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                  <text>Prix : 45 centimes

�Fête dû Félibrige de Paris, à Sceaux
Dimanche 3 juillet 1904

INVITATION
Monsieur,
C'est dimanche prochain, 3 juillet, que sera célébrée la fête annuelle
du Félibrige de Paris, sous la présidence d'honneur de M. Emile
Gebhart, membre de l'Institut, accompagné de M. le comte Tornielli.
ambassadeur de S. M. le Roi d'Italie.
Nous invitons à notre fête les Félibres, les Cigaliers, les membres
des Associations méridionales, dont plusieurs ont délégué, cette année,
des demoiselles d'honneur pour former une Cour d'amour exceptionnelle,
et tous ceux enfin qui, comme nous, joignent au culte de la grande
patrie française, l'amour du pays natal, de la langue du terroir et des
coutumes traditionnelles.
Espérant vous voir prendre part à notre poétique manifestation,
je vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération très
distinguée.
Le Président du Félibrige de Paris,
SEXTIUS-MICHEL.

NOTA. — La présente invitation donne droit d'entrée à la séance des Jeux floraux pour le porteur et les personnes qui l'accompagneront. — Pour la Cour d'amour,
il sera distribué, à la séance du mercredi 29 juin, au café Voltaire, ou à la gare de
Sceaux le 3 juillet, des cartes spéciales. Il n'en sera pas adressé à domicile.

�Fête félibréenne de Sceaux
Avec le concours de plusieurs Sociétés méridionales de Paris

Dimanche, 3 Juillet

PROGRAMME
A 1 heure 3/4
Rendez-vous général des Félibres, des Cigaliers et des membres des Associations
méridionales de Paris, au jardin du Luxembourg, auprès de la statue de Clémence Isaure.
(En raison de l'affluence exceptionnelle de cette année, il y aura deux départs: le premier
à 2 heures, comprenant les membres des Associations méridionales, avec les délégués des
Félibres chargés de distribuer les cartes de la Cour d'amour, en attendant l'arrivée du train
suivant).

A 2 heures 1/2
Départ officiel de la gare de la rue Gay-Lussac.

A 3 heures
Arrivée à Sceaux.

— Réception par la Municipalité, les Pompiers, la Fanfare et les

Sociétés locales. — Formation du cortège, pour se rendre dans le jardin de l'église, où
aura lieu le couronnement des bustes de Florian,

d'Aubanel

et de P. Arène, par k

reine et les vice-reines.

A 3 heures 1/4, dans la salle des fêtes de l'ancienne mairie

JEUX FLORAUX
Sous la présidence d'honneur de
assisté de M. le
Allocutions

COMTE

M. EMILE GEBHARÏ,

TORNIELLI, ambassadeur de

S.

de l'Institut

M. le Roi d'Italie

de M. Château, maire de Sceaux, et de M. Sextius-Michel,
président du Félibrige parisien.
DISCOURS
ALLOCUTION

DE

DE
M.

M.
LE

GEBHART
COMTE

Proclamation des lauréats.

TORNIELLI

�Lou

A 4 lleures 1/4,

Viro-Soulèu

dans le Jardin privé de la nouvelle mairie

Cour d'Amour
Sous la présidence de Mlle Yvonne BONNAUD, du Félibrige, reine, assistée de Mlles
Cécile M1GNARD, des Enfants de lAude. et BONNET, de l'Union fraternelle de la
Drôme, vice-reines ; de Mlle CHAZALETTE, reine de 1905, et des demoiselles d'honneur,
Mlles Yvonne BELLE de COSTE et FULCRAND, du Félibrige ; Anna CAMBRIELS
et Pauline ESTIEU, des Enfants de l'Aude; GREGOIRE et BERAUD, de l'Union
Fraternelle de la Drôme ; GRASSET sœurs et VALENTIN, du Cercle républicain de
la Drôme ; JAUSSAND et HAUTGIRARD. de l'Union méridionale ; ESCOT,
BOURGUET et ROCHER, des Enfants du Gard ; HUTIN, des Bas-Alpins; ARCHIMBAULT, BOUCHON et LAVERGNE, du Clapas.

PROGRAMME
Message de la Reine, poésie de M. Albert
Delacour, dite par Mlle Bonnaud.
L'avancement, un acte de M. Gaston Pollonais, interprété par Mlle Charlotte Duran
et M. Louis Marie, de l'Odéon.
La mort de Pétrarque, poésie de Georges
Lafenestre, par Mlle Robine, de la Comédie-Française.

La chanson du printemps, violon et piano,
par Mlles Bonnaud et Chazalette.
Mme Ariette, dans ses airs provençaux.
L'alouette, poésie de Clovis Hugues, musique de J. Granier, et Musette du XVII*
siècle, morceaux chantés par Mme L.
Escoffier.

Contemplation, de A. Herman, violon et
piano, Mlles Bonnaud et Chazalette.

La vie harmonieuse, par Emmanuel des
Essarts, poésie dite par M. Georges
Rimet, du Collège d'esthétique.

Li varai de la guerro, de Raoul Gineste,
par M. Duparc, de l'Odéon.

Poésie de M. Pierre Lafenestre, par Mlle
Robine.

Mlle Irma Perrot, de la Porte-St-Martin,
dans son répertoire de chansons provençales.
Proserpine, de Passiello, chanté par Mlle
Fayet.
Mlle Bourson, dans son répertoire.

Se feront également entendre MM. Gresse
et Brulin, de l'Union fraternelle de la
Drôme ; Prunot, Gelly, Desvareilles, Vernis, de l'Union méridionale ; A. Ruben et
L. Pontnau, des Enfants de l'Aude ; Champel, Bellay, Massip, des Enfants du Gard,
etc., etc.

M. Henry Eymieu, pianiste accompagnateur

A 7 heures,

salle de l'ancienne mairie

Banquet Fèlibrèen
auquel pourront prendre part tous les Méridionaux qui auront envoyé leur adhésion au
Trésorier du Félibrige, M. Ernest Plantier, 4, boulevard de Bercy, à Paris, avant le
juillet, terme de rigueur. L'écot est fixé à 3 fr. 50.

A 9 heures du soir

Farandole provençale dans le parc, Feu d'artifice, Bal public

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I ''

�LES

F ELIBRES

DE

PARIS

��LES

FÉLIBRES DE PARIS

LI SOULEIADO
POÉSIES

ET

DOCUMENTS

LITTÉRAIRES

1879-1903
Avec Préface cVALBERT

TOURNIER

PARIS
IMPRIMERIE

ET LIBRAIRIE ÜE LA PROVINCE
L. DUC &amp; Cle

125, rue du Cherche-Midi, 120
1904

��DOCUMENTS FÉLIBRÉENS

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DOCUMENTS FÉLIBRÉENS
jp^d\^&gt; &lt;rC_o &lt;T\b (Kj?

E

n'est pas seulement en apportant son modeste tribut

de prose et de poésie à la Renaissance de la langue d'Oc,
(pie le Félibrige de Paris a servi la cause de la décentralisation artistique. C'est encore en vulgarisant les
poèmes des grands félibres, en perpétuant, par l'érection de monuments, la mémoire de leurs précurseurs, en reliant l'action méridionale
à la tradition gréco-latine et à celle des poètes romans des xne et xin"
siècles, enfin, et surtout, en appelant à juger l'œuvre félibréenne et
son influence dans le mouvement intellectuel de la France contemporaine, les plus nobles esprits de ce temps.
C'est ce qu'a rappelé, dans un brillant et solide exposé, l'un des
plus dévoués et des plus vaillants d'entre nous, M. Albert Tournier,
dont l'historique ne contient qu'une lacune, qu'il nous permettra de
combler, en rappelant le rôle important qu'il a joué pendant le quart
de siècle de vie littéraire dont il a esquissé le tableau. Celui qui avait
le plus d'autorité pour porter, à ce point de vue spécial, un jugement
décisif, Frédéric Mistral, lui écrivait, dans une lettre d'une originalité
savoureuse et pittoresque, qui offre un intérêt philologique et félibréen
capital :
« Maillane (Bouches-du-Rhône), 7 décembre 1889.
« Mon cher ami,
« Le programme de l'envolée de la Cigale aux villes d'Aquitaine et
aux monts Pyrénées est magnifiquement conçu, et, grâce à votre talent
d'organisateur émérite autant qu'à l'influence de notre Sainte Estelle
(mystérieuse fille du pays aquitain, qui porte en main la palme), ces
fêtes félibréennes ne peuvent que faire merveille. Nous en avons pour

�8

LOL'

VIRO-SOl'LKU

garant l'éclatante réussite de celles de Provence, l'an passé, et de celles
de Paris, en pleine année d'Exposition. Vous êtes, il est vrai, l'homme
né pour brasser les éléments divers de la folie humaine, de la sainte
folie patriotique et artistique, et en faire jaillir la gloire du pays avec
l'allégresse de tous. Je crois un peu à la fatalité des noms et beaucoup
à l'atavisme. Or, Tournier n'est-il pas et ne devait-il pas être le
« héraut des tournois », le « messager du Gai-Savoir » ? Et savezvous comment, dans la chevalerie, on baptisait les hérauts ? Le roi
leur versait une coupe de vin. Quand j'étais Capoulié, ce qui peut
équivaloir à roi du Félibrige, je crois bien, dans l'ivresse de nos mystères mithriaques, vous avoir renversé la Coupo santo sur le front, et
puis, n'êtes-vous pas un enfant de Pamiers, qui a eu pour évêques
saint Louis de Marseille et le bon Grégoire XII, troisième pape d'Avignon? Et la cité de Pamio ne tient-elle pas son nom d'Apamea, une
ville de Syrie conquise par vos pères à l'époque des Croisades ? Et
n'est-il pas plausible que quelque belle orientale, ramenée par un
ancêtre, vous ait transmis, avec certaines véhémences, ce charme de
faconde et ce laisser-aller aimable qui font de vous le type des compagnons du Soleil ! Et cela dit, pour me remercier des gracieusetés que
je viens de vous écrire, j'espère bien qu'à votre retour du pays de Foix
vous viendrez à Maillane déjeuner chez Mireille.
« E, à Dieu sias, jusqu'à l'an que vèn.
« F. MISTRAL. »
Cette appréciation de l'illustre auteur de Mirèio n'est pas une fantaisie poétique. Tous les actes d'Albert Tournier la corroborent et la
justifient. Littérateur, orateur, homme d'action, au secrétariat des
Cigaliers comme à la vice-présidence du Félibrige, il n'a cessé de
contribuer puissamment à l'expansion et au rayonnement de nos idées
communes. Il n'est pas seulement l'un des initiateurs et des organisateurs des fêtes mémorables dont Orange est la plus glorieuse étape.
Il les anime de ses ardentes improvisations et il en devient, Des Alpes
aux Pyrénées, l'éloquent historiographe. De Sceaux à Avignon, du
café Voltaire au Théâtre d'Orange, sa parole retentit, toujours éloquente et chaleureuse, et s'il célèbre avec éclat les triomphes du Félibrige, il en interprète admirablement les tristesses aux obsèques de

�LOU

VIKO-SOULKU

9

Paul Arène, son compagnon de luttes, et de Félix Gras, dont il avait
salué, hélas ! comme président des fêtes de 1900, le chant du cygne.
Les meilleurs amis du Félibrige l'ont proclamé à l'envi. Glovis
Hugues lui adressait ce sonnet :
PÈR ALBERT TOURNIER
EN

REMEMBRANÇO

DE

SA

DECOURACIOUN

DINS

LA

LEGIOUN

D'OÜNOUR

As canta la bèuta di chato e dôu ternaire,
Perço que de canta t'èro salubre e dous ;
L'ivèr coume l'estiëu, te siës fa samenaire
Dins la rego duberto i soulèu pondérons.
Ères loto tambourin e lou, tambourinaire,
Quand farandoulavian dins l'erbo e dins li flous ;
Pièi, se voulien rauba lou drapèu de ti fraire,
Te batiéspèr l'idèio, estent soun amourous.
Es pèr acò qu'ion jour, dins l'èr que luse e volo,
Un parpaiounet rouge es arriba di colo
S'espingla sus toun pitre urous e trefouli.
Mai ço que i'a de bèu, èi que, se li cigalo
S'arrestavon de naisse en terro prouvençalo,
Rèn qu'en levant lou det, li fariês espeli !
CLOUVIS

HUGUES.

« Tournier, dit Deluns-Montaud, avec sa remarquable maîtrise de
pensée et d'expression, est à la fois attractif et rayonnant. Il est une
force de la nature, un réservoir toujours prêt à déborder de bonne
humeur, de gaieté, d'enthousiasme, d'estrambord ! Ce laboureur obstiné des traditions ancestrales a réussi à créer, à faire se mouvoir et
vivre cette religion de la terre mère, dont nous sommes les fidèles, les
croyants et les apôtres
»

�10

LOU VIRO-SOULÈU

Nous avons considéré de notre devoir de rendre à M. Albert Tournier cet hommage de la reconnaissance du Félibrige de Paris, hautement attestée, d'ailleurs, par la décision unanime du Consistoire de
Béziers, qui, le 17 mai 1902, sous la présidence de Mistral, décernait
au vaillant député de l'Ariège la cigale d'or en l'élevant à la haute
dignité du Majoralat.

Tous les documents qui suivent démontrent d'une manière surabondante que le Félibrige a exercé incontestablement une action décisive
qui a eu les plus fécondes répercussions : d'abord, renouant la tradition
romane du xic et du xn" siècle, il a créé, en plein xixe siècle, une littérature des plus intéressantes et des plus remarquables. Il a été, ensuite,
comme une digue opposée à l'envahissement de l'esprit d'uniformité et
d'exotisme, à la centralisation à outrance, à l'effacement des caractères
particuliers et des tempéraments divers de la race française.
MAURICE FAURE.

�LOU VIRO-SOULÈÚ

II

LA PREMIÈRE CONVOCATION DES FÉLIBRES PARISIENS

A titre de document original, voici la première convocation adressée
aux Félibres de Paris et signée des sept membres fondateurs :

souciETA
FELIBRENCO

Paris, 16 de mai 1879.

de
PARIS

Moussu e brave Coumpatrioto,
Lou dimècrc 21 de mai, li Felibre dóu Miejour festejaran
en Avignoun e, souto li trelus de l'estello prouvençalo, cantaran d'uno voues unenco la glòri inmourtalo dóu Gai-Sabé.
Es aquéu poulit jour que li Felibre de Paris an chausi
coume testimoni d'amiracioun, de simpatio e de counfraternita,
pèr entrinca la premiero manifestacioun de la Soucieta felibrenco que dèu, en plen pais dóu Nord, faire trelusi lou
ramèu d'or de la pouësio prouvençalo, branco llourido e
subre-bello de la pòuésìo de Franço.
Espandi au mié de la capitalo la renoumado di grand
felibre, nòsti mèstre, enaura la grando patrio en reviscoulant
la souvenènço dóu pais nadalen, afreira en foro de touto
qucstioun destourbairo, li Miejournau csmarra dóu nis, vaqui
ço que voulèn, vaqui l'obro unicamen literari, patrioutico e
franceso que coumpliren embé vosto valènto ajudo.
Adounc, Moussu e Counfrairc, assegura de voste amour
pèr lou parla dóu brès, venen vous counvida à felibreja embé
nàutri, dimècre que vèn, 21 de mai, à 6 ouro 1/2, encò de
l'oste prouvençau Martin (dóu Var), carriero Dóufino.
Vous dounan l'avertimen que l'escoutissoun es de cinq
franc e vous pregan de faire counouisse vòstis inten-

�12

LOU

VIRO-SOULÈU

cioun, avans dimars, au secretari prouvisòri de la Soucieta
felibrenco de Paris, lou felibre Louis Gleizo,

Ifi,

boulouvard

Ornano.
Em' acò, Moussu e brave Goumpatrioto, amistanço, bono
santa e saludacioun couralo.

Li Delega dôu Coumitat d'ourganisacioun :
J.-B.

AMY,

BAUQUIER,
GLEIZO,

felibre.

escultaire ;

ANTÒNI GRIVOLAS,

à l'Escolo di Gharto ;

felibre mantenèire ;

pintre ; JóusÈ

MAURISE FAURE,

LOUIS

ANTONI DUC, BATISTO BONNET,

�LES

FELIRRES DE PARIS

ES

Félibrcs de Paris (i), qui m'ont tait l'honneur de me

demander cette Préface, chantent pour chanter, sans pré
tention, sans ambition de réputation littéraire. L'art est_
pour eux non pas un mystère au-dessus de la vie, mais
la célébration sincère du charme que leurs regards et leurs âmes découvrent dans la nature, dans ,cette infinité de choses familières, délicates et chères auxquelles est suspendu notre cœur. Braves et simples

(i) La « Société des Félibres de Paris » (Soucieta felibrenco de Paris), est
une association ayant pour objet, d'après les termes mêmes de ses Statuts,
d'étudier le Midi de la France dans ses idiomes, ses beaux-arts, ses traditions, son histoire ; de seconder la renaissance littéraire de la langue d'Oc, et
de contribuer ainsi â l'accroissement des richesses intellectuelles de la patrie
française. Elle manifeste son action par des réunions périodiques, des assemblées générales, des fêtes, des concours, des publications ayant trait aux
dialectes méridionaux.
Le Félibrige parisien a des précurseurs et des ancêtres. De tout temps, il y
eut, dans la capitale, de fidèles méridionaux qui, gardant pieusement le culte
du pays natal, ont glorifié le Midi et écrit des poésies dans sa langue mélodieuse et vibrante. Montaigne, à Paris qu'il aimait jusque dans ses verrues,
préférait le parler natal dont toutes ses œuvres sont imprégnées, comme d'ailleurs celles de Rabelais, et disait : « Où le français ne peut atteindre, souvent le gascon y atteint. » Henri IV et les seigneurs gascons qui composaient
sa cour tenaient en grand honneur la langue d'Oc. Ce roi disait au prévôt
des marchands : « Si je n'étais Gascon, je voudrais être Parisien ». Sous Louis
XIV, Mondonville composa les paroles languedociennes et la musique d'un
opéra : Daphnis et Alcimaduro, qui fut représenté avec grand succès, devant
toute la cour, au théâtre des Menus-Plaisirs.
Florian continua la tradition en célébrant, dans Estelle, l'Occitanie et en
c imposant sa fameuse romance : Ah l s'avès dins voste vilage, un jouine e Vendre

o.

�LOU VIRO-SOULÈU

gens par viril instinct atavique, artistes parce qu'ils éprouvent à savourer la vie une émotion profonde et païenne, ils n'ont pas eu pour
but, en publiant cette anthologie familière, de la proposer à l'admiration d'une lointaine postérité : ils ont voulu fixer par une œuvre
collective le souvenir de leurs réunions amicales.
Le signe le plus évident de cette insouciance et de cet esprit fraternel,
vous le trouverez dans les différences de ton, d'allure, d'éclat, des
pièces qui ont été recueillies. L'exquise perfection, si admirée, de Paul
Arène, n'a fait reculer aucun de nous. La fleur la plus morose hésitet-elleà mêler, sans souci de rivalité, son pauvre parfum à celui de ses
voisines dans un joli bouquet!
De mauvais railleurs s'obstinaient a demander si la vénération affichée par les Félibres de Paris pour les dialectes méridionaux n'était
pas une hypocrisie et ne cachait pas une ignorance tout à fait parisienne de ces idiomes. Les félibres, gens d'esprit, leur dédient ce livre,
fait des chants spontanés qui jaillissaient de leurs cœurs au milieu des
réunions du Voltaire ou dans leurs pérégrinations à travers la terre
méridionale, chants de l'instinct, des inspirations subites et profondes
nées de l'amour du sol natal.
pastourel. Fabre d'Olivet, dans ses Poésies oecitaniques, s'inspira des mêmes
sentiments et eut en quelque sorte le pressentiment de l'école félibréenne ;
ses poésies témoignent, en effet, d'un sérieux effort pour purifier la langue
d'Oc et la ramener à l'orthographe des troubadours.
Les fêtes que tout le Paris méridional fit â Jasmin, sous Louis-Philippe,
continuèrent la tradition, et enfin le mouvement félibréen accentue encore le
méridionalisme parisien. Castil-BIaze est un félibre enthousiaste; il traduit en
vers provençaux étineelants le libretto du Barbier de Séville. Méry traduit
agréablement l'Eglogue de Virgile à Corydon. Amédée Pichot, le savant directeur de la Revue britannique, fait, lui aussi, des vers provençaux. Adolphe
Dumas, auteur dramatique, ami de Lamartine, est un félibre ardent ; il initie son
maître aux beautés de la langue provençale et lui présente Mistral qui venait
faire consacrer à Paris la renommée de Mireille. Lamartine devient un ami
passionné de la littérature félibréenne, il consacre tout son 40e Entretien â la
glorification de Mireille et de la Provence ; il s'écrie avec conviction : « 11 y
a une vertu dans le soleil ! »
Presque en même temps, le théâtre du Palais-Royal représente une vieille
pièce provençale : Maniclo vo lou groulié Bel Esprit, et tous les écrivains
méridionaux de Paris font beau tapage autour de cette affirmation méridionale.
Louis Jourdan et Taxile Delord soutiennent la cause du Midi contre quelques
critiques moroses du Nord.

�LOU VIRO-SOULÈU

i5

Ce livre est aussi une protestation des félibres contre le mépris où
étaient tombés dans l'esprit français les dialectes provinciaux, et qui
était la méconnaissance la plus chagrinante de l'harmonie savoureuse
de ce parler de la nature, tout chargé du noble et exquis idéal des
troubadours anciens et modernes.
Laissons à d'autres le soin de distribuer des prix d'excellence ou
d'encouragement parmi ces compagnons de la Table ronde ; mais,
puisqu'ils ont choisi l'un d'entre eux, qui s'adonna jadis à l'étude
de l'époque révolutionnaire, c'est en annaliste du mouvement félibréen,
si je puis un moment m'approprier ce titre, qu'ils ont voulu que je
remplisse ma mission.

Nul n'ignore la brillante Renaissance qui émerveilla la France vers
le milieu du siècle dernier. Aubanel, Roumanille, Mistral sonnaient le
réveil de l'àme provençale : on vit avec admiration combien elle était
riche de poésie, de sentiment, de tendresse, de bon sens, de gaieté et
d'esprit.
Ils furent les souverains révélateurs du charme intarissable et éternel de la poésie de terroir, poésie nouvelle, intense, toute révélatrice
de vie familière et ardente, toute ruisselante de couleur et de lumière.
Nos yeux virent soudainement jaillir, à l'harmonieux et magique appel
de ces hommes, l'éblouissant décor de nos radieuses contrées, les
trésors infinis de la terre maternelle s'épanouissantdans la prestigieuse
richesse de ses traditions, de ses fictions et de ses légendes éternellement touchantes, gracieuses et jeunes.
L'idée féconde qui inspirait leur œuvre et dont les félibres se constituaient les infatigables propagateurs, c'est qu'il y a pour tout cœur
bien né un singulier principe d'énergie, de vigueur morale, de générosité, de sain et sincère lyrisme dans l'attachement et l'amour des
choses qui entourèrent notre berceau, auxquelles un intime instinct
nous tient si étroitement attachés. Faire la vie individuelle plus belle,
plus ornée, plus heureuse en la nourrissant des émotions exquises et
du charme délicieux attachés au souvenir du sol natal : ce fut là le cri
de ralliement des Félibres.

�(6

LOU

VIRO-SOULÈU

Ne semblait-il pas qu'en cette époque harcelée par des préoccupations
utilitaires, la génération moderne s'apprêtait à briser les liens qui rattachaient nos ancêtres à la terre natale ? que toutes les visions émues
qu'ils avaient eues de leur pays s'évanouissaient tristement ?
Au regard des contemporains, la petite et la grande patrie, comme
tout le reste de l'univers d'ailleurs, devenaient de plus en plus une
carte grisâtre, terne et froide.
En protestant contre la centralisation à outrance et la banalité répandue à flots par l'imitation snobique de l'étranger, en glorifiant l'originalité provinciale, les félibres entendent donc accomplir une œuvre
utile entre toutes. En effet, la France est vraiment l'intangible et suprême idole, cette France qui apparut à nos pères de la Fédération
comme l'héroïque et grande amitié. Félix Gras s'exprimait en ces
termes : « J'aime mon village plus que ton village ; j'aime ma Provence
plus que ta province ; j'aime la France plus que tout ! »
Il précisait ailleurs : « Si nous demandons la décentralisation pour
les œuvres de la paix, nous serons les premiers à demander la centralisation de toutes les forces, de toutes les volontés pour défendre le
drapeau de la belle, de la grande, de la mère-patrie. » L'ardent amour
de la France est au cœur de tous les félibres, se joignant à l'ardent
amour de l'humanité vivante ; aussi, ils luttent contre le cosmopolitisme, hypocrite négation de la vie des peuples.
A l'avant-garde de la phalange félibréenne de Paris, se trouvait jusqu'à ces derniers temps le grand et regretté Pierre Laffitte, le principal représentant de cette philosophie positive qui a fait de l'amour de
l'humanité le premier principe de la sagesse future, bannissant les
superstitions, les spéculations vaines et stériles qui détournent l'homme
de sa fin véritable, l'épanouissement et le bonheur de l'homme. L'idéal
suprême des félibres, c'est la paix humaine par l'universelle solidarité :
cette solidarité deviendra d'autant plus parfaite que la vie sera plus
riche et plus intense dans chaque peuple, dans chaque province et dans
chaque individu.
On comprend par là que le labeur des félibres, c'est la glorification,
l'exaltation de ce qui vit de la sève généreuse et abondante du sol, de
ce qui est éternellement jeune et beau : le soleil, les fleurs, le chant
des oiseaux, l'égalité, la justice, le murmure des sources, la femme,
son énigmatique et lumineux sourire.

�LOU VIRO-SOULEU

Voilà les sentiments qui animaient les fondateurs de la Cigale et
du Félibrige de Paris. Dans la capitale, ils se firent les champions de
la poésie populaire et provinciale. « En plein pays du nord, ils voulurent

faire

luire le rameau d'or de la poésie provençale et méridionale. »

Ce fut Maurice Faure, l'ardent

méridional, qui conçut l'institu-

tion. Il était venu à Paris, grisé par la vision de l'héroïque destinée
de Gambetta. Avec Xavier de Ricard et Napoléon Peyrat, il suscita
les sympathies, les dévouements à la cause qu'il considérait justement
comme une cause nationale et donna à ses amis le nom éclatant de
Cigaliers, prenant pour symbole l'insecte sacré des poètes grecs. Les
troubadours n'étaient-ils pas les héritiers directs de l'HelIade ?
A la Cigale, accoururent bientôt les nombreux « déracinés » que
compte Paris, les meilleurs du moins, ceux qui peuvent sentir revivre
dans leur âme le charme qui ravit leur jeunesse et le regret doux et
amer de la terre lointaine. C'étaient des poètes, des artistes, des peintres, des musiciens, des savants, de nobles lutteurs de l'arène politique. Il devint bientôt indispensable de fonder une nouvelle association
à côté de la première, celle des félibres, plus intime et plus fervente
encore dans le culte du terroir. Ce fut le groupe des irréductibles
champions de la langue mère.

Le Félibrige est, comme l'appelait Henry Fouquier, le Midi concentré : la Cigale est plutôt le Midi répandu. Il donnait à cette formule
ce riche développement : « Nos cigales chantent sur tous les arbres ;
nos félibres n'en ont qu'un, mais il est sur notre Parnasse le plus
beau, le plus haut dans le ciel bleu, le laurier-rose des poètes, laurier
pour la gloire, rosier pour l'amour.

y&gt;

Le seul lien qui unit les félibres, c'est la joie de fêter ensemble, de
chanter, d'honorer la terre natale. Cette fin a suffi, sans aucun aiguillon d'intérêt individuel, pour assurer la pérennité de l'institution, qui
est devenue aujourd'hui presque une institution d'Etat. Grâce à elle,
nous pouvons dire que la vie méridionale et même la vie nationale sont
entrées dans une phase nouvelle, qu'il y a eu un réveil des instincts
profonds de la race, que le pays est revenu au sens et au goût de la
gaieté, de l'art et de la joie. Pour mener cette œuvre à bonne fin, le
Félibrige sut allier le culte grave des grands disparus, des précurseurs,

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et les divertissements exquis qui font rêver et aimer. Il remit en honneur les Jeux floraux et les cours d'amour ; il fit dans notre Midi de
retentissantes tournées, se promettant, comme but final, de révéler au
monde la noble destination du théâtre romain d'Orange.
L'histoire des Félibres de Paris est étroitement liée au culte des premiers maîtres. Il ne convient pas de faire ici une étude de leurs chefsd'œuvre, mais d'affirmer pour eux notre admiration passionnée. Avec
quelle véhémence, avec quel génie ils ont exprimé la profondeur de
nos aspirations et l'infinité de nos rêves ! Ecoutez cette ardente invocation d'Aubanel à la Vénus d'Arles : « Venez, peuples, venez à ses
beaux seins jumeaux boire le lait de l'amour et de la beauté. Oh ! sans
la beauté, que serait le monde? Luise tout ce qui est beau !
0
douce Vénus d'Arles, ô fée de jeunesse ! ta beauté qui rayonne en toute
la Provence fait belles nos filles. Sous cette chair brune, ô Vénus ! il
y a ton sang toujours vif et toujours chaud... Ta beauté m'ensorcelle. »
Cette adoration fougueuse, mystique et païenne à la fois de la vie,
cette ivresse dans la contemplation de la divine beauté de la femme,
ce mélange de pureté, de vigoureuse et sublime sensualité, fait un
contraste étrange et admirable avec la simplicité, la bonhomie, la gravité, la douceur de Roumanille. Comparez à l'audacieuse et sombre
énergie d'Aubanel la touchante et mélancolique histoire de Madeleine :
« Tu avais de longs cheveux blonds ; sur ton front innocent, tu avais
une couronne, la couronne de la pudeur... Ton langage toujours tendre et toujours consolant, Madeleine, était un baume sur le cœur de
ta mère languissante. Elle se sentait revivre en toi, elle oubliait ses
années, pauvre vieille mère, et elle t'appelait sa providence ; et toi,
ange d'innocence, soir et matin, tu baisais ses cheveux blancs. »
Combien de pièces fugitives, de légendes attendries, semées par
Roumanille à travers VArmana prouvençau nous offrent la même
grâce exquise !
Toutes les imaginations ont été ravies par la saisissante physionomie de Mireille. Les Béatrice, les Marguerite, les Ophélie n'ont jamais
davantage passionné les âmes que cette splendide création du génie
de Mistral, cette exaltation de l'Amour qui se déploie au milieu d'une
nature si pittoresque, si ardente, si violente et si belle. Il y a une force

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sauvage et terrible dans les transports des amants : « Mireille, je ne
mange ni ne bois, tellement tu me donnes d'amour 1 Mireille ! je voudrais enfermer dans mon sang ton haleine que le vent me dérobe ! A
tout le moins de l'aurore à l'aurore, seulement sur l'ourlet de ta
robe, laisse que je me roule en la couvrant de baisers... Un baiser, puis
ma mort, Mireille ! et nous sommes seuls ! »
Quel accord entre cette œuvre et l'ambition qu'exprimait Mistral
dans sa lettre au poète Coran : « Je suis poète du Midi, et je n'ai
d'autre ambition que d'être une lyre vibrante au souffle qui passe,
d'autre ambition que d'entrer dans la peau des générations que je
mets en scène, qu'elles soient vives ou mortes... »
Nous ne parlerons point des autres sublimes poèmes ou des travaux philologiques de Mistral. Il est bien le Poète revêtu de la
pourpre impériale, le souverain incontesté de l'Empire du soleil, ce
maître de Maillane, dont l'œuvre resplendit dans l'azur comme les
temples marmoréens au sommet des plus clairs promontoires de la
mer latine. Avec l'autorité du génie, il a lui-même désigné Félix Gras
comme le chef incontesté de la seconde génération des félibres, et dit
combien savoureux sont les fruits d'or cueillis par son jeune compagnon de gloire sur l'arbre du gay sçavoir.
Dès sa dix-huitième année, Félix Gras s'était lancé à corps perdu
dans le mouvement de la Renaissance provençale, et bientôt l'historien Napoléon Peyrat le désignait comme un des chefs futurs de la
jeune école.
Parmi les Provençaux, il est le poète épique par excellence ; dès son
début, il se révèle comme un des continuateurs de nos vieilles chansons de geste. Né à Malemort, au pied du mont Ventour où il dort
son dernier sommeil, il a chanté dans Li Carbouniê, l'épopée de la
montagne dont son regard d'enfant avait tant de fois admiré l'altière
silhouette. Dans Toloza, le poète a évoqué, en ses grands traits, la
guerre des Albigeois, sanglante et terrible, qui ne fut pas — comme
on l'a dit — une guerre de race, mais à proprement parler, la lutte
de la civilisation contre la barbarie ; se plaçant au point de vue français, il se plaisait à redire que, si le Midi eût été vainqueur, le progrès,
la civilisation, s'en trouvaient avancés de cinq siècles. Le Romancero
provençal est composé de chansons de geste guerrières, amoureuses,

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LOU VIRO-SOULÈU

parfois mystiques, auxquelles il avait adapté les airs populaires du
pays.
Les Papalino, miroir fidèle et charmant de l'Avignon papal, renferment une série de contes et de nouvelles d'allure hardie, mais toutefois d'une note discrète et line qui lui valut le plus éclatant succès.
Il mettait enfin le sceau à sa réputation par ses Rouges du Midi, où
l'histoire du bataillon marseillais du dix août se déroule en descriptions
entraînantes, qui font songer à une succession de tableaux de Delacroix, par le mouvement et par la richesse du coloris. Aussi, d'une
voix unanime, fut-il désigné pour être le successeur de Frédéric Mistral
et de Roumanille, à la dignité suprême du Félibrige.
Il suffit de lire ses œuvres pour être immédiatement convaincu que
l'on se trouve en face d'un esprit large et libre, ayant gardé un fonds
indélébile de respect pour ce qui est respectable, car, jusque dans ses
œuvres frivoles et fugitives, une aimable morale domine et triomphe.
Sachant concilier l'amour du progrès avec le culte des vieilles coutumes et des traditions provinciales, son ambition était de conserver
au peuple méridional « sa foi dans sa haute mission d'enseigner aux
autres peuples de la terre les chemins lumineux de la vraie civilisation, par l'aspiration vers le Beau et l'Idéal. » Sèmpre plus aut ! telle
était sa devise. Comme sur l'écusson félibréen qu'il s'était choisi, sa
plume avait des flamboiements d'épée, et dans cette langue, fille de la
terre nourricière, fleur d'humanité que nul n'aura l'impiété ni heureusement le pouvoir d'arracher, il a chanté la générosité, la poésie et
l'amour. II considérait avec raison le provençal comme un moyen rationnel et fécond d'enrichissement de la langue nationale et d'enseignement du français dans nos écoles primaires du Midi. Pour sa part,
Félix Gras a puissamment contribué à conférer à l'idiome du terroir la
haute dignité d'une langue littéraire, et il a victorieusement démontré
que ce prétendu patois dédaigné, merveilleux instrument de poésie,
savait également se plier, par une prose éclatante et souple, à l'expression des idées générales et à la peinture des plus nobles tableaux de
l'Histoire. Il le prouvait en faisant revivre avec le même bonheur
d'expression les splendeurs raffinées de la cour pontificale, comme la
beauté farouche des manades des bords du Rhône.
Le culte voué à l'ardente langue provençale ne contrariait en rien
son admiration pour la grande langue nationale, et s'il entendait gar-

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VIRO-SOULÈU

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der vierge de tout contact sa sensibilité artistique, il constatait avec
joie que, dans les livres du maître comme dans ceux de ses disciples,
le texte provençal vit toujours en bon voisinage avec la traduction
française. « Vous les verrez là, disait-il, comme deux bonnes sœurs
qu'elles sont, se donnant toujours des baisers, se souriant quand le
livre est ouvert, et dormant du même sommeil, dans un même embrassement, quand le livre est fermé. » Prêchant d'exemple, h'avait-il
pas lui-même publié sa traduction française des Rouges du Midi dans
le plus grand journal politique de Paris ? Son roman historique était
immédiatement traduit dans toutes les langues d'Europe, et, pour marquer d'un trait l'admiration universelle soulevée par son livre, rappelons que l'illustre homme d'Etat Gladstone tint à honneur de le présenter, dans une brillante préface, au public anglo-saxon.

Le Café Voltaire est le foyer ardent d'où l'Idée félibréenne rayonne
à travers la capitale. C'est là que les fidèles tiennent leurs assises le
deuxième mercredi de chaque mois. Chacun, à son tour, dit sa chanson,
sans se faire prier. Le désir de tous, c'est de respirer, au sortir des
agitations et de la lassitude du dehors, un peu de l'air parfumé de la
terre natale.
C'est un fait constaté par nous tous qu'en pénétrant dans ce cercle
joyeux où la flamme de l'esprit méridional pétille dans sa vive pureté,
une singulière puissance d'illusion nous domine. Le pays, dans tout
son lointain, s'évoque avec la netteté absolue de son relief et l'éclat
éblouissant de ses couleurs. Des garrigues brûlées des Alpes aux
cimes blanches des Pyrénées, un magnifique panorama se déroule.
Qu'importe, alors, que la salle soit un peu étroite ? On rappelle de
glorieux souvenirs, le cadre se transforme, vivant et vaste, propice à
l'essor de l'imagination, à l'audace, et c'est là que la pensée agissante
des Félibres enfante joyeusement les projets qui doivent porter toujours
plus loin leurs pacifiques conquêtes.
Dans toutes les réunions, c'est le même intérêt qui s'agite ; la gaîté
des chansons dispose à l'examen attentif de toutes les gloires qu'il
importe d'honorer ; on organise avec soin les fêtes, les concours
poétiques, les inaugurations de monuments, les cours d'amour. Est-il
besoin de remarquer qu'en dépit de la continuité méthodique de nos

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LOU VIRO-SOULÈU

travaux, le soleil du Midi verse sur nos assemblées une lumière toujours nouvelle, qui repousse bien loin la monotonie ?
Charles de Tourtoulon, jasmin, Paul Arène, Sextius-Michel furent
nos présidents.
Charles de Tourtoulon est le savant historien de Jaime le conquérant et l'éminent philologue qui, après avoir fondé la Société des Langues romanes, a été chargé par le gouvernement de la délimitation
en France des frontières de la langue d'oc et la langue d'oïl.
Jasmin fils avait conservé le culte pieux de la mémoire de son
illustre père : il en savait par cœur toutes les poésies et, avec l'attitude inspirée, l'âme ardente d'un apôtre, il les récitait dans les banquets
félibréens et cigaliers. Ayant passé toute sa vie à Paris, il y avait réuni,
dans sa maison du passage Tivoli, comme en une sorte de musée,
toutes les reliques du poète de Françouneto. Il a voulu mourir à
Agen, dans la fameuse bigno paternelle. En l'appelant à la présidence,
le Félibrige a voulu non seulement rendre hommage au grand nom de
Jasmin, mais encore affirmer l'union de tous les poètes méridionaux, la
fraternité du gascon et du provençal.
Le bon, le doux, le spirituel Paul Arène, n'est-il pas le symbole,
l'incarnation du gai savoir? Railleur des écoles, possédant avec une
égale maîtrise les deux langues sœurs, silflant lui-même ses pièces et
ciselant des arabesques aussi imprévues, aussi capricieuses que celles
de PAlhambra, la plus fine ironie s'alliait chez lui à l'émotion la plus
tendre et la plus sincère. On aime à le revoir dans le dessin de Gill,
se dirigeant, le sourire aux lèvres, à dos de cigale, vers les régions de
l'Idéal. La chèvre d'or, Jean des Figues, Au bon soleil, l'Ilote,
Domnine, mille petites pièces toutes charmeuses, sont les ravissantes
étapes de cette course aisée et délicieuse, et on ne peut rien imaginer
de plus délicat que cet art libre et raffiné, plein de fraîcheur, de grand
air, de choses vues sous l'infini ciel bleu, d'une émotion discrète qui
faisait songer Monsclet à la Sylvie de Gérard de Nerval.
Etre le successeur d'Arène, nul n'en était évidemment plus digne que
ce grand témoin de la fidélité vivace à l'amour du pays, et de sa bienfaisance que fut Sextius Michel.

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J'en prends Mistral pour garant : « Toi et quelques autres qui nous
êtes revenus plus Provençaux que fils de mère vous avait faits, tenez,
savez-vous comme ? comme les anciens vins de nos côtes rôties où
chantent les cigales, qui, au dire des capitaines au long cours, plus ils
ont voyagé, plus ils deviennent brillants et agréables à boire. » Oui,
l'auteur de ces livres de tendre et exquise poésie : Le long du Rhône et
de la Mer, Aurores et Couchants, La Petite Patrie, n'a jamais
perdu le souvenir du thym de Provence. C'est surtout pour sa bonté
qui le rend si cher à tous les Parisiens, que les félibres aiment Sextius
Michel et s'enorgueillissent de lui. Il est le modèle des Maires, dans le
XVe arrondissement où l'entoure l'unanime affection de ses administrés. Il est le modèle aussi des présidents, par son infatigable activité,
sa bonne humeur provençale et son inaltérable courtoisie ; il fut l'âme,
la force et la joie de nos fêtes, récoltant par toutes les villes qu'il parcourait, à notre tête, d'irrésistibles et unanimes sympathies.

Paris connaît le traditionnel pèlerinage que Félibres et Gigaliers vont
faire tous les ans à Sceaux. Les Félibres devaient avoir pour cette charmante petite ville de banlieue une prédilection spéciale, à cause de
l'asile qu'elle a oflert à Florian et de l'image qu'elle leur présente de
leur Provence. La richesse de ses ombrages en fait le site le plus aimable,
le plus en harmonie qu'ils puissent trouver avec les gracieux ébats des
cours d'amour, le plus propre au couronnement des reines et des jeunes
poètes qui ont obtenu la palme aux Jeux floraux.
Les personnages les plus illustres de France sont allés présider ces
fêtes, ces Jeux floraux, dirigés toujours selon la règle proclamée par
H. Fouquier. « Nous avons, pour chanter, le grand idiome national et
le cher idiome de la petite patrie ; et quel que soit celui dont nous
nous servons, c'est toujours la France que nous chantons. »
Le sens de ces démonstrations a été éloquemment défini.
Les félibres sont fiers d'avoir entendu sous ces ombrages, après les
harangues d'Aubanel et de Mistral, celles des Bréal, des Jules Simon,
des Renan, des Anatole France, des Berthelot. Ils sont fiers des

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témoignages qu'ils ont reçus indistinctement .des philosophes, des
artistes et des savants, (i)
L'éminent philologue Michel Bréal déclare : « Le patois est le frère
puîné du français, qui est resté à la maison pendant que l'aîné courait
les grandes routes... Le petit frère qui n'a pas quitté le village connaît mieux les traditions, s'entend mieux aux choses familières de la
vie : il sait les vrais noms des fleurs et des oiseaux et il a de touchants
mots pour dire tous les sentiments de l'âme... »
Renan a dit aux félibres : « Par votre gaîté, par votre entrain, par
votre sentiment juste et vrai de la vie, vous corrigez excellemment nos
maladies du Nord, ce pessimisme, cette âpreté à se torturer, cette
subtilité qui porte des gens jeunes encore à se demander si l'amour
est doux, si la science est vraie, si les roses sont belles. »
De même, Zola les remercie d'oser être gais dans un temps où la
gaîté manque littéralement de distinction. La gaîté, ajoute-t-il, c'est
un flot qui monte du sol nourricier, qui est la sève de tous nos actes.
Anatole France leur exprime ainsi son amitié : « Je vous aime beaucoup, vous, vos jeux, vos arts, vos pensées. J'ai voyagé avec vous.
J'ai vu que vous avez l'âme libre et généreuse et un sentiment familier
du beau. »
J. Glaretie proclame cette vérité qui est la raison d'être du Félibrige :
« La communion des races se fait par les poètes. C'est la poésie qui
garde intacte l'âme même des patries. » G. Leygues s'écrie : « Vous
restez éternellement jeunes... Vous croyez en l'avenir... En vous palpite encore quelque chose de lagrande âme païenne. » Benjamin Constant lui fait écho, en terminant l'éloge de Paul Arène : « O vous, les
jeunes, qui venez de prendre sur vos plaisirs si vite passés le temps
d'écouter ce dernier hommage, pressez-vous de florianiser, aimez-vous
et soyez j oyeux... »
André Theuriet voit dans les Félibres des chevaliers de l'Idéal :
« Comme de valeureux chevaliers errants, les félibres ont chevauché
à travers le Midi, en lui enseignant la grandeur de son histoire et la
(i) On trouvera, à la fin du volume, à titre de documents, les discours prononcés par tous les éminents présidents d'honneur du Félibrige de Paris aux
fêtes annuelles de Sceaux, discours déjà publiés, à dater de 1886, dans les deux
recueils de La Petite Patrie de M. Sextius Michel, ainsi que les gracieuses
allocutions du vénéré Maire du XVe, notre dévoué Président.

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5

beauté desa langue... Vous avez, Messieurs, semé la bonne parole et
insensiblement, dans les autres provinces de France, votre exemple a
été suivi et il s'est fait un réveil d'amour pour la terre natale. » DelunsMontaud évoque la saisissante image de l'antique Provence : « Temps
admirable de joie profonde et de foi dans la vie, où le monde latin,
fier de ses titres reconquis, se reprenait à espérer ; temps où l'amour
pour l'amour de la Beauté assurait aux âmes la conquête, la possession de la Vérité et de la Vertu. »
Emile Pouvillon s'exprime ainsi : « Sous l'alluvion pessimiste charriée
par les fleuves barbares, vous nous avez aidés à retrouver la terre
franche, le sol national, où s'enracinent les œuvres claires, précises et
fortes... La Sainte Estelle, c'est une fête française, la fête de la bonne,
de la meilleure littérature. »
Ceux qui présidèrent les fêtes félibréennes avaient compris, dit
F. Gras, que dans les bourdonnements de nos tambourins « il y avait
toutes les rumeurs d'une race qui renaît ; ils avaient compris que
dans les fli-fli de ses galoubets il y avait toute la gaîté gauloise et
française. Ils avaient compris que notre farandole était bien l'expression,
le symbole le plus artistique et le plus poétique de la solidarité entre
les hommes... »
Enfin le grand Berthelot définissait la pensée du félibre en la rapprochant de celle du savant : « L'idéal du savant est un idéal de bonté et
de solidarité : c'est ce que proclame, sous la verdure impérissable des
arbres du Midi, le laurier, l'olivier, le cyprès, le chant éternel de la
cigale d'or. »

Les témoignages de sympathie qu'a inspirés la Cause félibréenne ne
devaient pas surprendre. Les Félibres, comme le disait Anatole France,
sont ingénieux et persuasifs, et les plus somptueux des hommes. C'est
par la joie qu'ils persuadent.
Somptuosité et gaîté sont éminemment les caractères distinctifs du
Félibrige : aussi promène-t-il en tous sens l'éclat de nos rires, les
fêtes galantes, les réjouissances de jadis. Il sonne le réveil de toutes
les énergies de la race et de toute sa santé, saluant au passage, comme
disait Henry Fouquier, tous les souvenirs, toutes les gloires, tous les

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talents, la poésie épique et lyrique, comme la poésie galante et railleuse,
admirant les aigles, écoutant les rossignols et même les merles... »
Dès 1877, c'est-à-dire dès sa naissance, la Cigale va tenir cour
d'amour en Arles. Le Journal du Midi faisait ainsi sa présentation
aux villes de la région : « La Cigale, cela chante ? Oui, elle chante
en vers ; et c'est Joseph Autran, Jean Aicard, Henri de Bornier, Paul
Arène, Maurice Faure... Elle chante aussi en prose ; et cent pages
d'Oscar Commettant, d'Alphonse Daudet, d'Henri Gréville, de Ferdinand Fabre sont des feuillets de son répertoire...
« La Cigale, cela doit aimer le soleil ?
« Sicile l'aime ! Elle est fille du soleil et elle vit de soleil !... Elle est
amie du mistral, amie des champs d'oliviers, amie des vagues de notre
mer bleue et des rives pittoresques de notre grand Rhône ; elle est
amie de la beauté. )&gt;
Les noms de cette première expédition cigalière sont ceux de Charles
Monselet, de Commettant, de Roumanille, d'Anselme Mathieu, Félix
Gras, Louis Roumieux, Aubanel.
Ce furent plus tard, en 1888, de plus longues et plus retentissantes
manifestations. Elles firent vibrer la terre des Alpes aux Pyrénées, du
bruit des tambourins, des brindes, des triomphales apothéoses, des
acclamations enthousiastes de la foule. C'étaient les premières grandes
représentations d'Orange, et l'écho des applaudissements se répercutait jusqu'aux derniers confins de la grande patrie, tandis que partant en une brillante et vaillante chevauchée, les Félibres commençaient
leur œuvre d'inlassables semeurs de bustes. C'était la comtesse de
Die, grande amoureuse d'antan, que le ciseau de Mme Clovis Hugues
faisait revivre avec ces traits si gracieux, l'admiration et le désespoir de
tant de troubadours. Le lendemain,c'était Caristie Martel, restaurateur
du Théâtre Antique, puis notre camarade, l'audacieux explorateur
Soleillet. En 1890, la phalange félibréenne s'élance vers le sud-ouest.
Une nouvelle série de réjouissances et d'inaugurations commence :
Cortète de Prades et Jasmin, à Agen ; à Montauban, Ingres ; à Auch,
Salluste du Bartas ; à Tarbes, Théophile Gautier, « fils du soleil,
gloire du sang latin, » se dressent devant un peuple intelligent et
touché par la beauté de leur œuvre. Bagnères, Argelès organisent,

�LOU

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sous les cimes lumineuses, de riches et splendides galas. Les hauteurs sauvages de Saint-Savin sont escaladées. Les Félibres admirent
longtemps le ciel de Pau, si bleu, où flotte le rêve de la première des
Marguerites. Enfin, la frontière est franchie et le peuple de SaintSébastien, par la réception pleine d'éclat qu'il fait aux Gigaliers et aux
Félibres, témoigne hautement de l'éternelle fraternitédes cœurs latins.
L'année suivante, les Félibres envahissent la vallée du Rhône. Ils
célèbrent à Lyon la mémoire de Joséphin Soulary ; à Beaucaire, celle
de Pierre Bonnet, d'Antoinette Rivière, touchante victime de l'amour.
Ils honorent encore Desanat, à Tarascon ; Victor Gelu, à Marseille ;
à Toulon, Puget ; à Tamaris, George Sand ; à Antibes, avec le
concours de l'escadre de la Méditerranée, le général Championnet.
Les voilà de nouveau à Lyon, en I8&lt;J4, prêts à descendre, dans des
gondoles chargées de joies et de chansons, vers Tournon, Avignon,
Orange. A leur tête marchent trois ministres négligemment décorés
par nous de la Cigale d'or, les guidant vers ces inaugurations nouvelles : le Tambour d'Arcole, à Cadenet ; Roumanille, à Avignon ;
Laure, à la Fontaine de Vaucluse ; Gastil-Blaze, à Gavaillon.
Le Président de la République, dûment investi à son tour de l'Ordre
de la Cigale, prend part à l'excursion félibréenne : sa présence affirme
l'intérêt national de l'œuvre poursuivie. Cette année, les Félibres
exaltent Bancel, le fier exilé républicain, à Valence; Anselme Mathieu,
à Châteauneuf-du-Pape : à Sisteron, Paul Arène.
Le voyage en terre provençale est devenu une institution régulière ;
de même la commémoration de tous ceux qui ont mérité de la petite
patrie.
En 1899, les Félibres inaugurent un monument en l'honneur d'Antony Réal, à Sérignan ; en 1901, un autre en l'honneur de Louis Gallet,
à Valence.

De cette bienfaisante, de cette sainte animation, que le Félibrige a
créée, le témoignage le plus haut, le triomphe le plus éclatant est la
restauration du théâtre d'Orange. Rendons grâce aux Dieux dont la
volonté magnifique plaça cet incomparable monument justement en
pleine patrie des Félibres ! Il y gisait depuis des siècles, ignoré et perdu

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sous de lamentables décombres. Louis XIV l'ayant aperçu, dit laconiquement : « C'est la plus grande muraille de mon royaume. »
Il fût peut-être demeuré dans l'oubli sans les généreux efforts des
Félibres qui eurent de la magnificence une plus haute conception que
le grand roi. C'est pourquoi nous avons rendu dans de solennelles
apothéoses à Antony Réal et à Auguste Caristie le tribut de reconnaissance que méritait leur précieuse initiative.
Les Félibres de Paris imaginèrent les premiers quelle puissance
inconnue cette scène pouvait offrir âu grand art tragique. On allait
ressusciter le pathétique infini des spectacles antiques, faire revivre la
représentation poignante, idéale, où mêlant sa voix à celle du poète,
la nature clame à la conscience de l'homme les terribles et inflexibles
lois de sa condition misérable et sublime, tandis qu'elle offre son immensité mystérieuse à sa méditation ou à l'envolée de son émotion. Les
félibres, âmes d'artistes, attendries et éblouies par les traditions de
l'Hcllade, éprouvant devant les restes de la beauté païenne une sorte
de réminiscence, firent de ce théâtre, dès qu'ils le connurent, une consécration qui fut admirable et décisive. Ils vinrent, avec une pompe
que n'avaient jamais eue leurs équipées méridionales, avec une élite
d'artistes, avec Silvain, Mounet-Sully... La représentation d'Œdipe
Roi dépassa ce qu'on pouvait imaginer. Il faut avoir ressenti cette évocation de l'âme antique, l'avoir vue planer dans l'air tiède de cette nouvelle Attique, il faut avoir connu le frisson sacré de cette nuit héroïque
pour se figurer la beauté et la majesté de ces heures.
« Je ne me souviens pas, disait Francisque Sarcey, d'avoir éprouvé
de ma vie'une émotion plus vive. Cette tragédie de Sophocle se développant avec une harmonieuse majesté dans ce décor grandiose, sous
un ciel plein d'étoiles ! L'effet était si saisissant, si imprévu, qu'au
dernier acte, nous avons fondu en larmes )&gt;. En un jour, tous les suffrages étaient gagnés à la cause du théâtre d'Orange. La presse était
unanime pour acclamer l'avenir du Bayreuth français.
Toute cette gloire, peut-être, se fût bien vite évanouie, si les Félibres
ne s'en étaient constitués les vigilants gardiens et n'avaient en même
temps jeté de justes cris d'alarme sur le péril pressant de destruction
que courait le vieux monument. Maurice Faure, tribun éloquent autant

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qu'artiste passionné, fut à la Chambre des Députés leur véhément interprète, comme le devait être Deluns-Montaud dans les conseils du
gouvernement. Après les travaux nécessaires, en 1894, l'ère des triomphales représentations recommence. Trois ministres accompagnent
les Félibres. C'est la consécration officielle, l'hommage national.
Même chef-d'œuvre, mêmes grands artistes qu'en 1888. C'est aussi
le même grandiose succès, la même suprême émotion. Dès ce jour,
les représentations d'Orange deviennent pour le public français un événement capital dont il comprend la noble gravité. Les plus pathétiques
évocateurs viennent déployer leur suprême puissance dans ce cadre si
propice: Silvain-, Mounet-Sully,Paul Mounet, Albert Lambert, Duparc,
Léa Caristie-Martel, Louise Hartmann, Tessandier, Emilie Lerou,
Hatto, Wanda de Boncza, Bartet, Segond-Weber, Sarah Bernhardt.
En 1897, ^e Président de la République décore Silvain, en plein théâtre,
sous le ciel étoilé. Tous les ans se déroulent devant des milliers de
spectateurs, dans leur merveilleuse perfection et leur saisissante jeunesse, les plus immortelles œuvres que l'antiquité nous a léguées :
Antigone, Iphigénie, Alceste. L'écho des voix qui retentissent dans
l'enceinte de ces vieilles murailles est toujours également magique et
poignant ; dans la foule, plus avide d'harmonie, grandit chaque fois
le sentiment de la majesté latine et de la pureté hellénique.
Heureux félibre ! la fièvre généreuse de la Vie et de l'Action l'apporte
à Paris. Le voilà dans le sinistre tourbillon de toutes les affaires, de
tous les agités cosmopolites, calme, crâne, n'ayant garde de s'en laisser
imposer par la cacophonie à outrance de la réclame exotique. Dans
l'énorme traînée des appétits aux pieds du veau d'or, il est simplement
heureux de ses dix-huit ans, heureux de savourer la vie pour elle-même ;
il garde, devant le lamentable déchaînement humain, toute la sérénité
de la jeunesse, toute la fierté de l'ironie.
Bientôt, sur ces boulevards dont l'aspect à la fin s'assombrit et
s'attriste de la multitude des physionomies maussades, vaincues et
hargneuses, le jeune méridional, que ranime et réjouit sans cesse le
bon et vaste sourire du ciel bleu, déploie, flamboyant, l'étendard du
Midi. Il convie qui veut le suivre au simple et délicieux vertige des
farandoles, des chansons, de la poésie, de la joie de vivre.

�3o

LOU VIRO-SOULÈU

Ce jeune, souvent gueux comme un bachelier de Salamanque, dont
la vibrante jeunesse entend arrêter le monstre de l'égoïsme brutal, entre
de plain-pied dans toutes les splendeurs. II eut l'amitié fraternelle des
hommes d'Etat les plus glorieux et les plus patriotes : Gambetta, Castelar, Gavalotti, Zorilla, Spuller, Garnot, Camille Pelletan, DelunsMontaud ; celle des plus braves parmi les premiers chefs de l'armée
française : Bordone, Pédoya, Faure-Biguel, Pittié. La plus cordiale
union de sentiments et de pensées le lie par la plus étroite sympathie
à tous les adorateurs de l'idéal : aux poètes Henri de Bornier, Anatole
France, Armand Silvestre, Paul Arène, Glovis Hugues, Alexis Mouzin,
Raoul Gineste ; aux maîtres de la littérature, Zola, Pouvillon, Daudet, Baptiste Bonnet; aux peintres Benjamin-Constant, .1. P. Laurcns;
aux sculpteurs Mercié, Falguière, Injalbert, Amy... Les plus admirables
génies de la scène française, dont la superbe mission est de conserver
l'eurythmie humaine, Mounet-Sully, Silvain, un idéal essaim d'éblouissantes actrices deviennent ses compagnons familiers. Les femmes
surtout, les plus belles, les plus gracieuses, les plus admirées de cette
époque de raffinés, celles que l'on regarde avec l'angoisse de les voir
si loin, dans d'inaccessibles mondes élyséens de richesse, de luxe et
d'harmonie, gardent pour les Cours d'Amour et les farandoles félibréennes les plus francs et les plus jolis de leurs sourires ; leur instinct
très sûr leur a immédiatement révélé dans le félibre leur plus fin, leur
plus chevaleresque courtisan, celui qui comprend le mieux leur délicatesse, leur goût de perfection, d'idéal, de rêves et de chimères.
ALBERT

TOURNIER.

���Lou

JEUX FLORAUX DE

Viro-Soulèu

1904

CONCOURS

1°
PALMARÈS
CONCOURS

2° MUSIQUE
Partition d'une

Li caieto

(on Languedoc : lou fricandèu)
Prix, médaille d'argent : M.
Satger, à Paulhan (Hérault).

Théodore

Ie mention : M. Fréd. Jallois, à Montpellier.

2e

—

M. Elie Merle, à Alais.

3e

—

M. Louis Crest, à Aix-en-Prov.
Ode sur

DESSIN

Pas de récompense.

LITTÉRAIRE

Sonnet sur

ARTISTIQUE

Farandole

Prix, médaille de vermeil : M. Guillaume
Bournel, à Montflanquin.
Ie mention ex œquo : M. Gustave Reyne,
à Sisteron, et Mme Angèle Abelous, à
Montpellier.
2r mention : M. J. François, à Alicante.

L'amourié

Pas de premier prix.
e

2

prix, médaille d'argent : M.
rard, à Aix-en-Provence.

Félix Gi-

Mention honorable à Mlles Hélène Roux,
à Bessèges, et Marguerite Renard, à Cavaillon.
Etude en langue d'oc sur

Lou moulin d'ôli

ef

i

prix, médaille de vermeil : M. Charles
Martin, à Aix-en-Provence.

2e prix, médaille d'argent : M. A. Bancal,
à Pau.
Mention honorable à MM. Antony Berthier,
à Beaucaire, et Henri Martel, à Châteaurenard.
Chanson en langue d'oc sur

La Figo

Ier

prix, médaille d'argent :
Reyne, à Sisteron.

2"

prix, médaille de bronze ; M. Maurice
Girard, à Vallauris.

M. Gustave

Mention honorable à MM. Paul Vézian, à
Gallargues, et Arnaud Philémon, aux Arcs.

CONCOURS CLASSIQUE
Traduction littérale en langue d'oc (prose)
de la fable de Florian Le grillon
Prix, médaille d'argent : Henri Blanc, de
de l'Ecole des frères de Vaison.
te mention, Li roso que saunon, de J. Loubet, à Oswald Durand, du lycée de
Montpellier, et Li sèt rai de moun Estello, de L. Duc, à Henri Rabillet, du
collège de Manosque.
2e mention à Joseph Ravoux et Paul Hiely,
de l'Ecole des Frères de Vaison.

L'Élection de la Reine

La réunion des demoiselles d'honneur,
au Café Voltaire, pour l'élection de la
Reine de la Cour d'amour de Sceaux, a
été très brillante, et la grande salle des
banquets était à peine suffisante pour contenir tous les membres des Sociétés méridionales qui avaient répondu à l'appel du
Félibrige.
Toilettes fraîches, visages gracieux, sourires aimables, entrain et gaîté, tout était
charmant et la salle ressemblait à un parterre printanier.
Après un intermède musical et littéraire
où se firent applaudir de nombreux félibres
et invités, les damer, surtout, ainsi que
M. Villa, de l'Opéra-Comique, il fut procédé à l'élection de la reine par les demoiselles d'honneur, au nombre de 23.
Par une attention délicate de cet aimable
collège électoral, ce fut la fille d'un félibre, Mlle Yvonne Bonnaud, qui fut élue
reine et l'on proclama vice-reines Mlles
Mignard et Bonnet qui avaient obtenu,
après Mlle Bonnaud, le plus grand nombre
de voix. Aucune électrice ne céda à la
tentation de voter pour elle, ce qui est
tout à fait méritoire, et nous espérons que
cette charmante Cour d'amour sera au
grand complet le 3 juillet, et que toutes
les demoiselles d'honneur se feront un
plaisir de placer les billets de souscription
qu'on leur a confiés, car il ne faut pas oublier que la fête est donnée, cette année,
au profit du monument à élever, l'an prochain, à Félix Gras.

�Lou Viro-Soulèu

12

Adresser les demandes, accompagnées de
leur montant, à M. L. Duc, éditeur, 125, rue

Li Souleiado

du Cherche-Midi, à Paris.
Le recueil collectif des Félibres de Paris
paraîtra le jour même de la fête de Sceaux.
Il

forme

un

beau

volume

de

Á

plus de

400 pages, divisé en trois parties :
i° La Préface d'Albert Tournier, que
nous donnons en supplément dans ce numéro, avec la notice de Maurice Faure sur
le rôle de Tournier dans le Félibrige. et la
premièreconvocation des Félibres parisiens ;
20 Li Souleiado, poésies et morceaux de
prose de la plupart des membres titulaires,
vivants ou morts ;
3° Les Documents fèlibrèens, comprenant tous les discours prononcés à Sceaux
par les présidents d'honneur de nos fêtes
annuelles, ainsi qu'un Index bibliographique concernant les écrivains ou les artistes du Félibrige sur lesquels nous avons
pu nous documenter.
On voit, par cet exposé, que l'ouvrage
sera précieux 'pour ceux qui veulent connaître le mouvement félibréen à Paris.
Ce sera, de plus, une réponse victorieuse
à ceux qui prétendent que les félibres parisiens ne connaissent pas la langue du
terroir.
On pourra s'assurer aussi, par Y Index,
que le culte de cette langue ne détruit pas
celui du français, car la plupart des félibres
ont produit des œuvres dans les deux langues, également nationales pour eux, et
également chères.
C'est là un monument élevé à la gloire
du Félibrige de Paris et qui montrera son
action autant que les monuments qu'il a
semés pieusement sur la terre méridionale.
Nous engageons donc tous les amis de
la Cause félibréenne à souscrire à ce livre
et à le propager.
Il est mis en vente en librairie, au prix
de 6 francs pour l'édition ordinaire, et à
7 fr. 50 pour les exemplaires sur papier
teinté ou sirnili-japon.
Pour les félibres. ces prix seront réduits
à 5 francs et 6 francs, et les auteurs ayant
collaboré à l'ouvrage recevront deux exemplaires pour le prix d'un seul.

BIBLIOGRAPHIE
Notre ami Maurice Faure vient de publier chez Krnest Flammarion, éditeur, Les
Souvenirs du général Championnet, dont
voici l'analyse :
M. Maurice Faure a su tirer, en historien
avisé, des Mémoires inédits de Championnet, les faits les plus importants de la
vie militaire de ce jeune général qui conduisit si souvent à la victoire les soldats
de la République.
C'est le vivant et attachant récit des
rudes campagnes des armées du Nord, de
Sambre-et-Meuse et d'Italie, accompagné
de commentaires judicieux, de notes instructives et de documents de choix.
Dans ce beau livre d'éducation et d'histoire, dont tous les chapitres présentent
un puissant intérêt, la noble figure de
Championnet impose la sympathie et l'admiration, de la première à la dernière
page.
On ne connaît qu'imparfaitement le
vainqueur de Fleurus et le conquérant de
Naples. L'érudit sénateur lui restitue la
place qu'il mérite à côté de Kléber, de
Hoche et de Marceau, en mettant en lumière les actes glorieux du grand général
qui, au milieu des orages de la Révolution,
au cours d'une carrière tourmentée, servit
avec éclat la patrie et la République.
Une remarquable étude préliminaire,
pleine de renseignements nouveaux et curieux puisés aux meilleures sources, guide
le lecteur à travers les étapes guerrières
de Championnet et donne un saisissant
relief à la pure physionomie de l'illustre
enfant de Valence.
Un volume in-8°. Prix : 7 fr. 50.
On voit que le vaillant félibre a fait
encore, là, preuve de son attachement au
sol natal et à ses gloires et a, de la sorte,
bien mérité de la petite patrie.

Le Gérant: Marius
PARIS.

— Empremarié felibrenco de Lucian Duc e Cie,

AMY, 249,

125,

rue de Vaugirard.

carriero dòu Cherohe-M'd;

�Revues &amp; Journaux intéressant le Félibrige

— Revue Félibréenne, M. Paul Mariéton, directeur, 9, rue Richepanse, Paris.
— Revue des langues romanes, Montpellier.
— Romania, MM. Paul Meyer et Gaston Paris, directeurs ; Bouillon, éditeur, Paris.
— Revue de philologie française et provençale, L. Clédat, direc, Bouillon, édit., Paris.
— Lou Félibrige, M. Jean Monné, directeur, 14, rue des Henry Marseille.
— Lemouzi, Sernin Santy, directeur, 8, rue de la République, à Saint-Etienne.
— La Savtan, M. Pascal Cros, directeur, Marseille.
— La Terro d'oc, A. Sourreil, directeur,

15, rue Denlert-Roehereau, Toulouse.

— La Campana de Magalouna, 33, rue de l'Aiguillerie, à Montpellier.
— Lou Calel, Victor Delbergé, directeur, Villeneuve-sur-Lot.
— L'Homme de bronze et le Forum républicain, à Arles.
— La Revue méridionale, Achille Rouquet, directeur, Carcassonne.
— La Province, revue mensuelle, 23e ann. L. Duc, direct., 125, r. du Cherche-Midi. Paris
— Za Cigale, bulletin mensuel de la Cigale, 16, rue Pestalozzi, Paris.
— Lou Viro-Soulèu, gazette du Félibrige de Paris, 1, place de l'Odéon.
Il resteencore quelques collections des années 1889 à 1903 (sauf l'année 1892), au prix
de 3 fr. sur papier ordinaire, et de 5 fr. sur papier de Hollande. — Ecrire au bureau
du journal ou à l'imprimeur, 125, rue du Cherche-Midi).

Ouvrages
— Lou Tresor dóu Félibrige, dictionnaire provençal-français,
Mistral. 2 vol. in-4°, chez Mme Roumanillc, en Avignon
— Dictionnaire français-occitanien,

par

Lucien

Piat,

.

par Frédéric
.

120 fr.

2 vol. in-8-,

Hamelin frères, à Montpellier

chez
24 fr.

— Long dóu Rose e de la Mar, poésies de Sextius-Michel..

.

.

— La petite Patrie, discours et documents, par Sextius-Michel, 2 vol.

3 fr. 50
7 fr.

— Vido d'enfant et Lou Varlet de Mas, par Batisto Bonnet, 2 vol.

7 fr.

— Marineto, poème de Lucien Duc, avec illustrations

6 fr.

— Li sèt rai de moun estello, poésies de Lucien Duc

2 fr.

— Tarascon par un Tarasconnais, par J.-B. Amy

3 fr.

En souscription :
LI SOULEIADO, œuvres choisies des Félibres de Paris, un vol. in-8 raisin
Sur papier teinté ou simili-japon
MEDAIOUN FELIBREN, sonnets provençaux de

LUCIEN

6 fr,
7 50

DUC,

peignant les prin-

cipaux félibres de Paris et de Provence, avec portraits à la plume par Bénoni
Auran, Cornillon, Louis Prat, Roux-Renard, Wagner-Robier, etc.
Prix.
.
.
3 fr. 50, 4 fr. 50, 5 fr. et 8 fr.

�l't MIDI GASTRONOMIQUE A PARIS

Produits

i.

GoRNAiLLE, 12

du Midi

rue du Havre

Arrivage de morue à la brandade, de la Grille de Nîmes, trois fois par semaine en hiver
AUG. TURIN, 57 Faubourg Poissonnière
Huile de Provence, Vins du Midi, Pois-chiches, Produits des colonies.
HÉDiARi), 21, place de la Madeleine
Comestibles du Midi.
ERNEST BERTRAND,

à Châteauneuf-du-Pape (Vaucluse)
Grand vin des Félibres

II.

Cuisine

place de l'Odéon
Brandade et bouillabaisse le vendredi
Cassoulet et Aiôli
Restaurant LAVENUE, 70, boul. Montparnasse
lundi : Cassoulet ; vendredi : bouillabaisse
Restaurant ROBERT, 39, boulev. St-Michel
Cassoulet le jeudi, Bouillabaisse le vendredi
CAFÉ-REST VOLTAIRE, 1,

Imprimerie

LUCIEN DUC

méridionale

Restaurant du GRAND U, rue Richelieu, 101
Cassoulet, le lundi
On trouve le Cassoulet le mercredi,
et bouillabaisse et brandade le vendredi
Restaurant CÉSAR, boulevard Poissonnière
»

BRUNEAU,

»

NOTTA,

»
«

et Cie, 125, rue du Cherche-Midi, Pari?.

»
'

»

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