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                  <text>Prix :

15 centimes

�ÉLIBRIGE DE
SIÈGE
1,

J^ARIS

Paris, le 2 février i8

.

99

SOCIAL :

Place de l'Odéon, 1

tient séance tous les mercredis
de 9 heures du soir à 11 h.

Mon cher Confrère,
Vous êtes prié

d'assister au Dîner mensuel du

Félibrige de Paris, qui aura lieu le 8 février 1899
(2e

mercredi du mois), à 7 heures du soir, au Café:

Voltaire, 1, place de l'Odéon.
Les adhérents sont instamment priés de se faire
inscrire chez M. Guédon, restaurateur, la veille au
soir, au plus tard.
L'écot est fixé au prix habituel de 6 francs, service
compris.
Recevez, mon cher Confrère, l'assurance de mes
sentiments les plus distingués.
Le Président,

SEXTIÜS-MICHEL.

ORDRE

DU

JOUR :

Election, par les membres titulaires, du Bureau de
la Société pour 1899.
Soirée littéraire : poésies, chants félibréens, etc..

�C.I.D.O.
BÈZIERS

lov VÍRP'SOVLÒV!
JANVIER

BANQUET

EN

L'HONNEUR

DE

1899

M.

JACQUES

GARDET

Chancelier du Félibrige de Paris

Il v avait foule, au Voltaire, le mercredi
11 janvier, pour fêter le sympathique
chancelier du Félibrige parisien, M. J.
Gardet.
Cinquante convives avaient pris place
à la table du banquet, poétiquement ornée de fleurs. Tous les fidèles de nos réunions étaient là, et quelques dames avaient
tenu aussi à être de la fête, pour honorer
le plus galant des félibres. Parmi elles,
brillait, à côté du Président, madame de
Rute, jadis la célèbre Mme Rattazzi, et
sœur du regretté félibre Bonaparte Wyse, auteur des Parpaioun blu. Elle
apportait, suivant le mot d'un poète,
l'hommage delà princesse au troubadour.
Quand on eut fait honneur à la traditionnelle brandade, au filet et aux poulardes, la bombe dégustée et le dessert à
peine touché, comme le diapason des
conversations particulières commençait
à monter, la fée des brindes apparut soudain, échappée de la mousse du Champagne, et chacun fit silence pour écouter
le président :

Discours de M. Sextius-Michel
Mesdames, Messieurs,
Si jamais un devoir me fut agréable, c'est
celui que je remplis en ce moment, en me
faisant votre interprète pour louer en M.
Gardet, notre toujours vaillant chancelier,
le plus parfait modèle du félibre parisien.
Je vois bien, mon cher confrère, que
vous êtes un peu ému d'être mis ainsi sur
la sellette. Cette émotion que je partage,
du reste, à cause de mon amitié pour vous,
elle s'explique facilement par la sympathie
générale dont vous vous sentez entouré et

par les circonstances particulières de cette
fête.
J'ai eu souvent, en effet, dans ma longue
carrière administrative, à complimenter
quelque ami ou quelque collaborateur,
mais jamais dans des conditions pareilles à
celles-ci, jamais en des circonstances plus
aimables.
Il y a juste un mois, dans un banquet
où se pressaient tous ceux d'entre les méridionaux de Paris qui ont un nom dans
les lettres ou dans les arts, un jeune ministre, épris lui-même d'art et de poésie
et tout glorieux encore de ses récentes
prouesses dans le pays du soleil, vous
remettait, mon cher Gardet, les insignes
d'officier de l'Instruction publique, qu'il
avait bien soin d'attacher lui-même sur
votre poitrine, et cela aux applaudissements
de tous les convives enthousiasmés de son
éloquence et de sa bonne grâce.
Le banquet d'aujourd'hui, pour être
moins nombreux, pour ressembler plutôt
à une grande famille qui se réunit afin
d'honorer un des siens, ne laisse pas d'être
une très belle manifestation, à la fois félibréenne et cigalière, que tout concourt à
rendre particulièrement touchante.
C'est d'abord le choix du lieu depuis si
longtemps consacré par nos travaux auxquels
vous n'avez jamais cessé de participer ;
c'est ensuite le souvenir de vos œuvres,
de ces jolies poésies que nous y avons
vues, jour par jour, éclore, comme de
belles fleurs dans un jardin familial ; et
enfin, c'est la présence à cette table des
meilleurs d'entre nous, de cette élite des
grands jours, de ces éloquents amis toujours
prêts à glorifier la cause qui nous est
chère. Je ne les nomme pas : vous allez
bientôt les applaudir.

�Lou

Viro-Soulèu

Cependant, comme il y a à côté d'eux
des dames charmantes, et que je ne saurais transgresser la loi de la galanterie quand
c'est M. Gardet que nous célébrons, je
salue avec respect les dames ici présentes,
vous surtout, madame la princesse, vous
qui fûtes la reine de nos cours d'amour et qui
joignez à l'illustration de la naissance un
si beau renom dans les belles-lettres.

« toisie. On a dit que c'était le dernier
« des troubadours ; c'est aussi le dernier
« et 1&amp; respectueux dévot de la femme. »
Sur ce doux mot, je m'arrête, et je lève
mon verre en l'honneur de M. Gardet et de
M. Roux-Servine.

Voilà, mesdames et messieurs, ce qu'est
le Félibrige, voilà l'aimable tableau que
présente aujourd'hui cette salle où, dans
l'abandon d'une agréable confraternité,
nous allons chanter le beau ciel natal et
si bèlli chatouno, où nous dirons des vers
en l'honneur du héros de cette fête, de
celui qui est à la fois le meilleur des hommes,
le plus doux des poètes et le plus aimable
des félibres.

Très ému, M. Gardet répondit par ces
trop modestes paroles :

Il ne me reste plus, pour avoir rempli
tout mon devoir, qu'à associer au nom de
M. Gardet, celui d'un de nos plus jeunes
confrères, poète de talent qui fut, il n'y a
pas longtemps, un de nos très dévoués
secrétaires et que tous, messieurs, nous
regrettons de ne pas voir en ce moment au
milieu de nous. Son nom est sur vos
lèvres : je veux parler de Roux-Servine.
M. le ministre de l'Instruction publique
le décora du ruban violet le même jour où
M. Gardet recevait la rosette. Nos deux
confrères furent donc, ce jour-là, unis dans
la même ovation. Que nos félicitations les
unissent encore !
Roux-Servine avait, du reste, pour M.
Gardet, une grande estime, et il l'avait
prouvé en faisant de son confrère, dans le
Mois Cigalier, un portrait qui est un vrai
bijou littéraire en même temps qu'un éloge
des plus délicats. Ecoutez ce qu'il en dit :
« Le tempérament poétique de M. Gardet
« s'estnaturellementorienté verslespaysages
« de grâce et vers les visages de beauté,
« vers les joies de l'amitié et vers les dé« lices de l'amour. Et il a chanté la beauté,
« l'amitié et l'amour en des vers alertes,
« jolis, des vers pimpants de l'autre siècle,
« des vers aimables qui badinent, qui sa« luent, qui louangent, pleins d'à-propos, de
« malice et d'esprit. Ce galant homme à la
« tête jeune sous des cheveux blancs, à la
« barbe fleurie d'un Henri IV, dont la
« bouche ne prononça jamais une parole
« malsonnante, est toute bonté, toute cour-

Réponse de M. Gardet
Mon cher Président,
Chers Confrères, Félibres et Cigaliers,
Comment vous remercier des éloges si
affectueux que vous venez de me prodiguer, avec autant d'esprit que de cœur, au
nom de la famille félibréenne et cigalière ?
Et comment pourrais-je jamais oublier
l'empressement de cette foule de confrères
et d'amis, venus pour assister ce soir à
cette fête intime de la fraternité et de la
sympathie ? — Je ne méritais pas d'être
l'objet d'une telle manifestation, mais j'en
suis touché jusqu'au fond de l'âme. Cependant, permettez-moi de vous dire que c'est
moins à ma personnalité qu'au Félibrige parisien que se rapporte la distinction accordée
si gracieusement au doyen de ses membres.
C'est la Société elle-même, c'est vous,
qu'un ministre, ami des lettres et des arts,
a voulu récompenser en cette circonstance,
et l'honneur vous en revient tout entier.
Que M. Leygues, l'éminent confrère cigalier, le compatriote bienveillant, veuille
donc agréer le tribut de notre reconnaissance. Quant aux promoteurs de cette généreuse pensée, toujours prêts à se dévouer quand il s'agit de l'idée félibréenne
ou cigalière, c'est en votre nom et au
mien que je leur adresse publiquement
l'hommage de notre profonde gratitude.
Tâchons de les imiter, ces dévoués à la
petite patrie, ces enthousiastes de la langue
des aïeux ! Agissons par la parole et par
nos écrits ; rendons-nous assidûment au
lieu de nos réunions, où, dans le travail en
commun, nous trouvons intelligente distraction et profit pour la cause qui nous
est chère. Gardons-nous d'en bannir la
bonne humeur et les chansons. Restons unis
par la confraternité, pour que les heures
de nos séances soient des heures de délas-

�Lou

Vit''o-Souìèu

sèment. Surtout, ne cessons pas d'être fidèles
au culte de l'amitié, cette consolatrice des
mauvais jours. L'amitié, mes chers confrères,
je l'ai constamment chantée en vers et en
prose : j'en ai toujours été récompensé, et
je lui dois en ce moment l'une des plus
douces émotions de ma longue vie.
Félibres et cigaliers, je bois à vous tous
et je vous remercie.
Je boisa M. Sextius-Michel, le magistrat
intègre et respecté, le poète tendre et délicat, le président bien-aimé, l'honneur et
la gloire du Félibrige.
Je bois au vaillant méridional qui l'anime
de son ardente foi, qui en est la personnification véritable, et dont le nom, dans le
monde des arts et de la politique, est synonyme d'éloquence, de désintéressement et
de probité. Je bois à mon -ami Maurice
Faure.
Sans empiéter sur le domaine de la politique, je bois aussi au Parlement, qui, pour
la seconde fois, l'a élu hier à la vice-présidence.
Louons la Chambre politique
Qui nomme vice-président,
Pour le bien de la République,
Un patriote au cœur ardent.
Elle fut équitable et sage ;
Quel choix pouvait être meilleur ?
L'élu n'a-t-il pas en partage
Autant de talent que d'honneur?
Enfin, je bois aux dames, sans lesquelles
il n'est point de brillante fête : tout manque où elles ne sont pas. Comme le soleil
dont parle Chateaubriand, leur grâce et
leur beauté réjouissent le monde. Qu'elles
reçoivent ici nos remercîments et l'hommage
de notre respectueuse admiration.

M. Deluns-Montaud termina sa chaude
et poétique improvisation en buvant au
soleil, et, après lui, Maurice Faure salua,
dans le héros de la soirée, le roi des
chanceliers.
M. Andrieu, en sa qualité de magistrat,
loua en M. Gardet l'homme du Palais,
le fonctionnaire modèle.
Puis, M. Gourdoux lui décocha ces
vers de terroir :
D'amo e de cor nosto bello taoulado,
Ami Gardet, saludo en vous
Lou i'elibre vaiènt, lou eounfraire amistous,
La muso sourrisènto e de toutes aimado.

« E i'a de que ! » se sera di
I.ou menïstre tant aplaoudi
Quand, en rouseto trioumfalo,
Au grand banquet de la Cigalo,
Tremudè lou riban vjôulet.
E naoutres que n'avèn un ounou de famiho,
Menistre aquitanen e mèstre en pouësio,
Pèr vous crida : merci ! seren pas courts d'alé !

Et Lucien Duc le ceignit de la tripl
couronne de Cadet, Félibre et Cigalier
&lt;A

Ü-JÍMI

GARDET

Cadet, cigalier et félibre,
Cette couronne à trois fleurons
Que vous portez, joyeux et libre,
C'est elle que nous saluerons.
Cadet, vous l'êtes de naissance
Et par droit de conquête aussi :
Par le cœur, l'esprit, la vaillance,
Vous êtes toujours jeune, ici !
Cigalier, comme la cigale
Vous êtes de tous les Midis
Et, dans votre âme libérale,
Les feux ne sont pas attiédis.
Bon Félibre, vous l'êtes, certes,
Autant que parfait cigalier !
A vous, ami, nos palmes vertes !
A vous, l'idéal chancelier !
De votre courtoisie exquise
On s'accorde à louer les traits ;
L'hiver sur vous n'eut point de prise :
Il vous laissa tous vos attraits :
Aussi, voyons-nous une Grâce (i)
S'asseoir près de vous en ce jour :
La princesse de noble race
Vient rendre hommage au troubadour !
Bienveillance et galanterie
Etant votre lot le plus doux,
Au temps de la Chevalerie,
Les castels s'ouvriraient pour vous.
Votre présence nous honore ;
Je bois à vous, ami Gardet,
Et puhsions-nous longtemps encore
Vous saluer notre cadet !

(i) Madame de Rute, née Bonaparte-Wyse.

�Lou

4

Viro-Soulèu

M. Louis Jourdan, pour varier, complimenta humoristiquement M. Gardet,
d'avoir, plus heureux que lui, su conserver
ses cheveux !...
Bref, jamais la modestie de notre chancelier n'avait été mise à pareille épreuve :
aussi se multipliait-il auprès de chacun,
distribuant des fleurs et des bonbons
« pour ne pas faire mentir, disait-il, ses
biographes. »
A ce moment, on apporta sur la table
une boîte arrivée de Barbentane, et on
en retira des cigales, de vraies cigales,
piquées sur des brins de lavande et de
romarin par Mme et Mlle Bout de Charlemont. Accompagnant l'aimable envoi
de notre confrère, dont la pensée délicate
fut appréciée de tous, apparut aussi le
sonnet suivant, que Mme Léa CaristieMartel débita avec son talent coutumier.

Aux félibres et aux cigaliers
Parfums si capiteux de la chaude Provence,
En dépit des autans, volez jusqu'à Paris.
Vous parlerez de nous à nos communs amis,
Ainsi que du printemps qui lentement s'avance.
Cigales, par le froid réduites au silence,
Reprenez vos refrains. Allez, sous le ciel gris,
En réveillant l'écho de nos chœurs endormis,
Dire à tous que vers eux notre âme aussi s'élance.
Lavandes, romarins et vous, frileux chanteurs.
Portez les gais accents et les fraîches senteurs
Aux enfants du Midi qu'on admire et qu'on aime.
Grâce à vous, ils auront un doux ressouvenir
Du pays où la vie est comme un long poème,
Et près de nous, peut-être, ils voudront revenir.
H. BOUT DE CHARLEMONT.

Poudès lou pourta tèsto ftèro ;
Mai vous, sias pouèto tant, dous,
Qu'aquelo flour de boutouniero
Vous rende quasimen crentous.
Pamens, vesès emé que joio
Arni, tôuti vous festejan,
Ah ! longo-mai quichan l'anchoio
En l'ounour de voste riban !
Cantan, cantan, galoi troubaire,
La joio qu'emplis nôsti cor
luei, en l'ounour de noste fraire :
Ami, cantan tóutis en cor !
Puis il présenta les excuses de Baptiste
Bonnet qui, «tussissèntcoume uno bedigo»
n'avait pu quitter le coin du feu, mais
dont la lettre si cordiale fut écoutée avec
grand plaisir, ainsi que celles de MM.
Soleau et Jacomy, et de quelques cigaliers
qui s'associaient de cœur à notre fête.
*

L'excellent Duparc ouvrit alors la soirée
artistique par Vint-un cent franc, de
Gélu, et il présenta une artiste toulousaine, Mlle Baux, qui nous charma avec
des chansons languedociennes et françaises finement détaillées. Puis ce fut le
tour de mesdames Louis et de Lacroix,
de MM. Elie Fourès, Jean-Pierre Gras,
Ulysse Boissier, Eugène Garcin, et de
quelques enfants du Gard, joyeux vivants,
et bons interprètes de Bigot.
Le remercîment du nouvel officier de
l'Instruction publique à M. Leygues devait
trouver sa place. Le voici, en dialecte
sarladais :
REMERCIOMEN

Bonnefoy Debaïs, avec une simplicité
pleine de charme, dit les vers suivants :
iAu tant gent pouèto J. Gardet.

Cantan, cantan, galoi troubaire,
La joio qu'emplis nôsti cor,
luei, en l'ounour de noste fraire :
Ami, cantan tóutis en cor !
Lou bonur ris dins l'oustalado,
Se vèi que visage countènt ;
Uno tant poulido acampado
S'èro pas visto de long-tèms.
jamai aurié miés pouscu faire,
Noste ministre, en vous dounant
La joio dôu bon travaiaire ;
Es bèn vostre, aquéu gènt riban.

Ministre ol noble cur, ol lengage encanta,
Mèstre d'art ideal, pouèto, orne d'Estat,
Qu'ai pas prou remercia lou sér de lo Dinado,
Beni bouy dire anèy : Moun amo es penetrado
De gratitudo e de fierta.
Digun n'o mai de poulitesso,
De boun toun ; bostre esprit vanta
O touto loi delicatesso :
Douna bien coy dous cots douna ;
E nus bezeras, o lo fèsto,
Agreablomen estouna.
Mo persounalita moudèsto
Se soubendro d'oquel grand jour
Oun lus illustre del Mezour,
Pèr bous ounoura se grouperoun
E fièromen bous oclomeroun.

�Lou

Viro-Soulèu

Zou meritia : lou bèl discour!...
Cadun louabo tour à tour
So clorta, soi fino pensado. —
Anen, couin' o l'ocoustumado,
Somenas bounurs e bienfa :
Mé, qual serò bostre portage,
Se jusqu'o! cèl monto l'oùmage
De tut lus urous qu'abès fa I

Après avoir fait entendre ainsi la voix
de la reconnaissance, M. Gardet ne pouvait enfin moins faire que de rendre un
poétique hommage à la Beauté, et la
Beauté vint gracieusement implorer à
genoux le baiser du poète.
Ainsi se termina cette fête de la poésie
et de l'amitié, dont le souvenir était bien
digne d'être conservé dans nos annales.

CHEZ MADAME DE

RUTE

Le jeudi, 19 janvier, quelques privilégiés ont eu l'heur d'assister à un splendide
épilogue de la fête donnée â M. Gardet.
La très gracieuse madame de Rute,
pour fêter à son tour notre chancelier,
avait convié à sa table un certain nombre
de félibres, parmi lesquels le président et
les trois vice-présidents.
La brillante assistance qui se pressait
autour de la princesse composait un véritable salon littéraire et artistique, où le
libéralisme de la maîtresse du logis avait
réuni des personnages de marque de
diverses nations : l'Angleterre, la Hollande, l'Italie et l'Espagne fraternisaient
là avec la France, sans avoir besoin des
artifices de la diplomatie. Mme Séverine
y faisait assaut d'esprit avec M. Jules de
Marthold, et Mme Koppe y recevait les
félicitations de tous pour sa fondation
humanitaire de la Maison maternelle de
la rue Fessart, où elle donne asile à des
enfants de familles pauvres, pour l'éducation desquels elle se dévoue.

5

Au Champagne, M. Sextius-Michel remercia d'abord Mme Rattazzi de Rute de
l'honneur qu'elle a fait aux félibres de
Paris en assistant à leur banquet du 11 janvier. S'adressant ensuite â Mme BonaparteWyse, il salua en elle l'épouse dévouée
du célèbre poète des Parpaioun blu, et
enfin, prenant texte de la présence des
nombreuses et charmantes dames qui
assistaient au banquet, il leur adressa
ces vers provençaux :
Li félibre soun sèmpre gai,
Sèmpre jouine de cor e d'amo ;
Que vèngon d'Arle vo de-z-Ais,
Sèmpre fan de poulit pantai
Quouro an vist de poulkii damo,
Que sias, vous, li flour que Diéu amo,
E qu'aman nàutri encaro mai.
Li félibre soun sèmpre gai.
Vòstis iue tant bèu an de rai
Que nous crèmon coume de flamo,
De flamo douço que-noun-sai.
léu, de-longo pantaiarai
De vôsti poulits iue, midamo.
Princesso, que la Muso aclamo,
Es pèr vous qu'acoumençarai.
Vôsti poulits iue an de rai.

M. Gardet, par une attention délicate,
évoqua le souvenir de Mme de Villanova,
fille de Mme Rattazzi ; Elie Fourès,
Jules Troubat, d'autres encore portèrent
des brindes, et Lucien Duc exprima en
un sonnet dont voici la finale, les remerciements des félibres :
Empressés et charmés, ils sont venus nombreux
Vous apporter ici l'hommage chaleureux
Que tant de courtoisie inspire.
Ils se sont souvenus que « Les Papillons bleus »
Sont de votre famille... et que vos doigts heureux
Ont fait aussi vibrer la lyre !

La Musique étant sœur de la Poésie,
un orchestre placé dans le salon nous
avait fait entendre des airs d'opéra pendant le dîner. Quand les musiciens se
furent retirés, ce fut au tour des aimables
dames de l'assistance de nous régaler de
chants entremêlés de poésies dites par
Mme Léa Martel.
Vers minuit, les félibres de la rive
gauche regagnèrent leurs parages lointains, en louant la bonne grâce exquise
de Mme de Rute, si hospitalière aux artistes et aux poètes !

�6

Lou

Viro-Soulèu

Un monument à Rambaud de Vaqueiras

La Provence, avec Rambaud de Vaqueiras,
a fourni un troubadour de premier rang,
comparable aux plus fameux troubadours
du Limousin.
Sa vie, ses aventures ressemblent au
plus délicieux des romans ; il rappelle le
Tancrède de la Jérusalem délivrée, si différent du Tancrède de l'histoire ; c'est un
chevalier de la Renaissance, le plus courtois, le plus galant, le plus magnanime des
chevaliers, et c'est aussi un grand poète
par la franchise de ses improvisations et
par l'originalité de son talent et de sa carrière, un lord Byron énergique et puissant,
très fier et très tendre ; pour que sa physionomie fût plus attrayante encore, il ne
lui a pas manqué une Clorinde, une belle
guerrière amoureuse, une noble princesse
de maison souveraine, éprise de ce cadet
de Provence, n'ayant d'autre fortune et
d'autre seigneurie que son épée et que sa
viole de troubadour.
Il naquit au castel de Vaqueiras, d'un
pauvre chevalier, vassal de Guillaume des
Baux, prince d'Orange, et fut d'abord jongleur, vers 1180, au service du prince,
avec lequel il se brouilla plus tard jusqu'à
échanger des coblas injurieuses. Ce sire
des Baux, troubadour comme presque tous
les seigneurs du Midi, devint l'ennemi
mortel du comte de Toulouse, Raimon VI,
prit le parti de Simon de Montfort et finit
par tomber, dans une embuscade, aux
mains des bourgeois d'Avignon, qui, vers
1218, le tuèrent et coupèrent son corps
en morceaux.

côtés de son bien-aimé seigneur, en 1207,

i sous les coups des Bulgares, sans avoir
I revu son Beau Chevalier. On a de lui
trente-cinq pièces environ.
Parmi les plus fameuses et les plus
belles, il faut compter une épître en trois
longues tirades monorimes, au marquis de
Montferrat, composée vers 1205 et toute
vibrante d'une mâle franchise et d'une noble
liberté ; il y raconte ses exploits mêlés à
ceux du marquis et loue Boniface avec
autant d'adresse que de charmante simplicité. Quelque temps après, il chantait son
chant du cygne : No magrada iverns ni
pascors... où il met à nu son âme chevaleresque, le néant des grandeurs et de la
gloire, l'impuissance même de la Nature,
si maternelle aux poètes ; il ne peut vivre
loin de Béatrix. Byron, Musset, Aubanel
n'ont pas été plus éloquents dans cette
note-là : ce sont de purs sanglots !
On cite souvent le Descord de Rambaud
de Vaqueiras ; ces cinq couplets, chacun
en une langue différente : provençal, italien, français, gascon, espagnol, contiennent
les plus vieux vers italiens qui nous soient
parvenus. A cette époque, la langue d'oc
était la langue littéraire des cours d'Espagne
et d'Italie.
Un monument à Rambaud de Vaqueiras
sera d'un bel enseignement pour préserver
les âmes faibles de la bassesse et de la vanité ; il comblera les vœux de F. Mistral
et fera le plus grand honneur aux Félibres,
car ils n'ont pas de plus glorieux ancêtre ;
on le verra par la biographie complète et
documentée du troubadour, qui paraîtra
en temps opportun, avant l'inauguration du
monument.

Vers 1190, Rambaud était à la cour de
Montferrat ; le marquis Boniface le choisit
pour son frère d'armes, et la divine Béatrix,
sœur, peut-être fille naturelle du marquis,
lui donna son cœur et sa personne, portant
à leur maximum d'intensité le génie du
troubadour et la vaillance naturelle du
chevalier.
Il rendit célèbres par ses chansons et la
cour de son protecteur et la dame de ses
pensées, car il luttait de verve et de talent
avec les plus grands trouvères, qui venaient
défier le poète favori du Montferrat, et il
bataillait vigoureusement dans toutes les
aventures guerrières du héros de la quatrième croisade, tant admiré par notre
Villehardouin. 11 fut un des feudataires du
royaume de Thessalonique et dut périr aux

ÉLIE

FOURÈS.

L'abondance des documents ne nous permet pas de donner ce mois-ci les échos félibréens. Nous voulons cependant annoncer
la nomination de notre confrère J. B. Olive,
artiste peintre, en qualité de chevalier de la
Légion d'honneur, et lui adresser nos félicitations.

�JEUX FLORAUX DU FÉLiBRIGE DE PARIS
Les Jeux Floraux organisés par lo Félibrige de Paris comprendront, cette année,
comme les années précédentes, un concours
littéraire et un concours artistique.
La distribution des récompenses aura lieu,
selon l'usage, en juin prochain, à l'occasion de la fête annuelle des Félibres à
Sceaux.
Voici le programme officiel des Jeux
Floraux de 1899 (19e année), que le ViroSoulèu porte à la connaissance de tous les
amis du Félibrige en les priant de le faire
connaître dans leur région :

PROGRAMME

I. - CONCOURS LITTÉRAIRE
A. — Prix du Ministre de l'Instruction
publique à la meilleure étude en prose française sur ce sujet :

II. - CONCOURS CLASSIQUE
exclusivement réservé aux élèves des lycées et
collèges, écoles ou institutions. L'établissement et la classe devront être indiqués, sous
peine d'exclusion.

Une médaille d'argent à la meilleure
traduction en langue d'oc (prose) de la
fable de La Fontaine :

La poule aux œufs d'or
Des ouvrages en langue d'oc seront, en
outre, décernés.
N. B. — Les divers dialectes du midi de la
France pourront être employés dans le concours
littéraire et dans le concours classique.

Avis.—Le Félibrige de Paris croit utile de
faire connaître, dès à présent, que le prix du
Ministre sera décerné, en 1899, à la meilleure
étude en prose française sur ce sujet :

L'œuvre d'Alphonse Daudet
au point de vue félibréen

Du rôle des dialectes de la langue d'oc
dans l'enseignement primaire,
secondaire et supérieur

III. - CONCOURS ARTISTIQUE

li. — Une médaille d'argent au meilleur
sonnet gastronomique en langue d'oc sur

La Figue

1° DESSIN
Un objet d'art offert par le Minisire des
Beaux-Arts, au meilleur dessin représentant

G. — Une médaille de vermeil à la
meilleure ode en langue d'oc sur

Jeune Provençale revenant du lavoir

Lis Aliscamp

La composition devra avoir O"1 60 sur
(H 75.

D. — Une médaille de vermeil au meilleur dialogue en langue d'oc sur les

Mérites comparatifs
des Courses de taureaux
espagnoles et provençales
E. — Une médaille d'argent à la meilleure chanson en langue d'oc sur

Le nougat de Montélimar

une

Tous les procédés de dessin pourront
être employés, même la grisaille.
Le dessin primé appartiendra à la Société, qui l'offrira à un musée du Midi,
désigné par le lauréat.
Les aulres conditions du concours sont
maintenues conformément au programme
des années précédentes.

�Lou

2°

Viro-Soulèu

AVIS CONCERNANT LES 3 CONCOURS

MUSIQUE

Une médaille de vermeil à la meilleure
composition musicale sur la poésie suivante :
LOU PARPAIOUN

Pichot couquin de parpaioun,
Volo, volo, te prendrai proun !
E poudro d'or sus sis aleto,
De milo coulour bigarra,
Un parpaioun Sus la viôuleto,
E pièi sus la margarideto,
Voulastrejavo dins un prat.
Un enfant, poulit coume un ange,
Gauto roundo coume un arange,
Mita-nus, voulavo après éu.
E pan !... mancavo, e pièi la biso,
Que boufavo dins sa camiso,
Fasié vèire soun pichot quiéu.
Pichot couquin de parpaioun,
Volo, volo, te prendrai proun !
Enfin lou parpaioun s'arrèsto
Sus un boutoun d'or printanié,
E lou bel enfant pèr darnié
Vèn d'aise, bèn d'aise, e pièi, lèsto !
Dins si nian lou fai presonnié.
Alor, vite, à sa cabaneto,
Lou porto emé milopoutoun.
Mai, las ! en durbènt la presoun,
Trovo plus dedins si maneto
Que poudro d'or de sis aleto. ..

Des médailles d'argent et de bronze supplémentaires, et des mentions honorables,
pourront être accordées,suivant l'importance
du Concours.
Les concurrents ne seront admis au Concours littéraire que pour un seul sujet.
Un diplôme artistique (eau-forte) pourra
être décerné, indépendamment du prix indiqui; dans le programme.
DÉLAIS

ET

D'ENVOI

Les envois relatifs aux concours littéraire,
classique et musical, devront être faits,
franco, avant le i S mai, terme de rigueur,
à M. Sextius Michel, maire du XVmc arrondissement, président de la Société, 54
bis, rue Violet, à Paris.
Les envois concernant le concours de
dessin devront être faits, avant le 30 mai,
terme de rigueur, à M. Amy, sculpteur,
délégué pour la section artistique, avenue d'Orléans, 55, Paris.
Aucun ouvrage ne devra être signé. A
tout envoi, pour chacun des trois concours,
sera annexé un pli cacheté, contenant les
nom, prénoms, adresse du concurrent, avec
une devise qui sera répétée en tête de
l'œuvre et l'affirmation que cette œuvre est
inédite. Les manuscrits ne sont pas rendus.
Le Président des Félibres de Paris :

Pichot couquin de parpaioun !

SEXT1US-MICHEL.

DUPUY DE LA DliOME.

Le Gérant: Marius

PARIS.

MODE

AMY,

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc,

Ì4Ç-. rue de Vaugirard.

55,

carriero Rousselet.

�EXTRAIT DES STATUTS
DU

FÉLIBRIGE DE PARIS

1. — Sous le titre de « Société des Félibres de Paris », (Soucieta felibrenco de
Paris), il est créé à Paris une association
ayant pour objet d'étudier le Midi de la
France dans ses idiomes, ses beaux-arts,
ses traditions, son histoire; de seconder la
renaissance littéraire de la langue d'Oc, et
de contribuer ainsi à l'accroissement des
richesses in tellectuelles de la patrie française.
3. — Elle manifeste son action par des
réunions périodiques, des assemblées .générales, des fêtes, des concours, des publications ayant trait aux dialectes méridionaux, etc.
Í. — La Société se compose de membres
titulaires, de membres correspondants et
de membres associés.
Les membres titulaires ne peuvent dépasser le nombre de soixante. Aux termes
d'une décision prise en assemblée générale,
les titulaires ne peuvent être choisis que
parmi les félibres majoraux ou mainteneurs,

les écrivains en langue d'Oc ou les personnes ayant rendu au Félibrige des services signalés.
Les correspondants sont les membres titulaires qui ont cessé de résider au siège
de la Société.
Les membres associés, dont le nombre
n'est pas limité, sont choisis parmi les amis
du Félibrige qui veulent encourager par leur
concours la « Société des Félibres de Paris. »
5. — Tout candidat doit être présenté
par deux membres titulaires au moins, et
adhérer au but poursuivi par la Société, en
affirmant sa ferme intention de s'associer
à ses efforts.
Tout titulaire nouvellement élu doit, dans
la première réunion à laquelle il assiste,
répondre par un discours en langue d'Oc
aux paroles de bienvenue que lui adresse
un membre désigné par le Bureau.
6. — La cotisation annuelle est fixée à
12 fr. et donne droit à un abonnement au
journal mensuel du Félibrige de Paris, Lou
Viro-Soulèu.

�La liste des Sociétaires devant être imprimée à bref délai, ceux
qui auraient changé de domicile sont priés de faire parvenir leur
nouvelle adresse avant le 10 février, &amp; M. L. Duc, 35, rue Rousselet.

LE

MIDI
I.

GASTRONOMIQUE A
—

Produits

du

PARIS

Midi

CoRNAiixE, 12 rue du Havre
Arrivage de morue à la brandade, delà Grille de Nîmes, trois fois par semaine en hiver
AUG. TURIN, 5? Faubourg Poissonnière
Huile de Provence, Vins du Midi, Pois-chiches, Produits des colonies.

HÉDiARu, 21, place de la Madeleine
Comestibles du Midi.
II.
CAFÉ-REST' VOLTAIRE,.

—

Cuisine

méridionale

1, place de l'Odéon

Restaurant du

Brandade et bouillabaisse le vendredi
Cassoulet et Aiòli
Restaurant

LA VENUE,

On trouve

70, boul. Montparnasse

lundi : Cassoulet ; vendredi : bouillabaisse
Restaurant

ROBERT,

GRAND U,

rue Richelieu, 10,1

Cassoulet, le lundi
le Cassoulet le mercredi,

et bouillabaisse et brandade le vendredi
Restaurant

39, boulev. St-Michel

Cassoulet le jeudi, Bouillabaisse le vendredi

CÉSAR,

boulevard • Poissonnière

»

BRUNEAU,

»

»

NOTTA,

»

-

»
»

Revues &amp; Journaux intéressant le Félibrige
— Revue Félibréenne, M. Paul Mariéton, directeur, 9, rue Richepanse, Paris.
— Revue des langues romanes, Montpellier.
— Romania, MM. Paul Meyer et Gaston Paris, directeurs ; Bouillon, éditeur, Paris,
— Revue de philologie française et provençale, L. Clédat, direc, Bouillon, édjt., Paris.
— LAiòli, M. de Baroncelli-Javon, directeur, Avignon.
— Lou Félibrige, M. Jean Monné, directeur, 143, rue Breteuil, Marseille.
— Lemouzi, Sernin Santy, directeur, Brive.
— La Sartan, M. Pascal Cros, directeur, Marseille.
— La Terro d'oc, Bacquié-Fonade, directeur, 7, rue Lakanal, Toulouse.
— La Campana de Magalouna

et la Cigalo d'or, à Montpellier.

— Lou Calel, Victor Delbergé, directeur, Villeneuve-sur-Lot.
— Lou Cascavel, M. Gaiet-Malan, directeur, Alais.
— La Revue méridionale, Achille Bouquet, directeur, Carcassonne.
— La Province, revue mensuelle. Lucien Duc, directeur, 35, rue Rousselet, Paris.
— Le Mois Cigalier, bulletin mensuel de la Cigale. M. Truphème, direct. 23, r. de Sèvres.
— Lou Viro-Soulèu, gazette du Félibrige de Paris, 1, place de l'Odéon.
(Il reste encore quelques collections des années 1889 à 1897, au prix de 3 fr. sur papier
ordinaire, et de 5 fr. sur papier de Hollande. — Ecrire au bureau du journal).
Imprimerie

LUCIEN

DUC,

55, rue Rousselet, Paris.

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              <text>Lou Viro-Soul&amp;egrave;u (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13127"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 11,  [n°01] janvier 1899 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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