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                  <text>C.I.D.O.

8ÉZIERS

&gt;£\ov ví^p^ovLèv!
JANVIER - FEVRIER

Albert
Le Viro-Soulèu se fait l'interprète de
tous les félibres et cigaliers pour féliciter
notre ami et vice-président du Félibrige
de Paris, Albert Tournier, qui vient d'être
nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Distinction, bien méritée et qui répond à
l'unanimité des suffrages. Notre collègue
et confrère avait dès longtemps gagné les
éperons qu'il vient de recevoir, à l'occasion des travaux de Commissions pour
l'Exposition universelle, auxquels il a pris
une part active. Bibliothécaire du Ministère
de l'Instruction publique et fonctionnaire
des plus distingués, Tournier s'est fait
connaître d'abord comme un vaillant journaliste et un historien consciencieux, d'une
éloquence communicative, qui fait aimer
les sujets qu'il traite. Par son livre sur
Gambetta intime, il a rendu le grand tribun sympathique, même aux plus dissidents
politiques. Sa biographie de son compatriote, le conventionnel Vadier, est une
étude très approfondie et un modèle de ce
genre encore bien moderne, grâce auquel
des centres nouveaux ont pris naissance et
consistance au cours de l'histoire générale,
qui passe parfois comme un train rapide

i0OI

mg*-

Tournier
et ne s'arrête pas aux stations intermédiaires. La figure de Vadier nous est restituée aujourd'hui avec justice et vérité.
Notre sympathie va sans réserves au curieux
et patient chercheur qui l'a tirée de la
poudre du greffe, comme dit Sainte-Beuve,
parlant d'autres travaux d'érudition patiente
et investigatrice.
Le caractère enjoué de notre ami en fait
l'un des boute-en-train de nos petites académies de gai-savoir, là où l'on parle et
l'on chante sans retenue et où l'on se livre
à toute son humeur gaie et méridionale.
Toute improvisation (et l'on n'y connaît
pas d'autre discours) y est mêlée ou suivie
de chants languedociens ou provençaux.
Notre ami y apporte toujours la part de
bonne humeur qu'il tient évidemment de
ce coin de terroir natal, qui confine à la
Gascogne et au pays du Béarnais, Sa parole persuasive et musicale (une voix de
parlementaire) sait se faire entendre et
écouter dans les réunions les plus sérieuses,
— je ne dis pas orageuses ; — elle domine
joyeusement le ton dans nos agapes, comme
on le verra bien prochainement à l'occasion
de sa décoration.
J. T.

BANQUET EN L'HONNEUI\ D'AL/BEF^T TOUI^NIEI^
Ce banquet, que nous appelions de nos
vœux et qui était dans la pensée de tous,
Félibres et Cigaliers, à la nouvelle de la
nomination d'Albert Tournier comme chevalier de la Légion d'honneur, a eu lieu
le mercredi 9 janvier 1901, et il restera
dans les annales du Félibrige comme l'une
de nos plus mémorables consécrations.

Plus de soixante convives se serraient
les coudes, autant au propre qu'au figuré,
dans la plus grande salle du café Voltaire,
où l'on avait installé la table à rallonges.
Sous la présidence naturelle du sympathique président du Félibrige de Paris, M.
Sextius-Michel, étaient venus s'asseoir près
de lui, ou en face de lui, les plus émi-

�Le

Viro-Soitlèu

nents représentants de la politique, de l'art
et de la littérature, MM. Deluns-Montaud,
ancien ministre ; Maurice Faure, vice-président de la Chambre des députés ; Paul
Faure, député de la Drôme ; Dejean, chef
du cabinet de M. Leygues, ministre de
l'Instruction publique ; le général Enjalbert ;
Marcellin Cazaux ; Lintilhac, maître de
conférences à la Sorbonne ; J.-B. Duffaud.
Codur, Jacques Gardet, P. de Rouville,
Henri Oddo. Jules Troubat, Léon Garnier,
Bully, Hercule, G. Redon, Fernand de
Rocher, M. de Kerven, L. Démaille, Paul
de Lacroix, Amy père, Amy fils, Georges
Carré, Jean Mousnier, J. Loubet, Chazalette, Sarrou, Antoine Troubat, Henri Giraud, Albert Riffard, J.-F. Bouchor, Lucien
Duc, Paul Sain, Albert Crémieux, Marignan,
Jules Moulin, J. Herman, Aimé Perret,
Lemaître, Dourgnon, R. Allègre, J. Giraud, Albin Gras, Alcanter de Brahm, etc.,
etc., et quelques dames, parmi lesquelles
Mmes Léa Martel et de Lacroix, qui ont
pris part à la soirée artistique qui a suivi le
banquet.
MM. Baptiste Bonnet, Bonvoux, Eugène
Cartier, Paul Tur, Clovis Hugues, Emile
Pouvillon,Charaire,ancien maire de Sceaux,
Sernin
Santy, Caristie-Martel, Fernand
Delisle, Isnardon, Victor d'Auriac, Jules
Sylvestre, Melchior Bonnefois, Château,
maire de Sceaux, Eugène Garcin, Hippolyte Messine, de Montpellier, Jean Aicard,
César Gourdoux,
H. Bigot, BenjaminConstant, Wagner Robier, Désirions, etc.,
etc., s'étaient fait excuser.
Ç'a été une vraie fête

pour

l'esprit et

pour le cœur, où l'on a entendu tour à
tour les plus brillantes improvisations —
un vrai tournoi d'éloquence parlementaire
et littéraire, auquel ont pris part MM.
Sextius-Michel, Deluns-Montaud, Maurice
Faure, Paul Faure,
Dejean,
Lintilhac,
Georges Niel, de Brahm, etc.
Chacun a rendu, comme dans une cour
d'amour, hommage au beau sexe, qui faisait honneur à Tournier par sa présence,
habituellement moins nombreuse à nos
agapes méridionales. Il est aimé desdieux...
et des déesses, celui qui appelle un tel
concours féminin à ses triomphes et à ses
joies. M. Deluns-Montaud l'a dit en fort
bons termes et qui ont suscité un triple
ban.

Notre très distingué confrère, Fernand
de Rocher, a débité d'une façon charmante
des vers de lui délicieusement spirituels,
que l'on trouvera plus loin.
MM. Joseph Loubet, Henri Giraud et
Gardet lui ont donné la réplique.
Notre ami Lucien Duc ne pouvait rester
sans vers, et il en a lu, en français et en
provençal, de fort bien tournés, où il a fait
allusion aux distributions de récompenses
honorifiques passées, présentes et futures.
Le portrait du héros de la fête mérite d'être
reproduit ici :

ALBERT

TOURNIER

'Mé soun regard d'acié, traucant courae uno lamo,
E soun èr d'encrgîo e de rcsoulucioun ;
'Mé sa paraulo eisado e que saup prene flamo,
Semble- un orne dóu tems de la Revoulueioun.
L'istôri de Vadier, l'a 'scricho emé soun amo
E nous desvelo aqui sa forto erudicioun.
Pamens, l'orne serious fara bouqueto i damo
E, se fan pièi canta, cantarà 'mé passioup.
Arderous Miejournau, bèn que centralisaire,
Trèvò lou Parlamen e seguis lis afaire,
E se moustrè valent dins lou grand Coumitat.
Journalisto peréu, défend la Republico ;
E, ma fe, se coumpren qu'ame la poulitico,
Amor que l'an que vèn lou veiren députa !

Le nom de Paul Arène, avec qui Tournier fut très étroitement lié, a été rappelé
souvent dans les invocations en vers et en
prose des divers orateurs.
Une lettre de Mistral a couronné la fête
et a été fort acclamée. Le grand poète
s'excusait d'être si loin, ce soir-là, du quartier de l'Odéon et du café Voltaire.
Le capoulié Félix Gras avait envové ce
brinde poétique :
Au nouvèu chivalié
A raoun ami Tournié
Ausse moun vèire !
Fai gau de vèire,
Sus soun pitre fidèu.
Un tros de riban rouge
Derraba dóu drapèu
De l'an qualre-vint-douge !
Et Alexis Mouzin, auteur de l'Empereur
cV Arles, ce quatrain :

�Lou

Viro-Soìilèu

Par Ciéo, sœur du dieu des Arts,
Fière de ton œuvre accomplie,
Tournier, la pourpre des Césars
Devant ta pourpre s'humilie.
Goûtez aussi ces vers savoureux du docteur Jean Bayol :
Voudriéu, bello garbo de flous,
Cud dins la lcngo roumano,
Coumo li gran de la miôugrano,
Li verbo li mai melicous,
Pèr te n'en faire uno couiouno,
Sorre d'aquelo de lausié
Qu'adourno, o viei ami Tournié,
La crous que toun talent te douno !
On

s'est séparé

après avoir chanté la
Coupe santo, Marseillaise obligée de nos
célébrations méridionales. Quelqu'un a dit :
« C'est la messe de minuit... » Le fait est
qu'il était passé minuit.

5

Pour avoir moins d'éclat, notre fête à
nous me paraît, par contre, ressembler davantage à une fête de famille, et celui qui
la préside serait bien malheureux si, à défaut d'autre mérite, il ne trouvait pas dans
son cœur, lui aussi, quelques bonnes paroles pour dire tout le bien qu'il pense de
vous. Quant aux aimables convives qui
nous entourent, je puis affirmer qu'il n'en
est aucun qui ne soit votre admirateur ou
votre ami. Je vous en félicite d'autant plus
que la fête de ce soir restera certainement
comme une des plus belles de toutes celles
qu'a données le Félibrige.
Oui, cher et excellent ami, tous les Félibres de Paris, tous les Cigaliers présents
ou absents, ont applaudi à la haute distinction que vous venez d'obtenir, à cette part
de gloire que votre foi républicaine et vos
titres littéraires vous ont si justement conquise.

Et c'est ainsi que le Midi bouge, comme
on dit, et fait revivre à Paris nos bonnes
et saines traditions, justifiant ce que Tournier, dans sa Réponse collective aux toasts,
qui lui ont prédit tous un avenir politique,
a résumé joyeusement, selon son habitude,
par le besoin d'expansion qui remue la
petite patrie aussi bien que la grande, en
ressuscite les gloires oubliées, et travaille
à cette décentralisation intellectuelle, condition essentielle d'un pays de suffrage

De vos titres littéraires, qui se sont hautement affirmés dans les journaux ou dans les
livres, comme l'Histoire du conventionnel
V ad 1er ou les Souvenirs anecdòtiques, écrits
tous les deux avec le plus grand talent, je
ne crois pas que ce soit ici le lieu d'en
parler.

universel dont les destinées sont aux mains
de tous.

Ce livre me ramène au Félibrige qui, si
longtemps honoré par vous, a voulu à son
tour vous honorer.

f

Un des premiers, en effet, vous avez entendu et écouté la voix séduisante de Maurice Faure qui, pour la quatrième fois,
vient d'être acclamé vice-président de cette
Chambre des Députés, où il espère Dien
que vous irez aussi le rejoindre.

Discours de M. Sextius-Michel

Cher Vice-Président,
Le Félibrige de Paris, pour vous fêter,
a devancé la Cigale. C'est avec modestie
qu'il s'en applaudit, en présence des honorables cigaliers qui nous font l'honneur
d'être des nôtres. Aussi bien ne tardera-telle pas à prendre sa revanche.
Son illustre président, dans toute la
gloire de sa promotion nouvelle, saluera
bientôt en vous l'ancien et brillant secrétaire de sa Société, son vice-président actuel, et ses paroles, empreintes de la plus
parfaite bonne grâce, auront un écho des
plus sympathiques dans le cœur de tous
ceux qui assisteront à cette superbe fête.

Je ne puis cependant ne pas citer encore
ce beau livre : Des Alpes aux Pyrénées,
que vous avez fait en collaboration avec
votre grand ami Paul Arène.

C'est lui, c'est cet éminent fondateur de
notre Société, dont la chaude parole nous
a entraînés, vous, moi et tant d'autres, vers
ces poétiques sommets que l'étoile aux sept
rayons illumine.
Or, si vous avez été, si vous êtes toujours un parfait cigalier, votre rôle comme
félibre est bien plus brillant encore.
Sans remonter plus loin dans notre passé, n'est-ce pas vous qui, lors de nos fêtes
de l'Exposition universelle de 1889, avez
en termes si chaleureux salué les diverses
Maintenances qui s'y sont donné rendezvous : celles de Provence, de Languedoc,
d'Aquitaine, et, par dessus-tout, l'illustre
Maintenance de Catalogne ?

�4

Lou

Viro-Soulèu

N'est-ce pas vous qui, en 1891, à Sceaux,
devant la tombe de l'auteur d'Estelle et
Némorin, et en présence de l'illustre philosophe Ernest Renan, vous êtes écrié :
« Rendons hommage à l'homme qui a conservé au coeur l'amour plus circonscrit du
terroir! On peut, — ajoutiez-vous, — on
peut chérir avec exagération même le petit
coin de terre où l'on a vu le jour, et n'en
aimer que mieux la grande patrie d'une
impérissable et ardente passion. »
N'est-ce pas vous qui, à Cadenet, dans
cette magnifique fête que présidait l'éminent cigalier Georges Leygues, alors et
aujourd'hui encore Ministre de l'Instruction
publique, avez prononcé un discours des
plus brillants, et exalté ce petit Tambour
d'Arcole à qui un sculpteur du plus rare
mérite, notre confrère Amy, a donné une
si Gère allure, et que Mistral, notre grand
poète, avait déjà popularisé en des strophes
impérissables ?
Là encore, vous avez rendu hommage à
notre patriotisme en disant: « Le Félibrige
de Paris n'est pas seulement une école littéraire ; il ne s'est pas seulement donné la
joyeuse mission de jeter une note pittoresque dans le concert national, d'entretenir comme un feu sacré la vieille gaieté
gauloise, en mettant en honneur les fêtes
populaires et les banquets fraternels; il a
pris également à tâche d'exalter surtout,
dans la petite patrie, ce qui peut servir à
la glorification de la France. »
Combien encore de saines et patriotiques
paroles vous avez ainsi, chemin faisant,
semées dans nos pays avides de beau langage !
A Sisteron, où vous allez représenter le
Félibrige parisien aux obsèques de Paul
Arène, vous saluez la glorieuse et douce
mémoire du cher écrivain, et vous demandez à la terre natale « de se faire légère
pour recevoir, à l'ombre de l'olivier, la
frêle et délicate enveloppe du poète qui
survit dans les pages immortelles qui nous
restent. »
A Valence, en un style élevé et fleuri,
ce sont les vertus démocratiques de Bancel que vous célébrez, et c'est le Président
de la République, c'est Félix Faure luimême qui donne le signal des applaudissements.
Et partout ainsi ; partout, aux Martigues
et dans les autres villes où vous avez parlé,
vous avez mis en relief ce qu'a donné de
meilleur à ceux de notre race la flamme de
notre soleil.

Aussi, après vous avoir remercié pour un
fait qui me touche personnellement, après
vous avoir dit ma reconnaissance pour la
bonne grâce et le remarquable talent que
vous avez mis à faire l'éloge de mon frère,
lors de l'inauguration de son buste, à Sérignan ; après avoir dit ensuite en quelle
langue imagée et toujours vibrante vous
avez salué, aux dernières fêtes de Sceaux,
le grand Capouiié Félix Gras, il ne me
reste plus, pour clore cette longue série de
vos triomphes, qu'à me reporter aux dernières et inoubliables fêtes d'Orange qui,
encore une fois, ont mis dans une même
auréole le génie antique et le génie moderne, et à dire que, délégué à ces fêtes
par le Ministre de l'Instruction publique,
vous y avez représenté le gouvernement
avec autant de dignité que de courtoisie.
J'ai terminé, ou plutôt accordez-moi la
joie de terminer par un souvenir qui date
de nos premières rencontres en terre de
Provence. C'était en Avignon. Nous avions
dîné ensemble, avec deux ou trois amis,
sous les arbres feuillus de la Barthelasse. Le
Rhône coulait à nos pieds, et les derniers
rayons du soleil remplissaient d'une lueur
d'incendie le vieux palais des Papes. A la
fin du dîner, plus accablé que vous par les
fatigues et les enchantements d'un long pèlerinage, je m'endormis, cependant que l'un
de nos amis chantait une poésie de Mistral ou de Félix Gras. Vous les rappelezvous, ces beaux jours d'autrefois ?
Si c'était aujourd'hui, je ne m'endormirais
pas, tant je suis heureux de vous voir si
justement récompensé, tant j'ai plaisir à
regarder, sur le côté gauche de votre habit, ces deux pétales rouges qui sont le symbole de l'honneur et qui, par leur couleur,
nous rappellent en même temps cette
,&lt; grenade entr'ouverte » dont Aubanel a
fait le symbole de l'amour.

Discours de M. Deluns-Montaud

Je suis assurément très fier de parler au
nom de la Cigale et je sens tout l'honneur
qui m'est fait Je voudrais aussi parler en
mon nom, au nom de tous, dans un élan
du cœur ; car, en vérité, qu'est cette fête
en l'honneur de notre cher Tournier, sinon
une fête du cœur ? Notre Président aimé et

�Lou Viro-Soulèu
vénéré, a dit excellemment les qualités
d'esprit qui ont valu à notre ami la distinction flatteuse, occasion de ce banquet. Je
ne me sens guère, au dessert, une coupe
de Champagne à la main, d'humeur à analyser de savants ouvrages de critique et
d'histoire, des œuvres d'art où Tournier a
versé tout son sens de la poésie des choses,
de leur sourire et de leurs larmes dans ses
descriptions du pays aimé où nous allons
en troupe, à intervalles réguliers, nous retremper dans le culte de la terre mère,
qui donne à ses filles leur grâce infinie,
à ses fils les vertus, le génie d'une race
historique et qui fut, dans la marche vers
la lumière de l'esprit, l'avant-garde de la
grande patrie.
C'est au sujet de ce culte, désormais institué, qui a sa doctrine et ses rites et dont
le génie collectif du Midi est assurément
le révélateur, que je veux signaler en particulier l'apostolat de Tournier. En vérité !
en vérité ! et sans mettre dans mes paroles
une ombre d'ironie ou de mécréance, je
vous le dis, notre ami est le saint Paul de
cette religion qui, dès à présent, peut se
promettre un long avenir. Ceux d'entre
nous qui ont vécu la seconde moitié du
siècle révolu ne laissent pas, à certaines
heures, de jeter sur le passé un mélancolique regard. Le spectacle des merveilles
écloses sous leurs yeux, cette ouverture du
monde, la conquête de la terre, du temps,
de l'espace ; la victoire remportée sur les
fatalités de la matière, les promesses que
ce passé prestigieux porte avec lui, nous/
obligent bien à penser parfois que nous
n'assisterons pas à la moisson de nos laborieuses semailles. Et c'est une grande tristesse ! Pour nous affermir contre elle et
nous réconforter, nous avons bien la foi
dans la permanence de la vie, dans l'immortalité des espérances de l'espèce ; mais nous
avons surtout le souvenir, la joie de faire
revivre dans notre mémoire ces jours heureux que les anciens avaient coutume de
marquer d'une pierre blanche. Or, entre
ces jours bénis, n'est-ce pas, chers amis,
que les plus heureux, à coup sûr, sont ceux
que nous avons vécus dans nos pèlerinages
méridionaux, groupés autour de Tournier,
animés de sa joie, riant de son rire, vivant
en quelque sorte de sa vie débordante et
de sa santé ?
Car c'est, à mon sens, sa qualité maîtresse : Tournier est à la fois attractif et
rayonnant. Il est une force de la nature,
un réservoir toujours prêt à déborder de

bonne humeur, de gaîté, d'enthousiasme,
à'estrambord ! Et c'est pourquoi il a réussi
à créer, à faire se mouvoir et vivre cette
religion de la terre mère, dont nous sommes
les fidèles, les croyants et les apôtres. Nul,
à un aussi éminent degré que notre ami,
n'a tracé un plus profond sillon dans les
glacis de cette vieille terre historique de
Provence et de Languedoc, foulée par tant
de générations d'hommes, de peuples, de
civilisations, et qui les a tous transformés,
ramenés à son type créateur d'héroïsme et
de gaîté, d'esprit clair et vif, d'ironie ailée
et de souriante tendresse.
C'est que Tournier a compris la Patrie
comme il faut la comprendre. La Patrie
telle qu'elle est apparue à nos pères de la
Fédération du 14 juillet 1790, à l'aurore
même de nos libertés : la Patrie « c'est la
grande amitié ». Or, cette amitié ne saurait être faite d'abstraction glacée ; il lui
faut, pour qu'elle soit vivante, chaude,
active et, au besoin, héroïque, les réalités
qui tiennent au cœur de chacun de nous
par le lien des traditions ancestrales, le
foyer, le village avec le vieux cimetière où
dorment les aïeux, la langue où se chante
la douce chanson qui berça notre enfance,
le souvenir immédiat et prochain des
hommes qui ont honoré le pays, des savants,
des artistes, des héros qui ont jeté sur lui
quelque rayon de gloire. Tournier a senti
tout cela bien plus en vertu de son tempérament que' d'une vue tout intellectuelle.
11 s'est jeté dans cet apostolat et sa foi a
vaincu. Non point une foi aveugle, mais
une foi inspirée par la science. Car ce
n'est pas en vain que Tournier a fouillé
les annales vénérées de notre pays, de son
pays ariégeois ; « terre des hommes et du
fer ». Il a vu le lien intime qui rattache
l'homme à la terre. Et dans la poudre des
bibliothèques, parmi les feuilles jaunies des
antiques parchemins, aussi bien que dans
nos promenades sous le grand soleil, il a,
de son étude attentive, passionnée, dégagé l'unité supérieure où se rattachent sa
foi, son action, son œuvre de laboureur
obstiné des traditions ancestrales et fait
surgir, vivante et féconde, sa conception
d'un culte de la petite patrie en intime
connexion avec celui de la grande, avec le
culte plus haut encore de l'humanité.
Mais ne trouvez-vous pas que j'ai peutêtre trop parlé de son rôle d'apôtre ? Je
m'y suis attardé. Tournier est plus divers :
s'il est le prêtre du nouveau culte, il en
est aussi le charmeur. J'ai trop insisté peut-

�6

Lou

Viro-Soulèu

être sur son caractère sacerdotal. Il me
faut revenir sur ses qualités de séduction
et de grâce. Je le vois encore, dans nos
pèlerinages, lui, chorège obéi, jeune, beau,
vainqueur « traînant tous les cœurs après
soi. » Il avait le don de plaire et les femmes
sentaient en lui les nobles énergies de force,
de bonté virile qui font naturellement de
l'homme le chef, le consolateur et l'appui.
Il les entraînait dans nos marches, sur les
routes poudreuses de la Provence, il les
réconfortait dans la fatigue de nos ascensions, quand, par exemple, nous gravissions les sentiers escarpés de la montagne
des Baux, sous le ciel implacablement
bleu, au milieu de ces rochers, de ces
ruines évocatrices, montrant la récompense
au bout : les vastes horizons découverts,
les sommets des Alpilles s'ébauchant les
uns après les autres comme les flots d'un
océan naguère irrité et désormais figé, des
rochers violets d'où surgit la fière silhouette
de quelque pin parasol, des vergers d'aristocratiques et pâles oliviers ; au loin, le
miroir des étangs, les dunes de sable, et
plus loin encore — alin pereilalin — la
ligne divinement bleue de la Méditerranée ;
à nos pieds, un prodigieux entassement de
tours, de palais détruits, de créneaux encore
menaçants, de voûtes effondrées, de pierres
dorées par le soleil, défigurées par l'injure
du temps, mais portant encore la noble
empreinte de l'art et comme toutes pénétrées d'histoire, enfin une cour d'amour à
l'ombre d'un antique pan de murailles où
se sont accrochées les noueuses racines
d'un figuier, parmi les ferigoules et les
panicauts et la voix mâle de Duparc disant
les vers de Calendal où revit l'âme de la
Provence héroïque et libre.
On a bu à Tournier historien, écrivain
et artiste ; buvons à Tournier apôtre du
culte de la patrie et, si vous le voulez, à
son généreux tempérament et à son cœur.

Discours de M. Maurice Faure

Les précautions que m'impose ma convalescence ne m'auraient pas permis, si
j'avais écouté les conseils de la prudence
médicale, de fêter, ce soir, avec vous, la
décoration de notre vaillant confrère, mon

cher camarade Albert Tournier ; mais l'amitié l'a emporté sur la sagesse, et me
voici au milieu de vous,[applaudissant aux
éloquentes et fortes paroles de SextiusMichel et de Deluns-Montaud, qui nous
ont, l'un et l'autre, émus et ravis.
Le Félibrige de Paris eut-il d'ailleurs jamais meilleur motif d'être en liesse ?
Albert Tournier n'est-il pas l'un de ses
plus fidèles et de ses plus intrépides majoraux ? Par la parole et par la plume, il
n'a cessé, depuis de longues années, de
défendre, avec autant de conviction que de
talent, les idées de décentralisation littéraire et artistique dont la constante expansion est, à nos yeux, le meilleur moyen
de faire une France grande, aimable, pittoresque et vivante. Qu'il célèbre, avec
Paul Arène, le charme incomparable de
nos fêtes provinciales des Alpes aux Pyrénées ; qu'il glorifie le génie politique de
Gambetta ou scrute l'âme complexe de son
compatriote Vadier, c'est toujours l'amour
de notre cher Midi qui l'inspire, c'est le
sentiment félibréen qui l'anime. Il y a
quelques mois, j'étais à Orange, le soleil
déclinait déjà et l'heure allait sonner des
Panathénées du Théâtre antique. Tout à
coup, à l'horizon, dans un nuage de poussière dorée, au bruit des clairons et des
cimbales, un tumultueux et brillant cortège
apparut. Députés et sénateurs aux écharpes
tricolores, officiers tout galonnés d'or, fonctionnaires tout chamarres d'argent, escortaient un brun et fier méridional à la noble
allure, simplement coiffé d'un gris chapeau
de feutre, comme Mistral, et la foule acclamait doublement en lui le gouvernement de la République et le Félibrige :
c'était Albert Tournier qui représentait, ce
soir-là, à* très juste titre, le Ministre de
l'Instruction publique, ayant été l'un de
ceux qui ont puissamment contribué à
l'institution des représentations nationales
du Théâtre antique. Pendant que vous fêtez, chers amis, le chevalier de la Légion
d'honneur, je revois, comme en un rêve, et
je fête, moi, l'ardent félibre, l'apôtre infatigable de notre cause et son triomphe crépusculaire d'Orange, précurseur du rayon
ensoleillé de gloire qui a fait fleurir, sur sa
poitrine, à côté de la pervenche félibréenne,
le rouge coquelicot de nos moissons du
Midi...
Après avoir retracé, à son tour, toute la
brillante carrière littéraire et politique de
M. Albert Tournier, l'éloquent vice-prési-

�Lou
dent de la Chambre des Députés conclut
en portant ce toast au milieu des acclamations les plus chaleureuses :
. « A mon confrère félibre d'aujourd'hui,
à mon collègue législateur de demain 1 »

Après Maurice Faure, M. Etienne Dejean,
chef de cabinet du ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts vient affirmer les hautes sympathies qui entourent
notre vice-président, rue de Grenelle- : « Je
ne connaissais auparavant Tournier que par
ses œuvres ; mais depuis, dans la pratique
de notre existence quotidienne, j'ai pu apprécier sa belle cordialité, la vraie noblesse
de son tempérament essentiellement démocratique, et le collaborateur précieux est
devenu un ami très cher. » M. Eugène Lintilhac vient rappeler ensuite à Tournier,
avec beaucoup de verve, les heures charmantes de leur studieuse jeunesse. M. Paul
Faure annonce qu'il est rentré d'Orange
pour assister à cette fête si cordiale où il
retrouve le soleil après avoir laissé le Midi
sous la neige ; il apporte au nouveau légionnaire les félicitations de ses commettants. De
même qu'Orange, Sceaux est la ville sacrée
du Félibrige parisien et, à son tour, elle
avait délégué Jean Mousnier pour dire
combien elle s'associait à la joie commune.
Enfin, avant que la parole soit donnée aux
poètes, M. Georges Niel s'exprime au nom
des anciens camarades de la Presse parisienne et M. Alcanter de Brahm au nom
des jeunes écoles littéraires.

Discours de M. Georges Niel

Que dire maintenant, après tant d'allocutions éloquentes, unanimes à rendre
hommage à notre ami Tournier î Je devrais
garder le silence et me borner à applaudir
avec vous tous. Mais, dans une réunion
de Méridionaux, il en est comme dans ces
Pignadas des Landes où, dès le lever du
soleil, une première cigale se met à chanter, puis une seconde, une troisième et
cela devient un chœur formidable. Moi

Viro-Souìeu

7

aussi, je veux maintenant dire à l'ami Tournier ce que je pense, la joie sincère que
me cause la distinction dont il est si justement l'objet. C'est l'hommage rendu au
talent vrai, au caractère aussi de celui que
nous connaissons, que nous aimons, qui a
su tant de fois réchauffer notre amour pour
le pays du soleil, pour sa littérature, pour
ses gloires, choisissant celles-ci sans se soucier d'autre chose que de leur rayonnement.
Avec quelle animation, avec quelle piété
Tournier saisissait toutes les occasions de
faire de la propagande pour ce cher Midi,
d'organiser ces promenades triomphales
dont il était le véritable entraîneur par sa
belle humeur, par l'éloquence de sa foi.
Apôtre, il l'aura été de tous points, en faveur de la renaissance du Midi, Et, de tous
les souvenirs qui me vont le plus à l'âme,
ce sont ceux de ces conversations dans le
salon de la Paix, où l'exercice du journalisme nous mettait en contact, au PalaisBourbon qui, sans lui, m'eût été insupportable. Tournier réveillait en moi l'atavisme
méridional et me rendait cette petite Patrie,
source des impressions premières et des
forces de l'âge mûr, consolatrice aussi des
dernières heures sur cette terre. Comment
cette décoration, cette fête, ces hommages,
pourraient-ils me laisser indifférent ?
Avec tout autre que Tournier, une seule
crainte m'effraierait : c'est que les honneurs
puissent nous le changer. Cela arrive,
messieurs, on a vu des hommes décorés ne
plus être, le lendemain, les mêmes que la
veille. A ce compte, nous ne retrouverions
plus l'ami avec sa cordialité, sa simplicité,
son sans façon si charmant et qui est l'apanage des hommes supérieurs. Il abandonnerait le chapeau à la Mistral, il ne chanterait plus, après dîner, les vieux refrains
provençaux, il ne nous dirait plus de galejades. Non, cette métamorphose n'est pas
à redouter : Tournier restera l'homme de
cœur et d'esprit, l'orateur poétique et chaleureux, l'apôtre infatigable qui nous conduira encore dans nos chevauchées victorieuses, et c'est à tous ces titres que je porte
un toast au nouveau chevalier de la Légion
d'honneur, à notre ami, à notre maître.

Toast de M. Alcanter de Brahm
Il n'a pas été dit, Messieurs, que l'honorable assemblée du Félibrige à laquelle nous
devons de nous avoir pu réunir ce soir, afin
de donner à l'un des nôtres la mesure de

�Lou

8

notre sympathie personnelle et littéraire, monopoliserait le concert des démonstrations d'amitié dont l'écho retentissait tout à l'heure à
, nos oreilles, à l'adresse d'Albert Tournier. 11
appartenait, puisque libre est la tribune des
agapes honorifiques et amicales de la nature
de celle-ci, à la littérature, — j'entends à la
jeune littérature, à celle que l'on se complaît
à catégoriser sous la rubrique décadente et
symboliste, à raison de sa recherche d'idées
et de formes novatrices, et que plus tard l'on
admire, lorsque, ayant imprimé l'impulsion
génératrice à son époque, elle assagit ses formules et tempère la violence de ses gestes —
il appartenait, dis-je, à la jeune littérature
d'apporter une part symphonique à ces variations enchanteresses suscitées si naturellement
sur le mode laudatif, j'entends des éloges
mérités, par la nouvelle distinction dont notre
ami et confrère Albert Tournier vient d'être
l'objet, en manière de sanction termino-séculaire d'une tâche artistement et socialement
laborieuse, que les aspérités de la vie ont si
peu su retarder dans son essor, qu'hier encore, nous admirions l'édition définitive dont
il doua les lettres françaises par son important et si documenté volume sur le Conventionnel Vadier.
C'est donc avec un véritable et sincère agrément que l'un d'entre ces jeunes lève son
verre et porte le toast de déférente sympathie
à l'adresse de l'un de ses plus chers aînés.
Avec vous, Messieurs, je bois au succès
d'Albert Tournier.

Brinde du Chancelier
Notre cher confrère Tournier
Vient d'être nommé chevalier.
De cette récompense insigne,
Vous "savez combien il est digne.
Merveilleux auteur de Vadier,
Son esprit fin, paimesautier,
Est l'adjuvant d'une éloquence
Qui sait charmer son assistance
Par son originalité,
Sa verve et sa malignité.
En l'honneur de son ruban rouge,
Il convient que le Midi bouge :
Si souvent il bougea pour lui !
Donc, pour le fêter aujourd'hui,
Félibres, Cigaliers, poètes,
Et vous, chanteurs, tant que vous êtes,
Entonnez des refrains joyeux :
Rien ne pourra lui plaire mieux.
J. GARDET.

Viro-Soulèu

BRINDE

Pour Albert Tournier.
Puisque vous êtes décoré,
Ami Tournier, je lèverai
Mon verre à votre ruban rouge ;
Et vous ne direz point merci,
Car ce que nous fêtons ici
C'est le Midi qui pense aussi,
Ce Midi qui quelquefois bouge.

Pauvre Midi ! L'a-t-on blagué !
Le blagueur en est fatigué,
Il en souffle et s'éponge encore ! .
Mais, par bonheur, il est écrit
Qu'un ministre aura de l'esprit
Et qu'il dira : « Quoi ! l'on en rit?
Alors, c'est bien, je le décore ! »

Car, vous n'irez pas le nier,
C'est le Midi, mon cher Tournier,
Qu'en votre nom l'on crucifie ;
Les petits messieurs embêtants
Peuvent nous blaguer, je prétends
Que ces croix font prendre le temps
Avec quelque philosophie.
Nous bougeons, c'est vrai, nous bougeons;
Mais, l'arbre porte des bourgeons,
L'arbre qui bouge sous les brises :
Que s'apaisent les vents frôleurs
Et vous verrez, après les fleurs,
Les fruits les plus doux, les meilleurs,
Les raisins blonds et les cerises ;

Vous verrez dans nos champs d'été,
Quand le mistral aura chanté
Son triomphe parmi les herbes,
Vous verrez sous les cieux dorés.
Dans l'air tranquille, vous verrez
Se dresser les épis serrés
Qui feront les moissons superbes !

Donc, Tournier, je boirai, ce soir,
Au souvenir du cher terroir
Qui nous a faits ce que nous sommes ;
Illustres ou non, eh ! mon Dieu,
Cela n'importe que fort peu,
Si nous marchons dans plus de bleu
Que la plupart des autres hommes ;
Si quelque chose d'amical,
De rythmique et de musical,
Persiste en notre souvenance :

�Lou Viro-Soulèu

Un chant de cigale, et parfois
Un chant de cloche dont la voix
Dit les angélus villageois,
Là-bas, au pays de Provence ;
Si nous gardons au fond des yeux
Un pan de notre ciel joyeux,
Un peu du soleil de nos rives ;
Si nos songes extasiés
Sont faits du parfum des rosiers,
Du rire de nos cerisiers
Et de la chanson de nos grives !
Et je bois à votre ruban
Rutilant, pimpant et flambant,
Rouge comme un bouquet de mûres,
A ce ruban qui fait songer,
Par sa pourpre, à l'éclat léger,
Aux fruits vermeils du potager
Où les pommes d'amour sont mûres ;
Car ce bout de ruban vermeil,
C'est un peu de notre soleil
Qui s'éparpille et qui rougeoie :
Les félibres au cœur fervent
Peuvent le porter fièrement
Comme signe de ralliement,
Eux, qui sont les porteurs de joie ;
Car le rouge est fils du Midi,
C'est le vin qui ragaillardit,
C'est l'aurore qui nous réveille :
Vous le savez, vous qui, demain,
Prendrez encore le chemin
Du pays de votre Jasmin,
Du pays de notre Mireille.

9

ROUGE !
La miôugrano d'autoun, quouro s'alando e ris,
Desvelo lou courau de si dènt cremesino
E dis :
«. Es rouge l'amour que carcino ! «
Lou sang pur di rasin es cremesin peréu,
Quouro gisclo di liam i piaclo di caucaire ;
Dis, éu ;
« Es rouge l'amour dóu terraire ! »
E dins lou rous trelus, quand, tibant la garganto,
Lou gau, cresta de sang, mando soun fèr canta,
Dis : « Santo
E cremesino es la Liberia ! »
Pièi, s'i gauto mignoto emai ì sen di chato,
Kino roso moustouso e tant douço à tasta
S'acato.
Dis sa grand cremour : « Roujo es la Bèuta ! ■»
Ansin, bèu Tuurnier, amour dóu terraire,
Bèuta, Liberia, pantai di tronbaire,
Dôumaci l'aflat de noste soulèu,
D'or e de sang viéu se rousejon lèu.
E vaqui perquè, Miejournau aurouge,
Fclibre aparaire de liberta,
Escrivan, pouèto au Hnde canta,
Lou prim ribanet que vous an bouta
S'es capita
Rouge !
JOUSÈ

LOUBET.

Pèr moun ami Albert Tournier
Quand les prés seront refleuris,
Cet été, vous fuirez Paris
Pour revivre et rêver une heure ;
Lors, aux rivages agenais,
Vous aurez, je le reconnais,
Des compliments mieux façonnés
Que les strophes dont je vous leurre,
Quand les coqs de métal, perchés
Sur la pointe des vieux clochers,
Vous salueront à leur manière,
Vous, frère de ces chanteclair,
Qui passerez sous le ciel clair,
Arborant sans en avoir l'air
Votre crête à la boutonnière !
FERNAND

DE

ROCHER.

En fasènt de pantai, long de la mar bramaîre
Que noste clar soulèu enlusis de rai d'or,
Te porje, ami Tournier, dins un grand estrambord,
Mi coumplimen devot, fìéu de la lengo maire î
Ai jamai ôublida lou parla di troubaire,
I ribo espetaclouso, ai garda dins moun cor
Aquéu dous paraulis, lou plus bèu di tresor
Que li rèire an leissa, i gent dóu gai terraire.
Quand ère au Senegau, ti verbo amistadous
Sus moun escourregudo i païs fabulous,
Faguèrontresana, fraire, moun amo ardènto ;
Vuei, t'enaure à moun tour e de moun cor countènt,
Ma muso s'espandis celebrant toun talènt,
Que t'a vaugu la crous pèr tis obro valènto !
JAN

BAYOL.

�to

Lou

Sonnet à Albert Tournier

Sonnet? Mais comment donc faut-il que je m'y prenne?
M'en irai-je, d'Oronte imitant le travers,
Avec peine alignant ici quatorze vers
Que la raison tourmente et que nul ne comprenne ?
Un sonnet à Tournier exigeait Paul Arène !
Ma frileuse chanson craint le froid des hivers
Et vibre mieux l'été, parmi les arbres verts,
Ou dans nos cours d'amour, pour en fêter la reine.
,

En attendant que tous, cadets et provençaux,
Nous volions de Paris aux ombrages de Sceaux,'
Des divins cigaliers y portant la bannière

Viro-Soulèu

Au nouvèu Chivalié
Dóu pais di grihet, dóu pais di cigalo,
Disisclo de Durènço, en visto dóu mountd'Or
Ma Muso s'enaurant subran à tiro d'alo
Vous adus à Paris 'quésíi pàuris acord :
Lou riban cremesin 'nlusis vosto peitrino,
Tóuti n'en sian gaujous e, vous saludant lèu,
Aubouran, o Tournié, nòsti voues mistoulino
E cantan voste noum sout li rai dôu soulèu.
De nòsti court d'amour sèmpre lou gai menaire
De tout noste Miejour tengués aut l'estendard
E vous saludaren tourna, galoi fringaire,
Quand vous veiren pourta la roso sens retard
E.

Et de leurs chants joyeux y réveillant l'écho,
Je souris, en passant, au fier coquelicot,
Fleur dont la République orne ta boutonnière !
SILVAIN,

BIGOT.

de la Comédie française.

SE TEN
«$»
Impromptu

Dans les blonds jardins d'Aquitaine,
De Dame Clémence domaine,
Un rubanet, l'autre semaine,
S'est épanoui radieux.
Fraîche pétale de Grenade,
De Tournier, notre camarade,
A la boutonnière il parade
Et jette un éclat tout joyeux.

A.

ClïANSROUX.

A noste valènt Tournier

Or, cette fleurette modeste
— La chose est plus que manifeste —
Qui mérite et travail atteste,
Ne pouvait mieux éclore, car
Depuis longtemps, en belles lettres,
— Et nul ne peut le méconnaître —
Albert Tournier est un des maîtres
Des bords de la Garonne au Var ;
Et de Paris aussi, que diable !
De ce Paris, grand, charitable,
Qui reçoit le monde à sa table
Et donne la gloire à paniers.
Qu'en l'honneur de ce ruban rouge,
— 11 me manque une rime en ouge —
Amis, ce soir le Midi bouge :
Vidons nos coupes à Tournier !
HENRI

La crous d'ounour qu'à nôstis iue
Mai qu'uno estello dins la niue
Eitant que lou soulèu qu'eilamount escandiho
Subre ta peitrino lusis.
Felibre prouvençau, tè ! vejo, esbalauvis :
A la cigalo d'or ispiro un caatadis
E ma museto en aio aquéu seten bresiho.

G1RAUD.

Esmougu, iéu, pichot felibre,
Salude en vous, Albert Tournié,
L'orne qu'a mérita lou titre
E l'ounour d'èstre chivalié ;
Di chivalié n'avès bèn l'amo,
N'avès lou geste emai lou cor,
N'avès la paraulo de flaruo
Que coungreiolis estrambord ;
Sias bèn l'afouga calignaire
Amourous de tout ço qu'es bèu ;
Amo d'elèi, di bèu troubaire
Sias un valènt porto-drapèu ;
Sias l'Albigés, l'orne de tèsto,
L'ome galoi e l'escrivan,
Lou menaire que rèn n'arrèsto.
Emé vous pourtas l'enavans
De la vièio raço galeso,
E lou menistre troubadour
De la Republico franceso
Vous dévié bèn la crous d'ounour.
BONOFÉ

DEBAÏS.

�Lou

GATEAU

DES

ROIS

Viro-Soulèu

il

A son âge, c'est pour la lutte
Qu'on l'arme ainsi dès le début,
Pour qu'il atteigne miéux le but
Que chacun vise et se dispute !

Les partis, chez nous, faisant trêve,
Il était convenu, je crois,
Que nous devions tirer les Rois,
Aujourd'hui même, avec la fève !
Nous l'avions dit le mois dernier :
Monsieur Leygues l'a su, je pense,
Et voyez, il nous récompense
En décorant Albert Tournier.
Tirer les Rois, en
N'est donc pas un
Mais je serais fort
D'expliquer dame

République,
si grand péché !
empêché
Politique !

Ma foi, quels que soient ses secrets,
Sachons-lui gré de la surprise
Si l'on doit à son entremise
Le plus aimable des décrets !
Chacun sait que ma lyre vibre
Et par plaisir et par devoir
Toutes les fois que le Pouvoir
Vient décorer un bon félibre.

Voilà nos trois parts de gâteau ;
Mais dans le champ du Ministère
Nous donnerons bientôt, j'espère,
Encore un bon coup de râteau.
Je vois dans cette coupe pleine
Miroiter nos succès futurs :
J'y vois flotter des rubans mûrs
Qu'abattra la moisson prochaine ;
Je vois, dans ce prisme argenté,
Maints triomphes parlementaires
Et, pour l'un de nos dignitaires,
Une écharpe de député.
Homme politique de race,
Tournier serait au Parlement
Tout à fait dans son élément,
Et je souhaite qu'on l'y place !
LUCIEN

DUC.

Aussi, tout joyeux d'applaudir
Au ruban de celui qu'on fête,
Je dis au ministre-poète,
Qu'il ne faut pas laisser tiédir :
A

— Mais quand donc, monsieurle Ministre,
Quand donc enfin décore-t-on
Félix Gras et Mariéton ?
Ce double vœu, je l'enregistre...
Puis j'exprime a César Gourdoux
Nos sentiments bien sympathiques.
Sans éloges dithyrambiques,
Il sait qu'ici nous l'aimons tous.
Il porte aujourd'hui la rosette :
Elle était due à ce doyen,
A ce sage et bon citoyen
Dont l'emblème est la violette.
Et le jeune Antoine Troubat,
Fait officier d'Académie,
Attend bien de ma muse amie
L'investiture de combat.

ALBERT

TOURNIER

Souvent, en admirant ta virile énergie,
J'ai regretté pour toi notre époque assagie.
J'eusse voulu te voir en des temps moins étroits,
A ces heures d'ivresse où, luttant pour nos droits,
Ceux de quatre-vingt-douze et de quatre-vingt-treize
S'élancèrent à corps perdu dans la fournaise !
Ton geste eût été beau ! Ta voix, comme leurs voix,
Eût tonné, foudroyant les traîtres et les rois !
Tu leur eusses battu le rappel de l'audace
Avec l'irrésistible entrain de notre race
Ami, notre présent ne s'enthousiasme plus,
Il trouve nos élans naïfs et superflus,
11 préfère l'étude et, s'il te récompense,
C'est qu'en toi le tribun double l'homme qui pense
Mais qui dévoilera le secret de demain '?
Songe, en voyant fleurir ton insigne carmin,
A tant de sang versé pour féconder l'Idée !
La Révolution, un instant retardée
Peut tout à coup renaître ! Elève donc ton cœur,
Prépare l'avenir qui te verra vainqueur !
RAOUL

GINESTE.

�Lou

11

Viro-Soulèu

Discours de M. Albert Tournier

Salut clapassié
Lou Clapas de Paris, lou Clapas de l'Erau,
Pèr ma voues enraumada,
Envion à Tournier si coumplimen courau
Emb'una bona annada !
A.

SARROU.

Sonnet en l'honneur d'un républicain,
cigalier et historien de 1793
La camaraderie ici préside en reine.
Elle nous trouve tous assemblés à sa voix :
Nous la reconnaissons, nous inspirant de toi,
O fier républicain ! pour seule souveraine,..
Il manque à cette fête un vers de Paul Arène ;
Il eût si bien loué ton mérite et ta foi,
Le civique chemin que tu poursuis tout droit !
Mais il renaît en nous, et son ombre est sereine...
Il te parle en nos yeux. Tu dois lire en mon cœur
Le chant de bon accueil que ce loyal vainqueur
De la mort et du temps jette au légionnaire !
Et son âme emportée au pays provençal
Jouit de voir fleurir notre été prairial
A ton col étoilé du pavot sanguinaire.
ACHILLE RICHARD.

Autre écho

A M. Albert Tournier.
Ils vous ont tous parlé, les orateurs puissants,
De la gloire qui vient lentement à son heure,
Et, pour le doux baiser dont elle vous effleure,
Les poètes ont dit leurs rêves frémissants.
Ils ont dit les chants purs des étés finissants,
Au pays du soleil où le rêve demeure,
Dans le riant pays où la vie est meilleure
Car Mireille y redit ses espoirs renaissants.

Mesdames, mes chers confrères
en Félibrige,
Je ne sais véritablement comment vous
exprimer ma profonde gratitude ; mon
émotion est trop grande et il faudrait la
finesse provençale de notre cher président,
la fougue oratoire de Maurice Faure, dont
je suis heureux de saluer en passant la
quatrième réélection comme vice-président
de la Chambre ; la science encyclopédique
et la véhémence charmeresse d'un maître
tel que Deluns-Montaud ; l'autorité normalienne de mon chef de cabinet Etienne
Dejean qui, sans parler de sa double qualité de journaliste girondin, d'ancien et de
futur député landais, a tant de titres pour
être des nôtres ; l'à-propos charmant de
Paul Faure qui serait député de Paris s'il
n'eût mieux aimé représenter Orange ; la
dextérité professionnelle de mon ami Lintilhac, à la fois maître de conférences en
Sorbonne et maître conférencier sur tous
nos théâtres nationaux — qui, exécutant
sur les trapèzes les plus haut perchés, sans
jamais se casser les reins, les tours les plus
périlleux, a mérité d'être appelé le Léotard
de l'éloquenee ; la courtoisie chevaleresque
de mon cher camarade Georges Niel ;
l'ostensoir étincelant des ironies que notre
confrère Alcanter de Brahm devrait me
céder pour quelques instants ; — il faudrait,
résumant d'un mot ma pensée, la chaleur
et le charme de tous les orateurs et de tous
les poètes que nous avons entendus ce
soir, pour rester à la hauteur de cette amicale apothéose. Je dirais volontiers comme
Calchas : Trop de fleurs ! Mais je préfère
fouler aux pieds toute modestie et, grisé
par ces parfums, ajouter une fleur nouvelle à une gerbe pourtant si abondamment
fournie. Sans pudeur aucune, permettezmoi de vous lire la lettre si pittoresque et
dont la lecture m'a été douce, que m'adressait notre vaillant sénateur Delpech :
« Je pars

Et puisque vous avez, de votre plume ardente
Fait revivre un de ceux dont la tâche géante
Fait tressaillir encor les vrais historiens,
J'ajoute à tous ces chants la note populaire,
Car le peuple saura reconnaître les siens
Quand il voudra quitter son silence ordinaire.
HENRY

GAY.

ce soir en tournée

apostolique.

Je ne serai de retour à Paris que le 14 janvier. Je regrette de ne pouvoir me joindre à
vos amis pour fêter votre décoration. A l'heure
réjouie où le lait des mamelles champenoises
mousse dans les coupes, j'aurais vidé la mienne
en votre honneur, après avoir raconté votre
passé de labeur littéraire et de vaillance politique. J'aurais rappelé les causeries de la

�Lou

Vu-■o-Soulèu

vingtième année, lorsque, rentrant de Versailles, vous racontiez au quartier latin, d'une
voix sonore et avec un geste large, les séances
mémorables où tonnait Gambetta. Quelle
chaleur alors! Quels enthousiasmes et quelles
espérances ! Mais je crois bien que le Tournier de ce sièclè ressemble fort au Tournier
de l'autre. Vous êtes aussi jeune, aussi enthousiaste, aussi épris des héroïques beautés
de la vie qu'aux temps où M. de Cumont
occupait le Ministère de l'Instruction publique.
Ce n'est pas banal par ce temps de muflisme
et de cynisme. Je vous en aurais fait mon
compliment en d'autres termes, après un bon
dîner, en compagnie de braves compagnons,
gens de bonne race française comme vous.
Je m'en rapporte à eux pour chanter vos louanges comme

il convient.

»

Le sénateur Delpech a raison. Nous
n'avons aucun motif pour changer de méthode ou de vie. Oui, nous continuerons,
qui qu'en grogne, à aimer dans ce XXe
siècle ce qui fut au XIXe notre consolation
et notre joie. Plus nous vieillirons, plus
nous avancerons vers la tombe et plus nous
aimerons ce qui est éternellement jeune,
plus nous adorerons ce qui est éternellement beau : le soleil, les fleurs, le chant
des oiseaux, l'égalité, la Justice, le clair
murmure des sources, la Femme, son
énigmatique et lumineux sourire.
Et cela ne nous empêchera nullement
de faire œuvre sérieuse. Mais tandis que
nous fouillerons l'histoire, si cela nous
plaît ; que nous nous mêlerons aux luttes
politiques selon notre droit de citoyens,
nous ne cesserons de félibrer, de félibrer
encore, de félibrer toujours, c'est-à-dire —
car c'est bien là notre but — d'aimer d'un
amour ardent, en même temps que la
grande, notre petite patrie ; d'honorer les
hommes qui, dans le présent comme dans

i3

le passé, ont maintenu ou maintiennent sa
puissante originalité. Vous continuerez
joyeusement à leur dédier plaques commémoratives, bustes et statues, comme si
nous n'en avions pas assez sur la conscience ; vous continuerez à susciter les enthousiasmes, à faire jaillir de tous les coins
de Provence et des Pyrénées les sources
de poésie ; à aller revivre de belles heures
devant la scène d'Orange avec les plus
hauts génies de l'antiquité grecque et romaine. Tant pis pour ceux à qui déplaira
ce programme ; nous sommes résolus à
n'en point démordre en dépit des horions
que nous pourrons récolter sur la route.
J'ai eu, pour ma part, à recevoir maintes
ruades d'un joyeux chanoine qui rédige la
Croix de mon département. La Croix
est d'actualité ce soir où il vous plaît de
fêter une décoration. Incapables de comprendre la magnifique leçon de sublime dévouement et de haut sacrifice qui se détache
du drame du Golgotha, certains n'ont voulu
retenir du supplice infligé au bon félibre
de Nazareth, que l'éponge de fiel dérobée
dans l'attirail des bourreaux pour y tremper
leur plume empoisonnée. Soyons plus
magnanimes et acceptons gaiement leurs
perfidies. C'est dans cet esprit, qu'après
avoir exprimé du fond de l'âme ma profonde gratitude pour les joies non seulement de cette soirée, mais de vingt années
de félibrige passées en commun avec des
hommes accourus des points les plus divers de l'horizon politique, philosophique
et religieux, j'adresserai, pour terminer sur
le mode sacré, une prière au ciel. Je la
dédie au chanoine Sentenac. Elle est courte
et je pense que le chanoine la trouvera
bonne. Cette prière, la voici : Veuillent
les dieux permettre, de longues années
encore, à notre Sainte Etoile de verser à
flots, dans les coupes félibréennes, le vin
réconfortant et pur de la Fraternité !

�Viro-Souleiado
Nécrologie
Après notre vice-président et ami Jules
Troubat, dont la douleur est toujours vive,
notre ami Eugène Garcin a eu aussi le cœur
déchiré par la mort de sa femme, dont les
obsèques ont eu lieu à Antony, le 6 décembre,
MM. Lucien Duc et Melchior Bonnefois
y représentaient le Félibrige de Paris, M.
Sextius-Michel n'ayant pu y assister.
Au nom de l'Académie de la Province
dont il est le directeur, Lucien Duc a retracé d'une voix émue, sur la tombe de la
défunte, les vertus de la noble femme et
nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ses paroles :
« Au nom de la revue La Province, à
laquelle Mme Garcin a peut-être envoyé
son dernier article, il y a un mois à peine,
qu'il me soit permis de donner un dernier
témoignage de regret à la femme d'élite
qui vient de s'éteindre, et de profonde sympathie à ceux qui la pleurent et vont trouver le foyer bien vide maintenant, car Mme
Garcin savait réchauffer de sa flamme tous
ceux qui l'entouraient.
« Je ne parlerai pas ici de l'écrivain au
style sobre et précis, ni du professeur qui
savait si bien exciter et retenir l'attention
de ses élèves par l'intérêt de ses aperçus
philosophiques; je me bornerai à louer
l'élévation d idées de Mme Garcin,le charme
de ses causeries et son amour de l'indépendance et de la liberté.
« Au reste, rien ne prouve mieux ses
qualités d'intelligence et de cœur que les
sentiments qu'elle avait su inspirer à son
mari. Ce n'est pas, en effet, seulement de
l'affection, ce n'est pas seulement de
l'estime, c'est une véritable vénération que
celui-ci professait pour sa compagne. Pour
qui connaît Eugène Garcin, c'est dire que
ces deux nobles esprits étaient faits pour
se comprendre, que ces deux cœurs vibraient à l'unisson, que ces deux âmes s'enflammaient au même souffle de libéralisme
et d'ardent patriotisme.

Echos félibréens
« Laissez couler vos pleurs, cher ami
éprouvé ; vous vivrez désormais avec le
souvenir si doux de celle qui n'est plus
et, lorsque l'heure marquée par le destin
sonnera aussi pour vous, vous irez la rejoindre au sein de ce Dieu juste et miséricordieux auquel elle croyait comme vous,
et qui est la suprême récompense des
cœurs purs et des âmes embrasées du noble
idéal qui vous anime et qui inspire toutes
vos actions. »
Après avoir reçu l'accolade émue d'Eugène Garcin, Lucien Duc a ajouté :
« Après l'expression de ces sentiments
personnels, je ne m'attendais pas à l'honneur de prendre de nouveau la parole.
Mais en l'absence de M. Sextius-Miche! qui
devait représenter le Félibrige de Paris à
cette cérémonie funèbre, et qu'une cause
imprévue et indépendante, à coup sûr, de
sa volonté, aura empêché de remplir la
mission dont il s'était chargé si volontiers,
j'ai le devoir d'assurer M. Eugène Garcin
de la sympathie profonde de tous ses collègues du Félibrige de Paris, qui ont signé
hier une lettre collective à son adresse.
Puisse ce témoignage confraternel adoucir
un peu l'amertume de ses regrets et apporter un baume à la blessure dont son cœur
saigne ! »

LES ŒUVRES
Le Journal

des

FÉLIBRÉENNES
Collectionneurs

de

livres, Bulletin mensuel de la librairie
E.Jorel (8, rue des Beaux-Arts), mentionne,
dans son n° 69 du 15 décembre 1900, cette
rareté félibréenne :
« SCATABRONDA. Coumedio noubcllo et
histouriquo coumpousado par M. V. B.
D. Rotterdam, Marteau, 1687, plaquette
de 32 pages in-douze.
« Voyez catalogue Nodier vendu 60 fr.
Cette pièce, dont l'auteur est l'abbé Fabre,
du séminaire de Cahors, allait être représentée dans cette v ille lorsque l'abbé Bonel
écrivit à l'un des acteurs pour le menacer
de lui faire ôter la place qu'il avait au sé-

�"5

minaire,s'il ne s'opposait pas à la représentation. L'auteur se vengea en publiant la
lettre de l'abbé dans un prologue où il s'en
moque. »
Ne pas confondre cet abbé Fabre, de
Cahors, avec l'auteur du Siège de Caderousse : s'ils sont du même esprit, ils ne
sont pas du même siècle.

Sus lou prepaus de la cigalo
Tóuti li Miejournau couneisson la pichoto
bestiolo que li felibre e li cigalié an pres
pèr simbèu, e tóuti lis esmarra de la capitalo, quand davalon vers la Prouvènço, i
bèu jour de l'estiéu, soun esmougu tre
qu'ausisson lou cant di cigalo quihado sus
lis óulivié. Acò 's pèr éli coume la bènvengudo de la terro nadalo, coume lou salut à l'enfant escapa dóu nis e que revèn
vèire li siéu...
Mai se tóuti couneisson de visto la cigalo,
se n'i'a même forço qu'estènt droulas, i'an
mes, coume a di Mistral, une paio au quiéu
pèr la bandi à l'aire, la paureto ! n'i'a
pamens gaire que pourrien dire saberudamen coume es facho aquelo bestiouleto
dóu bon Dieu, ni coume viéu, ni coume
canto !
Eb bèn, mi bèu coumpan, se voulès vous
assabenta sus tout acò, avès que de legi
lou librihoun que moussu Bout de Charlemont, lou saberu percetour de Barbentano,
vèn de counsacra à la cigalo (i).
Troubarés aqui de detai forço curious sus
la vido e l'anatoumio de la cantarello estivalo,
que béu la sabo dis aubre e se regalo de
soulèu en cantant de-longo à crebà si
m i rau !
Après agué parla de la cigalo dins la
fablo e davans la scienci, l'autour a trena
lou libre d'or de la cigalo, dins la literaturo e dins lis art e nous douno, dins si
Bouquet cigalié, un recuei de pouësio e
de letro galanto qu'a reçaupu, en gramaci
de si mandadis de cigalo gentamen pausado
sus de brout de lavando, de ferigoulo e de
roumanin pèr li det de fado de sa dono e
de sa fiho. Tóuti li felibre de marco i'an
passa e la prefaci dóu libre es dóu capoulié
Fèlis Gras que fai lou plus grand éloge
(i) La Cigale, monographie, un vol.
chez Vvc Rouinanille, en Avignon.

in-18,

d'aquelo oubreto. E, ma fe, pode pas miés
claure ma dicho qu'en citant aquelo fraso
calourènto :
« Ah! quente chale pèr aquéli que lou
legiran ! Iéu, voulès que vous lou digue ?
ai manja de pourquet emé de sàuvi... »
Segur qu'aqueli paraulo dóu capoulié
van engaja li groumandounà demanda lèulèu à misé Roumanille lou librihoun de
noste coumpan de Barbentano.
Car sabès, entre nautre siegue di, se li
coumplimen fan toujour plesi à-n-un escrivan, lou meiour coumplimen es pièi de
metre la man au boussoun, pèr n'en tira
ùni peceto...
LUCIAN

DUC.

P.-S. — Acò 's talamen verai que vène
de reçaupre uno letro dóu felibre Carie
Martin, de z'Ais, me disènt que souvetarié
que soun libre sus lou casteu e li papo
d'Avignoun ié rapourtèsse au-mens d'obro
prouvençalo en càmbi, se i'adus pas d'argènt. Adounc, aquéli que ié mandaran uno
obro, reçaupran la siéuno .en retour.
E vaqui ma coumessioun facho.

Dans son Gâteau des Rois, Lucien Duc
demandait au Ministre de l'Instruction publique si l'on ne décorerait pas bientôt
Félix Gras et Mariéton.
La chose est faite pour le premier, et les
Félibres de Paris ont signé, le 30 janvier,
la lettre suivante à l'adresse du nouveau
légionnaire :
Bèu Capoulié,
Es emé lou plus grand plesi que li Felibre de Paris an après vosto nouminacioun
dins la Legioun d'ounour.
Aquelo distincioun tant ameritado pèr
lou Prouvençau valènt, aparaire di dre de
la pichoto patrîo, coume pèr lou bon republican qu'a escri li Rouge dôu Miejour,
sabès que li Felibre dóu Voultàri la belavon
de tóuti si vot e, de-segur, vous estounara
pas que, dins sa sesiho d'aquest jour, agon
tóuti pica di man en l'ounour de voste
riban rouge.
Adounc, vous mandon si felicitacioun

�Lou

JO

Viro-Soulèu

couralo emé l'asseguranço de sa frairenalo
afecioun.
E longo-mai vivo Prouvènço e vivo lou

quatrième vice-président : M. le général
Enjalbert, et un troisième secrétaire : M.
Fernand de Rocher.

Capoulié !

Notre ami César Gourdoux a été récemment nommé officier de l'Instruction publique et tous les Félibres parisiens ont
applaudi à cette distinction qui couronne
une carrière administrative toute de droiture et d'affabilité.
*

Au banquet de février de
Président du
les auditeurs
vençal, qui a
vait trouver,

la

Cigale, le

Félibrige de Paris a régalé
de ce charmant sonnet proété très applaudi. On ne pouen effet, un vers final plus

spirituel :

I cigalié dóu riban rouge
A Benjamin-Constant.
De si flame e galant discours
Lou menistre que nous regalo
Vèn mai de la clafi d'ounour,
Nosto bello e noblo Cigalo.

Au cours de ses dernières séances, le
Félibrige de Paris a procédé à la. réception
de plusieurs de ses membres nommés titulaires.
En premier lieu, MM. Massip et Chazalette, deux enfants du Gard, qui ont exprimé
en termes simples et émus leur affection
pour le Félibrige et à qui César Gourdoux
a donné la réplique en compatriote et en
bon camarade.
Puis ç'a été le tour de M. Albin Gras
qui nous a dit ses pérégrinations nombreuses, qu'il accuse d'avoir donné à son
parler de terroir un caractère un peu bâtard, — ce dont on ne s'est pas aperçu —
mais qui n'ont pu lui enlever l'amour du
pays natal. Aussi se trouve-t-il pris de nostalgie, chaque année, quand les devoirs de
son emploi l'appellent pour quelques semaines en Picardie, loin du café Voltaire
où il aime à venir retrouver la chaleur et
l'estrambord du Midi.
Après la pittoresque réponse de M. Marignan, ce fut M. Sarrou, président du
Clapas, qui vint dire simplement que les
séances du Félibrige lui faisaient oublier
sa vieillesse et à qui M. Duc répondit en
louant les enfants du Gard et de l'Hérault
de leur attachement à la région natale et
de leur excellente camaraderie.

A mes tant de rouge à sis alo,
Qu'en vous vesènt, diran un jour
Li badaud de la capitalo :
« Acò 's li Rouge dóu Miejour ! »
Nàni, messiés, sias de troubaire,
De pintre emai d'estatuaire,
De gènt qu'an pres lou bon camin,

en

Par dérogation aux usages, le discours de
réception de M. Fernand de Rocher a été
écrit en français, mais... en vers ! et en
vers si charmants que tous les auditeurs
leur ont fait les honneurs d'un ban. ,Nos
lecteurs s'en régaleront le mois prochain,
ainsi que du remarquable discours provençal de M. Joseph Loubet, reçu le 27
février, et de l'affectueuse réponse de Lucien
Duc, dont l'assemblée a voté l'impression,
ne voulant pas que les félibres absents
fussent privés de ces œuvres vraiment lit-

un

téraires.

E voste presidènt, lou mage
Que saup tambènvousrèndre óumage,
Es de tóuti lou Benjamin.
SEXTIUS-MICHEL.

Le Félibrige

de

Paris

a constitué son

Bureau pour 1901. M. Sextius-Michel a été
réélu président par acclamation et tout
l'ancien Bureau
fonctions.

a

été aussi maintenu

On y a seulement

ajouté

Le Gérant: Màrius

PARIS.

—

AMY,

24g, rue de Vaugirard.

Empremarié felibrenco de Lucian Duc, 35, carriero Rousselet.

CI. 0.0.

BfZIERS

I — —MIM,,,,^

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              <text>Lou Viro-Soul&amp;egrave;u (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13127"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>Michel, Sextius (1825-1906)</text>
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              <text>Deluns-Montaud, Pierre (1845-1907)</text>
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              <text>Faure, Maurice (1850-1919)</text>
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              <text>Niel, Georges</text>
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              <text>Rocher, Fernand de</text>
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              <text>Loubet, Joseph (1874-1951)</text>
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              <text>Giraud, Henri (1869-1941)</text>
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              <text>Bonnefoy-Debaïs, Alfred (1855-1919)</text>
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              <text>Gineste, Raoul (1849-1914)</text>
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              <text>Tournier, Albert (1855-1909)</text>
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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Alternative Title</name>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 13,  [n°01-02] janvier-février 1901 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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