'autre toutes les belles et puissantes qualités dont la nature vous a doué.
Ce que vous avez fait notamment pour
ce que nous aimons à appeler la petite
Patrie, peu le savent aussi bien que moi.
Tous les pèlerinages félibréens ou cigaliers au cours desquels nous avons honoré
la mémoire des aïeux et élevé, en chantant
leurs vers, des bustes à nos poètes, c'est
ensemble, c'est presque côte à côte que
nous les avons faits.
Des montagnes du Dauphiné, qui vous
sont si chères, jusqu'aux plaines de la Crau
où s'élève, en sa fierté d'antique reine, la
belle cité arlésienne, depuis les Alpes jusqu'aux Pyrénées, votre voix éloquente a
semé partout la bonne et saine parole parmi ces nobles populations du Midi où
Mistral a trouvé son gracieux type de Mireille, et Jasmin l'attendrissante figure de
Françouneto.
Mais ce qui fait que votre nom restera à
jamais populaire dans nos contrées, c'est
cette colossale entreprise de ressusciter le
théâtre antique d'Orange que vous avez,
pour ainsi dire, arraché à l'oubli et aux
ravages du temps, en vous faisant au Parlement, l'éloquent et persévérant interprète de ceux qui aiment, comme nous,
tout ce qui peut agrandir le domaine de
l'art et mettre en relief les richesses et
les beautés de nos provinces ; c'est en dernier lieu, pour ne parler que de celui qui
les résume tous, ce voyage vraiment féerique du mois d'août où votre concours nous
a été encore si précieux, cette merveilleuse descente du Rhône sur le bateau
présidentiel, et ces deux mémorables soirées où les plus grands artistes du monde
ont interprété, dans la magnificence d'un
ciel tout resplendissant d'étoiles, les divins
chefs-d'œuvre de l'antiquité grecque dont le
génie de notre race est encore tout impréJe ne finirais jamais si je voulais tout
dire.
Je m'arrête donc, regrettant d'avoir à
peine parlé du charmant et délicat poète
que vous êtes, de vos vers provençaux
surtout qui bruissent à l'oreille et au cœur
comme un chant de cigale.
Mais puisque je viens de prononcer le
mot de poète, je ne puis ne pas me rappeler qu'en ce moment même, à l'Hôtel
de Ville, on célèbre en un banquet auquel
plusieurs d'entre nous étaient invités, le
centenaire du grand historien, du grand
I

�32

Lou

poète

Viro-Soulèu

Michelet que notre ami Lintilhac a ' De sis acamp l'a pres pèr souto-cabiscòu,

glorifié

l'autre jour d'une façon si magis-

trale.
Après

nous être

conférence de
nous aussi,
grande
Si

associés à cette

notre

confrère,

Mesdames et

manifestation

Michelet

belle

Messieurs, h la

de

l'Hôtel de Ville-

fut l'ardent ami du

peuple,

amoureux de la femme qu'il a chantée en
des pages immortelles.
devoir

et au plus

De festeja noste Maurice.
Ço que ié vau mi vers e nòstis óuvacioun,

coupes !

sympathique

teurs, à Maurice Faure,

Mai pèr nàutri, félibre, acó 's qu'uno òucasioun

Fa il que cadun eici l'ausisse :

accompli, haut les

Buvons au meilleur des amis, au plus entraînant

Ague fa meiouro chausido !

associons-

il fut aussi, comme nos poètes, l'éloquent

Ce

E crese pas que de la vido,
Mau-grat que garce proun de si Burèu au son,

Es soun afougamen pèr noste bèu Miejour

des ora-

vice-président de

Qu'aparo sèmpre à cop de trenco !
Es qu'au Palais-Bourboun a desplega toujour

la Chambre des députés.

Nosto bandiero felibrenco !
Es qu'a pas agu pòu de se moustra pertout
Luchaire de la bono meno :
Menistre e President, éu vous boulego tout
E vers Aurenjo, pièi, li meno !

En l'ounour de Maurise Faure

Aco 's esta, Messiés, soun triounfle marcant,
E lou nostre peréu, Félibre!
« Dins lis ort felibren que, valent, sèmpre laure

Tòuti lis envejous an bello ana, cercant.. La paio rèsto à noste libre !

Lou députa Maurise Faure !
E ié souvète qu'un bon vènt,

Quau, dins nòsti sesiho, empuro l'estrambord-?

Fasènt vira pèr éu la rodo poulitico.

Es-ti pas Faure que n'esl'amo?

Lou fague nouraa, l'an que vèn,

Tambèn, pèr l'aplaudi, saren tóuti d'acord,

Menistre de la Republico! »

Car au Voultàri cadun l'amo.
Vaqui ço que disiéu pèr lou proumié de l'an
Adounc, es en l'ounour dòu valent miejournau

A noste afeciouna counfraire ;

Que fau que noste vèire dinde :

E que fugue passa, Messiésr couine pan blanc,

Es au coumpan, es au félibre majourau

Ma fe, se n'es manca de gaire !

Que vole, iéu, pourta moun brinde '
Un bèu jour, de-segar, lou marrouquin vendra
Souto soun bras prene sa plaço;

L.

DUC.

Elouquènt, liberau, e de-longo ounoura,
Di gouvernaire es delà raço !
Avans de saluda menistre di Bèus-Art
Lou rapourtaire qu'a fa ílòri,
La Chambro î'a vougu douna sa bono part
D'estimo emai de erlòri :

TELEGRAME
Manda de Scèus, lou 3 de juliet,

EN L'OUNOUR DE PEIROTO
pèr lou president di Félibre de Paris, à prepaus de la

placo pausado à Clar-Mount-d'Erau pèr lou Félibrige latin
Scèus. — Félibrige de Paris

Pres pèr acò flour purpurino

I félibre latin s'unis

Que tèn dins sa maneto fino

Pèr lausa lou brave Peiroto,

La rèino de la Cour d'Amour.

Bon troubaire e bon patrioto

« A tu, Peiroto, aquesto flour:

Que tant poulidamen, alin, cantè soun nis.

: S'envaguesoun prefum de-vers la marlatino ! »
Sextius-Michel.

Le Gérant : Màrius
PARIS.

—■ Empremarié felibrenco de Lupi

AMY,

jtDuc,

249, rue de Vaugirard.

35, carriero Rousselet.

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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 10,  [n°07-08] juillet-août 1898 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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