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                  <text>iC.I.Q.O.I

çglOV VlR,0'S0VLèV
JUILLET-SEPTEMBRE

LE

1901

BANQUET

du 29 juin 1901, dans la salle des Fêtes de la Mairie du XVe arrond'

en l'honneur de M.Sextius Michel
Sous la présidence de

M. MAURICE FAURE

Vice-Président de la Chambre des Députés

Assistí'- de M. de

SÈLVES,

Préfet de le Seine, et de M.

La manifestation de sympathie organisée en l'honneur de notre président,
M. Sextius-Michel, à l'occasion de son
jubilé municipal, a été véritablement
grandiose, et par le nombre des convives,
qui atteignait près de quatre cents, et
par la cordialité des discours qui ont été
prononcés par tous les personnages officiels.
Au cours de cette fête, unique en son
genre, préfets, députés, sénateurs, conseillers municipaux, etc., ont été unanimes
à rendre hommage au civisme et à la
grande bonté du maire du XVe arrondissement.
Nous ne donnerons ei-aprés que les
discours du président Maurice Faure,
toujours vibrant et éloquent, celui du
Préfet de la Seine, qui s'est montré élégant et poétique, comme il seyait à un fin
lettré méridional tel que lui, et enfin ceux
des représentants de la Cigale et du Félibrige de Paris.
On trouvera tous les autres dans un
numéro spécial de Vaugirard-Grenelle
du 14 juillet.
Avec un programme si chargé de discours officiels, il était bien difficile aux
poètes d'égrener leurs vers : nos amis
Kern and de Rocher et Lucien Duc ont
cependant tenu à honneur de payer leur
tribut poétique au héros de la fête, et
le Viro-Soulèu ne saurait moins faire
que de publier aussi leurs stances.

LÉPINE,

Préfet de Police

Discours de M. Maurice Faure
Messieurs,
Jamais, dans l'histoire municipale de
Paris, si féconde pourtant en événements
de tout genre, ne se vit assurément pareille
fête, et c'est, à n'en pas douter, une manifestation sans précédent que celle qui
réunit ce soir, autour du vénéré doven
des maires de la capitale, à l'occasion de
l'anniversaire de sa trentième année de
mairie, non seulement les représentants
officiels du gouvernement de la République et les élus de la cité, sénateurs, députés, conseillers municipaux, mais encore
toute une élite d'amis venus spontanément
par centaines pour apporter à M. SextiusMichel l'expression chaleureuse de leur
sympathie et les témoignages éclatants de
l'estime publique.
Dans notre démocratie contemporaine,
si mobile et si agitée, où l'extrême vivacité des passions et l'ardeur des luttes des
partis entraînent d'incessants changements
dans le personnel administratif et politique,
n'est-ce pas un fait digne de remarque et
sans doute unique dans les annales parisiennes, que la direction ininterrompue,
pendant plus d'un quart de siècle, par le
même citoyen, des services municipaux de
l'un des arrondissements les plus populaires, de ce XVe arrondissement où les
idées républicaines les plus avancées et
même les plus impatientes ont de tout
temps trouvé tant de vaillants défenseurs ?

�3*

Lou

Viro-Soiilèit

Comment, messieurs, par quelle sorte de
miracle politique, au cours de l'une des
périodes les plus mouvementées que notre
pays ait connues, pendant ces trente dernières années où administrateurs et hommes
d'Etat se sont succédé avec tant de rapidité, un maire de Paris a-t-il pu, à travers
les vicissitudes les plus variées, en dépit
des vents contraires qui abattaient si vite
autour de lui tant -de personnalités dirigeantes, rester debout et intangible, au
milieu de l'orage, pareil à ce vaisseau des
armes parisiennes, sans cesse battu par les
flots, mais toujours émergeant au-dessus de
la tempête ?
Certes, ce n'est ni par les manœuvres de
l'intrigue, ni par les capitulations de conscience, ni par l'adulation des puissants du
jour, que M. Sextius-Michel a pu se maintenir, durant trois cent-soixante mois, à la
tête du XV" arrondissement.
Son âme est trop haute pour s'abaisser
à de tels moyens d'action.
Ce qui l'a rendu inattaquable, ce qui l'a
fait respecter par tous les ministères, ce
qui l'a rendu supérieur aux circonstances
politiques, c'est la légitime et inébranlable
popularité qu'il s'est acquise, dans tout cet
arrondissement, par son infatigable dévoûment au bien public, par son ferme esprit
de justice et surtout par son inépuisable
bonté.
Est-il, d'ailleurs, carrière plus noble,
plus touchante et mieux remplie que la
sienne ? Sa vie n'est elle pas de celles qui
peuvent être données en exemple ?
Si quelqu'un fut, comme on dit, le fils
de ses œuvres, c'est bien lui !
Venu, vers la fin du règne de LouisPhilippe, à Paris, plein d'espérance et d'entrain, mais léger d'argent et sans appui, il
s'est, par sa valeur intellectuelle, par sa
dignité morale, par son amour du travail,
conquis peu à peu un rang distingué dans
l'enseignement, etil réussit à fonder, dans
le XVe arrondissement, une maison d'éducation qui ne tarda pas à rendre les plus
grands services à la cause de l'instruction
laïque.
A une époque où l'enseignement public,
primaire et primaire supérieur, se trouvait
encore dans un état d'insuffisance déplorable, il était, en effet, d'un haut intérêt,
pour soustraire les jeunes générations à
l'influence de l'enseignement congréganiste, alors tout-puissant, que l'initiative
privée suppléât à l'incurie et à l'inaction
systématique du gouvernement.

Sous l'Empire et au début de la République, M. Sextius-Michel, comprenant
cette nécessité nationale, ne cessa d'accroître
l'importance de son institution et la dirigea
dans un tel esprit de libéralisme que le
Grand-Orient de France, ayant à choisir
pour ses orphelins un établissement où fût
donnée une instruction démocratique, n'hésita pas à les placer dans la maison de la
rue Violet.
Donner, en plein régime impérial, une
instruction vraiment indépendante, former
des citoyens pénétrés de leurs droits et
conscients de leurs devoirs, c'était accomplir le plus utile des apostolats républicains.
Aussi, les chefs les plus éminents de
l'opposition libérale accordaient-ils à M.
Sextius-Michel leurs encouragements, et
c'est d'accord avec eux que le futur maire
du XVe arrondissement contribua de tout
son pouvoir, à côté de son illustre ami
Jules Simon, à la création et au développementde cette Association philotechnique,
qui a tant fait pour seconder à Paris la
propagation de l'enseignement populaire
des adultes.
Quand vinrent, plus tard, les heures douloureuses, quand la criminelle imprévoyance
de l'Empire déchaîna sur notre patrie trompée et trahie les horreurs de l'invasion,
quand Paris assiégé dut faire face à l'ennemi, le pacifique éducateur républicain
s'improvisa soldat intrépide, et ses concitoyens purent voir alors, tous les jours,
Sextius-Michel, dominant la fatigue et méprisant le danger, remplir le matin, le livre
à la main, sa mission de professeur, dans
la classe auprès de laquelle éclataient par- j
fois les obus, et le soir, sa tâche enseignante
terminée,, accomplir, l'arme au bras, sur les
remparts, son devoir de défenseur de la.
patrie.
Aussi, témoins de son indomptable ci- visme, le nommèrent-ils, au cours du siège,
quand le droit de choisir ses élus à tous les degrés fut rendu à la population parisienne, adjoint, avec
Jobbé-Duval, au
maire du XVe arrondissement, l'intègre et
pur démocrate Corbon, auquel un souve- .
nir est bien dû dans cette fête de la reconnaissance.
Peu de temps après, M. Sextius-Michel,
qui avait rendu, comme adjoint, les plus
signalés services pendant la durée de la
guerre, fut désigné en qualité de maire.
Il y a, messieurs, trente ans de cela ! —
Et l'affection de ses administrés n'est pas
moindre à l'heure actuelle qu'à l'époque

�Lou

tragique où, par sa belle conduite, il forçait
en quelque sorte leur admiration et leur
estime.
Ces sentiments n'ont fait que s'accroître
d'année en année pendant la longue période dont nous fêtons le trentième anniversaire : ils sont si puissants, si irrésistibles, si unanimes que nous avons le
bonheur, — circonstance qui, hélas ! ne se
renouvellera peut-être plus ! — de voir
assemblés à cette table, malgré leurs dissidences et leurs querelles, des adversaires
qui, prêts à reprendre la lutte demain, font
trêve un instant à leurs divisions pour
rendre hommage à la noble existence d'un
citoyen d'élite et d'un homme de bien.
Ah ! messieurs, si tous ceux-là auxquels
notre ami a rendu service, si tous ceux
dont il a fait des hommes instruits, si tous
les malheureux dont il a soulagé la misère,
pouvaient être présents à cette fête, l'enceinte de la mairie du XVe arrondissement
devrait être décuplée, et c'est un meeting
en plein Champ de Mars qu'il faudrait,
pour en contenir la foule reconnaissante.
Permettez-nous, mon cher maire, puisqu'ils ne peuvent être là pour vous exprimer leurs sentiments, de nous faire l'écho
affaibli de leurs acclamations, qui salueraient
non seulement votre civisme, mais encore
et surtout votre bonté.
La bonté, la divine bonté, voilà la vertu
souveraine qui a fait le miracle dont je
parlais tout à l'heure. C'est parce que vous
avez toujours été bon, généreux, exempt
de rancune, épris de cet idéal de fraternité, qui ne doit pas être seulement au
fronton des monuments, mais au cœur de
tout vrai républicain, que vous êtes aimé
et honoré de tous, que votre magistrature
municipale est si populaire et que vous en
seriez revêtu jusqu'à la centième année, si
comme je le souhaite, vous aviez la longévité de Chevreul.
Ah ! mes chers concitoyens, que cette
fête porte son enseignement, qu'elle grave
dans toutes nos âmes cette vertu de la bonté
dont elle est la glorification, et redisons
avec Ernest Renan : « Aimons-nous, aidons-nous, la vie est si courte et l'éternité
si longue ! »
C'est à Sceaux, je crois, au milieu des
félibres assemblés, que le grand philosophe
prononçait, il y a quelques années, ces
sages paroles, et ce souvenir me rappelle
fort à propos que si j'ai loué en M. Sextius-

Viro-Soulèn

59

Michel l'éducateur, le républicain et l'administrateur, je n'ai encore rien dit du poète,
du cigalier et du félibre.
Cette tâche, agréable entre toutes, appartient à mes éloquents amis, MM. BenjaminConstant et Albert Tournier, mais il me
sera bien permis de dire avant eux quelques
mots sur le méridionalisme si militant du
vieux président du Félibrige de Paris.
Ne vous en offusquez pas, chers Parisiens
qui m'écoutez.
Faire l'éloge des Méridionaux, n'est-ce
pas aussi faire l'éloge des Parisiens, Henri
Heine ayant pu dire avec son impartialité
cosmopolite : « Les Parisiens sont des Méridionaux moins l'accent ! »
Convenez-en avec moi : c'est, joint à ses
autres qualités, le franc provençalisme de
Sextius-Michel, son âme chantante de félibre, son charme poétique de cigalier, qui
ont contribué à lui ouvrir tous les cœurs
et à lui conquérir les sympathies que Paris
accorde si généreusement à ces fils du
Midi en qui il reconnaît, à des traits certains, les marques d'une sorte de parenté
intellectuelle et morale.
Ce banquet n'est-il pas, d'ailleurs, à divers égards, la glorification même du Midi :
M. le Président de la République, qui,
suivant l'expression de M. BenjaminConstant, est le premier cigalier de France,
y a envoyé son sympathique fils, bon cigalier lui aussi, qui voudra bien lui porter
l'écho de nos acclamations unanimes.
M. le Préfet de la Seine, qui est à mes
côtés et dont la spirituelle figure me rappelle celle de d'Artagnan, n'est-il pas un
de ces Cadets de Gascogne, dont le président siège au ministère de l'Instruction
publique, et M. Lépine, qui est Lyonnais,
est quelque peu méridional, depuis l'annexion récente que proclama Roumanille
en disant de la ville de Lj'on qu'elle était
« la porte de soie et d'or du Midi. » J'en
passe et des meilleurs: tel M. Chautard,
l'un des organisateurs de cette belle fête,
qu'Avignon revendique comme un de ses
plus aimables enfants.
Donc, messieurs, après avoir rendu hommage à l'homme public, célébrons en M.
Sextius-Michel, félibre et cigalier, l'esprit
du Midi triomphant et, pour faire pardonner nos dithyrambes un peu intéressés en
l'honneur du pays natal, laissez-moi répéter, en terminant, cette parole d'Henri IV
au Prévôt des Marchands, en la mettant
dans la bouche de tous les Méridionaux

�Lou

40

Viro-Soulèu

présents, qui l'ont certainement aussi dans
le cœur : « Si je n'étais Gascon, je voudrais être Parisien ! »
Messieurs,
C'est de tout cœur qu'en votre nom je
bois à M. Sextius-Michel, en exprimant le
vœu que longtemps, bien longtemps encore,
dure cette magistrature municipale qu'il
embellit si délicatement les jours de mariage en jetant à pleines mains, sur les
marges du Code civil, avec son imagination de poète, les plus jolies fleurs du
jardin de Clémence Isaure.
Certes, Messieurs, les rares qualités de
cœur et d'esprit, dont j'ai fait l'éloge tout
à l'heure, ont été la principale cause de
l'accession de M. Sextius-Michel au rang
élevé auquel l'estime publique et la confiance du gouvernement républicain l'ont
placé, mais je ne dirais pas la vérité tout
entière si je n'ajoutais que son entrain, sa
bonne humeur, sa vaillance d'enfant du
Midi n'ont pas été étrangères à ses brillants
succès.
Il y a évidemment exagération dans cette
boutade de Paul Arène disant à un jeune
provincial du Nord, l'interrogeant sur ses
chances d'avenir : « Vous n'êtes pas du
Midi? Alors, que diable venez-vous faire
à Paris ? »
Je n'ai qu'à regarder autour de moi pour
apprécier l'aimable fantaisie de ce propos,
mais, comme mainte erreur, il contient
peut-être un grain de vérité.

Discours de M. de Selves

Votre âme de poète et votre cœur de
philanthrope doivent être joyeux ce soir,
mon cher Maire. Ils ne le sont pas plus
que le coeur des nombreux amis qui vous
entourent et vous fêtent.
Car ils sont joyeux aussi de l'occasion
qui s'offre de dire bien haut :
L'homme de goût et l'homme de bien
que vous êtes ;
Le modèle et l'exemple que vous offrez
à chacun ;
L'estime affectueuse en laquelle ils vous
tiennent.

Comme cette réunion est éloquente par
elle-même, et dit déjà le bon témoignage
que vous méritez que l'on porte de vous !
D'une part, vos gracieux et aimables amis
les Félibres, qui veulent, sur votre personne aimée, projeter quelques-unes de
ces paillettes d'or, de ces chauds rayons du
soleil de Provence qui emplissent leur âme,
sœur de la vôtre, et à leur contact réchauffent et embaument l'âme de ceux qui,
— comme nous, hélas ! simples mortels,
ne sont destinés qu'à vivre sur la terre.
D'autre part, ceux qui vivent avec et à
côté du bon administrateur que vous êtes ;
qui dans cette œuvre de chaque jour vous
ont jugé et apprécié ; qui savent, par leur
propre expérience des travaux auxquels
vous donnez vos soins, ce qu'ils contiennent
de zèle et d'intelligent dévouement.
Vous réunissez en vous, mon cher maire,
deux qualités que l'on est souvent convenu
de regarder comme contradictoires : vous
êtes un poète et un administrateur à la
fois.
Quoi d'étonnant, au surplus, lorsqu'on
vous connaît bien et qu'on a réfléchi !
N'est-ce pas en effet à la même source
que vous les puisez ?
A cette source qui fait les meilleurs poètes
et les administrateurs les plus féconds : je
veux dire à la bonté infinie du cœur.
Cette bonté du cœur, c'est votre qualité
maîtresse, c'est de toutes, d'ailleurs, la qualité par excellence.
Vous êtes maire de Paris depuis le mois
de novembre 1870. L'élection de vos concitoyens vous a tout d'abord consacré.
Le choix du gouvernement vous a définitivement maintenu.
Les années ont passé, les ministères se
sont succédé ; à personne n'a pu venir
l'idée do vous remplacer à la mairie du
XVe arrondissement.
C'est que, comme nul autre, vous aviez
su gagner l'affection de vos concitoyens,
et que par-dessus tous vos autres mérites
rayonnait cette auréole de bonté dont je
ne saurais cesser de parler, qui, mieux que
toutes décisions, vous créait la meilleure
et la plus élogieuse des inamovibilités.
Républicain sous l'Empire, vous avez
débuté en faisant le bien : comme le gouvernement suscitait des difficultés à un
orphelinat maçonnique, vous avez courageusement offert asile dans votre maison
d'éducation aux petits orphelins.
Vous avez persévéré dans cette noble
voie, et l'on se plaît à rappeler souvent

�Lou

Viro-Soulèu

quel patriote fut, aux jours sombres de nos
malheurs, le magistrat municipal de Grenelle.
Patriote, vous l'étiez dans toute la force
du terme. De ce sentiment, à la vérité,
vous ne faisiez pas étalage ; le patriotisme,
pour vous, n'est point affaire de réclame.
Vous vous borniez à aimer votre pays
jusqu'au fond de votre âme, mais cela vous
paraissait tellement simple et naturel, que
vous auriez cru porter atteinte à la dignité
de ce sentiment, si vous en aviez tiré
gloire.
Que je voudrais savoir parler votre belle
langue, pour répéter en vos vers harmonieux la définition que vous en donnez! Je
ne puis, hélas ! en apporter que la traduction incolore de quelqu'un qui ne vit
pas dans votre Olympe :
Au-dessus de nos ardeurs, il y a quelque chose
qui plane. C'est l'amour do la mère et l'amour du
nid. Si cela s'éteint, tout le reste disparaît. Que ces
deux amours refleurissent, tout chante et tout fleurit.
Le nid, c'est l'endroit, bourg, ville, le petit pays
qui nous est si doux.
La mère, c'est la France. Un bon patriote doit,
pendant sa vie, les aimer toutes deux.
Et plus tard :
La patrie est un temple au fronton radieux
Où tout peuple en sa langue, où tout homme en son style
Inscrit en lettres d'or l'histoire de ses dieux,
La petite patrie en est le péristyle.
Les œuvres de bienfaisance de l'arrondissement, vous les avez créées ; en tout
cas, vous leur avez donné constamment
votre concours le plus dévoué, et le meilleur de vous-même :
Caisse des écoles, dispensaires, bureaux
de placement, crèches ; que ne devrais-je
pas énumérer ?
Trouvant que cela ne suffisait pas, vous
les avez chantées :
Entrons — dites-vous en parlant de la crèche —
on dirait un palais
Empli d'une douceur d'aurore,
Où l'on entend, plus douce encore,
Comme un gazouillis d'oiselets,
La Charité, que l'on nous prêche;
Elle est la reine de céans.
Entrons voir de petits enfants,
Les petits enfants de la crèche.
Regardez-les dans leurs berceaux,
Poings fermés et lèvres mi-closes.
Dans leur blancheur déjeunes roses,
Les chers mignons, comme ils sont beaux !
A leur mine riante et fraîche
Croirait-on voir des indigents ?
Qu'ils sont beaux, ces petits enfants,
Les petits enfants de la crèche !

41

Les mariages civils, les mariages de nos
mairies, ont semblé à votre cœur de poète
comporter trop de froideur et de sécheresse.
Vous avez voulu les ensoleiller, les réchauffer de vos rimes gracieuses, et on
compte avec plaisir combien souvent le
félibre a heureusement succédé, dans leur
célébration, à l'officier de l'état civil.
Ne m'en veuillez pas de céder au désir
de citer, à cette occasion, certains de vos
vers, pleins de si attachants souvenirs pour
vous :
L'Amour, c'est la céleste manne
Qui tombe en nos rudes sentiers ;
L'Amour, c'est la fleur dont émane
Le doux parfum des églantiers,
L'Amour, c'est la flamme secrète
Qu'en vos yeux ravis j'aperçois.
Aimez.- époux, chantez fauvette,
Des refrains d'amour dans les bois.
Elle vous dira, la jolie,
La reine des divins chanteurs,
Que le vrai bonheur de la vie
N'est que dans l'union des cœurs.
Aimez-vous! L'Amour ceint vos tètes
Mieux qu'un bandeau le front des rois.
Si vous en doutez, les fauvettes
Vous le diront au fond des bois.
Mon cher Maire, je veux finir. Je ne
saurais rien trouver qui vous révèle mieux
ce que vous êtes, que ce que j'ai cité de
vous-même.
Notre affection vous est dès longtemps
acquise ; permettez-lui de traduire non seulement le sentiment de ceux qui sont ici,
mais aussi le sentiment de la • population
tout entière, en formant le souhait de vous
garder toujours plus longtemps à la tête de
la mairie du XVe arrondissement de Paris.

Discours de M. Benjamin-Constant

Monsieur le Maire,
Mon cher Sextius-Michel,
Comme président des Cigaliers de Paris
et même simplement comme votre ami,
je tiens à vous dire, à mon tour, l'estime
profonde que je vous porte et la joie que
j'éprouve à vous célébrer, et à vous célébrer à pareille heure, alors que vos députés, vos adjoints, vos administrés, vos
amis de tous les Midis, Félibres ou Ciga-

�Lou Viro-Souliu
liers, sont heureux d'être réunis pour fêter
vos noces de vermeil municipales.
Oui ! voilà plus de trente ans que, ceint
de votre écharpe tricolore, vous faites des
époux assortis, je suppose, et, sans doute,
en leur souhaitant de nombreux enfants,
des générations d'enfants !
En 1870-71, on vous voyait déjà marier
vos administrés sous le feu de l'ennemi.
Maintes fois, pendant que vous lisiez le
fameux article du Code civil, les canons
de Grenelle frappaient l'air et cassaient les
vitres de votre hôtel de ville.
Puis, tranquillement, dans cette atmosphère de bataille, vous semiez de l'amour
au travers de la haine.
Et pour remplacer ceux qui venaient de
mourir pour la patrie, vous inscriviez ceux
qui venaient de naître pour elle ! .. Enfants
de la balle, disposés de nature à ne pas
craindre, plus tard, d'en recevoir une ou
plutôt de la rendre.
Enfin, voilà le coin de Paris dont vous
êtes le premier édile, où domine le bon
ouvrier, entre autres celui du fer et de l'acier,
ouvrier dur à la peine et habile au travail.
C'est donc sur ces braves gens que vous
veillez en brave homme que vous êtes,
connaissant vos devoirs et sachant gouverner avec une main qui n'a pas besoin
d'être de fer ni d'avoir un gant de velours,
avec de la bonté, tout simplement.
Honneur à la bonté ! c'est la santé de
l'âme. Si certains en abusent, le plus grand
nombre en profite ; et si, un jour, après
une ingratitude, on est porté à croire qu'elle
est une faiblesse, le lendemain, devant la
sympathie publique, comme ici, ce soir,
on reconnaît qu'elle est une force, une
force invincible ramenant vers la lumière,
vers la vie heureuse, et que nous devons,
comme qualité nationale, conserver à tout
prix.
Aussi, Sextius-Michel, continuez à être
bon — le contraire vous serait difficile —
et vous arriverez à vos noces d'or municipales.
Maintenant, sans vouloir en dire trop
long, tout en regrettant de ne pas en avoir
assez dit, je tiens à vous saluer, monsieur
le Maire, avec les nombreux Méridionaux
qui se trouvent ici.
A leur tête, un jeune, un sympathique,
un vaillant, Paul Loubet, est venu, en bon
cigalier, vous apporter les chaudes félicitations de son père, du Président de la
République. Ceci transmis sans le moindre
protocole et avec du cœur.

Et la Cigale tout entière est ravie de
chanter et de boire à votre longue carrière
municipale, à vos qualités d'homme tendre
et généreux, à votre dévouement sans cesse
en éveil.
Et les Méridionaux de Paris sont fiers de
vous, mon cher Sextius-Michel ! Mais,
avouez-le, comme Méridional, vous avez
plus vécu à Grenelle qu'à Aix, et vous êtes
un vieux Parisien... mais très du Midi tout
de même.
En belle langue provençale, vous savez
ciseler des vers, précieuse parure à vos
douces pensées, à vos souvenirs du pays
natal. Aussi, les Félibres vous ont-ils choisi
pour leur président et vous aimez, tous les
mercredis, à les retrouver au café Voltaire
pour y causer de la petite Patrie, demander
la « Vénus d'Arles » à Maurice Faure, ou
présenter votre dernier sonnet.
Et maintenant, encore un mot, messieurs.
Ne serait-il pas de toute justice qu'un Parisien habitant le Midi depuis longtemps,
qu'un Parisien, enfin, devînt maire de Marseille ?... Tout arrive !
Mais, en attendant, au nom des Cigaliers de Paris dont je m'honore d'être président, je bois au vieux maire du XVe. Et
je le dis très haut, en y mettant le cœur et
en tâchant d'y mettre l'accent : A SextiusMichel ! car il est bien brave... etje l'aime !

Discours d'Albert Tournier

Après les paroles si éloquentes, parce
qu'elles partaient du cœur, du président de
ce banquet ; après le double hommage
rendu au maire du XVe par les plus hauts
représentants de la ville de Paris; après le
brinde savoureux et charmant du grand
artiste Benjamin-Constant, président des
Cigaliers, accouru de Londres pour assister
à cette fête, tout a été dit avec abondance,
autorité et précision. Il ne resterait rien à
ajouter, si nous ne devions remercier, au
nom des Félibres de Paris, le Comité du
XVe qui a bien voulu nous convier à cette
fête magnifique.
Je me garderai bien de la troubler par
de trop longs développements, persuadé
que les toasts les plus courts sont de beaucoup les meilleurs. Il m'est pourtant diffi-

�Lon

Viro-Souièìi

cile de ne pas approuver votre décision qui
nous t'ait tous pour ce soir citoyens du XVe
arrondissement. Vous n'avez pas voulu
séparer ce que les destins avaient réuni et
vous avez pensé qu'en Sextius-Michel,
mairie et présidence ielibreenne étaient
deux magistratures qui se complétaient
merveilleusement l'une l'autre et que les
mêmes qualités avaient assuré entre les
mains de notre vénéré président la permanence des deux fonctions.
Aussi bien, Sextius-Michel a-t-il à nos
yeux le grand mérite de symboliser nettement ce que nous aimons d'un même
amour : l'aris et notre Midi, la grande et
la petite patrie. Vous ne m'en voudrez pas,
messieurs, de vous déclarer que nous
sommes beaucoup, dans le Félibrige de
Paris, à estimer que le département de
Seine-et-Oise est l'un des coins les plus
délicieux de notre belle France ; cette déclaration faite pour écarter tout reproche
de particularisme, laissez-moi vous dire
que nous n'avons pas cru commettre un
acte criminel en instituant, avec la permission des autorités constituées, car nos
statuts, monsieur le Préfet de Police, sont
revêtus de la signature de l'un de vos prédécesseurs, en instituant, dis-je, dans ce
Paris, vaste foyer de lumière et source de
progrès, — une sorte de papauté félibréenne,
avec le café Voltaire pour aimable Vatican.
Le café Voltaire — où, bonne ou mauvaise, chacun dit sans se faire prier sa
poésie ou sa chanson — est le chemin de
Corinthe traversé par tous les Méridionaux
accourus dans la capitale non pour en faire
la conquête, mais comme tout le monde,
pour y vivre paisiblement de leur vie. Le
seul lien qui les réunisse, c'est l'amour de
la terre natale et de la langue maternelle,
et ce lien a suffi pour assurer la pérennité
d'une institution très active sans aucun aiguillon d'intérêt individuel ou collectif.
Venus d'un pays où le peuple a l'âme
aristocratique et où l'aristocratie garde la
bonne simplicité plébéienne — ce qui rend
les rapprochements faciles — tandis que
de pauvres malheureux, victimes de l'ambition, s'essoufflent à la conquête souvent
insaisissable de la richesse, de la fortune,
du pouvoir politique, les Félibres négligent
délibérément dans leurs réunions les divergences de fortune, de naissance, de
religion, d'opinion politique ou de race,
pour ne garder au cœur — mais celui-là
très ardent — que le culte fétichiste du
beau, du soleil, du parfum des fleurs, de

13

la poésie, comme aussi de la tolérance et
de la fraternité. C'est parce qu'il est bon
félibre que M. Sextius-Michel a été un
maire excellent et vous l'aimez comme
nous parce qu'il a su tailler son écharpe
en plein arc-en-ciel poétique.
Grâce à Sextius-Michel, avec un très
faible budget, le Félibrige de Paris est devenu presque une institution d'Etat organisant des fêtes, ouvrant des concours, élevant des monuments, rappelant enfin à la
vie ce vieux théâtre antique d'Orange laissé
par des civilisations antérieures sur le sol
de notre vieille Gaule, et lui donnant pleine
conscience de sa véritable destination artistique et sociale, puisque après d'illustres
artistes, de grands orateurs ont fait entendre sur cette scène leur voix puissante
devant le peuple assemblé,
M. Sextius-Michel fut l'âme, la force et
la joie de nos fêtes. Par son infatigable
activité, sa bonne humeur provençale, son
inaltérable courtoisie, il est et sera longtemps le modèle des présidents. Dans les
v illes nombreuses qu'il a parcourues à notre
tête, en conquérant pacifique, il a récolté
des sympathies unanimes. Ce n'est point
le lieu de parler des livres d'exquise et
tendre poésie qu'il a publiés dans les deux
langues ; mais il me pardonnera de faire
une allusion discrète — il me saura peutêtre gré de ne pas l'oublier dans cette belle
fête de famille — à l'une de ses œuvres,
celle qu'il estime sans doute la plus charmante et la meilleure, et qu'il a su faire
apprécier jusque sur les confins de la Belgique.
Messieurs, ce n'est pas seulement Paris
qui acclame aujourd'hui notre cher et vénéré président; ce sont toutes ces villes où
s'est exercé son incessant apostolat : Sceaux,
Avignon, Antibes,
Nîmes, Oloron, se
donnent la main pour l'escorter dans son
triomphe. Tracez un triangle avec la ligne
de Nice à Bayonne pour base, et Werwick
pour sommet ; notre président peut s'y
mouvoir dans une atmosphère de vénération que lui vaut toute une vie de labeur,
d'honnêteté, de bonne grâce, de services
rendus aux plus nobles causes.
Au nom des Félibres de Paris, je lève
mon verre en l'honneur de l'homme qui a
su garder intact, sous sa belle chevelure
blanche, l'idéal de la jeunesse, à SextiusMichel, dont la vie s'est écoulée en faisant
le bien et répandant la joie.

�Lou

44

Viro-Soulèu

A la suite de son allocution, M. Albert
Tournier donna lecture d'un sonnet envoyé par Mistral, pour la circonstance,
et d'une lettre du Capoulié qu'on trouvera après les vers du maître de Maillane,

Au félibre majourau En Sextius-Michèu
pèr lou bèu trentenàri
de si founcioun de maire en vilo de Paris

Toun peirin qu'èro pas bèsti,
En memòri dóu Rouman
Qu'à-z-Ais boute l'aigo à man,
Te bouté lou noum de Sèsti.
Prenènt pèr calignairis
Mnemousino emai Buterpo,
As trento an garda la cherpo
En coumuno de Paris.
Baile dóu cafè Vóutaire, *
mé li Prouvençau cantaire
Pièi as fìela toun trachèu.
Dintre aquelo chourmo dòuto,
Bon Michèu, fai longo vôuto
E tard fagues sant-Michèu.
F. MISTRAL.
——
Peira-Gava, lou 11 de jun 1901.
Moussu lou vice-presidènt e car counfraire,
Ai reçaupu la couralo counvoucacioun
qu'avès bèn vougu me manda pèr li fèsto
de Scèus e l'anniversàri bèn-astra de noste
car cabiscòu parisen, M. Sextius-Michel.
Me sara pas poussible, à moun grandissime
regrèt, de me ié rendre. Vous prègue de
semoundre à M. Sextius-Michel mis oumenage li mai requist à l'óucasioun deia bello
fèsto que i óufrès, e de faire agrada i Félibre de Paris acampa dins uno coumunioun fre irai o davans Flourian, Aubanèu e
Pau Areno, emé tóuti mis escuso de noun
pousqué roumpre em' éli lou pan felibren,
l'espressioun de moun entié devouamen.
Agradas, moun car counfraire, mi vot
bèn afeciouna e amistadous.
PÈIRE

DEVOLUY.

* \ôiilaii'e est la vraie forme provençale moderne
du mot Voltaire, qui est le substantif du verbe
provençal ancien voilât' (tourner, danser la vo'tc)
et voltaire signifie « danseur de volte, tourneur ou
tournier (!j » vôuto (en roman voila) signifie « tour,
tournée, tournoi, voltc, séance, intervalle, moment,
etc.. »
F. M.

Brinde de M. Deluns-Montaud

Puisque, aussi bien, on attribue ici le don
de l'imagination créatrice aux Méridionaux,
vous me permettrez, en cette qualité, de
voir dans cette fête familiale comme un
symbole du génie même de la patrie. Je
sais qu'à l'heure où nous sommes parvenus
les discours les plus brefs sont les meilleurs.
11 me suffira donc d'indiquer le rôle véritablement représentatif de notre vénéré
Président, du maire aimé de votre arrondissement, dans ce vaste Paris, cœur de la
nation, creuset toujours en fusion et où
s'élabore le pur métal du génie de la
Fiance. Sextius-Michel, de nom, de race
est Provençal. Il nous est venu de la capitale du roi René, de ce pays dont ses
deux fleuves, le Rhône et la ûurance, nous
reproduisent comme une image de la
douceur infinie et de la fougue ; où le
mistral, de ses grondements de tonnerre,
donne la réplique à la voix de Mirabeau,
éternellement, — comme pour mieux attester la grandeur de nos combats pour la
Justice, pour les Droits de l'homme et du
citoyen.
A Paris, Sextius-Michel s'est fait estimer,
aimer, pour son dévouement à l'instruction
populaire, pour son
désintéressement,
pour la droiture de son caractère, pour la
dignité de sa vie et pour son inépuisable
bonté. Depuis 1870, depuis les heures sombres où agonisait la patrie, magistrat municipal, il a marié, « semé l'amour sous
les bruits des combats de la haine », enregistré les naissances et les morts ; il a
surtout travaillé aux œuvres d'instruction
et d'assistance. Et toujours, pour prix de
son infatigable labeur de vigilance, de solidarité fraternelle pour le peuple, en ce
quartier de rudes travailleurs, pendant plus
de trente années, il a recueilli l'estime et
l'amour. Voulez-vous que je vous dise le
secret de ce miracle î C'est que SextiusMichel est un véritable patriote. Il lui eût
été difficile, comme à tant d'autres vains
déclamateurs, de se réfugier dans les sereines hauteurs de l'amour de l'humanité,
de revendiquer les devoirs trop lointains
pour être efficaces et de se dispenser ainsi
de ceux plus immédiats, plus prochains,
que réclame de nous la patrie.

�Lou

Viro-Soulèu

Mais pour lui comme pour tout bon félibre, l'amour de la patrie n'est point une
abstraction glacée : il est une affection
vivante et chaude, faite de l'amour de la
petite patrie, du village où l'on est né, de
la province où l'on a grandi, de la terre où
dorment les aïeux et où jouent, l'avenir dans
leurs yeux de lumière, les tout petits enfants. Sextius-Michel, en poète, en érudit,
par la science et surtout d'un instinct profond, a senti que c'est de la terre mère
qu'il faut faire jaillir des énergies toujours
renouvelées, et cette diversité des génies
provinciaux qui, se fondant en une harmonieuse unité dans ce Paris souverain, constituent le génie français, génie de lumière
et de liberté, si large, si compréhensif, si
fraternel...
Sextius-Michel, par sa destinée si simple, par l'unité de sa digne vie, nous
explique la France ; il me permettra de
porter la santé qui, je le sais, lui va le plus
au cœur : je bois à la France, je bois à
ses destinées immortelles !

Parmi tous les autres discours, nous
voulons citer encore, en ce qui concerne
M. Sextius-Michel, celui de M. le docteur
Tapie, un méridional déjà à moitié félibre,
puisqu'il est abonné au Viro-Soulèu, ot
qui le deviendra certainement tout à fait
un de ces jours.

Discours de M. le docteur Tapie
Monsieur le Maire,
La Société médicale du XV° arrondissement m'a confié la mission de vous
présenter aujourd'hui les vœux que nous
formons pour votre personne et les sentiments de respect que nous professons pour
le caractère dont vous êtes investi. Elle m'a
chargé de vous exprimer tous ses sentiments de gratitude pour la part que vous
avez faite à l'un des siens dans cette grandiose manifestation, vos véritables noces
d'or administratives. Nous nous plaisons
a voir dans cette faveur insigne un témoignage public de l'importance et du prix
que vous attachez aux services d'un médecin,
zélé et désintéressé comme notre ami, et
comme lui dévoué à la chose publique.Nous
vous en serons toujours reconnaissants ;

45

c'est notre récompense à tous, en même
temps qu'un précieux encouragement.
Votre bienveillance ne nous est pas particulière ; nous n'en avons pas le monopole ;
elle s'étend sur tous vos administrés, nous
pouvons seulement dire qu'elle n'a d'égale
pour nous que votre exquise courtoisie ;
et chacun de nous conserve précieusement
le souvenir de nos entrevues. J'ai encore
présent à la mémoire l'accueil que vous
me fîtes, il y a déjà longtemps, à cette
époque préhistorique où, jeune maire,
vous présidiez aux affaires du XVe arron- *
dissement dans votre cabinet de l'ancienne
mairie de la commune de Vaugirard. Et
nous savons que cette bienveillance est
chose bien naturelle chez vous, qu'elle n'a
jamais été dictée par la crainte du médecin : de par votre jeunesse éternelle, vous
êtes pour longtemps à l'abri des coups de
la médecine et des médecins,
Si nous sommes pleins de respect et
d'admiration pour l'administrateur, nous
aimons aussi le poète, mais le poète ne
nous appartient pas, à nous profanes.Nous
ne saurions le louer comme il convient. Et
cependant le médecin et le poète sont faits
pour se comprendre. Le poète s'est quelquefois inspiré du médecin dans les accents
les plus attendris ; le médecin cherche
souvent, dans la lecture des poètes, un
délassement, une dérivation salutaire aux
préoccupations, aux difficultés de son labeur
quotidien. Il sait trouver, dans une pensée
noblement exprimée, dans ce langage dont
les poètes ont le secret, un aliment intellectuel, en même temps qu'une de ces
sensations indéfinissables, dont on garde
un perpétuel souvenir.
Je vous dois une de ces sensations ; elle
est restée gravée dans mon cœur, et pourquoi ne paierais-je ma dette aujourd'hui ?
En iSy4, paraissait votre livre La petite
Patrie. Vous veniez de conduire, triomphant, votre chevauchée félibréenne dans
tout le Midi, et vous aviez traversé ma
petite patrie, à moi. L'année suivante,
j'avais lu votre livre que vous m'aviez
gracieusement offert, et dans mes pérégrinations, je cherchais avec un plaisir secret
la place d'où, inspiré par la beauté sublime
des sites pyrénéens, devant un auditoire
d'élite international, dans une langue que
tout le monde ne parle pas, mais que tout
le monde peut comprendre tant elle est
belle, le poète, maire de mon arrondissement parisien, lançait d'un souffle vif et
puissant, ces vers de haute envolée :

�Lou

Viro-Soulèu

Voudriéu mounta subre ti cimo autiero,
O Pirenèu, o gigant sourne e bèu!
Mount 'spetaclous, amistouso frountiero,
Pèr countempla l'empèri dôu soulèu.
D'aqui veiriéu l'Espagno e ITtalio,
E, lou cor plen di souveni d'antan,
M'escridariéu : Au noum de la p.itrio,
Pople latin, se fau douna la man !

Brinde de Fernand de Rocher
Mon cher Président, tout est dit,
Et, si nous n'étions du Midi,
Nous n'aurions plus rien à vous dire ;
Mais, baste ! on sait qu'à notre éveil
Nous avons sucé du soleil,
Là-bas dans le pays vermeil
Où la fleur sourit pour sourire ;
Où l'oiseau sème ses chansons,
Pour le plaisir ; où les buissons
Aux chemineaux donnent leurs mûres,
A branches pleines, sans compter ;
Où le poète aime à chanter,
Tout simplement pour ajouter
Ses refrains à d'autres murmures.
C'est pourquoi, sans plus de façon,
Ainsi qu'on dit une chanson
Dont la strophe danse et sautèle,
A vous, poète aux rythmes chers,
J'offrirai ma gerbe de vers
Cueillis là-bas dans nos champs clairs,
Et noués d'un brin de dentelle.
Brin de dentelle que j'ai pris
A la coiffe aux rubans fleuris
D'une fille d'Arles la blonde,
Pour que son parfum passager,
Gonflant mes vers, fasse songer
A l'arôme frais et léger
Qui par nos plaines vagabonde.
Vous êtes venu, n'est-ce pas ?
Du pays charmeur, par là-bas,
Par delà les horizons pâles,
Vous, dont la jeunesse a chanté
Nos paysages de clarté
Où s'éternise tout l'été
La cantilène des cigales.
On voit que vous avez grandi
Ainsi qu'un arbre du Midi
Qui porte des nids plein ses branches ;
Tels, dans l'or des matins tremblants,
Poudrés comme des chambellans,
Se dressent les amandiers blancs
Déployant leurs floraisons blanches.

II fut un temps où vous rêviez,
Sous l'ombrage des oliviers,
A mille choses dont on rêve
Quand le carillon des vingt ans
Sonne au clocher des cœurs chantants :
Amour, gloire, tout le printemps
Monte à la tête en flots de sève.
On divague, on boit des parfums,
Pour des yeux noirs, des cheveux bruns
Rencontrés un jour au passage,
Et l'on fait des vers, puisque c'est
Une Mireille qui passait
Et vous remerciera, — qui sait ? —
D'une fleur prise à son corsage.
Car votre histoire est bien ainsi ;
Car c'est l'histoire en raccourci
Des fils de Provence et d'Athènes :
Ceux qui sont nés dans un mas blond,
Parmi les pommiers du vallon,
Furent bercés par Apollon
Avec le rire des fontaines,
Avec la chanson des moulins
Tournant dans les ruisseaux câlins,
Avec le bruit des feuilles grises
Et le chant des nids sous les toits,
Et la complainte aux mille voix
Qui vient des sillons et des bois
Par le mistral ou par les brises.
Ceux qui sont nés là-bas, là-bas,
Au pays fleuri de lilas,
Renommé pour ses belles filles,
Pourquoi ces fils du sol lointain
Sont-ils partis, un beau matin,
Des garrigues pleines de thym,
Pleines du parfum des Alpilles ?
Ah! pourquoi donc ? - C'est que Paris,
Avec son ciel toujours tout gris
Et ses brumes accumulées,
Voulait éclairer ses hivers
Avec l'or de nos soleils clairs
Et les rayons toujours offerts
De nos nuits d'avril étoilées.
Mais, poète, je vous le dis,
Quand vos rêves flânaient jadis
Le long de la mer et du Rhône,
Quand vos poèmes égrenés,
Rondeaux, ballades et sonnets,
Etaient sonnés, carillonnés,
Pour sainte Estelle, la patronne,
Vous ne songiez pas, en effet,
Qu'un jour le rêveur aurait fait
Un magistrat ceint d'une écharpe ;

�Lou

Plus de sieste sous un mûrier,
Change ta plume d'encrier,
Voici des gens à marier :
L'heure est grave, quitte ta harpe !
Eh bien, non, vous êtes resté
Le poète épris de beauté,
L'éternel rêveur en vacances ;
Vous chantez et vous souriez,
Et les gens que vous mariez,
Si vous osiez, vous leur diriez
Les rimes d'amour de vos stances.
Cette écharpe que vous portez
A dans ses plis mille clartés,
C'est l'arc-en-ciel de nos rivages ;
Et le Code que vous lisez
Devant les jeunes épousés,
A, j'imagine, des baisers
Et des senteurs de fleurs sauvages.
Et c'est ainsi moins solennel ;
Mistral, Roumanille, Aubanel,
Doivent être de chaque fête.
L'Histoire nous conte, et j'y crois,
due les Muses, sans plus de lois,
Mariaient de même autrefois
Sur les flancs sacrés de l'Hymette.
Oui, restez avec les rêveurs
Fous de rayons et de saveurs,
Frémissant de toutes vos fibres ;
Tournez le dos à l'Occident
Pour voir là-bas le ciel ardent,
Beau capitaine commandant
Du bataillon des bons félibres.
Vous verrez qu'ils sont quelques-uns,
Les fils de Provence aux yeux bruns,
Secoués d'ardeur conquérante ;
Venus par les sentiers fleuris,
Comme vous, poète, ils ont pris,
Pour les batailles de Paris,
Des fleurs à leur glèbe odorante.
Les félibres nimbés au front,
Où vous passerez, vous suivront !
Et le vulgaire, qui regarde
Et se moque le plus souvent,
Lèvera son bonnet devant
L'immense bataillon fervent
Qui porte un soleil pour cocarde.
Ami, ce soir, ils sont tous là,
Dans cette salle où circula
Tant de lumière enchanteresse :
Les célèbres, les inconnus,
Les fils du Midi sont venus
Chanter les rires ingénus
De votre éternelle jeunesse.

Viro-Soulèu

47

Brinde de Lucien Duc
Voici trente ans sonnés, que d'une voix sereine,
Ceint de l'écharpe aux trois couleurs,
Vous allez, prodiguant des fleurs
Aux couples que l'Hymen enlace de sa chaîne.
Pour les jeunes époux, votre cœur paternel
A des trésors de poésie :
Vous leur distillez l'ambroisie
Avec un art parfait, à l'instant solennel.
Alliant le devoir à la mansuétude,
L'indulgence à la fermeté,
De tous, vous êtes respecté,
Car l'intérêt public est votre seule étude.
Si de vous posséder les salons sont jaloux,
Pour jouir de votre culture,
C'est pour votre franche nature
Que les humbles aussi, sans crainte vont à vous !
Des administrateurs vous êtes le modèle,
Chacun le reconnaît ici.
Etre utile est votre souci :
C'est pourquoi Vaugirard vous est resté fidèle !
Et vos chefs, les Préfets de ce département,
Vous tiennent en si haute estime,
Qu'ils sont de cette fête intime
Pour louer votre zèle et votre dévoûment.
Vos collègues sont là, pour témoigner de même
Tout leur respect pour leur doyen,
Ce lettré, ce bon citoyen
Qui de la courtoisie est le parfait emblème.
Car, sous le magistrat, perce le troubadour,
Le chevalier au doux sourire
Aimant à chanter sur sa lyre
La Vertu, la Beauté, la Patrie et l'Amour !
Je bois donc au félibre à la vie exemplaire,
Dont le plus beau titre à mes yeux
Est dans ce fleuron glorieux :
Etre Maire trente ans, et trente ans populaire !
Au milieu de Paris, ce Paris si changeant,
Pour fixer ainsi les suffrages,
Il faut être parmi les sages
Et se montrer pour tous et sans cesse obligeant.
Sept sages comme vous comptait l'ancienne Grèce.

Mais moins souriants et moins gais ;
Vous êtes des plus distingués
Parmi les Provençaux ayant conquis Lutèce !
Gloire donc an pays des généreux élans !
Mais honneur à Paris quand même,
Puisqu'il pose son diadème
Sur votre front sans tache et sur vos cheveux blancs!

�Lou

Viro-Soulèu

Très ému, M. Sextius-Michel répondit
par un discours plein de cœur dont nous
ne donnons ici qu'une partie, l'autre
s'adressant plus spécialement aux représentants du XV° arrondissement ou aux
délégués des Œuvres locales.

Discours de M. Sextius-Michel
Monsieur le président,
Messieurs,
La touchante pensée qu'ont eue mes
excellents collègues du XVe de fêter la
trentième année de ma nomination comme
maire, la pensée plus touchante encore
d'associer à cette fête celui qui fut mon
collaborateur de la première heure (i), la
présence à ce banquet, présidé par le plus
aimé des vice-présidents de la Chambre
des Députés, de M. le représentant du
Président de la République, de M. le Préfet de la Seine, de M. le Préfet de police,
des élus de cet arrondissement, du grand
artiste, membre de l'Institut et président
de la Cigale, et de tant de notabilités administratives, artistiques et littéraires, de
tant de collègues et de confrères, de collaborateurs et d'amis, tout, enfin, ce que
je vois et que je viens d'entendre, m'a
mis dans un trouble si grand que je crains
de ne pouvoir que balbutier les remerciements que je dois adresser à mon tour.
Et cependant, me serait-il possible de ne
pas remercier bien haut et avec le plus
grand respect M. le Président de la République de l'insigne honneur qu'il m'a fait
et de l'attention touchante qu'il a eue, en
envoyant, pour le représenter, son propre
fils, M. Paul Loubet?
Me serait-il possible de ne pas vous remercier bien haut aussi, cher et éminent
président, vous que, dans votre petite ville
de Saillans,je serais fier d'appeler mon collègue, et que, dans Paris, je suis heureux
d'appeler mon confrère et mon ami, vous
qui, malgré la fatigue de vos travaux parlementaires, n'avez pas hésité à venir dans
cette mairie où l'on vous désirait, pour y
prononcer des paroles qui m'ont ému au
plus haut point et qui resteront dans l'esprit
de ceux qui les ont entendues, comme un
modèle de votre chaude éloquence, et dans
le cœur de celui que vous avez loué comme
un témoignage de votre généreuse amitié ?
(1) M. le docteur Leboucq, médecin de l'EtaVcivil.

Comment ne pas également vous remercier de notre mieux, monsieur le Préfet de la Seine et monsieur le Préfet de
police, du grand honneur que vous nous
faites aussi, à M. le docteur Leboucq et à
moi, en assistant à ce banquet. Je sais bien,
pour ce qui me concerne, qu'en honorant
en moi le doyen des maires de Paris, ce
sont tous les maires de Paris que vous
avez voulu honorer, et c'est justement cela
qui me touche le plus, comme aussi les
paroles si aimables et si flatteuses dont
vous avez salué ma longue carrière administrative et celle non moins longue et
honorable de mon plus ancien et l'un de
mes plus dévoués collaborateurs.
Oserai-je ajouter, pour vous, monsieur
le Préfet de la Seine, que si les échos de
la vallée du Tescou avaient pu entendre
votre beau discours, ils n'auraient eu de
cesse d'en répéter les élégantes périodes,
pour la grande joie de vos compatriotes
montalbanais.
Comme vous venez d'entendre, messieurs
les maires et messieurs les adjoints, mes
chers collègues, cette fête est aussi la vôtre,
vous l'avez compris et vous n'avez pas
hésité, pour une fois, à abandonner ce
joli coin de Paris où vous tenez vos agapes
trimestrielles, pour venir dans le fond de
Vaugirard apporter à votre doyen un témoignage particulier d'affectueuse estime.
Vous ne regretterez pas, j'espère, ce voyage
en lointain pays. D'ailleurs, MM. les maires
du XIIIe et du VIII0 arrondissements viennent d'en fixer le souvenir de la façon la
plus aimable et je les en remercie.
Merci à vous, maintenant, Cigaliers et
Félibres, à vous, cher et illustre BenjaminConstant, à vous, vaillant et cher Albert
Tournier, à vous encore, cher et honoré
Deluns-Montaud.
Je ne saurais vous dire ma joie en vous
voyant ici, mes éloquents amis, et combien
je vous suis reconnaissant, tant pour vos
bienveillantes et belles paroles que pour la
délicate pensée que vous avez eue de venir
saluer votre vieux compagnon de pèlerinages, à l'occasion de son jubilé municipal,
dans cet arrondissement que je considère,
vous le savez, comme ma seconde petite
patrie. Ne croyez pas pour cela que je fasse
infidélité à l'autre, celle des plages ensoleillées et des amandiers en fleurs. Non,
je les aime toutes les deux d'un amour
égal. Il n'y a que la France que j'aime pardessus tout.

�Lou

Viro-Soulèu

Je remercie chaleureusement M. le baron
de Tourtoulon, le premier président des
Félibres parisiens, et je le prie de vouloir
bien recevoir aussi mes remerciements pour
s'être fait ici l'interprète des Félibres du
Midi.
Je vous adresse encore mon salut reconnaissant, chers confrères de la Société des
chefs d'institution de l'Enseignement secondaire libre. Je n'oublie pas que j'ai eu
l'honneur d'être votre président et que je
suis encore votre président honoraire,
j'adresse à M. Bélon, qui vous représente
ce soir, mes compliments confraternels en
le remerciant des bons souvenirs qu'il a
évoqués avec autant de bonne grâce que
de distinction.
Mes chers adjoints, mes chers amis,
vous dont les noms montent si facilement
aujourd'hui de mon cœur à mes lèvres,
vous, Messieurs Vernon, Dard, Mars, Cante
et Barruel, vous à qui nous devons, M. le
docteur Leboucq et moi, cette belle manifestation de sympathie, j'avais hâte de vous
adresser l'expression de ma gratitude, mais
il m'est impossible de trouver des mots
qui vous en disent toute l'étendue.
Fant-il au moins que je remercie M.
Vernon, votre interprète, qui a su trouver,
pour retracer mon passé lointain, des
paroles gracieuses et touchantes qui m'ont
vivement impressionné.
Je remercie avec vous, comme étant
encore mes collègues, MM. Thibouville,
Henry-Lepaute et Chautard, M. Chautard
surtout qui, ayant échangé son écharpe
d'adjoint pour celle de conseiller, n'a pas
craint de se faire ouvertement le complice
du plus aimable des complots, et qui a
tant contribué à donner à la fête de ce
soir son caractère à la fois solennel et
familial.

11 ne me reste plus que ma dette à
acquitter vers vous, mon cher docteur.
Je terminerai donc en évoquant le souvenir de notre première rencontre en 1870
sur les remparts. Mon excellent collègue
et ami, M. Cante, qui était là, — j'étais
son sergent-fourrier, — doit bien en avoir
aussi gardé le souvenir.
Oui, je veux vous dire combien, nous
étant ainsi rencontrés devant un bastion,
au plus fort du bombardement et dans les
angoisses du Siège, et n'ayant jamais cessé
depuis de nous estimer et de faire ensemble
un peu de bien, — combien, dis-je, je suis

49

heureux de me trouver aujourd'hui avec
vous, dans cette Salle des fêtes, et dans
la joie de nos amis, ayant devant les yeux
nos deux portraits réunis dans un même
écrin et partageant avec vous le laurier
symbolique où chante une cigale.
Cette fête est donc la vôtre autant
qu'elle est la mienne.
Que dis-je ? C'est la fête de tous ceux
qui ont été, comme nous, utiles en quelque
chose à l'arrondissement.
C'est votre fête, mes chers adjoints, qui
depuis longtemps déjà honorez vos fonctions par la sagesse et le zèle avec lesquels
vous les avez toujours remplies et par les
services que vous avez, autant que moi,
rendus.

Je salue enfin et tous ceux dont l'appui,
les encouragements ou l'amitié m'ont soutenu dans ma longue carrière, et tous
ceux aussi qui m'ont fait le grand honneur
et le grand plaisir d'assister à ce banquet
ou qui ont envoyé à M. le docteur Leboucq
et à moi le témoignage de leur sympathie,
et je leur dis à tous : Réjouissez-vous,
c'est votre fête !
Cela dit, mon cher docteur, continuons
à travailler de plus belle, pour le bien de
l'arrondissement et pour la République !

Ce fut M. Alcanter de Brahm qui, à
minuit, clôtura la soirée par cette pièce
dite avec une gravité de pontife :

Au soir de la vie
Tout un cortège d'ans chargés de souvenirs
vous a permis, poète, en venant jusqu'à nous,
d'encourager l'hommage, en très simple appareil,
qu'aux présentes vertus défère l'avenir.
Souvenirs de jeunesse, espoirs fanés des heures
qu'on prose, dans la vie, on traduit par tristesse,
chevauchée (''garée à la suite du Rêve
et petits coins d'azur où nos âmes se leurrent.
Vous les avez chantés dans les recueillements
que gardent les vingt ans à méditer au bord
des ruisselets joyeux sous les ciels du Midi,
et vos chants de poète ont charmé les amants.
Vous avez su ravir à la frêle fauvette
le secret d'une tendre et troublante musique,
et les enfants joyeux que chanta votre Muse
sont un peu cousinets de Mireille et d'Ariette.

�Lou

Viro-Soulèu

E vaqui perquè sei urous,
Pòdi mémo dire orgulhous,
De fesleja vostro presènço,
Onét, ol bonqué fraternel
De moussu Sextius Miquel,
Dobant uno talo ossistènço.

Ei quand il vous fallut suivre la loi des Dieux
qui, selon la légende, impose aux seuls humains
le pénible labeur et le souci constant
d'arroser leur pain dur des larmes de leurs yeux,
Vous n'avez eu qu'un geste, un geste de semaille,
et la science acquise au prix d'une jeunesse,
vous l'avez épandue avec toute votre âme,
et formé des soldats dignes do la bataille.

D'oquel Mèro, o boun dret vonta,
Redirai pount l'integrita,
L'esprit, lo bounta sans limito :
Sat de quai cur aplaùdissèn
Ol trioumfe retentissèn
Que courouno so bèlo vito.

Puis des jours sont venus, teintés de rouge et deuil,
où la grande Patrie a pleuré ses enfants.
Là, dans le désarroi d'un désastre sanglant,
vous avez, citoyen, relevé son orgueil.
Vous êtes resté pur à travers le mirage
que devaient dissiper les chants de la discorde ;
une mélancolie, en caresse tombante,
a bercé votre songe et détourné l'orage.

Deous ouratour de sentimén
Soun bengut odressa, pamén,
Ol Préfet de poulido caùzo ;
lo — perdouna mo liberta —
Lèbi moun got o lo sonta
Del Miejournau de bouno raùzo.

Aussi, pour saluer en vous les dévouements
que le civisme pur vous avait édictés,
le Peuple, par sa voix souveraine à jamais,
lit de vous le gardien de ses libres serments.

Solùdi lou digne heritié
D'un noum que, di '1 poïs entié,
Survioù dins touto loy memorioj
E qu'es ogrondi de moïta
Dunpey qué y' obès ojouta
Vostro part d'ounour e de glòrio.
J. GARDET.

Tel vous fûtes alors, tel demeuré vous êtes.
Et le Temps, lentement son rouet nous dévide,
posant sur votre front, où s'éplore une ride,
la couronne d'argent qui laure les poètes.
Et c'est depuis ce jour que, songeant au pays
qu'Aubanel et Mistral en leur tangue ont chanté,
ta pelite Patrie aux reposants clochers,
vous avez présidé ses doux Joux et ses Ris,
pendant qu'autour de vous se complaisent cigales,
rossignols et brouvreuils à varier leurs gammes,
inspirateurs divins des doux épithalames
par quoi vous consacrez amourettes légales.
Le cortège des ans chargés de souvenir
vous a permis, poète, en venant jusqu'à nous,
de recevoir l'hommage, en très simple appareil,
qu'aux présentes vertus défère l'avenir.
ALCANTER DE BRAHM.

Notre chancelier Gardet avait fait
tenir au Préfet de la Seine — l'heure
avancée n'ayant pas permis de les dire —
les vers suivants, dans son dialecte périgourdin :

O moun coumpatrioto M. de Selbo
Se me sèrbi oyci del porlat
Que m'oprenguèroun o Sorlat,
Ocoy per mel bouy rendre oùmage:
Car oquelo lengo d'omour,
Boun soubenès ? fuguèt un jour
Lo lengo de nostre bel âge.
Se l'obès oùblidado un paù
O Poris, dins lou grand oustaù,
Toujour surmena de beilhado,
Soben, dtl min, qu'ol Perigord,
Vostro amo, pleno d'estrambord,
N'o pas cessa d'estre estocado.

N'oublions pas de mentionner qu'un
superbe objet d'art : leur médaillon en
bronze, orné d'une branche de laurier où
chante une cigale, avait été offert aux
héros de cette fête inoubliable.
Les rares félibres de Paris qui n'avaient
pu y prendre part avaient exprimé leurs
regrets et plusieurs avaient envoyé des
vers à M. Sextius-Michel.
De nombreux poètes du Midi s'étaient
également mis en frais de rimes, et nous
ne saurions mieux faire que de former
ici une gerbe de toutes ces fleurs poétiques, ne fût-ce que pour montrer les liens
fraternels qui unissent tous les fidèles de
Sainte Estelle et la sympathie qu'inspire
à tous notre président.
On en trouvera une autre preuve dans
le télégramme suivant du « Félibrige
latin i&gt; et dans l'adresse signée par
Escolo de Lar et apportée par M. de
Tourtoulon :

r

Le Félibrige de Paris, à Sceaux.
Lou Félibrige latin saluda lou Irentenàri de
Sexlius-Michel, la Reina dasJocs Flouraus
e l'acamp

toujour grandissent dau

brige de Paris.

Féli-

�Lou

Viro-Soulèu

Roque-Ferrier, président ; Alfred Barlet,
Charles Gros, Antoine Houx, vice-presidènts ; Urbain Cadilhac, Iresaurié ;
Félix Durand, caneelié ; Auguste Veyrier, eoumissàri general; Jules Granier, vice-cancelié ; Célestin Pontier,
archivairo ; lou marquis Gabriel de
Berenguer, vice-consul d'Espagne; Jean
Laurès, presidènt de l'ajudança de Lengadoc ; Pròsper Gély (de Lodève), Paul
Moulinier (de Marsillargues), Louis
Houquier (de Puisserguier), mantenèire
dau Félibrige latin ; Ernest Abauzit,
Paul Deleuze, Xavier Forestier, Lucien
Ilours, Charles Navas, le docteur Pons,
Pourquier, Louis Privat, Charles Reboul, Numa Reverbel, F. Rouvière-Huc,
Jean Vidal, membres ; Mme Chaides
Gros, felibressa.
Ais-de-Prouvènçp, pèr Sant-Jan de 1901.

Ounoura e car Majourau,
La l'èsto que vous es semoundudo pèr
vouèsteis amenistra e vouèstei counl'raire
de Paris es uno boueno éucasien pèr lei
félibre laren de vous manda soun recordi
freirenau.

GARBETO

qu'es en même tèms lou Maire dôu XVm0 Ar'"
Ounour, benedicioun à noste Presidènt !
Longo-mai lou veguen ravoi e resplendent,
Lou jour maridant lis amaire,
Lou vèspre présidant li félibre devot.
Adounc, es de tout cor que manden aquest vot:
Vivo lou Presidènt ! Vivo moussu lou Maire !
ANFÓS
TAVAN.

L'arc de Sextius
Pour Sextius Michel.
Sextius auxycuxclairs,aux blancs cheveux de barde,
Edile de Lutèce et chantre rhodanien,
Rentrant à son pays d'Arausio, regarde
L'arc de pierre érigé pour qui 7 Nul n'en sait rien.
Aux frises de cet arc, un fier légionnaire
Montre aux gens une face hostile d'ordinaire ;
Du chemin triomphal il les tient à l'écart.
Mais quand Sextius passe, il cherche à lui sourire,
Et, quoique au lieu d'un glaive il lui voie une lyre,
11 prend devant le maître un prévenant regard.
MOUZIN.

Tambèn sian urous de saluda en vous
un dei caloge de l'obro felibrenco, e coumtan
sus vous pèr nous ajuda dins la eounquislo
dei liberta prouvineialo.
Lou cabiscòu e lei mèmbre dóu Burèu
de l'Escolo de Lar :

F. Vidal, cabiscòu, L. de Berlue-Perussis,
baroun Guillibert, P. Roman, proufessour
L. Constans, canounge Henri Rolland,
canounge Bourge, L. Crest, L. Sauge,
Gantclmi d'Ille, L. Espariat, capelan
majourau ; Fred. Charpin, Ch. Marlin,
G. Borel, J. Bieheron, Girard, Edmound
Railhac, J. Jourdan, Ch. de Bonnecorse, secretàri ; G. de Mougins-Roquefort, E. de Mougins-Roqueforl, Ed.
Barrême, L. d'Ermitanis, baroun de
Tourtouloun, ajudaire.

DÓU

Au Presidènt di Félibre de Paris,
M. Sestius Michel

A.

Voueste noum es tròu « sestian » pèr
pas èsse ama e venera dins nosto vièio
eapilalo.
Mau-grat mié-siècle passa dins lou gros
vilàgi, sias loujour resta fldèu à la matrio
e à la eiéuta peirenalo.

JUBILÉU
A Sestius Michel

Entre lou soulèu prouvençau,
Entre li brèino
De la Sèino ;
« Long de la mar » pescant la sau,
« Long dóu Rose » fasènt tintèino :
Siegue, tantost félibre pur,
Tantost magistrat en quau tout se fiso,
Michèu pòu bouta dins l'azur
De soun blasoun, esto deviso :
Fluctuat nec mergitur !
Louis ASTRUC,
Sendi de Pi'ouvèn^u.

Glôri !
A tu, valent decan di conse de Lutèço !
Tu, qu'as sèmpre canta la lengo de toun nis !
Tu, que seguramen as vist
Tressourrire à tis iue Tengèni de la Grèço
Reviéuda sus lou Rose en aquéu Prouvençau
Qu'es noste glourious Mistrau,
Clame : Dins ti pantai, Mirèieto te brèsso !
ANT.

CHANSROCX.

�Lou

Virro-Soulèu

Pèr En Sestius Michèu

Aro que canto la cigalo,
Anen, ma Muso, un bouen cop d'alo
E volo vers la capitale
Canto que cantaràs! lèu, lèu,
Ei pu grand jour, au grand soulèu,
Dins lou parisen jubilèu.
Ve-n'aquito un d'anniversàri
Memourable, estraourdinàri :
Un tiers de siècle, un trentenàri.
Pas jamai festenau parié
Pèr lei Felibre e Cigalié,
Dóu Gai Sabé fier chivalié.
Pantaion, em' idoulatrio,
Dei liberta de la Matrio
E dei glòri de la Patrio.
Dins la resplendour de Paris,
Lou Miejour inmourtau sourris,
E sèmpre-mai li reflouris.
Lou Baile artisto, vièi Troubaire,
Ufanous, canto emé lei fraire
Lei vìvei cansoun dóu terraire.
E pèr Flourian, pèr Aubanèu,
Touei leis an, de Paris à Scèus,
Fan roumavàgi dei pu bèu.
Vuei, quinto rlamo troupelado,
Dóu país ama rampelado ;
Caloge, quinto cigalado !
Lei soci, leis amenistra
— Em' à Leboucq proun venera —
Vouelon souri amour vous moustra.
Ausès dire : bèu cambarado,
Sian urous d'aquesto journado,
La mai bello felibrejado.
Se n'en souvendran lei fidèu,
Magistrat-Felibre flambèu,
O valènt Sestius Michèu !
Ve, dins la grand festo estivalo,
Brusisson pèr tu lei timbalo
De cènt Cigalié : cent cigalo.
F. VIDAL,
Cigalo de Lar.

A-n-En Sextius-Michel

Lou felibre trevaire
Que courris de tout caire
Dins lou tant bèu Miejour,
Te dis : « Benastruganço
A tu, qu'as remembranço
De toun.païs toujour.
Dins lis escourregudo
Ouiite es la bèn-vengudo
Ta caro emé peu blanc,
T'ai rescountra, Counfraire,
Quand vers la terro maire
Veniés pourgi ti cant.
Cercabes de cigalo
Pèr ié rauba sis alo,
E t'enaussa lóugié
Fin de Paris, pecaire !
Davala vers Bèu-Caire
Cerca toun óulivié.
Au pais dis ort rose,
As óublida lou Rose
Belèu souvènti-fes ;
Revengu siés au lume,
Car lou làngui dóu flume
LòuTèu t'avié repres.
Cautères la patrio
Pichoto, e l'alegrio
De la Mar e di Mount.
Mai troussères la raubo
D'aquelo chato, VAubo,
Vengu soulèu tremount.
Sèmblo qu'aro te taises.
Bessai dison : « Vai d'aise
A coumpli soun pres-fa. »
Nou. Que li cimbaleto
Sèmpre te fan lingueto :
Quau cantè cantarà.
N'as fa de maridage !
As vist barco vo sage
Tremento en toun burèu.
Pèr coumpleta la fèsto,
Voudriéu bèn qu'à la lèsto
Venguèsse aquéu troupèu
En poulido teleto,
Fasènt la roudeleto,
Pèr te rèndre, devot,
Tóuti li poutounado
Qu'as baila, cambarado,
En modo de franc vot.
SERNIN

SANTY.

�Lou Viro-Souleu

Salut de Prouvènço
Dóu coustat de l'Uba von jusqu'à nosto auriho
Un resson de cansoun, de brindo, de lausour
Que nous adus subran la divino armounio
Dóu parla melicous de noste bèu Miejour.
Liucn dóu cant di grihet, liuen dóu cant di cigalo,
Sènso manca d'alen. sènso manca de sau,
Es pamens dins Paris, dins nosto capitale,
Que souno e resclantis ansin lou prouvençau.
Canton dins nosto lengo un enfant de Prouvènço,
Un enfant qu'àutri-fes as brossa long de Lar
E, manejant soun amo en sa primo jouvènço,
Ais, n'en faguères lèu un di cepoun de l'art.

Au Conse parisen En Sextius Michel
Majourau dóu Felibrige (Cigalo de l'óulivié)

pèr lou trenlen anniversàri île sa meirié
Lou flame noum de Sestius
Te vèn di conse de Prouvènço ;
Es un ounour, dins nòstis us,
De pourta noum de Sestius.
E s'as à Paris lou trelus
D'un trentenau de benfasènço,
Es que toun noum de Sestius
T'a fa conse, coume en Prouvènço.
BAROUN

Dins lout nosto Miejour an resclanti si riino,
Nósti colo n'aii vist regouta festrambord
E li sóuvo dis Aup que eourouiion li cimo
N'en redison peréu l'armounious acord.
Paris que couneiguè, bèu trente an, sa sciènço,
Qu'à l'obro lou veguè, courouno si peu blanc
E festejant Sestius, festejo la Prouvènço
Dins lou meiour de sis enfant !
La Prouvènço à soun tour, enebrido e gaujouso,
O noble cadet d'Ais. te mando si salut :
Ta vido, longo-inai, que se debanc urouso
Au milan di poutoun emé di clar belu !
E. BIGOT.

Au decan di maire de Paris
Salut, bèu vétéran di maire de Paris !
Enebria d'ideau, d'art e de pouësio,
Avès sacha 'mé biais li faire voueste nis,
E tanibèn li founda la pichouno patrio.
Coume un soulèu de jun, Paris csbalauvis
E pivello lou mounde emé si meraviho ;
Mai, en bouen Prouvençau, de la bello Matrio
Noun avès óublida l'amour sant, m'es avis.
Agradas li souvèt d'un felibre canouuge :
En voueste c ouerj a mai ges d'est rànsi vous rounge,
Mai sèmpre l'atroubés joio e bouenur peréu ;
Longo-mai fagués ílòri, o caloge felibre,
E di ribo de Lar fin-qu'à la Sèino vibre
Moun amistous astru pèr voueste jabilèu !
Canounge BOURGE.
A

SEXTIUS

MICHEL

Maire inamovible, au Président perpétuel des Félibres de Paris ; au poète bilingue, à l'écrivain, au méridional de Provence dont la vie, exemple de patriotisme,
de confraternité et d'amour de l'humanité,
peut se résumer dans ces deux vers, extraits
de son amour patriau, où son nom remplace si naturellement la cremour :
Sus noste Miquèu, i'a quicon que piano :
Au

L'amour de la maire e l'amour dóu nis.

C'est ce qui constitue sa glorieuse popularité, au-dessus de toutes les divisions
d'opinions politiques et sociales, si funestes
aux progrès, à l'expansion et à la grandeur
de notre chère France !
PAUL
COFFINIÈRES.

GUILLIBERT.

A-n-En Sestius Michel
BRINUE

Bon Dieu ! que n'an fa de discours
Aièr, bèu Mèstre, à la lausour
De vosto vido !
E li conse e li députa,
E lis ouratour reputa
A la seguido,
N'an trach de fiour au bèu decan,
Au valerous republican,
Au patrioto !
Après lou roustit dóu gouvèr,
Iéu vous pourgissè pèr dessert
Mis agrioto !
En lengo d'O, segound lis us,
Au majourau En Sestius
Farai moun brinde,
Car es felibre e Prouvençau,
D'aquéli que n'an pèr censau
Q.ue soun cor linde !
O, l'amas bèn, noste parla !
Soun amour chima 'mé lou la
Vous desvario !
E, long dóu Rose e de la Mar,
N'avès canta de vers preclar
A la patrio !
O, sias un troubaire requist !
E nous retrasès un marquis
Di tèms de glòri,
Gardant à sa lengo de mèu
Un calignage dous, fidèu
E sèmpre flòri !
E l'amour, 'mé sa grand vertu,
Vous a flouca de jouventu,
E semblas èstre,
Mau-grat lis an, lou mai jouvènt
Di qu'an la fe dins l'an que vèn
Segound lou Mèstre !
Bèu Majourau, o Cap ama,
E tant ama que renouma,
Iéu, siéu cresèire,
Santo Estello nous assoustant,
Qu'i noço d'or, o, dins vint an,
'mé vous turtaren mai lou vèire !
JóusÈ LOUBET.
Vau d'Aulnay, 30 de jun

�Dimanche 3o juin

Fête annuelle de Sceaux
S'il est vrai que la joie tue quelquefois,
on peut croire que le plaisir ne fatigue
point, puisqu'au lendemain du triomphal
banquet Sextius-Michel, les Félibres, couchés tard et levés tôt, partaient vers
Sceaux pour le pèlerinage traditionnel.
Toujours intrépides et fort nombreux en
dépit du temps incertain et maussade,
ils faisaient escorte au vénérable président, qui avait tenu, lui aussi, à être
de la fête et qui marchait d'un pas léger,
point trop accablé par tant de harangues
et tant de gerbes de laurier.
Et c'est ainsi que, vers 2 heures, tous
les fervents se trouvaient réunis dans la
coquette petite ville enguirlandée et fleurie, sous la présidence d'honneur de
Victorien Sardou et la présidence effective de notre éminent confrère Henry
Fouquier, ancien président de la Cigale.
Première halte, avec l'escorte traditionnelle des pompiers, devant la maison
de Florian. Dans une improvisation provençale étonnante de verve, et dont il a
le secret, Clovis Hugues nous parle de
Florian, d'Estelle, de Némorin, il évoque
Mireille, invoque le soleil, frappe la pluie
d'anathème, et c'est si étourdissant, si
pittoresque, que ceux-là même qui n'ont
rien compris (car il y a des profanes), se
joignent à l'ovation faite au deputé-poète.
Deuxième halte dans le jardinet de
l'église, où Mme Caristie-Martel fit valoir,
avec son grand talent, des vers de Fernand de Rocher, à la gloire de Florian,
d'Aubanel et de Paul Arène. Mmo CaristieMartel voudra bien trouver ici le merci
affectueux et reconnaissant du jeune poète.
Une magnifique gerbe de strophes provençales, fleuries et parfumées, tressée
par le bon poète Joseph Loubet, fut déposée ensuite sur les monuments des
grands défunts par l'ami Duparc, l'excellent artiste que l'on sait (1).
La reine de la Cour d'amour était précisément la jeune fille de notre ami,
l'exquise Jeanne Duparc, qui tint avec
bonne grâce et charme parfait le sceptre
fleuri de sa royauté éphémère. Nous
(1) L'abondance de la copie nous oblige à réserver
ces deux poésies pour le prochain numéro.

savons que dans l'écrin de sa couronne,
la jeune reine a trouvé bien des bouquets
de rythmes en son honneur.
Parmi ces vers, qui chantaient sa
royauté, ceux de notre chancelier Gardet
ont dû lui procurer un particulier plaisir,
à cause de leur parfum de grâce et de
jeunesse. Qu'on en juge :

A la Reine de la Cour d'amour
On a beaucoup vanté les vertus souveraines
De celles que les Troubadours,
Jadis, choisissaient comme reines.
Mais j'en sais une, de nos jours,
Qui les surpasse en gentillesse.
C'est l'idéal de la jeunesse.
Souriante, en son œil rayonne la bonté ;
Du foyer, c'est l'ange ineffable,
Et son esprit charmant, sa grâce, sa beauté,
En font une femme adorable.
Hier, sous les ombrages du parc,
Elle trônait, ayant les Muses pour cortège.
Son nom, ici vous le dirai-je ?
C'est mademoiselle Duparc.
J. GARDET.

Comme l'année dernière, la cérémonie .
des Jeux Floraux et la Cour d'amour ont
dû se tenir dans la même salle du marché couvert.
Une allocution de M. Château, maire
de Sceaux, a ouvert la séance. Ën des
termes excellents, souvent applaudis, M.
Château a souhaité une cordiale bienvenue aux Félibres, qui lui savent gré de
cette hospitalité si large, si généreuse.

Discours de M. Château
Mesdames, Messieurs,
Quand les Félibres et les Cigaliers débarquent à Sceaux, c'est la poésie, la jeunesse et la joie qui nous arrivent.
Permettez donc au maire et à la Municipalité tout entière de cette ville de vous
souhaiter la bienvenue.
Vingt et un étés déjà vous ont amenés,
confondus fraternellement par un commun
amour du Midi, de sa langue, de sa littérature, de ses coutumes, les Cigaliers,
habiles artistes de la langue d'Oïl, injustement accusés d'avoir oublié à Paris
l'accent natal et de venir à Sceaux pour
le retrouver — comme si l'accent pouvait se perdre ! — les Félibres de Paris,

�Lou

Viro-Soulèu

méridionaux transplantés, dont la pensée
bruit naturellement en mots suaves de la
langue d'Oc, et souvent aussi ceux du
grand Félibrige, dont l'étoile à sept rayons
resplendit parmi la riche constellation des
Lettres françaises.
L'an dernier nous avait amené le chef
de la troupe poétique, le chantre épique
de l'héroïque Pascal de Malemort, le capoulié Félix Gras. Nous saluons cette
grande mémoire, digne des honneurs que
l'antiquité réservait aux poètes purs et pieux,
dans les clairières baignées d'une lumière
surnaturelle, parmi les myrtes et les cyprès
du royaume des ombres.
La Coupe sainte, d'ailleurs, est passée
en bonnes mains. Le nouveau capoulié,
Pierre Devoluy, couronné déjà aux Jeux
floraux d'Arles par les gracieuses mains de
la reine du Félibrige, unit à l'orgueil de la
grande patrie l'amour de la petite. Heureux poète qui n'a pas trop de deuxlangages pour chanter et qui portant l'épée
au côté comme les troubadours du temps
jadis, a reçu du choix de ses égaux, avec la
cigale d'or, la royauté poétique.
Hier soir, suivant l'expression de notre
grand et splendide peintre, BenjaminConstant, vous avez célébré, sous la présidence de Maurice Faure (et vous ne pouviez en trouver de plus ardent ni de plus
dévoué), la veillée poétique de votre pèlerinage à Sceaux, en fêtant le président du
Félibrige parisien, M. Sextius-Michel, l'auteur de la Petite Patrie et des Scènes enfantines, le maire patriarcal de Vaugirard,
à qui ses confrères envient sa longue et
bienfaisante carrière.
Puisse-t-il, pendant de longues années
encore, marier — en vers — les fiancés
du XVe arrondissement et méditer, entre
les iris et les lilas de son jardin, quelque
odelette sur un nouveau-né.
Aujourd'hui, votre fête devait s'enorgueillir de la présidence d'honneur de l'illustre
académicien, M. Victorien Sardou, qu'une
légère indisposition retient malheureusement et à notre très grand regret, loin de
nous. Ce méridional est né à Paris, rue
Beautreillis. Il n'en est pas moins fils d'un
méridional qui contribua à l'œuvre commune par une grammaire provençale et
une Vie de Saint Honorat. Le Parisien
qui a écrit Divorçons est le descendant de
pêcheurs de l'île de Sardaigne, plus tard
établis à Cannes.
11 est donc plus que du Midi. Etonnezvous, après cela, de sa verve, de son habileté
prestigieuse, de sa puissance dramatique.

55

Pour l'évocateur de Patrie et de la
Haine, conquérant impérieux du théâtre,
l'art dramatique — fait de vie et de lumière — est une résurrection.
Le président qui vous honore de sa présence réelle, M. Henry Fouquier, m'en
voudrait peut-être de le louer. Je ne dirai
donc pas ce que tous ses lecteurs pensent
du journaliste toujours jeune et exquis, du
lettré respectueux de ses convictions et de
son art, qui fit même jadis une excursion
au pays politique, tout juste ce qu'il fallait
pour s'acquitter envers sa patrie, Marseille,
porte de la Grèce, terre justement natale
de ceux qui ont rêvé d'établir chez nous
la République athénienne.
La ville qui se trouve fi ère de vous accueillir aujourd'hui, n'est-elle pas d'ailleurs,
elle aussi, un peu du Midi ?
Sa colline fut autrefois couverte de vignes, son château fut, du temps de la duchesse du Maine, une perpétuelle Cour
d'amour.
Florian, page du duc de Penthièvre et
plus tard lieutenant de son régiment, y
chanta la « pastorale », l'œil encore ébloui
de ses rêveries d'enfant au bord du Gardon.
Paul Arène découvrit ici son tombeau et
nous lui devons la transformation de Sceaux
en un coin de Provence.
Un bout de cimetière est devenu lejardin des poètes. Némorin y voisine avec
Jean des Figues et avec le poète souverain
de la Grenade entrouverte; sans doute
leurs os frémissent encore, sous la terre
de Fiance, au jour de votre fête poétique,
Félibres que le soleil fait chanter !
Comme un décor des temps passés, les
marronniers taillés du parc, les peupliers
qui font pleuvoir sur leurs bustes leurs
cotons blancs, encadrent de nouveau, dans
cette fête d'été, les jeunes hommes, les
poètes, les femmes qui réveillent en notre
mémoire le beau vers d'Anbanel :
Sans la beauté, que deviendrait le monde 1
Sceaux est à vous, chers hôtes! Dans le
devoir pieux que vous venez remplir ici,
sa population est de tout cœur avec vous.
Elle vous rend l'affection que vous portez
à ce pays et elle est heureuse de vous recevoir fraternellement, à bras ouverts.
Puissiez-vous revenir parmi nous d'année en année célébrer ce soleil qui, derrière ce malicieux rideau de nuages, illumine de ses rayons généreux tout le pays
delà langue d'Oc, depuis les Alpes jusqu'à
l'Adour !

�Lou

56

Viro-Soulèu

Notre doyen M. Sextius-Michel, lui
répondit en des phrases heureuses et ce
fut pour le président une occasion de
remercier à nouveau les amis qui, la
veille, lui avaient fait un si beau triomphe.

Allocution de M. Sextius-Michel
Monsieur le Maire,
J'étais encore ce matin trop fatigué et
surtout trop ému de la grande marque de
sympathie que les Cigaliers et les Félibres
de Paris m'ont donnée hier soir, dans la
salle des fêtes de ma mairie, pour pouvoir
vous dire aujourd'hui mon discours d'usage.
Je viens donc seulement, monsieur le
Maire, vous remercier d'abord de l'honneur que vous avez bien voulu me faire en
venant vous joindre âmes amis pour célébrer avec eux et mes administrés, le trentième anniversaire de mes fonctions municipales.
Je salue donc, comme tous les ans, la
cité gracieuse dont vous êtes l'aimable et
dévoué maire, en m'excusant de le faire
cette année si brièvement.
Hier, nous avons entendu, dans notre
salle des fêtes ornée de feuillages, les très
beaux discours qu'ont prononcés MM. Maurice Faure, Benjamin-Constant et Albert
Tournier ; vous avez entendu aussi les beaux
vers du jeune et excellent poète Fernand
de Rocher.
Aujourd'hui, c'est un merveilleux écrivain,
c'est un éloquent ami que vous allez entendre, c'est M. Henry Fouquier.
Nul mieux que lui ne peut parler du Félibrige, dont il est le défenseur convaincu,
et de la Cigale, dont il fut le président
aimé, lui qui, dans son superbe discours
du Pont du Gard, en 1888, a parlé avec la
plus grande autorité de ce Midi dont nous
sommes, de ce Midi qui n'est pas seulement le pays des belles fleurs et di bèlli
chato, mais surtout le pays du vrai patriotisme, qui consiste en résumé à aimer
de tout son cœur sa petite patrie, afin de
mieux aimer la grande.
Je partage, mesdames et messieurs, le
sentiment de regret qu'a dû vous causerie
télégramme de l'illustre auteur de Patrie.
Mais nous n'en boirons pas moins ce soir
au grand lexicologue Léandre Sardou, son
père, et nous dirons des vers provençaux,
et nous chanterons des chansons provençales.

Que dire du discours, ou plutôt de la
véritable causerie, du président de la fête,
Henry Fouquier ? Nous le publions in
extenso pour ne point l'affaiblir par de
superflus commentaires, et tel qu'il l'avait
écrit, comptant sur la présence de M.
Victorien Sardou.

Discours de M. Henry Fouquier
Mesdames, messieurs, chers cigaliers
et félibres,
Si ce n'est avec orgueil, c'est avec un
sentiment de profonde satisfaction que
j'assiste aujourd'hui à la fête cigalière de
Sceaux et que j'ai l'honneur, périlleux et
doux, d'y prendre la parole, comme président, sous la présidence de mon cher et
vieux ami Victorien Sardou. Mais cette
satisfaction ne me vient pas seulement de
cet honneur que votre indulgente amitié
m'a décerné : je l'éprouve surtout en ma
qualité de vieux « cigalier ». J'ai été, en
effet, sinon tout à fait des ouvriers de la
première heure, du moins de ceux de la
seconde. Et, quand la journée s'approche
de la fin, combien il m'est doux de regarder en arrière et de voir le travail accompli par les bons ouvriers de l'idée méridionale.
Ah ! certes oui — nous avons fait du
bruit dans le monde ! mais de la besogne
aussi, et plus de besogne encore que de
bruit. Tout d'abord, nous avons, sous la
présidence du regretté Henri de Bornier,
fondé notre dîner mensuel de Paris, créé
notre Bulletin officiel, la Cigale. Sous ce
que j'appelle, en ma qualité de Latin, mon
consulat, qui fut long, ayant été renouvelé,
la cigale a ouvert ses ailes pour retourner
chanter à son pays d'origine. Nous avons
parcouru tout le Midi, Provence, Comtat,
Dauphiné, Languedoc, pays basque et pays
gascon, envahissant même, à Saint-Sebastien, l'Espagne voisine. Il n'est pas un
compatriote méridional méritant, illustre
ou un peu oublié, à qui nous n'ayons payé
le tribut de notre admiration ou de notre
reconnaissance de lettrés ou d'artistes. Des
plaques commemoratives, des bustes, des
statues et des discours, beaucoup de discours ! — des poésies, des fleurs, des acclamations, les sourires des femmes, les grands
yeux étonnés des enfants, voilà le résultat
et le souvenir charmant des voyages de la
Cigale... Chemin faisant, nous avons ressuscité le théâtre antique d'Orange. Ce fut
là que sub Jove, Mounet-Sully, qui fut

�Lou

Viro-Souïèu

notre président après notre regretté P.
Arène et avant Benjamin-Constant, m'a
donné — nous a donné — la plus belle
impression d'art dramatique que j'aie jamais
connue, en jouant Œdipe roi. Puis, comme
Rabelais fut médecin à Montpellier et caloyer des Iles d'Hyères, et que, d'ailleurs,
le sang de nos vignes et la claire raison
de notre soleil coule et brille en son oeuvre,
nous le fîmes nôtre pour lui élever un monument, non loin d'ici, à Meudon. Enfin,
— ce fut une de nos dernières conquêtes
— nous avons trouvé charmante la ville de
Sceaux et nous l'avons annexée à la Provence et au Midi — tout simplement. Mais
conquérants pacifiques et équitables, nous
ne le fîmes pas sans raison ni sans qu'elle
y consentît. Elle a bien voulu elle-même
que nous fussions ses hôtes annuels, et
aujourd'hui encore j'ai à remercier son
maire de l'accueil qu'il nous a fait, si cordial.
Le lien entre la Cigale et Sceaux est désormais et dès longtemps déjà noué de
façon solide. A notre première venue, la
Tarasque étonna un peu — nous l'avions
amenée — et fit peur aux petits enfants.
Aujourd'hui, les habitants de Sceaux attendent avec joie notre fête, dont ils ont
pénétré l'esprit. S'il restait encore assez de
morceaux de la Tarasque pour qu'on pût
décemment la mener à la promenade —
mais je crois qu'elle a eu des malheurs ! —
elle n'effrayerait plus personne, comme si
tous avaient pénétré le symbole qu'exprime
le monstre du Rhône — ce monstre dont
ne purent triompher les plus vaillants chevaliers, mais qu'une femme souriante fit
prisonnier et ramena captif, attaché avec
le ruban de sa chevelure... Quant à la
raison que nous avons eue d'élire la ville
de Sceaux, c'est que notre Florian y vécut
et y mourut, jeune encore, tournant ses
yeux effrayés du spectacle du Paris de la
Terreur, vers son Midi aimé et vers les
riantes campagnes qu'il avait chantées. Aubanel. le premier, je crois, prononça ici
son éloge, Aubanel, le bon félibre, l'amant
chrétien de la Vénus païenne, qui a, ici,
son monument à côté de ceux de Florian
et d'Arène, en un de ces coins charmants
où la tristesse de la mort disparaît devant
la gloire et la tendresse du souvenir.
Nous allons donc, dans cette aimable
ville de Sceaux qui nous est chère — etj'en ..
ai dit les raisons — célébrer pour la douzième fois nos Jeux Floraux. Mais la fête,
pour nos cœurs de cigaliers et de félibres,
aura eu, cette année, deux jours. Elle a

57

commencé hier, à Paris, au banquet que
les administrés de l'arrondissement dont il
est le maire offraient à notre grand ami
Sextius-Michel, cigalier et félibre majorai.
Dans ce banquet, on célébrait son trentenaire de maire. Vous avez bien entendu,
messieurs. Il y a trente ans que Sextius est
maire à Paris. Et l'on prétend que les magistratures ne durent pas sous la République ! Que si, d'ailleurs, notre ami est resté
inamovible, c'est que pas un pouvoir n'a
pu méconnaître son zèle intelligent et sa
haute loyauté, et si ses administrés ont
voulu que ce trentenaire fût un jour de
joie, c'est qu'ils ont trouvé en SextiusMichel, pendant trente ans, un homme qui
fut bon, de cette bonté qui est, en réalité,
comme le nom divin de la Justice !
Nos Jeux Floraux, messieurs, ont un programme fixe et qui ne varie pas, sur lequel
je n'ai pas à revenir. Nos rapporteurs diront
le mérite des pièces couronnées. Notre
programme est, d'ailleurs, large et compréhensif. La porte est grande ouverte chez
nous à la poésie, à la prose, à notre langue
de France et à nos langues du Midi. Apollon, le bon archer, avait plusieurs cordes
à son arc comme à sa lyre, Ainsi nous
avons, pour chanter, le grand idiome national et le cher idiome de la petite patrie :
et, quel que soit celui dont nous nous
servons, c'est toujours la France que nous
chantons. Car il n'est plus besoin, aujourd'hui, de rassurer des inquiétudes ou de
dissiper des calomnies.
Les œuvres méridionales sont des œuvres
françaises. Certes, nous aimons et nous
défendons nos souvenirs particuliers, nos
idiomes divers, nos institutions locales et
— je voudrais qu'on y pût réussir davantage — nos coutumes et nos costumes.
Mais si nous voulons sauver ce qui fait la
variété heureuse du pays français, c'est à
la façon de l'architecte qui, lorsqu'il a élevé
un monument en sa superbe et solide unité,
s'attache à en orner chaque partie d'une
façon originale et particulière. Telle est
notre œuvre : et c'est à cette œuvre, bien
définie, que vous êtes venu prendre part,
mon cher président, en donnant à notre
fête l'illustration de votre présence.
Je vous remercie, mon cher Sardou, au
nom de tous. Mais laissez-moi vous dire
que ce fauteuil où vous êtes assis est —
puisque les fauteuils ont une histoire — un
aussi illustre fauteuil que bien d'autres et,
qui sait ? que votre fauteuil académique
lui-même. Là, en effet, se sont assis avant

�58

Lou

Viro-Soulêu

vous Mistral, Aubanel, Paul Arène et ce
regretté capoulié Félix Gras que la mort
vient de nous prendre : puis, après ces
félibres fameux, les grands orateurs espagnols, tenant à nous à la fois par l'union
latine et par le voisinage catalan et basque :
Ruiz Zorrilla et Castelar ; enfin, vos collègues de l'Académie, le poète Coppéc,
Jules Claretie (quiestMéridional, d'ailleurs:,
Jules Simon, qui eut ici une heureuse journée (il aimait à le redire), mon délicieux
ami Anatole France et mon maître toujours
regretté, le grand Renan. Celui-ci, Breton
bretonnant, tandis que je le ramenais chez
lui le soir de notre fête, m'expliquait, avec
les ingénieuses caresses de son esprit, que
nous étions, Provençaux et Bretons, frères
par la poésie de la mer, qui rapproche
alors qu'elle paraît séparer.
Vous êtes, vous le voyez, en bonne compagnie au fauteuil présidentiel ! A ce fauteuil, d'ailleurs, vous aviez droit de toutes
les façons : par la beauté de votre œuvre,
dont il a été convenu entre nous que je ne
parlerais pas et dont je parle assez en disant,
d'un mot, qu'elle est belle. Et aussi parce
que vous êtes du Midi, encore que né à
Paris. Vous en êtes par bien des côtés, par
l'amour que vous lui portez, par la compréhension émue que vous avez de ses traditions et de ses beautés. Vous avez regardé
la mer sacrée de la terrasse babylonienne
de votre villa de Nice et nous savons en
retrouver l'éclat dans vos yeux vifs, qui
ont l'air d'être faits pour ne dormir jamais...
Et vous êtes encore du Midi par votre père,
l'estimé philologue provençal, qui fut un
cigalier avant la Cigale. Sardou, qui s'appelait Léandre par bonne tradition hellénolatine, comme vous vous appelez Victorien,
était né à Nice, colonie de Phocée. Ce fut
un grand travailleur, comme vous : car le
Midi travaille — quoi qu'on en dise. II
écrivit sur les sciences, la géographie, la
linguistique. C'est à lui qu'on doit l'édition
du Rabelais de San Remo, qui est une
merveille d'érudition sagace. Mais il tient
surtout à nous par la traduction de la vie
de saint Honorat et par l'étude qu'il fit du
« parler » niçois, démontrant que ce « parler » dérive du provençal, non de l'italien.
Quand Nice fit retour à la Provence française, Cavour invoqua Sardou pour établir,
au parlement italien, qu'il n'aliénait pas
une terre italienne, mais la laissait retourner
à sa première origine. Vous avez hérité,
certes, de cet amour de votre père pour
notre Provence.

Et puis, est-il tant de raisons à chercher
pour vous dire des nôtres ? Vous aimez
notre Midi et nous vous aimons. Ceci me
suffit pour vous baptiser solennellement
cigalier, au nom des Muses, filles du soleil, et pour vous assurer que, venu un jour
parmi nous, vous y resterez toujours dans
notre souvenir, avec tous ceux qui, glorieux comme vous, sont venus donner à
notre œuvre une haute marque de sympathie. Cette sympathie, j'ai l'orgueil de dire
qu'elle est méritée par notre amour passionné de l'art et des lettres de nos deux
patries, de la petite et de la grande...

Cour d'amour et banquet
Après la lecture du palmarès des Jeux
Floraux, poètes, chanteurs et musiciens
ont repris leurs droits souverains et sont
venus égrener vaillamment chansons et
musique, sous la présidence de la gracieuse reine Jeanne Duparc, devant un
très nombreux auditoire.
C'est Joseph Loubet qui ouvre le feu
avec un Salut à la reine de belle venue
et d'un à-propos charmant. Puis, tour à
tour, on a entendu Mlle Ariette, qui chante
agréablement des airs de Provence ; M.
Melchior Bonnefois, un fin diseur ; Mlle
Chazalette, la toute jeune fille de notre
collègue et ami, qui fit chanter le piano
comme une artiste qui promet ; notre
excellent camarade Duparc, toujours sur
la brèche, et qui a le don de dérider les
plus moroses ; enfin, Mme Simone d'Arnaud, l'artiste consacrée par tant de
succès, dont la voix chaude et magnifique souleva un enthousiasme sans fin.
C'est l'aimable compositeur Henry Eymieu qui tenait le piano d'accompagnement.
A l'issue de la Cour d'amour, un lunch
réunissait quelques amis dans les salons
et dans le parc merveilleux de M. Château, maire de Sceaux. Mme Château en
fit les honneurs avec affabilité et donna
même licence à quelques jeunes félibres,
— n'est-ce pas Mlle Mireille Hugues? —
de grapiller un tantinet dans les massifs
de rosiers.
Puis, omnibus et pataches emmenèrent
la caravane joyeuse vers les ombrages
du val d'Aulnay, chez les faux Scèetis,
où se tint le banquet, pour la deuxième
fois depuis l'hégire félibréenne.

�Lou

Notre confrère Jean Mousnier, avec un
zèle infatigable dont nous lui savons gré,
s'était chargé des détails de l'organisation. Menu parfait et gaîté adéquate,
comme il convient à des fils du soleil.
La pluie, qui faisait rage à ce moment,
n'ôta rien de la verve, de la bonne humeur aux brindes de chaude éloquence
du président Henry Fouquier, d'Albert
ïournier et de Clovis Hugues. Et, comme
le feu d'artifice était probablement mouillé,
la soirée se termina par une sauterie improvisée et par une farandole de rimes
ensoleillées, évocatrices du pays lointain
et narguant la pluie.

P0ÜRTISS0UN DE LA COURT D'AMOUR
de Scèus
A na Jano Duparc,
Kcinodóu Félibrige de Paris.

Viro-Souleu

39

Au pensamen de vosto glòri
E que nous vèn lou tantalòri,
O Beatris de Mountl'errat ;
Azalaïs, llour sèmpre novo,
E tu, flour d'or: Lauro de Novo,
De vous n'adurre amount la novo
Dins lou bram ferverous de noste cor abru!
Car sarié mau sènso remèdi,
La vido sarié que coumèdi
Se l'amour viéu e la bèuta
Desstibrc touto causo vano,
Sus li trigos c lis engano
Vuejant sa lusour soubeirano,
Noun levavon de blad pèr l'inmourtalita !
E lou Tèins, lou mùunié, moulino,
E dóu blad t'ai blanco farino,
E l'Istòri, sus lou pestrin,
Se clino, e de la bello pasto
Nais lou pan que bèlo la tasto,
Ë nosto l'e, sóuvèrto e casto,
Pèr n'abari safam, vuei s'es boutado en tria !

I

Lis esmarra dóu nis qu'au milan di tafòi'i
Gardon linclc e leiau c rcnadiéu e flòri,
'me lis us miejoumau lou rire esperitau ;
Li priéu e li pouèlo c la colo d'artisto
Qu'aparo soun renoum em' aquelo fe misto
D'uno raço abarido i sourgènt inmourtau
Dóu bèu o dóu Votai ; c pièi li palrioto
Qu'an lou cor en flambour e, mutant li rioto,
Fan de l'amour dóu brès lou vivènt recaliéu
De l'amour patriau, li vaqui ! — Pèrvalengo
E pèr colo dóu Nord, an lèu gandi sa lengo 1
Es fineto, acassado, e tant, qu'es agradiéu
De vèire li dos sorre ensèn e la Cravenco
Oundra la do Paris d'amistouso pervenco.
An ausi lou rampèu li mascle dóu Miejour:
Di mùstre is escoulan, nous vaqui ! Pouësio
E Patrio assoustant nosto bello sesiho :
Felibre de Paris, duerben la Court d'Amour !
II
Voulastrejas, oumbro amourouso
Di gènti dono tant courouso
Dóu galant lèms de Roumanin!
Leissaren pas dins l'óublidesso
Vòsti vertu 'mé vosto autesso
E vosto siavo pouliclesso
Car, mau-gral sièis cènls an, n'en soubro lou
[l'rcmin !
Bello Coumtesso Alis do Dio,
Toun astre enca nous cscandilio ;
Blanco-Floureto de Flassan,
Estel'aneto, c tu la Dou,;o
De Moustier, gento fado rousso,
Vous dise que rèn noun s'amousso
De vosto grand clarta; que ferriis uoslc sang

O ! laisso crida lis arlèri,
Toun clar canta vòu un empèri,
Felibre, o, seguis toun destin!
Miejour, aubouro-te, risèire,
Soun ti liéu qu'an garda li crèirc
Di bèlli dono o de si rèirc
Que mènonverslaluslougraml moundclatin.
III
O ! vuei, de ta tuberculosi)
Soulèu d'eici, te pos gari !
Vuei, podon espeli li roso
Dins li grand pargue acoulouri;
Li roussignòu, li cardelino
Podon larga si cansoun lino,
E plus aut pòu gagna lou cèu
Lou gai trignoula di campano ;
Car es vuei la Heineto Jano
(Juc bailejo la Court de Scèu !
Dins la modo dóu Mejau-Age
Me dise, iéu, qu'en soun ounour
Trenarié bèu moun calignage
Uno garlando de lausour:
Car i'a rèn que la pacaniho
Pèr canta dous 'mé l'auceliho,
E Venus Arlatenco avau
'mé iéu tasiè de meiin-jano !
Vaqui perquè, licineto Jano,
Vous cantaran mi vers courau!
Vùsti vistoun? soun uno braso
Ë soun [lougnènt coume d'uiau !
Antan an la lira l'espaso
Ë l'a franqui colo emai riau,

�ton

VIRO-SOULEIADO

E dTlalìo o sènso ostapo,
En Avignoun, i pèd dóu papo,
An adu Tost e li roumiéu !
Car vòstis iue, ma soubeirano,
Reverton li de Dono Jano!...
Un brigounet malancouniéu.

Echos félibréens
Nous sommes heureux de féliciter notre
excellent collègue du Félibrige de Paris,
Fernand-Lafargue, membre du Comité de
la Société des Gens de Lettres, à qui son
ouvrage, Les ouailles du curé Fargeas, a
valu une médaille d'honneur de la Société
nationale d'encouragement au bien.
— A l'occasion du 14 juillet, une plus
(laiteuse distinction est venue le récompenser de son labeur littéraire : M. FernandLafargue a été nommé chevalier de la Légion d'honneur, et nous applaudissons à ce
choix du ministre.

E sias mignoto ! 0, sènso manco,
Sias sa feleno ! E vesen lèu
Que voslo gènto caro blanco
A lou goust di bais dóu soulèu!
Vostc gàubi, dous e ferouge,
Dis que regoulo, flame, aurouge,
Un sang lalin sout vosto pòu !
— Lou Capoulié dins uno andano
Tre vous veguè, Heineto Jano,
L'an passa, tiré soun capèu!..
Verai n'en sias de bono raço !
N'en saven gèns de Martegau,
De coucàro, de manjo-estrasso.
Esperagau vo pessegaud,
Qu'ansin que vostè brave paire
Posque reviéuda li troubaire
De soun Marsiho prouvençau!
E quouro, artisto e grand ! debano
Calendau vo la Rèino Jano,
Belan soun biais universau !

Nous apprenons avec plaisir le mariage
de M. Charles de Bonnecorse, avocat,
secrétaire de l'Ecole félibréenne d'Aix,
avec la fille de M. le baron de Tourtouloû, qui répond au doux nom de Magali.
Nos meilleurs vœux aux jeunes époux et
nos compliments à l'ancien et si sympathique président des Félibres de Paris, à
qui M. Sextius-Michel a adressé une poésie

0 ctialounelo avtiei cluiusido,
Houscnco, esmougudo un brisoun,
Nous es bonur e causo aisido
, De vous óuiri noste guierdoun !
Vous saludan en Santo Estello,
Vous pourgissèn à canastello
Li vot di mèstre e di nistoun ;
E pièi que sias douço, abelano,
Vaqui ma joio, o Rèino Jano :
Vau poulouna vostc deloun !
JóisÈ LOÜBET.

de circonstance que nous publierons dans
le prochain numéro.

LES ŒUVRES

Pèr Albert Tournier
En remembranço de sa decuuracioun
dins la Legioun d'ounour.
As canta la bèuta di chato e duu terraire,
Perçu que de canta t'èro salubre e dous ;
L'ivèr coume l'estiéu, te siés fa samenaire
Dins la regu duberto i suulèu puuderuus.
Eres lou tambourin e luu tambourinaire,
Quand farandoulavian dins l'erbu e dins li lluus ;
Pièi, se voulien rauba luu drapèu de ti fraire,
Te baties pèr lidèio, estènt soun amuurous.
Es pèr acò qu'un jour, dins l'èr que luse e volo,
Un parpaiounet ruuge es arriba di culu
S'espingla sus tuun pitre uruus e trefouli.
Mai ço que i'a de bèu, èi que, se li cigalo
S'arrestavon de naisse en terru prouvençalu,
Rèn qu'en levant luu det, li faries espeli !
CLOUVIS

Viro-Suuleu

HUGUES.

Notre confrère Auzende vient de publier
une nouvelle composition, — pour chant
et piano, — qu'il a dédiée aux Félibres de
Paris. La poésie provençale et la version
française sont de notre ancien vice-président Jean Bayol. Les amateurs apprécient
fort cette œuvre charmante à laquelle ils
prédisent le plus grand succès. Elle a pour
titre Preghiero d'amour. En vente chez
Mme veuve Girod, 16, blv. Montmartre.

Notre vert doyen César Gourdoux qui,
à cette heure, doit pêcher à la ligne sur
les bords du Gardon, vient de publier un
frais poème cévenol intitulé : L'aucclou
toumba daou nis. Dans ce récit, qui débute par le sauvetage d'un oiseau, notre
ami a su mêler une historiette d'amour où
le patriotisme même a sa place, ce qui rend
la plaquette intéressante pour tous.

Le Gérant: Marius
PARIS.

FÉLIBRÉENNES

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc,

C.I.D.O.
BÉZIERS

AMY,
55,

249, rue de Vaugirard.

carnero Rousselet.

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              <text>Lou Viro-Soul&amp;egrave;u (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13127"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Documents</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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