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                  <text>Prix : 45 centimes

�AVIS

Messieurs les abonnés du Viro-Soulèu sont priés d'adresser le
montant de leur abonnement pour 1901 à

M. MARIUS AMY,

adminis-

trateur du journal, 249, rue de Vaugirard, d'ici au 15 janvier prochain.
A partir de cette date, M. Amy fera présenter aux intéressés une
quittance de

2

fr. 40, frais d'encaissement parla poste compris.

La liste des Sociétaires devant paraître dans la prochaine livraison
de janvier, les félibres qui auraient changé d'adresse sont priés d'en
aviser l'imprimeur,
cembre.

M.

L. Duc, 35, rue Rousselet, avant le 31 dé-

�'dBSt Va 'JS 'Al&amp;'jfè írff

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•lov VÍRP'SoVLèV
OCTOBRE - DÉCEMBRE

C.I.D.O.

1900

8ÉZIERS

Les Fêtes félibréennes et cigalières
de 1900
Malgré les attraits de toute sorte que
leur offrait l'Exposition, Félibres et Cigaliers n'ont pas sacrifié à la grande kermesse
quelques heures de joie et de soleil, à
savourer sous le ciel natal. Ils avaient
décidé de faire coïncider, comme à l'ordinaire, leur pèlerinage avec les représentations données, les 11 et 12 août, au
Théâtre antique d'Orange. Le programme
qu'ils avaient élaboré à la hâte a pu être
éxécuté presque entièrement ; et c'est un
résultat d'autant plus appréciable que la
plupart des dispositions ont été prises à
la dernière minute et qu'il s'agissait surtout
de poser des jalons pour les manifestations de l'an prochain.
PREMIÈRE

JOURNÉE

Réception de M. Albert Tournier,
délégué du ministre, et des membres
de la Presse internationale.
Le Félibrige de Paris a eu, cette année,
le grand honneur de voir l'un de ses viceprésidents, M. Albert Tournier, choisi
par le ministre de l'Instruction publique
et des Beaux-Arts pour représenter le
gouvernement aux fêtes de Provence. La
modestie de notre ami nous empêcherait
peut-être de dire à ce sujet toute notre
pensée ; mais, puisqu'une partie de l'honneur rejaillit sur notre Société, nous avons
bien le droit de passer outre. Nous sommes
donc heureux de dire que le ministre a
été bien inspiré de déléguer Albert Tournier, ce méridional de bonne race, qui se
montra des plus zélés pour la restaura-

Comme on le sait, notre confrère M. Paul
Mariéton, chancelier du Félibrige et délégué de la Commission ministérielle, s'était
chargé pour la deuxième fois de trouver
des pièces et des acteurs, et de ramener
l'institution du Théâtre antique d'Orange
aux temps héroïques ouverts par Ripert
et chantés par feu Antony Réal. De nouveau, M. Paul Mariéton a fait cela vaillamment, avec une confiance qui ne doute
de rien et vient à bout de tout.
Et maintenant, voici par le menu les
belles choses qui se passèrent lâ-bas,
sous le soleil.

SAMEDI

II

AOÛT

tion du Théâtre antique d'Orange et qui,
tout récemment, prononçait un si vibrant
et si juste éloge du Capoulié Félix Gras.
Ceux qui connaissent Albert Tournier ne
seront point surpris d'apprendre qu'il s'est
acquitté de sa mission avec une distinction
et une courtoisie rares, ainsi que l'écrivait
Fernand de Rocher. Une fois de plus, le
Félibrige de Paris a bien mérité de la
petite patrie.
Donc, Albert Tournier, ministre provisoire et félibre éternel, s'en alla de Paris,
avec l'escorte félibréenne et cigalière qu'il
fallait, où s'embrigadèrent encore une
centaine de journalistes français et étrangers, membres du Congrès de la Presse
internationale. La petite troupe partit â
la conquête du Midi sur les ailes d'un
monstre d'airain (vieux style) ou, plus
prosaïquement, par le rapide.

�tou Viro-Souliu
Toutes les stations furent brûlées
jusqu'en Avignon, où félibres, cigaliers et
journalistes reçurent un accueil charmant
de la part de l'Académie de Vaucluse
représentée par son président, le docteur
Laval, par un de ses membres les plus
actifs, l'excellent poète Alexis Mouzin, et
par son sécrétaire général, M. Labaude.
Vite, une visite au Musée, sous la conduite de M. Digonnet, l'aimable administrateur ; au Palais des Papes, dont la
partie occupée par la caserne devient
même accessible, grâce â l'obligeance de
M. le général de division Pedoya qui a
délivré un Sésame, ouvre-toi ; vite encore
une visite à la Métropole, au panorama
du Rocher-des-Doms, et, faisant machine
arrière, en route pour Orange !
Le train siffle et stoppe : voici la vieille
cité du troubadour Raimbaud. Il est sept
heures du soir ; l'ombre tombe déjà sur
la ville d'où monte une rumeur de fête.
Albert Tournier, les félibres, les cigaliers,
les congressistes descendent du train ;
en même temps qu'eux sont arrivés M.
Masclet, préfet de Vaucluse, le général
de division Pedoya, qui, coïncidence heureuse, est le cousin du délégué officiel ; M. Deluns-Montaud, vice-président
de la Cigale ; M. Leroy, chef de bureau
â l'Instruction publique ; le Capoulié et
Mme Félix Gras, accompagnés de leurs
charmantes filles et de leur fils, notre ami
Jean-Pierre Gras, plus méridionalisant
que jamais ; Mme Frédéric Mistral, la
digne compagne du Maître ; Mme Roumanille ; M. Pourquery de Boisserin, maire
et député d'Avignon, etc.
La musique municipale, massée dans
la cour, y va de son air de Marseillaise.
La foule est énorme. Sur le quai de la gare
se trouvent : M. Emile Monier, maire
d'Orange, accompagné de ses adjoints,
MM. Augier et Lacour, et du Conseil
municipal en corps ; M. Gallois, souspréfet; M. PaulFaure,député; M. Béraud,
sénateur, de nombreux fonctionnaires,
notre collègue Albin Gras, le jeune poète
Fernandde Rocher, depuis quelques jours
déjà dans sa bonne ville natale. Notons
encore la présence d'une délégation des
officiers de la garnison, auxquels se sont
joints des officiers du corps expéditionnaire de Chine, de passage à Orange.
Ils ont cru de leur devoir de se joindre

â la municipalité et au député de l'arrondissement pour venir saluer le représentant du gouvernement. M. Albert Tournier, très touché de cette démarche, a
remercié les officiers en quelques paroles,
comme il sait en trouver dans toutes les
circonstances où il a l'occasion de manifester ses sentiments de patriote et de
républicain.
Les présentations ont lieu rapidement,
on échange des poignées de main ; puis,
la musique prend la tète du cortège qui
s'est formé et, comme l'écrit un journal
local, « aux accents d'un vigoureux pas
redoublé, au milieu d'un grand concours
et d'applaudissements répétés, on se dirige
vers la place de l'Hôtel-de-Ville. » (Le
Petit Radical, Orange, 19 août 1900.) '
Les maisons sont pavoisées, les drapeaux claquent au vent, car le mistral,
cet enfant terrible de notre Provence,
quoique non invité, a voulu être de la fête.
Nous voici sur la place : le spectacle
n'est pas banal, bien digne de la pittoresque cité orangeoise ; une longue file,
de tables s'étend, depuis l'hôtel de ville
jusqu'à la statue du comte Raimbaud,
au milieu de la place, et c'est là, en plein
air, comme il sied au pays des clartés
et des parfums, que l'on va toaster, ou
plutôt brinder, en buvant le Champagne
d'honneur offert par la municipalité.
M. Monier, maire d'Orange, à l'affabilité duquel nous sommes heureux de
rendre hommage, prend le premier la
parole :

Discours de M. Monier
Monsieur le Délégué du Ministre des
Beaux-Arts, Messieurs les Membres du
Congrès de la Presse Internationale,
Au nom de la ville d'Orange, je vous
souhaite la bienvenue.
Tous ses habitants, sans exception, sont
profondément touchés de l'honneur que
vous faites à leur cité en venant assister
aux fêtes artistiques de son théâtre romain.
Dans quelques instants, vous serez transportés, par l'effet magique de ces vieilles
murailles, dans les plus beaux temps de
l'antiquité grecque et romaine. Vous allez
vous asseoir dans l'enceinte de ces vieux
murs où retentissaient autrefois, lancés par
le porte-voix de l'acteur romain, les beaux
vers d'Eschyle et de Sophocle, devant une
foule avide d'harmonie poétique, et, là,

�ALBERT

TOURNIER

d'après Paul

SAÏN

�IÜ.0.0.

�Loti Viro-Soiiîèu

vous entendrez de nouveaux acteurs, petitsfils illustres des anciens, qui vous feront
vivre les temps glorieux du passé. Le spectacle auquel vous allez assister est un des
plus beaux que l'esprit humain puisse rêver. Vous en sortirez avec un sentiment
jusqu'alors inconnu de vous, de la grandeur et de la majesté de ces grands poètes
de la Grèce et de Rome, dont les œuvres
sublimes nous ont été conservées. Je vous
le dis, le souvenir de ces représentations
où l'art antique s'unit au génie moderne
pour animer de son souffle les héros fabuleux de la légende grecque, sera pour vous
impérissable.
Revenus dans vos foyers, vous raconterez à vos concitoyens les merveilles d'art
auxquelles vous avez assisté dans cette ville
d'Orange, petite en étendue, mais grande
en souvenirs historiques, où l'une des plus
illustres dynasties de l'Europe a pris son
origine. Vous leur direz qu'unies dans les
arts, les nations européennes, représentées
par leurs plus éminents citoyens, ont vu
renaître les beaux jours de l'antiquité littéraire, la main dans la main.
Ah ! puisse cette union se faire aussi
dans les cœurs pour le plus grand bonheur
de l'humanité ! Unissons nos vœux pour
qu'un jour il n'y ait plus de frontières et
que les peuples, pénétrés des sentiments
de fraternité qui devraient les unir, brisent
les instruments meurtriers de la guerre,
pour se consacrer aux œuvres de la paix
universelle.
Pour nous, habitants d'Orange, c'est avec
le cœur que nous répétons : Amis, vous
qui portez la lumière qui éclaire les peuples, soyez les bienvenus, Orange vous
salue.

Discours de M. Paul Faure
M. Paul Faure, député, lève alors son
verre en l'honneur des congressistes et
il ajoute :
M. le Ministre de l'Instruction publique
a bien voulu se faire représenter officiellement à cette fête, témoignant ainsi de
l'intérêt que le gouvernement de la République porte à nos grandes manifestations
artistiques Son choix s'est arrêté sur notre
ami Tournier, et rien ne pouvait nous être
plus agréable, car Tournier est connu de
tous ici pour le zèle qu'il déploie en faveur de notre Théâtre antique.
Quant à vous, Messieurs les représentants de la Presse, après avoir terminé au

43

Congrès international de Paris votre œuvre
professionnelle, vous avez eu la bonne pensée de venir visiter nos provinces et de
faire ainsi plus intime connaissance avec
le peuple de France.
Notre cité est heureuse de votre venue
et s'est mise en fête pour vous recevoir.
Elle va vous accueillir tout à l'heure dans
l'enceinte de son Théâtre antique et vous
faire assister à un spectacle grandiose...
Après avoir, à son tour, fait l'éloge
des spectacles antiques, il termine par
cette note humanitaire :
De ces heures vécues ensemble, pendant
lesquelles tous, hommes du Nord ou hommes du Midi, nous aurons éprouvé les
mêmes sensations, vibré au souffle des
mêmes émotions et communié dans le
culte du beau, du juste et du bien, il restera dans nos cœurs une trace inoubliable
et un enseignement fécond.
C'est qu'en dépit des symptômes plus ou
moins menaçants, — et vous le proclamerez par la grande voix de la presse, vous
qui parlez au monde — les nations ne sont
pas seulement unies entre elles par les
mille liens matériels du commerce et de
l'industrie, mais qu'il y a au-dessus de tout
cela un lien plus fort, nos communes aspirations vers un idéal de justice et de
solidarité.
En tenant ce langage, Messieurs, vous
accomplirez la partie la plus noble de votre
sacerdoce, et vous aurez bien mérité, non
seulement de vos Patries respectives, mais
de l'humanité tout entière, à qui vous aurez préparé les voies vers un avenir meilleur de paix, de concorde et de fraternité.
Après quelques mots de remerciement,
au nom de la Presse française et étrangère, adressés par M. Taunay â la population orangeoise et aux orateurs qui
viennent de souhaiter une si aimable
bienvenue aux journalistes, M. Albert
Tournier prend la parole :

Discours de M. Albert Tournier
Le temps presse ; il convient d'être bref,
mais le vin d'honneur est tiré, il faut le
boire. Est-il nécessaire, d'ailleurs, d'en dire
beaucoup quand on se sent compris d'avance? J'ai, pour premier devoir, de vous
exprimer les regrets du Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, qui
n'a pu venir assister, cette année, à vos
belles représentations. Dois-je vous rappe-

�44

Lou

Viro-Soulèu

1er l'intérêt, le dévoûment qu'il a toujours
témoignés en faveur du Théâtre antique
d'Orange ? C'est aux efforts réunis de la
Ville, du Parlement et de l'Etat, qu'il convient de reporter tout l'honneur et l'éclat
de ces fêtes.
Le Ministre des Beaux-Arts a secondé
et secondera ces efforts de tout son pouvoir ; vous me permettrez de rappeler, ne
serait-ce que pour mémoire, l'envoi du
beau monument d'Injalbert et les importantes allocations consacrées à ce théâtre,
dont la restauration attire l'attention universelle.
Je remercie bien sincèrement M. le Maire,
la Municipalité, la population d'Orange et
son vaillant député, M. Paul Faure, pour
le cordial accueil qui nous est fait et pour
les paroles aimables qui m'ont été plus
particulièrement adressées. Dès 1886, lorsque j'eus le bonheur d'assister — aux côtes
du grand Aubanel et de Maurice Faure,
l'éloquent vice-président de la Chambre
des Députés, — à la représentation de
ÍEmpereur d'Arles, le drame du poète
avignonnais Alexis Mouzin, j'avais compris
ce qu'il y avait de noble, de supérieurement
artistique dans ces manifestations littéraires,
et je me suis associé à Maurice Faure qui,
à partir de ce moment, donna avec vigueur le coup de cloche de la résurrection
de votre vieux théâtre.
C'est que l'œuvre que vous poursuivez
n'est pas seulement une œuvre d'intérêt
régional : elle est aussi la glorification.de
la patrie, et, je le dis devant les membres
du Congrès de la Presse, c'est la communion dans le beau de tous les esprits élevés, c'est dans le temple de l'Art antique
comme une fête grandiose de l'Humanité.
Et n'est-ce pas une coïncidence remarquable et singulière que cette fête de concorde et de paix, pour employer les expressions dont se servait tout à l'heure
votre député Paul Faure, ait précisément
lieu ici-même, à Orange, devant les représentants des journaux des deux hémisphères, comme une conclusion poétique et
charmante de la conférence tenue à La
Haye sous les auspices de la gracieuse souveraine, dernier rejeton des Nassau, issus de
votre principauté d'Orange ?
Cette cité, où nous sommes tous d'accord en une même préoccupation d'art,
est vraiment privilégiée. Si elle est devenue la Mecque des dévots de l'art dramatique, c'est tout d'abord grâce à l'initiative
de quelques-uns de vos concitoyens ani-

més d'un beau zèle et aux encouragements
de vos divers Conseils municipaux. L'action des Félibres et des Cigaliers est venue
ensuite, précédant celle toute-puissante de
l'Etat, qui ne pouvait méconnaître la haute
valeur éducatrice du Théâtre Romain, où
l'âme de nos ancêtres helléno-latins prend
si violemment possession de l'âme moderne par ces pièces, vieilles de plusieurs
milliers d'années, mais qui se trouvent être
d'une jeunesse éternelle.
Et le spectacle des gradins est aussi extraordinaire que celui de la scène ellemême. Dans un décor dont on chercherait
vainement le semblable en Italie ou en
Grèce, devant cette vision troublante de
la Muse antique, le spectateur — qui, enrichissant les entrepreneurs de spectacles,
fut toujours à Orange son propre Mécène
— s'évade des préoccupations, des banalités, des passions courantes, pour ne plus
vibrer que devant l'idéal de poésie et de
beauté que des génies supérieurs, à travers
les siècles, nous envoient des bords du
Tibre ou des rives d'Ionie.
Nos confrères du Congrès international
de la Presse raconteront au loin, à leurs
compatriotes, tout ce qu'ils auront éprouvé
d'émotion dans ce cadre merveilleux où
vous les avez conviés. Mais, l'heure est
avancée.
II convient
de laisser la parole à
Plaute, à Euripide, à leurs admirables
interprètes, que nous avons hâte d'entendre
et d'applaudir. Je lève mon verre — en
vous remerciant encore et du fond de l'âme
de votre bienveillant et chaleureux accueil, — en l'honneur de la Municipalité
d'Orange et des représentants élus du département de Vaucluse. Je salue la population tout entière, si accueillante et si artiste, bien digne d'habiter cette terre illustre
où nos ancêtres, qui furent les maîtres du
monde, ont laissé tant d'immortels souvenirs ; ce sol sacré où poussent en gerbes
éblouissantes ces fleurs de rêve, qui s'appellent la vaillance et l'amour, l'art et la
liberté.

Mais l'heure s'approche,
de se rendre au spectacle.

il

est temps

Vite les coupes vidées et les applaudissements terminés, on reforme le cortège
et on se met en route vers le Théâtre
antique.

�Lou

Viro-Soulèu

La première soirée au Théâtre antique
En dépit du mistral qui avait refroidi
la température, la première représentation a eu lieu devant un public très
nombreux, si l'on songe â l'immensité de
la salle.
M. Albert Tournier et toutes les notabilités du département avaient pris place
dans la tribune officielle. On y remarquait
aussi M. Maurice Faure, vice-président
de la Chambre ; et puis çà et là : le maître
Saint-Saëns, Georges d'Esparbès, Alexis
Mouzin, Gustave Larroumet, J.-E. Croze,
Georges Rivollet, Jules Gastambide, Mme
Roumanille, Mme Frédéric Mistral, le
général, Mme et Mlle Pedoya, Félix Gras
et sa famille, M. Revoil, le prince de
Brancovan, M. Capty, Jules Gaillard, et
des félibres et des cigaliers : MM. DelunsMontaud, Plantier, Albin Gras, Antony
Réal fils, Edmond Capeau, Fernand de
Rocher, Jean-Pierre Gras, Louis Prat,
Raoul Gineste, Jules Véran, docteur Bayol ;
et des congressistes : MM. Taunay, de
Loverdo, Stern, etc..
La première soirée était consacrée â
Pseudolus, de Plaute, adaptation de M.
Jules Gastambide, et à YAlkestis, mise
en vers par M. Georges Rivollet, d'après
Euripide.
Nous laissons ici la parole à M. Gustave
Larroumet, qui s'exprime ainsi dans son
feuilleton dramatique du Temps :
J'avais émis l'avis que la comédie de
Plaute était particulièrement indiquée pour
les spectacles d'Orange. Je ne m'en dédis
pas, quoique le Pseudolus ait été médiocrement heureux, car ce demi-succès n'est
pas imputable au poète latin.
Le comique de Plaute est élémentaire
et large. Il exploite un fonds populaire et
solide, fait pour le plein air et les foules. 11
développe ces intrigues simples et compliquées, naïves et subtiles, auxquelles les
publics grecs, latins et gaulois, se sont
toujours plu. Il emploie comme personnages ces types éternels du père avare, du
fils prodigue, du valet rusé et de la jeune
fille amante par destination qui amusaient
les spectateurs de Molière en Languedoc,
comme ils avaient amusé ceux de Ménandre
en Grèce, et, entre l'ancienne Rome et la
France moderne, ceux de la commedia
delVarte en Italie. Il devait donc se retrou-

45

ver chez lui, dans les ruines du théâtre
romain, devant un public ataviquement
préparé à le sentir, Provençaux et Comtadins. Sa facture éminemment scénique, sa
forme verveuse et colorée, semblaient être
d'infaillibles éléments de succès...
M. Gastambide a suivi son auteur pas à
pas sans essayer de corriger le fonds, —
sauf, à la fin, par une addition médiocrement heureuse, — mais il a faiblement
rendu la forme, qui en fait la valeur et
l'intérêt.
Le Journal des Débats est moins sévère
pour l'adaptateur :
L'adaptation de M. Gastambide a reçu
un chaleureux accueil. Etait-il pleinement
justifié ? Si j'osais émettre un désir, ce
serait qu'il montrât plus de hardiesse dans
le choix de l'épithète, plus de netteté et de
vigueur dans l'image, Mais il a fait preuve,
parfois, d'une réelle compréhension de
son auteur, et son adaptation, pour être
moins éclatante que la comédie latine, n'en
demeure pas moins son reflet.
Le public l'a compris, et le chaud accueil
qu'il a fait au Pseudolus ne sera pas d'un
mince encouragement à ceux qui rêvent
de restaurer la comédie latine sur la scène
française.
Quant à moi, — soit dit en passant, —
comme je préfère à Plaute et à Ménandre
notre grand Molière !
De ces deux entrefilets, on peut conclure, toutefois, que la comédie convient
moins que le drame à la scène du Théâtre
antique, trop grandiose pour les pièces
comiques.
L'Alkestis, de M. Georges Rivollet, a
retrouvé son grand succès de l'an dernier. A l'issue de la irc représentation, nous
avons emprunté à la Province, de notre
confrère Lucien Duc, le compte rendu
de la pièce. Nous n'y reviendrons pas.
Disons seulement que les honneurs de
la soirée ont été pour Paul Mounet,
superbe dans son rôle d'Héraklès, et dont
nous ne voulons pas séparer Lambert
fils, qui a sauvé le rôle ingrat d'Admète
par une dignité royale et, dans une
situation fausse entre toutes, s'est montré
si sincèrement ému qu'il a rendu sympathique son triste héros.
Mme Wanda de Boncza, chargée du
personnage d'Alceste, fut émouvante et

�Loti

6

4

Vìro-Soutèu

dramatique dans son rôle d'épouse qui se
sacrifie.
Il convient de citer, après ces trois
artistes eminents, à côté de MM. Villain
et Jacques Fenoux, notre ami Duparc,
qui incarne si consciencieusement les
rôles qu'on lui confie et que nous souhaiterions plus importants. Il a trouvé un
concert unanime d'éloges dans la presse
pour la façon excellente dont il a joué
dans Pseudolus et Alkestis.

DEUXIÈME

JOURNÉE

:

Excursion à la Fontaine de Vaucluse
Une excursion à la Fontaine de Vaucluse était tout indiquée pour la journée
de dimanche. Voici en quels termes notre
confrère Edmond Capeau, directeur du
Mistral, a rendu compte de cette agréable
promenade :
Départ de la place de l'Horloge dans
le grand breack Garcin. MM. Tournier,
Leroy et divers cigaliers et félibres, ainsi
que MM. Laval et Mouzin, font route
avec les congressistes, parmi lesquels on
remarque une quinzaine de dames. Ce
breack n'entendit jamais tant d'idiomes
à la fois : on y parle italien, hollandais,
suédois, danois, anglais, allemand, espagnol, provençal et même français.
Au départ, sur le cours de la République, on rencontre le docteur Jean
Bayol et, avec lui, Georges d'Esparbès ;
on les appelle. Bayol est retenu à Avignon par une invitation ; mais d'Esparbès,
en trois sauts, monte à côté de Mouzin
sur 1''impériale, — naturellement. On
échange l'accolade confraternelle et on
repart. Il est une heure quand on arrive
à Vaucluse, où quelques confrères, Fernand de Rocher et les félibres Albin Gras,
Prat et Tavan entre autres, sont venus
de leur côté.
L'inauguration du buste de Laure de
Noves ayant été remise à l'année prochaine, ç'a été une fête intime très réussie
dans un des sites les plus pittoresques
et les plus célèbres de la région.
Après la promenade obligée à la Fontaine et le salut au figuier de Pétrarque,
les excursionnistes se sont mis à table
pour savourer les mets traditionnels de

La partie musicale de cette première
soirée, l'interprétation de fragments de
Phèdre, de Dèjanire et de Salàmbô, était
au niveau de la partie littéraire. L'orchestre, sous la direction de M. Léon
Jehin, des théâtres d'Aix-les-Bains et de
Monte-Carlo, était composé d'éléments
de premier ordre.

DIMANCHE

12

AOÛT

l'endroit, écrevisses et truites qu'on peut
hardiment qualifier de légendaires, bien
qu'elles existent.
Au moment des toasts, Albert Tournier
dit qu'il est officiellement autorisé à annoncer que Mme Clovis Hugues va recevoir les palmes d'or de l'Instruction publique et MM. Troubat et Roussin celles
d'argent ; puis il ajoute :
Nous n'allons pas troubler par un discours
officiel, sur les bords de l'Aréthuse provençale, le calme de la retraite sacrée,
choisie par le poète que notre grand Victor
Hugo appelait le Platon de la poésie. Nous
ne songeons plus guère au Pétrarque des
Trionfi, ni des missions diplomatiques ; il
s'est effacé devant celui des sonnets et des
can\one. Depuis cinq siècles, dans ce vallon retiré, se font des pèlerinages vers une
vision de beauté. La gracieuse figure de
Laure de Noves vous a attirés à votre
tour, et, pour mieux l'évoquer, près de
l'étroit sentier où elle passa radieuse, vous
avez contemplé l'œuvre séduisante qui
semble la faire revivre, le buste à la fois
élégant et sévère que Mme Clovis Hugues,
mieux que personne autre, devait modeler
avec perfection. Il y a, en effet, une affinité entre ces deux femmes nées sous le
même soieil : celle d'aujourd'hui n'a-t-elle
pas inspiré, elle aussi, des vers d'un beau
lyrisme au poète dont elle est la compagne ? Je suis heureux d'annoncer que M.
le Ministre a décidé de donner les palmes
d'or de l'Instruction publique à Mme
Clovis Hugues. Le buste dont elle a fait
don à cette commune si attrayante, sera
inauguré l'an prochain, à l'occasion du
centenaire de l'Académie de Vaucluse, sur
le désir exprimé par le président de cette
Société, M. le docteur La,-al et par notre

�47
confrère Alexis Mouzin dont je n'ai pas à
rappeler ici les titres littéraires. Je leur
adresse à tous deux des remerciements
pour leur bon accueil, et, si je n'y insiste
pas davantage, c'est qu'il n'est pas besoin
entre nous de longues paroles pour affirmer
notre sincérité.
M. le docteur Laval lui répond en
quelques paroles pleines de tact, où nous
reconnaissons le président érudit et distingué. A son tour, M. Taunav présente
les remerciements de la Presse internationale avec beaucoup d'esprit ; et M.
Mouzin réplique que c'était un devoir
d'accueillir fraternellement, quelle que
fût leur nationalité, tous ceux qui sont
de la même patrie intellectuelle
ont le même culte de la beauté.

et qui

Il va sans dire qu'on a vivement applaudi
chacun des quatre orateurs, qui eurent,
entre autres mérites, celui d'être brefs.
A la Fontaine, M. Acciaresi, directeur
de la Vera Roma, improvise des vers
italiens, mais il faut s'en retourner. On s'arrête à LTsle, où, en attendant le train pour
Orange, on tient séance littéraire sous
les arbres. Fernand de Rocher commence
par d'élégantes strophes tout ensoleillées,
que nous reproduisons :

La cantilène de beauté
Qui vague, par les soirs d'été,
Dans les blés de la plaine immense,
Avec les rumeurs, les frissons,
Des garrigues et des buissons,
Qui réveillent, quand nous passons,
Les souvenirs de notre enfance.
Par les sentiers d'eux seuls connus,
En pèlerins ils sont venus
Revivre des heures lointaines ;
Avec des rires dans la voix,
Ils repartent comme autrefois
Pour les courses à travers bois
Et les haltes près des fontaines.
Car ils aiment d'amour brutal
Et véhément leur sol natal,
La bonne terre d'harmonie ;
Car ils se souviennent qu'elle est
La nourrice forte au bon lait
Qui chantait et les consolait
Aux jours de tristesse infinie ;
Celle qui garde des parfums
Pour les tombes des chers défunts
Sommeillant aux flancs des collines,
Et qui, dans les soirs apaisés,
Pour que les morts soient reposés,
Leur fait l'offrande des baisers
Des brises tièdes et câlines.

Ce matin, quand l'aube a frémi
Et que le Ventoux endormi
A ressurgi de la nuit brève,
Des hommes à l'esprit serein,
Fleurs d'hier ou fruits de demain,
En chantant ont pris le chemin
Qui conduit au pays du rêve.

Le pèlerinage d'été,
Par ce jour d'août s'est arrêté
Dans un de ces jardins du rêve,
Au pays de Provence ami
Dont l'âme puissante a frémi
Lorsque le Ventoux endormi
A ressurgi de la nuit brève.

Ce sont des félibres dévots
Qui s'en vont par monts et par vaux
Revoir leur terre maternelle,
Et qui, lassés du grand Paris,
Viennent écouter au pays,
Dans le calme des coins fleuris,
Une cantilène éternelle :

O vous tous, fervents pèlerins,
Esprits d'élite, cœurs sereins,
Etrangers dont nous sommes frères,
Vous tous qui partirez demain,
Avant de vous mettre en chemin,
Allez glaner à pleine main
Chansons et saveurs et lumières.

La chanson qui monte, au matin,
Des champs de lavande et de thym
Et des combes et des feuillées ;
La chanson rose aux ailes d'or
Qui plane dans le bleu décor,
Qui s'assoupit et qui s'endort
Au cœur des fleurs ensoleillées ;

Près de la fontaine aux flots bleus,
Sous les ombrages fabuleux
Où rêve la chanson latine,
Où les roches de dur granit
Gardent le frisson d'infini
Toujours vibrant et rajeuni
D'une belle âme florentine.

�48

Lou

Viro-Soulèu

On fait une petite ovation au jeune
poète qui affectionne particulièrement
cette forme de strophe mistralienne, déjà
applaudie aux fêtes de Sceaux et au banquet du Vieil Arles.
Alexis Mouzin dit ensuite quelques vers
d'un sentiment exquis et notre ami Albin
Gras recueille les applaudissements dont
il est coutumier, quand il interprète les
chansons de Charloun, d'une saveur si
particulière. Avons-nous dit que Mme
Albin Gras, qui est une fervente des
manifestations félibréennes, était aussi
de la fête ?
Il était cinq heures du soir, lorsqu'un
train spécial a ramf-né vers Orange congressistes, félibres et cigaliers, qui avaient
reçu dans le pays un accueil très cordial.
Un dîner intime avait lieu, le même
soir, â la sous-préfecture d'Orange, en
l'honneur du délégué ministériel. M. Gallois, l'aimable sous-préfet de l'arrondissement, et Mme Gallois recevaient avec
une cordialité charmante quelques notabilités qu'ils avaient tenu à grouper autour de l'ami Tournier. Assistaient à ce
dîner : MM. Saint-Saëns et Larroumet ;
Maurice Faure ; Deluns-Montaud ; le général Pedoya ; M. Masclet, préfet de
Vaucluse ; Paul Faure, député ; Béraud,
sénateur ; nos camarades Ernest Roussel
et Fernand de Rocher.
M. Gallois, qui est un homme de goût
et un lettré délicat, est l'ami des félibres
et des cigaliers. Nous rendons hommage
à sa courtoisie.
La deuxième soirée au Théâtre antique
Beaucoup plus de monde que la veille
et temps moins inclément, dit le Petit
Marseillais. On ne taxera point de banale,
certes, la deuxième attraction du beau programme d'Orange. Elle consiste en le chefd'œuvre lyrique de Gltick. Ce chef-d'œuvre,
qui souleva tant de polémiques de 1779 à
1829, lors de ses représentations à Paris,
entre les partisans de la musique et ceux
des fusées de notes et des gargouillades,
a été repris, cette année, au Théâtre Lyrique avec Mme Raunay, et à l'OpéraComique, tout dernièrement, avec Mme
Caron.
« Ipliigénie eu Tauride vient d'être
définitivement consacrée dans un des plus
grandioses théâtres du monde. Cette œuvre,

qui fut, à sa naissance, considérée comme
révolutionnaire, déploie pourtant l'ordonnance de quelque sacerdotale et noble
solennité. Elle n'annonce point la vaste
forêt wagnérienne ; mais elle est le bois
sacré, aux arbres réguliers, peuplé de rossignols et de fraîches statues. Mais telle
qu'elle s'offre, avec ses airs, ses duos, ses
trios, ses chœurs, sa charpente que les
intransigeants taxeront de vieillote, elle
semble n'avoir toujours que vingt ans. Cela
prouve que les siècles et la mode, autrement
dit le snobisme, n'entament, n'effleurent en
rien les chefs-d'œuvre.
« L'âme antique vit réellement eu la
pure musique de Glück, et cette musique
sans fioriture et sans à-côté, dit réellement
ce qu'elle doit dire, se marie au poème par
un hymen non point de raison mais de
véritable amour. Il ne la faudrait point
croire tout le temps bleue et unie comme
la surface d'un lac ; elle s'anime, elle bondit,
elle rugit et se passionne. Le poète Euripide, traduit avec conscience par le librettiste Guillard, fournit à cette musique des
occasions d'enthousiasme et de fureur ;
mais aux moments même des plus terribles
coups de tempête, jamais du bruit, toujours
un sentiment bien expressif et clair, nulle
outrance et nul chambardement...
« L'interprétation a été de tout premier
ordre, grâce aux éléments supérieurs, pleins
de talent et de conviction recrutés, en dépit
de mille difficultés. MM. Ghasne etCossira,
les Oreste et Pylade du Théâtre Lyrique,
ont contribué largement au triomphe de
la soirée ; Mlle Jenny Passama a fait preuve,
dans le personnage de Diane, d'une méthode très sûre et prodigué des accents
d'une harmonieuse coulée. Mlle Balia a
donné du relief au rôle de la Femme
grecque.
« L'Opéra avait prêté une de ses plus
fraîches et plus belles cantatrices, Mlle
Hatto. Toute blanche, sacerdotale et auguste
de robe, de gestes, d'accents, durant les
trois premiers actes, elle s'est manifestée,
toute rouge, à l'heure tragique du sacrifice.
Dans sasuprême tenue, tandis que la brise,
un peu aiguë, soulevait ses voiles et prêtait
à sa robe flottante la souple architecture
de la Victoire de Samothrace, elle a donné
libre carrière à la jeune fougue de son
talent facile et courageux. Quelle voix
ilexible et dorée, incassable, et passant,
comme en se jouant, de l'héroïsme à la
douceur! Pour une artiste de vingt ans, la
création d'un pur chef-d'œuvre, dans un

�Lou

Viro-Soulèu

théâtre aussi colossal, envahi d'auditeurs
jusqu'aux places les plus aériennes, doit
rester, sûrement, parmi les souvenirs qui
ne s'oublient plus.
« N'oublions pas de mentionner la bonne
tenue vocale et scènique de M. Dufrane,
chargé du rôle de Thoas. Mais bravo surtout pour les chœurs, qui ont interprété
leur rôle avec une de ces convictions qui
vous prennent aux larmes ; aux chœurs
féminins sont confiées les pages les plus
fraîches, les plus aériennes, les plus divines
de la partition. Le génie humain exhala
rarement d'aussi mélodiques choses.
« Au cours de tout drame lyrique, la
personnalité de l'orchestre doit rester prépondérante. Dans Iphigènie, la symphonie
n'abandonne pas un seul instant l'action et
s'y mêle, au contraire, avec une sorte
d'obstination affectueuse, bien que discrète,
à peu près tout le temps. C'est dire que
la tâche de M. Jehin et de ses collaborateurs était importante. Le chef éminent des
concerts et du théâtre de Monte-Carlo a
droit à la reconnaissance des amis du grand
art. Son interprétation fut un de ces par-

TROISIÈME

JOURNÉE. :

VISITE

DE

Les Félibres, les Cigaliers et les membres de la Presse internationale ont été
reçus à Nîmes le lundi 13 août, dans
l'après-midi, par la Municipalité, dans
un des salons de l'Hôtel de Ville. M.
Paul Jaumeton, premier adjoint, leur a
souhaité la bienvenue. M. Tardiveau, au
nom de la Presse française, et M. Verhœven, au nom de la Presse étrangère, ont
alors remercié la Ville de l'accueil sympathique dont ils ont été l'objet.
M. Richard a répondu au nom de la
Presse locale et régionale.

49

faits moulages qui donnent tout entière la
pensée du créateur. Et comme il a été bien
récompensé de ses efforts par l'attention
émue d'un public provincial, admirablement éduqué par les concerts symphoniques et très avancé en éducation musicale ; en outre, quelle joie pour un artiste
de pouvoir faire donner à son orchestre
l'âme complète d'une divine composition,
dans un théâtre où l'acoustique est tellement parfaite, que pas la moindre perle ne
tombe d'une harpe sans que l'oreille n'en
perçoive le mélodieux éclat. »
Comme la veille, nous avons reconnu
les personnalités et les confrères ou amis
que nous avons déjà cités.
Cette fois l'expérience est définitive et
les représentations d'opéras comme celles
de drames antiques conviennent à la
scène du Théâtre romain d'Orange et
attirent un public d'élite qui contribuera
de plus en plus au succès de ces grandioses manifestations.

LUNDI

13

AOÛT

NIMES
Concernant les libertés communales et
parlant des corridas espagnoles, M. Tardiveau s'est fait l'interprète de ses confrères en promettant de ne pas se montrer, à l'avenir, hostiles à ces spectacles,
si estimés des Méridionaux. Le préfet a
porté un toast à la santé des hôtes de la
ville de Nîmes. Cette réception a été des
plus cordiales.
Les Félibres et les congressistes ont
visité ensuite la ville et ses monuments
historiques.

�tou

QUATRIÈME

Viro-Soulèu

JOURNÉE

:

MARDI

14

AOÛT

EN ARLES
Après une allocution de M. Félix
Verhoeven, directeur de la Galette de
Charleroi, au nom des journalistes étrangers, M. Quenin, premier adjoint, prononce une allocution dans laquelle il fait
une comparaison entre l'internationalisme
social et l'internationalisme des lettres.
M. Michel, député, parle en sa qualité
de représentant du peuple et de journaliste. Il fait l'éloge de Frédéric Mistral,
de la Presse internationale et célèbre la
beauté des Arlésiennes.
A l'issue de la réception, un banquet
intime a réuni les visiteurs à l'Hôtel du
Forum.
L'après-midi a été consacrée â la visite des
musées et monuments. Le Museon arlaten,
dont les collections s'enrichissent tous
les jours, a particulièrement intéressé
les Félibres et les congressistes. Ils étaient
d'ailleurs guidés dans leur promenade
par Frédéric Mistral et par MM. Veran,
architecte des monuments historiques, et
Ferigoule, conservateur des musées.
A 4 heures, tout était terminé et le train
emmenait les excursionnistes vers Marseille.

Félibres, Cigaliers et congressistes sont
arrivés en Arles, le mardi 14,août, à 10
heures 1/2 du matin. Ils ont été reçus à
la gare par des délégués de la Municipalité et du Syndicat de la Presse arlésienne. Le cortège s'est rendu à l'Hôtel
de Ville dont le vestibule et la grande
salle étaient artistiquement décorés.
M. Xavier de Lassalle, directeur du
Journal de Lot-et-Garonne, a remercié
la Municipalité de son charmant accueil
et a fait un éloquent éloge de Frédéric
Mistral, qui était venu exprès de Maillane
pour cette réception.
Le maître, toujours robuste et toujours
jeune, majestueux comme un dieu de
l'Olympe, avait tenu, en effet, à faire luimême les honneurs du Museon arlaten
aux invités de la Municipalité d'Arles.
M. le Maire d'Arles a regretté que
l'état lamentable des finances de la ville
ne lui ait permis que d'offrir un vin d'honneur au lieu d'un banquet et d'autres
réjouissances.
M. le sous-préfet, au nom du gouvernement, a remercié les congressistes d'être
venus en Arles.

5E

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6°

JOURNÉES

A

15

&amp;

16

AOÛT

MARSEILLE

Empruntons au Petit Provençal le récit
de ces fêtes offertes aux congressistes
de la Presse et aux Félîbres et Cigaliers
qui s'étaient joints â la caravane :
11 appartenait au Syndicat de la Presse
marseillaise de recevoir nos confrères de
la Presse française et étrangère avec le plus
d'éclat possible. Et, soit dit à sa louange,
il s'est acquitté de sa tâche avec honneur.
A cette occasion, une fête de nuit avait

\

:

été organisée au Palais Longchamp. Elle
a été de tous points splendide et nous
n'exagérons rien en disant que tous les
invités en ont été émerveillés. Quel cadre
plus merveilleux, en effet, pouvait-on choisir ! Illuminé avec un goût parfait, le Palais Longchamp, dans son élégante architecture, avec ses colonnades finement
sculptées et ses mille jets d'eau ressemblait
à un véritable palais enchanté. Dans les
pelouses, avaient été posés des lampions

�Loií Viro-Soulèu

multicolores et aux branches cTarbres, aux
arbustes, étaient piquées çà et là des lanternes vénitiennes du plus gracieux effet.
Un buffet des mieux garnis avait été installé au haut des grands escaliers. Là,
pendant le lunch, au nom des congressistes,
M. Xavier de Lassalle a prononcé une
allocution très applaudie, remerciant le
Syndicat de la Presse marseillaise de la
réception qu'il leur avait réservée.
En quelques mots, M. Horace Bertin a
répondu et a levé son verre à l'union des
membres de la Presse.
Parmi les invités, nous notons avec plaisir la présence de MM. Flaissières, maire
de Marseille ; Schrameck, secrétaire général de la Préfecture ; Garnier et Flayol,
adjoints, et diverses notabilités.
Le lendemain matin, les Félibres, les
Cigaliers et les congressistes se trouvaient
au quai Sainte-Anne pour aller visiter
l'outillage de nos ports. Cette partie du
programme faillit échouer par suite de la
grève des chauffeurs. Fort heureusement,
grâce à l'amabilité de M. l'amiral Besson,
on put enfin recruter parmi les chauffeurs
de l'Etat quelques hommes de bonne volonté, ce qui permit de faire la promenade
en mer annoncée.
Après une visite minutieuse des diverses
installations des nouveaux ports, Félibres
et congressistes ont été conduits à l'hôtel
Roubion.
La grande salle, somptueusement aménagée, était à peine assez grande pour
contenir les convives, qui ont fait largement honneur au très délicat menu.
Au dessert, Horace Bertin, président
du Syndicat, en termes choisis, souhaite la
bienvenue à ses hôtes et boit le premier à
cet internationalisme de la pensée humaine,
que tour à tour vont saluer les divers orateurs, et à la liberté de la Presse.
M. Schrameck, secrétaire général, représentant le préfet absent, associe l'administration aux vœux formés pour l'affranchissement de la pensée humaine.
M. Flaissières, maire de Marseille, boit
aux journalistes, en lesquels il veut voir les
apôtres de la liberté et de la vérité ; on
est quelquefois, ajoute-t-il avec une douce
ironie, battu par cette vérité comme par

51

une fleur, mais le parfum en est si pénétrant qu'on en oublie la blessure. Il lève
son verre à l'internationalisme de la civilisation dans l'apaisement universel et à la
prospérité de la Presse.
Puis, c'est le tour de M. Deluns-Montaud,
ancien ministre des Travaux publics, qui
rappelle en un langage très élevé le rôle
joué par la merveilleuse civilisation grecque
et latine, accomplissant ce qu'il osera
appeler le miracle méditerranéen autour
de notre mer, mare nostrum, imprimant
sa trace ineffaçable sur les civilisations
cadettes qui ne peuvent s'en défendre. Ce
miracle accompli dans les siècles passés,
pourquoi ne le renouvellerait-on pas demain ? Au fond, tous les peuples d'Europe
ont la même conception du droit, de ce
droit moderne proclamé par l'inoubliable
Déclaration des Droits de l'homme et du
citoyen. Nous sommes tous portés, comme
par les lames de fond de la Méditerranée,
vers un avenir de progrès, d'affranchissement et de justice. Cet avenir, la Presse y
contribuera, la Presse qui, dans tous les
pays, doit être comme le soldat vigilant
de la liberté. Je bois, s'écrie l'éloquent
orateur en terminant, à ce qu'il y a de
plus haut dans l'humanité, je bois au libre
esprit !
D'unanimes applaudissements soulignent .
cette belle improvisation.
Puis, M. Tassy, au nom du Conseil général ; M. Noilly-Prat au nom de la Chambre
de commerce ; M. de Lassalle au nom
des congressistes ; M. Reynis, au nom de la
Gascogne qu'on ne peut réduire au silence ;
M. Harold, au nom de la Presse étrangère, et d'autres confrères étrangers boivent
tour à tour à l'union internationale, à la
Presse et à la fraternité des peuples.
On se répand ensuite dans les jardins
et sur les terrasses pour jouir du merveilleux spectacle de la rade, admirable, comme
toujours.
Après une visite au parc Borély, le
Maire et le Conseil municipal de Marseille
ont oflert une splendide réception à leurs
hôtes.
Et ce fut le digne couronnement des
fêtes dont la Provence avait été le théâtre
pendant une semaine.

�Le

Viro-Souìèu

Impressions générales
On voit que, cette année encore, les
manifestations cigalières et félibréennes,
auxquelles le gouvernement de la République avait tenu à s'associer en s'y faisant représenter par l'un des nôtres, ont
obtenu un succès énorme, malgré leur
caractère charmant d'improvisation. Et
même, comme le programme était un
peu chargé, on a dû en laisser pour
l'année prochaine, telles, par exemple, les
fêtes de Valence en l'honneur de Louis
Gallet.
Notons à ce sujet un petit incident qui
est résulté de cet ajournement. Un journal local crut bon de se livrer à quelques
plaisanteries faciles. Notre ami Albert
Tournier, à qui le maire de Valence avait
communiqué l'article mettant à tort la
Municipalité en cause, a rétabli les faits
par la lettre suivante :
Vals-les-Bains, 15 août 1900.
Monsieur le Directeur,
Les Cigaliers et Félibres de Paris avaient
en effet conçu le projet de poser cette
année une plaque commémorative sur la
maison natale de Louis Gallet. Bien que
prévenue très tardivement par le secrétariat de nos deux Sociétés, la Municipalité
de Valence avait résolu de s'associer à cet
hommage, lorsque la veille même — par
suite d'un changement de date à une fête
en l'honneur des congressistes de la Presse,
changement amené par le voyage inopiné
de M. le Président de la République à
Marseille — notre confrère et ami, M.
Georges Niel, vice-président de la Cigale,
chargé en l'absence de Benjamin-Constant,
actuellement à Londres, de prendre la parole en notre nom, voulait bien m'aviser
que, membre de la Commission supérieure
du Congrès, il était contraint — à son vif
regret et permettez-moi d'ajouter au nôtre
— de rester à Paris.
En m'adressant ses excuses, il me disait
combien il était désolé d'être privé de la
satisfaction de rendre hommage à la mémoire de son vieil ami, de retracer cette
physionomie d'homme de cœur, de philanthrope et de poète. En présence de ce
contre-temps et aussi du retard involontaire

apporté aux négociations avec la Municipalité et le Comité Gallet, je crus devoir
prévenir télégraphiquement M. Henry Chalamet, maire de Valence, de vouloir bien
suspendre tout préparatif, et mon court
passage dans votre ville n'avait d'autre but
que de donner ces diverses explications
au maire qui nous a déjà donné tant de
preuves d'excellent concours, et à M. Victor
Colomb, l'aimable et dévoué secrétaire
général du Comité. Dans cette double entrevue, les dispositions ont été prises pour
que, l'année prochaine, la fête comprenant
la pose de la plaque commémorative et
l'inauguration du monument soit vraiment
digne de l'un des enfants les plus éminents de votre cité ; elle réunira, je pense,
tous les citovens, sans distinction de parti,
dans une commune joie.
En attendant, mon devoir, vous le comprendrez sans peine, est de dégager la
municipalité de Valence de l'injuste reproche que vous lui adressez, reproche
contre lequel, d'ailleurs, proteste l'accueil
toujours si cordial reçu par les Félibres et
Cigaliers dans les manifestations littéraires
et artistiques qui les ont plusieurs fois
amenés dans la Drôme.
Comptant sur votre courtoisie, Monsieur
le Directeur, pour l'insertion de cette trop
longue lettre, je vous prie d'agréer l'expression de mes sentiments les plus distingués.
ALBERT

TOURNIER,

Vice-président des Félibres de Paris.

Nous pouvons dès maintenant donner
un avant-goût des fêtes de IQOI :
Inauguration à Valence du monument
de Louis Gallet.
Descente du Rhône.
Fêtes d'Orange : deux représentations
au Théâtre antique des Barbares, opéra
inédit en 3 actes de Camille Saint-Saéns,
livret de MM. Victorien Sardou et Gheusi ;
une représentation de Citharis, d'Alexis
Mouzin.
Fêtes de Vaucluse : le centenaire de
Laure de Noves, célébré sous les auspices
de l'Académie de Vaucluse.

�Lou

Viro-Soulèu

Fêtes de Mallemort : inauguration du
monument dédié à Camille, Nestor et
Juliette Roqueplan, la jeune poétesse si
regrettée.
Et... certainement, ce n'est pas tout.

Il serait long et fastidieux de dresser
la liste des journaux et des revues, tant
de France que de l'étranger, qui ont
parlé avec éloges de nos fêtes en 1900.
Nous nous bornerons à signaler le très
intéressant programme édité par Fernand
de Rocher, avec une jolie couverture
originale de notre collègue Marius RouxRenard, le jeune peintre de talent. Imprimé chez A. Lazard, à Orange, ce programme contenait des textes inédits des
félibres et cigaliers Frédéric Mistral,
Félix Gras, Batisto Bonnet, Léon Daudet,
Deluns-Montaud, Paul Faure, Formigé,
Sextius-Michel, Albert Tournier, Jules
Troubat, etc., et de MM. Jules Claretie,

53

Georges Rivollet, Georges d'Esparbès,
Gustave Larroumet, Mme Adam, etc.
Nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à ce programme les lignes suivantes de Maurice Faure, qui seront la
conclusion de ce compte rendu :
Il est d'un véritable intérêt national d'assurer la périodicité des représentations nationales du Théâtre romain d'Orange, où
tous les fidèles du grand art se retrouveront,
émus et enthousiastes, pour admirer, dans
le plus merveilleux cadre qu'on puisse
rêver, l'expression vivante du génie antique
qui forme le fond même de notre race
française, où revit et rayonne l'âme grécolatine.
Comme le déclarait spirituellement Paul
Arène, il faut qu'Orange devienne le rendezvous annuel de tous les amis de l'antiquité
classique et acquière une telle renommée
qu'au lieu de l'appeler le « Bayreuth français » on appelle Bayreuth 1' « Orange
allemand. »

�Viro-Souleiado : Echos félibréens
Tous les amis du Félibrige de Paris
s'associeront à la joie de famille de notre
ami Lucien Duc, imprimeur du ViroSoulèu et directeur de La Province, qui
vient de marier sa fille, Mlle Marie Duc,
à son brave et digne collaborateur d'atelier,
M. Henry Gay. La nouvelle mariée était
elle-même l'habile auxiliaire, composteur
en main, de son père et de son futur
mari.
Quelqu'un qui s'en est voulu, en cette
occasion, de n'être pas maire du VIIe,
comme il l'est du XVe, c'est notre sympathique président, M. Sextius-Michel, et on
l'a bien regretté avec lui. Il aurait adressé
de si aimables paroles aux mariés !... En
vers et en prose, il n'est jamais court, quand
il s'agit de féliciter des amis. Voici le sonnet provençal qu'il a envoyé de Wervicq
(Nord), où il se trouvait auprès de sa fille,
de son gendre et de ses petits-enfants :
A

LUCIAN

DUC

De la mairie, on s'est rendu à l'église
Saint-François-Xavier, où de nombreux
amis étaient venus assister à la bénédiction
nuptiale. Du côté des félibres citons MM.
Garder, Gourdoux, Baptiste Bonnet et
Mlle Marcel. — Notre ami Albert Touruier était venu serrer la main à la famille,
à la mairie.
La cérémonie religieuse a conduit jusqu'à l'heure du déjeuner, gracieusement
servi rue Rousselet.
Quand l'estomac a été satisfait, les carrosses ont emporté toute la noce à Créteil,
où la famille Duc possède un coin de
terre.
Je ne sais si ce sont les grandes facilités
de communication qui, en rapprochant les
distances, ont acclimaté l'emblème du Félibrige de Paris dans les campagnes parisiennes, mais le jardin de Duc et de son
frère en possède un très beau pied et qui
lait face au soleil par de magnifiques tiges.
Après tout, chez des Méridionaux, il s'est
peut-être implanté naturellement : le com-

Eiçamoundaut, liuen dôu soulèu,
Ai reçaupu ta counvidado,
E, pèr ta fiho tant amado,
Apounde aquésti vers lèu-lèu.
Quand s'enanaran, Elo em'Eu,
Dins nòsti poulìdi countrado,
lé dounaran ensèn l'aubado
Li cigaleto e lis aucèu.

patriotisme l'aura attiré. Quoi qu'il en soit,
c'est à son ombre que l'ami Duc décentralise, bêche en main, tous les dimanches !
Le dîner de noces a eu lieu, au retour,
rue Rousselet, et de nombreuses poésies
de circonstance ont été dites à l'heure des
brindes. Nous ne donnerons ici que les
vers en langue d'Oc, suivis de la jolie lettre
de Baptiste Bonnet, pour s'excuser de ne
pas faire vibrer la lyre.

E li gènt de toun parentage,
Quouro veiran dins soun vilage
Passa ti galants amourous,
Dins soun parla simplas e libre
Diran tóuti : « Siegon urous
Lis enfant de noste felibre !
SEXTIUS-MICHEL.

MUSIQUETO

CEVENOLO

Lou viel felibre de Gardou
S'en voudrié se soun rimadou
Fasié pas 'n paou de musiqueto,
Quand lou chantre de Marinelo
— Un pouèto à douna liçou —
Marido errjb 'un charmant garçou
Sa charmante doumaïseleto.

�Lou

Viro-Soulèu

Adoun, brave ami Duc, pèr eles e pèr vous,
Moun vers lou mai coumplimentous
Acoumpagna d'uno brassado
E, pardinche ! daou souèt : bono e bello fruchado !
CESA*

A

LUCIAN

GOURDOUX.

DUC

Moun ami Duc, dise emé vous :
Li gènt nòvi siegon urous !
Que lou bon Diéu li benesigue !
Sus la terro tout ié sourrigue,
E que lou cèu posque m'ausi !
Vous embrasse emé grand plesi.
MAUEISE GIRARD.

A Madamisello Mario Duc,
pèr lou bèu jour de soun mar i d'âge.
S'aviéu lou talènt requist qu'a voste
paire, prendríeu ma zambougno, e, sout li
poutouno de ma Muso, emé li gràci e li
rire fasènt lou brande à moun entour, me
leissariéu ana sus lis alo de la pouësio, e
d'eilamount, dins l'azur, au mié dis enchuscle di rai e di coulour, dins un sounetretra, mi vers toumbarien dins vosto gourbello e dindarien en l'ounour de Mario la
plus bello. Cadenciariéu mi pèd de tau
biais que cadun d'éli cantèsse embé glôri
lou travai, la vertu, lou respèt, la tendresso ;
l'amour coumandarié en vous fasènt bouqueté, li désir vous farien signe, e li joio ,e
li sourrire, en se chamant, vous tendrien
gaio au coustat de M. Gay, iuei lou plus
urous dis ome.
Malurousamen siéu qu'un prousaire,
mai un amiraire de la casto bèuta, ço que
fai que vous mande, de moun miés, li vot
de moun cor pèr voste bonur.
BATISTO BONNET.

ici, c'est le brinde qu'y a porté en langue
provençale, dans son dialecte cacalian,
notre confrère, M. Charles Martin, un des
félibres militants de YEscolo de Lar.
Nos lecteurs en goûteront certainement
ce savoureux extrait, à la fois descriptif et
historique :
« Fraire d'Aubenas, bèu païs de la sedo,
d'Alès la metaulurgico, d'Antibo, foundado
pèr lei gènt de Foucèio, d'Avignoun, l'antico cieutat papalino que dounè à la Franço :
Criloun, lei Vernet ; Arle, l'emperialo, au
terradou benesi ; Brignolo, patrio de Reynouard, lou saberu avoucat au Parlamen
de z'Ais, l'inmourtau reviéudaire dei troubadour ;
Cano, l'ensouleiado,
ei pèd
de-longo bagna pèr l'aigo de la couesto
d'azur ; Niço la bello, la fiourido, lou paradis de la Franço ; Nimes, la rèino dei
vignarés ; Manosco la pudico ; Tarascoun
emé soun castèu dôu bouen rèi Rèinié ;
Touloun la fouerio, la patrioto, toutei
vautre qu'avès respoundu au rampèu de
vouesto souerre, vous bèn-astrùgui d'èsse
vengu de tant luen pèr noueste près-fach
utile, e countribuï ansin à crèisse la garbeto d'ameriouramen ei causo de counsulàri justici. »
Et, faisant allusion sans doute à la lutte
homérique qui se poursuit depuis si longtemps entre Aix et Marseille, notre confrère
ajoute :
« Noun sian d'aquélei que, grand, escalustron lei pichoun e, de-longo, à-n-èlei
tiron la vano ; leis enfant de Marius noun
vouelon que sei dre ; nouesto vilo a pas
ges de barri, lei sòci que li vènon l'óulivié en man, d'ami d'en pertout li atrobon
e sèmpre sian lèst à pouerge la mari en
toutei. »

Nos meilleurs vœux pour les jeunes
époux et nos compliments aux deux familles.

L'Anthologie grecque aurait recueilli le
mot suivant, entendu l'autre jour à Cette,

La Provence nouvelle, d'Aix,
nous
a appris en son temps, et le manque de
place nous a seul empêché de le signaler
plus tôt, qu'il y a eu dans la vieille capitale
du roi René, le 19 mai, une Conférence
régionale des Tribunaux de commerce

au marché aux poissons.
Deux femmes se marchandaient une corbeille de poisson, débarquée de la Bette
sur le quai... l'une tenait à bien vendre,
l'autre à acheter le meilleur marché possible.
Lasse de la discussion, la vendeuse dit à
la râleuse, en pur cettois, lui reprochant

du Sud-Est.
Après les projets d'ordre judiciaire élaborés par cette conférence, un banquet
intime a réuni les juges consulaires, et ce
qui vaut à cette réunion d'être mentionnée

son avarice :
As loucuou sarrat couma una pigna !
Est-ce assez imagé ? Il faut mettre au
feu les pommes de pin pour les faire
ouvrir !...

�Lou

Les félibres de Paris

Viro-Souîèu

ont pris, pour la

Que, pèr pas me faire mau ,
A desvira si causseto
Bèn à pount de moun peitrau.

plupart, des vacances en août et septembre ;
mais les fidèles correspondaient entre eux,
et voici ce qu'écrivait le chancelier Gardet
au vice-président Troubat :

A mon estimé confrère Jules

Troubat

Réponse
Rien de neuf au café Voltaire.
Prenez un repos salutaire :
Libre, souriant, sans regrets,
Humez l'air pur de vos forêts.
Aux eaux fétides de la Seine,
Le flot diaphane de l'Aisne
Est-il comparable, entre nous?
Dans votre ruisseau, mirez-vous.
Mais à quoi bon chansons nouvelles ?
Entouré d'amitiés fidèles,
Honoré, tout près du bonheur,
Coulez vos loisirs en silence,
Et croyez que VEcu de France
Ne vaut pas votre Rémouleur.

Le

Félibrige de

Paris a repris ses sé-

ances hebdomadaires, et la première a été
particulièrement attrayante, grâce à la présence

de Mme Léa Caristie-Martel et de

son père,J'ex-pensionnaire de la ComédieFrançaise, qui ont charmé l'assistance par
leur talent si souple

et si apprécié, après

le

bienvenue

compliment

de

d'Albert

Tournier, qui présidait.
Le mercredi suivant, ce fut le peintre-

*

*

La Maintenance de Provence a tenu son
Assemblée générale à Toulon, le 16 septembre et il a été procédé, à cette occasion, à
l'inauguration, si longtemps retardée, du
buste de Puget, œuvre d'Injalbert, et à celle
d'une plaque de marbre en l'honneur
d'Etienne Pelabon, l'auteur de Maniclo,
comédie qui a été jouée le soir. Notons le
premier discours officiel du nouveau syndic
Louis Astruc et celui du secrétaire Jean
Monné, ainsi que sa belle ode à Puget.
Le président du Félibrige de Paris, invité,
s'était excusé auprès de Jean Monné par la
lettre suivante, qui affirme une fois de plus
les liens qui nous unissent aux félibres de
là-bas :
Car e eicelènt Secretari,
M'avès fa l'ounour de m'avisa que la Mantenènço de Prouvènço dévié teni soun assemblado
generalo en vilo de Touloun lou 16 de setèmbre.
Veici ma responso e mis escuso :
Valènt felibre de Prouvènço,
Vous vèire me sarié tant dous !
Mai se moun vers amistadous
Me pòu teni liò de presènço,
Siéu emé vàutri, prene un got,
Brinde, brindant mai que d'un cop
A l'ur de vosto Mantenènço ;
E Paris, Paris felibren,
Vous saludo freiralamen,
Valènt felibre de Prouvènço 1
SEXTIUS-MICHEL.

félibre montpelliérain Edouard Marsal qui
vint nous visiter, et son compatriote Jules
Troubat, qui se trouva occuper le fauteuil
ce soir-là, était

doublement désigné pour

complimenter l'illustrateur de l'abbé Favre,
lui qui a traduit son histoire de Jan Fan
pres.
Le poète Anfos Tavan,
fêté

l'an

dernier,

A MOUSSU CHAZALETTE
Coume uuo bono souleiado
Es causo raro dins Paris,
Ounte, lis tres quart de l'annado,
L'on se lèvo emé lou cèu gris !

si chaudement

devait aussi assister à

cette réunion, mais il avait failli être piétiné par un cheval, et voici de

quelle ai-

E vous vèn de tristi pensado
Snuto lou niéu, se l'on n'ausis
De tèms en tèms li galejado
E li vièi conte dôu pais.

mable façon il rend grâce à Sainte Estelle
de n'avoir été que légèrement égratigné :
Santo Estello m'a garda
Pèr encaro un pau canta
Li frisoun de Marieto,
1 Felibre de Paris,
Mai empacho pas qu'ai vist
L'esfraiouso mort-peleto
Sout li piauto dôu chivau

Mai, s'à Paris lou soulèu calo,
Au-mens la lengo prouvençalo
Sèmblo prene un envanc nouvèu.
Acò fai que, dins ma chambreto,
Iuei sabourave lis oubreto
Publicado au Viro-Soulèu.
BRESSY.

�Lou

Parmi les artistes qui ont obtenu des
récompenses à l'Exposition universelle,
nous relevons avec plaisir les noms de
quelques-uns de nos confrères.
Pour la gravure, Adrien Didier a obtenu
une médaille d'or et Lucien Gautier une
médaille d'argent.
Dans la sculpture, médaille d'or à Victor
Peter, médaille d'argent à Léopold Morice
et médailles de bronze à Henri Bouillon,
Lucien Hercule et L. Savine.
Le buste de M. Sextius-Michel, très
réussi, a valu à notre ami Démaille une
mention honorable, et pareille récompense
a été décernée au sculpteur Amy pour ses
masques si expressifs.
Nos compliments à tous ces lauréats.
*
Au nombre des nouveaux chevaliers de
la Légion d'honneur, se trouvent MM.
Armand Caillavet et Hippolyte Messine,
syndic de la Maintenance félibréeune de
Languedoc.
Nous les en félicitons bien sincèrement.

Ainsi qu'on l'a vu dans le compte rendu
de la fête de Vaucluse, notre aimable collègue Antoine Troubat a reçu les palmes
académiques. C est la récompense du zèle
qu'il déploie dans ses délicates fonctions de
secrétaire du Félibrige de Paris, et nous
lui adressons ici nos compliments les plus
sympathiques,

ainsi

qu'à

Mme

Clovis

Hugues qui a reçu la rosette violette.

* «
Le 16 novembre, à Montpellier, une
réunion de félibres a fêté la décoration
de la Légion d'honneur accordée au syndic
de Languedoc, M. Hippolyte Messine.
Très ému et touché de la sympathique
manifestation dont il était l'objet, notre ami
a eu pour chacun le mot aimable et humoristique qui lui est personnel. Notre
correspondant, M. Fernand Troubat, avait
adressé à l'aimable auteur du Lundi de
Pâques le sonnet suivant :
Moun car o brave amie, s'ère mai dins la joia
Que ce que siei en dôu, lou premié couririei,
Amai pas prevengut qu'au journal, e diriei
Qu'autant fort que chacun vous esquiche l'anchoia.

Viro-Soulèu

57

Mè, savès qu'ai perdut de moun fraire la moia,
E moun cor es laiat ! Se veniei, noun pourriei
Que faire mourre long ! tristamen ausiriei
Ce que d'autres diran, iéu qu'hou pense, per moia !
Pourtas emé verdou lou rouge ribanet
Qu'ai saludat premié sus vostra boutounieira !
Ma musa se fai vieilha, e pamens, vertadieira,
Vous alarga sous vots : Longa-mai ! e santat !
Per un cop lou riban es, ma fe, ben plantat,
El que vous prusissié bèucop mai qu'una nieira !

LE DINER DE RENTRÉE
sous la présidence d'Anfos Tavan
Mercredi, 14 novembre, a eu lieu, au
café Voltaire, le banquet de rentrée du
Félibrige de Paris. La présidence d'honneur avait été attribuée à un des poètes
illustres de la Provence, le majorai Anfos
Tavan, souffrant encore d'une blessure
occasionnée par un accident sur la voie
publique. Mme Tavan et son fils assistaient
à ce dîner où n'ont manqué ni la bonne
chère, ni la bonne humeur, ni la cordialité.
Au dessert, M. Sextius-Michel, président
de la Société, dans une allocution amicale
et spirituelle, a souhaité la bienvenue à
notre hôte, dont il a énuméré les titres
littéraires :

Paroles de M. Sextius-Michel
llustre e charmant pouèto,
Pièi que, tant lèu gari de toun mau, as
bèn vougu veni encaro uno fes présida nosto
taulejado felibrenco, te demande la permessioun, avans que nous fagues ausi ta paraulo
encantarello, d'auboura simplamen moun got
en toun ounour e de te souveta la bèn-vengudo.
Vo, te salude, car coumpatrioto, emé tout
moun cor ; te saludan tóuti, o mèstre, e te
disèn un bèu gramaci, à tu que represèntes,
pèr nòstis iue e pèr nòstis amo, lou soulèu
e la pouësio, à tu que vènes dôu pais d'amour
e de bèuta ounte flouris lou miôugranié, ounte
la cigaló canto, lou païs tant dous que vautre
ié disès Prouvènço o Lengadô, e que nouman, nautre, la pichoto patrio.
Nous as di, dins toun bèu discours de l'an
passa, que se farié, en 1904, à Font-Segugno,
uno felibrejado espetaclouso, pèr ié celebra
lou mié-centenàri de l'establimen dôu Félibrige, e nous as demanda de ié veni en grand
noumbre emai en grando poumpo. Agues pas

�Lou

5*

Viro-Soulèu

pou, moun brave president : i'anaran tóuti,
li bon felibre de Paris, e tambèn li Cigalié;
e, souto la presidènci dôu grand Mistral, emé
à soun entour li majourau e li mèstre en GaiSabé, em' éli tóuti, dins lis alegresso e lis
estrambord, cantaran la Coupo santo pèr la
prousperita dôu Félibrige e la glòri dóu terraire. E iéu... iéu tambèn ié vendrai, se Diéu
me presto vido.
En atendènt, cride emé touto moun amo :
Vivo Anfos Tavan ! Vivo lou Félibrige !

M. Tavan a remercié
émus que voici :

dans les termes

Allocution d'Anfos Tavan
Messiés e gai Counfraire,
Leissas-me vous gramacia tout d'abord de
l'ounour que me fasès vuei, en me dounant !a
presidènci d'aquest banquet. Certo, ère bèn
liuen de m'espera à-n-aquelo distincioun,
quouro, en fouisènt noste pichot vergié di
Terro-Pendènt, à Castèu-Nòu-de-Gadagno,
coumpausave, i'a cinquante an, lou proumié
coublet de ma cansoun di Frisoun de Marieto ;
alor, m'ensouvèn coume d'aièr, l'ispiracioun
m'èro vengudo emé l'alen suau e perfuma di
ferigoulo de la Garrigo, e l'amourouso alauveto que poujo, ardènto, vers soun bon ami
lou rèi soulèu, fuguè la proumiero qu'ausiguè
la coumençanço d'aquéu cant que deviéu dire
pièi à la reiinioun di troubaire, à-z-Ais, en
1853 ; (l'ami Garcin, que n'en èro, se n'en
souvèn coume iéu, emai i'ague pas mau de
tèms d'acô) ; d'aquéu cant que deviéu, pièi
encaro, mi car felibre de Paris, l'an passa,
vous dire e vous redire eici même, au mitan
de tóuti vautre.
Tambèn l'autre dimècre, pèr vosto proumiero reiinioun d'aquesto autouno, coume ère
parti fièr, la joio dins lou cor e lou countentamen sus la caro, barbifia de fres, (sourtian
just emé moun ftéu d'encò dôu barbejaire),
pèr ana mounta dins lou tramwai que dévié
nous adurre à vosto gènto acampado, quand...
ma letro vous a di lou malastre que m'èro
arriba : un chivalas m'a revessa e caussiga
dins la fango negro e pudènto e n'es un grand
miracle, segur, que lou càrri noun m'ague
escracha e tua.
Enfin me veici ; e, dins quàuqui jour encaro, lis escourchaduro de ma cambo saran
garido, e d'aquel escaufèstre me soubrara rèn
que li vers que vous adreissave lou lendeman :

Santo Estello m'a garda
Pèr encaro un pau canta
Li Frisoun de Marieto
I felibre de Paris...
Messiés e gai counfraire, noun ai l'entencioun de vous faire eici un discours sus moun
auvàri ni mai sus ma vido pouëtico ; noun ai
l'autourita necessari pèr vous parla Félibrige ;
noste digne Capoulié Fèlis Gras, i proumié
jour de l'Espausicioun, vous a di emé coumpetènci la grandour de nosto Causo emai l'amour di soudard que la soustènon : vous dirai
soulamen que se siéu, iéu, un di mai umble,
siéu peréu un di mai enfiouca, e es à-n-aqueu
titre emai au titre de voste president de passage, que mandarai au bon felibre, voste soutopresidènt En Jùli Troubat, qu'un dôu crudèu
empacho d'èstre di nostre, li regret de touto la
taulado de noun pousqué lou vèire à moun
coustat ; mandarai peréu au paure e car ami,
emé nosto souvenènço entristesido, nosto vivo
amistanço, pèr i'adouci sa peno autant que
poussible.
E, aro, m'agrado de saluda eici noste simpatique presidènt, En Sextius-Michel, que tèn
aut e ferme lou drapèu dôu Félibrige à Paris ;
saludarai pièi En Albert Tournier, souto-presidènt, qu'ai tant de causo à ié dire pèr sa
gentilesso coumplido ; saludarai encaro En
Deluns-Montaud, lou rnelicous disèire que,
quand parlo, vous cresès que tóuti lis abiho
de la costo de Font-Segugno carrejon pèr éu ;
saludarai mai encaro noste eminènt cancelié
En Pau Marieton, en ié disènt que lou tiatre
d'Aurenjo nous dèu bèn quàuqui tragèdi en
flamo lengo de Prouvènço, coume aquelo de
la Reino Jano, de noste grand mèstre Frederi
Mistrau, emai d'autro ; e pièi pourtarai mi salut e mis óumage à Mounsen Maurise Faure,
qu'es souto-presidènt de la Chambro di Députa, e qu'esperan lou vèire un jour Presidènt
de la Republico, pèr que pousquèn legi li decret ôuficiau en fino literaturo felibrenco ; e,
pièi, saludarai encaro e mai encaro nôsti gènt
pouèto Lucian Duc e Jaque Gardet, e Gourdoux, e li jóuini Jóusè Loubet e de Rocher,
emai li jóuini secretari, e tant d'autre emai
tant d'autre : pintre, escultaire e artisto de
touto meno, sènso óublida noste car ami di
proumié jour dôu Félibrige, lou saberu felibre
de la santo braso, Ougèni Garcin ; enfin tóuti
emai tóuti, desempièi lou proumié enjusco
au darnié.
Adounc, es à tóuti vous-autre
moun vèire, en cridant :

qu'auboure

Vivo e vivo li Felibre de Paris !

�Lou

Viro-Soulèu

Puis on a dit des vers en son honneur
et entonné des chansons dôu terraire.
M. Duparc, de l'Odéon, s'est surpassé en
déclamant avec sa verve habituelle deux
poesies provençales, dont une fort remarquable de M. Raoul Gi neste : Li varai
de la guerro. Le jeune fils de M. Tavan
nous a émerveillés en récitant des poésies
de son père, et celui-ci a bien voulu, de
sa voix douce et pénétrante, nous redire
des extraits charmants de son œuvre poétique, qui ont été unanimement applaudis.
Vers minuit s'est terminée cette soirée
intéressante dont chacun de nous gardera
un inoubliable souvenir.
Plusieurs membres du Félibrige et des
plus notoires, empêchés d'assister à cette
fête familiale, se sont excusés par lettres,
tout en s'associant aux hommages rendus
à notre éminent confrère. On a surtout
regretté l'absence de notre cher vice-président et ami Jules Troubat, qu'un deuil
cruel tient encore éloigné de nous. Assistaient à cette soirée, MM. Tournier. de
Rouville, Enjalbert, Duc, Garder, Gourdoux,
Plantier, Duparc, Bonnefoy Debaïs, Marignan, Démaille, Marius Amy, Marcel,
Hauser, Crouzat, etc., etc.

A

TAVAN

noste ihistre counfraire

Envers li pouèto marcant,
Avèn tóuti de preferènço :
Adore, iéu, de la Prouvènço,
Un felibre felibrejant.
Moudèsto e tranquilo es sa vido :
La passo, sèns brut, à canta
Lou pais, l'amour, la bèuta.
En l'escoutant, l'amo es ravido,
Car de sa bouco, douçamen,
Soun vers coulo amourousamen,
Dous coume lou mèu de l'Hymeto.
N'avès pas devina soun noum ?
Es Tavan, l'autour di Frisoun
De la pichoto Marieto.
J. GARDET.

59

Nécrologie
Isidore Salles
Le 20 octobre dernier, les journaux annonçaient la mort du comte Isidore Salles,
ancien préfet, décédé à l'âge de 79 ans, à
Paris. Aucun des félibres qui l'ont vu aux
réunions du café Voltaire, ne lui aurait
certainement donné cet âge, tellement il
était resté alerte et intact dans sa petite
taille de lanusquet, tout proche compatriote d'Henri IV et de Vincent de Paul,
l'œil pétillant d'esprit et de finesse, l'accueil
avenant, le sourire exquis, la parole comme
veloutée de l'urbanité la plus douce, d'une
distinction souveraine. Quand la Société
mit au concours, en 1890, une chanson
sur Navarrot, destinée à être déclamée, lors
des grandes fêtes du Sud-Ouest, devant le
buste du poète béarnais, à Oloron, nous
fûmes tout surpris de voir le nom d'Isidore
Salles au bas de la pièce couronnée ; c'était
un très grand honneur pour la Société et
une bonne fortune pour Navarrot, qui eut
aussi la chance d'avoir un sculpteur du
plus rare talent, Escoula. Sans conteste,
Isidore Salles est le premier des poètes
gascons ; il a des pièces, le Figuier, par
exemple, qu'on pourrait attribuer aux plus
grands des Félibres provençaux, à Aubanel,
à Félix Gras, à Mistral ; il est de leur race.
Il sait faire dialoguer ensemble Henri IV
et Vincent de Paul, à laisser croire qu'il
a écouté leurs paroles, comme Alfred de
Vigny écouta, dit-on, le fameux dialogue
de Pie VII et de Napoléon : comedianie,
tragediante ! Ce don-là n'appartient qu'aux
très grands artistes ; tout à fait abondant
chez Schakspeare, il a manqué presque
totalement à Victor Hugo qui n'écoute
guère les voix de ses personnages et parle
volontiers par leur bouche.
L'âme gasconne, portée à sa suprême
puissance par Henri IV, n'avait pas encore
son poète autochtone, né du terroir comme
la cigale de l'Attique, et vibrant à tous les
souffles de cet air, doublement pur, aussi
subtil que l'air de l'Olympe antique, fait
des brises puissantes, incomparables, du
vaste Atlantique et de l'arôme des immenses pinadas landaises ; il n'en est pas
de plus divin sous la coupole des cieux. Et
c'est lui, sans nul doute, qui a doué la

�Le

6o

Viro-Soulèu

race gasconne de toutes les qualités connues,
qui lui ont valu, par le monde et dans
l'histoire, un si brillant et si haut renom.
Même les cadets y valent les aînés des
autres races, et imposent à Paris et au reste
du monde l'admiration de leurs énergiques
et sonores Diù bibant et cap de Diùl
Isidore Salles nous apparaît plutôt comme
un gascon de la branche aînée, plus contenue, plus fine, plus pratique, donnant les
diplomates et les politiques au-dessus des
hommes d'action dont ils dirigent l'épée
ou le mousquet.
Notre cher confrère,

à jamais

regretté,

fut noblement fidèle à la cause des dieux
Lares, des vieux Pénates ; il aima et chanta
le pays des aïeux en sa langue maternelle,
seule capable de rendre, dans toute leur
plénitude, les vertus de la terre natale ; on
peut dire aujourd'hui, avec l'approbation
des maîtres, que le français n'y atteindra
jamais ; l'ail du Nord ne vaut l'ail du Midi
que pour ceux qui n'ont jamais connu la
saveur des fruits éclos à notre soleil.
Membre de la Société des Gens de Lettres
depuis plus de cinquante ans, Isidore Salles
maniait, d'ailleurs, les deux langues de la
France avec une aisance qui est de tradition dans le Midi, et troussait des quatrains
ailés et piquants, avec le naturel de Clément Marot et même l'esprit de Voltaire
pour l'ironie et la malice. En un mot,
c'était une nature supérieure et tout à fait
digne de parler à la postérité dans un
monument de bronze ou de marbre, moins
durable certes que ses Debis gascouns.
EUE

*

FOURÈS.

»

Ses obsèques ont eu lieu le 24 octobre,
à St-Philippe-du-Roule, et une délégation
du Félibrige de Paris y assistait, pour rendre hommage à son ancien vice-président
Notre sympathique

et

dévoué vice-pré-

sident Jules Troubat vient d'avoir la douleur de perdre sa femme.
Conformément au désir de

la défunte,

il n'a pas été envoyé de lettres de faire
part, en sorte qu'un très petit nombre de
félibres ont pu, avec notre président, assister aux obsèques, qui ont eu lieu le
4 novembre, au cimetière Montparnasse.
Tous les félibres de
certainement de cœur

Paris

s'associeront

au deuil de

notre

ami et, en leur nom, nous lui exprimons
nos sentiments de sincère condoléance,
ainsi qu'à son fils Antoine, le dévoué secrétaire de notre Association.
Une lettre collective a été

signée par

tous les membres présents à la première
réunion qui a suivi les obsèques de madame Troubat.

14 Lettres de Florian
Les Mémoires de VJlcadèmie de Nîmes
ont publié quatorze lettres de Florian,
communiquées par M. E. Benoit-Germain
et propriété de M. Cazalet, chef d'atelier
à l'Ecole pratique d'industrie et de commerce de Nimes. M. Cazalet les a trouvées
dans la succession de Mlle Verdier, fille
de feu le docteur Verdier, propriétaire des
bains de Cauvalat, au Vigan.
Ces lettres étaient conservées dans la
famille Verdier, depuis le mariage d'un
ancêtre de ce nom, en 1788, avec la fille
d'un négociant de Sauve, ami de la famille
de Florian, et nommé Bruguier. C'est à
M. Bruguier et à son gendre, M. Verdier,
de la Salle, que ces quatorze lettres étaient
adressées.
Ce sont des lettres d'affaires, qui roulent
principalement sur des règlements de dettes
paternelles, et les réclamations plus ou
moins fondées qu'elles suscitent à un fils
soucieux de l'honneur de son nom. Florian
s'en remet à son ami et correspondant
Bruguier, ainsi qu'au gendre de ce dernier,
pour l'aider à tirer cette liquidation au
clair. L'amitié entre eux était grande, et
F'iorian ne leur ménageait pas la tendresse.
Eux le comblaient de présents, — de ces
présents qu'on ne fait plus aujourd'hui,
depuis que les chemins de fer ont vulgarisé
les primeurs de la terre de Chanaan dans
la grande
Dans la
25 février
mon cher

ville.
première lettre, datée de Paris,
1787, « c'est sûrement à vous,
Bruguier, écrit Florian, que je

dois des remerciements pour une bouëte
de figues qui m'est arrivée par la poste.
Recevés-en mes actions de grâces, et ma
prière de ne point ainsi me combler de
présents, ou de m'indiquer les moyens de
faire ou de vous envoier quelque chose
qui vous soit agréable, je passe ma vie à
vous remercier... »

�61

Lou Viro-Soulèu
Dans la troisième lettre, datée d'un an
après (23 février 1788), il est encore question
des présents cévenols :
« Je vous remercie des marrons et des
prîmes que vous vouliez m'envoier, mais
je vous prie instamment de ne point me
combler ainsi de présents. Vous m'avez
donné assez de marques d'amitié pour
n'avoir pas besoin d'augmenter ma reconnaissance. Quant aux anchoyes et aux
liqueurs dont vous me parlez, je vous en
remercie. J'ai plus de liqueurs que je n'en
peux boire. Quand mes papiers partiront,
si vous pouvez y joindre seulement un pot
d''anchoyes, belles et bien conservées, je
vous serai bien obligé... »
C'est bien méridional, même encore
aujourd'hui. Il n'y manque que des poischiches — des sè^es.
« Je vous ai envoyé, disait-il encore,
mon cher Bruguier, mon dernier ouvrage
sous le contreseing du Prince, et joint à
un exemplaire pour la pauvre Margotton :
ils ont dû vous parvenir, car ils étaient
chargés à la poste. Je vous prie de m'en
accuser la réception, et de dire pour moi
mille choses tendres à Margotton. Je ne lui
écris pas, parce que je lui ai déjà écrit en
lui envoyant Estelle ; mais parlés-lui de
ma reconnaissance pour sa dinde qui était
excellente, et parlés-lui surtout de ma très
tendre amitié qui ne finira qu'avec moi. »
C'était entre eux un échange d'oeuvres
et de produits. Margotton était sans doute
une ancienne servante de la famille, à qui
l'on payait une pension. Florian recommande Margotton à plusieurs reprises dans
cette correspondance, il insiste pour que
la pension lui soit exactement servie.
La dernière lettre est un signe du temps.
Elle est adressée Au citoyen Bruguier,
négociant à Sauve, département du Gard,
et datée de « Sceaux l'unité 11 messidor
2 de la R. F. une et ind. » — Elle se termine
parla formule : Salut et fraternité!
Pauvre Florian!... Il mourut, on le sait,
un mois après le neuf thermidor, de l'ébranlement que lui avait causé son incarcération pendant la Terreur.
J.

T.

LES ŒUVRES

FELIBREENNES

Vido Vidante

( )

Appréciation d'un jeune ami du Félibrige
L'écrin de notre belle littérature provençale vient de s'enrichir d'un nouveau joyau
d'autant plus précieux que l'ouvrier qui l'a
ciselé est un des sept fondateurs du Félibrige, Alphonse Tavan.
Vido vidanto, tel est le titre de ce recueil qui contient toutes les poésies écrites
depuis 1876, et l'on peut dire que jamais
titre ne fut mieux choisi pour caractériser
un ouvrage. Ce que l'auteur a mis dans
ce livre, digne complément cV Amour e.
Plour, c'est sa vie tout entière, avec ses
joies et ses tristesses, ses affections et ses
espérances.
Il dédie la première partie, Li cant de
Voustau, à sa mère qu'il a tant aimée et
dont le souvenir est pour lui une douce et
perpétuelle hantise :
A tu, maire, santo femo,
Que me baies ti lagremo,
A tu, maire, mi record,
A tu, maire, tout mon cor.
Li cant de Voustau e de la garrigo —
ces derniers adressés par le poète à ses
« frères en félibrige » — sont des chants
simples et forts, comme le cœur seul en
sait trouver, et qui sont touchants parce
qu'ils sont sincères.
Quelle émotion communicative dans les
jolis vers du Retour à moun vilage :
Ablasiga pèr l'âge,
Tout esmougu,
Dins moun paure vilage
Siéu revengu...
Quelle calme et pénétrante mélancolie
dans le Brinde à Vinfourtuno, dans Un
Vespre is Aliscamp, dans la pièce Toujour
à la mémo t II faudrait tout citer, louer la
fraîcheur rustique des cantiques populaires
à Santjôusé, à Sant Aloi, kSant Jan lou
Meissounié, dire la grâce souriante des
épithalames, des brindes, des compliments.
Ces petites pièces de circonstance sont des
modèles du genre. Leur mérite, c'est que,
tout en restant personnelles, elles ont une
portée générale. A quelle jeune et belle
fiancée son amant ravi ne pourrait-il chanter cet hymne de bonheur :
(1) En vente chezl'auteur, M. Alphonse Tavan,
à Châteauneuf-de-Gadagne (Vaucluse), prix 5 fr.

�és

Lou

Viro-Soulèu

Toun paraulis que me regalo,
Quand de mis iue beve li tiéu.
Es lou mèu rous que m'encigalo
E me tresporto dins li nieu.
Aussi bien, ce n'est pas seulement l'amour
de la famille et celui du pays natal qui
inspirent le poète : les grandes questions,
éternellement fécondes, de la religion et de
la philosophie, le tourmentent aussi et le
sollicitent.
Il a des envolées superbes dans des pièces
telles que son Credo, et dans celle où,
s'adressant à son maître Jules Giéra, il fait
cette belle profession de foi :
Mèstre, se l'inchaiènço es ma règlo, ai, au-mens,
En moun amo estrema li proumié de ti crèire :
Lafisanço dins Diéu, lou saut respèt di rèire,
E dôu devé coumpli lou fièr countentamen.
Il faut faire une place à part à Satan,
un magnifique cri de révolte et de haine.
Ce poème, d'une énergie étrange, est un
éloquent commentaire des deux mots Non
serviam, que la Bible prête à l'orgueilleux
archange.
Ecoutez-le crier sa colère à Michel :
— Se sian degun, qu'es necessari,
Que Diéu nousvèngue destourba ?
Mai tu, que siés soun coumessàri,
Podon te carga lisensàrri,
Vesèn que sabes te courba. —
Et plus loin :
Noun es en nous clinant que nàutri butaren ,
Mai pou nous arriba 'n auvàri,
Miquèu, quand nous rescountraren !
De pareils vers ne font-ils pas songer au
Paradis perdu, de Milton ?
La troisième partie comprend
cinq
« poésies roumaines d'Alecsandri », dont
l'une, la Legèndo de Valauveto, est un véritable poème.
Toutes sont remarquables par leur vive
couleur et leur sentiment intense. La Maintenance de Languedoc a d'ailleurs reconnu
leur haute valeur en les couronnant d'un

rameau de laurier coupé sur la tombe de
Virgile.
La forme, comme dans Amour e Plour,
est impeccable et toute parnassienne : c'est
du Leconte de Lisle, avec, en plus, la souplesse et la variété.
Avant de terminer cette rapide étude,
un mot sur la Préface qui est charmante
dans sa simplicité un peu naïve. En termes
très émus, l'auteur nous parle de son père,
de sa « belle et sainte mère », et nous fait
des confidences sur son art. Il nous dit son
amour de la poésie, le besoin qu'il a d'écrire.
11 rappelle ses premières impressions d'adolescent, alors que « le bon air de la montagne lui ravivait le cœur, que le parfum
des thyms l'embaumait, et que l'enivraient
les rayons du clair soleil. »
Que dire de la traduction française placée en regard du texte ? Faut-il blâmer le
poète d'avoir diminué la force des expressions provençales et affaibli l'éclat de l'original ? Non, car dans cette traduction, bien
travaillée et exacte, il n'a pas craint défaire
passer bien des hardiesses.
D'ailleurs — c'est là son mérite — il l'a
faite en vers rythmiques, comprenant,
comme il le dit lui-même dans sa préface,
« qu'un chant doit se traduire par une musique et que la cadence du vers demande
la mesure du rythme. »
En somme, un livre fort attachant et
dont la sincérité fait tout le charme. — Si
nous ne craignions pas d'effaroucher la
modestie de l'auteur par un rapprochement,
flatteur à coup sûr, mais selon nous tout
naturel, nous comparerions volontiers Vido
vidanto venant après Jimour e Plour, aux
Feuilles d'automne que Victor Hugo publia après les Orientales.
C'est dire que si le nouveau recueil n'a
pas les emportements et les enthousiasmes
de la jeunesse, il se recommande par
l'harmonie enchanteresse des vers et par la
poésie sereine des idées.
RÉGIS VATTON.

JEUX FLORAUX DU FÉLIBRIGE DE PARIS
Les Jeux Floraux organisés par le Félibrige de Paris comprendront, cette année,
comme les années précédentes, un concours
littéraire et un concours artistique.
La distribution des récompenses aura lieu,
selon l'usage, en juin prochain, à l'occasion

de la fête annuelle des Félibres à Sceaux.
Voici le programme officiel des Jeux
Floraux de 1901 (21e année), que le ViroSoulèu porte à la connaissance de tous les
amis du Félibrige en les priant de le faire
connaître dans leur région :

�Lou

Viro-Soulèu

PROGRAMME

I. CONCOURS LITTÉRAIRE
A. — Prix du Ministre de VInstruction
publique à la meilleure étude en prose française sur ce sujet :
Etude littéraire sur les Nostradamus
B. — Une médaille d'argent au meilleur
sonnet en langue d'oc sur
Le vin cuit
C. — Une médaille de vermeil à la
meilleure poésie en langue d'oc sur
Le moulin de Daudet
D. — Une médaille de vermeil au meilleur récit en langue d'oc retraçant
Une fête villageoise dans le Midi
E. — Une médaille d'argent à la meilleure chanson en langue d'oc sur
Le valet de ferme dans le Midi

II. CONCOURS CLASSIQUE
exclusivement réservé aux élèves des lycées et
collèges, écoles ou institutions. L'établissement et la classe devront être indiqués, sous
peine d'exclusion.

Une médaille d'argent
traduction en langue d'oc
fable de La Fontaine :
Le lion et le
Des ouvrages en langue
outre, décernés.

à la meilleure
(prose) de la

La composition devra avoir 0m60 sur
0m75.
Tous les procédés de dessin pourront
être employés, même la grisaille.
Le dessin primé appartiendra à la Société, qui l'offrira à un musée du Midi,
désigné par le lauréat.
Les autres conditions du concours sont
maintenues conformément au programme
des années précédentes.
2«

Une médaille de vermeil à la meilleure
Marche des Félibres
AVIS CONCERNANT LES 3

N. B. — Les divers dialectes du midi de la
France pourront être employés dans le concours
littéraire et dans le concours classique.
Avis.—Le Félibrige de Paris croit utile de
faire connaître, dès à présent, que le prix du
Ministre sera décerné, en 1903, à la meilleure
étude en prose française sur ce sujet :

Les Parrocel et l'école de peinture
provençale

III. CONCOURS ARTISTIQUE
1» DESSIN
Un objet d'art offert par le Ministre des
Beaux-Arts, au meilleur dessin représentant
une
ïïrarello de sedo
(dévideuse de soie)

CONCOURS

Des médailles d'argent et de bronze sup-.
plémentaires, et des mentions honorables,
pourront être accordées,suivant l'importance
du Concours.
Les concurrents ne seront admis au Concours littéraire que pour un seul sujet.
Un diplôme artistique (eau-forte) pourra
être décerné, indépendamment du prix indiqué dans le programme.
DÉLAIS

rat
d'oc seront, en

MUSIQUE

ET

MODE

D'ENVOI

Les envois relatifs aux concours littéraire,
classique et musical, devront être faits,
franco, avant le i S mai, terme de rigueur,
à M. Sextius-Michel, maire du XVme arrondissement, président de la Société, 54
bis, rue Violet, à Paris.
Les envois concernant le concours de
dessin devront être faits, avant le 30 mai,
terme de rigueur, à M. Amy, sculpteur,
délégué pour la section artistique, avenue d'Orléans, 55, Paris.
Aucun ouvrage ne devra être signé. A
tout envoi, pour chacun des trois concours,
sera annexé un pli cacheté, contenant les
nom, prénoms, adresse du concurrent, avec
une devise qui sera répétée en tête de
l'œuvre et l'affirmation que cotte œuvre est
inédite. Les manuscrits ne sont pas rendus.
Le Président des Félibres de Paris :
SEXTIUS-MICHEL.

�Lou

6.1

Viro-Soulèu

PROSE PROVENÇALE

EtfSIONADOlï
PROSE FRANÇAISE
Contes populaires du Languedoc (Jules
Troubat). '
1
Question de patois (Jutes Troubat). .
5
Deux lettres de Mistral (id.) ...
6
Banquet en l'honneur de MM. Enjalbert,
Paul Maryllis et Roux-Renard . .
9
La survivance nécessaire des langues
provinciales (Lionel Radiguet) . . 14
Jean-François Bladé (Jules Troubat) . 17
Programme des Jeux floraux de 1900. 21
Le Vieil Arles (J. T.)
23
Programme des fêtes l'élibréennes de
1900
25
Réception de Félix Gras à Paris . . 29
La fête de Sceaux (compte rendu). . 30
Allocution de M. Château .... 31
Discours de M. Albert Tournier . . 31
Le banquet du Vieil Arles .... 36
Les fêtes l'élibréennes et cigalièresde
1900 (compte rendu)
41
Discours de M. Monier, maire, à Orange 42
—
de M. Paul Faure, député, —
43
—
de M. Albert Tournier,
—
43
La première soirée au Théâtre antique 45
Excursion à la Fontaine de Vaucluse. 46
La deuxième soirée au Théâtre antique. 48
Visite de Nîmes
49
En Arles.
50
A Marseille
50
Impressions générales
52
Le dîner de rentrée présidé par Tavan. 57
Isidore Salles (Elie Fourès). ... 59
14 Lettres de Florian (J. T.) ... 60

Mi dimenche (Lucian Duc).
...
Pechaïre ! (César Gourdoux) .
.
Discours aux Jeux Floraux (Fèlis Gras)
Salut des Clapassiers à F.Gras (A Sarrou)
Salut des Dauphinois
— (L.Marcel)
A Madamiscllo Mario Duc (Bt0 Bonnet).
Discours do M. Sextius-Michel à Tavan).
—
d'Alphonse Tavan, au banquet
de rentrée
POÉSIE

...
.
. .
d'AubaRocher)
—
—
Troubat

10
24
36
39
47
56

PROVENÇALE

Bouquet nouviau (Sextius-Michel) . .
2
—
—
(César Gourdoux).
.
2
—
—
(Lucian Duc).
. .
2
Lou gencrau Enjalbert (Lucian Duc) . 11
Pèr l'inaguracioun dôu Vièi Arle(icL) . 23
A Fèlis Gras, ode (Roux-Servine). . 29
Bèn-vongudo (Lucian Duc).
... 30
A Lucian Due (Sextius-MicheL) ... 54
Musiqueto cevenolo (César Gourdoux). 54
A Lucian Duc (Maurise Girard)... 55
I Felibre de Prouvènço (Sextius-Michel) 56
A moussu Chazalette (Bressy) ... 56
Au felibre Messine, sonnel (F. Troubat) 57
A Tavan, noste ilustro counfraire
(J. Gardet)
59
Viro-Souleiado — Echos félibréens
3, 8, 11, 15, 18, 24, 54.
Les œuvres félibréennes 7, 20 et 61
Nécrologie 40 et 59.

Le Gérant: Marius

PARIS.

58

FRANÇAISE

A M. Enjalbert (J. Gardet) .
Hommage félibréen (L. Duc)
Devant les bustes do Florian,
nel et de Paul Arène (F. de
Brinde
A la Fontaine de Vaucluse
A mon estimé confrère Jules
(J. Gardet)
POÉSIE

13
17
33
38
39
55
57

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc,

C.I.D.O.
BtZIERS

AMY,

35,

249, rue de Vaugirard.

carriero Rousselet.

�Extraits des Statuts du Félibrige de Paris

1. — Sous le titre de « Société des Félibres de Paris », (Soucieta fclibrenco de
3aris), il est créé à Paris une association
^ant pour objet d'étudier le Midi de la
ance dans ses idiomes, ses beaux-arts,
, traditions, son histoire; de seconder la
re%issanee littéraire de la langue d'Oc, et
de «ntribuer ainsi à l'accroissement des
rich^ges intellectuelles de la patrie française.
3- -\Elle manifeste son action par des
réunion\périodiques, des assemblées générales, \es fêtes, des concours, des publications aVnt trait aux dialectes méridionaux, etc*
4. — LaWiété se compose de membres
titulaires, d\ membres correspondants et
de membres àsociés.
Les membre\ titulaires ne peuvent dépasser le nombV de cinquante. Aux termes
d'une décision plse en assemblée générale,
les titulaires ne teuvent être choisis que
parmi les félibres \ajoraux ou mainteneurs,

les écrivains en langue d'Oc ou les personnes ayant rendu au Félibrige des services signalés.
Les correspondants sont les membres titulaires qui ont cessé de résider au siège
de la Société.
Les membres associés, dont le nombre
n'est pas limité, sont choisis parmi les amis
du Félibrige qui veulent encourager par leur
concours la « Société des Félibres de Paris. »
5. — Tout candidat doit être présenté
par deux membres titulaires au moins, et
adhérer au but poursuivi par la Société, en
affirmant sa ferme intention de s'associer
à ses efforts.
Tout titulaire nouvellement élu doit, dans
la première réunion à laquelle il assiste,
répondre par un discours en langue d'Oc
aux paroles de bienvenue que lui adresse
un membre désigné par le Bureau.
6. — La cotisation annuelle est fixée à
12 fr. et donne droit à un abonnement au
journal mensuel du Félibrige de Paris, Lou
Viro-Soulèu.

�LE MIDI GASTRONOMIQUE A PARIS
i.

Produits

du

Midi

CORNAIIXE, 12 rue du Havre
Arrivage de morue à la brandade, delà Grille de Nîmes, trois fois par semaine en hiverj

57 Faubourg Poissonnière

AUG. TURIN,

Huile de Provence, Vins du Midi, Pois-chiches, Produits des colonies.
HÉDIARD,

21, place de la Madeleine

Comestibles du Midi.
II.
CAFÉ-REST' VOLTAIBE,

—

Cuisine

1, place de l'Odéon

méridionale
Restaurant du

Brandade et bouillabaisse le vendredi
Cassoulet et Aiòli
Restaurant

LAVENCE, 70,

On trouve

boul. Montparnasse

lundi : Cassoulet ; vendredi : bouillabaisse
Restaurant

ROBERT,

GRAND

U, rue Richelieu, 101,

Cassoulet, le lundi
le Cassoulet le mercredi

et bouillabaisse et brandade le vendre
Restaurant

39, boulev. St-Michel

Cassoulet le jeudi, Bouillabaisse le vendredi

CÉSAR,

boulevard Poissonnj

»

BRUNEAU,

»

»

NOTTA,

»

Revues &amp; Journaux intéressant le Félibrige
— Revue Félibréenne, M. Paul Mariéton, directeur, 9, rue Richepanse, Parjp
— Revue des langues romanes, Montpellier.
— Romania, MM. Paul Meyer et Gaston Paris, directeurs; Bouillon, éditeuf Paris,
— Revue de philologie française et provençale, L. Clédat, direc, Bouillon,/lit., Paris.
— Lou Félibrige, M. Jean Monné, directeur, 143, rue Breteuil, Marseill/
— Lemouzi, Sernin Santy, directeur, 8, rue de la République, à Saint-/ien
— La Sartan, M. Pascal Cros, directeur, Marseille.
-

La Ter m d'oc, A. Sourreil, directeur, 15, rue Denfert-Roehereau,/oulouse.

— La Campana de Magalouna, 33, rue de FAiguillerie, à Montpellj
— Lou Calel, Victor Delbergé, directeur, Villeneuve-sur-Lot.
— L'Homme de bronze et le Forum républicain, à Arles.
— La Revue méridionale, Achille Rouquet, directeur, Carcassonri
— La Province, revue mensuelle, 23e année. Lucien Duc, direct., 3fc r. Rousselet, Paris.
— La Cigale, bulletin mensuel de la Cigale, 16, rue Pestalozzi, lliris.
— Lou Viro-Soulèu, gazette du Félibrige de Paris, 1, place de/Odéon.
(Il reste encore quelques collections des années 1889 à 1899, au px de 3 fr. sur papier
ordinaire, et de 5 fr. sur papier de Hollande. — Ecrire au /ureau du journal ou à
l'imprimeur, 35, rue Rousselet).

Ouvrages
Lou Tresor dóu Félibrige, dictionnaire proveneal-/ranÇais
Mistral. 2 vol. in-4°, chez M"" Roumanille, en Avignon
Dictionnaire français-occitanien,

par

Lucien

ïîat,

.

par Frédéric
120 fr.

.

2 vol. in-8

chez
24 fr.

Hamelin frères, à Montpellier
Long dôu Rose e de la Mar, poésies de Sextirs-Michel..

.

.

3 fr. 50

Vido d'enfant et Lou Varlet de Mas, par Bal/sto Bonnet, 2 vol.

7 fr.

Marineto, poème de Lucien Duc, avec illustrations

6 fr.

Tarascon par un Tarasconnais, par J.-B. Amy

3 fr.

Imprimerie

LUCIEN

Duc, 35, rue Rousselet, Paris.

—

�Prière instante d'insérer et remerciements.

I^e Théâtre Antique d'Orange
PROGRAMME

COMPLET

Nous rappelons à nos lecteurs que quelques jours seulement
nous séparent des 4, 5 et 6 août, dates des spectacles grandioses
qui seront donnés dans le cadre merveilleux et unique au monde
du Théâtre Antique d'Orange. Les spectateurs affluent déjà vers
Orange et les représentations, qui auront lieu sous la présidence
effective de M. le sous-secrétaire d'Etat aux Beaux-Arts, sont
assurées d'un immense succès, autant par l'heureuse idée qu'ont
eue les organisateurs, MM. Paul Marieton et Antony Real, de revenir
à la grande tragédie et au drame traditionnel, que par l'interprétation qui réunit les plus illustres noms de la Comédie-Française : MM. Mounet-Sully, Silvain, Albert Lambert fits, Fenoux,
Ravet, etc. ; Mmes Dudlay, Lara, Delvair, Madeleine Roch, etc.
Voici le programme complet des fêtes :
Samedi 4 août : Hécube, tragédie inédite, en 3 actes, en vers,
de M. Lionel des Rieux, et Polyeucie, tragédie en 5 actes de
Corneille, interprétés par la Comédie-Française.
Dimanche 5 août : Polypheme, drame antique en 2 actes, en
vers, d'Albert Samain, et Horace, tragédie en 5 actes de Corneille,
interprétées par la Comédie-Française.
Lundi 6 août (au coucher du soleil) : les Funérailles d'Homère,
drame antique en 1 acte, en vers, de M. Elzéar Rougier, Sapho
désespérée, tragédie en 2 actes, en vers, de Mme Lucie DelarueMardrus, et à l'occasion du tri-centenaire : Couronnement solennel
du buste de Corneille et Salut à Corneille, de M. Jules Claretie
de l'Académie Française.
Prix des places : Fauteuils plate-forme hémicycle 10 fr. ; Gradins de face numérotés : 8 fr. ; Gradins de côté numérotés et
chaises d'orchestre numérotées : 5 fr. ; Deuxièmes gradins : 3 fr. ;
Troisièmes gradins : 2 fr.
On retient les places pour les trois spectacles à la mairie
d'Orange.
Pour les services, MM. les ayants-droit sont priés de s'adresser
au secrétaire, le samedi 4 août, à la mairie d'Orange, de 10 à
11 heures et de 2 à 4 heures de l'après-midi.

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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 12,  [n°10-12] octobre-décembre 1900 </text>
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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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