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                  <text>14a Annada- N- 59

Mars-Abri Ih

1941.

La Rampelada
del
Coîège d'Occj
(Suplement al Gai Satdt

Redac. e ÂditJ I
31, Carrièra de latimdaria
TOLOZJiP \

LE COLLEGE D'OCCITANIE
J'eus un jour l'honneur d'être reçu en audience par
M. Georges Ripert, ministre de l'Instruction Publique. C'était dans son bureau de Vichy, le 18 octobre
1940. Monsieur Ripert fut très aimable. Il ne me connaissait pas, mais je fus introduit auprès de lui par
ma double qualité de majorai du Félibrige et de
mainteneur des Jeux Floraux, car son frère cadet,
M. Emile Ripert, professeur à la Faculté des Lettres
d'Aix-en-Provence, est mon collègue au Consistoire
félibréen comme à l'Académie des Jeux Floraux.
«Et alors, me dit-il avec une pointe d'ironie
vous êtes contents, les félibres, n'est-ce pas ? » Evidemment, nous avions raison d'être contents : la lettre du Maréchal à M"e Mistral, datée du 8 septembre; la Circulaire toute récente — je venais de la lire
à Vichy même sur les journaux — du Ministre relative à l'enseignement de l'histoire locale et de la langue d'Oc nous avaient ravis, enthousiasmés.
«Je vais vous donner une copie de ma circulaire»,
dit le Ministre qui se leva, saisit dans un casier cette
copie dactylographiée et me la tendit avec un sourire.
Du doigt, il me désigna le paragraphe, et je lus à
haute voix: «Je signale aux maîtres l'utilité que peut

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présenter pour eux l'étude du dialecte local. Si, pour
l'instant tout au moins, il n'a pas paru possible de
faire enseigner ces dialectes dans les écoles primaires, je recommande aux maîtres de les étudier... »
«Et c'est vrai, me dit-il. Avez-vous des maîtres?
Avez-vous des instruments de travail? Et puis, dans
cette poussière de dialectes et de sous-dialectes qui
fleurissent de Nice à Bordeaux, quelle langue allezvous enseigner ? »
Je répondis de mon mieux. « La diversité des dialectes nous réjouit plus qu'elle ne nous effraie. Loin
de nous l'idée de vouloir réduire les dialectes à une
langue unique, pas plus celle de Toulouse que celle
de Perpignan ou d'Avignon. Si nous sommes ennemis de la centralisation venant de Paris, nous ne
sommes pas plus partisans de toute autre centralisation venant de n'importe où. La langue d'Oc est
dialectale, comme fut jadis la langue grecque, et elle
doit le demeurer. L'effort qui tend à rapprocher les
graphies par des lois générales pouvant s'appliquer
aux divers dialectes et rendant plus facile l'introduction de ces dialectes à l'Ecole ne supprime pas les
dialectes eux-mêmes gardant toute la richesse de leur
vocabulaire propre et de leurs paradigmes grammaticaux. »
•— « Je suis heureux de vous entendre dire cela,
car je suis provençal, et je ne voudrais pas qu'on
touchât à Mistral. Mais, croyez-vous donc possible
l'enseignement de la langue d'Oc ? »
— « Monsieur le Ministre, avez-vous oublié la vieille
maxime de l'Ecole: Ab actu ad posse valet illatio?
Se se fa, es que se pòd faire ».
— On l'enseigne donc? Sans doute à la Faculté ...
quelques cours de littérature, de philologie ... »
— «Plus que cela ! On l'enseigne dans des Ecoles
Secondaires, dans des Ecoles Normales d'Instituteurs... Vous n'ignorez pas qu'un de vos prédécesseurs,
M. François Albert, par son décret du 20 novembre
1924, a autorisé la création de cours facultatifs de
langue d'Oc dans les Lycées et les Ecoles Normales

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Primaires, et que ce décret n'a jamais été rapporté.
Ce décret venait après l'initiative de l'Évêque de
Bayonne, Mgr Gieure, organisant, en 1923, l'enseignement de l'histoire régionale et des dialectes locaux dans ses Établissements libres. Un mouvement
avait été créé par la Ligue de la Langue d'Oc à l'École et par l'enquête de Monsieur Emile Ripert votre
frère sur l'enseignement de la langue d'Oc. On ouvrit
des cours dans quelques lycées, à Bayonne, en Provence. On écrivit des manuels, trop vite peut-être, et
l'on reprit les livres du Frère Savinien. Peu à peu
sortirent des grammaires, des anthologies scolaires
dans toutes les provinces : livres malheureusement
bâclés, pour la plupart composés par des félibres généreux mais dépourvus d'expérience pédagogique.
«Les progrès furent peu sensibles, disons-le, presque nuls. Il faut le reconnaître, à notre honte : le
peuple d'Oc, dans son ensemble, ne se soucie nullement de l'enseignement de sa langue; il parle la
langue d'Oc, mais il ne croit pas qu'on puisse l'enseigner ; à quoi bon d'ailleurs? etc...
«Aussi un autre de vos prédécesseurs, M. de Monzie, eut-il beau jeu d'opposer un refus catégorique à
la Fédération Régionaliste Française qui lui demandait en 1925 de permettre l'usage et l'enseignement
de la langue d'Oc à l'Ecole Primaire.
«Évidemment, ce geste méritait une réponse. Il
l'eut. Deux ans plus tard, on enseignait la langue
d'Oc à ceux qui voulaient l'apprendre. Et on l'enseigne depuis, à la barbe de tous les Ministres...»
«Comment cela?» fit le Ministre portant aussitôt
la main à sa barbe comme s'il craignait qu'elle se fût
envolée.
— «Et vous ne connaissez pas le Collège d'Occitanie? Je l'ai fondé moi-même, Monsieur le Ministre. Ou plutôt, j'ai aidé mon maître et ami le majorai
Pròsper Estieu à le fonder. C'était en 1927, à Castelnaudary, le pays du Cassoulet et du grand fédéraliste Fourès... Mais c'est une trop longue histoire...»
—«Non, dites-moi cela; contez-moi cette histoire.»

�— 4Í&gt;4 —

— «Monsieur le Ministre, ce serait trop long, et je
ne veux pas abuser de votre temps. Je l'écrirai,
je vous l'enverrai. Mais sachez, d'ores et déjà, que
nous avons voulu suppléer par notre Collège d'Occitanie au manque de maîtres, au manque d'instruments
de travail que vous signaliez tout-à-l'heure. Des maîtres, nous en avons, — et je puis vous en dresser la liste, — qui sont prêts à enseigner la langue d'Oc dans
les lycées, collèges, séminaires, écoles normales, écoles primaires supérieures, écoles professionnelles, écoles primaires. Quant aux instruments de travail, nous
les créons, nous les forgeons tout en distribuant notre
enseignement par correspondance à des centaines d'étudiants. »
— « Mais c'est merveilleux. Voyez-vous, Monsieur
le Majorai, car pour moi vous êtes surtout le majorai ... »
— «Oui, Monsieur le Ministre, et un fervent disciple de Mistral ».
— « Eh bien ! Convenez avec moi que la question
est délicate. Il ne semble pas possible encore d'enseigner les dialectes dans les écoles primaires. Je crois
que la réforme doit venir d'en-haut. Nous ferons la
réforme dans l'enseignement supérieur lui-même.
Pourquoi n'envisagerions-nous pas l'institution, à la
licence ès-lettres, d'un certificat de langue provençale, occitane si vous aimez mieux? Et nous aurons
alors des licenciés de langue d'Oc dotés d'une culture
classique complète. Au collège, au lycée, ces jeunes
professeurs pourront enseigner la langue d'Oc, et nous
étudierons alors les possibilités d'une interrogation de
langue d'Oc au baccalauréat. Les élèves-maîtres de
nos Ecoles Normales devront d'ailleurs se présenter au*
baccalauréat. Et ils seront prêts à enseigner la langue
d'Oc à l'Ecole primaire !»
' —«Le beau programme, Monsieur le Ministre ».
— «En attendant, continuez, votre œuvre est tout
à fait dans les vues du Maréchal. Il faut montrer au
peuple les voies de son salut. Vous m'enverrez un

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rapport aussi détaillé que possible. Je vous promets
de le lire avec intérêt ».
—«Merci, Monsieur le Ministre. Alors... au revoir?»
— « Au revoir, Monsieur le Majorai.»
Depuis, M. Georges Ripert à quitté le Ministère.
Et son successeur aussi. Mais je prépare le rapport
tout de même. Et je l'enverrai à Vichy. Et le prochain
numéro de La Rampeladale portera à nos escolans.
•

LO

LIBRE

JOSEPH

SALVAT.

RECOMANDAT

Images, (in-12, 130 p.).
Vieux Limoges (in-12, 130 p.).
Poèmes en langue d'oc avec traduction française
en regard, par Paul-Louis Grenier.
Dins l'avertiment, l'autor d'aquels bèls poèmes lemozins
escriu : « Le nord de la région limousine ayant été le berceau
de la poésie des troubadours, le dialecte limousin a formé
la base de la langue littéraire des pays d'oc au Moyen-Age,
improprement appelée langue provençale par certains philologues. Les troubadours écrivirent dans une langue poétique qui, tout en ne se rattachant d'une façon exclusive au
parler d'aucune province, était étroitement apparentée au
limousin. De nos jours— exception faite pour le catalan littéraire et pour le langage poétique — l'unification de la lanue d'Oc semble devoir se réaliser par un vocabulaire choisi
e préférence parmi les mots communs aux divers parlers
et remploi des formes les plus proches du latin. Par les formes de son vocabulaire, le languedocien est tout désigné
pour former la base de la langue d'Oc unifiée...»

f

UNE ENQUÊTE
Les cours par correspondance du « Colège d'Occitania » ont obtenu cette année un succès plus grand que
par le passé. Mais une formule, à peine usitée naguère,
parait avoir rallié beaucoup de suffrages. C'est le sys-

�—

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4

/

tème de correspondants groupant, surtout dans des établissements scolaires, des escolans sous le contrôle et
avec le matériel du Colège.
Afin d'améliorer le système, les chefs de groupe recevaient à la fin du mois de février un questionnaire
auquel ils ont largement répondu. Nous allons grouper aujourd'hui leurs réponses dans un rapide compterendu et en dégager les conclusions immédiates.
Quatorze établissements, surtout secondaires, ont répondu, nous apportant les échos de groupes de quatre à
soixante escolans avec une moyenne d'une vingtaine
pour la plupart.
Les trois premières questions visaient le recrutement
et l'inscription au Colège. Tous, en général, y sont inscrits. Cependant, certaines maisons comme le Collège
de Castelnaudary, le Petit-Séminaire de Gourdon, les
écoles publiques de Sigean et des Cassés (Aude), utilisent
régulièrement ou non pour des élèves non inscrits les textes que nous leur envoyons et, grâce à eux, font, nous
disent-ils, de bonne propagande.
Les divers élèves constituant ces groupements se recrutent, sauf à Sigean, aux Cassés (enseignement primaire), à l'École Félix-Aunac d'Agen (primaire supérieure)
ou au Petit-Séminaire de Saint-Sulpice la Pointe (école
annexe d'Agriculture), dans les diverses classes du secondaire. Dans bien des cas, la totalité des membres d'un
groupe appartient à la classe où professe notre correspondant : ainsi à Sainte-Marie de Rodez, aux Petits-Séminaires de Gourdon et de Pamiers ; dans d'autres le
recrutement se limite quelquefois aux hautes classes, ou.
plus souvent, aux basses classes (hantise du baccalauréat en première sans doute). Au lycée de Rodez, seulement, les 60 escolans s'échelonnent à tous les degrés.
Pour l'intérêt suscité par les devoirs, nos correspondants sont unanimes à donner la palme à la version.
Cela n'a rien d'étonnant. Les thèmes, plus difficiles et
moins attrayants, se font avec beaucoup moins de régularité. Enfin, un professeur de philosophie de Castelnaudary nous dit que ses élèves, inscrits ou occasionnels,
désireraient des manuels pour contrôler vocabulaire et

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grammaire. Vœux souvent revenus au cours de correspondances occasionnelles et que l'avenir comblera bientôt, se Dius òc vòl !
Dans l'ensemble, les corrections se font sur place par
nos correspondants qui, en général, rendent les devoirs
avec commentaires individuels ou collectifs. Cependant,
le Collège de Castelnaudary envoie les devoirs à Toulouse
et les rend directement avec notre corrigé. Le Lycée de
Montpellier ne disposant pas de temps fixé pour l'enseignement de l'occitan ne peut, lui non plus, réaliser ce commentaire. Il en est de môme au Petit-Séminaire de Castelnaudary où l'on se contente, à l'occasion, d'explications individuelles, au Lycée de Carcassonne, à l'Ecole
Sainte-Marie de Rodez.
Dans d'autres établissements (Pamiers, collège de Castelnaudary) on prend sur les horaires officiels le temps
d'explications occasionnelles et rentrant souvent dans le
cadre de la culture générale. Partout ailleurs, l'on dispose d'une heure environ où l'on commente oralement
les devoirs, où l'on traite de vocabulaire et de syntaxe,
où l'on fait des lectures d'auteurs occitans célèbres.
Pour ce qui est des veillées occitanes, il semble que
la chose ait, à peu près partout, besoin de mise au point.
Signalons celle qui eut lieu au mois de février au PetitSéminaire de Toulouse et l'initiative intéressante, favorisée par une administration compréhensive, permettant
aux lycéens de Montpellier d'entendre tous les quinze
jours des félibres du dehors et de profiter de leur enseignement.
Tous les directeurs d'établissement, sans comprendre
à ce point la collaboration avec nos amis, leur donnent
en général un appui encourageant. Cependant, que penser
de certaine «neutralité plus ou moins bienveillante des
confrères » que nous signale une réponse "? ...
Enfin, les vœux de tous pour un classement général
en fin d'année sont unanimes. Les escolans y trouveront
un stimulant, auront davantage l'impression de lormer
une famille, perdront la sensation d'être des isolés en
voyant souligné ce qui se fait ailleurs.

�—

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4

Telles sont les réponses à notre enquête. Elle nous
conduisent à des vœux. Celui d'abord que s'amplifie davantage le système des correspondants: il permet de donner un enseignement beaucoup plus direct, partant plus
vivant. Pour cela, il faudrait disposer officiellement d'un
temps fixé pour l'enseignement de l'occitan. Cela se fait à
peu près partout, et sans doute ce fait incitera-t-il certaines
directions à devenir plus larges. La culture classique de
nos élèves ne peut qu'y gagner.
Nos efforts auront donc à porter, pour l'avenir, sur un
recrutement plus grand et aussi plus éclectique de nos
escolans ; sur la nécessité de leur montrer que l'enseignement de la langue d'oc n'est pas un enseignement
superflu ; sur la nécessité où nous sommes, pour faire
œuvre féconde, de leur former surtout une âme occitane
fervente et ardente au service de la Patrie.
Les résultats de l'an prochain seront certainement une
heureuse illustration de nos vœux communs et de nos
résolutions.
PAUL LASSERRE.

AL COLÈGE
Sèm urozes d'anonciar la fondacion, à Toloza, d'un Burèu
de trabalh ont se podran acampar nostres escolans per colaborar, cadun segon sas facultats e sos lezers, à la bona
marcha de nostre car Colège. L'inauguracion solennala se
n' farà, se Dius òc vòl, al comensament de l'annada escolaria 1941-1942.
Per nostres escolans vivent à Toloza o i poguent venir aizidament, senhalam lo reviscòl dels Estudiants Ramondencs,
obra de qualques-uns de nostres escolans afogats. Als estudiants de teologia e fìlozofìa, letras, dreit, ciencias, medecina,
agricultura, etc.. que vòlon demorar fidèls à lor tèrra, à lor
lenga occitana, recomandam que se vòlguen inscriure cò del
prezident Marcel Baïche, Camin de la Glòria, Pamias (Arièja) o có del secretari Paul Lasserre, 25, carrièra Malaret,
Toloza.
Lo GRILH.
Impr. Lauraguaise - Castelnaudary.

Le Gérant ; J. SALVAT.

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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/c608b949bc4b53395e0e4af7cb656218.jpg</text>
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          <name>Is Part Of</name>
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              <text>La Rampelada (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13215"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>La Rampelada del Colège d'Occitania. - Annada 14, n°59 mars-abrilh 1941 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, KII 4</text>
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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