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ÎSfZIERS

LES

Représentations
Le temps nous ayant fait défaut pour
organiser, cette année-ci, des fêtes félibréennes, de concert avec le Félibrige
méridional, le principal attrait de l'excursion de 1902 résidait dans les deux représentations d'Orange des 9 et 10 août.
Comme Ta écrit Lucien Duc dans La
Province, « il serait inutile de revenir sur
l'effet produit par la tragédie d'Œdipe-Roi
et par M. M ounet-Sully sur les dix mille
spectateurs qui remplissaient les gradins du
théâtre, sous un ciel d'une limpidité parfaite. Ce fut le triomphe habituel et l'émotion toujours poignante dont ne peut se
défendre nul cœur humain. »
Ajoutons simplement que notre ami
Duparc rendit d'une façon saisissante la
scène du pâtre qui révèle à Œdipe le secret de sa naissance.
Pour la seconde soirée, nous laissons la
parole à notre confrère P. Antony Réal,
directeur de La Provence artistique :
« C'est plus que par un succès, c'est par
un triomphe que s'est terminée la représentation de l'œuvre magistrale du poète
Georges Rivollet : Les Phéniciennes, donnée pour la première fois au Théâtre
d'Orange.
« Nous avons déjà écrit dans notre histoire du Théâtre Antique d'Orange et de
ses représentations modernes : « Orange,
sœur de Rome et d'Athènes, va devenir
un foyer lumineux de décentralisation artistique, et nos grands acteurs exciteront,
dans l'immense hémicycle de son théâtre
romain, des émotions comme en excitaient
les grands acteurs de l'antiquité. Dans

d'Orange

cette vaste enceinte, ils produiront des
effets scéniques qui sont impossibles dans
nos théâtres fermés ».
« La représentation d'hier : Œdipe-Roi,
et celle d'aujourd'hui : Les Phéniciennes,
sont de ce nombre et l'on ne peut concevoir une plus belle évocation de l'âme antique en un cadre plus grandiose. Notre
ami Mariéton, en les organisant, a bien
mérité du grand art.
« La soirée des Phéniciennes ne l'a cédé
en rien à la précédente. L'œuvre du puissant poète Rivollet, bien que s'inspirant
d'Euripide, dont elle serre parfois le texte
de très près, est, malgré cela, de conception toute personnelle. Elle laisse une place
à l'invention du poète et M. Rivollet a
créé de toute pièce un rôle de pâtre qui
n'existe pas dans l'œuvre d'Euripide et qu'il
a rehaussé de très beaux vers, que lejeune
élève de Paul Mounet, M. Gorde — un
Marseillais, second prix du dernier concours du Conservatoire — a su très bien
faire ressortir; nous en citerons leprélude:
Déjà l'aube aux yeux bleus, l'aube chère au berger,
Sur la crête des monts, pose son pied léger
Et, déesse indulgente aux porteurs de houlettes,
Effeuille sous les bois ses pâles violettes,
Moi le roseau chanteur aux lèvres, je descends
Vers la fontaine avec mes chevreaux bondissants.

« On sait déjà que le sujet des Phéniciennes n'est autre que la Thèbaïde, c'està-dire l'inimitié -des deux fils d'Œdipe,
leur mort dans un combat singulier et le
suicide de Jocaste, leur mère, qui ne peut
résister à tant de malheurs.
« M. Rivollet, qui appelle modestement

�V

J8

Lou

Viro-Soulèu

son œuvre une adaptation d'Euripide, l'a
faite sienne par la haute maîtrise de la
forme jointe à la noblesse et à la profondeur de la pensée, reflétant l'évolution

couvert d'applaudissements qui sont comme
le prélude de ceux qui l'attendent à la
Comédie-Française où sa nouvelle œuvre
a sa place marquée.

même des idées antiques, dont les simples
et vivantes images sont si heureusement
reproduites, l'ananké farouche fléchit un
moment et incline à la justice vraie, pour

« ...Et la foule profondément émotionnée et sous le charme de cette inoubliable
sensation d'art, se retire comme à regret

se redresser plus implacable.
« L'effet produit sur le public par les
mortels antagonismes d'Etéocle et de Polynice, les deux frères ennemis, et par la
scène de sublime horreur qui jette Œdipe
(Mounet-Sully) aveugle et rampant sur les
corps des fratricides et de Jocaste qui, ne
pouvant leur survivre, s'est poignardée à
côté d'eux, est d'un effet prodigieux.
« Et c'est un frisson d'angoisse et d'épouvante qui passe dans l'auditoire, lorsque
Mounet-Sully, paraissant sur le seuil du
palais, s'écrie avec des déchirements dans
la voix :
Qui m'appelle? et trouble l'agonie
De l'aveugle et l'arrache à son lit d'insomnie ?
A tâtons j'ai quitté mon ténébreux séjour...
Et je sors plein d'horreur de me sentir au jour !...

« Non, jamais notre grand tragédien,
l'émule de Talma, n'a été aussi beau, aussi
pathétique, aussi sublime dans sa superbe
création d'Œdipe-Roi ! Jamais non plus, il
n'a été autant acclamé !
« A côté de lui, Mme Segond-Weber a
créé d'une façon remarquable ce rôle d'Antigone qui convient si bien à son tempérament artistique. Elle a triomphé par le
charme et la séduction de son dévouement filial, mais elle a eu aussi des accents
dramatiques que lui ont arrachés tous les
malheurs accablant sa famille et des cris
de révolte contre les injustices de Créon.
« Nous voudrions consacrer quelques
lignes à chacun des admirables interprètes
de l'œuvre, mais nous sommes obligés de
nous restreindre. Nous tenons cependant
à féliciter tout particulièrement Mme Delvair (Jocaste) MM. Paul Mounet (Créon),
Albert Lambert fils et Fenoux qui ont eu
une très large part du succès, sans oublier
MM. Duparc, de I'Odéon; Gorde, dont
nous parlons plus haut, Mlles Besson, tout

à

fait charmante dans le travesti de Mènœcée, Brille et Pouzols.

« En quelques mots, l'interprétation,
comme celle d'Œdipe-Roi a été supérieure
en tous points, et l'auteur a été justement

en attendant les manifestations de l'année
prochaine, car la périodicité de ces représentations qui doivent élever l'âme du peuple vers les plus nobles sentiments du
cœur est actuellement assurée, grâce à la
sollicitude du minisire de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, M. Chaumié, qui
a bien voulu accorder une subvention aux
représentations de cette année-ci, grâce à
son aimable et érudit délégué à nos fêtes,
M. d'Estouruelles de Constant, qui saura
plaider la cause du Théâtre d'Orange, qui
est celle de la décentralisation artistique. »
Et, pour montrer ce que pense le monde
officiel de ces manifestations artistiques,
nous ne saurions mieux faire que de donner ici le discours prononcé à Orange par
M. d'Estourneiles de Constant, délégué du
ministre des Beaux-Arts.

Discours
de M. d'Estourneiles de Constant.
Mesdames, Messieurs,
Lorsque mon ami Paul Mariéton
voulut bien me demander d'assister
comme délégué officiel du Ministre
des Beaux-Arts aux représentations
artistiques qu'il se proposait d'organiser cette année à Orange, d'accord avec
la municipalité de cette ville, —c'était
sous les beaux arbres du parc de Villers-Cotterets, où nous étions venus,
lui et moi, à l'occasion des fêtes du
centenaire d'Alexandre Dumas père.
J'ai la sainte horreur de tout ce qui
a le caractère officiel, bien que je sois,
peut-être pareeque je suis un fonctionnaire. Aussi, si je n'avais cédé qu'à
mon premier sentiment, qui n'est pas
toujours le bon, j'aurais écarté sa proposition, toute flatteuse qu'elle était.
Mais je me dis que c'était pour moi
l'occasion de combler une des nombreuses lacunes de mon éducation artistique, que le théâtre d'Orange, dont

�Lou

Viro-Soulèu

j'entendais parler depuis longtemps,
dont je m'occupais même au sein de la
Commission qui siège au Ministère de
l'Instruction publique, m'étaitinconnu;
et, réprimant ce premier mouvement,
je lui répondis que j'irais avec joie à
Orange, si mon ministre, nouvellement nommé à la tête du service des
Beaux-Arts, mais passionné pour tout
ce qui touche à l'art, ne voulait pas
lui-même représenter ici le gouvernement. A son grand regret, M. Chaumié,
empêché par des devoirs de famille,
n'a pu répondre, comme nous l'eussions tous souhaité, à l'invitation que
lui a faite Mariéton; et c'est ce qui
vous explique pourquoi, au lieu du
ministre, vous n'avez que sa doublure.
Messieurs, très sensible à l'honneur
qui m'est fait de présider ces belles
fêtes et plus heureux encore d'assister
à des représentations uniques dans leur
genre, je tiens à remercier de tout
cœur la municipalité d'Orange de son
aimable et très cordiale réception. Je
sais au milieu de quelles difficultés
cette Municipalité s'est trouvée placée,
soucieuse, comme c'est son devoir, de
ménager les deniers de la ville et désireuse, malgré tout, de ne pas laisser
péricliter entre ses mains un théâtre
qui devient, par la force même des
choses, par ses succès antérieurs, une
véritable institution d'Etat et un admirable instrument d'éducation artistique. Nous avions espéré que, l'an dernier, il nous serait donné d'entendre
ici les Barbares, un des plus beaux
ouvrages du maître Saint-Saëns, composé par lui tout exprès pour vous, et
qui eût produit , dans le cadre auquel
il était destiné, une impression plus
profonde encore que sur la scène de
l'Opéra. Malheureusement, des difficultés financières — toujours la maudite question d'argent — vinrent contrarier le projet, et le Théâtre Antique,
au grand regret de tous ses amis, resta
fermé.
La ville d'Orange ne peut prendre
la charge de représentations qui entraînent des responsabilités au double

39

point de vue artistique et financier.
Elle ne le peut et ne le veut pas.
L'Etat, qui aurait pu — on y avait
songé un moment — fonder à Orange
un théâtre national avec le concours
de l'Opéra et de la Comédie-Française,
n'a pas voulu non plus assumer des
responsabilités et une charge qui eussent pu devenir pour lui très onéreuses, à une époque où tant d'autres
œuvres, qui s'imposent à lui avec un
caractère plus impérieux, sollicitent
son attention et préoccupent, à juste
titre, le Parlement.
Et pourtant, messieurs, un problème
passionnant se pose aujourd'hui devant
l'opinion publique : celui de décentraliser l'art, en favorisant, par tous les
moyens possibles, la production et la
diffusion des œuvres dramatiques ou
lyriques par la création de nouveaux
centres artistiques. Je sais bien qu'on
accuse avec malice les députés de province d'agiter ce problème pour complaire à leurs électeurs et de provoquer ainsi un mouvement d'opinion
plus factice que réel. Mais est-il juste
de dire que la province n'a pas droit,
au même titre que Paris, aux satisfactions d'art que procure le théâtre ? Et
n'est-il pas intéressant au premier chef
de créer de nouveaux centres qui permettent aux auteurs et aux compositeurs d'être joués ailleurs qu'à Paris ?
C'est à quoi le Théâtre d'Orange répond
merveilleusement et c'est ce qui explique pourquoi ses amis, dont Mariéton
est, entre tous, le plus convaincu et le
plus fidèle, ne se sont pas découragés
et ont poursuivi, en dépit des difficultés, la réalisation de leur rêve qui
est de donner, chaque année, àOrange,
des représentations comportant, autant que possible, la production d'une
œuvre nouvelle. A atteindre ce but,
l'Etat — nous l'espérons du moins —
vous aidera désormais. C'est la première fois qu'un crédit de 25.000 francs
figure à son budget, et c'est aussi la
première fois qu'Orange va bénéficier,
pour l'organisation de ses spectacles
d'art, des subsides de l'Etat.

�4&lt;&gt;

Lou

Vìro-Sotilèu

Ces représentations sont dues — il
faut, à leur honneur, le proclamer bien
haut, à l'initiative des Félibres et à la
persévérance de leur chancelier Mariéton qui, depuis plusieurs années déjà,
a assuré à lui seul la continuité des
spectacles d'art que des aléas inévitables avaient interrompus. L'idéal qu'il
poursuit, à l'aide de la Société des
Amis du Théâtre antique d'Orange,
encore jeune, mais pleine d'avenir,
est de maintenir les traditions grécolatines dans la terre classique entre
toutes qui, selon l'expression même
de Mariéton, « fait du cœur de la Provence une terre d'éducation analogue
aux seulesruines de Sicile et d'Athènes,
mais plus féconde qu'elles en leçons
fortes et vivantes pour n'être pas irréparablement dominée par la mélancolie de la mort. »
Le grand œuvre des Félibres est,
selon lui, la perpétuation de la vie
dans le cadre antique permanent. Je le
veux bien, et c'est pourquoi je demande avec vous tous que chaque
année voie naître sur vos ruines un
nouveau chef-d'œuvre. Aujourd'hui
nous allons entendre, grâce à vous et
avec le concours accoutumé de nos
grands tragédiens français, qui se sentent particulièrement chez eux sur la
scène d'Orange, un auteur que vous
avez un peu inventé, M. Rivollet,
puisque votre théâtre a mis le premier
en relief ses qualités dramatiques, en
représentant, il y a trois ans, cette
Alkestis, qui fut une véritable révélation et que la Comédie-Française a
mise depuis à son répertoire. Souhaitons aux Phéniciennes la même bonne
fortune. M. Rivollet la mérite et c'est
un titre de plus que le Théâtre
d'Orange se sera acquis à la reconnaissance des lettrés.

Deux étymologies romanes
Le roman, en se retirant, a laissé des
traces un peu partout dans notre vieille
langue nationale. Les idiomes du Nord et
ceux du Midi ont des parentés d'origine.
Un jour, à Compiègne, un savant cherchait l'explication du mot Picantins, donné
aux trois bonshommes qui sonnent les heures à l'horloge de l'hôtel de ville. « Pica,
lui dis-je, signifie, à Montpellier, avec son
a final, sonner... on le dit des horloges
publiques quand elles piquent les heures...
Il me semble que cette étymologie s'applique assez à vos Picantins... » Le savant
me donna raison.
Ces jours derniers, à Rethondes, sur
Aisne, près de Compiègne, j'ai relevé cet
autre rapprochement. J'ai entendu appeler
cado un tout petit fauteuil ; j'ai pensé au
mot cadieïra, qui, dans ma ville natale,
signifie chaise. 11 me semble que l'étymologie est frappante. Qu'en conclure, sinon
que tous ces vieux idiomes se rattachent
un même tronc, qui s'est ramifié un peu

à

partout ? Dans le Berri, on dit mitan
pour milieu. Le roman a laissé des flaques un peu partout : dans le Midi, il a
formé une mer latine, celle de notre Provence,, qui est devenue la langue de Mistral.
J.

T.

Nous croyons être agréable à nos lecteurs en publiant la spirituelle poésie que
notre ami M. Jules Troubat a adressée à
notre confrère Paul Maryllis pour lui accuser réception de son volume : Rives d''Oit.
La critique est originale et mérite d'être
signalée.
A

PAUL

MARYLLIS

Fils des rives du Lez, un fleuve de l'Hérault.
Dont je dis comme vous du Lot : « C'est la Rivière »,
Je suis ici venu sur la sombre lisière
D'une forêt du Nord, lire les Rives d'Olt.
J'ai sous les yeux une eau large, verte et profonde,
Au pied du mont Saint-Mard, comme aurait dit Boileau.
L'Aisne, dont les bateaux à vapeur troublent l'eau,
Vers l'Oise va porter le tribut de son onde.
Ce n'était pas pour « faire un somme » seulement,
Que sur l'Ile d'amour, dans votre Barcarolle,
Dont le refrain : ô gué ! fait une rime folle,
Vous alliez aborder à deux... discrètement.
Vous donnez des leçons de petite patrie :
Et vous faites aimer le Roy : c'est un ruisseau
Qui rit dans l'oasis et baise le roseau...
Je saurai désormais mieux ma géographie.
JULES

TROUBAT.

&lt;

�Lou

JJÌ

Medaioun IV libre 11
de Lucian Duc

1
Dins lou Felibrige Miejournau
Avès pas counegu lou grand Titas de
Bello-Gardo ? Lou grand Titas, sènso èstre
di plus fort, s'entendié proun i causo, e,
se d'asard caminavias em' éu, long dôu camin, tout en charrant, soun iue descountuniavo pas de furga dins lis enviroun e
tre que ié rescountravo quicon de bèu :
Oh ! tron-d'un-goi ! s'escridavo, coume
aquéli souco soun cargado de rasin ! la
bello terrado de blad ! coume aquéli cebo
granon bèn ! de ma vido ai vist de tant
bèus óulivié ! espinchas li bèlli figo que
vous an aquéli figuiero ! E ço disent, sis
iue brihavon, si labro mouissejavon ; aurias
di que n'en manjavo e n'en bevié de tóuti
aquéli causo.
Eh ! bèn, à pas vous l'escoundre, en vesènt parèisse li Medaioun felibren, sian
un pau coume lou grand Titas, fau que
noste tron-d'un-goi ! boumbigue.
Mai es poulit coume un iòu, aquéu libre
di « Medaioun », emé sa cuberturo adournado d'uno superbo Arleso qu'espandis graciousanien si frésquis espalo arredounido à
l'oumbro d'uno branco d'óulivié, d'ounte
l'on devino lou fre min de bonur que li
rai dôu soulèu fan courre en elo : fai déjà
plesi de vèire ; mai, se lou durbès, queto
regalado de rèi anas faire ! Lou libre vous
pesarà pas uno ounço e loutèms vous passarà plus rede qu'un uiau. L'autour de
Marineto, aquéu bregand de Duc, que sabe
pas coume s'adoubo pèr rendre li retra dis
orne que passon dins si vers tóuti carga de
vido, à tau p'oun que, sèns li counouisse,
li vesès coume se lis avias davans ; s'es
mes aqui darrié la porto, coume is escouto;
a pas lou det sus la bouco, mai regardaslou se, 'mé soun serious, sèmblo pas vous
dire : « Silènci ! veici lou Mèstre ! »
E lou Mèstre aparèis, bèu coume un
emperaire rouman, li péu esfoulissa dins
un cop de vènt-terrau, lou front perdu dins
la souleiado ; lis iue foutrejon e s'enfounson
d'un tau biais peramount, que dirias, ma
fisto, que se n'en fai un patalot de pas
vèire sourti la Coumtesso de sa clastro.

Viro-Soulèu

■(i

Ah ! Benòni, Benòni, sauprés jamai coume,
emé voste poulit cop de pincèu, nous avès
fa vèire lou Mèstre au moumen que ié
manjavian si figo. Avèn pas vira lou fiel,
que lou paire dôu Felibrige, lou célèbre
Roumaniho, se presènto emé Matiéu, aquelo
galoio cigalo, que noste paure Baile apelavo lou prince di farandoulaire ; en lou
vesènt, sèmblo vous dire : « Espéras, que
n'i'a d'autre que vènon. » Ah ! te lou crese
que n'i'a d'autre que vènon ! Veici Tavan,
que nous arrivo dins lou brut de si Frisoun e de soun Amour e plour; veici Fèlis Gras, lou Capoulié, aquéu capouchin
dôu fiô de Diéu, que pèr la fre, pèr la
caud, sóuquejavo de-longo dins li champ
dis espèro e dôu bèu ; veici de Gagnaud,
lou saberu, lou bon vièi de la vièio Prouvènço, qu'a mes de tout tèms tant noublamen si titre de noiiblesso en bandouliero
emé si titre de majourau. N'en voulès mai
d'autre ? Vous aproumete qu'es pas ço que
manco : n'avèn qu'à chausi, qu'à segre, pèr
rèng d'ordre, la farandoulado di medaioun
que, dins soun esperit metoudi, Lucian
Duc a plaça pèr taio dins soun cadre.
Lou nouvèu Capoulié Pèire Devoluy, lou
flame istourian de la Prouvènço, es aqui
que vous regardo à plen de vistoun; soun
èr, coume dins li vers de noste ami Duc,
es décida ; se devino, en lou vesènt, que
pènso à desacouta lou càrri felibren ; mai
avèn bèn pòu que soun ardour e sa valènço nous laisson mouri sènso vèire lou
càrri desencala ! Fau crèire, coume se dis,
que li courrènt d'èr nous enraumasson.
Pamens lou cancelié n'a pas l'èr de lou
crèire, tranquilas coume l'aigo dins safourtuno e fîèr coume un prince de l'age-mejan, lou vesès que s'envai li man dins li
pocho, regardant pouëticamen voula li flamen rose en terro prouvençalo. Poudèn
èstre sèns làgui e resta siau : lou cancelié
tradus bèn Testât prouspère que lou Felibrige travèsso en aquest moumen.
N'en diren pas de même dôu vice-cancelié Jan Monné que, souto si besicle, vous a
de regard de coulèro que vous fan pòu !
Soun front se destapo, e panle dins un jour
draja de soulèu e d'auro, a l'èr de se revira
contro sa Mantenènço e de ié dire : « Ah !
ça, fasèn plus rèn ? avèn la brodo ? bastard
de mounde, se voulès plus m'ajuda, gagnas
la brèsso, anas seca vosto vanello ! »

�Lou

4*

Viro-Soulèu

L'assessour dóu Lengadò, lou majourau
Arnavielle, « maigre, sec, nervihous, brounza coume un Aràbi », nous privo di tra
de sa bello caro. En despart dôu superbe
retra que nous n'en fai l'autour di Medaioun,
nous aurié fa plesi de remira lis èr dôu
santcrist dôu Felibrige integrau. En atendènt, veici Marius Girard, l'assessour de
Prouvènço, barbo blanco, peu blanc, capouchoun coume li capouchin lou porton
darrié l'esquino ; se croso li bras davans
lou Mount-Ventour, en nous leissant devina tout ço que pènso dôu mouvemen de
vido en Prouvènço felibrenco. A l'aise, à
l'aise, Marius Girard, se dis que l'ase de
Rigaud se faguè dins l'estable en manjant
de paio, vous fagués pas de marrit sang,
boutas, lou Felibrige se fara pau d'à cha
pau dins lou flaquige. Ai ! boudiéu ! dequé
venèn de dire ! Faudra-ti n'en remoundre
de nòsri paraulo ? N'avèn bèn pòu !
Veici lou sendi de Prouvènço, lou valènt
majourau Louis Astruc, l'ome à la « man
senèstro, » au cor d'or, à l'amo pagano,
jamai las, jamai rau e toujour lèst à celebra
la mar, lou vin, lou cèu blous, l'amour e
la bèuta. Vertadieramen se pòu dire que
l'ami Duc mando la man sus lis orne miés
qu'un pescadou dôu Martegue saup lou
faire, en trasènt soun rasai sus li veirat.
Nous aurié bèn espanti qu'embé sis iue
pounchu, manquèsse de medaiouna lou
majourau Alèssi Mouzin, l'escrivan d'elèi
qu'embé sa voues pouderouso escoubo dins
si vers la pòusso di siècle encroustado au
toumbèu de VEmperaire d'Arle. Segur,
aurian vougu que lou pouèto Mouzin soumeteguèsse un briéu soun art au son de
la flahuto e dôu tambourin, mai diausse,
après tout, s'escriéu en franchimand, coume
nous lou dis l'ami Duc ;
...Es lis aujôu qu'enauro,
Es lou bèn peirenau que travaio e restauro,
E qu'enchau de l'òutis, emai que lou lauren 1
L'on pòu èstre majourau dins quanto
lengo que siegue, e n'es pas pèr ço qu'aurés fa rima quaranto milo parpello d'agasso
en lengo prouvençalo, qu'aurés. mai qu'un
autre, lou dre de vous agouloupa dôu titre
glourious de majourau. Sian d'aquéli que
dounon lou titre de majourau à l'escrivan
de trio, à l'artisto, au pouèto que, sout lou
fiò sacra di Muso, saup rendre emé sa
memòri lis impressioun de sa sensibleta

fisico. Vaqui perquè nous fai plesi de vèire
lou medaioun dôu chivalié Portai au coustat d'aquéu d'Alèssi Mouzin.
E, aro, dequé diren di travaiadou, di
marin, di pacan, dis umble, di troubairis
e di capelan que vènon claure la proumiero
seicioun dôu libre de Lucian Duc?
Dins la mesclo di felihre que noste ami
Duc plaço voulountousamen à la co de la
farandoulo que venèn de descriéure, i'a
seguramen un pau trop de precipitacioun
à clava uno galarié de retra que nous interessavon à tóuti li poun de vista.
Au coustat di Fermin Sauvan, dis Enri
Giraud, di Felip Chauvier, di Maurise Girard, di Charloun Rieu e di Jôusè Reynaud, se i'atrovo de noum qu'an mai fa
que d'ajuda cerca la faveto ; d'uni l'an
atrouvado e cresèn sèns peno que se l'autour s'èro escouta, 'mé tout lou talènt que
vous a pèr nous parla dis orne, de-segur
aurié pouscu nous douna 'ncaro quàuqui
medaioun qu'aurien pas gasta lou tablèu
dôu grand Felibrige.
Nous rèsto encaro à parla di Medaioun
dôu Felibrige de Paris e dis Escolo : es
ço que tacharen de faire dôu miés que
poudren dins lou Viro-Soulèu dôu mes
que vèn.
BAÏISTO BONNET.

Frederi

Mistral

Medaioun

Mistral es lou soulèu, l'amo do la Prouvènço ;
N'es lou pouèto ama, n'es lou porto-drapèu !
Davans éu, bèu proumié, me lève lou capèu
En saludant, pious, soun cterno jouvènço !...
Mirèio restarà dins touto souvenènço
Coume un cap-d'obro esquist e soun rai lou plus bèu ;
Mai toustèms Calendau sara lou fier simbèu
D'uno raço jamai toumbado en descasènço !
Se lou savent se clino on durbènt Lou Tresor,
Tout pouèto se chalo eme Lis Isclo d'or,
Touto dono amo Nerto o bèn La Mino Jano.
E iéu, que vese en éu lou plus grand Prouveuçau,
Miés que pèr soun talènt , pam ens univorsau,
Lou lausc subre-tout de resta (lins Maiano !
L. DUC.

�Lou Viro-Soulèu

LES ŒUVRES

FÉLIBRÉENNES

Le coquet recueil de vers de Fernand de
Rocher que nous avons annoncé dans le
dernier numéro, est maintenant aux mains
des souscripteurs et il mérite bien son titre :
tAu temps des cigales, par les sujets qu'il
traite et par l'élégance et la légèreté de
facture qui le caractérisent.
C'est la glorification de la Provence dans
ses paysages ensoleillés et embaumés, ses
« jeunesses » aux yeux noirs et ses félibres
conquérants.
Les brindes de notre ami sont pétillants
d'esprit et d'à-propos et ses stances à la
maison et à la ville natales sont d'un vrai
félibre et nous font regretter que le jeune
poète n'emploie pas quelquefois la langue
de Mistral dont il saurait si bien s'assimiler
le rythme.
MA

VILLE

NATALE

Pour Paul Faute.
Je suis né dans la ville où le soleil d'Athènes
Met de l'or au fronton des colosses romains ;
Le mistral fait chanter les arbres des chemins
Et la brise fait rire et pleurer les fontaines.
Des souvenirs de gloire et des songes altiers
Planent au ciel, parmi les douceurs transparentes :
Ils s'attardent au nid des treilles odorantes,
Ils frissonnent le long des prés et des sentiers.
Les splendeurs de l'Attiqueet les grandeurs de Rome,
Le faste triomphal des âges fabuleux,
Survivent dans la pourpre éclairant les soirs bleus,
Où les frêles lilas ont mis leur frêle arôme.
Car il n'est rien resté de ces jours batailleurs
Qu'un large apaisement dans l'atmosphère blonde;
Et le Château, meurtri d'une entaille profonde,
Dort aux refrains d'oiseaux montés des toits rieurs.
Les heures de l'hiver sont douces à ces rives ;
Le printemps voit l'éveil innombrable des nids;
Et l'été bleu, flânant par les champs infinis.
Laisse à l'automne roux ses raisins et ses grives.
La ville où je suis né, près du Ventoux hautain,
Est blottie au meilleur de mon âme éveillée ;
Et je chante, portant ma ville ensoleillée,
Gomme un jeune arbre empli des rayons du matin.
Ah ! laissons l'ironie énervante et brutale
Aux maudits, dont la chair froide n'a pas aimé :
C'est vivre doublement un rêve parfumé
Que d'aimer sa maîtresse et sa ville natale.
FERNAND

DE

ROCHER.

43

Pour une œuvre félibréenne, en voici
véritablement une et qui fera grand bien
à la Cause et aussi grand honneur au Félibrige de Paris : c'est le coquet recueil de
Medaioun felibren de notre ami Lucien
Duc, dont Batisto Bonnet a commencé
l'analyse dans l'attrayante charradisso que
l'on vient de lire et qui est elle-même un
kaléidoscope du Félibrige.
Voici l'appréciation du maître de Maillane sur cette œuvre :
Maiano, 26 d'avoust de 1902.
Moun brave Lucian Duc, ti Medaioun
felibren fan uno galarié mai-que-mai interessanto. Que bon cor es lou tiéu ! En
tóuti sabes faire lou salut que ié counvèn;
en tóuti sabes dire lou mot que lou pertoco. Te mande mi viéu coumplimen. Ta
sciènei de la lengo puro, ta clarta de paraulo, toun gentun de pensado, toun
gàubi naturau, t'enauron sèmpre mai subre l'escalo felibrenco. T'embrasse iéu
em'afecioun e gratitudo : osco !
V.

MISTRAL.

Après un éloge si autorisé, il ne reste
plus qu'à dire que le volume est en vente
en Avignon, chez Mme Roumanille, et
chez l'auteur, 125, rue du Cherche-Midi,
à Paris, aux prix de 3 fr. 50, 4 fr. 50 et
5 francs.
On trouve aussi en dépôt chez Lucien
Duc, Lou Pichot Tresor, du père Xavier,
au prix de 6 fr. 50, l'exemplaire cartonné,
et on y trouvera encore l'Armana prouvençau dès son apparition. Les félibres parisiens n'auront pas ainsi à courir les boutiques des libraires pour le dénicher.

VIRO-SOULEI ADO
Echos félibréens
Nous apprenons avec plaisir que notre
jeune confrère Jean Bully vient de faire
représenter avec succès à Port-de-Bouc,
près des Martigues, une saynète en vers,
de sa composition : Pour Colonibine,
mise en musique par Mme Giraud-Colom.
— Tous nos compliments.

�Lou Viro-Soulèu

44

s'est promis de travailler avec ardeur, cette
De même, nous félicitons notre ami
le sculpteur Riffard, qui vient d'être chargé,
par le Ministère des Beaux-Arts, d'exécuter
le buste en marbre de Beringhen, pour la
Bibliothèque nationale.
*
Pendant son séjour à Sorgues, au moment de la fête votive, Lucien Duc a visité les félibres Firmin Sauvan et Ange
Silvestre, car il se complaît dans la compagnie des humbles et des sincères, et il
a constaté avec plaisir que la langue provençale n'est pas bannie là-bas des amusements populaires, comme cela arrive
trop souvent. Une chanteuse de passage y
attirait positivement la foule avec La

année-ci.
On n'attendra pas la dernière heure pour
dresser le programme des fêtes félibréennes
de l'été prochain, que l'on veut établir de
concert avec les félibres méridionaux, et
l'on a parlé de lectures d'eeuvres provençales pour combler les vides de l'ordre du
jour, car on ne saurait constamment discuter des fêtes.
Ce sont là d'excellents projets et, pour
les mener à bien, quelques-uns des viceprésidents actuels ont exprimé le désir
d'être remplacés par de plus jeunes, pris
parmi les militants.
Mais trouvera-t-on des candidats ? Il faut
y songer dès maintenant et faire de bons
choix.

Maianenco et autres chansons provençales.
Dans la même séance, le bureau a signé
Notre ami Maurice Faure, lou Lioun
d'Arle, comme l'appelle Lucien Duc dans
ses Medaioun felibren, vient d'abandonner
la brillante situation qu'il occupait à la
Chambre des Députés, pour entrer au
Sénat.
Le Félibrige n'en est plus à le féliciter
de ses succès politiques : il se borne à
l'assurer que la sympathie de tous le suivra
au Luxembourg, où il saura défendre,
comme à la Chambre, la cause décentralisatrice et provinciale.
Kt, faut-il le dire, ses amis du Voltaire
se réjouissent encore de son élection au
Sénat, parce que le vaillant majorai se trouvera ainsi plus près d'eux et qu'ils espèrent
avoir le plaisir de le posséder plus souvent
le mercredi, pour redonner de la vie à
leurs réunions hebdomadaires.
»

*

La rentrée officielle a eu lieu au café
Voltaire le mercredi 15 octobre et l'on

la lettre suivante à l'adresse de notre ami
Duparc, de l'Odéon, à l'occasion du mariage de sa fille Jeanne avec M. Lucien
Damonville :
« Cher collègue et ami,
« Le Félibrige de Paris, cette grande famille méridionale, qui s'associe à toutes
les joies comme à tous les deuils de ses
membres, a tenu, dans sa séance d'aujourd'hui, à sonner toutes les cloches
chantantes de sa sympathie en l'honneur
du mariage de sa gracieuse reine Jeanne
Duparc.
« Les félibres de Paris vous prient donc
d'accepter pour elle l'hommage de leurs
vœux les pins fervents, afin que l'avenir de
la jeune mariée soit clair et parfumé comme
les clos de rosiers de par chez nous.
« Ils ajoutent à ces vœux leurs bonnes félicitations pour le père, pour le camarade et
pour l'artiste si dévoué au Felibrige de
Paris.

Le Gérant: Marius
PARIS.

AMY, 249,

— Huipremarié felibrenco de Lucian Duc.e~pî

IBÉZIERS

rue de Vaugirard.

f, carriero dôu Cherche-Midi

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              <text>Estournelles de Constant, Paul-Henri-Benjamin d' (1852-1924)</text>
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              <text>Troubat, Jules (1836-1914)</text>
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          <name>Spatial Coverage</name>
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              <text>Paris (France)</text>
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              <text>2016-10-24 Françoise Bancarel</text>
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          <name>Alternative Title</name>
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              <text>Lou Viro-Soulèu. - Annado 14,  [n°09-10] septembre-octobre 1902 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, M 4</text>
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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      <name>Jòcs florals = Jeux floraux</name>
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      <name>Poesia=Poésie</name>
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