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LA

MORT
DE

Félix

Gras

Alors que les Félibres de Provence
s'apprêtaient à fêter le Capoulié, â la
suite de sa nomination dans l'ordre de
la Légion d'honneur, la foudroyante nouvelle de sa mort vint jeter la consternation dans le monde félibréen.
Au sein du Félibrige de Paris, où Félix
Gras était si aimé, la séance du mercredi
6 mars, jour des obsèques, fut levée en
signe de deuil, après une magnifique improvisation de M. Deluns-Montaud qui
prononça l'oraison funèbre du défunt avec
une éloquence dont tous les cœurs furent
touchés.
Une lettre collective fut aussitôt adressée â la famille, et voici la réponse qu'on
reçut, au Voltaire, quelques jours après :
Bràvi Felibre de Paris,
Es emé de lagremo e l'amo esmougudo
qu'avèn reçaupu li marco d'amista qu'avès
dounado à noste paure paire, qu'avié pèr
vàutri tóuti, bràvi Felibre de Paris, tant
d'estimo e tant d'afecioun. Eu, qu'en tournant di fèsto de Scèus nous moustravo tant
de joio e que nous disié tant qu'eilamoundaut dedins Paris i'avié d'ami, i'avié de
fraire.
O, restaren fraire toustèms ; aro, avèn
besoun mai que jamai de saupre que li
que l'amavon nous anion.
Gramaci pèr touto la famiho que plouro
soun paure paire. En touto amista, en soun
souveni.
Véuso GRAS,
Jan-Pèire GRAS,
Angèlo GRAS,
Deniso GRAS.

La cérémonie funèbre qui eut lieu en
Avignon fut imposante dans sa simplicité, par l'empressement de tous à rendre
hommage au grand félibre que l'on pleurait.
A la porte Saint-Lazare, avant que le
fourgon ne prît la route de Malemort,
village natal de Félix Gras, trois discours
ont été prononcés : le premier par Frédéric Mistral, au nom du Félibrige ; le
second par notre ami Albert Tournier,
au nom du Ministre de l'Instruction publique qui l'avait chargé de le représenter
aux obsèques, et le troisième par M.
Chambor, président du Tribunal civil.
On lira plus loin les paroles éloquentes
des deux premiers, qui peignent admirablement l'œuvre de Félix Gras et le:s
regrets que sa mort a causés.
A Malemort, devant toute la population du village, cinq autres discours
furent prononcés par MM. Marius Girard,
assesseur de Provence, Alexis Mouzin,
ami intime du Capoulié, Folcò de Baroncelli, au nom des habitants de la Camargue, Deshaies, juge de paix du canton, et Fructus, instituteur.
Nous souhaitons que tous ces témoignages de haute estime et de vive sympathie aient contribué à rendre moins
cuisante la douleur de la famille et en
particulier de notre ami Jean-Pierre Gras
à qui nous adressons de nouveau l'expression de nos sentiments affectueux.

Discours de Frédéric Mistral
Bèu Capoulié, grand ami Fèlis, es pèr
aquest pourtau de Sant Lazàri que,i'abelèu
trento cinq an, intraves en Avignoun, nous
arribant de toun vilage, lou cor plen d'enavans, d'esperanço e de fogo, de pouësia

�iS

Lou

Viro-Soiileu

subre-tout, e qu'emé li proumié de la pleiado
felibrenco te lançaves ardent à la bataio
prouvençalo, tau que lou pichot Viala e que
lou Tambour d'Arcolo di guerro de 92 !
E vuei,ai ! las ! toun obro facho e ta pouësio
escricho en tant de pouèmo superbe, pèr
lou même pourtau t'entournes mort e glourious dins toun endré de Malo-Mort, coume
aquéli meissounié qu'as canta dins ta jouvènço e que, la meissoun acabado, s'en
tournon au vilage de mounte èron vengu.
N'as toumba, tu peréu, de garbo belio e
drudo e rousso coume l'or : aquelo epoupèio di Carbouniè, mounte as enaussa
lou pople de toun grand Mount-Ventour ;
l'epoupèio de Tolosa, mounte reviéudères
la lucho dóu Miejour contro lou Nord e
la defènso dóu terraire, à l'epoco ounte lou
terraire avié 'ncaro d'eros que sabien Taparà ; e aquéli Papalino, ounte as fa dardaia li Iegèndo poulido de la ciéuta pountificalo ; lou Roumancero prouvençau,
mounte resplendiguèron li dos cansoun famouso de la Damo Guiraudo e dóu brave
Rèi En Pèire ; Li Rouge dóu Miejour,
aquéu brihant rouman dóu bataioun di
Marsihés au tèms de la Revoulucioun, que
tant prefoundamen bouleguè l'Americo que
se n'i'en chabiguè mai de cent milo eisèmplàri... Basto, aquéli discours regouirant
d'elouquènci e de flamado patrioto, ounte
tóuti lis an empuraves lou cor di felibre ti
fraire, que tres fes à-de-rèng t'avien aclama
Capoulié !
Bèu e valerous Fèlis Gras ! es tu même
en verita, es bèn tu qu'aviés retrà dins ta
roumanso magnifico de Pèire d'Aragoun,
que ta voues pouderouso fasié clanti pertout dins lis acamp de Santo Estello :
Lou rei En Pèire mouiito à chivau
E coume un lamp arribo d'avau :
A chivau
Emè sa longo cspaso
Arribo d'eilavau.
E vuei se pòu bèn dire que s'es clavado
ta carriero coume la dóu rèi En Pèire :
Plouras, dono e troubaire ! es toumba
Lou rèi que pèr Toulouso-se bat.
Es toumba
Subre Verbo flourido
E finis lou coumbat.

Aquelo erbo flourido es la decouracioun
de la Legioun d'Ounour que d'amount t'es
vengudo la vèio de ta mort e que, paure
de tu, noun a flouri que sus ta caisso.
Adiéu, grand Capoulié, adieu au noum
dóu Félibrige, e pousquen te revèire un
jour en Santo Estello !

Discours d'Albert Tournier
Il n'y aurait rien à ajouter aux belles et
fortes paroles de Frédéric Mistral, si je
n'avais la mission de représenter le Ministre de l'Instruction publique et des
Beaux-Arts, qui veut prendre sa part
dans ce deuil des lettres et de la poésie.
Dans notre douleur, nous avons du moins,
cette consolation, hélas .' bien stérile, de
penser que Félix Gras meurt en plein
triomphe, après avoir reçu, des pouvoirs
publics et de l'opinion, la consécration
depuis si longtemps conquise par son fier
talent, et si quelque chose peut diminuer,
pour nous, l'horreur inspirée par les jeux
stupides de la mort, c'est de savoir que la
Poésie et la Beauté sont, elles, impérissables.
*
Le maître de Maillane, dont l'œuvre
resplendit dans l'azur comme les temples
marmoréens au sommet des plus clairs
promontoires de la mer latine, vous a dit,
dans l'harmonieuse langue de Provence,
avec l'autorité du génie, sa pensée sur la
carrière poétique du chef incontesté de la
seconde génération des Félibres, et combien savoureux sont les fruits d'or cueillis
par son jeune compagnon de gloire sur
l'arbre du gay sçavoir.
Dès sa dix-neuvième année, Félix Gras
s'était lancé à corps perdu dans le mouvement de la Renaissance provençale, et bientôt l'historien Napoléon Peyrat le désignait
comme un des chefs futurs de la jeune
école.
Parmi les Provençaux, il est le poète
épique par excellence ; dès son début, il
se révèle comme un des continuateurs de
nos vieilles chansons de geste. Né à Malemort, au pied du mont Ventour où il va
dormir son dernier sommeil, il a chanté,
dans Li Carbouniè, l'épopée de ht montagne dont son regard d'enfant avait tant de
fois admiré l'altière silhouette. Dans To-

�L-

Viro-Soulèu

lo^a, le poète a évoqué, en ses grands
traits, la guerre des Albigeois, sanglante et
terrible, qui ne fut pas — comme on l'a
dit — une guerre de race, mais à proprement parler, la lutte de la civilisation contre
la barbarie ; se plaçant au point de vue
français, il se plaisait à redire que, si le
Midi eût été vainqueur, le progrès, la civilisation, s'en trouvaient avancés de cinq
siècles. Le Romancero provençal est composé de chansons de geste guerrières, amoureuses, parfois mystiques, auxquelles il avait
adapté les airs populaires du pays.
Les Papalino, miroir fidèle et charmant
de l'Avignon papal, renferment une série
de contes et de nouvelles d'allure hardie,
mais toutefois d'une note discrète et fine
qui lui valut le plus éclatant succès. Il
mettait enfin le sceau à sa réputation par
ses Rouges du Midi, où l'histoire du bataillon marseillais du dix août se déroule
en descriptions entraînantes, qui font songer à une succession de tableaux de Delacroix, par le mouvement et par la richesse
du coloris. Aussi, d'une voix unanime, futil désigné pour être le successeur de Frédéric Mistral et de Roumanille, à la dignité
suprême du Félibrige.
Il suffit de lire ses œuvres pour être immédiatement convaincu que l'on se trouve
en face d'un esprit large et libre, ayant
gardé un fonds indélébile de respect pour
ce qui est vraiment respectable, car, jusque
dans ses œuvres frivoles et fugitives, une
aimable morale domine et triomphe.
Sachant concilier l'amour du progrès avec
le culte des vieilles coutumes et des traditions provinciales, son ambition était de
conserver au peuple méridional « sa foi
dans sa haute mission d'enseigner aux autres peuples de la terre les chemins lumineux de la vraie civilisation, par l'aspiration
vers le Beau et l'Idéal. » Sempre plus aut t
telle était sa devise. Comme sur l'écusson
félibréen qu'il s'était choisi, sa plume avait
des flamboiements d'épée, et dans cette
langue, fille de la terre nourricière, fleur
d'humanité que nul n'aura l'impiété ni heureusement le pouvoir d'arracher, il a chanté
la générosité, la poésie et l'amour. Le provençal, qu'il considérait avec raison — d'accord sur ce point avec les Lakanal, les
Charles Nodier, les Jules Simon, les SaintRené Taillandier, les Michel Bréal, — comme
un moyen rationnel et fécond d'enrichissement de la langue nationale et d'enseignement du français dans nos écoles primaires

du Midi, a donné naissance à une littérature pleine de force et de grâce, parce que
trempée à la source populaire. Pour sa
part, Félix Gras a puissamment contribué
à conférer à l'idiome du terroir la haute
dignité d'une langue littéraire, et il a victorieusement démontré que ce prétendu
patois dédaigné, merveilleux instrument de
poésie, savait également se plier, par une
prose éclatante et souple, à l'expression des
idées générales et à la peinture des plus
nobles tableaux de l'Histoire. Il le prouvait
en faisant revivre avec le même bonheur
les splendeurs raffinées de la cour pontificale, comme la beauté farouche des manades des bords du Rhône.
Le culte voué à l'ardente langue provençale ne contrariait en rien son admiration pour la grande langue nationale, et
s'il entendait garder vierge de tout contact
sa sensibilité artistique, il constatait avec
joie que, dans les livres du Maître comme
dans ceux de ses disciples, le texte provençal vit toujours en bon voisinage avec la
traduction française. « Vous les verrez là,
disait-il, bien ensemble, comme deux bonnes
sœurs qu'elles sont, se donnant toujours
des baisers, se souriant quand le livre est
ouvert, et dormant du même sommeil, dans
un même embrassement, quand le livre est
fermé. » Prêchant d'exemple, n'avait-il pas
lui-même publié sa traduction française des
« Rouges du Midi &gt; dans le plus grand
journal politique de Paris ? Son roman
historique était immédiatement traduit dans
toutes les langues d'Europe, et, pour marquer d'un trait l'admiration universelle soulevée par son livre, rappelons que l'illustre
homme d'Etat Gladstone tint à honneur de
le présenter, dans une brillante préface, au
public anglo-saxon.
Après avoir exprimé, au nom du Ministre
de l'Instruction publique, la douleur profonde du monde des lettres, à la nouvelle
d'une disparition aussi soudaine que cruelle,
vous permettrez à l'ami, malgré l'émotion
qui l'étreint, de dire combien l'homme sera
profondément regretté de tous ceux qui
eurent l'honneur de l'approcher. Tous l'aimaient pour le charme de son esprit, la
droiture de sa conscience, la douceur et la
sûreté de son commerce.
Nous ne reverrous plus, dans ce magnifique panorama d'Avignon, sa figure douce,
mélancolique, où se reflétait pourtant la
mâle énergie de l'artiste. En cette journée
de radieux soleil, si triste pour nous, au

�2}

Lou

paradis des poètes, ses ancêtres en gaie
science, Bertrand de Born, Bernard de
Ventadour, ses précurseurs immédiats, les
Roumanille, les Aubanel, comme aussi
l'Arioste, le Tasse et les plus gracieux conteurs de l'Italie, l'attendent sur le seuil
pour lui faire fête.
Je ne me sens pas la force d'adresser de
vaines paroles de consolation à la famille si
durement éprouvée qui était son légitime
orgueil et dont il était, à son tour, la fierté,
le soutien et la joie. Nous ne pouvons que
pleurer avec elle. Mais, en terminant, je
tiens à rappeler que, respectueux des nécessités historiques qui ont amené l'unité
et l'indivisibilité de la Patrie, Félix Gras
avait résumé sa profession de foi dans l'épigraphe célèbre : « J'aime mon village plus
que ton village ; j'aime ma Provence plus
que ta province ; j'aime la France plus que
tout. &gt;- C'est donc au fils pieux d'Avignon
dont il a célébré les gloires, au poète qui
a chanté sa Provence depuis la cime neigeuse du Ventour, en passant par les marais
de la Camargue sauvage, jusqu'aux calanques ensoleillées de la mer méditerranéenne ;
au bon citoyen dont l'œuvre honore la
patrie, que vont naturellement nos hommages.
Le gouvernement de la République, qui
ne saurait être indifférent à aucune des
gloires de la France, s'incline avec une
profonde tristesse devant le cercueil du
poète, du patriote, de l'ardent républicain
qui, sous l'enveloppe magnifique du felibre,
gardait le cœur héroïque et tendre du preux
chevalier.

Les dernières lettres de Félix Gras aux
Félibres de Paris étant désormais comme
des reliques, nous nous faisons un devoir
de les enregistrer ici.
Voici ses souhaits de bonne année, en
vers :

I Felibre de Paris
Salut, mi bèu Felibre, o bon siècle e bon an !
Gardas lou fiô de Dieu dins voste rouge sang !
E mau-grat lis ivèr c mau-grat lis autouno,
Espandissès vosto obro ; e coume fai la touno
Mau-grat l'auro frejasso e mau-grat li blasin,
Trasès maiou. nouvèu escranca de rasin !
Dóu Félibrige sias li fanions sanienaire,
Vostc bel estrânibord cuerb la voues di renaire,
Vosto semènço, lèu, dins Paris granarà,
E raço dóu Miejour amount racejara.
Car vàutri, sias lou gréu e la flour de la raço,
E vaqui perquè lou Capoulié vous enibrasso !

Viro-Souíèit

lit voici ce qu'il écrivait à Lucien Duc,
en réponse aux félicitations collectives
qu'on lui avait adressées :
Avignoun, 2 de febrié 1901.
Gramaci, mroun bon counfraire Lucian
Duc, di cournplimen que me mandes e di
felicitacioun que me portes dóu Félibrige
de Paris.
Digo is ami de cor dóu Voultàri que lou
Capoulié es fièr e grandamen ounoura de
l'auto distincioun que i'a douna lou simpàtic President de la Republico, mai digoié subre-tout que ço que lou pretoco lou
mai, ço que lou fai trefouli dins tóuti si
mesoulo e ço que lou bouto lou mai en
glôri e en jouiouso imour, es de pousqué
se dire lou counteirau, l'ami, lou fraire di
Felibre de Paris.
Vostc
FÈLIS

GRAS.

A Fèlis Gras
Tóuti nous gandissen au bout de nosto draio,
Vuei, deman. dins cent an. es tout un : fau fini ;
Après l'aubo e miejour, lou vèspre e l'embruni :
Doune, urous quau s'envai acoumpagna de raio î
Li raio de la glôri an cencha toun front naut,
Fèlis Gras ! Mai ta fin nous es un treboulèri,
Car se tu siés toumba valerous, grand e lèri,
Nautre avèn pou de plus retrouva nosto nau I
Capitàni valent que tìegiìlèu reclamo,
Qu'as di li Papalino e canta Toloza,
Au pèd dóu Muunt-Ventour, aro, te siés pausa
D'enterin qu'Avignoun recato ta bello amo !
Te faren un autar mounte, dins lou missau.
Lou prèire legira ta proso magistralo,
E nautre respoundren. de nôsti voues couralo,
Ti refrin afouga. ti cant universau ;
Fièr Capoulié ! chasque an. nóu jour, dins la capèllo
Que tout felibre porto en soun cor generous,
Li Majourau faran lou signe de la crous
E pregaran pèr tu la grando Santo Estello I
ANFÓS

TAVAN.

�Le

Vir o-Souîèu

Le nouveau Capoulié

Le Consistoire félibréen, réuni en Arles
le 2i avril, a élu Capoulié, en remplacement du regretté Félix Gras, le majorai
Pierre Devoluy, un des rédacteurs militants de VAiôli.
A la suite de cette élection, le président
du Félibrige de Paris a adressé au nouveau grand-maître la lettre suivante,
affirmant les sentiments de notre Association :
Moussu lou Capoulié e car Counfraire,
Li Felibre de Paris soun urous de vous
traire si felicitacioun couralo à l'óucasioun
de vosto eleicioun au Capoulierat, en plaço
d'En Fèlis Gras, qu'èro tant afreira emé
nous-autre.
Sian assegura que soun valènt sucessour
voudra countunia li boni relacioun establido entre lou Capoulié e li Felibre parisen e qu'auren un jour lou plesidevous
vèire au mitan de nautre.
Au noum de tóuti, bèu Capoulié, vous
salude e vous baie I'asseguranço de noste
amour pèr la Causo felibrenco e pèr la lengo
dóu terraire.
Le courrier du surlendemain apportait
à M. Sextius-Michel la réponse cordiale
que voici :
Moussu lou Présidente car Counfraire,
Reçaupe li felicitacioun couralo que voulès bèn me trasmetre de la bello part di
Felibre de Paris. Aquéli bons astru me
soun tras-que precious, venènt dis ome
d'elèi que mantènon dins Paris l'auriflour
felibren e pourgi pèr lou mestre venera
que vous sias. Poudès èstre assegura que
l'eisèmple de noste paure ami Fèlis Gras
me servira toustèms de guide. Soun ilustro autourita me fautara, pecaire ; mai
se la fe, la simpatio e l'amour soun quaucarèn, vous li semounde : sarai urous,
sarai fièr de countunia, de faire fiouri mai
que mai li boni relacioun que ligon li
Felibre de Paris e li Felibre dóu Miejour.
• Pèr iéu, i'a qu'uno raço de Felibre, e soun
tóuti fraire, li coume vautre qu'an « l'amour
de la Causo felibrenco e de la lengo dóu
terraire. &gt;

Vous prègue, moussu lou Presidènt e
car Counfraire, de presenta i Felibre de
Paris mi gramaci e mi vot courau, e d'agrada persounalamen mis oumenage li mai
devot.
PÈIRE DEVOLUY.
Rien ne sera donc changé dans nos
relations amicales avec nos confrères du
Midi.
Et maintenant, si nos lecteurs veulent
avoir quelques détails intéressants sur le
nouveau Capoulié, le Journal de Valence
va nous les fournir :
Pour la première fois depuis l'institution
du Félibrige, le Capoulié (grand-maître)
est un Dauphinois de bonne race.
M. Pierre Devoluy, qui vient de succéder
à M. Félix Gras — successeur lui-même
de Mistral et de Roumanille — est en effet
originaire de la vallée de la Drôme où son
père fut l'un des républicains militants aux
époques les plus difficiles et fut, après le
2 Décembre, avec le père de Maurice
Faure, l'un des nobles captifs de la tour
de Crest.
Pierre Devoluy n'est que le pseudonyme
littéraire, d'allure très dauphinoise, de notre
distingué compatriote dont le vrai nom est
Gros-Long.
Après de brillantes études militaires, il
devint dans l'arme du génie l'un des plus
laborieux et des plus remarquables de nos
officiers et obtint rapidement le grade de
capitaine qu'il occupe aujourd'hui à la garnison de Nice.
C'est surtout pendant son séjour au régiment d'Avignon que se détermina son ardente vocation félibréenne.
A l'école de Mistral et surtout de Félix
Gras, son ami personnel, il devint en littérature provençale un véritable érudit et
écrivit diverses œuvres en prose d'Oc dont
la plupart sont malheureusement inédites,
notamment une Histoire de Provence que
le maître de Maillane tient pour un chefd'œuvre.
Aussi est-il justement considéré, bien
que sa renommée n'aitguère franchi encore
les limites du monde félibréen, comme l'un
des meilleurs prosateurs de la Renaissance
méridionale,
M. Pierre Devoluy a de nombreuses relations et de fidèles amitiés dans le Diois
et aussi à Montélimar où son père — qui

�Lou

Viro-Souleti

y exerça jusqu'à sa mort la profession de
percepteur — était l'ami intime de M.
Loubet, qui apprécie particulièrement le
nouveau Capoulié. Ajoutons que M. Devoluy est un républicain des plus convaincus
et un excellent démocrate très dévoué aux
idées de décentralisation.

Jóusè Louhet au Félibrige de Paris
Discours de recepcioun

Messiés, brave mèstre e car coumpan,
Es emé gau qu'à l'estiganço de ma recepcion de membre titulàri gramecie mis
ami dóu Félibrige de Paris. Fa tant de tèms
que m'es un ounour d'èstre felibre ! Quouro
aviéu dès o vounge an, me n'en remembre
coume s'èro d'aièr, de-vers li sèt ouro dóu
vèspre m'es arriva, mai que d'un cop, de
sègre, de liuen, lou cor tifo-tafan, pèr li
carriero de Mount-Pelié, Teodor Aubanèu,
lou grand pouèto de l'amour e dóu soulèu,
e soun cardacho En Louis Roumiéu ; ère
tremoulant ansin qu'es lou calignaire crentous qu'acoutis la jouvo qu'amo, avans
l'ouro dis avouacioun... Li dous pouèto
anavon s'aplanta subre lou bescaume dóu
castèu d'aigo de la permenado dóu Peyrou
pèr d'aqui bela lou soulèu tiemount. L'astre
ensaunousissié li palunaio, li garrigo, li
colo e la mar beluguejanto que boutavo
au còu blanc di vièii paret de Magalounola-Morto, uno beloio couralino ! Teodor,
Roumiéu, mut e tèsto descuberto, istavon
aqui jusqu'à la niue.
M'en souvèn de lis avedre segui, toujour
ansin bras à bras, liga coume crouchet e
maieto, uno fes même que risien en fasènt
vesito à tóuti li devignairis e li bóumiano
tirarello de carto que d'aquéu tèms encaro
tenien baraco dins si veituro subre TEsplanado pèr li fiero de Pasco e de Toussant.

Alor noun saviéu queto èro la resoun
que me fasié braca subre lis amusage de
mi cambarado d'uiado despichouso e me
tenie sóuvertous, pensatiéu e ravassejaire
liuen d'éli, d'enterin qu'uno escrèto atiracioun me menavo de-vers li dous felibre.
E quouro rintrave encò de mi gènt, m'enibarrave dins ma pichoto cambreto... sourtiéu dóu mitan de mi libre d'escoulan, La
Miòiigraiw, Lis Lsclo a"or,Li FihocVAvignoun, e m'ebrissiéu de pouësio e de
lumiero. Pau .à cha pau, moun cor s'abarissié de la melico paradisenco dóu Félibrige e lèu ma muso vengué laleja à moun
auriho si proumiéri rimo creserello.
Un jour, ié tenguère pas mai e m'anère
vira la cadaulo dóu brave Roumiéu e lèu
la famiho felibrenco dóu Clapas m'aculiguè
e lou sant dóu Félibrige, lou pouèto d'elèi
e aposto sèmpre cremant qu'es l'Aràbi,
me devenguè l'ensignaire e lou counseié
ama. Nistoun, publiquère mi proumiévers
e mi proumié raconte dins un journalet,
La Cigaló d'or. Ero atfô moun rampau
d'aubrespin. E venguèron li fèsto sant-estelenco e mi dous peirin, milord BonaparteWyse e Louvis Roumiéu festejèron mi
quinge an en me fasènt mantenèire.
O mi bèu peirin ! tóuti dous soun amoundaut dins lou cèu felibren, amount, ounte
emé tant d'àutri de si valerous coumpan —
rambaia trop lèu pèr la negro mort-peleto
— an de-segur reviéuda lis us e li gèste
de la galoio chourmo dis « Arquin ».
O.brave Irlandès qu'aviés fa tiéuno la
terro nostro à l'ouro que tant d'arlèri e de
nèsci renegaire escupissien subre li glôri
de soun brès ; paire di Piado de la Priucesso e di Parpaioun blu, e tu, moun bèu
e bèn-ama mèstre e ami, cantaire de la
Jarjaiado,àe la Ra m pela &lt;/oedi Cotiqu ilio,
paure Roumiéu desvaria, pelegrin sèmpre
apassiouna de la Bèuta e de l'Amour, e pelegrin de Coumpoustello, vous mande, à
tóuti dous, bràvi peirin, fervourousamen,
vuei coume toujour, l'óumage que se dèvon
de semoundre à si noble paire li fiéu devot
e leiau !
Mai moun vertadié batistèri felibren fugué ma primo escourregudo en Prouvènço
l'estiéu de nounanto-un. O douço souvenènço ! La proumiero acoulado mistralenco
dins l'oustau amistadous que couneissès,
messiés. pèr i'avedre mena mai d'un cop/
la colo parisenco dis amourous de la pichoto patrio ! O queto benesido journado
que rènjamai pourra escafa de ma memôri 1

�Lou

Viro-Soulèu

Lèu, anavo parèisse aquelo tragèdi meravihouso de la Reino Jano e Mistrau, aquelo
persouuificacioun de Tengèni d'uno raço
valentouso e luminouso, lou mèstre que
d'aquéu jour counquistè d'à-founs touto
l'amo de soun paure pichot vesitaire, n'en
debanè de tros ..
Subre moun cartabèu de routo n'empourtère, escri de sa man, un brigoun...
Iéu veie au miradou
Rousoun touto esmougudo...
Aquéli rego, em' un retrà dóu mèstre
pouderous que m'es vengu aquésti darrié
tèms, e que bouto uno souleiado dins moun
recatadou parisen, vaqui li dos causo que
me soun li mai santo, li mai caro e i'a
gens de tresor, gens de poudé que jamai
poscon me n'en dessepara un moumenet !
Quouro m'entournère au calabrun subre
la routo pòussouso e blanco que vai de
Maiano à Gravesoun, davalavon peréu de
colo de meissounié, • lou voulame sus l'espalo. Ié fasien coumpagno de chatouno au
mourroun fin, is nie viéu e blous coume
lis erso de la mar, à la peitrino boumbelanto
souto lou jougne entre-dubert. L'auro tebeso caressavo li sen que, de fes, à la favour d'uno coutigo o d'un cacalas, espelissien si poumo redouno e blanco floucado
d'un degout de sang, e li fringaire esbalauvi
qu'aquelo visto atalentavo, aior se clinavon e grafignavon li poupèu d'uno poutouno ! E vague de rire!... Davalavon en
disènt la cansoun siavo e leno de Magali
e li cigalo zinzinarello amagado dins li
platano, acoumpagnavon li cantaire...
E pièi, à la niue, amoundaut dins l'abadié
de Sant-Miquèu-de-Ferigoulet, perdu dins
li colo, l'ourgueno pouderouso entounè dins
la grand nau vuejo lou cant de la Coupo,
l'inné naciounau d'amour e de fe di raço
mieiournalo; e lou paire Savié, lou mèstre
de la cadiero prouvençalo, lou Monsabré
dóu Miejour, lou plus grand di prousatour
après l'escrivan unen qu'es lou capoulié
Fèlis Gras, lou paire Savié, dise, me mandé
dins lou mounde felibren gratifica de sa
semousto :
Siés lou loubet dòu Félibrige,
Souvène-te-n'en, si jamai
Venien li loup, coume un aurige,
Dins lou troupèu faire varai...
Messiés, vous vendriéu en odi se seguissiéu piado à piado despièi aquélis ouro
benurouso lis evenimen de ma vido felibrenco.

Ah ! se jamai dins la memòri
Aquéu cementèri dòu cor...
dis Teodor dins la Miougràno. Oh ! quête
cementèri ! E que de crosse soun cava, que
n'i'a adeja, d'aquélis afecioun, d'aquélis
amiracioun qu'empurèron e assoustèron
ma jouvènço, que n'i'a que se soun gandido de-vers l'eterne repaus !
Messiés, à moun vejaire, m'aperdounarés
de m'èstre arresta bessai trop de tèms à
culi quàuqui fiour au mitan di Iauso, pervenco o roso moustouso i'espelisson ansin,
simbèu de la vido eterno e sèmpre renadivo di cresènço dins la poudestat dóu
Bèu :
Adounc, ma jouventu de boujarroun
trevè dins lou Miejour, ifèsto, i felibrejado,
i biòu, e ié cantère tóuti lis espèr, lis afougamen e l'amour. Lou pensamen que m'es
lou mai dous belèu, es aquéu d'assaupre,
pèr alin, mi vers repeti di labro rufo de
quàuqui cambarado : mestierau o pacan e
belèu d'aquéli d'uno manideto !
Un jour d'óutobre, laid coume lou pecat,
li trafé de la vido me desnisèron. Me vaqui
dins Paris. Poudès pensa, Messiés, quête
treboulèri bouté dins moun eisistènci aquel
auvàri. Mai li Diéu abandounon jamai li
drôle qu'an fisanço dins l'ideau e Maurise
F'aure, aquel ome d'elèi que, parvengu i
nàuti cargo, a douna l'eisèmple amirable
de la fe gardado à la causo de la terro
meiralo, e acô, messiés, es la marco unenco
dis amo grando, di verai grand patrioto,
Maurise Faure, dise, me moustrè l'estello
que lusissié subre lou cafè Voultàri, aquelo
estello tant finamen cantado l'autre vèspre
pèr lou requist pouèto qu'es moun coumpan Fernand dóu Roucas.
E de fet, moun patimen s'esesvani. Eici,
Messiés, dins aquest pichot mèmbre i paret adournado di retra de tóuti li mèstre
qu'amave. ai capita d'àutri mèstre que lèu
nie soun devengu car, amor que l'estrambord, la fe que me desvarion regoulon
peréu de si cor amistous.
Francamen, dirai que n'èro pas sènso
mesfisènço que veniéu eici. Li parisen
dóu Félibrige, amor belèu qu'an bello esquino dins l'eime de quàuqui Miejournau,
porton un poulit fais de sansogno messourguiero.
Messiés, nàutri, li d'alin, e vous, li d'eici,
sian bèn li german que se preston ajudo,
ansin que dèvon faire d'enfant d'uno soulo
famiho, qu'an mémo toco, même ideau,
même espèr dins l'endevenidou e que
s'amon de tout cor.

�=4

Lou

Viro-Soulèu

Despièi Aubanèu enjusqu'à Tavan, enjusquo au bèu Capoulié, l'an passa, aquéli
qu'an dre de parla pèr nàutri, vous an di
noste pensamen franc, vous an douna la
noto veraio de l'afecioun e de la gratitudo
que vous gardan.
Iéu, Messiés, vous veguère à l'obro,
veguère vosto devoucioun à la santó causo,
e vaqui perquè me fuguè dous de respondre de cor, o, de tout cor, à l'amistanço
frairenalo que me fasias en m'agradant di
vostre.
Gramaci, messiés ; me parèis que vosto
bèn-vengudo me fai felibre uno segoundo
fes.
Li sesiho dóu cafè Voultàri, souventifes soun d'agradivo cour d'amour e toujour de counsèu dóu gai-sabé. Quouro ié
charron d'ome de la valour di Faure, di
Sextius-Michel, di Deluns-Montaud, di
Tournier, di Troubat, dis Oddo e tant
d'àutri qu'an renoum de sapienço e de
gàubi artisti e pouëti, iéu qu'escoute, destrihe lèu emé joio que lóu Félibrige de
Paris resumis, au-mens dins lou biais
di realisacioun pratico e proumierenco,
lou mèu e lou vin de la dóutrino mistralenco e que soun pouderous enavans es la
grando butado à la rodo dóu reviéure
prouvinciau.
Messiés, me permetrés d'apoundre à
ma dicho, pèr la clava à la vièio modo,
uno coumparesoun nascudo dins ma cabesso
pacano.
Es bono à dire bessai au jour de vuei
que se fan de mamour li sacamand tudesc e
li bourrèu de la Piéucello.
Avès vist de segur, coume iéu, dins noste
terraire, de plantié abandouna.
De souco, garrudo, reboufido, grosso
que dirias de trounc d'amourié i mes d'ivernas, — centenari e mai vièio de fes,
soun quihado au mitan di calado, inbrandablo ! An vist passa tóuti li malandro dóu
vigilares.
E quouro tourno la primo, bandisson de
jitello nouvello, de surgentiéu que se cuerbon de grandi fueio ; espelisson si flour e
pièi amagon souto si pampro saurino de
gros liam de rasin — ansin que fasien i'a
de cènt an passa — senoun mai !
La raço latino retrais aquéu plantié que
semblavo deleissa.. Mau-grat li malastre,
desfisant li destrùssi, bravejant l'iro di sagataire d'ideau, i'a li souco italico, espagnolo, prouvençalo, catalano, lengadouciano, e d'àutri, e d'àutri que tènon... jamai
crebado.

Uno sabo pouderouso e vivo cour dóu
racinun i jitello dins caduno ; aquelo sabo
qu'es la lengo, aquelo lengo qu'es lou sang.
La souco d'O reviéudado e renadivo fai
l'espantamen dis orne à pelage rous.
Elo a espandi si ramo dis Aup i Pirenèu,
e la branco gandido jusqu'eici, mau-grat
lou neblarés, la branco dóu Félibrige de
Paris pousso si fueio d'or e recato soun
liam de rasin, flame, roussen e muscadèu.
O, messiés ! pèr mena li pople vers li
counquisto de bèuta, vers li taulo santo de
la Joio e de ITdeau, i'a que li colo nostro
de vendémiaire qu'an mestié de s'auboura !
O ! vengu lou tèms di vendémio d'amour,
rampelaren tóuti li cor pur, tóuti lis amo
lranco, e, resson de nòsti rèire troubadour,
ausirés repetido dins tóuti li caire dóu
mounde la cansoun mistralenco que benastrugara lou renouvèu :
Aubouro-te, raço latino,
Souto la capo dòu soulèu,
Lou rasin d'or boui dins la tino,
Lou vin de Diéu gisclara lèu..,
E li veirés, messiés, coume lis esclau que
seguissien li càrri di triounfadou antic, lis
arlèri, li braguetian, li renegaire, li franchimand renous e quiéu pelous dóu goust
de moussu de Ffoux, li veirés que darrié
nàutri vendran pèr boutiho dins noste
vignarés.
L'ideau es lou pan pasta pèr lou soulèu.
Es fa d'amour e de lumiero !
Es la cresènço dins l'ideau e dins la poudestat de la Bèuta eterno e lindo, que
bouto l'engèni dins lis amo auturouso ! Es
elo tambèn, messiés, que niso au cor dis
ome de vosto meno, l'estrambord emai la
forço necito pèr coumpli aquelo toco unenco
e dos fes santo que marido d'amour l'enauramen de la grando patrìo e l'aparamen di
crèire e di liberta de nosto terro nadalo !

Responso de Lucian Duc
l'a de tèms, Messiés, de-segur, qu'avian
pas ausi, au Voultàri, un tant poulit discours
de recepcioun, à la fes pouëti, esmougu,
plen de tiamo e d'envanc, e regouirant
subre-tout de l'amour de la lengo meiralo
e de la fe dins l'aveni de la Causo felibrenco.

�Lou VirO'Sotilèu

Tambèil, moun bèu felibre, siéu tout
urous de vous respondre, coume me l'avès
demanda, e lou fau em' un plesi d'autant
mai grand qu'es iéu que vous ai prepausa
darrieramen coume membre titulà ri. Venès
de prouva que la Soucieta poudié pas faire
meiouro chausido.
Regrète qu'uno causo : es de pas agut
lou talènt de paraulo de voste proumié peirin
dins la Soucieta, noste ami Maurise Faure.
De-segur, ié perdrés ; mai, coume dis lou
prouvèrbi : « A fauto de taba, fumas d'esco ! »
Adounc, amor que lou valènt deputafelibre, pres pèr la cambo, es trop souvènt,
à noste agrat, retengu au cantoun de soun
fiò, me vau entancha de vous bèn-astruga
à sa plaço.
Se pòu dire que sias un vertadié felibre,
vous qu'au mié de la grand vilasso, en
liogo d'ôublida la pichoto patrio e de renega
sa lengo, vous embarras dins un raive pouëti
qu'esvarto pèr vous li nivoulasso, leissant
clareja, dins lou blu de voste cèu, lou sant
soulèu de la Prouvènço e dóu Lengadò, e
dinda à vòstis auriho lou parla melicous dóu
terraire miejournau.
Aquéu parla, lou couneissès d'à-founs e
l'emplegas em'un gàubi tout vostre, em'uno
sabour que retrais la maniero dóu brave
gnarro Batisto Bonnet e, de-segur, vous
pode pas faire un meiour coumplimen.
Que fugués un felibre d elèi es tout naturau, amor qu'avès treva Aubanèu e Roumiéus, e que Frederi Mistral vous a reçaupu
dins soun oustau, chale que m'aproumete
de-longo e qu'ai pancaro agu l'óucasioun de
tasta, à l'asard de mi ràris escourregudo !
Se vèi qu'avès teta de bon la e que vous
sias abéura i bon sourgènt, car vòstis obro
soun clafido d'image e d'escrinceladuro,
fiour dóu terraire miejournau que s'atrovon
pas souvènt souto la plumo di gènt dóu
Nord. Vòsti rimo soun dindanto coume l'or
e vous enauras vers li piue souleious dis
ort felibren en secutant l'amo de la Coumtesso, que sabès ajougne e devina. E lou
grand pouèto de Maiano, qu'a tant lèu devista lis orne de la bono, vous tèn coume
un di bon mantenèire de la Causo.
Ali ! se me sabien entèndre !
Ah ! se me voulien segui !
a di Mistral. E sias un d'aquéli que l'an
sachu entèndre e que se fan glôri de lou
segui. Vaqui perquè lou Mèstre vous amo,
e vaqui perquè, iuei, eici, aplaudissèn tóuti
à voste bèl estrambord, un estrambord
qu'es pas messourguié : i'a que de vous

vèire pèr senti que i'anas de tout cor, e
vosto moudestio fai que mai ressourti vosto
bello francour.
Fugués dounc lou bèn-vengu au mié di
majourau dóu Félibrige de Paris, e countunias à nous debana vòsti bèu vers acoulouri o de nous canta galoiamen li coublet
Cóu Maset.
Iéu acabarai ma dicho en vous disent
que m'avès fa grand gau en me chausissènt
coume peirin, car m'avès ansin douna l'óucasioun d'apoundre voste retra pouëti à la
tiero d'aquéli qu'ai deja pinta e qu'aviéu
bèn clavado. Mai, vertadieramen, me n'en
sariéu vougu de pas vous avé douna plaço
dins moun Panteou felibren, vous que sias
un di mai devot à la Causo.
E se ié figuras, aro, n'en poudès traire
vòsti gramaci à noste coulègo Roux-Renard,
qu'en me fasènt langui li dessin que m'a
proumés, vous a douna lou tèms de vous
metre en bello pauso pèr reviha moun
ispiracioun un pau endourmido, à forço de
retraire tant de caro !
E sabès la penitènci que vous counseie
d'impausa au pintre avignounen ? Es d'apoundre voste retra à-n-aquéli que s'es
carga de faire : en quatre cop de plumo,
acò sara lèst, s'anas l'atrouva dins soun
ataié.
En esperant d'amira soun retra, veici
toujour lou miéu, pèr claure enfin sesiho :
Jóusè Loubet

Lou felibre Loubet, umble enfant de l'Erau,
Escriéu d'obro requisto
Dins lou noble parla de noste grand Mistrau,
Que manejo en artiste
Emé soun mantèu rous,sèmblo un gardian de Crau
Eu qu'à pèrdo de visto
Fai courre à nòstis iue li cavalo e li brau
Dins la sóuvajo pistó...
Si vers soun plen d'image e d'un bèu mouvemen
E de l'ausi, ma fe, nous clialan un moumen
Quand debito sis obro.
Aquéu retra, messiés, se l'ai fa lou darrié,
Vesès pamens bèn clar qu'es pas 'quéu d'un manobro,
Es aquéu d'un òubrié !

�Lou

s6

V iro-Soulèu

Replico de Jóusè Loubet

VIRO-SOULEIADO
Echos félibréens

Moun brave Mèstre,
Me n'avès coupa la sibleto ! Vòsti paraulo, tant couralo e tant amistadouso, e
vòsti coumplimen tan aflataire pèr iéu, me
tènon talamen mouquet e esmougu, que
noun save de quête biais vous larga un
mot de gramaci pèr voste discours de
bèn-vengudo.
Mai uno remembranço de moun « nouviciat » felibren (perdoun pèr aquéu mot
que pudis lou franchimandl, me vèn aro
subran e la vaqui :
Un jour, un de mi mèstre, noun save
plus quau au just, me prestè un libre que
sa leituro faguè ma joio. Ero uno sorto de
rouman pouëti, uno istòrifino e un pouèmo,
emé de pajo souleiouso e sabourouso, d'escrinceladuro requisto d'art e, d'àutri cop,
de paraulo que tiravon li lagremo dis iue.
Lou tout, fasié 'no obro marcanto, uno
bello obro felibrenco : èro naturau qu'à
soun autour dediquèsse uno bello afecioun.
L'obro èro Marincto e l'autour vous,
moun brave Duc. . Vaqui perquè, emé bonur, aproufite de l'óucasioun pèr paga mi
dèute d'escoulan felibre en gramaciant lou
brave coumpan qu'a bèn vougu m'adourna
de l'acoulado di sòci dóu Félibrige de
Paris.
Sias, vous, lou grand pres-fachié d'aquesto assouciacioun, autant
moudèste
qu'afouga, e vosto M uso es toujour lèsto.
l'a que vous pèr retraire, em' un gàubi que
fai lingueto i pincèu dóu pintrejaire, lou
pertrach dóu felibre dins un sounet. Gramaci pèr lou miéu : es bèu, flame bèu e
pretoucant.
Ah ! vai, moun bèu pouèto, de-segur que
s'èro douna au mèstre maianen de destribuï à si fidèu de titre noubiliàri — que fuguèsson autro causo que de pergamin
vanitous — de segur, dise, que i'a de tèms,
moun brave Duc, que sarias duc de SantoEstello e sarias ansin, à noste vejaire, bèn
nou ma.

L'ACTEUR

DUPARC

Dans le dernier numéro du Viro-Soulèu,
où nous rendions compte du banquet offert
à notre collègue et ami Albert Tournier, à
l'occasion de sa nomination dans la Légion
d'honneur, un impardonnable oubli nous
a fait omettre le nom de notre obligeant
"collègue, qui ne refusejamais son concours
à aucune de nos fêtes, Duparc, l'excellent
artiste de l'Odéon. Nous lui avons dû, ce
soir-là, comme à l'habitude, les plus savoureuses pièces de Gelu.
11 ne nous en voudra pas, si nous racontons, au sujet de cette inconcevable omission, une bonne anecdote languedocienne
qu'elle nous rappelle.
On célébrait la fête du village chez le
maire de... Castelnau, dont l'abbé Favre,
de joyeuse mémoire, fut prieur-curé. Justement, le curé était de la fête. On fait
une tournée : on verse du vin de derrière
les fagots. Tous les verres étaient pleins,
sauf celui de Monsieur le curé, qui réclama
par un geste muet mais significatif. Les
convives crurent qu'il voulait trinquer,
mais le maire, qui comprit, s'écria : « On
a ben resoun de dire, moussu lou curat,
qu'es toujour soun meiour ase qu'on
oublida d'estria. » Et il versa une rasade
dans le verre vide qui lui était tendu.
Notre ami Duparc est l'un des meilleurs
boute-en-train de nos soirées littéraires, et
c'est une
rendons.

justice

tardive

que

nous lui
J. T .

C'est avec plaisir que nous avons appris
que notre confrère M. Fernand-Lafargue a
été réélu, premier en tête, comme membre
du Comité de la Société des Gens de
Lettres.
Nos félicitations.

�Lou

Par arrêté du 29 mars, M. le Ministre de
l'Instruction publique a conféré les distinctions universitaires annuelles.
Nous relevons dans cette longue liste les
noms de MM. Henri Vuagneux, Fernand
Troubat et Henry Eymieu, promus officiers
de l'Instruction publique, et ceux de Mme
Berthe Nolé et de M. Fernand de Rocher,
nommés officiers d'Académie.
Nous adressons nos félicitations les plus
cordiales à tous ces confrères.

Nos compliments aussi à notre confrère
A.-M. Auzende, au sujet de la naissance
de son fils Hector, dont il nous a fait part.

"Voici le salut envoyé de Bretagne à M.
Albert Tournier par un ami absent, le jour
où l'on fêtait au Voltaire sa décoration, et
que nous avons omis d'insérer dans notre
dernier numéro :
Tre que li brinde clantiran,
Que li vèire se turtaran,
Cresèsque siéudi vostre, au mens pèr la pensado.
Bord que siéu aliuencha de vosto taulejado,
De tout moun cor, porge à l'ami Tournié
Au felibre valent, au nouvèu chivalié,
Moun coumplimen calurous que noun sai :
Santa, bonur, ounour e longo mai!

Viro-Soulèu

1?

Dans l'assistance : MM. Antonin Proust,
Albert Tournier, Adrien Didier, Mariani,
Jules Silvestre, Monprofit,
Flammarion,
M. et Mme Maurice Faure.
Un déjeuner a réuni ensuite parents et
amis au restaurant Foyot. Au dessert, M.
Benjamin-Constant, en son nom et au nom
des Cigaliers, a souhaité bonheur et prospérité aux jeunes époux.
M. Maurice Faure a plus particulièrement
parlé au nom de ses concitoyens de la
Drôme, et M. Albert Tournier, au nom
des amis si nombreux de Francis Silvestre,
amitiés qu'il a su conquérir par sa cordialité, son obligeance et ses efforts incessants
pour le progrès artistique.
Nos félicitations à notre confrère Silvestre
et nos vœux les meilleurs aux nouveaux
époux.

Le 26 avril, est décède à Paris, notre
confrère Ferdinand-Alexandre Courrier,
directeur du service de santé de la Marine,
en retraite, officier de la Légion d'honneur,
décoré de la médaille de Crimée et de la
médaille du Mexique.
A l'issue de la cérémonie religieuse, le
cortège s'est dirigé à la gare de Lyon d'où
le corps a été transporté à Toulon.
Nous adressons à Mlle Courrier, sa fille,
nos plus sympathiques condoléances.

P. WAGNER-ROBIER.

Il a été célébré récemment à Paris le mariage de Mlle Berthe Silvestre, la charmante
fille du directeur de l'&lt;Art Français, avec
M. Paul, fils de M. Ernest Paul, chevalier
de la Légion d'honneur, ingénieur du chemin de fer de Madrid à Lisbonne. Les témoins du marié étaient M. Paul et M. Antoine Villard, artiste peintre, et ceux de la
mariée, M. Benjamin-Constant, qui arborait pour la première fois, dans une cérémonie publique, sa cravate de commandeur
de la Légion d'honneur, et Mme la duchesse d'Uzès, usant également pour la
première fois de la prérogative légale qui
autorise la femme à servir de témoin dans
les actes publics.

Un felibre de VEscolo de J ansemin, M.
Antonin Duluc, qui est, ma loi, un dessinateur de grand talent, quoique simple
amateur sans doute, a eu l'ingénieuse idée
de prier quelques poètes d'enchâsser des
vers dans les dessins qu'il leur soumet.
Convenez qu'il serait difficile de se soustraire à telle gracieuseté : aussi, l'inventeur de cet aimable procédé doit-il posséder
une belle galerie.
Nous connaissons déjà deux des nôtres
qui ont répondu à l'appel du felibre de
Lot-et-Garonne : MM. Sextius-Michel et
Lucien Duc. Et voici leurs vers qui, chose
curieuse, expriment la même idée : Ne
quittez pas votre village !

�Lou

7Í

Viro-Soulèu

Bibliographie

Au felibre Antounin Duluc
de l'Escolo de jansemin

Quand s'es aliunchà de sa maire,
Dins lou bouscage que jaunis,
Qué cerco l'auceloun voulaire ?
Soun nis.
Quouro la vido m'es amaro.
Quauque bèu que siegue Paris,
Emai iéu lou regrète encaro,
Moun nis.
Mai tu, se lou sort te rènd libre
De pousqué chausi tomi païs,
Gardo, amo e canto, o bon felibre,
Toun nis !
SEXTIUS-MICHEL.

Sus uno aquarello
representant uno Gascouno que vèn de tira
d'aigo au pous

En dequé pènses, o Gascouno
Que siésaqui, dourgo à la man ?
Sout lou cèu blu que t'encourouno,
Sounjes belèu au lendeman !
Belèu qu'espères toun amaire,
Quauque valènt e brun droulas,
Car toun regard sèmblo furnaire...
S'amo la terro, ah ! pren soun bras !
Vai, noun pantaies de la vilo
Ounte anariés que pèr soufri ;
Resto au vilage, bèn tranquilo :
Urous au brès quau póu mouri !
Gardo lou respèt de ti rèire,
Ta moudestìo e toun cor pur ;
Gardo ta lengo emai ti crèire :
Es ço que doti no lou bonur !
LUCIAN

DUC.

Histoire de la Société académique
d'Agen (1776-1900), par M. Ph. Lauzun. —
Monument solide, de sobre ornementation,
comme il convient, ce volume évoque, au
cœur des Gascons fidèles à la terre natale,
les vives et profondes sensations de l'enfance et de la jeunesse, et les figures des
Agenais illustres, de Lacépède,des Lacuée,
de Sylvain Dumon, de Jasmin, les fêtes
cigalières et félibréennes d'août 1800 en
l'honneur de Cortète de Prades, le centenaire de Jasmin (1898) avec les Cadets de
Gascogne, la société agenaise et les salons
de 1775 à 179', de la Révolution au premier Empjré, de la Restauration à la monarchie de Juillet, le duc d'Orléans inaugurant le Pont-Canal, Moussu Bazo ; puis,
çà et là, des souvenirs fort intéressants sur
Biaise de Monluc, Henri IV, Scaliger, dont
le crâne retrouvé appartient au Musée de
la Société, Montesquieu, Cuvier, Napoléon,
la duchesse de Berry, Mistral devant la statue de Jasmin en 1870, le président Carnot
visitant Agen, en 1888, avec le ministre
des Travaux publics, M. Deluns-Montaud,
le grand érudit Tamizey de Larroque, le
vaillant syndic d'Aquitaine, Charles Ratier,
etc., etc.
M. Ph. Lauzun a déjà donné une monographie du château de Bonaguil, avec des
vues photographiques de ces belles ruines
féodales, que n'oublieront jamais les félibres
délégués à l'inauguration du buste de Daubasse, à Villeneuve-sur-Lot (juillet 1891) ;
son érudition n'est jamais en défaut, pas
plus que son exquise courtoisie.
E. F.

Notre confrère Fernand-Lafargue vient de
publier, chez Flammarion, un nouveau roman : Ruth, dont les principaux épisodes
se passent dans le Médoc, le pays des riches
vignobles. Indépendamment de l'intérêt véritable de l'intrigue, à la trame toute biblique, les félibres trouveront là de jolies
descriptions de paysages et de coutumes
du Bordelais. Aussi les engageons-nous à
lire cette belle œuvre de leur confrère.

Le Gérant : Màrius AMY, 249, rue de Vaugi-raid.
PARIS.

— limpreuiaric felibrenco de Lucian Duc,

C.l.0.0.
iBfZIEfiSi

35,

carriero Rousselet.

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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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