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                  <text>Wlars-Abrllh 1943.

16a Annad*- N- 68

Rampelai
Colège dffl|tcitania

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31, Carrièra de îttFoïtâaxia^yQ
TOLOZSJ^
1
Rcdac.

2me Congrès du Collège d'Occitanie
Le 2E Congrès du Collège d'Occitanie s'est tenu à
Montauban les 3 et 4 avril 1943, sous le haut patronage de l'Académie des Jeux Floraux, au siège de
l'Escòla Carsinòla et sous la présidence d'honneur du
poète Antonin Perbosc, majorai du Félibrige.
MM. Lignières, Inspecteur d'Académie du Tarn-etGaronne et Cayrou, mèstre en Gai Saber, président de
l'Escòla Carsinòla, avaient bien voulu accepter la présidence des séances de travail.
Les débats étaient dirigés par M. l'abbé Salvat, Directeur du Collège d'Occitanie.
SÉANCE DU SAMEDI APRÈS-MIDI 3 AVRIL
PRÉSIDENCE DE M. L'INSPECTEUR D'ACADÉMIE.
Le samedi après-midi, 3 avril, une assistance de près
de deux cents personnes se presse dans la coquette salle
de la Chambre de Commerce. On remarque M. Pons,
Inspecteur d'Académie de la Haute-Garonne, M. le
Chanoine Brustet, Directeur de l'enseignement libre,
M. le Proviseur du Lycée, Mme la Directrice du Lycée
de Jeunes filles, M. le Directeur de l'Institut professionnel, MM. les Inspecteurs primaires du département, de
nombreux professeurs d'enseignement secondaire pu-

�— 54-' —
blic et privé et une majorité d'instituteurs, d'institutrices et d'escolans du Collège d'Occitanie.
Nous avons la joie d'accueillir les grands amis
rouergats du Collège, les* félibres Henri Mouly et Calelhon, cette dernière déléguée par M. l'Inspecteur d'Académie de l'Aveyron.
M. l'Inspecteur d'Académie déclare ouvert le 2e Congrès du Collège d'Occitanie. Il évoque le 1" Congrès de
Rodez et salue les Aveyronnais présents : M. Henri
Mouly, Mme" Séguret et Mouly. Il fait l'éloge de
M. l'abbé Salvat, l'animateur du Collège. En de telles
mains, il dit sa foi absolue dans les destinées de la
langue d'oc. Enfin, il salue en lui le savant professeur
de langues romanes, l'éminent auteur de la Grammaire
préfacée par M. Carcopino, « qui voit le jour aujourd'hui ».
Dans une allocution en langue d'oc, M. l'abbé Salvat
remercie d'abord les organisateurs du Congrès,
M. l'Inspecteur d'Académie, M. le Directeur de l'Enseignement libre, M. Machicot, délégué permanent dii
Collège d'Occitanie, professeur au lycée de Montauban,
M. Pierre Gardes, secrétaire général de l'Escòla Carsinòla. Il adresse ses vives félicitations à M. Cayrou,
président de l'Escòla Carsinòla, récemment nommé
maître ès-Jeux Floraux, puis ses remerciements aux
autorités, à l'Académie, à la Société Archéologique, au
Grel Roergat, à la Chambre de Commerce en la personne de M. Delpouys. M. l'abbé Salvat excuse les
absents, puis continue en rappelant brièvement l'histoire du Collège d'Occitanie fondé en 1927 à Castelnaudary, et évoque la grande figure du fondateur Pròsper Estieu.
Le 1" rapport entendu est celui de M. Louis Allanche, professeur honoraire du Collège de Moissac (').
(1) Aprenèm ambe regrèt que nòstre amic lo profesor Allanche, l'autor d'un bèl libre, « Eléments de Grammaire du Dialecte Quercynol », es mòrt lo 4 de mai. Los senhes Cayrou,
Gardes, Machicot l'acompanhèron à son cròs, al vilatge d'Albias»
ont èra nascut.

�— 543
RAPPORT DE M. ALLANCHE
QUELQUES REMARQUES SUR LA LANGUE D'OC A L'ÉCOLE.

Dès le début, M. Allanche pose le problème et affirme ses convictions :
Pensons-nous que connaître un dialecte peut nous faciliter l'acquisition d'un vocabulaire français étendu et soit
susceptible de favoriser une étude plus complète et plus
appropriée de ce vocabulaire ? Sans hésiter, nous sommes
pour l'affirmative, sachant que la plupart de nos mots français sont d'origine latine et possèdent dans le dialecte un
terme correspondant et même sont plus rapprochés dans
le dialecte des formes latines..
Passant tout de suite aux exemples, le rapporteur
donne une documentation serrée :
Ce dialecte, dit-il, peut servir à l'étude orthographique
des vocables. Il peut nous aider à nous en faire comprendre
les formes là où la logique n'est pas toujours à sa place.
Accumulant les parallèles, il donne une intéressante
étude du préfixe carcinol des. Puis,, se plaçant à un
autre point de vue, il ajoute que « le dialecte a laissé
de nombreuses traces : noms de lieux, noms de personnes », etc..
Il termine en souhaitant avec chaleur que de nombreuses écoles répondent à l'autorisation du ministre :
Ne devrait-on pas, dans les écoles de nos campagnes,
consacrer quelques heures par semaine à l'acquisition méthodique de nos dialectes qui charmaient notre enfance;
tout au moins, dans une anthologie peu compacte, bien
choisie, lire et commenter nos écrivains du terroir, les
comparer avec nos bons auteurs français; accueillir avec
ferveur ceux qui, comme les Gardes, Cayrou, Juliette Dissel
et leurs équipes, nos chanteurs populaires, parcourent nos
campagnes pour répandre notre langage si imagé, appelé
ainsi à ne pas disparaître, pour ressusciter dans une recrudescence de vie ?
A la discussion de ce rapport si documenté, M. Corbières, professeur au lycée de Montauban,observe que
l'enseignement de la langue d'oc ne peut être le même
dans les écoles rurales et dans les écoles urbaines.
M. Machicot demande qu'on travaille à en préciser les
méthodes. M. Mouly fait connaître sa remarquable pu-

�— 544 —
blication Escòla e Terrador et M. l'Inspecteur d'Académie annonce la création d'un Centre d'informations
régionales qui apportera aux maîtres une aide généreuse.
On entend ensuite le rapport de M. Machicot, professeur au lycée de Montauban.
RAPPORT

DE

M. GEORGES MACHICOT

QUELQUES ARGUMENTS EN FAVEUR DE L'ENSEIGNEMENT
DE LA LANGUE D'OC.
EXPÉRIENCE AU LYCÉE DE MONTAURAN.

M. Machicot débute en regrettant que les manuels
classiques de littérature ne fassent pas une plus large
place à la littérature de langue d'oc. Il accumule les
arguments : « là où le Français, plus intellectualisé,
est impuissant à exprimer la vie colorée du Midi, la
langue d'oc se révèle reine ».
Il étudie l'intérêt que présentent les traductions en
langue d'oc des grands classiques latins, notamment
des grands poètes de la terre :
Quelle merveilleuse source d'enseignement pour les élèves
qui ignorent les langues mortes : étudier Virgile dans le
littéral français, c'est le trahir; l'étudier chez Estieu, c'est
le pénétrer, le connaître...
Il faut que l'élève sache l'influence exercée au XIIP siècle
par les troubadours sur la poésie du Nord, sur les littératures italienne, castillane, même allemande et anglaise.

Il note l'influence sur la littérature italienne des
séjours en Avignon de Dante et de Pétrarque, puis en
arrive au mouvement du Félibrige : « Nouvelle Pléiade
où sept jeunes poètes firent leurs les trois serments de
Mistral : relever en Provence le sentiment de race,
restaurer la langue naturelle et historique du pays,
rendre la vogue au provençal par l'influx et la flamme
de la divine poésie. »
Il insiste sur la musique du verbe d'oc aux sonorités
caressantes. Puis, il donne quelques exemples fouillés
sur les leçons d'étymologie, de grammaire, d'orthographe que nous offre la langue d'oc. Il poursuit en s'in-

�— 545 —
quiétant d'une méthode d'enseignement applicable aux
écoles primaires rurales :
Le langage bâtard disparaîtrait si les maîtres utilisaient
la langue d'Oc déjà connue des élèves pour leur apprendre
la langue française. Que l'enfant s'habitue à confronter
l'une à l'autre sa langue maternelle et celle qu'il doit apprendre : qu'il aille donc de la langue d'Oc au français.
A propos de Mistral, le rapporteur évoque la doctrine du grand poète de Maillane et cite quelques
phrases prononcées pour la Sainte-Estelle de 1875 :
Le grand patriotisme naît de l'attachement que l'on a
pour son pays natal, ses coutumes, sa famille, et les meilleurs soldats, croyez-le, ne sont pas ceux qui chantent et
qui braillent après boire; ce sont ceux qui pleurent en quittant leur maison. Si donc nous voulons relever notre pauvre
patrie, relevons ce qui fait germer les patriotes : la religion, les traditions, les souvenirs nationaux, la vieille langue du pays, et de cité en cité, de province en province,
rivalisons dans l'étude, dans le travail et l'honneur, pour
exalter de façons diverses le nom de France.
« Comment, ajoute-t-il, rayer de nos anthologies un
poète qui a créé cette morale mistralienne qui veut que
tous les hommes soient frères et qui a compris l'espérance qui s'attache au travail de la terre ? »
M. Machicot étudie ensuite les résultats obtenus au
Lycée Ingres et donne des conseils aux maîtres profanes en les invitant à étudier la langue d'oc : « C'est
une vérité élémentaire que leur contribution sera infiniment plus efficace. »
Il souhaite un horaire officiellement incorporé aux
programmes, une salle spécialement affectée à l'enseignement de la langue d'oc et donne une idée de sa
conception de cet enseignement :
Etude brève mais solide de la grammaire, contraction
d'un vocabulaire par les soins des élèves, étude et traduction des proverbes, mimologismes populaires, devinettes,
contes et vieux chants du terroir; enfin, étude de l'histoire
de la littérature d'Oc : connaître les grands noms et les
œuvres, depuis l'époque des troubadours, en insistant
particulièrement sur le mouvement de renaissance du
XIXe siècle.
Enfin, dans un finale plein d'émotion, il adresse un
vibrant appel à ses collègues :

�- 546 -

Puis-je espérer avoir attiré l'attention, avoir orienté l'intérêt vers cette langue du terroir qui ne demande qu'à ne
pas mourir ? Ai-je suffisamment marqué les arguments :
social, humain, didactique ? Puis-je espérer que les partispris s'écrouleront ? Si j'ai seulement conduit les profanes
à réfléchir à ces quelques mots, mon rapport n'aura pas été
inutile. Comprenez, mes chers collègues, qu'il faut seulement —■ c'est Estieu qui parle —• « retrouver à travers les
siècles et les terroirs la langue des générations passées,
renouer la chaîne qui lie les vivants et les morts ».
A la discussion de ce rapport, prennent la parole
M. l'Inspecteur d'Académie, M. Gardes, M. Cornières.
Les vœux présentés par M. Machicot, analogues à
ceux qui avaient été émis au Congrès de Rodez, sont
adoptés et la séance est levée peu après.
SAMEDI SOIR 3 AVRIL : VEILLÉE LITTÉRAIRE.

M. Cayrou explique le sens de la veillée; M. Gardes
présente ses amis qui diront des contes ou des poésies
de Perbosc, de Ch. Garisson, de L. Allanche, de Lacombe, de Léon Bouysset, de Quercy.
M. Mouly dit avec flamme un beau passage de D'al
brès à la toumbo et Calelhon récite La Fialaira blanca
de son recueil Al fiai de las Sazons.
SÉANCE DU DIMANCHE MATIN 4 AVRIL
Présidence de M. Cayrou, mèstre en Gai Saber, maître ès-Jeux Floraux, président de l'Escòla Carsinòla.
RAPPORT DE M.

L'ABBÉ

BROCARD

RAPPORT ENTRE LES ENSEIGNEMENTS DU LATIN,
DE L'ESPAGNOL ET DE LA LANGUE DIALECTALE.

M. l'abbé Brocard, professeur au Collège SaintThéodard, commence par faire l'apologie des langues
mortes :
Il n'y a pas de véritable culture sans l'étude sérieuse du
latin et du grec — tout au moins du latin. Les grands
auteurs de notre littérature en sont une preuve éclatante,
eux qui, dès leur jeune âge, étaient déjà familiarisés avec
la langue de Cicéron et de Démosthène; il déplore que les
études classiques soient en régression; il y a plus grave ;

�— 547 —
beaucoup de nos jeunes semblent se désintéresser complètement de ces études; ils n'en saisissent pas l'importance,
ils ne voient pas les heureux effets qu'elles pourraient exercer sur leur mentalité, sur leur vie toute entière.
Etudiant ensuite l'espagnol, le rapporteur montre
tout ce que la langue castillane doit au latin :
C'est un contresens pédagogique que de vouloir enseigner
de l'espagnol à des élèves qui ne font pas du latin. Je vais
même plus loin. Il serait à souhaiter que tout hispanisant
ait de la langue occitane une connaissance assez approfondie; cela lui serait un précieux avantage...
Un élève qui possède déjà la langue occitane aura sur ses
camarades qui l'ignorent une incontestable supériorité. A
quelques exceptions près, il saisira d'emblée et l'accentuation et la prononciation espagnoles. Ce n'est point là chose
négligeable. Je puis vous affirmer que les meilleurs élèves
que j'ai eus jusqu' ici étaient précisément ceux qui parlaient
la langue d'Oc.
M. l'abbé Brocard donne une copieuse liste de mots
occitans identiques à des mots espagnols ou en différant très peu :
Sal, dedal, rei, gal, gat, cloca, escoba, esteba, dabantal,
lenha, etc.. J'ajouterai qu'il m'est arrivé, grâce à l'espagnol,
de comprendre des mots occitans dont j'avais oublié le
sens. Un jour, un ouvrier qui fendait du bois avec grand
peine parce qu'il était tout noueux, me dit : Acò, Monsur,
es pas de case, es d'auzina. Uauzina ? Je n'arrivais pas à
comprendre ce qu'il voulait dire par là. Et soudain me vint
à l'esprit le mot espagnol encina qui signifie « chêne-vert ».
Vérification faite, c'était bien de cela qu'il s'agissait en effet.
Vous le voyez, il n'est pas d'un médiocre intérêt de rapprocher les mots occitans de leurs correspondants espagnols : la connaissance des uns mène souvent à la connaissance des autres. Et j'estime qu'un tel rapprochement est
un atout puissant entre les mains du professeur, du moins
quand il s'agit d'élèves qui n'ignorent pas notre langue.
Ce substantiel rapport se termine sur une belle plaidoirie :
Se peut-il que, depuis quelques années, se soit esquissé
parmi nos paysans un vaste mouvement vers l'usage du
français. Je proteste contre cette infidélité. Il est aussi crijninel d'abandonner sa langue maternelle que d'abandonner
sa terre. Et ces abandons coûtent cher parfois. Il faudra y
revenir à cette langue savoureuse de nos aïeux. C'est en la
parlant que nous affirmerons le mieux nos origines. Et nous

�- 548

-

n'avons pas, je pense, à en rougir. Que nous le voulions ou
non, nous sommes des Latins. Nous avons hérité de nos
anciens vainqueurs cette somme de vertus qui firent de
Rome la première puissance du monde... Bien des malheurs,
sans doute, nous eussent été épargnés si nous avions su
garder précieusement, au fond de nos cœurs, le riche patrimoine intellectuel et moral que nos aïeux nous ont
légué.
A la discussion, la thèse est acceptée à l'unanimité.
M. l'abbé Salvat propose d'émettre le vœu que les langues romanes soient désormais traitées sur un pied
d'entière égalité avec les langues nordiques — et aussi
que les prédications en langue d'Oc soient encouragées
par les autorités ecclésiastiques. M. Gardes traduit la
satisfaction des paysans qui retrouvent, chez le fonctionnaire, le langage de leur terroir.
Le deuxième rapport entendu est celui de M. Gardes,
mèstre en Gai Saber, secrétaire général de l'Escòla
Carsinòla.
RAPPORT DE M. PIERRE GARDES
LE POINT DE VUE D'UN FÉLIBRE
SUR L'ENSEIGNEMENT DE LA LANGUE D'OC.

Le secrétaire général de l'Escòla Carsinòla exprime
d'abord ses remerciements au Collège d'Occitanie qui a
choisi la capitale du Bas-Quercy pour y tenir son
Congrès :
N'est-ce pas ici, dit-il, que travaille toujours inlassablement, au soir d'une existence si pleine et si féconde, l'un
des plus grands maîtres de la. pensée, le majorai Antonin
Perbosc, dont la vie entière fut consacrée à la glorification
de la terre d'Oc, avec tout ce qui se rattache à cette terre
de légende, de traditions et de poésie.
Il retrace à grands traits l'histoire du Félibrige et
en arrive à l'année 1927 où fut fondé le Collège d'Occitanie « qui recueillit », dit-il, « comme une belle gerbe
d'épis mûrs, le fruit de longs et patients efforts des
rénovateurs de la langue. »
S'il n'est pas inquiet sur l'avenir de la langue parlée,
M. Gardes pense qu'il faut répandre son enseignement
sans perdre de temps :

�— 549 —
Dans ce congrès, comme dans un prétoire, nous sommes
encore du côté des juges, la décision rie doit venir que de
nous; mais si nous manquons à notre devoir, plus tard nous
serons au banc des accusés, et nos enfants, insouciants pour
l'heure, nous reprocheront de ne pas leur avoir légué cette
part de l'héritage ancestral qui leur revient et auquel ils
ont droit.
Puis, le félibre, qui est lui-même le propagandiste
que nous connaissons, parle de l'effort des sociétés régionalistes, des écoles félibréennes et des concours de
poésie :
Ne devons-nous pas déplorer qu'à côté d'une foule de
poètes, on compte à peine quelques prosateurs ? C'est la
prose qui maintient, qui enrichit, qui constitue la, forte
armature d'une langue, et non pas les édifices légers, gracieux, fragiles, presque artificiels des poètes. Souhaitons à
notre langue des prosateurs et nous pourrons alors affirmer
avec le poète catalan :
Morta dihuen qu'es
Mes jo la crech viva.
Et M. Gardes de s'écrier : Il faut choisir; alors, mettons
à la disposition des maîtres un système éprouvé, donnonsleur les règles établies par le Collège d'Occitanie et réalisons sans tarder quelque chose.
Enfin, après avoir cité quelques exemples, le rapporteur en arrive au plan d'enseignement :
Pour cet enseignement, il y a deux tendances : les uns
sont partisans de prendre le dialecte actuellement parlé
pour remonter doucement vers les racines de la langue. Les
autres sont partisans d'enseigner la langue épurée. C'est la
méthode préconisée par le Collège d'Occitanie.
Voici le plan qu'adopterait M. Gardes :
Nous rechercherions, les enfants et moi, les proverbes,
les contes, nous visiterions les ateliers artisanaux et les
fermes, nous noterions le nom des outils, de chaque pièce
de la charrue, du chariot, nous prendrions des croquis
cotés avec les noms occitans. Des berbiers seraient constitués avec le nom et les vertus des plantes en français et en
langue d'Oc. Chaque école devrait avoir dans un meuble
son petit trésor félibréen afin que les efforts des ouvriers
de la première heure profitent aux générations futures
d'écoliers, appliquant ainsi dans la plus humble classe de
village la grande loi humaine et la règle de toute civilisation. J'apprendrais aux enfants les chefs-d'œuvre de la
littérature occitane, depuis les poèmes de l'écrivain de clo-

�— 550 —
cher jusqu'aux productions des maîtres.
Peu à peu nous aborderions les versions en choisissant
des textes d'auteurs régionaux — ce n'est que beaucoup
plus tard que nous aborderions les thèmes.
Et M. Gardes conclut :
En résumé, pour entreprendre, il faut avoir la foi. Il faut
que ceux qui vont découvrir aux enfants du Tarn-etGaronne ces horizons nouveaux aient conscience d'accomplir un véritable devoir. Ignorer sa langue maternelle, c'est
méconnaître tout le trésor de poésie, les richesses insoupçonnées qu'elle renferme, c'est entr'ouvrir à peine les yeux
sur sa terre natale. Ne pas oser la parler, la renier, c'est un
peu comme avoir honte de son père et de sa mère. C'est
aux jeunes, espoirs de demain, héritiers des vertus de notre
race, qu'il faut communiquer, avec le culte du passé, le
respect et l'amour de tout ce qui vient de la terre maternelle.
A la discussion, M. Lignières demande que, pour les
devoirs proposés, on multiplie les textes en prose.
M. l'abbé Salvat, qui partage cet avis, regrette la rareté
de ces^textes. M. Péfourque, jos-capiscòl de l'Escòla
Carsinòla, conseille seulement, en fait de dictionnaires,
le Trésor de Mistral. M. Cayrou remarque qu'on ne
peut bannir les autres ouvrages qui présentent tous
leur intérêt. M. Mouly propose d'établir dans chaque
département un lexique réduit des mots à sens précis,,
indiscutable.
SÉANCE PUBLIQUE DE CLOTURE
DIMANCHE APRÈS-MIDI, 4 AVRIL.
PRÉSIDENCE DE M. L'ABBÉ SALVAT.
A la fin du déjeuner qui a réuni, à l'hôtel Select, une
cinquantaine de convives, l'abbé Salvat a chanté La
Coupo dans une atmosphère de religieuse solennité.

A la salle de la Chambre de Commerce se tient la
séance de clôture. Monsieur le Préfet du Tarn-etGaronne, souffrant, s'est fait excuser. Monsieur le
Maire est représenté. Monseigneur Théas, évêque de
Montauban, est présent.

�— 55i —

DISCOURS DE M. LIGNIÈRES,
INSPECTEUR D'ACADÉMIE.

M. l'Inspecteur dit d'abord sa satisfaction de voir
une aussi nombreuse assistance, preuve vivante de la
réussite du Congrès :
Par les problèmes qui ont été abordés, par la qualité des
rapporteurs, le nombre élevé des assistants, la haute tenue
des séances de travail et l'intérêt des discussions, ce congrès a été une féconde réussite.
Il rappelle qu'il est lui-même un enfant de la terre :
« Puis-je oublier que je suis un enfant du terroir ?
puis-je oublier que je suis le fils d'un instituteur félibre qui a consacré sa longue vie à batailler en faveur
de la langue « mairale » ?
C'est pour lui une opinion erronée qu' « il faut répandre la langue d'Oc sans le secours de l'école ».
M. l'Inspecteur d'Académie évoque avec émotion les
souvenirs de son enfance, puis poursuit :
N'est-ce pas dans la mesure où nous avons rompu les
liens qui nous unissaient au passé, aux morts qui nous commandent, à la terre, aux milieux rudes mais vigoureux de
nos campagnes que la décadence de notre pays s'est précipitée ? N'est-ce pas d'avoir coupé le contact avec la nature elle-même, avec ses forces vivifiantes et constamment
renouvelées qui a fait de nous des êtres vides d'énergie,
dépouvus de ressort et de volonté ? Sans nul doute. Il est
donc urgent de rétablir ces contacts, de renouer un à un
ces liens que nous avons laissé se rompre entre nous et les
générations passées, entre nous et la terre dont nous sommes issus; il est encore temps de recueillir l'exemple des
ancêtres pour imiter leurs vertus; il est encore temps de
nous inspirer de leur façon de vivre fruste mais saine; il
est encore temps de redonner de la vie à leur langue dure
et sonore. Cette langue dialectale rénovée, remise en honneur, ce sera la gloire de Mistral et des félibres de l'avoir
chantée —■ et avec quelle foi ! avec quel amour !
Après une citation qui devrait être intégralement
donnée :
Oui, les félibres provençaux ne pouvaient ni ne voulaient
oublier la langue apprise dès l'enfance sur les genoux de
leur mère. Et ils ont voulu, avec leurs disciples, maintenir.

�— 552 —
cette langue d'Oc, lui redonner une pureté perdue au contact du français, la diffuser ensuite par les moyens les plus
divers. Mistral pensait que par la langue toutes les libertés
peuvent se reconquérir le moment venu.
M. Lignières dit sa foi dans le triomphe de la cause
des langues dialectales :

Un climat favorable sera désormais créé autour de la langue d'Oc dont la valeur apparaîtra aussi grande que celle
des autres langues.
Il avise que, sur son initiative, sera créé un Centre d'informations régionales. Il fera, je l'espère, du très bon travail dans les domaines les plus divers : histoire et géographie locales, flore, faune, agriculture de la région, archéologie, spéléologie, préhistoire, folklore quercynois et langue
occitane... Le Centre aidera par ses publications, par ses
directives pédagogiques, les maîtres qui s'occuperont de
l'enseignement de la langue d'oc.
M. l'Inspecteur d'Académie assure les maîtres qu'ils
trouveront auprès du Collège d'Occitanie une aide précieuse et termine par un bel éloge :

De cette vivante et agissante « Université d'Oc » qu'est
le Collège, qu'il me soit donc permis, dit-il, d'assurer par
avance son Directeur de la compréhension et de la gratitude de ceux de nos maîtres qui sont décidés à donner
dorénavant l'enseignement du dialecte d'Oc.
Dans un dernier mot, enfin, il assure que la restauration de la vieille langue du pays aidera au relèvement
de la patrie.
DISCOURS DE

M.

LE BATONNIER PAUL BUFFA,

PRÉSIDENT DE L'ACADÉMIE DE MONTAUBAN.

En dépit de la tristesse des temps, l'Académie se devait
de répondre à l'appel de votre Congrès qui a courtoisement
prétendu l'associer à ses doctes travaux.
Comment, à vrai dire, une Compagnie qui a pour raison
d'être et pour fin le service des Lettres, des Sciences et des
Arts, pourrait-elle se désintéresser des manifestations à la
gloire du cadre somptueux où se situe son champ d'action ?
Après avoir affirmé qu'au cours des séances de travail tout a été dit, le distingué bâtonnier continue :
Qu'il me soit modestement permis de synthétiser vos
i&gt;uts. J'entends par « régionalisme » le culte fervent du'

�— 553 —
terroir, la volonté de tendre inébranlablement vers sa plénitude, vers son épanouissement total à la fois spirituel et
moral, matériel, ethnique et géographique, ainsi que l'ardent
désir de lui procurer une place éminente au sein de la
nation. Sa méthode procède étonnamment de celle d'Antée,
le géant dont la mythologie nous a transmis les exploits. De
même que le fils monstrueux de Neptune et de la Terre,
dans ses combats contre les imprudents qui s'aventuraient
dans ses domaines, recouvrait sa vigueur au contact de la
glèbe qui l'avait enfanté, de même votre doctrine professe
que la région ne peut réaliser son entité qu'en cultivant
jalousement ses traditions, en se repliant étroitement sur
elle-même.
L'orateur poursuit :
Votre ambition est, en bref, de dégager la vie locale de la
rigide uniformité du régime centralisateur de l'an VIII.
Mais voilà que mon amour passionné du pays m'entraîne
vers des cimes où je m'égare, différant l'hommage de pieuse
reconnaissance que je dois au rénovateur du régionalisme
en son élément primordial, la langue d'Oc, l'héroïne de ces
deux journées de travaux, j'ai nommé Antonin Perbosc.
Et, lorsque les applaudissements s'arrêtent : « C'est
en 1918 que l'Académie de Montauban s'honora en
l'appelant à l'un de ses fauteuils ».
Puis il retrace la carrière poétique d'Antonin
Perbosc :
%
Instituteur, bibliothécaire de la ville, académicien, majorai du Félibrige depuis un demi-siècle, il avait fait ses
débuts littéraires à la revue Mouni-Segur où, suivant les
tendances de l'époque, il orthographiait phonétiquement
ses poèmes, mais bientôt, obsédé par la graphie des troubadours, il rêva d'immortaliser la langue à laquelle il avait
découvert des beautés non pareilles. Quel autre moyen d'y
parvenir, sinon de remonter aux sources et de bannir impitoyablement du vocabulaire les termes maladroitement
francisés ? Par son scalpel impitoyable, Perbosc, nouveau
Malherbe, s'avéra le bon ouvrier de cette renaissance.
Enfin, après avoir énuméré les œuvres du poète,
Me Buffa poursuit et cite M. Roger Lafagette : « Toute
une race d'hommes longtemps silencieuse retrouve en
lui et quelques autres, tels que Pròsper Estieu, un magnifique interprète ». Et le distingué bâtonnier conclut :
Gloire à tous ceux qui, comme Perbosc, ont compris que,
servir le terroir, c'est servir la patrie elle-même, laquelle

�— 554 —
est l'œuvre patiente des générations et des siècles, l'aboutissement des races qui ont su s'amalgamer sur notre sol
en un métal indestructible. Grâce à Perbosc et à sa fidèle
pléiade, en ces jours d'amère détresse, nous pouvons augurer in spem contra spem, voir se réaliser l'ardente prière
que le chantre immortel des Oulivado adressait à l'Immaculée Conception :
Santo Mario, fai nous lume !
Que nosto raço noun s'embrume
Dins l'embriagamen, dins lou fum e l'ourguei
De la matèri ! Zóu ! estrasso
De ti lusour la niue negrasso
Que sus lou mounde entié lou mau escampo vuei :
Emé toun fiéu qu'as sus ta faudo
Enca saunous, Maire, esbrihaudo
Tóuti li maufatan que semenon lou juei.
Aussitôt après ce discours furent présentés, et votés
à l'unanimité, les vœux suivants :
1° Qu'une part soit faite à la langue d'Oc, d'une façon
facultative, dans les examens du baccalauréat et du certificat d'études primaires;
2° Qu'en attendant que le certificat d'études primaires
ait une épreuve facultative de langue d'Oc, il soit institué,
comme cela a été fait à Rodez l'an passé, un certificat d'études primaires occitanes devant une commission créée par
M. l'Inspecteur d'Académie s'inspirant des disciplines pédagogiques du Collège d'Occitanie;
3° Que le Centre d'Informations Régionales dont le projet
a été lancé par M. l'Inspecteur d'Académie de Montauban
favorise le plus possible le développement, dans le sens
occitan, des bibliothèques et des discothèques;
4° Qu'une place soit faite dans les bulletins pédagogiques aux questions relatives à l'enseignement de la langue d'Oc; .
5° Qu'une aide efficace soit apportée au bulletin pédagogique du Rouergue fondé par Henri Mouly : Escola e Terrador, si bien compris dans le sens d'un enseignement régional vraiment adapté aux besoins et aux ressources du pays;
6° Q^tte soient composées de plus en plus des pièces de
théâtre pour les enfants;
7° Que les mères de famille soient exhortées à parler en
langue d'Oc le plus possible à leurs enfants et à leur chanter des berceuses occitanes;
8° Que, dans les programmes de l'enseignement à tous
les degrés, les langues romanes soient mises exactement sur
un pied d'entière égalité avec les autres langues;
9° Que les autorités ecclésiastiques encouragent de leur
mieux la prédication dans la langue du terroir.

�— 555 —
DISCOURS DE M. L'ABBÉ SALVAT
M. l'abbé Salvat adresse ses vifs remerciements aux
dévoués organisateurs de ce magnifique Congrès, rappelle aux auditeurs à quel point en est, officiellement,
la langue d'Oc dans les trois ordres d'enseignement,
fait acclamer par l'assistance le nom du poète Antonin
Perbosc, et montre comment chacun a ses responsabilités et ses devoirs dans la question de l'enseignement
de la langue occitane.
En terminant, il expose comment l'Académie des
Jeux Floraux, qui avait accordé au Congrès son bienfaisant patronage, était revenue à ses traditions après
s'en être longtemps écartée : ainsi doit faire l'Enseignement français, enfin débarrassé de vieux et encombrants préjugés. Et son allocution s'achève sur un
hymne de confiance et d'espoir dans la langue d'Oc
triomphante.
*
**

A l'issue du Congrès a lieu, sur l'invitation de
l'Escòla Carsinòla, et sous la direction de M. Pouget,
conservateur, l'inauguration du Musée du Terroir.
LA MARCHE DU COLLÈGE
Le Colège d'Occitania, fondé en 1927, à Castelnaudary, par
les majoraux Pròsper Estieu et Joseph Salvat, pour l'enseignement rationnel de la langue d'Oc — dialecte languedocien — par correspondance, a son siège social à Toulouse,
31, rue de la Fonderie, depuis 1940, et fonctionne de novembre à juin.
Il comprend dans son enseignement la langue parlée dans
les départements suivants : Haute-Garonne (sauf Saint-Gaudens), Ariège (sauf Sain-tGirons), Aude, Hérault, Gard, Lozère, Tarn, Aveyron, Cantal, (arr1. d'Aurillac), Lot, Lot-et-Garonne (sauf Néraci, Tarn-et-Garonne.
Les textes imprimés des devoirs (versions, thèmes, exercices de grammaire ou de vocabulaire, rédactions, etc..)
sont expédiés toutes les semaines aux escolans. Ceux-ci envoient leurs devoirs qui sont corrigés et leur sont renvoyés
dans le plus bref délai possible, accompagnés de «corrigés»
imprimés et des notes jugées utiles par le correcteur.
Les devoirs sont confiés par la direction à des correcteurs qui tiennent compte des variantes sous-dialectales, afin
de ne pas dérouter les escolans. On va ainsi du connu à l'ineonnu. Les débutants sont guidés avec une attention et une
bienveillance spéciales.

�- 556 Il est répondu dans la mesure du possible aux questions
de tout genre posées par les escolans, même en dehors des
devoirs : bibliographie, indication de lectures, travaux particuliers, etc.. C'est ainsi que, par une collaboration bienveillante et cordiale, se forme peu à peu une équipe de travailleurs consciencieux et ardents, car les élèves passent
maîtres à leur tour.
Les escolans reçoivent La Rampelada, bulletin périodique
du Colège, où ils trouvent des notions de grammaire et Me
littérature occitanes, des modèles de devoirs, de la chronique, etc..
Les droits annuels d'inscription comme escolan du Colège
d'Occitania sont de 20 francs. Us sont de 10 francs seulement pour les jeunes gens et les jeunes filles encore aux
écoles ou aux Chantiers. Mais ces chiffres ne constituent
qu'un minimum, chacun devant fournir les plus grands efforts en son pouvoir pour assurer la bonne marche et la
prospérité du Colège.
On se fait inscrire chez M. le Secrétaire du Colège d'Occitania, 31, rue de la Fonderie, Toulouse, ou chez M. Pierre
Fauré, trésorier-adjoint, 24, Allée St. Simon, Toulouse, C/C.
Toulouse 122.89.
Les devoirs doivent être envoyés, sous pli cacheté, avec,
chaque fois, les timbres nécessaires pour la réponse, à M. le
Secrétaire du Colège d'Occitania, 31, rue de la Fonderie,
Toulouse. Les élèves des écoles, les membres des Cercles
d'Etudes, etc.. ont intérêt à grouper les envois.
Avoir soin d'écrire très lisiblement, d'indiquer chaque fois
sur la copie le nom de l'élève, son pays d'origine, le numéro
d'ordre du devoir.
Le Collège comprend trois Sections. On ne passe de l'une
à l'autre que si l'on a fait la grande majorité des devoirs de
l'année, et après décision de la Direction. En fin d'année, des
Jeux Floraux Scolaires sont organisés entre les escolans.
Des examens peuvent être prévus dans les différents pays
pour l'obtention d'un Certificat d'Etudes Occitanes devant
un Jury constitué par les autorités enseignantes, sous les directives du Colège d'Occitanta.
A.L, COLÈGE
Nostre ancian escolan Ferran Gaulhet,fondator e primièr
president dels Estudiants Ramondencs, e ara juge à Doullens, s'es maridat lo y de novembre IQ42, à Scey-sur-Saône,.
ambc Monica Brunetti.
Iveta Goutines, filha de nostre fidel escolan Carles Goutines, de la Plana Sant-Martin, d Albi, s'es maridada lo 2 de
mars 1Q43 ambe lo senhe Jo\èp Clavel.
Que receben totis nostres vots de bonur !

LO GRILH.
Impr. Lauraguaise - Castelnaudary.

Le Gérant ; J. SALVAT.

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              <text>La Rampelada del Colège d'Occitania. - Annada 16, n°69 mars-abrilh 1943 </text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, KII 4</text>
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